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délit | 21 mars 2006 02 xle www.delitfrancais.com

Nouvelles

Couper ses cheveux en quatre Industrie des perruques ultra orthodoxes national Catherine Handfield Montréal Campus (CIPUF)

U

ne nouvelle relative à l’industrie de la perruque a créé une véritable onde de choc auprès des juifs orthodoxes en 2004. Un rabbin londonien, de passage en Inde, a découvert que les cheveux destinés à la confection des perruques sont en partie collectés lors d’une cérémonie religieuse indoue. Dans un temple de la région de Madras, plus de 10 000 visiteurs par semaine viennent en effet sacrifier leurs

cheveux pour rendre hommage à la divinité Vishnou. Quelque 600 coiffeurs s’y relaient pour raser le crâne des femmes croyantes et celles-ci attendent jusqu’à onze ans avant d’être convoquées au populaire rituel. Lorsque le rabbin londonien a constaté que les dirigeants religieux du temple revendaient les précieux cheveux aux acheteurs étrangers, il a vite répandu la nouvelle dans sa communauté. Cela a créé tout un émoi. «Dans la religion juive, nous n’avons pas le droit d’idolâtrer les dieux, explique la vendeuse de perruques montréalaise Orly Ohhna. Les perruques indiennes ne sont pas casher.» La commerçante juive explique qu’elle a dû retourner la marchandise qu’elle avait en magasin à ses fournisseurs. «Certaines femmes, furieuses, ont même

brûlé leur perruque», confie celle qui ne fait maintenant affaire qu’avec des manufacturiers européens. Alors qu’il y a quelques décennies, les Québécois pouvaient encore vendre leurs cheveux à des fabricants de perruques, une telle chose est impensable aujourd’hui. «Ça ne se fait plus, confirme une vendeuse de perruques montréalaise. Tout est maintenant importé.» Les manufacturiers sont majoritairement installés en Inde ou en Chine et ils embauchent des gens qui font pousser leurs cheveux sous de strictes conditions. Les femmes gardent leur tête couverte pour se protéger de la pollution et du soleil et doivent à tout prix bannir les teintures ou les produits susceptibles d’endommager la qualité de leur chevelure. De quinze à vingt tres-

ses sont nécessaires à la fabrication d’une seule perruque, qui se vend jusqu’à trois mille dollars US sur le marché. Ceux et celles qui ne peuvent se permettre une telle dépense peuvent choisir parmi une panoplie de perruques synthétiques. Les fibres japonaises «kanekalon» sont reconnues pour être celles qui se confondent le mieux avec le cheveu humain. «La texture est presque la même, explique l’importatrice Pierrette Gendreau. Elles sont ininflammables et résistent aux séchoirs et même aux fers à friser.» Les perruques appelées «mono» possèdent même une imitation de crâne à la base du cheveu, afin de confondre les regards les plus attentifs. «C’est presque impossible de deviner que quelqu’un porte une perruque», affirme Pierrette Gendreau.x

Une fois par R E I CAH Le N année, IAETRIO Délit CCARHÉréserve N O I R une partie de T E A I É H CARdernier N Cson O I C R R T E A I É É H A T R A CC auxIONN numéro O C I C R A R T E A I H É É H I A E T R A R créations de IONN CC CCCARRlecteurs. ses HÉÉIAAETTRIIOON CCARHÉIAETRvos Diffusez ION CCARHÉIAETRIO œuvres! N Participez au CAH

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Éditorial

xle délit | 21 mars 2006 www.delitfrancais.com

La grève, un an plus tard

LE SEUL JOURNAL FRANCOPHONE DE L’UNIVERSITÉ MCGILL

L’AÉUM contribuerat-elle à relever la FEUQ?

RÉDACTION 3480 rue McTavish, bureau B•24 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 (514) 398-6784 Télécopieur : +1 (514) 398-8318 redaction@delitfrancais.com

campus Jean-Philippe Dallaire & David Drouin-Lê Le Délit

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l y a un an, le Québec était secoué par le plus important mouvement étudiant de son histoire. Exit les matantes qui rappellent leur passé militant à faire des «occups’» et danser en robes fleuries avec quelques barbus aux cheveux longs, le petit-neveu bien peigné se bougeait enfin le derrière. Les étudiants d’aujourd’hui auront à leur tour quelques histoires à raconter à leurs propres enfants pour prouver qu’ils n’étaient pas aussi mollassons que leurs aînés le prétendaient. Le 16 mars 2005, plus de 80 000 étudiants défilaient dans les rues de Montréal afin de protester contre les coupures de 103 millions de dollars dans l’aide financière aux études. Quelque temps plus tard, la FEUQ et la FECQ concluaient une entente avec le ministre Fournier. Celle-ci prévoyait un réinvestissement progressif des sommes sur une durée de deux ans. De beaux lendemains? Plusieurs étudiants ont été déçus que les sommes coupées par le gouvernement pour les années 2004 à 2006 ne soient pas intégralement restituées aux étudiants. Même après la conclusion de l’entente, quelques associations plus radicales ont poursuivi la grève. Malgré le soutien fourni par l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), elles ont cependant rapidement mis fin aux moyens de pression. La FEUQ, qui paraissait toute-puissante tout au long d’une grève qu’elle a su mener de main de maître avec son homologue collégial, la FECQ, a depuis vécu des difficultés importantes. La coalition des mécontents, assemblage au moins aussi hétéroclite que le camp du «non» à la constitution européenne en France, lui a causé bien du tort. À gauche, on reproche à la FEUQ d’avoir cédé trop tôt ou encore de ne pas avoir milité en même temps pour une liste d’autres causes, aussi précises que «se positionner contre l’assujettissement de l’éducation aux

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lois du marché». À droite, on lui reproche d’avoir fait fi de la question du dégel des frais de scolarité ou, encore, d’avoir mobilisé des centaines de milliers d’étudiants contre le gouvernement Charest. C’est cette étrange concours de circonstances qui a mené à la désaffiliation de la CADEUL, la fédération étudiante de l’Université Laval, et à la fin de toute représentation étudiante pour la ville de Québec au sein des associations nationales. La nouvelles AÉUM et la FEUQ Il ne s’agit pas ici de nier que la FEUQ a commis quelques erreurs au cours de la dernière année. Parmi celles-ci, notons le fait de ne pas s’opposer à une proposition gouvernementale de dégel des droits de scolarité imposés aux étudiants internationaux et des autres provinces. Politiquement, le geste n’était pas très vendeur, particulièrement auprès de l’AÉUM. La FEUQ connaît aussi certains problèmes au niveau de la transparence. Des difficultés de communication entre l’exécutif et les membres sont présentes dans la plupart des organisations politiques. En effet, en devenant en quelque sorte les «experts» de la défense d’une cause, les membres de l’équi-

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pe exécutive s’appuient souvent sur des considérations stratégiques pour pratiquer une rétention sélective de certaines informations. Et c’est une stratégie contre laquelle s’insurge l’AÉUM, qui se sent exclue par ce manque de clarté. Mais sont-ce des raisons suffisantes pour songer à la désaffiliation? Le Délit ne le croit pas. La cause première de l’existence d’un organisme national comme la FEUQ, c’est sa capacité à produire des résultats positifs, comme la victoire des 103 millions de dollars l’an dernier. La prochaine année sera probablement électorale et le dossier du dégel des frais de scolarité sera très certainement un enjeu important. Les étudiants doivent donc être dotés d’une représentation forte et faire entendre leur voix. À notre avis, l’AÉUM doit oeuvrer à améliorer la FEUQ. Université majoritairement anglophone et grandement tournée vers l’international, McGill jouit d’un statut unique au sein de la FEUQ. Même s’il a boycotté une réunion de la Fédération l’an dernier, le nouveau président de l’AÉUM, Aaron Donny-Clark, devra user de son expérience pour faire avancer plus efficacement les dossiers chers à l’association qu’il représente. x

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Rédacteur en chef david.drouinle@delitfrancais.com David Drouin-Lê Chefs de pupitre–nouvelles nouvelles@delitfrancais.com Laurence Bich-Carrière Jean-Philippe Dallaire Chef de pupitre–arts&culture artsculture@delitfrancais.com Agnès Beaudry Rédacteurs-reporters Maysa Pharès Marc-André Séguin Coordonnateur de la production production@delitfrancais.com Alexandre de Lorimier Coordonnateur de la photographie Mathieu Ménard Coordonnateur de la correction Pierre-Olivier Brodeur Chef-illustrateur Pierre Mégarbane Collaboration Christopher Campbell-Duruflé, Julie Francoeur, Lucille Hagège, Flora Lê, Laurence Martin, David Pufahl, Clémence Repoux, Samuel St-Pierre Thériault, Giacomo Zucchi Couverture Mathieu Ménard BUREAU PUBLICITAIRE 3480 rue McTavish, bureau B•26 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 (514) 398-6790 Télécopieur : +1 (514) 398-8318 daily@ssmu.mcgill.ca Publicité et direction générale Boris Shedov Gérance Pierre Bouillon Photocomposition Nathalie Fortune The McGill Daily • www.mcgilldaily.com coordinating@mcgilldaily.com Joshua Ginsberg Conseil d’administration de la Société de publication du Daily (SPD) David Drouin-Lê, Joshua Ginsberg, Rebecca Haber, Rishi Hargovan, Mimi Luse, Rachel Marcuse, Joël Thibert, Jefferey Wachsmuth

15 L’usage du masculin dans les pages du Délit vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire.

Bière verte ou bière noire: la St-Patrick

Quelques mots sur les Les affiches de Molière dans une presses de McGill cinéma redessinées piscine?

Plus que deux numéros! Collaborez au Délit. Venez à notre réunion mardi 16h30 au local B•24 du Shatner.

Le Délit (ISSN 1192-4609) est publié la plupart des mardis par la Société de publication du Daily (SPD). Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et d’illustrations dont les droits avant été auparavent réservés, incluant les articles de la CUP). Les opinions exprimées dans ces pages ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université McGill. L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal. Imprimé sur du papier recyclé format tabloïde par Imprimerie Quebecor, Saint-Jean-sur-le-Richelieu (Québec). Le Délit est membre fondateur de la Canadian University Press (CUP), du Carrefour international de la presse universitaire francophone (CIPUF) et de la Presse universitaire indépendante du Québec (PUIQ).

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délit | 21 mars 2006 04 xle www.delitfrancais.com

Tout simplement étrange... Agir là où ça compte. Décidément, Hugo Chavez ne fait pas les choses à moitié. Le président vénézuélien veut que sa «révolution bolivarienne» produise des résultats, et une récente décision montre bien sa détermination à cet effet. C’est ainsi que dorénavant le cheval qui orne le drapeau du pays ne galopera plus vers la droite, mais vers la gauche. Le président croit en effet que le symbole est actuellement «un cheval freiné [...] qui s’est mis à regarder vers le passé, vers l’arrière, [...] c’est un symbole réactionnaire.» (Courrier International)

Service essentiel. À la télé, une petite fille qui remercie une certaine Madame Gendron. À McGill, des activistes des droits homosexuels qui protestent. Le don de sang fait jaser, mais rassurez-vous: c’est beaucoup plus simple avec les animaux. C’est qu’en Suisse allemande, les chiens aussi donnent leur sang. L’opération dure de cinq à dix minutes et donne presque autant de sang que chez l’humain. En bon chien, le donneur se satisfait de la soupe qui lui est donnée en guise de remerciement et apprécie même l’exercice, connaissant la récompense qui l’attend. Le sang est ensuite transféré à une banque centrale à partir de laquelle les vétérinaires peuvent

s’approvisionner lorsqu’il est question de jouer du scalpel sur Fido. (Le Temps/ Courrier International)

Nuits lourdes. L’hôtel allemand de Norden, près de la frontière avec les Pays-Bas, a décidé d’ajuster ses prix en fonction du poids des gens qui veulent passer la nuit! C’est 0,5 euro le kilo, jusqu’à concurrence de 49 euros (pour les gens qui refusent d’être pesés, par exemple). Le propriétaire de l’hôtel a déclaré: «J’avais beaucoup de clients vraiment énormes et je leur ai dit de maigrir. Des clients en bonne santé vivent plus longtemps et peuvent revenir plus souvent.» (Reuters/Yahoo!)

À qui la faute? Le Californien Curtis Gokey n’a pas hésité une seconde lorsqu’un camion vidangeur de la municipalité qu’il habite a heurté sa voiture: il a poursuivi les autorités afin d’obtenir le remboursement des 3 600$ US qu’il a dû verser pour les réparations. Le tribunal a cependant rejeté sa réclamation, tout comme celle de sa femme, qui a tenté sa chance après l’échec de son mari. Le hic? L’employé qui a conduisait le camion n’était nul autre que M. Gokey. Difficile de se poursuivre soi-même... (AP/CNEWS)

Sans commentaire Laurence Bich-Carrière DÉCLARATION-CHOC: BRIGITTE BARDOT «méprise» Stephen Harper! «Vous me faites honte, honte d’appartenir à cette espèce bien incapable de la moindre compassion, de la moindre humanité envers des êtres vivants, des victimes innocentes. J’ai honte et je pleure d’impuissance face à tant de cruauté.» C’est pas bien de faire pleurer BB, m’sieur Harper, c’est pas bon pour votre image. Et la question de la chasse aux phoques, c’est d’abord et avant tout une guerre d’image. Oh, Bardot y croit peut-être vraiment, elle qui a déjà dénoncé «les conditions horribles d’abattage des poulets», «pauvres petites bêtes sensibles qui souffrent», dans une tentative d’enrayement de la grippe aviaire. Sauf que les poulets et les dindons d’élevage, les yeux chassieux, le regard torve, le bec sale et les plumes mortes ramassées à la pelle mécanique, même s’ils sont entassés vivants dans de gros sacs de poubelle Glad et mis au four crématoire fissa, c’est laid. Alors on n’en a pas trop parlé. C’est comme le sort des bébés musaraignes ou des amas placentaires sanguinolents des wallabies, ça ne pogne pas exactement autant que le supposé massacre des blanchons. C’est facile de s’émouvoir sur les rosaces ensanglantées sur les banquises immaculées. Emménagogue au milieu d’un bal en blanc. Activistes de la PETA sur manteau de fourrure chez Valentino ou Versace. Allô? La chasse n’est-elle «barbare» qu’à cause du caractère photogénique des «victimes»? Qui s’émeut

Controverses La citation de En trois la semaine vitesses «[Ce qui est horrible et inhumain, c’est] le massacre quotidien de personnes innocentes en Irak, l’exécution de prisonniers, surtout de race noire, la vente massive d’armes aux citoyens américains, chaque jour, la déstabilisation du monde entier par la politique étrangère agressive du gouvernement américain, etc.»

- Céline Hervieux-Payette Réponse de la sénatrice libérale à la famille McLellan du Minnesota qui a écrit à tout le Sénat pour dire qu’elle annulait ses vacances au Canada, pays qui pratique la chasse au phoque, jugée «inhumaine» et «horrible». Inutile de dire que le porte-parole libéral s’est dissocié des propos de Mme Hervieux-Payette, mais ce que ça peut faire du bien de voir qu’il y a encore des gens à Ottawa capable de propos à ce point directs! (SRC/Cyberpresse)

ALSTOM Ou plus exactement, ce qu’Alstom est prête à faire pour mettre l’opinion publique de son côté dans sa bataille contre le gouvernement du Québec (et Bombardier) pour qu’il y ait un appel d’offres pour la construction des wagons du métro de Montréal. Sondage de 1000 personnes, pleines pages dans les journaux, publicité dans le métro... (SRC/LaPresse)

Au neutre

La guerre avait sali la neige des caribous renâclant butés en douce sur la frontière? Dois-je conclure des interventions d’un ou deux has-been improvisés mère Teresa du Grand Nord que les blanchons sont les Jon Bennett de la cruauté animale? Oui, si j’en crois les mêmes réactions gagas de certains médias: diffuser les énormités d’activistes de mauvaise foi. À CNN, ça donnait: «environ 320 000 blanchons ont été tués la saison dernière». Chiffre fort étonnant quand on sait que la chasse au blanchon est interdite depuis 1987. Ou que 320 000, c’est le quota annuel pour la chasse au phoque, quota qui vient d’ailleurs d’être haussé de 1,6%. Ce qui a valu à Stephen Harper le mépris de BB. Si mignons soient-ils –et ça, je vous l’accorde, un bébé phoque, c’est mignon à faire damner un saint–, les bébés phoques, qui ne paient ni taxe ni impôts, ont besoin de se nourrir, autant que les pêcheurs madelinots ou terre-neuviens, qui risquent cependant peu d’être décrits comme d’«adorables petites boules de poils à la splendeur neigeuse interrompues par deux yeux à craquer et un museau à croquer». Logique implacable de la loi de l’offre et du plus fort? Peut-être, mais la population de phoques a triplé depuis les croisades des années 70. Et les quotas semblent respectés. Oh, des braconniers des glaces, il y en a certainement. Devant le lucratif marché est-européen qui, paraît-il, s’est rouvert, le nettoyeur à sec de la conscience aura très rapidement fait d’essuyer les taches de sang: même si le synthétique coûte moins cher et peut être aussi beau, c’est le «vrai» qui fait fourrure, pardon, fureur à

En hausse

PAULINE MAROIS Ça y est, elle est partie. La députée de Taillon vient de quitter le Parti québécois, qui, semble-t-il, ne suscitait plus chez elle qu’une mince motivation. Elle demeurera une membre active du PQ et une «féministe engagée». Reste à voir ce que l’avenir réserve à celle qui avait fini bonne deuxième à la course à la chefferie du PQ. Et ce qu’André Boisclair fera sans son expérience... (SRC)

nouveau. Mais l’activité est loin d’être aussi répandue qu’on voudrait nous le faire croire et l’éthique semble très manifestement du côté de la chasse raisonnable et responsable. Je ne dis pas que le gazage et l’électrocution anale du chinchilla, du vison et autres futurs manchons constituent de grands moments de l’histoire de l’humanité, au contraire. Mais de la matraque à crochet ou de l’abattoir commercial, lequel est plus cruel? Je ne dis pas que le passage à l’âge adulte devrait être marqué par le rite initiatique du matraquage d’un bébé phoque (plus il est jeune, mieux c’est), que non. Je dis que l’on s’égare. Annuler ses vacances et écrire au Sénat? Insulter le chef d’un gouvernement étranger? Entretenir des mythes grossiers? Cessez donc, vieilles otaries du show-biz avec vos aréopages de caméras bien-pensants, de vous échouer sur nos banquises pour nous faire la morale à coup de petits animaux cutes. D’ailleurs, je me demande ce que ça donne en humour de phoque «J’en ai une bonne, c’est Paul McCartney couché dans un banc de neige...»

En baisse LES MANIFESTATIONS EN FRANCE Après les jeunes des banlieues qui brûlent des voitures, ceux issus de familles plus aisées se plaignent des mesures d’assouplissement du marché de l’emploi imposées par le gouvernement de Dominique de Villepin, notamment les contrats de première embauche qui rendront les emplois des jeunes plus précaires. Si la cause de tout ce branlebas de combat est, cette fois, identifiable, on peut se demander si tout ça n’est pas un peu égoïste, considérant le fort taux de chômage qui accable les jeunes des banlieues françaises. (LeMonde/SRC)


LE DÉLIT RENOUVELLE SON ÉQUIPE

Comme à chaque année, Le Délit doit trouver du sang neuf pour peupler son bureau souterrain. Présentez-vous dès maintenant pour les postes suivants: Rédacteur en chef Chef de pupitre−nouvelles Chef de pupitre−culture Rédacteur-reporter Coordonnateur de la production Coordonnateur artistique Coordonnateur de la correction Vous devez être membre de la Société de publication du Daily et avoir participé au moins trois fois au journal au cours du semestre courant pour être éligible. Consultez les descriptions de tâches et les modalités complètes du vote sur www.delitfrancais.com.

Déposez votre candidature, contre-signée par deux membres de la rédaction, dans une des enveloppes prévues à cet effet à la porte du Délit, Shatner B•24. LE VOTE AURA LIEU LE MARDI 28 MARS À 18H DANS CE LOCAL. TOUS LES MEMBRES DE LA RÉDACTION Y SONT CONVIÉS.

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wow!


Nouvelles

délit | 21 mars 2006 06 xle www.delitfrancais.com

La santé gérontohomophobe?

Rapport sur l’exclusion du système de santé des homosexuels du troisième âge. campus Christopher Campbell-Duruflé Le Délit

«O

K, vous êtes correct, je vais signer le papier», a dit le médecin. «Il ne s’est pas donné la peine de me faire passer un examen», rapportait un aîné homosexuel de Montréal rencontré par l’équipe de la professeure Shari Brotman, de l’École de travail social de l’Université McGill. Alors que la société canadienne est de plus en plus soucieuse d’enrayer la discrimination, comment se comportet-elle à l’égard des personnes homosexuelles du troisième âge? C’est la question à laquelle tente de répondre l’étude Les Besoins en santé et services sociaux des aînés gais et lesbiennes et de leurs familles au Canada, publiée ce moisci. Des aînés, leurs proches et des intervenants en soins de santé et services sociaux de plusieurs provinces ont été rencontrés pour tenter de dresser un portrait de la situation d’un groupe souvent négligé. Discriminés par l’ignorance Comme souvent en matière de discrimination, la question du bien-fondé de souligner la différence se pose. Les intervenants en services auprès de la population âgée sont évidemment animés par une volonté de traiter tous les bénéficiaires «sur le même pied d’égalité». Doit-on aborder ouvertement les thèmes d’identité et de sexualité pour assurer la qualité des services rendus? La plupart des bénéficiaires ont indiqué adopter une attitude passive, ne mentionnant pas leur homosexualité à moins que leur médecin n’aborde la question. Si ceux-ci ne sont pas formés pour faire les premiers pas, la chose reste donc occultée. Une aînée de Vancouver indique avoir consulté un médecin pendant vingt ans sans lui mentionner son ho-

mosexualité. Avec son nouveau médecin, sa partenaire et elle affirment: «nous avions la possibilité de parler ouvertement de qui nous étions, de ce que nous étions et c’est une relation beaucoup plus confortable.» Comme le souligne le rapport de la professeure Brotman, que ce soit dans le cadre de soins à domicile, de placement en institution ou de simples consultations, l’acceptation de l’orientation sexuelle des patients dans leur ensemble est garante de la qualité des services rendus. Fossé générationnel Il n’est pas nécessairement possible pour plusieurs aînés homosexuels ayant construit leur identité avant la «libération gaie» de s’afficher comme homosexuels, comme certains le font aujourd’hui. Pour cette génération, la sortie du monde du travail et de l’univers social a souvent été une libération, marquant la possibilité de s’affirmer sans «besoin de se soucier de qui connaît ou non leur orientation sexuelle». Certaines personnes interviewées ont affirmé que leur homosexualité n’était qu’une facette de leur identité, qu’ils ne désirent pas partager en toutes situations. La discrétion permet également de protéger l’intimité de leur partenaire. D’autres soulignent au contraire que, comme pour tous les couples très dépendants des soins de santé, l’implication du partenaire dans la prise de décisions médicales est cruciale. Concevoir la différence Ainsi, malgré certains exemples de grossière exclusion, les témoignages recueillis par le rapport pointent vers le manque de visibilité et l’isolement imposé aux aînés homosexuels. Ses recommandations: la sensibilisation et la formation. Alors que certains doutaient du bien-fondé de tout «mandat spécifique», les intervenants homosexuels soulignaient massivement les conséquences négatives au niveau de l’estime de soi du manque de reconnaissance de leur réalité. Leur message est clair: une identité se construit toujours, même au coucher de la vie. x Pour en savoir plus: www.mcgill.ca/interaction/aging.

Repenser le campus pour le rendre vert

La conférence annuelle de l’Université sur l’environnement a démontré l’importance de la tâche à venir pour rendre le campus vert et durable. campus

Alexandre de Lorimier Le Délit

P

our la cinquième année consécutive, la conférence Rethink a accueilli vendredi dernier les groupes écologistes de l’Université, des représentants de l’administration ainsi que des étudiants et des membres du personnel enseignant et administratif. Le vice-principal à l’administration et aux finances Morty Yalovsky s’est félicité, dans son allocution d’ouverture, des progrès accomplis par l’Université en matière de développement durable. Il a également mentionné l’engagement à long terme de l’administration en ce qui a trait à la construction de bâtiments certifiés verts. Tous, cependant, ne partageaient pas son optimisme. Jeanne Wolfe, ex-directrice de l’École d’urbanisme, s’est opposée au discours mis de l’avant par l’administrateur. «L’Université parvient extrêmement mal à maintenir ses bâtiments et l’aménagement de son paysage», a affirmé la professeure. Cette dernière a demandé que toutes les nouvelles constructions répondent aux plus hautes exigences LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), une certification du Conseil du bâtiment durable du Canada. Elle a également déploré la lenteur du processus du Plan directeur, dont le rapport devait être soumis au Sénat le mois prochain. En effet, le président du comité, John Gruzleski, a expliqué qu’il devra attendre jusqu’à l’automne avant de présenter ses conclusions à la communauté. La multiplication des groupes d’étude –dont celui de la principale sur la vie étudiante– et des problèmes de compétence sur le Parc du Mont-Royal seraient les causes du retard. Jack Diamond, l’architecte-consultant retenu par l’Université pour l’élaboration du Plan directeur, a présenté les résultats préliminaires des phases d’exploration qui ont été rendus publics à la fin de l’année dernière. Le discours de Mme Wolfe lui a valu des applaudissements des plus chaleureux, alors que M. Yalovsky semblait bien irrité par les propos de la professeure émérite. Un membre du public a demandé quelle part du budget de l’Université était réservée aux initiatives environnementales. Le vice-principal, dont le portefeuille inclut ledit budget, a affirmé que les différents départements avaient tous des dépenses environnementales et qu’il était difficile d’en faire le total. Le groupe d’étude sur le Centre environnemental a ensuite fait part de son projet aux conférenciers. Prenant exemple sur d’autres universités nord-américaines, le groupe veut ouvrir un bureau dédié aux activités de préservation de l’environnement. La communauté pourrait y obtenir des renseignements et participer à des ateliers. Greening McGill, de son côté, concentre ses actions sur la réduction des déchets et de l’utilisation de la voiture et du papier. L’Association des étudiants de 2e et 3e cycles encourage la recherche environnementale tandis que l’Association étudiante de l’Université McGill contribue financièrement aux initiatives étudiantes. Enfin, Kealan Gell et Daniel Spitzberg ont expliqué la démarche de Gorilla Composting. Le groupe récupère une partie des déchets alimentaires du campus et en fait du compost dans une ferme de la région montréalaise. Pour l’instant, Gorilla Composting offre ces déchets et n’a pas accès au produit du compostage. Les organisateurs du projet-pilote, qui se conclut à la fin du mois, sont en négociation pour obtenir un espace sur le campus MacDonald où les déchets pourraient être transformés et ensuite réutilisés par l’Université. La conférence Rethink, un événement annuel organisé par le sous-comité du Sénat sur l’environnement, est un forum de discussion sur les avancées en matière d’environnement et de développement durable sur les campus de l’Université. x


Nouvelles

xle délit | 21 mars 2006 www.delitfrancais.com

Donny-Clark de justesse L’AÉUM devra tenir une assemblée générale ordinaire à chaque session. campus Jean-Philippe Dallaire Le Délit

L

es élections de l’AÉUM pour le mandat 2006-2007 prenaient fin mercredi soir dernier. Les résultats, dévoilés le soir même au Gert’s par l’organisme Élections McGill, font état d’un taux de participation historique et de quelques luttes serrées. Les cinq questions référendaires ont quant à elles été adoptées par d’importantes majorités.

Élections au conseil exécutif Le résultat de l’élection à la présidence a été des plus serrés. En effet, seuls 116 votes séparent le vainqueur, l’actuel vice-président externe Aaron Donny-Clark, du candidat défait, le vice-président clubs et services Leon Mwotia. Avec 48,1 p. cent des voix, M. Donny-Clark n’a donc pas été élu par une majorité d’étudiants, 326 votes ayant été rejetés pour l’élection à la présidence. Donny-Clark ne croit cependant pas

Gill Prendergast VP Communications et événements

que cette mince avance affectera sa légitimité. «Un vote pour Leon n’était pas un vote contre moi, indique-t-il. Des résultats aussi serrés démontrent que nous étions deux candidats compétents. Il y avait des différences claires entre nous, mais nous n’étions pas comme le jour et la nuit, à la différence peut-être de Stephen Harper et Jack Layton». Parmi ceux dont la candidature à l’exécutif de l’AÉUM faisait l’objet d’un vote, une seule candidate s’est fait élire avec la majorité absolue des voix. Il s’agit de Gill Prendergast, élue vice-présidente aux communications et aux événements avec 51 p. cent d’appui. Finn Heather Upham a quant à elle été élue vice-présidente aux affaires universitaires avec 48,1 p. cent des voix. Elle aura pour collègue Dave Sunstrum, élu aux finances et opérations avec 43,4 p. cent du vote exprimé. Le président élu se dit très heureux d’avoir à travailler avec cette nouvelle équipe. «Pour la première fois depuis longtemps, nous avions des candidats très compétents. L’équipe est très intéressante et composée environ à moitié d’hommes et de femmes, et même d’un tiers de Québécois». Même si certains candidats ont des idées différentes des siennes, il ne croit pas que cela posera particulièrement problème. «Même sur des questions qui causent habituellement beaucoup de division, comme celle du gel des frais de scolarité, une seule personne

Max Silverman VP Externe

Aaron Donny-Clark Président

n’a pas indiqué clairement être en faveur de ce dernier, soit Gill Prendergast. [...] Je crois cependant qu’elle sera plus qu’heureuse de travailler avec nous contre le dégel.» Cinq référendums gagnants L’élection était aussi l’occasion pour les étudiants de s’exprimer sur cinq questions soumises aux référendums. Plus de 60 p. cent des électeurs ont appuyé les deux propositions de frais étudiants. Le financement du service de garde de l’AÉUM ainsi que des services de référence est ainsi assuré. Le soutien à CKUT s’est aussi exprimé de manière forte, 63,4 p. cent des étudiants acceptant de continuer de contribuer aux finances de la radio étudiante. L’amendement à la constitution de l’AÉUM portant sur la représentation au conseil d’administration de l’Université a quant à lui été adopté avec près de 70 p. cent d’appui. Près de 13 p. cent des votants se sont cependant abstenus sur la question, le plus haut taux constaté lors de ces élections. Malgré les craintes exprimées par certains sur leur légitimité démocratique, les assemblées générales deviendront aussi un événement régulier à McGill à compter de l’an prochain. Les étudiants ont en effet appuyé sans équivoque (71,2 p.cent) la tenue obligatoire d’une assemblée ordinaire par session. Il s’agit du plus haut niveau d’appui exprimé dans cette élection pour une

David Sunstrum VP Finances et opérations

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question visant l’ensemble de la population étudiante. Une participation étudiante historique Près de 30 p. cent des étudiants de premier cycle ont pris part au vote, une proportion environ deux fois plus élevée que le minimum exigé pour valider l’élection. La possibilité de remporter un ordinateur portable Fujitsu n’aura donc pas poussé une majorité d’étudiants à s’exprimer sur la composition du prochain conseil exécutif de l’AÉUM. Un tel taux de participation est-il suffisant pour rendre les élections légitimes? «Je crois que par rapport aux autres associations étudiantes, nous avons très bien fait», indique Donny-Clark. «L’AÉUM se sort d’un historique où elle n’était pas ni bonne ni importante aux yeux des étudiants. Je crois cependant que nous devenons de plus en plus pertinents pour eux. Plus nous avons des courses comme celles-ci où des choix politiques sérieux doivent être effectués, plus les étudiants participeront». Les étudiants de la faculté des Arts et Sciences ont proportionnellement été les plus nombreux à prendre part au vote, avec un taux de participation de 46,1 p. cent. La palme des étudiants les moins participatifs revient quant à elle à ceux de la faculté d’Études religieuses. En effet, seuls 12,8 p. cent d’entre eux ont exprimé leur voix. x

Finn Upham VP Affaires universitaires

Floh Herra Vega VP Clubs et services


délit | 21 mars 2006 08 xle www.delitfrancais.com

xle délit | 21 mars 2006 www.delitfrancais.com

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La St-Patrick: une fête au cœur de Montréal depuis presque deux siècles texte et photos Marc-André Séguin

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’est dimanche dernier –deux jours après la fête à proprement parler– qu’a été célébrée la 182e édition de la parade de la St-Patrick. Le rendez-vous annuel est célébré sans faute à Montréal depuis 1824. Près de cinquante chars allégoriques, accompagnés de dix-neuf fanfares et environ quatre mille participants ont défilé sur la rue Ste-Catherine, fermée toute la journée pour les festivités. Des centaines de milliers de personnes ont bravé le froid –alcool en main pour certains– afin de souligner la fête nationale des Irlandais, par ailleurs la fête nationale la plus célébrée au monde. Le slogan pour la parade cette année: Céad Mile Failte, qui veut dire «cent mille bienvenues» en gaélique. Les cris de la foule ont commencé dès le matin et se sont maintenus pendant des heures au centre-ville. Jeunes et moins jeunes sont venus profiter des amuseurs publics avant l’événement ou prendre des photos en compagnie de verres de Guinness géants. Mais vers midi, le son des cornemuses accompagnées des tambours s’est mis à retentir dans la rue et l’attention est restée fixée sur le défilé, à un point tel que certains marchands de la rue Ste-Catherine se sont dits surpris par le manque d’achalandage dans les commerces. «On s’attendait à ce que les gens rentrent un peu pour se réchauffer de temps à autre et qu’ils restent pour un café, mais on dirait que ce ne sera pas le cas», a affirmé un serveur dans un café du centre-ville. La plupart des autres commerces étaient eux aussi vides, laissant ainsi les vendeurs se coller aux fenêtres pour regarder à leur tour les célébrations. Parmi les dignitaires présents, on comptait le maire de Montréal Gérald Tremblay

ainsi que son prédécesseur, Pierre Bourque. Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe était aussi présent, tout comme l’aspirante à la chefferie du Parti libéral du Canada Belinda Stronach. On a aussi rapporté la présence de Paul Martin à l’événement. Mais ce sont surtout les Shriners –tant de Montréal que de Cornwall en Ontario– qui ont attiré l’attention –et les sourires– du public. Portant leur célèbre fez marocain (chapeau rouge de forme quasicylindrique), certains d’entre eux ont paradé dans des motos et des voitures miniatures en tournant autour des plus gros chars, pour le plus grand plaisir des enfants –et de certains dont le sens de l’humour s’était développé grâce à des cafés aromatisés au whisky. «En tout et partout, nous sommes satisfaits de cette 182e édition

consécutive de la parade de la St-Patrick. Nous estimons que près de 500 000 personnes ont assisté à la parade cette année» a commenté Ken Quinn. Ce dernier est le viceprésident du comité organisateur de la parade, orchestrée chaque année par la United Irish Societies of Montreal. Il affirme toutefois que son comité n’aura pas d’évaluation formelle de l’événement avant le mois d’avril.

Pubs et boisson verte Au-delà de la parade, il y a aussi les pubs. Deux jours avant le défilé, quiconque tentait de trouver un pub irlandais au centre-ville pour savourer un verre de bière colorée pouvait constater l’achalandage monstre provoqué par cette fête nationale, qui chaque année attire autant les descendants irlandais que ceux qui font semblant d’en être, atmosphère oblige. Il est maintenant aussi une pratique commune pour ceux n’ayant aucune origine irlandaise de se faire reconnaître comme «Irlandais pour un jour», le tout généralement en portant un morceau de vêtement vert et en consommant un type d’alcool typiquement irlandais. Pour les propriétaires de pubs, la fête est une occasion qui rapporte de bonnes affaires. En effet, nombreux étaient ceux en quête de boisson verte, de whisky irlandais ou de pintes de bière noire. Les producteurs de bières reconnues comme étant typiquement irlandaises sentent aussi les bonnes affaires. D’ailleurs, le brasseur Guinness est l’un de ceux qui font actuellement des pressions auprès du gouvernement fédéral pour faire de la St-Patrick une fête nationale, ce qu’elle est désormais à Terre-Neuve-et-Labrador. x

La St-Patrick en quelques mots

À

l’origine une fête religieuse, la StPatrick est un événement de plus en plus célébré de manière laïque, à l’image de l’Halloween. D’ailleurs, on rapporte que la tradition des parades et des célébrations à grand déploiement est une conséquence de la diaspora irlandaise –ce sont les Irlandais de New York qui, en 1762, ont célébré cette fête avec une parade pour la première fois– plutôt qu’une tradition importée directement de l’Irlande, où les grandes célébrations à l’occasion de la St-Patrick auraient davantage des motifs touristiques. Ce n’est d’ailleurs que depuis les années 1970 qu’on y autorise l’ouverture des pubs le 17 mars. La fête de la St-Patrick souligne la mort de saint Patrick, un homme ayant vécu au Ve siècle à qui on attribue l’implantation de la religion catholique en Irlande. Chrétien depuis sa naissance sans être particulièrement croyant, ce dernier (on ne sait trop s’il

était Breton ou Écossais) aurait été enlevé par des barbares et emmené en Irlande pour être vendu en tant qu’esclave. Ce ne sera que plus tard que, selon la légende, sa foi se serait consolidée et il aurait entrepris de convertir les Irlandais après s’être échappé de ses maîtres. On dit également qu’il est à l’origine du symbole du trèfle, qui est l’image la plus souvent utilisée pour faire référence à la culture irlandaise. Il aurait vu dans les trois feuilles du trèfle un moyen d’expliquer la sainte trinité aux païens, faisant ainsi de cette verdure un symbole religieux en Irlande. Fait intéressant, la ville de Montréal détient le record nord-américain de longévité pour la parade de la fête nationale irlandaise, devançant même celle de la ville de New York qui, bien qu’elle soit plus ancienne, n’a pas eu lieu a chaque année depuis sa fondation. Malgré que la parade ait lieu annuellement depuis 1824, il est toutefois reconnu que la célébration de cette fête au Canada remonte à aussi loin que 1759, alors que la garnison britannique de Montréal comptait dans ses rangs de nombreux soldats irlandais. On rapporte qu’environ quarante p.cent de la population québécoise a des racines irlandaises et que leurs descendants sont présents un peu partout au Québec.x


délit | 21 mars 2006 10 xle www.delitfrancais.com

Nouvelles

Connaissez-vous les PUMQ? Portrait des Presses universitaires McGill-Queen’s. campus Giacomo Zucchi Le Délit

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orsqu’on marche le long de McTavish, derrière la bibliothèque McLennan, on trouve une série de petits édifices aux allures de maisons. C’est dans l’une d’elles que se trouve la section montréalaise des Presses universitaires McGill-Queen’s (PUMQ), maison d’édition universitaire conjointe des universités McGill et Queen’s. Organisation à but non lucratif née en 1969, les PUMQ possèdent une branche à Kingston, mais la plus grande partie du travail se fait à Montréal. Puis-je y faire publier un roman? Les ouvrages qui y sont publiés sont presque exclusivement le fruit de recherches universitaires, un marché qui rapporte très peu. Ce n’est donc pas avec les ventes que tous les frais de production sont couverts. Le directeur exécutif senior Phillip Cercone, qui est à la tête de PUMQ à Montréal depuis vingt ans, doit constamment trouver d’autres ressources financières, outre celles qui sont fournies par les universités. L’une de ces ressources est le Programme d’aide à l’édition savante (PAÉS) qui est affilié à la Fédération canadienne des sciences humaines, où Cercone travaillait avant d’arriver à Montréal. Certains ouvrages sont aussi financés par des dons personnels ou de fondations qui ont un intérêt à ce qu’un livre soit publié. Le parcours d’un manuscrit Tous les ans, plusieurs centaines de manuscrits sont envoyés aux PUMQ dans l’espoir d’être publiés un jour. De ceux-là, à peine un peu plus de quatrevingts sont publiés chaque année. En effet, la sélection des manuscrits est un travail ardu et le parcours pour la réalisation d’un livre est long. «Les manuscrits sont tous évalués par Phillip [Cercone] ou Don Akenson [son homologue à Queen’s] pour comprendre si ça vaut la peine de continuer le projet et s’il a de fortes chances de recevoir une bourse pour le financement», explique Anushka Jonian, assistante à l’édition à Montréal. Advenant que le manuscrit passe le cap de cette première évaluation, il est soumis à des spécialistes qui vérifient l’autorité du livre dans la matière étudiée et sa pertinence. «Très souvent, si le projet doit être financé par des bourses, c’est eux que l’agence va consulter. Et dans un sens, c’est eux qui décident si le projet va arriver à sa fin même si ce n’est pas toujours le cas», continue Jonian. Puis, si le projet franchit cette étape, un comité évalue à la lumière de tout le

travail qui a été fait et décide définitivement. Si le projet n’a pas réussi à recevoir une bourse du PAÉS, mais que le comité décide qu’il vaut quand même la peine d’être publié, alors il y a de fortes chances que l’ouvrage le soit malgré tout. C’est à ce moment-là qu’il est soumis au département de la production (dirigé par Susanne McAdam), qui s’occupe du design, de la mise en page et de l’impression. La presse universitaire est aussi dotée d’un département du marketing, chargé des ventes et de la publicité. Les PUMQ et les médias Les PUMQ sont souvent mentionnées dans les médias pour diverses raisons. Il y a quelques années, un livre explorant la politique des années Mulroney a dû changer de titre, passant de Liar, Liar à A Secret Trial, suite à la menace de Brian Mulroney de poursuivre la maison d’édition en justice. Mais il n’y a pas que la controverse qui ait fait connaître le nom des Presses universitaires de McGillQueen’s. En effet, les PUMQ sont considérées comme la meilleure maison d’édition universitaire au Canada avec les presses de l’Université de Toronto et il s’agit certainement de l’une des plus reconnues en Amérique du Nord en termes de qualité. Ses livres sont évalués régulièrement dans le New York Review of Books ou le Times Literary Supplement, des revues de renommée internationale. Cependant, les PUMQ sont aussi devenues partie intégrante de la réalité québécoise en publiant certains auteurs reconnus en histoire canadienne et québécoise. Elles ont entre autres publié une biographie de René Lévesque. Même si la majorité des livres est publiée en anglais, quelques ouvrages, notamment de sciences politiques et d’histoire canadienne, paraissent en français. Par exemple, l’écrivain et cinéaste montréalais Gordon Sheppard, décédé en février dernier, avait publié le roman HA! aux PUMQ en 2003. Ce succès de librairie cherche à explorer les raisons entourant le suicide de l’écrivain québécois Hubert Aquin, un ami personnel de Sheppard. Succès d’estime, succès de librairie? Dans les mois à venir, les PUMQ publieront un livre rendant hommage à l’œuvre du philosophe et homme politique italien Gianni Vattimo avec les contributions d’intellectuels tels que Charles Taylor, Jean Grondin et Umberto Eco. Mais il faut l’avouer: les presses universitaires ne publient pas Harry Potter ou les méga-succès de Dan Brown, et ces choix affectent certainement les ventes. Où est donc l’intérêt? Les presses universitaires travaillent pour la promotion et le maintien du savoir. Ainsi, elles sont prêtes à publier parfois un livre sur la façon dont les Amérindiens d’une certaine région chassaient, en sachant très bien que moins de 400 personnes l’achèteront, et qu’encore moins le liront... x

Mathieu Ménard

La STM s’attaque à la fraude Les nouvelles boîtes de perception font une apparition progressive dans les autobus. local Pierre-Olivier Brodeur Le Délit

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epuis le milieu du mois de décembre 2005, de nouvelles boîtes de perception sont apparues à bord des autobus de la Société de transport de Montréal (STM) afin de remplacer les anciennes, utilisées depuis une centaine d’années. Informatisées, ces boîtes permettent un meilleur contrôle du paiement en espèce puisque le chauffeur voit, sur un panneau de contrôle, le montant exact que l’utilisateur a payé. Cette mesure, dont l’implantation sera complétée au cours de l’année 2006, ne touche que seize p. cent des utilisateurs, les autres voyageant avec un titre de transport mensuel.

Des chauffeurs satisfaits Monsieur Langlois, chauffeur d’autobus à la STM depuis quatre ans, se dit très satisfait du nouveau système. «C’est efficace, ça fonctionne vraiment très bien. Avant, avec les vieilles boîtes, on ne pouvait pas savoir le montant exact [que les usagers déposaient dans la boîte]. Les gens abusaient souvent, ils se permettaient de ne pas payer au complet», dit-il. «Le seul problème, c’est avec les billets d’autobus. Ils [n’]entrent pas bien s’ils ne sont

pas parfaitement neufs», continue-t-il. Selon lui, les usagers sont également satisfaits de l’innovation. «Les gens honnêtes, surtout, sont très contents. Maintenant, tout le monde paye le même montant. C’est juste et équitable», conclut-il. Des usagers sceptiques Du côté des usagers, on est un peu plus sceptique. Louis-François, étudiant utilisant beaucoup le transport en commun, croit que la mesure n’aura pas beaucoup d’impact. «Ils pouvaient compter l’argent avant, même si ce n’était pas facile. Le contrôle du paiement reste entre les mains du chauffeur: ça ne change rien», croit-il. Il poursuit en rappelant que dans de nombreux pays d’Europe (Allemagne, Hollande, Belgique), le transport en commun est basé sur un principe de confiance: «Ça fait des sociétés plus civilisées.» «Mais s’ils peuvent sauver de l’argent, je suis d’accord avec ça», conclut-il. Sauver de l’argent Effectivement, selon la STM cette mesure devrait permettre de récupérer beaucoup d’argent: 3,8 millions de dollars en 2006 et 6,6 millions de dollars les années subséquentes. Cet argent, la STM en a bien besoin, elle qui souffre d’un déficit annuel de trente-deux millions de dollars. C’est cette économie qui justifie un investissement de quarante-cinq millions de dollars, conformément au Programme d’immobilisation triennal 20062008. La somme servira également à doter, en 2008, les nouvelles boîtes de perception d’un système de lecture de cartes à puces, lesquelles seront introduites la même année.x


Nouvelles

xle délit | 21 mars 2006 www.delitfrancais.com

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Montréal-Kaboul: l’ambassadeur afghan au Canada parle à McGill C’est à qui aura apporté «paix et stabilité» au pays.

international Julie Francœur Le Délit

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endredi dernier, l’honorable Omer Samad, ambassadeur afghan au Canada, donnait une conférence devant un Faculty Club bondé. L’entretien, qui avait pour thème initial «L’implication du Canada en Afghanistan», a vite pris des allures d’opération de charme visant à soutenir et renforcer le message général soutenu depuis cinq ans par le gouvernement canadien. Dans un discours on ne peut plus structuré, M. Samad venait exposer le bien-fondé de l’implication canadienne dans la reconstruction de l’Afghanistan qui «se voit donner la chance d’être un exemple de paix et de stabilité dans la région la plus dangereuse du monde». Vingt-deux ans hors du pays Monsieur Samad a toujours été un visage de l’Afghanistan en Amérique du Nord, que ce soit comme président de l’Association étudiante afghane à Washington ou comme

analyste expert sur les affaires afghanes pour CNN. Après avoir rassuré l’assemblée que malgré son texte préparé en français, il allait discourir en anglais (qu’il a appris en vivant aux États-Unis de son exil en 1979 à son retour en terre afghane en 2001), il a entrepris de dresser un portrait historique de son pays, de l’indépendance à l’invasion soviétique en passant par les expériences électorales des années soixante. Il a particulièrement insisté sur la montée des groupes radicaux dans les pays voisins, le fractionnement politique et social du pays jusqu’à la prise du pouvoir par les talibans en 1996, lesquels faisaient campagne sous le slogan «Paix et Stabilité». «Un groupe dont on n’avait jamais entendu parler», souligne M. Samad. Quand la communauté internationale vous abandonne... Il a rappelé que l’Afghanistan a été l’un des derniers champs de bataille de la Guerre froide, ce qui avait amené une impressionnante implication de la communauté internationale soutenant indirectement les talibans. Il a déploré la rapidité avec laquelle les étrangers s’étaient retirés du territoire après la défaite soviétique alors que le pays était en ruine politiquement, socialement et économiquement. «Lorsqu’un pays est effondré, vous devez aller l’aider. […] Personne n’était là pour nous aider. C’est une leçon impor-

tante pour la communauté internationale car tout ça... le chaos laissé derrière... eh bien... ça a mené au 11 septembre.» La reconstruction de l’Afghanistan Aujourd’hui, croit-il, malgré les groupes de résistance qui persistent à détruire les écoles et les cliniques à mesure qu’elles sont construites à grands coups d’aide humanitaire maladroitement investie, les talibans en exil qui ont encore des visions de grandeur et les rebelles attaquant les soldats canadiens, c’est «au moins quatre vingts p. cent de la population afghane qui est dévouée cœur et âme à l’unification et à la reconstruction du pays.» Cependant, la reconstruction demeure difficile. Les exemples de M. Samad sont nombreux: Kaboul est conçue pour quatre millions d’habitants, pas vingt-cinq. Les burqas sont lentes à tomber. Il manque d’électricité et il faudra être ingénieux aussi pour convaincre des milliers de fermiers d’abandonner la culture du pavot alors que les prix de l’héroïne sont toujours en hausse. Confiant que le gros du travail sera accompli d’ici quatre ans, l’ambassadeur a terminé son envolée patriotique en avertissant l’auditoire canadien qu’un retrait trop rapide de l’Afghanistan enverrait le mauvais message. Pour lui, «c’est une question d’engagement»: un retrait maintenant laisserait

Il était une fois dans Le Délit...

Omer Samad explique avec passion l’histoire politique de son pays. Julie Francœur

penser que seule l’élimination des talibans était importante et non le rétablissement authentique, autant social que politique, de la «paix et de la stabilité». x

Le mardi 12 février 1991


Arts&Culture

délit | 21 mars 2006 12 xle www.delitfrancais.com

Cinéma, communisme et affiches

La Cinémathèque québécoise expose plus de cent affiches de films en provenance de la République tchèque. arts visuels LE CINÉMA REVISITÉ – LES FILMS DU XXE SIÈCLE VUS PAR LES AFFICHISTES TCHÈQUES Cinémathèque québécoise, 335 boul. de Maisonneuve Est Jusqu’au 10 septembre

Samuel St-Pierre Thériault Le Délit

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a Cinémathèque québécoise présente jusqu’au 10 septembre Le Cinéma revisité – Les Films du XXe siècle vus par les affichistes tchèques. Cette exposition regroupe plus de cent affiches de films tchèques et étrangers. L’exposition permet aux spectateurs de traverser l’histoire tout en découvrant le monde culturel tchèque. «Au débuts des années vingt, les distributeurs envoyaient leur matériel promotionnel avec les films, mais peu à peu, les propriétaires de cinémas tchèques ont demandé aux artistes tchèques de faire des affiches pour les films présentés en Tchécoslovaquie afin que ceux-ci soient compris.» C’est ainsi que la commissaire de l’exposition, Marta Sylverstrová, que Le Délit a interviewée, décrit la naissance de l’industrie de l’affiche

tchèque. «Les artistes s’inspiraient parfois des affiches originales, d’autres fois, les artistes, qui étaient des lithographes anonymes ou bien des illustrateurs professionnels, utilisaient leur propre fantaisie et créaient des images originales.» «Alors que les affiches des années vingt peuvent être considérées naïves et drôles, celles des années trente ont été influencées par Hollywood.» «Plus tard, à partir de 1939 quand les Nazis ont envahi le pays, les affiches devaient avoir le titre des films en allemand. Sur certaines affiches, il était écrit: interdit aux juifs d’entrer.» Aucune affiche de cette période ne peuple les murs de l’exposition. L’exposition, qui est présentée en collaboration avec le consulat tchèque de Montréal, voyage d’une ville à l’autre, changeant de contenu à chaque déplacement. «Au Los Angeles Film Academy, la sélection des affiches contenait plus de films américains.» «Cette exposition est intéressante puisqu’elle met l’emphase sur la qualité de l’art tchèque en combinant les graphiques et les designs tchèques dans des affiches qui sont souvent créées pour des films tchèques de très haute qualité. Elle nous rappelle aussi des événements historiques. Avec la venue du communisme est arrivé le réalisme social, mouvement artistique qui avait comme but l’éducation publique. Plus tard, Kroutchev a

amené une période de libéralisation qui s’est soldée par le Printemps de Prague et la période de normalisation.» Ces changements politiques sont très évidents dans les affiches qui sont présentées à la cinémathèque. La période de libéralisation est sans aucun doute la période la plus intéressante avec son art psychédélique. Cette période correspond d’ailleurs avec la nouvelle vague tchèque au cinéma. «L’état communiste avait d’autres idées sur le marketing, ce mot était interdit et il fallait parler de promotion. La promotion avait comme but l’éducation des masses aux valeurs esthétiques. Les affiches étrangères ont été bannies du marché tchèque et le bureau central de la distribution du film a été créé. Le bureau a commencé à travailler avec des artistes tchèques et une grande diversité d’affiches a été créée.» Avec la chute de l’URSS en 1989, la République Tchèque s’est lentement ouverte à l’économie de marché. «Ça a vraiment changé nos rues, les espaces publicitaires étaient considérés des espaces publics. Le gouvernement investissait beaucoup d’argent dans les arts, les affiches créaient des galeries d’art publiques. Maintenant, les espaces publicitaires sont

festival Clémence Repoux Le Délit

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Olga Valet’alová Polácková

Pour plus d’information: www.cinematheque.qc.ca ou (514) 842-9768. Entrée: 7$.

The Turn of the Screw, reprise de l’original L’Opéra de Montréal collabore avec la SAT dans l’élaboration des technOpéras.

Affiche du film de Robert Bresson, Une Femme douce.

très chers et les institutions culturelles n’ont pas assez d’argent pour faire de la publicité.» Les affiches de films tchèques sont un des médiums à travers lesquels les artistes tchèques ont pu s’exprimer lors du dernier siècle. Ce médium est particulier du fait qu’il est public et qu’il a pendant près d’un demi siècle été régi par le gouvernement communiste. Cette exposition nous permet de traverser l’histoire: l’art dans cette situation devient un conteur alors que le public redevient écolier. Les affiches tchèques nous montrent les contraintes du totalitarisme mais aussi les défauts du capitalisme. Dans un monde où tout devient commodité, comme devant n’importe quelle contrainte, notre liberté de création est l’une des premières victimes. La Cinémathèque présente aussi du 23 au 26 mars Au temps de la censure, une série de films qui ont un jour été censurés au Québec. Cette série de dix films est accompagnée d’une petite exposition explicative qui sera présentée jusqu’au 2 avril. x

ans l’espoir de raviver l’intérêt du public de dix-huit à trente ans pour l’opéra, l’Opéra de Montréal et la Société des arts technologiques (SAT) travaillent ensemble à l’élaboration des technOpéras. Ces spectacles sont le résultat d’une collaboration entre des artistes lyriques de l’Opéra de Montréal et des DJs de la SAT. Leur dernière création, le technOpéra The Turn of the Screw, était présentée jeudi dernier à la SAT. The Turn of the Screw est basé sur un roman de Henry James. Ce roman, typique du style de Henry James, est une histoire de fantômes, située dans un manoir victorien. C’est l’histoire de deux enfants, Flora et Miles, et de leur gouvernante, qui se fait convaincre par leur tuteur légal de s’occuper des enfants dans le manoir isolé de Bly. Évidemment, ce manoir isolé est plein de fantômes et d’esprits qui ne trouvent pas la paix. En fait, les esprits de deux personnages hantent le manoir, celui d’un ancien valet qui apparemment avait abusé de Miles, et celui d’une ancienne gouvernante qui aurait abusé de Flora. Ce récit

se concentre surtout sur l’aspect mystique, la relation entre le réel et l’imaginaire, le rationnel et l’irrationnel. Benjamin Britten reprend le roman de Henry James, écrit en 1954, et le transpose en un opéra qui connaît un grand succès. On peut dire qu’il a modifié le sens de l’histoire, parce que James était plus fasciné par le mysticisme et l’aspect gothique, alors que Britten reprend la même histoire à son compte, mais pour dénoncer les problèmes d’abus d’enfants. C’est cet opéra que l’équipe des technOpéras, sous la direction artistique de Mika, a présenté jeudi dernier à la SAT. Le spectacle comptait des chanteurs lyriques (Charlotte Corwin, Marianne Fiset, Beverly McArthur et Thomas McLeay), des acrobates (Marie-Ève Ouimet et Mathieu Bédard), le marionnettiste Martin Parisien, le coordinateur musical David Lapierre, VJ Liberty (Martine Koutnouyan) et VJ jocool (Joseph Lefèvre), le tout sur fond de projections vidéos. C’était décidemment une expérience visuellement et intellectuellement stimulante et ça ne ressemblait à rien de ce que j’avais vu auparavant. Étant donné le succès de ces évènements, l’Opéra de Montréal renouvelle l’expérience avec cette fois un technOpéra basé sur l’Aida de Giuseppe Verdi, qui sera présenté le jeudi 4 mai à 19h à la SAT. x Les billets coûtent 5$ et sont en vente à la porte ou à la billetterie de l’Opéra de Montréal. Pour plus d’information: www.operademontral.com ou www.sat.qc.ca.


Arts&Culture

Faire un FIFA florissant Le vingt-quatrième FIFA se conclut, non sans un certain absentéisme étudiant. Pour l’année prochaine, à qui donner la parole? À qui consacrer les projecteurs et les salles obscures? Mathieu Ménard Le Délit

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À la recherche du public étudiant Il aura suffi d’un rapide coup d’œil dans l’auditoire pour confirmer la présence étudiante comme un fait rarissime. À moins d’une obligation académique ou d’un film consacré à une sensation de l’art contemporain, les étudiants ont laissé la place aux cinéphiles plus âgés et aux grands-mères enthousiastes. Les organisateurs avaient souhaité installer des kiosques dans les différents collèges et universités pour rejoindre directement le public étudiant. Ici, la gourmandise financière de McGill a rebuté le FIFA: les frais journaliers de 250$ étaient au-delà de ses moyens. D’autres déboires administratifs ont fait en sorte que les kiosques étaient installés seulement à Concordia et au Cégep du Vieux-Montréal. Le prix des billets (8,50$ l’unité) y est peut-être

Pour Velickovic les mains crispées évoquent la souffrance. gracieuseté FIFA

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L’aventure du vin Flora Lê

La vallée du Rhône: du nord au sud PLUTÔT MÉCONNUS, LES vins de la vallée du Rhône gagnent à être découverts. C’est une région qui fait d’excellents vins rouges, pourtant très différents du nord au sud. Ces vins présentent des similitudes qu’ils doivent au fleuve, mais il n’y a pas véritablement d’unité d’ensemble comme dans le Bordelais et en Bourgogne. Il faut penser séparément le nord et le sud, puisque l’encépagement et le climat y sont très distincts.

cinéma

e Festival international du film sur l’art se terminait dimanche dernier, avec son lot de découvertes fascinantes et de documentaires douteux. Ci-dessous, trois points dignes de considération pour la prochaine édition.

xle délit | 21 mars 2006 www.delitfrancais.com

Ed Ruscha, pince-sans-rire par excellence. gracieuseté FIFA

aussi pour quelque chose. Chaque représentation promettait au spectateur deux heures de contenu (à raison de deux à trois films), mais certains jumelages disparates rendaient l’achat moins attrayant. Est-ce que la création d’un tarif réduit contribuerait à augmenter l’audimat en y ajoutant la présence étudiante? Des réalisateurs timides Lors de la présentation des documentaires, il n’était pas rare que le réalisateur soit présent dans l’auditoire. Ce qui aurait pu être une occasion privilégiée de dialogue entre aficionados et créateurs est plutôt devenu une salutation gênée ou un discours superficiel. Avec ses horaires réglés au quart de tour, le festival ne pouvait se permettre le luxe de telles rencontres. Ceux désirant découvrir les créateurs devaient se contenter de la dizaine de discussions prévues pour les différents événements spéciaux (400 ans de Don Quichotte, 50 ans de Vie des Arts, etc.). Néanmoins, la présence des réalisateurs est un boni sur lequel l’événement pourrait insister dans sa promotion. L’importance des sujets contemporains Au final, le visionnement de différents documentaires confirme autant l’importance que l’attrait de choix contemporains. Trop souvent, les biographies posthumes et les films bâtis autour d’événements reculés succombent à la tentation de la démesure. Une oeuvre qui parle d’elle-même se retrouve affublée d’une narration démentielle. La reconstitution d’événements étouffe sous le jeu exagéré des acteurs. Le montage devient flou, étourdissant, frénétique, dans l’espoir d’exciter le spectateur. Lorsque le film se consacre à un sujet actuel, il a souvent l’avantage de pouvoir laisser la parole à l’artiste lui-même. Le résultat est peut-être moins énergique, mais le ton est beaucoup plus juste. Par exemple, le film Ed Ruscha – 4 Decades est entièrement bâti autour d’une conversation entre l’artiste et la conservatrice responsable de l’exposition de ses travaux. Le contexte paraît banal, mais en laissant parler Ruscha, le film capture son côté pince-sans-rire absolument hilarant. Similairement, le film Mauvais Garçons: Jake et Dinos Chapman découvre le côté tranquille et sympathique de ces artistes cultivant le scandale à travers l’horreur. L’événement passera la barre du quart de siècle l’année prochaine. Espérons que cette réussite sera accompagnée d’une programmation tout aussi variée, avec un accent sur l’actualité artistique. x Pour plus d’informations : www.artfifa.com.

La vallée du Rhône septentrionale Le Nord de la vallée du Rhône est dominé par les vins noirs issus du syrah (la rumeur dit de ce cépage qu’il serait celui du vin des noces de Cana). On les qualifie ainsi du fait que ce cépage est très sombre, capiteux et tannique et donne des vins pouvant rappeler les crus de Bordeaux. Il faut pour cela retenir ses meilleures appellations: Hermitage et CôteRotie. Certains n’hésitent pas à en faire les meilleurs vins de France, et ils le sont certainement pour ceux qui se sont lassés des bordeaux. Pour les budgets plus raisonnables qui ne peuvent s’offrir un grand Hermitage, optez pour un Crozes-Hermitage, vin provenant du village d’à côté, qui en imite bien les caractéristiques mais pas le prix! Les st-joseph et cornas sont à essayer sans hésitation, aussi corsés et parfumés, mais plus abordables. Plein sud En descendant le Rhône, on arrive dans sa région méridionale, où le syrah est relégué au second plan pour se faire préférer le grenache et sa chaleur moelleuse. Ce cépage donne des vins riches, chaleureux à teneur alcoolique élevée, parfois trop élevée, ce qui explique qu’il soit le plus souvent assemblé à d’autres cépages plus tempérés. C’est pourquoi le sud des Côtes du Rhône est le paradis des assemblages, avec un choix allant jusqu’à vingt-trois cépages! Rien à voir avec l’exclusivité du syrah dans le nord. Les vins sont ici chauds, robustes et épicés, mais moins chers et plus sûrs. Surveillez l’appellation gigondas qui produit des vins rouges excellents mais sous-estimés (le prix est encore abordable). Tous les côtes-du-rhône-villages (nom de village) ne vous décevront pas avec leur caractère et leur profondeur. Enfin, n’oubliez pas les régions de Tavel et de Lirac avec leurs vins rosés, idéals en saison estivale, parfaits pour les pique-niques et les barbecues d’après-midi. C’est ici notamment que l’on retrouve le fameux chateauneufdu-pape, ce vin très prisé et dont le nom suffit à faire parler. Sachez donc que c’est le vin vedette de la région du sud des Côtes du Rhône, avec une prédominance de grenache, mourvèdre et syrah (pour s’en souvenir, retenez les lettres GMS), mais pouvant utiliser jusqu’à treize cépages différents. Ce qui est le plus intéressant est peut-être son histoire. Son nom n’est pas fortuit, il remonte au XIVe siècle, à l’époque de la double papauté durant le schisme d’Occident. Avignon était devenue la cité des papes et pour subvenir à leurs besoins, on commence à y planter la vigne. Le chateauneuf-du-pape a conservé ses lettres de noblesses en donnant aujourd’hui un vin riche, rond et assez fort en alcool. Car il paraît que l’ivresse et la prière font bon ménage… Enfin, quelques mots sur les vins de dessert, puisque la région en produit de très bons. Son muscat de beaume-de-venise est un vin doux blanc très élégant qui peut se prendre en apéritif pour vous ouvrir l’appétit, ou avec un copieux dessert en gourmandise. Dans le rouge, essayez le rasteau, fait avec du grenache. Ça vous changera du porto. La semaine prochaine: la vallée de la Loire et ses vins blancs. Questions et commentaires? flora.le@mail.mcgill.ca.


délit | 21 mars 2006 14 xle www.delitfrancais.com

Arts&Culture

Une certaine Amérique Lars Von Trier voit encore les États-Unis dans sa soupe avec son dernier film Manderlay. cinéma David Pufahl Le Délit

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’il existe un cinéaste dont l’œuvre est tellement intimidante que seulement quelques initiés la connaissent bien, il s’agit probablement de Lars Von Trier. D’origine danoise, il est un des fondateurs du mouvement Dogma 95, qui prône un cinéma plus naturel à l’abri des règles d’Hollywood. À la fin des années 90, il a créé une trilogie suivant les principes de ce mouvement (Breaking the Waves, Les Idiots et Dancer in the Dark). Aujourd’hui, il est au milieu d’une nouvelle trilogie suivant de nouvelles règles portant sur les États-Unis d’Amérique. Il y a quelques années, il s’était attiré la foudre des Américains avec Dogville, une fable dévastatrice et pessimiste sur la nature humaine. Il poursuit maintenant son chemin avec Manderlay et s’acharne sur le passé esclavagiste des États-Unis. Après les événements malheureux de Dogville, Grace (Bryce Dallas Howard) et son père (Willem Dafoe), un gangster notoire, arrivent à la plantation de coton de Manderlay, une ville dans le sud profond des États-Unis. Ils découvrent que l’esclavage des Noirs y est toujours pratiqué, bien que cela ait été aboli il y a des années. Après la mort de la matriarche de cette plantation, Grace décide de prendre les choses en main. Elle convainc son père de la laisser là avec plusieurs de ses

Grace (Bryce Dallas Howard) tente d’instituer la démocratie chez les esclaves. gracieuseté TVA Films

hommes afin de faire régner la démocratie et ainsi améliorer les conditions de vie de tous les travailleurs de cette plantation. Bien entendu, cette tâche sera plus difficile qu’elle le croit… Si vous n’avez pas vu Dogville, vous serez déstabilisé par les règles strictes que s’est imposées Von Trier lors de cette nouvelle tri-

logie. Il n’y a qu’un seul grand studio avec très peu de structures architecturales. Elles sont tracées à la craie sur le plancher comme un jeu de marelle. Pour illustrer le jour et la nuit, l’arrière-plan devient blanc ou noir. Au début du film, on a l’impression d’assister à une pièce de théâtre minimaliste. Mais une fois que notre subconscient a absorbé ces

règles, on les oublie et on se concentre sur l’histoire. Les tentatives de Grace d’instituer un meilleur système dans la plantation frappent un mur puisque les anciens esclaves se sentent bien dans ce système archaïque. Von Trier tente de prouver par illustration que la démocratie américaine ne marche pas à cause de la personnalité de certains de ses citoyens. Malheureusement, l’accusation est tellement vulgaire qu’on a beaucoup de misère à y croire. Son propos mérite d’être entendu, mais il faut garder un esprit ouvert et ne pas gober tout rond ce qu’il veut nous faire croire. Vu que Nicole Kidman a refusé de reprendre le rôle de Grace qu’elle interprétait dans Dogville, Von Trier a dû s’accommoder de la fille de Ron Howard, qu’on avait déjà remarqué dans The Village, de M. Night Shyamalan. Elle offre un point de vue différent du personnage. Grace paraît plus idéaliste et naïve que lors de ses précédentes aventures. Il est possible que Howard y ait mis une touche personnelle. Malheureusement, elle n’est pas du tout au même niveau que Kidman. Les autres acteurs sont honnêtes, mais ne tiennent pas la comparaison avec ceux de Dogville. La seule exception est le narrateur omniscient joué par John Hurt qui est toujours aussi joyeusement caustique et terre-à-terre. Avec ses scénarios radicaux, Von Trier a cherché et cherchera toujours des puces chez les humains en général, et les ÉtatsUnis en particulier. Son dernier opus n’est pas à la hauteur de ses précédents films, mais est quand même pertinent. Il ne reste qu’à souhaiter qu’il reviendra plus en forme dans le dernier volet de sa trilogie intitulée Washington. x

Des gens comme vous et moi Maintenant disponible en DVD, Daytona dépeint une jeunesse en mal de vivre. cinéma David Pufahl Le Délit

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l y a une première fois à tout: ceci est ma première critique d’un film en DVD. Plusieurs excellents films ont trouvé leur succès chez le public grâce à un autre médium que les traditionnelles bobines de pellicule: The Shawshank Redemption s’est fait connaître en VHS après une sortie en salles inaperçue, The Matrix est le film qui a rendu le format DVD plus populaire que son prédécesseur et les courts métrages d’Elvis Gratton ne se sont faits connaître que lorsqu’ils ont été assemblés sur une cassette vidéo.

Après avoir visionné Daytona, un film québécois dirigé par un collectif d’artistes nommé Amérika Orkestra, j’espère de tout cœur qu’il subira le même sort. Ce documentaire est poignant et mérite d’être vu par le plus de gens possible. Les cinéastes d’Amérika Orkestra suivent à la trace plusieurs jeunes Québécois qui vont à Daytona Beach, en Floride, pour y passer leur semaine de relâche ou, comme disent les angliches, leur «spring break». On leur promet une terre de débauche et de dépravation, mais ils tomberont rapidement des nues. Quelques prénoms et noms de famille sont mentionnés, mais ils n’ont aucune importance. J’ai préféré me rappeler d’eux par leurs actions, comme la fille facile qui «frenche» une vingtaine de personnes de suite ou le pauvre connard musclé qui voudrait vivre aux États-Unis et qui se fait poliment rabrouer par les filles avec lesquelles il flirte. Tout ce beau monde finira irrémédiablement par avoir un coup de cafard. La plupart de ces jeunes gens sont dé-

sespérés et recherchent à Daytona Beach ce qu’ils ne peuvent avoir au Québec, que ce soit l’amour, le sexe ou simplement s’éclater. Étant donné la présence de la caméra, ils se confient plus facilement et on sent qu’il s’agit de véritables émotions. En fait, les scènes sont divisées en deux catégories: les scènes croquées sur le vif et les confessions des participants. C’est comme la téléréalité Loft Story, mais en un peu plus sérieux et pertinent. On pourrait penser que les aventures de jeunes étudiants tout à fait normaux soient un peu ennuyeuses. Heureusement, le rythme donné à l’histoire n’a aucun temps mort. Aussitôt que j’ai senti que le film restait trop longtemps sur un seul des personnages, on passait à un autre sans hésiter. Du coup, notre attention est constante du début à la fin. Bien entendu, plusieurs personnages captent notre imagination plus que d’autres, mais ils ont tous à peu près la même quantité de temps dans le film, alors le spectateur peut choisir ses préférés à sa guise.

Vu que ce documentaire traite d’un sujet réaliste, on est en droit de se demander si Amérika Orkestra y a mis une touche artistique. Par bonheur, la musique du Chic Chien Orkestra qui accompagne certaines séquences permet d’admirer le film pour autre chose que son propos. D’ailleurs, les créateurs de ce film se comparent à un groupe de musique où chaque membre joue un rôle essentiel. Peut-être que cette façon de faire va inspirer plusieurs autres artistes à faire de même. Quand on regarde le résultat, on espère que ces collectifs vont naître et prospérer. Daytona était aux Rendez-vous du cinéma québécois en 2004 et a été à l’affiche au cinéma Ex-Centris pendant une semaine. Malheureusement, je ne l’ai pas détecté à ce moment-là, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Vous devriez être capable de le trouver facilement dans votre club vidéo ou votre magasin DVD à un prix modique. Ce film montre une génération désespérée qui mérite d’être entendue. x


Arts&Culture

Au bain, Molière!

Le Théâtre de l’Utopie propose une adaptation résussie du Misanthrope de Molière. théâtre MOLIÈRE EN HIVER Théâtre de l’Utopie Jusqu’au 6 avril

Laurence Martin Le Délit

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olière dans une piscine. Même si elle a été vidée de son eau pour des raisons évidentes, reste qu’il fallait de l’audace! Et le Théâtre de l’Utopie en a eue puisqu’il présente, au Bain Saint-Michel jusqu’au 6 avril, Le Misanthrope ou Molière en hiver, une adaptation libre de Christina Lovita d’après l’œuvre du grand génie français du XVIIe siècle. Le misanthrope, cet homme seul et mélancolique, se plaint à son ami Philinte de l’hypocrisie de la cour, où courbettes et compliments semblent être les seules règles d’usage. Il dénonce ainsi le comportement de Clitandre et Oronte, qu’il juge des plus superficiels. Mais Alceste (le misanthrope) finit par tomber dans son propre piège en s’éprenant de Célimène, jolie femme aux mille prétendants et avide de flatteries qui ne peut lui offrir l’engagement trop rigide auquel il aspire. L’histoire se termine donc mal pour ces deux jeunes gens que tout oppose. Les acteurs, pour la plupart à peine sortis de l’École nationale de théâtre ou du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, donnent d’ailleurs à leurs personnages une interprétation aussi sincère que débordante. Dominic Darceuil nous offre un misanthrope (Alceste) bien solitaire et révolté, tandis que Brigitte Pogonat est parfaite dans le rôle de Célimène, qu’elle nous livre avec beaucoup d’honnêteté. Vincent Côté propose, quant à lui, un Philinte assez philosophique et sarcastique. Signalons également les très sympathi-

ques performances d’Erich Tremblay (Oronte) et de Thomas Perreault (Clitandre) qui ajoutent une réelle touche comique à la pièce. L’autre force de Molière en hiver réside évidemment dans son adaptation. La recherche de revitalisation de la comédie classique, très chère à l’équipe de l’Utopie, est en effet habilement exploitée par la metteure en scène. Les personnages sans cesse défilant sur des patins à roues alignées tout autour du public montrent la constante nécessité de bien paraître à la cour et la très dangereuse possibilité d’y tomber, mais aussi d’y faire bonne figure. Le bain, dans lequel les acteurs jouent une bonne partie de la pièce, nous permet également de ressentir l’emprisonnement du milieu. Enfin, l’interactivité créée par l’aisance des personnages avec le public est des plus intéressantes. La fin déçoit cependant. Christina Lovita a en effet choisi, au moment de la chute finale du misanthrope, d’avoir sur scène les comédiens sans costume et sans l’usage des vers afin de remettre en question le comportement du personnage principal. D’une part, le québécois parlé choque avec les beaux alexandrins, mais surtout, cela devient vite redondant. On avait compris que c’était une adaptation. On avait bien vu que l’on n’était point dans une grânde sâlle de théâtre – la piscine se remarque bien vite, faites-moi confiance. Pas besoin donc de jeans et de prose moderne qui nous laisse trop croire à un message subliminal du metteur en scène: «Regardez comme on adapte bien Molière au XXIe siècle!» La pièce reste à voir, au moins pour la première heure quarante-cinq, puisque le Théâtre de l’Utopie réalise, somme toute, une adaptation très réussie. x

Les prestations remarquables de Dominic Darceuil et Thomas Perreault contribuent au succès de Molière en hiver. gracieuseté Théâtre de l’Utopie

xle délit | 21 mars 2006 www.delitfrancais.com

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kulturkalender

calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculcompilé avec amour turel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenpar Lucille Hagège drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenCinéma Exposing the Trail of Exploitation, There and Here le drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendriercul22 Mars à 16h dans le pavillon Wilson Le Student Cinéma Network présente le calendrierculturel film mercredicalendrierculturel turel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenanglais The Cook, the Thief... (1987), réalisé par (3506 rue Université), salle Wendy calendrierculturel Patrick. Pour drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel Peter Greenway, ce soir à 19h30 au pavilloncalendrierculturel des plus d’information: (514) 962-6705. calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenÉtudes Culturelles (3475calendrierculturel Peel). 5$, 2$ pour les drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel membres. Pour plus d’information, visitezcalendrierculturel le Cabane à sucrecalendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenwww.ssmu.ca/scn. Le Réseau des Francos vous invitecalendrierculturel à la cabane drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel à sucre calendrierculturel Famille Éthier calendrierculturel le dimanche 2 calendrierculavril à Stturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenSoirées bénéficecalendrierculturel calendrierculturel Benoît, Mirabel. Lecalendrierculturel départ se fera calendrierculturel à 14h30 dedrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculRoddick Gates avec un retour prévu La Student Association for calendrierculturel Medical Aid, calendrierculturel une puis lescalendrierculturel turel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenorganisation humanitaire fondée à McGill, orvers calendrierculturel 18h30. 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Réservations turel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierPins).calendrierculturel Les profits iront vers des projets au Chili, calendrierculturel aujourd’hui! calendrierculturel calendrierculturel calenculturel calendrierculturel calendrierculturel drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel en Arménie, au Panamacalendrierculturel et en Ouganda. Pour calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculMusique plus d’information: www.sama-mcgill.org. 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L’entrée est gratuite. Pour plus drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendriercul(514) 398-5145. Hearts of Palm, Kweku N’ thecalendrierculturel Movement et calendrierculturel Sire d’information: turel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierle jeudi 23 mars au calendrierculturel Club 1234. Lescalendrierculturel billets sont calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenculturel calendrierculturel drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel 10$ en avance,15 $ à la porte et sont disponibles Théâtre calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculLe département d’Anglaiscalendrierculturel présente A Lie of the au calendrierculturel Snax (édifice Leacock) ou à makepovertyhist turel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenorymcgill@gmail.com. Mind, une pièce de Sam Shepard, tous les soirs, drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel à 20h, du 28 mars au 1er avril au théâtre Moyse calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierLectures publiques Hall du pavillon des Arts.calendrierculturel Les billets sont à 10$ culturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenShree Mulay, la directricecalendrierculturel du McGill Center for pourcalendrierculturel les étudiants.calendrierculturel Pour plus d’information: drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculResearch and calendrierculturel Teaching on Women présente calendrierculturel une (514) 398-6559. turel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierRefugees: calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calenconférence intitulée calendrierculturel South Asian Women culturel calendrierculturel calendrierculturel drierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel calendrierculturel

Les rêveries du lecteur solitaire Pierre-Olivier Brodeur

Cioran ou le désir de n’être CERTAINS AUTEURS NE peuvent tout simplement pas laisser indifférent. Ils choquent, fascinent et emportent le lecteur dans leur univers personnel, lui ouvrant des perspectives terrifiantes sur des mondes jusqu’alors jamais imaginés. C’est le cas de Baudelaire, de Lovecraft, de Proust (vous aurez compris, au fil de mes chroniques, qu’ils forment ma sainte trinité personnelle, respectivement père, fils et saint esprit de la divinité horrifiante de la vie) et, bien plus encore, d’Emil Michel Cioran. Essayiste roumain installé en France dans les années trente, ce philosophe formé aux écoles de Nietzsche, de Diogène et de Thérèse d’Avila, contemporain des grandes guerres du XXe siècle, nous impose de toute la force de son verbe la vision la plus noire de l’humanité, noire de néant. Sous sa plume, les idéologies volent en éclat et en premier lieu les religions. Dieu, «ce non-sens consolateur» (Précis de décomposition, 1949) est dépeint comme une des pires erreurs de l’humanité, produit de l’instinct idolâtre des hommes et de leur stupide prétention à l’infini. «Le vrai croyant se distingue à peine du fou; mais sa folie est légale, admise; il finirait dans un asile si ses aberrations étaient pures de toute foi». Partisan d’un détachement comme le pratiquent les Orientaux, Cioran pourfend toutes les entreprises de l’humanité qui n’ont su saisir l’horreur de la condition d’exister, toutes les civilisations perdues dans leur positivisme: «La stupidité qui caractérise les cimes de l’histoire n’a d’équivalent que l’ineptie de ceux qui

en sont les agents». À ses yeux, seules les époques d’amère décadence ont quelque beauté, puisqu’elles embrassent le sort ridicule de l’être humain. Comme il aurait aimé contempler l’effondrement du 11 septembre! Car si le jugement qu’il porte sur les idéologies est sans pitié («L’histoire n’est qu’un défilé de faux Absolus, une succession de temples élevés à des prétextes, un avilissement de l’esprit devant l’Improbable»), le regard qu’il porte sur l’homme est d’autant plus perçant et douloureux qu’il nous touche dans notre intime condition d’êtres. «Si on avait pu naître avant l’homme!» (De l’inconvénient d’être né, 1973), cette maxime fait éclater au grand jour tout le mépris porté aux humains, tout son dégoût de l’existence. Comment peut-on rester indifférent face à ces aphorismes assenés avec une telle violence? Comment ne pas ressentir de douleur face à cette attaque si directe à notre orgueil? Entre de tristes constatations, «Je sens que je suis libre mais sais que je ne le suis pas», et d’impossibles désirs, «J’aimerais être libre, éperdument libre. Libre comme un mort-né», où se situer? Comment accepter de vivre? Pourtant, Cioran a pu le faire, s’éteignant après une attente de quatre vingt-quatre ans, confirmant ainsi sa définition de la vie, «un état de non-suicide» (Précis de décomposition). Déprimé? Composez une œuvre d’art là-dessus et envoyez-la à creation@delitfrancais.com.


dĂŠlit | 21 mars 2006 16 xle www.delitfrancais.com

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