Oliver
Guide médical de bord
SÉCURITÉ
Stade
Stade 4 de l’immersion : le collapsus au moment du sauvetage
L’abandon du navire et l’embarquement sur le radeau de survie
La lutte contre le mal
La lutte contre la mer froide
La lutte contre le vent froid
La lutte contre la chaleur
La lutte contre les effets du sel sur la peau
La lutte contre le soleil
La lutte contre la faim
Les
PARTIE II • FICHES MÉDICALES
Pansements
La trousse de secours minimale pour une navigation de plaisance à plus de 60 milles nautiques des côtes
Liste des médicaments supplémentaires pour une navigation supérieure à 60 milles
ORL Sérum physiologique unidose 5 ml
Amyléine chlorhydrate/ Lévomenthol
Anesth Salicylate de choline/Chlorure de cétalkonium
Le matériel de la dotation médicale supplémentaire pour une navigation supérieure à 60 milles
ARTICLE
Matériel médical Pansements hydrocolloïdes
Matériel médical Tourniquet
Matériel médical Agrafeuse à peau
Matériel médical Ôte-agrafe
Matériel médical Bistouri
PRÉSENTATION REMARQUES
Unité Type Precise 3 M/usage unique
Unité Type Eticon
Unité Usage unique
Matériel médical Ciseaux droits à pansement Set stérile Usage unique
Matériel médical Set à pansement : 1 champ stérile non troué, 1 pince de Kocher, 1 pince anatomique à mors fins, 1 pince à disséquer à griffes
Set stérile
Usage unique
Matériel médical Pince hémostatique à griffes Set stérile Type « Halstead »
Matériel médical Set dentaire stérile : 1 miroir, 1 précelle, 1 sonde n° 6, 1 écarteur, 1 spatule de bouche, 1 bloc à spatuler
Matériel médical Ciment de scellement provisoire
Matériel médical Cire d’occlusion/ obturation provisoire
Matériel médical Bandelettes réactives Multistix pour examen d’urines
Matériel médical Tensiomètre
Set stérile
Usage unique
Set de 2 tubes Type Temp Bond
Tube
Type cire rose Moyco
Flacon Recherche protéines, glucose, sang, acétone, nitrites, leucocytes
Unité Manuel ou automatique type OMRON à brassard huméral
Matériel médical Attelle en aluminium malléable Unité
Matériel médical Comprimés chlorés pour stérilisation de l’eau
Matériel médical Insecticide liquide
Litre
Unité
Quantité à adapter en fonction de la capacité des réservoirs d’eau
Quantité à adapter en fonction de la taille du navire
Autre Fiche d’observation médicale Unité Pour téléconsultation CCMM 5
Autre Registre des médicaments D240 > 60 Unité 1
Autre Guide des spécialités pharmaceutiques embarquées
Autre Bon de commande préimprimé D240 > 60
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L’HOMME À LA MER ET LES DANGERS DUS À L’IMMERSION DANS UNE MER FROIDE
SAVOIR
Il est triste de constater que des gens continuent de mourir en mer par manque de connaissances . Acquérir les connaissances de base sur les dangers liés à l’immersion en eau froide est en soi une aide à la survie
Il est très important de comprendre que vous n’êtes pas impuissant à assurer votre propre survie dans une mer froide Connaître la réaction de votre corps et des techniques simples d’auto-assistance peuvent prolonger votre temps de survie, en particulier si vous portez un gilet de sauvetage .
L’eau froide représente un risque beaucoup plus important que l’air froid, en partie parce que l’eau évacue la chaleur du corps beaucoup plus rapidement que l’air.
À noter :
- mer fraîche : températures situées entre 16 °C et 21 °C ;
- mer froide : températures situées entre 10 °C et 15 °C ;
- mer glaciale : températures situées entre 4 °C et 9 °C.
À température égale, la déperdition de chaleur due à une mer fraîche est 4 fois plus importante que celle due à un air frais.
À température égale, la déperdition de chaleur due à une mer froide est 25 fois plus importante que celle due à un air froid.
À température égale, la déperdition de chaleur due à une mer glacée est 32 fois plus importante que celle due à un air glacé.
La mort de l’homme à la mer peut se produire au cours de l’un des quatre stades d’immersion :
■ stade 1 : choc hypothermique dû à la mer froide (2 à 5 minutes), ou cold shock ;
■ stade 2 : épuisement dû à la mer froide (3 à 30 minutes) ou cold incapacitation ;
■ stade 3 : hypothermie (après 30 minutes) ou hypothermia ;
■ stade 4 : effondrement circum-sauvetage (pendant ou après le sauvetage) ou circum-rescue collapse .
Sans gilet de sauvetage, les chances de survie de l’homme à la mer s’arrêtent au stade 2 . Dans les 2 minutes suivant son immersion soudaine, l’homme à la mer va chercher son souffle . Il pourra également éprouver des spasmes musculaires, et son pouls ainsi que sa tension artérielle risquent d’augmenter Pire encore, il pourra s’étouffer en avalant de l’eau, subir une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral
IMPORTANT
Les réactions initiales à l’immersion subite dans l’eau froide sont : - l’incapacité à retenir sa respiration ; - un halètement involontaire, suivi d’une respiration incontrôlable ; - une augmentation du stress exercé sur le cœur. Ces réactions initiales sont causées par la chute brutale de la température de la peau. Il est important de se rappeler qu’elles dureront environ 3 minutes, et qu’elles s’atténueront ensuite. Si vous ressentez ces réactions initiales, vous devez rester immobile pendant les premières minutes de l’immersion, en fournissant le moins possible d’effort jusqu’à ce que vous ayez repris le contrôle de votre respiration, ce que seul un gilet de sauvetage ou une autre source de flottabilité vous permettra de faire.
Stade
1 de l’immersion : au moment de
la chute à la mer, le choc hypothermique
Le choc hypothermique survient quand la température du corps chute brutalement, ce qui peut arriver en cas d’immersion soudaine dans une eau froide . Ce choc est possible lorsque la température de la mer est inférieure à 25 °C . Le risque principal de décès concerne des températures inférieures à 15 °C .
À cause du choc hypothermique, un homme à la mer sans gilet de sauvetage peut mourir dans les 3 minutes qui suivent sa chute dans une eau à moins de 10 °C . De plus, un choc hypothermique conduit souvent à la panique, ce qui peut entraîner une noyade rapide .
On présume souvent, à tort, que la personne immergée dans une mer froide risque de mourir principalement à cause de l’hypothermie. En fait, quand on prend en compte toutes les personnes qui sont décédées parce qu’elles étaient immergées dans une mer froide, on constate que 20 % d’entre elles sont mortes dans les 2 ou 3 premières minutes, laps de temps bien trop court pour être victime de l’hypothermie proprement dite. Le choc hypothermique est la cause de plus de décès que l’hypothermie. La noyade due aux conséquences du choc hypothermique représente la plus grande menace pour la survie de l’homme immergé dans une mer froide.
On remarque cinq conséquences au choc hypothermique .
1 La suffocation immédiate
En étant plongée dans une mer froide, le refroidissement rapide de la peau a pour effet immédiat de faire suffoquer la victime
2 La multiplication par quatre du rythme respiratoire
Au tout début de l’immersion dans l’eau froide, quand elle le peut, la victime prend une profonde inspiration, ce qui multiplie par 4 le volume d’air dans ses poumons . Ce phénomène, appelé hyperventilation sévère, peut suffire pour provoquer des spasmes musculaires et entraîner la noyade .
L’hyperventilation provoque une diminution du taux de dioxyde de carbone dans le sang ; or, la quantité de ce gaz dans le sang joue un rôle essentiel dans le déclenchement du réflexe respiratoire qui précède la syncope . Avec un faible taux de dioxyde de carbone, ce réflexe vital du corps est faussé, avec pour conséquence une syncope prématurée .
L’hyperventilation peut entraîner une diminution du débit sanguin cérébral et de l’apport en oxygène . Cela peut entraîner la désorientation, la perte de conscience, donc la noyade .
Le fait d’avoir un rythme respiratoire accéléré a pour effet d’augmenter considérablement le risque d’inhaler de l’eau, et amplifie donc le risque de noyade .
3 L’incapacité à retenir son souffle
Après la phase initiale de suffocation, la victime devient incapable de retenir sa respiration (la durée pendant laquelle la victime est capable de retenir son souffle peut être réduite à moins de 10 secondes) .
Il y a une relation inverse entre la température de l’eau et la capacité de rétention du souffle Dans une eau à moins de 15 °C, la durée de la rétention du souffle est de 25 à 50 % moins longue que celle observée avant l’immersion . La capacité d’une personne à retenir son souffle dans l’eau froide (10 °C) est réduite jusqu’à 85 % .
À SAVOIR À SAVOIR
Dans l’air, la capacité moyenne pour une personne de retenir son souffle est d’un peu plus de 60 secondes. Dans l’eau froide, elle est d’un peu moins de 20 secondes.
Immersion dans une eau à Durée moyenne de la rétention du souffle
25 °C
10 °C
38 secondes
19 secondes
Ce qui pose problème, c’est non seulement l’incapacité de retenir son souffle dans une mer froide, mais aussi l’incapacité, lorsqu’on se retrouve dans une mer agitée, de contrôler sa respiration et de la coordonner avec le mouvement des vagues.
4 La forte augmentation de la fréquence cardiaque
La fréquence cardiaque, c’est le nombre des contractions du cœur en une minute. Elle est généralement exprimée en battements par minute (BPM).
Le rythme cardiaque désigne la régularité de ces contractions. Une perturbation observée sur le rythme cardiaque est appelée arythmie cardiaque. Cette arythmie peut prendre plusieurs noms : on parle par exemple de tachycardie quand le rythme accélère, ou de bradycardie quand il ralentit.
Au début de l’immersion dans l’eau froide, pendant les 2 ou 3 premières minutes, on observe une augmentation marquée du rythme cardiaque, ce qui peut provoquer la mort, surtout chez les sujets âgés, ou chez les sujets moins bien portants . Ainsi, toute victime avec une faiblesse cardiovasculaire préexistante peut succomber à un arrêt cardiaque soit immédiatement, soit quelques minutes après l’immersion soudaine dans une mer froide
Le refroidissement cutané déclenche également une augmentation de la fréquence cardiaque . Cette augmentation de la charge de travail sur le cœur (plus de BPM) peut réduire le taux d’oxygène dans le sang circulant dans le muscle cardiaque, et provoquer des arythmies
L’arythmie ectopique – une arythmie caractérisée par des pulsations cardiaques irrégulières – se produit juste après la chute de la victime à la mer, lorsqu’elle doit prendre une respiration profonde Cette arythmie ectopique
peut être brève et bénigne dans le cas d’une victime bien portante, mais n’est jamais sans conséquence dans le cas d’une personne malade .
L’immersion soudaine en eau froide jusqu’au cou rend le cœur encore plus susceptible d’arythmie en raison de l’augmentation de la production d’hormones de stress L’arythmie peut être aggravée lorsque le visage de la victime est régulièrement plongé dans l’eau, ce qui engendre un enchaînement de plusieurs arythmies ectopiques .
Quand l’arrêt cardiaque dû à la chute à la mer dure quelques secondes, le cerveau n’étant plus irrigué, la victime risque la perte de conscience, ou syncope. Cette perte de connaissance brutale s’accompagne de l’arrêt réflexe de la respiration. La personne tombée à la mer sans gilet de sauvetage sombre alors à pic. Il y aura dans ce cas une mort par noyade, sous la surface de l’eau, quand la reprise de la respiration va se faire par réflexe alors que la tête est sous l’eau.
Quand l’arrêt cardiaque est immédiat, la mort étant quasiment instantanée, la victime n’absorbe pas d’eau : il y a mort de la personne par hydrocution, mais pas par noyade.
5 La forte augmentation de la pression artérielle
Le mécanisme physiologique qui survient lorsque le corps est soumis à une brusque variation de température s’appelle l’hydrocution, ou hydrochoc thermo-différentiel. L’hydrocution peut provoquer un arrêt cardio-ventilatoire.
L’hydrocution ou hydrochoc thermo-différentiel est d’autant plus intense : - que la pénétration dans l’eau est rapide et complète ; - que le gradient thermique entre l’eau et la peau est grand. Attention, l’homme à la mer peut développer en plus une réaction excessive à l’eau froide, ce qui a pour effet d’amplifier les réactions défavorables à la suite du stress thermique subi au moment de l’immersion : - soit à cause d’une cryo-allergie, ou allergie à l’eau froide (au bout de quelques minutes, apparition d’une réaction cutanée œdémateuse ou prurigineuse lors d’un bain dans une eau de température inférieure à 30 °C) ; - soit après une exposition durable au soleil, après un effort musculaire important dans une atmosphère surchauffée ou après un repas riche en graisse et (surtout) en alcool.
Pendant les 2 ou 3 premières minutes de l’immersion dans l’eau froide, on observe une élévation importante de la tension artérielle .
Tant que la personne est au chaud à bord, surtout si elle est en pleine manœuvre, les vaisseaux sanguins qui sont situés sous la peau et qui irriguent les territoires cutanés sont dilatés et riches en sang afin de favoriser la circulation périphérique qui permet d’évacuer la chaleur
Quand une personne est plongée brusquement dans l’eau glacée, sa peau se refroidit très vite, et les vaisseaux se contractent brutalement en faisant refluer le sang vers l’intérieur du corps et vers le cœur
Ce reflux du sang depuis les zones cutanées vers l’intérieur est très rapide, et provoque une augmentation de la pression artérielle Pour lutter contre cette hypertension, le système de régulation de la pression artérielle provoque une forte diminution de la fréquence cardiaque qui peut aller jusqu’à l’arrêt du cœur.
L’homme à la mer peut aussi être victime d’hydrocution au bout de 3 à 5 minutes, c’est-à-dire être victime d’une syncope toujours due à son immersion dans l’eau froide, mais annoncée par la sensation soudaine d’une fatigue profonde, par des démangeaisons intenses (urticaire), par des picotements, des frissons ou des tremblements, par un violent mal de tête, par des troubles visuels ou auditifs, par des nausées, par une sensation de jambes lourdes ou par de douloureuses crampes musculaires
Stade 2 de l’immersion : épuisement dû à l’eau froide
Au cours du laps de temps situé entre les réactions initiales et l’hypothermie, le refroidissement des muscles et des nerfs proches de la surface de la peau peut entraîner une incapacité à effectuer des tâches physiques La capacité de nager sera considérablement altérée Attention, la natation accélère le taux de refroidissement dans tous les cas .
Les mesures essentielles de survie qui exigent de la force de préhension ou de la dextérité manuelle – comme allumer une torche – doivent être prises dès que possible après que les réactions initiales à l’immersion en eau froide sont passées . Il ne faut pas essayer de nager, sauf si c’est pour atteindre un objet flottant facilement accessible sur lequel vous pouvez vous tenir ou grimper.
Restez calme . Évaluez les options possibles . Sachant que votre capacité de nager sera inférieure à la normale, pouvez-vous atteindre un objet flottant ? Si ce n’est pas le cas, restez où vous êtes, conservez votre chaleur corporelle et attendez les secours .
IMPORTANT
La période d’auto-sauvetage possible commence immédiatement après les réactions initiales, et juste avant que l’hypothermie s’installe. Il ne faut pas essayer de nager : dans les 3 à 30 minutes qui suivent l’immersion, le décès se produit lorsque la victime tente de nager.
Quand on prend en compte toutes les personnes qui sont mortes parce qu’elles étaient immergées dans une mer froide, on constate que 50 % d’entre elles sont décédées noyées à cause de l’épuisement dû à l’eau froide.
En cas d’immersion dans une eau froide, l’intense fatigue musculaire associée au refroidissement des membres supérieurs empêchera rapidement deux réflexes vitaux qu’il faut pourtant absolument conserver : - maintenir au moins la tête hors de l’eau ; - rester dos aux vagues.
Conséquences du fait d’être continuellement immergé dans
une mer agitée
Dans des conditions de mer agitée où l’homme à la mer est continuellement exposé aux vagues déferlantes et aux embruns, en étant incapable de maintenir ses voies respiratoires dégagées hors de l’eau, il y a une forte probabilité qu’il inhale de l’eau de mer lorsqu’il se trouvera à bout de souffle
Comme l’énergie nécessaire pour maintenir les voies respiratoires dégagées hors de l’eau peut être considérablement épuisée par l’effort physique continu nécessaire dans ces conditions de mer agitée, l’homme à la mer finira par se noyer du fait de l’inhalation d’eau, que ce soit avant ou après avoir perdu conscience à cause de l’épuisement physique et moral .
Perte de la dextérité manuelle
Une mer froide a pour effet de paralyser les membres, plus particulièrement et plus rapidement les mains . On remarque une perte de tactilité en eau froide au cours des 10 à 15 premières minutes d’immersion Or la capacité d’exécuter certaines manipulations –déclencher manuellement le dispositif de gonflage du gilet de sauvetage,
En plus des fiches très pratiques qui vous guideront dans la mise en œuvre de gestes médicaux d’urgence - pansements, sutures, injections, perfusions, ou encore immobilisations - ce Guide médical de bord apportera aux plaisanciers toutes les informations nécessaires pour assurer la meilleure gestion possible des urgences médicales qui peuvent survenir en mer.
Les auteurs y abordent notamment la répartition des responsabilités et des rôles dans la chaîne de soins, les liens à mettre en place avec le CCMM (Centre de consultations médicales maritimes), les dotations médicales de bord, et les situations d’homme à la mer, d’abandon du navire et de survie sur un radeau.
Les auteurs
Marcel Oliver, marin expérimenté, est passionné d’enseignement maritime. Il bénéficie d’une longue expérience de formateur de moniteurs fédéraux, d’éducateurs sportifs et de skippers professionnels, notamment dans le cadre du Master Of Yacht.
Régis Armand est un ancien médecin urgentiste hospitalier, qui exerce désormais en tant que médecin du travail. Passionné de voile depuis plus de dix ans, il est formateur FMH (Formation médicale hauturière) à l’école des Glénans.