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Livres Choisis du XVIe au XXIe siècle


Livres Choisis du XVIe au XXIe siècle

Paris 2008


LIBRAIRIE LARDANCHET

1 - ENTRテ右 DE HENRI II 1 - [Heures]

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1. [ENTRÉE de Henri II à Lyon]. La magnifica et triumphale entrata del Christianiss. Re di Francia Henrico secondo… antiqua citta di Lyone à luy & a la sua serenissima conforte Chaterina alli 21 di Septemb. 1548. Lyon, Gulielmo Rouillio, 1549, in-4°, vélin ivoire, dos lisse avec titre manuscrit en long, tranches lisses (reliure de l’époque).  Édition originale de la traduction italienne de cette relation, publiée afin de perpétuer le souvenir de l’entrée du couple royal, Henri II et Catherine de Médicis, à Lyon en 1548. L’année précédente avait été marquée par l’avènement d’Henri II. Le XVIe siècle fut l’âge d’or des entrées royales, instrument essentiel de l’ordre monarchique. Conçues à la façon des anciens triomphes romains, elles étaient l’objet de longues et coûteuses préparations. Ces fêtes se déroulaient dans un décor éphémère, réalisé à partir de structures de bois sur lesquelles étaient tendues des toiles ornées de figures en trompe-l’œil, création due à un nouveau type d’artistes qui étaient à la fois peintres, sculpteurs et architectes. Elles furent un laboratoire d’essai révélateur de l’évolution générale de l’art. La ville de Lyon, qui emprunta 2 000 écus pour l’occasion, fit appel à Maurice Scève, assisté de Claude de Taillemont, G. du Choul et Barthelemy Aneau, pour établir le programme des festivités : défilés d’enfants vêtus à la turque portant d’impressionnants cimeterres dorés, naumachie, pièces de théâtre… La rédaction de la relation fut assurée par les mêmes. Seule l’édition en italien fait état de la représentation de la comédie Calandra du cardinal Bibbiena, jouée à la demande de l’importante communauté florentine installée à Lyon depuis le début du XVIe siècle. Les 15 bois gravés qui accompagnent le texte sont l’œuvre de Bernard Salomon, « conducteur de l’œuvre de paincterie », et dont on reconnaît le style à l’allongement et à l’élégance des personnages. Ils représentent une vue en perspective de la place de la Bourse, les galères de la naumachie, des portes et colonnes, un arc de triomphe… Le reste de l’ornementation consiste en une série d’initiales à fond criblé. Exemplaire Rahir. Relié à l’époque, condition rare pour une Entrée du XVIe siècle, il est bien conservé. Traces d’attaches. Petites cassures au dos. Dimensions : 202 x 148 mm. Provenance : Rahir (Cat. II, 1931, n° 506). Mortimer, n° 211 (“ Theses French Italian editions are the first of the « entrée » volumes to be fully illustrated ”) ; Fairfax Murray, French Books, I, n° 151 ; Baudrier, IX, pp. 164-165 ; Brun, pp. 193194 ; Vinet, 470 (“ Une traduction italienne… fut publiée simultanément ”) ; Ruggieri, 242.

2. BIRINGUCCIO (V.). De la pirotechnia. [In-fine : In Venegia, per Giovan Padoano, a instantia di Curtio di Navo, 1550], in-4° de 168 ff. sign. +8, A-X8, vélin souple, dos lisse avec cote de rangement manuscrite, tranches lisses (reliure de l’époque).  Premier traité technique publié en Occident sur les arts et la manufacture nécessitant de la chaleur pour leur production (Collin Ronan). 5


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Ce livre de référence sur l’élaboration et la transformation des métaux sera suivi seize ans plus tard par le célèbre De Re Metallica d’Agricola, qui mentionne le « métallurgiste » Biringuccio dans sa préface et le plagie pour certaines parties. Seconde édition, la plus rare. L’un des artisans précurseurs de la science moderne. Natif de Sienne (1480-1537 (?)), ce fils d’architecte au service du tyran P. Petrucci, a acquis ses connaissances en voyageant en Italie et en Allemagne. Vers 1508, il est à la tête d’une mine de fer à Sienne, fonction qu’il quitta pour prendre un poste à l’Arsenal de la République, qu’il sera contraint d’abandonner après la chute des Petrucci, accusé d’avoir falsifié l’alliage des pièces de monnaie avec la complicité du directeur de la Monnaie, Francesco Costori. Il prend le chemin de l’exil qui le pousse vers d’autres Républiques, Venise, Milan, Florence, où il fond des canons et construit des fortifications. En 1530, on le retrouve à Rome occupant la direction de la fonderie papale et de l’arsenal. Fort de cette expérience, il rédige dans un style clair son unique traité, qui est en rupture avec l’hermétisme des écrits alchimiques d’alors. L’auteur traite méthodiquement des minerais, or, argent, cuivre, fer et acier, des semi-minerais, selon sa terminologie, comme le mercure, l’arsenic, le quartz, le verre, qu’il chérit particulièrement. Père de la fractographie moderne, il évoque les différents essais sur les métaux et la fonderie, les alliages et la séparation des métaux (or et argent), les derniers chapitres sont consacrés aux matériaux combustibles, aux feux d’artifice et aux explosifs. Il décrit avec soin la fonte et le calibrage des canons. Publié en italien pour la première fois en 1540, l’ouvrage fut successivement réédité en 1550, 1559 et 1678, connut une traduction en français en 1556 par Jacques Vincent, en allemand par Otho Johannse, en 1925, et en anglais par C. S. Smith et T. Gnudi en 1942. 84 bois gravés illustrant les différents modes de fonderie (canon, cloche, caractères d’imprimerie, poterie...), le raffinage et l’essai de minerais. Exemplaire bien conservé, dont le frontispice a été finement colorié et rehaussé d’or à l’époque. Traces légères de mouillures, plus prononcées en début de volume, l’une d’elles a occasionné aux deux derniers feuillets une dégradation de papier n’atteignant pas le texte. Dimensions : 205 x 150 mm. Provenance : Henry Rouart (ex-libris). Norman Library, 238 («The first comprehensive treatise on the ‘pyrotechnic’or fire-using arts... His account of the adaptation of metals to use by alloying, working and casting excels these of Ecker and Agricola, and his sections on glass, steel and the purification of salts by crystallization were copied almost verbatim in Agricola’s... DSB, I, p. 143 ; Wolf, A History of Science, Technology and Philosophy in the 16th & 17th Centuries, II, p. 486 («... the first really systematic, if strictly practical book on mining and metallurgy») ; Colin Ronan, Histoire mondiale des sciences, pp. 409-440 («Pirotechnie, publié un an après sa mort, exerça une large influence...») ; Encyclopedia Universalis, vol. 10, p. 952 («Si les vues sur le durcissement du fer par carburation sont théoriquement incohérentes, elles n’en sont pas moins valables pratiquement») ; St. Gheyselinck, E.P.F.L., Biringuccio dans les secrets de Vulcain, p. 31 («... l’un des premiers vrais textes scientifiques...»).

Voir la reproduction en 1ère de couverture

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2 - BIRINGUCCIO

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3. COLUMELLA (L.M.). Les douze livres de Lucius Columella des Choses rustiques. Paris, I. Kerver, 1555, in-4°, vélin à rabats, dos lisse, tranches lisses, traces d’attaches (reliure de l’époque).  Première traduction en langue vernaculaire du traité de Columelle. Ce travail de Claude Cotereau, le premier interprète de Columelle, s’inscrit dans le courant qui, au travers des premières traductions, tenta d’opérer une dynamique d’appropriation de la vertu antique. Publiée en originale, en 1551, et dont on connaît deux tirages, elle est ici en seconde édition, revue et annotée par Jean Thierry, ce dernier présentant l’agriculture comme la science totale capable d’entretenir le corps, l’esprit, le regard et le cœur, dans la mesure où, malgré les gains qu’elle autorise, elle conduit sur les voies de la vertu. L’une des sources d’Olivier de Serres. Les traités d’agriculture, de Caton à Charles Estiennes en passant par Columelle, ont pour fonction l’enseignement et la transmission des pratiques. Délaissant en partie l’agriculture, c’est-à-dire l’amendement des sols, la fumure, les semailles, les moissons, la rotation des cultures, ils s’intéressent au «jardinage», qui concerne alors quatre principaux jardins, verger, potager, médicinal et floral, et d’autres espaces voisins, les vignes et les champs ; ils traitent également de l’économie domestique et se consacrent aussi à l’emplacement du domaine, à son orientation, à la distribution des bâtiments, aux champs, au bétail et aux abeilles, parfois à la chasse, souvent à la manière de préparer et surtout de conserver les produits du jardin. Élégante impression sortie des presses de Jacques Kerver, s’ouvrant sur un encadrement de page de titre formé de fruits, fleurs, chérubins..., puis suit une belle série d’initiales. L’ouvrage se termine par la marque à la licorne des Kerver. Exemplaire dans sa première reliure, bien conservé. Petites et légères mouillures en angle de quelques feuillets. Dos noirci. Dimensions : 234 x 170 mm. Provenance : Oratoriens de Paris («Oratorij Pari sensis Catalogo inscriptus») ; ex-libris manuscrit du XVIe siècle J. Gougnon. Brunet, II, pp. 168-169 ; Hunt, Catalogue of Botanical Books, 72 ; Vicaire, Bibliographie gastronomique, 192-193 ; Martine Gorrichon, Les Travaux et les jours à Rome et dans l’ancienne France. Les agronomes latins inspirateurs d’Olivier de Serres, Tours, 1976 ; D. Duport, Le Jardin et la Nature, Genève, 2002.

4. VESALIUS (A.). De Humane Corporis Fabrica libri septem... Basle, J. Oporinus, 1555, in-folio [XII], 824, et [24]pp., vélin blanc à rabats, sur le premier plat initiales et date [I.C.F.D.-1667] en lettres et chiffres dorés, dos lisse, tranches bleues (reliure du XVIIe siècle, 1667).  Seconde édition in-folio. Les De humane corporis libri... ou Fabrica s’inscrivent dans l’ambiance intellectuelle de l’humanisme du XVIe siècle. Les caractéristiques de l’époque sont réunies dans le traité : le rejet des doctrines scientifiques des autorités classiques et médiévales ; l’approche expérimentale de l’exploration des phénomènes naturels ; la remise en pratique de la médecine clinique ; la notion que l’amélioration des sciences dépend du perfectionnement des méthodes scientifiques ; la confiance absolue dans l’avenir de la science et la croyance qu’en connaissant mieux la nature, on peut la contrôler. Sortie des presses pour la première fois en 1543, l’année même où Copernic publie le De revolutionibus orbium coelestcoelstrium libri VI..., la Fabrica, œuvre maîtresse de Vésale (15148


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3 - columella

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1564), donne enfin une idée générale d’une anatomie normale, s’opposant à Galien, ouvre la porte aux grandes découvertes anatomiques et permet à cette science de connaître en peu d’années un développement extraordinaire. Jean de Tournes publie en 1552 une édition pirate, Vésale n’étant absolument pas intervenu. Vésale et Oporinus entendent laisser une édition définitive de la Fabrica. La dizaine d’années qui sépare l’originale de cette seconde édition in-folio permet à Vésale de poursuivre ses recherches, facilitées par sa position après de l’empereur Charles Quint, qu’il suit dans ses campagnes en qualité de médecin militaire. Soucieux de mettre au grand jour ses résultats, Vésale confie à son ami Oporinus le soin d’imprimer une nouvelle édition, corrigée et modifiée. Les changements principaux concernent les livres V, VI et VII. L’un des chefs-d’œuvre de l’art typographique du XVIe siècle. Soucieux, donc, de laisser un testament, un soin particulier fut apporté à l’exécution de l’ouvrage. Le papier choisi est plus épais et de meilleure qualité ; les caractères plus clairs et plus grands ; les pages comportent moins de lignes, et par conséquent sont plus lisibles ; le tirage des bois fut réalisé de façon parfaite. Une iconographie de référence. Il est admis aujourd’hui que plusieurs mains y ont participé et on s’accorde à les situer dans l’entourage du Titien. Les spécialistes citent non seulement le maître et son disciple Jean Stephan van Calcar, mais aussi D. Campagnola, Francesco Marcolini di Forli, Giovanni Brito et Giuseppe Porta, tous présents de 1540 à 1542 à Venise. Les bois, dont on ignore encore aujourd’hui qui en est l’auteur, ont été gravés à Venise, dans du poirier finement poncé et enduit d’huile de lin, puis confiés à Nicolas Stopius, qui les fit transporter de Venise à Bâle, par le Saint-Gothard. Pour cette seconde édition, le frontispice et les initiales ont été regravés, et certaines des illustrations, soit retravaillées, soit remplacées par de nouvelles. Exemplaire du médecin Robert Gray (1648-1701). Natif de Newcastle, il suivit à partir de 1665 les cours de Saint-John à Cambridge, accéda au BA en 1668-1669, au MA en 1672, et plus tard, probablement au MD. En 1687, il fut élu sociétaire du collège royal de Médecine de Londres, institut fondé en 1518. La collection de Sir Hans Sloane, collection fondatrice de la British Library, conserve deux manuscrits de Robert Gray, Praxis medicinae de omnibus morbis in genie de 1676 sous la côte Sloane 3176, et Medical receipt for the use of the Dispensary, Sloane 3204. Sous le numéro 3216, sont conservées des lettres qui lui ont été adressées par le physicien Archibald Pitcairne (1652-1713), James Cunningham, le mathématicien David Gregory, W. Thomson, Jane Eccles et W. Jones (1687-1749), mathématicien de formation et fondateur de la bibliothèque scientifique des comtes de Macclesfield. Gray possédait une bibliothèque importante, vendue aux enchères en 1720 à Londres chez Thomas Ballard. Notre Vésale fut adjugé pour £ 1.11.s. 6 d. Les Macclesfield acquirent plusieurs volumes, soit pendant la vente, soit après. Dos de la reliure restaurée. Quelques légères et éparses traces de mouillures, sans importance. Dimensions : 404 x 272 mm. Provenance : [I.C.F.D.,1667], marque non identifiée, frappée sur le premier plat en lettres dorées ; R. Gray (Cat., 1730, n° 152) avec mention manuscrite «Roberti Gray collegii med. lond. 1696» ; mention d’achat £ 2.2 datée 1756 ; Robert Hunter, ex-libris manuscrit du XVIIIe siècle ; John Ord (1729-1814) ; Dr John Talbot Germon, dont une partie de la bibliothèque fut acquise par la Bibliothèque Lilly de l’université d’Indiana en 1979. Adams, V605 ; Choulant-Frank, pp.181-182 ; Cushing, VI. A. 3 ; Durling 4579 ; Garrisson & Morton, 377 ; Norman, 2139 ; Carter & H. Muir, P.M.M., 71. Voir la reproduction en 4ème de couverture 10


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5. PALLADIO (A.). I quattro libri dell’Architettura. Venice, Dominicho Franceschi, 1570, 4 parties en un vol. in-4° de 166 ff., sign A2, B-II4, KK4, AAA-FFF4, AAAA-RRRR4, vélin moucheté, dos à lisse, tranches mouchetées (reliure du XVIIe siècle).  Édition originale. Des traités italiens d’architecture du XVIe, le I quattro libri dell’Architettura est le plus influent. Ayant reçu une solide formation d’architecte, à l’inverse de ses contemporains qui en étaient très souvent dépourvus, Palladio expose un savoir qui semble préexister à son œuvre, donnant ainsi à son texte une rigueur et une clarté qu’aucun traité d’alors n’avait offertes. Pendant plusieurs siècles et encore aujourd’hui, architectes, écoles et civilisations les plus variées se réclament de son enseignement, plus particulièrement en Angleterre. L’ouvrage est formé de 4 livres, le premier décrit les cinq ordres et les principes de base de l’édification ; le second traite des palais et villas, type de construction auquel Palladio consacra l’essentiel de son temps, lui accordant dans ses activités une priorité jamais concédée jusque-là par aucun architecte de la Renaissance. Le troisième livre s’intéresse aux espaces publics, le dernier évoque les modèles antiques dont l’influence persistante s’exerça sur les réalisations de l’architecte de Vicenza. Chaque livre est annoncé par un beau titre-frontispice, puis suivent en appui du texte un grand nombre de bois gravés ; au total on en compte 217 que les rédacteurs du catalogue Fowler attribuent aux frères Chrieger et à C. Coriolano. Exemplaire très pur, d’un beau tirage, aux marges équilibrées, exempt de restauration. Petite mouillure, plus ou moins claire, des pp. 13 à 36. Dimensions : 295 x 200 mm. Provenance : ex-libris manuscrit daté C.E. Norton, 1663 (?) ; étiquette du libraire milanais Grieb. Fowler, 212 ; Berlin Catalog, 2592 ; Mortimer, Italian 16th Century Books, 352 ; Carter & Muir, Printing and the Mind of Man, # 92.

6. [SAINT IGNACE DE LOYOLA]. Regulae Societatis Iesu. Rome, In Collegio Eiusdem Societatis, 1582, in-8° de 36 ff. sign. A8, B-D4, E-F8, maroquin rouge, filets dorés autour des plats, dos lisse joliment orné avec titre en long, tranches dorées (reliure du XVIIIe siècle). Rare édition de la «Règle» de la Compagnie. L’originale date de 1580. À côté des Constitutiones sur lesquelles l’existence de la Compagnie se fonde, dictant les missions qui lui sont assignées, les Règles ont pour objet d’organiser la vie à l’intérieur de l’ordre à travers des prescriptions qui définissent le rôle de chacun des membres. Une vignette de titre gravée sur bois avec la marque de la compagnie IHS contenue dans un soleil. Exemplaire élégamment relié au XVIIIe siècle, probablement à la demande de Girardot de Préfond. Le décor du dos est typique des commandes qu’il passait auprès de ses relieurs. Petite trace de mouillure en pied du volume. Provenance : mentions manuscrites anciennes de deux mains différentes : très rare, et An Epitome, very rare. De Backer/Sommervogel,V,102 ( De Bure dit : «Édition fort rare et vendue en 1757 à la vente M.G.D.P. (Girardot de Préfond) pour la somme de 150 livres. On a cru longtemps que c’était l’édition originale») ; Carayon, 223; Palau, 291679; STC Italian, 348. 12


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5 - PALLADIO

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7. SAINT-GELAIS (Mellin de). Œuvres poétiques. Lyon, De Harsy, 1574, in-12, maroquin rouge, filets dorés autour des plats, armes au centre, dos à nerfs orné, roulette dorée intérieure, tranches dorées (Bauzonnet-Trautz). Seconde édition collective en grande partie originale, plus complète que la précédente, de ces poèmes dus à Saint-Gelais, protégé d’Henri II et ancien disciple de Marot. Une édition publiée du vivant de l’auteur, en 1547, fut probablement détruite par ce dernier en raison de pièces susceptibles de compromettre son statut de poète de cour. Il n’en reste que deux exemplaires conservés à la BNF, dont un incomplet. Notre édition, imprimée en italique quinze ans après la mort de Saint-Gelais, donne pour la première fois l’ensemble des poèmes de l’auteur, comprenant opuscules, sonnets, rondeaux, ballades, épitaphes, élégies, énigmes et chansons. Superbe exemplaire, grand de marges, aux armes des Fitz-James, probablement Édouard (17761838), pair de France, député de 1834 à 1837, arrêté avec Chateaubriand et Hyde de Neuville à la suite du complot de la duchesse de Berry. Proche de Balzac, oncle de Mme de Castries, il patronnait Le Rénovateur, journal légitimiste dirigé par Charles Laurentie. Dimensions : 162 x 102 mm. Provenance : Fitz-James (1776-1838). Picot, I, 630 ; Baudrier, Suppl. I, p. 32, n° 8 ; Barbier, Ma bibliothèque poétique, I, n° 64 ; Olivier, 1386.

8. VILLEHARDOUIN (G.de). L’histoire de Geoffroy de Villehardouin... Paris, A. L’Angelier, 1584, in-4°, vélin à plats rigides, dos lisse, tranches mouchetées (reliure du XVIIe siècle).  Édition originale de la célèbre chronique de la quatrième croisade par un grand seigneur, Geoffroy de Villehardouin (1150-1215), maréchal du comte Thibaud de Champagne. Importante d’un point de vue historique, grammatical et littéraire, elle reste un témoignage majeur de la croisade encouragée par Innocent III et initiée par Foulques de Neuilly au tournoi d’Ecry-surAisne en 1199. Tout en faisant progresser la langue française encore mal formée, ce récit est l’un des quatre textes fondateurs de l’historiographie. La chronique rapporte les péripéties des croisés, qui n’arrivèrent jamais en Terre sainte. à cause du rôle de premier plan qu’il joua dans les événements en tant que diplomate et chef militaire, l’auteur est à la fois juge et partie. Homme lige de Thibaud de Champagne, puis, à sa mort en 1201, de Boniface de Montferrat, il fut chargé de négocier avec le doge de Venise, Enrico Dandolo, le prix de la traversée en mer des croisés. Une fois sur place, les troupes, moins nombreuses que prévu, ne purent payer les 85 000 marcs requis, et le doge accepta de différer le paiement à condition que les croisés l’aident à reprendre le port de Zara aux Hongrois. Une fois la ville dalmate prise et pillée, les croisés se virent proposer par le jeune Alexis, fils de l’empereur Isaac II, un contingent et une somme de 200 000 marcs en échange de leur aide pour reconquérir le trône byzantin. Devenu, grâce à cette alliance, empereur associé, Alexis IV fut rapidement chassé par son cousin Alexis V et par ses sujets, hostiles aux croisés. Prise entre les intérêts divergents des grands seigneurs, des Vénitiens et des Grecs, la croisade finit par se déliter... Le texte est une édition bilingue, établie en 1584 par Blaise de Vigenère (1523-1596), traducteur et secrétaire du duc de Nemours. Né en 1523 à St-Pourçain (Allier), il fut employé par le premier secrétaire d’État après avoir étudié à Paris. En 1545, il accompagna la délégation française à la diète de Worms, visita l’Allemagne et les Pays-Bas. Entré au service du duc de Nevers, dont il devint le secrétaire, il étudia le grec et l’hébreu auprès de Dorat et de Turnèbe. Doté d’une vaste puissance de travail, il réalisa, outre la retranscription de L’Histoire de la conquête de Constantinople de Villehardouin, des traductions de César, Cicéron, Lucien, Tite-Live, Platon, et mit en vers les 14


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8 - VILLEHARDOUIN

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Psaumes de David et les Lamentations de Jérémie. Il obtint encore le titre de secrétaire de la chambre du roi Henri III et disparut en 1596 à Paris. Présentant d’un côté, le texte de l’auteur, et de l’autre, la version modernisée du traducteur, la présente édition met en lumière tout le travail d’adaptation et de réécriture d’un érudit humaniste. À sa suite, d’autres traducteurs s’attelèrent à la tâche, et le texte connut plusieurs rééditions en 1601 et 1656-1657. Exemplaire de première émission, avec la page de titre datée 1584. Les livres VIII et IX ont été annotés en marge au crayon à mine, en français et en anglais. Dimensions : 220 x 270 mm. Provenance : Heber (Cat., 1834, n° 1439) ; Francis Pottiée-Sperry (ex-libris). Brunet, 1238 ; Tchemerzine, X, 457 ; J. Flori, Les Croisades, pp. 50-53 ; L. Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française, T. II, pp. 284-288.

9. NÉANDER (J.). Tabacologica : hoc est tabaci, seu nicotianae descripto medico-chirurgicopharmaceutica vel eius praeparatio et usus in omnibus ferme corporis humani incommodis per Johannem Neandrum, Bremanum, philosophum et medicum... Lugduni Batavorum, Isaaci Elzeviri, 1626, in-4°, maroquin vert olive, filets dorés autour des plats, armes au centre, dos lisse orné, tranches dorées (reliure ancienne). Première véritable monographie sur le tabac. Publié pour la première fois à Leyde en 1622, réédité en 1626, traduit en français dès 1625, le Traité du tabac de Néander s’inscrit dans la controverse qui agita l’Europe au début du XVIIe siècle, opposant ardents défenseurs et farouches ennemis du tabac. Présenté comme un remède universel lors de sa découverte, il fit très vite l’objet d’une répression, certains le présentant comme un remède pire que le mal. Sa vente libre fut interdite en France dès 1635. Jean Néander (1596-1630), l’un des précurseurs de la lutte anti-tabac. Né à Brême en 1596, peu d’éléments sur sa vie sont aujourd’hui disponibles. On sait qu’il suivit des études de philosophie et de médecine et publia trois livres : la Tabacologia, une histoire de la médecine (1623), considérée par ses contemporains comme assez contestable, et une monographie du sassafra, Sassafrologia (1627). La date de sa mort reste incertaine. Dans son introduction à son Traité du tabac, il est l’un des premiers à avertir le fumeur des dangers du tabac : «N’en espère pas de moins, si tu en veus mes - user et t’émanciper à l’abus qui se commet iournellement en l’usage demesuré de sa fumée, lequel est capable de se metamorphoser et pervertir entièrement toute ton oeconomie naturelle au preiudice de ta santé avec vu final abrègement de tes jours.» Avec la Tabacologia, Jean Néander s’impose comme l’un des historiens du tabac. Il énumère les différents noms qui désignent la plante, retrace son histoire et son introduction en Europe, soit un demi-siècle auparavant, donne des descriptions botaniques de trois sortes de tabac, qui, selon lui, existaient. Les deux premières, qu’il appelait Grand Tabac, ou Tabac Masle pour la première, Tabac Femelle pour la seconde, correspondaient, selon ses descriptions, à deux variétés de Nicotiana Tabacum. La troisième, dans laquelle on peut reconnaître la Nicotiana Rustica, était appelée Petit Tabac. Le botaniste poursuit en énumérant les règles pour la culture et la préparation de ces plantes. Vient ensuite la partie la plus importante, elle concerne les usages médicaux que l’on pouvait en faire. Deux grandes séries se dessinent, la première qui fait du tabac leur principe actif, la seconde, où la plante entre parmi d’autres éléments plus ou moins importants. Une iconographie de référence. Les trois planches illustrant la culture et le séchage du tabac sont les premières qui ont été publiées sur le sujet. Deux sont signées M. V. Brouck (?). Elles sont précédées par trois gravures anonymes 16


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figurant les diverses sortes de tabac (Tabac Masle, Tabac Femelle, Nicotiana Rustica), et suivies de trois autres, l’une par Blon, représentant pipes et narghilés. Le cycle iconographique interprété sur cuivre est complété par un portait de l’auteur âgé de 26 ans, gravé par W. Delff d’après Bailly, et un titre gravé. Exemplaire intéressant aux armes de Louis-Joseph de Bourbon-Condé (1736-1818), relié au XVIIIe siècle. Petites traces de mouillures en fin de volume. Dos légèrement plus clair. Dimensions : 207 x 149 mm. Provenance : Louis-Joseph de Bourbon Condé ; Debry (Cat., 1966, n° 139, «Bel exemplaire»). Berghman, n° 592 («Cette édition n’est autre que celle de 1622, rajeunie au moyen d’un titre gravé, en remplacement du faux-titre et du titre imprimé) ; Willems, 257 ; Pritzel, 7394 (éd. de 1622) ; Arents, II, n° 148 (éd. 1622, «... Among them are the earliest representations known to us of Americain natives engaged in cultivating and curing tabacco...»).

10. MOSCARDO (L.). Note overo memorie del Museo di Lodovico Moscardo nobile veronese. In Padoa, Paolo Frambetto, 1656, veau moucheté, dos à nerfs orné, tranches mouchetées (reliure de l’époque). Édition originale et premier tirage. Un des plus beaux cabinets de curiosités du XVIIe siècle. Décrit ici par son propriétaire, l’antiquaire et collectionneur véronais le comte Moscardo, ce cabinet à caractère encyclopédique réunit un ensemble d’objets disparates, Monnaies, Idoles, Dons militaires, Figures votives, Tombeaux, Minéraux, Terres, Pierres, dessins et d’autres curiosités, parmi les plus étranges, tant de l’Art que de la Nature. À la mort de Francesco Calzolari le jeune en 1673, sa collection d’objets naturels vint enrichir le fonds du musée. Visité par l’Europe des curieux, Misson en dressa un compte-rendu précis en 1687 : «On trouve là une galerie et six chambres, toutes remplies de ce qu’il y a de plus merveilleux dans l’Art et dans la Nature. [...] des tableaux, des livres, des anneaux, des animaux, des plantes, des fruits, des métaux, des productions monstrueuses ou extravagantes, des ouvrages de toutes façons, en un mot, tout ce qui se peut imaginer de curieux, soit pour la rareté, soit pour la délicatesse et l’excellence de l’ouvrage.» Un frontispice allégorique et 114 figures disposées dans le texte, l’ensemble gravé par Alberto Pasi. Exemplaire de Nicolas-Joseph Foucault (1643-1721). Avocat de formation, il cumula de nombreuses fonctions, notamment celle d’avocat au grand conseil, de conseiller au Parlement de Paris, d’intendant, qui firent de lui un grand commis d’État sous Louis XIV. Il participa, à la demande de Colbert, en tant qu’intendant de la généralité de Montauban, à la vague d’acquisitions que fit l’État dans les monastères et les abbayes. Il se fit ainsi remettre cent quarante-quatre manuscrits de l’abbaye de Moissac, qui reçut en échange une subvention de mille deux cents livres, destinée à l’acquisition d’ornements liturgiques. Il a réuni par goût personnel une bibliothèque sur l’histoire de France et un cabinet de médailles et de figures antiques, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale. Petit manque à la coiffe supérieure, et discrète épidermure en pied du plat supérieur. Dimensions : 305 x 205 mm. Provenance : Nicolas Joseph Foucault (ex-libris) ; Earls of Macclesfield (ex-libris). Nissen, ZBI, 2898 ; Bibliothèque nationale, Tous les savoirs du monde, p. 294 («Le catalogue de la collection Moscardo, qui connut deux éditions, est parfaitement équilibré, et son contenu, de grande qualité. Le seconde édition véronaise, où certains cuivres sont remplacés par des bois, signale des achats récents d’antiquités, mais aussi de rares naturalia...) ; Jammes, Cabinets de curiosités, Collections, Collectionneurs, 241 ; Olivier, 1852. 18


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10 - MOSCARDO

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11. [BIBLIA]. Biblia Sacra. Cologne, B. Gualterus, 1630, in-12, maroquin rouge, dos à nerfs orné aux petits fers, chiffre KVD dans les entre-nerfs, double encadrement de filets et de pointillés dorés sur les plats, petits vases de fleurs aux angles, armes au centre, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure de l’époque).  La fameuse Bible des évêques, réputée pour son élégance. Frontispice gravé contenant 8 vignettes figurant plusieurs scènes de la Bible. Exemplaire de Sir Kenelm Digby (1603-1665), portant ses armes sur les plats et au dos, son chiffre associé à celui de son épouse Venetia (1600-1633), à laquelle il voua un culte célèbre. Diplomate, homme de science, philosophe, ami des écrivains et des savants, Hobbes, Descartes, Gassendi, Mersenne..., Digby est l’auteur de nombreux livres concernant aussi bien les sciences que la religion. Après sa conversion au catholicisme dans les années 1630, il préfaça en 1638 une traduction des Confessions de Saint-Augustin et publia la même année Conference with a Lady about Choices of Religion, ouvrages qui constituent ses premiers travaux littéraires. Reliure de goût. M. Breslauer attribue des reliures presque identiques, également exécutées pour Digby, à Ruette (cf. Godeau. Paraphrases s.les Epistres de la Bible. 1637. Cat. 104, II, n° 201). Elles ont probablement été exécutées vers 1636, lors d’une visite en France. À sa mort, une vente fut ordonnée par la France. Son parent, George Digby (1612-1677), comte de Bristol, fut le principal acheteur. Restaurations aux charnières. Dimensions : 150 x 87 mm. Provenance : Alexis-François Anneix de Souvenel (1689-1758) ; Monsieur de Villeneuve. D. Rubin, Sir Kenelm Digby, San Francisco, J. Norman, 1991. 20


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12. MOLIÈRE (J.-B.). Les Œuvres. Paris, Louys Billaine-Estienne Loyson, 1666, 2 vol. in-12, maroquin rouge, filets dorés autour des plats, dos à nerfs ornés, roulette dorée intérieure, tranches dorées (Chambolle-Duru). Première édition collective originale des Œuvres de Molière. Partagée entre les différents éditeurs des pièces de Molière, cette édition regroupe, à son insu, des comédies ayant déjà été publiées soit séparément soit sous forme de recueils factices. Précédées d’un Remerciement au Roy, ces pièces sont au nombre de neuf : Les Précieuses ridicules, Sganarelle, L’Étourdi, Dépit amoureux, Les Fâcheux, L’École des maris, L’ École des femmes, La Critique de l’École des femmes et La Princesse d’Elide avec les Plaisirs de l’île enchantée. Chaque volume s’ouvre sur un frontispice merveilleusement interprété sur cuivre par F. Chauveau, l’un représentant Molière dans les rôles de Sganarelle et de Mascarille, le second figurant deux acteurs couronnés par Thalie, Molière jouant Arnolphe et Mlle de Brie en ingénue dans L’École des femmes. Exemplaire de qualité, bien établi par Chambolle-Duru, il est à bonnes marges. C’est en 1861 que Chambolle s’associa à Duru. Deux ans plus tard, il devint le seul propriétaire de cette officine, mais en homme lucide, il conserva la raison sociale Chambolle-Duru. À sa mort en 1898, son fils lui succéda ; fidèle à l’éthique familiale, il travailla sous le même nom. Mobilisé en 1914, il fut atteint par l’anthrax ; il mourut le 17 octobre 1915. Dimensions : 147 x 87 mm. Aucune marque de provenance. 21


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13. MOLIÈRE (J.-B.). Le mariage forcé, ballet du Roy. Paris, Ballard, 1664, in-4° de 12 pp. chiffrées, maroquin Lavallière janséniste, dos à nerfs, roulette dorée intérieure, tranches dorées (Rivière & Son). Édition originale du premier livret de ballet de Molière. Ni les entrées ni les arguments ne seront repris lors de l’impression du texte de la comédie proprement dite. Le Mariage forcé, représenté pour la première fois au Louvre le 29 janvier 1664 dans le cadre des réjouissances d’avant carême, est un événement scénique important dans l’œuvre de Molière. C’est à cette date que commença sa véritable collaboration avec Lully pour la composition de comédiesballets, genre dramatique, musical et chorégraphique inventé par Molière et Beauchamps. On distingue deux sortes de comédies-ballets ; l’une menant vers l’opéra, l’autre plutôt vers l’opéracomique. Le Mariage forcé, qui dépeint le monde bourgeois avec humour, est du second genre. À cette occasion Louis XIV y dansa sous le costume d’un Égyptien. Bel exemplaire. Dimensions : 207 x 159 mm. Provenance : Hayoit (ex-libris).

14. RACINE (J.). Bérénice. Paris, Cl. Barbin, 1671, in-12, veau marbré, dos lisse finement orné, tranches rouges (reliure du XVIIIe siècle). Édition originale de cette tragédie en cinq actes dédiée à Colbert, considérée à l’époque comme un chef-d’œuvre, mettant en scène trois personnages luttant contre leurs passions et triomphant d’elles. Elle fut jouée pour la première fois le 21 novembre 1670 à l’hôtel de Bourgogne. Exemplaire séduisant, en reliure du XVIIIe, condition des plus rares. Un mors légèrement fendu. Coiffes épidermées. Dimensions : 135 x 80 mm.

15. RACINE (J.). Œuvres. Paris, Claude Barbin, 1676, 2 vol. in-12, maroquin rouge janséniste, doublure de maroquin bleu sertie d’une roulette, dos à nerfs, tranches dorées (TrautzBauzonnet).  Rare première édition collective des Œuvres de Racine. Cette édition, publiée pour la première fois à la date de 1675-1676, comprend 9 pièces : La Thébeïade, Alexandre, Andromaque, Britannicus, Les Plaideurs, Bérénice, Bajazet, Mithridate et Iphigénie. Racine en 1676 modifia la préface d’Alexandre et fit cartonner les deux feuillets qui la composaient, ainsi que les deux feuillets liminaires du tome I, qu’il fit réimprimer à la date 1676 afin d’harmoniser l’édition. 2 frontispices dont un gravé par Sébastien Le Clerc d’après Le Brun, et 9 figures dessinées et gravées par Chauveau. Est relié avec : Phèdre et Hippolyte. Tragédie. Paris, Claude Barbin, 1677, in-12 de 6 ff. et 74 pp. Édition originale. À la date de 1677, il existe deux éditions de Phèdre et d’Hippolyte, une en 74 pp., et une autre en 78 pp., sans qu’il soit possible de déterminer avec certitude l’antériorité de l’une sur l’autre. Un frontispice de Le Brun interprété par Le Clerc. Exemplaire parfaitement établi par Trautz-Bauzonnet après 1851, année où se retira Bauzonnet. 22


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À compter de cette date, l’atelier signa ses productions sous ce label. Trautz mourut en 1879. Dimensions : 158 x 90 mm. Provenance : Roger Portalis (ex-libris) ; Mosburg (ex-libris) ; Alain de Rothschild (ex-libris).

16. RACINE (J.). Œuvres. Paris, D. Thierry, 1697, 2 vol. in-12, maroquin rouge, filets dorés autour des plats, dos à nerfs ornés, roulette dorée intérieure, tranches dorées (ChambolleDuru). Troisième édition collective, la première complète des Œuvres de Racine et la dernière revue par l’auteur. Elle comprend Esther et Athalie à pagination continue, ainsi que les Cantiques spirituels qui n’avaient pas pu être réunis dans l’édition de 1687. 2 frontispices, dont un gravé d’après Le Brun et 12 figures par F. Chauveau. Exemplaire en belle condition. Dimensions : 162 x 94 mm. 23


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17 - BOCCACE

17. BOCCACE. Contes et nouvelles de Bocace. À Amsterdam, G. Gallet, 1698, 2 vol. in-12, maroquin rouge à grains longs, dos lisses ornés, roulette dorée intérieure, doublure et gardes de soie moirée parme, tranches dorées (reliure ancienne).  Un texte considéré alors comme licencieux. Nouvelle traduction anonyme du Décaméron, qui abrège le texte de Boccace, et l’adapte au goût du jour. Accompagnée de figures de R. de Hooghe, elle fut rééditée en 1699, 1702 et 1732. Un artiste engagé, R. de Hooghe (1645-1708). À l’égal de Jean Luyken, R. de Hooghe fut un artiste prolifique, s’exerçant à diverses disciplines. Il marqua de son empreinte l’illustration du livre en Hollande, sa renommée traversant les frontières, notamment en France, avec un cycle iconographique pour les Contes de La Fontaine gravés en 1685. Il sut s’adapter à toutes sortes de textes, du recueil de poésies au livre de propagande. Un frontispice et 100 gravures à mi-page. Exemplaire d’un très beau tirage, finement relié à la fin du XVIIIe siècle. Provenance : Hans Fustenberg (ex-libris) ; O. Schaffer (Cat., 1995, n° 66).

18. [STRAPAROLE]. Les facecieuses nuicts et Enigmes du seigneur Jean-François Straparole. [Paris], [Guérin], 1726, 2 parties en 2 vol.in-12, maroquin rouge, dos à nerfs ornés, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure de l’époque). Première traduction en langue française du recueil de contes de Straparole, par Jean Louvain et Pierre de Larivey. Imprimé en 1550-1553 à Venise, c’est probablement suite au franc succès du premier volume, paru en 1550, que l’auteur décida d’écrire une suite, qu’il rédigea rapidement. L’ouvrage connut d’emblée de nombreuses réimpressions, pas moins de treize jusqu’en 1608. 24


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La première partie fut traduite en français par Jean Louvain en 1560. La seconde, de Pierre de Larivey, ne fut publiée qu’en 1572. Toutes deux furent fondues l’année suivante, en une édition collective qui servit de modèle à la plupart des éditions postérieures, dont la nôtre, ici précédée d’une préface de Bernard de la Monnoye et de notes du poète Lainez. Pierre de Larivey proposa en 1585 une traduction complète de l’ouvrage, qui n’eut certes pas la préférence des éditeurs, sans doute à cause de la grande liberté du traducteur, susceptible de remplacer les contes et énigmes du texte original par d’autres, tirés d’ailleurs ou écrits de sa main. On sait très peu de chose sur Giovanni Francesco Straparole (né vers la fin du XVe siècle et mort après 1557), l’auteur de ce gai récit qui influença aussi bien les conteurs italiens que des écrivains français comme Molière, Madame d’Aulnoy et Perrault. Natif de Caravaggio, son nom (stra-parole, «qui parle trop») ressemble à ceux que l’on se donnait parfois dans les académies italiennes. De Boccace, Straparole retint la formule narrative d’une société choisie se racontant des histoires. Ainsi, les aventures de son personnage enchantent les invités du palais d’Ottaviano Maria Sforzi, à Murano, durant le carnaval de Venise. Au cours des treize nuits que durent les réjouissances, se succèdent histoires joyeuses, énigmes et fables pour le plus grand plaisir des belles dames et des seigneurs distingués censés les écouter, du lecteur, et, deux siècles plus tard, du préfacier Bernard de La Monnoye, qui défend avec beaucoup d’à-propos cette littérature de divertissement. Poète et philologue, Bernard de La Monnoye (1741-1728) fut l’éditeur de Villon et de Pathelin. Exemplaire en belle condition. Provenance : André Cade (ex-libris). J. Barbier, II, a 418 ; Brunet, V, 560-562 ; Straparole, Les Nuits facétieuses, 1999, José Corti.

19. DU HALDE (J.B.). Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l’Empire de la Chine et de la Tartarie Chinoise. Paris, P.G. Le Mercier, 1735, 4 vol. in-folio, veau marbré, dos à nerfs ornés, tranches rouges (reliure de l’époque).  Édition originale. Les renseignements qui contribuèrent à diffuser en France l’image d’une Chine sage, tolérante et savante, et à élaborer le mythe du bon Chinois, nous sont parvenus depuis le tournant du XVIIe siècle, non seulement par des récits de voyage mêlant souvent fantaisies et légendes, ou par des relations de marchands, mais surtout, avec un caractère plus véridique, par les récits des jésuites. Ces derniers eurent longtemps à peu près le monopole des publications sur la Chine, de celle du père Lecomte (Nouveaux mémoires sur l’état présent de la Chine, 1696), jusqu’à l’ouvrage du père Du Halde, Description géographique... de l’Empire de Chine, en 1735, qui se chargea également de 1711 à 1743 d’une partie essentielle des Lettres édifiantes et curieuses..., commencées en 1702 par Charles Le Gobien. Du Halde (1674-1743) décida de procéder à une synthèse de ces Lettres et autres documents, qu’il publia sous forme de quatre volumes sous le nom que l’on connaît. Sa monumentale Description connut un vif succès, elle exerça une forte influence sur les débats d’idées du XVIIIe siècle, d’abord dans les controverses qui opposèrent les jésuites, partisans d’une adaptation à la Chine, aux jansénistes, mais aussi dans les polémiques entre penseurs catholiques et philosophes anti-chrétiens. La relation succincte du voyage du capitaine Beering dans la Sibérie, contenue dans le volume IV, est accompagnée d’une carte, qui est la première carte imprimée représentant une partie de l’Alaska d’aujourd’hui. 25


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Importante iconographie qui fut très souvent reproduite ou imitée. Elle est formée de 22 planches (scènes de genre, types, musique) et de 43 cartes et plans. Exemplaire de qualité. Une main habile a procédé récemment à quelques petites et discrètes restaurations. Dimensions : 428 x 275 mm. Cordier, BS, 48 ; Sommervogel, IV, 35-36 ; Lada-Mocarski, Bibl. of Books on Alaska, n° 2 ; Schwarz & R.E. Ehrenberg, The Mapping of America, p. 151 (« This first printed map of part of present Alaska»). Voir la reproduction en frontispice

20. PICART (B.). Recueil de Lions. Amsterdam, Bernard Picart, 1729, gr. in-8° oblong, maroquin bleu, sur les plats, jeux de filets dorés avec motifs aux petits fers en angle, dos à nerfs orné, roulette dorée intérieure, tranches dorées (Hardy).  Seul et unique tirage. Suite d’un frontispice et de 42 eaux-fortes gravées par Bernard Picart d’après les dessins de Dürer, Charles Le Brun, Rembrandt... Elle s’organise suivant six cahiers de six feuillets, sur chacun des feuillets, une gravure a été imprimée, excepté pour le dernier cahier qui en comprend deux par feuillet. Publiée en 1729 à Amsterdam, ville où Bernard Picart (1673-1732) s’installa en 1709, cette suite contient 18 eaux-fortes d’après des dessins considérés de Rembrandt, peut-être les 19 que possédait le marchand J.P. Zomer (1641-1724) provenant de l’album mentionné dans l’inventaire de Rembrandt en 1656 comme «beetsen naen’t leven» (Animaux d’après nature). Ces modèles de lions correspondent vraisemblablement à l’un de ces lions berbères que la Compagnie des Indes orientales rapportait parfois d’Afrique du Nord à Amsterdam, où elle avait des stalles pour les abriter. À l’occasion, Rembrandt y emmena probablement ses élèves les dessiner. 26


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Exemplaire d’un beau tirage et à très grandes marges. Un mors légèrement épidermé. Dimensions : 325 x 225 mm. Provenance : Baron James de Rothschild (ex-libris) ; Alain de Rothschild (ex-libris). Cohen, 136 ; Nissen, DZBI, 3167 ; [...], Rembrandt dessinateur, Musée du Louvre, p. 40.

21. MONTESQUIEU (Ch.-L. de Secondat). De l’esprit des lois ou du rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement, les mœurs, le climat, la religion, le commerce… Genève, Chez Barrillot & Fils, 1748, 2 vol. in-4°, veau fauve, filets à froid autour des plats, dos à nerfs ornés, tranches rouges (reliure de l’époque). Édition originale de ce chef-d’œuvre de l’esprit des Lumières, ouvrage de pure politique et jurisprudence. Mise à l’index et condamnée par la Sorbonne, elle est devenue rare. Le président de Brosses, collectionneur de livres, écrivait le 20 août 1749 à Loppin de Gémeaux : «Il faut toujours avoir la première édition de ces sortes d’ouvrages. C’est l’original sorti des mains de l’ouvrier ; elle est devenue très chère depuis qu’on en a imprimé d’autres.» L’auteur analyse les différentes formes de gouvernements pour en dégager les lois politiques, économiques, sociales et religieuses qu’ils doivent adopter. Montesquieu est le père de la science politique moderne. Exemplaire à belles marges, de première émission, avec le nom de l’éditeur orthographié avec deux r, antérieur à l’adjonction de l’errata ; on y trouve les passages modifiés par la censure et par l’auteur pendant l’impression. 27


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Coiffes, mors et coins restaurés. Quelques feuillets jaunis et rousseurs éparses, principalement dans le tome I. Petite consolidation de papier en marge du feuillet de faux-titre du t. II. Dimensions : 257 x 203 mm. Provenance : annotations portées anciennement en marges. Kress Library, 4920 ; Carter & Muir, Printing and the Mind of Man, 197.

22. DUBOIS CHATELRAUT (M.). Gravures représentant les differentes Machines servant à la Fabrication des monnoyes au Balancier, construites à Venise pour le service de la Sérénissime République. [In-fine : À Parme, Imprimerie de J. Antoine Gozzi, 1757], in-folio, veau marbré, dos lisse orné, tranches rouges (reliure de l’époque).  Édition originale, rarissime. Récemment à Madrid, en 1984, l’ouvrage a fait l’objet d’une réédition. L’ouvrage de référence sur les techniques monétaires au XVIIIe siècle. Au XVe siècle, les progrès de la métallurgie remettent en question l’antique technique de la frappe au marteau. Ils coïncident avec la découverte et l’exploitation de nouvelles mines et l’avènement de pièces plus grosses. C’est à un orfèvre d’Augsbourg que l’on doit l’invention du balancier qui va véritablement révolutionner une technique vieille de près de vingt-trois siècles. L’usage de cette machine modifia complètement la nature du travail. Les pièces recevaient une empreinte très homogène et de qualité, et leur production n’en fut que plus rapide. Cette innovation fut difficile à mettre en place, face à l’opposition de monnayeurs soucieux de leur savoir-faire. Il fallut attendre le règne de Louis XIV pour que la technique du balancier soit le seul mode de fabrication des monnaies dans tous les ateliers du royaume, et 1755 pour qu’elle soit employée à Venise. À la demande des doges, Michel Dubois Chatelraut se voit confier la tâche de rénover les techniques monétaires à Venise. Face à un commerce en plein essor et à la préférence manifeste des Levantins pour le Taller autrichien, les magistrats sollicitèrent par le duc de Parme, le directeur de ses monnaies, Dubois Chatelraut, pour qu’il introduise sur le sol vénétien, la technique de la frappe au balancier, au détriment de celle du marteau, jalousement conservée par ses monnayeurs. L’installation fut difficile, d’autant que les locaux dessinés par Sansovino n’étaient pas à l’origine destinés à recevoir ce type de machines. La République enrôla alors un nouveau graveur en la personne d’Antonio Schabel (Autriche, 1725-Venise, 1806), qui aida Dubois dans sa tâche. Après 1760, on le nomma responsable des graveurs, fonction qu’il occupa jusqu’en 1805. Un plan non signé de l’Hôtel de la Monnaie, et 10 planches de Zucchi. À caractère didactique, elles figurent les différentes machines et étapes nécessaires à la fabrication de la monnaie, depuis la fonte des métaux jusqu’au marquage sur la tranche, obtenue par l’invention de l’ingénieur Castaing. De Zucchi (1721-1805), nous savons peu de chose. Natif de Venise, il fut l’élève de Francesco II Zucchi et s’illustra en tant que graveur au burin et à l’eau-forte. Exemplaire dans sa première reliure, frais intérieurement. Manque à la coiffe inférieure et supérieure. Petite mouillure angulaire au dernier feuillet. Discrètes épidermures en pied du plat inférieur. Dimension : 331 x 220 cm. Provenance : ex-libris Eugène Chapper (1827-1890). Fils d’Achille, ami de Stendhal et de Jacquemont, Eugène Chapper occupa le poste de directeur des mines de la Mure. Il a réuni dans son château d’Eybens un ensemble de manuscrits et livres rares, principalement sur le Dauphiné. Cigognara, I, 1508. 28


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23. BERNARD (P.J). Œuvres. Paris, P. Didot l’Aîné, 1797, gr. in-4°, maroquin parme à grains longs, roulettes et filets à froid ou dorés autour des plats, dos à nerfs, roulette dorée intérieure, tranches dorées (Simier, R. du roi). L’un des protégés de Madame de Pompadour. Appelé «Gentil Bernard» par Voltaire, Pierre-Joseph Bernard (1710-1775) fut un aimable poète de cour. C’est après la représentation, en 1737, de l’opéra de Castor et Pollux, imité de Quinault, que cette dernière en fit son bibliothécaire à Choisy. Il écrivit ensuite Prosine et Mélidor, poème en quatre chants retraçant l’aventure de deux amants, émules de Héro et Léandre. Ce n’est qu’en 1775 que parut son fameux Art d’aimer, en trois chants. L’ensemble de son œuvre est ici réuni dans cette luxueuse publication due à Pierre Didot. Un éditeur, Pierre Didot (1761-1853), promoteur de l’art du livre français en Europe. Émule de Bodoni et de Boydell, Didot s’employa à faire de l’édition française la première en Europe, s’assurant le soutien du gouvernement et la collaboration des premiers artistes du pays : David, Girodet, Gérard et Prud’hon. C’est à Didot que revient le choix de ce dernier ; David le contestant, Prud’hon n’eut des trois classiques que le frontispice du Racine, et six autres planches pour la pastorale Daphnis et Chloé et les érotiques Œuvres de Bernard, qu’il assuma seul. Une eau-forte originale Prosine et Mélidor, et 3 eaux-fortes d’après Pierre Paul Prud’hon, interprétées par Brisson et Copia pour L’Art d’aimer. De l’œuvre de Prud’hon, Prosine et Mélidor jouit d’une célébrité extraordinaire, les éditeurs de «romans noirs» du XVIIe siècle l’exploitent encore aujourd’hui. Exemplaire cité par Cohen. L’un des 150 sur papier vélin fort d’Angoulême avec les figures avant la lettre. En pied du dos, a été frappée la marque de René Simier, SIMIER R[ELIEUR] DU ROI, celle qu’il apposa sur ses travaux à partir de 1818. Son fils, Alphonse, lui succéda en 1824. Désigné comme relieur du roi, il conserva ce label. Dimensions : 310 x 229 mm. Provenance : J. Noilly (Cat., 1886, n° 207) ; Montgermont (Cat., 1911, n° 12) ; Vautier (Cat., 1971, n° 5). Cohen, I, 133 et 134 - Suppl., 1085 ; Laveissière-Tinterow, Prud’hon ou le rêve du bonheur, 73-75 («Elle est la gravure originale par excellence, où l’invention sublime, et l’exécution, parfaite, ont la même paternité... Il n’est pas besoin d’insister sur l’effet saisissant de l’image, sa «beauté convulsive» aux accents surréalistes...» [À propos de Prosine et Mélidor]).

24. LANDON (C.P.). Galerie Giustiani ou catalogue figuré... Paris, Imprimerie de Chaignieau Aîné, 1812, gr. in-8°, maroquin vert à grains longs, autour des plats, jeux de filets droits contenant une roulette palmée, en angle fer à l’étoile, dos lisse très finement orné du même fer serti d’une couronne avec, de part et d’autre, décor à fond criblé, doublure et garde de tabis rose, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure de l’époque). Édition originale. Charles-Paul Landon (1760-1826), peintre, élève de Régnault, se rendit davantage célèbre par ses connaissances d’historien d’art que par ses tableaux. Il est l’auteur des Annales du Musée et de l’École Moderne des Beaux-Arts, fondement essentiel de toute étude de l’art sous l’Empire et la Restauration. 30


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Son ouvrage, la Galerie Giustiniani, appartient à l’une d’elles, il forme le premier catalogue raisonné illustré de cette collection de tableaux des Écoles d’Italie, constituée par le prince Vincenzo et ses descendants. Transférée en France, elle fut vendue aux enchères à Paris en 1815 à la chute de l’Empire. 73 figures représentant environ 150 sujets de Raphaël, Véronèse, Caravage, Poussin, gravés au trait. Exemplaire précieux aux grandes armes de Marie-Louise, alors impératrice des Français (18101814). Les volumes frappés de cette marque sont rares, l’essentiel de sa bibliothèque ayant été constitué après 1815 lorsqu’elle prit le titre de duchesse de Parme. Paré de maroquin vert, couleur peu fréquente, le dos de cette reliure offre un vocabulaire ornemental intéressant, étoile à cinq branches, couronnes... Elle est d’une parfaite fraîcheur. Dimensions : 197 x 120 mm. Provenance : Marie-Louise, impératrice des Français ; un cachet rouge non identifié ; Rougemont (ex-libris). Monglond, La France révolutionnaire et impériale, V, pp. 816-855 ; Cicognara, Catalogo ragionato dei libri d’arte e d’antichita, 3401 ; Olivier, 2654.

25. PARNY (E.). Œuvres diverses. Paris, Debray-Duprat Duverger, 1812, 2 vol. in-12, maroquin rouge à grains longs, roulette et filet torsadé autour des plats, dos lisses ornés, doublure et gardes de tabis vert, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure de l’époque). Importante édition contenant les fameuses Poésies érotiques, elles forment le tome I, les Déguisements de Vénus, les Chansons Madégasses, Isnel et Asléga, et nombreux poèmes regroupés sous les titres Réponses diverses et Mélanges. La fin du tome II est occupée par la musique B. Wilhem, gravée par Joannes. Destiné à une carrière militaire, Evariste Parny (1753-1814) préféra la plume à l’épée. Il publia dès 1778 ses Poésies érotiques que Voltaire accueillit en le comparant à Tibulle, Chateaubriand confessa qu’il savait les Élégies par cœur. Elles demeurent son chef-d’œuvre, exaltant la volupté et les plaisirs, ces vers rythmés annoncent ceux de Lamartine. Les Chansons Madégasses prétendument traduites du malgache furent publiées à son retour de la Réunion en 1787. 2 frontispices interprétés par Delvaux, dont l’un d’après Monnet. Exemplaires aux grandes armes de Marie-Louise, alors impératrice des Français (1810-1814), piquante provenance sur un ouvrage dont l’auteur s’est fait le chantre de la galanterie, du désir et de la volupté. Les ouvrages frappés des armes de Marie-Louise impératrice sont peu nombreux ; celui-ci est parfaitement conservé. Dimensions : 127 x 80 mm. Provenance : Marie-Louise, impératrice ; [...], Die Bibliothek Napoleon I und der Kaisern MarieLouise, 1931, n° 130 ; Barthou (Cat. I, 1935, n° 114) ; de Rougemont (ex-libris). Monglond, La France révolutionnaire et impériale, T. IX, pp. 1116 et 1117 ; Pia, Dictionnaire des Œuvres érotiques, p. 406 ; Laffont-Bompiani, III, p. 2429 («De tous les poètes élégiaques que compte la France au XVIIIe siècle, Parny demeure le plus grand») ; Olivier, 2654. 32


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26. ALKEN (H.). The National Sports of Great-Britain. Londres, Thomas McLean, 1820, in-folio, maroquin prune à grains longs, sur les plats, roulettes dorées ou à froid en encadrement, au centre, couronne d’arabesque aux petits fers, contenant un fer cynégétique, dos lisse orné de deux fers cynégétiques plusieurs fois répétés, tranches dorées (reliure de l’époque).  Édition originale et premier tirage. Henry Thomas Alken (1785-1851), un peintre de talent. Henry Alken, issu d’une dynastie d’origine danoise de peintres de sport, chasse et hippisme, apprit de son père Samuel Alken, et du miniaturiste J. T. Beaumont (1774-1751). Par cette formation, qui lui valut un trait de dessin plus sûr que celui de ses contemporains, et sa connaissance des courses et de la chasse, il acquit très vite une notoriété ; se succédèrent alors de nombreuses commandes, soit pour des mécènes privés, soit pour des éditeurs. Il signa ses premiers travaux d’illustrateur sous le pseudonyme de Ben Taley Ho. Son œuvre, peintures et gravures, influença bon nombre de ses suivants. The National Sports, l’ouvrage de référence d’Alken. Pour l’occasion, le peintre livra 50 dessins inédits gravés à l’aquatinte par I. Clark et coloriés à la main, figurant des courses de chevaux, divers types de chasse et pêche (cerf, renard, lièvre, coq de bruyère, perdrix, poule d’eau, butor, pigeon, blaireau, loutre, hibou, saumon, brochet…), des chiens et des scènes de combats (coq, taureau, ours...). Certains de ces jeux sont aujourd’hui interdits. Le cycle iconographique se complète par un frontispice, anonyme, selon la même technique. Texte anglais et français. Exemplaire de qualité, du très rare tout PREMIER TIRAGE, avec le frontispice daté 1820. L’un des fers cynégétiques (cerf), ornant la reliure, se retrouve également sur les exemplaires Gloucester (duc de) et Lichtfield. Mors et coins restaurés. Dimensions : 470 x 310 mm. Provenance : un ex-libris non identifié ; une marque manuscrite portée au deuxième contre-plat. Lichfield, 14 («Hand colored aquatints of exceptional quality. Considered by many to be Alken’s greatest achievement and one of Britain’s finest sporting books») ; Schwerdt, I, p. 19 («The National Sports» is perhaps Alken’s best known et most comprehensive work); Thiebaud, p. 16 («The National Sports» est le meilleur travail d’Alken») ; Jeanson, 1987, n° 14 ; Mellon/Podeschi, 111 («51 plates of hand-colored aquatint etchings», exemplaire du 2e tirage) ; Mennessier de la Lance, I, 14; Benezit, I, p. 202 («En 1821 parurent les sports nationaux de la Grande-Bretagne, suite de cinquante planches coloriées»).

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27. BALZAC (H. de). Notes remises à MM. les Députés composant la commission de la loi sur la propriété littéraire par M. de Balzac. [In fine : Paris, Schneider et Langrand, 1841], in-4° de 24 pp., demi-chagrin rouge à coin, plats de papier chagriné rouge, dos lisse avec titre en long, tranches lisses (reliure de l’époque).  Édition originale, rare. Daté du 5 mars 1841, le texte est un plaidoyer en faveur de la propriété littéraire, dont Balzac réclame «l’assimilation absolue à la propriété telle qu’elle est définie par le Code civil», autrement dit, la propriété littéraire à perpétuité pour les auteurs. Membre de la Société des gens de lettres, c’est durant les années 1831-1840 que l’écrivain tenta d’améliorer le statut des écrivains français, et qu’il écrivit quelques articles à ce sujet, parus dans le Feuilleton des journaux politiques, la Revue de Paris et la Chronique de Paris. Fruit d’une longue maturation, ces notes ont le mérite de plaider la cause des auteurs tout en prenant en compte les intérêts des libraires et l’économie du livre, ce qui différencie Balzac d’un Bernardin de Saint-Pierre, Lamartine, Alfred de Vigny, Victor Hugo ou George Sand. L’originalité de ce compterendu tient, en effet, à la vaste expérience éditoriale et aux connaissances juridiques de son auteur, étudiant en droit, clerc chez un avoué et notaire, éditeur-libraire et romancier. 36


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Esprit visionnaire, il avait défendu certains aspects de la propriété littéraire que l’on retrouve dans la loi de 1957 à ce sujet. Est relié avec : Mémoire sur la situation actuelle de la contrefaçon des livres français en Belgique, présenté à MM. les ministres de l’Intérieur et de l’Instruction publique par le Comité de la Société des gens de lettres. Paris, Imp. de E. Brière, 1841, in-4° de 34 pp. Édition originale, rare. Daté du 9 décembre 1941, ce texte est signé par l’ensemble des membres de la Société des gens de lettres. Née d’une initiative privée, première association d’auteurs auto-gérée, elle fut fondée en 1838 par des écrivains comme Victor Hugo et George Sand pour défendre leurs droits et s’est perpétuée jusqu’à nos jours, où elle continue de défendre le droit moral, les intérêts patrimoniaux et le statut juridique et social des auteurs. En tant que membre fondateur de la Société, Balzac la présida brièvement mais activement de 1839 à 1941, date à laquelle il démissionna. Sans doute fut-il l’inspirateur, sinon le rédacteur de ce texte juridique présenté au nom des membres du groupe. N’était-il pas le romancier français le plus pillé, et par conséquent, le plus concerné par l’épineux problème de la contrefaçon de la librairie belge ? Suite à son action et à celle des autres membres, le gouvernement franco-belge mit un terme à cette pratique en 1853. Entre-temps, le romancier avait intenté un procès à Buloz pour avoir envoyé les épreuves non corrigées du Lys dans la vallée à une revue russe qui l’avait publié en l’état. Il fit également mention du problème dans la préface de certains de ses romans, Le Père Goriot, Le Lys dans la vallée et La Femme supérieure. Exemplaire de qualité. Façonnée à l’époque, la reliure rappelle celles que commandait Balzac pour ses exemplaires, impression également retenue par les rédacteurs du catalogue Lefèvre, qui ont décrit notre volume comme étant celui de Balzac. Épidermures dans les coins. Provenance : Lefèvre (Cat., 1964, n° 54, «Exemplaire de Balzac»).

28. FLAUBERT (G.). Madame Bovary. Mœurs de province. Paris, Michel Lévy frères, 1857, 2 tomes en 2 vol. in-12, demi-chagrin bleu à coins, dos à nerfs, tranches lisses (reliure de l’époque).  Édition originale. Il convient de noter que l’année 1856 est marquée par la publication de deux grands livres, Madame Bovary et Les Fleurs du mal, tous deux poursuivis par la justice du second Empire au nom de la morale ; deux ouvrages majeurs qui devaient précisément ouvrir au roman et à la poésie des voies nouvelles. Flaubert se mit à la tâche en septembre 1851 et n’acheva l’écriture de son roman qu’en avril 1856. L’élaboration de Madame Bovary dura donc cinq années au cours desquelles «la littérature n’a jamais aussi richement rimé avec la rature». C’est à la lettre qu’il appliqua le principe : «vingt fois sur le métier». Au total, 4 500 pages manuscrites, conservées comme autant de preuves, pour n’en faire imprimer que 500. Pourtant, à la différence des suivantes, cette première œuvre publiée n’exigeait pas de nombreuses lectures préparatoires ou de recherches documentaires approfondies : la Normandie, il y habite ; la médiocrité satisfaite de la province, il l’a vécue ; la vie de médecin, il la connaît de famille ; les mœurs de son temps, il les subit ; et il a fait du Bourgeois son ennemi déclaré. Ce ne sont pas non plus les combinaisons de l’intrigue qui retardent la composition : elle est d’une telle platitude, cette histoire d’adultère finissant mal, qu’un suicide comme celui de Delphine Delamarre, l’épouse d’un officier de santé à Ry, près de Rouen, peut, en lui fournissant le prétexte d’un fait-divers, rassurer l’auteur quant à l’extrême banalité de son sujet. Les difficultés viennent d’ailleurs : Flaubert veut avant tout que les mots soient justes et musicaux ; que la prose prenne la densité du vers ; que l’ironie plane sur tous les personnages ; que l’auteur, présent partout, efface toute trace de lui-même dans cette œuvre qu’il veut «aussi impersonnelle, aussi objective qu’une observation médicale». 37


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Exemplaire offert par l’auteur au poète Léon Laurent-Pichat (1823-1886) :

Propriétaire et directeur de la Revue de Paris, le poète Laurent-Pichat accepta volontiers de publier le manuscrit de Flaubert en «préoriginale». Il appuya la démarche de Maxime Du Camp, codirecteur, qui proposait des coupures dans le roman. Craignant, de son côté, les foudres de la censure et les réactions effarouchées des lecteurs, Laurent-Pichat obtint de Flaubert quelques modifications. Le roman parut sous forme de feuilleton, d’octobre à décembre 1856. Au fil des livraisons, et au gré des corrections, le ton monta entre Flaubert et Du Camp. Après la suppression de la «scène du fiacre», les rapports entre les deux amis se détériorèrent. Laurent-Pichat devint alors le seul interlocuteur de l’écrivain de Croisset, dont il sut, apparemment, garder toute l’estime. Les démêlés judiciaires rattrapèrent bientôt tous les protagonistes de l’affaire. En février 1857, Laurent-Pichat comparut aux côtés de Flaubert et de l’imprimeur, devant la 6e chambre du Tribunal correctionnel ; tous trois furent jugés pour «outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs». Défendu par l’avocat maître Jules Sénard, Flaubert fut finalement acquitté. Le roman connut un important succès en librairie, lié à ce parfum de scandale. La correspondance de Flaubert éclaire la nature de la relation entre l’écrivain et son «éditeur», longtemps resté dans l’ombre de Du Camp. «Ce n’est pas au poète Laurent-Pichat que je parle, mais à la Revue, personnage abstrait, dont vous êtes l’interprète.» «Il va sans dire que si je me brouille avec la Revue de Paris, je n’en reste pas moins l’ami de ses rédacteurs. Je sais faire, dans la littérature, la part de l’administration.» (7 décembre 1856) La dédicace, de notre exemplaire, «au poète Laurent-Pichat» (et l’absence d’allusion au directeur de la revue) signifie que Flaubert n’a pas de griefs contre la personne de Laurent-Pichat. Elle est aussi un écho discret à la note manuscrite de Flaubert («Cet exemplaire représente mon manuscrit tel qu’il est sorti des mains de sieur Laurent Pichat, poète et rédacteur propriétaire de la Revue de Paris 20 avril 1857»), qui figure en tête du premier tome de l’exemplaire aujourd’hui conservé à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Ce dernier, annoté par Flaubert, mettait en évidence les nombreuses suppressions effectuées dans la «préoriginale» de la Revue de Paris. Il n’existe pas, à notre connaissance, d’exemplaire dédicacé à Maxime Du Camp ; on n’a pas retrouvé celui de Jules Sénard ; aussi est-il permis de penser que l’exemplaire de Laurent-Pichat est probablement aujourd’hui le seul disponible ayant appartenu à l’un des principaux acteurs de l’aventure éditoriale de Madame Bovary. Provenance : Laurent Pichat (1823-1886) ; ex-libris Georges Clarétie (1875-1936). Avocat et journaliste, fils de Jules Clarétie (1840-1913), il fut nommé administrateur à la ComédieFrançaise et écrivit un recueil de chroniques, La Vie à Paris, d’abord publiées au Temps avant de paraître en volumes à partir de 1881. Lié au monde du théâtre et des lettres, il se battit en duel contre Léon Daudet à Saint-Ouen en 1911, afin de défendre la pièce de son ami, Henry Bernstein, Après moi. R. Dumesnil, La Publication de Madame Bovary, pp. 65-90; Y. Leclerc, Madame Bovary : l’exemplaire témoin, 2007. 38


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29. WAGNER (R.). Quatre poèmes d’opéras traduits en prose française, précédés d’une lettre sur la musique. Paris, Librairie Nouvelle, 1861, in-12, demi-maroquin citron à coins, dos à nerfs orné, tête dorée, couverture (reliure de R. Petit).  Édition originale française, parue fin décembre 1860. Datée du 15 septembre 1860, la préface est adressée à l’historien d’art Frédéric Villot. Elle introduit les textes français de quatre œuvres : Le Vaisseau fantôme, Tannhaüser, Lohengrin, Tristant et Iseult. À la fois manifeste, autobiographie et historique de l’opéra, elle succède à d’autres écrits théoriques du compositeur : L’œuvre d’art de l’avenir, Opéra et drame… Wagner fut en effet le premier commentateur de son œuvre, refusant de laisser ce soin à une critique musicale dont il savait qu’elle ne le comprenait pas. Exemplaire offert par Wagner à une personnalité du Tout-Paris, Adrien de Courcelles (18241892) : à Monsieur de Courcelles hommage de l’auteur Richard Wagner Le dramaturge, l’un des rares destinataires élus, a aussitôt fait relier de belle façon le volume par Rémy Petit et fixa comme ex-libris sur la page de garde, la bande d’envoi du Courrier de la Gironde. Auteur particulièrement prolifique, il donna des pièces à la plupart des théâtres parisiens, soit une cinquantaine de sa main, les autres étant le fruit de collaborations parfois illustres, avec Deslandes, Barrière, Labiche, Léon Guillard, Lefranc, Lambert, de Lacretelle, Lamartine, Jaime, Deslandes, Roland, Marc Fournier, Adrien Marx, Jules Clarétie et Bloch. Après des études au lycée Charlemagne et un premier travail dans l’administration des cimetières parisiens, il découvrit la scène en tant qu’examinateur du Théâtre Français. Sa première pièce, Une soirée à la Bastille, fut jouée le 30 avril 1845 à la Comédie-Française. De nombreuses autres lui succédèrent : Don Gusman ou la journée d’un séducteur, La Marinelle, Les Mémoires de Grammont, Diviser pour régner... Après son mariage avec la nièce du célèbre dramaturge M. d’Ennery, il s’orienta vers le drame, genre qu’il réussit mieux. Il connut aussi quelques succès en tant que chansonnier. Dès 1842, il fit partie à ce titre du Caveau, et entra en 1885 dans la lice chansonnière. En 1891, il publia ses œuvres sous le titre de Strophes et chansons. Il est par ailleurs l’auteur d’un amusant dictionnaire pré-publié en 1868 dans Le Figaro sous le pseudonyme du Docteur Grégoire, et de quelques romans-feuilletons.

30. RIMBAUD (A.). Une saison en enfer. Bruxelles, Alliance typographique M.J. Poot Cie, 1873, in-12, broché, couverture. Édition originale. Publiée à compte d’auteur, cette œuvre en prose, aux ruptures de style et de ton, est la seule publication faite et corrigée par l’auteur. En dehors de quelques feuillets de brouillon conservés par Verlaine, le manuscrit de l’œuvre et les épreuves corrigées n’ont jamais été retrouvés. Seul le texte imprimé subsiste. Exemplaire bien conservé, dans sa condition d’origine. Quelques habituelles et petites rousseurs.

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31. CROS (Ch.). L.A.S. à Henriette Cros, datée Sablé, jeudi 8 mars 1877, 4 pp. in-8° sur papier vergé, encadrées d’un filet de deuil (en commémoration du récent décès de leur père, en décembre 1876).  Réponse à sa sœur aînée Henriette qu’il entretient de ses recherches sur la photographie des couleurs. Financé, à cet effet, par le duc de Chaulnes, Charles poursuit, dès avril 1877, ses travaux au château de Sablé, dans un laboratoire spécialement aménagé à son intention. Cette aide inespérée fait probablement suite à son communiqué, «Procédé d’enregistrement des couleurs, des formes et des mouvements», lu en 1876 par l’Académie des sciences (soit dix ans après sa remise à l’Institut, le 22 décembre 1867 !). De Sablé, Charles assure à sa sœur qu’il est au courant de la récente nomination de son mécène à la tête d’un musée industriel et enchaîne sur l’amical intérêt que lui porte la marquise de Fressinet... [c]’est une très aimable dame [qui] s’occupe de mon affaire, et c’est elle, qui, je crois, a évoqué les dentelles ; elle pense en outre à la reproduction des cartes de l’état-major (projet qui intéressait sans doute aussi son époux, le marquis de Fressinet, politique libéral, ami de Gambetta et futur ministre des Travaux publics). 41


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Absorbé par ses expériences, il poursuit... Je m’occupe de tout cela et surtout de la perfection du procédé. Demain, on commence le tirage d’une valenciennes sur satin violet à titre d’essai. Nous avons en outre trois clichés d’après le portrait de feu le duc de Luynes (grand-père du duc de Chaulnes (1802 à 1867), amateur d’archéologie et propriétaire d’une galerie de peinture). L’essentiel de son temps est consacré à l’amélioration des filtres colorés. Revenant à des considérations plus pratiques, le poète, empêtré dans les difficultés matérielles, dit n’avoir toujours pas touché la rente espérée. L’affectueux salut montre toute l’amitié du frère pour sa correspondante et sa famille. L’un des rares poètes de son époque à avoir la fibre scientifique, Charles Cros mérite sa place dans le panthéon des sciences et des techniques. Inventeur prolifique, auteur d’un télégraphe autographe, du premier phonographe en 1877 (dont la paternité fut attribuée à l’américain Edison), et de plusieurs études sur la lumière, la mécanique cérébrale, les arbres, la communication interplanétaire et la synthèse artificielle des pierres précieuses, Charles Cros est avant tout le pionnier de la photographie des couleurs, qu’il passa sa vie à perfectionner – en témoignent les nombreux plis cachetés régulièrement adressés à l’Académie des sciences, à la Société française de la photographie et à la Société française de physique à ce sujet en 1867, 1872, 1877, 1879, 1886, 1887 et 1888. Il fut, dans ce domaine, éclipsé par un rival plus chanceux, le physicien Louis Ducros du Huron, dont les travaux, découverts en même temps, obtinrent la préférence. Trop souvent ses compétences scientifiques furent méjugées par ses amis poètes, qui assimilèrent ses recherches aux élucubrations d’un doux rêveur. Pour la postérité, Charles Cros reste l’écrivain du Coffret de santal et du Collier de griffes. Joint : CROS (Ch.). Solution générale du problème de la photographie des couleurs. Paris, Chez Gauthier-Villars, éditeur 55, 1869, in-8°, demi-toile à coins, dos lisse, couverture et dos (G. Gauché). Édition originale. Premier livre de l’auteur, il aborde le problème du procédé trichrome de reproduction des couleurs. Précédemment publié dans la revue Cosmos, le texte reprend l’essentiel de son premier communiqué du 22 décembre 1867, auquel il a cependant ajouté une nouveauté essentielle : la synthèse chromatique. La même année, Gauthier-Villars publia également son Essai sur les moyens de communications avec les planètes. Provenance : André Schück (Cat., 1986, n° 57 avec reproduction). Charles Cros, Inédits & documents, pp. 107-108 ; Gernsheim, The History of Photography, p. 522 ; Charles Cros, La Pléiade, pp. 638-639 et 1246-1247 ; J. Brenner, Charles Cros, Poètes d’aujourd’hui, pp. 9-62 ; En français dans le texte, Bibliothèque nationale, 1990, p. 273.

32. CORBIÈRE (T.). Les Amours jaunes. Paris, Glady Frères, 1873, in-12, demi-maroquin citron à coins, dos à nerfs, couverture et dos, tête dorée, non rogné (Semet & Plumelle). Édition originale. Un autoportrait gravé à l’eau-forte, en frontispice. En 1884, dans Les Poètes maudits, Verlaine révéla cette œuvre, passée totalement inaperçue lors de sa parution. Son amour de la mer, la souffrance que lui infligèrent son physique et sa surdité éclatent dans ces poèmes qui semblent guidés par des associations visuelles, où les surréalistes ont cru reconnaître les premiers essais d’écriture automatique. Exemplaire de qualité, dont la couverture est en belle condition. 42


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33. DAUDET (A.). Sapho. Carnet autographe signé. [1883], 184 pages in-12 (140 x 90 mm), dos lisse de toile bleue, boîte-étui de maroquin vert (reliure de l’époque). Manuscrit de premier jet de Sapho. Plutôt que la célèbre poétesse antique, c’est à la statue de Pradier réalisée en 1852 que Daudet pensa quand il baptisa son roman. Le buste de Sapho traverse à plusieurs reprises le récit, évoquant toujours cette sensualité trouble qui, de l’avis du romancier, fait tout le malheur de son personnage, Jean Gaussin. L’histoire de cette liaison a pour origine celle de Daudet à Marie Rieu, dont on sait peu de chose, si ce n’est qu’elle fut sa maîtresse, malgré les crises et intermittences, jusqu’à l’époque de son mariage. Elle mourut peu après, l’hiver 1867. Le souvenir de ce long compagnonnage si étroitement mêlé à sa jeunesse bohème explique la relative facilité avec laquelle Daudet rédigea l’histoire dans le courant de l’année 1883 et les premiers mois de l’année 1884. Sitôt achevée, elle connut une première publication sous forme de feuilleton dans L’Écho de Paris, du 16 avril au 28 mai 1884, avant d’être éditée par le libraire Charpentier en mai 1884. Des aventures de Jean Gaussin, jeune et naïf Provençal séduit par une femme plus mûre qui l’initie tout à la fois à l’amour, à la vie de ménage et au milieu artiste parisien, le lecteur retiendra les aléas et difficultés d’une rupture qui s’enlise. C’est ainsi que la paternelle dédicace du romancier, Pour mes fils quand ils auront vingt ans, a caractère d’avertissement. Sapho n’est pas pour autant un récit autobiographique, Daudet mêlant à son habitude détails authentiques et inventés. N’est-il pas, en outre, l’héritier d’une tradition littéraire qui, de Benjamin Constant à Barbey d’Aurevilly, s’est inspirée du thème de l’encombrante maîtresse ? Et de fait, le règne de la femme collante ou fastueusement entretenue était particulièrement en vogue dans la littérature du second Empire. Cette actualité de Sapho ne fut certainement pas étrangère à son phénoménal succès. Des milliers d’exemplaires ont été enlevés, le sujet arrangé pour la scène fait salle comble… Les gens de lettres, quand ils en reparlent, citent avec convoitise la somme qu’il a rapportée à son auteur… rappelle le journaliste Jules Laforgue à l’occasion de l’adaptation au théâtre de l’ouvrage, deux ans après sa publication. Les raisons en sont aussi l’acuité psychologique de l’auteur, l’évocation brillante de cette bohème qu’il a peut-être quittée à regret, et surtout l’émouvante personnalité de Fanny, à laquelle il laisse significativement le mot de la fin, dans une très belle lettre. Manuscrit de premier jet, comportant de très nombreuses ratures et corrections. Daudet l’a, comme à son habitude, rédigé sur un carnet. Comme l’indique l’étiquette collée au recto du second plat de la couverture, celui-ci provient de la Papeterie de l’Odéon. Le texte est écrit à l’encre noire, d’une écriture fine et rapide. Daudet utilisa parfois le crayon rouge pour biffer les passages aboutis, plus rarement, le crayon bleu. De nombreux petits croquis caricaturaux parsèment l’ensemble. Offert par le romancier à Henry Céard, ce carnet autographe est l’un des deux remis par le romancier à ses amis, dont le second est Gustave Geoffroy. Il est enrichi, au premier feuillet, d’un affectueux envoi à cet ami et membre fondateur du naturalisme, avec Hennique, Huysmans et les Goncourt : À mon cher Henry Céard / l’embryon de Sapho / Alphonse Daudet. L’autre carnet s’est perdu, ainsi que le texte manuscrit des notes préparatoires, lesquelles correspondaient à une partie plus préliminaire du travail de Daudet. Elles furent en partie publiées dans ses Œuvres complètes (A. Daudet, Œuvres, Levallois-Perret, Cercle du bibliophile, s.d., t. IV). Leur disparition fait du carnet Céard le premier état manuscrit connu du roman. Un deuxième manuscrit a été localisé au musée Alphonse Daudet, au Mas de la Vignasse, à Saint-Albin-d’Auriolles. Postérieur au nôtre et très certainement destiné à l’impression, il est constitué d’une dizaine de cahiers corrigés par sa femme et collaboratrice, Julia. À la demande du musée, il est depuis peu 44


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conservé en dépôt aux Archives départementales de l’Ardèche (cf. A. Daudet, Œuvres complètes, La Pléiade, T.III, 1151-1237). La disposition du carnet est typique de la manière de Daudet de travailler. Le romancier entreprit ce plan avec une idée déjà très avancée de l’ordre du récit, portant régulièrement les résumés des XV chapitres du livre au recto des feuillets. Parallèlement à la rédaction détaillée de l’intrigue, il jeta à la volée, en vis-à-vis, tout ce qui lui vint à l’esprit : peut-être parler ici des invisibles et subtiles chaînes de l’habitude / la vie à deux, cohabitation, même chez des êtres qui ne s’aiment pas, se manquent / peut-être mettre ce récit de suicide manqué / Hettema au comité d’artillerie petit bureau sous les arcades d’une grande cour… Véritable laboratoire, le manuscrit porte les multiples tâtonnements de l’auteur, à commencer par le titre, dont on peut lire au premier feuillet les propositions : Léda ? Le faune ? Sapho ? Salomé ? La faunesse ? Le contreplat supérieur de la couverture nous apprend que le personnage de Jean Gaussin n’est pas davantage fixé et il en va de même pour la plupart du personnel romanesque, dont la liste définitive apparaît au recto du feuillet 62. Idées, suggestions, ébauches de scènes, détails de caractère, de psychologie, orientations romanesques, répliques..., les notes sont nombreuses et variées. Elles reflètent la genèse en cours du roman. Après les raccourcis de chapitres, l’auteur s’est plus particulièrement consacré à la réécriture ou conception de certaines scènes. 45


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Nombreuses sont les variantes qui furent finalement abandonnées, mais qui contribuent à donner de l’histoire une tout autre idée, comme cette intervention du père auprès de Jean, dont il est un moment question : Causerie avec son père dans le grand cabinet tapissé de livres latins et grecs, avec le bronze de Sapho sur la pendule. Le père lui parle d’un collègue qui vient de mourir… emmené une fille épousée. Le malheur de sa vie. Jamais voulu rentrer en France. Une vie perdue… danger de ses liaisons. Moi je suis pour se marier jeune. Daudet revint sur trois épisodes clés : la rencontre, quasiment entièrement rédigée, de Jean et Fanny au bal d’artistes de Déchelette (chap. I), le retour de Jean auprès des siens à Castelet (chap. VI) et les derniers chapitres amorçant la rupture (chap. X-XV), ceux-ci, toujours en chantier. Il reste évident que, de tous les chapitres, c’est le dénouement qui fut le plus remanié (ff. 55-57 et 79-90). On ne saurait trop s’étonner de la perspicacité dont fit preuve Michel Tournier au sujet de Sapho. L’absence de la syphilis, principal fléau de la bohème parisienne, lui sembla digne d’intérêt et il avança l’idée que si la syphilis n’est pas citée dans le roman, c’est qu’elle en constitue le seul et unique sujet : Sapho n’est que la personnification de la syphilis. Sapho = syphilis – une hypothèse que confirme une note du carnet, va tranquille, le virus te reste, qui nous apprend qu’il fut un moment question pour Jean Gaussin d’être atteint de ce mal à cause de Sapho ; une fin tragique que l’auteur n’a finalement pas retenue, mais qui fut celle de Marie Rieu en 1867. Provenance : Louis Barthou (Cat., II, 1935, n° 1031) ; Gérard de Berny (Cat. I., 1958, n° 95) ; colonel Daniel Siklès (Cat., 1989, n° 41) ; Pierre Berès (Cat., 2006, n°125).

34. MARX (R.) & ROCHE (P.). La Loïe Fuller. Évreux, C. Hérissey, 1904, in-4°, veau raciné à la Bradel, dos lisse orné des noms de l’auteur et du titre de l’ouvrage, doublure et gardes de papier à décor floral, couverture, non rogné (E. Carayon). Premier livre décoré de gypsotypie. Édition originale de cet hommage à Loïe Fuller, artiste d’origine américaine qui s’est faite en France, comme elle aimait à le souligner. Soucieuse d’un certain esthétisme, elle apporta aux arts du spectacle, plus par ses jeux de couleurs et de lumière que par sa danse. Artistes, poètes et écrivains tels Mallarmé, Rodenbach, Jean Lorrain ou Auguste Rodin, assistaient régulièrement aux représentations qu’elle donnait. Pour accompagner son texte, l’auteur confia à l’élève de Rodin, Pierre Roche (1855-1922), de son vrai nom Fernand Massignon, le soin de l’illustrer. Ce dernier réalisa, avec un certain raffinement, une série de gypsotypies, estampes légèrement colorées sur fond nacré, obtenues grâce à un procédé d’impression utilisant des matrices en métal, technique qu’il avait mise au point à partir de ses gaufrages japonisants. Ainsi créa-t-il 19 gypsotypies, procédé qui ne fut réemployé que pour un seul autre ouvrage. Le texte est imprimé avec les caractères italiques dessinés par G. Auriol, dont c’est ici leur première utilisation. Exemplaire soigneusement monté sur onglets et relié à l’époque par Émile Carayon, qui se fit remarquer surtout pour le choix des matériaux qu’il employait, relevant tous d’un goût très sûr. C’est à la fin du XIXe siècle qu’il s’installa en tant que relieur, après une carrière de peintredécorateur, et exerça cet artisanat jusqu’à sa mort en janvier 1909. Tirage limité à 130 exemplaires numérotés, tous sur vélin. Provenance : Léon Schuck (Cat., 1931, n° 425) Lista (G.), Loïe Fuller, Danseuse de la Belle Époque, pp. 438-440 et pp. 443-444 ; P. Vitry, Art et Décoration, T. XV, 1904 ; A. Coron, Des livres rares depuis l’invention de l’imprimerie, n° 234. 46


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33 - DAUDET

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35. MUCHA & FLERS (R.de). Ilsée, princese de Tripole... Paris, H. Piazza, 1897, in-4°, maroquin terre de Sienne, sur les plats, bordure d’encadrement aux trois-quarts, formée d’arabesques et d’animaux fantastiques, se terminant par des rinceaux, au centre du premier, titre de l’ouvrage frappé à l’or, dos à nerfs orné du même motif, bordure intérieure de même maroquin décoré d’un élégant motif répété, doublure et garde de soie moirée, couverture et dos, tête dorée, non rogné (reliure de l’époque).  Édition originale. La plus importante des illustrations de Mucha. 143 lithographies originales en couleurs, avec des rehauts d’or et d’argent, dont cinq hors-texte et une page de titre, et 10 lithographies ornées. La couverture a été imprimée en or et bleu sur vélin teinté bleu-vert, et le faux-titre est une impression estampée à froid. L’un des 35 exemplaires sur japon, après un parchemin et un satin ; celui-ci contient : - une suite en noir sur chine des lithographies. Façonnée à l’époque, cette reliure aux décors intéressants a peut-être été réalisée à la demande de l’éditeur Piazza. Provenance : une marque d’atelier (?), frappée à froid sur le contre-plat inférieur, non identifiée. Ray, The Art of the French Illustrated Book, 1700 to 1914, n° 366.

36. APOLLINAIRE (G.). Alcools. Poèmes. 1898-1913. Paris, Mercure de France, 1913, in-12, maroquin rouge janséniste, dos à nerfs, doublure et gardes de maroquin noir, couverture et dos, tranches dorées, couverture, étui (Alix).  Édition originale. Fruit d’une quinzaine d’années de travail, Alcools est le premier recueil lyrique d’Apollinaire. Depuis longtemps déjà, celui-ci caressait l’idée d’éditer une plaquette, qui avait d’ailleurs manqué de paraître en 1904 sous le titre de Vent du Rhin, puis en 1908 sous celui du Mal-Aimé. Fait de pièces écrites entre 1898 et 1913, et publiées, pour la plupart, dans des revues entre 1901 et 1913, Alcools se lit comme la somme de toute sa production poétique, comme le rappelle le soustitre, 1898-1913. Le tout aurait pu être fort hétéroclite, les poèmes correspondant à différentes phases de la vie d’Apollinaire, de ses années rhénanes (Les colchiques, La synagogue, Rhénanie, Les femmes, Le vent...) à la vie montmartroise, principalement traversées par deux figures féminines, la gouvernante anglaise Annie Playden et Marie Laurencin. En ne respectant pas l’ordre chronologique, le poète montre que son recueil s’organise plutôt autour des diverses facettes de son talent poétique, dont Zone, dernier poème écrit paradoxalement mis en tête du volume, qui annonce une esthétique nouvelle. Plutôt controversé, le recueil fut surtout critiqué pour la suppression de sa ponctuation, spontanément décidée par le poète lors de la correction des épreuves. Sommé de s’expliquer devant le comité du Mercure, Alfred Vallette en tête, il aurait dit : La ponctuation n’est pas indispensable en poésie. Car la Poésie se suffit à elle-même. S’il n’est pas à l’origine de cette révolution grammaticale, amenée par Mallarmé et Cendrars, il fut sans doute le premier poète à l’appliquer à un recueil entier. Un portrait-frontispice cubiste de l’auteur par Picasso. Exemplaire sur papier vélin, soigneusement établi par Henri Alix qui exerça de 1948 à 1949. Provenance : André Schück (Cat., 1986, n°11). 48


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37. FARGUE (L.-P.). Pour la musique. Poëmes. Paris, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1914, in-8°, broché, couverture.  Édition originale. Cette petite plaquette succéda au premier recueil de l’auteur, Poèmes, paru en 1912. On reconnaît, à sa sobre et élégante couverture crème encadrée de filets rouge et noir, les toutes premières publications du comptoir d’édition de la NRF, créé pour soutenir la revue. Pour la musique rassemble des pièces baptisées Chansons basses et un poème de 1898, Romance. Comme à son habitude, Fargue intervint entre la remise de copie et l’impression, qui fut différée d’un mois. Exemplaire offert par l’auteur à Erik Satie (1876-1925) :

Appelés, d’une manière ou d’une autre, à se rencontrer, les deux hommes sympathisèrent durant la guerre. Passionné de piano, Léon Paul Fargue s’était, dès 1903, mis à fréquenter l’avant-garde musicale chez le peintre Paul Sordès, où jouaient le grand pianiste catalan Ricardo Vinès et Maurice Ravel, qui devinrent rapidement des amis. Admirateurs de Satie, tous deux se font les interprètes dans la haute société, et, plus tard, auprès du public, de ce musicien méprisé des artistes officiels, pianiste engagé à Montmartre et zélateur de Sir Péladan à la Rose Croix. Reconnu à partir de 1917, Satie cultive, depuis quelques années, une certaine excentricité dans ses œuvres pianistiques, bizarrement appelées Aperçus désagréables, En habit de cheval, ou Les véritables préludes flasques (pour un chien). Elles coïncident admirablement avec l’état d’esprit de Léon Paul Fargue, auteur en 1916, de courts poèmes humoristiques, embryons de ses célèbres Ludions, appelés Nocturnes aromatiques. Séduit, Satie mit cinq d’entre elles en musique, Air du rat, Spleen, Grenouille américaine, Air du poète et Chanson du chat. Elles furent interprétées par Vinès, destinataire des Nocturnes. À l’occasion, Satie mit à contribution la fantaisie et la verve de Fargue pour animer des soirées, son goût littéraire très sûr lui faisait voir en ce nouvel ami un parolier idéal. L’amicale camaraderie ainsi établie dura plusieurs années jusqu’à ce que le poète, fâché pour une question protocolaire, ne s’éloigne définitivement. L’un des 100 exemplaires sur vergé d’Arches, seul tirage sur papier de luxe. Couverture légèrement jaunie. Provenance : Erik Satie.

38. DERMÉE (P.). Spirales. Poèmes. Paris, Birault, 1917, in-8°, broché, couverture.  Édition originale. L’auteur publia ce recueil à ses frais en octobre 1917, et en fit, deux mois après, le compte-rendu dans la revue poétique SIC, à laquelle il collaborait. Il fut remarqué l’année suivante par Tristan Tzara, fondateur du dadaïsme à Zurich, qui lui demanda par lettre l’autorisation d’écrire une note dessus et d’en publier des extraits dans sa revue, Dada. « Prenez dans Spirales tout ce qui vous conviendra », répondit l’intéressé, qui accepta également de diffuser la revue du poète roumain en 50


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France à condition d’en être nommé co-rédacteur ou rédacteur en chef (une affaire que Breton et ses amis, indignés, firent capoter). Spirales est un bon exemple de ce «cubisme littéraire» auquel s’étaient déjà appliqués Guillaume Apollinaire, Max Jacob et Pierre Reverdy, trois poètes amis de l’auteur. À son tour, celui-ci s’efforça de transposer sur le plan poétique l’esthétique des peintres, produisant par le jeu des blancs, des alinéas et de la typographie, un effet d’éclatement et d’instantanéité. Toujours en 1917, il exprima dans un article de tête («Quand le symbolisme fut mort») publié par la revue Nord-Sud de Reverdy, son engagement en faveur du cubisme. L’impressionnante liste des dédicataires du recueil (Pablo Picasso, Juan Gris, Henri Matisse, Vincent Huidobro, Georges Braque, Jacques Lipchitz, André Derain...) montre que Dermée n’a cessé, depuis son arrivée à Paris, de frayer avec la première des avant-gardes plastiques et littéraires, l’étonnante génération de 1910. Exemplaire destiné par Dermée à Erik Satie :

Éloge par lequel Paul Dermée réaffirme les secrètes correspondances entre les différents arts, la peinture, la musique et la poésie. Tout comme elle entre en synergie avec les productions cubistes, sa poésie entretiendrait un rapport d’équivalence à la musique expérimentale du maître, par ailleurs dédicataire du poème de Spirales baptisé Éclairs : Une chevelure de lumière / Claque au vent / Un ancêtre meurt / Mon poing a brisé la fenêtre / Dans la clairière cette femme qui s’enfuit / Clarté livide. Les deux hommes apprirent à se connaître davantage, sans doute grâce au cénacle dadaïste. Pressentis à la même époque par Tristan Tzara pour faire partie de Dada, tous deux figureront sur la liste des adhérents possibles, diffusée par ce dernier quelques mois avant son arrivée à Paris, le 17 janvier 1920 – le poète zurichois, qui voyait en Paul Dermée, rédacteur au SIC d’Albert-Birot et à Nord-Sud de Reverdy, un contact utile et un littérateur en vue, lui avait écrit dès 1918. Quant à Erik Satie, ses morceaux pianistiques découverts à la dernière soirée Dada du Cabaret Voltaire à Zurich, le 9 avril 1919, l’avaient enthousiasmé. Par indépendance d’esprit ou divergence de points de vue, ni Erik Satie, ni Paul Dermée n’adhéreront entièrement aux dadaïsme parisien animé par Aragon, Breton et Soupault, auxquels ils préféreront toujours Tzara et Picabia. Le 20 octobre 1924, Erik Satie envoya à Paul Dermée pour publication un extrait de ses Cahiers d’un mammifère où il se moque d’André Breton. En réalité, les dadaïstes resteront longtemps hermétiques aux arrangements musicaux du compositeur, contrairement à Paul Dermée, qui s’avère ici meilleur mélomane. L’un des 200 exemplaires sur Alfa vergé. Petit manque de papier au dernier feuillet de garde. Couverture noircie. M. Sanouillet, Dada à Paris, pp. 70, 71, 587 ; A. Berès-M. Arveiller, Au temps des cubistes. 19101920, pp. 11-25 et 393-409 ; Dada, Centre Pompidou, pp. 340-341 et 860-863. 51


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39. [...]. Éventail. Paris, Nouvelle Revue Française, 1922, in-12, broché, couverture. Édition originale. En 1921, Marie Laurencin revient à Paris après 7 années d’exil ; pour célébrer son retour, des poètes composèrent un Éventail à la demande de Gaston Gallimard. Cette édition de circonstance, dirigée par Roger Allard, fut achevée le 16 janvier 1922. Les poètes en sont : Moréas, Allard, André Breton, qui pendant la guerre, lui écrivait son admiration sans la connaître, Carco, Chevrier, Louis Godet, Fernand Fleuret, dont elle avait fait le portrait en 1906, Gabory, Max Jacob, Larbaud et Pellerin. 10 eaux-fortes de Marie Laurencin, technique qu’elle apprit de Jean-Émile Laboureur. Ce sont autant de petits visages de femmes, rappelant La Perruque. Exemplaire offert par l’artiste à Louis Süe : À mon ami Louis Süe sa Marie Un bienfait n’est jamais perdu Marie Laurencin a couvert un des feuillets de garde d’un grand pastel, dans les tons rose et bleu, figurant une jeune fille. Il est signé. À son retour d’exil, elle renoua avec ses relations de travail et d’amitié, et s’attacha à des personnalités nouvelles. Marie peindra aussi beaucoup de ses amies proches au cours des années 1922-1930 : Nicole Groult entourée de ses filles, Benoîte et Marion, Suzanne Laboureur, Suzanne Bernouard, sœur de l’éditeur François Bernouard, future femme de Louis Süe (1875-1968), l’architecte fondateur, avec André Mare, de la Compagnie des Arts français en 1919. L’un des 327 sur papier de Hollande vergé. Édition limitée à 335 exemplaires. 52


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40. JACOB (M.). La Couronne de Vulcain. Paris, Galerie Simon, 1923, in-4°, broché, couverture. Édition originale. Premier livre illustré par S. Roger. 3 lithographies en couleurs. Exemplaire offert par l’auteur à son protégé, Maurice Sachs (1906-1945), enrichi d’un dessin autographe à la mine de plomb (?) représentant une déposition de croix. Tous deux se croisèrent chez Cocteau en 1926. Proche de Max Jacob, celui-ci s’était brouillé avec les surréalistes pour avoir refusé de le désavouer suite à sa conversation au catholicisme. Depuis quelque temps déjà, Maurice Sachs lui servait de secrétaire. D’emblée, Max Jacob éprouva beaucoup de sympathie pour le jeune homme, qu’il prit sous son aile après qu’il eut brusquement renoncé à la prêtrise, l’accueillant à deux reprises dans son havre, le monastère bénédictin de Saint-Benoîtsur-Loire, où lui-même venait souvent se ressourcer. Il l’encouragea à écrire son premier roman, Le Voile de Véronique, ayant trait à son expérience religieuse, et exerça sur lui jusqu’en 1936 une sorte de tutorat littéraire et spirituel. S’essayant à l’édition au sein d’une petite coopérative montée par Cocteau avec la librairie des Quatre Chemins, Sachs se vit également confier la publication des Visions de souffrance et de la mort du Christ, fils de Dieu de Max Jacob, riche d’une quarantaine de dessins, dont les douze stations du chemin de croix dessinées en mars 1927 à l’île Bréhat, lors de leurs vacances communes. L’un des 100 tirés sur papier d’Arches ; celui-ci est signé par l’auteur et l’artiste. Édition limitée à 110 exemplaires. 53


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41. SATIE (E.) - PICABIA (F.) - CLAIR (R.). Relâche. Ballet. [Paris], Rouart, Lerolle & cie, [1924], in-4°, en ff., couverture.  Édition originale de la partition du ballet seul pour piano. Probablement le premier spectacle basé sur les improvisations des danseurs, Relâche est un ballet «instantanéiste». Mis en musique par Erik Satie, il comprend deux actes, un entracte cinématographique de René Clair et la Queue du chien de Picabia. Chorégraphié par Jean Börlin pour les Ballets suédois, il fut représenté la première fois le 29 novembre 1924 à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées. Erik Satie passa tout l’été 1924 à composer la partition de ce dernier ballet, qu’il ne se borna pas, contrairement à ses habitudes, à coucher sur papier à une table de café, mais qu’il travailla dans sa chambre, en se servant du piano. Quelques mois suffirent à mettre sur pied ce projet dans lequel Picabia joua un rôle prépondérant. «Picabia est épatant ! écrit le compositeur. J’ai en lui un magnifique collaborateur. » D’abord en charge des costumes et des décors, le peintre s’appropria en réalité le scénario de Blaise Cendrars, L’Après-Dîner, qu’il transforma à son idée, baptisa Relâche et auquel il apposa sa signature. Il fit ainsi de ce spectacle un événement dadaïste, ce rôle d’influence étant en quelque sorte rappelé par le frontispice en tête de la partition. René Clair, en revanche, travailla la cinématographie de son côté. Auteur d’un premier court métrage onirique Paris qui dort, il s’amusa à filmer le compositeur et Picabia en train de tirer au canon sur les spectateurs, façon ludique de signifier les trois coups du démarrage du spectacle. Soucieux d’harmoniser son travail à celui du cinématographe, Erik Satie en vint à composer la première musique de film image par image, à une époque où le cinéma était silencieux. Un frontispice de Picabia. Exemplaire sur Alfa Lafuma. R. Myers, Erik Satie, 1959 ; O. Volta, Erik Satie, Correspondance complète, 2000.

42. TZARA (T.). Mouchoir de nuages. Paris, Galerie Simon, 1925, in-12, broché, couverture. Édition originale de cette tragédie en quinze actes, jouée la première fois le 17 mai 1924, au théâtre de la Cigale, dans le cadre des Soirées de Paris organisées par le comte Étienne de Beaumont. Série de spectacles à la fois dramatiques et chorégraphiques, ce luxueux gala mobilisa un grand nombre d’artistes. En qualité de directeur de la partie théâtrale, Cocteau chargea Nancy Cunard de négocier une pièce avec Tristan Tzara. Spécialement écrite pour l’occasion, Mouchoir de nuages succéda, en deuxième partie, aux ballets de Massine. Il apparut bien vite que la pièce n’était pas dans le prolongement des nombreuses manifestations dadaïstes orchestrées par l’auteur. Œuvre personnelle, le chassé-croisé amoureux mis en scène tenait plutôt du roman-feuilleton, du cinéma et de la poésie. Tristan Tzara ne voulut rien cacher de ce qui se passait ordinairement en coulisses, et le public put voir les six commentateurs s’habiller et se maquiller en scène, les électriciens de Miss Loïe Fuller diriger les réflecteurs et le machiniste dérouler les différents décors. La même année, la pièce parut en pré-originale dans la revue Sélection à Anvers. Seul livre illustré d’eaux-fortes de Juan Gris. 9 gravures originales. L’un des 90 exemplaires sur papier vergé des manufactures d’Arches. Édition limitée à 110 exemplaires, signés par Tzara et Gris. Centre Georges Pompidou, D.-H. Kahnweiler, p. 184 ; Castleman, A Century of artists books, p. 38 ; G. Latour, Les extravagants du théâtre de la Belle Époque et de la drôle de guerre, pp. 257-265. 54


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43. GIDE (A.). Voyage au Congo. Retour du Tchad. Paris, NRF, 1929, in-folio, broché, couverture.  « Édition de luxe illustrée. » André Gide (1869-1951) pose son regard sur les possessions françaises de l’Afrique équatoriale. L’auteur retrace son itinéraire depuis l’embouchure du Congo jusqu’au lac Tchad, puis son retour, analysant avec l’acuité d’un ethnographe les conditions de vie des natifs. Officieusement mandaté par le ministre des Colonies, son récit suscita certaines gênes au regard des pratiques de l’administration et des entreprises installées. L’ouvrage, dédié à J. Conrad, engendra des réformes. La photographie au service de l’ethnographie. Involontairement, l’ouvrage s’inscrit dans la politique mise en place dans l’entre-deux-guerres par certains éditeurs en Europe, qui se spécialisèrent dans les ouvrages de tourisme et d’ethnographie illustrés par la photographie. Quelques grandes maisons littéraires participèrent à cet engouement, Gallimard en publiant le récit de Gide, ou Tahiti avec les images de Roger Parry (1930), Flammarion avec des textes de Paul Morand. 64 photographies de Marc Allégret et 4 cartes. L’un des 28 premiers exemplaires sur japon. Il est conservé dans un sobre étui-chemise non signé de Thérèse Treille. Provenance : collection privée. Frizot, Nouvelle histoire de la photographie, pp. 573 et 571.

44. PHILIPPE (Ch.-L.). Bubu de Montparnasse. [Lyon], Les XXX, 1929, in-4°, maroquin havane, décor mosaïqué de pièces de box crème et noir, chacune avec, en leur centre, une pastille frappée à froid avec rehaut circulaire d’or, dos lisse orné, bordure de maroquin havane et noir, doublures et gardes de daim havane, couverture et dos, tranches dorées sur témoins, chemise et étui gainés de maroquin noir (Creuzevault).  68 eaux-fortes de Dunoyer de Segonzac. Tirage limité à 130 exemplaires, tous sur vélin d’Arches ; celui-ci est enrichi de quatre études pour Bubu à la plume, signées par l’artiste : - «Fille consommant». 18 x 11,4 cm. - «Homme à la casquette». 20,3 x 17,5 cm. - «Portrait de femme de profil». Bubu (?). 17,7 x 11,4 cm. - «Tête d’homme». 22, 7 x 17,4 cm. Reliure dite à «l’accordéon» d’Henri Creuzevault (1905-1971). Nous en connaissons deux autres sur cet ouvrage, l’une, selon le même thème, ayant figuré au catalogue Lardanchet (Cat., 2002, n° 44), et celle reproduite dans l’ouvrage de Duncam (La Reliure en France, Art Nouveau-Art Déco, 1880-1940, p. 80), déclinant un décor de bouteille. Non citée par Colette Creuzevault, elle est en parfaite condition. Provenance : Dr. Sali Guggenheim (Cat., 1995, n° 393) ; collection particulière. 56


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45. PARRY (R.) & LORIS (F.) & FARGUE (L.P). Banalité. Paris, Éditions de la Nouvelle Revue Française, Gallimard, [1930], in-folio, broché, couverture rempliée. 16 réogrammes et recherches d’objets de R. Parry et F. Loris. Roger Parry (1905-1977) s’initia à la fois à la gravure, à la typographie et au dessin artistique et industriel à l’école de Germain-Pilon, puis à l’École nationale des Beaux-Arts décoratifs. Émule de Maurice Tabard, nommé directeur artistique du studio Debeny-Peignot spécialisé dans la publicité de prestige, il assimila les plus récentes techniques de la photographie, soit le recadrage, la solarisation, la surimpression, la colorisation et le tirage en négatif. Le rayonnement que connut Banalité lui permit de collaborer à de multiples publications, revues d’avant-garde et expositions en France et à l’étranger. Il poursuivit sa carrière dans le livre illustré chez Gallimard, où il fit aussi de nombreuses affiches publicitaires, des photos de couvertures et des portraits d’écrivains. De l’après-guerre aux années 70, il se consacra presque exclusivement à l’illustration de L’Univers des formes, une prestigieuse collection de 42 volumes dédiée à l’art et créée par André Malraux. Banalité, pont jeté entre le livre illustré et l’expérimentation photographique. Parfaits inconnus de la scène littéraire et artistique, Roger Parry et Fabien Loris n’étaient que deux jeunes graphistes d’une vingtaine d’années quand Malraux, directeur artistique de la Librairie Gallimard, les sollicita pour illustrer l’édition sur beau papier du recueil de Léon Paul Fargue. Il émane de leurs travaux un monde familier et lointain, d’une étrangeté discrète, fruit d’une réelle fibre artistique et d’une grande maîtrise technique. Que ce soit par la surimpression, la copie négative, ou les effets de lumière, Roger Parry confère aux objets les plus anodins (pelle et tas de sable, cheval de bois délaissé, cerceaux placés contre un arbre dans le jardin du Luxembourg, locomotive, signalisation routière...) une force singulière. Il ne croit pas davantage que le poète à la banalité des choses, et révèle, derrière les plates apparences, l’insolite. Bien qu’à l’époque la photographie soit difficilement admise des bibliophiles et amateurs du livre illustré, l’ouvrage fut présenté le 3 janvier 1930 à la Galerie du théâtre Pigalle, aux côtés des récentes publications sur grand papier de l’éditeur. Un des 332 exemplaires sur hollande Pannekock ; celui-ci est l’un des très rares à être signé par Parry et Lorris. Il est conservé dans une chemise-étui de Thérèse Treille. Édition limitée à 367 exemplaires. Guggenheim, Surrealism : two private eyes, The Nesuhi Ertegun and Daniel Filippacchi collections, II, pp. 801-802 ; Roger Parry, Gallimard/Jeu de Paume, pp. 6-48.

46. JOUVE (P.). Album. Paris, Apollo Éditions artistiques, Galerie Colette Weil, [1931], in‑folio, portefeuille de peau de porc à cloutage d’angle et fermoir en bronze plaqué or, marteau de porte repris à l’eau-forte sur le premier plat (Hermès, Paris).  Un frontispice et 10 eaux-fortes justifiés et signés au crayon par l’artiste. Le portefeuille, ici conservé, n’a été réalisé qu’à un petit nombre d’exemplaires. L’un des 100 sur vélin de Hollande van Gelder Zonen. Tirage limité à 111 exemplaires. Marcilhac, Paul Jouve, pp. 369-370 ; Eludut, Le monde animal dans l’art décoratif des années 30, Paul Jouve-Gaston Suisse, p. 107. 58


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46 - JOUVE

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47. MATISSE (H.). Jazz. Paris, Tériade, 1947, in-folio, en ff., couverture, chemise et étui d’éditeur.  L’un des livres cultes de la bibliophilie du XXe siècle. 20 planches en couleurs exécutées au pochoir, «d’après les collages et sur les découpages d’Henri Matisse», 5 à pleine page et 15 sur double page. Plusieurs modes de reproductions furent expérimentés, lithographie, zinc découpé, gravures sur bois en couleurs, mais seule la technique du pochoir put rendre la fraîcheur et l’éclat des gouaches de Linel que Matisse avait utilisées. Le texte manuscrit, succession de confidences de Matisse, fut gravé et imprimé par les Draeger. Exemplaire dont les couleurs sont très fraîches. Insignifiante petite trace de griffe dans le bleu de la planche 2, Le Cirque. Édition limitée à 270 exemplaires, tous sur vélin d’Arches, signés par l’artiste. Dimensions : 425 x 325 mm. Duthuit, Henri Matisse, Les Ouvrages illustrés, pp. 160-183 ; A. Coron, 50 Livres illustrés depuis 1947, 2 ; Y. Peyré, Peinture et poésie, pp. 50-51 ; Victoria & Albert Museum, From Manet to Hockney, n° 114.

48. SIMON (C.). Le Vent. Tentative de restitution d’un retable baroque. Paris, Éditions de Minuit, 1957, in-12, broché, couverture. Édition originale du premier ouvrage de l’auteur publié par les éditions de Minuit. Elle inaugure avec l’éditeur Jérôme Lindon une aventure éditoriale et littéraire qui durera plus de quarante ans et sera récompensée par le prix Nobel. Le Vent marque dans l’œuvre du romancier un véritable tournant. Refusant la logique et la linéarité du récit traditionnel, Claude Simon élabore une écriture qui va bouleverser la narratologie (science du récit). Plutôt que de raconter l’histoire de Montès, étranger venu dans une ville du Sud toucher un héritage, il préfère la restituer à partir de voix, scènes et souvenirs entrecroisés. On ne sait pas toujours qui, de Claude Simon ou de son personnage, est le narrateur. Poursuivie dans L’Herbe et La Route des Flandres, cette manière ressemble à celle d’un peintre, procédant par touches successives pour créer un ensemble harmonieux, d’où le soustitre, Tentative de restitution d’un retable baroque. Exemplaire offert par l’auteur à Picasso, suite à leur rencontre à Antibes durant l’été 1956 :

Quelques pages du Jardin des Plantes, roman de l’auteur publié en 1997, rapportent ses impressions du séjour. 60


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Picasso fut sans doute une des grandes admirations picturales de Claude Simon, apprenti cubiste chez André Lhote en 1933, avant de devenir écrivain. Par la suite, Claude Simon continua de s’inspirer de la création picturale pour renouveler les procédés d’écriture. Le visuel occupe, dans ses romans, une place centrale qui porte la trace de son inclination première. Doué d’une impressionnante mémoire visuelle, pratiquant la photographie, Claude Simon a bâti une œuvre où le récit linéaire, armature du roman classique, s’efface volontiers devant une série de descriptions statiques. Le dialogue fécond que nourrit son œuvre entre peinture (Dubuffet, Bacon, Rauschenberg...) et écriture est sans équivalent dans le paysage littéraire français. Stimulé par les grands peintres, c’est sans doute mû par la curiosité de voir Picasso, ou de juger de son talent littéraire, qu’il assista à la lecture-spectacle de sa première pièce, Le Désir attrapé par la queue en 1947, avec Camus, Simone de Beauvoir et Sartre. Mais c’est Jacques Prévert qui lui offre l’opportunité d’observer l’artiste en 1956. Le décor en est La Californie, cette villa achetée par l’artiste en 1954. Si l’on en croit les trois pages du Jardin des Plantes, il n’y eut pas d’échanges directs entre lui et le peintre vedette, d’une génération au-dessus, et mondialement connu. Claude Simon tira néanmoins de cette rencontre matière à réflexion sur le décalage entre ce que les artistes donnent à voir et ce qu’ils sont. Le vaste rez-de-chaussée de Picasso lui apparaît comme un décor, une mise en scène du peintre lui-même, avec son vieux canapé en cuir et ses boîtes de carton mal ficelées empilées sur une chaise à café, comme si, en dépit du luxe manifeste qui l’entoure, celui-ci était toujours prêt à partir, comme un émigré. Extrêmement sociable, ouvrant sa maison au monde entier, Picasso reste en réalité distant, figurant au milieu de ses amis et visiteurs comme un riche sénateur ou patricien romain entouré de sa « clientèle »… Se répandant volontiers en pitreries et singeries, il reste, derrière ce masque d’extravagance, parfaitement inaccessible, et, dans le fond, aussi énigmatique que d’autres artistes plus discrets. C’est sans doute pourquoi, malgré cette visite, Claude Simon continue de le mentionner comme une référence picturale. C’est ainsi qu’il intègre dans son livre, Orion aveugle, publié en 1970, l’une des 347 gravures de Picasso exposées deux ans auparavant dans la galerie Louise Leiris. Ludique et sérieuse, la figure du peintre-amant chère à Picasso inspirait très certainement Claude Simon, penseur assidu de la création, du statut de l’artiste et de son rapport au modèle ou à la réalité. Exemplaire sur papier d’édition. Les Cahiers de l’Association internationale des études françaises, n° 37, mai 1985 (M. Essouari, Les Écrivains modernes ou le refus du discours critique : l’exemple de Claude Simon, pp. 229-241) ; B. Ferrato-Combe, Écrire en peinture : Claude Simon et la peinture ; Forum for modem language studies, vol. 35, n° 2, 1999 (Artistic Biographies and Aesthic Coherence in Claude Simon’s Jardin des Plantes, pp. 175-192).

49. MIRÓ (J.) - ERNST (M.) - TANGUY (Y.) - TZARA (T.). L’Antitête. Tome I. Monsieur AA l’Antiphilosophe. Eaux-fortes par Max Ernst. Tome II. Minuits pour géants. Eaux-fortes par Yves Tanguy. Tome III. Le Desesperanto. Eaux-fortes par Joan Miró. Paris, Bordas, 1949, 3 vol. in-16 carré, brochés, couvertures rempliées, chemise de parchemin, étui. L’un des plus beaux livres du surréalisme. Publiées pour la première fois en 1933 aux Éditions des Cahiers Libres, les premières pages de L’Antitête furent écrites en 1916, les dernières en 1932. L’ouvrage s’articule autour de trois livres, Monsieur AA l’Antiphilosophe, Minuits pour géants et Le Desesperanto ; Tzara réunit ici 3 ensembles des poèmes représentant trois manières différentes du poète. Le premier est de facture dadaïste, Minuits pour géants, occupe une position transitoire entre la révolte dadaïste et l’inspiration libre surréaliste ; le dernier traduit le sentiment collectif du désespoir et de l’inquiétude. Première édition illustrée. 8 eaux-fortes originales par Max Ernst, 7 eaux-fortes par Yves Tanguy, et 8 eaux-fortes par Joan Miró, toutes en couleurs. 62


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L’un des 23 exemplaires sur hollande, après 8 japon, contenant : – une suite d’eaux-fortes d’Ernst coloriées à la main par l’artiste. – une suite d’eaux-fortes de Tanguy coloriées à la main par l’artiste. – une suite d’eaux-fortes de Miró spécialement gravées et rehaussées par l’artiste de motifs aquarellés. – un cuivre ayant servi au tirage, rayé et doré, contenu dans une chemise de parchemin. Ici il s’agit d’un cuivre d’Ernst ayant servi à imprimer l’eau-forte placée en frontispice de Monsieur AA l’Antiphilosophe. Exemplaire signé par les artistes et l’auteur, il est bien complet des couvertures en parchemin qui manquent souvent. Édition limité à 200 exemplaires. Tzara, Œuvres complètes, II, p. 445 ; Cramer, Joan Miró, n° 20 ; Y. Peyré, Peinture et poésie, pp. 144146 («L’Antitête dans son dispositif complet est une merveille qui éblouit et ébahit»).

50. GOLL (Y.) - PICASSO (P.). Élégie d’Ihpétonga suivie de Masques de cendre. Paris, Éditions Hémisphères, 1949, en ff., couverture, chemise, emboîtage.  Édition originale. Formé de deux poèmes, ce recueil appartient à la trilogie de la « pierre » constituée par Le Mythe de la roche percée (1947), illustré par Tanguy, et par Le Char triomphal de l’antimoine (1949), accompagné d’eaux-fortes de Victor Brauner. Élégie d’Ihpétonga («Haute-Falaise»), dédiée à Picasso, reprend donc le thème de la pierre et le retrouve dans la ville moderne en évoquant les gratte-ciel de New York, tours éphémères associées avec les pierres totems du passé indien. Masques de cendre sont l’expression de la peur face à la mort, l’auteur se sachant déjà atteint de leucémie. Seule et unique illustration donnée par Picasso au poète européen Y. Goll. 4 lithographies sur papier report, pour certains masques de faune, pour d’autres du diable. L’un des 20 premiers exemplaires sur vélin d’Arches pur chiffon à la forme, comportant une suite à part des 4 lithographies sur japon ancien à la forme. Édition limitée à 220 exemplaires, tous numérotés. Cramer, P. Picasso, Les livres illustrés, n° 53 ; Bloch, I, 605 à 608.

51. CHAR (R.) - PICASSO (P.). Les Transparents. Alès, PAB, 1967, in-4°, broché, couverture. Premier livre illustré par Picasso de cartalégraphies. La technique de la cartalégraphie, nouvelle pour Picasso, lui a été suggérée par son inventeur, Pierre André Benoit, qui la résume ainsi : « La matrice est constituée par un carton plus ou moins épais, déchiré à la main, ou, le plus souvent, découpé avec des ciseaux… Enfin encrée, elle donne par l’impression une empreinte originale où les à-plats peuvent révéler de légères variations dues à la matière du carton qui reste vivante… chaque épreuve est presque unique. Cette technique permet une grande spontanéité… la fragilité, par contre, empêche des tirages importants. » 4 cartalégraphies à pleine page accompagnent ces poèmes extraits des Matinaux. Édition limitée à 60 exemplaires, tous sur vélin de Rives. P. Cramer, Pablo Picasso, Les Livres illustrés, n°138 ; Bloch, 1236-1239 et 1369. 64


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52. MAO ZEDONG. Mao Zhu Xi Yu Lu [Citations du Président Mao]. [Beijing ?], Bureau politique de l’armée populaire de libération, [Mai 1964], in-12, broché, couverture blanche vierge, dos de papier toilé, jaquette de vinyle rouge imprimée (reliure d’édition).  Coll. : un f. blanc ; une f. de faux-titre imprimé au recto («Travailleurs du monde, unis») ; un f. de titre imprimé au recto (Titre et étoile en rouge, marque d’éditeur en vert), l’ensemble contenu dans un filet maigre et gras imprimé en vert ; une serpente ; un f. avec au recto portrait de Mao imprimé en sépia ; un f. d’approbation calligraphié imprimé au recto en sépia, ici non corrigé ; un f. d’introduction imprimé recto-verso signé par le Bureau politique, daté 1er mai 1964 ; un f. de table des matières imprimée recto-verso ; 250 pp. de texte. Édition originale. Les citations du Président Mao ou «Bible chinoise», une initiative de Lin Biao (1907-1971). Lin, membre de l’armée, rejoignit les forces de Mao en 1928, en devint l’un des officiers de haut rang, occupant, entre autres, la fonction de chef des forces volontaires chinoises durant la guerre coréenne. Nommé ministre de la Défense en 1954, vice-président en 1967, le Congrès le désigna en 1969 comme héritier et successeur de Mao. Soupçonné de complot par les fractions adverses jalouses de sa notoriété, lui et sa famille furent assassinés en 1971, victimes d’un accident d’avion. Disgracié par Mao, son nom devait disparaître à jamais de l’Histoire. Afin que les soldats, pour la plupart incultes, s’imprègnent de la philosophie de Mao, Lin Biao organisa une campagne à travers le journal du parti, diffusant ainsi quotidiennement des écrits et des discours du Président. Les passages étaient sélectionnés par Tian Xiao Guang, l’une des rédactrices dudit quotidien. Dès décembre 1963, elle rassembla les meilleurs d’entre eux afin de les faire imprimer sous forme d’anthologie. Après une première sélection formant 23 chapitres, leur nombre fut porté à 30, soit 250 pages. Publié pour la première fois en mai 1964, une deuxième édition vit le jour en mars 1965, composée de 32 chapitres, soit 260 pages, une troisième, en août 1965, la première complète, soit 34 chapitres. Elles étaient réservées aux membres du parti et de l’armée. Ce n’est qu’à partir d’octobre 1966 que des exemplaires furent offerts à la vente. À partir de 1966, l’ouvrage fut traduit dans diverses langues, en anglais, français, japonais, espagnol, russe... Jusqu’à la mort de Mao, le 9 septembre 1970, un grand nombre d’exemplaires furent imprimés ; à cette date, sur ordre du gouvernement, des millions furent saisis, puis détruits. Exemplaire en superbe condition. Le texte appartient ici au premier état décrit par Olivier Han Lei, avec l’erreur d’impression pages 82-83, corrigé par un erratum volant, indiquant veuillez lire «le yong wo men», au lieu de «le men yo yong». Le feuillet d’approbation est bien imprimé en sépia avec l’erreur du point (2e colonne en partant de la droite, second caractère). Une première couverture imprimée fut conçue, l’élaboration compliquée de la jaquette en vinyle rouge en retarda d’autant sa sortie. Une fois réalisée, les couvertures devinrent vierges, état qui caractérise les exemplaires protégés par ladite jaquette ; ces derniers étaient réservés aux membres des brigades, alors que ceux avec la couverture imprimée, mais sans jaquette, l’étaient pour les officiers de haut rang. On connaît des épreuves d’essai en bleu pour les jaquettes. Petite trace de mouillure au premier feuillet. Dimensions (requises) : 13,7 x 9,9 cm. Provenance : un cachet rouge et une marque au stylo bille, non identifiés. Olivier Han Lei, Antiquarian Book Review, novembre 2003, pp. 24-26 («We do know how many copies of the Little Red Book were originally printed, especially as we now understand that it was produced in several different locations simultaneously, and it was not until March 1965 that a second Edition appeared»). 66


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53. PEREC (G.). La Vie mode d’emploi. Paris, Hachette Pol, 1978, in-12, broché, couverture.  Édition originale. L’ouvrage parut en 1978. Couronné du prix Médicis, il raconte l’existence de tous les résidents d’un immeuble parisien du XVIIe arrondissement. Son originalité tient en grande partie à la technique narrative de l’auteur, qui s’en est expliqué à plusieurs reprises lors de divers interviews et conférences. Il n’est pas sûr, à ce jour, que toutes les contraintes qu’il se soit imposées aient été répertoriées. Sans précédent dans l’histoire littéraire, ses procédés d’écriture puisent dans la rhétorique, la combinatoire mathématique et le jeu d’échecs. Dès le premier chapitre, Perec invite le lecteur à considérer l’œuvre du point de vue de son architecture. Le roman est, en réalité, assimilé à un puzzle, dont chaque chapitre constituerait l’une des pièces. Se moquant de lui-même, le romancier a investi au moins deux de ses personnages de projets extraordinaires du même acabit : le peintre Valène, qui envisage une toile totalisant tout l’immeuble dans ses moindres détails, et Bartlebooth, qui consacre son existence à créer des puzzles uniques qu’il reconstitue pour les détruire ensuite. Roman descriptif, La Vie mode d’emploi tente d’épuiser le champ d’observation (l’immeuble et ses habitants) qu’elle s’est fixée, chaque personne étant l’objet d’une notice biographique, et son appartement, d’un scrupuleux inventaire. Le romancier énumère jusqu’à l’obsession le moindre détail et semble inépuisable dans l’accumulation des objets cités. Le caractère fastidieux de cette nomenclature toujours renouvelée stimule en réalité la production romanesque, puisque derrière le ton sec et rigoureux du biographe, Perec crée d’incroyables personnages, entre la cantatrice exilée de Russie, la femme d’affaires regrettant la campagne, le pharmacien enrichi à la recherche du Très Saint Vase, la belle-mère acariâtre qui coupe l’eau chaque fois que son gendre va se raser, ou l’imprésario qui a cru faire fortune dans le commerce des cauris. Souvent, ses personnages sont la reprise, à peine déguisée, de stéréotypes littéraires ou de héros de célèbres romans. Compilant tous les genres connus, Perec se nourrit aussi bien des romans policiers d’Agatha Christie que des contes des Mille et Une Nuits, des romans comiques du XVIIe siècle, des faits divers, des bestiaires médiévaux et des romans-feuilletons. Ce recours systématique à l’emprunt et à la citation est mis en évidence par l’insertion, dans la trame textuelle, de toutes sortes d’éléments étrangers, à la manière d’un collage cubiste : une recette de cuisine, la description d’un animal fabuleux, un titre de gravure en lettres gothiques, une adresse étiquetée, un catalogue d’outils de bricolage, un arbre généalogique… et même des symboles, calligraphiques ou autres. Sans doute la plus grande réussite de Perec est-elle d’avoir concilié le plaisir de lecture et cette maîtrise mathématique de l’écriture, qui en fait une œuvre majeure de la littérature contemporaine. Des 21 premiers exemplaires sur vergé d’Arches, celui-ci est l’un des 6 hors commerce.

54. KIEFER (A.). Die Unegeborenen. Une rêverie émanée de mes loisirs VII. Paris, Lambert, 2002, in-4°, broché, couverture.  Collage de cendres et de plomb sur photographies numériques. « Les livres ne se contentent pas d’accompagner la création de Kiefer, comme une production secondaire ou un commentaire. Ils y occupent une place centrale en constituant à la fois un lieu d’entrecroisement pour ses autres réalisations (installations et performances, sculptures et gravures, etc...), le creuset d’œuvres à venir ou l’aboutissement de réalisations antérieures. En tant que tels, ils sont un élément essentiel de son travail, un des plus significatifs et des plus fascinants. » L’un des 108 exemplaires, numérotés de 1 à 108. Edition limitée à 150 exemplaires, tous sur le même papier et signés par A. Kiefer. D. Arasse, A. Kiefer, p. 47. 68


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DE LA Bibliothèque d’un amateur A. ADAMS. Adam’s illustrated panorama of History. Paris-Londres, A.H. Walker, [1878], infolio (730 x 330 mm.), cartonnage d’éditeur. 2 000 € B. [ARAGON (L.)]. Le Con d’Irène. Avec une préface d’André Pieyre de Mandiargues. Paris, Au Cercle du Livre Précieux, 1962, in-8°, cartonnage d’éditeur, étui. 700 € L’un des 700 exemplaires sur vélin d’Arches pur chiffon contenant une gravure originale de Hans Bellmer. P. Dourthes, Bellmer, le principe de perversion, p. 206 et 293.

C. BRILLAT-SAVARIN. Physiologie du goût. Paris, Les arts et le livre, 1926, 2 vol.in-8°, broché, couverture. 600 € 100 dessins et 234 hors-texte par Pierre Noury. Impression Marius Audin. L’un des 520 exemplaires sur vergé Lafuma. Édition limitée à 566 exemplaires.

D. BERNARD (T.). Tableau de la boxe. Paris, Editions de la Nouvelle Revue Française, 1922, in-4°, maroquin rouge, filets dorés autour des plats, dos à nerfs orné, roulette dorée intérieure, couverture et dos, tranches dorées, étui (G. Mercier, succ. de son père, 1933). 2 000 € 29 gravures à l’eau-forte de Dunoyer de Segonzac, dont 9 à pleine page. L’un des 318 exemplaires sur vélin pur fil Lafuma-Navarre. Édition limitée à 333 exemplaires.

E. […]. Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers. Paris, Gallimard-Seuil, 1970, in-12, broché, couverture.  200 € Édition originale. L’un des 33 premiers exemplaires sur vélin de Hollande van Gelder.

F. FAULKNER (W.). Absalon ! Absalon ! Paris, NRF, Gallimard, 1953, in-12, broché, couverture.  300 € Édition originale française. Traduction de R.-N. Raimbault, avec la collaboration de Ch. P. Vorce. L’un des 87 premiers exemplaires sur vélin pur fil Navarre.

G. GARNIER (T.). Une cité industrielle. Étude pour la construction des villes. Paris, Ch. Massin & Cie, 1932, 2 vol. in-folio, en ff., chemise et étui d’éditeur.  2 500 € Seconde édition. C’est curieusement de 1889 à 1904, dans le cadre prestigieux de ses années d’études à la villa de Médicis, que Tony Garnier conçut cette cité ouvrière. Sans doute était-il lassé des six années passées, avec succès, à concourir l’Académie des Beaux-Arts pour le Grand Prix de Rome. La Cité industrielle est assurément très éloignée des sujets académiques, hippodromes, salles de fêtes, Jardin d’acclimatation, auxquels il s’était astreint. Il envoya une première version de son projet à l’Académie en complément de son envoi de première année sur le site de Tabularium. Le mauvais accueil qu’elle lui fit n’empêcha pas l’architecte de joindre, à son envoi de quatrième année, une seconde version de La Cité. Publiée pour la première fois en 1917, la version définitive fut saluée par Le Corbusier. 164 planches. […], Tony Garnier, L’œuvre complète, Centre George Pompidou, pp. 45-47 et 253. 70


H. GOURMONT (R. de). Couleurs. Paris, Camille Bloch, 1929, in-8°, en ff., chemise et étui d’éditeur. 1 000 € Édition originale. 36 gravures de J.-E. Laboureur à l’eau-forte et à la roulette avec un grain d’aquatinte, dont une vignette de titre, 13 hors-texte en couleurs, 13 en-têtes et 9 culs de lampes. L’un des 285 exemplaire sur blanc de Rives. Édition limitée à 335 exemplaires. J.-E. Laboureur, Livres illustrés, II, 336.

I. JARRY (A.). Tatane. [Paris, Collège de Pataphysique, 1981], in-16, demi-box havane à coins, dos lisse, couverture, non rogné (P.L. Martin).  400 € Édition originale. Dessins de l’auteur et de P. Bonnard. L’un des 274 exemplaires sur Papier Chaleureux d’Aphrodise.

J. LAROCHE (H. J.). Cuisine. Recueil de 117 recettes. Paris, Arts & Métiers graphiques, 1935, in-4°, broché, couverture, chemise et étui d’éditeur.  1 200 € 6 lithographies d’Edouard Vuillard, 6 eaux-fortes de Dunoyer de Segonzac, 6 eaux-fortes d’André Villeboeuf. L’un des 150 exemplaires sur vélin d’Arches. Édition limitée à 170 exemplaires.

K. LABOUREUR (J.E.). Types de l’armée américaine en France. Paris, À la belle édition, 1918, in-8°, carré, broché, couverture.  900 € 10 images taillées sur bois par J. E. Laboureur. Exemplaire sur vélin d’Arches. Édition limitée à 1052 exemplaires.

L. MAC ORLAN (P.). Boutique. [Paris], Marcel Seheur, [1925], in-4°, broché, couverture.  700 € Lithographies en couleurs et dessins de Lucien Boucher. L’un des 496 exemplaires numérotés de 5 à 500. Dos plus clair. Édition limitée à 500 exemplaires, tous sur Arches.

M. MANN (Th.). L’Élu. Paris, Albin Michel, 1952, in-12, broché, couverture.

200 €

Édition originale française. Traduction de Louise Servicien. L’un des 77 premiers exemplaires sur vélin de Lana.

N. MORAND (P.). Rues et visages de New-York de Chas Laborde. Paris, Lacourière, 1950, in-folio, en ff., cartonnage à rabats d’éditeur.  2 000 € 15 gravures en couleurs de Chas Laborde. L’un des 200 exemplaires sur grand vélin d’Arches. Édition limitée à 230 exemplaires. 71


O. […]. Le Mot. n°1-20. Nov. 1914-Juillet 1915. 20 fascicules, in-folio, broché, chemise à rabats.  1 000 € Dessins et gravures de Joseph Paul Iribe (1889-1963) et de Jean Cocteau (1883-1935). Née de la double impulsion de Cocteau et d’Iribe, la revue compte vingt numéros, dont la parution s’échelonne du 28 novembre 1914 au mois de juillet de l’année suivante. Fondée en réaction à la première guerre mondiale, elle est d’une facture irréprochable, typique des années Art déco et Art nouveau. L’usage révolutionnaire de la couleur et la netteté des caricatures disent clairement la volonté de ses auteurs de fustiger l’invasion allemande et les compromissions françaises ; exemples, les deux dessins d’Iribe, David et Goliath, et Lohengrin et l’Ecrevisse, croquant les déboires de l’armée que tait sciemment la presse française de l’époque. Son comparse, Cocteau, enrichit lui aussi la revue de ses caricatures, qu’il signe du pseudonyme de Jim, du nom de son chien. Ses dernières créations, les Eugènes de Potomak, figures d’amusants récits littéraires, sont ici travesties en Boches grotesques et despotiques. Jean Cocteau, sur le fil du siècle, Centre Georges Pompidou, 2004, nos188-209 ; C. Arnaud, Jean Cocteau, pp. 137-139 ; R. Bachollet-D. Bordet. A.C. Lelieur, Paul Iribe, pp. 142-146 ; Admussen, 134.

P. PONGE (F.) – VULLIAMY (G.). La Crevette dans tous ses états. Paris, Vrille, 1948, in-4°, en ff., couverture, chemise et étui d’éditeur.  500 € Édition originale. 10 burins de Gérard Vulliamy. L’un des 300 exemplaires sur vélin du Marais. Édition limitée à 330 exemplaires. F. Ponge, Œuvres complètes, La Pléiade, I, pp. 1136-1137.

Q. QUINCEY (T. de). L’Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts. Paris, Editions Eos, 1930, in-8°, en ff., couverture, chemise et étui d’éditeur. 2 000 € Nouvelle traduite par Maurice Beerblock. 24 eaux-fortes de Gus Bofa. L’un des 10 exemplaires hors-commerce destinés à l’éditeur et ses collaborateurs ; numéroté II, il est sur vieux Japon et enrichi d’une suite avec remarques sur Japon impérial. Édition limitée à 135 exemplaires.

R. REBOUX (P.). - MULLER (Ch.). À la manière de… Toulouse, Edition Richard, 1927, in-8° broché, couverture. 1 800 € Textes à la manière de M. Barrès, M. Maeterlinck, Ch.-L. Philippe, W. Shakespeare, Racine… 21 aquarelles de Georges Gaudion coloriées au pochoir par J. Saudé, dont un frontispice et un cul de lampe. L’un des 20 exemplaires sur Japon impérial. Édition limitée à 390 exemplaires.

S. TOYE (N) - ADAIR (A.H.). Petits & grands verres. Paris, Au sans Pareil, 1927, in-4°, broché, couverture.  900 € 10 gravures hors-texte de J. E. Laboureur. L’un des 225 exemplaires sur vélin Montgolfier. Édition limitée à 270 exemplaires. 72


Février 2008 - Librairie Lardanchet