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42ème année volume 1 - mars 2014 - AdarII/ Nisan 5774


Peu importe ce que nous conduisons, nous sommes tous ĂŠgaux. No matter what we drive, we are all equal.


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Financière Banque Nationale est une filiale en propriété exclusive indirecte de la Banque Nationale du Canada qui est une société ouverte inscrite à la cote de la Bourse de Toronto (NA : TSX). Financière Banque Nationale est membre du Fonds canadien de protection des épargnants (FCPE).


Mot du président Chers lecteurs et lectrices de LVS, À l’occasion de la sortie de ce numéro de notre magazine, je voudrais vous informer des nouvelles orientations entreprises au sein de la CSUQ dans le cadre du mandat que j’ai assumé en juin dernier. Tout d’abord, une innovation dans notre approche visant à garantir la pérennité de notre institution et par conséquent des services qu’elle offre à notre population. Le 29 octobre dernier, nous avons procédé au lancement de la Fondation de la CSUQ « D’une génération à l’autre » en partenariat avec deux prestigieuses institutions, la Fondation communautaire juive et la Banque Nationale. Cette initiative vise à créer un fonds de dotation dont les intérêts vont servir à financer des programmes destinés à la jeunesse. Elle se propose de créer également, au sein de nos grands donateurs, une culture de collecte de fonds orientée vers le long terme à l’instar de celle qui existe au sein de nos frères ashkénazes qui par le biais de la Fondation communautaire juive ont la possibilité de financer toute une gamme de services et de programmes communautaires d’envergure et d’initiatives personnelles qui a fait ses preuves. J’aimerais insister sur l’aspect « partenariat » que nous voulons développer avec les organismes communautaires, mais également avec les institutions financières et culturelles québécoises et celles à caractère social. Le proverbe qui dit « l’union fait la force » s’applique exactement à cette nouvelle philosophie que nous mettons en place spécialement à un moment où les ressources financières sous forme de subventions gouvernementales ou autres se font plus rares et que les besoins croient. Je voudrais également vous présenter trois autres axes autour desquels la CSUQ va s’engager dès aujourd’hui afin d’optimiser ses résultats pour les années à venir : Le domaine social: Un partenariat renforcé que l’on pourrait qualifier de « task force » avec le Centre Cummings pour les aînés dont les ressources et l’efficacité font honneur à la communauté juive montréalaise. Nous avons mis l’accent sur les actions qui viseront à améliorer la qualité des services aux personnes âgées sépharades et qui tiendront compte des sensibilités et particularités de ces dernières.

Ce task force n’est pas l’objet final mais le début du partenariat avec le Centre Cummings qui devra mettre l’accent sur l’amélioration de la qualité des services spécifiques aux personnes âgées de la communauté sépharade. Le domaine culturel : Nous avons décidé de donner un nouvel élan à notre politique de programmation culturelle qui, au lieu de se concentrer essentiellement sur le Festival Séfarad sera, au contraire, étalée sur toute l’année sous forme de divers événements culturels, conférences, concerts, expositions, théâtre etc. Une semaine en décembre qui constituera le point culminant de la Saison Culturelle Sefarad. Ici encore, nous avons développé un partenariat avec le Centre Segal des Arts de la Scène qui nous fera profiter de ses locaux, de son expérience dans la programmation culturelle et évidemment de sa réputation dans l’échiquier artistique montréalais. Nous sommes convaincus que cette nouvelle initiative favorisera également l’ouverture de nos activités à d’autres publics, non seulement de la communauté juive, mais aussi de la société québécoise dans son ensemble. Un des événements les plus courus dans notre communauté est sans aucun doute notre tournoi de golf annuel. Le succès de cette activité est à la mesure des efforts investis par les divers comités organisateurs qui se sont succédés depuis sa mise en chantier. L’édition 2014 sera présidée par un jeune, Alex Abitan, dont le dynamisme et l’engagement communautaire vont de pair. Nous sommes convaincus que sous son leadership, cette activité connaîtra un succès digne des années précédentes. Les Communications  : Ce domaine inclut, bien entendu, l’amélioration continue de notre magazine qui constitue notre carte de visite auprès de la communauté, mais aussi des pouvoirs publics dans ses divers paliers. La tâche est ardue, mais combien exaltante. Avec nos bénévoles, nos professionnels, nos jeunes surtout et bien entendu avec vous tous, je m’engage à la mener à bien. Sylvain Abitbol, Président, CSUQ

Les bénéficiaires sépharades des fonds des victimes et survivants de l’holocauste originaires d’Afrique du nord, ont effectivement accès à d’autres services (assistance financière, service gratuit de soutien à domicile et autres).Nous vous encourageons à vous renseigner par le biais de nos communiqués prévus à cet effet. magazine LVS | mars 2014 7


5151 Côte Ste-Catherine, Bureau 216 Montréal, Québec, Canada H3W 1M6 T. (514) 733-4998 - F. (514) 733-3158

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07 Mot du président 09 Éditorial 20 À quoi nous a-t-elle servi

PRÉSIDENT CSUQ Sylvain Abitbol

EXPÉDITION POSTALE TP Express

PRÉSIDENT ET EDITEUR LVS Joseph Amzallag

Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs.

DIRECTEUR GÉNÉRAL Robert Abitbol

La rédaction n’est pas responsable du contenu des annonces publicitaires.

21 Pessah : « une bouche

Toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, en tout ou en partie, du présent magazine, sans l’autorisation écrite de l’éditeur, est strictement interdite.

22 Opinions sans frontières 38 Dieudonné 43 Programme de soutien

DIRECTRICE — COMMUNICATIONS ET LVS Danielle Glanz RÉVISION DE TEXTES Sarah Altabé Agnès Castiel COLLABORATEURS Raymonde Abenaim Emmanuelle Assor Dina Azuelos David Banon Élie Benchetrit Maurice Chalom Jocelyn Coulon Albert Guigui Michel Gurfinkiel Elias Levy Dr Sonia Sarah Lipsyc Laëtitia Sellam ABONNEMENTS Agnès Castiel DESIGN ET GRAPHISME Christina Garofalo COUVERTURE Roland Harari CRÉDIT PHOTOS Mikael Ohana Roland Harari IMPRIMEUR / PRINTER MC Print Léon Bensoussan 514-823-0042

8

magazine LVS | mars 2014 2013

Reproduction in whole or in part, by any means, is strictly prohibited unless authorized in writing by the editor. Convention Postale 40011565 Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée à : 5151 Côte Ste-Catherine, bureau 216 Montréal, Québec, Canada H3W 1M6 Le présent numéro est tiré à 6 000 exemplaires et acheminé par voie postale au Québec, en Ontario et aux U.S.A. Des exemplaires sont également déposés dans différents endroits stratégiques à Montréal.

la libération d’Égypte ?

qui parle… »

pour les aînés sépharades

44 Crédit : le revers de la médaille

54 Les bases du succès du

programme leadership

57 Concert bénéfice au profit du Kollel de Petah Tikvah

61 Les camps Benyamin et Kif Kef évoluent

62 Aleph a 5 ans : Mission accomplie et ce n’est pas fini !

63 Radio Shalom à la croisée des chemins

64 Histoire des relations des juifs et musulmans des origines à nos jours

45 Citoyenneté espagnole

64 Histoire des juifs de la

47 Michael Goodman :

65 Ni d’ici, ni d’ailleurs 65 Félicitations Mme. Alegré

pour les Juifs sépharades

portrait d’un « Ben Adam »

49 Prévenir le déclin cognitif 50 13 ans de solidarité, ça se célèbre !

53 AJOE, conférences, galas de levée de fonds… des activités bénéfiques à toute la communauté

genèse à nos jours

Mizrahi

69

Carnet


Éditorial Une image renouvelée Chers amis, La fête de Pessah qui commémore la liberté retrouvée du peuple juif, représente également celle du renouveau et c’est justement par un renouvellement de notre magazine que nous abordons ce numéro. Ce nouveau format rajeuni et plus grand vise avant tout à donner une meilleure image plus aérée de notre publication et également, objectif commercial oblige, à offrir 30% supplémentaires de visibilité à nos annonceurs. Le nouveau format ouvre aussi la porte à davantage d’articles de fond pouvant intéresser notre lectorat. Nous l’avons déclaré maintes fois : La Voix Sépharade constitue notre meilleure carte de visite, non seulement auprès de notre communauté, mais également auprès des différents paliers de gouvernement qui la reçoivent, des consulats et ambassades ainsi que d’autres institutions avec lesquelles nous maintenons des liens d’amitié et de confiance. Il est donc normal que tout ce monde soit informé par le biais de nos journalistes de nos plus récentes activités et réalisations sur le plan communautaire. De plus, il est nécessaire que notre lectorat trouve également un espace de réflexion à travers les collaborations de plumes diverses et le plus souvent prestigieuses qui s’expriment dans notre rubrique « Opinions sans frontières ». Celle-ci en est à sa sixième édition et je tiens ici à souligner la qualité des textes qui nous sont proposés par ces collaborateurs qui, j’insiste là-dessus, le font à titre strictement bénévole. Que ce soit des écrivains, des universitaires, des journalistes ou des politiciens, ces hommes et ces femmes nous honorent par leur participation qui met en valeur une fois de plus la qualité et la crédibilité de notre magazine auprès de nos lecteurs. L’actualité de ces derniers mois a été marquée malheureusement, une fois de plus, par la montée inquiétante de l’antisémitisme en Europe et tout particulièrement en France avec en toile de fond les spectacles controversés du pseudo humoriste Dieudonné qui a fait de l’antisémitisme, depuis des années, son fonds de commerce. La situation est alarmante quand on considère que des manifestants à Paris ont impunément, il y a quelques

semaines, scandé des slogans tels que « mort aux juifs » et « juif, la France n’est pas à toi » ou encore « les chambres à gaz c’est du bidon ». Des slogans qui, comme l’a si bien fait remarquer Me Robert Badinter, ancien garde des Sceaux sous la présidence de François Mitterrand, nous rappellent le climat délétère de la France à la veille de la 2ème guerre mondiale. L’antisionisme est devenu une forme de pensée malheureusement à la mode qui cache mal un antisémitisme latent et auquel succombent malheureusement grand nombre d’intellectuels d’ici ou d’ailleurs qui se prétendent de gauche. Nous avons choisi d’aborder le sujet dans ce numéro en essayant d’analyser justement l’exemple de Dieudonné qui s’est fait le porte-parole et l’idole des laissés-pour-compte issus de l’immigration des banlieues défavorisées en attisant la haine du juif, bouc émissaire par excellence face à la crise économique et morale qui sévit en France actuellement. À nos chroniqueurs permanents Maurice Chalom, Elias Lévy et Élie Benchetrit, se sont joint des plumes prestigieuses comme celles de Jocelyn Coulon chercheur au CERIUM et journaliste spécialisé en politique internationale, Raouf Oufkir historien et romancier marocain aux racines berbères, Michel Gurfinkiel écrivain et journaliste français et David Banon, spécialiste de la pensée juive et actuellement professeur invité à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Le Grand Rabbin de Bruxelles et de Belgique, M. Albert Guigui quant à lui, nous a fait l’honneur de commenter sur nos pages la signification de Pessah. Somme toute, un excellent numéro que nous espérons sera à la mesure de vos attentes. Je tiens à remercier l’ensemble de l’équipe des collaborateurs et collaboratrices de notre magazine pour leur engagement soutenu et leur professionnalisme. À toutes nos lectrices et à tous nos lecteurs, je voudrais adresser mes meilleurs vœux pour un Pessah cachère vé saméah. Bonne lecture. Joseph Amzallag Président du magazine

L’équipe LVS vous remercie pour votre soutien et générosité

magazine LVS | mars 2014 9


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ÉCOLE


Le pouvoir des rêves à Pessah

D’une présidente à l’autre…d’une generation à l’autre Notre communauté s’est bâtie sur les rêves de ceux qui désiraient créer un milieu où les uns prennent soin des autres, et où tous soutiennent les institutions œuvrant au service des valeurs juives et de leur rayonnement. Le rêve est un puissant moteur, en particulier dans le domaine de la philanthropie. Un rêve valable peut traverser les générations et unir familles et communautés dans le partage d’une même vision. Nous nourrissons chacun des rêves différents. Brenda Gewurz

Sylvain Abitbol, partisan de longue date de Fondation Communautaire Juive de Montréal et président de la CSUQ, rêve pour sa part d’investir dans les nouvelles générations pour bénéficier de leur engagement, aujourd’hui et demain. Aujourd’hui, ce rêve devient une réalité par la création de la Fondation CSUQ, présidé par Armand Afilalo. Ce fonds sera administré par la Fondation Communautaire Juive de Montréal – l’institution de référence de la communauté juive pour le don caritatif à long terme.

Le rêve est un puissant moteur, en particulier dans le domaine de la philanthropie.

La première initiative de la Fondation CSUQ fut de créer un Fonds de Dotation ‘’ d’une Génération à l’Autre’’ en partenariat avec la Banque Nationale du Canada. Les revenus de ce fonds seront utilisés de façon exclusive pour soutenir les initiatives de la CSUQ dédiées à la jeunesse de 0 à 30 ans.

« Ceci est possible car notre communauté a atteint une maturité qui lui permet de passer à une nouvelle étape de son épanouissement. C’est à juste titre que cette initiative porte le nom évocateur «d’une génération à l’autre », a déclaré Sylvain Abitbol. Comme Sylvain, nous croyons qu’un fonds de dotation favorise l’engagement dans la communauté et transforme une initiative personnelle en un projet familial qui se perpétue. Nous sommes fiers de partager cette responsabilité avec la CSUQ, et sommes convaincus que nos efforts communs contribueront à améliorer la société dans son ensemble. Pour citer la parole de Zadok : « Rien ne vaut un rêve pour créer l’avenir ». Nous espérons que vous profiterez de cette fête de Pessah pour rêver en famille. C’est là notre rêve pour notre communauté.

Mazal Tov et Hag Sameah à tous! Brenda Gewurz est la présidente de la Fondation Communautaire Juive de Montréal. Pour la joindre, composez le 514-345-6414 ou visitez jcfmontreal.org

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La célébration de Pessah est un héritage qui relie des générations de Juifs depuis des millénaires. Vous pouvez contribuer à la survie et à l’épanouissement de nos traditions. Nous vous aiderons à créer un héritage riche de sens pour les générations à venir.

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Judaïsme

À quoi nous a-t-elle servi la libération d’Égypte ? Durant la fête de Pessah, nous chantons le récit de la Haggada qui décrit l’état de servitude dans lequel nos ancêtres ont vécu. Nous remercions Dieu d’avoir délivré nos ancêtres de l’esclavage égyptien. D’aucuns se posent cependant la question : « A quoi nous a-t-elle servi la libération d’Égypte ? Voici que depuis la sortie d’Égypte, nous continuons à être esclaves. De Nabuchodonosor à Assuérus, de Haman à Hitler, le peuple juif n’a connu que malheurs et souffrances. » La sortie d’Égypte incarne non seulement la liberté physique mais surtout la liberté spirituelle. En effet, depuis que les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte et ont reçu la Torah sur le Mont Sinaï, aucun peuple n’a réussi à les asservir spirituellement même si leur esclavage physique n’est comparable à celui d’aucun autre peuple. En effet, ce que veulent les tyrans, en général, c’est non seulement asservir leurs esclaves matériellement mais surtout spirituellement. Jadis pour arriver à ce but, les tyrans interdisaient à leurs esclaves de penser. Ils étouffaient toute étincelle de liberté qui brillait encore en eux. Aujourd’hui, il n’est plus concevable d’asservir des êtres humains comme jadis. Actuellement, on procède autrement. Grâce aux médias, à la publicité, on fait passer de façon sournoise des idées qui s’incrustent dans les esprits. D’après nos sages, le but des Égyptiens n’était pas tellement la prospérité économique. Nos Sages nous enseignent que les Égyptiens détruisaient la nuit ce que les enfants d’Israël construisaient le jour. Le but des Égyptiens était de créer un peuple d’esclaves dépourvus de toute personnalité. Les nazis ont agi de la même façon. Ils ont essayé de gommer la personnalité du prisonnier juif. Ils lui ont volé son nom. Ils ont gravé un numéro sur sa chair comme on le ferait pour des animaux. Ils lui ont donné à faire des travaux inutiles. À Majdanek, les déportés juifs devaient transporter des pierres d’un endroit à l’autre et le lendemain les remettre là où elles étaient la veille. Ainsi, les nazis ont certes brisé le corps des déportés mais n’ont jamais réussi à briser leurs âmes. Car, depuis que les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte et ont reçu la Torah sur le Mont Sinaï, ils ont acquis cette liberté spirituelle, indestructible, immortelle. Dans le Talmud, nous lisons le récit émouvant qui suit: Rabbi Hanina Ben Téradion, fut capturé par les soldats romains et condamné à mourir sur le bûcher pour avoir enseigné la Torah en public. Les légionnaires drapèrent Rabbi Hanina dans les rouleaux sacrés où il avait étudié la Parole éternelle de D.ieu.

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magazine LVS | mars 2014

Il était là, debout, revêtu de sa Torah et il regardait ses disciples qui l’entouraient, impuissants, tandis qu’il souffrait. Sa peau et sa chair étaient la proie des flammes. Soudain, un de ses disciples se tourna vers lui et lui demanda : « Que vois-tu maintenant ? » « Et le maître vénéré, juste avant de perdre conscience, répondit: « Gvilim Nisrafim » les rouleaux de la Torah brûlent, je les vois brûler, mais je vois aussi les lettres qui s’en échappent, elles sont plus fortes que le feu, on ne peut les effacer, elles sont indélébiles, rien ne les touche, elles s’envolent vers le ciel. Les lettres retournent au ciel. L’enseignement tiré de ce récit est clair : Enseignement nécessaire car intemporel. Il traduit le destin juif. Chaque fois que l’ennemi s’acharne contre nous, nous disons : il est vrai qu’il peut détruire nos foyers, assassiner nos maîtres, mais les lettres, porteuses de vie, montent au ciel. Le tueur tue, mais ses victimes lui survivent dans notre mémoire collective. Les rouleaux brûlent ? Les parchemins sont en flamme ? Face à l’ennemi, notre âme et notre histoire sont hors d’atteinte.1 Victor Fränkel, psychologue viennois, raconte que lorsqu’il est arrivé à Auschwitz, il fut conduit vers une douche. À ce moment-là, les nazis lui prirent de la main son travail scientifique, œuvre de toute sa vie et le jetèrent aux flammes. En une minute, il lui a semblé que sa personnalité a été effacée. Après avoir été rasé et désinfecté, après avoir reçu des vêtements ridicules, il fouilla l’une des poches du vêtement qu’il venait de recevoir et il trouva un morceau de papier froissé. Un papier qui a appartenu à celui qui l’avait porté avant lui et qui malheureusement n’était plus de ce monde, parce que gazé. C’était en fait une page du Siddour sur laquelle était imprimé le Chema Israël. À ce moment, Victor Fränkel retrouva son identité. « Gvilim nisrafim » depuis que les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte, les rouleaux de parchemin brûlent, mais les lettres suspendues en l’air, hors de portée des hommes, vivront toujours. Nos ennemis ont réussi à brûler nos corps mais jamais à atteindre le « moi » juif intérieur, ce « moi » que nous avons reçu lors de la sortie d’Égypte et confirmé par la Révélation au Sinaï. C’est cette liberté spirituelle, indestructible, immortelle que nous commémorons lors de chaque fête de Pessah. C’est ce message éternel que véhicule le récit de la sortie d’Égypte depuis des millénaires. Albert Guigui Grand Rabbin de Belgique 1

Cf. Elie Wiesel, in


Pessah : « une bouche qui parle… » Nous connaissons tous les différentes significations de la fête de Pessah et la symbolique que représente chacune de ses significations. Nous savons combien cette fête est importante dans le vécu et la mémoire juive. Nul n’ignore combien sont actuels les enseignements que cette fête nous rappelle constamment : la proclamation de la liberté pour tous les êtres humains quelle que soit la couleur de leur peau, la langue qu’ils parlent, la religion qu’ils pratiquent; la lutte contre l’esclavage sous toutes ses formes: esclavage qui, malgré les progrès que nous enregistrons au niveau des droits de l’homme, continue à miner notre société et à dénaturer la face humaine; le respect de la dignité humaine et la défense des intérêts des personnes faibles et sans ressources. Et si on communiquait davantage... ! Mais par son nom, la fête de Pessah, recèle une signification qui me paraît épouser l’actualité de notre quotidien. Le XXIème siècle est le siècle de la communication. Le monde est devenu un village planétaire. Chacun d’entre nous peut, sans difficulté, communiquer avec la personne de son choix là où elle se trouve. Les autoroutes de l’information nous ont ouverts des horizons nouveaux et permettent une information immédiate. Et pourtant, l’homme n’a jamais autant souffert de la solitude qu’en ce siècle. De plus en plus, les gens s’enferment à double tour dans leurs maisons cossues et plongent dans un égoïsme inquiétant. Il y a quelques jours, une dame âgée me disait avec beaucoup de tristesse : « Vous savez, Monsieur le Rabbin, chaque soir, nous nous trouvons à cinq. Moi, et mes quatre murs. » Face à la misère d’autrui, les hommes demeurent sourds et muets. Mais qu’est-ce que tout cela à avoir de particulier avec la fête de Pessah ? Pessah signifie « passage par-dessus ». Ce nom de la fête nous rappelle la protection divine déployée en faveur des enfants d’Israël en Égypte, au moment où l’ange de la mort était passé par-dessus les maisons des Israélites en les épargnant. Certains commentateurs de la Bible, conscients de la multiplicité des sens de cette fête, nous invitent à diviser ce mot en deux syllabes : •

« Pé » signifie : la bouche

« Sah » signifie : qui parle.

Pessah veut donc dire : une bouche qui parle. « Une bouche qui parle », n’est-ce pas le rétablissement du dialogue entre les hommes ? Une bouche qui parle, n’est-ce pas la communication directe des hommes entre eux et non pas une communication artificielle par le biais d’écrans interposés ?

Albert Guigui Grand Rabbin de Belgique

La tradition juive a bien compris cet enjeu. Elle a fait du soir du Seder1 un moment de dialogue privilégié. C’est le temps de la parole, le moment où l’enfant pose des questions à son père. C’est aussi l’occasion, pour le père, de répondre à l’attente de son fils. Tout est fait pour susciter la curiosité de l’enfant et pour le tenir éveillé.

Pessah, la fête de l’ouverture vers l’autre. Le soir du Seder est le moment où la communication retrouve sa place. Pessah est la fête de la rencontre avec autrui et de l’ouverture vers l’autre. J’aimerais rapporter ici une expérience qui a été réalisée dans une école en Allemagne et qui a été retransmise sur une des chaînes de la télévision française. Le présentateur faisait part de son inquiétude face à la montée dangereuse du racisme dans son pays. Aussi, pour lutter contre ce fléau, il proposa de briser les barrières qui existent entre les gens, de les faire parler, de les faire agir ensemble. Pour illustrer son propos, il projeta un reportage tourné dans une école primaire située dans une des régions les plus reculées de Bavière. L’instituteur était un Congolais qui avait acquis la nationalité allemande. Lorsque le maître entra dans sa classe pour la première fois, ce fut l’ahurissement des élèves. Lorsqu’il tendit la main à un des élèves pour lui dire bonjour, le petit enfant ne sut quoi faire. Il n’avait jamais touché la main d’un homme de couleur. Mais, avec beaucoup de doigté et de savoir-faire, cet instituteur finit par se faire accepter. Et ce fut, pour les enfants, une découverte continue. Un jour, ce fut la cuisine congolaise; un autre jour, l’art congolais; un autre jour encore, la musique et la danse congolaise et ainsi de suite… Ainsi, petit à petit, et par touches successives, les murs de préjugés tombèrent. Pessah une bouche qui parle. Pessah une fête que fait tomber les préjugés. Pessah une fête qui rapproche les hommes entre eux, les générations entre elles, les membres de familles entre eux. À nous de faire de chaque fête de Pessah, la fête de la solidarité, la fête de la fraternité entre les hommes. À nous de faire de chaque fête de Pessah, un moment de prise de conscience et d’engagement pour l’autre, partout et de tout temps. Albert Guigui Grand Rabbin de Belgique 1 Soirée de Pâque au cours de laquelle la famille est réunie pour raconter le récit de la sortie d’Egypte et la libération de l’esclavage. Au cours du Seder, l’enfant pose les quatre questions auxquelles tout juif doit répondre. La table est garnie d’un plat appelé « plat du Seder » qui comprend : trois matsoth; un os avec de la viande grillée rappelant le sacrifice de l’agneau pascal; un œuf dur rôti en souvenir du sacrifice des fêtes de pèlerinage que l’on offrait aussi à Pessah; des herbes amères qui doivent nous faire ressentir l’amertume de l’esclavage égyptien; un mélange de fruits écrasés symbolisant le mortier que les juifs préparaient en Égypte; du persil ou des radis rappelant le maigre repas de nos ancêtres esclaves; de l’eau salée en souvenir des larmes versées par nos ancêtres au cours de leur asservissement. La joie de la fête est rehaussée par l’obligation de boire quatre coupes de vin en souvenir des quatre expressions bibliques qui marquent l’événement de la libération du peuple.

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sans

Réflexions à l’emporte-pièce

Élie Benchetrit

Depuis quelques semaines les tribulations de la secte Lev Tahor font presque partie du quotidien dans les nouvelles. Cette saga, malgré ses aspects rocambolesques, a cependant quelque chose de tragique puisqu’elle nous rappelle à la réalité du pouvoir illimité qu’exercent les leaders de sectes sur ses adeptes et surtout sur les jeunes. Dans la 2ème édition d’ « Opinions sans frontières », Amnon Suissa, professeur de travail social à l’UQAM définissait quelques caractéristiques relatives aux sectes : « Le leader (du groupe) décide la manière de penser, d’agir et les sentiments des adeptes. Par exemple  : les membres doivent obtenir l’approbation du leader pour leur travail et leurs relations amoureuses, il y a des règles concernant la tenue vestimentaire, la discipline des enfants, le lieu où habiter, etc. » Le chef spirituel de Lev Tahor, Shlomo Helbrans, citoyen israélien se trouve au Canada parce qu’il a obtenu le statut de réfugié politique (sic), aidé en cela par des avocats montréalais spécialisés dans la défense des droits de l’homme. Shlomo Helbrans se disait en effet, persécuté en Israël et même en danger de mort en raison de ses convictions antisionistes. D’autres soi-disant intellectuels juifs prennent leur défense en insistant sur les convictions antisionistes des adeptes de la secte. Rappelons pour les faits que ce prétendu rabbin a été condamné à la prison ferme pendant deux ans aux États-Unis pour séquestration d’enfant et déporté à la fin de sa sentence en Israël, que son fils aîné Nathan Helbrans a porté plainte contre lui pour mauvais traitements, il a été battu sur ordre de son père par d’autres adeptes de la secte. Et, last but not least les conditions d’hygiène dans lesquelles vivent les enfants de la secte seraient, d’après des témoins visuels, déplorables. Pour la petite histoire, la secte est propriétaire d’un important parc immobilier à Sainte-Agathe. Ce triste épisode auquel est confronté l’ensemble de notre communauté devrait nous donner à réfléchir sur le foisonnement de sectes et mouvements religieux avec à leur tête quelques illuminés qui vivent au dépens des craintes et des superstitions de nombreux jeunes et moins jeunes en quête de spiritualité et d’un but dans la vie. Pour cela ils n’hésitent pas à se lancer à corps perdu dans une aventure aux issues incertaines et aux conséquences incalculables. Il m’arrive parfois de croiser des jeunes sépharades accoutrés à la manière hassidique et portant le Shtreimel, ce n’était pas, vu la saison, un déguisement de Pourim. Je ne sais pas s’ils se sont déjà mis à l’étude du yiddish

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pour mieux s’intégrer dans la mouvance ultraorthodoxe, mais je parierais fort par contre que leur connaissance de la culture et de la pensée sépharade à travers ses grands maîtres est des plus limitées pour ne pas dire nulle. À qui la faute me dira-t-on ? Ceci est une autre histoire qui demande une plus grande réflexion. Je sais que ce qui va suivre va certainement choquer certains lecteurs et lectrices, mais puisque les opinions se moquent des frontières comme le dit si bien notre rubrique, je prends ce risque et je l’assume en espérant qu’il suscitera une réflexion dépassionnée. Je remarque que depuis des années, notre communauté friande de Hilloulot de toutes sortes, affectionne particulièrement l’acte d’offrir un Séfer Torah dédié à la mémoire d’un être cher. Si l’intention d’honorer un disparu est certes noble et louable, il me semble, à mon humble jugement, qu’il existe d’autres façons aussi valables de perpétuer la mémoire de nos êtres chers. Je m’explique : Nos synagogues regorgent de Séfarim et mis à part la journée de Simha Torah, où l’on sort tous les Séfarim du Hekhal, les chances sont très minces pour que le Séfer Torah que l’on a offert à la mémoire d’un être cher soit « sorti » plus d’une fois au cours d’une année lors des lectures de la Torah que ce soit en semaine, à Rosh Hodesh, lors du Chabat ou des fêtes. On m’a rapporté qu’au bas mot un Séfer Torah pouvait revenir en moyenne à 35,000 $ au bas mot. Une coquette somme n’est-ce pas ? Imaginez donc pour un instant que cette somme soit allouée à une ou à plusieurs bourses pour des étudiants nécessiteux et méritants, et D.ieu sait si notre communauté en compte en cette période de crise. Cette bourse porterait évidemment le nom de la personne que l’on souhaiterait honorer et elle donnerait la possibilité d’offrir une belle carrière à des jeunes qui, faute de moyens doivent parfois mettre fin à leurs études après le secondaire et souvent se contenter, faute d’une éducation suffisante et indispensable, d’emplois subalternes. Mon ami fidèle, M. Moïse Amselem, homme pieux et d’une grande sagesse, m’a dit une fois, et je retiens cette belle définition, « qu’un enfant qui étudie est un Séfer Torah vivant ». On peut, à mon humble avis, faire d’une pierre deux coups : honorer dignement la mémoire d’un être cher et qui sait, gagner peut-être un petit coin de paradis pour plus tard en donnant à un enfant la possibilité grâce à de bonnes études et une belle carrière de s’assurer une vie confortable tout en servant sa communauté. Élie Benchetrit


Opinions sans frontières

Lettre d’Israël

David Banon

Chers lectrices et lecteurs de la Voix Sépharade, Depuis juillet 2013, je me trouve en Israël où j’ai fait ma alyah. Je suis professeur invité à l’Université hébraïque de Jérusalem où j’enseigne au département de pensée juive. C’est une très belle expérience. Enseigner en hébreu les philosophes juifs modernes et contemporains, quelle joie mais quel défi. Toutefois je suis étonné – les Suisses disent « déçus en bien » – de découvrir la richesse inestimable de la langue hébraïque laquelle possède dans ses ressources de quoi créer ou élaborer les concepts les plus « in » de la philosophie. Bien entendu, ce développement impressionnant de l’hébreu philosophique a un antécédent dans l’histoire de la pensée juive. N’oublions pas qu’au Moyen-Âge, dans la péninsule ibérique, au cours de la période de ce que l’on appelé l’Âge d’Or, on décèle sous des relations tout à fait courtoises entre juifs et arabes, une sévère concurrence autour de la créativité linguistique. Ainsi au fameux adage populaire « comme le printemps est la plus belle des saisons, l’arabe est la plus belle des langues », Rabbi Yéhouda Halévi réplique par un célèbre vers d’un de ses poèmes profanes dont le lecteur – méconnaissant l’hébreu – peut néanmoins se laisser bercer par sa musique « ma yafite yéfate ha’ayine ouchekhourah vélo miyayine » que la traduction affadit car elle perd le rythme. Sur le plan philosophique, on doit à Rabbi Shmuel Ibn Tibbon de la fameuse famille de traducteurs patentés, les Tibbonides, d’avoir traduit de l’original arabe « Le Guide des Egarés » de Maïmonide. C’est lui qui a forgé, par exemple, les concepts d’intellect agent/hassekhel hapoèl et

d’attributs négatifs/hatéarim hashliliyim. Rabbi Yéhouda Ibn Tibbon a, lui, traduit de l’arabe à l’hébreu Le Kuzari de Rabbi Yéhoudah Halévi. Il a rendu le concept arabe al amr al ilahi par hainyan haélohi/l’ordre de D.ieu tout en soulignant qu’il ne s’agit aucunement d’union pure et simple avec Dieu, mais plutôt d’association/hith’abrout ou de proximité/hitqarvout.

de marque, notamment du monde de la culture, reconnues par l’ensemble de la société afin de réussir son intégration. Sans cela nous irons audevant de graves problèmes et nous risquons de rouvrir des plaies qui n’ont pas encore cicatrisé, car ce sont des blessures de l’âme.

A preuve, et pour terminer le débat incessant provoqué par un très long poème de La renaissance de l’hébreu a réacti- Ro’i Hassan, un très jeune Israélien, publié vé la créativité linguistique. Et aujourd’hui, dans les pages du supplément littéraire de il est courant de jongler avec les concepts Haaretz il y a près de deux mois. Ce poète, cuiphilosophiques surtout dans les universi- sinier de son métier, laisse éclater sa colère tés mais aussi dans le supplément littéraire contre les Ashkénazim dans une langue qui mêle du grand quotidien Haaretz. C’est ainsi que dans un savant mélange l’hébreu académique hitqavnout signifie intentionnalité, tofa’a  : et l’hébreu populaire. Sans prendre de gants, il phénomène et yéchoute/essence, pour ne don- n’épargne personne, depuis le gotha des poètes ner que quelques illustrations. Toute une termi- jusqu’aux dirigeants du pays en passant par les nologie qui ne cesse de s’accroître se met en place pontes qui se targuent d’établir les normes de et chaque jour apporte sa moisson. Signalons un ce que doit être la poésie ou la littérature israéphénomène intéressant dans le cercle des intel- liennes. Et vendredi dernier, 7 février, il en remetlectuels telaviviens. Le raffinement suprême est tait une couche pour répondre à ses détracteurs. de pouvoir étaler ses connaissances en montrant Cette poésie de protestation qui a mis une cinque l’on maîtrise les travaux des grands noms de quantaine d’années à éclore va, à n’en pas doula philosophie française : Lyotard, Derrida, Fou- ter, faire des émules. cault, Deleuze, Blanchot, Barthes, Bataille etc... C’est dire que dans ce pays tout, absoluLa plupart de ces penseurs sont d’ailleurs trament tout, est sujet de méditation. C’est sûreduits en hébreu et sont enseignés dans l’Académent pour cela que nos Sages disaient déjà : avimie. Ce qui ne laisse pas de surprendre car dans rah d’éretz israël mahkim/l’atmosphère du pays la bouche de très larges couches de la société d’Israël rend intelligent. israélienne, le mot « français » revêt une connotation négative pour rester dans les limites de la David Banon courtoisie. Professeur des Universités Membre de l’Institut Universitaire de France Autre sujet d’étonnement, porté par cette Prof. invité à l’Université hébraïque de Jérusalem. vague de francophilie, les Israéliens commencent à s’intéresser aux penseurs juifs français. Bien sûr Levinas a ouvert la voie à Néher, à Manitou, à Amado Lévy-Valensi, à Henri Atlan et à Stéphane Mosès, mais beaucoup reste à faire. Surtout si, comme le prévoit un sondage de l’Union Européenne, 50 % des juifs français s’apprêtent à quitter la France tout prochainement avec pour 30 % d’entre eux l’intention de s’installer en Israël. Or, il convient de ne pas répéter les erreurs commises lors de « l’intégration » désastreuse des Juifs marocains. Puisqu’Israël est un pays d’immigration, chaque nouvelle vague d’immigrés doit pouvoir s’identifier à des personnalités

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« 66 ans après sa fondation, Israël est toujours un rêve inachevé » « en Israël, le legs politique de David Ben Gourion est encore très vivace » L’Historien israélien Tuvia Friling

Une entrevue avec un grand historien israélien, ancien directeur des archives de l’État d’Israël et de David Ben Gourion Le Président d’Israël, Shimon Péres, raconte souvent l’anecdote suivante. Nous sommes peu avant 1948 et la création de l’État d’Israël. Il a pris place dans une voiture en route vers Haïfa aux côtés de son mentor, David Ben Gourion. Le leader sioniste dit au jeune responsable du Mouvement de Jeunesse du Parti Travailliste: « Un grand dirigeant doit décider soit de faire la guerre et d’en courir les risques, soit de faire la paix et d’en payer le prix ». Israël célébrera le 14 mai prochain ses 66 ans d’existence. Le pari très audacieux lancé au début du siècle passé par les pionniers sionistes a été tenu, en dépit des nombreuses guerres et crises que l’État juif a dû affronter depuis sa naissance.

Elias Levy

Le long processus historique qui devait aboutir à l’édification d’un État juif souverain en Palestine semblait défier toute logique et tenait plutôt d’une idée fixe prenant à contre-courant ce qu’on savait de l’Histoire. L’aventure sioniste a pourtant produit la seule idéologie politique à avoir survécu aux avaries du XXe siècle, notamment à deux expériences totalitaires très funestes : le Nazisme et le Marxisme-Léninisme. Le Sionisme est aussi la seule idéologie à avoir fait du Nationalisme un

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Mouvement politique de masse dans le monde juif et à avoir expérimenté un Socialisme sans terreur, et même un Communisme libertaire. Sur ce point, l’Histoire s’est chargée de démentir Léon Trotski qui, présent au 6ème Congrès Sioniste de Bâle en 1903, avait prévu, avec une assurance déconcertante, un effondrement rapide du Sionisme. « Le secret de l’extraordinaire réussite du Sionisme est peut-être de n’avoir pas été totale, de rester encore inachevée. La création miraculeuse de l’État d’Israël en 1948 est la résultante d’un alliage inventif entre Histoire et Modernité et de l’amalgame réussi entre des hommes et des femmes issus de Cultures et de Traditions diverses, rassemblés par l’adversité. Le legs gigantesque que David Ben Gourion nous a laissé nous rappelle sans cesse que le Sionisme ne se laisse pas réduire à sa caricature ultranationaliste et incarne toujours la part d’idéal qui anime la société israélienne du XXIe siècle. En dépit des échecs, parfois cuisants, que l’État d’Israël moderne a subis au cours de sa courte Histoire, six décennies plus tard, le rêve humaniste, universaliste et éthique de David Ben Gourion demeure très vivace. Israël est toujours un rêve inachevé », explique en entrevue l’un des plus grands Historiens d’Israël, Tuvia Friling.


Opinions sans frontières Né en 1953 à Beer Sheva au sein d’une famille native de Roumanie, Tuvia Friling a été successivement pendant plusieurs années Directeur des Archives de l’État d’Israël et Directeur des Archives de David Ben Gourion. Il est actuellement Directeur de Recherche et Professeur au Département d’Histoire de l’Université Ben Gourion du Néguev. Il est l’un des trois Historiens adjoints de l’écrivain et Prix Nobel de la Paix, Élie Wiesel, à la Commission internationale de Recherche sur la Shoah en Roumanie. Tuvia Friling est l’auteur de nombreux ouvrages, devenus des livres de référence dans les milieux universitaires, sur l’Histoire du Mouvement sioniste durant la Shoah, l’oeuvre de David Ben Gourion, le Post-Sionisme, les « Nouveaux Historiens » israéliens… Il a coédité, avec l’Historien français Denis Peschanski, la traduction en langue française du Journal de David Ben Gourion (1947-1948), publié aux Éditions de la Martinière. Il a aussi dirigé un imposant ouvrage collectif historique, Critique du Post-Sionisme. Réponse aux « Nouveaux Historiens » israéliens, dont la version en français a été publiée aux Éditions In Press. Rencontre avec un fin connaisseur de l’oeuvre titanesque réalisée par David Ben Gourion, dont le legs colossal continue encore aujourd’hui à inspirer le peuple d’Israël. LVS : À la fin des années 40, la vision politique magistrale et la détermination inébranlable de David Ben Gourion ont grandement contribué à la concrétisation du Projet sioniste dans une Palestine sous la férule britannique à feu et à sang. Tuvia Friling : Absolument. David Ben Gourion a été incontestablement le principal pilier et catalyseur de la concrétisation du Projet sioniste: édifier un État juif souverain en Palestine. Leader révolutionnaire qui, durant plus de quarante ans, conduisit la Révolution sioniste dans ses moments les plus graves, le Père fondateur de l’État d’Israël fut aussi un leader très charismatique et admiré qui, durant toute sa carrière politique, se trouva toujours à la croisée de décisions cruciales, presque toujours en temps de crise. Non seulement en raison des circonstances, mais aussi à cause des grands défis qu’il s’imposait lui-même. Il a été hanté toute sa vie par deux questions cardinales : Comment obtenir un État national indépendant pour le peuple juif ? Que faut-il faire pour ne pas perdre cet État ?

LVS : David Ben Gourion fut aussi un grand écrivain et un intellectuel très réputé. T.F. : Pour trouver la clé permettant de déchiffrer le secret du leadership de Ben Gourion et de mesurer sa profonde empreinte sur la construction de la nation, de l’État et de la société sur la Terre d’Israël, il faut consulter l’immense documentation écrite que ce géant de l’Histoire du XXe siècle nous a léguée. Il était un brillant écrivain et un mémorialiste exceptionnel. Dans ce créneau, seuls deux autres grands hommes politiques de l’Histoire contemporaine pouvaient le concurrencer, Winston Churchill et Charles de Gaulle. Il était aussi un lecteur passionné de la Bible. Sa lecture des récits bibliques était pour lui une manière de renouer avec un idiome qui le fascinait, la langue hébraïque parlée par les Patriarches et les Prophètes de la Bible. Mais pour Ben Gourion, la Bible n’était pas seulement la source idéologique de l’Humanisme juif et universel, ou la référence scientifique pour comprendre le pays d’Israël et ses habitants, c’était aussi le dénominateur commun qui aiguillonnerait la construction du nouvel État d’Israël. Dans la profusion de matériel écrit qu’il a laissé, on retrouve : des dizaines de milliers de lettres, des centaines d’articles, des dizaines de livres, parmi lesquels quatre Volumes de ses Mémoires. En fait, ce ne sont pas vraiment des Mémoires, mais une compilation de documents très hétéroclites qu’il a classés selon un ordre destiné à leur conférer une signification et qu’il a reliés entre eux par des phrases qu’il a ajoutées au fil des années. Ben Gourion était convaincu que l’Historiographie existante sur le Sionisme et les premières années de l’État d’Israël était lacunaire et erronée.

LVS : Dans cette myriade de documents, son Journal intime occupait une place essentielle. T.F. : Oui. Ben Gourion a tenu un Journal depuis sa jeunesse jusqu’au dernier jour de sa vie. Il était un écrivain très prolifique. Son Journal, qui contient plus de 20 000 pages écrites en hébreu, couvre la période de 1915 à 1973. Dans ce Journal, dans lequel il écrivait presque chaque jour, parfois tout en écoutant ses interlocuteurs, des événements très importants narrés à des moments cruciaux et relevant du domaine de ses activités politiques, militaires, sociales… côtoient des anecdotes prosaïques. Ses écrits recèlent des kyrielles d’informations et de données sur la population, l’économie, la géographie, la situation sécuritaire de la Communauté juive en Eretz Israël, de même que toutes les notes qu’il consignait avant de prendre une grande décision. Ce Journal est une véritable mine pour les Historiens, les Sociologues, les Chercheurs en Science politique et pour tout curieux avide de comprendre le processus de prise de décision. À la lecture de ce Journal riche et dense, qui est un reflet fidèle de l’emploi du temps et de la « table de travail » de Ben Gourion, on constate à quel point cet homme d’État visionnaire a réussi à résister pendant plus de cinquante ans à une tension énorme et continua à faire face aux charges physiques et psychiques qui sont à la base de prises de décisions cruciales pour l’avenir du Mouvement Sioniste et du peuple juif. Le Journal de Ben Gourion est un immense trésor.

1949. David Ben Gourion dans le désert du Néguev

LVS : David Ben Gourion trouva-t-il des réponses satisfaisantes à ces deux questions fondamentales qui le taraudaient profondément ? T.F. : La première question fut résolue le vendredi 14 mai 1948, un moment bien particulier de sa vie bien remplie, quand, du haut de la tribune du Musée de l’Histoire de Tel-Aviv, il proclama, d’une voix saccadée et extrêmement peu radiophonique, la création de l’État d’Israël. À la seconde question, Ben Gourion ne put donner de réponse, du moins pas entièrement. Il mourut dans l’angoisse en décembre 1973, alors que l’État d’Israël se trouvait à un moment decisif de son Histoire, en prise avec la terrible épreuve de la Guerre du Kippour. magazine LVS | mars 2014 25


David Ben Gourion LVS : Que signifiait réellement pour David Ben Gourion la notion, très galvaudée aujourd’hui, de « Laïcité » ? T.F. : Ben Gourion se considérait comme un « Juif très laïc ». À ses yeux, « Judéité » et « Laïcité » n’étaient pas des notions antinomiques mais, au contraire, concomitantes. La « Laïcité » débridée de Ben Gourion ulcérait bon nombre d’Israéliens religieux et traditionalistes. Ces derniers lui reprochaient souvent : « En tant que Premier Ministre de l’État d’Israël, vous devriez porter une Kippa et mettre une Mézouza sur le linteau droit de la porte d’entrée de votre demeure, à Sdé Boker… » Ben Gourion répondait candidement à ceux qui l’apostrophaient au sujet de sa Judéité : « Chez moi, je fais ce que je veux. Que ça vous plaise ou vous déplaise grandement, je suis un Juif profondément laïc et personne n’a le droit de m’intimer des ordres en ce qui a trait à ma vie privée ». Mais, tout en affichant sans ambages sa « Laïcité », Ben Gourion était très conscient que l’État d’Israël que les Juifs Sionistes s’échinaient à bâtir en Palestine devait être la Nation de tous les Juifs, indépendamment de leurs allégeances politiques ou religieuses.

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LVS : Ingénieux stratège politique, David Ben Gourion fut l’instigateur de l’Accord historique que les Sionistes laïcs ont conclu avec les Juifs orthodoxes.

lus à faire des concessions majeures dans le domaine des Affaires religieuses afin que les Juifs les plus pieux se sentent citoyens à part entière dans le nouvel État d’Israël. En contrepartie, Ben Gourion et les autres leaders du Mouvement Sioniste s’attendaient à ce que le principal Parti juif orthodoxe, Agoudat d’Israël, créé en 1912 à Katowice, ville aujourd’hui polonaise qui à l’époque était sous la houlette de l’Empire russe, appuie le Projet de partage de la Palestine en deux États, l’un juif, l’autre arabe, préconisé en 1947 par la Commission d’enquête spéciale sur la Palestine — United Nations Special Committee on Palestine — (U.N.S.C.O.P.), mise sur pied par l’Organisation des Nations Unies pour qu’elle fasse des recommandations sur le statut futur de la Palestine sous mandat britannique, où les affrontements entre Juifs Sionistes et Arabes se multipliaient.

T.F. : Pour éviter une confrontation avec les Juifs orthodoxes et convaincre ces derniers d’adhérer au Projet sioniste, Ben Gourion fit preuve d’une grande sagesse et d’un pragmatisme politique hors-norme. Il concocta savamment un Accord historique, appelé « Accord du Statu Quo », dans lequel le nouvel État d’Israël s’engageait à arborer plusieurs Symboles de la Tradition juive et à veiller scrupuleusement au respect des Préceptes religieux fondamentaux édictés par le Judaïsme: interdiction des transports en commun le jour sacré du Shabbat; imposition des règles alimentaires de la casherout dans l’Armée et les Institutions publiques; attribution aux Tribunaux rabbiniques de la Gestion des Affaires inhérentes au Statut personnel des citoyens, tels les mariages, les divorces, les enterrements…; créer un Système d’Écoles religieuses entièrement subventionné par l’État…

LVS : En 1948, David Ben Gourion n’a-til pas commis une grande bourde en décidant d’exonérer les jeunes Juifs ultraorthodoxes du Service militaire ?

Avec cet engagement historique envers les Juifs orthodoxes, Ben Gourion tenait à prouver à ces derniers que les Sionistes laïcs étaient réso-

T.F. : Une des grandes concessions faites par Ben Gourion et le Mouvement Sioniste à la Communauté juive orthodoxe fut d’accepter


Opinions sans frontières Mais dès 1947, des milliers de Palestiniens commencèrent à s’exiler. Après la création d’Israël et la première Guerre avec les pays arabes, qui attaquèrent l’État hébreu embryonnaire pour l’annihiler, Ben Gourion changea de position. Il déclara alors fermement: « Les Arabes Palestiniens qui sont partis ne pourront plus retourner sur le Territoire où Israël a été fondé ». Son refus catégorique du « droit au retour », revendiqué fougueusement par les Palestiniens, est une position partagée aujourd’hui quasi unanimement par les Israéliens, qu’ils soient de Gauche ou de Droite. Ben Gourion savait parfaitement qu’accepter cette requête, formulée avec insistance par les Arabes, ça signifierait, à long terme, la disparition de l’État d’Israël, le facteur démographique jouant en faveur de la population arabe palestinienne. LVS : En 1967, après la Guerre israéloarabe des Six Jours, David Ben Gourion mit en garde les Israéliens contre les conséquences délétères que l’occupation de Territoires arabes palestiniens aurait sur la société israélienne. Cette question sulfureuse est toujours au cœur du vieux contentieux qui oppose Israéliens et Palestiniens.

1950. David Ben Gourion (à droite) et le Prix Nobel de Physique, Albert Einstein que 400 jeunes membres de cette Communauté soient exemptés du Service militaire pour qu’ils puissent se consacrer à temps plein à l’Étude de la Torah dans des Yéchivot. Ben Gourion considérait qu’après l’effroyable tragédie de la Shoah, le peuple juif devait impérativement former une nouvelle génération de Leaders rabbiniques.

sociale des citoyens d’Israël. S’il était toujours parmi nous, il aurait probablement préconisé que les jeunes Juifs ultra-orthodoxes âgés de 18 ans, à défaut d’effectuer un Service militaire, accomplissent au moins un Service civil, qui serait certainement bénéfique pour toute la société israélienne.

Cependant, le Père bâtisseur de l’État d’Israël n’a jamais envisagé la situation qui sévit aujourd’hui et qui ulcère la grande majorité des Israéliens: plus de 200 000 Juifs orthodoxes étudient à temps plein dans des Yéchivot tout en étant complètement affranchis de l’obligation, remplie par les autres Israéliens, de servir sous les Drapeaux. Je suis persuadé que s’il vivait aujourd’hui, Ben Gourion, à l’instar de la grande majorité des Israéliens, aurait été aussi favorable à l’abrogation de la Loi Tal sur la conscription militaire, comme l’a ordonné en 2012 la Cour suprême d’Israël, et à l’adoption par la Knesseth d’une nouvelle Législation qui contraindra les jeunes Haredim à s’enrôler dans les rangs de Tsahal.

LVS : David Ben Gourion fut toujours un fervent partisan d’une cohabitation pacifique entre Juifs et Arabes en Palestine. Était-il un pacifiste naïf ou très réaliste ?

Ben Gourion était très conscient du rôle capital et très salutaire que le Service militaire obligatoire joue dans le processus d’intégration

T.F. : Dès 1937, devant les membres de la Commission Royale sur la Palestine, présidée par Lord Robert Peel, qui dans son Rapport final recommanda fortement la création d’un micro-État juif d’une superficie d’environ 5 000 kilomètres carrés, le reste du Territoire de la Palestine — 24 000 kilomètres carrés — allait être octroyé à la Transjordanie -ancienne appellation du Royaume de Jordanie-, Ben Gourion plaida ardemment pour une cohabitation pacifique avec les Arabes de Palestine. Il a longtemps défendu l’idée de construire un État juif avec les Arabes. Il comparait le futur État juif à une grande maison où il y aurait suffisamment de places pour héberger tout le monde.

T.F. : Ben Gourion était un fervent partisan de la création d’un État juif en Palestine. Mais, à ses yeux, le futur État d’Israël devait faire des compromis et prendre en considération les attentes de la population arabe établie depuis des lustres sur le Territoire où Israël allait être fondé. Pour cela, il était prêt à faire des concessions en ce qui a trait aux futures frontières de l’État hébreu. Mais, tout en étant opposé l’idée de brader des pans de la Terre d’Israël, parce qu’il considérait que celle-ci faisait partie intégrante de l’Identité du peuple juif, il récusait aussi l’idée qu’Israël devienne une « puissance occupante » qui contrôlerait la vie et les allées et venues d’un million d’Arabes palestiniens. En juin 1967, quelques jours après la conquête par Israël de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du désert du Sinaï, Yitzhak Rabin demanda à Ben Gourion comment il envisageait l’avenir d’Israël avec la possession de ces nouveaux Territoires. Sa réponse fut cinglante: « Ces Territoires majoritairement peuplés d’Arabes doivent nous servir de monnaie d’échange pour conclure une paix viable avec les pays arabes. La Mission du peuple d’Israël sur sa Terre ancestrale n’est sûrement pas de devenir une puissance occupante. Exercer un contrôle autocratique sur la destinée d’un million d’Arabes ne fera que corrompre la société israélienne et miner de l’intérieur la démocratie que nous nous escrimons à bâtir.» LVS : Qu’aurait pensé David Ben Gourion de la demande, non négociable, formulée par l’actuel Premier Ministre d’Israël, Benyamin Netanyahou: que les Palestiniens reconnaissent la spécificité juive de l’État d’Israël ? T.F. : Ben Gourion se serait soucié comme d’une guigne de ce débat. Il a toujours cru profondément en la raison d’être d’un État juif et sioniste. Ce que les autres disaient et pensaient d’Israël, ça le laissait indifférent. Il clamait souvent: « Ce qui importe, ce n’est pas ce que les magazine LVS | mars 2014 27


Goyim disent, mais ce que les Juifs font ». Le fait que Mahmoud Abbas reconnaisse ou non la spécificité juive de l’État d’Israël, ça n’aurait pas été pour lui un enjeu majeur. Que les Palestiniens et les Arabes l’admettent ou pas, aujourd’hui, Israël est un État fort et souverain, dont les droits historiques inaliénables ont déjà été reconnus par plus de 160 pays membres de l’O.N.U. C’est l’une des plus importantes réalisations du Mouvement Sioniste. Le principal credo idéologique des Sionistes a toujours été le « Tahless », c’est-à-dire les réalisations concrètes, et non les vœux chimériques. LVS : Le legs politique de David Ben Gourion est-il toujours vivace dans la société israélienne d’aujourd’hui ? T.F. : Indéniablement. Aujourd’hui, beaucoup d’Israéliens évoquent et se réfèrent assidûment au legs que Ben Gourion nous a laissé dans plusieurs domaines: politique, sécuritaire, social, éducatif… Dans l’Israël de la deuxième décade du XXIe siècle, Ben Gourion est considéré comme un leader charismatique et très pragmatique dont la vision audacieuse a changé radicalement la destinée du peuple juif. Au niveau politique, ce stratège hors pair était avant tout un « centriste » invétéré. Ben Gourion fut un rassembleur exceptionnel qui est parvenu à rapprocher des groupes défendant des positions idéologiques très opposées: Juifs orthodoxes et Juifs laïcs; Sionistes de gauche et Sionistes de droite; Socialistes et Libéraux… Son but était de renforcer les liens entre les divers groupes qui allaient devoir cohabiter dans le nouvel État d’Israël afin de consolider progressivement les assises de celui-ci, certes fragiles. LVS : Donc, David Ben Gourion était très réfractaire à l’idéologie du « politiquement correct » ? T.F. : Sans aucun doute. Ben Gourion était un Mapaïnik réaliste horripilé par le « politiquement correct ». Sur le plan économique, le Socialiste impénitent qu’il était n’exécrait pas le Système économique capitaliste. Au contraire, il rappelait sans cesse aux cadres dirigeants et aux membres de son Parti, le Mapaï, qu’au niveau économique, un État moderne devait absolument se doter d’un libre Marché. Dans les années 50, dans les cénacles socialistes israéliens, de tels propos étaient considérés comme hérétiques. Sur le plan politique, Ben Gourion ne campait ni à gauche, ni à l’extrême gauche, mais au centre. Ariel Sharon et Shimon Péres sont des dignes héritiers de Ben Gourion. En 2005, ces deux figures de proue du monde politique israélien, provenant de deux Mouvances politiques aux antipodes l’une de l’autre au niveau idéologique, ont démontré très concrètement leur grand attachement aux legs de Ben Gourion lorsqu’ils décidèrent d’unir leurs talents politiques respectifs au sein d’un nouveau Parti centriste, Kadima.

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La version française du « Journal » de David Ben Gourion, coéditée par Tuvia Friling et Denis Peschanski La percée électorale fulgurante réalisée par le Parti centriste Yesh Atid, fondé par Yaïr Lapid, lors des dernières élections législatives israéliennes, qui ont eu lieu en janvier 2013 -ce Parti a obtenu 19 sièges à la Knesseth-, est une autre preuve manifeste de l’influence, toujours très vivace, de l’héritage politique de Ben Gourion sur la société israélienne. LVS : Quel regard David Ben Gourion aurait-il porté sur l’État d’Israël d’aujourd’hui  ? T.F. : Je suis sûr que Ben Gourion aurait été très fier de l’État d’Israël de 2014 et des réalisations extraordinaires que le peuple israélien a accomplies en l’espace de six décennies sur les plans économique, scientifique, technologique, social… Malgré ses ombres, ses faiblesses, ses échec, ses conflits internes, Israël est aujourd’hui un pays vibrant et très performant dans deux créneaux fondamentaux du XXIe siècle: l’Économie du savoir et la Haute Technologie. Mais, malgré ses grandes réussites -le retour d’un peuple sur sa Terre après 2000 ans d’éclipse; la renaissance de sa langue, l’hébreu; une croissance économique et un Modèle HighTech qui font pâlir d’envie les autres pays occidentaux; l’intégration de plusieurs millions de réfugiés; ses Prix Nobel; son Cinéma et sa Littérature très créatifs encensés mondialement… —, Israël reste le seul pays au monde dont l’existence est toujours contestée. La « Normalité », un des grands objectifs du Projet Sioniste, n’a pas été encore atteinte. S’il était encore vivant, Ben Gourion aurait sans doute dit à ses concitoyens: « Soyez très fiers de ce que nous avons accompli jusqu’ici. Mais n’oubliez jamais vos frères et sœurs les plus déshérités — depuis le début des

Livre collectif dirigé par Tuvia Friling

années 90, le nombre de ces derniers n’a cessé de croître dans la société israélienne à cause des inégalités socioéconomiques effarantes qui sévissent en Israël. Le Sionisme a toujours été synonyme de « Droit », de « Justice » et d’« Équité ». Ne trahissez pas ces valeurs morales qui sont vitales pour l’avenir du peuple juif ». Les conseils politiques fort judicieux prodigués par ce grand Sage continuent encore aujourd’hui à interpeller le peuple israélien.

Elias Levy


Opinions sans frontières

Ces parents qui en ont marre Elisha, la fille cadette de mon ami Arié, quitte l’école juive. Plus qu’une surprise, c’est un choc. D’autant qu’elle baigne dans ce milieu depuis la première année du primaire, qu’elle y a noué de solides amitiés, qu’elle excelle dans ses études et qu’il ne lui reste que deux ans pour compléter son secondaire. Ça m’a fichu un coup. Comment lui, qui avait fréquenté l’école publique mais fait le choix de scolariser ses deux enfants en milieu juif pour y recevoir une bonne formation générale et développer leur identité et leur sentiment d’appartenance, avait-il failli, déposé les armes et fait défection? Sans être un bénévole engagé ni un pilier de synagogue, il a cependant un réel attachement pour la Communauté. Il s’est toujours senti concerné par ses défis et son avenir. D’où son choix pour l’école juive. Une autre défection donc, une de plus qui s’ajoute aux autres. À toutes les autres. Un peu comme ce robinet qui ne cesse de s’égoutter ou ce tuyau d’arrosage percé, des jeunes quittent l’école juive inexorablement, de façon imperceptible, en douce, sur la pointe des pieds, par la porte d’en arrière. Ces défections seraient surtout sensibles au secondaire. Combien sont-ils exactement à quitter le réseau juif au cours du secondaire? Pour quelles raisons? Y a-t-il des écoles plus touchées que d’autres ? Difficile à dire, puisqu’aucune instance communautaire ne compile ce type de données et, pour une question de réputation, les écoles sont réfractaires à rendre public l’information et restent donc muettes à ce sujet. Hémorragie lente mais continue, semble-t-il. Arié, comme tant d’autres parents, en a tout simplement marre. Marre de payer le gros prix. Parce qu’il gagne correctement sa vie, sans pour autant rouler sur l’or, il est inéligible à un allégement des frais de scolarité qui ne cessent d’augmenter année après année. Ras le bol du « paie et taistoi » et d’être pris en otage par ces administrations qui, malgré le discours officiel, se foutent royalement du point de vue, besoins et attentes des parents. Marre d’être pris pour un débile profond par tous ces conseillers pédagogiques baveux et prétentieux qui savent mieux que personne ce qui est bon pour les élèves. Ras la casquette, comme parent, de se faire traiter de colonisé parce que son enfant n’est pas inscrit dans une école séfarade pur jus; de traitre, s’il a la fâcheuse idée de l’inscrire dans une école Ashké ou de déserteur, s’il a l’odieux de le scolariser dans une école goy, mettant ainsi en péril la pérennité de la communauté. Plus capable d’entendre ces rabbins en lieu et place du Dvar Torah, faire un prêche en montrant du doigt ces parents qui « se font complices des écoles Ashkénazes qui détournent leurs enfants de l’école Séfarade, de son passé glorieux et de son héritage culturel, philosophique et liturgique ». Ras le pompon de ces programmes et manuels scolaires importés et plaqués, sans égard à une réalité historique, socioculturelle et éducative étrangère à ces importations. Marre de cette manie, pour ne pas dire de cette obses-

sion, à toujours reluquer du côté des États-Unis et de la France pour y importer des pratiques soi-disant avant-gardistes en lecture, en mathématiques, en résolution de problèmes et en sciences. Il y en a vraiment qui dorment au gaz. Ça fait des années que ces pays font piètre figure aux évaluations de l’OCDE ! C’est du reste ce que confirme la toute récente enquête de l’Organisation de Coopération et de Développement Économique qui indique que les élèves canadiens affichent un rendement élevé dans ces matières. Tandis que le score moyen était de 494 dans l’ensemble des pays participant à l’étude, le Canada affichait une note de 518. Pourquoi donc chercher ailleurs, alors que le Canada et le Québec se classent loin devant la « mère patrie » et celle de la retraite à ces mêmes évaluations ? A-t-on seulement le réflexe, l’intérêt ou la curiosité de voir ce qui se fait ici et sinon, pourquoi ? Qui sont les colonisés ? Plein le casque de la gadgétisation de l’enseignement, des innovations pédagogico-didactiques, de tout et n’importe quoi, aux seules fins de marquer sa différence et attirer de nouvelles clientèles; de la cannibalisation ou, à tout le moins, de la féroce compétition entre réseaux scolaires, des tensions entre corps enseignant, administration et conseil d’administration. Plein les bottes de l’opacité, du manque de transparence, du fait accompli et du double langage. Marre surtout de se sentir coupable. Mais de quoi  ? Et d’avoir mauvaise conscience. Mais pourquoi ? Enough de voir le niveau académique en perte de vitesse, année après année, aux dires d’anciens élèves et même de professeurs, sous couvert de la confidence, sans que rien de véritablement sérieux ne soit entrepris pour redresser ou, à tout le moins, freiner cette baisse de niveau. Quoi que l’on pense des palmarès, évaluations et autres classements, force est de reconnaître que nos écoles, sauf exceptions et quelques embellies sans effets durables, perdent chaque année un peu plus de terrain. Rien d’alarmant ni de dramatique toutefois, mais un recul de quelques places d’année en année, ça devient embarrassant sur une décennie. Encore bonnes, mais moins qu’avant. Marre de ces profs souvent absents et rarement remplacés; de devoir attendre, parfois plusieurs semaines, un enseignant que l’administration n’a toujours pas réussi à embaucher pour dispenser telle ou telle matière. Il semblerait que les profs de maths et physique-chimie soient devenus une denrée rare. Ras le bol de se faire constamment dire « faites-nous confiance » et de constater que rien ou si peu n’est fait. La patience s’émousse et la confiance s’érode. Ras la couette de payer les deux-tiers de la facture pour les études juives, alors qu’absolument rien, outre le déductible d’impôts, ne justifie pareil montant. À titre d’exemple, pour l’année scolaire 2013-2014, les frais de scolarité, au secondaire, s’élèvent en moyenne à 9 800 dollars, dont quelque 7 000 $ pour les études juives. Comparativement à l’année précédente, il s’agit

Maurice Chalom

d’une augmentation de 7 %; une augmentation de loin supérieure à l’inflation et aux augmentations de salaire. Et tout ça pour quoi ? Si au moins les élèves étaient parfaitement trilingues et pouvaient lire le journal ou tenir une véritable conversation Bé Ivrit, la pilule serait moins dure à avaler. Mais c’est rêver en couleur. Dans le meilleur des cas et sauf exception, ils arrivent à balbutier quelques phrases maladroitement construites, au pire, ils sont analphabètes. Et dire qu’Éliezer Ben Yehouda s’est battu toute sa vie pour que Ivri, daber Ivrit ! Outre les écoles orthodoxes, l’école juive Mainsteam est de plus en plus une école pour Juifs. Plus capable de se faire jeter au visage, au nom du devoir de mémoire, une identité séfarade fondée sur une liturgie, un folklore, un âge d’or judéo-espagnol et un passé judéo-berbéroislamo-marocain souvent mythifié, et une identité juive construite, pour l’essentiel, autour de l’Appel juif unifié, la Communauté, la Shoah et Israël. Cet enseignement de la Shoah, entrepris dès les premières années du primaire, ressassé sans cesse tout au long du secondaire, culmine avec la Marche des vivants, au cours de laquelle les élèves de cinquième secondaire se recueillent sur les vestiges d’un judaïsme plurimillénaire disparu à tout jamais et marchent dans les pas de communautés parties en fumée dans un pays où l’antisémitisme refleurit et s’affiche à nouveau sans complexe, avant de s’envoler pour Israël - comme si ce fut à cause ou grâce à la Shoah que Medinat Israël a vu le jour - pour une semaine de tourisme et de fun. Est-ce parce que la Communauté se sent oubliée ou peu concernée par ce type de voyage, qu’elle incorpore à son programme de leadership un périple « retour aux sources » aux pays du Maroc et de l’Espagne, avec pèlerinage sur les tombes de Tsadikim et de Mekoubalim, visites de synagogues, Mellahs et autres vestiges de quartiers juifs tombés en déshérence ? Est-ce là l’objectif essentiel, la raison d’être des études juives ou de la formation au leadership communautaire : contribuer, par nos deniers, au fleurissement de l’antisémitisme polonais ou marocain et à la découverte superficielle, magazine LVS | mars 2014 29


au pas de course, de ces lieux de mémoire et d’Israël, dans le confort nord-américain d’hôtels cinq étoiles, de bus climatisés et d’évènements festifs ? Jusqu’où ira cette surenchère mémorielle, ce matraquage identitaire entre la Marche des vivants ?Pologne-Israël et Mémoire et continuité ? Espagne-Maroc ? Cocon, carcan et ennui L’école juive qui, pour bon nombre de parents, se présentait comme un cocon, un lieu de construction, de consolidation et d’épanouissement de la judéité de leurs enfants, est devenue, au fil des ans, un carcan étouffant à force de rabâchage de la singularité de l’être juif – comprise par plusieurs comme une forme de supériorité par essence, d’une réticence, pour ne pas dire d’une résistance à s’ouvrir sur la société et le monde goy – une paranoïa typiquement juive (?) - et d’une incapacité voire d’une impossibilité à véritablement répondre à leurs attentes et besoins. Alors, discrètement, mais jamais le cœur joyeux, des parents retirent leur progéniture de l’école juive Mainstream et l’inscrivent dans l’un des collèges privés francophones ou anglophones pour entamer, poursuivre ou compléter le secondaire. Pourquoi Arié, qui ne jurait que par l’école juive, a-t-il pris la décision de sortir sa fille de son école ? Pourquoi maintenant, en secondaire 4, année cruciale s’il en est, à deux encablures de sa graduation ? Voilà bientôt deux ans qu’Elisha veut sortir du cocon et connaître le « vrai monde », comme elle dit. Deux ans qu’Arié et son épouse résistent, reportant à l’année suivante une décision difficile à prendre, en espérant secrètement que leur cadette finira par changer d’idée. Et puis, c’est quoi le vrai monde? Ses copines et leurs parents, ses profs; n’est-ce pas du vrai monde ? Pourquoi vouloir changer d’école, alors que c’est elle qui, dès la fin du primaire, a fait des pieds et des mains, déterminée à intégrer cette école pour être avec ses copines et suivre les traces de sa grande sœur qui venait tout juste de graduer avec brio ? Mais voilà, après toutes ces années, Elisha n’y trouve plus d’intérêt et s’ennuie. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir un bon réseau d’amis et depuis le début du secondaire, elle cartonne avec 90 de moyenne générale, et est appréciée de tous ses professeurs. Sans être une nerd, loin s’en faut, elle est en math enrichie, en français classique, en classe avancée pour ce qui est des études juives et l’une des rares, sans être israélienne, à parler l’hébreu à peu près aussi couramment que le français et l’anglais. Elisha sait qui elle est : une jeune Juive sans complexes, au clair avec son identité, consciente de son histoire et de ses origines. Une traditionnaliste, sans être frum ni même Bnei Akiva. Une jeune Juive de son temps, bien dans sa tête et bien dans ses baskets. Pourtant, le plaisir de se lever le matin pour prendre le chemin de l’école n’y est plus. Elle, qui désire apprendre l’espagnol comme quatrième langue, approfondir ses aptitudes pour la peinture et développer son goût pour la danse, a le sentiment de plafonner et de tourner en rond. Les mêmes enseignants attentifs et attentionnés, le même groupe-classe chaleureux, mais toujours la même routine rythmée par les périodes de math, français, anglais et his-

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toire-géo. Par les projets en sciences, les concours d’art oratoire et de mathématique. Ivrit, Tanakh, Moreshet, Historia Hayéoudit. L’exode, Massada et Bar-Korba. L’exil. Ashkénazes et Séfarades. L’inquisition, les pogroms et la Shoah. Toujours la Shoah. Les célébrations de Hannouccah, la récitation de Meguilat Esther et le carnaval de Pourim. Les commémorations de Yom Ha Shoah, Yom Ha Zikaron et Yom Ha Hatsmaout. Les premières Alyot, le Yishouv et Israël. Encore Israël. Israël pour toujours. Depuis le secondaire un, l’année scolaire se déroule sans surprise. Du déjà vu. L’école n’y est pour rien, s’empresse-t-elle de dire, et fait ce qu’elle peut. Mais voilà, Elisha a besoin d’autre chose. Pour mon ami Arié, mis à part le fait de voir sa fille heureuse et épanouie, c’est tout bêtement la facture à payer qui eut gain de cause de sa réticence. Au lendemain du dernier jour de classe, c’est avec effarement qu’il reçoit le compte à payer pour la prochaine année scolaire. Pas même le temps de souffler. 7% d’augmentation, répercutés sur les études juives, sans explication ni justification. Comme si c’était une évidence, un acquis, quelque chose de normal que de devoir toujours payer davantage pour les études juives. Et bien sûr, vacances d’été obligent, personne à qui parler, pour obtenir une quelconque explication. Il se dit que, sans doute, cette information se trouve quelque part sur le site web de l’école. Mais non. Ce site, avec ses onglets « en construction », est muet, sur ça comme sur le reste : fournitures scolaires et manuels à se procurer, uniformes, horaires, etc. Informations à venir. Toujours à venir, sauf le compte à payer, qui lui doit être honoré sur réception. Comme de par le passé, il faudra donc attendre le début des cours pour enfin savoir ce qu’il faut acheter, alors que les parents ont tout l’été devant eux pour se préparer. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? C’est décidé, Elisha complétera son secondaire dans un autre établissement. Une fois la décision prise, les choses ont déboulé rapidement. Lister les collèges subventionnés, classés parmi les meilleurs et qui excellent aux examens du Ministère. Aller sur leurs sites pour voir les programmes offerts et les conditions d’admission. Toute l’information est là, disponible. Des fournitures scolaires, aux uniformes, en passant par l’horaire, jusqu’aux adresses courriels des profs, le menu de la cafétéria et le cycle de conférences pour les parents. Tout y est. Il suffit de soumettre la liste à Elisha et prendre rendez-vous. Étude du dossier et entretiens. En deux coups les gros, l’affaire est entendue. Au vue de ses résultats scolaires, elle est acceptée partout. Veut-elle s’inscrire dans un programme sports-études ou dans une concentration en musique, arts visuels ou en danse ? Est-elle intéressée à apprendre une autre langue étrangère, l’Espagnol, l’Italien, l’Allemand ou le Mandarin ou simplement poursuivre dans le programme régulier ? En plus de l’Anglais langue maternelle, math avancé et Français enrichi, elle se décide pour une concentration en danse et l’apprentissage de l’Espagnol, et opte pour un collège situé à un quart d’heure en autobus de la maison. Frais de scolarité ? Le tiers de ceux de son ancienne école. Oui, exactement le tiers. Comme

le dit Arié avec humour « ça me permettra d’augmenter mon pledge à l’Appel juif unifié ». Avant d’envoyer cette chronique au responsable de la rubrique Opinions Sans Frontières, je l’ai fait lire à Arié et Elisha, histoire de m’assurer que j’avais fidèlement rapporté leur témoignage. Après l’avoir lue et souri, Arié me demande si j’accepterai de rencontrer d’autres parents qui ont décidé, eux aussi, de délaisser l’école juive. Tu parles d’une question ! Par un dimanche matin frisquet mais ensoleillé, nous nous sommes donc retrouvés, une vingtaine de parents dans un troquet sur Monkland, à la grande satisfaction du proprio. Des quadras et quinquagénaires, une majorité de Séfs, pas mal d’Ashkés et quelques kippot. Tous parfaitement bilingues. Chacun veut témoigner et expliquer sa décision. Tous avaient fait le choix de l’école juive Mainstream, convaincus que ce type d’école était, pour leur progéniture, parfait pour le développement de leur identité juive, de leur sentiment d’appartenance avec la communauté et d’identification à Israël. Et pour ça, ils étaient prêts à faire des sacrifices. Pour plusieurs parents présents, l’éducation juive est indispensable surtout au primaire, alors que pour d’autres, c’est au secondaire qu’elle est primordiale. Mais, voilà, l’absence d’une communication de qualité entre l’administration et les parents fait défaut, et, plus souvent qu’autrement, ils ont eu le sentiment d’avoir été mis devant des faits accomplis par des conseils d’administration aux (trop) pleins pouvoirs. Les frais de scolarité augmentent, alors que le niveau académique baisse. Les bons profs quittent à pleine porte, tandis que le recrutement de jeunes enseignants talentueux est laborieux. Le « trop plein de matières juives » en incommode plus d’un, mais l’autocensure et le silence prennent le dessus sur les doléances et les récriminations. L’école juive-cocon est perçue par bon nombre comme une école-gadget avec, à l’heure du village global et de la mondialisation, beaucoup trop d’emphase sur les nouvelles technologies au détriment des langues et des cultures. En d’autres mots, des parents insatisfaits qui n’en ont pas pour leur argent et écœurés de ne pas être entendus. Plutôt que de mener bataille, perdue d’avance, selon eux, ils expriment leur exaspération avec leurs pieds et sortent leurs enfants… sur la pointe des pieds. D’une seule voix, ils affirment que leur décision est dictée par une insatisfaction généralisée; à commencée par celle d’être considérés comme des tiroirs-caisses et non comme de véritables partenaires de l’éducation de leur progéniture. C’est ce « paie et tais-toi » et le manque de choix qui les ont fait débarquer. Comme l’exprime l’un d’eux: « à un moment donné, trop, c’est trop ». Quant aux solutions, sur ce qui serait possible de faire ou sur ce qu’ils aimeraient voir comme changements, ils s’entendent pour dire qu’il est impératif et urgent de refondre le deuxième cycle du secondaire (3 ème, 4 ème et 5 ème) et d’offrir différentes concentrations. Pour qui veut poursuivre et approfondir les matières juives, il y aurait la concentration Yaadout, avec Tanakh, Moreshet et Historia Hayéoudit. Pour ceux davantage intéressés aux


Opinions sans frontières langues, l’école pourrait offrir une concentration langues et cultures, avec, en plus du Français et de l’Anglais, un approfondissement de l’Hébreu et l’ajout d’une quatrième langue : l’Espagnol, le Japonais ou, pourquoi pas, le Mandarin. Avec un milliard deux cents millions de locuteurs, c’est un pensez-y bien. « Imaginez, dit un parent enthousiaste, des élèves parfaitement quadrilingues dès la fin du secondaire. N’est-ce pas un atout de taille ? » Et pour ceux ayant de véritables prédispositions artistiques ou sportives, l’école pourrait offrir une concentration arts ou sports-études. Puisque le corps enseignant est déjà constitué, ces concentrations pourraient

tout à fait se greffer à ce qui est actuellement offert  : l’ensemble des matières obligatoires identifiées par le Ministère de l’éducation, en vue de l’obtention du diplôme de fin d’études. Aux dires des parents présents, ce modèle existe et fait ses preuves depuis des décennies dans ces collèges que fréquentent maintenant leurs enfants. Dès lors, pourquoi ne pas s’en inspirer pour nos écoles ? La question est soulevée. Bien sûr, loin d’être naïfs, ces parents savent fort bien que ce n’est pas une rencontre vide-cœur qui changera quoi que ce soit. Certainement pas à court terme.

Mais changement, il y aura, en autant que les leaders communautaires acceptent de prendre au sérieux les parents, d’entendre ce qu’ils ont à dire et d’arrêter jeux de coulisse et politicailleries de bas étage. Après tout, identité, héritage et performance ne sont pas incompatibles. À quand un véritable forum sur l’éducation juive ? Affaire à suivre. Merci à Jacky, le bistrotier, pour son accueil et ses viennoiseries, et désolé pour le Balagan. Il est temps pour moi de clore cette chronique. J’en connais un qui va (encore) râler, en voyant la longueur du texte. Elie, mes excuses ! Maurice Chalom

Le tropisme de Stephen Harper

La première image est toujours celle qui reste gravée dans les esprits. À l’été 2006, le Hezbollah libanais enlève deux soldats israéliens, provoquant une riposte cinglante d’Israël. Quelques jours après le déclenchement des hostilités, qui vont durer plus d’un mois, le premier ministre estime que la réplique israélienne « est mesurée ». La déclaration étonne, sinon scandalise. Pour l’opinion publique, comment des bombardements systématiques et intensifs de cibles libanaises, qui allaient provoquer la mort de 1200 civils libanais, sont-ils une réponse mesurée à l’enlèvement de deux soldats israéliens par le Hezbollah ? À l’époque, on oublie un peu vite que le conflit est plus sérieux qu’un simple enlèvement et qu’Israël est alors l’objet de tirs de missiles systématiques depuis des semaines. Stephen Harper refuse de revenir sur sa déclaration. En fait, il trace alors une ligne rouge : jamais lui et son gouvernement ne critiqueront publiquement Israël. Au contraire, chaque fois qu’il en a l’occasion, le premier ministre fait l’éloge d’Israël, de sa démocratie, de son caractère unique. Ainsi, lors de son discours du 20 janvier 2014 devant la Knesset, il rappelle l’histoire douloureuse du peuple juif, son combat quotidien pour sa survie, et affirme l’impératif moral de soutenir Israël. Cette communion, certains diront cet alignement sans nuances, avec Israël s’explique aisément. Pour Harper, Israël est victime d’un dénigrement universel. Les condamnations partiales et répétitives aux Nations unies ou dans d’autres enceintes, les appels au boycottage, les conflits permanents avec certains états arabes, les propos haineux contre les Juifs, ont créé depuis une soixantaine d’années un environnement délétère où l’État juif apparaît comme l’incarnation du mal alors que tout autour le règne

de la dictature, des massacres, de l’oppression n’émeut guère une grande partie de l’opinion publique mondiale. Dès lors, le premier ministre refuse « de prendre Israël à partie sur la scène internationale » comme il l’a dit devant la Knesset, afin de ne pas participer à un processus qui a pour effet de « délégitimer » l’État hébreu. Sur la forme, donc, Stephen Harper ne cède rien. Qu’en est-il du fond, de la substance de la politique proche-orientale canadienne sous les conservateurs ? Ici, même si le premier ministre a une position plus affirmée que ses prédécesseurs, il joue bien ses cartes. La cause palestinienne illustre cette posture : il souffle le chaud et le froid. La cause palestinienne n’a aucune résonnance chez le premier ministre. Cela se voit, cela se lit, cela s’entend. Les propos de circonstances consacrés aux Palestiniens dans son discours devant la Knesset ne trompent personne. On est loin des déclarations de Nicolas Sarkozy et de François Hollande dans la même enceinte. Le premier ministre laisse à son ministre des Affaires étrangères, John Baird, ce délicat dossier. Cela donne lieu, du moins jusqu’à tout récemment, à des incidents humiliants sinon carrément grossiers envers les Palestiniens. Ainsi, en février 2012, lors d’une visite en Cisjordanie, Baird n’hésite pas à critiquer publiquement le président Mahmoud Abbas à propos de sa décision de demander l’admission de la Palestine à l’ONU avant même la signature d’un accord de paix avec Israël. Quelques mois plus tard, joignant le geste à la parole, Baird est le seul ministre au monde à se rendre à New York afin de dénoncer du haut de la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU le vote qui allait se dérouler quelques minutes plus tard afin de permettre à la Palestine de devenir un État observateur. Même le très conservateur et pro-israélien quotidien National Post ne cache pas sa gêne devant un tel comportement. La rhétorique brutale et sans précédent dans les annales diplomatiques de notre pays envers les Palestiniens ne doit pas nous faire oublier l’essentiel. Le Canada adhère toujours au consensus international sur le conflit au ProcheOrient et sur la question palestinienne : il appuie la création d’un État palestinien, ne reconnaît

Crédit de photo: LaPresse.ca

La politique étrangère de Stephen Harper est-elle plus pro-israélienne que celle de ses prédécesseurs? De nombreux journalistes, commentateurs et politiciens, anciens comme actuels, le pensent. Selon le refrain entendu, depuis son arrivée au pouvoir en 2006, le premier ministre aurait marqué un virage à 180 degrés par rapport à la position canadienne sur les questions proche-orientales, en particulier sur le conflit israélo-palestinien. Comment départager le vrai du faux?

Jocelyn Coulon pas l’annexion unilatérale de Jérusalem-Est ainsi que le contrôle permanent exercé par Israël sur les territoires occupés en 1967 (le plateau du Golan, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza), maintient son ambassade à Tel-Aviv, et estime que les colonies de peuplement constituent un obstacle sérieux à l’instauration d’une paix globale. Ici, les mots veulent dire des choses et ceux-ci engagent le Canada. Il s’y tient et, récemment, Ottawa a renoué avec le leadership palestinien et a cessé de le sermonner. Stephen Harper et son gouvernement ont clarifié la position canadienne sur la question israélo-palestinienne. Contrairement à leurs prédécesseurs, pourtant tous pro-israéliens, ils ne disent pas une chose pour en faire une autre. C’est salutaire. Ils leur restent maintenant à faire preuve d’un peu plus de discernement lorsqu’ils abordent publiquement cette question. Jocelyn Coulon L’auteur (j.coulon@umontreal.ca) est directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM de l’Université de Montréal.

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Le mythe du XXIème siècle Janvier 2014 restera un mois noir dans la politique française et dans les relations entre la communauté juive française et la nation. Pour la première fois depuis 1945, en effet, un antisémitisme explicite, militant, s’est manifesté à large échelle dans l’opinion publique et dans la rue. Il y a d’abord eu l’affaire Valls-Dieudonné. Le ministre socialiste de l’Intérieur, Manuel Valls, avait pris, dès les premiers jours de l’année, des mesures en vue d’interdire la tournée que l’exhumoriste franco-camerounais Dieudonné, dont les « spectacles » ne portaient désormais que sur des thèmes antisémites, antisionistes et négationnistes, comptait effectuer à travers la France. On aurait pu s’attendre à ce que Valls conforte ainsi sa cote de popularité, qui était déjà la plus élevée de la classe politique française (près de 60 % d’opinions positives en moyenne). Il n’en a rien été : au contraire, le ministre a chuté de plusieurs points (tombant à 53 %, par exemple, selon un sondage Ipsos/Le Point du 13 janvier). Il y a eu ensuite l’affaire « Jour de Colère », le 26 janvier. Au cours de cette manifestation de rue, dont l’objet premier était de fédérer les oppositions « de base » — indépendantes des appareils politiques — contre le président socialiste François Hollande, un groupe compact — lié à un autre agitateur, Alain Soral — a vociféré sans répit des slogans antisémites, tels que « Juif casse-toi, la France n’est pas à toi ». Le plus grave, ainsi que l’observait Ivan Rioufol le lendemain dans son blogue du Figaro, a été que ni les autres manifestants ni les organisateurs du rassemblement n’ont cru devoir intervenir. Des slogans analogues avaient déjà été entendus par le passé lors de manifestations islamistes : mais en arabe, et non en français, et devant des audiences infiniment plus restreintes. Il serait absurde de conclure de ces deux cas que la France est désormais globalement antisémite. Mais que l’antisémitisme qu’il soit en progrès, aussi bien à gauche qu’à droite, et tout particulièrement chez les jeunes, est désormais un fait incontrovertible. Après la Libération et la découverte des crimes nazis, l’antisémitisme avait été hors jeu en France, ou plutôt hors discours, comme dans la plupart des autres pays occidentaux. Ce consensus devait être pourtant ébranlé de façon spectaculaire le 27 novembre 1967, par l’homme qui était, a priori, le moins susceptible de le faire : Charles de Gaulle, ancien chef de la France libre, restaurateur des droits des Juifs dès 1943 en Afrique du Nord et dès 1944 en métropole, président de la République. Cela se passa au cours d’une « conférence de presse » du chef de l’État, un de ces événe-

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ments que d’aucuns, non sans ironie, qualifiaient plutôt de « grand messe » : un long exposé, devant la presse écrite et audiovisuelle française et étrangère, sur la politique française. Au mois de juin précédent, au lendemain de la guerre des Six Jours, de Gaulle avait adopté une attitude de « neutralité » entre Israël et les Arabes, qui, compte tenu de l’alliance et de l’entente qui avait existé jusque-là entre Paris et Jérusalem, équivalait déjà à une rupture : d’autant plus qu’il avait assorti cette prétendue neutralité d’un « embargo » sur les armes destinées aux « belligérants » ne pouvant frapper, les Arabes n’achetant pas de matériels français à l’époque, que le seul État hébreu. On s’attendait à des éclaircissements. On eut droit à une charge d’une violence inouïe : les Juifs, affirmait de Gaulle, étaient « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur »; l’État d’Israël, dont la création, sur des terres « acquises dans des conditions plus ou moins justifiables » avait soulevé des « appréhensions », avait prospéré grâce aux « vastes concours en argent, en influence et en propagande » des « milieux juifs » en Amérique et « dans beaucoup de pays »; et maintenant il s’engageait, dans les nouveaux territoires dont il s’était « emparé », une « occupation » qui ne pouvait aller « sans oppression, répression, expulsion » et qui susciterait nécessairement un « terrorisme ». L’homme qui avait incarné la résistance française face à l’Allemagne nazie et au régime de Vichy renouait, dans des termes d’autant plus blessants qu’ils étaient mélangés de quelques simulacres de compliments ou d’apitoiements, avec la thématique antisémite classique : dotés de pouvoirs occultes et ténébreux, avides et impitoyables, les Juifs avaient montré, en « attaquant » les Arabes, qu’ils étaient bien les éternels ennemis du genre humain… Ce revirement stupéfia les Juifs, et avec eux une bonne part de l’opinion française. Pour ceux qui n’avaient jamais cessé d’être antisémites depuis 1945, il constituait une absolution. Si un homme tel que de Gaulle s’exprimait ainsi, que pouvait-on encore leur reprocher ? Et comment désormais leur interdire de reprendre à voix haute les vieilles rengaines ? Néanmoins, l’antisémitisme resta encore largement tabou pendant plusieurs décennies. Quand il s’exprimait, c’était presque toujours derrière les masques et paravents de l’antisionisme. Jean-Marie Le Pen, le chef du parti d’extrême droite Front national, se livrait souvent à des « dérapages » verbaux à caractère antisémite : mais ceux-ci suscitaient en général de la réprobation, y compris dans son électorat. En lui succédant à la tête du parti en 2011, sa fille Marine s’est gardée de l’imiter sur ce point.

Comment expliquer la dégradation actuelle ? La crise économique mais aussi sociale et politique que traverse la France constitue un facteur important : le désarroi nourrit l’extrémisme. Le 22 janvier, Le Monde publiait un autre sondage Ipsos, selon lequel 8 % seulement des Français faisaient confiance à leurs partis politiques, tandis que 73 % faisaient confiance à la police et 79 % à l’armée. De tels chiffres annoncent souvent une révolution ou un coup d’État. Mais pourquoi cède-t-on plus particulièrement, dans un tel contexte, à une paranoïa antijuive ? L’antisémitisme français et occidental s’inscrit dans une très vieille tradition. Il remonte en fait au marcionisme, une hérésie chrétienne du IIe siècle. Marcion, évêque de Sinope, dans le nord de l’Anatolie actuelle, avait résolu à sa manière le dilemme fondamental du christianisme — comment se réclamer de la tradition juive tout en s’en écartant — en recourant à une réinterprétation dualiste : selon lui, loin de compléter l’Ancien Testament, l’Évangile s’y opposait. Car le Dieu de l’Ancien Testament, démiurge du Monde matériel, était en réalité le Diable; et le Dieu spirituel de l’Évangile — Jésus — sauvait l’humanité de son emprise. Dans cette perspective, les Juifs, peuple élu de l’Ancien Testament, ne pouvaient être qu’intrinsèquement pervers et malfaisants. Ils avaient « tué » Jésus; ils propageaient le vice et le malheur. Les grandes chrétientés historiques, qu’il s’agisse de l’orthodoxie, du catholicisme ou du protestantisme, ont rejeté le marcionisme sur le plan doctrinal : elles s’en sont tenues au « mystère d’Israël », tel que Paul l’expose dans L’Épître aux Romains : « les Juifs n’ont jamais été rejetés par D.ieu » (XI, 1); leur effacement, après la Passion, n’est que provisoire, et n’a d’autre but que de faciliter la conversion des païens « jaloux » à la foi chrétienne (XI, 11); à la fin des temps, quand les Juifs « reviendront à Dieu », ils retrouveront le rang « suprêmement élevé » qui est le leur (XI, 12); et attendant, les chrétiens doivent savoir que ce sont les Juifs qui les « soutiennent », comme « les racines soutiennent un arbre » (XI, 18). Mais dans la pratique, il était plus facile aux Églises, en particulier quand elles s’adressaient à la foule, de recourir à une rhétorique binaire analogue au marcionisme — pureté du christianisme, perversion du judaïsme — que d’enseigner les paradoxes pauliniens; et par voie de conséquence de traiter les Juifs en ennemis ou en parias plutôt qu’en « frères aînés ». Ce marcionisme de fait s’est incrusté, de manière systémique, dans la culture occidentale au Moyen-Âge, puis dans les cultures occidentales ultérieures, au prix de divers aménage-


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ments ou ajustements. On peut se faire une idée de sa rémanence à travers le film récent de Mel Gibson, La Passion du Christ (2004). Reprenant des « révélations » attribuées à une mystique allemande du XIXe siècle, Catherine Emerich, cette œuvre lie constamment les Juifs à des puissances démoniaques. Elle a rencontré un grand succès dans le public chrétien, tant chez les catholiques que les protestants, et jusque dans des milieux professant des sentiments judéophiles ou pro-israéliens. En termes politiques modernes, le marcionisme s’est traduit au XIXe siècle par deux doctrines : un antisémitisme d’extrême gauche,

en Afrique du Nord : le PPF de Jacques Doriot et le RNP de Marcel Déat (issus respectivement du communisme et du socialisme) avaient mis sur pied des sections musulmanes, et organisaient à leur intention des meetings à la Mutualité; la « Gestapo française » de la rue Lauriston recrutait massivement chez les Maghrébins, au point d’être quasiment devenue en 1944 une « Gestapo arabe ». Et ce qui est encore moins clairement perçu, c’est que des pogromes et des législations antisémites se sont multipliés dans le monde musulman sous l’influence directe du nazisme et du fascisme dès les années 1930 et le début des années 1940 : avant que le conflit israélo-arabe ou le sort des réfugiés arabes de Palestine ne servent de prétextes. Les pogromes se sont succédés en Algérie et en Turquie en 1934, en Irak en 1941, au Maroc en 1942, en Libye et en Égypte e en 1945; une législation implicitement discriminatoire a été promulguée en Égypte à partir des années 1930, une législation explicitement discriminatoire en Turquie en 1942-1944.

L’antisémitisme français et occidental s’inscrit dans une très vieille tradition. Il remonte en fait au marcionisme, une hérésie chrétienne du II siècle. laïcisé; et un antisémitisme d’extrême droite, ultracatholique. Il s’est réunifié au XXe siècle, à travers des mouvements politiques hybrides tels que le fascisme ou le stalinisme, puis s’est divisé à nouveau. De Gaulle, patriote républicain pendant sa maturité — les années 1930 et 1940 — , était né dans une droite catholique et « sociale » marquée par les deux antisémitismes, et peutêtre n’a-t-il fait, à la fin de sa vie, que revenir à l’état d’esprit où il avait baigné pendant son enfance et son adolescence. Nous assistons aujourd’hui en France à une nouvelle réunification de l’antisémitisme. Mais aussi à son extension: au marcionisme traditionnel français et européen s’ajoute en effet, par le biais d’une immigration de plus en plus importante venue du Maghreb, d’Afrique sahélienne et de Turquie, un quasi-marcionisme musulman, une déviation parallèle de l’islam tendant, elle aussi, à résoudre le dilemme des origines en diabolisant les Juifs bien au-delà de ce que suggèrent le Coran ou la Sunna. Les antisémitismes chrétien, postchrétien et musulman avaient commencé à se côtoyer et à s’interféconder dès le XIXe siècle : la haine d’un même Démon étant plus forte, apparemment, que la croyance en des Dieux différents — ou que les mépris et ressentiments liés à la domination coloniale européenne. Avant et pendant la Seconde guerre mondiale, ces convergences se sont précisées. On sait que l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste ont conclu une alliance générale avec l’islam, aussi bien dans le monde arabe (à travers le Grand Mufi de Jérusalem, le nationaliste irakien Rachid Ali, ou le Tunisien Habib Bourguiba) que dans les Balkans ou les régions occupées d’URSS, où ont été levées de nombreuses unités musulmanes SS. On sait moins que les collaborationnistes français ont fait de même en France occupée ou

Les convergences entre les antisémitismes occidentaux et musulmans se sont poursuivies, et renforcées, après la Seconde Guerre mondiale : de nombreux anciens nazis ont trouvé refuge en terre d’islam; et le néo-islam radical, tant sunnite (wahhabisme, Frères musulmans, salafisme, néo-ottomanisme) que chiite (khomeinisme), a conforté son antisémitisme propre par une doxa pseudo-scientifique empruntée aux antisémitismes européens (notamment à travers des ouvrages tels que Les Protocoles des Sages de Sion et Mein Kampf). De nouveaux pogromes ont eu lieu — dès 1947 en Syrie et au Yémen; des législations ouvertement antisémites ont été promulguées à partir des années 1947-1948 dans presque tous les pays arabes; des politiques d’exclusion puis d’expulsion ont été presque partout mises en place et menées à leur terme. A terme, c’est toute la culture des pays d’islam, savante ou populaire, véhiculée par l’État, les universités, les médias, l’édition, le cinéma, les mosquées et les madrassas, qui a été saturée d’antisémitisme occidental. Mais à la pénétration des antisémitismes occidentaux dans le monde islamique fait aujourd’hui suite un phénomène inverse : la remontée vers l’Occident des antisémitismes islamiques. La culture « marcionisée », voire nazifiée, qui prévaut dans le monde musulman reste en effet, dans une large mesure, celle des communautés musulmanes qui s’implantent dans les pays européens et qui en bouleversent peu à peu la démographie et la sociologie. En France, en particulier, les musulmans, immigrés ou enfants d’immigrés pour la plupart, forment aujourd’hui 10 % au moins de la population globale, mais 20 à 25 % des classes d’âge les plus jeunes.

Michel Gurfinkiel

Les élites et la classe politique françaises ont longtemps cru que les néo-Français musulmans s’accultureraient par le biais de « l’école républicaine » et des « droits de l’homme ». L’amère réalité, c’est qu’ils y parviennent bien plus facilement et bien plus complètement par le biais de l’antisémitisme, mythe fondateur qu’ils partagent avec un grand nombre de « Français de souche ». Si Dieudonné, humoriste de seconde zone, et son compère Alain Soral, acteur raté, ont acquis un tel poids, une telle auctoritas prescriptrice dans la France de 2014, c’est parce qu’ils effectuent cette alchimie dans leurs personnes. Dieudonné est franco-camerounais, à la fois Blanc et Noir, Français de souche et immigré. Soral, communiste devenu « nationaliste », puis « national-socialiste », prône « l’égalité et la réconciliation » entre Français et néo-Français musulmans. Mais l’alliage ne prend, pour l’un et l’autre, qu’à travers le discours et l’engagement antisémites. Le noir janvier de 2014 servira-t-il de cote d’alerte ? Pour l’instant, la classe politique ne se préoccupe que… de politique, c’est à dire des élections municipales de mars et des européennes de mai. C’est peut-être un peu court. Michel Gurfinkiel

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Une candidature de femme, qui plus est, orthodoxe, à la prochaine Présidence de l’État d’Israël ?

Dr Sonia Sarah Lipsyc Adina Bar Shalom songe à être candidate pour être Présidente de l’État d’Israël : une première en tant que femme, une révolution dans le monde ultra-orthodoxe.

Qui est Adina Bar Shalom ? Adina Bar Shalom est une femme singulière qui œuvre pour l’éducation et la formation professionnelle des femmes d’abord, et des hommes ensuite, au sein du monde haredi, ultra-orthodoxe, ainsi que pour une meilleure intégration de cette communauté, en évolution démographique, au sein de la société israélienne. Femme de rabbin, elle est la fille ainée du rabbin Ovadia Yossef (1920-2013), ancien Grand Rabbin Séfarade de l’État d’Israël, qui fonda le parti ultra-orthodoxe séfarade Shass et qui, jusqu’à son décès en octobre dernier, fut le leader incontesté du monde juif séfarade en matière de référence rabbinique contemporaine. Grâce à l’appui de son père, Adina Bar Shalom réussit à créer, en 2001, le College Haredi de Jérusalem1, l’un des premiers si ce n’est le premier institut d’études supérieures pour les femmes du milieu haredi. Elles peuvent ainsi y étudier la psychologie, les sciences de l’éducation, sciences sociales, la communication et les sciences fondamentales. Déjà plus de 350 diplômées du College Haredi de Jérusalem sont sur le marché du travail et ont été suivies par 250 hommes environ qui ont également achevé un de ces cursus diplômant. « Son succès, en la matière, fait d’elle l’une des chefs de file de la société israélienne » écrit à son sujet sur son site la Fondation de Jérusalem qui lui octroie des fonds ». Adina Bar Shalom s’attela, pour plusieurs raisons, à la création de cet Institut qui permet d’acquérir des connaissances formatrices et de niveau universitaire, tout en respectant

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les règles du monde orthodoxe notamment la non mixité ou d’autres codes sociaux. D’abord, elle était affligée par l’indigence croissante du monde ultra-orthodoxe dont les autorités rabbiniques poussent généralement les hommes à se consacrer exclusivement à l’étude de la Torah au détriment d’une autre formation ou d’un travail, et pour laquelle ils ne reçoivent que quelques subsides de l’État ou de fonds privés. « Un grand pourcentage des rabbins ne sont pas conscients de la profondeur de la pauvreté dans la société », dit elle tristement, « et les gens ne peuvent plus nourrir leurs enfants »2. Elle était aussi marquée par le manque de formation des femmes sur qui reposent en grande partie les moyens de subsistance de ces familles. Enfin, elle put constater dans son parcours personnel, elle qui ne put apprendre ce qu’elle souhaitait mais suivit toutefois un peu tardivement, une école laïque de couture et de mode à Tel Aviv, le fossé, l’incompréhension voire la haine qui régnaient entre une partie de la société israélienne, lasse de supporter le joug de l’économie israélienne et le monde ultra-orthodoxe replié sur lui-même.3 Il est fort probable que si Adina Bar Shalom n’avait pas été soutenue par son père, elle aurait échoué dans sa tâche et sans doute aurait été mise au ban de la société ultra-orthodoxe comme le fut le rabbin Haim Amsellem ancien député du Shass qui rompit aussi le silence sur la situation dramatique de la communauté ultra-orthodoxe et de l’idéologie qui la sous-tend (refus de l’éducation séculaire, de formation, d’entrer sur le marché, de servir dans l’armée, poids des responsabilités économiques sur les femmes, etc.)4. Il dut même, pendant un temps, être accompagné de gardes du corps pour faire face aux menaces car ces prises de position étaient considérées par certains comme une trahison5. Adina Bar Shalom posera-t-elle sa candidature pour être Présidente de l’État d’Israël ?

Les obstacles Il y a peu, Adina Bar Shalom, 69 ans, femme de rabbin et mère de trois enfants, a exprimé son désir d’envisager de se présenter comme candidate à la Présidence de l’État d’Israël puisque le mandat de Shimon Peres se termine en juillet 2014 et que les élections pour la nomination d’un nouveau Président par les députés de la Knesset (Assemblée législative) se tiendront en avril prochain. Pour l’heure, elle tâte le terrain et cherche des soutiens auprès des députés du Shass et au-delà car il lui faut le soutien de dix députés pour déposer sa candidature. Et si le Shass compte 11 députés, elle n’est pas certaine d’obtenir leur approbation puisque leur attitude à son égard est ambivalente. D’un côté, il n’y a eu, jusqu’à présent, aucune femme député au Shass comme dans les autres partis ultra-orthodoxes d’Israël tel que « Yaadout HaThora »,

l’actuelle formation ashkénaze (7 députés)6. En effet, dans ces milieux, les femmes ne se présentent pas comme candidate dans ces partis et ne représentent pas leurs communautés. « Selon notre vision, une femme ne peut être députée à la Knesset » a déclaré le député Shass, Nissim Dahan. Il reflète ainsi le point de vue quasi exclusif parmi les leaders du monde ultra-orthodoxe en déclarant : « une femme ne peut être exposée au regard de la sphère public » désapprouvant le fait qu’elles tiennent des responsabilités publiques. Des femmes orthodoxes ont récemment (et c’est aussi une première) protesté contre cette vision discriminative aussi bien dans le monde ultra-orthodoxe séfarade qu’ashkénaze, en lançant aux dernières élections législatives de janvier 2013, le slogan : « pas éligibles, pas de vote »7. De plus : « Elles avancent que si elles sont dignes de gérer des écoles, d’exercer d’autres métiers à responsabilité et de faire vivre leurs familles et leurs maris afin qu’ils se consacrent à l’étude de la Torah et du Talmud – elles peuvent aussi être éligibles. Elles menacent de ne pas voter ou de voter pour d’autres partis qui partagent leur vision »8. D’un autre côté, le Shass a déjà fait savoir que « si Madame Bar Shalom va de l’avant, la question de sa candidature sera soumise à l’examen du Conseil des Sages du parti ». Même si la fonction présidentielle est symbolique, elle revêt une dimension honorifique et morale importante. Le Président représente l’État hébreu durant sept ans mais joue également un rôle dans le fait d’aider le Premier Ministre à trouver une coalition gouvernementale après les élections. Et on sait que la tâche est délicate dans un pays multi partis où les résultats se jouent à la proportionnelle. Le Shass ne peut qu’être sensible à cet aspect des choses d’autant plus qu’Adina Bar Shalom est la fille de leur feu et incontesté leader. Le deuxième obstacle, que devra franchir Adina Bar Shalom, est bien évidemment la concurrence avec les autres candidats déclarés ou pressentis. « Elle attend d’ailleurs de voir qui sont les candidats avant de prendre sa décision » a-t-elle déclaré . Parmi eux, il y a Dan Shechtman, chercheur au Technion de Haïfa et Prix Nobel de chimie en 2011. « Une pétition en ligne en sa faveur a obtenu plus de 10.000 signatures en quelques jours selon le journal Maariv ». Reuven Rivlin (député likoud), Silvan Shalom, l’actuel vice premier ministre et Ministre du Développement du Néguev et de la Galilée, de l’Eau et de l’Énergie et de la Coopération régionale et Benjamin Ben Eliezer (député du Parti travailliste et ancien ministre à plusieurs reprises) ont fait part de leur désir de candidature. Il y a également le charismatique Nathan Sharansky ancien refuznik, ancien député et actuel Président de l’Agence Juive. Si ce sont les députés9 qui élisent le Président, un récent sondage de l’Institut de la Démocratie en Israël, a montré toutefois que le public israélien préfèrerait quelqu’un de la société civile notamment une personne issue du


Opinions sans frontières monde académique, des sciences humaines ou fondamentales. Adina Bar Shalom correspond partiellement à ces critères et n’est pas députée. Le troisième obstacle est à la fois un atout et un handicap. Si la candidature de Bar Shalom était confirmée, la présence de la famille Yossef serait très effective à la tête de l’État d’Israël car son frère Isaac est déjà l’actuel Grand Rabbin Séfarade d’Israël. Il s’agit aussi d’un atout, l’ascendance familiale, très prisée dans les milieux ultra-orthodoxes, d’un membre issu de l’aristocratie séfarade, une fois n’est pas coutume, au sommet de l’État d’Israël ! Mais pourrait être vu aussi comme une tendance népotique par d’autres députés. Adina Bar Shalom

Les atouts Il reste que la candidature d’Adina Bar Shalom est en soi véritablement une révolution et une évolution pour le leadership des femmes dans l’État d’Israël et le monde juif10. La première fois qu’une femme qui plus est ultra-orthodoxe se présente à ce niveau. « Je n’ai aucun doute que les femmes ultra-orthodoxes seront les leaders dans l’avenir (….) » a affirmé Adina Bar Shalom, en ajoutant « le leaderhsip féminin est nécessaire dans notre société »11. D’un point de vue politique étrangère, Adina Bar Shalom est considérée comme une modérée « (…) en août 2012 elle a rejoint un groupe de rabbins qui a rencontré le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah ». Elle adhère au principe défendu par son père, nonobstant certaines de ses déclarations très dures à l’encontre de certains dirigeants palestiniens. « Il est interdit de sanctifier la terre plus que la vie des humains ». Un autre atout primordial de Mme Adina Bar Shalom serait le pont qu’elle pourrait représenter entre la société laïque ou traditionnaliste et le monde ultra-orthodoxe. Et c’est là un point essentiel surtout au moment où se pose la délicate question de l’enrôlement dans l’armée, des Juifs ultra-orthodoxes, dispensés jusque-là de cette obligation nationale; enrôlement dont le projet de loi suscite de violentes réactions de la part du monde haredi et de ses dirigeants12. D’une part, Adina Bar Shalom a montré au travers du succès de son Institut d’Etudes Supérieures que les Juifs ultra-orthodoxes, pouvaient entrer dans le monde de l’Education « sans compromettre leur mode de vie haredi »13 ou s’éloigner des pratiques religieuses. Cette crainte, est l’une des raisons du refus, dans ces milieux, d’une éducation séculaire. D’autre part, elle ne s’oppose pas à l’enrôlement des hommes, ce qui est sur le principe un pas immense dans ce monde14. Son propre fils a servi sous les drapeaux un temps ainsi que l’un de ses frères Avraham Yossef durant dix ans avant de devenir rabbin de Holon. Mais Adina Bar Shalom propose une solution négociée. Ainsi, elle ne souhaite pas que les jeunes hommes s’enrôlent à 18 ans mais une fois mariés, âgés d’environ 22 ans et après avoir consulté leurs rabbins. Elle estime qu’« une culture de service national chez ceux qui sortent d’une yeshiva (école

talmudique) haredite (ultra-orthodoxe) pourra être créée ». Là aussi, le souci est que l’armée ne détourne pas les jeunes hommes de leur mode de vie ultra-orthodoxe et qu’ils trouvent leur place dans l’armée à partir de leur propre identité. Son élection pourrait donc être soutenue par les membres du Shass car nonobstant leur point de vue conservateur sur les rôles des femmes, Adina Bar Shalom vient de leur milieu et est la fille de leur vénéré maître le Grand Rabbin Ovadia Yossef. Mais elle pourrait aussi recueillir les voix de l’autre parti ultra-orthodoxe qui serait rassuré d’avoir l’une des leurs les représenter au plus haut niveau de l’État « et pourrait faciliter la présentation de leurs points de vue dans les conseils du gouvernement et travailler l’accord le plus favorable pour les haredim (ultraorthodoxes»)15. Quel que soit le dénouement de ce désir de candidature, le fait même qu’Adina Bar Shalom ait songé la poser, bouscule à la fois le monde ultra-orthodoxe et la représentation que les uns et les autres se font de celui-ci. Il est le signe de la nécessité d’un changement face à cet ultime défi de la société israélienne : le renouveau d’un consensus devenu caduque entre le monde ultra-orthodoxe et le reste de la population et la recherche d’un bien commun entre ces différents mondes. Sonia Sarah Lipsyc Si les citations ne sont pas référencées en bas de page, elles proviennent des articles suivants : – Dépêche, “Next goal of Shas leader’s daughter : Israeli presidency”, Haaretz, 22.01.2014. – Nathan Jeffay, “Adina Bar Shalom, Rabbi Ovadia Yosef’s Daughter, Weighs Israel Presidential Run. Ultra-Orthodox Bridge Between Religion and State”, Forward, 12.02.2014. – Stuart Winer, “Daughter of late Shass rabbi Ovadia Yosef eyes presidency. Adina Bar Shalom wants to be her father’s all-male political party’s candidate for Israel Head of State”, TimesofIsrael, 22.01.2014. La version intégrale de cet article a été mise en ligne une première fois sur le site « Judaismes et questions de société » : http ://judaismes.canalblog.com/

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Voir http://www.mcy.org.il/

2 Oren Majar, “Israel’s high-tech future : Haredi women”, Haaretz, 8.9.2010 3 « Le partage du fardeau » était l’une des revendications du Printemps des tentes en Israël en 2011 voir notamment la traduction proposée par Marc Fensohn d’un texte emblématique à ce sujet de la chanteuse Alma Zohar (notamment le point 6) : « Le Peuple d’Israël par la bouche d’Alma Zohar parle au Premier Ministre », Guysen International 4 Au sujet des idéaux du Rabbin Haim Amsellem voir Gabriel Abensour, « Haim Amsellem et si c’était vrai ? », Blog modern orthdox, 14.04.14. Voir aussi, Elias Levy, « Haim Amsellem, le rabbin rebelle d’Israël », CJN, 13.04.2011. 5 « Protection rapprochée pour le Rav Amsellem », Terre d’Israël citant A.7, 26.11.12 6 Pour la composition actuelle de la Knesset voir Sonia Sarah Lipsyc, « Trois surprises caractérisent au moins les résultats des élections législatives israéliennes », Judaïsmes et Questions de société, 29.01.2013 7 Sonia Sarah Lipsyc, « Pas éligibles, pas de vote », Judaïsmes et Q uestions de société, 14.01.2013 8 Ibidem 9 Ibidem 10 Rappelons toutefois l’élection en novembre 2013 de Mindy Pollack, femme hassidique de 24 ans, comme conseillère municipale à Outremont, l’un des quartiers de Montréal. Voir « Mindy Pollak, première juive hassidique à être élue au Québec », Radio-Canada, 8.11.2013 11 Ibidem 12 Dépêche, « Arrêt du financement des étudiants de Yeshiva », I24news, 5.02.2014. 13 Ibidem 14 Il faut cependant souligner que le monde ultra-orthodoxe représente une exception dans le monde religieux car la majorité des Juifs pratiquants ou traditionnalistes effectuent leur service militaire en Israël. De plus, depuis presque 50 ans… le monde orthodoxe sioniste permet aux jeunes hommes de faire l’armée tout en étudiant dans des yeshivot (écoles talmudiques), c’est le système des « yeshivot esder » qui dure cinq ans au lieu de trois ans du service militaire. 15 Ibidem

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Entretien avec Raouf Oufkir, historien et romancier marocain LVS : Raouf Oufkir, dans votre ouvrage paru chez Flammarion en 2012 « Pourquoi l’intégrisme nous menace », vous nous mettez en garde contre un islam fondamentaliste étranger à celui que nos parents ont connu au Maghreb en général et au Maroc en particulier et qui menace les fondements même de la démocratie. Comment percevez-vous vous qui habitez en France cette montée de l’islamisme radical très présent dans les banlieues et de quelle manière les pouvoirs publics disposent-ils pour l’enrayer ? Raouf Oufkir : Effectivement, si l’islam radical sévit dans nombres de pays arabes et non arabes (Pakistan, Afghanistan par exemple). Cela est en partie dû aux graves échecs sociaux-économiques et éducationnels, aux injustices flagrantes entre pauvres et riches, au totalitarisme, à la corruption et au clientélisme des castes au pouvoir. Mais ça n’est pas l’unique explication de la montée de l’islamisme radical intégriste… Car les islamistes radicaux existent depuis le tout début du XXème siècle, avec Abdel Wahab le fondateur du Wahabisme dans la péninsule arabique, puis avec la création en 1928 «  des frères musulmans » par Hassan El Banna en Égypte. Leur objectif a toujours été clair : instaurer de gré ou de force l’islamisme radical dans tous les pays musulmans, imposer un grand califat qui finirait par gouverner le monde entier. (El Banna disait : « Notre seule constitution, c’est la Charia »). Quant à la France, ce phénomène néfaste et dangereux est bien plus récent; et ça n’est pas par hasard qu’il a pris racine dans les banlieues défavorisées de la République. Car tout au cours de l’Histoire les grandes crises morales économiques et sociales ont conduit à l’émergence de mouvements extrémistes, intolérants, racistes et antisémites. Pour preuve le fascisme et le nazisme nés des graves crises des années vingt et trente; ou le bolchevisme arrivé au pouvoir en 1917 à la faveur du régime tsariste totalitaire et gangréné par les injustices sociales. Les mêmes raisons causant les mêmes effets c’est également le cas de l’arrivée en Chine du communisme maoïste. LVS : Quand et comment estimez-vous que certaines banlieues difficiles ont été contaminées par l’islamisme radical ? R.O. : Depuis les années 80. Et comme la situation sociale et éducative n’a fait que se dégrader dans certaines banlieues. Alors les islamistes se sont engouffrés dans ce vide caritatif et en ont profité pour laver le cerveau des plus vulnérables à leurs thèses liberticides. LVS : Alors, comment y faire face ? R.O. : Il n’y a pas de panacée miraculeuse, mais l’État républicain dispose de certains moyens pour contrôler, voire faire reculer le phé-

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nomène bien qu’il s’y prenne tard et que plus le temps passe et plus un retour à la « normalité » sera ardu. D’abord, l’accent doit être mis sur le renseignement et la lutte policière pour éradiquer ces zones de non droit. Défendre sans concessions, aucunes, la laïcité qui est le socle indispensable à toute réelle démocratie. Démanteler les réseaux de trafiquants, empêcher l’islam des caves. Punir exemplairement tout appel à la haine de quelque extrémisme que ce soit; fût-il d’extrême droite ou religieux. Mais aussi et surtout il faudrait mettre en place ce fameux « plan Marshall » pour les quartiers difficiles : pour réhabiliter l’école de la République, revaloriser les infrastructures immobilières, culturelles, sportives et enfin essayer d’empêcher les extrémistes d’importer dans les banlieues le conflit Israélo-Palestinien en le transformant de conflit politique en conflit religieux pour en faire un levier de propagande et de recrutement auprès de certains jeunes. LVS : Ces dernières semaines nous avons assisté en France à des manifestations composées majoritairement de jeunes de banlieues qui ont défilé en criant « mort aux juifs » et « Juif tais-toi, la France n’est pas a toi » et en faisant également l’apologie de Robert Faurisson. Sommes-nous en face d’un retour des années 30… ? R.O. : Je tiens tout d’abord à dire combien de tels propos sont inadmissibles et scandaleux. Je condamne fermement toute forme de racisme, d’intolérance ou d’antisémitisme. La justice et l’État doivent sanctionner très durement ceux qui tiennent de tels discours méprisables. Si nous ne sommes, heureusement pas, dans la situation des années 30, restons très vigilants et tirons tout de même les leçons de l’Histoire et n’attendons pas que les horreurs indescriptibles du passé se reproduisent. LVS : Dans les banlieues, les jeunes maghrébins ou africains sont très réceptifs au discours de Dieudonné, de Robert Faurisson ou d’Alain Soral. Et pourquoi certains partent se battre en Syrie ? R.O. : J’espère qu’ils sont une minorité. Mais là encore, la République et sa justice doivent sanctionner avec la plus grande sévérité tous les « apprentis sorciers » qui sont source de discorde, de propos racistes et haineux. D’autant que les islamistes radicaux profitent de cet atout supplémentaire pour « laver le cerveau » à des jeunes maghrébins de France et des Français convertis. Il n’est donc pas étonnant que le recrutement pour aller se battre en Syrie aille bon train. LVS : Vous êtes laïque et démocrate. La majorité des musulmans français pensent la

Raouf Oufkir même chose…Pourquoi se taisent-ils au lieu de parler aussi courageusement que vous ? R.O. : En effet et heureusement la majorité des musulmans de France pratique un Islam tolérant. Et c’est cette tolérance qui multiplie leurs chances d’insertions. Quant au second volet de votre question, si la majorité reste silencieuse c’est peut être parce que on ne lui donne pas suffisamment la parole. Et pour ceux qui sont des intellectuels, les musulmans laïcs et démocrates, les médias français ne leur donnent peut être pas toutes les chances de s’exprimer, alors que des individus tel qu’Alain Soral, Nab ou Tariq Ramadan sont invités sur les plateaux de France Télévision. Si Dieudonné Mbala Mbala trouve un écho chez certains jeunes de banlieues c’est certainement chez ceux qui sont le moins formés intellectuellement et culturellement... LVS : D’après vous la composante berbère marocaine peut-elle constituer un élément modérateur face aux velléités de l’islam radical ? R.O. : Je suis certes fier de mon amazighité mais surtout de ma marocanité. Et j’ai certes eu beaucoup de plaisir en tant qu’amazigh et historien à écrire les deux tomes de la Kahena (Éditions Flammarion). Et pour finir de répondre à votre question oui, les amazigh pourvu qu’on leur donne la liberté de promouvoir leur langue et leur culture millénaire constituent un rempart effectif contre l’islamisme. LVS : Interdire les signes religieux peut-il freiner la montée de l’intégrisme ? R.O. : Oui, car comme je vous l’ai déjà dit il ne peut y avoir de véritable démocratie sans véritable laïcité et pour moi il n’y a aucune concession à faire au sujet de cette laïcité qui est le socle d’un véritable état de droit. LVS : Comment envisagez-vous l’avenir ? Comme bon nombre d’entre nous, j’espère à un avenir meilleur. Un avenir de paix de justice et de cohabitation fraternelle. Mais donnons nous aussi tous les moyens pour que cet avenir meilleur et commun se réalise. Élie Benchetrit


Actualité

Dieudonné Le problème avec Dieudonné, au-delà du discours, est qu’il jouit d’un avantage stratégique immense. Le double discours qu’il utilise lui sert autant chez un public foncièrement antisémite (qu’on pourrait qualifier d’irrécupérable) que chez une partie de la population française qui est réellement déçue par les figures autoritaires qui semblent s’intéresser bien peu à leur sort, tout ceci dans un climat d’austérité et d’échec européen. La méfiance envers les autorités de l’Hexagone est une tradition bien ancrée dans la population française, et Dieudonné fait face à des adversaires politiques ambitieux mais parfois déconnectés. Ainsi, lorsque le ministre Valls, qui a été enregistré à son insu faisant une remarque raciste concernant l’absence de blancs à Emery, interdit son spectacle Le Mur de représentation dans différentes villes françaises, il contribue au discours de victime (voire de martyr) que Dieudonné construit au fil des ans. Ainsi, tandis que Dieudonné jouit de doublesens et d’insinuations, les messages de ses adversaires politiques sont incroyablement clairs. On fait face à un savant orateur, capable parfois de glisser des mains de la loi, et des politiciens dont le propos est clair, défini : là ou Dieudonné parle d’un système générique qui opprime systématiquement une partie de la population française, et qu’il utilise l’antisionisme comme un passepartout argumentatif qui lui permet de dire n’importe quoi, le discours de Valls et de l’establish-

ment français semble quelque peu ringard : les accusations d’antisémitisme semblent injustes auprès des yeux d’admirateurs qui défendent la liberté d’expression, considérant encore Dieudonné comme un humoriste, plutôt que le pamphlétaire qu’il est réellement devenu. Bref, tandis qu’ils jouent en réalité sur la même arène (politique), Dieudonné prétend jouer sur le terrain de l’art et du spectacle, et ne se voit donc pas limité aux mêmes contraintes, légales et discursives que ses adversaires dans le gouvernement français. C’est donc intéressant lorsque Nicolas Bedos y va d’une tirade sentie et intense sur le plateau de télévision d’« On n’est pas couché », où il critique vertement les stratégies de l’humoriste pamphlétaire. N’étant pas politicien, Bedos peut se permettre un discours beaucoup plus radical, et tandis qu’on assiste tristement à un ton de plus en plus intense et amer, il y a au moins une certaine égalité dans les stratégies et les moyens utilisés par ses adversaires dans le milieu du spectacle. En l’interdisant, en le critiquant, Valls donne involontairement raison aux détracteurs des autorités françaises et aux supporteurs de Dieudonné. Bien que la situation soit particulièrement délicate et tendue, il ne faut surtout pas sousestimer la puissance potentielle d’un homme qui s’érige en martyr représentatif d’une masse insatisfaite par un mal difficile à identifier. C’est une situation qu’on a déjà vue en Europe et que personne ne souhaite revoir de sitôt. Finalement,

Dieudonné M’bala M’bala en 2009 on ne sait peut-être pas comment se débrouiller avec Dieudonné, mais chose certaine, jusqu’ici, on l’a mal fait. Joseph Elfassi

Dieudonné au Canada ? Il semble très difficile de transposer le cas de Dieudonné dans un contexte québécois ou même canadien. L’Histoire de la France, affligée par de nombreux accès à des antisémitismes virulents et ravageurs, peut expliquer en partie une certaine crainte de la communauté juive et de l’Élysée par rapport aux propos de Dieudonné. Nous avons vu que l’État a décidé d’interdire son spectacle Le Mur pendant ses dates de représentation un peu partout en France. Cette interdiction aurait-elle été possible au Canada, où les lois sont différentes ? Nous avons discuté avec Pierre Bosset, professeur et chercheur au Département des sciences juridiques de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM. « Chose certaine, il n’y a jamais eu de cas analogues ici, de spectacles qu’on aurait censurés à l’avance », explique-t-il. « Il y a eu des cas, anciennement, où on interdisait des spectacles pour cause d’obscénité, mais c’était plutôt du puritanisme. » Un des cas les plus marquants de censure pour incitation à la haine a été celui de James Keegstra, enseignant dans une école secondaire en Alberta qui passait son temps à rédiger et dif-

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fuser des tracts à caractère haineux. Dans ce casci, la Cour Suprême a décidé qu’il y avait « une limite acceptable à la liberté d’expression » quand Keegstra considérait être victime de censure. Il a été condamné pour propagande haineuse en 1984. Ceci dit, il n’est vraiment pas facile d’inculper un individu pour propagande haineuse au Canada. Les conversations privées d’un individu ne comptent pas. Et il faut prouver hors de tout doute raisonnable que le discours, de par sa déclaration haineuse, est susceptible de causer des dommages, de troubler la paix, de stimuler des actes de violence après la représentation. Ce qui n’est pas si évident à prouver dans le cas de Dieudonné, surtout après les départs généralement pacifiques qui ont suivi l’annulation de ses spectacles. Et encore là, ce n’est pas gagné. « Il ne s’agit pas d’une simple plainte, ici. Il faut également le consentement du procureur général du Canada, ce qu’on appelle une autorisation de poursuite », explique Pierre Bosset. « Vous avez beau ne pas aimer ce qu’il dit, vous plaindre à la police, mais la police ne peut rien faire sans l’approbation du gouvernement fédéral. »

Et même si un individu était poursuivi, il aurait quelques recours pour se défendre : Il ne peut pas être déclaré coupable si « a) il est de bonne foi, a exprimé une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit, ou a tenté d’en établir le bien-fondé par argument; b) les déclarations se rapportaient à une question d’intérêt public dont l’examen était fait dans l’intérêt du public et, pour des motifs raisonnables, il les croyait vraies; c) de bonne foi, il voulait attirer l’attention, afin qu’il y soit remédié, sur des questions provoquant ou de nature à provoquer des sentiments de haine à l’égard d’un groupe identifiable au Canada. » (Code Criminel du Canada, article 319). Le discours de Dieudonné étant suffisamment flou et vague par période, fort est à parier qu’une de ces défenses citées lui permettrait d’être acquitté, si jamais il y avait poursuite au Canada dans le cadre d’un potentiel spectacle. « Tout cela fait qu’il n’est pas évident de gagner une poursuite pour propagande haineuse. » conclut Pierre Bosset. Joseph Elfassi


Actualité

Dieudonné, roi de la confusion Récemment, on a beaucoup parlé de Dieudonné et toute cette publicité a joué en sa faveur. Le fait que son spectacle « Le Mur » ait été annulé en France a aussi contribué à l’image de martyr qu’il s’est créé de toutes pièces. Car comme le disait Oscar Wilde, « une seule chose au monde est pire que de savoir qu’on parle de vous, savoir qu’on ne parle pas de vous. » Au-delà du débat sur la liberté d’expression, sur ce qui fait que l’humour se doit d’être « drôle » pour permettre d’aborder n’importe quel sujet, ce qui interpelle dans le dossier Dieudonné c’est de voir comment cet homme manipule toutes les situations à son avantage. L’humoriste l’a dit lui-même : « Je vais continuer à déranger avec le rire ».

Bienvenue dans la « Dieudosphère » Dieudonné vit dans un monde bien à lui, ayant ses propres règles. On le traite tour à tour de propagandiste officiel, d’antisioniste ou de militant antisémite; il se dit islamo-chrétien, un « universaliste » anticommunautariste qui se positionne contre l’axe américano-sioniste. Son code conduite ? La confusion. Ce qu’il propose : le vide sidéral. « Une chose et son contraire » pourrait très bien résumer ses actions. À ses débuts d’humoriste en 1990, il partageait la scène avec l’humoriste juif Élie Semoun puis a pris une position officielle « antisioniste » s’attaquant d’abord à Israël puis à l’Holocauste et « au business de la Shoah ». Il a ensuite flirté avec la politique dans un parti que l’on pourrait qualifier d’extrême gauche, entretenant un lien amourhaine avec le Front National. Ces dernières années, il s’est lié d’amitié avec Jean-Marie Le Pen, parrain de l’un de ses enfants, qu’il félicitait chaudement lors de récentes élections du FN. On doit à Dieudonné la fameuse « quenelle », signe de désaccord avec le régime établi, geste antisystème, bras d’honneur contestataire plaisant aux jeunes, salut nazi inversé : un geste subversif mais inoffensif, nous dit-il. Tout contribue au règne de la confusion. Les tribunaux le jugent et le condamnent souvent (65 000 euros à ce jour), les médias en parlent et Dieudonné fait son petit chemin dans nos salons, nos conversations et nos pensées. M’bala M’bala de son vrai nom, de par ses origines camerounaises, choisit de s’attaquer aux sionistes alors qu’il pourrait mettre la même énergie à défendre la cause des Africains victimes de racisme en France. Lorsqu’il utilise le mot « sioniste » dans ses spectacles et passages à la télé pour remplacer le mot « Juif » dans ses discours haineux, le malaise se précise. « Le sioniste est ce qu’il y a de plus sale et de plus vil dans la société » l’entend-on dire à un journaliste iranien qui semble lui-même étonné de ces propos venant d’un humoriste français bien connu. Un

humoriste qu’on invitait souvent à Montréal il n’y a pas si longtemps au Festival Juste pour Rire et qu’on appréciait pour son humour fin et son intelligence…

domicile alors qu’il n’a acquitté aucune de ses amendes. Autre détail qui n’en est pas un : Dieudonné avance dans la vie entouré d’une équipe de sept avocats et de deux fiscalistes.

Symboles

Danger public

Pour ajouter à la confusion, Dieudonné joue avec une trinité de symboles : l’ananas, le soleil et l’étoile de David, tous jaunes. Il utilise à tort et à travers l’ananas, fruit exotique et pied de nez à tous ceux qui essaient de le condamner. On le retrouve dans ses buffets, dans ses spectacles, dans ses affiches, dans sa chanson « Shoananas », jeu de mots sordide inspiré de la chanson d’Annie Cordy « Chaud cacao ».

Dieudonné est un danger public car non seulement il plaît à cette jeunesse française désabusée et à ceux qui n’ont pas assez réfléchi, mais surtout parce qu’« il dit tout haut ce que certains pensent tout bas ». Une chose est certaine, il s’est radicalisé au fil du temps car il n’a eu d’autre choix, lui le combattant des forces établies. Son rapprochement de l’extrême droite et son association à des négationnistes notoires (comme Robert Faurisson et Alain Soral) en fait preuve. Malheureusement, la France a ses démons et lorsque Dieudonné parle de lutte au sionisme et de « tous ces gens qui contrôlent le monde des arts, des médias et de la finance », il parle bien sûr des Juifs qui ont réussi dans ces domaines et qui dérangent certaines personnes.

Autre référence de Dieudonné, le soleil. « Au-dessus, c’est le soleil », c’est à dire tout ce dont on ne peut parler, comme de la Shoah. Slogan que l’on retrouve sur les t-shirts qu’il vend sur internet et lors de ses spectacles. Dans la vidéo de Shoananas, vidéo qui est censée être interdite mais que l’on trouve facilement sur YouTube (vue par des milliers d’internautes), Dieudonné demande des dons pour l’aider à payer l’amende des tribunaux français pour avoir tenu des propos contre la Shoah. Toujours aussi provocateur, il entonne : « Tu me tiens par la Shoah, je te tiens par l’ananas » et son régisseur de son entrée en scène en tenue de déporté avec une étoile de David, secouant deux ananas. L’insulte poussée à son paroxysme. Enfin, car on ne peut raconter toutes les frasques de Dieudonné, l’homme de spectacle fait mine de se rétracter et d’offrir ses excuses. Le titre de son avant-dernier spectacle « Mes excuses » laissait croire qu’il s’était assagi et qu’il avait compris l’outrage causé par ses propos. Loin d’être repenti, il va encore plus loin et enfonce le même clou contre les « sionistes ». Même le nom de son spectacle « Mes excuses » n’était qu’un prétexte, un raccourci pour « Mes excuses, dans ton cul… », ce qu’il admet publiquement en entrevue à Thierry Ardisson qui lui annonce qu’il ne pourra simplement plus l’inviter à son émission. Dieudonné crie au « complot médiatique ». Ceci provoque la colère des internautes et de son public qui voit là un humoriste ligoté, à qui l’on interdit le droit de parole.

En France et ailleurs, il existe des jeunes qui ne savent pas très bien ce qu’est le sionisme mais le réel danger ce sont les vrais xénophobes, les antisémites intellectuels que la France a déjà connus, et qui, à visage découvert, vont épauler cet artiste sous prétexte qu’on a le droit de rire de tout. Au-delà des propos haineux, il organise son insolvabilité. « Derrière le show, le business continue » ! Pourtant les tribunaux ont tranché, plusieurs personnalités publiques et de nombreux humoristes l’ont dénoncé. Selon moi, bien que Dieudonné profite de sa popularité durement gagnée, sa place est derrière les barreaux, hors d’état de nuire. Pour conclure, une citation tirée du blogue de Juliette Meadel, citoyenne engagée et secrétaire nationale du PS : « La liberté d’expression s’arrête là où la démocratie est mise en danger ». Comme disait Saint Just : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Emmanuelle Assor

Piètre explication au malaise : une question d’argent ? Apparemment, l’homme est à la tête d’un empire financier et aurait envoyé plus de 400 000 euros au Cameroun depuis 2009 (une enquête est en cours). En octobre dernier, sa compagne qui gère sa maison de production aurait même déposé auprès de l’Institut national de la propriété industrielle, les marques « Quenelle » et « Quenelle + ». Autre fait intéressant : la petite entreprise des « Productions de la plume » qui finance ses spectacles connaît une croissance incroyable en 2012 avec un chiffre d’affaires de 1,8 millions d’euros. En janvier, on lisait dans le journal Libération qu’on a saisi plus de 600 000 euros et 11 000 dollars en argent liquide à son

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Actualité

L’affaire Dieudonné et Facebook: Outil de propagande ou nécessité sociale? Pendant quelques semaines, l’(ex)humoriste français Dieudonné, connu grâce à son duo avec Élie Semoun, a affiché ouvertement une facette antisémite en se réfugiant derrière « sa liberté d’expression ». Il est ainsi devenu durant plusieurs semaines le premier visage que je voyais sur Facebook en me réveillant : un vrai cauchemar à force ! Face à cette déferlante d’informations haineuses quotidiennes, aux commentaires de plus en plus fréquents qui révèlent l’ignorance populaire et aux photos qui prouvaient que rien n’a vraiment changé en 70 ans; je me suis demandé si Facebook avait rempli un rôle social nécessaire ou pas. Je ne suis pas sûre d’avoir encore tranché alors je « Partage ». Au départ, Facebook a été pensé pour communiquer entre étudiants d’universités aux ÉtatsUnis dans une atmosphère conviviale et ludique. Aujourd’hui, Facebook est une entreprise internationale, au succès phénoménal, puissante, côtée en Bourse, qui doit multiplier les paramètres de sécurité et confidentialité pour éviter les harcèlements virtuels, l’intrusion dans la vie privée des membres et même des suicides. Dans une affaire comme celle de Dieudonné, la propagation d’informations, issues de différents groupes sur Facebook (journaux français, associations juives, intellectuels, humoristes, leaders économiques, etc.), a permis de suivre, à la fois, l’évolution des chefs d’accusations et la réaction du peuple français face à la vague antisémite qui l’a accompagnée. En parler sur Facebook tous les jours et lire les commentaires sur les différents « murs » est une bonne chose si le lecteur peut analyser ce qui est écrit avec recul et le savoir nécessaire pour analyser ces propos. Par contre, dans le cas où le niveau d’analyse et de connaissances est trop faible pour user d’un esprit critique sans influence ou peur quelconque, Facebook est une bombe à retardement qui pousse certains « fans » à exprimer soudainement leur colère, la frustration du carcan social et même un racisme ou antisémitisme refoulé que l’effet de masse incite à faire exploser. La question s’est aussi posée sérieusement quand elle a réussi à assombrir une conversation entre amies qui a révélé des avis opposés à ce sujet. Fallait-il en parler autant ou pas ? Cette affaire a confirmé la force du virtuel et du risque engendré par Facebook qui est ouvert à toute opinion mais qui, exprimée par des personnes mal renseignées, devient une arme de propagande ou le moyen idéal pour ouvrir les vannes de la haine et du rejet de l’autre dans des proportions presque incontrôlables et à une rapidité impressionnante. Alors que fallait-il faire ? Facebook a-t-il vraiment aidé à faire tomber cet escroc à présent reconnu comme tel ? Est-ce que cette profusion d’informations et commen-

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taires sur Facebook en a fait une victime du système ou a-t-il réussi à jouer sur les mots et remettre en question des faits établis qui régissent la cité? Dieudonné a, certes, remué le milieu politique en essayant de remettre en question des règles sociales essentielles comme « les limites de la liberté d’expression », « l’interdiction des réunions politiques poussant à la haine », « l’humour politique et ses tabous » ou encore « les limites entre humour raciste et haine masquée ». Le 9 janvier 2014, Jérémie Mani, Président de Netino, entreprise de modération de commentaires sur Internet a écrit sur le Huffington Post France : « D’une part, l’ancien humoriste personnifie le phénomène, lui donne un visage, un nom. Une célébrité médiatique aura toujours plus d’impacts que quelques milliers de comptes Twitter la plupart du temps anonymes. Mais surtout, on parle de millions de vues sur YouTube, de dizaines de milliers de commentaires de soutien chaque jour sous les articles des sites d’actualité... et de 500.000 fans sur Facebook. C’est donc le visage de centaines de milliers d’individus qui s’affichent sur Facebook avec un prénom, un nom et une photo. Certes, les 500.000 fans de Dieudonné sont loin de tous être antisémites. Mais il est probable que l’écrasante majorité des antisémites de France sont aujourd’hui fans de Dieudonné ! Ainsi que tous ceux qui détestent Israël, pour diverses raisons, pas toujours cohérentes. » De plus, cette observation a également dévoilé une facette de la France existante qui a provoqué une vague nauséabonde qui faisait penser aux années 40. Comment et pourquoi Dieudonné a su manipuler le système des réseaux sociaux ? Le 24 mars 2013, sur le site Juif.org ont pouvait lire « Est-ce qu’un « comique » va profiter des faiblesses de la France et menacer la démocratie ? Constats et scénario exagérés ? À suivre car Dieudonné affiche 222 496 « J’aime »· 33 915 personnes en parlent sur sa Page Facebook officielle ». Aujourd’hui, il a atteint 708 000 fans. YouTube offre la possibilité d’ouvrir un compte gratuitement, sans condition particulière, et de diffuser ses propres vidéos à sa guise. Dieudonné, une fois déclaré officiellement antisémite, a rapidement compris que le seul espace qu’il pourrait exploiter au maximum et en peu de temps était celui des réseaux sociaux comme Facebook, YouTube et Twitter qui permet d’écrire librement des propos et créer une communauté active. Dans son cas, on peut dire « proactive ». Lui et son équipe de fans ont su analyser le mode de fonctionnement de ces médias pour créer une influence virale impressionnante. Il faut savoir que YouTube fonctionne sur la base d’un algorithme qui se base sur le nombre de suggestions et la rapidité à laquelle elles augmentent

sur le site sans même analyser le contenu au préalable. Suite aux plaintes suscitées par l’UEJF, le CRIF et des anonymes, YouTube aurait du réviser son filtre pour suspendre ou retirer ses vidéos antisémites. Or, des conséquences sociales et politiques sont systématiquement liées à toute action publique comme celle-ci et la seule raison qui peut empêcher Google de fermer le compte de Dieudonné, c’est l’impact commercial négatif qui en découlerait autant auprès de ceux qui ont vu ses vidéos que de ceux réprouvent la censure, même sans les voir. Une constatation a également été faite par le journaliste Guillaume Champeau du magazine numérique numerama.com, le 4 février dernier, « À notre connaissance, Dieudonné s’est toujours abstenu de publier des contenus antisémites sur sa page Facebook. En revanche, comme on peut le vérifier sur la version mise en cache par Google de la page Facebook de l’humoriste, des commentaires ostensiblement antijuifs apparaissaient régulièrement sur la page, sans être systématiquement modérés par les équipes de Dieudonné. Même si cela paraît peu probable, étant donné l’importance stratégique des 650 000 fans de sa page Facebook pour la communication de Dieudonné, il est possible que l’humoriste ait décidé lui-même de supprimer la page pour pallier à son interdiction de fouler le territoire anglais le même jour. Il est cependant beaucoup plus vraisemblable que Facebook ait procédé à cette suppression, soit de façon définitive, soit de façon temporaire, le temps de traiter les nombreuses alertes éventuellement reçues, concernant les contenus publiés sur la page ». En respectant ainsi les règles de Facebook, Dieudonné a su utiliser le mode de fonctionnement des réseaux sociaux pour véhiculer un message multiplateforme cohérent et sournois qui pouvait déjouer ses détracteurs. Mais la pression des organismes juifs officiels et des groupes anonymes qui ont lancé des pétitions contre son action nocive et les preuves irréfutables de son escroquerie financière et fiscale ont supporté la vive réaction du ministre de l’intérieur français, Manuel Valls, qui s’est senti obligé d’agir au nom de la Démocratie et ses principes d’Égalité et Fraternité. Et la réaction de l’État dans cette affaire : nécessaire, essentielle ou mal venue ? Non seulement Dieudonné relate sur Facebook et YouTube (vidéos ou articles) ses publications, ses messages antisionistes ou ses réponses aux actions judiciaires ou politiques qui se multipliaient contre lui à la même cadence que ses manifestations publiques. Mais dans l’article de numerama.com du 9 janvier et 4 février 2014, on annonçait que le ministre de l’Intérieur français Manuel Valls s’était prononcé pour agir en amont et discuter de la censure de Dieudonné avec les plateformes comme Facebook : « Je crois


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que nous ne pouvons pas laisser se diffuser cette parole, y compris sur Internet. Il faut en discuter notamment avec les opérateurs. Je crois que là où il y a une parole antisémite, raciste, qui se diffuse, la justice doit pouvoir agir », a-t-il précisé. Suite à cette prise de position, le Conseil d’État a décidé de créer pour la première fois un régime de censure par précaution qui a pour objectif d’empêcher que les propos racistes ou antisémites puissent être diffusés, plutôt que de les condamner après diffusion.

qui reconnaît le talent artistique de Dieudonné, dénonce également sa paranoïa et son obsession malsaine et pense que l’ampleur de la publicité issue de cette affaire à travers les médias et réseaux sociaux n’ont fait que lui donner de la crédibilité et le positionne quasiment comme un martyr. Sa crainte est-elle justifiée ? Valait-il mieux laisser son spectacle et ses propos dans l’ombre ? Le mépris aurait-il eu plus d’impact sous réserve d’un contrôle plus discret pour arrêter l’ascension d’une autre manière ?

çais actuel, il est donc logique que la population a ressenti le besoin d’amplifier leur colère à travers ce canalisateur de haine proposé par Dieudonné donnant libre cours à l’expression de frustrations, à l’accusation de complots ou encore à la colère contre les politiques. Ce qui est triste et pathétique est d’entendre les mêmes propos 70 ans après l’Holocauste… Alors, est-ce que les réseaux sociaux peuvent vraiment faire changer les choses ou ne font-ils qu’amplifier le côté obscur de l’Homme ?

Est-ce que cette mesure entraînera nécessairement vers des appels à censurer le web ? En France, on considère que c’est une occasion pour le Gouvernement d’obtenir la censure du web par l’autorégulation forcée, en demandant que les règles du CSA (Conseil Supérieur de L’Audiovisuel) contre toute expression jugée impropre soient appliquées par tous les diffuseurs de vidéos, YouTube en tête.

Une étude américaine récente montre que l’utilisation du réseau social aurait un effet néfaste sur le bien-être.

Laëtitia Sellam

Au Québec, cette censure gouvernementale a souvent été mal perçue ou mal comprise. Monsieur Gilbert Rozon sur TVA Nouvelles en janvier 2014, producteur du Festival Juste pour Rire,

Le rapport de l’équipe de chercheurs de l’université du Michigan en collaboration avec l’université de Leuven, dans une étude publiée dans la revue scientifique américaine Plos One, conclut que ceux qui passent le plus de temps sur Facebook seraient ceux qui se sentiraient malheureux. Et ce n’est pas le sentiment de mal-être qui pousserait à utiliser les réseaux sociaux, mais bel et bien l’usage de Facebook, qui aurait un impact néfaste sur l’humeur. Dans le cadre fran-

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Services Communautaires

Crédit : le revers de la médaille

Une assistance attentive et participative. La vie semble parfois s’accélérer et on veut la vivre au maximum. Cette impression ou envie peut engendrer des déficiences en termes de gestion de marge de crédit ou bien déceler un manque de rigueur dans une comptabilité personnelle et/ou professionnelle. Le 10 décembre dernier, la CSUQ et la CJCS ont, conjointement, proposé à l’organisme ACEF du Sud-Ouest d’éduquer des personnes ayant ces difficultés afin de leur offrir informations et outils pour dédramatiser leur situation. Mme Édith Cambrini et Gabriele Roehl ont animé un atelier de 2h devant une vingtaine de personnes à l’écoute. Si vous n’avez pas ce don ou cette compétence, celle de gérer budget et crédits, sombrer dans un puits sans fond peut aller plus vite que l’on ne le croit. Pendant cet atelier pratico-pratique, les sujets du quotidien ont été abordés, sans gêne ni détour, afin de rassurer l’assemblée et de prouver que des outils simples peuvent rendre la vie plus légère :

Habitudes de consommation et connaissance de soi

Prévisions annuelles versus planification mensuelle

Présentation d’une méthode budgétaire (planification et suivi)

Gestion par objectifs, gestion en couple et en famille

Formes et pièges du crédit

Alternatives à la société de consommation

Plus de 85 % des Canadiens considèrent d’ailleurs que l’accès facile au crédit est un facteur qui contribue à l’endettement (Bureau de la consommation, 2011). Plus encore, en 2013, le taux d’endettement des Canadiens a atteint un sommet record. Depuis 1990, l’endettement augmente 7 fois plus vite que les revenus (Institut Vanier de la famille, 2010). Le taux d’endettement

des ménages, c’est-à-dire le rapport entre les dettes et le revenu disponible, est maintenant chiffré à 165,6 % (Statistique Canada, 2012). Cela se traduit par 165 600 $ de dettes pour un revenu disponible de 100 000 $. Si la tendance actuelle se maintient, l’endettement moyen des ménages du pays pourrait continuer de grimper de manière fulgurante au cours des prochaines années. Ces chiffres traduisent donc une tendance exponentielle qui touche un bon nombre de ménages. Il y a des remèdes et des outils pour savoir gérer son budget, son crédit et ses dépenses afin d’équilibrer sa vie en fonction de ses besoins et envies et pour diminuer sa peur de s’endetter afin de payer les études des enfants, honorer son loyer ou hypothèque, planifier sa retraite…ou encore réaliser un rêve ! L’ACEF du Sud-Ouest a su convaincre l’assemblée qui est repartie informée et confiante pour anticiper un changement de comportement et d’attitude face à chaque réalité. Laëtitia Sellam

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Services Communautaires

Citoyenneté espagnole pour les Juifs sépharades Le gouvernement espagnol a approuvé le vendredi 7 février 2014 un texte autorisant l’octroi de la nationalité espagnole aux descendants des juifs sépharades.

possibilité d’obtenir la nationalité aux juifs sépharades prouvant leur généalogie espagnole, à la condition qu’ils aient résidé deux ans au moins en Espagne.

du judéo-espagnol ou encore le nom de famille. À cet effet plusieurs sources ont publié des listes de noms sépharades. (http://diariojudio.com/ library/Listado-de-nombres-sefardes.pdf)

La citoyenneté espagnole sera accordée à ceux qui réunissent les critères exigés, cette foisci sans qu’ils leur soient demandés de renoncer à leur nationalité actuelle et sans qu’ils leur soient nécessaire de résider en Espagne. La loi espagnole n’accorde qu’exceptionnellement la double nationalité Il s’agit donc de l’octroi d’un privilège aux juifs sépharades.

Plus de 300 000 juifs vivaient en Espagne en 1492 quand, le roi Ferdinand et la reine Isabelle ordonnèrent leur expulsion s’ils ne se convertissaient pas au catholicisme.

Mais il ne s’agit encore que d’un projet de loi, qui devra passer devant le Parlement.

Jusqu’à aujourd’hui, les descendants des Sépharades avaient deux possibilités pour acquérir la nationalité espagnole : par la résidence, après deux ans seulement de vie en Espagne ou par une procédure discrétionnaire. En fait, en 1982 le gouvernement espagnol avait donné la

On estime à trois millions et demi dans le monde les descendants de ces expulsés. 522 ans après, le ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardon, a estimé que l’Espagne avait « une dette » envers cette communauté sépharade. Parmi les critères d’éligibilité on retrouve : La présentation d’un certificat établi par les autorités rabbiniques locales; l’existence de liens familiaux avec des juifs sépharades; la pratique

Pour l’instant, le consulat d’Espagne à Montréal nous indique que les procédures d’admissibilité ne sont pas encore établies et que les documents administratifs pour acquérir la nationalité espagnole n’ont pas été produits par le gouvernement espagnol. La CSUQ garde une relation étroite avec le consulat d’Espagne pour faciliter les procédures auprès de sépharades qui voudront acquérir ce privilège.

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ACTIVITES SOCIO-RECREATIVES

CLINIQUE D’IMPÔTS

MISSION DE SOLIDARITÉ

AFFAIRES SOCIALES

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FSM

GOLF SWING

LEADERSHIP

FONDATION CSUQ

CONSEIL D’ADMINISTRATION

À TOUS NOS BÉNÉVOLES

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Services Communautaires

Michael Goodman : portrait d’un « Ben Adam » Ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre des hommes de la trempe de Michael Goodman, une force de caractère hors du commun, un dynamisme qui respire l’authenticité, la joie de vivre et surtout la volonté d’un homme toujours prêt à apporter du bonheur autour de lui chaque fois qu’il est sollicité et qui souvent n’attend même pas d’être sollicité pour agir. Ce jeune de 30 ans diplômé du CSI-Mondial Moody’s Analytics et de l’Institut Canadiens de planification financière, est un principale du Conseil de fortune familiale Levine Goodman et un associé de gestion privée 1859 au sein de la Banque Nationale du Canada. Il s’occupe, entre autre, de la gestion de fortune, des ventes d’entreprises et de propriétés, de philanthropie, des fondations, d’héritage et de médiation. Ce qu’il aime le plus dans ce métier et il y insiste, c’est surtout et avant tout le contact interpersonnel et les relations avec les familles avec qui il est en affaires. Ce métier, nous confie-t-il, je le fais avec passion et enthousiasme, c’est la confiance entre moi et les familles qui font appel à mes services et pour lesquels je me rends disponible en tout temps, qui est à la base de chaque relation. Michael a de tout temps été impliqué dans l’action bénévole auprès non seulement de la communauté juive mais de la communauté montréalaise dans son ensemble. C’est ainsi que depuis 10 ans, il œuvre au sein de la communauté juive à Dollard-Des-Ormeaux. Il est co-président des bénéfices annuels pour la Fondation Nationale Juive et Autism Speaks Canada, et aussi futur Président des bénéfices annuels de la Fondation de l’Hôpital Saint-Justine et la CSUQ parmi d’autres. C’est dans cet esprit et avec beaucoup d’humilité qu’il a accepté de présider et de commanditer la grande soirée bénéfice de la Caisse Shaaré Hessed au Musée des Beaux-Arts. Très croyant et faisant preuve d’une foi à toute épreuve, il est convaincu que chacun de nous a une mission à accomplir sur cette terre afin de se réaliser en tant qu’être humain. Chaque être humain, nous dit-il, est détenteur d’une responsabilité non seulement envers soi-même mais également envers la société dans laquelle il évolue. En 2002, il rencontre sa femme, israélienne d’origine marocaine, au cours d’un concert à Montréal d’Eyal Golan. Le couple a actuellement deux garçons Ariel et Benjamin, âgés respecti-

vement de 6 et 2 ans. Mais le tournant de sa vie survient en 2009 quand il est diagnostiqué d’un cancer de la peau avec métastases et une espérance de vie de 6 à 12 mois. Il réalise alors qu’il lui reste beaucoup à accomplir, il a une femme et un jeune enfant, et c’est dans cette constatation tragique qu’il trouve la force et le courage pour aller de l’avant et essayer de vaincre la maladie. Il subit une opération compliquée et, au cours de sa convalescence, il éprouve le grand choc qui va déclencher en lui une nouvelle façon d’aborder la vie, Il décide donc de vivre différemment en se fixant trois priorités essentielles : sa famille, sa communauté, l’humanité. Il se lance à corps perdu dans toutes les actions où il pense qu’il peut faire la différence aussi petite soit-elle. « Il ne suffit pas toujours de signer des chèques pour aider les gens, il y a des multitudes de petits gestes au quotidien qui peuvent donner de l’espoir et rendre leur dignité à des milliers de gens qui autrement, se sentent écartés et laissés pour compte dans la société. Prenez par exemple le préposé au nettoyage de votre immeuble à qui vous dites bonjour avec un sourire et à qui vous demandez des nouvelles de sa famille, il va sûrement se sentir respecté et développer une meilleure estime de soi, si l’on considère que des centaines de gens passent devant lui quotidiennement sans se soucier de sa présence ». Son premier contact avec la CSUQ, il le réalise en 2000 lorsqu’il participe à un voyage en Israël organisé par la CSUQ. Treize ans plus tard il se trouve à un gala à la Synagogue Spanish & Portuguese pour la Mission en Israël qui, depuis plus d’une décennie « accomplit des petits miracles lors de son séjour en Terre sainte » selon son expression. Il y est invité par un couple, David et Silvia Peretz. Ce soir-là, nous raconte-il, il devait également assister à une soirée du Fonds National Juif mais devant l’ambiance chaleureuse qui règne à la synagogue avec la participation de la Chorale de l’École Maïmonide, Il décide de rester afin de s’enquérir des objectifs de la Mission et décide spontanément d’offrir 10 Bar-Mitzvot à des enfants défavorisés d’Israël. Cette découverte l’aura marqué et va lui permettre de s’intéresser de plus près aux programmes de la CSUQ et pour ce faire, de vivre l’expérience de la mission en participant au voyage encouragé en cela par David et Silvia. Il affirme sans hésiter que ce voyage reste « la plus belle expérience de sa vie » ; voir dans le sourire des enfants exprimant leur gratitude

Michael Goodman, Associé gestion privée 1859 Conseil de fortune familiale lors du moment solennel de la pose des téfilim au Kotel, cela n’a pas de prix nous dira-t-il, de même que l’expression de joie des handicapés à qui l’on apporte quelques moments de bonheur qui ont ce merveilleux pouvoir de changer un tant soit peu leur vie et également la nôtre. « Ces actes bénévoles, mettent en évidence combien nous sommes bénis par la vie et ils nous invitent à mettre les choses en perspective quand on donne le meilleur de nous-mêmes ». Sa perception de la communauté est éloquente : « La communauté juive est vraiment merveilleuse et sa composante sépharade représentée par la CSUQ, constitue un outil facilitateur qui nous donne la possibilité et les moyens d’accomplir des mitzvot à tout moment. Cette génération de bâtisseurs a tenu à préserver et également à transmettre la richesse de la culture sépharade. La nouvelle génération a le devoir impératif de continuer cette mission. Moi qui suis Canadien de troisième génération avec quelques origines sépharades, et marié à une sépharade, je me sens interpellé par la vulnérabilité des institutions communautaires lorsque la relève se fait attendre, alors je me dis aussi, qu’en tant que juif, je dois garder ce patrimoine et le soutenir en m’impliquant. J’ai été reçu dans cette belle communauté à bras ouverts, je m’efforce d’être un exemple pour d’autres jeunes de ma génération afin qu’ils s’engagent davantage au sein de ces institutions ». Élie Benchetrit

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Services communautaires

Prévenir le déclin cognitif Le Centre Cummings accueille nos aînés dans la langue de leur choix et offre des activités multiples pour alimenter leur joie de vivre, éviter l’isolement, les mettre en santé et activer leur mémoire. Une seule adresse pour passer du temps entouré de professionnels sociaux attentifs et bilingues avec des programmes quotidiens complets. La santé mentale est essentielle pour continuer à vivre de manière plus autonome et rester en contact avec la réalité et son entourage. La CSUQ s’est rapprochée du Centre Cummings pour créer des séances spécifiques : Les Ateliers de Santé. Le mardi 11 février dernier, l’atelier avait pour sujet « Musclez vos méninges ». À travers des exercices adaptés aux plus de 50 ans et grâce à une écoute aiguisée, tous nos aînés, francophones et anglophones, ont été stimulés pour réagir et se servir de leur cerveau comme un muscle. Les exercices effectués leur ont apporté tonus et confiance, ce qui rend souvent la personne âgée plus à l’aise pour créer des liens également.

30 personnes attentives devant les explications documentées d’Annette Vezina. Un livret a été remis à la fin de l’atelier au sujet de l’importance de l’entrainement cognitif, la bonne alimentation, l’exercice physique et les bienfaits du bénévolat.

Les chercheurs reconnaissent l’importance de protéger la santé du cerveau et de prévenir le déclin cognitif. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS – septembre 2013), la population mondiale vieillit rapidement. Le nombre de personnes de 60 ans ou plus devrait plus que tripler d’ici 2100. La santé mentale et le bien-être psychique sont aussi importants pendant la vieillesse qu’à tout autre moment de la vie. Les troubles neuropsychiatriques chez les adultes âgés représentant 6,6 % des incapacités totales (DALY) dans ce groupe d’âge. Environ 15 % des adultes âgés de 60 ans et plus souffrent d’un trouble mental. À la lecture de ces chiffres, on comprend que cette population a besoin d’être aidée quotidiennement par des professionnels et le Centre Cummings est un lieu de choix, reconnu dans le monde, pour son travail et ses initiatives à ce sujet. Les prochains ateliers relatant les bons comportements pour rester en santé à 50 ans et plus sont : •

Le mardi 11 mars 2014 de 13h30 à 15h sur le thème de l’équilibre nutritionnel et le choix des aliments en fonction de son propre métabolisme.

Le mardi 1er avril 2014 de 13h30 à 15h sur le thème de la posture corporelle, à partir de disciplines qui anticipent l’effet de ralentissement naturel grâce à des exercices simples quotidiens.

Pour tout renseignement supplémentaire sur ces ateliers de santé, contactez Sylvia Serruya au 514-733-4998 poste 3150 ou pour vous inscrire aux activités du Centre de Bien-être (50 ans +) du CJCS ou aux exercices adaptés, contactez Annette Vézina au 514-342-1234 poste 7305 qui seront ravies de vous informer. Laëtitia Sellam

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Services communautaires

13 ans de solidarité, ça se célèbre ! Cette année, la Mission de solidarité fête ses 13 ans : symboliquement, ceci signifie que ce projet arrive à maturité. « 13 ans, c’est l’année de la Bar-Mitzvah ! » dit Sidney Benizri, un grand sourire aux lèvres. « On a persévéré, on a réussi à garder la flamme allumée et à l’amener aussi loin. » En effet depuis 13 ans, plus de 200 bénévoles se sont succédés pour faire de la Mission de solidarité en Israël un réel succès. Au départ, deux personnes clés, Sidney Benizri et Marcel Elbaz, ont lancé cette idée de développer le projet des Bar-Mitzvot en Israël qui leur tenait tant à cœur. « Organiser les Bar-Mitzvot de 50 enfants, ça change des vies pas juste celles des enfants, mais aussi les nôtres. Ce projet on y croyait et cela nous a motivés à faire du bien dans la communauté de Beer Sheva, en aidant les enfants de milieux défavorisés et des orphelins, à vivre une expérience inoubliable qui les fait passer de l’enfance à l’âge adulte. Une étape clé dans leur vie, un moment inoubliable » explique Marcel Elbaz. Pour mener ces 50 enfants à leur BarMitzvot, le chemin est long. Tout d’abord, les services sociaux identifient les enfants de la ville de Beer Sheva qui ont besoin de cette aide et, en collaboration avec l’organisation Oroth Israël, le rabbin Or Bensoussan leur offre un programme de préparation à la Bar-Mitzvah pendant 4 mois. Même si la majorité d’entre eux lisent couramment l’hébreu, certains ne savent pas lire la Torah et c’est une expérience très enrichissante pour eux de se préparer à cet événement si important pour leur identité juive. À travers ce projet, les enfants sont emmenés à Jérusalem au Kotel alors que la plupart d’entre eux n’ont jamais quitté leur ville natale ni même leur quartier. Tout ceci est possible grâce au jumelage de la Fédération CJA avec la ville de Beer Sheva depuis 20 ans déjà, un partenariat bien important pour Beer Sheva. Après des mois de préparation, les BarMitzvot ont lieu en groupe devant des familles émues et ravies de ce geste si important pour elles ainsi que des bénévoles touchés par tout ce qu’ils ont vécu lors de leur passage en Israël. La Mission n’a pas simplement pour objectif d’aider des jeunes à faire leur Bar-Mitzvah, ce voyage annuel permet aussi aux participants de faire du bénévolat dans divers lieux (centres de la petite enfance, soupes populaires, centres pour personnes âgées ou handicapées, les bénévoles vont là où le besoin est le plus pressant). Toutes ces activités donnent un sens profond au mot « solidarité ».

Des débuts moins aisés, mais des bénévoles très motivés Il y a 13 ans, la Mission de solidarité n’organisait pas de Bar-Mitzvot mais elle contribuait à toutes sortes d’activités de bénévolat dans la ville de Beer Sheva. « Nous avons d’abord participé à la donation d’une ambulance sous l’égide de la congrégation Or Hahayim, avec les moyens que l’on avait à l’époque, toujours en faisant du bénévolat sur le terrain. Ensuite, nous avons participé à l’achat d’actifs : du matériel de garderie, un réfrigérateur pour un organisme de soupe populaire (Beth Moriah), des équipements pour une asso-

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ciation de personnes handicapées (le centre Ilan), un climatiseur pour un centre pour aveugles, etc. Très vite, notre projet a pris de l’ampleur et est devenu très concret sur le plan humain. De 15 000 $ en dons sur place, nous sommes passés à 80 000 $ en l’espace de 13 ans, ce qui totalise un montant global de 700 000 $ » confirme Sidney. « En étant sur place, nous avons vu les besoins les plus urgents et nous y avons répondu » ajoute Marcel Elbaz. Depuis 7 ans, sous la présidence de Marcel Elbaz, la direction de Sidney Benizri et avec la coordination de Sabine Malka, le projet a changé avec l’organisation des Bar-Mitzvot, un projet qui tient vraiment à cœur à tous les participants des dernières missions. Pendant un an, chaque mission est préparée avec un solide comité de bénévoles qui payent tous leurs frais, y compris leur voyage en Israël. Chaque année, une quarantaine de personnes se succèdent pour mener à bien ce projet. Certains répètent même l’expérience tellement cela leur plaît et on retrouve un noyau de participants qui sont impliqués dans la Mission, année après année. Parfois certains ne participent pas à la Mission, mais aident à l’organisation des diverses activités de levée de fonds durant l’année. David Peretz, co-président du Gala de levée de fonds prévu en mai prochain, est un membre de la Mission, lui-même ayant déjà vécu cette expérience 6 fois. Israélien de naissance, il a étudié, fait l’armée et vécu sa jeunesse en Israël et il considère que la Mission de solidarité est la meilleure chose qu’il ait faite pour son pays. « Cette Mission est très efficace et très spéciale car elle vient en aide à des jeunes de milieux défavorisés qui n’ont pas choisi leur sort. Avec ce projet, nous leur donnons une chance de rencontrer des gens positifs et de les mettre sur le bon chemin. C’est un honneur pour moi, année après année, d’aider ces familles dans le besoin. C’est en investissant dans nos jeunes que nous en ferons de bons citoyens et c’est ce dont Israël a vraiment besoin » dit-il avec affirmation. « Je voudrais conseiller aux jeunes qui font leur Bar-Mitzvah ici, de faire un geste pour les moins fortunés qu’eux qui font leur Bar-Mitzvah en Israël, que ce soit un cadeau ou une lettre, ce sera très éducatif pour ces jeunes et cela leur permettra de créer des liens au-delà de nos frontières » conclut-il. Au cœur du noyau, il faut mentionner la participation de plusieurs personnes clés sans qui la Mission n’aurait pas sa raison d’être et son succès : Thérèse Attias, Dominique Benarrosh, Levy Benchimol, Avraham Castiel, Perla Levy, Alice Luck, Alain Mechaly, Ninette Rosen, Sam Sabbah Z’L, David Peretz, encadrés par l’équipe de professionnels dynamiques Sidney Benizri, Sabine Malka et Cynthia Sazbon. Chaque année, la Mission est dirigée par le président des services communautaires, Marcel Elbaz. Le temps passe, mais sa motivation est toujours intacte. « Mon objectif est de protéger la communauté et de la faire évoluer. Je planifie des objectifs pour chaque activité de levée de fonds, je motive mon comité de bénévoles dévoués car

sans eux, il n’y aurait pas de Mission de solidarité. Ce sont eux les piliers de toutes nos réalisations. » Mais qu’est-ce qui explique l’attachement de ce groupe à la Mission de solidarité ? « Les années passent et nos bénévoles sont présents à l’appel. Ils aiment ce projet et tiennent au bien-être d’Israël et de nos jeunes. Et même, ce sont eux les premiers donateurs pour les activités de levée de fonds annuelles. C’est simple, on peut toujours compter sur eux et cela nous réconforte », affirme Marcel. Lors des activités du Bazar et du Bingo, les bénévoles sont toujours impliqués et le voyage en Israël concrétise cette implication. « Il y a une grande différence entre parler d’Israël et y être pour de vrai. Ceux qui sont allés sur place et qui ont vécu des moments forts avec des personnes de milieux défavorisés reviennent changés et n’oublient jamais leur expérience ». « Le but de la Mission et de toutes les activités de bénévolat est de faire quelque chose pour Israël. Si vous voyiez les parents des enfants qui font leur Bar-Mitzvah, ils pleurent de joie ! Nous sommes émus et gênés devant tant de gratitude. Nous ne faisons pas ça pour être remerciés, mais plutôt pour notre avenir et celui d’Israël. Si on peut apporter un peu de réconfort et de joie, on aura accompli quelque chose. Et puis ces enfants qui auront fait leur Bar-Mitzvah, ils s’en souviendront toute leur vie et ils feront la même chose pour leurs enfants ou pour d’autres. Cela aura marqué leur vie autant que les nôtres » ajoute Sidney Benizri.

Des activités de levée de fonds à l’année longue Tout au long de l’année, des activités de levée de fonds ont lieu pour financer les projets annuels de la Mission en Israël. Cette année, les co-présidents Thérèse Attias, David Peretz et Levy Benchimol ont la charge d’organiser une autre


Bar-Mitzvot 2013

superbe soirée dans le but de trouver de généreux donateurs pour financer les Bar-Mitzvot qui auront lieu l’an prochain. Lévy Benchimol, ayant participé plusieurs fois à la Mission de solidarité, rappelle à tous le rôle clés des bénévoles et des donateurs dans ce projet : « Nous pouvons être fiers de notre Mission qui fête son treizième anniversaire cette année. J’en profite pour souligner le travail dynamique et généreux de tous les bénévoles qui se donnent pleinement à cette cause sans jamais calculer le temps qu’ils y consacrent. Je voudrais aussi remercier tous les donateurs pour leur grande générosité et leur soutien constant, année après année. L’équipe de la Mission a ciblé plusieurs organismes dans le besoin qui bénéficient déjà de vos dons, particulièrement dans la ville de BeerSheva. Nous comptons particulièrement sur vous cette année, alors que le nombre de Bar-Mitzvot ne cesse d’augmenter. » De son côté, Marcel Elbaz affirme que « notre réussite actuelle est d’avoir réussi à monter une équipe fantastique de bénévoles qui sont toujours présents à toutes nos activités. Même si ce sont des gens très occupés, ils sont dévoués au bien-être de notre communauté et c’est magnifique de voir leur attachement à Israël ». Alors que la Mission a vieilli, 13 ans plus tard, on remarque que les participants ont rajeuni au cours des ans ! « Avant, c’était surtout un projet qui attirait les retraités, mais maintenant la moyenne d’âge a beaucoup baissé et les participants sont âgés de 35 à 60 ans. La flamme s’est passée de génération en génération » confirme Sidney. Le secret du recrutement des bénévoles : le bouche à oreille. Les participants reviennent aux activités et attirent de nombreuses personnes dans leur sillage en leur expliquant l’importance de la Mission.

De gauche à droite : David Peretz, Thérèse Attias et Levy Benchimol, co-presidents Gala Bar-Mitzvot 2014

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Participants Mission 2013 Au nombre des personnes dévouées à la Mission et à la communauté, Avraham Castiel, qui non seulement participe et planifie depuis quelques années la Mission, mais qui prépare un magnifique livret et des bougies pélerinées en Israël pour aider à la campagne des Bar-Mitzvot. Ce livret, qui contient des textes et des illustrations émouvants sur la biographie de Tsadikim, est remis à toutes les personnes participant au gala annuel de levée de fonds. Il témoigne de l’esprit de dévouement et du niveau d’engagement de l’équipe de bénévoles et surtout de l’implication sans limites d’Avraham Castiel. Lorsqu’on lui demande pourquoi il s’implique autant dans ce projet, M. Castiel répond simplement : « Cela me fait plaisir. Je m’implique autant que je peux, je prépare des livrets comme celui-ci, par solidarité pour nos frères en Israël. Vous savez, la solidarité, la générosité et la justice sociale sont au cœur des valeurs de base de la religion juive. J’ai participé à quatre Missions et je vais continuer de le faire tant que j’en serai capable. C’est une grande Mitzvah pour moi, mais je suis récompensé par la joie que nous procurons à nos petits frères qui célèbrent leur Bar-Mitzvah dans la foi, la joie et la dignité. Lors de chaque voyage, je découvre Israël avec des yeux nouveaux, non pas comme un touriste, mais avec mon cœur. On aide des gens dans le besoin et tout l’argent amassé va à cette cause et non à une autre. (…) J’en profite pour remercier les professionnels, les nombreux bénévoles qui travaillent de près ou de loin sur ce projet et aussi les généreux donateurs. Si nous arrivons à inspirer des nouvelles personnes à participer à ce projet, nous aurons réussi notre travail. Pour moi, cette expérience reste gravée à tout jamais dans mon coeur » dit-il avec grande émotion. En conclusion, Marcel Elbaz ajoute que « la continuité du projet tient à nous et nous n’avons aucune inquiétude par rapport à l’avenir. Nous avons les bonnes personnes pour faire avancer les choses et nous espérons seulement que des jeunes motivés vont continuer à faire évoluer ce magnifique projet ».

Retrouvailles, gala et bazar Le 4 mars, une soirée très importante a été prévue pour tous ceux qui ont participé à la Mission de solidarité en Israël. Y étaient invités tous

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les participants de la Mission de 2013 : 46 personnes en tout, hommes et femmes de tous les âges. Pour l’occasion Roland Harari avec l’aide d’Edmond Silber, ayant tous deux participé au voyage, ont préparé un superbe vidéo rétrospectif de 2003 à 2013. L’émotion était au rendez-vous lors de ces retrouvailles où tous étaient ravis de se revoir et de se commémorer tous les bons moments passés ensemble en Israël, un voyage inoubliable aux dires de tous. La vidéo rétrospective a bien su montrer les débuts de la Mission et tout le chemin parcouru depuis. Lors de cette même soirée, a eu lieu le lancement de la campagne de levée de fonds pour la prochaine Mission qui aura lieu en novembre 2014. Le Gala (le troisième en son genre) aura lieu le 28 mai au Salon Chagall à Côte-St-Luc. Chaque année, un événement de ce genre a lieu pour amasser des fonds pour les 50 Bar-Mitzvot organisées en Israël pour des familles aux faibles moyens économiques. Cette année, les trois présidents d’honneur David Peretz, Thérèse Attias et Lévy Benchimol vont mettre tout leur enthousiasme et toute leur énergie vers ce projet qui leur tient à cœur. Thérèse Attias, co-présidente du gala cette année, explique que son engagement communautaire l’a naturellement menée vers ce projet. « J’ai toujours été impliquée dans la communauté et j’ai toujours trouvé cela très gratifiant. Par contre, la Mission de solidarité nous mène sur un terrain concret et très humain. On voit sur place le résultat de nos efforts. Cela procure une immense satisfaction de voir les enfants qui font leur BarMitzvah et leurs parents émus aux larmes. C’est si beau de voir leur joie. Ce qu’on donne, on le reçoit 100 fois plus! Jamais je n’aurais cru qu’un tel projet pourrait nous combler autant. Organiser un gala pour financer les projets de la Mission de solidarité pendant l’année permet de changer la vie de gens. Alors on s’implique pour aider notre communauté et nos enfants. Pour moi, la question ne se pose pas : je n’ai d’autre choix que de m’impliquer. » Grâce à l’argent amassé, non seulement des Bar-Mitzvot ont lieu à Beer Sheva mais des petits cadeaux sont remis aux enfants dans des garderies et des bourses sont offertes à des étudiants

méritoires. Plus de 300 personnes sont attendues à cet événement clé pour la levée de fonds allant vers l’organisation de la Mission.

Bazar annuel en juin La seconde campagne de levée de fonds pour les Bar-Mitzvot, connue de tous, est le Bazar, et il aura lieu les 22 et 23 juin, cet été qui se fait tant désirer! Présidé par Alain Mechaly et encadré par Jocelyne et Ralph Bitton, le bazar réunira les mêmes ingrédients gagnants des autres éditions : des bénévoles en or dévoués au bien-être de leur communauté et d’Israël, des vêtements, chaussures, objets super design à tous petits prix, une ambiance chaleureuse et de la bonne humeur. « Même si la majorité des gens ne participent pas à la Mission, ils vont au Bazar avec plaisir et se sentent concernés par ce projet. Ils s’impliquent ainsi et pour eux c’est une mitzva » affirme Sidney. Alain Mechaly, responsable du Bazar, a lui aussi participé à quatre Missions de solidarité en Israël et son implication lui plaît autant qu’aux premiers jours. « Chez nous, nous avons toujours eu une tradition de bénévolat, mais dans la discrétion. Quant à moi, je m’implique car le don de soi est très agréable et c’est un plaisir incroyable de voir le bien que l’on peut faire à d’autres personnes que soi. Avec le Bazar, je gère une super équipe de 60 bénévoles, je m’occupe de la marchandise, je fais même les livraisons pour éliminer certains coûts mais je fais tout cela avec l’aide de Sabine Malka et surtout avec plaisir. Quand on peut aider, il faut le faire. J’ai la chance d’être plus choyé que la plupart des gens sur cette planète alors je fais ma part et cela me comble » dit-il avec la plus grande simplicité du monde. On remercie d’avance les généreux donateurs de Chabanel et l’équipe incroyable de 60 bénévoles sans qui cet événement n’aurait pas lieu d’être. Avis aux intéressés : la prochaine Mission de solidarité aura lieu en novembre 2014 et le recrutement débute en mai-juin. Emmanuelle Assor


Services Communautaires

AJOE, conférences, galas de levée de fonds… des activités bénéfiques à toute la communauté

Benny Melamed, Rachel Alkalai, Rosy Simon Schwartz (présidente AJOE), Albert Herscovitch (Conférencier), Sabine Malka (Coordonnatrice dept Adultes), Mireille Galanti. Assises : Irène Buenavida, Adèle Mardoche.

Des conférences éducatives

Conférence de Hélène Keller-Lind

L’AJOE (l’Association des Juifs Originaires d’Égypte à Montréal) est toujours aussi active, grâce au travail de sa présidente Rose Simon Schwartz et de son comité, appuyés par le travail de coordination de Sabine Malka. Le dimanche 16 février, l’association a préparé un superbe «Aprèsmidi culturel» avec Albert Herscovitch, ancien président de l’AJOE et membre du comité, très impliqué dans la communauté. M. Herscovitch est né en Égypte d’un père ashkénaze et d’une mère sépharade. Contraint de quitter son pays natal avec sa famille, tout comme le reste de la communauté juive d’Égypte dans les années soixante, il a fait des études d’ingénieur et ensuite un MBA au Canada. Il consacre une grande partie de son temps à différentes activités communautaires en tant que bénévole, tout en étant membre du Conseil d’Administration de la CSUQ. Cette foisci, pour les membres de l’AJOE, il a organisé une conférence sur le thème du «Retour en Égypte : pèlerinage sur les rives du Nil, à la recherche de nos racines», un après-midi son et images en 3D, avec nostalgie en prime. Devant plus de 60 personnes très intéressées par ce sujet, M. Herzcovitz a partagé son histoire ainsi que ses connaissances sur l’Égypte ancienne et actuelle avec la communauté juive montréalaise originaire d’Égypte.

Le mardi 18 février a aussi eu lieu une conférence de Hélène Keller-Lind à la synagogue Or Hahayim, en partenariat avec la CSUQ, devant un auditoire captivé. Thème profond et sur lequel on pourrait en dire long, les «Réflexions journalistiques de Beyrouth à Tunis, en passant par Jérusalem et d’autres lieux», une activité passionnante, ont été menées par la journaliste Hélène Keller-Lind, agrégée de lettres. Hélène Keller-Lind est une journaliste française qui suit l’actualité au Moyen-Orient depuis les années 80, alors que la désinformation antiisraélienne battait son plein en France. Elle a contribué à de nombreuses publications comme Le Droit de Vivre de la LICRA, Terre Retrouvée, l’Arche, La newsletter de l’ATJ en français, Communauté Nouvelle, Actualité Juive, Tribune Juive, le magazine ELLE, le Jüdische Allgemeine, le Jérusalem Post en français, ainsi que des sites Internet comme www.resiliencetv.fr, www.desinfos.com et la newsletter du CRIF (le Conseil Représentatif des Institutions juives de France). Mme Keller-Lind a enseigné en Grande-Bretagne et en France. Elle a été la dernière directrice de l’Alliance française de Jérusalem avant sa fermeture par le Quai d’Orsay pour des raisons politiques.

Des Tsédakas dans les écoles et un peu partout Parlons un peu d’un nouveau projet très sympathique pour continuer dans l’esprit de générosité et de don de soi de la communauté: les boîtes de Tsédaka. Sarita Benchimol qui est impliquée dans le comité de Shaaré Hessed va contacter diverses écoles juives francophones et anglophones et des boîtes de Tsédaka seront distribuées au début du mois de mars, toujours dans le but d’amasser des fonds pour Shaaré Hessed. Les petites boîtes seront aussi réparties dans divers lieux fréquentés par les membres de la communauté (synagogues, bibliothèques, centres communautaires). Tout montant sera accepté et le bienvenu! On espère que ce nouveau projet accessible à tous aura beaucoup de succès! Emmanuelle Assor

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Les bases du succès du programme leadership

Lors d’une intéressante rencontre avec Benjamin Bitton, responsable du programme de leadership, nous avons longuement discuté des raisons pour lesquelles le programme qu’il dirige remporte un tel succès. Depuis sa réorientation il y a plus de 5 ans, il faut le dire, le programme de leadership n’a cessé d’attirer de plus en plus de jeunes fantastiques dans son sillage. Benjamin m’explique que cela s’est fait naturellement d’année en année, les jeunes s’étant passé le mot et surtout le flambeau communautaire. « En très peu de temps, la demande a doublé pour le programme : on est passé de 25 participants à la première édition, à 30 pour la deuxième et maintenant nous sommes 50. Je voudrais aussi souligner que ce sont les jeunes qui viennent à nous car ils désirent participer à ce programme conçu pour eux et pour la relève. Ce qui est merveilleux, c’est de voir tous nos participants si motivés et s’impliquer autant dans la communauté » dit-il avec enthousiasme. Après un processus de sélection (une série d’entrevues devant des membres du comité qui déterminent si les candidats ont les qualités requises pour suivre cette formation), les participants les plus aptes à profiter pleinement du programme sont choisis selon plusieurs critères: leur personnalité, leurs qualités uniques et évidemment leurs disponibilités pour toutes les activités qui s’étalent sur 2 ans, ainsi qu’un engagement communautaire clair. «Actuellement le programme s’adresse à des jeunes âgés de 25 à 30 ans car nous avons remarqué que ce sont les meilleures années pour former ces personnes, avant qu’elles ne soient trop prises à s’investir pleinement dans leurs carrières ou leurs vies personnelles.» Quel est l’objectif du programme? «Ce qu’on essaie de faire avec ces jeunes, c’est de mettre à profit leurs talents et de les guider dans leurs apprentissages tout au long des activités prévues dans le programme.» Ainsi, pendant 2 ans, ils sont conviés à des conférences plénières sur des sujets d’intérêt (comment organiser une activité de levée de fonds réussie, quelles sont les agences de la communauté et leurs rôles, quelles sont les problématiques qui touchent la communauté juive, la politique québécoise, etc…)

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La levée de fonds comme activité formatrice et essentielle Pour cette première année de programme, on a demandé aux jeunes participants de choisir eux-mêmes leurs activités de levée de fonds et de les organiser avec l’aide d’un comité d’Anciens (les finissants des dernières promotions). Le résultat, pour l’instant, a été un réel succès. « Ils ont initié eux-mêmes leurs activités, dit Benjamin, et le résultat a été incroyable. Le 24 décembre, ils ont organisé une fête géniale, « Oy to the world », au Times Supper Club et il y a eu tellement de monde que la salle était à pleine capacité avec 400 participants ››. Deuxième activité prévue à l’agenda de la levée de fonds : une grande fête Mascarade pour Pourim en mars. Cet événement a été organisé en collaboration avec le département YAD de la Fédération CJA, le mot d’ordre étant de rassembler nos jeunes pour encore mieux atteindre nos objectifs ! « On veut démontrer qu’on est capable de collaborer afin de créer un événement entre jeunes adultes provenant de différentes organisations au sein de notre communauté et en faire un succès» affirme Benjamin. « Ceci s’inscrit dans le cadre d’une plus vaste initiative de collaboration à différents niveaux entre divers départements. » Au programme  : déguisements, prix de présence somptueux (comme des billets de saison pour voir les Canadiens ou une garde-robe d’un an signée par un designer connu) et une ambiance festive.

La troisième activité prévue est celle du « J-Amazing Race Montreal » qui est basée sur le modèle de la populaire émission de télé (Amazing Race) avec 20 équipes différentes. Ceci sera l’activité de levée de fonds majeure de cette année. Si l’on se base sur le succès qu’a remporté la «Guerre des clans» l’an dernier au Théâtre Rialto (les profits ont été directement versés à l’organisme Banav qui vient en aide aux enfants ayant des troubles d’apprentissage), on peut déjà imaginer le succès que remportera le J-Amazing Race en juin prochain. Tous les moyens seront mis en marche pour attirer le plus de participants possibles et pour toucher les jeunes. Que ce soit Facebook, Instagram ou Twitter, tous les réseaux sociaux seront exploiter pour faire connaître les équipes. Pourquoi une telle panoplie d’activités de levée de fonds ? « Pour ces jeunes, au-delà de la nécessité de financer une partie du voyage «Retour aux sources 3 », nous pensons que les activités de levée de fonds sont formatrices et essentielles à la survie de notre communauté. Grâce à ces événements qu’ils organisent, nos participants apprennent à s’épanouir, à utiliser leurs réseaux de contacts, à se surpasser. Ils atteignent des objectifs pour le bien de la communauté, ce qui est extrêmement gratifiant. C’est l’apprentissage et la pratique du don de soi inconditionnel. L’avenir de notre communauté sera assuré quand nos jeunes auront appris comment financer les activités et les projets qui leur tiennent à cœur et qui permettent à notre communauté de se développer et de s’épanouir  » affirme Benjamin.


Leadership

le début du Programme de Leadership, c’est la troisième promotion que je supervise et c’est très encourageant d’avoir ce sentiment de renouveau pour chacune des promotions. Chaque fois, je suis en présence d’un nouveau groupe avec des participants d’horizons variés qui apportent des nouvelles idées. J’évolue en même temps qu’eux dans leurs différents projets. Je crois pleinement en leurs capacités de leaders, je fais mon maximum pour les aider, j’assiste avec eux à la réalisation de ces projets et je suis toujours épaté par ce qu’ils réussissent à accomplir surtout lors des événements passés où le succès et les objectifs souhaités ont toujours été surpassés ».

Petit rappel des activités ayant eu lieu récemment

Le rôle crucial des « anciens finissants »

après l’Inquisition. Pendant 15 jours, tous seront invités à retracer les pas des Sépharades dans un parcours à la fois éducatif et émouvant.

Tout au long des activités du programme de leadership, les « Anciens » ou finissants de 20122013 guident les participants actuels à travers les étapes de l’organisation d’événements et lors du voyage de fin d’année. « Ce comité exécutif est surprenant car ce sont nos finissants qui proposent d’aider les nouveaux arrivés. Ils aiment avoir ce rôle et sont toujours disponibles pour aider les participants dans toutes les activités prévues. Je crois que c’est très motivant pour eux de pouvoir être des guides » affirme Benjamin. Il est clair que le programme de leadership a pour objectif d’inspirer les jeunes à faire partie des leaders de demain. Qui est mieux placé que ceux qui ont déjà participé au programme pour inspirer les nouveaux participants ?

Voici déjà quelques unes des villes qui seront visitées : Lisbone, Belmonte, Madrid, Cordoue, Tolède, Grenade, Tanger, Casablanca, Marrakech... Encore une fois, le comité organisateur du voyage sera composé d’Anciens qui savent mieux que quiconque ce qui intéresse les jeunes et comment les faire vibrer tout en assurant la relève communautaire. Grâce à leur implication, le voyage sera non seulement touristique ou éducatif, mais ce sera un voyage animé et palpitant. « Le but du voyage est de faire la synthèse de tout ce qui a été appris pendant l’année dans un contexte de découverte, d’émerveillement et d’affirmation de soi» affirme Benjamin.

Voyage de fin d’année et identité juive Toujours dans le cadre des activités formatrices donnant un sens au mot « sépharade et identité juive », le voyage « Retour aux sources 3 » est prévu pour cet été. Ce sera un voyage très spécial pour tous les participants car cela sera l’aboutissement de la première année de formation et d’activités captivantes sur le terrain. Cette année, le voyage mènera nos jeunes dans trois pays : l’Espagne, berceau des Juifs sépharades, le Maroc, pays d’origine de la plupart des participants et le Portugal où les Sépharades ont eu une présence importante au cours des siècles et

Selon Benjamin, il faut vraiment souligner que le succès du programme repose beaucoup sur l’implication des Anciens du programme dans le programme actuel car ils ont un grand pouvoir d’attraction envers de nouveaux participants et savent mieux que quiconque ce qui leur plaît, l’ayant déjà vécu eux-mêmes. « C’est toujours encourageant de voir que les jeunes adultes des anciennes promotions se sentent responsables envers d’autres jeunes. Je crois que cela les énergise de s’occuper des nouvelles générations. » En résumé, on peut déjà dire que le programme de leadership a beaucoup évolué avec le temps et que ses lendemains semblent assurés. Benjamin nous confie ses impressions sur les différentes promotions : « Je suis là depuis

Dès le mois de janvier, les activités ont repris après la pause des vacances d’hiver et n’ont cessé de mettre nos jeunes au défi. Au nombre des activités formatrices ayant eu lieu, le 22 janvier, une quinzaine de participants ont servi bénévolement des repas au Café de la Fédération CJA. (Photo). Pour tous, ce fut une expérience humaine incroyable, les faisant sortir du confort de leur réalité. Autre activité importante pour tous ceux participant au programme : l’atelier « Communauté 101 » a eu lieu le 26 février, dans les locaux de la salle Gelber. Après la présentation des invités, Robert Abitbol, directeur général de la CSUQ, et de Deborah Corber, directrice générale de la Fédération CJA, une « foire aux agences » a été présentée aux futurs leaders. Toutes les différentes agences de la Fédération CJA et les départements de la CSUQ ont été représentés. Les participants ont rencontré chaque représentant des différentes agences en petit groupe. Chacune d’entre elle a expliqué sa mission, son public cible, les opportunités de bénévolat ainsi que les différents projets qui s’y rattachent. Le leadership de la CSUQ a aussi été présent. Le but de cette soirée était aussi de jumeler nos jeunes leaders avec le leadership de la CSUQ et découvrir ensemble les différentes agences affiliées à la Fédération CJA et de la CSUQ, afin de les informer et de leur donner l’opportunité de connaître davantage les ressources offertes par notre communauté. Le dimanche 9 mars, une deuxième journée plénière a eu lieu avec le Consul Général d’Israël à Montréal, M. Lion et M. Ouellette, professeur à l’Université de Montréal. Enfin, le 9 avril aura lieu une intéressante conférence sur les problématiques affectant la Communauté. Les différents départements d’Ometz de la Fédération CJA seront invités pour expliquer ces délicates questions aux jeunes. Fin mai, ce sera déjà le temps de la dernière rencontre sociale et du début des préparatifs pour le voyage de fin d’année ! Pour tout renseignement sur les futures activités  contactez Benjamin Bitton au 514-733-4998 poste 8132 ou par courriel au bbitton@csuq.org Emmanuelle Assor magazine LVS | mars 2014 55


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Nouvelles communautaires

Michaël Abikhzer accompagné par l’Orchestre symphonique andalous de Montréal avec ses 23 musiciens sous la conduite magique du maestro Tom Cohen

Concert bénéfice au profit du Kollel de Petah Tikvah Un magnifique concert de musique andalouse et de piyoutim sera présenté aux membres de notre communauté ainsi qu’à tous les amateurs de cette musique, le 11 juin 2014 à 20h au prestigieux théâtre Rialto. L’artiste vedette qui animera l’événement sera le talentueux et populaire paytan Michaël Abikhzer, accompagné par l’Orchestre symphonique andalou de Montréal avec ses 23 musiciens, sous la conduite magique du maestro Tom Cohen qui nous a laissé un merveilleux souvenir lors de ces derniers passages à Montréal. À titre de rappel, le dernier concert présenté au public par ces deux artistes s’est tenu à guichets fermés. Michaël nous présentera un répertoire varié qui comprendra des morceaux de son album ainsi que des nouveautés. Tom Cohen dont le talent n’a d’égal que sa virtuosité sur scène et sa maîtrise dans la direction de l’orchestre, effectue actuellement une tournée avec nul autre qu’Enrico Macias. Une heure trente de bonheur en perspective pour tous les amoureux de la musique andalouse accompagnant les piyoutim interprétés par la voix chaude et magique de Michaël. Offrez-vous ce plaisir tout en contribuant à une œuvre méritoire en soutenant le Kollel de Ville-Saint-Laurent.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le Kollel de Petah Tikvah, il convient de rappeler que ce dernier a été fondé par le Rav Haim Nataf, rabbin en exercice de la synagogue. Le Kollel se compose de six Haverim et de deux Rashei Kollelim, Avraham Benshimon et Raphaël Bensimon. En plus d’être un centre d’études talmudiques, il parvient également à créer un fort sentiment d’appartenance à la communauté à travers ses activités. Il convient également de souligner que ce concert est dédié à la mémoire de notre regretté Salomon Revah Z’L. Nous espérons vous voir nombreux à cette soirée que l’on vous promet inoubliable et pleine de surprises. Prix des places, 30$-50$-70$-100$ et billets VIP Élie Benchetrit

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23 juin au 15 août 2014 185$/semaine

Âges 6 – 7 ans 8 – 11 ans

Remises – 10% de réduction au coût d’inscription d’un 2e enfant Bourses limitées disponibles

Activités • Nautiques • Piscine • Plage • Équitation

Une expérience inoubliable pour les 6 à 11 ans

Coût 185$/semaine 185$/semaine

• Glissades d’eau • Zoo de Granby • Et bien plus

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Les privilèges de Kadima

• Une sortie spéciale chaque semaine : la Ronde, Arbraska, cinéma, Dark Zone, etc. • 3 soirées thématiques et une nuit au camp (soirée meurtre et mystère, soirée casino) • Local réservé au club ados avec divan, une radio et une table de babyfoot • 2 périodes en août (lundi au vendredi) au Y Country Camp.

Horaires & Tarifs

30 juin au 15 août 2014 • Lundi au Vendredi • 9:00am – 4:00pm

Programme Âges Coût Kadima 12 – 14 ans 185$/semaine Kadima au YCC 12 – 14 ans 4 au 8 août & 11 au 15 août 450$/semaine Remises – 10% de réduction au coût d’inscription d’un 2e enfant Bourses limitées disponibles

Infos : 514-733-4998 #8135 echoukroun@csuq.org www.csuq.org


Jeunesse

Les camps Benyamin et Kif Kef évoluent Au département jeunesse, on s’améliore d’année en année pour répondre aux besoins changeants de la clientèle. Première amélioration dès cet été : le format du camp d’été a été changé et on l’a séparé en 3 camps afin de mieux répondre aux besoins des petits de différents âges. Au camp Benyamin junior, les enfants auront entre 6 et 7 ans et les activités auront lieu du 23 juin au 15 août dans le cadre d’un camp de jour. Ce qu’on y fait : toutes sortes de sports comme le basketball, le soccer, le baseball, la natation et une variété d’activités en plein air excitantes pour profiter pleinement de la saison estivale. Pendant ces 8 semaines, les jeunes sont invités à entreprendre un projet personnel tel que préparer une collection d’insectes ou un joli herbier. Pour chacun, il s’agit d’un défi individuel à présenter un groupe. Au camp Benyamin, connu de tous, l’ambiance sera au rendez-vous comme tous les ans. Une pléiade d’activités vraiment amusantes sont prévues : les glissades d’eau, le Zoo de Granby, le rafting entre Verdun et Lachine, le surf… tout a été pensé pour que les jeunes de 8 à 11 ans rentrent le soir épuisés d’avoir eu autant de plaisir. Cette année, il y aura une semaine thématique où chaque enfant devra se présenter au camp avec une tenue spéciale comme un pyjama ou un chapeau original. Au camp Kadima, pour les ados de 12 à 14 ans, deux semaines se dérouleront au Y Country Camp au Mont Tremblant. Lors de cette colonie de vacances classique, une gamme d’activités est à l’agenda qu’il s’agisse de baignade, de feux de camps, de veillées nocturnes, de floor hockey, de tennis, de planche à voile, de cueillette de maïs, de BBQ et d’excursions, aucun effort ne sera ménagé pour que ce camp soit exceptionnel. D’ailleurs, les 3 camps Benyamin junior, Benyamin et Kadima se remplissent vite car le mot s’est passé d’année en année et la réputation des camps n’est plus à faire. Le mot d’ordre : réservez à l’avance! Quand on demande à Eric Choukroun, responsable du département Jeunesse ce qui distingue les camps Benyamin des autres camps existants, il répond simplement : «Ce qui caractérise notre camp est l’attention particulière que nos animateurs portent aux enfants. Ces animateurs ce sont tous des anciens du camp, ils ont vécu l’expérience Benyamin et là c’est à leur tour d’animer toutes ces superbes activités. Et même si les journées sont longues et bien remplies, le temps passe vite. Notre équipe est dévouée, les enfants adorent ça et ils ont hâte de revenir le lendemain même si ils sont épuisés le soir, c’est simplement parce qu’ils ont tout donné pendant le jour.»

Autre nouveauté cette année, et qui ajoute à cette expérience unique, les animateurs de Benyamin auront une formation d’animateurs officielle. Cette formation sera donnée pendant l’année (le recrutement débute en mars) avec le support des Camps du Québec, le certificat DAFA (diplôme d’aptitude aux fonctions d’animateur) va définitivement augmenter les standards des camps. Au département des jeunes, le camp d’hiver Kif Kef reste l’activité la plus importante et la plus intense de l’année. Pendant une semaine, 150 jeunes et 30 moniteurs bénévoles se réunissent pour un camp d’hiver hors du commun. Depuis octobre tout le département travaille à l’organisation de ce camp et la sélection des animateurs est très serrée : tous veulent que le camp Kif Kef soit exceptionnel. Pendant une semaine, on accueille 150 jeunes ainsi qu’un groupe de 10 Israéliens de Beer Sheva grâce au jumelage de Montréal avec cette ville depuis quelques années. Pendant sept jours, sur un rythme accéléré, les jeunes sont conviés à un camp digne de véritables «feux d’artifice», on met l’emphase sur la technique, les jeux de lumière, les lasers, pour créér une ambiance de fête géniale. Le summum du camp, les Maccabiades, consistent en plusieurs épreuves de danse, chant et sport, le camp se métamorphose avec les différentes équipes de couleurs formées au hasard des différents groupes d’âge. Un trophée est remis à l’équipe gagnante pour souligner son excellence pendant les jeux. Les jeunes adorent le camp Kif Kef et le camp a affiché complet. Cet hiver, les activités ont eu lieu au camp Bnai Brith, ce qui a permis que tous soient dans la même bâtisse dans une ambiance des plus conviviales.

Destination Israël Enfin, aux 2 ans, le département jeunesse organise le fameux voyage de Yahad et cette année à nouveau, des jeunes de secondaire 3 et 4 seront réunis destination Israël. Pour la plupart des jeunes, ce sera un premier voyage sans parent et une première fois en Terre promise. Pourquoi le concept plait-il autant? Car les jeunes partent ainsi à la découverte de leurs racines en compagnie de leurs amis. La moitié du voyage est touristique

et l’autre éducative, ce qui offre un mélange intéressant à des jeunes ayant peu voyagé. Sur place avec eux, un animateur-guide-éducateur ayant une longue expérience avec les jeunes leur fera découvrir tous les lieux importants par rapport à l’histoire, l’économie et la société israélienne. Au cours du voyage, les jeunes retrouveront certains de leurs amis de Beer Sheva (rencontrés au camp Kif Kef) et ensemble ils passeront 5 jours à organiser des activités communautaires bénévoles telles que s’impliquer dans une garderie, dans un centre de recyclage ou dans une maison de personnes âgées. Ils passeront aussi, par la même occasion, un shabbat avec ces jeunes de leur âge en plus d’une fin de semaine en famille. Le reste du voyage se déroulera en compagnie du guide. Une fois le voyage terminé, le département jeunesse propose une variété intéressante d’activités à ces jeunes pour garder le contact avec eux . Souvent, un bon nombre d’anciens participants aux camps deviennent de futurs animateurs. «Au-delà du sport et des voyages, notre mission est éducative, nous souhaitons que nos jeunes reviennent avec une expérience positive et une image plus humaine d’Israël. Pour l’instant, il reste encore une dizaine de places mais il faut faire vite car le voyage de Yahad se prépare déjà, des séances d’information débutent bientôt afin de préparer les participants, leur dire à quoi s’attendre, comment se préparer et surtout dans le but de consolider les liens déjà existants entre les jeunes du groupe» annonce Eric Choukroun.

La raison d’être du département En résumé, Eric explique que « le but de toutes nos activités est d’offrir une éducation informelle, un message de tradition sépharade francophone en mettant l’accent sur la tradition et surtout en regroupant les jeunes autour d’activités saines, dans un cadre de relations harmonieuses entre filles et garçons. Au-delà des camps et des activités estivales, les jeunes apprennent à vivre en groupe, comment atteindre un but, gagner, perdre, comment respecter les autres et se comporter avec des plus vieux que soi. C’est gagnant sur toute la ligne » conclut-il. Emmanuelle Assor magazine LVS | mars 2014 61


aleph

CENTRE D’ÉTUDES JUIVES CONTEMPORAINES dirigé par SONIA SARAH LIPSYC

Aleph a 5 ans : Mission accomplie et ce n’est pas fini ! Le défi était audacieux et passionnant. Cinq années pour créer un espace d’étude et de culture, pluriel, au cœur de la CSUQ. Le Centre ALEPH, fondé et dirigé par Dr Sonia Sarah Lipsyc, a accueilli des centaines de personnes chaque année. Chacune d’entre elles a su tirer profit des activités, débats, panels, études ou simplement des échanges suscités par chaque évènement. ALEPH a ainsi créé une atmosphère conviviale et généreuse autour des thèmes du Judaïsme et de la culture juive abordés sans a priori et mis à la portée de tous. Seule, l’envie d’apprendre et de partager est à l’honneur. Cette ligne de conduite se retrouvera dans les prochaines activités et accompagnera bientôt la célébration de la 5ème bougie d’ALEPH, relayée dans les réseaux sociaux, fenêtre ouverte sur le judaïsme et ses multiples facettes.

Salon du livre des cultures juives au lancement de la saison culturelle séfarade. Centre Segal. Décembre 2013. Communication de Dr Sonia Sarah Lipsyc à l’Institut d’Etudes Juives Québecoises de Concordia. Février 2014

ALEPH est devenu, en 5 ans, le lieu d’échanges qu’il désirait être : indépendant (non rattaché à une congrégation), pluraliste, regroupant hommes et femmes de tous horizons, de tout âge voire de confession non juive. Le centre touche des membres affiliés mais également et c’est l’une de ses satisfactions, de nombreux non affiliés. Chaque activité ou évènement valorise la pensée juive sous ses différentes facettes et permet à tout un chacun de s’enrichir, de poursuivre sa réflexion personnelle et d’établir un lien avec des valeurs communes et partagées. L’engouement pour le cycle des cours d’hébreu pour apprendre à lire cette langue en 10 leçons ne s’est pas démenti depuis 3 ans et les inscriptions sont prises à l’avance d’une saison à l’autre. Ce cycle permet de savoir lire un passage de la prière ou des versets de la Torah et initie le participant à la compréhension de la phrase hébraïque. La méthode du Rabbin Mellul est très efficace et attire les débutants comme celles ou ceux qui le sont moins. Les premiers, quels que soient leurs origines, leur âge savent lire à l’issue de ce cycle. Les seconds, ont besoin d’un encadrement différent qui est à l’étude pour 2014 afin de satisfaire cet autre niveau. Ne manquez pas de dire votre intérêt pour l’un ou l’autre de ces cycles en vous mettant d’ores et déjà en contact avec ALEPH. Les ateliers talmudiques mensuels dirigés par Daniel Glassman sont également un succès. L’enseignant met à la portée de tous et toutes la problématique de la séance et suscite l’interactivité au bon moment afin de faire interagir les participants. D’horizons différents, ces derniers se penchent sur un passage talmudique en échangeant leurs réflexions. L’intérêt est multiple, à la

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fois dans la prise de connaissance d’une problématique traitée dans sa globalité mais aussi suivant la facette de la loi talmudique. Le cycle consacré aux fondements de l’Histoire et des textes fondateurs de la Kabbale de l’Antiquité à nos jours, animé par le rabbin Avi Finegold, a permis à un public fidèle de s’initier ou d’approfondir les connaissances en matière de mystique juive. En mai prochain, ALEPH va s’investir pour le Festival du film israélien en organisant avant, pendant et après cet évènement des panels ou des débats. ALEPH s’attelle également à la préparation du 2ème salon du livre des cultures juives pour le prochain lancement de la Saison Culturelle sépharade en décembre 2014. Depuis 2 ans, ALEPH est plus actif sur les réseaux sociaux, principalement sur Facebook, pour informer, animer, commenter et faire réagir sa communauté virtuelle. Cette plateforme interactive est un outil pour ouvrir le dialogue interculturel à travers les commentaires de France, du Maroc ou d’Israël entre autres puisqu’une centaine de « fans » issus de pays différents y

participent. Dr Sonia Sarah Lipsyc répond à tout commentaire rédigé avec respect et convivialité afin que les participants continuent à s’exprimer ouvertement et poussent la réflexion autour des principes d’approfondissement des connaissances juives et du « Vivre ensemble ». L’analyse sociologique de certains faits du judaisme contemporain est abordée dans le blog « Judaïsmes et Questions de société ». Les questions de pluralisme religieux, statut des femmes ou des minorités sexuelles, conversion au judaisme, monde orthodoxe et monde du travail, etc. sont ainsi analysées au regard de l’actualité en Israël, en Diaspora et au Québec. L’année 2013 a consolidé au travers de ses évènements plusieurs partenariats avec l’Université Concordia puisque le Dr Sonia Sarah Lipsyc est maintenant chercheure associée à l’Institut d’Etudes Juives Québécoises mais aussi avec l’Université de Montréal. Les collaborations ont eu lieu avec des instituts ou associations comme le Centre œcuménique canadien ou l’association « Mémoires et Dialogue ». Laëtitia Sellam


Radio Shalom à la croisée des chemins Dans les années 70, Robert Lévy occupe le poste de directeur de l’Association Sépharade Francophone (ASF), ancêtre de la CSQ, devenue aujourd’hui la CSUQ. Une décennie plus tard, la CSQ institue le Rabbinat sépharade du Québec en tant qu’autorité spirituelle, mais une crise majeure éclate sur fond de lutte de juridiction. Robert Lévy choisit alors d’épauler le Grand Rabbin David Sabbah et assume la direction du Rabbinat. À ce titre, Radio-Canada l’invite à siéger au Comité des émissions religieuses réunissant toutes les provinces, pour représenter la constituante juive de la population québécoise. Puis on lui propose une heure d’émission culturelle juive sur Radio Ville-Marie, qui sera animée notamment par Solly Lévy, délégué par la CSQ. En mars 2006, Robert Lévy obtient enfin la licence de radiodiffusion du CRTC qui lui permet d’émettre jour et nuit sur la fréquence AM à 1650 kHz, de faire de la publicité et de diffuser en plusieurs langues.

Robert Lévy Seule radio juive d’Amérique du Nord, Radio Shalom est une station de radio AM à caractère religieux de langues française, anglaise et hébraïque, qui émet de Montréal. Radio Shalom s’est donnée pour mission d’éduquer, d’informer et de divertir tout en respectant ses lignes idéologiques : soutien indéfectible à Israël, respect des lois religieuses, indépendance. Elle contribue à lutter contre la désinformation en rétablissant les faits. Elle combat l’antisémitisme et la xénophobie à travers une palette d’informations aussi objectives que possible. Par exemple, quand les journaux locaux parlent du boycottage de l’Europe envers Israël, sa voix s’élève. Par ailleurs, qui sait que la neige artificielle et le matériel de surveillance des Jeux olympiques de Sotchi sont de fabrication israélienne ? Radio Shalom est là pour le souligner et nous informer de sujets qui nous touchent et nous concernent. Elle nous donne des nouvelles inédites de France et d’Israël, nous rapprochant ainsi du monde. Radio Shalom est l’œuvre d’un seul homme : Robert Lévy. Leader visionnaire et idéaliste, il a réussi à donner corps à son rêve : implanter dans le paysage médiatique de Montréal une radio communautaire juive, et ce, sans fonds, sans financement, sans équipe et sans infrastructure. Certes, il est entouré d’une poignée de bénévoles assidus et soutenu par un conseil d’administration qui a lancé plusieurs campagnes de financement, malheureusement infructueuses. Alors, pourquoi un outil de communication aussi essentiel à la communauté ne suscite-t-il pas un appui plus enthousiaste ? Pour tenter d’y répondre, survolons l’histoire de Radio Shalom, étroitement liée au parcours de Robert Lévy.

Même si Radio Shalom est à vocation religieuse, sa programmation est diversifiée, avec des émissions récréatives aussi variées que la musique, l’humour, les voyages, les affaires, la santé et le coaching mental. Cette radio répond-elle aux besoins de la communauté juive en pleine mutation ? En représente-t-elle toutes les sensibilités religieuses ? On lui reproche parfois d’être de droite. Que répondez-vous à cela, M. Lévy ? — Nous essayons de représenter toutes les tendances : les orthodoxes, conservateurs, ashkénazes, sépharades. — Et les réformistes ? Oui, mais pas pour en faire la promotion. L’ouverture, nous l’avons, dans des limites acceptables. Nous recherchons l’équilibre. — Peut-on envisager d’écouter une rabbine sur les ondes de Radio Shalom ?

y a investi ses propres deniers, aidé de quelques rares donateurs. Charles Barchéchat, président du conseil d’administration, dont l’objectif est de multiplier les sources de financement, a récemment engagé une firme de marketing pour augmenter les revenus de publicité. « Certes, Radio Shalom est soutenue par des bénévoles extrêmement dévoués, mais il s’agit d’amateurs et cela ne suffit plus, s’insurge-t-il. Nous avons besoin de journalistes, de critiques et d’animateurs professionnels. Nous souhaitons une coopération communautaire plus étroite et avons fait plusieurs tentatives en ce sens. Nous espérons qu’elles déboucheront puisque nous sommes le « miroir sonore de la communauté ». Quant à Robert Lévy, il se dit prêt pour la relève. « Il ne t’incombe pas de terminer le travail, mais tu n’es pas libre de t’en dispenser », déclaret-il, citant cette phrase du Pirkké Avot (chap. 2, 16). — Quand des aînés me disent combien ils sont heureux d’écouter le kiddouch du vendredi sans lequel leur shabbat n’aurait pas de sens, quand une auditrice du New Jersey m’avoue que Radio Shalom l’a ramenée à ses racines religieuses, quand un journaliste de Radio-Canada me confie que Radio Shalom l’aide à se faire une opinion plus éclairée, je me dis : mission accomplie ! Faisons fi des griefs du passé et pensons plutôt à l’avenir de cette radio et au rayonnement qu’elle serait susceptible d’offrir à la communauté. Selon plusieurs leaders communautaires, cette radio doit impérativement survivre et prospérer. Aussi la communauté doit-elle se mobiliser pour que Radio Shalom devienne un jour prochain le fleuron de ses institutions. Dina Azuelos et Raymonde Abenaim

— Pourquoi pas, mais il faudra aussi faire entendre la voix de l’orthodoxie. Je ne suis pas pour la censure, mais je ne donnerai pas, par exemple, la parole au Hammas. Si cela s’appelle être de droite, alors oui, je suis de droite ! — Et les gais ?... Avancé-je timidement. — Pourquoi pas ? Avec une autre émission pour les hétéros afin d’équilibrer le contenu. Robert Lévy continue d’être indûment associé au Rabbinat bien que Radio Shalom soit un organisme sans but lucratif, libre et indépendant de toute institution communautaire, politique ou religieuse. Tout cela est relent du passé. Comme l’a formulé Arlette Fara, animatrice bénévole, française et chrétienne, « au milieu des pavés, ne pourrait-on pas laisser pousser une petite fleur ? » Actuellement, Radio Shalom se trouve dans une situation financière très précaire. Robert Lévy

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Culture

Histoire des relations des juifs et musulmans des origines à nos jours « Ce livre propose la traversée de quatorze siècles d’histoire commune et la remise en question de quelques-unes de nos évidences culturelles, portant en particulier sur l’irréductible opposition entre deux mondes, juif et musulman » (Introduction générale page 21) Un livre que tous ceux que l’histoire des relations entre ces deux peuples intéresse, devraient absolument se procurer et garder comme ouvrage de référence. Ce magnifique document a été réalisé sous la direction de deux éminents historiens : Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora. Abdelwahab Meddeb, ancien professeur de littérature comparée à l’université Paris OuestNanterre-La Défense et professeur invité à Yale University, à l’Université de Genève et à l’Université libre de Berlin. Directeur de la revue Dédale, il a consacré un numéro double à Jérusalem, Multiple Jérusalem en 1996, Il produit l’émission « Cultures d’islam » sur France Culture. Benjamin Stora, professeur à l’Université Paris XII et à l’INALCO, il a été professeur invité à New York University ainsi qu’à l’Université libre de Berlin. Spécialiste de l’histoire du Maghreb, il a notamment publié : la Gangrène et l’Oubli, Mémoire de la guerre d’Algérie, Algérie-Maroc, Histoires parallèles et Les Trois Exils des juifs d’Algérie. Avec un comité scientifique englobant une imposante brochette de chercheurs et d’universitaires de renom tels que Mohammed Ali Amir

Moezzi, directeur à l’École de hautes études (Sorbonne), Jean Baumgarten, directeur de recherche au CNRS, Denis Charbit, Maître de conférences en sciences politiques à l’Open University d’Israël, Mark Cohen, professeur à Princeton, Gad Freudental, Directeur émérite au CNRS, Jocelyne Daklia, spécialiste d’anthropologie historique du Maghreb, Sylvie Anne Goldberg, Directrice d’études à l’École de hautes études en sciences sociales (Paris), Mohammed Kenbib, historien, professeur à l’université Mohammed V de Rabat, Elias Sanbar, écrivain et historien, ambassadeur et observateur permanent de la Palestine auprès de l’UNESCO, Gilles Veinstein, (1945-2013) Professeur au Collège de France et auteur de plusieurs ouvrages. Comme l’indique le texte de son introduction, ce travail est « d’abord celui des retrouvailles avec les liens tissés historiques anciens tissés entre juifs et musulmans pendant plus de quatorze siècles, de l’apparition du Coran à nos jours. Quatorze siècles de passions et d’oppressions, de rapports quelquefois tragiques et parfois heureux. L’ouvrage donne une description détaillée et systématique, en l’état actuel des recherches, des processus historiques, sociaux et culturels vécus par ces communautés ».

Sous la direction de Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, 1145 pages, Albin Michel.

Les lecteurs vont faire un long voyage à travers l’histoire des nombreux pays « où ont longtemps vécu côte à côte, face à face, ensemble ou séparément, musulmans et juifs » Élie Benchetrit

Histoire des juifs de la genèse à nos jours « Cet ouvrage n’est pas une étude de plus sur le judaïsme, pas plus qu’un examen de la place des juifs dans le monde ou une analyse entre le monothéisme juif, chrétien et musulman. Il se donne comme objectif d’offrir au lecteur un récit clair de l’histoire des Juifs, des origines à nos jours » Michel Abitbol (avant propos).

Michel Abitbol, 734 pages. Édition Pour l’Histoire, Perrin.

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C’est un ouvrage que je recommande vivement à tous ceux, juifs comme non-juifs, qui souhaitent mieux connaître et également comprendre l’histoire mouvementée de ce peuple à travers des siècles de gloire et également de misère et de souffrances. L’historien Michel Abitbol, orientaliste de réputation internationale et professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem, nous livre un véritable chef-d’œuvre avec la précision et la rigueur qui lui sont propres. Une fois qu’on aborde les premières pages de la saga de ce premier peuple monothéiste, il est difficile d’en lâcher la lecture malgré ses quelque 700 pages. Passer en revue plus de 20 siècles d’histoire n’est pas une tâche facile et pourtant l’auteur a relevé le défi avec brio. Depuis le récit de la naissance

d’une religion jusqu’à la proclamation de l’État d’Israël en passant par la destruction par l’Empire Romain Michel Abitbol de Jérusalem, de l’exil à travers l’Europe, l’Afrique, et plus tard les Amériques, les affres de l’Inquisition et ses conséquences sur le judaïsme ibérique, les relations judéo-musulmanes dans le monde arabe et ottoman, l’émancipation des juifs européens suite à la Révolution française, les deux guerres mondiales et la Shoah. C’est le récit captivant « d’une longue aventure où s’entremêlent événements tragiques et développements heureux, courants religieux, littéraires et politiques, animé par des grandes figures qui ont marqué leur temps. L’auteur nous donne ainsi de précieuses clés pour mieux appréhender l’histoire bien souvent méconnue de ce peuple monde ». Élie Benchetrit


Culture

Ni d’ici, ni d’ailleurs Dans son autobiographie « Ni d’ici, ni d’ailleurs », Léon Ouaknine raconte le parcours d’un jeune homme timide et apatride qui devient, par la force des choses, un avant-gardiste controversé. S’identifiant comme Juif avant tout, il affirme cependant un athéisme affiché et assumé qui, à quelques reprises, présentera certains problèmes, sans toutefois être au centre de ses controverses. « Ça n’a pas toujours été facile au Y (Neihgborhood House Services ) et c’était un peu difficile de travailler avec les juifs marocains, qui n’étaient pas habitués à un libre penseur détaché de la religion, mais il n’y avait pas de prosélytisme de ma part, d’affichage, c’était ma position. » expliquet-il. « Les gens posaient des questions, trouvaient bizarre que je n’aille jamais à la synagogue... avec mes supérieurs, ça ne posait pas de problèmes, mais un peu de surprise, disons. » En effet, « Ni d’ici ni d’ailleurs » résume parfaitement la situation de Léon Ouaknine, pilier du travail social au Québec, ayant présenté, entre autres, les notions du Bien-Vieillir à une époque où ces préoccupations n’étaient pas du tout au centre du débat social. Ni d’ici, ni d’ailleurs, parce qu’il vient du Maroc, parce qu’il vient de la France, parce qu’il vit au Québec, endroit qu’il n’avait jamais l’intention d’adopter définitivement. « De fil en aiguille, je suis resté ici, » explique-t-il. Mais ni d’ici, ni d’ailleurs, aussi parce que pendant un long pan de sa vie professionnelle, il est seul sépharade au sein d’une communauté principalement ashkénaze et anglophone. En nouvel arrivant ne comprenant ni les mœurs des Québécois, ni ceux de la communauté ashkénaze qui y est installée depuis des années, Léon Ouaknine se voit rapidement devenir le pont entre deux communautés juives qui se méconnaissent : d’un côté, les ashkénazes le voient comme un sépharade, non éduqué, grossier, francophile et donc potentiellement souverainiste. De l’autre, les sépharades le traitent,

l’appellent « l’Allemand » lorsqu’ils voient que leurs techniques de négociation perpétuelle et de népotisme traditionnel au Maroc ne s’appliquent pas à un des leurs. « Maintenant ça a beaucoup changé », explique-t-il, « Ces attitudes en apparence n’existent pas. Il doit quand même exister un certain nombre de préjugés, mais c’est incomparable avec ce qui existait. » Il est intéressant de lire le parcours éclectique de cet homme. Il assume le passé imparfait dans lequel il a été élevé, au Maroc et ailleurs : il y raconte les paradoxes d’une mère dévouée et xénophobe et d’un père pour lequel il a très peu de tendresse : non éduqué, mais prétentieux, méprisant la communauté de laquelle il est issu, sans être accepté par la communauté vers laquelle il tend. Un contre-exemple, en quelques parties. Et bien différent du sentiment qu’il éprouve à l’égard de ses enfants, duquel il est visiblement fier et aimant. Professionnellement, Léon Ouaknine se fera des adversaires, des ennemis même, mais sa rigueur de travail lui permettra toujours de se renouveler, de se recycler, qui au Y, qui au JFS (Jewish Family Services) qui dans une grande firme française. Et du côté personnel, ce sera les amours fous, les gestes irrationnels un peu regrettés, les conflits inévitables et les amitiés fidèles et solides. Un parcours intense, parfois chaotique, mais toujours actif, allant de l’avant.

« Ni d’Ici ni d’Ailleurs : Le Québec, les Juifs et moi » Les Éditions Grenier, 348 pages, Léon Ouaknine.

Était-ce organisé, ce parcours atypique, composé de récompenses et de punitions? À quel point Léon Ouaknine cherchait-il à construire la vie qu’il a finalement eue ? L’auteur voit le tout avec une certaine philosophie : « Je considère que dans toute vie, il y a énormément d’aléatoire. La mienne n’y échappe pas. » Joseph Elfassi

Félicitations Mme. Alegré Mizrahi Mme. Alegré Mizrahi, directrice du Centre de la petite enfance du Centre Communautaire Juif, vient de recevoir le plus prestigieux prix national, le Prix du Premier Ministre du Canada pour l’excellence en éducation de la petite enfance. Ce Prix rend hommage aux éducateurs exceptionnels qui, par leur dévouement et leur compétence, donnent aux enfants un bon départ qui les aide à réussir à l’école et dans la vie.

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Mme. Alegre Mizrahi magazine LVS | mars 2014 65


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Nous avons la grande joie d’annoncer Qu’Ilana Edery, notre chère trésorière a donné naissance à une petite fille ce vendredi 7 février 2014.

Nous souhaitons un grand Mazal Tov aux heureux parents, aux frères et sœurs Eden et Ness ainsi qu’aux grands parents. Tous nos meilleurs vœux de bonheur ! — Le conseil d’administration de la CSUQ

Nous avons la joie d’annoncer que M. Shlomo Levy, Secrétaire général de la CSUQ ainsi que son épouse sont les heureux parents d’une petite fille nommée Hila et qui a vu le jour le 18 janvier 2014. Elle fait la joie de son frère et de sa sœur Zakay et Sasha. Nous leur souhaitons un grand mazal Tov et beaucoup de bonheur au sein de leur foyer. — Le conseil d’administration de la CSUQ

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Décès le comment acheter quoi et où, ses recettes de gâteaux, bref, ses conseils donnés avec gentillesse et courtoisie.

Une Grande Dame nous a quittés. C’est avec une immense tristesse que nous vous faisons part du décès de Madame Zarie Elbaz Abitbol Z’l., qui s’est éteinte le 3 Février 2014 à Casablanca . Elle était la mère de Élie (Loulou), Rabbi Méir (Michel), Sidney Abitbol et Linda Chokron. Au nom de la Communauté sépharade unifiée du Québec et en nos noms personnels, nous présentons aux familles endeuillées nos condoléances très émues et nos prières, et les assurons de notre affection et de notre soutien. — Le conseil d’administration de la CSUQ C’est avec regret que nous vous annonçons le décès de Mme Mimi (Simone) Levy née Edhery Z’L

‫ברוך דיין האמת‬ Épouse notre ami Armand Lévy (photographe), Maman d’ Ouriel, Yonah, Suzy, et William.

René, il n’y a plus de gens comme toi , accessibles, prêts à aider sans condescendance, avec le sourire. Tout le monde parle de ton bénévolat, de tout ce que tu as entrepris...

Un grand Monsieur est parti... Il y a 4 ans j’avais écrit ma tristesse pour le départ de notre chère Armande, et mon profond regret de ne plus la voir… Aujourd’hui, c’est horrible, il va falloir parler de René qui nous a quitté aussi. Impossible de penser à autre chose, il n’est plus là. Personne ne pourra remplacer les moments, hélàs trop courts, passés ensemble. Comment oublier nos rires et notre fierté en évoquant les « exploits » et les « merveilles » réalisés par nos petits enfants communs et adorés ? Comment oublier son humour, ses mails tellement percutants, ses conseils pour l’ordi,

René, tu nous manques et tu nous manqueras toujours... Mais je déplore une chose : POURQUOI ne dit-on pas aux gens autour de nous qu’on les aime et qu’on les apprécie AVANT ? ... Nous savons tous que tu te sentais très seul sans notre chère Armande, nous souffrions avec toi de son absence, maintenant René, vous êtes ensemble. Laurence et Bernard, je souhaite et j’espère que cette pensée vous réconforte un peu. Mady C’est avec une immense tristesse que nous vous faisons part du décès de Monsieur Sam Sabbah Z’L, survenu à Montréal, le 21 décembre 2013. Il était membre et bénévole de la mission de solidarité durant de nombreuses années.

BARON DE HIRSCH-BACK RIVER CEMETERIES 2014 Commandes pour les décorations florales postées le 30 janvier 2014 Afin de remplir toutes les demandes, les commandes devrontnous être parvenues avant le 30 avril. Si vous n’avez pas reçu votre bon de commande, appelez le bureau du cimetière au 514 735 4696, du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30 70

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LVS Mars 2014  
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