Saints

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Charlotte Grossetête

15 vies extraordinaires de pierre à mère teresa

mame

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Sommaire Saint Pierre – Ier siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Saint Martin – 316-397 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 Sainte Geneviève – 420-510 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 Sainte Odile – 660-720 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 Saint François d’Assise – 1186-1226 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30 Saint Louis – 1214-1270 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36 Sainte Jeanne d’Arc – 1412-1431 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42 Saint Ignace de Loyola – 1491-1556 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48

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Sainte Thérèse d’Avila – 1515-1582 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54 Saint Vincent de Paul – 1581-1660 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60 Saint Jean Bosco – 1815-1888. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66 Sainte Bernadette Soubirous – 1844-1879 . . . . . . . . . . . . . . 72 Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus – 1873-1897 . . . . . . . . . . . 78 Saint Maximilien Kolbe – 1894-1941 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84 Sainte Teresa de Calcutta – 1910-1997 . . . . . . . . . . . . . . . . . 90

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Sainte Jeanne d’Arc (1412-1431)

Depuis la défaite d’Azincourt qui a eu lieu en 1415 lorsqu’elle avait trois ans, Jeanne n’entend que de sombres nouvelles parvenir en Lorraine. Son pays, la France, est sous domination anglaise. On souffre, on a faim, on meurt à la guerre, on subit la violence et la misère. C’est dans ce cadre tragique que Dieu confie une grande mission à l’adolescente. – Jeanne ! La bergère de 13 ans se retourne. Qui l’appelle, dans le jardin où ses moutons paissent tranquillement ? – Jeanne ! Soudain elle le découvre. Il est beau, d’une beauté lumineuse qu’aucun visage humain ne pourrait égaler. Cette lumière-là, seule une créature céleste peut la faire rayonner. Dans son cœur, Jeanne le devine, celui qui vient de l’appeler par son nom, c’est saint Michel, l’archange.

À partir de ce moment-là, pendant trois ans, saint Michel rend à Jeanne de nombreuses visites. Il lui parle de cette guerre éprouvante qui n’en finit pas, de la « grande pitié » où est plongée la France. Souvent, il est accompagné par deux saintes : Marguerite d’Antioche et Catherine d’Alexandrie. À mesure qu’elle dialogue avec ses voix – c’est ainsi qu’elle les appelle – Jeanne gagne une immense force intérieure, née de la prière et de l’inspiration divine. Personne ne s’en doute encore dans son village…

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Quelle stupeur dans le bourg lorsqu’une folle rumeur se répand à Domrémy. Jeanne s’en va. Elle quitte ses parents, ses frères et sœurs, le troupeau, ses amis et sa terre natale. Les voisins, les curieux l’interpellent : – Eh, Jeannette ! Ce n’est pas vrai, ce qu’on raconte ? Que tu t’es mis en tête d’aller voir le dauphin Charles ? – Non, répond Jeanne avec un fin sourire. Non, ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas moi qui me le suis mis en tête. Mes voix me l’ont demandé. Oui, je pars trouver le dauphin, car la France a besoin d’un roi pour battre les Anglais. C’est Messire Dieu qui trace ma route... Messire Dieu, premier servi.

En février 1429, de grands seigneurs sont réunis au château de Chinon où se trouve le dauphin Charles. Certains ont plus noble allure que lui car le dauphin, plutôt faible et influençable, n’a pas une grande prestance naturelle. Et pourtant, lorsque Jeanne est introduite, c’est sans hésiter qu’elle se dirige vers lui. Charles a déjà entendu parler de cette jeune fille. On lui a annoncé qu’une petite inconnue arrivait de Lorraine, affirmant être porteuse d’un message de Dieu. Il n’ose y croire, surtout en présence de courtisans moqueurs qui ne croient pas un instant que ces sornettes puissent être vraies. Aujourd’hui encore, lorsque ces grands seigneurs voient entrer Jeanne, des rires fusent, des exclamations indignées aussi. La jeune fille s’est coupé les cheveux et porte des habits d’homme, ce qui, à cette époque, a de quoi surprendre ! Le dauphin Charles entraîne donc Jeanne à l’écart pour lui parler en tête à tête. – Sire, lui dit-elle, le Seigneur compte sur vous pour chasser les Anglais hors de France. Donnezmoi une armée, je la mènerai au combat. J’ai aussi pour mission de vous faire sacrer roi. Charles écarquille les yeux. Mais quelque chose, dans le regard de la jeune fille, si franc et si pur, le convainc qu’elle dit vrai. Ensemble, ils se dirigent alors vers Orléans.

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Orléans meurt de faim, assiégée par les Anglais.

Jeanne a réussi. Enfin nourris, les Orléanais se battent avec ardeur pour repousser l’ennemi.

Vive notre libératrice !

Vive la Pucelle !

Confiez-moi des vivres ! Je saurai entrer dans la ville.

Il est temps de vous faire sacrer roi à Reims, comme tous vos ancêtres.

Gloire à Dieu qui nous a donné la victoire !

Impossible ? Pas pour Jeanne. Sur le trajet, toutes les villes cèdent et laissent passer le convoi.

Vive notre roi Charles VII !

Que soit remerciée Jeanne de Domrémy !

Impossible d’aller là-bas. La route est tenue par l’Anglais.

Savez-vous que sa mère est venue de Lorraine ?

MAIS UN JOUR... Nous tenons Jeanne d’Arc !

Mes voix ne m’ont pas menti !

Cette fille n’est pas folle, et elle est bonne chrétienne.

Le tribunal, complice des Anglais, condamne Jeanne à être brûlée comme sorcière.

Jésus !

Vendons-la aux Anglais !

Quelques années plus tard, on proclamera l’injustice de cette mise à mort.

Il FAUT quand même qu’elle meure.

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Jeanne d’Arc, à l’écoute de Dieu pour la libération de la France Naissance : vers 1412 à Domrémy en

Le sais-tu ?

Lorraine.

Parents : Jacques d’Arc, laboureur, et Isabelle Romée. Frères et sœurs : Jacquemin, Catherine, Jean et Pierre (elle est l’aînée). Surnom : la Pucelle (la jeune fille). Qualités principales : douceur, intelligence, ténacité, courage, foi. Devise : Messire Dieu, premier servi.

Aussi injuste qu’il ait été, le procès de Jeanne d’Arc devant un tribunal présidé par le sinistre évêque Pierre Cauchon, a été soigneusement consigné par écrit. C’est ainsi que les « minutes » de ce procès (les traces écrites des questions et réponses) permettent d’avoir une idée précise des échanges entre Jeanne et ses juges. Les réponses fines et spirituelles de Jeanne à des questions pièges laissent supposer que la jeune fille était, comme elle le disait elle-même, inspirée par ses voix.

Jeanne d’Arc est patronne secondaire de la France (la Vierge Marie en est la patronne

1475

Le traité de Picquigny met fin à la guerre de Cent Ans.

Traité d’Arras : le duc de Bourgogne se réconcilie avec le roi de France.

Le pape déclare nul le procès de Jeanne.

Jeanne est canonisée par le pape Benoît XV.

16 mai 19220

Début du procès de Jeanne.

7 juillet 1456

Sacre du dauphin Charles qui devient le roi Charles VII.

Bataille de Castillon. Les Anglais y sont vaincus. Ils ne possèdent plus que Calais.

â g e 21 février 1431

Jeanne rencontre le dauphin Charles.

Février 1429

Jeanne entend pour la première fois la voix de l’archange saint Michel.

vers 1425

vers 1412

Naissance à Domrémy, en Lorraine.

17 juillet 1429

m o y e n

Jeanne est brûlée vive à Rouen.

1453

Jeanne est prise à Compiègne.

1435

Victoire sur les Anglais à Orléans.

30 mai 1431

23 mai 1430

8 mai 1429

Jeanne va trouver Robert de Baudricourt pour lui Bataille demander d’Azincourt. une escorte.

1428

1337

Début de la Guerre de Cent Ans.

25 octobre 1415

principale).

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Saint Jean Bosco (1815-1888)

C’est à l’âge de neuf ans que Jean Bosco, fils de paysans très pauvres, entend une invitation à gagner les cœurs par la douceur plutôt que par la contrainte. Cet appel marquera sa vie, son œuvre et ses extraordinaires talents de pédagogue mis au service des jeunes. Sur la place du village, deux garçons se battent. Ils cognent de toutes leurs forces, déchirant au passage, un peu plus, les guenilles dont ils sont vêtus. La violence des lutteurs est telle que leurs camarades ont fait un cercle autour d’eux, et personne n’ose intervenir, par peur de prendre un mauvais coup. Arrive Jean Bosco, neuf ans. Il écarquille les yeux. Aussi loin que remontent ses souvenirs, il rêve de servir Jésus, le prince de la paix. Peut-il laisser ces jeunes se rouer de coups ? Serrant les poings, il s’avance et tambourine sur le dos des adversaires pour les séparer.

Surpris par l’intervention du petit, les deux garçons s’arrêtent, dévisagent Jean Bosco et s’écartent en grommelant, peut-être fatigués de combattre. Jean Bosco, lui, est sidéré. C’est qu’il vient d’entendre une voix parler à son cœur : « De la douceur, Jean. C’est par la douceur que tu gagneras les cœurs. » Alors l’enfant décrispe les poings, se détend, sourit. Les témoins ne comprennent pas pourquoi !

Dix-sept ans ont passé depuis que Jean Bosco a entendu Jésus lui parler comme en songe, mais il n’a jamais oublié. Cette parole l’a décidé à orienter sa vie vers le sacerdoce. En ce 8 décembre 1841, il a 26 ans et le voilà prêtre à Turin depuis six mois. Il revêt les vêtements liturgiques avant de célébrer la messe lorsqu’il entend le sacristain houspiller un vagabond qui se réchauffait dans la nef : 67

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– Dehors ! On ne traîne pas dans les églises ! Jean Bosco s’approche du garçon. – Comment t’appelles-tu ? lui demande-t-il. – Barthélémy Garelli, répond le jeune, fermé. – Tu as encore tes parents ? – Non, ils sont morts. – Tu as quel âge ? – 16 ans. – Tu sais lire, écrire ? – Non. – Chanter, siffler ? Barthélémy plisse les yeux. Ce curé se moque-t-il ? Non. Son bon regard pétille d’intelligence, pas de malice. Alors l’adolescent sourit : – Ça, oui. – Nous allons bien nous entendre, Barthélémy. Dis-moi, as-tu été au catéchisme ? – Euh, non. – J’aimerais te parler de Jésus. Il compte beaucoup pour moi. – Je veux pas aller au caté. Les petits se ficheraient de moi. – Amène-moi des copains de ton âge. Je pourrais vous apprendre plein de choses. Ah ! Et je pourrais aussi vous faire la classe. Voire vous aider à apprendre un métier. Tu sais, j’ai été si pauvre moi-même que j’ai dû en exercer plusieurs pour vivre : palefrenier, forgeron, cordonnier, menuisier... et même funambule, figure-toi !

Barthélémy, incrédule, observe le prêtre. Mais Don Bosco dit la vérité, cela se voit. – Et de quoi on vivrait pendant nos études ? demande l’adolescent, perplexe. – Il y a un bout de temps que je rêve de créer une maison pour apprentis. Je pourrais y loger les garçons comme toi, qui désirent prendre leur vie en main. Qu’est-ce que tu en dis ? Barthélémy ne répond pas. Tout ceci est trop surprenant. Il en éprouverait de la méfiance, si le visage chaleureux de Don Bosco pouvait inspirer des sentiments négatifs... C’est ainsi que, dans le quartier pauvre du Valdocco, à Turin, la rumeur se répand au sujet de ce prêtre qui souhaite créer un foyer d’accueil pour éduquer les plus pauvres.

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Qu’est-ce qu’il veut, ce curé ? Il est bien souvent par ici.

Cette blague ! Des études, nous ? Avec quel argent ? Et pour quoi faire ?

Bien sûr, mon Jean. J’y ferai la cuisine et j’essaierai d’être comme une mère pour tes protégés.

Paraît qu’il veut nous aider. Nous faire faire des études. L’œuvre de Jean Bosco voit le jour. Instruits, les élèves pauvres peuvent espérer un avenir meilleur.

Maman, veux-tu m’aider ? Je voudrais fonder une maison pour accueillir et éduquer les jeunes de Turin.

À l’école de Don Bosco, on développe tous les talents humains, qu’ils soient intellectuels ou manuels.

Lors d’une épidémie de choléra qui ravage Turin, le dévouement des anciens « voyous » de Don Bosco force l’admiration de toute la région.

Je n’étais pas très bon en classe, mais Don Bosco m’a appris à bien travailler de mes mains.

Tu viens de chez Don Bosco ? C’est de la bonne graine, ça ! Parmi ses centaines d’élèves, Jean Bosco repère un garçon exceptionnel…

J’ai entendu parler de toi, Dominique. Que veux-tu devenir plus tard ?

Dominique meurt de la tuberculose à 14 ans. Sa courte vie lui a suffi à réaliser son vœu :

Et pas un de ces soignants volontaires ne tombe malade ! Presque 200 ans plus tard, l’œuvre de Don Bosco continue à rayonner dans le monde… Et même bien loin de Turin !

exemplaire, il est canonisé et nommé patron des adolescents. Je voudrais être un saint, mon Père !

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Jean Bosco, unE espérance pour la jeunesse défavorisée Naissance : le 16 août 1815, Castelnuovo d’Asti (Italie). Père : François Bosco. Mère : Marguerite Occhiena (surnom : « Maman Marguerite »). Frères : deux (Antoine et Joseph). Origine sociale : paysannerie très pauvre. Œuvre principale : éducation de la jeunesse défavorisée.

Le sais-tu ? À cause de la popularité de ce prêtre éducateur, Bosco est devenu un prénom, comme d’autres noms de famille portés par des grands saints : Xavier (patronyme de saint François Xavier), Vianney (saint Jean-Marie Vianney, le célèbre curé d’Ars), Foucauld (bienheureux Charles de Foucauld) ou encore Chantal (sainte Jeanne de Chantal).

NE PAS CONFONDRE !

Mort Canonisation de Jean de Dominique Bosco. Savio.

1954

1888

1856

1852

1847

Mort de « Maman Marguerite ».

c o n t e m p o r a i n e En France, proclamation de la Deuxième République et abolition de l’esclavage.

Création de la société de prêtres Salésiens. La même année, Dominique Savio devient élève de l’école de Don Bosco.

Mort de Dominique Savio.

Canonisation de Jean Bosco.

1934

Création de ses premiers cours du soir pour les jeunes défavorisés.

1857

Mort de son père. La famille, déjà pauvre, le devient plus encore. Jean Bosco financera ses études en travaillant dès son enfance.

La France entre dans le Second Empire.

1854

1815

Naissance à Castelnuovo d’Asti (Piémont, Italie).

1817

É P O Q U E

Création d’un foyer d’apprentis à Turin.

1848

Ordination sacerdotale à Turin.

1844

En France, fin du Premier Empire, restauration de la monarchie avec Louis XVIII.

1841

1814

Don Bosco a fondé la congrégation des Salésiens en hommage à saint François de Sales (1567-1622), évêque français dont il admirait l’intelligence, la bonté et les qualités relationnelles. Il ne faut pas confondre ce nom avec celui de Jean-Baptiste de la Salle, prêtre français (1651-1719), fondateur des Frères des écoles chrétiennes, autre grand pédagogue qui s’est voué à l’éducation des enfants pauvres.

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Pr

n t i Jean B a s e d e osc r è i

o

Jésus, prends mes yeux, mes regards blessants ; donne-moi Tes yeux pour m’émerveiller comme Toi. Jésus, prends mes mains souvent paresseuses et querelleuses ; donne-moi Tes mains pour partager et servir, pour travailler et pour bâtir. Jésus, prends mes lèvres gourmandes et médisantes ; donne-moi Tes lèvres pour me taire et pour prier, pour bénir et remercier, pour sourire et pour chanter. Jésus, prends mon cœur avec ses duretés et ses colères ; donne-moi Ton cœur, un cœur pacifique pour faire la paix, un cœur magnifique pour donner sans compter, un cœur humble et doux pour Te reconnaître dans le frère appauvri. Amen.

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