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Présentation Comment un roman d’anticipation de la première moitié du XXe siècle comme Le meilleur des mondes peut-il encore nous interpeller, plus de 80 ans après sa publication ? O wonder! How many goodly creatures are there here! How beauteous mankind is! O brave new world! That has such people in’t! Ô merveille ! Comme il y a ici des êtres charmants ! Comme l’humanité est belle ! Ô nouveau monde admirable ! Qui contient des gens pareils ! Ainsi s’exclame Miranda dans La tempête de William Shakespeare*, manifestant, à l’instar de John le Sauvage dans Le meilleur des mondes, sa fascination pour un monde qu’elle ne connaît pas, mais qu’elle idéalise et rêve de découvrir. La citation donna son titre original (Brave New World) à l’œuvre désormais canonique de l’écrivain anglais Aldous Huxley, publiée dans l’entre-deux-guerres, en 1932. Aux yeux du lecteur, le titre prend la forme d’une véritable promesse : la découverte d’un monde meilleur, du « meilleur des mondes », et, le livre en main, il se prend à songer, comme John et Miranda, à de lointaines et admirables contrées peuplées d’habitants fabuleux ! Or, l’illusion a tôt fait de se dissiper. Le roman de Huxley s’ouvre sur la description d’une usine de fabrication d’êtres humains, produits à la chaîne comme des voitures. Brusquement, l’enchantement se brise, et le rêve tourne au cauchemar… Le « meilleur des mondes » serait-il, au contraire, le pire des mondes possibles ? On le découvre peuplé d’êtres littéralement automatisés par suite d’une manipulation génétique et d’un conditionnement, leurs émotions et réactions, encadrées par des années de suggestion propagandiste. Des êtres dépourvus d’un sentiment d’identité, d’une pensée autonome et libre ; des êtres souvent parfaitement identiques, engendrés par centaines 5
* : Cf. Glossaire