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temoignage-noemie-20130429

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Programme « Voyager pour apprendre les métiers d’art » Aperçu de l’expérience de Noémie, partie travailler sur les costumes du Théâtre Colon, à Buenos Aires en Argentine

Martes16 de abril L'effervescence d'une première était palpable dès 18h, je suis entrée dans un atelier sens dessus dessous, je suis entrée et sans avoir le temps de poser mon sac, j’avais dans les mains des volants, des manches, du fil. Il a fallu me battre pour pouvoir utiliser une des machines, Carmen ne trouvait plus sa canette et son boitier de canette, deux éléments indispensables pour faire fonctionner la machine, elle a commencé à m'accuser en parlant extrêmement fort, surdité oblige, pour tout retrouver ensuite dans son tiroir. Scène d'une rare hilarité si le temps ne jouait pas contre nous et si je pouvais râler en castillan, que je maîtrise tout doucement. Nous parvenons à 19h30 à tout terminer, le nouveau chemisier de Mercedes est prêt, nous prenons chacune quelque chose à porter et en route pour le 2ème étage. Chacune s’occupe de sa loge, j’attrape donc le châle d’une des danseuses, il est précieux donc gardé à part des loges danseuses au 1er, au 2ème étage dans notre “loge”. Les danseuses sont arrivées, certaines s’étirent, d’autres se font coiffer et maquiller. Maria donne le sein à Juana, je n’avais jamais eu à travailler avec un nouveau-né dans les parages, c’est parfois périlleux! Les filles sont habillées, à 20h30 le spectacle commence. Dans les coulisses règne un bruit assourdissant! C'est la chose à laquelle on ne pense pas vraiment, on se dit qu'il doit y avoir un silence religieux pendant que les artistes sont sur scène mais que nenni. Les figurants se saluent, un choriste donne une tape dans le dos de son collègue, un figurant habillé en militaire avec un choriste vêtu d’une robe, jouant le rôle d’un travesti; un des régisseurs demande le silence, il l’obtient mais il ne dure que quelques secondes. J'adore cette ambiance, certains répètent leurs pas, d'autres regardent le spectacle, les musiciens entrent pour les parties jouées cachés en coulisses, les pupitres s'emmêlent, et ça parle encore et encore. Et dans tout ça, je tente de me faire une petite place pour pouvoir faire les changements rapides des danseuses de flamenco, j’entraperçois Coralie, Sandra et Carmen qui sont dans mon groupe. On attend le moment opportun pour “se jeter” sur les danseuses dès qu’elles sortent de scène, pour les aider à retirer le premier jupon et leur châle, et elles repartent en scène. Ensuite, elles viendront en courant dans la loge, pour cette fois-ci se changer entièrement, pour l’acte 2 de la taverne. Puis le changement pour le final, celui-ci est très confortable puisqu’elles n’entrent pas à l’acte 3 de la Montagne. Et c’est ainsi tous les soirs.


Quand on a peu de repères, on a besoin de rituels. La répétition mais aussi l’attente font partie de ce rituel. Nous sommes là pour faciliter la vie des artistes, leur permettre de penser le moins possible aux changements de costumes et toutes ces choses qui nous incombent pour qu’eux ne se concentrent que sur leur rôle, leur jeu, leur voix, leurs pas. C’est la première fois dans mon travail que je me sens aussi considérée par les artistes, le rôletitre, Don José, lorsqu’ ‘il va saluer ses collègues, Carmen, Micaela, Frasquita et Mercedes à notre étage, vient toujours nous saluer, un baiser accompagné d’un « comment ça va », d’un chocolat pour nous remercier. Les danseuses nous parlent beaucoup, retiennent nos prénoms tout comme on retient les leurs à force de les habiller. J’aime ce sentiment d’appartenir à un groupe de personnes œuvrant pour un projet collectif de qualité. C’est ce qui me fascine dans ce théâtre, c’est la proximité entre les gens mais aussi l’absence de protocole comme j’ai pu le voir ailleurs, il règne une apparente désorganisation. Ça paraît presque incroyable que le spectacle se déroule sans accrocs. Mais une fois que c’est du passé, on en est fier. Déjà la fin de Carmen, demain ce sera la dernière, et toute cette équipe va devoir se dire au revoir pour un prochain spectacle ensemble. Noémie Reymond Partie en Argentine avec le programme « Voyager pour apprendre les métiers d’art »


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