LES MANIFESTATIONS DU SECRET
mineures de clercs et de religieux depuis 1950. Autant de secrets qui concernent à la fois la famille et une institution, et dont les conséquences peuvent être négatives, voire dangereuses pour les personnes qui y ont été exposées. Car révéler ne fait pas tout ! Et si taire semble être la partie la plus facile dans la constitution d’un secret, il n’en reste pas moins que l’auteur et la victime deviennent en quelque sorte les jouets de la dissimulation. Dans le cas des enfants abusés par des religieux, on pourrait penser qu’il a été facile de taire les faits. Mais ces enfants ont été dans l’impossibilité d’en parler.
NON-DIT OU SECRET ?
Si la différence est minime à première vue, la souffrance qui en découle est en réalité beaucoup plus grande. Dans le cadre du non-dit, l’individu qui a vu ou subi un événement qu’il n’aurait pas dû voir ou subir (par exemple, un de ses parents dans une situation délicate avec un amant ou une maîtresse) est dans l’obligation de se taire, par peur d’une punition ou de représailles. Il se trouve contraint de ne pas en parler pour sauver l’honneur et la respectabilité de la famille. Il pourrait penser ceci : « Si je parle, je vais me faire gronder ou punir ». En revanche, le secret implique l’impossibilité de dire les choses : « Je ne peux pas parler parce que je risque ma vie, parce que quelqu’un peut en mourir » ; ou bien parler est tellement impensable que la personne n’est pas en capacité psychique de se représenter l’événe17