Page 1


Sylvain ORY Mastère spécialisé Création et Technologie Contemporaine École Nationale Supérieure de Création Industrielle 09 octobre 2017


4 | Temps de pause


5|

Sommaire

Les positions du corps Le support Manière de se poser Où se poser Où se poser Constat sur les usages Usagers Définition de pistes de recherches Sources d'inspiration Accueillir un artéfact Comment s'accrocher à un artéfact Scénarisation des moments de pause Maquettes de principes d’accroche État de l'art Dessins de recherche Contraintes techniques et formelles Tests de confort sur échelle réelle Redirection État de l'art Orientation Usagers Essais et systèmes d'accroches 1er prototype fonctionnel 2ème prototype fonctionnel Nom et logo Recherche formelle Recherche formelle Accessoirisation Maquette d'aspect Scénarisation Bibliographie Conclusion et remerciements

8 10 12 14 16 24 26 28 30 34 36 38 42 44 46 50 52 54 56 58 60 62 64 66 68 70 72 74 76 78 85 86


6 | Temps de pause


7|

Ce livret est le reflet des recherches et travaux effectués durant l'année 2017 à l'ENSCI les Ateliers en Mastère spécialisé Création et Technologie Contemporaine. J’ai souhaité orienter mes recherches afin de tirer partie de mes expériences passées et lier mes connaissances dans les domaines de l'urbanisme, de l'architecture, du paysage, du graphisme et du design. J'ai donc choisi comme socle : la ville afin d'expérimenter des objets urbains. Je me suis intéressé plus particulièrement aux moments d'attente dans la ville et à la manière de se poser dans un lieu. Dans la première partie, le diagnostic dresse des observations constatées dans l'espace urbain et je répondrai aux questions : pourquoi, où et comment nous arrêtons-nous ? La suite de ce livret est consacrée aux recherches de concepts et à la création de maquettes amenant progressivement à une assise nomade urbaine.


8 | Temps de pause

Les positions du corps

S'arrêter, se poser suppose associer plusieurs facteurs. C'est un besoin naturel pour se reposer physiquement et/ou mentalement (s’aérer l’esprit, besoin de déconnexion). Selon les cas, le lieu aura de l'importance ou non : recherche d’un endroit pour se détendre (à proximité du lieu de travail, sur le trajet d’une balade), recherche de certains aspects (calme, ensoleillé, ombragé…), recherche d'un endroit particulier pour un rendez-vous ou une rencontre afin de pouvoir être vu. Les positions du corps Les postures pour se reposer varient selon notre culture par exemple : l'âge de la personne, la culture, l'offre de support, la situation et la propreté du lieu. Notre culture qui nous incite à nous asseoir sur quelque chose pour nous surélever légèrement du sol. Même une marche d'un escalier se métamorphose en un siège rudimentaire le temps d'une pause ou pour discuter. Où que nous soyons nous arrivons, d'une manière ou d'une autre, à nous asseoir pour pique-niquer sans aucun dossier, alors que dans notre vie de tous les jours, nous tenons à avoir un soutien. Nous aimons nous blottir par décret social; en fait, notre dépendance aux chaises nous semble aller tellement de soi que nous avons besoin de nous poser-sur ou de s'appuyer-contre. Ci-contre, cette planche de croquis montre des extraits de positions corporelles statiques. Il s'agit d'un inventaire des postures réalisé par Gordon W. HEWES à travers le monde. Seules les postures numérotées de 30 à 38 utilisent un support pour se surélever du sol et sont représentatives de nos pays dits développés. Les postures 23 à 25.5 sont intéressantes, car un simple bâton permet de se poser momentanément sans aucune aide (repérée en Afrique par des bergers pour surveiller leurs troupeaux de chèvres).


9|

Gordon W. HEWES World Distribution of Certain Postural Habits


10 | Temps de pause

Le support

Depuis quelques dizaines d’années, apparaissent dans nos villes des pratiques inconnues ou inédites : les marches d’escalier deviennent des lieux de rassemblement spontanés, servent de gradins pour des théâtres urbains improvisés ou encore les perrons des musées et d’églises servent de sièges d’attente. Les pelouses interdites d'autrefois sont maintenant autorisées et colonisées par les citadins en manque de vert et de soleil. D’ailleurs les bancs publics très prisés au XIXème sont aujourd’hui quelquefois délaissés, en témoigne cette photo où les personnes leur investissent les talus enherbés bien exposés. Un mur en renfoncement donnera une impression de sécurité, un poteau à l'écart de l'agitation permettra de passer un appel dans l'intimité, un potelet servant d'appui permettra d'être bien en vue pour un rendez-vous... Ainsi, le support nous donnera une attitude différente. On n’est pas le même selon le ”siège” que l’on occupe ou la stature que l’on prend.


11 |

Sylvain ORY Les bancs délaissés - Vive la liberté Photo prise à Guyancourt dans le parc des sources de la Bièvre


12 | Temps de pause

Manière de se poser

La manière de « se poser » porte une charge émotionnelle. Si l'on prend l'exemple de la position assise pour se reposer, le geste de s'asseoir renvoie à l'idée même de notre enfance prénatale. Replier ses jambes et former une équerre avec son buste nous met dans une position de repli sur soi, de "mise en sécurité" et de réconfort. Du réconfort au confort, il n'y a qu'un geste. S’assied-on dans le siège (le corps disparaît) ou sur le siège (le siège disparaît). Les sièges qui ornent l’espace habillent le corps : discrets quand ils sont occupés et ornements quand ils sont vidés. Le confort est lié au contexte, en effet le besoin de confort augmente à mesure que l'environnement devient moins hospitalier. Ainsi quelqu'un n'aura pas les mêmes exigences selon le lieu dans lequel il se trouve, plus l'endroit sera dégradé et plus il aura envie de confort. À ce titre, on peut constater qu'il est peu courant dans notre société de se poser directement sur le sol, hormis quelques rares exceptions et dans des occasions particulières, telles que dans les parcs publics où l'on s'assied ou s'allonge volontiers sur le gazon. Mais d'une manière générale, l'inconscient collectif, le revêtement de sol est considéré comme sale, impropre à accueillir notre postérieur, d'où cette volonté de vouloir se mettre dans une position légèrement surélevée par rapport au sol. Toutefois, aujourd'hui l'idée du confort est remise en question comme le souligne Normal Studio : « Notre réflexion sur le confort ne porte pas sur la posture, l'ergonomie, mais se concentre ainsi sur la qualité de l'air, de la lumière, du climat», « Nous souhaitons imaginer d'autres scénarios. Le confort, c'est peut-être d'avoir la possibilité de se rafraîchir dans un endroit bien spécifique, d'accéder à Internet ici et non pas là.» Aussi dans le milieu urbain il ne s'agit pas tant de proposer du mobilier confortable, car très galvaudé, mais serait plutôt de proposer une forme de mobilier adaptable et répondant aux demandes de l'usager : à ses déplacements et à ses mouvements.


13 |

Bruno Munari Recherche de confort dans un fauteuil inconfortable SĂŠrie photographique, 1944


14 | Temps de pause

Où se poser

Il n’y a qu’à se balader en ville constater une forte présence de mobilier urbain, mais pas seulement pour le bien-être des piétons. On le doit entre autre à la croissance de la voiture jusque dans les années 90 accompagnées des panneaux directionnels. Cette volonté d’aller toujours plus vite à amener à catégoriser les voies. C’est cette politique qui nous a légué les barrières, potelets (pour éviter les stationnements sur les trottoirs) et autres rambardes. Un tournant s'opère dans les années 2000 avec le souhait de démocratiser le vélo et les accès aux PMR (Personnes à Mobilité Réduite). Une nouvelle signalétique voit le jour avec l'ajout de panneaux et de marquage au sol. Mais le mobilier dédié à l'assise est toujours mal représenté et quelquefois mal situé, mal orienté ou non adapté aux nouveaux usages. Je voudrais à ce titre reprendre un terme inventé par Thierry Paquot qui parle d’améniser les rues, c'est-à-dire de rendre les rues plus accueillantes, charmantes à l'image de se qui ce faisait avant le tout voiture.


15 |

Sylvain ORY Trop de mobilier urbain nuit gravement à la santé publique Châlons-en-Champagne, mars 2017


16 | Temps de pause

Où se poser

Ce chapitre propose une cartographie non exhaustive, des pratiques anciennes ou récentes dans l'espace public. En mettant en évidence différentes stratégies et postures, je répondrai à la question : pourquoi nous posons-nous ? Se poser pour attendre quelque chose Le métro, le train, l'avion, le bateau, un taxi, la fin d'une averse. Où : Dans une gare, dans une station, dans un port, dans un aéroport.

Temps : entre 2min et 30min à quelques heures pour l'avion lors d'un changement. Comment : Debout, assis-debout, assis plus ou moins confortablement selon l'endroit, à l'abri, lové.


17 |

Se poser pour attendre quelqu'un Un rendez-vous galant, un(e) ami(e), un parent. Où : Sur une place, au coin d'une rue, à la sortie d'un métro, d'une boutique connue.

Temps : entre 2min et 20min Comment : Campé sur ses deux pieds, en appui sur une rambarde, une clôture, un poteau, un mur, une voiture, en étant bien visible.


20 | Temps de pause

Se poser pour manger Seul, avec un(e) ami(e), en groupe OÚ : De manière informelle, sur un rebord de magasin, des marches, sur un banc, une chaise, dans les transports publics.

Temps : entre 10min et 30min Comment : Assis dans la majoritĂŠ des cas, avec un confort en rapport avec le lieu.


21 |

Se poser pour se divertir Seul, entre copain(e)s, un adversaire. OĂš : Dans une rue, un parc, un square, une aire de jeux, au pied de son immeuble.

Temps : entre 10min et 1h Comment : Tout dĂŠpend de son imagination.


34 | Temps de pause

Accueillir un artĂŠfact


35 |


44 | Temps de pause

État de l'art

Adrian BLANC - Bol pour JC DECAUX

Damien GIRES - Agence LePlanB

Bland HOKE and Howard CHAMBERS - Softwalks


45 |

Nichola TRUDGEN pour Wanderest

Esther BACOT - En aparté

Gordon DOUGLAS - DIY Urban design

Balançoire arrêt de bus - Londres


50 | Temps de pause

Contraintes techniques et formelles

Je me suis donné comme principale contrainte l’aspect dimensionnel des objets créés afin de respecter au maximum les prescriptions pour les personnes mal-voyantes. À savoir, si l’objet est fixé à plus de 40cm du sol, il ne devra pas dépasser 15 cm par rapport au mobilier (poteau) existant. Je voulais proposer un objet qui soit fin visuellement et créer des formes perpendiculaires au poteau, rayonnantes, rondes, carrées ; l'idée étant de jouer sur les contrastes. Et puis est venue l’idée du ruban que l’on plie pour faire naître des formes.

Premières séries de maquettes tests au 1/10


51 |

Deuxième série de maquettes tests au 1/10


56 | Temps de pause

État de l'art

J'ai repéré spécifiquement des références d'assises dans le domaine du nomadisme, du camping, de la randonnée…

Galen CRANZ - Embrace


57 |

Tabouret d’artiste

Canne-siège Mattini

Helinox home

Ergolife

Backpack Chair - BAGO BAGO


58 | Temps de pause

Orientation

Je m’oriente donc vers un objet que l'on sort lors de ces déplacements en ville, sans se charger inutilement. Le vélo arrive comme une évidence. De plus, la "petite reine" revient au sein de nos villes, permettant une meilleure qualité de l’air et le désencombrement des rues. Lorsqu'on gare son vélo, après l'avoir attaché, il arrive couramment que l'on emporte avec soi sa selle pour éviter de se la faire voler. Mais que faire après avec cette selle qui prend de la place dans notre sac ? On pourrait l'utiliser comme assise autonome hors du vélo par exemple. Mais pour cela, il faut avoir un complément d’objet qui la suit partout. Un objet que l'on transporte donc en vélo, attaché directement à la tige de selle et qui permet de la plugger sur les nombreux poteaux présents en ville.


59 |


68 | Temps de pause

Nom et logo

Différents noms ont été cherchés en français puis en anglais et un mot arrive comme une évidence "hook" signifiant "accrocher". De là l’objet deviendra le "hooKey" avec l’idée d’une clé (antivol, serrage). Un logo est dessiné pour montrer l’idée d’accroche avec l’ouverture et la fermeture du système à l’aide des lettres h et y. Puis une baseline est réalisée en intégrant la notion de "Urban hooking" à l’image du "Urban hacking".


69 |

Le prototype fonctionnel en situation (sans selle)


76 | Temps de pause

Maquette d'aspect

Le hooKey est réalisé en impression 3D stéréolithographique. En raison des contraintes dimensionnelles de l'imprimante, 3 coques seront réalisées. Le corps est imprimé dans une résine transparente et rigide. Elle permet d'y insérer des éclairages leds pour être vue la nuit pour les cyclistes, mais également pour les piétons et noctambules lorsqu'ils seront assis contre un potelet en bordure de chaussée. L'arceau est imprimé en résine souple et prometteur pour une amélioration du fonctionnement futur. Les deux boutons sont imprimés en résine transparente pour plus de solidité.


77 |

Le prototype d'aspect en situation (sans selle)


78 | Temps de pause

Scénarisation

Afin de mieux comprendre l'utilisation du hooKey, les pages qui suivent présentent cet objet nomade dans différentes situations. La scénarisation est non exhaustive, seuls quelques scenarii sont abordés.


79 |

Hanifa - RetraitĂŠe


81 |

ValĂŠrie - 40 ans - Paysagiste-conceptrice


83 |

Cristian - La quarantaine - PropriÊtaire d’un restaurant chilien


84 | Temps de pause


85 |

Bibliographie

• •

• • •

• • • • •

BARREIRO (Fernando), Améliorer l'usage des espaces publics dans les villes européennes, URBACT, User, Avril 2015, 70 p. BOUCHER (Gérard), Aller chercher les attentes des usagers, Disponible sur : http://obs-urbain.fr/aller-chercher-les-attentes-usagersentretien-gerard-bouche-consultant-en-ergonomie COLIN (Christine), Confort et inconfort, HAZAN, 1999, 160p. CÔME (Tony) et POLLET (Juliette), L'idée de confort, une anthologie, B42, 2016, 272p. CRUNELLE (Marc), La ville a pratiquer, Laboratoire Perception et Cognition de l’espace, Texte présenté au colloque sur les ambiances, Rio de Janeiro, Décembre 2009 DAUTREY (Jehanne) et QUINZ (Emanuele), Strange Design : Du design des objets au design des comportements, IT éditions, 2014, 378p. JOLÉ (Michèle), Quand la ville invite à s'asseoir : Le banc public parisien et la tentation de la dépose, In: Les Annales de la recherche urbaine, N°94, L’accueil dans la ville, 2003, p. 107-115. JOLÉ (Michèle), Que sont devenus les espaces publics parisiens ?, Disponible sur http://www.metropolitiques.eu/Que-sont-devenusles-espaces.html, publié le 30/10/2013 MEZIANI (Mehand), VUALEON (Yan,-Faunch), VILLOT (AnneMarie), L'espace public parisien : nouvelles pratiques, nouveaux usages, APUR - Juin 2012, 68 p. MEZIANI (Mehand), L'espace public parisien au XXI ème siècle, APUR - Mai 2011, 108 p. MORRISON (Jasper) Take a Seat!, Cycle de 6 conférences aux musée des Arts décoratifs, Paris, 2009 TROTTIN (David), MASSON (Jean-Christophe) et TALLON (Franck), Usages Paris, IN-EX, 2015, 97p. PAQUOT (Thierry) L'esprit des villes, Ici et là Revue, 2014, 368 p. Direction de l’Urbanisme de la mairie de Paris, Mobilier urbain Paris - Evolutions récentes, août 2013


86 |

Rituels et préparation | 86

Conclusion et remerciements

Ainsi le hooKey intervient comme un complément d’objet dans les déplacements urbains et propose une invitation à la pause dans nos villes toujours plus rapides. Les utilisateurs auront tout le loisir de s’approprier cet objet dans une grande liberté d’usage. Liberté qui à mon sens est importante dans notre société actuelle quelquefois un peu trop cloisonnée. Je remercie tout d'abord mon directeur de recherche Jean-François Gleyze pour sa bienveillance, sa clairvoyance au sein du projet et son humanité. Je remercie chaleureusement Médy Sejai Directeur de la Direction des espaces publics de la Mairie de Montreuil et Damien Beslot membre du collectif Quatorze pour m'avoir accordé de leur temps pour les interviews. Je remercie également toutes les personnes présentes dans la scénarisation avec par ordre d'apparition : Hanifa, Olivier, Valérie, Victor, l'homme en tenue sportive essayant le vélo, Cristian et Eric. Merci à tous les responsables d'ateliers et studio, Roland, Xavier, Johan, Didier, Denis pour son implication dans le montage du podium pour tester le potelet face au jury. Je remercie mes camarades de promo pour les soutiens mutuels que nous nous sommes apportés, les bonnes idées et la "buena onda" générale qui a régné toute l'année. Et enfin, je remercie ma compagne Valérie qui m'a soutenu tout au long de cette année, ma fille pour son implication ponctuelle dans le projet et sa compréhension et toutes les personnes qui m'ont soutenu de près ou de loin dans ma démarche.


| 87


Profile for Sylvain ORY

Temps de pause - Une assise nomade en milieu urbain  

Il s'agit d'extraits tirés de l'ouvrage réalisé dans le cadre de mon projet développé en mastère Création et technologie contemporaine à l'E...

Temps de pause - Une assise nomade en milieu urbain  

Il s'agit d'extraits tirés de l'ouvrage réalisé dans le cadre de mon projet développé en mastère Création et technologie contemporaine à l'E...

Advertisement