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À ma fille Colombe, pour ses 18 ans.

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Préface Cet ouvrage nous livre une parole toujours attendue par les jeunes, même si elle est rarement demandée et pas facile à offrir. Il y faut un cadre, un auditoire préparé et réceptif, un bon orateur qui soit à la fois maître et témoin. François de Muizon a eu l’occasion de s’exprimer avec simplicité et grande clarté devant une assemblée de jeunes, lors des Journées mondiales de la jeunesse à Cracovie, en juillet 2016. À la suite de ses nombreux travaux univer­ sitaires, il a pris le temps – et on peut l’en remercier – de mettre en forme ses causeries. On y sent à la fois le riche arrière-fond de ses recherches et l’expression de son vécu de chrétien, d’époux, de père et d’enseignant. Il nous conduit dans une méditation paisible de l’expérience ­amoureuse : le regard, la caresse, l’étreinte, le baiser… en montrant que notre être tout entier s’exprime dans le corps, mais aussi résonne en lui, avec tout ce qui vient et survient de l’extérieur. Ces pages nous enrichissent aussi de la réflexion de nos pères dans la foi et de l’enseignement de l’Église, avec une attention particulière pour la pensée du bienheureux pape Paul VI et de saint Jean-Paul II dont le corps nous a parlé si fortement au long de ses presque vingt-sept ans de p ­ ontificat.

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Le « sportif de Dieu » du début, gravement blessé sur la place Saint-Pierre en mai 1981, a laissé à la fin de sa route l’image inoubliable du corps réduit à l’impuissance, tandis qu’il continuait à accueillir et à accomplir fidèlement sa vocation de successeur de Pierre. Oui, notre corps est un mystère. C’est « mon corps », mais il n’est pas « à moi ». Saint Paul dit clairement que nous ne nous appartenons pas et il nous indique ce qui est attendu de notre être corporel : « Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1 Co 6, 20). C’est par notre corps que les autres entrent en contact avec nous ; il est là, présent, attentif, accueillant, offert. Le maître mot est certainement celui qui vient au cœur de la messe : « Mon corps livré pour vous. » Quand le prêtre prononce ces mots à la messe, il dit toute la vérité du Christ, mais il dit aussi la vérité de sa vie devant l’assemblée qu’il est en train de servir. Et cette phrase touche tous les fidèles rassemblés, aussi bien la jeune maman qui porte un bébé dans son sein que les époux de tous les âges. Aussi bien les personnes consacrées que les jeunes qui ne savent pas encore quelle sera l’aventure de leur alliance, ni à qui leur corps sera livré. Il ne faut pas oublier ceux que cette phrase fait souffrir parce qu’ils viennent d’être frappés par le veuvage, parce qu’ils n’ont jamais rencontré l’âme sœur avec laquelle ils seraient devenus « une seule chair », ou encore parce qu’ils sont mariés mais n’ont pas eu la chance de voir surgir de leur amour une vie nouvelle. Oui, il y a un « Évangile du corps », au sens où saint Paul parle d’un Évangile de la grâce, d’un Évangile de la gloire, de la paix ou du salut (Ac 20, 24 ; 2 Co 4, 4 ; Ep 6, 15 ; Ep 1, 13). À travers un seul mot on peut dire toute la 10

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P RÉFACE

Bonne Nouvelle, la promesse qui s’accomplit. C’est cela « l’Évangile du corps ». Dieu est entré dans notre chair, et la Vierge sainte lui a donné son corps. Puis la grâce du baptême agrège tous les enfants de Dieu dans un même corps, celui de l’Église, et nous savons bien que la terre entière serait en paix… si l’humanité ne formait qu’un seul corps ! Cardinal Philippe Barbarin.

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Présentation À une génération à qui l’on veut faire croire que le corps est insignifiant et que l’on peut en faire à peu près n’importe quoi, dès lors qu’on y consent et qu’on en tire une jouissance, il importait de dire que le corps est signe de la personne et que le galvauder, c’est se nier soi-même. À une génération à qui on serine que la masculinité et la féminité sont des valeurs surannées, contingentes et sans consistance, il importait de dire que le corps sexué est appelé à parler un langage de communion dans la célébration de la différence et de la complémentarité des sexes. À une génération qui se méfie de l’amour tout en persistant à y rêver, il importait de dire en plénitude le sens et la vocation du corps. Car le corps est avant tout fait pour dire l’amour dans sa vérité, c’est-à-dire comme don de soi. Mais on ne peut se donner si on ne se possède pas soi-même. Tel est le message de l’Église dans son enseignement le plus actuel et le plus abouti que l’on appelle désormais « théologie du corps » depuis les catéchèses de saint Jean-Paul II sur « l’amour humain dans le plan divin ». Benoit XVI les avait qualifiées

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d’« inoubliables1 », François les cite abondamment dans son exhortation Amoris laetitia2. François de Muizon nous les présente comme une « Bonne Nouvelle éblouissante » pour aujourd’hui. On devine clairement que ce n’est pas seulement – ni peut-être d’abord – l’universitaire, à la fois philosophe et théologien, qui s’exprime dans ces lignes, même si on perçoit tout le « métier » de l’enseignant qui se révèle à travers une pédagogie affûtée. C’est aussi – la dédicace en est le signe – le père de famille qui parle comme il parlerait à ses propres enfants. Et c’est ce qui fait la valeur de cet ouvrage. Il ne s’agit pas ici de « théologie théorique », mais d’une théologie qui s’enracine dans le très concret de la vie humaine et qui vise à alimenter une authentique vie théologale. En ce sens, il s’agit d’une théologie telle que l’aime le pape François : celle qui se fait à genoux et se déploie comme une surabondance de la contemplation du mystère de l’Amour. Après avoir posé la question de savoir ce qu’est l’amour véritable auquel toute personne aspire et montré que l’enjeu se situe dans la qualité de notre regard – lequel procède d’une attitude du cœur qu’il révèle –, François de Muizon développe sa réflexion en sept chapitres. D’emblée, l’auteur aborde la question délicate des gestes de l’amour, depuis le regard jusqu’à l’union charnelle en passant par la caresse, l’étreinte et le baiser. Il fallait oser dire à des jeunes qui croient facilement qu’il n’y a de dialogue amoureux que dans l’acte sexuel que le langage 1.  Benoît XVI, Discours à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la fondation de l’Institut Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille, 11 mai 2006. 2.  François, exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia, notamment n° 150 à 165.

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du corps, à travers ces différents gestes, est autrement plus riche. Et savoir le dire avec autant de clarté et de justesse que de délicatesse. C’est à la célébration de cette « vérité du langage du corps » qu’appelait Jean-Paul II dans la dernière partie de sa théologie du corps. Cet enseignement, que le saint pape a élaboré dans le prolongement de quelque trente années d’activité pastorale et d’enseignement auprès de jeunes, se résume dans le fait que l’amour consiste ultimement à se donner soi-même et que ce n’est que dans ce don de soi que la personne humaine s’accomplit pleinement. Tel est le sens de « l’anthropologie adéquate » que l’on trouve dans le concile Vatican II1 et que déploie pleinement la théologie du corps de Jean-Paul II. Le pape polonais, avant de répondre à l’appel du Seigneur à le suivre dans le sacerdoce, avant d’être philosophe, théologien et professeur d’université, a été homme de théâtre et se destinait à une carrière artistique. C’est probablement pourquoi sa théologie du corps, qui constitue à n’en pas douter le point d’aboutissement de toute sa réflexion anthropologique et théologique, son « chef d’œuvre », pour reprendre l’expression de Michael Waldstein2, se présente à nous comme une mise en scène de nature visuelle, à la manière d’un triptyque couronné. À ceux qui ont eu l’occasion de visiter la basilique Sainte-Marie de Cracovie et qui ont pu y admirer le monumental retable de Veit Koss qui domine le maître-autel, il apparaît évident que ­Jean-Paul II s’en est inspiré. Lorsqu’il est ouvert, ce retable 1. Cf. Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, n° 24, § 3. 2. M. Waldstein, Man and Woman, He Created Them. A Theology of the Body, Boston, Pauline Books & Media, 2006, p. 4.

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présente, sur le volet gauche, les mystères de l’origine de la vocation de la Vierge Marie : l’annonciation, la nativité, l’adoration des mages ; sur le volet droit, les mystères finaux de la révélation apportée par le Christ : la résurrection, l’ascension, la pentecôte ; et, sur sa partie centrale, le mystère de l’ultime étape de la participation de la Vierge Marie à l’histoire des hommes : sa « dormition » et son assomption. Les trois volets du retable sont surplombés par l’évocation du couronnement de la Vierge Marie au Ciel qui récapitule et illumine toute sa vie et sa vocation. Quand on connaît la profonde dévotion mariale de saint Jean-Paul II, quand on sait qu’en tête de toutes ses notes manuscrites pour préparer les catéchèses sur la théologie du corps figuraient en première page les mots « Totus ego sum Maria » (« Je suis tout à toi, Marie ») et en seconde page « Et omnia mea tua sunt » (« Et tout ce qui est mien est tien »), ce qui résume tout l’enseignement de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, on ne peut manquer de songer que Karol Wojtyla a médité toute sa théologie du corps dans cette basilique consacrée à la Vierge Marie. Et il est permis de penser que c’est là, devant ce retable de Vet Koss, qu’il a trouvé l’idée d’une présentation de sa théologie du corps à la manière d’un triptyque couronné. Ainsi François de Muizon nous invite-t-il à contempler d’abord – premier tableau – la splendeur du plan de Dieu aux origines dont attestent les premiers chapitres de la Genèse. Il révèle la vocation originelle du corps humain : dire le mystère d’amour des personnes divines dans la Trinité à travers la communion de l’homme et de la femme inscrite dans leurs corps faits pour le don.

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Nous sommes ensuite convoqués à considérer – deuxième tableau – la condition historique de l’homme héritier du péché des origines. C’est ce péché, transmis de génération en génération, qui obscurcit la vocation du corps devenu source de honte, qui travestit l’appel des époux à la communion en domination mutuelle mais ne parvient pas, cependant, à étouffer totalement, au fond du cœur de l’homme, la soif de la rédemption du corps. Notre regard est alors appelé à se tourner vers notre destinée finale telle que nous la révèle la foi chrétienne : la résurrection de la chair dans laquelle se réalisera en plénitude la vocation sponsale du corps. C’est la résurrection finale qui donne son sens tant au mariage sacramentel – comme œuvre de communion conjugale qui prépare au Royaume – qu’à l’appel à la virginité – qui annonce prophétiquement ce même Royaume et en anticipe dès ici-bas la réalisation. Alors on comprend – chapitre vi – que le mariage, comme la vie religieuse et sacerdotale, est une véritable vocation chrétienne qui ne prend pleinement son sens que dans la lumière des noces du Christ et de l’Église qu’évoque le cinquième chapitre de l’épître aux Éphésiens. C’est là – septième et dernier chapitre – le couronnement des trois tableaux qui ont été précédemment contemplés. Ce couronnement les unifie en même temps qu’il les éclaire de la lumière la plus haute, celle du « Grand Mystère » qui récapitule en lui toute la révélation chrétienne : Dieu, dans le Christ, aime l’humanité comme un époux son épouse et n’a de cesse que d’entrer en alliance avec elle. En d’autres termes, Dieu, de toute éternité, attend de nous épouser.

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François de Muizon n’insiste pas sur les conséquences éthiques de la « relecture du langage du corps dans la vérité », qu’il ne fait qu’évoquer dans sa conclusion. Non pas que cela soit négligeable, car toute la théologie du corps y conduit comme à son but pratique, mais parce que lorsqu’un flot de lumière a été ainsi déversé sur le sens de la sexualité dans le plan de Dieu, les exigences éthiques s’imposent presque d’elles-mêmes. On a souvent reproché à l’Église de se crisper sur les questions morales, de les mettre en avant comme une sorte de préalable obligé à l’authenticité de la vie chrétienne. Dans cette attitude de l’Église, il y avait certainement le souci louable de préserver le mystère de la dignité du corps dont elle est dépositaire. Mais c’était parfois négliger le fait que les normes morales ne valent que dans la pleine lumière de ce qu’elles visent à protéger à juste titre. En d’autres termes, avant de dire le « comment » de la règle, il faut montrer le « pourquoi » de cette règle. Jamais peut-être l’Église n’était parvenue à manifester ce « pourquoi » avec l’ampleur que lui a conférée la théologie du corps de Jean-Paul II. C’est de cela dont a besoin notre monde et c’est de cela que les jeunes de ce temps ont soif. Cette lumière est de nature à réconcilier beaucoup de personnes avec l’Église et de produire en nombre des fruits de conversion authentique. C’est en ce sens que cette théologie du corps constitue en quelque sorte le fer de lance de la Nouvelle Évangélisation à laquelle les souverains pontifes ne cessent d’appeler depuis maintenant plusieurs d ­ écennies. Il importait que la collection « L’évangile du corps », qui est dédiée à la mise en valeur des différentes composantes ou implications de la théologie du corps que saint JeanPaul II a offerte à l’Église, se dote d’emblée d’un ouvrage 18

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qui en manifeste l’actualité et la nécessité ; et qui le fasse en s’adressant prioritairement aux jeunes, car c’est d’eux que dépend l’avenir de l’amour et l’espérance de l’avènement d’une civilisation de l’amour. C’est ce qu’avait compris le saint pape polonais, rompu au dialogue avec les jeunes, qui savait que ce qu’ils attendent – quoi qu’ils en disent parfois – n’est pas un laxisme, encore moins un conformisme, mais une parole exigeante, une provocation à donner le meilleur d’eux-mêmes, et que l’on pouvait leur faire confiance en les appelant à la radicalité du don total de soi. Tel était le sens des paroles qu’il leur adressait en 1985, à l’occasion de l’année internationale de la jeunesse, et qui demeurent d’une totale actualité : « N’ayez pas peur de l’amour, qui présente des exigences précises… L’Église et l’humanité vous confient la grande question de l’amour sur lequel se fondent le mariage, la famille, et donc l’avenir. Elles vous font confiance : vous sau­rez le faire renaître ; elles vous font confiance : vous sau­rez le rendre beau humainement et chrétiennement. Humainement et chrétiennement grand, adulte et ­responsable1. » Yves Semen, président de l’Institut de théologie du corps.

1.  Jean-Paul II, Lettre apostolique à tous les jeunes du monde à l’occasion de l’Année internationale de la jeunesse, 31 mars 1985, n° 10.

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Introduction Je n’ai que mon corps pour te dire que je t’aime

Peut-on encore croire à l’amour ? Avant d’aborder la réalité du corps, il nous faut partir de celle de l’amour en sa plus haute signification personnelle. Car s’il y a un mot qui continue de nous faire rêver, c’est bien le mot « amour ». « Qui, aujourd’hui, n’est pas amoureux de l’amour1 ? » demande Xavier Lacroix. Le mot « amour » reste un de ces mots magiques et inusables, qui continuerait à faire l’unanimité parmi nos contemporains. Même si nous n’osons peut-être pas y croire, reconnaissons que nous recherchons tous, d’une manière ou d’une autre, à vivre un « grand amour ». Aimer et être aimé en vérité, jusqu’au bout, est une expérience grandiose qui correspond à notre aspiration la plus profonde, en tant que personne humaine. Qui revendiquerait autre chose ? Qui aspirerait à un petit amour passager, mesquin, utilitaire, juste pour 1. Xavier Lacroix, Les Mirages de l’amour, Paris, Bayard, 1987, rééd. revue 2010, p. 13.

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passer le temps ou pour tromper l’ennui ? Nous sommes exigeants et nous avons raison de l’être, car sur ce terrain, nos attentes sont infinies, nos aspirations, absolues. Et en effet, l’amour semble tout promettre : le repos, la reconnaissance, l’harmonie, une communication sans faille, une complicité totale, le vrai bonheur né de cette certitude que notre existence prend enfin du prix aux yeux de quelqu’un, au moment où peut-être nous doutons de nousmêmes. Pourtant – et c’en est parfois troublant –, si l’amour est la source des plus grandes joies, il provoque aussi les plus grandes souffrances. L’amour censé conduire au vrai bonheur apporte souvent bien des déceptions, des malentendus, des violences, d’autant plus blessantes qu’on ne s’y attendait pas. À une époque si critique, si rapide à débusquer les mythes et les illusions naïves, l’amour résiste assez bien, restant un objet de vénération, de culte, d’adoration sans égal. L’amour serait-il ce « dernier lieu d’enchantement dans un monde désenchanté1 ? » On limite souvent l’amour à ses premières manifestations extraordinaires : coup de foudre, élan affectif énigmatique et puissant vers l’autre, étrange légèreté ou fièvre intense, papillons dans le ventre et accélération du rythme cardiaque sont au rendez-vous, une vraie maladie ! On tomberait amoureux comme on tombe malade. Les mirages de l’amour naissant, agrémentés de ce sentiment amoureux inattendu et fulgurant, ont fasciné la littérature universelle. Ainsi explose l’amour dans le chef-d’œuvre tragique de 1.  Ibid., p. 14.

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INTRODUCTION

Jean Racine, où Phèdre perd tous ses moyens à la seule vue du jeune et bel Hippolyte, oubliant au passage toute la retenue qu’exigeraient la bienséance, une juste prudence et une salutaire tempérance. C’est pour le fils de son mari qu’elle ose confesser son ardeur ! Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue, Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; Je sentis tout mon corps et transir et brûler1.

Telle la foudre, l’amour, le grand amour tomberait sur sa victime, envahissant son corps, comme une force fulgurante et fatale, dont seul l’avenir dira si c’était un chemin de croissance, de bonheur ou de chute ! La suite du drame racinien est révélatrice : le désir exacerbé dans la passion amoureuse prend possession de l’amante affolée et si contradictoire en ses sentiments. L’amour est vécu par ­l’héroïne comme une véritable aliénation, une folie dangereuse et redoutable. C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ; J’ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur2.

1.  Racine, Phèdre, I, 3, v. 273-276. 2.  Ibid., v. 306-309.

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Mais si tel est vraiment l’amour, où donc est le bonheur promis ? Où sont la joie et la paix attendues ? Que reste-­t-il de la liberté, de la décision, du choix personnel, de l’engagement ? Et en effet, l’amour humain, tel qu’il est vécu concrètement, n’est pas si facilement analysable : besoin impérieux et viscéral ? désir mystérieux ? enchantement soudain ? aspiration profonde pour toute la vie ? itinéraire progressif avec ses étapes repérables ? histoire commune à construire ? traversée risquée de la vie à deux ? les facettes de l’amour humain sont multiples. Dans une vision dynamique et plus réaliste, l’amour se révélera surtout comme un processus qui se déploie dans le temps, une histoire commune à construire jour après jour, où chaque dimension s’intégrera progressivement. L’autre sexe est source d’étonnement Expérience intégrale, l’amour est vécu dans toute la profondeur de la personne humaine, en son corps, son cœur et son esprit. Corps d’homme ou corps de femme, cœur d’homme ou cœur de femme1, c’est bien la personne tout entière qui est sexuée, marquée par cette altérité qui la fait garçon ou fille, homme ou femme. Posons avec le philosophe Emmanuel Levinas que de toutes les différences, la différence sexuelle est la plus primordiale, la plus universelle. Elle nous marque en profondeur, dès la première seconde de notre conception. C’est « la différence ­tranchant

1.  Sur la question de l’altérité homme-femme, nous nous permettons de renvoyer à notre étude Homme et Femme. L’altérité fondatrice, Paris, Éd. du Cerf, 2008, mais aussi aux approches suggestives de John Elderedge, Indomptable. Le secret de l’âme masculine, Pontault-Combault, Farel, 2005, ainsi qu’à John et Stasi Elderedge, Cœur de femme, Pontault-Combault, Farel, 2007.

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INTRODUCTION

sur les différences1 », celle qui donne sens à toutes les autres différences plus relatives, d’âge, de culture, de milieu. C’est par cette première différence que nous accédons à toutes les autres. Elle précède et traverse toutes les autres. Chacun de nous est traversé tout entier par elle, depuis le timbre de sa voix jusqu’au noyau de chacune de ses cellules, et chacun de nous est né de la différence, fruit de l’union de deux êtres sexués, de sexe opposé. La différence sexuelle est donc la différence la plus profonde, dans laquelle s’enracinent toutes les autres différences plus relatives d’âge, de culture, de milieu social. C’est une différence posée au cœur de l’humanité, certes, mais on ne peut pas dire pour autant qu’il y ait deux humanités. Il y a bien une seule humanité mais dont la caractéristique fondamentale, la « nature », est d’être sexuée, intrinsèquement différenciée. C’est donc une différence qui n’oppose pas les sexes pour les séparer, mais qui pose une limite rendant possible un lien d’alliance : je ne suis qu’un homme, je ne suis qu’une femme, je n’exprimerai pas toute l’humanité à moi tout seul. Cette limite est ce qui permet une rencontre faite de reconnaissance, d’inattendu et d’émerveillement. L’amour est d’abord reconnaissance de la valeur de l’autre en ce qu’il est autre. Aimer, c’est pouvoir dire : « je te reconnais comme une personne unique, précieuse à mes yeux, toi qui es si différent de moi ». L’altérité des sexes est donc l’altérité la plus radicale et la plus irréductible. C’est une altérité fondatrice d’humanité. Être sexué, c’est en effet être structuré dans tout son être 1. Emmanuel Levinas, Le Temps et l’Autre, Paris, PUF, 1979, p. 14.

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par la relation à l’autre. Être sexué signifie au moins une chose très simple : je ne m’accomplirai pas sans rencontrer l’autre de l’autre sexe d’une manière ou d’une autre, je ne serai pas fécond sans entrer en relation d’alliance personnelle avec l’autre de l’autre sexe. Le fait universel de l’éternelle attirance de l’homme et de la femme donne d’entrevoir le mystère d’une irréductible altérité, inscrite dans la chair et dans le cœur et dont la visée fondamentale est l’amour comme communion des personnes. Du sentiment amoureux à l’amour durable Au commencement d’une relation amoureuse, entre l’appel du cœur – le sentiment amoureux – et l’appel du corps – l’attrait charnel –, il peut y avoir comme une tension : on dit les filles plus sentimentales et les garçons plus physiques. Ce n’est pas faux, mais attention à la caricature ! Il est utile de distinguer, mais en évitant d’opposer ces deux composantes qui s’appellent mutuellement. Il y a d’une part l’attrait charnel vers l’autre de l’autre sexe, ­l’attrait physique. Voir le corps, se laisser émouvoir par la courbure d’une épaule, sentir sous ses doigts palpiter le mystère d’une vie ou se laisser toucher par la lumière d’un beau visage est une expérience grandiose et troublante. Il y a d’autre part l’ébranlement affectif produit par le sentiment éveillé en présence de l’autre. Sa manière unique d’être, sa présence, sa parole, son regard font vibrer intensément le cœur. Tout se passe comme si une attente très intime, très ancienne, trouvait enfin sa réponse. Attrait charnel et sentiment amoureux sont les ingrédients de base d’une relation commençante. Ils sont donnés comme une

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grâce initiale, mais restent fragiles et menacés d’illusion. Les jeunes amants se laissent facilement piéger par les « mirages de l’amour1 ». C’est à propos de cette étape initiale du sentiment amoureux commençant qu’une idée cherche aujourd’hui à s’imposer : l’amour dure trois ans et cela s’expliquerait physiologiquement ! L’amour se limiterait à cette alchimie des sentiments et de l’attrait charnel, liée à des taux hormonaux porteurs, notamment la fameuse ocytocine, « l’hormone de l’amour », qui provoquerait un fort sentiment d’attachement, créant les conditions d’une fidélité temporaire à l’être aimé. En dépit de la part de vérité de ces études, il faut avoir le courage de reconnaître que l’amour ne se limite pas à cet éphémère équilibre psycho-physiologique ! L’Amour avec un grand A, c’est-àdire celui auquel nous aspirons intérieurement, dans la vérité de notre personne, ne peut que durer toujours ! Il est d’abord une aspiration inscrite au plus profond de notre cœur et que notre corps sexué cherche – parfois bien maladroitement – à exprimer. Une étude récente montre que les adolescents d’aujourd’hui en ont une forte intuition2. Ce qu’ils plébiscitent, c’est la possibilité d’aimer la même personne toute la vie ! Étonnant ? Pas tant que cela. Ainsi, par-delà cette grâce initiale du sentiment amoureux et de l’attrait charnel, nous pressentons un mystère tellement plus grand, plus large, plus définitif. Un immense chemin s’ouvre, et sera à parcourir pour découvrir à quelle communion unique nous sommes appelés, communion 1.  Expression de Louis Beirnaert, Aux frontières de l’acte analytique, Paris, Éd. du Seuil, 1987, p. 154. 2.  Selon le rapport Pfizer-Ipsos (mai 2015), 91 % des 15-18 ans considèrent que ce qui est important dans une relation amoureuse, ce n’est pas « le sexe », mais « aimer et être aimé ».

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tissée au fil des jours entre deux personnes si différentes. L’amour est donc un processus vivant, un dynamisme qui se déploie dans le temps. Par-delà l’exaltation affective, fûtelle délicieuse, par-delà le sentiment amoureux, avec ses fougues et aussi ses illusions, par-delà l’attrait irrésistible des corps, il y aura la décision lucide – qui ne va d’ailleurs pas sans un grain de folie ! – d’oser l’aventure. Oser dire à une personne ce oui clair et fort, ferme et définitif, qui l’emportera sur toutes les fragilités de la sphère affective. Pardelà le sentiment, il y a le choix libre de se donner totalement et définitivement, jour après jour, de tout son corps, de tout son cœur, à une personne qui devient vraiment l’unique de sa vie. Il ne s’agit plus seulement d’un ressenti affectif, d’un attrait spontané, il s’agit de prendre la décision de s’engager à aimer pour la vie, s’engager à poser des actes concrets qui incarneront cet amour. C’est tout autre chose, car comme l’écrivait Denis de Rougemont : « Être amoureux est un état, aimer est un acte1. » Le corps humain : objet ou sujet ? Or – et c’est un fait d’expérience commune, toujours vécu singulièrement –, pour vivre et exprimer cet appel si profond du cœur à aimer, je n’ai que mon corps. C’est donc dans et par mon corps que l’essentiel va se jouer. Mais qu’est-ce que « mon corps » ? une simple écorce ? une belle apparence à soigner ? le « tombeau de l’âme » comme l’écrivit Platon2 ? l’ennemi secret, la bête sauvage ou le 1. Denis de Rougement, L’Amour et l’Occident (1939), Paris, 10/18, 2010. 2.  « Ce sépulcre que nous promenons avec nous et que nous appelons le corps, enchaînés à lui comme l’huître l’est à sa coquille », Platon, Phèdre, 250 c. Autres occurrences : Gorgias, 493 a-c, Phédon, 82 a-c, Cratyle, 400 c-d.

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INTRODUCTION

« frère âne » comme l’appelait malicieusement saint François d’Assise ? Le corps représenterait cette matière opaque dont il faudrait s’émanciper pour naître à la vie lumineuse et pure de l’esprit ? Le corps n’est-il donc qu’un écran masquant la vie de l’âme ? Et si, au contraire, le corps, loin de cacher la vie intime de la personne humaine, la révélait, l’exprimait, lui donnait de paraître ? En effet, il est tentant – et c’est très actuel – de faire de son corps un objet, un magnifique objet qui confond par sa beauté, sa complexité, ses ressources : objet de performance sportive, objet d’art – et pas seulement dans le body-­ painting –, objet publicitaire, objet de mode, objet de séduction, objet sexuel, objet du voyeurisme pornographique, objet pour la recherche médicale, objet d’amélioration technique sans fin dans l’utopie transhumaniste, peu importe, mais « objet ». Ce corps-objet capable de tant de performances est devenu un formidable faire-valoir pour le sujet. Or, c’est ce même corps qui se rappelle à nous parfois brutalement comme un fardeau – le « poids du réel1 » – imposant ses exigences, ses fragilités, sa vulnérabilité, ses blessures, ses handicaps, ses maladies, ses douleurs, ses fatigues, son vieillissement. Ce corps devenu inutile semble n’être plus que ce poids mort que la société rejette aussi rapidement qu’elle l’a adulé. Le corps qui était si valorisé dans sa beauté juvénile est alors caché, honteux, devenu cruellement indécent, pour être finalement mis au rebut.

1.  Voir Denis Vasse, Le Poids du réel. La souffrance, Paris, Éd. du Seuil, 1983.

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UN CORPS POUR SE DONNER

L’ambivalence contemporaine semble à son comble. Ainsi, jamais le corps n’a été autant mis en valeur, embelli, idolâtré, corps de jouissance, corps sportif, corps des top modèles et des stars exhibés sur papier glacé – et parfois glaçant –, et jamais sa consistance concrète n’a été autant mise en doute tant il est idéalisé, déréalisé, photoshopé, tels aussi ces corps sans épaisseur des mannequins sans formes, astreints à de terribles régimes. Point commun de toutes ces tendances apparemment contradictoires : le corps semble désormais séparable de la personne, un objet constituant une sorte de vitrine qui resterait extérieure à la personne. Mais en réalité – et nous le savons d’expérience intime – notre corps est inséparable de notre personne tout entière. Il est la seule réalité du monde sensible qui ne soit pas d’abord objet mais sujet, expression d’une vie subjective, mieux, d’une vie personnelle. Le corps vécu – la chair – est corps tissé de significations. Il est comme un livre ouvert qu’il nous faut apprendre à lire, à déchiffrer. Il devient parole vivante, expression d’un sens. Envisager le corps comme expression de toute la personne, c’est alors lui redonner son caractère de « visage1 », de rayonnement sensible d’une présence personnelle infiniment respectable. À l’inverse, le dévisager, c’est le réduire au rang d’objet utilisable, manipulable, commercialisable. Ainsi, le corps est riche des significations les plus personnelles2. Il exprime une capacité unique de se donner et d’accueillir le don de l’autre. Respecter la dignité de la personne, c’est donc 1.  Voir Emmanuel Levinas, Éthique et Infini, Paris, Fayard, 1982, p. 87-97. 2.  Nous avons développé une telle « herméneutique du corps sexué », en sa visible masculinité et féminité, dans notre ouvrage Homme et Femme, p. 239-255.

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INTRODUCTION

d’abord respecter son corps, et pour cela écouter ce langage du corps. Le corps est vraiment un paradoxe. Il révèle que dans le visible de la chair se donne à voir un mystère invisible. Dans le sensible affleure le mystère fragile d’une vie personnelle absolument unique, irremplaçable, infiniment précieuse. Tout dépend de la qualité de notre regard En outre, c’est bien ce même corps qui est en jeu dans la plus humble rencontre quotidienne. Mon corps est ce qui me rend accessible à l’autre, ce qui lui donne prise sur moi, et c’est à travers mon corps que je peux m’offrir à l’autre. Plus profond que ce que l’on nomme injustement les « apparences physiques », le corps est l’« apparaître » charnel de la personne. Il est même par moment « apparition », comme une révélation bouleversante, pour celui qui a des yeux pour voir. En témoignent ces quelques lignes lumineuses du philosophe ardéchois Gustave Thibon : Le monde sensible n’est qu’apparence, soupire la vieille sagesse. Le mot est ambivalent. On l’emploie dans le sens de révélation (que saurions-nous si rien ne nous apparaissait ?) et dans celui d’illusion et de mensonge, quand on oppose l’apparence à la réalité. Tout dépend de la qualité de notre regard : quand la vision intérieure s’ajoute à la vue charnelle, nous voyons la réalité invisible en même temps que l’apparence sensible : l’apparence devient apparition1.

1. Gustave Thibon, Notre regard qui manque à la lumière, Paris, Fayard, 1970, p. 31.

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UN CORPS POUR SE DONNER

Ainsi tout dépend de la qualité de notre regard. Le regard est juste quand il vient du centre le plus personnel de nousmêmes, le cœur. « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux1 », tel est le secret que le Renard livre au Petit Prince. Nous ajouterions : l’essentiel affleure aux yeux de chair de celui qui voit d’abord à partir de son cœur. Ainsi, pour que le corps redevienne expression du mystère de la personne tout entière, il nous faut sans doute réapprendre à voir le mystère du corps, il nous faut éduquer notre regard, le purifier. « “Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu” (dans le corps d’autrui)2 » ose écrire Xavier Lacroix. C’est à une telle pureté du regard – et du cœur – que nous invitent les catéchèses sur le corps de saint Jean-Paul II. La force de l’interpellation n’a d’égal que l’enjeu d’une conversion radicale. Cette pureté n’est pas un idéal éthéré et inaccessible, c’est une urgence vitale pour notre temps et spécialement pour tant de jeunes personnes, filles ou garçons, qui désespèrent de trouver un jour le chemin de l’amour véritable, tant ils sont parfois profondément blessés par le regard glaçant et utilitaire avec lequel une société entière dévisage le corps. C’est à cette pureté du regard que nous convie la Parole biblique, et tout spécialement le Cantique des cantiques, sorte de point d’orgue de la théologie du corps, comme de la Bible tout entière. Pour dire son amour émerveillé, le bien-aimé – étranger à toute pudibonderie gênée – nomme généreusement le corps de sa bien-aimée, et avec quelle audace et quelle pureté !

1. Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Paris, Gallimard, coll. « NRF », 1946, p. 72. 2. Xavier Lacroix, Le Corps de l’esprit, Paris, Éd. du Cerf, 2002, p. 33.

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INTRODUCTION

ELLE Mon bien-aimé, pour moi, est un sachet de myrrhe : entre mes seins, il passera la nuit. Mon bien-aimé, pour moi, est un rameau de cypre parmi les vignes d’Enn-Guèdi. LUI Ah ! Que tu es belle, mon amie ! Ah ! Que tu es belle : tes yeux sont des colombes ! ELLE Ah ! Que tu es beau, mon bien-aimé : tu es la grâce même ! La verdure est notre lit ; les cèdres forment les poutres de notre maison et les cyprès, nos lambris. LUI Comme ils sont beaux, tes pieds, dans tes sandales, fille de prince ! Les courbes de tes hanches dessinent des colliers, œuvre de mains artistes. Ton nombril : une coupe ronde où le vin ne tarit pas. Ton ventre : un monceau de blé dans un enclos de lis. Tes deux seins : deux faons, jumeaux d’une gazelle. Ton cou : une tour d’ivoire.

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UN COR P S P OUR S E DONNER

Tes yeux : les vasques de Heshbone à la porte de Bath-­ Rabbim, et ton nez, comme la tour du Liban, sentinelle tournée vers Damas. Ta tête se dresse comme le Carmel. Sa parure est de pourpre ; un roi s’est pris dans ces tresses. Ah ! Que tu es belle ! Que tu es douce, amour, en tes caresses ! Tu es élancée comme le palmier, tes seins en sont les grappes. J’ai dit : je monterai au palmier, j’en saisirai les fruits. Tes seins, qu’ils soient comme des grappes de raisins, ton haleine, comme une odeur de pomme, ta bouche, un vin exquis…

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Table des matières Préface du cardinal Philippe Barbarin ......................... 9 Présentation d’Yves Semen .......................................... 13 Introduction : Je n’ai que mon corps pour te dire que je t’aime ................................................................ 21 Peut-on encore croire à l’amour ? ........................... 21 L’autre sexe est source d’étonnement ...................... 24 Du sentiment amoureux à l’amour durable ............ 26 Le corps humain : objet ou sujet ? .......................... 28 Tout dépend de la qualité de notre regard .............. 31 Chapitre I : Beauté et fragilité des gestes de l’amour .... 35 L’amour, un grand travail ! ..................................... 35 Le regard ................................................................ 38 La caresse ............................................................... 40 L’étreinte ................................................................. 41 Le baiser ................................................................. 41 L’union charnelle .................................................... 43 Jalons pour une éthique des gestes charnels ............ 44

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UN COR P S P OUR S E DONNER

Chapitre II : La signification sponsale du corps : une Révélation ............................................................ 51 Magistère génial en des temps incertains ................ 51 La sexualité et le mariage, au risque de l’histoire de l’Église ............................................................... 54 La passion pour l’amour humain de saint Jean-Paul II .................................................... 61 Aimer, c’est se donner à un autre et le recevoir en cadeau ................................................................ 66 Sommes-nous capables d’un tel don de soi ? ........... 78 Le don, principe de l’anthropologie théologique ..... 79 Le canal et le bassin ................................................ 83 Une théologie du corps pour une « anthropologie adéquate » .............................................................. 85 Contempler le triptyque couronné .......................... 89 Chapitre III : L’homme et la femme dans la lumière de l’Origine – Premier tableau ..................................... 93 Le Christ en appelle à l’Origine .............................. 93 La solitude originelle : à qui pourrais-je me donner ? ............................................................ 96 L’unité originelle : faire un, comme Dieu ................ 98 La nudité originelle : rien à cacher ! ........................ 101 Le corps sexué, un merveilleux langage .................. 104 Chapitre IV : L’homme et la femme dans la condition historique, blessés par le péché et appelés par le Christ – Deuxième tableau ................................ 109 La nudité devenue menace pour la dignité humaine : la honte ! ................................................................ 110

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TA B L E DE S M ATI È RE S

La domination mutuelle : la guerre des sexes est déclarée ............................................................. 111 Le regard ambigu : mensonge d’un séducteur ......... 112 Le corps est innocent mais le cœur est devenu un champ de bataille ............................................... 114 Retrouver la pureté du cœur pour réentendre l’écho de l’Origine .................................................. 116 Chapitre V : L’homme et la femme dans la lumière de la Résurrection – Troisième tableau ....................... 117 Une chair sexuée pour ressusciter ? ......................... 119 Le sens du mariage à la lumière de la Résurrection ................................................... 123 Le sens de la virginité pour le Royaume à la lumière de la Résurrection ............................... 128 L’unique vocation de la personne : la joie de se donner ........................................................... 133 Chapitre VI : La vocation au mariage ......................... 139 Pourquoi se marier, quand tant de couples divorcent ? .............................................................. 140 Le mariage est une véritable vocation à la sainteté ............................................................. 143 Quand Jésus lui-même s’invite aux noces humaines de Cana .................................................................. 147 Chapitre VII : Le sacrement de mariage : un grand mystère ........................................................ 149 Un serment irrévocable ........................................... 149 Un « sacrement primordial » : le signe du corps sexué donné à la Création ...................................... 151 183

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UN COR P S P OUR S E DONNER

Le Grand Mystère ou le secret de Dieu ................... 153 L’unité du signe : donner sa parole et donner son corps ................................................................ 158 Dans le sacrement de mariage, l’Époux vient à la rencontre des époux ......................................... 161 Un ministère conjugal ............................................. 165 Conclusion : L’Évangile du corps ou la joie du don pour tous .................................................................... 169 Remerciements ............................................................ 179

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