Sauvons les insectes

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S N O V U SA LES

INSECTES ! Les 10 actions pour (ré)agir ! François Lasserre Préface de Laurent Péru


S N O V U SA LES

INSECTES ! Les 10 actions pour (ré)agir ! François Lasserre Préface de Laurent Péru, président de l’Opie


SOMMAIRE Préface de Laurent Péru Sauvons les insectes !

10 actions pour (ré)agir

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1• Rencontrez-les !

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2• Tentez la « zénitude »

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3• Ne les stigmatisez pas

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4•Offrez-leur espace et temps

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5• Achetez mieux

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6• Ne les mangez pas (pour le plaisir) ! 37 7• Jardinez avec eux

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8• Jouez à l’apprenti... scientifique

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9• Impliquez-vous

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10• Considérez-les comme des individus 56 Conclusion Les bonnes adresses

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PRÉFACE Pour essayer de comprendre la diversité du vivant, il a fallu que des savants l’inventorient et la classent. Ainsi, depuis plus de 250 ans range-t-on les êtres vivants dans d’innombrables tiroirs conceptuels, à peine entrouverts dans des guides dits « de reconnaissance » ou « de terrain ». Pour beaucoup, une mouche n’est qu’une mouche, éventuellement un asticot… Pour qui s’intéresse aux mouches, un foisonnement de formes et de modes de vie se révèle ! Le vivant ne saurait se résumer à quelques généralités et il est très complexe ; la biodiversité est même le système le plus complexe que nous connaissions, fait de milliards d’interactions entre individus et espèces régies par les mécanismes relativement simples de l’évolution. Et il n’est pas seulement le lieu d’un « Struggle for Life » caricatural mais surtout celui des exemples les plus élaborés d’entraide, de coopération et de symbiose. Le monde des insectes, si gigantesque et si varié, est une perpétuelle source d’émerveillement et de réflexion pour qui sait y entrer, abandonnant ses stéréotypes, ses a priori et ses petites peurs. Un grand entomologiste, Edward O. Wilson, spécialiste des fourmis et précurseur de la défense de la biodiversité, utilisa d’ailleurs en 1984, le beau terme de « biophilie » pour désigner cette tendance innée que nous avons à rechercher des liens avec la nature et les autres formes de vie. C’est sur ces voies que nous entraîne François, avec des conseils avisés, suggérant des approches pragmatiques et alternatives pour revisiter nos multiples rapports aux insectes et montrant ainsi que même à l’heure où les bouleversements écologiques continuent de modifier inexorablement notre planète, il est toujours temps d’agir pour que l’homme réintègre sa nature. Qu’il en soit vivement remercié. Laurent Péru Président de l'Opie 5


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SAUVONS LES INSECTES ! Que serait un monde sans insectes ? D’ailleurs, est-ce possible ? Non, a priori, les « insectes » nous survivront, en tout cas certains… mais pas tous ! En effet, leur diversité – formée sur Terre en six cents millions d’années environ – est immense, voire l’une des plus importantes à ce jour, notamment dans le monde animal. La science a recensé environ 1 million d’espèces sur la planète (plus de 40 000 en France métropolitaine), mais ils seraient 3, 5 ou plus de 10 millions tant on en découvre chaque année ! En connaîtra-t-on un jour le nombre exact ? Rien n’est moins sûr, surtout à l’heure où certains disparaissent, et où bien d’autres ont de plus en plus de mal à trouver un lieu de vie propice au milieu de nos aménagements, en ville comme à la campagne. Autrement dit, l’urbanisme et l’agriculture intensifs n’ont, jusqu’à aujourd’hui, laissé que peu de place à la diversité du vivant. Est-ce qu’à l’avenir, cigales et sauterelles continueront à sonoriser nos siestes d’été ? Papillons et bourdons égayeront-ils toujours nos champs de fleurs ? Libellules et éphémères seront-ils encore là pour animer nos ruisseaux ? Car avant le rationnel, c’est l’irrationnel qui nous fait aimer cette diversité et en profiter ! Toutefois, nos tendances assez « égoïstes » seraient en train de changer, lentement, après des siècles très productifs et anthropocentrés, au cours desquels nous n’avons pas œuvré pour une cohabitation pacifique avec le vivant – plutôt pour une domination organisée. Cela s’explique par de multiples raisons. D’abord, comme la majorité des espèces (toutes ?), nous sommes « égoïstes » et avançons sans nous soucier des 7


autres, à moins d’y trouver un intérêt évolutif. Ensuite, le monde de la modernité humaine et du rendement maximal ne peut se permettre un altruisme trop prononcé à l’égard du vivant, sauf si l’intérêt est avéré et immédiat. Voilà pourquoi notre environnement est très aménagé, qu’il y a davantage d’animaux domestiques que sauvages, plus de champs cultivés que de prairies ou de forêts. Jusque-là, notre projet de société était surtout de vivre sans « ennuis », et donc sans « ravageurs » de nos cultures (par exemple, certaines populations de hannetons nous ont longtemps traumatisés), sans vecteurs de maladies (le paludisme était encore présent au siècle dernier en France). Et, à ce jeu-là, certains insectes peuvent être champions tant ils ont des facultés d’adaptation et de reproduction puissantes. Seulement, au lieu de faire une sélection qualitative et bienveillante avec le vivant, nous avons laissé nos « biais de raisonnement » prendre le dessus. Et voilà comment une grande partie des insectes sont devenus « nuisibles ». Sans trop de distinctions, nous les avons un peu tous mis dans le même panier, formant une sorte d’ensemble qui ne veut pas dire grand-chose eu égard à leur incroyable diversité de formes et de mœurs. Pourtant, les espèces et les individus qui nous ennuient ou nous piquent sont quantitativement très peu nombreux (voir action n° 6). En bref, il y a nettement plus d’insectes qui nous laissent tranquilles !

Où sont passés les papillons ? Très peu de personnes s’intéressent aux insectes et les connaissent. Qui sait qu’ils ont souvent des exigences très particulières ? Par 8


exemple, tous les papillons ne pondent pas sur n’importe quelles plantes. Au contraire, ils ont coévolué avec certaines et ne peuvent plus s’en passer – au point que s’ils ne les trouvent pas, ils n’ont pas de plan B. Or, souvent, nos aménagements, des jardins de particuliers aux champs agricoles, limitent la diversité des plantes, et donc les chances que des papillons trouvent leurs plantes-hôtes (comme les nomment les spécialistes). De plus, en imaginant qu’ils les trouvent et pondent dessus, nous ne laissons quasiment jamais le temps aux chenilles de grandir, ce qui peut leur prendre plusieurs mois. La tonte et la taille ont souvent raison de ces jeunes papillons en devenir – ou de leurs chrysalides lorsqu’ils se métamorphosent. Enfin, une

Quid des pesticides ? Sous le mot pesticides, l’anglais « pest » signifiant « insectes nuisibles » désigne particulièrement certains insectes. Les pesticides sont en grande partie utilisés en agriculture pour tuer les insectes qui mangent nos récoltes. Surtout lorsqu’on propose une seule plante sur des hectares, alors leurs « pest » attitrés s’en donnent à cœur joie ! Les produits de lutte sont de plus en plus efficaces et parfois mieux ciblés, surtout lorsqu’il s’agit d’être très rentable. Avec une agriculture moins productrice et plus raisonnée, les pesticides (de synthèse ou « naturels ») sont théoriquement moins utilisés. Certains concepts issus de l’agriculture imaginent même pouvoir s’en passer complètement, en s’aidant de prédateurs par exemple. À ce jour, et à court et moyen terme, cela semble très difficile. Mais se poser la question de faire moins et mieux, épargnerait aussi les insectes non ciblés de dommages collatéraux. Gros sujet, gros enjeux, et « tout n’est pas si simple » !

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fois que les insectes sont adultes, les fleurs sauvages, variées et gorgées de nectar, se font rares : si elles sont remplacées par des variétés horticoles ornementales sans nectar, comme des hortensias, alors ils crient famine. Et, avec eux, un immense cortège d’êtres vivants s’amenuise, des fleurs aux oiseaux, des lézards aux fruits… Et il en est de même pour presque tous les autres insectes : pour exister, ils ont des exigences écologiques !

Dépasser la notion de « rôles écologiques »  On entend et lit souvent que les insectes seraient « très utiles ». Mais utiles pour qui ? Pour moi, eux, nous ? Lorsqu’on y réfléchit mieux, cette façon de voir les êtres vivants est une fois encore très égoïste. Les insectes auraient-ils été placés sur Terre pour nous rendre service ? Il fut un temps, nous le croyions. Mais depuis cent cinquante ans (théorie de l’évolution), nous savons qu’il n’y a pas de hiérarchie dans le vivant et que personne n’est au service de l’autre. L’évolution propose par hasard et sans intention, l’environnement dispose. Combien de temps les insectes seront-ils encore considérés comme nos petits esclaves, dévoués et prompts à polliniser nos fleurs, fertiliser nos sols, recycler nos déchets ou encore servir de nourriture aux oiseaux que l’on apprécie ? Si cette étape intellectuelle de l’utilitarisme du vivant semble encore nécessaire pour accepter celui-ci, il est désormais utile de rappeler qu’elle est obsolète. L’un des buts de ce livre est donc de nous amener à voir les insectes pour ce qu’ils sont, intrinsèquement, et non comme 10


des « utilités ». D’autant que si nous, êtres humains, devions répondre de notre « rôle écologique » sur la planète, nous serions bien ennuyés (voir action n° 6) !

Les insectes, une secte ? Les « insectes », mais qu’est-ce, finalement ? Un grand fourretout ? Sous cette appellation, la science désigne un ensemble d’êtres vivants qui, une fois adultes, ont tous six pattes articulées et souvent des ailes, un corps découpé en trois grandes parties, deux antennes, etc. Pourtant, adultes, leurs formes et leurs mœurs sont infiniment variées ; et du côté de leurs larves, c’est encore pire ! Depuis peu, comme pour les grands animaux, la science sait que chaque insecte est un individu, avec sa personnalité. L’une des actions présentées ici s’efforce de nous mettre face à cette réalité : chaque insecte qui nous entoure est unique et non remplaçable, comme vous et moi (voir action n° 8). Et comme je n’ai aucune envie d’être ignoré, méprisé, tué, remplacé ou stigmatisé, je propose d’y penser davantage pour les insectes aussi. Voilà pourquoi l’une des approches les plus efficaces serait désormais d’envisager une nouvelle relation philosophique avec le vivant. Seulement cela implique de changer profondément, ce que nous ne sommes jamais prompts à faire. Pourtant, « aimer la nature », c’est en théorie l’aimer de façon inconditionnelle, avec ses pénibles et ses sympas, et surtout avec ses joies et ses émerveillements !

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ACTIONS POUR (RÉ)AGIR

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1RENCONTREZ -LES !

mes actions  Me détendre  Provoquer la rencontre  Faire une sortie « insectes »

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Tant que l’on ne prend pas le temps de rencontrer une personne, on ne sait jamais vraiment qui elle est. C’est pareil avec les animaux qui nous entourent, y compris avec les insectes, que l’on côtoie sans jamais vraiment savoir qui ils sont. Parfois on croit les connaître, lorsque l’un d’entre eux s’est approché de nous, un jour, de façon furtive, comme un moustique, un papillon ou une mouche. Mais ce ne sont que quelques espèces et surtout quelques individus, à un moment de leur vie ; ils ne sont donc pas représentatifs (voir action n° 10). C’est un peu comme si, en croisant une personne dans les transports en commun, on pouvait en tirer une généralité sur ce que sont tous les êtres humains. Une vraie rencontre, c’est plutôt le temps d’un dîner… mais on peut déjà commencer par un apéro !

Me détendre Avant toute velléité de rencontre, il est toujours utile de préciser que l’immense majorité des insectes sont totalement inoffensifs et craintifs (voir introduction), excepté quelques rares moustiques, guêpes ou abeilles aux abords de leur nid. S’avancer dans les herbes, au cœur d’une forêt, hors des chemins, est une activité plus sûre que de traverser une rue ou de descendre un escalier !

Provoquer la rencontre Se donner la peine de connaître l’autre est une démarche qui demande un peu de volonté. Bonne nouvelle, rien n’est plus 15


facile que d’aller à la rencontre des insectes. Pour cela, vous pouvez choisir entre deux options : seul ou accompagné (voir le paragraphe « Faire une sortie “insectes” »). Seul, il suffit de sortir et de regarder avec un œil neuf ces petits êtres qui peuplent les balcons, jardins ou autres. Dès lors que l’on se pose un peu, que l’on se concentre sur ce tout qui bouge, on est toujours très surpris par la quantité et la diversité de ce qui nous entoure. Et inutile d’être un spécialiste (voir encadré) ! Asseyez-vous seul au milieu des herbes – si possible folles – et patientez, attentif à ce qui se passe autour de vous : quelques minutes suffisent à modifier complètement l’idée que l’on se fait d’un environnement. Vous allez changer d’univers, entrer dans celui des « petites bêtes » (mais aussi des oiseaux). Dans cette position, vous allez constater que tous les insectes que vous n’auriez jamais vus, ou qui ont peur de nous, se (re)mettent à bouger. Ils arrivent parfois de partout, sur les herbes ou les fleurs environnantes. D’autres passent non loin et se font remarquer par leurs vrombissements et leurs silhouettes variées. Petit à petit, l’œil s’habitue et s’aiguise. Une brindille s’agite ? C’est une sauterelle verte qui grimpe. Une fleur penche ? C’est un pollinisateur sauvage qui se pose. Une feuille morte bouge ? Un carabe qui sort de sa cachette… Une autre possibilité : vous pouvez aider les scientifiques à compter les insectes ; votre attention va croître et vos connaissances vont s’enrichir ! (voir action n° 8)

Faire une sortie « insectes » Si l’idée de vous retrouver seul, sans informations ou avec un peu d’appréhension, ne vous attire pas, alors suivez un(e) 16


insecto-pédagogue ! Oui, ça existe, et même un peu partout en France. Frappez à la porte d’un office du tourisme ou d’une structure type association de protection de l’environnement, maison de la nature, réserve, parc naturel régional… Presque tous organisent des sorties nature gratuites ou peu coûteuses, sur différents thèmes, dont les insectes. Pour étoffer votre recherche, contactez un réseau régional qui vous aiguillera, notamment les réseaux Graine (éducation à l’environnement vers un développement durable) ou France nature environnement (protection de la nature). Certains départements ou certaines régions proposent aussi ces offres de sortie. Renseignez-vous pour partir sur les traces des insectes dans une ambiance conviviale ! Connaître tous les insectes ? Impossible ! Il est quasiment vain de vouloir « connaître » tous les insectes qui nous entourent – même les entomologistes* en sont incapables. Il y a trop d’espèces, de familles, de mœurs… On peut essayer de distinguer leurs formes dans un premier temps. En effet, lorsque l’on aiguise son regard, la diversité des insectes s’avère étonnante. Hormis quelques espèces très communes, il est même difficile de distinguer une guêpe non commune d’une mouche non commune, ou une punaise d’un scarabée, etc. Si cela paraît si surprenant, c’est que jusque-là, nous n’avions pas porté attention à leur monde immensément varié !

* Scientifiques spécialistes des insectes.

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ENGAGEONS-NOUS MAINTENANT ! • Où sont passés les papillons ? Entendez-vous toujours autant les cigales et les sauterelles ? • L’urbanisme, l’agriculture intensive et certains traitements ne laissent que peu de place à la diversité du vivant et aux millions d’espèces d’insectes sur la planète. • Heureusement, même si vous n’avez pas de jardin, il est possible d’agir et de s’engager pour les aider.

7,95 € TTC

www.rusticaeditions.com

MDS : RU0127

Face à une société anthropocentrée, François Lasserre se place en porte-parole afin de nous amener à voir les insectes pour ce qu’ils sont intrinsèquement, des partenaires de nos vies. Il nous invite à changer les choses et nous propose ici 10 actions concrètes pour que chacun puisse agir efficacement à son échelle !