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H ORS - SÉRIE AQUARELLE FRANCE MÉTRO : 8 €- CH : 14 FS - GR : 9,50 €- SPM : 9,50 €- DOM : 8 €- TOM : 1350 CFP - CAN : 14 $ CAN - MAR : 68 DH - PORT. CONT. : 9,50 €- MAY : 10,50€- BEL : 9,50 €- ESP : 9,50 € - LUX : 9,50 €- TUN : 9,500 DTU - CFA SURFACE : 5500 CFA

PRATIQUE

DESARTS HORS-SÉRIE AQUARELLE

STAN MILLER p. 4 L’âme du portrait PAUL DMOCH p. 40 Symphonie du contre-jour YANN LESACHER p. 68 La peinture sur le vif

À DÉCOUV 25 aquar RIR

autour du ellistes monde

SPÉCIAL

AQUARELLE

J.-C. PAPEIX La nature sans artifices

CHRIS FORSEY, JEAN-PAUL JACQUEZ, JOHN RAYNES, JEAN-LOUP ÈVE, BÉNÉDICTE STEF-FRISBEY, JEAN-LOUIS THIBAUT, JEAN VERBECELTE… L 14793 - 22 H - F: 8,00 € - RD

SECRETS D’ARTISTES

DAVID CHAUVIN

• 3 tableaux primés à la loupe • Réussir regards et carnations • La recette des noirs profonds • Carnet de voyage maritime

« Je suis un traqueur de lumière »


Stan MILLER

Nick’s Gaze. Aquarelle, 25,4 x 45,7 cm.

Stan Miller L’ARTISTE AMÉRICAIN STAN MILLER TRAVAILLE AUSSI BIEN À L’AQUARELLE QU’À LA TEMPERA, TECHNIQUES À SES YEUX COMPLÉMENTAIRES. RENCONTRE AVEC UN PORTRAITISTE DE TALENT QUI AFFECTIONNE TOUT PARTICULIÈREMENT DEUX VALEURS : L’HUMILITÉ ET LA SIMPLICITÉ. 4 Pratique des Arts AQUARELLE


Nick’s Cowboy. Aquarelle, 38,1 x 50,8 cm.

Portrait Stan Miller est né dans l’État du Dakota du Sud en 1949. En 1973 il obtient un diplôme d’arts appliqués dans la ville de Spokane, où il réside toujours. Il fait la connaissance d’un artiste, Randy Penner, qui lui inocule le virus de l’aquarelle. Très tôt, Stan Miller prend la décision de vivre de sa peinture – et même si ses premières œuvres se vendent pour la modique somme de 2 dollars ! Il est aujourd’hui membre de l’American Watercolor Society ; il y expose régulièrement. Outre sa réputation d’artiste, il est aussi un pédagogue reconnu qui n’hésite pas à enseigner sa technique aussi bien en Alaska qu’à Venise.

Pratique des Arts AQUARELLE

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Stan MILLER

Heather by my Window. Aquarelle et tempera, 25,4 x 28 cm.

J’utilise parfois du blanc pour retrouver des lumières. J’explique à mes élèves que presque tous les grands aquarellistes ont à un moment ou un autre utilisé du blanc. Vous avez le droit de faire ce que vous devez faire pour que votre peinture vive. Ne laissez jamais les règles de la technique vous empêcher de faire progresser votre peinture !

Heather’s Grace. Aquarelle et peinture blanche, 25,4 x 23 cm.

6 Pratique des Arts AQUARELLE

Heather’s Wait. Aquarelle, 43,2 x 20,3 cm

Heather’s Time Alone. Aquarelle, 30,4 x 23 cm.


The Vision of Charles. Aquarelle, 28 x 22,8 cm.

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Stan MILLER

Il est assez simple de peindre des noirs profonds. Il faut tout d’abord ne pas utiliser beaucoup d’eau, peindre comme si l’on avait affaire à de l’huile. Ensuite, prélevez la peinture directement à la sortie du tube lorsque vous peignez des zones sombres. Et c’est tout !

Nick’s Prayer. Aquarelle, 35,5 x 20,3 cm.

Lillian’s Hope. Aquarelle, 40,6 x 50,8 cm.

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Charles. Tempera, 61 x 91 cm.

Pourquoi avoir fait de l’aquarelle votre médium de prédilection? Il semblerait que mon tempérament aime les défis. Mon désir de créer augmente quand la difficulté est là. L’aquarelle est très désobéissante comparée à la peinture à l’huile : elle est toujours en mouvement et sa couleur s’éclaircit en séchant… J’aime cette instabilité. J’apprécie l’huile autant que l’aquarelle mais j’ai le sentiment que seule l’aquarelle m’offre un défi. En quoi la tempera diffère-t-elle de l’aquarelle? La tempera est acceptée dans les expositions de l’American Watercolor Society tant qu’elle est exécutée sur papier. Je l’ai travaillé aussi bien sur des supports rigides (telle que la masonite) que sur du papier aquarelle. Son avantage est que je peux monter l’œuvre comme si elle était peinte à l’huile. La tempera se prête particulièrement bien au rendu des textures et des détails et les passages sombres sont magnifiques. Je considère mes tableaux à la tempera comme des romans et mes aquarelles comme des nouvelles. Comment choisissez-vous vos modèles? Je suis très pointilleux. Lorsque je trouve un modèle qui me convient, je peux en tirer plusieurs tableaux… parfois sur des années. Je peins rarement des amis ou des membres de ma famille mais je cherche des visages qui me sont familiers, qui me rappellent le caractère général d’un type de personne. Comme, par exemple, un visage afro-américain qui montre la détermination, la lutte et l’espoir. Ou bien une jeune femme au visage classique qui exprime la gentillesse, la douleur, la grâce, l’attente, l’élégance et la simplicité. En fait, je cherche des visages où le caractère général se dégagera avant que ne se pose la question de savoir de qui il s’agit. Quelle est la plus grande difficulté dans l’art du portrait? Je dis toujours à mes étudiants de commencer par les yeux et la bouche. Si vous ratez cette étape cruciale, inutile de poursuivre votre tableau. Non seulement les yeux et la bouche sont les éléments les plus importants, mais plus particulièrement les extrémités des yeux et de la bouche… et pourtant on ne parle que d’une surface qui représente 2 % de la peinture ! Mais si cette zone ne fonctionne pas, n’arrive pas à capturer la vérité et l’âme de la personne, alors tout est à recommencer. Il faut aussi savoir parfaitement dessiner afin de débusquer les lignes de force de chaque visage. Mis à part les yeux et la bouche, l’arrière-plan et la lumière sont des éléments importants, de même que la partie abstraite derrière le visage.

Commencez-vous avec une idée en tête ou laissez-vous la peinture suivre son cours? Il m’arrive parfois de concevoir la peinture au préalable, avec peut-être de nombreuses études préliminaires. Dans le cas de mes portraits, je sais ce que je veux faire, mais je laisse intentionnellement des parties non résolues à l’avance. Comme le fond par exemple. Je peins d’abord le visage, je scanne ensuite une photographie et essaye plusieurs fonds différents grâce à Photoshop. Il m’arrive aussi de placer une vitre sur l’aquarelle et de peindre dessus, toujours dans l’optique de faire des essais de fond (je prends alors très peu d’eau sur mon pinceau). J’essaye différentes idées pour mes fonds avant de décider laquelle j’emploierai. Si je donne une démonstration dans un cours, je peins simplement, en espérant que le résultat se tienne. Mais c’est une approche très risquée. Travaillez-vous chaque peinture avec la même palette ou, au contraire, la renouvelez-vous à chaque tableau? J’utilise la même palette de couleurs quel que soit le tableau et qu’il s’agisse de portraits ou de paysages. J’explique à mes élèves que tout ce que nous voyons est composé de rouge, de jaune et de bleu. Tout le reste n’est que détails. Il faut d’abord apprendre la couleur générale avant de se pencher sur les couleurs plus spécifiques. J’encourage mes élèves à peindre une série de portraits en noir et blanc avant de se lancer dans la couleur. Et ensuite, pendant quelques temps, de ne peindre qu’avec un rouge, un bleu et un jaune. Alors seulement peut-on songer à employer une palette plus complète. Vous avez remporté de nombreux concours; quel est votre regard sur l’aquarelle aux États-Unis? À mon sens, l’aquarelle, en tant que forme d’art, se porte plutôt bien en Amérique. Malgré la crise économique récente, l’engouement pour l’achat d’œuvres et pour des cours n’a pas faibli. Ce pays a toujours été bienveillant envers les aquarellistes au cours du siècle dernier. Et quant au devenir de l’aquarelle en tant que forme d’art, je suis optimiste. C’est une technique écologique qui laisse peu de déchets. Aussi longtemps que l’humanité souhaitera utiliser la peinture comme manière de s’exprimer, je pense que l’aquarelle sera présente. ■ Texte : Laurent Benoist. Photos : D. R.

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Chris

FORSEY

L’AQUARELLE EN TECHNIQUE MIXTE AU DIABLE LES PURISTES. TURNER L’AQUARELLISTE NE TRAVAILLAIT-IL PAS AVEC DE LA GOUACHE ET DES CRAIES ? SANS COMPLEXES, CHRIS FORSEY Y AJOUTE ACRYLIQUE, PASTELS GRAS ET ENCRES, ET EXPLORE TOUS AZIMUTS LES TRANSPARENCES ET LES OPACITÉS DE CES FINS MÉLANGES. 28 Pratique des Arts AQUARELLE


Caradock of Tregardock, Clearing Mist. Aquarelle sur papier, 43 x 33 cm.

Pratique des Arts AQUARELLE

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Chris

FORSEY

L’AQUARELLE Mon métier d’illustrateur, m’a appris à maîtriser l’aquarelle. Mais à mesure que mes peintures prenaient le pas sur mes illustrations, je me suis lassé de ne travailler qu’à l’aquarelle. C’est Hodgkin qui m’a incité à pousser les frontières: il pose des glacis à l’huile pour apporter plus de profondeur à son sujet et j’ai réalisé que je pouvais faire la même chose (mais inversé) avec une peinture opaque. J’ai trouvé cela passionnant.

TECHNIQUES MIXTES Je manipule la peinture pour la rendre plus expressive, expérimenter les textures, exploiter le moindre accident. L’aquarelle se marie bien avec la gouache, l’encre et l’acrylique : toutes des techniques aqueuses que je travaille sur papier. Rien de révolutionnaire ici : les grands maîtres (Turner, Girtin) ajoutaient gouache ou pastels à leurs aquarelles. Pour moi, combiner ces médiums est le moyen d’approfondir les jeux d’opacités et de transparences, de semiopacités et de semi-transparences.

SPONTANÉITE Travaillées fluides, aquarelle, gouache et acrylique offrent une même approche spontanée. Je m’efforce de conserver

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Down to the River, Staithes. 16 x 20 cm. L’œuvre repose sur un dessin très structuré, souligné à l’encre, et de grandes masses créées par les reflets sombres de l’eau contre la mer bleue. Toutes les couleurs sont transparentes et sont posées au spalter pour un effet enlevé. J’ai ensuite créé la texture sur les murs avec un rouleau de linogravure.

cette manière directe et impulsive en m’astreignant à moins de deux heures par œuvre: au-delà, l’œuvre devient trop travaillée et perd de sa fraîcheur.

SUR LE TERRAIN Je cherche mon sujet en marchant, un carnet de croquis à la main. Je guette une composition intéressante, une belle lumière, des couleurs séduisantes, une combinaison de formes originales. C’est souvent la lumière qui crée le paysage : violacée au lever du soleil, nimbée d’orange ou de bleu profond à son coucher, brumeuse ou claire, elle donne son atmosphère au lieu et le révèle sous un jour toujours différent. Je capte l’essence du lieu, le rend reconnaissable, tout en le saisissant à ce moment précis qui le rend unique.

CONTRE-JOUR ET « CONTRE-CHANGE » Si je ne suis pas un adepte, contrairement à beaucoup d’artistes, du contre-jour, je fais en revanche beaucoup usage d’un de ses dérivés: le « contre-change », qui caractérise les inversions lumineuses sur un même motif (clair sur sombre et sombre sur clair). Par exemple un mat sombre sur le ciel clair qui devient ensuite clair contre un fond sombre. Mes œuvres en sont remplies.


MON MATÉRIEL Portrait Né en 1950, Chris Forsey a fait des études de graphisme à Bristol (Royaume Uni) puis a exercé le métier d’illustrateur pour des agences de publicité et des éditeurs. Il commence à exposer en 1996 et participe à la présentation annuelle du Royal Institute of Water Colours dont il est récemment devenu membre. Depuis 10 ans, il vit de sa peinture et expose régulièrement dans les Cotswolds et dans le Dorset.

- Papier : J’utilise du Fabriano ou du Bockingord grain torchon, voire du contrecollé, recouvert parfois de gesso. J’aime bien aussi le papier acrylique que je travaille à l’envers car je préfère son côté lisse: à la brosse et à la couleur de créer les effets de texture. - Couleurs : ma palette se compose d’une douzaine de couleurs mais je n’en utilise qu’un maximum de 5 par œuvre. Ombre naturelle, rouge de cadmium, magenta quinacridone, indigo, bleu de Prusse, bleu violet de cobalt, jaune de cadmium foncé, quinacridone doré et gris de Payne. Parfois, j’ai recours à une couleur plus vive (turquoise, violet de dioxazine, orange de cadmium) pour faire ressortir un élément en particulier. - Outils: je me sers de tas d’outils et finalement très peu de pinceaux! À part mes deux spalters (2 et 5 cm de large), j’ai à ma disposition rouleau de gravure, couteaux à peindre, brosse à dents, éponge, morceau de carton ou carte de crédit, bâton de bois, sans oublier mes doigts et ongles pour gratter la surface.

C’est souvent la lumière qui crée le paysage. Je capte l’essence du lieu, le rend reconnaissable, tout en le saisissant à ce moment précis qui le rend unique.

Cromer. Aquarelle et gouache sur papier, 30 x 38 cm. C’est une aquarelle travaillée dans le mouillé. J’ai choisi ici un fond violacé, ma couleur préférée, pour donner l’impression d’un matin givré. L’harmonie vient par l’ajout de blanc et de jaune de cadmium sur ce violet (bleu de Prusse et rose permanent). Enfin, la gouache renforce certains détails.


Chris

FORSEY

The Red Shed and White Washing (la Cabane rouge et le linge blanc). Aquarelle, encres acryliques et crayons à la cire sur papier, 16 x 12 cm. J’ai trouvé ces cabanons sur la côte, attiré par le rouge de l’un d’eux. Des pastels à la cire ont été posés sous l’aquarelle pour créer des réserves puis le dessin a été souligné à l’encre acrylique. J’aime les effets que donnent l’encre noire que j’aime laisse couler sur le papier et se diffuser sur la surface encore humide. Appliquée à l’aide d’un morceau de bambou, projetée au spray ou déposée en grosses gouttes, elle crée un grand éventail de sombres qui donnent de la profondeur au motif.

The Windmill Cley Next The Sea (Cley, le Moulin à vent). Aquarelle sur papier, 33 x 45 cm. J’ai ici fait grand usage du liquide à masquer. D’autres blancs, notamment au premier plan, sont mis en évidence en grattant la surface humide à la lame.

LE NUANCIER À l’atelier, j’assemble ma composition : cadrage, masses, point focal, lumières, valeurs. Puis j’élabore une palette basée sur 5 teintes, que je teste sur le carnet de croquis, au pastel ou à l’aquarelle, pour en juger l’harmonie. Les photos sont utiles pour la composition et les formes, mais ma mémoire conserve l’atmosphèredu lieu. Ce sera mon guide le plus précieux pendant l’exécution de l’œuvre.

LA COMPOSITION À la manière classique, je cherche une sorte de chemin visuel : une route qui zigzague, une rivière qui file à l’horizon. La composition en T est aussi un gage d’équilibre. Ma préférence va souvent à un horizon bas, peu de ciel et un premier plan important.

LE DESSIN Quelle que soit la technique, c’est toujours le dessin qui tient l’œuvre. Je le perds dès que je commence à peindre mais grâce à lui, tout est à sa place. Mes années passées dans l’illustration m’ont procuré l’exigence d’un dessin qui soit exact dès le départ. Je divise ma feuille en sections afin de garantir les proportions et une certaine logique de travail. C’est ce qui me permet de travailler rapidement par la suite.

VERS LA SUGGESTION Je me pousse progressivement à contrecarrer mon euphorie de matière et couleur et laisser plus d’éléments à la merci de l’imagination. Tout n’a pas besoin d’être expliqué. Je voudrais plus suggérer et moins préciser, plus contenir et moins montrer. Tout en parvenant à un résultat abouti. ■

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PORTFOLIO INTERNATIONAL

M.E. Mike Bailey NWS www.mebaileyart.com À l’huile ou à l’aquarelle, Mike Bailey est en perpétuelle recherche… Il aime explorer cadrages et angles de vue et mélanger figuration et abstraction au gré de ses envies.

A Cheap Trick. 56 x 76 cm.

Katherina A. Cartwright www.kacartwright.com « Cette œuvre fait partie d’une série de peintures représentant des éclats de coquilles d’œuf comme métaphore de notre vie, de la psyché humaine et de nos investissements. Une fois brisée, la coquille ne peut revenir à son état initial ; elle demeure fragmentée. Un peu comme un portrait psychologique, chaque assemblage de fragments a ses caractéristiques propres qui le rendent unique. La majeure partie des cinquante œuvres de la série est peinte à l’aquarelle pour ses qualités lumineuses. »

All Cracked Up XXV. 68,5 x 48,3 cm.

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Sarah Bent www.sarahwatercolours.com Cupcake Pile-up. 58 x 20 cm. « Pour moi, c’est le jeu de la lumière et de l’ombre qui nous entoure, ou bien la myriade de formes qui apparaît lorsque la lumière tombe sur un objet en cristal qui attire mon regard. Les tableaux qui en découlent sont presque abstraits et forts en contraste entre les couleurs et le blanc du papier. J’utilise des aquarelles transparentes en couches successives – parfois jusqu’à vingt ! »

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PORTFOLIO INTERNATIONAL

Roger Lorant http://users.skynet.be/bk216818/accueil.htm Graphiste et aquarelliste, né en 1944, il vit et travaille en Belgique. Il revisite la réalité dans des compositions où différents plans – parfois ponctués de collages photographiques – se partagent l’espace, en couleurs vives et transparentes, ouvrant la voie à un mystère empreint de sérénité et de poésie. Quiétude. 50 x 25 cm.

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Pensive (Western Lowland Gorilla). 8,3 x 5,7 cm (miniature).

Tracy Hall www.watercolour-artist.co.uk

December Morning.

Robert Reynolds www.robertreynoldsart.com

Ray Hendershot AWS NWS www.rayhendershot.com « Je me considère comme un peintre réaliste. J’utilise l’aquarelle de manière non conventionnelle, créant des effets de matière et de texture à l’aide de brosses et d’outils que l’on utilise plus souvent à l’huile qu’à l’aquarelle. À l’aide de ces techniques, je suis capable de transformer ce qui serait considéré comme une bonne aquarelle en quelque chose d’exceptionnel ! »

Fallen Moon. 48 x 73 cm.

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Bénédicte

STEF-FRISBEY

TABLEAUX À LA LOUPE EST-CE PARCE QU’ELLE S’EST FORMÉE SEULE À L’AQUARELLE QUE BÉNÉDICTE STEF-FRISBEY ADORE LES DÉFIS TECHNIQUES ? DEPUIS QUINZE ANS QU’ELLE S’INTÉRESSE AUX INTÉRIEURS ABANDONNÉS, ELLE NE SE LASSE PAS D’EN EXPLORER LES DIFFICULTÉS POUR LE PLAISIR DE LES SURMONTER.

LE SUJET Cet atelier existe dans la maison d’un de mes cousins, qui ressemble tellement à la mienne: vieille demeure avec son potager, les vieux fruitiers de son verger, et son atelier abandonné. Une sorte de remise où des outils oubliés n’espèrent plus servir mais témoignent d’une époque révolue. Au-dessus de cette pièce, la « chambre des vendangeurs », un futur sujet de peinture sans doute, attend que je m’y attarde, avec mon matériel de croquis et mon appareil photo. Ces murs éteints, la lumière en arrière-plan qui crée un si beau contrejour, la multitude des matières (bois patiné, métal rouillé, papiers jaunis…) m’offrent des éléments techniques passionnants. Ce type de sujet en pénombre est idéal pour exploiter un travail en tons doux, sur les valeurs et les contrastes d’ombre et de lumière.

I

l y a treize ans, nous avons acheté une belle demeure abandonnée. Mon mari s’est attelé à sa restauration, travail lent et patient, décourageant parfois. Dans ses moments de lassitude où nous croyions ne jamais en voir le bout, je prenais du recul, parcourant les pièces : pendant que certaines devenaient superbes, d’autres n’avaient pas bougé, restaient « dans leur jus ». Elles sont devenues l’un des sujets de mes recherches : je peins ces intérieurs abandonnés par la présence humaine, comme figés dans leur temps, mais dont plein d’indices dénotent une vie passée. Objets oubliés, vieilles boîtes encore pleines de matériel, outils remisés qu’aucune main n’utilise plus.

UN PARCOURS INITIATIQUE Par le biais de l’aquarelle, j’ai voulu montrer que l’on pouvait trouver la beauté en toute chose. Ce travail de longue haleine qui me lie à ma maison avait son parallèle en peinture: une sorte de parcours initiatique, de chemin spirituel semé d’embûches, de difficultés qui mettent à l’épreuve ma persévérance et ma patience. Ces intérieurs désuets, je les aborde du côté de l’inspiration, parce que ces lieux me parlent, mais aussi de la technique : adepte du contrejour, je me jette dans le défi de l’ombre. Je dispose trois couleurs primaires sur ma palette, transparentes, et je vais, en glacis superposés de couleurs rompues, interpréter à ma manière ces ambiances particulières. Je sculpte la matière aquarelle : j’aime ses fusions si douces, parfois imprévisibles et surprenantes, et l’état méditatif et d’intense concentration dans lequel la surveillance vigilante de l’état du papier me transporte. Mon guide en aquarelle est le travail de l’ombre qui révèle la lumière; comme dans la demeure qui s’éclaire peu à peu, débarrassé de la poussière, mes aquarelles font jaillir progressivement la lumière. ■ Texte : Marie-Pierre Lévêque. Photos : Pascal Langendorff.

Les Outils. Premier prix du Salon du Haillan, 2010. 2009. 36 x 26 cm. La Boîte en métal. 2009. 50 x 40 cm.

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LES TOILES D’ARAIGNÉE Elles sont un des défis de peintre que je me suis lancés. Le secret : l’observation, car on ne peint bien que ce que l’on comprend. Ici, comme les Post-it au mur, les toiles d’araignée apparaissent par contrastes de valeurs, dessinées en négatif.

Portrait Née à Bordeaux mais définitivement charentaise, elle a toujours été passionnée de peinture : en témoignent les nombreuses photos, où, petite, elle tient déjà les pinceaux. Après des études de lettres et divers métiers, elle se lance en 1993, autodidacte mais techniquement exigeante. L’aquarelle est son médium de prédilection. Elle enseigne et son travail a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles. Elle a participé à plusieurs Salons nationaux (Premier prix au Salon du Haillan, prix de l’aquarelle à Saint-Gelais, 2e prix à Saint-Yrieix)..

L’HARMONIE

LA CONSTRUCTION

L’Atelier. 2009. 50 x 40 cm.

J’aime suggérer les ambiances : les couleurs fondues et rompues y contribuent. Je superpose les glacis jusqu’à obtenir les teintes les plus foncées. Suivant le chemin de la lumière, le regard est transporté vers le plan intermédiaire, pour s’échapper vers la fenêtre. L’harmonie provient de ces touches de couleurs en écho en divers endroits du tableau : par exemple, rouge du mur, des outils, de la tache sur le bureau.

COLORÉE Je fais un croquis, aquarellé ou non, qui me guide pour la composition et l’équilibre des valeurs. Je travaille dans l’humide. Après avoir trempé ma feuille (Montval ou Moulin du Coq rouge grain fin 300 g), je construis ma composition en grande masse colorée et de lumière. Les couleurs fusent, j’accompagne leur mouvement, sculpte leur surface. C’est un travail lent: je joue de mes trois couleurs primaires, les éclaircis, les lave, les transforme par mélange… À la fin de cette première phase, mon aquarelle ressemble à une photo floue.

LA SUGGESTION DES FORMES Sur mes grandes zones de couleur enfin sèches, je vais revenir préciser les choses. Là où il n’y avait qu’une masse figurant l’emplacement de multiples objets, je viens, de quelques traits, séparer leurs formes : quelques bords nets suffisent, l’œil relie les choses entre elles. J’affirme quelques mouvements, lignes directionnelles indispensables au rythme et qui font voyager le regard. Monter les contrastes de valeurs fait naître le volume, avec subtilité, à l’image de la lumière qui baigne la scène.

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PORTFOLIO INTERNATIONAL

Iain Stewart www.stewartwatercolors.com Né en Écosse, Iain Stewart vit en Alabama. Diplômé d’architecture, il pratique l’aquarelle depuis vingt ans. Il exerce également comme illustrateur.

The Growler in Dry Dock. 40,5 x 23 cm.

5th Avenue in Rain, NYC. 43 x 19 cm.

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Cindy Agan LSW www.cindyaganart.com Riesling. 67 x 40 cm.

Cindy Agan privilégie une approche réaliste de ses sujets, inspirés de sa vie quotidienne. Son travail est parfois comparé à celui de Norman Rockwell. Ses couleurs fortes sont obtenues par des superpositions de glacis.

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PORTFOLIO INTERNATIONAL

James Fletcher Watson (†) www.jamesfletcherwatson.com Nous tenions à rendre hommage à ce peintre britannique reconnu pour sa peinture de paysage dans la plus pure tradition, qu’il défendait tant.

Cotswold Snow.

Belinda Del Pesco belindadelpesco.blogspot.com Sa peinture est une ode aux petits moments du quotidien, des instants de vie immortalisés en couleur.

Unwind Medium. 14 x 20 cm.

Marianne Gross www.mariannegross.dk Entre figuration et abstraction Marianne Gross explore les limites du paysage et de la couleur avec une spontanéité et une gestuelle minimaliste.

Winter. 2009. 36 x 48 cm.

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Hans Groenveld www.xs4all.nl

St. Nicolas Church, Amsterdam, Holland. 45 x 35 cm.

Gimignano Valley, Tuscany, Italy. 25 x 15 cm.

« Pour moi, le challenge consiste à saisir ce que j’ai sous les yeux tout en gardant le caractère de la scène, combinée à la spontanéité et la liberté de l’aquarelle. Qui est la technique idéale pour capturer la beauté d’un paysage. Lorsque je ne travaille pas dans mon atelier à Haarlem, je voyage en moto… un moyen de transport idéal pour découvrir de nouveaux lieux. »

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John

RAYNES

Orange & Green. 2005. 50 x 50 cm. [Détail].

NUS EN LIGNES ET LUMIÈRE ON CONNAÎT LE FAIBLE DES ANGLAIS POUR LES EFFETS LUMINEUX, MAIS RARES SONT CEUX QUI LES APPLIQUENT AU MODÈLE VIVANT. JOHN RAYNES CONSACRE UNE SÉRIE PAR AN À SES NUS, POUR LESQUELS IL FAIT UN USAGE SURPRENANT DE L’AQUARELLE, DU GESSO ET DES FILTRES COLORÉS. Texte et photos : Stéphanie Portal.

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S

’il est difficile de trouver des points communs entre les paysages cornouaillais qu’il traite à l’huile et les nus féminins qu’il peint à l’aquarelle, il est toutefois un élément qui ne saurait échapper au regard: sa recherche incessante des effets de lumière. Dans l’un comme dans l’autre, John, avec l’esprit pragmatique qui le caractérise, ne s’est pourtant pas contenté de ce que la nature offrait à son œil : son ambition était de renouveler le genre. Sur le thème du nu, il s’agissait donc d’aller plus loin que les simples jeux graphiques créés sur le corps par une lumière tamisée. C’est alors que lui est venue l’idée d’un éclairage artificiel très personnel : la

Ellan Brown and Mauve. 2007. 45 x 42 cm. [Détail].

projection sur le corps du modèle de diapositives colorées et/ou rehaussées de motifs. Rayures au feutre, dessins au pastel gras, insertion de découpages divers: les graphismes ainsi créés s’avéraient bien plus intéressants et variés que les banales rayures proposées par ses stores vénitiens. Autre avantage, l’artiste n’était plus à la merci des caprices des rayons solaires, si inconstants et imprévisibles lors d’une séance de pose. Enfin, en doublant ou triplant les projections, il pouvait multiplier encore les effets et accentuer l’aspect « abstraitisant » qu’il recherchait. « J’en reviens toujours à la forme, en particulier aux formes abstraites que crée la lumière sur un sujet figuratif, qu’il s’agisse d’un Pratique des Arts AQUARELLE

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John

RAYNES

paysage ou du modèle vivant. J’aime la manière dont elle déforme les motifs tout en les décrivant. » C’est là justement que réside la difficulté : savoir jouer avec les formes et les couleurs sans qu’elles détruisent le motif.

FAIRE CONFIANCE À L’ŒIL Ce dialogue aux limites de l’abstraction a toujours été au cœur de la pratique de John Raynes. « J’ai été très tôt attiré par l’abstraction pure, expérimentée un temps en école d’art, mais je me suis rapidement aperçu qu’elle était peu stimulante et pauvre en contenu. » Elle lui refusait aussi, et surtout, un grand plaisir : celui du dessin, en particulier de la figure humaine. Admirateur de la ligne brutale et honnête d’Egon Schiele, de la précision d’Andrew Wyeth, de la puissance expressive de Rodin ou de Lucian Freud, il n’était pas prêt en effet à lâcher ce qui avait fait, il le savait, sa force. « Le dessin a toujours été mon point fort. Je ne pouvais l’abandonner. Alors j’ai intégré des petits bouts d’abstraction dans mes œuvres figuratives. » Il ne reste qu’à

Portrait Né en 1929 en Australie, John Raynes étudie au Royal College of Art (Londres), puis devient illustrateur indépendant dès 1957. Passionné de modèle vivant, il enseigne le dessin à mi-temps à la Twickenham Art School (1957-1962) puis au Somerset College of Arts and Technology (1963-1969). En 1970, il déménage en Cornouailles et cumule illustration, enseignement (Redruth School of Art) et portraits de commission. À partir de 1993, il se consacre à la peinture (aquarelle et huile) à plein temps, puis devient membre du Royal Institute of Painters in Water Colours. Il a écrit 16 livres d’apprentissage du dessin et de la peinture, dont cinq ont été traduits en français (Fleurus). Il expose régulièrement à la Mall Gallery et en Cornouailles.

Peu importent les contours précis d’un motif tant que la forme reste reconnaissable : l’œil réagit aux formes et ce sont toujours elles qui m’orientent vers un sujet. isoler certaines zones du tableau pour retrouver ces motifs abstraits qui ne gênent en rien la lisibilité du sujet. Les rayures peuvent modifier voire détruire les formes, les éclats de lumière effacer les contours, les imbrications colorées confondre les lignes : John Raynes s’amuse de ces perceptions qui sèment la confusion, car il fait confiance à la capacité de l’œil humain pour reconnaître les formes sans même réfléchir. « Peu importent les contours précis d’un motif tant que la forme reste reconnaissable: si l’on regarde une photographie floue, on s’aperçoit que l’œil est parfaitement capable de recomposer l’image. L’œil réagit moins aux lignes qu’aux formes. Ce sont d’ailleurs toujours ces dernières qui m’orientent vers un sujet. Je m’arrête, je regarde et ce que mon œil retient, ce sont des formes, jamais des lignes. »

SUR LE FIL DU RASOIR Dans ces imbrications de formes, de lignes et de lumières, l’aquarelle, transparente par nature, joue un rôle primordial. John a développé une technique qui repose sur une succession de lavis colorés posés sur sec. Chaque couche de couleur est appliquée à grande eau et étirée sur le papier glissant jusqu’à dessiner les formes souhaitées. Un travail de patience qui ne peut être accéléré. « Je joue avec la surface et les temps de séchage de la couleur, attendant que quelque chose se passe. Je suis tout le temps sur le fil du rasoir, retenant le liquide, le manipulant à l’intérieur des formes, montant les volumes et les ombres petit à petit en veillant à ne pas aller trop loin. On n’est jamais sûr de ce qui va se passer. » Les inévitables accidents (granulations, effet « chou fleur ») sont bienvenus: « Il faut en tirer avantage quand ils se présentent. C’est là que l’on se rend compte si on a le médium sous contrôle ou pas. » ■

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PROJECTION DE LUMIÈRES Peintes ou dessinées, unies, rayées, dotées de motifs découpés ou appliqués par projection, les diapositives multiplient les possibilités graphiques. Projetées sur le modèle, superposées parfois, elles créent des effets surprenants et toujours renouvelés. Lorsque ma composition est établie, je prends des photos, les manipule parfois sur Photoshop et élabore, dans le silence de mon atelier, l’œuvre qu’elles m’inspirent.


DÉCRYPTAGE TECHNIQUE ELLAN, PATTERNED 2-1 Parvenir à cet équilibre entre descriptif et abstraction demande du temps et de la patience. Une fois la couche de gesso appliquée, il s’agit de travailler les degrés d’absorption d’eau, de séchage des couleurs, les différents lavis, tout en étant attentif aux éventuels « accidents », afin d’en tirer profit.

Le gesso. Sur le support tendu, j’applique une couche fine de gesso. Je varie la quantité et l’épaisseur de la couche, de manière à moduler le degré d’absorption de l’eau à venir et obtenir des effets différents. Je garde les traces de pinceau afin de mieux mettre en valeur la texture de la surface.

Le dessin J’esquisse très succinctement ma composition. Je préfère dessiner directement avec le pinceau. Je n’aime pas trop voir les traces de crayon sous l’aquarelle. Les lavis. Je pose des lavis très en eau, comme des glacis à l’huile, et les déplace au pinceau pour dessiner mes formes. J’attends qu’une première couche sèche avant

de poser un deuxième lavis très fluide, et je recommence ainsi le processus jusqu’à parvenir au résultat souhaité. C’est un travail de longue haleine. Les contours. Je verse une goutte d’eau et la laisse se déposer le long des lignes de mon modèle, pour définir peu à peu les démarcations entre corps et fond. Cette manière de procéder permet d’obtenir des contours naturels et doux.

Les enlevés. Pour dégager mes lumières, j’utilise un pinceau sec ou juste humide et enlève la couleur aux endroits les plus clairs. Si j’ai trop attendu et que la zone est définitivement teintée, je peux reposer un peu de gesso et revenir ainsi au blanc initial.

Les superpositions. J’affirme les ombres en superposant des lavis de plus en plus denses en couleur mais toujours très fluides. À ce stade, je suis en attente d’accidents qui vont donner de nouvelles directions à mon image et casser le côté trop descriptif, pour le faire balancer du côté de l’abstraction. 2004. Aquarelle sur papier Arches.

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MON MATÉRIEL COULEURS : j’utilise beaucoup de couleurs afin de créer des mélanges toujours propres et transparents. En effet, le mélange de n’importe quels bleus et rouges donne plus souvent un marron qu’un beau violet. Je dispose donc d’un nuancier élaboré en fonction des températures des couleurs : trois rouges (un rose froid, un écarlate moyen et un vermillon chaud), un orange moyen, deux jaunes (un jaune vert froid et un cadmium chaud), un vert (émeraude ou vert phtalo) et quatre bleus (un outremer froid, un phtalo ou Prusse moyen, un cobalt et un bleu vert chaud type céruléum). Sans oublier le noir.

CHEMINEMENT AU CŒUR D’UN THÈME Chaque année, je réalise une série de nus pour l’exposition du Royal Institute of Painters in Water Colours. C’est l’occasion de me lancer à chaque fois dans de nouvelles expérimentations techniques et formelles sur cette confrontation du corps et de la lumière, en exploitant la transparence de l’aquarelle.

PINCEAUX : j’adore ma collection de pinceaux montés sur plume, avec leur disposition intelligente de poils, longs à l’intérieur et courts à l’extérieur. Ce type de ventre permet la pose de lavis très en eau comme les tracés les plus fins avec la pointe. Ceux en martre sont onéreux mais incontournables. PAPIER : l’Arches est pour moi le plus beau et le plus consistant des papiers aquarelle. Je le choisis léger (140g) et le juge au claquement produit à l’oreille si on le remue.

DU NOIR POUR LA LUMIÈRE Ma couleur secrète est le noir, si décrié alors qu’il est fabuleux en mélange : idéal pour fabriquer des teintes claires et lumineuses, mais aussi recréer toutes les terres. Tout est une question de dosage…

DESCRIPTION

Tout a commencé avec cette œuvre: le modèle s’est assis sur le rebord de la fenêtre et la lumière, filtrée par le store, a dessiné sur son corps ces rayures éclatantes qui m’ont séduit. Sur la fenêtre de gauche, un papier translucide tamise la lumière. Le sujet est simple et sa description à l’aquarelle est naturaliste, tant dans les formes et les carnations que dans le décor.

Projections, 4-2. 2003. 45 x 45 cm.

Au mur, parmi mes admirations, mon « héros », Egon Schiele.

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Ellan on Windowsill. 2001. 50 x 50 cm.

PL’introduction ROJECTION de l’éclairage artificiel me permet ici de jouer à ma guise des projections lumineuses sur le corps du modèle. Je trouve intéressante la manière dont les rayures détruisent les formes tout en les révélant. Le sujet est monté par succession de lavis très mobiles, posés sur sec afin de garder des contours nets et des ombres transparentes et légères.


Ellan, Red and Green. 2005. 34 x 33 cm.

A DDITION J’ai associé trois plaques de Rhodoïd coloré (rouge, bleu, jaune). Grâce aux trois angles de projection qui multiplient les ombres portées, les couleurs se superposent pour créer des teintes secondaires (orange, violet, vert). Il se passe là beaucoup de choses grâce à la simple manipulation de la lumière. Je n’avais plus qu’à copier ce que l’œil me dictait, utilisant l’aquarelle pour exploiter au maximum la transparence des filtres, la vivacité des couleurs et le découpage des formes. Ellan, Red & Black. 2004. 60 x 48 cm.

A BSTRACTION Les projections de lumières et de motifs transforment ici les tonalités de l’atelier et introduisent des graphismes sur le corps qui renvoient à ceux du fond. La clé de l’œuvre est ici dans cette tache de lumière sur la hanche et la fesse du modèle: elle entraîne le regard des reflets blancs et rayés de la lumière aux formes géométriques et sombres du fond. Amusé par ces jeux abstraits, j’ai pu être plus libre dans ma technique à l’aquarelle.

Green Totem. 2007. 36 x 32 cm.

A SSEMBLAGE Dans la série Totem, j’ai tiré parti de la manière dont les projections modifient la perception des formes, arrondies notamment, lorsqu’elles en font disparaître certaines ou en accentuent d’autres. Je m’amuse ici encore du jeu des motifs abstraits, tant dans le fond que sur le corps. La granulation créée par le mélange d’outremer et d’ombre brûlée, que l’on retrouve sur le mur et le visage, accentue encore cet effet.

Ellan, Pink and Pale Mauve. 2009. 47 x 47 cm.

M ONOCHROMIE En limitant ma palette au maximum, j’ai pu pousser plus loin le jeu des imbrications de formes qui, à la fois, montrent et cachent le corps. Ici, la superposition des lavis pour créer ou effacer les lignes de contours et suggérer le volume est très délicate, avec beaucoup d’enlevés partiels au pinceau. Tout repose sur un travail patient et une bonne anticipation des temps de séchage.

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PORTFOLIO INTERNATIONAL

Nono Garcia nonogarcia.blogspot.com

Transeúntes. Aquarelle sur gesso sur toile, 100 x 100 cm. Les œuvres de Nono Garcia se partagent entre natures mortes et scènes architecturales. Elles se distinguent par un travail en camaïeux de bruns chauds et une lumière écrasante, éblouissante, qui vient ronger les formes.

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Magnolia, Unfurled. 2003. 60 x 53 cm.

Three Tulips. 2003. 40 x 23 cm.

Claire Schroeven Verbiest www.claireverbiest.com Cette artiste d’origine belge, vivant aux États-Unis depuis vingt ans, exerce son art tant au pastel qu’à l’aquarelle. Natures mortes graphiques et délicates fleurs blanches, mais aussi personnages représentés dans leur quotidien sont ses thèmes de prédilection, toujours avec un grand soin apporté à la représentation des matières…

Blue, Gold & White Roses. 2003. 30,5 x 48 cm. Pratique des Arts AQUARELLE

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PORTFOLIO INTERNATIONAL

Thomas Schaller www.twschaller.com

Gilles Durand www.gillesdurand.fr « Je pratique une aquarelle directe, cherchant à exprimer le plus simplement possible l’expérience de la découverte du sujet. L’exploration de thèmes variés et la pratique régulière sur le motif ou d’après modèle vivant m’aident à aborder chaque peinture avec un regard neuf. La respiration des formes et la circulation de la lumière guident mes compositions, graphisme et choix des couleurs trouvant leur source dans l’esprit du sujet. »

Paysage du Vercors. 2010. 28 x 38 cm.

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Portico, St. Bartholomew’s, New York City. 2010. 56 x 76 cm. Architecte de profession, Thomas Schaller cultive un goût prononcé pour la représentation de bâtiments historiques qu’il met en valeur à travers des lumières théâtrales et des graphismes étudiés.


Summer Veranda. 43 x 56 cm. C’est avec une touche enlevée qu’elle saisit la douceur de l’instant afin de la retranscrire dans ses œuvres. Ses scènes intemporelles ou ses natures mortes aux délicates porcelaines nous plongent dans un univers au charme suranné.

Lucy Willis www.lucywillis.com

Alistair Butt www.alistairbutt.co.uk Dabord illustrateur, puis artiste à plein temps, il est fasciné par la représentation de l’eau. Reflets, ondulations et brumes s’expriment tout en nuances dans ses marines et paysages traversés de rivières et torrents, à l’aquarelle comme à l’huile.

Misty Day, Whitby. 23 x 23 cm. Whitby, North Yorkshire. © Alistair Butt RSMA

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