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L’EXCLU


Édition originale publiée en anglais sous le titre The Beautiful Gate © Bob Ekblad, 2016 La présente traduction est publiée en accord avec The People’s Seminary Press Édition française Direction : Jonathan Boulet Direction éditoriale : Katie Badie Édition et fabrication : Coraline Fouquet Traduction : Philippe Malidor Relecture : Marie Lefebvre-Billiez © Éditions Scriptura, 2019 3, rue Sainte-Lucie, 75015 Paris Sauf mention contraire, toutes les références bibliques sont tirées de la Nouvelle Bible Segond © Société biblique française, 2002 Mise en page : Coraline Fouquet Couverture : Valeur Graphique Photo de l’auteur : © The Seattle School of Theology and Psychology Icônes : Freepik, www.flaticon.com ISBN 978-2-37559-005-8 (SB0016) Dépôt légal 2e trimestre 2019 Numéro d’impression : 903428 Imprimé en France www.editions-scriptura.com


Bob Ekblad

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L’EXCLU

UN APPEL AUX CHRÉTIENS


PRÉFACE Quelques membres de notre communauté de L’Arche au Honduras ont eu la joie de connaître Bob et sa femme Gracie au moment où ils réunissaient les paysans pauvres de la région pour leur montrer de nouvelles façons de cultiver la terre, afin de produire des récoltes plus abondantes. En même temps, ils les aidaient à découvrir une vie avec Jésus dans les Évangiles. De nombreuses années plus tard, Bob et Gracie sont venus me visiter à Trosly. Ils ont alors partagé aux assistants l’enseignement qu’ils donnaient dans une faculté de théologie aux États-Unis et en Angleterre, à des jeunes destinés à évangéliser dans les prisons. J’ai été profondément ému par leur mission auprès des gens incarcérés les plus cassés. Ce livre profondément intéressant révèle un homme qui connait admirablement les écrits du Nouveau Testament et qui prend le message et les promesses de Jésus au sérieux. Il a reçu un don profond de l’Esprit Saint, comme les premiers disciples de Jésus le jour de la Pentecôte. Inspiré par l’Esprit, Bob traverse les murs de nos sociétés, les murs des prisons et les murs des quartiers malfamés dans certaines villes d’Asie, d’Amérique, d’Europe et d’Afrique, pour rencontrer les hommes de la mafia, humainement dangereux. Il leur parle de Jésus ou plutôt, il discute et dia-

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logue avec eux au sujet des paroles et des actions de Jésus, écrites dans les Évangiles. La présence de Bob dans ces prisons et ces quartiers malfamés montre combien Jésus aime les personnes les plus exclues, les plus rejetées et méprisées par la société. Non seulement il touche par sa parole le cœur de ces hommes mais il devient leur ami. Il les aide de différentes manières et il reste en contact avec certains quand ils sortent de prison. Ce livre passionnant nous dévoile un homme complètement donné à Jésus et à l’Esprit Saint, et qui se laisse guider par eux comme l’étaient Jean, Pierre et Paul. Ceux qui écoutent Bob prennent conscience que sa parole est de Dieu, et qu’il est un homme de Dieu. Ils découvrent combien Jésus est proche d’eux et de toutes les personnes les plus exclues et marginalisées. Ce livre devrait être lu par tous les disciples et amis de Jésus pour que les murs qui séparent les hommes tombent, et que les personnes à la marge de nos sociétés découvrent combien elles sont aimées de Dieu.

Jean Vanier Fondateur de l’Arche

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Pierre et Jean montaient au temple à l’heure de la prière (la neuvième heure). Or on portait un homme infirme de naissance, qui était placé tous les jours à la porte du temple appelée la Belle, pour demander un acte de compassion à ceux qui entraient dans le temple. Voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, il se mit à demander un acte de compassion. Pierre, avec Jean, le fixa et dit : Regarde-nous. Lui les observait, s’attendant à recevoir d’eux quelque chose. Mais Pierre dit : Je ne possède ni argent, ni or ; mais ce que j’ai, je te le donne : par le nom de Jésus-Christ le Nazoréen, lève-toi et marche ! Le saisissant par la main droite, il le fit lever. A l’instant même, ses pieds et ses chevilles devinrent fermes ; d’un bond il fut debout et il se mit à marcher. Il entra avec eux dans le temple, marchant, sautant et louant Dieu. Tout le peuple le vit marcher et louer Dieu. On le reconnaissait : c’était lui qui était assis à la Belle Porte du temple pour demander des actes de compassion ; les gens furent remplis d’émoi et de stupéfaction au sujet de ce qui lui était arrivé. Actes 3.1-10


INTRODUCTION Le premier miracle qui suit l’Ascension de Jésus et la Pentecôte se passe en Actes 3, lorsque Pierre et Jean guérissent un homme infirme de naissance qui se tient à l’extérieur de la porte du temple. Les deux disciples montent au temple à la neuvième heure, qui est celle de la prière (Ac  3.1). Ils sont nouvellement remplis du Saint-Esprit, mis en capacité d’incarner et de proclamer l’amour bouleversant de Dieu comme le fit Jésus. Ils ont également implanté une communauté de croyants qui s’accroît et qui fait l’expérience de formidables signes et prodiges  ; ils partagent ce qu’ils possèdent, mangent et prient ensemble et célèbrent Dieu (Ac 2.43-47). Ce sont les participants actifs d’un mouvement nouveau, et ceci est un moment décisif. Alors que Pierre et Jean se dirigent vers le lieu de prière « à l’heure de la prière », ils se retrouvent dans la position spirituelle optimale pour entamer une mission qui ressemble à celle de Jésus. Simultanément, un homme infirme de naissance est transporté dans la même direction vers le temple. Son chemin croise celui de Pierre et de Jean à la porte – dont on nous apprend qu’elle est « appelée la Belle » – et cette rencontre explosive va donner l’élan pour la future Église. L’option préférentielle pour les pauvres et les marginaux, la présence respectueuse, l’aptitude aux rapports humains, la puissance reçue et la guérison au nom de Jésus font un tout. L’homme est guéri et se joint à Pierre et à Jean pour franchir la ligne d’exclusion par la Belle Porte.

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Une fois qu’ils sont entrés par la Belle Porte, l’auditoire et la stratégie de Pierre et Jean changent : ils se retrouvent parmi ceux qui sont religieusement respectables. Ce sont de nouveaux enjeux qui se présentent alors que le nouvel admis et ses protecteurs se retrouvent en compagnie de ceux qui les avaient exclus. L’adoration, l’admission et le rassemblement donnent le décor de la prédication. Tels sont le lieu et le moment pour le défi prophétique. Les militants mettent au jour à la fois les mécanismes et ceux qui promeuvent l’exclusion et la mort, et ils appellent les gens à la repentance, à la conversion et à être des agents positifs du changement jusque dans leur plus haute destinée. Le mouvement rallie un nombre significatif d’adhérents, remettant en cause le statu quo. C’est ce qui entraîne l’incarcération de Pierre et de Jean, la persécution de la part des autorités et la première dispersion de la communauté débouchant sur une mission qui va s’étendre jusque vers les nations. Parmi les spécialistes, il n’y a pas de consensus quant à la localisation de la Belle Porte, et nulle part ailleurs dans l’Écriture une porte du temple n’est désignée sous ce nom. Le terme grec, hôraios, signifie : « qui vient à son heure, au bon moment  », et il comporte la notion de «  splendeur  » et par extension de « beau/belle ». Cette définition évoque Ésaïe 52.7 tel que Paul le cite en Romains 10.15 : « Et comment proclamerait-on, si l’on n’est pas envoyé ? Ainsi qu’il est écrit : Qu’ils sont beaux [hôraioi], les pas de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles ! » Le terme de « porte » est souvent employé pour désigner un point d’entrée pour la proclamation de la bonne nouvelle1. Ces textes suggèrent que la Belle Porte est symbolique du seuil bien synchronisé ou optimal pour des rencontres 1. 1 Co 16.9 ; 2 Co 2.12 ; Col 4.3 ; Ap 3.20.

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Introduction

avec Dieu, là où les exclus sont rencontrés, transformés et admis à entrer. Les Évangiles parlent de Jésus franchissant la ligne dans des rencontres de type belle porte avec une grande variété de personnes. Ces récits ont servi de modèles à la fois pour Pierre et pour Jean quand ils donnent leur vie pour suivre Jésus après la Pentecôte, et aussi pour vous et moi qui, aujourd’hui, sommes invités à faire de même. Je fais régulièrement l’expérience de ces rencontres qui tombent pile à la belle porte dans des centres de détention, des pénitenciers, des rues et divers endroits, ici dans le comté de Skagit (le comté de Skagit est un comté de l’État de Washington aux États-Unis) et partout dans le monde. J’ai vécu beaucoup de rencontres avec des personnes semblables à cet infirme, qui vivent aux marges des institutions religieuses, et qui ne recherchent pas Dieu. Ce livre est un appel à suivre Jésus par les belles portes de notre temps et jusque dans ce monde brisé. C’est ici une invitation à rejoindre un mouvement de libération holistique dont la puissance émane du Saint-Esprit. Il y a une urgence dans cet appel, qui fait écho aux paroles de Jésus en Matthieu 7.13-14 : « Entrez par la porte étroite ; car large est la porte et spacieux le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. » Ce livre s’inspire du premier miracle de Pierre et de Jean sans la présence physique de Jésus à leurs côtés. Puissiez-vous être, à votre tour, inspiré par ces récits tirés de la vie et de l’Écriture, et faire l’expérience d’une vie de rencontres qui transforment !

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CHAPITRE 1 ENTREZ PAR LA BELLE PORTE La belle porte est une barrière infranchissable écartant les exclus de la possibilité d’être restauré, et qui devient subitement un passage vers une vie transformée par l’initiative divine. Ces portes sont plus particulièrement des rencontres aux marges où l’intervention de Dieu, dont les disciples de Jésus sont les intermédiaires, permet à quelqu’un qui est rejeté de franchir une barrière pour être accepté, guéri et doté de capacités nouvelles. La perspective de la transformation pour quelqu’un que l’on refoule ouvre un passage d’espérance qui vaut pour n’importe qui, n’importe où, n’importe quand. En Actes 3, Pierre et Jean, les disciples du Christ, participent à une rencontre transformatrice à la Belle Porte, rencontre qui apporte guérison, joie et admission totale à un homme infirme de naissance. La guérison des infirmes était prophétisée par les prophètes d’Israël comme un signe du Royaume messianique, comme dans Ésaïe 35.6  : «  Alors le boiteux sautera comme un cerf, et la langue du muet poussera des cris de joie. Car de l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans la plaine aride. » Jésus lui-même alerte Jean-Baptiste sur l’accomplissement de cette prophétie dans son propre ministère : « Allez raconter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les infirmes marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts se réveillent, la

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bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Lc  7.22) Dans le Royaume de Jésus, les infirmes officiellement exclus sont délibérément inscrits sur la liste d’invitations au banquet dans le Royaume de Dieu2. Pierre et Jean sont les prototypes des chrétiens qui incarnent la continuité du Royaume messianique de Jésus en son absence physique après son Ascension et après la Pentecôte, nous indiquant ainsi la voie à suivre. Dans mon ministère avec Tierra Nueva, les belles portes prennent de multiples formes, y compris des coins de rue, des champs, des prétoires et de vraies portes de prison. Dans les Évangiles, Jésus passe son temps à faire franchir à des exclus des seuils où il est marqué : « Interdit d’entrer » ; il fait office de contrebandier, de passeur, de trafiquant par excellence pour introduire de nouvelles personnes dans son Royaume. Avant d’examiner Actes  3 de près, regardons quelques rencontres de Jésus dans l’Évangile de Luc.

Jésus appelle des délinquants notoires aujourd’hui comme hier Dans l’Évangile de Luc, nous voyons Jésus qui donne à Pierre et à Jean, et à tous les disciples à venir, l’exemple de son approche transgressive des frontières avec l’appel d’un autre disciple, Matthieu, à une belle porte en Luc 5.27-32. Lévi (Matthieu) est un collecteur d’impôts, méprisé et coupé de sa communauté religieuse. Jésus le trouve installé dans sa guérite de percepteur, son lieu de travail, qui est pour lui ce que la barque est au pêcheur ou ce que le lieu de mendicité est au mendiant à la porte du temple. «  Qu’est-ce que 2. Lc 14.13, 21.

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Lévi était occupé à faire au moment où Jésus l’a appelé ?  », voilà une question qui surprend presque toujours les gens habitués à voir l’appel de Dieu adressé aux individus intègres et méritants. «  Il était installé à sa table pour récolter les impôts », c’est une réponse qui a ouvert une belle porte dans une rencontre avec des gangsters hispanophones dans une prison guatémaltèque. Je me suis rendu au Guatemala pour aider une association religieuse à former des aumôniers auprès de gangsters incarcérés, ce qui comportait la conduite d’études bibliques avec des détenus dans deux centres de haute sécurité. Quelques jours avant de partir, j’ai eu en pleine nuit la vision d’un Latino plein de tatouages avec un trou au flanc droit. La première prison que nous avons visitée était entourée de chars et de gardiens pour parer à toute évasion ou à toute complicité extérieure. Nous sommes passés par des grilles avec des gardiens en tenue de combat pour pénétrer dans la principale section d’une prison réservée à un gang de rue guatémaltèque en particulier. Nous sommes entrés dans leur section avec deux prostituées par une dernière série de grilles. Nous nous sommes retrouvés dans un couloir chaotique plein à craquer de détenus. Ceux qui nous accueillaient ont réussi à rassembler un petit groupe de détenus tout au bout du couloir, où nous avons tenté de mettre au point une rencontre de type belle porte en lisant et en débattant sur un récit de la Bible, et en priant. Derrière moi, il y avait une entrée obstruée par un rideau qui nous faisait de la concurrence en détournant l’attention des gens, puisqu’il y avait des hommes en train de s’amuser avec les prostituées qui étaient entrées avec nous. Des jeunes se baladaient dans notre cercle en tirant des taffes sur leurs ciga-

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rettes ou en faisant semblant de parler dans des téléphones portables, essayant de faire rentrer ce qu’ils pouvaient dans leur âme assoiffée tout en veillant à ne pas montrer qu’ils étaient intéressés. Beaucoup étaient torse nu, arborant des tatouages de gangsters très élaborés sur la poitrine, sur le dos et sur le visage. Je ne voyais personne avec un trou repérable dans le flanc droit, comme l’homme dont j’avais eu la vision. Le lendemain, avec deux collègues, je me suis rendu dans l’une des prisons d’Amérique centrale les plus connues pour des scandales et des assassinats. Là, derrière des murs surmontés de barbelés en lames de rasoir, des membres d’un autre gang rival étaient détenus. Les gardiens nous ont guidés entre des murs chargés de fresques représentant Jésus à table avec ses disciples au cours de la Sainte-Cène, jusqu’à des grilles menaçantes avec un garde armé. Une fois cette grille franchie, on nous a laissés seuls au milieu d’une centaine de prisonniers. Nous avons traîné et discuté avec quelques hommes dans la cour de la prison, y compris avec un homme qui était identifié comme le chef principal. On le connaissait sous le nom de Psycho. Il m’expliqua que beaucoup des détenus les plus vieux avaient perdu leur père dans les escadrons de la mort ou les conflits en Amérique centrale dans les années 1980. Un grand nombre de jeunes, hommes et femmes, à la dérive et apeurés, avaient migré, dans leur adolescence, vers les États-Unis. Beaucoup avaient commencé par se rallier à ces gangs là-bas, où ils avaient commencé, à Los Angeles. Le trafic de drogue et d’autres crimes les avaient fait atterrir dans le système carcéral de Californie, et par voie de conséquence dans les mains des services de l’immigration américaine, qui les avait réexpédiés vers leurs pays d’origine. Au Guatemala, au Salvador et

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au Honduras, ces gangs prospéraient sur le terreau fertile de l’absence de père et d’emploi, sur les divisions entre classes sociales et sur la violence endémique. La plupart des détenus étaient des recrues plus récentes, et il y en avait encore plus qui n’avaient pas eu assez de chance pour atterrir en prison, ayant été tués par la police. Il continua à expliquer que beaucoup d’entre eux étaient descendus ou emprisonnés uniquement à cause de leurs tatouages, et que les forces de l’ordre les accusaient de tout ce qui allait mal dans leur pays, y compris de leurs propres crimes. Comme la conversation s’effilochait, j’ai demandé où étaient les toilettes. Un détenu du nom de Shark, avec des tatouages sur toute la poitrine, proposa de me montrer où étaient les toilettes les plus proches. Notre hôte murmura que Shark était l’autre caïd, juste au moment où je remarquai une cicatrice béante sur son flanc droit en me rendant compte que c’était l’homme de la vision que j’avais reçue deux nuits auparavant. Je le suivis, le cœur battant, jusque dans les recoins sombres de la prison, cherchant des indices de ce que l’Esprit attendait de moi, comme je le lui demandais en priant silencieusement. En ressortant des toilettes, Shark me demanda humblement si j’aurais aimé voir sa cellule. J’acceptai et je le suivis par un corridor étroit. Il s’arrêta devant la porte ouverte de sa cellule et m’invita chaleureusement à entrer, s’empressant de m’apporter une chaise en plastique pour m’y asseoir. Du rap se déversait de sa grosse radio, et il baissa tout de suite un peu le son pour que nous puissions parler. Je lui demandai ce que c’était que cette cicatrice, et il me raconta qu’il avait reçu dans l’abdomen une balle tirée par la police lors d’une confrontation et qu’il avait failli mourir. Il avait fini par s’en remettre après des mois d’hôpital. Par la suite, il avait été condamné à 120 ans de prison et incarcéré.

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Je lui parlai de la vision que j’avais eue au milieu de la nuit, deux nuits plus tôt chez moi dans l’État de Washington, de cet homme avec des tatouages sur la poitrine et un trou sur son flanc droit. Je lui dis que j’avais cherché quelqu’un qui correspondait à cette description. Il était visiblement ému. Je lui expliquai que je ne savais pas pourquoi Dieu aurait pu vouloir qu’on se rencontre mais que, étant pasteur et priant régulièrement pour des gens, je serais heureux de prier pour lui et pour toute chose qu’il aurait sur le cœur. « Quand on est leader de gang en prison, j’imagine qu’il doit y avoir pas mal de stress et qu’on aspire à être guidé avec sagesse et clarté, poursuivis-je. Est-ce qu’il y a une chose pour laquelle vous voudriez que je prie ? » lui demandai-je. Je lui offris un CD de musique de louange que j’avais apporté, et un exemplaire de mon livre, Leer la Biblia con los desgraciados3, qu’il accepta de très bon cœur. Immédiatement, il allongea le bras pour arrêter le rap, alors que j’insistais en disant qu’il pouvait très bien le laisser. Mais il insista pour passer le CD que je lui avais apporté, et un morceau contemplatif à la flûte remplit la cellule. Je priai pour la santé de son fils, et pour sa femme, et je le bénis avec l’amour et la paix de Dieu. La présence de Dieu était palpable, elle nous réchauffait comme un feu de camp, là, dans sa cellule. Je lui demandai s’il n’avait pas remarqué quelque chose, et il me dit qu’il éprouvait une grande paix et qu’il se sentait bien. Je lui dis ma conviction que nous ressentions la présence de Jésus, qui est venu et qui continue à venir pour montrer l’amour de Dieu et son amitié à ceux qui sont pauvres et qui ont le cœur brisé, et aux pécheurs. Je lui fis part de ma conviction que Jésus se ferait une joie d’être avec lui tous les jours et à chaque heure 3. Lire la Bible avec les exclus, Lyon, Olivétan, 2008.

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s’il voulait bien l’inviter à habiter ici dans sa cellule, dans sa vie, dans son cœur. Je lui expliquai qu’il veut notre assentiment total parce qu’il ne veut pas s’imposer : question de respect. Il indiqua humblement qu’il était d’accord et il dit qu’il voulait que Jésus soit avec lui à partir de maintenant. Nous avons prié ensemble, et c’est ainsi qu’il reçut Jésus dans sa cellule et dans son cœur. Tout cela s’était déroulé en quelques minutes alors que les autres attendaient dans la cour pour une réunion qui était prévue. De là, je suivis Shark pour revenir à la cour principale de la prison, et nous allâmes directement dans un rassemblement d’à peu près quarante détenus. Les aumôniers firent les présentations. Après une prière d’introduction pour inviter l’Esprit à être présent, je leur dis que nous croyions que Jésus était de leur côté et je présentai une chanson que Chris, mon collègue de Tierra Nueva, avait écrite  : «  Jesus, Friend of Sinners  » (Jésus, l’ami des pécheurs). Je demandai aux participants s’ils voulaient bien que David, mon partenaire de Tierra Nueva au Honduras, fasse le tour avec moi afin de prier silencieusement pour chacun d’entre eux pendant que Chris chanterait. Les chefs de gangs firent signe qu’ils étaient d’accord, tous les hommes semblaient l’être aussi, alors nous avons commencé. La présence de Dieu se fit fortement sentir pendant que David et moi franchissions un cran de plus en demandant la permission d’imposer les mains à chaque personne qui était dans le cercle pendant que Chris chantait : « Jésus, ami des pécheurs, nous t’aimons. » Puis je présentai l’étude biblique que je proposais sur l’appel que Jésus lance à Lévi en Luc 5.27-39. Je détaillai comment Lévi (alias Matthieu) était un collecteur d’impôts – un membre d’une classe de gens bien connue que presque tout

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le monde haïssait. Jésus était allé directement là où il travaillait, transgressant la frontière reconnue entre les bons et les méchants de son temps. « Qu’est-ce qui correspondrait aujourd’hui à la description d’un collecteur d’impôts ? » ai-je demandé. Au Guatemala, les gangs forcent les entrepreneurs de leurs territoires à payer des «  droits de protection  » (pour être protégés… des gangs) et les chauffeurs de taxi à payer des «  taxes routières  ». Les participants sourirent d’un air entendu et se regardèrent avec un regard en coin, quand ils ne fixaient pas le sol, faisant comprendre subtilement qu’ils correspondaient à la description. « Alors, Lévi, que faisait-il quand Jésus l’a appelé  ?  » ai-je demandé. Les participants parurent très surpris quand ils remarquèrent qu’il ne respectait aucune règle, qu’il ne cherchait pas Dieu et qu’il ne faisait rien de religieux mais qu’il s’adonnait à son commerce odieux au moment où Jésus se pointait dans la rue pour le choisir. « Alors voyons si Jésus a poussé Lévi à quitter sa bande pour devenir chrétien », ai-je suggéré. À ce stade, les hommes s’attendaient à entendre le couplet chrétien traditionnel au Guatemala disant que les membres des gangs doivent d’abord quitter le gang avant de prétendre pouvoir suivre Jésus. J’encourageai les détenus à regarder de près le verset suivant, Luc 5.29. Jésus mange chez Lévi avec les autres collecteurs d’impôts et les pécheurs, et les disciples. « Alors, qui a suivi qui ? » ai-je demandé, curieux de découvrir la réaction des gars. Ils voyaient bien que Jésus avait apparemment suivi le gangster Lévi dans son barrio (son quartier) où ses homies (ses petits camarades) prenaient un repas avec lui. C’est là que nous avons lu le récit de Marc 2.15, qui montre à quel point Jésus traînait avec les homies :

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« Comme il était à table chez lui, beaucoup de collecteurs des taxes et de pécheurs avaient pris place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. » « Alors les mecs, vous en pensez quoi  ? Vous laisseriez Jésus se mêler à votre gang comme Lévi l’a fait ? » ai-je demandé en regardant les deux caïds droit dans les yeux. « ¡ Esta loco ! (« C’est fou ! » ou « Il est fou ! ») », s’est exclamé Shark en riant. L’autre grand chef souriait et il avait l’air désorienté. Ensuite, nous avons lu ce qui est dit des pharisiens et de leurs scribes qui commencent à rouspéter contre les disciples de Jésus en disant : « Pourquoi mangez-vous avec les collecteurs des taxes et les pécheurs ? » J’ai expliqué que les pharisiens et les scribes étaient les chefs religieux, et je leur ai demandé si les leaders religieux et politiques du Guatemala seraient ravis si Jésus venait au Guatemala pour interférer sur leur territoire de chasse. Les rapports entre la Palestine du Ier siècle et l’Amérique centrale d’aujourd’hui devenaient clairs. Je montrai comment Jésus défiait ouvertement l’orgueil et la supériorité des gens qui respectent la loi, ce qui à l’évidence plaisait beaucoup aux détenus. Je m’inquiétais un peu de la réaction de mon auditoire à la réponse immédiate de Jésus au mépris des pharisiens  : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. » Je leur demandai s’ils se sentaient offensés de se considérer comme des malades, mais sur les visages, absolument rien ne laissait penser qu’ils se sentaient insultés. Dans des études bibliques que j’avais menées ailleurs, jamais les détenus ne s’étaient sentis offensés, mais souvent ils avaient librement confessé : « Les malades, c’est nous ! » Quand je leur demandai de quelles maladies ils avaient besoin que Jésus les guérisse, ils me surprennaient souvent par leur

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transparence, en mentionnant la cupidité, la colère, la souffrance, les dépendances, les ennuis judiciaires, les problèmes relationnels, l’hépatite C, et ainsi de suite. Là, dans cette prison guatémaltèque, les détenus étaient bien plus surveillés, mais je savais que nous avions franchi un moment critique. J’avais capté leur attention, et la dernière parole de Jésus aux gens religieusement corrects dans le récit de Matthieu sur ce même épisode frappa ces types comme une rafale de chevrotines tirées d’un fusil spirituel : «  Allez apprendre ce que signifie  : Je veux la compassion et non le sacrifice  ; car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » (Mt 9.13) Dans la narration particulière de Matthieu, Jésus ordonne aux chefs religieux de s’en aller de la maison de Lévi, il les fiche dehors : « Allez apprendre ! » Il exclut ceux qui excluent et choisit les exclus pour les recruter dans son ministère. Les visages de ces hommes n’exprimaient rien, mais je savais par expérience qu’ils laissaient Jésus entrer en eux et qu’ils entendaient son appel à le suivre. La belle porte s’était ouverte en grand.

La compassion de Jésus pour les exclus nous incite à faire pareil Le fait que Jésus aille chercher Matthieu est complètement en phase avec ce qu’il dit de lui-même quand il inaugure sa mission dans la synagogue de sa ville d’origine, Nazareth, en faisant publiquement la lecture d’Ésaïe 61.1-2 : « Le souffle du Seigneur Dieu est sur moi, car le Seigneur m’a conféré l’onction. Il m’a envoyé porter une bonne nouvelle aux pauvres, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur libération et aux prisonniers leur élargissement,

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proclamer pour le Seigneur une année de faveur… » Jésus déclare aux oreilles des gens de sa ville d’origine que cette Écriture est accomplie. Puis il scandalise ses voisins attentifs en insistant sur les bénéficiaires notoirement indignes de deux des prophètes d’Israël les plus admirés. Le prophète Élie est envoyé chez une veuve misérable de l’autre côté de la frontière d’Israël à Sarepta, en territoire païen, à une époque où les veuves israélites ne manquaient pas. En un temps où il y avait beaucoup de lépreux en Israël, Élisée est poussé à guérir Naaman, un officier de l’armée ennemie d’Israël, l’armée syrienne, qui est affecté par cette maladie. Sans aucun doute, un chef de gang, un baron d’un cartel de la drogue ou un leader djihadiste pourraient faire figure d’équivalents de Naaman. La préférence marquée par Jésus pour les exclus et pour les ennemis de la nation lui vaut d’être jeté en-dehors de sa ville, après quoi il commence son ministère à Capharnaüm. Beaucoup d’évangélistes de par le monde se calquent sur la mission de Jésus tournée vers l’extérieur, vers les gens inatteignables. Iven et Kashmira Hauptman se sont installés en plein cœur de l’un des quartiers de prostitution les plus infâmes de Bangkok. J’ai accompagné Iven dans le circuit de plusieurs heures que lui et Kashmira font régulièrement à pied entre 10 heures du soir et 1 heure du matin, pour s’occuper d’hommes impliqués dans la prostitution masculine, qui arpentent les rues autour du Grand Palais et du temple du Bouddha d’Émeraude. D’une manière très semblable à l’infirme qui demandait l’aumône devant la Belle Porte à Jérusalem, ces jeunes hommes étaient devant ce qui est peut-être le temple natio-

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nal le plus important de Thaïlande. Comme le mendiant infirme, ils viennent non pas pour adorer, mais pour se faire de l’argent d’une façon qui est considérée comme honteuse et déplacée par les gens pieux. Iven racontait que, lorsqu’une équipe de télévision thaïlandaise était venue tourner un reportage sur leur travail quelques années auparavant, l’animateur était visiblement écœuré par la vue d’un préservatif sur le sol devant le mur du petit temple de ce secteur, et il s’affligeait du « manque de respect » qu’il fallait avoir pour forniquer aussi près d’un « lieu saint ». Tard le soir, le centre-ville de Bangkok grouillait de monde, mais autour du temple du Bouddha d’Émeraude, les rues étaient pour la plupart sinistres, avec des personnes isolées ou des couples de jeunes hommes qui se tenaient aux angles des rues ou aux arrêts de bus tandis que des voitures passaient lentement devant eux. Quand nous avons commencé à approcher les jeunes hommes (la plupart entre 18 et 30 ans), ils nous ont pris pour des clients. Je me suis laissé conduire par Iven pour la prise de contact, puisqu’il parle couramment le thaï et qu’il est un évangéliste aguerri dans ce quartier. Il me servait d’interprète quand j’avais quelque chose à dire. Lors d’une sortie, nous avons essayé divers moyens d’expliquer notre mission, et nous avons fini par répéter l’explication qui paraissait nous mener le plus loin dans les conversations et les prières. D’abord, nous nous présentions, nous leur demandions comment ils s’appelaient, et d’où ils venaient. Certains nous disaient qu’ils étaient étudiants à l’université et qu’ils devaient faire ce genre de travail pour payer leurs études. À leur tour, ils nous ont demandé d’où nous venions, et ce que nous faisions là. Nous avons expliqué que nous croyions en un

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Dieu qui s’intéresse particulièrement aux gens qui n’ont pas été capables de respecter les lois religieuses et qui, par conséquent, se croient hors de portée du salut. Nous leur avons dit que nous étions là comme des émissaires envoyés par Dieu pour partager avec eux la bonne nouvelle de l’amour total de Dieu. Quand nous en avions l’occasion, nous cherchions à expliquer avec clarté et simplicité ce que nous pensions être le message essentiel, et cela donnait à peu près ceci : « Dieu a tellement envie de montrer son amour pour toi qu’il va luimême aller te chercher, qui que tu sois et quoi que tu fasses. Dieu te cherche non pas pour te punir mais pour te prendre dans ses bras, te guérir, te pardonner et t’appeler à une vie nouvelle. Nous croyons que Dieu l’a fait de la façon la plus directe par son fils, Jésus, qui est né et qui a vécu sur terre pour faire la démonstration de l’amour de Dieu et de son attention particulière pour les gens que le monde considère comme des ratés : les pauvres et les marginaux. Jésus te propose le pardon total de tes fautes, la guérison de tes maladies, et il t’invite à le rejoindre dans sa mission. Des foules ont suivi Jésus quand il était parmi nous. Les chefs religieux n’aimaient pas qu’il défende et qu’il aide les gens qui ne se soumettaient pas aux règles. Ils le dénonçaient comme un criminel et ils ont fait pression sur les autorités pour qu’elles l’exécutent. Dieu l’a relevé d’entre les morts, et nous croyons qu’il est vivant aujourd’hui et qu’il se promène dans ces rues avec nous. Nous sommes ses disciples et nous avons la conviction de devoir faire exactement ce qu’il a fait. » Nous demandions aux jeunes de quelle prière ils avaient envie ou besoin, pour quoi que ce soit, et nous nous apercevions que presque tout le monde voulait qu’on prie. Nous

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priions pendant que les voitures passaient lentement auprès de nous, avec des clients potentiels qui nous regardaient en nous dévisageant. Les hommes étaient souvent distraits par ce manège, à cause du besoin de se faire de l’argent. Iven disait à tous où il habitait et il les invitait à venir dans son centre d’accueil qui avait pignon sur rue à quelques pâtés de maisons – encore une belle porte où Iven et sa famille habitent au milieu d’un quartier désespérant.

Quand Jésus remet les « bons » en place La salle polyvalente de la prison du comté de Skagit est la belle porte que je fréquente le plus. Les trois portails de fer de cette salle sont manœuvrés depuis la salle de contrôle, par où on laisse entrer les agents de probation, les détenus et les aumôniers dans un espace glauque en parpaings marron avec un mur plein d’étagères remplies de bouquins délabrés où l’on se réunit en cercle pour lire et discuter de la Bible et pour prier – sous surveillance constante. Le jeudi, nous avons quatre rassemblements de trente minutes avec des détenus de différentes sections et différentes galeries. Le dimanche après-midi, nous avons deux réunions. Les Évangiles regorgent d’histoires racontant les rencontres de Jésus avec diverses personnes qui auraient été trouvés indignes de l’attention et de l’amour particuliers de Dieu. Quand on regarde bien les détails de la manière dont Jésus rencontre les gens dans ces récits, cela peut aider à mieux s’imaginer à quoi son ministère pourrait ressembler aujourd’hui. Dans tout l’Évangile de Luc, on voit Jésus exer-

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cer son ministère surtout dans des lieux publics et souvent areligieux, envers des gens pour la plupart étiquetés comme des vauriens par les chefs religieux. Il enseigne sur un rivage, dans des villes, dans des maisons, le long de la route. En Luc 6, il choisit ses douze disciples alors qu’il est en prière sur une montagne, puis il descend vers une plaine où il reçoit les foules qui viennent pour être guéries de leurs maladies et pour être libérées d’esprits impurs (Lc  6.17). La lecture régulière des Évangiles avec des prisonniers donne un éclairage nouveau à ces histoires familières, parce que les détenus se retrouvent souvent dans des conditions malaisées, inhospitalières ou même adverses qui ressemblent beaucoup à celles des gens que Jésus aidait. Nous parcourons l’histoire du centurion romain à Capharnaüm, dont l’esclave qu’il aime beaucoup est sur le point de mourir. Je décris brièvement aux détenus à quel point les soldats romains représentaient une force d’occupation qui contrôlait et soumettait les Juifs ordinaires en Israël du temps de Jésus, et à quel point ils étaient craints et détestés à cause de leur brutalité. Un centurion commandait cent soldats. Je demande aux participants de repérer les centurions romains d’aujourd’hui, et ils citent les matons, les chefs de gangs et les gros bonnets de la drogue. Nous lisons qu’il envoie quelques anciens parmi les Juifs pour demander à Jésus de venir sauver la vie de son esclave. Nous remarquons que les chefs des Juifs viennent trouver Jésus en insistant sur la valeur du centurion : « Il est digne que tu lui accordes cela, car il aime notre nation, et c’est lui qui a construit notre synagogue. » (Lc 7.4-5) Jésus se rend chez lui. Je demande aux participants s’ils pensent que Jésus y va parce qu’il croit que le centurion en est digne. À partir d’années d’expérience, je sais que les personnes

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qui vont très mal essayent souvent de se rendre aussi dignes que possible quand elles ont vraiment besoin de l’aide de Dieu. Ça m’arrive à moi aussi. Il semble qu’il y ait un préjugé tenace dans la mentalité de la plupart des gens selon lequel Dieu est comme un agent de probation ou un juge, qui regarde si les gens respectent leurs obligations, qui évalue les indices prouvant leur innocence ou les signes qu’ils sont à la hauteur de ce qu’on leur demande. Même si on affirme croire que Dieu sauve par grâce, quand on a vraiment besoin d’un miracle, on fera des sacrifices qui devraient plaire à Dieu. Les détenus vont peut-être faire des efforts pour soigner leur langage, confesser tous leurs péchés, ne pas rater un culte, lire la Bible plus que d’habitude, prier beaucoup, donner des réponses qu’ils croient justes pendant les études bibliques, pardonner à leurs ennemis, jeûner – et que sais-je encore. Les anciens des Juifs reflètent cette théologie épuisante. Ils font ressortir devant Jésus les mérites du centurion. On ne sait pas encore si Jésus va avec eux parce qu’il pense que le centurion le mérite. Tout ce qu’on sait, c’est que Jésus se met en marche vers la maison de ce centurion païen de l’armée d’occupation romaine pour guérir (plutôt que libérer) l’un de ses esclaves. Nous poursuivons notre lecture, à la recherche d’indices sur ce qui se passe là réellement. Un vieux détenu à la barbe grise à qui il manque la moitié des dents est aux anges. Il a lu plus loin et il veut nous faire connaître à tous la bonne nouvelle qu’il a découverte. Il ne pense pas que le centurion romain a dit aux anciens d’aller dire à Jésus qu’il est quelqu’un de très bien parce qu’il a aidé à construire leur synagogue. D’après lui, ce sont les Juifs qui ont plaidé en faveur du centurion sur la base de leur propre croyance selon laquelle il faut que les gens soient dignes de voir leurs prières exaucées. Il pense que les anciens des Juifs ont envie que le centurion continue à sou-

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tenir leurs projets, et ils font de leur mieux pour convaincre Jésus de les aider à lui « renvoyer l’ascenseur » en allant guérir son esclave. Tous les détenus sont maintenant curieux de lire les versets suivants pour voir ce qui va vraiment se passer et si c’est pour eux une bonne nouvelle, ou bien la confirmation de leurs pressentiments négatifs. Le récit dit clairement qu’alors que Jésus s’approche de la maison du centurion, celui-ci envoie des amis (autres que les anciens des Juifs) pour dire à Jésus que digne, il ne l’est pas. Ce sont maintenant les amis qui sont en première ligne –  eux qui ne sont pas les bénéficiaires de la charité du centurion. Ils parlent au nom de leur ami : « Seigneur, ne prends pas tant de peine, car ce serait trop d’honneur pour moi que tu entres sous mon toit. C’est aussi pour cela que je ne me suis pas jugé digne de venir en personne vers toi. » (Lc 7.6b-7a) « Est-ce que la confession de son indignité par le centurion empêche Jésus de guérir son esclave ? Est-ce que Jésus dit aux amis du centurion : “Mais dites donc, je croyais que ce type était un mec bien, un type droit qui méritait un miracle. Puisque ce n’est pas vrai, dites-lui d’oublier ça  !”  ?  » ai-je demandé aux détenus. Les participants rigolent, en partie d’abord parce qu’ils devinent que ça ne va pas se passer ainsi. Jésus a une autre attitude, très différente, qu’il nous reste à saisir pleinement. Il faut que nous lisions les quelques versets suivants pour apprendre le dénouement de l’histoire. Les amis du centurion transmettent sa requête détaillée, qui révèle qu’il a assez de foi pour croire que la grâce et l’amour de Jésus surpasseront son indignité  : «  Mais dis une parole, et que mon serviteur soit guéri ! Car je suis moi-même soumis à l’autorité de mes supérieurs et j’ai des soldats sous mes ordres ; je dis à l’un : “Va !” et il va, à l’autre : “Viens !” et il

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vient, et à mon esclave : “Fais ceci !” et il le fait. » (Lc 7.7b-8) Je suis vraiment sidéré de voir que le centurion ne se présente pas à Jésus sous son meilleur jour au travers de ses amis, ce qui contraste avec le plaidoyer des anciens des Juifs. Il donne à Jésus des exemples de son quotidien d’officier de l’armée romaine qui donne des ordres à des soldats qui occupent le pays de Jésus. Il ne donne pas des exemples des efforts qu’il a déployés pour faire construire la synagogue de Capharnaüm, en tirant parti de ce que les anciens auront fait valoir. Il ne dissimule pas non plus et ne minimise en rien le fait qu’il possède un esclave. Au contraire, il va même jusqu’à utiliser les ordres qu’il donne à son esclave comme exemple de l’autorité qu’il a sur les gens dans un système de domination hiérarchique païen. On pourrait presque dire que le centurion se sert d’exemples réels de sa vie peu reluisante pour montrer qu’il comprend l’autorité de Jésus en tant que roi dans le Royaume de Dieu. Jésus s’émerveille de cet homme, et il déclare ouvertement à la foule et à ses disciples : « Je vous le dis, même en Israël je n’ai pas trouvé une telle foi. » (Lc 7.9) Auparavant, quand je lisais cette histoire, j’avais toujours réduit la foi exemplaire du centurion au fait qu’il croit que Jésus pouvait guérir à distance avec une seule parole, donnant un ordre pour éradiquer la maladie, ce qui, en soi, demeure aussi vrai que remarquable. Même si Jésus est capable de faire cela, et qu’il le fait dans d’autres récits des Évangiles, voilà qu’aujourd’hui je vois quelque chose de nouveau dans notre cercle sur le seuil de la belle porte du pénitencier du comté de Skagit. Le vieil homme aux cheveux blancs lit le dernier verset : « De retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en bonne santé. » (Lc 7.10)

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Avec les détenus, nous nous émerveillons face à l’extrême humilité aussi bien du centurion que de Jésus. Le centurion ne soigne pas son image pour obtenir le secours de Jésus, mais il se présente tel qu’il est, avec confiance dans la miséricorde de Jésus. Jésus ne dit pas un seul mot de guérison en public et à distance pour impressionner la foule, les anciens des Juifs ou les amis du centurion. Jésus ne reproduit pas l’autorité dont le centurion est l’exemple. Les amis du centurion trouvent l’esclave en bonne santé, sans que Jésus se soit attribué le miracle. Au contraire, Jésus fait au centurion « ennemi  » le compliment d’avoir été l’exemple de ce qu’il appelle la foi, ce sur quoi nous essayons de réfléchir pendant les dernières minutes de notre étude biblique en prison avant que les gardiens n’arrivent. « Alors les gars, comment cette histoire vous parle-t-elle aujourd’hui ? Qu’entendez-vous Dieu vous dire, à vous, à travers notre lecture et nos échanges ? » « Le centurion sait qu’il n’a aucun mérite, mais il demande quand même un miracle à Jésus », dit quelqu’un. « Ici, en prison, on peut faire la même chose, et ça me fait espérer que Jésus répondra, même quand ma vie n’est pas au clair et que je ne mérite pas d’être aidé. » « Jésus est d’accord pour aller là où vit le centurion », dit un autre, « qu’il en soit digne ou pas. » Nous parlons de la foi comme de l’assurance de pouvoir faire appel à Jésus pour un secours concret et immédiat tels que nous sommes dans notre condition non-méritoire, sans avoir à faire le ménage dans nos actes, et de pouvoir compter sur le fait qu’il vienne vers nous où que nous soyons. Nous passons les quelques minutes qui nous restent à prier, remerciant Jésus de ce qu’il est déjà en chemin vers nous, que ce soit des gens qui prient pour nous ou que nous demandions

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du secours nous-mêmes. J’invite les participants à oser faire connaître leurs demandes à Jésus, sans s’occuper de leur situation actuelle. Toutes les semaines, ils partageront des récits disant que Dieu a répondu à leurs prières d’une manière qui a accru leur espérance dans la foi.

Jésus repasse la « belle porte  » d’Israël en tant que nouveau Josué Dans une autre rencontre avec des détenus, nous suivons la rencontre de Jésus dans la ville de Jéricho avec deux autres exclus  : un mendiant aveugle et un riche collecteur d’impôts. Je décris brièvement pourquoi la cité antique de Jéricho a longtemps été associée avec l’idée de conquête. Dans l’Ancien Testament, Josué conduit l’armée israélite dans la ville, où elle massacre tous les hommes, les femmes, les enfants et les animaux (Jos 2 à 6). Je leur raconte que, lors d’une visite à Jéricho en 2013, j’avais vu à quel point la ville est toujours associée à l’idée de conquête puisque les Palestiniens y vivent sous occupation israélienne. Je raconte comment un grand panneau rouge planté par les militaires israéliens interdisait à tous les citoyens israéliens de pénétrer dans la ville palestinienne à cause du conflit en cours, largement dû aux colonies juives en Cisjordanie inspirées par la politique agressive de Josué. J’invite les participants à voir comment Jésus entre dans Jéricho en Luc 18.35ss. Je leur explique qu’en grec, le nom de Jésus s’écrit exactement comme celui de Josué dans l’Ancien Testament grec (la Septante) : Ιησους. Alors, en quoi l’entrée de Jésus le Fils de Dieu dans Jéricho diffère-t-elle de celle de Josué fils de Nun ? Alors que Jésus approchait de Jéricho,

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« un aveugle était assis au bord du chemin et mendiait », lit quelqu’un en Luc 18.35. Quand il entend dire dans la foule que Jésus de Nazareth passe par là, il crie : « Jésus, Fils de David, aie compassion de moi ! » L’aveugle « voit » Jésus comme le fils de David, c’est-à-dire le Messie. S’apercevant que la foule essaye de le faire taire et de le repousser, Jésus ordonne à cette foule de lui amener l’aveugle. Jésus fait un honneur particulier à cet aveugle en lui demandant : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle répond : « Seigneur, que je retrouve la vue  !  » (Lc  18.41). L’aveugle l’appelle Seigneur, en utilisant l’équivalent grec du titre divin. Jésus guérit l’aveugle, qui le suit alors sur la route qui entre dans Jéricho. Tout le monde rend gloire à Dieu. Cette scène continue, chez Luc, pour nous amener vers un autre personnage de Jéricho, Zachée, au chapitre 19. Un dimanche, au cours d’une étude biblique en prison, j’invite les prisonniers à résumer ce que nous savons de Zachée. C’est un chef des collecteurs d’impôts qui est très riche, et trop petit pour voir Jésus par-dessus la foule (Lc  19.2). Je décris rapidement un chef des collecteurs d’impôts comme un «  collabo  » de l’occupant, qui est méprisé, et je sollicite les comparaisons. Les détenus proposent plein d’équivalents contemporains : des flics ripoux, des barons de la drogue, des agents de l’immigration ou des douaniers, et des huissiers. Nous discutons de la réaction de Zachée à l’entrée de Jésus dans Jéricho. Les participants soulignent sa curiosité et peutêtre son désespoir, puisqu’il court en avant et qu’il grimpe délibérément sur un arbre pour voir qui est Jésus. « Certains d’entre vous, vous venez peut-être à l’étude biblique pour apercevoir Jésus à distance », ai-je suggéré, en regardant le cercle des détenus. Voyons ce qui se passe au verset suivant : « Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui

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dit : Zachée, descends vite ; il faut que je demeure aujourd’hui chez toi. » (Lc 19.5) Les participants sont surpris de constater que Jésus est parfaitement conscient de l’intérêt de Zachée. Je lance l’idée que Jésus pourrait être un chasseur de primes, recherchant activement des individus qui ont des garanties dans le ciel, peut-être à cause de leur intérêt ou de leur disponibilité avérés. Les détenus soulignent que Jésus connaît déjà le nom de Zachée, lui dit de se dépêcher de descendre et s’invite à venir chez lui. Dans cette rencontre, Jésus «  lève les yeux  » vers Zachée – et en tant que personne « de petite taille » qui est en plus méprisée, cela a dû vraiment lui faire quelque chose. Les hommes sont très touchés du fait que Jésus ne le juge pas et qu’il a pris Zachée de court dans son aspiration à le connaître. De plus, Jésus ne perd pas de temps, mais il ferre rapidement ce poisson astucieux de peur qu’il ne se sauve. Jésus prend Zachée en compte, et on voit bien aux réactions des témoins de la scène que cela les scandalise : « En voyant cela, tous maugréaient : Il est allé loger chez un pécheur ! » (Lc 19.7) Dans cette rencontre, Jésus prêche par l’exemple les instructions qu’il a données aux soixante-douze missionnaires qu’il a envoyés auparavant, pour qu’ils recherchent les hommes de paix chez qui ils séjourneront comme invités (Lc  10.7). Zachée réagit avec enthousiasme à la demande de Jésus d’être son invité : « Tout joyeux, Zachée descendit vite pour le recevoir. » (Lc 19.6) La réaction de Jésus amène à faire le lien avec Luc 10.8 : « Dans toute ville où vous entrerez et où l’on vous accueillera, mangez ce qu’on vous offrira, guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : “le règne de Dieu s’est approché de vous.” » Mais avant que Jésus guérisse

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ou annonce le Royaume, ce « malfrat » notoire reconnaît en lui le Seigneur, exactement comme l’aveugle l’avait fait à l’extérieur de la ville. La justice restauratrice trouve naturellement sa place en Zachée, en réponse au fait que Jésus l’accepte complètement  : «  Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai extorqué quoi que ce soit à quelqu’un, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. » (Lc 19.8-9). Ici, Jésus se révèle comme le Sauveur des gens de Jéricho, illuminant l’histoire de la conquête de Josué qui l’avait précédé dans l’Ancien Testament et donnant la clef pour se l’approprier maintenant. Contrairement à Josué qui a rasé Jéricho, le nouveau Josué, Jésus, vient en campagne pour sauver : « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Lc 19.10). Il commence en faisant franchir à un aveugle l’entrée de la ville, et il continue en allant chercher le plus cabochard de ses habitants juifs. Le choix sémantique de Luc fait magnifiquement le lien entre Jésus et les espions envoyés par Josué pour explorer la contrée plutôt qu’avec Josué lui-même, dont les actes provoquent la ruine de la cité. Comme les espions, Jésus garde les yeux ouverts pour chercher, mais avec l’objectif très clair de sauver. Il entre chez Zachée et il demeure chez lui – lui qui est l’équivalent de Rahab la prostituée, ancêtre directe du roi David et de Jésus (Mt  1.5), chez qui les espions trouvent refuge. L’accueil, au bon moment, de Jésus par Zachée correspond à l’accueil des espions par Rahab (Jc 2.25) ; dans les deux récits, ces actions conduisent au salut. Je termine cette étude biblique carcérale en revenant sur l’empressement avec lequel Jésus entre en relation avec Zachée et avec ceux qui lui

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ressemblent aujourd’hui… c’est-à-dire nous ! «  À partir de ce texte, il me semble que Jésus va chercher à se mettre en rapport avec les gens qui sont attirés par lui. Si vous éprouvez le désir de recevoir ce Jésus qui s’est mis à votre recherche, il est peut-être temps de saisir l’occasion et de vous dépêcher de le recevoir comme Zachée », ai-je proposé. Jésus continue tout le trajet qui va le mener à son arrestation et à sa crucifixion à Jérusalem, endossant ainsi le salut pour ceux qui sont à la porte. Le lecteur doit aussi noter que juste avant ce récit, Jésus déclare qu’il se dirige vers Jérusalem où « on se moquera de lui, on le maltraitera, on lui crachera dessus, on le fouettera, puis on le tuera, puis le troisième jour il se relèvera » (Lc 18.32-33), nous rappelant que sa mort sur la croix est la manière dont Dieu obtient la victoire en tant que Messie.

Ce qui est exigé pour entrer par la Belle Porte En Actes 3.1, la situation de l’infirme à la Belle Porte souligne les priorités des apôtres après la Pentecôte. Les détails du texte fournissent des indices appréciables pour nous aider à mettre au point notre voyage pour annoncer le royaume de Jésus. Un détenu lit Actes 3.1, et je présente brièvement Pierre et Jean, en décrivant le temple de Jérusalem comme le lieu le plus saint pour les Juifs de cette époque. « Quels détails sur les personnages remarquez-vous ? ai-je demandé. Qui sont-ils et que font-ils ? » Les participants observent que Pierre et Jean

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se dirigent vers le temple à la neuvième heure, qui est celle de la prière. Ce rapide coup d’œil sur les activités des apôtres contraste fortement avec les déplacements de l’infirme de naissance. Je propose que quelqu’un lise les deux versets suivants, Actes 3.2-3 : « Or on portait un homme infirme de naissance, qui était placé tous les jours à la porte du temple appelée la Belle, pour demander un acte de compassion à ceux qui entraient dans le temple. Voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, il se mit à demander un acte de compassion. » « Que savons-nous de cet homme ? » ai-je demandé. Les participants mentionnent qu’il était gravement handicapé. Il fallait qu’il soit porté par les autres parce qu’il ne pouvait pas marcher tout seul. Il était pauvre parce que son handicap l’empêchait de travailler et l’obligeait à mendier pour subsister. « Vous connaissez des gens comme ça ? » ai-je demandé. Un ouvrier agricole mexicain se souvient qu’il y a des mendiants semblables dans sa ville, et partout au Mexique. Un autre détenu parle d’un ami qui a eu un accident de voiture et qui est maintenant tétraplégique. D’autres ont des gens de leur famille qui sont cloués au lit après avoir perdu des membres à cause d’un diabète avancé. Quelqu’un dit qu’il se sent handicapé et infirme coincé là en prison, incapable de faire quoi que ce soit pour sa famille ou pour son propre cas. « Où est cet homme et qu’est-il en train de faire quand Pierre et Jean tombent sur lui ? Est-il dans une église ? Est-il en train de chercher Dieu ? » ai-je demandé, en invitant les participants à constater l’absence d’un comportement religieux honorable. « L’infirme est transporté pour qu’il puisse mendier  », répond quelqu’un. Nous remarquons qu’il va dans la même direction que Pierre et Jean. Je demande s’il

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va entrer dans le temple pour prier. «  Non, il est en dehors du temple, où il est assis pour mendier auprès des gens qui entrent. » « Donc Pierre et Jean se dirigent vers le temple pour prier Dieu. Est-ce que le mendiant recherche Dieu  ?  » ai-je demandé pour qu’on s’intéresse de plus près à la position du mendiant. Tout le monde voit bien qu’à l’heure de la prière le mendiant reste à l’extérieur du temple. Il ne s’intéresse pas du tout à Dieu mais il s’est placé à l’endroit idéal pour demander quelques sous afin de répondre à ses besoins. L’infirme est concentré sur l’argent. Quand on lit cette histoire avec des gens qui se relèvent d’une dépendance à la drogue et à l’alcool, ils constatent sans peine que ce qui importe le plus pour le mendiant, c’est l’or et l’argent. «  Où sont les endroits où vous travaillez, où vous essayez par tout moyen de vous procurer de l’argent ? » ai-je demandé aux participants. Ils évoquent leurs activités légales et illégales, en parlant de leur travail, des casinos et même des lieux où se fait le trafic de drogue. Je laisse entendre que, d’après cette histoire, Dieu peut très bien se pointer au milieu de leurs activités à but lucratif, directement ou via des envoyés de Dieu, pour leur offrir ce dont ils ont vraiment besoin. Les hommes et les femmes incarcérés pour trafic de drogue, cambriolage, agressions de petits commerces, usurpation d’identité et autres crimes et délits pour obtenir des revenus frauduleux sont toujours émus par ces détails. Les ouvriers agricoles mexicains, les paysans honduriens, les ouvriers du bâtiment et les travailleurs pauvres de partout ne sont pas moins remués. Les gens sont surpris du fait que cet infirme qui réclame de l’argent à l’heure de la prière ne se trouve pas disqualifié pour recevoir l’aide de Dieu, mais que, d’une certaine manière, cela le mette en position d’être rencontré et secouru au point que sa vie en soit transformée.

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Plus encore, la position de l’infirme à l’extérieur des lieux saints officiels ou en dehors du temps et de l’espace spécifiquement assignés à la liturgie est un défi direct à la mentalité dominante concernant la quête de spiritualité. La plupart des gens, qu’ils soient croyants ou non, présument que Dieu rencontre des gens qui le recherchent : par les cérémonies dans les lieux de culte, par les pratiques dévotes, les pèlerinages, les jeûnes, les retraites et autres choses analogues. Cependant, la rencontre de Pierre et de Jean avec cet homme pauvre et handicapé à l’extérieur du lieu de culte le plus sacré n’avait rien d’inhabituel. De telles rencontres avec des marginaux étaient courantes dans le ministère de Jésus, comme nous l’avons vu dans le récit de l’appel que Jésus lance à Matthieu, dans la guérison de l’esclave du centurion, dans la guérison de l’aveugle à l’entrée de Jéricho et dans l’appel de Zachée. Pierre et Jean avaient été témoins directs des nombreuses rencontres de Jésus avec des gens sans espoir en dehors des lieux formellement religieux, à commencer par leur propre appel sur les rives de la mer de Galilée4 – que nous verrons au chapitre suivant. Voyons maintenant quelle a été la formation de Pierre et de Jean auprès de Jésus. Comment Jésus les a-t-il préparés à s’engager dans sa mission après la Pentecôte ? Examinons attentivement ce qu’ils ont appris de Jésus, qui les a fait aller de l’avant dans leur ministère après son ascension, et qui peut continuer à nous inspirer, nous qui cherchons aujourd’hui à suivre Jésus.

4. Aussi appelée « Lac de Tibériade ».

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TABLE DES MATIÈRES Préface ............................................................................................... 7 Introduction..................................................................................... 11 Chapitre 1..........................................................................................15 Entrez par la Belle Porte Chapitre 2........................................................................................ 43 Des disciples-prototypes : Pierre et Jean ; vous et moi Chapitre 3.........................................................................................71 Présence et puissance Chapitre 4........................................................................................111 Autorité, foi et puissance conférée Chapitre 5.......................................................................................133 À la rencontre de Jésus l’exclu : une théologie de la croix Chapitre 6...................................................................................... 167 Transformation : au nom de qui ? Chapitre 7...................................................................................... 193 Repentance et conversion Chapitre 8...................................................................................... 219 Persécution et percée Remerciements............................................................................255 L’auteur.........................................................................................257


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Accueillir l'exclu, Bob Ekblad  

Je ne possède ni argent, ni or ; mais ce que j’ai, je te le donne ! (Actes 3.6) Alors que Pierre et Jean se rendent au temple après la Pent...

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Je ne possède ni argent, ni or ; mais ce que j’ai, je te le donne ! (Actes 3.6) Alors que Pierre et Jean se rendent au temple après la Pent...

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