LVS Septembre 2022

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DOSSIER SPÉCIAL

LA CSUQ UNE NOUVELLE ÈRE, DE NOUVEAUX DÉFIS MEMBRES DU NOUVEAU CONSEIL D’ADMINISTRATION LES FEMMES DU MOSSAD L’HONNEUR D’ISRAËL COVID 19 : CONSÉQUENCES SUR LES JEUNES LE LEADERSHIP INTERGÉNÉRATIONNEL

LVS SEPTEMBRE 2022

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Hag Sameah

Maude Bellemare

Michel Rizkalla

Anne-Marie Bavoux

Lionel Chriqui

Julie Hardy

Ryan Mago

Moïra Sinéade Pierre-Louis

Adjointe

Conseiller principal en gestion de patrimoine et gestionnaire de portefeuille

Associée principale en gestion de patrimoine

Conseiller principal en gestion de patrimoine et gestionnaire de portefeuille

Associée en gestion de patrimoine

Conseiller en gestion de patrimoine

Adjointe

Financière Banque Nationale – Gestion de patrimoine (FBNGP) est une division de la Financière Banque Nationale inc. (FBN) et une marque de commerce appartenant à la Banque Nationale du Canada (BNC) utilisée sous licence par la FBN. FBN est membre de l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM) et du Fonds canadien de protection des épargnants (FCPE) et est une filiale en propriété exclusive de la BNC, qui est une société ouverte inscrite à la cote de la Bourse de Toronto (NA : TSX).

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Mes liquidités d’entreprise, je les gère comme avant ?

Xavier Lalonde

Vice-président régional xavier.lalonde@bnc.ca 514 299-2622

David-Alexandre Wolf

Directeur commercial PME davidalexandre.wolf@bnc.ca 438 869-0581

Francis Martel

Vice-président régional francis.martel@bnc.ca 438 887-9526

Pour vos questions, on est là. bnc.ca/entreprises LVS SEPTEMBRE 2022

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‫שנה טובה‬

Chana Tova

Umetuka

CONTACT US

Nous vous souhaitons santé et bonheur

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info@jcfmontreal.org

www.jcfmontreal.org


Joindre la FCJ a été non seulement la meilleure décision d’un point de vue philanthropique, mais aussi l’une des meilleures décisions que notre famille ait jamais prises. D’un point de vue pratique, la FCJ allège complètement le fardeau de la paperasse et de l’administration lié aux dons de notre famille, ce qui nous fait gagner des heures et des heures de notre précieux temps. La FCJ a un réel désir d’aider de toutes les manières possibles. Notre famille se réjouit de travailler avec la FCJ pour de nombreuses générations à venir en ce qui concerne nos dons au Canada et en Israël.

Jonathan Eltes LVS SEPTEMBRE 2022

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SOMMAIRE SEPTEMBRE 2022 DOSSIER SPÉCIAL L’Honorable Jacques Saada, président de la CSUQ 2018-2022.

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Entrevue avec Karen Aflalo, nouvelle présidente de la CSUQ.

SANTÉ MENTALE « La pandémie de COVID-19 a eu de lourdes conséquences sur les jeunes ». Entrevue avec la Dre Mimi Israël, psychiatre.

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SANTÉ FINANCIÈRE

Treize bénévoles passionnés au nouveau CA de la CSUQ.

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Dialogue intergénérationnel à la CSUQ.

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Des temps financiers instables. Quelles sont les meilleures stratégies de placement ?

55 MONDE POLITIQUE

LA GUERRE EN UKRAINE Le difficile jeu d'équilibriste d'Israël.

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Nous sommes tous des Juifs ukrainiens.

38

MONDE JUIF Pourquoi l’historiographie de la Shoah a-t-elle négligée les Sépharades?

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Les grands défis de la Fédération sépharade d’Amérique latine (FESELA).

58 ISRAEL

Nessim David Gaon Z’. L’. (1922-2022). Un ardent défenseur du séphardisme.

62

Les femmes du Mossad, l’honneur d’Israël.

44

ÊTRE JUIF ET QUÉBÉCOIS

Entrevue avec le physicien Yonathan Anahory. Une grande découverte dans l’univers nanométrique.

48

Élections au Québec : ce qui nous attend cet automne.

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VIE COMMUNAUTAIRE Rencontre avec l' Ambassadeur du Maroc au Canada, S.E. Souriya Otmani.

68

Arlène Madar Abitan, une passionnée de l’action bénévole.

70

JUDAÏSME Le jugement des vivants et des morts de Rosh Hashana à Kippour.

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Soulful Prayer

74

NOS CONSTITUANTES Maître Esther Krauze, Présidente sortante de l’École Maïmonide.

76

LECTURE

Un hommage mérité de la Congrégation Spanish & Portuguese à Edmond Elbaz.

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Entrevue avec le romancier Marc Levy.

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« La décision » un remarquable roman de Karine Tuil.

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LA CSUQ IDENTITÉ ET CULTURE

Elles et ils ont publié.

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Le bilan. Entrevue avec Chantal et Gérard Buzaglo. Le Festival du Cinéma Israélien de Montréal (FCIM) 2022. Festival Sefarad de Montréal (FSM). Chorale Kinor.

HESSED MITZVAH MISSION JEUNESSE

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CARNET DE FAMILLE

100 OFFRE D'EMPLOIS

102


COLLABORATEURS/TRICES Elias Levy Directeur de contenu et journaliste Sonia Sarah Lipsyc Contributrice Senior

DIRECTEUR GÉNÉRAL CSUQ Benjamin Bitton

Elie Benchetrit Journaliste

PRÉSIDENTE CSUQ Karen Aflalo

Sylvia Halpern Journaliste

COPRÉSIDENTS LVS William Dery Arielle Sebah-Lasry DIRECTEUR DE CONTENU Elias Levy COMMUNICATION ET MARKETING Danielle Glanz OPÉRATIONS Janice Silverstein CONCEPTION GRAPHIQUE Romy Benatar Wei Song RÉVISION LINGUISTIQUE ET CORRECTION D’ÉPREUVES Martine Schiefer

Karine Alloul Pharmacienne, gestionnaire senior dans l'industrie pharmaceutique Annie Ousset-Krief Journaliste Esther Krauze Présidente sortante de l'École Maïmonide Rabbin Yamin Levy Pour en savoir plus sur notre équipe de collaborateurs visiter CSUQ.org

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lvsmagazine.com Wei Song

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Convention postale 40011565 Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée à : 5151, Côte-Sainte-Catherine, bureau 216, Montréal, Québec, Canada H3W 1M6 Le présent numéro est tiré à 5 000 exemplaires et acheminé par voie postale au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Des exemplaires sont également déposés dans différents endroits stratégiques à Montréal. Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs. La rédaction n’est pas responsable du contenu des annonces publicitaires. Toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, en tout ou en partie, du présent magazine, sans l’autorisation écrite de l’éditeur, est strictement interdite. Reproduction in whole or in part, by any means, is strictly prohibited unless authorized in writing by the editor.

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MOT DE LA NOUVELLE

PRÉSIDENTE DE LA CSUQ

C’est un grand honneur et un privilège pour moi de présider, durant les deux prochaines années, la CSUQ. La Communauté sépharade s’est toujours distinguée par son dynamisme, sa grande générosité et son souci de pérenniser notre magnifique culture et nos riches traditions sépharades. Je me réjouis qu’une nouvelle équipe composée de bénévoles très motivés, dont plusieurs jeunes adultes élus pour la première fois au CA de la CSUQ, m’épaule pour remplir l’importante mission qui nous a été confiée. Les défis auxquels nous faisons face sont grands. Tout en étant conscients que la terrible pandémie qui s’est abattue sur l’humanité il y a deux ans et demi n’est pas complètement révolue, nous caressons tous l’espoir que des jours meilleurs poindront à l’horizon. Le retour en présentiel de nos programmes est indéniablement un signe manifeste de cet espoir. Après deux années pénibles d’isolement et de communication distancielle, au cours desquelles nous n’avons pas pu côtoyer les êtres qui nous sont les plus chers, nous retrouver à nouveau

dans des lieux physiques pour profiter pleinement de nos programmes sera certainement un moment privilégié. Malgré la situation actuelle, gardons le cap sur un futur plus prometteur. À l’aube de cette nouvelle année, n’oublions pas nos frères et sœurs les plus démunis confrontés quotidiennement à des épreuves existentielles très ardues, de même que les personnes âgées vivant dans une solitude extrême. La CSUQ, grâce à son admirable programme social Hessed, est très réceptive aux demandes urgentes de familles ayant beaucoup de difficulté à joindre les deux bouts à la fin du mois. Les temps nébuleux que nous traversons sont particulièrement difficiles pour elles. La solidarité avec ceux et celles qui souffrent s’impose plus que jamais. Au nom de la CSUQ et en mon nom personnel, je vous souhaite une nouvelle année remplie de bonheur, de prospérité et surtout de santé. Hag Sameah. Karen Aflalo


SHANA TOVA

CHANA TOVA

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CHANA TOVA DE LA PART DE LA FÉDÉRATION CJA Au rythme d’un seul coeur, notre communauté s’est unie l’année dernière pour toucher des milliers d’individus – des enfants, des femmes, des survivants de l’Holocauste, des aînés, de nouveaux immigrants et des Juifs réfigiés provenant du monde entier. Que le son du schofar célèbre cette unité! Qu’au cours des prochaines années, nous allions sans cesse de succès en succès et que nous demeurions toujours plus unis que nous ne l’avons jamais été.

Chana tova oumetouka!

MERCI POUR VOTRE SOUTIEN

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Reconnaissance de l’Excellence 2018

Reconnaissance de l’Excellence 2019

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Équipe de l’année Montréal

Équipe de l’année Montréal

Responsabilité sociale Montréal

© FINANCIÈRE BANQUE NATIONALE. Tous droits réservés 2021. Financière Banque Nationale – Gestion de patrimoine (FBNGP) est une division de la Financière Banque Nationale inc. (FBN) et une marque de commerce appartenant à la Banque Nationale du Canada (BNC) utilisée sous licence par la FBN. FBN est membre de l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM) et du Fonds canadien de protection des épargnants (FCPE) et est une filiale en propriété exclusive de la BNC, qui est une société ouverte inscrite à la cote de la Bourse de Toronto (NA : TSX).


Grâce à notre partenaire exclusif, la Banque Nationale du Canada (BNC), la CSUQ à crée la Fondation CSUQ « d’une génération à l’autre ». Son objectif : mettre en place des ressources financières pérennes pour soutenir des programmes jeunesse de la CSUQ (0 à 30 ans). En 2021, la fondation a atteint un capital impressionnant de plus de 1 500 000 $. Grâce aux usufruits générés, un montant de plus de 60 000 $ a contribué au financement de nombreux programmes et activités des « Services jeu-

Armand Afilalo, Président de la Fondation de la CSUQ

nesse » et de nouveaux programmes innovants. Soutenir la jeunesse constitue l’une des grandes priorités de cette fondation. Au nom de la Fondation CSUQ, nous tenons à exprimer toute notre gratitude à la Banque Nationale, notre partenaire officiel, et à tous nos donateurs qui ont permis à la Fondation CSUQ de connaître une si belle expansion. À l’aube d’une nouvelle année hébraïque, ensemble, redonnons l’espoir à nos jeunes en embellissant leur vie. Hag Sameah

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Le Centre Cummings et son nouveau partenariat avec QADA Dès qu’il s’agit d’événements pour les aînés, on se réfère généralement au Centre Cummings. Carrefour montréalais des personnes de 50 ans et plus, le Centre a pour mission principale de favoriser leur épanouissement et améliorer leur qualité de vie en leur offrant des programmes dynamiques et novateurs, des services sociaux et des occasions de bénévolat. Pour répondre aux besoins variés, la panoplie de programmes est impressionnante: programmes intellectuels, sociaux, culturels, artistiques, scientifiques, conférences politiques, médicales, groupes de sport, de jeux, de théâtre, de chant. Des programmes adaptés sont également offerts aux personnes atteintes de la maladie de Parkinson ou qui ont des handicaps à la suite d’un AVC. Reconnaissant la richesse de ces programmes, le gouvernement du Québec s’est associé au Centre Cummings dans

un plan d’action “Un Québec pour tous les âges”. Le programme Québec ami des aînés (QADA) a ainsi été créé pour mettre en place une programmation intéressante et gratuite pour les aînés. Il soutient financièrement des activités et des initiatives à portée locale, régionale ou nationale réalisées par des organismes sans but lucratif tels que le Centre Cummings. QADA permet au Centre Cummings d’élargir l’étendue de diffusion de sa programmation à toute la province. Ainsi, Québécoises et Québécois peuvent bénéficier de l’expertise développée par le Centre pour répondre à leurs besoins. Le Centre Cummings et le ministère de la Santé et des Services sociaux placent les personnes aînées au cœur de leurs préoccupations et visent l’amélioration de leur qualité de vie: en combattant l’isolement social, en accompagnant

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au quotidien par de l’activité physique et cérébrale avec des intervenants et des professionnels de haut niveau. Les programmes sont conçus pour offrir des outils d’apprentissage technologiques afin de garantir la participation aux autres événements. Les participants n’auront nul besoin d’être membre pour bénéficier gratuitement des activités QADA qui se déroulent dans une ambiance empreinte des valeurs de respect, de dignité et de diversité. Le Centre Cummings accueille toutes les personnes aînées, quelle que soit leur origine ethnique, socioéconomique, leur appartenance à une minorité multiculturelle ou issue des LGBTQ+. Autant de bonnes raisons pour franchir la porte virtuelle ou physique du Centre Cummings! Appelez au 514.343.3510 pour en savoir plus et vous inscrire. www.cummingscentre.org/fr

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Édito

La pandémie de COVID-19 a eu de lourdes conséquences sur la santé mentale des jeunes. Une spécialiste renommée en santé mentale, la Dre Mimi Israël, psychiatre, aborde dans une entrevue ce grave problème de société.

Nous vous présentons dans ce numéro de LVS la nouvelle équipe qui dirigera la CSUQ au cours des deux prochaines années. Un dossier spécial lui est consacré. Pour la deuxième fois depuis vingt-cinq ans, une femme leader très engagée communautairement, Karen Aflalo, présidera cette institution. Elle succède à l’honorable Jacques Saada, qui a rempli avec succès son mandat chambardé par l’impitoyable pandémie de COVID-19. Il brosse le bilan de ses quatre années de présidence. Karen Aflalo nous parle des grands défis auxquels la CSUQ fait face, de ses principales priorités et de sa vision de l’avenir de notre communauté.

Eta Yudin, vice-présidente de CIJA-Québec, nous parle des enjeux et des préoccupations qui concernent notre communauté à la veille des prochaines élections générales québécoises. Israël occupe une place de choix dans cette édition de LVS. Notre collaboratrice Karine Alloul nous propose une entrevue avec le jeune physicien canado-israélien Yonathan Anahory, qui dirige dans son laboratoire à l’Université hébraïque de Jérusalem une équipe de chercheurs qui a fait récemment une découverte majeure dans le domaine des champs magnétiques à l’échelle nanoscopique. L’écrivain israélien Yishaï Sarid, auteur d’un best-seller en Israël, Le monstre de la mémoire, aborde une question très délicate : le rapport des Sépharades d’Israël à la mémoire de la Shoah.

« Nous tenons à exprimer notre pleine solidarité avec le peuple ukrainien, victime d’une agression barbare »

Nous tenons à exprimer notre pleine solidarité avec le peuple ukrainien, victime d’une agression barbare perpétrée par la Russie de Poutine. Un désastre d’une ampleur jamais vue en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Chaque jour, depuis le début de la guerre en Ukraine, deux enfants sont tués. Trois millions d’Ukrainiens survivent sans eau ni électricité, 2,2 millions ont dû fuir leur pays… N’oublions jamais cet adage de feu Élie Wiesel, survivant de la Shoah et défenseur inlassable des peuples persécutés : « Nous devons toujours prendre parti. La neutralité avantage les oppresseurs, jamais les victimes. Le silence encourage les bourreaux. » La Communauté juive de Montréal a été l’une des premières de la diaspora à se mobiliser avec célérité pour porter secours à des centaines de réfugiés juifs ukrainiens forcés de quitter désespérément leur contrée natale. Dans un reportage poignant, notre collaboratrice Sylvie Halpern relate les actions généreuses entreprises par des organisations et des groupes de notre communauté pour répondre concrètement au besoin urgent d’assistance humanitaire de la communauté juive ukrainienne. Une belle leçon de générosité et de solidarité. Un spécialiste réputé de la Russie et des questions géopolitiques internationales, Frédéric Encel, analyse les répercussions de la guerre en Ukraine sur les relations entre Israël et la Russie et sur les Juifs russes.

L’historien et ex-député de la Knesset, Michael Bar-Zohar, rend un vibrant hommage aux espionnes les plus audacieuses d’Israël, les femmes du Mossad.

Dans la rubrique « Monde juif », Élie Benchetrit signe un article rendant hommage à une grande figure du monde sépharade disparue récemment, Nessim Gaon, qui présida pendant presque cinquante ans la Fédération sépharade mondiale. Une femme leader admirable, Arlène Madar Abitan, évoque son parcours communautaire très marquant. Dans la section « Judaïsme », Sonia Sarah Lipsyc nous propose un texte très profond sur le jugement des vivants et des morts de Rosh Hashana à Kippour. Les temps économiques nébuleux que nous traversons nous ont incités à solliciter les conseils en matière de placements financiers des spécialistes de la Banque Nationale du Canada. Côté littérature, nous vous proposons deux entrevues : avec Karine Tuil, l’une des écrivaines phares de la littérature française actuelle, et Marc Levy, l’écrivain français le plus lu dans le monde. Bonne lecture à toutes et à tous. Shana Tova. ELIAS LEVY LVS SEPTEMBRE 2022

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DOSSIER SPÉCIAL

L’HONORABLE JACQUES SAADA, PRÉSIDENT DE LA CSUQ 2018-2022 ELIAS LEVY

« Nous avons redonné la CSUQ à la communauté, revalorisé ses lettres de noblesse et restauré sa crédibilité » Quand l’Honorable Jacques Saada a accédé à la présidence de la Communauté sépharade unifiée du Québec (CSUQ) en 2018, les défis qui l’attendaient étaient de taille. Quatre années plus tard, ce leader opiniâtre et visionnaire a brossé un bilan de ses deux mandats consécutifs lors de l’assemblée générale de cette institution fédérative. Événement au cours duquel il a transmis le flambeau à Karen Aflalo, la deuxième femme à diriger les destinées de la communauté sépharade, après Maryse Ohayon, qui a présidé la Communauté sépharade du Québec (CSQ) de 1995 à 1997.

Les leaders de la CSUQ qu’il a longuement consultés avant d’entamer ses nouvelles fonctions lui avaient fait part de leurs doutes et inquiétudes quant à l’avenir de l’institution qu’ils s’étaient escrimés à bâtir patiemment au cours des cinquante dernières années. Certains des problèmes auxquels la CSUQ faisait face paraissaient alors insolubles. « Des décisions difficiles, motivées surtout par des soucis de redressement financier, avaient déstabilisé nos professionnels. La CSUQ et la Fédération CJA se regardaient en chiens de faïence. Nous étions encore secoués par une tentative de restructuration communautaire qui nous avait profondément divisés… Selon la rumeur, la CSUQ était de moins en moins au diapason de la communauté qu’elle devait servir. Des leaders sépharades se demandaient même à haute voix: « La CSUQ est-elle encore pertinente? ».»

« Ensemble, il nous fallait reconnaître que les divergences du passé nous emprisonnaient, nous étouffaient. Que nos querelles assourdissaient l’écho de DOSSIER SPÉCIAL

Quatre ans plus tard, les résultats sont concrets et fort encourageants.

Des leaders sépharades se demandaient même à haute voix : « La CSUQ est-elle encore pertinente? » Quatre ans plus tard, les résultats sont concrets et fort encourageants.

Dès le début de sa présidence, Jacques Saada a exhorté les leaders sépharades à tabler sur la confiance, l’espoir, la stabilité et le progrès.

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nos accomplissements, pourtant exceptionnels. J’exprimais la conviction que la discussion sereine, la pédagogie et la lucidité seraient plus porteuses que les confrontations. Certains me taxèrent alors de naïveté, d’idéalisme. Et pourtant… »

« Vous avez montré que l’on peut être à la fois des gardiens de la tradition et des acteurs de changement. Grâce à vous tous, aujourd’hui, la CSUQ est respectée, crédible, forte et sereine. » Premier objectif de son mandat : mettre en branle une large consultation communautaire, les états généraux, sous la direction de deux leaders communautaires remarquables, Pascale Déry et Daniel Amar.

Au programme : sondages, rencontres de groupes, réflexions sur l’avenir de l’identité sépharade, en fait, des identités sépharades… Plus de mille personnes ont participé à cette vaste consultation qui a duré près d’un an et dont les conclusions ont été des plus éloquentes. À la question de savoir si la CSUQ était pertinente, plus de 82 % des membres interrogés de notre communauté ont


L'Hon. Jacques Saada. (Photo : Roland Harari)

répondu : « Oui ». Les programmes offerts par la CSUQ ont été plébiscités par presque 90% des répondants.

Les principales phases de la planification stratégique ont été mises en œuvre avec succès.

Des mesures ont été ensuite adoptées pour répondre concrètement aux préoccupations majeures exprimées par les personnes sondées dans le cadre des états généraux : pas assez de place faite aux femmes et aux jeunes, des interrogations lancinantes sur l’identité religieuse des jeunes sépharades…

Cependant, un dossier majeur et complexe, la cacherout, n’est pas encore réglé, a reconnu Jacques Saada.

Parmi ces mesures : une réforme des règlements généraux de la CSUQ ; un allègement des structures organisationnelles; un renforcement du rôle des constituantes ; la reconnaissance de l’importance des femmes et des jeunes dans les instances décisionnelles de la CSUQ, qui s’est traduite concrètement par une modification du mode d’élection des administrateurs et des coprésidences hommesfemmes à la tête des comités permanents. Une autre mesure importante : l’élaboration d’une planification stratégique faisant écho aux états généraux.

« Nous avons tout tenté pour que le Vaad Ha’ir abandonne ses pratiques opaques et nous ouvre ses livres. Pour qu’il cesse une discrimination inexcusable à l’endroit des Sépharades. Pour qu’il favorise l’accès à la cacherout, pour nos plus démunis notamment, en veillant à ce que notre communauté ne soit plus victime des prix exorbitants de la viande casher. Nous avons tout tenté. Deux années de travail acharné. Mais nous n’avons pas encore obtenu les résultats espérés. Existe-t-il des réponses à l’intransigeance du Vaad Ha’ir ? La réponse est oui : créer une cacherout sépharade. »

« Ce processus nous a permis de nous rapprocher de la population que nous souhaitions servir. La CSUQ redevenait ainsi de plein droit le véhicule privilégié de l’action communautaire sépharade. »

LVS SEPTEMBRE 2022

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De gauche à droite : Sylvain Abitbol, ancien président de la CSUQ, L'Hon. Jacques Saada, président sortant de la CSUQ et Armand Afilalo, président de la Fondation de la CSUQ. (Photo : Roland Harari)

Ce projet très ambitieux est-il réalisable ? « Les graines sont plantées, mais cette cacherout suppose trois conditions qui ne sont pas encore réunies aujourd’hui : une cohésion rabbinique qui priorisera l’intérêt de notre communauté ; une mobilisation communautaire renforcée ; un financement substantiel pour assumer les risques commerciaux inhérents à l’importation de viande casher hors des circuits contrôlés par le Vaad Ha’ir. Nous n’avons pas encore réussi, mais notre travail n’a pas été inutile. Dans ce dossier, la CSUQ s’est imposée comme le vrai porte-parole de notre communauté. Tous se sont reconnus en elle. » Durant sa présidence, Jacques Saada s’est évertué à bâtir des partenariats avec les principales institutions communautaires juives, particulièrement la Fédération CJA. Il a par ailleurs renforcé et officialisé le rôle politique de la CSUQ dans le cadre d’un protocole d’entente signé avec le CIJA ; promu les intérêts de la communauté sépharade dans l’élaboration du plan stratégique de la Fédération CJA et du Centre Cummings pour aînés ; collaboré étroitement avec le Musée de l’Holocauste de Montréal et la Fédération sépharade du Canada dans divers projets.

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DOSSIER SPÉCIAL

Il s’est dit particulièrement heureux de l’adhésion de la synagogue Spanish & Portuguese à titre de constituante de la CSUQ et de la paix conclue avec le Grand Rabbinat, mettant ainsi fin à quarante ans de divisions. Au nom de la CSUQ, il a participé à des forums nationaux et internationaux sur la lutte contre l’antisémitisme et la défense d’Israël. « L’antisionisme est devenu la permission de l’antisémitisme. Il faut le combattre sans relâche », souligna-t-il. Au chapitre financier, il fallait éliminer le déficit budgétaire qui se chiffrait, il y a sept ans, à presque un million de dollars. « Nous avons terminé le redressement financier entrepris par mes prédécesseurs et sommes fiers de vous avoir présenté ces deux dernières années des résultats montrant que la CSUQ n’a plus de dettes. Nous avons géré nos finances avec rigueur et intégrité.» Au printemps 2020, Jacques Saada et les professionnels de la CSUQ ont dû affronter une grave crise inattendue : la pandémie de COVID-19.


« Le ciel nous est tombé sur la tête. En quelques jours, il a fallu nous réorganiser pour nous mettre en mode de télétravail et préserver les emplois de nos professionnels. Une véritable révolution organisationnelle en un laps de temps très court. Pour sauver tout ce qui pouvait l’être, pour apaiser, rassurer, soutenir, alors que tous les indicateurs étaient au rouge. Tout à coup, la pandémie nous imposait l’isolement. La solitude menaçait de faire des ravages. Il nous fallait réagir, lutter contre cette solitude. Alors, nous avons reconstruit nos festivals en mode virtuel, multiplié les activités en ligne, réinventé nos programmations et fait entrer films, spectacles et conférences dans vos salons. » Jacques Saada est particulièrement fier du numéro spécial du magazine La Voix Sépharade (LVS), paru en septembre 2021, où premiers ministres, élus politiques, grands rabbins et dirigeants communautaires du Canada et d’autres pays ont rendu un hommage unanime à la CSUQ. Cette édition spéciale de LVS a mis aussi en valeur la relève sépharade qui lui tient si grandement à cœur. « Une relève brillante, inspirante, qui réussit tous azimuts et qui intègre tout naturellement les valeurs communautaires qui ont fondé notre histoire montréalaise, notre histoire juive. Une relève qui se projette avec confiance dans le futur. » Il constate avec plaisir que sur 19 candidats au conseil d’administration, six avaient moins de 35 ans et cinq étaient des femmes.

un vent de fraîcheur et de renouveau et en ouvrant toute grande la porte de la CSUQ aux nouvelles générations. » Très ému, il a remercié tous ceux et celles qui l’ont soutenu tout au long de ses quatre années de présidence, particulièrement son épouse, Nicole, et ses enfants qui l’ont appuyé inconditionnellement. «Chacun et chacune de vous a été un rouage important de nos succès. » Il a en outre remercié son conseil d’administration, le corps des gouverneurs et surtout l’équipe de professionnels de la CSUQ, dont il a loué « l’exceptionnelle qualité». « Une équipe tellement engagée que je ne sais plus quand elle est employée et quand elle fait du bénévolat. Merci à vous tous, et particulièrement à ce formidable homme-orchestre qu’est notre directeur général, notre pilier, mon pilier, Benjamin Bitton. » Jacques Saada quitte la présidence de la CSUQ avec le sentiment du devoir accompli. « Quatre années où j’ai fait de mon mieux pour vous faire honneur. Vous m’avez accueilli dans vos synagogues et dans vos salons. J’ai partagé les tristesses de vos deuils et les joies de vos youyous. J’ai senti votre affection et votre respect. Vous avez fait de moi un membre de votre famille. Je vous en remercie, aujourd’hui et pour toujours. »

Il a salué avec enthousiasme l’accession à la tête de la CSUQ de Karen Aflalo, « une jeune femme admirable » très activement engagée bénévolement dans la communauté juive de Montréal depuis de nombreuses années. « Karen, quelle belle image tu donnes de notre communauté. Nous serons tous là pour t’épauler dans tes nouvelles responsabilités.» Jacques Saada envisage l’avenir de la CSUQ avec optimisme. « Ensemble, par nos petits et nos grands engagements, nous avons validé le sens du mot « unifiée » dans le nom de notre institution, redonné la CSUQ à la communauté, revalorisé ses lettres de noblesse et restauré sa crédibilité. Nous nous sommes encore davantage ouverts sur le monde et ses diversités. Nous vivons désormais en harmonie avec les institutions communautaires qui nous entourent. Nous nous sommes mis au diapason du XXIe siècle en apportant

L' Hon. Jacques Saada et Karen Aflalo. (Photo : Roland Harari)

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ENTREVUE AVEC KAREN AFLALO NOUVELLE PRÉSIDENTE DE LA CSUQ ANNIE OUSSET-KRIEF ET ELIAS LEVY

« La CSUQ m’a beaucoup donné, aujourd’hui, je veux lui redonner ce que j’ai reçu, avec reconnaissance et fierté »

Karen Aflalo. (Photo : Roland Harari)

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DOSSIER SPÉCIAL


C’est une femme leader résolue et visionnaire, Karen Aflalo, qui présidera, pendant les deux prochaines années, la Communauté sépharade unifiée du Québec (CSUQ). Elle succède à Jacques Saada, qui a rempli avec succès un mandat de quatre ans. Karen Aflalo est la deuxième femme à diriger les destinées de la Communauté sépharade du Québec. La première fut Maryse Ohayon, présidente de 1995 à 1997. Karen Aflalo a derrière elle un parcours communautaire marquant. Conjuguant l’exigence de son travail avec un engagement communautaire passionné, elle a multiplié ses missions. Elle a amorcé son parcours communautaire à la CSUQ en 2009, où elle a participé à la création du premier programme de leadership et du programme pour jeunes adultes « Retour aux sources ». Elle a depuis assumé diverses fonctions importantes au sein de la CSUQ: vice-présidente pendant six ans; membre du conseil d’administration depuis dix ans; membre du Comité de planification stratégique; coprésidente de deux programmes de leadership; présidente du « Cercle » pour les jeunes adultes; coprésidente de plusieurs campagnes de financement… À la Fédération CJA, elle a été présidente de la Campagne YAD en 2014. En 2019, elle a été élue présidente de la branche de Montréal du Fonds national juif (JNF). Cette organisation, fondée en 1901 par Theodor Herzl, contribue notoirement au développement socioéconomique d’Israël. Karen Aflalo est graduée du Wexner Heritage Program, un prestigieux programme nord-américain de développement du leadership. Elle a reçu plusieurs distinctions honorifiques décernées par la Fédération CJA: le prix du nouveau leadership Jon Roskies, le prix du leadership YAD, le prix du jeune leadership Gertrude et Henry Plotnick en reconnaissance de son engagement exceptionnel envers le peuple juif. Karen Aflalo nous a parlé de ses priorités communautaires, des défis qu’elle aura à relever et de sa vision de l’avenir de notre communauté au cours d’une entrevue qu’elle a accordée à La Voix sépharade.

Vous êtes engagée dans notre communauté depuis longtemps. Qu’est-ce qui vous motive ? Si je suis pleinement engagée aujourd’hui dans ma communauté, c’est grâce à mes parents, Danielle et Armand Aflalo. Ils m’ont inculqué les valeurs communautaires fondamentales et l’importance du bénévolat. Je me suis impliquée très jeune au Centre communautaire juif (CCJ). Mais c’est à la CSUQ que j’ai commencé mon parcours communautaire. C’est cette institution, au sein de laquelle je suis activement engagée depuis 2009, qui a allumé en moi l’étincelle philanthropique et attisé ma passion pour l’action communautaire. J’ai toujours été très active au niveau du leadership jeunesse. Je veux redonner à ma communauté tout ce qu’elle m’a donné. C’est ce qui m’a le plus motivée. La présidence de la CSUQ, c’est un grand défi pour vous ? Absolument. Durant les quatre dernières années, Jacques Saada a accompli un travail remarquable. Il a été un leader qui a non seulement donné de son temps, mais qui a également su insuffler du vent dans les voiles de la CSUQ, permettant ainsi à cette institution d’atteindre de nouveaux horizons. Jacques est un homme réfléchi et intègre qui a su rassembler des bénévoles de tous les horizons pour aider la CSUQ à atteindre des objectifs ambitieux. Il est parvenu à convaincre de jeunes adultes à s’engager au sein de leur communauté. Il leur a confié des responsabilités majeures. Sur le plan financier, la CSUQ n’a plus de dettes. Il est donc important de poursuivre son travail. La Communauté sépharade, majoritairement francophone, est en expansion. Elle s’est pleinement intégrée au Québec, qui l’a accueillie avec générosité. Elle est aujourd’hui une communauté reconnue et respectée. Les réussites des Sépharades dans tous les domaines sont nombreuses. Nous devons nous enorgueillir des réalisations admirables que les leaders sépharades qui m’ont précédée ont accomplies avec un grand dévouement au cours des six dernières décades. Il est important que notre communauté ait à sa tête quelqu’un qui saura la servir comme il se doit et l’aidera à grandir. Je suis fière de cette nomination qui couronne mon parcours communautaire à la CSUQ, 25 ans après qu’une première femme, Maryse Ohayon, ait présidé cette organisation.

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Est-ce un défi supplémentaire le fait que vous soyez la deuxième femme à diriger les destinées de la Communauté sépharade du Québec ? Ma communauté m’a toujours appris qu’une jeune femme sépharade, comme moi, pouvait accomplir les plus grands projets, avoir les plus grandes ambitions et les plus grands rêves. C’est inspirant! Mon souhait est de créer des possibilités similaires pour les générations à venir! Tout comme mes prédécesseurs l’ont fait pour moi. La relève communautaire est-elle une priorité pour vous ? Oui. L’un de nos plus grands défis est d’assurer la pérennité du judaïsme sépharade en transmettant les valeurs de notre riche patrimoine aux jeunes. Aujourd’hui, bon nombre de jeunes adultes sépharades affichent une indifférence à l’égard de notre communauté. Certains ne se sentent pas représentés par la CSUQ. Nous devons absolument renverser cette perception. Pour y parvenir, nous devons nous rapprocher d’eux et écouter attentivement leurs attentes, et aussi leurs critiques. N’oublions jamais que les jeunes sont le principal gage de l’avenir de notre communauté. Nous devons les mobiliser et les encourager à s’engager à nos côtés. C’est pourquoi je tiens à relancer les programmes pour les jeunes, notamment ceux destinés aux jeunes adultes. Nous allons aussi renforcer

De gauche à droite : Joel Segal, président de la Fédération CJA, Karen Aflalo et L'Hon. Jacques Saada, président sortant de la CSUQ. (Photo : Roland Harari)

les programmes de leadership qui sont très importants. La planification stratégique de la CSUQ a conféré un rôle de premier plan aux jeunes. La relève est indéniablement l’une de nos grandes priorités. J’ai une longue expérience dans ce domaine. Mais mettre l’emphase sur la jeune génération ne signifie pas pour autant abandonner les autres groupes d’âge. La CSUQ doit continuer à offrir des programmes de qualité à toute la population sépharade.

QUELLES SONT VOS AUTRES GRANDES PRIORITÉS ? Développer des projets de financement innovants afin d’assurer l’indépendance financière de la CSUQ. Il y a sept ans, la CSUQ avait une dette de presque 1 million de dollars. Nous avons réussi à la résorber complètement. Nous avons maintenant le devoir de grandir et de devenir indépendants financièrement pour être libres de choisir les programmes que nous voulons offrir à notre communauté et assumer nos ambitions. Mettre en valeur la CSUQ en améliorant la communication et le marketing. La CSUQ a fait de grands efforts au cours des dernières années dans ce domaine. Mais, faute de ressources, nous sommes limités. Il faut s’investir davantage dans ce créneau fondamental. Nous devons, par exemple, accroître notre présence et notre visibilité sur les réseaux sociaux, qui sont aujourd’hui les plus importants vecteurs de communication pour nos jeunes. Renforcer nos partenariats, particulièrement avec la Fédération CJA et ses agences, afin de continuer à faire rayonner la CSUQ, tout en préservant la spécificité de la communauté sépharade. Les relations entre les deux institutions n’ont jamais connu une meilleure époque. Un excellent partenariat basé sur le respect et l’écoute mutuels. Continuer à développer nos relations avec nos constituantes en améliorant notre réseau de communication avec celles-ci et en favorisant les activités conjointes.

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DOSSIER SPÉCIAL


Comment voyez-vous l’avenir de la Communauté sépharade ? L’avenir s’annonce très prometteur. Nous avons une communauté de jeunes professionnels qui se distinguent dans de nombreux domaines. Nous avons deux écoles sépharades francophones de qualité, Maïmonide et l’Académie Yéchiva Yavné. Nous devons faire valoir tous ces atouts, maintenir et renforcer notre spécificité, tout en faisant partie intégrante de la grande communauté juive montréalaise. Mais la communauté sépharade a connu d’importantes mutations au cours de la dernière décennie. Nous devons nous adapter aux attentes et aux demandes de la nouvelle génération. Nous adapter aussi à la façon dont nous communiquons avec celle-ci – utiliser les médias sociaux, comme Instagram, Tik Tok, Facebook. Nous ne devons plus nous limiter à un seul mode de communication, comme nous le faisions par le passé. Regarder l’avenir avec confiance, c’est avoir une vision du futur et aussi une

vision d’adaptation. L’avenir de notre communauté dépendra de ce que nous faisons aujourd’hui. Je suis optimiste pour l’avenir. Préserver l’héritage du passé de la Communauté sépharade est-ce important pour vous ? Bien sûr. Miser sur le futur, ça ne veut pas dire faire table rase du passé. Nous devons être capables de conjuguer passé, présent et futur. C’est le plus grand défi auquel nous sommes confrontés. Un défi que je suis prête à relever, appuyée par un conseil d’administration qui rassemble des bénévoles élus très motivés de toutes les générations, prêts à travailler dans le même sens. Cet immense chantier requiert plus que le seul engagement d’une présidente. Je suis heureuse et fière d’avoir été choisie pour cette fonction. La CSUQ m’a beaucoup donné, aujourd’hui, je veux lui redonner ce que j’ai reçu, avec reconnaissance et fierté.


TREIZE BÉNÉVOLES PASSIONNÉS

AU NOUVEAU CA DE LA CSUQ SYLVIE HALPERN

YOAN AMAR Quand on lui demande ce qu’il fait dans la vie, l’avocat Yoan Amar répond qu’il est surtout le père de trois enfants qu’il espère voir rester attachés à notre communauté. «J’ai moi-même grandi au sein de cette merveilleuse communauté qui m’a tant donné et à laquelle je suis fier d’appartenir. Il n’est donc que logique que je m’y implique et que je puisse y contribuer à ma manière.» Yoan siégeait depuis 2018 à titre de secrétaire sur le CA. Quand les élections ont été annoncées, il a tout de suite posé sa candidature.

NOÉMIE ASSOULINE Maintenant que ses enfants volent de leurs propres ailes, Noémie Assouline peut trouver le temps de s’épancher autrement. « J’ai un énorme amour pour ma communauté. Nous l’avons hérité de personnes qui ont travaillé très fort depuis leur arrivée dans cette belle ville de Montréal. On a le devoir de reprendre le flambeau. M’impliquer, pour moi, c’est quelque chose de naturel! » Chef de la direction d’APA, une entreprise de distribution de produits de sécurité, Noémie s’est longtemps impliquée dans le jeune leadership sépharade, le comité des relations publiques et comme membre du conseil d’administration de la congrégation Petah Tikvah de Ville Saint-Laurent.

DAVID BENSOUSSAN Professeur de génie électrique à l’École de technologie supérieure de l’Université du Québec, David Bensoussan vient d’être nommé membre du Board des Gouverneurs de l’Institut du Technion de Haïfa. Mais l’ancien président de la CSUQ n’a pas hésité à se présenter pour siéger à nouveau sur le CA. «Je n’ai jamais cessé de m’intéresser à l’évolution de la CSUQ, mais je pensais qu’il était temps de laisser la place aux jeunes. Des amis m’ont suggéré de rester bien branché pour assurer une transition intergénérationnelle harmonieuse.»

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DOSSIER SPÉCIAL


NATHALIE BERTALMIO Nathalie Bertalmio a commencé à s’impliquer à la CSUQ en 2019, mue par le désir de faciliter dans ses programmes l’intégration des nouveaux immigrants francophones, en particulier celle de leurs enfants qui ne fréquentent pas tous des écoles juives. Membre du dernier CA, elle a coprésidé avec Jacques Saada le Comité de planification stratégique et également travaillé sur le dossier de la cacherout et à la relance du mouvement des Éclaireurs israélites. Tout en soulignant qu’elle a trouvé très inspirant le leadership du président sortant, Jacques Saada, elle se réjouit de l’élection de Karen Aflalo à la tête de la CSUQ : « Elle a été choisie pour ses compétences qui sont nombreuses et éprouvées. Et pour la CSUQ, c’est une belle forme d’évolution que d’élire une jeune femme à sa tête. »

YANIV COHEN SCALI Ce qu’il ressent d’avoir été choisi, Yaniv Cohen Scali ? «De la fierté! Au début, on s’engage un peu par accident – les activités Jeunesse, le bénévolat… Mais le temps passant, on s’implique de plus en plus et voilà, un jour on est membre du CA! » Chargé de projets dans un département d’ingénierie de Bombardier, il se dit comblé. Déjà membre, coopté, depuis 2018, Yaniv fait partie des moins de 35 ans qui se sont présentés pour que le point de vue des jeunes soit encore plus écouté. « Les valeurs sépharades ne sont pas toujours transmises aux jeunes alors que c’est une priorité. C’est quand on découvre ses origines qu’on s’y attache vraiment. »

SAM EDERY On ne présente évidemment pas Sam Edery, ingénieur en télécommunications informatiques et leader communautaire des plus dévoués. « Ça fait 40 ans que je sers ma communauté. Si j’ai décidé de me présenter à nouveau au CA, c’est pour pousser la nouvelle génération à prendre au sérieux la CSUQ et à comprendre toute son importance. Ceci dit, je trouve extrêmement rafraîchissant qu’autant de jeunes se soient portés candidats! Moi j’ai travaillé très fort pour amener la relève, mais il y a encore beaucoup à faire. »

ADAM ELMALEH Si quelqu’un est convaincu qu’il est crucial qu’il y ait une relève, c’est bien Adam Elmaleh. Sur le point de terminer son baccalauréat en biologie à l’Université Concordia, il est très actif aux Services jeunesse de la CSUQ depuis 2015. Il a été directeur de plusieurs camps et leader de voyages pour les jeunes. « Puis je me suis dit : quelle est la prochaine étape ? Alors, à l’approche des élections, j’ai pensé au CA et ça a marché! » Convaincu que la CSUQ est essentielle pour maintenir très forts les liens au sein de la communauté, il veut travailler à faire passer le message : « Mes amis et moi, nous entrons dans la vie adulte et nous ne pouvons plus donner autant de notre temps aux programmes qu’on adore. Les animateurs qui nous ont précédés nous ont entraînés pour que la transition se fasse en douceur. Nous avons le devoir de faire la même chose à notre tour. »

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ARIELLA ELMALEH Quand elle va rendre visite à ses cousins en France ou en Israël, Ariella Elmaleh est toujours frappée par la puissance et l’engagement de la communauté sépharade au Québec: « La CSUQ y est pour beaucoup et en étant élue, j’espère contribuer à ce que la communauté soit de plus en plus forte pour pouvoir aider le plus de monde possible, à commencer par les enfants et les aînés. » Ergothérapeute à l’Hôpital général juif, Ariella a suivi le programme de leadership. C’est ce qui l’a incitée à donner de son temps. Elle ne voit pas encore trop à quoi s’attendre avec ce premier mandat, mais elle sait ce qui compte à ses yeux : soutenir la jeunesse.

DR ELIE HADDAD Le Dr Elie Haddad croit fort en la richesse des points de vue diversifiés. Il la vit tous les jours comme chef du service d’Immunologie, Rhumatologie et Allergie du CHU Sainte-Justine. « Je suis beaucoup conduit à travailler en groupe en utilisant les armes de tout le monde, c’est toujours bien quand il y a des opinions diverses et variées. » Tunisien d’origine – « On n’en a pas beaucoup! » –, de sensibilité française, même s’il vit depuis 18 ans au Québec, le Dr Haddad était jusqu’à présent vice-président de la CSUQ, nommé à la demande de Jacques Saada. C’est ce qui l’a convaincu de se présenter à nouveau au CA.

GAD MEDALSY « Un vent de renouveau souffle sur la CSUQ, assure Gad Medalsy. Je me réjouis que Karen Aflalo, une femme dynamique, très engagée et visionnaire en prenne les rênes et vienne ainsi succéder au remarquable leader qu’a été Jacques Saada. » Gad était déjà membre du CA, il est impliqué depuis plusieurs années à la CSUQ. « C’est très important de s’engager. La relève et l’avenir de ma communauté me tiennent grandement à cœur. » C’est pour cela qu’il n’a pas hésité à poser sa candidature, lui qui était déjà membre du Comité de planification stratégique : « Ce comité, composé de jeunes adultes de 18 à 35 ans, joue un rôle majeur pour favoriser la relève », rappelle-t-il.

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DOSSIER SPÉCIAL


ARIELLE OIKNINE « J’aimerais apporter le point de vue d’une jeune femme professionnelle juive pratiquante. Je voudrais voir comment on pourrait changer notre approche pour nous adapter au temps présent parce qu’aujourd’hui on a affaire à une communauté différente », dit Arielle Oiknine. Campeuse puis animatrice, Arielle a travaillé comme professionnelle à la CSUQ tout en poursuivant ses études d’orthophoniste, le métier qu’elle exerce aujourd’hui au CHU Sainte-Justine. À la mi-trentaine, elle est heureuse qu’il y ait une belle représentation diversifiée sur le nouveau CA, et elle compte bien faire sa part.

MARC OLIEL Marc Oliel n’est pas un nouveau venu sur le CA. Quant il a fallu voilà six ans se pencher sur la santé financière de la CSUQ, c’est ce comptable agréé, vice-président finances de liV, une agence de formation médicale continue, qu’Henri Elbaz est allé chercher pour en faire le trésorier de l’organisation. « Jeune, j’ai été campeur. Je veux que mes enfants connaissent la joie de ces activités où le séphardisme règne, surtout qu’ils ne vont pas dans des écoles sépharades. Cette valeur de communauté francophone et cette chaleur humaine qu’on a en tant que Sépharades, on ne veut surtout pas les perdre! »

RAPHAËL UZAN Raphaël Uzan a de qui tenir : ses grands-parents et ses parents se sont beaucoup impliqués dans la communauté. Tout juste bachelier en droit de l’Université de Montréal, il était déjà actif à la Congrégation Spanish & Portuguese, mais se retrouve maintenant sur son premier CA plein d’idées. « Il faut promouvoir la fierté de l’identité juive sépharade à Montréal, au Québec et à travers le Net. Et faire encore plus entendre la voix de la CSUQ. »

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DIALOGUE INTERGÉNÉRATIONNEL À LA CSUQ ELIAS LEVY

« Poursuivre le travail remarquable que les bâtisseurs de notre communauté ont accompli au cours des six dernières décennies me paraît essentiel »

Bien que deux générations les séparent, ils partagent le même souci : assurer l’avenir de l’identité et de la culture sépharades au Québec. Voici le fruit d’un dialogue à bâtons rompus entre deux leaders communautaires sépharades chevronnés, Henri Elbaz et Marc Kakon, et deux jeunes adultes récemment élus au nouveau conseil d’administration (CA) de la CSUQ, Ariella Elmaleh et Raphaël Uzan.

- Ariella Elmaleh

Henri Elbaz, ancien directeur général de l’Hôpital général juif, a été à deux reprises président de la Communauté sépharade, de 1983 à 1985 et de 2016 à 2018.

« C’est mon identité sépharade qui m’a motivé à présenter ma candidature au CA de la CSUQ »

Marc Kakon, homme d’affaires, a été président de la CSUQ de 2008 à 2013.

- Raphaël Uzan

Ariella Elmaleh, 30 ans, ergothérapeute à l’Hôpital général juif, a suivi, pendant deux ans, le programme de leadership de la CSUQ. Raphaël Uzan, 20 ans, fraîchement diplômé en droit de l’Université de Montréal, a été membre du CA de la Congrégation Spanish & Portuguese.

Qu’est-ce qui a motivé ces deux jeunes sépharades à briguer un siège au CA de la CSUQ ? « En 2019, j’ai participé au voyage « Retour aux sources », au Portugal, en Espagne, à Gibraltar et au Maroc, organisé par la CSUQ. Lors de notre séjour au Maroc, j’ai quitté le groupe une journée pour visiter Safi, ville natale de ma mère. J’ai retrouvé la maison où elle est née et sillonné les ruelles où elle a passé son enfance. Cette expérience mémorielle m’a profondément marquée. J’ai pris alors réellement conscience de la grandeur de mon identité et de l’importance de perpétuer celle-ci. C’est ce qui m’a surtout motivée à soumettre ma candidature au CA de la CSUQ. Poursuivre le travail remarquable que les bâtisseurs de notre communauté ont accompli au cours des six dernières décennies me paraît essentiel », nous a confié Ariella Elmaleh. La question identitaire est aussi capitale pour Raphaël Uzan. « Je suis fier d’être porteur d’une identité sépharade forte, marocaine du côté de ma mère et tunisienne du côté de mon père. Ils m’ont transmis un héritage his30

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torique et culturel merveilleux que je tiens absolument à préserver. L’identité sépharade est de retour en force dans le monde juif. Par exemple, dans la pop culture juive, le séphardisme revient à la mode dans les études juives, la musique, les arts, l’art culinaire… particulièrement en Israël. C’est mon identité sépharade qui m’a incité à présenter ma candidature au CA de la CSUQ. Cette institution est la seule apte à préserver et transmettre à la jeune génération l’héritage culturel sépharade et ses valeurs cardinales. » Pour Marc Kakon et Henri Elbaz, la relève est vitale pour l’avenir de la Communauté sépharade. « S’il n’y a pas de relève, il n’y aura pas de continuité. C’est pourquoi durant mon mandat, j’ai insisté pour que la CSUQ instaure un nouveau programme, que je considère fondamental pour assurer une relève de qualité : le voyage « Retour aux sources ». Ce périple à travers les terroirs berceaux du séphardisme, Espagne, Maroc, Portugal, est l’occasion pour de jeunes sépharades de renouer avec leurs racines identitaires. Sans nos jeunes, notre communauté n’a pas de futur. C’est pourquoi il est impératif que la CSUQ confère une place importante à ces derniers dans ses instances décisionnelles », dit Marc Kakon.


De gauche à droite : Raphaël Uzan, Henri Elbaz, Marc Kakon (assis) et Ariella Elmaleh. (Photo : Roland Harari)

Henri Elbaz abonde dans le même sens.

« Quels sont pour vous les dossiers importants? », a demandé Henri Elbaz aux deux nouveaux membres du CA de la CSUQ.

m’impliquer activement sur le plan communautaire. Des amitiés coriaces se nouent dans ces camps jeunesse. Il est impératif de maintenir et de renforcer ces programmes d’excellence pour les jeunes. Les personnes âgées sont les êtres les plus vulnérables de notre société. Bon nombre d’entre elles vivent dans un isolement extrême. Elles ont réellement besoin d’aide. J’aimerais que la CSUQ mette sur pied un programme de bénévolat qui aura pour mission d’apporter un peu de réconfort à des membres du troisième âge esseulés. Des jeunes pourraient leur rendre visite à leur domicile, les accompagner au médecin, les aider à faire leurs courses… »

Pour Ariella Elmaleh, deux dossiers lui semblent prioritaires : la jeunesse et les personnes âgées.

Les dossiers prioritaires pour Raphaël Uzan : la continuité et l’« Outreach » (sensibilisation).

« Durant ma jeunesse, j’ai participé aux camps Kif Kef et Benyamin de la CSUQ. Une expérience extraordinaire et inoubiable qui m’a donné, des années plus tard, le goût de

« La CSUQ doit former la prochaine relève. Que signifie aujourd’hui être Sépharade ? Ce mot n’a pas la même signification pour les jeunes sépharades de ma génération,

« La relève est essentielle. La communauté sépharade a un grand atout : ses jeunes. Lors des programmes de formation de cadres de la CSUQ, j’ai rencontré de jeunes adultes, hommes et femmes, ayant les qualités d’un vrai leader. Nous devons leur céder la place, les encourager et les soutenir, sinon ils s’impliqueront ailleurs. Laissons-leur la liberté de définir leur propre vision de l’avenir. »

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nés au Canada, qu’il avait pour nos parents, immigrants de la 1ère génération. Le séphardisme au Québec a connu des mutations importantes au cours des trois dernières décennies. La barrière linguistique et culturelle qui séparait jadis Ashkénazes et Sépharades s’est estompée progressivement. Aujourd’hui, les jeunes issus des deux communautés sont bilingues, fréquentent les mêmes cégeps et universités, se marient entre eux… Nous sommes une communauté sépharade, majoritairement francophone, très fière de ses racines identitaires, mais bien distincte de celle de l’époque de nos parents. Les priorités et les défis ne sont plus les mêmes. La continuité est essentielle, mais doit prendre en considération ces nouvelles réalités. L’« Outreach », sensibiliser les jeunes sépharades non impliqués communautairement, devrait être aussi une priorité majeure. » Que pensent Henri Elbaz et Marc Kakon des priorités communautaires énoncées par leurs interlocuteurs ? Henri Elbaz : « Ça fait vraiment plaisir de voir des jeunes comme vous s’impliquer bénévolement et prendre à cœur l’avenir de notre communauté. Dans l’engagement communautaire, on construit et on se bâtit. Contribuer bénévolement à sa communauté, ça élève notre personne et notre âme, et ça nous ouvre de nouveaux horizons. La meilleure leçon de leadership, c’est l’implication communautaire. Je vous souhaite beaucoup de succès dans vos actions. Je m’aligne entièrement sur vos priorités : les personnes âgées et la jeunesse sont deux dossiers très importants. En ce qui a trait aux personnes du troisième âge, je ne peux que vous encourager à développer un programme afin de leur prodiguer un soutien concret. En ce qui concerne les jeunes, pour les attirer, nous devons absolument leur proposer des programmes d’excellence. » Marc Kakon : « Bravo pour vos priorités. Les miennes étaient semblables quand j’ai entamé ma présidence à la CSUQ : aider les jeunes, les personnes âgées et les membres les plus démunis de notre communauté. C’est pourquoi j’ai créé le programme social Hessed, qui prodigue une aide rapide à des familles sépharades très démunies matériellement. Depuis mon plus jeune âge, je me suis toujours soucié des conditions de vie de mes coreligionnaires les moins nantis. C’est normal. Ceux qui ont des moyens financiers et ne font rien pour les autres, c’est anormal. C’est ma conception du judaïsme. C’est ce principe qui m’a incité à m’impliquer bénévolement dans la communauté juive. » 32

DOSSIER SPÉCIAL

Marc Kakon et Henri Elbaz ont tenu à souligner l’importance du « patrimoine culturel sépharade » dans la mission de la CSUQ. « Le principal atout de la CSQ est la richesse et la force de la culture sépharade, qui a séduit les Ashkénazes. Celleci est synonyme de noblesse, joie de vivre, tolérance et générosité. Nous devons continuer à la perpétuer et à la transmettre aux nouvelles générations. La culture sépharade est aussi une passerelle qui rapproche la communauté sépharade et la société québécoise francophone », rappelle Marc Kakon. Pour Henri Elbaz, l’une des raisons d’être de la CSUQ est la conservation de l’héritage culturel sépharade. « La culture sépharade est un authentique trésor. Regrettablement, beaucoup de Sépharades ne sont pas conscients de la richesse de cet héritage millénaire –traditions, histoire, liturgie…–, qui est une merveille à découvrir. » Raphaël Uzan et Ariella Elmaleh espèrent-ils que les jeunes adultes élus dernièrement au CA de la CSUQ soient porteurs de changements ? « Je préfère les termes « prioriser » ou « orienter » plutôt que « changer », dit Raphaël Uzan. Prioriser notre héritage sépharade en développant les programmes qui le pérennisent : les voyages « Retour aux sources » en Israël, au Maroc, en Espagne, au Portugal ; les camps Kadima, Yahad… Des expériences marquantes et formatrices pour les jeunes qui renforcent leurs liens avec le séphardisme. Il faut continuer à investir dans ces programmes. Un autre de mes soucis : la gestion des archives de notre patrimoine culturel et historique. La CSUQ est la légataire d’une riche histoire communautaire. Il faudrait qu’elle se dote d’une structure adéquate pour recueillir et abriter les archives de la communauté sépharade. » En siégeant au nouveau CA, Ariella Elmaleh espère contribuer modestement au bon avancement de la CSUQ. « La voix de jeunes nouveaux venus au sein du CA sera certainement un atout positif. Par ailleurs, on ne peut que se réjouir de la nomination d’une femme leader dynamique et très expérimentée, Karen Aflalo, à la présidence de la CSUQ. C’est un choix perspicace et fort encourageant. »


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LA GUERRE EN UKRAINE:

LE DIFFICILE JEU D’ÉQUILIBRISTE D’ISRAËL ELIAS LEVY

« Realpolitik oblige, Israël ne peut pas se fâcher sérieusement avec la Russie de Poutine pour une raison très simple qui n’est absolument pas liée à l’Ukraine, mais à l’Iran ». ENTREVUE AVEC LE GÉOPOLITOLOGUE FRÉDÉRIC ENCEL L’agression barbare de la Russie contre l’Ukraine brouillera-t-elle sérieusement les relations entre Moscou et Jérusalem? Quels sont pour Israël et les Juifs russes les enjeux de ce conflit? Nous avons questionné à ce sujet un spécialiste chevronné de géopolitique internationale et de la Russie, Frédéric Encel. Docteur en géopolitique, professeur de relations internationales et de sciences politiques à la Paris School of Business et maître de conférences à Sciences Po Paris, Frédéric Encel est l’auteur d’une trentaine de livres sur les enjeux géopolitiques internationaux, la géopolitique d’Israël et de Jérusalem, le conflit israélo-palestinien, les stratégies militaires, la géopolitique de l’énergie… Son dernier livre, Les voies de la puissance. Penser la géopolitique au XXIe siècle (Éditions Odile Jacob, 2022), est un brillant essai dans lequel ce fin analyste des conflits internationaux dresse un état des lieux de la puissance étatique et de son utilisation maximale dans un monde désormais tripolaire, dominé par les États-Unis, la Russie poutinienne et la Chine communiste. Cet ouvrage a obtenu le prix du livre de géopolitique 2022, décerné par le Quai d’Orsay.

Frédéric Encel a accordé une entrevue à La Voix sépharade. Celle-ci a été réalisée avant la dissolution de la Knesset par Naftali Bennett et l’annonce de la tenue de nouvelles élections en Israël, le 1er novembre prochain. Votre analyse de la puissance de la Russie est implacable. À l’instar du Royaume-Uni et de la France, la Russie est une grande puissance pauvre. Des critères et des paramètres illustrent la puissance d’un pays : une capacité nucléaire militaire, une armée redoutable, un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU… La Russie, ce n’est pas le cas du Royaume-Uni ni de la France, possède de surcroît des réserves énergétiques très importantes. Cependant, la Russie est une grande 34

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puissance pauvre parce que naine sur le plan économique et financier. On constate tous les jours son incapacité totale à adopter des sanctions économiques ou financières contre des pays qui s’opposent à sa politique. La Russie ne dispose pas des capacités d’une grande puissance riche. Il n’y a qu’un seul pays au monde dans cette catégorie, et à mon avis encore pour longtemps : les États-Unis. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Israël s’est escrimé à adopter une position diplomatique équilibrée en essayant de ménager les deux camps adverses. Realpolitik oblige, Israël ne peut pas se fâcher sérieusement avec la Russie de Poutine pour une raison très simple qui


Par contre, Yaïr Lapid, ministre israélien des Affaires étrangères, n’a pas hésité à condamner vigoureusement l’attaque russe contre l’Ukraine. Yaïr Lapid a eu raison de parler de manière sévère de l’invasion russe parce qu’elle est brutale et illégitime. Mais force est de rappeler que ce dernier n’est pas à la tête du gouvernement d’Israël. En principe, si le gouvernement dirigé par Naftali Bennett se rend jusqu’à la fin de sa mandature, d’après l’accord de rotation conclu, Yaïr Lapid sera à son tour premier ministre dans quelques mois. À ce moment-là, je suis prêt à parier qu’il sera moins sévère dans ses propos à l’endroit de la Russie de Poutine. Comme le disait le sociologue Max Weber, il ne faut pas confondre l’éthique de conviction (tant que vous n’avez pas tous les leviers de pouvoir) avec l’éthique de responsabilité (une fois que vous les contrôlez)!

Frédéric Encel. (Photo : Éditions Odile Jacob)

n’est absolument pas liée à l’Ukraine, mais à l’Iran. Depuis presque une quinzaine d’années, Poutine a laissé ouvertement les Israéliens attaquer de manière systématique et très efficace les installations militaires iraniennes établies en Syrie. En échange, les Israéliens ne sont quasiment jamais intervenus militairement contre la Syrie de Bashar al-Assad, ou tout du moins ce qui en reste. Un accord tacito-explicite a été conclu entre la Russie et Israël. Explicite, car quand Benyamin Netanyahou était au pouvoir, il a effectué de nombreuses visites au Kremlin pour régler avec Poutine des questions militaires et stratégiques de premier ordre. Ce dernier n’a jamais reçu aussi souvent un premier ministre ou un président en exercice. Il a même présenté des excuses officielles à Israël pour les propos erratiques tenus par son ministre des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, qui a déclaré abruptement que « Hitler avait du sang juif ».

Qu’attendaient Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky de leurs pourparlers avec Naftali Bennett? Ce qui m’intéresse, c’est le jeu de miroir, c’est-à-dire ce que Poutine et Zelensky ont tenté d’obtenir rétrospectivement en s’adressant directement aux Israéliens. Le rôle joué par Israël dans le conflit russo-ukrainien est très honorable dans la mesure où ce pays n’a pas vocation de médiateur dans cette région. Dans une scénographie paranoïaque, Poutine s’est entretenu au Kremlin avec plusieurs chefs d’État, Emmanuel Macron, Olaf Scholz… et même avec son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, assis au bout d’une table immense d’une longueur de six mètres. Quand il a reçu Naftali Bennett, il s’est assis à côté de lui. Qu’est-ce que ça signifie? Que le premier ministre d’Israël était mieux vacciné contre la COVID-19 que les autres chefs d’État occidentaux qu’il a reçus? En accueillant assez chaleureusement Bennett, il ne s’adressait pas aux Juifs russes, ni aux autres Russes, mais bien aux Juifs américains, sur la base d’un vieux fantasme, partagé en Europe de l’Est et ailleurs, consistant à croire que les Juifs américains sont tout-puissants à Washington. Poutine a utilisé Bennett LVS SEPTEMBRE 2022

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comme un viatique : en convainquant les Juifs américains de la justesse de la cause qu’il défend, il espérait influer en sa faveur la politique américaine. Le discours de Volodymyr Zelensky à l’adresse des élus politiques israéliens a été accueilli froidement. Zelensky a « manié » l’histoire de la Shoah, et implicitement sa judéité, d’une manière malhabile devant la Knesset, le parlement israélien, auquel il s’est adressé. Ça s’est mal passé lorsqu’il a accusé les Russes de perpétrer un « génocide » contre le peuple ukrainien et appelé les Israéliens à « sauver les Ukrainiens comme ils ont sauvé les Juifs il y a quatre-vingts ans ». Les Israéliens, qui n’ont pas la mémoire courte, ne sont pas dupes. Ils apprennent dans leurs livres d’Histoire le terrifiant degré d’antisémitisme meurtrier qui prévalait naguère en Ukraine. Surtout, la brutalité russe contemporaine en Ukraine, ce n’est pas la Shoah, ni de près, ni de loin. Vladimir Poutine ne cesse de convoquer l’Histoire pour légitimer son obsession de l’« antisémitisme » et du « nazisme » des Ukrainiens. La propagande poutinienne, de ce point de vue, est grotesque. Aujourd’hui, en Ukraine, l’antisémitisme est un phénomène marginal. Zelensky, qui n’a jamais caché sa judéité, a été élu au suffrage universel direct lors d’un scrutin sincère et transparent, avec plus de 72 % des suffrages exprimés! Il faut rappeler qu’il y a aujourd’hui plus d’antisémitisme en Pologne, et dans plusieurs pays d’Europe occidentale, qu’en Ukraine. La guerre qui fait rage en Ukraine aura-t-elle des incidences sur la communauté russe d’Israël? La majorité du million et demi de russophones vivant en Israël est très favorable à la Russie, y compris chez ceux d’origine ukrainienne dont la langue vernaculaire était le russe lorsqu’ils vivaient en URSS. Ces derniers s’accordent sur un point d’Histoire : globalement, de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, la Russie s’est plutôt moins mal comportée à l’égard des Juifs que la population ukrainienne, qui a parfois prêté main-forte aux nazis dans leurs exactions antisémites pendant l’Occupation de l’Ukraine par la Wehrmacht. Un grand nombre de Russes nés dans la Russie soviétique, ayant fait leur Aliya au début des années 90, éprouvent une forme de 36

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nostalgie culturelle. Ils demeurent attachés à ce que fut culturellement la grande Russie. Cependant, depuis le début de la guerre en Ukraine, la nouvelle génération de russophones, née en Israël, est plus solidaire du peuple ukrainien que celle de leurs aînés. Les sanctions économiques imposées à la Russie s’avéreront-elles efficaces? En général, les sanctions économiques ne fonctionnent pas. Celles imposées à l’Iran ont démontré leurs limites. Ces sanctions coûtent cher aussi aux pays qui les décrètent. Cependant, renoncer a cette épée de Damoclès sur des États autocratiques, c’est ouvrir la voie à l’aventurisme, et éventuellement à la sauvagerie, de n’importe quel dictateur ou régime ultra-autoritaire. Les sanctions imposées à Moscou par les pays occidentaux affectent surtout le peuple russe et non pas Poutine. Je ne veux pas faire de l’essentialisme ou du structuralisme, mais je constate que les régimes russes, depuis les tsars jusqu’au nationalisme de Poutine, en passant par les bolcheviks, se fichent complètement du bien-être du peuple russe. Poutine joue à fond cette perception morbide d’un collectif national condamné à souffrir historiquement et géographiquement. C’est aussi pourquoi il se comporte de façon criminelle. Peut-on envisager une issue positive à ce conflit? Poutine finira par proposer ou accepter un cessez-lefeu. Mais celui-ci sera tactique. Je suis moins optimiste sur le long terme en ce qui a trait à la conclusion d’un accord de paix en bonne et due forme. Poutine, qui a déclenché cette guerre principalement parce qu’il ne reconnaît pas l’indépendance de l’Ukraine ni l’existence d’un peuple ukrainien, n’acceptera pas de négocier avec une Ukraine indépendante, et encore moins de conclure un traité de paix reconnaissant ses frontières tout en monnayant l’annexion de pans du territoire ukrainien. Il emploiera la même stratégie qu’il a mise en œuvre quand la Russie a attaqué la Géorgie : laisser pourrir la situation de façon à convaincre son opinion publique qu’il a sauvé les pro-Russes de l’Est du Donbass d’un génocide et qu’il a mis fin à l’entreprise nazie des Ukrainiens. Il laissera à son successeur le soin de poursuivre la reconquête de tout ou partie d’un grand imperium russe mythifié.


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LE FONDS DE SECOURS POUR LES JUIFS D’UKRAINE DE LA FÉDÉRATION CJA A DÉJÀ COLLECTÉ PLUS DE 2,5 MILLIONS DE DOLLARS.

« Ma vision de la vie a complètement changé. Je ne cesse de songer à ces enfants ukrainiens qui traversaient la frontière dans un silence assourdissant » Yair Szlak, chef de la direction de la Fédération CJA. Hineni (je suis là)! Depuis le début de la guerre en Ukraine, la communauté juive de Montréal, Ashkénazes, Sépharades… a formidablement répondu présente. Le 24 mars dernier, un mois jour pour jour après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Yair Szlak, chef de la direction de la Fédération CJA, se trouvait au poste-frontière de Medyka, le principal des neuf points de passage entre la Pologne et l’Ukraine. Les scènes déchirantes auxquelles il a assisté l’ont profondément bouleversé. « Ma vision de la vie a complètement changé. Je ne cesse de songer à ces enfants ukrainiens qui traversaient la frontière dans un silence assourdissant, en n’emportant avec eux que ce qu’ils pouvaient tenir dans leurs petites mains. Et comment rester indifférent en voyant ces milliers de réfugiés en fuite, traumatisés et privés de leur dignité ?», a confié Yair Szlak à son retour à Montréal. À la mi-mars, trois Rabbins montréalais, Reuben Poupko, de la Congrégation Beth Israel Beth Aaron de Côte Saint-Luc, Mark Fishman, de la Congrégation Beth Tikvah de Dollard-des-Ormeaux, et Adam Scheier, de la Congrégation Shaar Hashomayim, sise à Westmount, se sont rendus à la frontière polono-ukrainienne pour soutenir les efforts humanitaires sur place et venir en aide aux nombreux réfugiés qui affluaient vers celle-ci. Il y a 80 ans, les Juifs d’Europe n’avaient nulle part où se sauver. Mais aujourd’hui, parmi les drapeaux du monde entier qui les ont accueillis à la frontière, signe de l’extraordinaire mobilisation de la communauté internationale face au calvaire que vit l’Ukraine, c’est celui d’Israël que ces réfugiés ont vu flotter au vent en premier. Alors dans son immense peine, Yair Szlak, qui avait été mandaté sur place par les Fédérations juives d’Amérique du Nord, s’est senti fier. Aussi fier que du magnifique sursaut de sa communauté montréalaise qui, à travers toutes ses agences et ses institutions, ses leaders, ses 38

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bénévoles et jusqu’au moindre de ses membres, s’est mobilisée vigoureusement dès le début de la guerre pour apporter son soutien inconditionnel à la communauté juive ukrainienne dévastée. Quelques jours après le début du conflit, dans le cadre d’une vaste campagne internationale visant à fournir de l’aide humanitaire et protéger la communauté juive ukrainienne et celles des pays voisins, la Fédération CJA lançait un fonds de secours d’urgence pour l’Ukraine.

Quasi instantanément, plus d’un millier de membres de la communauté juive montréalaise y ont répondu généreusement, versant des dons totalisant 500 000 dollars. Trois semaines plus tard, on avait déjà collecté 1,4 million de dollars. À la fin juin, le fonds de secours atteignait plus de 2,5 millions de dollars.


Ces sommes importantes amassées en quelques semaines ont permis à un grand nombre de réfugiés juifs ukrainiens de faire leur Aliyah. Et, à soutenir, dans tous les domaines de leur nouvelle vie, ceux qui ont fait le choix du Québec – personnes âgées, jeunes couples ou familles – pour, la plupart, se rapprocher des leurs qui vivaient déjà ici. Il est vrai que l’argent est essentiel pour répondre aux innombrables besoins des réfugiés ukrainiens, mais il n’est pas tout. « Les Ukrainiens ont un grand attachement à leur pays, ils nous arrivent avec peu ou pas de moyens, ils ne maîtrisent souvent pas nos langues, et ne connaissent absolument personne ici à part leur famille qui les accueille. Il leur faut tout reconstruire », dit Yael Sousanna, responsable du service Immigration de l’Agence Ometz. Depuis le mois de mars, l’Agence Ometz a pris en charge une cinquantaine de Juifs ukrainiens à Montréal, arrivés pour la plupart chez un membre de leur famille qui leur a ouvert sa maison, le temps qu’ils se refassent. Et d’autres continuent d’affluer. L’Agence Ometz accompagne les nouveaux arrivants dans toutes leurs démarches qui sont difficiles quand on débarque, sans avoir pu s’y préparer, de l’autre bout du monde. Pour recevoir l’aide que les deux paliers de gouvernement ont mis en place (3 000$ par adulte et 1 500$ par enfant, versés une fois par le gouvernement fédéral; et au provincial, le droit à l’aide sociale pendant trois mois), ainsi que le statut spécial de résident temporaire qui leur permettra de rester au Canada au maximum pendant trois ans. Pour ouvrir un compte bancaire, obtenir un

numéro d’assurance sociale, une carte d’assurance-maladie, bénéficier des cours de français mis en place par le gouvernement du Québec, inscrire leurs enfants à l’école ou à la garderie. Pour recevoir leur permis de travail... « Les Ukrainiens tiennent beaucoup à travailler. Nous les aidons donc activement dans leur recherche d’emploi. Sans parler de leur recherche de logement. Les personnes âgées restent chez leurs enfants, mais les jeunes couples et les familles ne veulent pas peser sur les leurs ni sur personne, ils tiennent à être indépendants », souligne Yael Sousanna. Autour d’eux, chacun a fait sa part à l’échelle de la communauté. Dès le mois de mars, un appel a été lancé pour recevoir des biens de première nécessité – manteaux, bonnets, écharpes, gants, chaussettes chaudes, produits de toilette… – qui ont été collectés et emballés par des bénévoles montréalais et livrés aux frontières de l’Ukraine. Tandis qu’à Montréal, l’Agence Ometz a ouvert une petite boutique où les nouveaux arrivants viennent chercher gratuitement les vêtements, les sacs à dos, les produits d’hygiène… dont ils ont besoin. Pour les appartements comme pour le reste, toute la communauté a été mise à contribution – la CSUQ, le Centre Cummings pour aînés, les synagogues, les écoles… Beaucoup d’employeurs montréalais se sont proposés pour engager des réfugiés ukrainiens. La moindre initiative compte car les besoins sont criants. Ainsi celle des passionnés de bons scotchs et de cigares du « Scotch And’Cigar Evening », qui participent annuellement à une vente aux enchères destinée à financer les activités du Centre Ben Weider. Cette année, ils ont décidé d’utiliser toutes les sommes recueillies pour financer l’installation, toutes les dépenses courantes et les études de 25 jeunes femmes ukrainiennes désireuses de venir s’établir à Montréal. Il est essentiel aussi de créer des liens. L’Agence Ometz multiplie les activités sociales. « C’est tellement important pour la santé mentale, dit Yael Sousanna. Les Ukrainiens y participent bien. Ils sont curieux de rencontrer des gens, de découvrir notre pays, de savoir comment on vit ici. »

Une famille de réfugiés ukrainiens accueillie à Montréal. (Photo : Fédération CJA)

Au printemps dernier, des bus sont partis en direction d’Ottawa pour leur faire découvrir le Festival des tulipes, le prétexte de quelques fleurs, bien sûr, pour essayer de leur changer les idées.

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Évidemment, la langue reste un gros obstacle, car ils sont peu nombreux – parmi les plus âgés, en tous cas – à parler l’anglais, et encore moins le français. Qu’à cela ne tienne, des membres de la communauté montréalaise qui parlent russe et ukrainien ont été abondamment mis à contribution. De la même façon qu’à Varsovie – deux des trois millions et demi d’Ukrainiens qui ont fui leur pays ont trouvé refuge en Pologne –, la Fédération CJA a dépêché en avril dernier dans cette ville d’Europe centrale sept bénévoles de sa division de la Philanthropie des Juifs parlant russe (JPR) pour répondre aux besoins juridiques, sociaux et médicaux de ces réfugiés et leur faciliter ainsi un peu la vie.

La directrice de JPR, Oxana Pasternak, elle-même native de Kiev, n’était pas retournée en Ukraine depuis son départ, il y a 25 ans : « Mais, assure-t-elle, nous vivons ce cauchemar ensemble. » En avril dernier, dix-sept musées de l’Holocauste – lieux

de mémoire et témoins de l’Histoire, s’il en est –, dont le Musée de l’Holocauste de Montréal, ont signé une lettre publiée dans le grand quotidien américain The New York Times pour dénoncer les atrocités, la violence et la destruction perpétrées par les Russes en Ukraine depuis le début de la guerre. « Alors que la Cour pénale internationale enquête sur des allégations de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide en Ukraine, le Musée de l’Holocauste de Montréal réitère sa plus totale solidarité avec le peuple ukrainien et se tient aux côtés des communautés canadiennes d’origine ukrainienne dans cette tragique épreuve », a déclaré Daniel Amar, directeur général du Musée de l’Holocauste de Montréal.

Hineni – littéralement : « Me voici, je suis là, j’accepte ma responsabilité morale » – a répondu Abraham à Dieu. Pour les hommes, les femmes et les enfants survivants des terres meurtries de Kiev, de Lviv et d’Odessa, toute la communauté juive montréalaise a su être là.

Des enfants réfugiés ukrainiens en compagnie de représentants de la Fédération CJA dépêchés à la frontière ukraino-polonaise. (Photo: Fédération CJA).

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ISRAËL

MESSAGE DU CONSUL GÉNÉRAL D’ISRAËL À MONTRÉAL

Rosh Hashana 5783, mon 2ème à Montréal alors que j’entame ma 2ème année comme Consul général d’Israël au Québec et au Canada atlantique. Ce fut une année importante car nous sommes sortis, réentrés puis sortis de nouveau d’une pandémie mondiale qui a bouleversé nos vies. Le Consulat d’Israël a repris le travail en présentiel dès mon arrivée à Montréal alors qu’une grande partie du Québec, confinée pendant des mois, se remettait encore de cette pandémie. Nous avons commencé à « reconstruire », à rénover la Résidence et à donner un coup de jeune au Consulat – nouvelle peinture et nouvelle moquette. Nous avons également mis à niveau notre équipe avec de nouveaux membres plus énergiques, un processus presque terminé, alors que nous plaçons Israël sur le radar de la société canadienne au sens large du terme. Le gouvernement du Québec a effectué une première visite ministérielle en Israël. Le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a signé une entente d’investissement conjoint entre Israël et Québec dans le domaine de la recherche en sciences de la vie. C’était la première visite ministérielle internationale par le gouvernement du Québec depuis la pandémie – une décision délibérée, soulignée par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec lors de l’événement de Yom Ha’atzmaut organisé par le Consulat d’Israël. Le Québec a un penchant très positif pour Israël ! La raison pour laquelle le Québec souhaite améliorer ses liens avec Israël est due en grande partie au travail acharné, à l’investissement de temps et aux efforts de la si spéciale communauté juive de Montréal depuis de nombreuses années. Cette communauté a la chance d’être diversifiée. Sa composante sépharade ayant assumé des rôles de leadership dans la communauté juive et dans le monde des affaires. J’ai rencontré un soutien et un amour profonds pour Israël et pour cela, je tiens à vous remercier tous avec une mention spéciale pour la CSUQ, qui a énormément soutenu le Consulat d’Israël à Montréal.

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ISRAËL

Paul Hirschson, Consul général d'Israël à Montréal

Pendant la pandémie, Israël a été contraint de fermer ses portes. Il est devenu difficile d’obtenir des permis d’entrée pendant que nous essayions de vaincre la menace du COVID. Cela a eu un prix, notamment une déconnexion douloureuse avec les amis et la famille à travers le monde juif, y compris ici à Montréal. Israël est à nouveau ouvert et nous voulons que vous reveniez. Venez visiter Israël. Nous serions ravis de vous revoir. Shana Tova à vous tous. Bonne année et ‫ צום קל‬- un jeûne facile - à l’approche de Yom Kippour. Que l’année à venir nous amène paix, sécurité et prospérité, à Montréal et en Israël.

‫שנה טובה‬ Paul Hirschson Consul général d’Israël à Montréal Suivez-moi sur Twitter : @paulhirschson


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LES FEMMES DU MOSSAD L’HONNEUR D’ISRAËL ELIAS LEVY

« Aujourd’hui, le Mossad est certainement l’institution la plus féministe d’Israël » Dans un livre haletant, Les amazones du Mossad. Au cœur des services secrets israéliens (Éditions Saint-Simon, 2022), qui se lit comme un thriller, Michael Bar-Zohar et Nissim Mishal relatent les vies hors normes et les missions spectaculaires des plus grandes espionnes d’Israël. Michael Bar-Zohar, ex-député travailliste de la Knesset, biographe de David Ben Gourion et de Shimon Peres, est l’un

C’est une histoire peu connue que vous nous relatez dans ce livre. C’est une histoire fascinante, peu connue en effet, parce que dans l’imaginaire populaire, on a toujours associé le Mossad à des hommes costauds et machos, des James Bond inoxydables ! Or, on est à mille lieues de la réalité. Le Mossad n’est plus une institution hypermasculine. De nombreuses femmes, occupant des postes clés, y œuvrent aussi. De ferventes patriotes très audacieuses, vouant un amour inconditionnel à Israël, originaires des quatre coins du monde : Égypte, Liban, Pologne, France, Angleterre, Australie, Amérique du Sud, États-Unis, Canada… Avez-vous été contraint de soumettre votre livre à la censure militaire avant sa publication ? Oui. Je suis habitué. J’ai écrit des livres sur le Mossad, le Shin Beth (les services de sécurité intérieure d’Israël), la 44

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des meilleurs spécialistes israéliens du renseignement. Nissim Mishal est un journaliste politique israélien renommé. Michael Bar-Zohar a accordé, par Zoom, une entrevue à La Voix sépharade depuis sa résidence à Tel-Aviv.

biographie du premier chef du Mossad, Isser Harel… Dévoiler des noms, ça peut paraître anodin, mais on peut mettre en danger la vie d’agents du Mossad opérant dans des capitales arabes ou révéler des secrets d’État. C’est pourquoi les noms des héroïnes de ce livre sont fictifs. Durant l’écriture, j’imaginais face à moi des agents du Moukhabarat, les services de renseignement ennemis, scrutant à la loupe mon livre afin de débusquer la moindre information pouvant leur servir pour traquer des agents du Mossad. Le Mossad s’est donc féminisé au fil des années. Dans les années 50, les femmes qui travaillaient au Mossad tapaient des rapports à la machine à écrire et servaient le café à leurs supérieurs. Mais ces derniers ont fini par réaliser qu’une femme pouvait traverser une frontière plus facilement qu’un homme. Et qu’un couple se baladant dans la capitale d’un pays ennemi était moins suspect qu’un homme déambulant seul dans une rue. Les femmes peuvent accéder à des endroits inaccessibles aux hommes. Les chefs du Mossad ont aussi pris conscience que les femmes ont des qualités qui font défaut aux hommes. Elles sont plus opiniâtres, ont un sens de l’improvisation inouï et n’ont certainement pas le même ego gonflé que les hommes. Elles ont un caractère plus inventif et créatif, savent mieux s’adapter face à des situations périlleuses.


Le profil des agentes du Mossad a considérablement évolué. Aujourd’hui, le Mossad est certainement l’institution la plus féministe d’Israël. Les femmes constituent désormais 47% des recrues du Mossad. On les appelle (Lohemet), terme hébreu signifiant «guerrières». Elles composent plus de 40% des unités opérationnelles, 30% des chefs d’équipe. Elles assument des fonctions majeures : cheffes de divisions, cybernéticiennes, ingénieurs en informatique, cryptologues… Elles continuent à gravir les échelons de la hiérarchie. Elles participent à des missions très complexes et à haut risque : vols d’archives, cyberattaques au virus contre des laboratoires, assassinats ciblés de hauts dirigeants de pays ennemis, attaques de sites militaires suspects, mitraillages téléguidés de convois transportant des cadres du programme nucléaire iranien… À ce jour, aucune femme n’a été tuée au cours d’une opération. Leur sélection est impitoyable. Le sang-froid des candidates est rudement mis à l’épreuve : pression psychologique, simulacres d’enlèvement… Quelles sont les principales exigences du Mossad à l’égard de leurs nouvelles recrues féminines ? Pendant de nombreuses années, les femmes recrutées par le Mossad devaient signer préalablement un document confidentiel dans lequel elles s’engageaient à ne pas avoir d’enfant durant cinq ans. Un réel sacrifice. Des agents hommes pouvaient s’absenter deux ou trois ans pour acquérir une spécialité à l’université, mais une femme n’avait pas droit à un congé de maternité. Heureusement, cette politique insensée et des plus inéquitables a été abolie. Cependant, avant d’être recrutée, le Mossad interviewe ensemble la candidate et son conjoint. Celui-ci devra tolérer les absences impromptues et régulières de sa femme (en moyenne une dizaine de longues missions par année). Durant ces absences, il devra s’occuper des enfants, de la maison... Le recrutement ne se concrétisera pas tant que le conjoint n’aura pas accepté ces conditions drastiques. Pour encourager les candidatures féminines, le Mossad a publié dernièrement cette publicité dans les principaux journaux d’Israël : « Recherche femmes puissantes. Peu importe votre passé, ce qui compte c’est qui vous êtes devenue. » Vous expliquez que contrairement à une légende tenace, la beauté physique d’une femme n’est pas l’un des principaux critères de recrutement du Mossad. En effet, le Mossad préfère embaucher des femmes au physique insignifiant qui se feront moins remarquer que des beautés ravageuses. On n’a jamais demandé à une femme d’user de ses charmes physiques en mission. Il y a eu une exception, Cheryl Bentov, alias « Cindy », une Américaine qui, en 1986, piégea, en le séduisant, le technicien israélien, Mordechai Vanunu, qui venait de révéler à un journal britannique des détails sur le programme nucléaire israélien. Vanunu fut ensuite enlevé à Rome par le Mossad et ramené en Israël où il purgea une peine de dix-

Michael Bar-Zohar. (Photo : Éditions Saint-Simon)

huit ans de prison. Mon ami, feu Mordechai Nissiaou, était marié à une femme petite de taille, grassouillette et très timide. Chaque fois que je leur rendais visite, elle était assise dans un coin et parlait très peu. J’ai été sidéré quand j’ai découvert qu’elle était la Mata Hari d’Israël, ayant participé à des opérations secrètes très risquées. Elle a été la première femme à avoir pris part à une mission du Mossad : l’enlèvement du nazi Adolf Eichmann en Argentine au début des années 60.

Vous narrez le parcours d’une espionne d’origine canadienne surnommée Yaël, dont les faits d’armes sont spectaculaires. Elle était une proche amie. Elle est décédée en 2021, en Israël, à l’âge de 85 ans. Née en Ontario, elle a grandi à Princeton, dans le New Jersey, où son père, un physicien renommé, était chercheur. En 1967, quand éclata la guerre des Six Jours, elle décida de partir en Israël. Le Mossad ne tarda pas à la recruter. Pendant quatorze ans, elle a mené des missions très audacieuses dans des capitales arabes, notamment à Beyrouth. En 1981, elle recueillit à Bagdad des renseignements capitaux qui ont permis à Tsahal de bombarder le réacteur nucléaire construit par Saddam Hussein avec l’aide LVS SEPTEMBRE 2022

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de la France. Yaël fut l’une des plus grandes amazones du Mossad, mais la plupart de ses missions restent classifiées à ce jour. Un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, m’a dit un jour : « Si nous devions décorer Yaël de toutes les médailles et distinctions qu’elle a reçues, il n’y aurait pas assez de place sur sa poitrine. » Qu’une femme dirige un jour le Mossad, ce n’est plus une chimère.

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L’ancien chef du Mossad, Yossi Cohen, m’a dit que son plus grand rêve est de voir prochainement une femme à la tête des services de renseignement d’Israël. Jusqu’à il y a deux ans, Aliza Magen, était la numéro 2 du Mossad. Personne n’a été étonné lorsqu’elle a été nommée à ce poste. Cette super espionne a une feuille de route très marquante. Elle a joué un rôle déterminant dans des faits d’armes majeurs des services secrets israéliens. Mais elle a démissionné soudainement récemment. Elle m’a confié : « Pour travailler au Mossad, il faut avoir un esprit d’ouverture et aimer les émotions fortes. Une petite étincelle doit absolument briller dans nos yeux. J’ai senti un jour que cette étincelle avait disparu. » Une photo est restée gravée dans ma mémoire. En 2019, lors de la remise du très prisé Prix de la Sécurité d’Israël au Mossad, on y voit trois hommes, l’ancien président d’Israël, Reuven Rivlin, l’ancien premier ministre, Benyamin Netanyahu, et l’actuel chef d’état-major de Tsahal, Aviv Kohavi, et une femme de dos, dont seule l’initiale du nom est mentionnée, « L » (« Lamed », en hébreu). Cette agente du Mossad, parlant couramment le farsi, a joué un rôle déterminant dans une opération spectaculaire menée en Iran en 2018. Celle-ci a permis à Israël de saisir, dans un entrepôt de Téhéran, des centaines de dossiers, renfermant quelque 50 000 pages, ainsi que 183 CD contenant 55 000 autres fichiers électroniques, détaillant les diverses phases du programme nucléaire iranien. Une prouesse inouïe. Quelques jours plus tard, Benyamin Netanyahou présenta à la presse internationale ces preuves irréfutables incriminant l’Iran.

dans le projet nucléaire, attaques cybernétiques ciblées… ont permis au Mossad d’entraver temporairement les velléités nucléaires iraniennes. Mais tous les chefs du Mossad partagent la même analyse : on ne pourra pas retarder éternellement le projet nucléaire iranien. Ils ne conseillent pas au gouvernement d’Israël d’attaquer les sites nucléaires iraniens, à moins qu’un couteau soit sous notre gorge. Je crains que ce moment fatidique ne soit arrivé.

Le Mossad a-t-il retardé la mise en œuvre du projet nucléaire iranien ?

Que deviennent ces espionnes lorsqu’elles quittent le Mossad ?

Je peux répondre à votre question en citant un article, intitulé « L’enfant prodige d’Israël », publié en 2010 dans le plus important journal égyptien, Al-Ahram. Celui-ci rappelait que le projet nucléaire iranien a été retardé grâce à l’ingéniosité d’un homme, Meir Dagan, ancien chef du Mossad, décédé en 2016. Vols de documents et d’archives, assassinats de savants iraniens travaillant

L’après-Mossad est une épreuve difficile pour beaucoup d’entre elles. Après avoir vécu pendant de nombreuses années dans un univers où on leur a appris à user d’une double identité, à mentir, à manipuler, à tuer… leur retour à une vie normale n’est pas facile. Certaines, par contre, s’impliquent activement dans des œuvres humanitaires, sociales ou éducatives.

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ENTREVUE AVEC LE PHYSICIEN YONATHAN ANAHORY

UNE GRANDE DÉCOUVERTE DANS L’UNIVERS NANOMÉTRIQUE K ARINE ALLOUL

Yonathan Anahory dans son laboratoire de l’Université hébraïque de Jérusalem. (Photo : Yoram Aschheim-UHJ)

Le physicien Yonathan Anahory vient de mettre en lumière, grâce à des techniques développées dans le laboratoire qu’il dirige à l’Université Hébraïque de Jérusalem, des phénomènes magnétiques qui jusqu’alors n’avaient jamais été observés. Une découverte de premier plan très remarquée dans les cénacles scientifiques internationaux. Yonathan Anahory est né à Montréal au sein d’une famille sépharade de langue et de culture espagnoles. Détenteur d’un doctorat en physique de

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ISRAËL

l’Université de Montréal, une bourse d’études de la Fondation Azrieli, favorisant les échanges scientifiques entre le Canada et Israël, lui a permis de poursuivre des études postdoctorales au prestigieux Institut Weizmann des Sciences, sis à Rehovot. Établi en Israël depuis 2011, il est actuellement chercheur et professeur adjoint à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il a accordé une entrevue à La Voix Sépharade.


Qu’est-ce qui vous a motivé à poursuivre des études postdoctorales en Israël? La recherche scientifique me passionne, les voyages aussi ! Les collaborations interuniversitaires te permettent de voyager partout dans le monde. Pendant mes études universitaires de premier cycle à Montréal, j’ai eu la possibilité de séjourner quelque temps en Espagne. Comme je maîtrisais la langue espagnole, grâce à mes parents, ce fut une expérience académique des plus enrichissantes qui m’a permis en plus de renouer avec le passé de mes ancêtres. Après l’Espagne, la suite logique était Israël, où j’ai poursuivi des études postdoctorales à l’Institut Weizmann. Au départ, je comptais rester en Israël trois ans, mais la vie en a décidé autrement. Voilà six ans, après cinq années d’études postdoctorales, que je travaille à l’Institut de Physique Racah de l’Université Hébraïque de Jérusalem. J’occupe un poste qui, au Canada, serait l’équivalent de celui de professeur adjoint. Il faut noter qu’en Israël, ça prend plus de temps qu’au Canada pour obtenir sa titularisation. Avez-vous noté de grandes différences entre le milieu universitaire israélien et le milieu universitaire canadien? En Israël, les gens vivent beaucoup plus dans le moment présent. Il y a une culture de survie et de risques qui n’a pas son équivalent dans les sociétés nord-américaines. En général, la prise de décision est plus rapide qu’au Canada et demande moins de réunions de groupe. Au Canada, la recherche est beaucoup plus planifiée et requiert davantage de concertation avant d’aller de l’avant. Ça comporte des avantages, mais aussi des inconvénients. À mon avis, un bon dosage de ces deux approches est la meilleure option, car en recherche, planification n’est pas synonyme de réussite, les imprévus et les improbabilités étant nombreux. Donc, laisser un peu plus d’espace aux approches essais-erreurs permet parfois d’aboutir à des découvertes plus rapidement. Parlez-nous de la découverte scientifique majeure réalisée dans votre laboratoire qui vous a valu une reconnaissance internationale. C’est une découverte réalisée grâce à une technique que j’ai développée pendant mon postdoctorat à l’Institut Weizmann. Une équipe de chercheurs, que j’ai dirigée, a contribué au développement de cette technique. Celleci permet de mesurer l’intensité de champs magnétiques à une échelle nanoscopique. Cette technique a permis d’observer un nouveau phénomène magnétique appelé

« magnétisme de bord ». Cette découverte est surprenante car normalement, en physique, les molécules qui sont en périphérie ont tendance à prendre certaines des caractéristiques environnantes. Pas dans ce cas-ci. Nous avons travaillé avec des nanoaimants. Nous avons été très surpris en analysant les images du magnétisme provenant de ces nanoaimants. C’était la première fois que nous observions un aimant se comporter de cette manière. Celui-ci ne conservait son magnétisme que sur son bord, en fait seulement à 10 nanomètres du bord. Il faut rappeler qu’un cheveu humain mesure environ 100 000 nanomètres. Les résultats de notre recherche ont été publiés dans la réputée revue scientifique Nano Letters. Quelles seraient les applications pratiques qui pourraient découler de cette découverte ? Le magnétisme est exploité dans beaucoup d’objets que nous utilisons quotidiennement : ordinateurs, cartes de crédit… Bien qu’invisible, il est omniprésent de différentes manières dans la nature et dans les technologies. Cette découverte pourrait révolutionner la façon dont nous fabriquons la prochaine génération de dispositifs nanoélectriques dotés d’un système à consommation d’énergie réduite et de capacités de mémoire accrues. Dans le cadre de ma recherche, on travaille avec des aimants spéciaux. On a observé des choses très étonnantes qui remettent en question des principes de physique établis.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune souhaitant poursuivre une carrière en recherche? C’est important d’aimer ce que l’on fait. La recherche n’est pas un domaine facile. C’est un processus long, très exigeant en termes d’heures de travail et de sacrifices personnels. Mon premier conseil est de ne pas hésiter à approcher ses professeurs pour discuter avec eux. Grâce à ce réseautage avec les professeurs, un étudiant peut découvrir des opportunités dont il n’aurait pas eu écho autrement. Mon deuxième conseil : ne pas hésiter à postuler à des bourses d’études ou de recherche. Même si au début, ce sont de petites bourses, le fait qu’elles soient mentionnées sur le curriculum vitæ d’un étudiant le prédispose à obtenir d’autres bourses.

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SANTÉ MENTALE

« LA PANDÉMIE DE COVID-19 A EU DE LOURDES CONSÉQUENCES SUR LES JEUNES » ENTREVUE AVEC LA DRE MIMI ISRAËL, PSYCHIATRE ELIAS LEV Y

« Les adolescents qui commençaient leur puberté, qui suivaient leurs études depuis leur domicile en mode virtuel, ont été profondément affectés par la pandémie » La pandémie de COVID-19 a eu des impacts néfastes sur le bien-être et la santé mentale d’un grand nombre de Québécois. Les adolescents ont été tout particulièrement affectés. Nous avons discuté de cette question avec une spécialiste en santé mentale, la Dre Mimi Israël, psychiatre, au cours d’une entrevue qu’elle a accordée à La Voix sépharade. La Dre Mimi Israël est cheffe médicale du continuum des troubles de l’alimentation de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, psychiatre consultante auprès d’équipes communautaires de soins en santé mentale de première ligne et professeure agrégée de psychiatrie à l’Université McGill. Elle a été cheffe du Département de psychiatrie du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de Montréal, cheffe du Département de psychiatrie de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas et directrice du Département de psychiatrie de l’Université McGill. Il est important d’établir une nuance entre la santé mentale et la maladie mentale. Oui. C’est un sujet très vaste. La santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, gérer son stress, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté. Des facteurs de stress majeurs, tels que ceux que nous avons subis durant la pandémie, peuvent entraver notre santé mentale. Les maladies mentales se caractérisent par des altérations de la pensée, de l’humeur ou du 50

SANTÉ MENTALE

comportement associées à un état de détresse et de dysfonctionnement. Les plus communes sont : la dépression et les troubles anxieux. Dans les cas moins sévères, elles ne nous empêchent pas de fonctionner, mais affectent notre qualité de vie. Par exemple, une personne très anxieuse évitera à tout prix de se retrouver dans certaines situations pour ne pas être confrontée à des crises de panique. Il y a aussi des maladies mentales moins courantes mais plus sévères : les psychoses, la schizophrénie, la maladie bipolaire… La liste est longue. Quel a été l’impact de la pandémie de COVID-19 sur la santé mentale des Québécois ? Elle a eu un effet néfaste, et parfois dévastateur, sur nos vies, sans exception. Connaissez-vous quelqu’un qui n’a pas trouvé très dures les multiples mesures sanitaires imposées pour juguler la pandémie ? Celleci a aussi affecté des personnes habituellement très fonctionnelles qui gèrent bien leur stress. La détresse n’a pas été qu’individuelle ou familiale, mais aussi sociale. Une large part de l’humanité a vécu dans l’incertitude la plus totale, dans la peur. Chaque jour, les nouvelles dont nous étions abreuvés étaient de plus en plus sombres : le nombre de morts ne cessait de croître, les médias sociaux nous bombardaient d’images épeurantes, des êtres très chers ayant contracté la COVID-19 décédaient de façon prématurée… Nous ne pouvions pas rendre visite à l’hôpital, ou dans un CHSLD, à un notre mère ou père très âgé. Nous étions confrontés à un sentiment d’impuissance.


La Dre Mimi Israël. (Photo : Institut Douglas)

Quel a été le groupe d’âge le plus touché par la pandémie ?

Y a-t-il eu des études sur la santé mentale des jeunes pendant la pandémie ?

Tous les groupes vulnérables, à cause de leur âge ou de l’état de leur santé physique, ont été durement touchés par la pandémie. Mais le groupe d’âge qui a attiré le plus l’attention des professionnels de la santé, ce sont les enfants et, particulièrement, les adolescents. Ce constat flagrant n’était pas inattendu, mais plutôt logique. Il a été largement documenté. Les adolescents qui commençaient leur puberté, qui suivaient leurs études depuis leur domicile en mode virtuel, ont été profondément affectés par la pandémie. L’adolescence est une période de croissance et de développement mental et social. L’isolement a été pour eux une épreuve très ardue. L’incapacité d’interagir avec leurs amis a eu certes un effet très négatif sur leur développement. Les adolescents sont dans un âge où leurs parents ne sont plus les personnes les plus importantes dans leur vie, ce sont leurs amis. Ne plus pouvoir les fréquenter, ne plus aller à l’école, leur a fait perdre des repères fondamentaux. Une jeune fille que je traite m’a dit : « Je retourne à l’école en présentiel, je ne sais plus quoi porter comme vêtements ? » Le retour sur les bancs d’école a amplifié l’anxiété sociale chez des adolescents.

Je participe actuellement à une étude sur le taux de suicide, le taux d’hospitalisation et l’augmentation des troubles de l’alimentation chez les jeunes pendant la pandémie. Les données fournies par l’Hôpital de Montréal pour enfants et le CHU Sainte-Justine, plus faciles à colliger que dans le cas des adultes, dénotent une augmentation importante des hospitalisations, des accueils à l’urgence et des tentatives de suicide, surtout de jeunes filles. La pandémie a eu de lourdes conséquences sur les jeunes. Que devraient faire les parents qui constatent que leur enfant a des idées suicidaires ? Quand les parents pressentent que quelque chose ne tourne pas rond chez leur enfant, ils ne doivent pas hésiter à lui demander ce qui ne va pas. Si le dialogue est difficile, l’encourager alors à en parler à un proche, un oncle, une sœur, un professeur… Si votre enfant vous confie qu’il broie des idées noires ou suicidaires, il faut impérativement demander de l’aide. Cette première démarche est capitale. Dans notre société, le suicide est un sujet tabou et en même temps un phénomène très courant. Il faut agir précocement et intervenir dès qu’on décèle chez un jeune

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des pensées suicidaires. Il ne faut pas attendre que sa détresse s’accentue. Il y a diverses façons d’aider votre enfant et de lui donner des raisons de vivre.

Quelles sont les ressources disponibles ? Il existe de multiples ressources pour aider des jeunes aux prises avec des idées suicidaires et leurs proches : la ligne Info-Santé 811 –à ne pas confondre avec la ligne Urgence 911– ; consulter les informations disponibles sur les sites Web de prévention du suicide : Prévenir le suicide | Gouvernement du Québec (quebec.ca); appeler l’Association québécoise de prévention du suicide 1-866-APPELLE (1-866-277-3553); se rendre à un CLSC pour consulter un professionnel en santé mentale… Il existe aussi des centres de crise : Centres de crise du Québec (centredecrise.ca). L’Hôpital de Montréal pour enfants a créé récemment une clinique, le Spot Montréal, pour offrir des soins spécialisés aux jeunes ayant des pensées suicidaires ou fait des tentatives de suicide.

Nombreux sont les citoyens qui se plaignent du manque de ressources en santé mentale. Malheureusement, depuis le début de la pandémie, la demande de services en santé mentale a augmenté significativement. Mais, à cause du nombre élevé de professionnels de la santé contraints de s’absenter en raison de la COVID-19, il y a eu une diminution des ressources. Il y a eu aussi un détournement des ressources en santé mentale vers les unités médicales soignant les personnes atteintes de la COVID-19. Nous faisons donc face à une iniquité entre la demande et les ressources disponibles. Les services en santé mentale ont toujours été le cousin pauvre dans notre système de santé. J’aimerais pour autant rappeler que le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé, reconnaît que cette pénurie de ressources est grave et que prendre soin de la santé mentale des Québécois doit être une priorité. Moi-même, je suis confrontée à cette pénurie de professionnels, ayant de la difficulté à pourvoir plusieurs postes dans les programmes que je dirige. C’est une situation effectivement difficile au moment où la demande de services en santé mentale a augmenté d’une façon très importante à cause de la pandémie.

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SANTÉ MENTALE

La médicalisation excessive des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale est-elle un mythe ou une réalité ? La médicalisation n’est pas toujours nécessaire. On peut arriver à soulager la détresse, l’anxiété… par l’entremise de thérapies qui ont fait leurs preuves. Les thérapeutes disponibles, médecins, psychologues, travailleurs sociaux… jouent un rôle important dans ces traitements. Les immigrants ne constituent-ils pas un groupe vulnérable dont la santé mentale se détériore après leur arrivée au pays ? Oui. Lors de leur arrivée au Québec dans les années 60, 70 et 80, les Sépharades ont été aussi confrontés aux difficultés de l’intégration. La première génération d’immigrants sépharades, celle de nos parents, se sentait vulnérable. Elle a transmis son anxiété à leurs enfants. Les groupes d’immigrants successifs ont dû aussi composer avec cette dure réalité. Les études sur cette question sont très éloquentes: les enfants d’immigrants ont des valeurs et des façons d’aborder la vie différentes de celles des Canadiens de la même génération nés au pays. Ce sentiment d’insécurité s’est fortement atténué chez la 3e génération. Le meilleur antidote pour endiguer cette insécurité est de s’appuyer sur des facteurs de protection : la famille, les amis, réaliser qu’on n’affronte pas tout seul les problèmes. Les défis en matière de santé mentale seront certainement très grands dans les années à venir ? Oui. La pandémie a transformé le monde et radicalement changé nos modes de vie. Elle a eu pour effet d’accroître notre niveau de stress. D’autres sources de stress sont aussi omniprésentes dans notre vie : une inflation vertigineuse, l’état critique de notre planète, la crise climatique, des guerres qui font rage dans les quatre coins du monde, des alliances politiques radicales… Pour une famille, quand les prix à l’épicerie sont multipliés par quatre et les salaires n’augmentent pas, ça crée un niveau de stress très élevé qui altère la santé mentale.


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SANTÉ FINANCIÈRE

DES TEMPS FINANCIERS INSTABLES. QUELLES SONT LES MEILLEURES STRATÉGIES DE PLACEMENT ? BANQUE NATIONALE DU CANADA (BNC) Les marchés boursiers ne cessent de dégringloler. Devrais-je modifier mes choix d’investissements, en favorisant par exemple les CPG (Certificats de placement garantis) plutôt que les investissements en Bourse? La volatilité du marché a eu un impact considérable sur de nombreuses classes d’actifs cette année jusqu’à présent. L’aspect important à prendre en compte ici est votre horizon d’investissement, votre capacité et votre volonté d’assumer des risques, ainsi que la structure actuelle de votre portefeuille. Nos portefeuilles sont rééquilibrés périodiquement tout au long de l’année afin d’assurer une répartition et une diversification appropriées des actifs, conformément au plan financier et d’investissement à long terme des clients. À court terme, les CPG offrent des rendements garantis qui peuvent surpasser ceux des actions, mais à long terme, ce sont les actions qui contribuent le plus aux rendements positifs corrigés de l’inflation. C’est le moment idéal pour revoir votre stratégie de répartition de l’actif. Je suis à la retraite, que devrais-je faire quand je vois diminuer significativement la valeur de mes épargnes, notamment mes REER (dont une partie est placée en Bourse)? En période de volatilité, il est important de ne pas réagir sous le coup de l’émotion. Les trois facteurs à prendre en compte sont : une bonne allocation d’actifs, la diversification et la détention de titres de bonne qualité. Ces facteurs assurent la stabilité du portefeuille sur le long terme. Bien qu’il ne soit jamais facile de voir cette fluctuation dans les portefeuilles, nous devons rester sur la bonne voie avec notre plan financier et notre stratégie à long terme. L’une des principales préoccupations en matière de planification de la retraite est le risque de longévité, c’est-à-dire le risque de survivre à vos actifs financiers. Un cycle de retraite dure généralement de 25 à 30 ans, ce qui signifie qu’il y aura de multiples périodes de plus grande volatilité, mais l’avantage de la participation au marché boursier sur le long terme s’est avéré être le remède pour assurer une retraite bien financée tout en dépassant l’inflation.

SANTÉ FINANCIÈRE

Investir dans le bitcoin, est-ce un placement financier risqué? Le bitcoin et les crypto-monnaies constituent une classe d’actifs relativement nouvelle et spéculative qui est fortement sujette à la volatilité. Compte tenu de cette volatilité, je pense qu’un tel investissement comporte un risque important et que les investisseurs ne devraient investir qu’un pourcentage de leur portefeuille qu’ils sont prêts à perdre. Un aspect important à prendre en compte pour l’adoption du bitcoin est la réglementation et la sécurité. Les liens entre les crypto-monnaies, le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent ont suscité de nombreuses inquiétudes en matière de sécurité. Une réglementation et une sécurité accrues allégeront la pression exercée par les régulateurs financiers et favoriseront une adoption plus large de la monnaie. Nous n’en sommes qu’aux premiers stades de cette technologie, et il sera intéressant de voir les différentes applications de ces crypto-monnaies à l’avenir. Mais l’avenir du bitcoin ne sera pas une ligne droite vers le haut ou vers le bas, ce qui le rendra susceptible de connaître des fluctuations à la hausse et à la baisse. Le scénario d’une récession économique dans les prochains mois est-il de plus en plus plausible? Le durcissement des conditions financières, la volatilité des marchés, les événements géopolitiques et l’inflation élevée sont autant de facteurs qui indiquent une probabilité croissante de récession. La solidité du marché du travail, les prévisions de bénéfices et la réduction des valorisations des actions indiquent que le marché fait son travail en « évaluant » les risques de récession. Selon la Financière Banque Nationale, « si une récession n’est pas inévitable, il est clair que la croissance économique continuera de ralentir au cours des prochains mois et que les risques de baisse sont prévalents ». Dans ces conditions, le marché du travail est un élément à surveiller de près, notamment en raison de l’effet d’un resserrement de la politique monétaire sur le ralentissement de l’économie. La principale question à se poser ici est de savoir si les banques centrales parviendront à resserrer suffisamment leur politique monétaire pour atteindre leurs objectifs de stabilité des prix, de lutte contre l’inflation par des hausses de taux d’intérêt et de soutien à un niveau d’emploi maximal. LVS SEPTEMBRE 2022

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MONDE JUIF

POURQUOI L’HISTORIOGRAPHIE DE LA SHOAH A-T-ELLE NÉGLIGÉ LES SÉPHARADES? ELIAS LEV Y

« L’amnésie historique des peuples a toujours favorisé le retour en force de l’antisémitisme et des nationalismes les plus sectaires » Selon vous, les visites scolaires des camps de la mort nazis par des adolescents israéliens dénaturent l’essence de l’histoire de la Shoah.

Yishaï Sarid. (Photo : Elias Levy)

L’écrivain israélien Yishaï Sarid est l’auteur d’un roman coup de poing sur la mémoire de la Shoah, Le monstre de la mémoire, traduit de l’hébreu au français par les Éditions Actes Sud. Une réflexion décapante sur la transmission de la mémoire de la Shoah. Il aborde dans ce livre la sensible question de la relation des Sépharades d’Israël à la mémoire de cette tragédie effroyable. Le monstre de la mémoire a été l’objet d’une adaptation théâtrale présentée au Théâtre Habima de Tel-Aviv. Nous avons rencontré Yishaï Sarid lors de son récent passage à Montréal, où il a été l’un des invités de marque du festival littéraire international Metropolis Bleu. 56

MONDE JUIF

J’ai été témoin dans l’enceinte du camp d’Auschwitz-Birkenau d’une scène qui m’a mis très mal à l’aise: des collégiens orthodoxes israéliens chantant et dansant, célébrant une sorte de victoire. Des dizaines d’autres adolescents arboraient le drapeau d’Israël sur leurs épaules. Ces jeunes n’étaient pas là pour pleurer les millions de morts exterminés pendant la Shoah et réfléchir à cette grande tragédie. Ils célébraient dans la liesse la renaissance d’Israël, le passage de la plus grande noirceur à la lumière éclatante incarnée par Israël. C’est un manque de sensibilité à l’égard de la mémoire des victimes de la Shoah. Une partie de ma famille a péri dans les camps de la mort nazis. Je suis un fier sioniste très heureux que l’État d’Israël existe. Mais à Auschwitz-Birkenau, le plus grand cimetière juif du monde, il n’y a rien de lumineux, seulement des cendres et des ténèbres. C’est donner la fausse impression qu’Israël n’aurait jamais vu le jour si cette tragédie indicible ne s’était pas produite. On trahit ainsi l’histoire du peuple juif en donnant un « happy end » à la Shoah.


160 000 Judéo-Espagnols ont été exterminés dans les camps nazis. Ils étaient originaires de Grèce, de Roumanie, de Yougoslavie, d’Italie… Pourquoi cette réalité historique funeste a-t-elle été négligée dans l’historiographie de la Shoah ? Vous avez entièrement raison. Il faut combler cette énorme lacune. Les livres d’histoire sur la Shoah devraient relater aussi de manière étoffée ce chapitre méconnu de l’histoire tragique des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, les musées de la Shoah devraient aussi dédier un espace à l’histoire des dizaines de milliers de Sépharades natifs de pays européens et des Balkans qui ont subi aussi dans leur chair les affres de cette ignominieuse entreprise criminelle. Dans votre livre, vous rappelez qu’en Israël, la mémoire de la Shoah est instrumentalisée à des fins idéologiques. Dans les réseaux sociaux, des jeunes de souche ashkénaze et des jeunes descendants de Sépharades natifs des pays arabes du Maghreb ou du ProcheOrient affichent leurs couleurs politiques d’une manière ostentatoire en exploitant grotesquement la mémoire de la Shoah. On peut lire fréquemment sur les réseaux sociaux des commentaires abjects tels que : «Vous, les Ashkénazes, vous avez été incapables de protéger vos familles en Europe pendant la guerre… On comprend pourquoi les nazis les ont assassinées… Gardez pour vous vos leçons de morale, ne venez pas nous dire que nous devons être gentils avec les Arabes…» De jeunes Ashkénazes répliquent véhémentement à leurs détracteurs en les qualifiant de « fascistes de droite ». Ainsi, des pro et des anti-Netanyahou s’invectivent piteusement en convoquant la mémoire de la Shoah. Ces dissensions politiques extrêmes nous rappellent à quel point la mémoire change sans cesse et peut être l’objet d’une instrumentalisation politique. C’est pourquoi je considère qu’elle est un monstre. Ces dernières années, des écrivains, des intellectuels et des artistes sépharades israéliens ont abordé dans leurs œuvres la question sensible de la place qu’occupe la Shoah dans la conscience identitaire des Mizrahim.

lèbre compositeur, chanteur et parolier Avihu Medina, né à Tel-Aviv dans une famille sépharade originaire du Yémen, a fait une déclaration tonitruante au cours d’une conférence de presse : « Le peuple mizrahi n’oubliera jamais la manière honteuse dont il fut accueilli lors de son arrivée en Israël dans les années 50, tout comme le peuple ashkénaze n’oubliera jamais ce qu’il a subi pendant la Shoah. » Ces propos percutants ont suscité un vif émoi en Israël. Le Séphardisme est-il toujours un vecteur de combat social et culturel en Israël ? Certainement. D’après un groupe d’universitaires sépharades, les indemnisations financières versées par le gouvernement allemand à Israël depuis le début des années 50 ont conféré un avantage économique substantiel aux Ashkénazes. Les Sépharades, notamment ceux habitant dans les villes de développement du Sud d’Israël, n’ont jamais bénéficié d’une manne financière comparable. Ce manque de subsides a eu des incidences très négatives sur le statut sociéconomique de la communauté mizrahi israélienne, estiment ces universitaires. On ne peut pas ignorer ces ressentiments amers exprimés encore par de nombreux Mizrahim.

Êtes-vous inquiet pour l’avenir de la mémoire de la Shoah ? En Israël, non. Mais lors de la présentation de mon livre en Europe, des éducateurs, des historiens et des journalistes m’ont dit que la mémoire de la Shoah sur le Vieux continent est sérieusement menacée parce que beaucoup de jeunes européens considèrent désormais que cette tragédie est une histoire très ancienne qui ne les concerne plus directement. Selon mes interlocuteurs européens, c’est la principale raison pour laquelle nous assistons dans les pays occidentaux à une forte résurgence de l’antisémitisme. L’amnésie historique des peuples a toujours favorisé le retour en force de l’antisémitisme et des nationalismes les plus sectaires. Soyons aux aguets.

Oui. Au lendemain d’avoir reçu le prix Israël, la plus haute distinction honorifique décernée par l’État hébreu, le céLVS SEPTEMBRE 2022

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LES GRANDS DÉFIS DE LA FÉDÉRATION SÉPHARADE D’AMÉRIQUE LATINE (FESELA) ELIE BENCHETRIT Initiée depuis quelques numéros dans le cadre d’une collaboration entre la Fédération sépharade du Canada et La Voix Sépharade, nous poursuivons notre série d’entrevues avec des représentants de diverses communautés sépharades d’Amérique latine. Nous vous présentons dans ce numéro une entrevue exclusive avec le nouveau président récemment élu de FESELA, la Fédération sépharade d’Amérique Latine, M. Gastòn Maya Funés, qui, solidarité sépharade oblige, a immédiatement accepté notre demande. Résidant à Mexico-City, la capitale fédérale du Mexique, M. Maya a un long parcours communautaire au sein de la communauté sépharade du Mexique, issue majoritairement de l’immigration juive sépharade à la fin du 19e siècle et début du 20e siècle qui provenait de l’Empire Ottoman, de la Syrie et des pays des Balkans. Une raison pour laquelle les Mexicains de souche les appelaient « Los Turcos », car détenteurs d’un passeport turc. Interrogé sur ses années d’engagement auprès de sa communauté sépharade au Mexique, M. Amaya répond avec le sourire et une pointe d’orgueil qu’à l’âge de 6 ans, il faisait déjà partie de l’organisation Maccabi Hatzaïr, et ce, jusqu’à 17 ans. Il milita également pendant 20 ans au Bnaï B’rith. Il est Gastòn Maya Funés. (Photo : FESELA) membre de FESELA depuis 2002, puis secrétaire et finalement président pour un mandat de deux ans. La mission de cette organisation, nous précise-t-il, est de représenter les Sépharades et leurs communautés à travers Quand nous abordons le sujet délicat l’Amérique latine, de veiller à leur bien-être et de sauvegarder leurs droits. de l’avenir de ces communautés et Concernant l’engagement des jeunes en vue d’assurer la relève, M. Maya du départ des jeunes soit en Israël, se déclare optimiste et insiste sur le fait que « FESELA a la chance de soit pour des motifs économiques, compter sur de nombreux jeunes bénévoles universitaires et postuniverM. Maya se montre optimiste : «Nous sitaires qui ont grandi et fait leurs classes au sein de l’organisation ». Il faisons partie intégrante de nos colva de soi que, quand ils forment des familles, le niveau d’engagement est lectivités nationales. Nous sommes moindre, mais il relève plus d’un problème d’emploi du temps que d’une des citoyens engagés et loyaux à perte d’intérêt pour le bénévolat. nos patries respectives. Notre patriL’engagement de FESELA en faveur de l’ensemble des communautés sémoine économique est lié à l’éconopharades établies en Amérique latine, et bien entendu d’Israël, doit s’apmie de ces pays et nous avons dépliquer, selon M. Maya, non seulement sur le plan régional, mais surtout à veloppé nos vies dans ces contrées. l’échelle mondiale. Autant de raisons qui me font croire Le regain de l’antisémitisme partout dans le monde, sous couvert d’anque nous ne pouvons pas disparaître tisionisme, surtout dans les campus universitaires d’Amérique du Nord de la carte. La majorité d’entre nous – il cite à ce sujet le cas du Canada –, représente un des défis majeurs pense à demeurer dans la région afin auxquels doit faire face le judaïsme mondial. Face à ce danger, nous dit-il, de contribuer par nos actions à sa nous devons œuvrer ensemble et présenter un front uni. grandeur. » 58

MONDE JUIF


ENTREVISTA CON

GASTÒN MAYA FUNÉS,

NUEVO PRESIDENTE DE FESELA, LA FEDERACIÓN SEFARADÍ LATINOAMERICANA Es un placer para nosotros felicitarlo por su elección a la presidencia de FESELA y agradecerlo por aceptar de participar a esta entrevista para nuestros lectores. ¿Podría describirnos brevemente cual es el modo de elección o de nombramiento a la presidencia de FESELA? G.M. - Desde su fundación hace 50 años la elección del presidente de FESELA es de forma democrática y abierta, donde cada comité vota por el candidato que considere conveniente, este debe ser nominado por su país de origen. Siendo yo el decimonoveno en tomar el cargo, podemos vanagloriarnos además de contar con una sana alternancia, que hace de nuestra organización un proyecto siempre joven y dinámico Cuantos países latinoamericanos son miembros de FESELA y quienes están ausentes o no adhieren a la organización? G.M.-Estamos presentes en todos aquellos países latinoamericanos que cuentan con una comunidad sefaradí, esto nos convierte en el foro natural para ayuda mutua. Unidos somos más fuertes. Para nuestros lectores quién es Gastón Maya y cuál ha sido y sigue siendo su implicación comunitaria? G.M. - Gastón Maya es un judío sefaradí más, que piensa que el camino para el bien individual pasa a través del bien común, y todos debemos aportar nuestra parte, afortunadamente tuve la suerte de nacer en México, que cuenta con instituciones judías fuertes y una vida judía muy rica e intensa. He tenido la oportunidad de participar en esta vida comunitaria desde muy joven, siendo miembro de Macabi Hatzair desde los 6 hasta los 17 años, posteriormente a partir de los 20 años fui parte de B’nai B’rith México donde tuve oportunidad de asumir algunas responsabilidades desde muy joven. He sido parte del Comité de Tribuna Israelita, de la Organización Sionista Sefaradí, de la Federación Sionista de México, hoy Consejo Sionista al cual hoy asisto; miembro de FESELA México desde 2002, Secretario de FESELA Continental en el periodo 2005-2009, Ex presidente de FESELA México y ahora he recibido la confianza por parte de esta institución para dirigirla por los próximos 2 años.

Podría presentarnos algunos de los objetivos principales de FESELA y su principal misión? G.M. - FESELA se dedica a: la representación de los individuos y comunidades Sefaradíes de América Latina y velar por su bienestar y derechos ; apoyar al Estado de Israel y sus instituciones ; preservar, difundir y crear cultura sefaradí. A su parecer cuales son los retos actuales a los cuales FESELA deberá enfrentar? G.M.-Al igual que todo el mundo estamos saliendo de un periodo de pandemia, la imposibilidad de efectuar reuniones presenciales ha afectado de forma distinta, pero a todas las instituciones. FESELA asumió con gran éxito este desafío con una importante presencia en actividades digitales, hoy que el mundo desea regresar a la normalidad, la nueva lucha será dinamizar nuevamente a sus comités Hoy día se comenta, y esto parece ser un fenómeno general, que los jóvenes se implican muy poco en el sistema comunitario y algunos explican esta situación por el hecho que los dirigentes « veteranos » no les ofrecen las oportunidades necesarias para que estos jóvenes accedan a desempeñar cargos de responsabilidad en dicho sistema.

Cuál sería su respuesta a tal afirmación? G.M. - No concuerdo. Creo que cuando un individuo se involucra de manera seria en una actividad su edad o género no son relevantes, yo de joven recibí esa oportunidad. Lo que también es real es que hoy en día para captar voluntarios competimos contra fenómenos como las redes sociales y una sobre oferta de información, considero que ante tanta disponibilidad de eventos es muy fácil perder el rumbo, estamos viviendo el momento que predijeron Alvin Toffler y Marshall McLuhan, donde la cantidad de información existente en lugar de añadir al criterio del individuo lo distrae de sus objetivos. En FESELA hemos tenido la suerte de contar con voluntarios jóvenes universitarios y post universitarios que han crecido en la organización y asumido importantes responsabilidades; a mi parecer la brecha aparece cuando LVS SEPTEMBRE 2022

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forman una pareja y deben dedicar su tiempo a fundar una familia y criar a los hijos, posteriormente es cuando se reintegran al trabajo comunitario. En estos últimos años, las elecciones que han tenido lugar en varios países latinoamericanos han traído al poder gobiernos de tendencia izquierdista los cuales, Chile en particular, han hecho declaraciones negativas con relación a Israel y a la comunidad judía por el apoyo que esta aporta incondicionalmente a Israel. Cuál es la respuesta de FESELA a tal situación? G.M. - Como dije arriba la posición de FESELA es de total apoyo a las Comunidades y al Estado de Israel, como judíos debemos ser una red de soporte mutuo, y eso no debe limitarse a Latinoamérica sino a nivel mundial Nos enfrentamos como judíos a fenómenos graves a nivel global como el antisemitismo, que desafortunadamente ustedes en Canadá están sufriendo de manera importante en sus universidades. Las organizaciones a nivel local y global debemos hacer frente a ellos. Cómo ve usted le porvenir de la cultura y del patrimonio sefardí en Latinoamérica y si una eventual Aliya de los jóvenes o un éxodo hacía Estados Unidos marcaría el comienzo del final de nuestro legado ancestral en aquellas tierras? G.M. - Yo creo que es una decisión muy personal y depende de cada individuo, sin embargo, la aseveración no corresponde a la mayoría Las comunidades Sefaradís de América Latina son un hecho histórico que en la mayor parte de los casos cuenta con alrededor de un siglo de existencia, llegamos a esta región, a finales del siglo XIX y en los albores del S. XX, provenientes mayormente de los países del Imperio Otomano y del norte de África, sumándonos para formar parte de estas sociedades y ayudando al desarrollo y modernización de nuestros países en áreas como el comercio, la industria, y el saber. Hoy en día somos parte de nuestras colectividades como ciudadanos comprometidos, y leales a nuestras patrias; nuestro patrimonio económico está ligado a la economía de estos países y hemos desarrollado nuestras vidas en estas latitudes, de manera que no tan fácilmente podemos desaparecer del mapa. Si bien algunos de nuestros miembros han ido a otros lugares del mundo en busca de completar su educación o mayores oportunidades, la mayoría de nosotros pensamos en permanecer y seguir contribuyendo al engrandecimiento de la región.

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MONDE JUIF

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lvsmagazine.com



NESSIM DAVID GAON Z’. L’.

(1922-2022), UN ARDENT DÉFENSEUR DU SÉPHARDISME ELIE BENCHETRIT Le 10 mai 2022, l’État d’Israël ainsi que les communautés juives de la diaspora ont perdu un homme dont l’engagement inconditionnel envers le sionisme fut sans limites. Il consacra l’essentiel de sa vie à la défense du séphardisme et des communautés sépharades à travers le monde. Nessim David Gaon naquit à Khartoum au sein d’une famille sépharade originaire de Turquie qui émigra en Égypte, puis vers le Soudan, qui était alors une colonie de l’Empire britannique. ll a vécu au Soudan jusqu’en 1956. Il obtient un diplôme de l’Université de Khartoum avant de s’engager dans les Forces armées britanniques durant la Seconde Guerre mondiale, avec le grade de capitaine. Il s’installa plus tard en Suisse et devint un homme d’affaires à la tête de sa compagnie, Noga. Il fut de 1973 jusqu’à son décès président de la Fédération sépharade mondiale. « À Genève, il commence à militer au sein de la communauté juive locale, dont il fait sa base pour s’intéresser aux communautés sépharades d’Europe, d’Amérique latine et bien sûr d’Israël. Il était guidé par une idée qui lui tenait grandement à cœur : créer un ensemble axé autour du monde sépharade tout en s’appuyant sur l’idéologie sioniste et la solidarité juive au niveau mondial. Malgré ce magnifique projet, Nessim Gaon est jusque-là peu connu en Israël », se rappelle Avi Shlush, un proche collaborateur de Nessim Gaon, ancien secrétaire général de la Fédération sépharade mondiale. La guerre des Six Jours de 1967, qui, faut-il le rappeler, a été l’élément déclencheur d’un regain d’intérêt pour le destin de l’État d’Israël et de son peuple auprès des communautés juives de la diaspora, l’incite à consacrer son temps, son énergie et son argent au service des communautés sépharades et orientales d’Israël en proie à des disparités sociales criantes vis-à-vis de leurs concitoyens ashkénazes. 62

MONDE JUIF

Avi Shlush (à gauche) en compagnie de Nessim Gaon en Israël au début des années 80. (Photo : Archives Avi Shlush)

« Ce fut l’époque de l’éclosion de groupes contestataires sépharades, comme les Panthères noires, qui par leurs actions revendicatives ont rappelé à la société israélienne, et tout particulièrement au gouvernement, les problèmes sociaux et les brimades que subissaient les communautés sépharades et orientales depuis vingt ans. Une rencontre avec la première ministre de l’époque, Golda Meir, s’imposait afin qu’elle comprenne que les jeunes sépharades méritaient qu’ils soient aidés pour pouvoir accéder à l’université et obtenir des diplômes qui leur ouvriraient les portes de l’avenir », raconte Avi Shlush. Par le truchement d’importantes contributions personnelles visant à aider les étudiants d’origine sépharade, Nessim Gaon fut le moteur essentiel qui leur permit d’entrevoir un avenir meilleur au sein de la société israélienne et de bénéficier d’une égalité des chances au niveau national. Il créa des années plus tard la « Fondation Gaon », destinée à aider de jeunes universitaires sépharades à poursuivre


des études de doctorat et à devenir de futurs leaders. Le prix Gaon continue d’être attribué de nos jours. « Tout au long de sa vie, Nessim Gaon s’est mis au service des gouvernements israéliens successifs en usant de ses contacts en Afrique ou dans d’autres pays avec lesquels Israël n’entretenait pas de relations diplomatiques. Le bien-être du monde sépharade et sa place en Israël et dans la diaspora auront été au centre des actions de ce grand homme », souligne Avi Shlush. Pour le Dr Charles Chocron, ancien président de la Fédération sépharade du Canada : « Nessim Gaon faisait partie de ces leaders qui n’agissent que par dévouement. Bien qu’étant assez accaparé par ses activités professionnelles, la « cause sépharade » en Israël le préoccupait par-dessus tout, et ce au-delà de tout objectif personnel, politique, social ou autre. Il ne se laissait influencer par aucun homme politique israélien et ne considérait aucune de leurs interventions si elles n’étaient pas bénéfiques à la cause sépharade en Israël. Son action philanthropique envers le séphardisme restera légendaire. »

l’un des Tsadiké Hador qui ont contribué à l’affirmation des valeurs juives et de la centralité d’Israël. Avec conviction et ténacité, la défense des intérêts sépharades a toujours été au cœur de son combat. Lors de son discours d’ouverture de notre Colloque « Identités sépharades et modernité », tenu en 2003 à Montréal, il avertissait déjà les participants du danger du terrorisme rampant qui allait se propager. » Pour Avraham Elarar, président en exercice de la Fédération sépharade du Canada : « Nessim Gaon était bien plus que le président de la Fédération sépharade mondiale. Par ses nombreuses bonnes actions, il a incarné l’essence du séphardisme en promouvant l’enseignement supérieur et en finançant les études de nombreuses futures personnalités influentes en Israël et dans la diaspora. Grâce à sa générosité de cœur et d’esprit, il a fait avancer les causes des Sépharades en Israël et dans le monde. Il a créé sa version de la « discrimination positive » en corrigeant des inégalités criantes. »

Pour Judah Castiel, ancien président de la Fédération sépharade du Canada : « Nessim Gaon sera remémoré dans l’histoire du peuple juif, et d’Israël en particulier, comme

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ÊTRE JUIF ET QUÉBÉCOIS

ÉLECTIONS AU QUÉBEC: CE QUI NOUS ATTEND CET AUTOMNE ETA YUDIN, VICE-PRÉSIDENTE QUÉBEC, CIJA Au printemps, les fleurs poussent. Cet automne, ce sont les pancartes électorales qui poussent à un rythme effréné. Depuis le déclenchement des élections, vous avez pu les voir apparaître sur les poteaux d’éclairage de rue, les poteaux de téléphone et autres éléments du mobilier urbain. D’ici au 3 octobre prochain, nous aurons droit à deux débats en français, opposant les chefs des principales formations politiques québécoises sur les ondes de TVA et de Radio-Canada. Cette année, il n’y aura pas de débats en anglais, vu le refus de certaines formations politiques d’y participer. En tant qu’organisme non partisan, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a déjà commencé à rencontrer les représentants des principaux partis politiques québécois afin de leur faire part des enjeux et des préoccupations qui touchent notre communauté. Cela s’inscrit dans la même lignée que les représentations que nous effectuons entre les élections.

Des enjeux clés

En matière de sécurité publique, voici les recommandations que nous avons soumises aux partis politiques provinciaux :

En préparation à la campagne électorale, l’équipe du CIJA a tenu des rencontres avec plusieurs agences de la communauté, dont la Communauté sépharade unifiée du Québec (CSUQ), et ses partenaires de la Fédération CJA. Tous nous ont fait part de leurs priorités et des enjeux communautaires qui les affectent.

Création d’un programme de subvention pour la sécurisation des collectivités et des communautés culturelles.

À partir de ces rencontres, nous avons identifié deux enjeux clés qui revenaient régulièrement dans nos conversations :

la sécurité publique et la lutte contre l’antisémitisme. Ci-dessous, vous trouverez certaines des principales recommandations que nous avons fait valoir lors de représentations menées auprès des principaux partis politiques québécois. Il est important de noter que cette liste n’est pas exhaustive, et que cet article a été soumis à La Voix sépharade au mois de juillet. Pour la liste complète de nos recommandations, ainsi que pour suivre les derniers développements, nous vous encourageons à consulter le site Web du CIJA au https://fr.cija.ca/ et à cliquer sur l’onglet « Nos priorités ». 64

ÊTRE JUIF ET QUÉBÉCOIS

Inspiré par le programme Subvention pour des collectivités sûres et dynamiques du gouvernement de l’Ontario, un tel programme permettrait aux communautés les plus à risque d’être victimes de crimes ou d’incidents haineux d’obtenir une aide financière du gouvernement provincial afin d’améliorer la sécurité de leurs édifices communautaires et de parfaire la formation d’agents de sécurité. Renforcer l’unité de lutte contre les crimes haineux de la Ville de Montréal et mettre en place des unités similaires dans les grandes villes du Québec. Les services de police de nombreuses grandes villes canadiennes se sont dotés d’unités spécialisées pour répondre aux crimes haineux. Ces unités sont composées de policiers et/ou de civils ayant


reçu une formation spécialisée dans ce domaine. Elles peuvent assister les policiers sur le terrain, enquêter sur les crimes haineux, éduquer les corps policiers et sensibiliser les communautés affectées et celles avoisinantes. En décembre 2021, le Module incidents et crimes haineux du Service de police de la Ville de Montréal ne comptait que cinq policiers. À titre de comparaison, le Service de police d’Ottawa compte davantage d’employés dans son unité équivalente, même si elle dessert une population deux fois plus petite que celle de Montréal. Les autres grandes villes du Québec, telles Laval, Québec et Sherbrooke, n’ont pas encore des unités de ce type. Il conviendrait de doter ces villes, et de renforcer l’unité montréalaise, de policiers suivant une formation approfondie sur l’identification, l’enregistrement et l’enquête sur les crimes haineux afin de mieux répondre aux besoins des victimes. Ajouter des agents de liaison attitrés à chaque communauté à risque permettrait de mieux répondre aux besoins de ces communautés, de faciliter le signalement d’incidents et d’assurer une meilleure documentation de ces tristes événements. En matière de lutte contre l’antisémitisme, voici les recommandations que nous avons soumises aux partis politiques provinciaux : Encadrement accru en matière de crimes haineux par le ministère de la Justice. Le Canada s’est doté de lois pour traduire en justice ceux qui ont commis, ou planifient de commettre, des crimes haineux. Ces dispositions sont très peu souvent utilisées car les exigences à respecter pour pouvoir engager des poursuites, notamment l’obtention du consentement du procureur général, rendent leur application plus ardue. En établissant des directives claires, le ministère de la Justice du Québec s’assurerait que ces articles de loi puissent être utilisés de manière systématique lorsqu'approprié. Un autre élément clé serait la mise en place de procureurs spécialement formés pour travailler sur les dossiers de crimes haineux. Ces procureurs spéciaux, ayant reçu une formation spécialisée en la matière, seraient mieux outillés pour traduire en justice les responsables de crimes haineux.

Fournir une formation ciblée aux forces de l’ordre sur les crimes haineux et l’antisémitisme. La première étape pour lutter contre la haine et l’antisémitisme est de bien savoir comment l’identifier. Offrir une telle formation aux corps policiers permettrait la tenue d’enquêtes approfondies sur les incidents d’antisémitisme et, ultimement, le dépôt d’accusations criminelles, lorsqu’approprié. Lutter contre le contenu toxique en ligne en tenant une campagne provinciale de littératie numérique. Celle-ci viserait à éduquer et à sensibiliser les Québécois et Québécoises quant à la puissance des médias sociaux et à l’amplification qu’ils peuvent donner à certains comportements destructeurs. Nous nous engageons à continuer nos efforts pour faire valoir les priorités de la communauté auprès des élus, des employés gouvernementaux, des leaders de la société civile et de toute autre partie prenante appropriée. Ceci dit, les candidats veulent aussi vous entendre. Lorsqu’ils appellent, lorsqu’ils viennent cogner à vos portes, c’est à la fois pour vous convaincre de voter pour eux, et pour mieux connaître les enjeux qui vous tiennent à cœur.

FAITS IMPORTANTS SUR LA CAMPAGNE ÉLECTORALE 2022 Lors de la dernière élection provinciale, en 2018, c’est à peine deux Québécois et Québécoises sur trois qui se sont déplacés pour aller voter. Depuis 2012, le taux de participation diminue lentement. Dans les circonscriptions où notre communauté est présente en grand nombre, le taux de participation était encore plus faible. Or, le fait de voter et de participer à l’exercice démocratique est l’un des meilleurs outils dont vous disposez pour vous assurer que votre voix se fasse entendre à l’Assemblée nationale.

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Cette année, le jour du vote tombera la veille de Yom Kippour, le 3 octobre prochain. Les bureaux de vote seront ouverts toute la journée entre 9h30 et 20h00.

gieuse, puisque la proportion bondit alors à 62 pour cent. En bref, la communauté juive demeure l’une des cibles les plus fréquentes de crimes haineux.

Cependant, si vous avez un empêchement le 3 octobre, vous pourrez voter par anticipation. Les bureaux de vote seront ouverts pour le vote par anticipation les 25 et 26 septembre prochains entre 9h30 et 20h. Si aucune de ces dates ne vous convient, cinq autres jours sont prévus afin de voter au bureau de l’un des 125 directeurs du scrutin répartis dans chaque circonscription québécoise. Nous vous encourageons à consulter le site web d’Élections Québec : (https:// www.electionsquebec.qc.ca/) si cela s’applique à vous afin de connaître ces cinq dates et l’adresse du bureau du directeur de scrutin le plus près.

Si les données canadiennes sont inquiétantes, les données québécoises ne rassurent pas non plus. En 2019, le Service de police de la Ville de Montréal a reçu 34 signalements pour crimes haineux ciblant la communauté juive. En 2020, 42 signalements ont été reçus – une augmentation de près de 25 pour cent.

Bien sûr, si vous souhaitez vous impliquer et faire du bénévolat au cours de la campagne, nous vous invitons à consulter la page du Comité des affaires politiques canadiennes juives (CJPAC) au https://cjpac. ca/fr/ et à le contacter. QUELQUES DATES CLÉS :

C’est pourquoi nous soulevons régulièrement les enjeux liés à la haine en ligne, la sécurité publique et la nécessité de lutter contre l’antisémitisme lors de nos rencontres avec les élus québécois. Les politiciens ont déjà répondu à l’appel par le passé. À la suite d’une série d’incidents antisémites en mai 2021, les élus québécois avaient condamné ces actes d’une seule voix en adoptant à l’unanimité une motion parrainée par des députés issus des cinq partis reconnus à l’Assemblée nationale.

Déclenchement des élections et début de la période de campagne électorale: 29 août. Vote par anticipation : 25 et 26 septembre, entre 9h30 et 20h00. Rosh Hashana : 25 au 27 septembre. Jour du scrutin : 3 octobre, de 9h30 à 20h00. Yom Kippour : 4 octobre au soir et 5 octobre.

Montée de l’antisémitisme Nous observons malheureusement une recrudescence de l’antisémitisme ces dernières années, incluant tristement une augmentation marquée en 2020 et 2021. Nous avons déjà abordé le sujet dans ces pages, mais il est important de bien comprendre le contexte dans lequel notre communauté se trouve à la veille de ces élections. La communauté juive représente environ un pour cent de la population canadienne. Elle est la cible de 13 pour cent des crimes haineux signalés à la police, selon les dernières données de Statistique Canada. Les chiffres sont particulièrement troublants lorsqu’on regarde les crimes haineux à motivation reli66

ÊTRE JUIF ET QUÉBÉCOIS

En juin 2021, le gouvernement du Québec accédait à l’une de nos recommandations au Groupe d’action contre le racisme, soit l’adoption de la définition opérationnelle de l’antisémitisme, telle qu’écrite par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Cet outil permet au gouvernement de clarifier ce qu’il définit comme de l’antisémitisme, et d’éviter certains débordements comme nous en avons vu en Europe et ailleurs. C’est sans compter la motion dénonçant l’antisémitisme adoptée par le Conseil municipal de la Ville de Montréal un peu plus tard le même mois. Nous sommes reconnaissants pour leur soutien au fil des ans. Cependant, il n’en demeure pas moins important de s’assurer qu’ils continuent de dénoncer la haine et de faire preuve de leadership pour combattre ce fléau.



VIE COMMUNAUTAIRE

RENCONTRE AVEC L’AMBASSADEUR DU MAROC AU CANADA,

S.E. SOURIYA OTMANI ELIE BENCHETRIT À l’initiative de S.E. Mme Souriya Otmani, Ambassadeur du Royaume du Maroc au Canada, et en collaboration avec la Fédération sépharade du Canada (FSC) et la CSUQ, une délégation de la communauté juive de Montréal, composée de 21 membres, s’est rendue à Ottawa le 24 mai dernier. Celle-ci comprenait les présidents de la CSUQ et de la FSC, l’honorable Jacques Saada et M. Avraham Elarar, la vice-présidente de CIJA, Mme Eta Yudin, le directeur général de la Fédération CJA, M. Yair Szlack, le conseiller municipal de Côte Saint-Luc, M. Lior Azerad, ainsi que des bénévoles communautaires. Cette rencontre s’inscrivait dans un contexte bien particulier : le 60ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Royaume du Maroc et le Canada. Une occasion de rappeler aux invités l’attachement de S.M. le Roi Mohammed VI aux communautés juives marocaines partout où elles se trouvent, ainsi que l’attachement indéfectible de celles-ci à leur pays d’origine et à la dynastie alaouite. Ont été également soulignées les avancées économiques du Royaume du Maroc dans tous les domaines, les grands axes de sa politique extérieure et le volet se rapportant au développement des échanges économiques à tous les niveaux entre le Maroc et Israël, particulièrement l’essor touristique grâce à l’ouverture des vols entre Casablanca, TelAviv et Marrakech desservis par Royal Air Maroc et El Al. S.E. Souriya Otmani inaugurait pour l’occasion la nouvelle et imposante salle de conférences de l’Ambassade aux côtés de M. Abdollah Lkhaya, no 2 de l’Ambassade, et de M. M’hamed Ifriquine, Consul général du Royaume du Maroc à Montréal. Dès le début de l’allocution de Mme Otmani, le ton était donné par un mot de bienvenue en darija (arabe dialectal marocain) : « Allah Y jaal kdamkoum kdam yl kher wa ararbah! » – « Que Dieu fasse qu’avec vos pas, avec votre venue, vienne la santé et le succès » –. « Cette Ambassade est aussi, vous le savez bien, celle de 68

VIE COMMUNAUTAIRE

la plupart d’entre vous, notamment nos compatriotes juifs nés au Maroc ou de parents marocains. » « Le Maroc, poursuivit-elle, est fier de sa communauté de confession juive qui n’a jamais rompu les liens avec son pays d’origine qu’elle réside au Canada ou ailleurs dans le monde. Cette communauté a toujours manifesté, et continue de le faire, un attachement profond au Maroc, au trône alaouite, à notre culture et à ses traditions si spéciales et bien ancrées dans l’histoire du Royaume, terre de convergence et de brassages culturels et civilisationnels. Nous sommes fiers que notre pays soit de la sorte une référence unique en la matière dans le monde arabe et islamique. » Concernant les avancées de l’économie marocaine en pleine expansion dans de nombreux secteurs, l’Ambassadeur n’a pas manqué de mettre en exergue les réformes entreprises par le Maroc sous l’impulsion de son souverain, Mohamed VI, qui a mis en chantier un programme de réformes ambitieuses dans les domaines politique, économique et social afin de bâtir et de consolider une société moderne, démocratique et ouverte sur le monde tout en demeurant fidèle à ses traditions ancestrales. Il est important de souligner, dans le secteur social, la mise en place, en mai 2021, de la généralisation de l’assurance-maladie obligatoire, des allocations familiales, des indemnités pour perte d’emploi, l’instauration du congé de paternité payé pour les hommes et la gratuité des soins hospitaliers pour tous les Marocains. S.E. Souriya Otmani aborda la question du conflit du Sahara et du plan d’autonomie proposé par le Maroc qui « demeure la seule solution possible à ce différend régional ». En ce qui a trait aux relations Maroc-Canada, l’Ambassa-


De gauche à droite : L'Hon. Jacques Saada, président sortant de la CSUQ, S.E. l’Ambassadeur Souriya Otmani et Avraham Elarar, président de la Fédération Sépharade du Canada, à l’Ambassade du Maroc à Ottawa. (Photo : Roland Harari)

deur les a qualifiées de « saines, fructueuses, empreintes d’amitié, de respect mutuel et de coopération multidimensionnelle ». Le volume des échanges commerciaux entre le Maroc et le Canada dépasse aujourd’hui 1 milliard 200 millions de dollars. Les universités canadiennes accueillent 4 000 étudiants marocains et 140 000 Marocains vivent actuellement au Canada et au Québec. Mme Souriya Otmani qualifia la reprise des relations entre le Maroc et Israël de « fait marquant survenu sur la scène internationale en décembre 2020. Un tournant qui a approfondi les liens historiques existants ».

«Cette décision, a-t-elle poursuivi, qui est loin d’être circonstancielle, répond de prime abord aux liens historiques forts de la communauté juive d’origine marocaine établie en Israël avec son pays d’origine.» À la fin de son allocution, S.E. Souriya Otmani remit un magnifique cadeau, produit de l’artisanat marocain, à Messieurs Jacques Saada et Avraham Elarar. La rencontre s’est poursuivie dans la somptueuse résidence de l’Ambassade, sise à Gatineau, avec un déjeuner cacher offert par la Fédération sépharade du Canada. Les participants rentrèrent à Montréal en fin d’après-midi fiers et satisfaits de cette belle expérience.

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ARLÈNE MADAR ABITAN, UNE PASSIONNÉE DE L’ACTION BÉNÉVOLE ELIE BENCHETRIT Si on pouvait définir Arlène Madar Abitan par un qualificatif, je dirais sans hésiter : « Mme Bénévolat ». Cette figure incontournable dans la communauté juive montréalaise nous a parlé de son engagement bénévole admirable au cours d’une entrevue qu’elle a accordée à La Voix sépharade. Depuis de nombreuses années, vous vous êtes engagée comme bénévole au sein de la communauté juive, et ce au service de nombreuses causes. Qu’est-ce qui vous pousse à répondre présente chaque fois que vous êtes sollicitée? Je pense que le sens des responsabilités constitue un élément essentiel dans ma façon de penser et d’agir, à cela s’ajoute le fait que nous avons une tradition en tant que Juifs qui s’inscrit dans le devoir de responsabilité collective qui nous incite à prendre place, guidés par notre conscience, notre sensibilité et ce que j’appellerai un don de soi inné. J’ajouterai, et ceci a son importance, que l’exemple de feu mon père, Roger Madar, a eu un impact déterminant. Dans les années 60, peu après notre arrivée à Montréal, il s’était impliqué dans la Campagne de l’Appel juif unifié et dans les Bonds (obligations) d’Israël. Il m’a enseigné l’amour des nôtres. En ce qui me concerne, il faut surtout agir avec le cœur et se mettre à la place de l’autre et en tenir compte à tout moment. Ne jamais perdre de vue le sens du devoir envers la société dans laquelle nous vivons et le devoir envers Israël, ce sont mes valeurs essentielles. Quelles sont les causes communautaires qui vous passionnent le plus et en fonction de quels critères faitesvous vos choix? J’ai débuté mon bénévolat au Centre Saidye Bronfman en tant que présidente de la School of Fine Arts. Je me suis ensuite engagée auprès de la Fédération CJA, où j’ai beaucoup appris et occupé divers postes. J’ai adoré mon engagement au sein de l’Agence Ometz, en créant et présidant le projet «Dessine-moi une étoile» -«A Chance to Shine»-, deux campagnes de collecte de fonds pour subvenir aux besoins des jeunes… J’ai été aussi très engagée dans d’autres institutions : Migdal Ohr, Mada, l’Hôpital général juif, ma synagogue, la Spanish & Portuguese. 70

VIE COMMUNAUTAIRE

Ce qui compte surtout dans mes choix, c’est d’aller vers une cause qui me parle et pour laquelle je peux me distinguer, sentant que je peux y apporter ma contribution. Ce qui me tient toujours à cœur dans mon bénévolat, c’est d’œuvrer pour l’établissement de ponts entre nos deux communautés, sépharade et ashkénaze, afin de mieux préparer leur avenir. Vous êtes depuis un an la vice-présidente nationale de Magen David Adom Canada (MDAC), un organisme prestigieux et vital en Israël. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager pleinement dans ce magnifique projet? Je suis profondément sioniste. Je considère que Tsahal et Magen David Adom (MDA) constituent des piliers fondamentaux de l’État d’Israël. Bien souvent, au cours de mes voyages en Israël, j’ai pu constater par l’entremise des ambulances de MDA et du travail extraordinaire accompli par ses ambulanciers, l’importance de leur rôle dans des situations extrêmement critiques. MDA, c’est la caravane de la vie! J’ai coprésidé le Gala 2019 de MDAC. J’ai été très active pendant les deux dernières années dans divers créneaux de cette organisation: le marketing, la stratégie, le réseautage, la collecte de fonds. Dernièrement, j’ai participé en Israël à la Mission internationale de MDA qui m’a permis de mieux saisir l’importance de l’apport des autres diasporas. Je suis satisfaite de constater que notre Gala 2022 a eu un grand succès et un impact sur la communauté juive de Montréal. Le très honorable Stephen Harper, un inconditionnel d’Israël, était notre in- Arlène Madar Abitan en compagnie de Stephen Harper, ancien premier ministre du Canada. vité d’honneur. (Photo : Magen David Adom)


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LE JUGEMENT DES VIVANTS ET DES MORTS DE ROSH HASHANA À KIPPOUR LES VIVANTS ET LES MORTS SONT CONVOQUÉS SONIA SARAH LIPSYC La tradition juive enseigne qu’à Rosh Hashana, au Nouvel An hébraïque, le Tout-Puissant juge les êtres humains. Les orientations majeures, à l’échelle individuelle comme collective, sont ainsi décidées pour l’année à venir. Il y a possibilité d’interférer dans ce jugement en se ressaisissant par la reconnaissance de ses égarements, petits ou grands, la prière, l’étude, la charité et l’engagement à mieux être et mieux faire. Toute sorte de leviers qui caractérisent la teshouva, littéralement le retour ; le retour aux points des basculements et animé de ce discernement, le désir de rejoindre une voie droite. Différentes stations dans le temps permettent à l’être humain d’accomplir ce chemin, toute l’année et toute la vie mais plus particulièrement durant les dix jours entre Rosh Hashana et Yom Kippour, suivi en fait de quelques jours supplémentaires jusqu’à Hoshana Rabba le 7e jour de la fête de Souccot Il y a cependant dans le Talmud de Babylone, dans le traité Rosh Hashana 32b, un passage étonnant au sujet du jugement de la gent humaine : « Rabbi Abahou a dit… Les anges du service se sont adressés au Saint Béni Soit-Il : - Maître du monde, pourquoi Israël ne récite-t-il pas de cantique devant Toi à Rosh Hashana et à Kippour ? Il leur répondit : - Le Roi siège sur le trône de la justice, les livres des vivants et des morts sont ouverts et Israël entonnerait un cantique ? » Rabbi Abahou, ce maître juif du 4 siècle de notre Ère rapporte ici un dialogue entre les anges qui interpelleraient l’Éternel afin de savoir pourquoi le peuple d’Israël (à entendre les Juifs) ne lit pas durant ces deux fêtes le cantique que l’on assimile ici au Hallel. Il s’agit d’une prière de louanges que l’on récite à certaines fêtes ou demi-fêtes et qui est composée de quelques Psaumes du roi David. e

La réponse de Dieu est sans équivoque, au moment du jugement, de ces jours que l’on appelle « redoutables » (yamim noraim), cette allégresse ne serait pas à propos, car les êtres doivent être mobilisés par l’introspection, la contrition et la ré1. Voir Les convocations d’automne. Rosh Hashana et Kippour, PUF, Paris, pp. 58-59 d’où sont tirées les deux citations de cet auteur dans le présent article. 2. Voir son ouvrage Michna Beroura 621; 18 et 19 d’où sont extraites cette citation et la suivante. 3. Traité Shabbat 151b de T.B

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paration de leurs actes. Les livres des vivants et des morts sont donc ouverts devant Dieu, mais le rabbin français Jacky Milewski, dont ces lignes s’inspirent, l’entend ainsi : « Dans un premier mouvement, on comprend que les livres des morts en question sont ceux où seront inscrits les hommes qui mourront dans l’année. Or, certains commentateurs expliquent différemment ce passage : les livres des morts sont les livres où sont inscrits ceux qui sont déjà morts. Ces livres sont de nouveau ouverts à Rosh Hashana et à Kippour car les morts sont appelés à être jugés une nouvelle fois comme les vivants. L’absence de vie terrestre n’empêche pas les morts d’être de nouveau convoqués au tribunal céleste. »1 Comment ? Mais les morts n’ont-ils pas déjà été jugés après leur trépas rejoignant ensuite la place qui leur a été assignée dans le monde de l’au-delà ? Pourquoi le seraient-ils à nouveau ? Réponse : à cause des conséquences de leurs actes qui se poursuivent après leur mort, sur une et plusieurs générations. Et le rabbin Milewski de nous éclairer à l’appui encore de certains commentateurs : « En effet, les conséquences et les effets de certains actes ne s’arrêtent pas avec la mort de leur auteur (…) la suite d’une parole ou d’un geste peut connaître une longue histoire (…). C’est donc chaque année que les morts sont jugés car la Justice céleste prend en considération la chaîne des enchaînements. » On le voit, selon la tradition juive, rien n’est figé ni de notre vivant par la force de la teshouva ni après apparemment. Mais s’il y a jugement à ce moment-là, il doit y avoir possibilité de demander pardon et de faire acte de réparation. C’est ce que souligne Israël Meir Kagan (1838-1933) connu sous le nom du Hafetz Hayim : « On rappelle l’âme des défunts à Kippour, car il peut y avoir « kappara » pour les morts »2 . Kappara signifie expiation au sens de regret et mortification en vue de demander pardon. Et il poursuit : « C’est pourquoi Yom Kippour est en fait écrit Yom Kippourim pour les vivants et pour les morts. » Kippour est en effet écrit ici au pluriel. Soit. Mais qui peut être dans l’expiation, demander pardon et faire 4. Se référer à la partie Orah Hayim 621 ; 6 du Shoulkhan Arouch. 5. Il s’agit du Yskor pour le rite ashkénaze ou au sein des synagogues Spanish and Portuguese et d’une prière Achkava insérée dans la prière du Kol Nidré le soir du Kippour pour les Sépharades (merci au rabbin Samuel Mellul de cette précision).


acte de propitiation, c’est-à-dire influer sur la décision divine en ce qui concerne son propre sort ? Les morts ? Non. Même s’il arrive que l’on fasse appel à leurs mérites comme à ceux des Justes pour appuyer toute requête et prière personnelle, il reste qu’ils ne peuvent plus agir sur leur propre destinée. Il y a, en effet, dans la tradition juive cette idée centrale que tout se joue sur terre comme l’exprime à plusieurs reprises le Talmud. Ainsi, par exemple, Rabbi Simon ben Eleazar a dit : « Fais (le bien) tant que tu en as l’occasion, tant que tu en as les moyens et que c’est encore en ton pouvoir. »3 C’est ici en quelque sorte que se prépare notre place dans le monde futur, dans un présent considéré comme un passage ou une veille de Shabbat. Après il est trop tard, car « affranchi » de la possibilité d’accomplir les commandements et des bonnes actions, le mort est privé d’augmenter son « capital » spirituel si déterminant.

Hashana à Kippour, d’une façon intense, l’est aussi tout le reste de l’année. C’est ce que la tradition juive nomme « Ilouy Neshama », l’élévation de l’âme. Il est possible pour les vivants de faire un certain nombre d’actes qui participeront à cette élévation de l’âme du défunt. Il y a l’allumage des bougies à leur mémoire ainsi que la récitation du Kaddich le jour du calendrier hébraïque de leur départ terrestre, les prières de la Hachkava, pour les Sépharades et pour les Ashkénazes du Yskor et du El Maleh Rahamim. Il y a toujours l’action caritative (tsedaka) si minime soit-elle et l’étude de la Torah. Étude que l’on peut effectuer soi-même, ou en organisant une étude autour de soi, ou en permettant à un groupe de se réunir à cet effet. L’important étant qu’il soit mentionné explicitement que cette étude est faite à la mémoire de la personne disparue.

L’être humain prépare ici sa place dans le monde de l’au-delà littéralement le monde qui vient (olam habah). Ce monde futur ou de l’au-delà est dit au présent car c’est un monde que l’on fait advenir chaque instant de notre existence pleinement vécue. Nous bénéficierons du mérite de ce pécule spirituel qui ne nous permettrait pas cependant de répondre au jugement réitéré chaque année.

L’étude du Zohar, ce corpus important de la mystique juive, est particulièrement conseillée mais aussi l’étude du Talmud dans sa première partie, c’est-à-dire la Michna dont les mêmes consonnes dans un ordre différent sont celles de Neshama (l’âme). Il peut également s’agir de n’importe quelle autre étude juive quelle que soit la modalité (cours, conférence, homélie etc.) et langue dans laquelle elle est donnée.

En fait… sur ce point ce sont les vivants qui peuvent agir pour celles et ceux qui ne sont plus de ce monde. Et c’est là, l’une des autres idées fortes de notre tradition : les vivants peuvent œuvrer d’une certaine manière pour les morts. Pas seulement pour leur souvenir ou leur mémoire mais également, tout aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour leur devenir. Tout se passe comme si leur place dans le monde de l’au-delà pouvait encore évoluer au regard des actes que leurs descendants pourraient faire à leur égard.

Précisons que toutes ces initiatives dévolues à la descendance du ou de la disparue peuvent également être accomplies par des proches ou des amis, voire d’autres personnes.

On le sait, la relation avec un être ne s’arrête pas à son décès. Des choses peuvent bouger au fil des ans et au travers de cette conversation intime que nous avons avec les disparus. C’est pourquoi la loi juive rappelle qu’il est de coutume d’allumer une veilleuse ou une bougie de vingt-quatre heures la veille de Kippour et de s’engager à faire un don (tsedaka) en la mémoire du défunt. Et précise encore le Rabbi Yossef Karo (1488-1575) dans son recueil du Shoulkhan Arouch : « On rappelle l’âme des défunts à Kippour car les morts bénéficient aussi de l’expiation. »4 Rappeler au sens de souvenir et de prier. D’ailleurs, il y a, aussi bien dans le rite ashkénaze que sépharade, une prière pour les morts (askarat neshamot) ce jour-là5 . L’élévation de l’âme dans la tradition juive

Toutes ces actions, et notamment celle de donner tsedaka au nom de la personne décédée, « lui fournit certainement un grand salut et accorde à son âme beaucoup de satisfaction (nachat ruah) », spécifie le Shelah Hakadoch, soit le Rabbin Yeshayahu ben Avraham Ha-Levi Horowitz6 . Elles participent également de l’effort de partager et soulager la peine de son prochain. Conclusion Ainsi non seulement, tout le long de notre vie, nous bénéficions du mérite de celles et de ceux qui nous ont précédés, mais nous pouvons aussi agir en leur faveur. D’ailleurs cette possibilité qui nous est offerte n’est-elle pas encore un mérite potentiel que nous accorderaient les disparus ? Comme le relève l’universitaire Patricia Hidiroglou, aux yeux de la tradition juive, au moment du jugement des vivants, « ce devoir de mémoire et de commémoration est un mérite (pour les vivants) qui leur sera compté aussi dans le jugement de Yom Kippour »7 . C’est ce que nous rappelle notamment ce jugement des vivants et des morts, ici liés, durant cette période.

Mais ce qui est faisable à ce sujet durant cette période de Rosh 6. Voir Rabbi Asher Resnick, « L’iluy Neshama: Helping and Maintaining Our Relationship with the Deceased” qui relate que cette citation est rapportée par le Hafetz Hayim dans les notes de bas de page de son livre Ahavat Chessed 2; 15 sur https://outorah.org/p/71746/.

7. Cf « Nourriture des vivants, mémoire des morts dans les sociétés juives » dans Ethnologie française 2013/4 (Vol. 43), pages 623 à 632 sur https://www.cairn. info/revue-ethnologie-francaise-2013-4-page-623.

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SOULFUL PRAYER BY RABBI YAMIN LEV Y

I learned how to pray from my mother. As a child, I would shamelessly peer into the women’s section of the synagogue and be struck by the intense Kavanah, intention with which my mother prayed. This youthful experience helped explain for me the rabbi’s choice of Torah reading on Rosh Hashanah. Rosh Hashanah was initially established as a two-day holy day in Israel and in the diaspora. On a rare occasion of uniform consensus, the rabbis of the Mishna decided unanimously that Chapters twenty-one and twenty-two of Bereshit would be read on the first and second days of the New Year respectively.

“On Rosh Hashanah Sarah, Rachel and Hannah were remembered.” (TB Rosh Hashanah 11a) Indeed, the first words of the Torah reading on the first day of Rosh Hashanah are: “And God remembered Sarah.” This remembrance is especially poignant and relevant to the spiritual work that is asked of us on the holy day. Immediately following Abrahams military incursion against the five kings of Canaan God appears to Abram and says: “God’s word came to Abram in a vision saying, ‘fear not Abram, I am your shield. Your reward is great.’” (Bereshit 15:1) Abram responds by saying: “O Lord, God, what will you give me if I remain childless? The heir to my household will be Eliezer of Damascus.” (Bereshit 15:2).

On the first day of Rosh Hashanah, we read the story of Sarah our matriarch and the birth of Yitzchak our forefather and on the second day we read the story of Akeidath Yitchak, the binding of Isaac. (TB Megillah 31a) What is most surprising is the fact that the sages did not choose Akeidat Yitzchak, the binding of Isaac as the first and primary reading of the Holy Day being that it is the great test of Abraham’s unwavering faith in God. Many beautiful poems, some of which are chanted on Rosh Hashanah depict the dramatic events of the binding of Isaac - my favorite being Oked VeHanekad. This indeed would be a fitting reading for the first day of the High Holy Days, and yet the sages chose the less eventful narrative of the birth of Yitzchak. Rashi and Rabbenu Nissim suggest that Sarah Immenu, our matriarch conceived on Rosh Hashanah, and this is why it was given precedence. An alternate perspective may have something to do the following statement of the rabbis:

God promises Abram progeny and enters into a covenant with him referred to as Berit Bein Habetarim, the covenant of pieces. This dramatic narrative in chapter fifteen is then followed by the birth of Yishmael to Sarah’s Egyptian handmaid Hagar. The impression the biblical text wants us to assume is that the birth of Yishmael is the fulfillment of God’s promise about the progeny that will inherit his household and the land of Israel. As far as Abraham is concerned, he has a son, and his destiny is ready to be fulfilled. Indeed, this is exactly how Abraham understands the birth of Yishmael. God once again repeats the promise to Abraham that he will have a child: God said to Abraham, ‘Sarai your wife will no longer be called by the name Sarai, for Sarah is her name. I will bless her and make her bear you a son. I will bless her s that she will be the mother of an entire nation, kings will be her descendants.’ Abraham fell on his face, and he laughed. He said to himself ‘Can a hundred-year-old man have children? Can Sarah who is ninety years old give birth? (Bereshit 17:15-17) And then Abraham says something remarkable.

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Is not Yishmael to live before You?’” (Bereshit 17:17) Abraham laughs at the thought of Sarah bearing his child and as far as he was concerned the promise is fulfilled with the birth of Yishmael. For Abraham, despite Sarai’s name being changed to Sarah just as his name was changed to Abraham, she was not to be a part of the progeny promise. Abraham and Yishmael follow God’s instruction and circumcise. But the promise of progeny is not yet resolved. Three angels visit Abraham and are invited into his tent to eat and enjoy the shade when they inform their hosts that Sarah will have a son “at the appointed season.” Sarah overhears the conversation: And Sarah laughed to herself, saying, ‘After I have become worn out, will I have smooth flesh? And my master is old.’ (Bereshit 18:12) Sarah, herself is in disbelief. Destiny is playing itself out while she apparently is being sidelined. No one ever talks to her. This context is what makes the first verse of Chapter twenty-one so poignant. And God remembered Sarah, as he had said, And God did for Sarah as He had spoken. (Bereshit 21:1) This verse is the reason why we read this chapter on Rosh Hashanah. The first twenty-one chapters of the book of Bereshit, to a certain extent, are a build up to this event. Sarah’s reaction is recorded in the Torah: And God has made laughter for me, so that all who hear will laugh with me. And she said: ‘who would have said to Abraham, that Sarah should give children her breast? For I have borne Abraham a son in his old age’ (Bereshit 21:6-7)

Sarah celebrates God’s miracle. It is an occasion of great joy, laughter and awe and an opportunity to reflect on the surprises of life. Yitzchak’s very name will bear the nature of this miracle for posterity. The word laughter Z-Ch-K is embedded in the name Yitzchak. Like Sarah, Chanah whose story is read in the Haftara on Rosh Hashanah also felt abandoned and pleaded with God. During her family’s annual pilgrimage to Shilo, Chanah prayed silently and desperately for a child. Eli HaCohen, the high Priest scolded her thinking her soundless prayer

was a sign of intoxication. “No, my lord” she replied – “I am a tormented woman who has been pouring her heart out to God.” On Rosh Hashanah we read about the women who taught us how to pray. We too stand before God in desperation, maybe feeling abandoned - pouring our hearts out, pleading for ourselves and those we love. Sarah’s laughter is complicated. It represents the tension between the possibility of unbounded joy and the cruel reality of the passage of time. Can it be possible? Only the deepest faith can navigate the unease. Sarah, like so many of our mothers survived on faith alone. God is hidden in Sarah’s world and so when one reads the words “and God remembered Sarah” a heavy burden is lifted. She was never abandoned – her silent faith, like that of Chanah’s was redeemed. Sarah is not only remembered but she is also given the opportunity to take the initiative in securing the promised blessing for her son Yitzchak. Sarah demands that Yishmael be sent away “The son of this bondwoman will not be heir with my son Yitzchak.” Despite Abraham’s concern and hesitation God again intercedes on behalf of Sarah. She will not be sidelined again. This is the only place in the entire TaNaKH where God speaks to the prophet in the following way: God said to Abraham … do everything that Sarah tells you. (Bereshit 21:14-15)

This entire Torah reading is about hope and the fulfillment of life’s promises. God remembers everyone one of us. This is precisely why the sages placed this reading on the first day Rosh Hashanah so that we are reminded that God is gracious and never abandons his creations. It is our matriarchs who taught us how to pray – may their Zechut, merit watch over all of us and shatter the gates of heaven for mercy and kindness on their children. Lire la traduction en français de ce texte par Yolande Amzallag sur le site de LVS : lvsmagazine.com  LVS SEPTEMBRE 2022

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NOS CONSTITUANTES

MAÎTRE ESTHER KRAUZE Présidente sortante de l’École Maïmonide Des élèves d’une classe de maternelle de l’École Maïmonide avec leur professeure, Michèle Sarfaty.

Cinq ans déjà! Durant lesquels j’ai eu l’honneur et le privilège d’occuper la présidence de l’École Maïmonide, mon alma mater. Lorsque je suis entrée en fonction, j’avais, comme tous ceux qui m’ont précédée, des objectifs et des aspirations pour notre chère institution. Bien entendu, j’avais conscience des défis auxquels l’école faisait face et qui existaient depuis des années. Les principaux étaient la perception que notre communauté a de Maïmonide et les défis financiers. Cependant, je n’aurais jamais pu prédire que nous devrions également affronter une pandémie mondiale. Au cours de ces dernières années, entourés d’une équipe de professionnels et de bénévoles hors pair et dévoués, nous avons célébré plus d’un demi-siècle d’existence et avons réussi à faire des miracles. Je dis bien des miracles, car nous avons réussi, et j’en suis extrêmement fière, à relever plusieurs de nos défis. Quoique cela n’a pas été facile, surtout durant une pandémie historique, nous avons enregistré un bilan positif sur tous les fronts. Cela peut paraître absurde, mais cette pandémie nous a permis, entre autres, de briller. Briller par notre travail d’équipe, notre innovation, notre encadrement et notre soutien, notre persévérance à assurer la réussite de tous nos élèves et notre capacité à surmonter tout obstacle auquel nous avons fait face, dans les circonstances. Et pour cela je tiens à remercier sincèrement toute cette formidable équipe qui forme notre école et qui est la clé de notre réussite. Au cours de mes mandats, nous avons été à l’écoute des besoins tant de l’équipe de professionnels que des élèves. Nous avons accru le matériel informatique et pédagogique, les ressources aux élèves en orthopédagogie, ainsi que la formation professionnelle de nos enseignants, afin de mettre à jour continuellement et d’enrichir leur pratique professionnelle, en vue d’optimiser l’apprentissage et la réussite de nos élèves. Nous avons priorisé nos besoins avec des améliorations et des investissements continus. L’école a assaini considérablement ses finances, en instaurant des pratiques de suivi budgétaire et en restructurant les allocations d’aide financière. Grâce au support continu de nos généreux donateurs, la Fondation de l’École Maïmonide s’est renforcée par des collectes de fonds

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structurées, sensibilisant et mettant à participation tous les intervenants, parents, anciens élèves et membres de notre communauté. Au niveau pédagogique, nous avons augmenté la participation de nos élèves à différents concours régionaux et nationaux. Une revue régulière des programmes académiques est effectuée par nos professionnels pour les enrichir de façon continue et ainsi assurer l’excellence et l’innovation. Nous avons mis sur pied un centre de ressources répondant aux besoins des élèves en difficulté d’apprentissage. Plusieurs postes clés ont été comblés par des professionnels, tels que la direction générale, la direction pédagogique, les ressources, le marketing, le recrutement, les sports... Il ne faut surtout pas oublier notre nouveau secondaire qui a été un franc succès à tous les niveaux. Un projet qui n’était qu’un rêve pour plusieurs, mais qui s’est avéré une réelle réussite grâce à la détermination et persévérance de notre équipe et à la confiance de nos parents et élèves. Je tiens à remercier tous les membres du conseil d’administration et des comités de l’École Maïmonide qui ont travaillé de tout cœur à mes côtés pendant ces cinq dernières années. Merci à tout le personnel de l’École pour son dévouement et son travail incalculable. Une part du mérite de notre succès revient à chacun d’entre eux. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons tous accompli ensemble. Un grand merci tout particulier à nos donateurs pour leur générosité, leur support continu et leur confiance. Alors que mon mandat tire à sa fin, et que nous préparons la relève, je suis convaincue que sous le leadership de la nouvelle présidence, qui vous sera présentée dans le prochain numéro de La Voix sépharade, notre école sera entre de bonnes mains pour poursuivre sa mission tout en relevant de nouveaux défis et atteindre toujours de nouveaux sommets. Ainsi la pérennité de notre institution est assurée pour les générations à venir, car comme je le répète souvent, l’École Maïmonide est le fleuron de notre communauté que nous avons le devoir de préserver et de faire prospérer.



UN HOMMAGE MÉRITÉ DE LA CONGRÉGATION SPANISH & PORTUGUESE À EDMOND ELBAZ ELIE BENCHETRIT La Congrégation Spanish & Portuguese a rendu, le 13 juin dernier, un bel hommage à son président sortant, Edmond Elbaz. Lors de l’événement, précédé par un cocktail où se pressaient membres de sa famille, amis proches et des membres de la congrégation, on pouvait voir Edmond Elbaz tout sourire, quoique visiblement ému, se faire accoster par des invités qui l’embrassaient tout en insistant pour se faire prendre en photo avec lui et le remercier pour le travail remarquable qu’il a accompli durant sa présidence. L’affection, la sympathie et le respect pour celui qui a dédié six années au service de sa communauté étaient palpables. Par la suite, les invités étaient appelés à rejoindre la salle de fêtes décorée avec finesse et prête à les accueillir dans une ambiance chaleureuse et conviviale. La présence de dignitaires, tels que le Consul général d’Israël à Montréal et dans les Provinces maritimes, Paul Hirshon, l’honorable Jacques Saada, président de la CSUQ, la famille Mashal, Sandra et Roni, grandes figures et piliers de la Spanish & Portuguese, et le Révérend Danny Benlolo, chantre de la synagogue qui anima la soirée en tant que maître de cérémonie. Albert Herscovitch, membre du comité organisateur, prit la parole pour rappeler qu’Edmond Elbaz est aussi un éducateur hors pair. Lors de son intervention, Paul Hirshon mit en exergue l’impact de l’action d’Edmond Elbaz sur la continuité opérationnelle de la Spanish & Portuguese pendant la longue période de la crise sanitaire que nous avons vécue.

Sidney Benudiz, directeur de l’Association des écoles juives de Montréal, mit en avant les traits saillants du caractère d’Edmond Elbaz : son immense culture, sa bienveillance et sa sagesse proverbiale. Visiblement ému par ces témoignages élogieux, Edmond Elbaz prit la parole tout d’abord pour les remercier et rappeler que cette soirée qui lui était dédiée, il la plaçait sous le signe de la gratitude et de la reconnaissance. « Hiné Ma Tov ou Ma naïm, shevet ahim gam yahad » — « Qu’il est beau d’être ensemble après une si longue période de séparation » —. Il remercia le Kahal et le CA de sa synagogue, qui firent front commun avec lui tout au long des difficultés surgies lors de la pandémie, ainsi que les donateurs, dont la générosité ne fit jamais défaut lors de cette période difficile, et les anciens présidents. Avec beaucoup d’émotion, il avoua que chaque fois qu’il assistait aux différents offices religieux, il ne pouvait s’empêcher de tourner les yeux vers les places qu’occupaient ses parents autrefois. « Ce lien avec le passé fait partie de moi-même. Cela s’est poursuivi avec mes deux fils qui ont célébré ici leur Bar Mitzvah. » À cette dernière remarque, il ajouta que l’un des grands défis de la Congrégation Spanish & Portuguese était d’assurer sa relève en ciblant les jeunes et de nouvelles familles afin de sécuriser l’avenir.

Jacques Saada ne manqua pas de souligner le rôle actif d’Edmond Elbaz dans la défense de la langue française quand il était le délégué de l’Alliance israélite universelle (AIU) au Canada, ce qui lui valut d’être élevé au rang d’Officier des Arts et des Lettres par l’Ambassadeur de France au Canada. Son long passage aux écoles JPPS et Bialik et son engagement dans la promotion du dialogue intercommunautaire furent également soulignés par Jacques Saada. Ce dernier évoqua le désir d’Edmond Elbaz d’affilier la Congrégation Spanish & Portuguese, première synagogue sépharade au Canada, à la CSUQ dans un souci fédérateur et d’unité communautaire. « Une réussite historique » souligna-t-il, qui permit d’ouvrir une ère de coopération fructueuse entre les deux entités lors d’événements spéciaux et également dans le dossier de la viande cacher initié par la CSUQ. 78

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Edmond Elbaz et son épouse Suzanne. (Photo : Janet Best-Spanish & Portuguese)


La CSUQ, c'est: SOLIDARITÉ ET ENTRAIDE

Hessed CSUQ en action Mission des Bar-Mitzvot

SERVICES JEUNESSE

Camps Voyages Leadership Activités et Programmation

IDENTITÉ ET CULTURE

Festivals Évènements culturels LVS - La Voix Sépharade ALEPH - Centre d’études juives

SERVICES

Constituantes et Représentations Services cultuels Hevra Kadisha Cimetière Beth Hahayim

Nous sommes là pour vous!


IDENTITÉ ET CULTURE

LE FESTIVAL DU CINÉMA ISRAÉLIEN DE MONTRÉAL (FCIM) 2022 :

LE BILAN ENTREVUE AVEC LES COPRÉSIDENTS DU FCIM, CHANTAL ET GÉRARD BUZAGLO

BROSSEZ-NOUS UN BILAN DE L’ÉDITION 2022 DU FESTIVAL DU CINÉMA ISRAÉLIEN DE MONTRÉAL (FCIM). Gérard Buzaglo : Au programme de la 17e édition du FCIM : huit longs métrages, deux courts métrages et neuf documentaires. Le choix des documentaires par le comité de sélection a été difficile, parfois même déchirant, car la cuvée de documentaires produits en Israël en 2021-2022 était excellente. Ne pouvant pas retenir tous ces documentaires de grande qualité, nous avons été contraints à des choix drastiques. Chantal Buzaglo : Le nombre de spectateurs en ligne a été supérieur à celui de 2021. Cependant, le nombre de spectateurs en salle a été plus faible. En 2019, avant la pandémie de COVID-19, quelque 650 personnes avaient assisté à l’ouverture du FCIM. Cette année, seulement quelque 150. La pandémie étant toujours présente dans nos vies, nous avons malgré tout présenté en salle trois films afin de satisfaire les cinéphiles pour qui un festival de films ne peut se tenir qu’en présentiel. Ce fut sans aucun doute un choix très hasardeux. 80

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Chantal et Gérard Buzaglo, coprésidents du FCIM

PARLEZ-NOUS DU TRAVAIL ACCOMPLI PAR LES MEMBRES DU JURY DE L’ÉDITION 2022 DU FCIM. G. Buzaglo : Le Jury, comme chaque année, était composé de personnalités issues du monde des arts. Pour la 3e année consécutive, il a dû délibérer par Zoom. Cette année, le Jury a été présidé par Chantal Renaud, scénariste et actrice, veuve de Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec. Il a visionné tous les longs métrages et documentaires en compétition. Après de longues délibérations, il a décerné les Lys d’or récompensant les artisans du cinéma israélien s’étant distingués cette année. C. Buzaglo : Nous avons été heureux d’apprendre que désormais les maisons de production en Israël mettent de l’avant les prix décernés par le Jury du FCIM pour promouvoir leurs films. Au fil des années, le FCIM s’est taillé une place de choix dans le monde des festivals de cinéma.


CETTE ANNÉE, LE FCIM A ÉTABLI DEUX PARTENARIATS IMPORTANTS : AVEC LE FESTIVAL DE CINÉMA VUES D’AFRIQUE ET LE FESTIVAL INTERNATIONAL LITTÉRAIRE METROPOLIS BLEU. CES PARTENARIATS PERMETTENT-ILS D’ÉLARGIR LES HORIZONS DU FCIM ? G. Buzaglo : Nous avons débuté cette collaboration fin mars avec le Festival International de Cinéma Vues d’Afrique. Nous avons projeté, à la Cinémathèque de Montréal, un excellent documentaire israélien : « Yerusalem, l’incroyable histoire des Juifs éthiopiens ». Cette projection a été suivie d’une discussion à laquelle ont participé Paul Hirschon, consul général d’Israël à Montréal, et Yaffa Tegegne, une Juive d’origine éthiopienne, qui a pu témoigner du retour des Juifs éthiopiens sur leur terre ancestrale. C. Buzaglo : Fin avril, nous avons établi un partenariat avec le Festival international Littéraire Metropolis Bleu dans le cadre duquel nous avons présenté quatre excellents documentaires dédiés à trois grands écrivains israéliens, Amos Oz, A.B. Yehoshua et David Grossman, et au célèbre écrivain juif américain, Saul Bellow, prix Nobel de littérature. Après le visionnement de ces documentaires, Marie-Andrée Lamontagne, écrivaine et directrice du Festival Littéraire international Metropolis Bleu, nous a contactés pour nous faire part de son enthousiasme et nous annoncer que ces documentaires feraient partie de la programmation de l’édition 2022 du Festival Metropolis Bleu. G. Buzaglo : Ces partenariats nous ont permis de faire connaître le cinéma israélien en dehors de la communauté juive. Comme Chantal Renaud l’a si bien dit lors de ses interventions : « Le cinéma israélien fait prendre conscience aux Québécois qu’ils partagent souvent avec les Israéliens les mêmes défis. » L’ÉDITION 2023 DU FCIM SERA-T-ELLE OFFERTE AUSSI EN MODE HYBRIDE (PRÉSENTATION DES FILMS EN LIGNE ET EN SALLE)? C. Buzaglo : Chaque année, à la fin du FCIM, nous réalisons un sondage pour mesurer le degré de satisfaction du public. Les sondages des trois dernières années nous ont permis de conclure que les spectateurs préfèrent un festival en ligne car ça leur permet de voir les films chez eux, sans avoir à se déplacer, et de visionner un film au moment de la journée qui leur convient.

plus large échelle. Les résultats de notre dernier sondage sont éloquents : 4% des spectateurs préfèrent un festival en salle, 42% un festival en ligne et 54% un festival en mode hybride. L’an prochain, nous envisageons de proposer un festival en ligne, les séances d’ouverture et de clôture auront probablement lieu en salle. QUELS SONT LES PRINCIPAUX DÉFIS QUE LE FCIM DEVRA RELEVER AU COURS DES PROCHAINES ANNÉES ? G. Buzaglo : À ses débuts, le FCIM s’adressait uniquement aux Juifs francophones du fait que tous les films étaient sous-titrés en français. Dès notre implication au FCIM, voilà déjà 8 ans, nous avons encouragé la CSUQ à ouvrir le festival à la communauté juive anglophone en projetant des films sous-titrés en anglais. Le public anglophone a répondu très positivement, au point que nous comptions parmi les spectateurs deux fois plus d’anglophones que de francophones. C. Buzaglo : Nous nous sommes fixé un autre but de taille: atteindre le public non juif. Le festival en ligne, proposé ces trois dernières années, et les partenariats que nous avons réalisés cette année nous ont permis de rejoindre un plus grand nombre de spectateurs non juifs : 21% en 2022. Notre grand défi est de faire mieux à chaque nouvelle édition du FCIM. Cette année, nous avons tenté un retour en salle qui n’a pas porté fruit du fait que la pandémie est toujours présente et que les spectateurs ont, entre-temps, pris le goût de voir les films du FCIM dans le confort de leur foyer. G. Buzaglo : Un autre défi est de trouver chaque année de nouveaux commanditaires. Le FCIM ne pourrait avoir lieu sans le précieux appui de ces derniers. Cette année, nous avons pu compter sur le soutien d’un nouveau partenaire, Air Canada. Le FCIM est de plus en plus reconnu et apprécié. SEREZ-VOUS AUX COMMANDES DU FCIM L’ANNÉE PROCHAINE ? G. Buzaglo : L’essor qu’a connu le FCIM depuis sa création, il y a 17 ans, nous motive à demeurer les coprésidents de l’édition 2023. Il n’en demeure pas moins que nous désirons, dès que possible, passer le relais après nous être assurés que le FCIM continuera sur sa lancée et poursuivra son succès.

G. Buzaglo : Le FCIM en ligne nous permet aussi de rejoindre des spectateurs partout au Québec et de réaliser ainsi notre but : faire connaître Israël et son cinéma à une LVS SEPTEMBRE 2022

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Placé sous la présidence de Chantal et Gérard Buzaglo, la 17ème édition du Festival du Cinéma Israélien de Montréal a été, de nouveau cette année, un très grand succès. Après deux ans de pandémie, la Communauté Sépharade Unifiée du Québec a présenté le festival en version hybride et a permis aux cinéphiles, de la province du Québec, de profiter d’une très belle programmation composée de 24 longs-métrages, documentaires et courts-métrages. Le Festival du Cinéma Israélien de Montréal a connu, cette année, trois partenariats : Un partenariat avec le Festival International Vues d’Afrique présentant le documentaire Yerusalem, l’Incroyable Histoire des Juifs Éthiopiens. Un partenariat avec le Festival littéraire International Métropolis Bleu présentant une sélection littéraire de 4 documentaires sur les auteurs israéliens David Grossman, A.B. Yehoshua et Amos Oz et l’auteur juif américain Saul Bellow.

Enfin, un partenariat avec le Musée de l’Holocauste Montréal présentant l’excellent documentaire Muranow. Ces partenariats ont été enrichis par trois Q & R : Un Q & R avec Paul Hirschson, Consul général d’Israël à Montréal et Yaffa Tegegne, représentante de la communauté juive éthiopienne de Montréal suite à la projection du documentaire Yerusalem. Un Q & R avec Chen Shelach, réalisateur du documentaire Muranow (prix du meilleur documentaire) et Eva Kuper, survivante de l’Holocauste animé par Sarah Fogg du Musée de l’Holocauste Montréal. Un Q & R avec l’auteur israélien A. B. Yehoshua, entrevue particulièrement émouvante du fait de la maladie de cet auteur d’exception et animée par le journaliste Elias Levy. La programmation du festival a enchanté les membres du Jury, présidé par Chantal Renaud, chanteuse, actrice et scénariste. Ils ont tous été très impressionnés par le cinéma israélien.

Entrevue avec A.B. Yehoshua et Elias Levy

Entrevue avec Chen Shelach, Eva Kuper et Sarah Fogg

Hon. Jacques Saada, Président sortant de la CSUQ, Jonathan Burnham, Directeur des affaires culturelles du Consulat Général d’Israël à Montréal, Paul Hirschson, Consul général d’Israël à Montréal, Suzanne Migicovsky, Yaffa Tegegne, Chantal et Gérard Buzaglo, co-Présidents du FCIM 2022, Sabine Malka, Directrice des activités culturelles de la CSUQ

Elie Castiel, Délégué Général du FCIM 2022, Chantal Renaud, Présidente du Jury du FCIM 2022, Chantal Buzaglo, co-Présidente du FCIM 2022, Honey Dresher, ex-Déléguée Générale et ex-Membre du Jury du FCIM, Gérard Buzaglo, co-Président du FCIM 2022, Sabine Malka, Directrice des activités culturelles de la CSUQ

LES GAGNANTS DES LYS D’OR 2022 MEILLEUR ACTEUR

MEILLEUR SCÉNARIO

MEILLEUR LONG MÉTRAGE

OLEG LEVIN

AVI NESHER

BERENSHTEIN

dans THE DINNER

IMAGE OF VICTORY

de ROMAN SHUMUNOV

MEILLEUR ACTRICE

MEILLEUR RÉALISATEUR

MEILLEUR DOCUMENTAIRE

YULIA TAGIL

ROMAN SHUMUNOV

MURANOW

dans THE DINNER

BERENSHTEIN

de CHEN SHELACH

PRIX DU PUBLIC 2022 MEILLEUR LONG MÉTRAGE

MEILLEUR DOCUMENTAIRE

MORE THAN I DESERVE

QUEEN SHOSHANA

de PINI TAVGER

de KOBI FARAG, MORRIS BEN-MAYOR


MERCI AUX MEMBRES DU JURY, AUX MEMBRES DU COMITÉ ORGANISATEUR ET À TOUS LES PROFESSIONNELS DE LA CSUQ MEMBRES DU JURY

Chantal Renaud

Richard Burnett

Julien Knafo

Danièle Lorain

Pierre Pageau

Beverly Shaffer

Présidente du Jury

MEMBRES DU COMITÉ ORGANISATEUR

Chantal et Gérard Buzaglo

Élie Castiel

Co-Présidents du FCIM 2022

Délégué Général du FCIM 2022

Yaffa Bensoussan

Sophie Jama

Charles Barchechath

Martine Bellaïche

Georgette Bensimon

Benjamin Bensoussan

Jonathan Burnham

Claire Kramer

Dorith Misrahi

Beverly Shaffer

MERCI À NOS COMMANDITAIRES

SHARON AZRIELI

FONDATION BETTY & JOSEPH NEZRI

THE JONATHAN & SUSAN WENER FAMILY FOUNDATION

LILLIAN & MORRIS GOODMAN

CHERYL BROWNSTEIN & DR. RICK SCHREIBER & FAMILY

ANTHONY HOUSEFATHER DÉPUTÉ DE MONT-ROYAL


Toutes les tendances d’une culture dans un festival. En novembre 2022, le Festival Sefarad de Montréal vous réserve de grandes surprises et des invités exceptionnels ...

LAURA COHEN Coprésidente du FSM2022

Diplômée en sciences actuarielles de l’Université Concordia, Laura Cohen détient le titre d’analyste financière agréée (CFA). Elle possède plus de 10 ans d’expérience dans le secteur financier. Elle assume actuellement les fonctions de spécialiste produit chez StonePine, où elle est en charge de la communication des informations concernant les stratégies de la firme à ses clients et aux conseillers.

ARI SOREK Coprésident du FSM2022

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@festival_sefarad_montreal

Né à Montréal, diplômé de la faculté de droit de l’Université McGill, en droit civil et en Common law, Ari Sorek, spécialisé en Litiges et règlement des différends et en Faillite et insolvabilité, est associé du cabinet d’avocats international Dentons Canada sencrl. En plus de sa passion personnelle pour l’histoire des juifs au Québec et pour les traditions, surtout culinaires et musicales sépharades, Ari s’implique avec fierté au FSM, en plus d’être engagé auprès de sa communauté professionnelle en tant qu’enseignant, mentor et membre de plusieurs initiatives de l’École du Barreau et de son cabinet d’avocats.


NISSIM BLACK RÉservez la date!! DIMANCHE 6 NOVEMBRE, 2022

Pour de plus amples renseignements et pour l’achat des billets, visitez notre site festivalsefarad.ca.


IDENTITÉ ET CULTURE

LE GRAND RETOUR DE LA CHORALE KINOR La Chorale Kinor (kinor.csuq.org) de la CSUQ est de retour. Entrevue avec la directrice de cet ensemble musical, Mme Jennifer YM Lee. PRÉSENTEZ-VOUS À NOS LECTEURS ET LECTRICES. J’ai été plongée dans le monde de la musique depuis l’âge de 6 ans. J’ai toujours été attirée par la force de la création musicale avec d’autres musiciens que l’on retrouve lorsqu’on fait partie d’un ensemble musical. Après avoir terminé ma maîtrise en interprétation au piano au Conservatoire de musique de Montréal, mon premier élan a été d’aller partager ma passion musicale en m’engageant dans une mission internationale auprès de jeunes âgés de 10 à 25 ans. J’y ai approfondi la direction chorale et j’ai découvert une passion pour l’enseignement ludique de la musique. À la suite de cette expérience, je me suis réinscrite à l’université afin d’obtenir un baccalauréat en éducation de la musique. À l’Université McGill, je me suis familiarisée avec plusieurs approches d’enseignement musical, dont celle de Zoltan Kodály. Cette approche m’a tellement marquée que j'ai décidé de poursuivre des études de 3e cycle. Après avoir obtenu une deuxième maîtrise, cette fois en direction chorale, à l'Université de Sherbrooke, je me suis inscrite au programme de doctorat en étude et pratique des arts avec Hélène Boucher à l’UQAM. Je dirige et accompagne plusieurs chorales tout en poursuivant ma passion pour l’enseignement de la musique, autant en direction chorale qu’en chant, au piano et même à la harpe. Je suis actuellement formatrice pour l’Alliance chorale Québec et formatrice de l’approche Kodály au Québec. 86

LA CSUQ

PRÉSENTEZ-NOUS LA CHORALE KINOR 2022. Présentement, nous sommes quelque 30 choristes. Les répétitions ont lieu les mercredis de 19h à 21h30. Nous interprétons des chants en ladino, en hébreu, en anglais et en français. La chorale se démarque particulièrement par la richesse de son répertoire de chansons en ladino. D’ailleurs, nous avons reçu plusieurs demandes de concerts, de participation à des festivals internationaux et des invitations de plusieurs ambassades.

ÊTES-VOUS À LA RECHERCHE DE NOUVEAUX CHORISTES? Nous sommes toujours ouverts à accueillir de nouveaux choristes adultes. Un minimum de connaissances musicales ou une expérience pertinente en chant est un atout. Les personnes intéressées pourront obtenir plus d’informations auprès de Sabine Malka au 514 733-4998 ou en envoyant un courriel à : reception@csuq.org AVEZ-VOUS DES PROJETS DE SPECTACLE PROCHAINEMENT? La Chorale Kinor envisage de participer cette année au Festival Sefarad de Montréal, au Festival international Entreritmos de Larache, au Maroc, au Festival des Andalousies Atlantiques d’Essaouira, au Maroc, et à la Zymria en Israël. D’autres projets seront annoncés sous peu. DÉCRIVEZ-NOUS LE PROGRAMME « ÉVEIL MUSICAL » QUE VOUS ALLEZ OFFRIR À PARTIR DU MOIS DE SEPTEMBRE. Dans le cadre de mon projet de thèse de doctorat, j’offrirai un programme d’éveil musical pour des adultes ne sachant pas lire la musique. Par le truchement de diverses activités musicales et de l’apprentissage de chants, les adultes développeront leur capacité de lire la notation musicale. Les activités musicales auront lieu tous les mardis de 19h15 à 21h15, du 6 septembre 2022 au 30 mai 2023. À deux occasions, il sera demandé aux participants de prendre part à un court test afin de noter leurs connaissances musicales. Une première fois avant le début du programme de chant choral et une seconde fois après le déroulement du programme. De plus, les activités musicales seront filmées afin de documenter l’approche musicale utilisée. Les personnes intéressées pourront obtenir plus d’informations auprès de Sabine Malka au 514 733-4998 ou en envoyant un courriel à : reception@csuq.org


Chèr(e)s ami(e)s, Hessed vient en aide à la communauté tout au long de l’année. Les besoins sont grandissants et les demandes d’aide de personnes ou familles en détresse, ne cessent de croitre. Grâce à la générosité et au soutien indéfectible de nos donateurs, Hessed multiplie ces initiatives.

Marc Kakon

Président Hessed

Michel Bitton

Président du financement

Nous vous remercions et nous souhaitons a tous de bonnes fêtes dans la joie et la santé. Shana Tova U’Metuka !


Après une longue absence due à la pandémie, la mission projet Bar-Mitzvot en Israël a été relancée le 10 mars dernier. Une délégation composée d’une dizaine de personne a célébré au Kotel de Jérusalem vingt-cinq Bar-Mitzvot. Tous ces enfants venant de milieux défavorisés se souviendront de ces moments inoubliables. Grâce à un comité en perpétuelle innovation et constamment actif, présidé par David Peretz, une autre mission est prévue au début de 2023 car aujourd’hui, plus que jamais, les enfants ont besoin du soutien de notre communauté. Merci à tous nos généreux donateurs pour cette grande MITZVA. En parallèle avec le projet Bar-Mitzvot en Israël, la mission en partenariat avec les Anges d’Esther continue d’aider des enfants à Montréal en leur fournissant les taliths, les téfilines, les livres de prières et les cours de préparation pour célébrer leur Bar-Mitzva. Les familles sont très reconnaissantes de ces cadeaux spirituels que leurs enfants chériront toute leur vie.

Si vous souhaitez soutenir le projet Bar-Mitzvot, contacter Sabine Malka par courriel au smalka@csuq.org ou au 514-734-1687

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La jeunesse, c’est l’avenir de notre communauté. La CSUQ s’investit pleinement en faveur de la jeunesse, des adolescents, des étudiants et des jeunes adultes, en leur proposant une panoplie de programmes innovateurs et stimulants. Ceux-ci ont pour vocation de regrouper les jeunes de 5 à 30 ans. La philosophie des Services jeunesse de la CSUQ repose sur la transmission des principales valeurs juives : le respect du Shabbat et de la cacheroute, la valorisation de l’identité sépharade… De nombreux programmes sont offerts aux diverses tranches d’âge durant l’année : les Camps Benyamin, Kif Kef, Kadima, Kerach ; la Semaine de relâche, Hol Hamoed Pessah ; Vélo; un voyage estival en Israël, Yahad; les programmes d’implication communautaire Koulam et PAC (Projet d’actions communautaires); des Shabbatons; les programmes de ski Chéleg – École et Club; le Foyer jeunesse J-Lounge; la Base d’entraînement d’animateurs … Après deux années successives d’interruption en raison de la pandémie de COVID-19, les programmes jeunesse de la CSUQ étaient de retour en force cet été.

LES PROGRAMMES JEUNESSE DE LA CSUQ ÉTAIENT DE RETOUR EN FORCE CET ÉTÉ


Steve Sebag

LE CAMP DE JOUR BENYAMIN Quelque 120 enfants, âgés de 5 à 11 ans, ont participé, pendant sept semaines, au Camp de jour Benyamin. Une foule d’activités sportives et récréatives ont été soigneusement organisées, du lundi au vendredi. Par ailleurs, des sorties à l’extérieur, une fois par semaine, étaient aussi au programme : glissades d’eau, visite du Zoo de Granby, visite du Centre des Sciences, sis dans le Vieux-Port de Montréal…

Michael et Muriel Benitah

« L’ambiance chaleureuse et familiale du Camp Benyamin n’a pas d’égal. Les liens sociaux tissés par mes filles en un été perdureront toute leur vie. »

« Aryeh et Eytan étaient heureux et excités d’aller au Camp Benyamin tous les matins. La richesse du programme quotidien et les sorties hebdomadaires les ont comblés. Leur été fut mémorable. En tant que parents, nous sommes réellement impressionnés par toute l’équipe qui a accueilli nos petits, jour après jour, de manière chaleureuse, affectueuse et professionnelle. Merci à toute l’équipe du Camp Benyamin. »

« Aryeh et Eytan étaient heureux et excités d’aller au Camp Benyamin tous les matins. La richesse du programme quotidien et les sorties hebdomadaires les ont comblés. Leur été fut mémorable. En tant que parents, nous sommes réellement impressionnés par toute l’équipe qui a accueilli nos petits, jour après jour, de manière chaleureuse, affectueuse et professionnelle. Merci à toute l’équipe du Camp Benyamin. » Michael et Muriel Benitah

LE CAMP KADIMA Cinquante jeunes, garçons et filles, âgés de 12 à 14 ans, étudiants en 6ème année du primaire et en 1ère année du secondaire dans des écoles juives et non juives, ont participé, pendant deux semaines, au Camp Kadima. Une expérience estivale des plus enrichissantes qui leur a permis de visiter, durant la première semaine, Québec et sa région et, durant la deuxième semaine, Toronto et sa région.

« Lorsque ma fille a finalement décidé de participer au Camp Kadima à Toronto, elle ne savait pas à quoi s’attendre et, comme beaucoup d’enfants, elle était nerveuse. Ce furent, comme elle nous l’a dit, les quatre plus belles journées de sa vie. Elle s’est sentie en sécurité tout le long de son séjour grâce à des moniteurs incroyables, responsables et super sympas avec les enfants... Merci du fond du cœur à toute l’équipe de la CSUQ d’avoir permis à Maya de vivre cette belle et unique expérience.» Nathalie Coriat


Soixante-douze jeunes, garçons et filles, âgés de 15 à 16 ans, étudiants en Secondaire 3 et 4 dans des écoles juives et non juives de Montréal, ont visité Israël, pendant trois semaines, dans le cadre du programme Yahad. Un record en termes de participation. Une expérience mémorable qui leur a permis de visiter les principaux lieux historiques et spirituels, villes et régions d’Israël tout en découvrant les multiples facettes de ce pays fascinant. Sept Madrihim expérimentés, très impliqués bénévolement dans les programmes jeunesse de la CSUQ, ont accompagné le groupe : Victoria Amar, Ilanit Bendayan, Leah Dayan, Gabriel Elbaz, Gil Elbaz, Adam Elmaleh et Yohann Levy.

csuq.org/jeunesse

« Merci de tout cœur à la CSUQ et à ses professionnels pour l’organisation exceptionnelle du voyage Yahad. Quel « Come Back » ! Notre communauté doit continuer à bénéficier de ce genre d’expériences inoubliables. J’espère que nos jeunes resteront engagés à la CSUQ. Merci mille fois ! » Florence Altit Benzazon

Emma S.

« Le camp Kadima offre une expérience inoubliable. Des activités uniques et une ambiance chaleureuse et divertissante. »

PARTICIPATION RECORD AU PROGRAMME YAHAD

«Bonjour, mon nom est Gaëlle Zrihen. Cette année, j’ai eu l’opportunité de visiter Toronto, Ottawa et les chutes du Niagara avec le Camp Kadima. C’était une expérience inoubliable. Nous avons fait de superbes activités : le « zip-line », les glissades d’eau, des manèges, « Go-Karting », « Laser Tag »… J’ai eu des moniteurs extraordinaires. Je me suis fait des amis pour la vie. Nous avons ri, chanté, et la chose la plus importante, nous nous sommes beaucoup amusés. Merci Kadima ! » Gaëlle Zrihen

« Nous tenons à remercier infiniment les professionnels de la CSUQ ainsi que tous les moniteurs du Camp Benyamin qui ont animé et pris soin du bien-être de nos enfants. Liam s’est fait plein d’amis francophones, ce qu’il n’a pas l’occasion de faire en Floride. On espère pouvoir revenir l’année prochaine. Merci encore mille fois. Affectueusement. » Vanessa et Gad Benchetrit


« Notre fille Emma a eu le privilège de participer aux deux semaines du Camp Kadima. Elle a passé un séjour incroyable, amusant et rempli de souvenirs. Elle a ressenti un sens d’appartenance avec les participants. Les animateurs leur ont fait passer de belles journées, pleines de nouvelles expériences, et des soirées inoubliables. Elle va garder de très beaux souvenirs et continuera à participer aux futurs camps que la CSUQ organise. Merci pour ce beau travail. »

PROGRAMMATION JEUNESSE 2022 - 2023

« Lors de ce fabuleux voyage en Israël, la CSUQ a permis une fois de plus à nos enfants de partager une expérience des plus mémorables tant sur le plan personnel que social et éducatif. Tout au long du séjour, nos enfants ont pu forger des amitiés et découvrir notre beau pays tout en étant supervisés par une équipe de Madrihim solide, fiable et sécuritaire. Nous sommes très chanceux d’avoir d’aussi belles opportunités au sein de notre communauté sépharade. Un grand merci du fond du cœur à tous les organisateurs. Juillet 2022 restera dans les annales ! » Emmanuelle Azoulay Cohen

Stéphanie et Laurent Azran

Vendredi 9 au Dimanche 11 septembre SYMPOSIUM JEUNESSE ANIMATEURS & ALUMNI Une rencontre entre les animateurs actifs et les anciens des Services jeunesse. Dans un cadre pour les jeunes, la mission du Symposium Jeunesse est d’offrir à ces derniers un espace de réflexion, d’engagement et d’action et une tribune de parole pour leur permettre de prendre part pleinement aux enjeux de société et de passer à l’action en ce sens.

Dimanches 23 & 30 octobre : Ateliers théoriques 6 au 27 novembre : Ateliers pratiques BASE D’ENTRAÎNEMENT D’ANIMATEURS Le projet s'adresse en priorité aux étudiants. Le 25 juin 2023 tu devras avoir 16 ans et plus. Notre programme comporte 4 axes : • Animation • Leadership

• Identité juive • Solidarité

Mercredis 19 octobre au 14 décembre

J-LOUNGE Un lieu de rencontre accueillant et chaleureux où les jeunes fréquentant aussi bien des écoles juives que des écoles publiques peuvent se retrouver et s’identifier avec leurs pairs. Le J-Lounge serait un pôle d’attraction ludique pour les jeunes après l’école où il y aurait une section de loisir, une section d’études et une section de détente avec des rafraîchissements.

Programme : • Pratique en milieu de loisir pendant la semaine de relâche en février 2023. • Accréditation en premiers soins RCR-DEA-C. • Formation en développement professionnel (communication, travail d’équipe, etc.). • Un suivi personnalisé pendant la formation, le stage et l’emploi d’été.

« Ce fut un voyage incroyable et inoubliable. Vous avez dépassé nos attentes à tous points de vue. Nous en sommes très reconnaissants. Bravo à toute l’équipe de Yahad ! » Nathalie Bensmihan

CHABBATONS ADOS 4 au 6 novembre : Secondaires 1 & 2

2 au 4 décembre : Secondaires 5

18 au 20 novembre : Secondaires 3 & 4

« Un très grand merci à tout le personnel de la CSUQ pour avoir organisé un voyage aussi mémorable et aussi riche au niveau identitaire. Nous n’avions jamais vu notre fils aussi heureux. Il nous a dit qu’il a vécu les plus beaux moments de sa vie. Nous sommes très reconnaissants envers la CSUQ pour l’excellente organisation d’un voyage aussi extraordinaire pour nos enfants.» Uri et Sandra Peretz


CLUB DIMANCHE Juniors : 6 à 8 ans

CHILL & SPORTS

Cadets : 9 à 11 ans Activités emballantes pour les jeunes.

Chillez au J-Lounge et défoulez-vous au basket et au soccer.

Dimanche 25 décembre au Dimanche 1 janvier

Lundi 2 au Vendredi 6 janvier

CAMP KIF KEF

CAMP KERACH

Camp de séjour d’hiver

Camp de jour d’hiver

Dimanches 15 janvier au 19 février

CHÉLEG CLUB DE SKI

Dimanche 18 décembre

HANOUKA EN FÊTE Célébration de Hanouka Jeux, gonflables, ateliers, prix

Dimanches 8 janvier au 9 février

CHÉLEG ÉCOLE DE SKI

Dimanches 15 janvier au 19 février

Lundi 20 au Jeudi 23 février

SEMAINE DE RELÂCHE

CHÉLEG CAMP DE SKI

Camp de jour pendant la semaine de relâche scolaire

Stoneham

csuq.org/jeunesse « Vous êtes extraordinaires ! Bravo, bravo et bravo! On n’oubliera pas les efforts réalisés au sein de l’équipe de la CSUQ pour permettre à tous nos enfants de participer à ce beau voyage en Israël. Très fière de la CSUQ qui a su relever ce défi. Anaëlle était enchantée, s’est sentie en sécurité et a profité tout au long de son voyage. Kol Hakavod à tous. Je vous remercie du fond du cœur. » Kelly Amram

Sabrina et Danny Dadoun

Samedis soirs (après chabbat) 12 novembre au 10 décembre

Sylvia Bouganim

Dimanches 6 au 27 novembre

« La CSUQ a donné l’opportunité à notre fils David de participer au voyage le plus exceptionnel et inoubliable dans une vie. Ça nous a réchauffé le cœur de voir les photos des garçons priant ensemble sur le sommet de Massada et de tout le groupe connecté spirituellement à nos lieux saints. Merci pour ces très beaux souvenirs et cet esprit d’amitié dont nos enfants se souviendront toujours et qu’ils chériront dans leur cœur toute leur vie. »

Laurence et Ariel Sabbah

« C’était un voyage qui a permis de concilier l’amour de notre pays et tout ce qu’on veut enseigner à nos enfants. Un retour en arrière vers notre Histoire. Des images uniques qui resteront gravées dans la tête de nos enfants. Merci. »

« Nous tenos à vous adresser ce message de gratitude. Aux professionnels et aux membres du conseil d’administration de la CSUQ, nous vous remercions pour cette expérience inoubliable que notre fille vient de vivre. Shirel a tissé des amitiés qui perdureront pour la vie. On comprend que le défi était de taille cette année. Vous avez réussi avec brio ! »


LECTURE

ENTREVUE AVEC LE ROMANCIER MARC LEVY ELIAS LEVY

« Aucun peuple ne devrait être le détenteur du mot « génocide » » Héritier de la Shoah, une partie de sa famille a péri dans les camps de la mort nazis, l’écrivain Marc Levy n’a pas été offusqué par la déclaration tonitruante du président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, accusant Vladimir Poutine de « perpétrer un génocide en Ukraine ». « Je suis gêné par le monopole du mot « génocide », dont aucun peuple ne devrait être le détenteur. Très franchement, si vous avez l’intelligence du cœur, l’usage du mot « génocide » doit avant tout faire comprendre le drame humain qui se joue actuellement derrière la barbarie russe. En tant que descendant de la Shoah, je vous donne les droits de ce mot, je vous le prête ! Je n’ai pas hésité à dire à mes amis israéliens qui s’indignent de l’usage du mot « génocide » par Zelensky : « Vous devriez être d’abord outrés par les centaines de cadavres de gamins ukrainiens innocents, ensuite nous nous assiérons autour d’une tasse de thé pour discuter de sémantique! » En réagissant de la sorte, ils desservent très mal la cause du judaïsme. Tout comme je suis agacé par le débat qui nous oppose à la Turquie depuis 50 ans sur l’usage du mot « génocide » dans le cas du peuple arménien. Appelez cette hécatombe un « massacre » si vous voulez ! Ce n’est pas ce débat sémantique futile qui ressuscitera pour autant les morts et apaisera le chagrin du peuple arménien », nous a dit Marc Levy au cours de l’entrevue qu’il a accordée à La Voix sépharade lors de son récent passage à Montréal.

où je suis allé souvent. Je suis conscient que si j’y remettais les pieds, je serai certainement arrêté. Poutine est un barbare qui a participé sans la moindre gêne au massacre des populations civiles syriennes. Il claironne aujourd’hui qu’il va libérer l’Ukraine des nazis. Quelle grande foutaise! C’est comme si Hitler nous disait qu’il allait sauver les Juifs! À un moment donné, il n’y a plus de limite à l’indécence chez un barbare. »

L’obsession de Poutine de « dénazifier » l’Ukraine ne relève-t-elle pas d’un délire pathologique? Marc Levy. (Photo : David Ken-Éditions Robert Laffont-Versilio)

« Poutine fait aujourd’hui ce que Goebbels, le maître d’œuvre de la propagande du IIIe Reich nazi, a fait jadis. Les dictatures fonctionnent toujours sur le même principe : inventer un ennemi invisible pour fédérer la haine d’une population contre lui. Je compte un large lectorat en Russie, 94

LECTURE

Véritable phénomène de l’édition — 50 millions de livres vendus, traduits en 50 langues —, Marc Levy est l’auteur français le plus lu dans le monde.


Le voici de retour en force avec le troisième volet, Noa (Éditions Robert Laffont-Versilio, 2022), des aventures des héros hackeurs de sa passionnante saga intitulée 9 — les 2 premiers tomes se sont écoulés à 1 million d’exemplaires —. Cette fois-ci, ces cracks du piratage informatique défient, avec une hardiesse inouïe, un dictateur impitoyable gouvernant d’une main de fer la Biélorussie. Ce roman est aussi une ode poignante à la liberté des peuples à un moment charnière de l’Histoire où la démocratie n’a jamais été aussi fragile. Subjuguant et d’une brûlante actualité. Très engagé dans l’action humanitaire pendant plusieurs années, Marc Levy est aujourd’hui Ambassadeur de la Croix-Rouge. L’actualité la plus brutale a rattrapé les membres intrépides du « Groupe 9 ».

« J’ai terminé d’écrire Noa une semaine avant que la guerre en Ukraine n’éclate. Je sentais poindre ce conflit, tout comme je sens venir une révolution en Biélorussie. La chute prochaine du

le scandale Cambridge-Analytica, qui a révélé que les données personnelles de millions d’utilisateurs de Facebook ont été collectées et utilisées à des fins politiques; les alliances scellées entre les oligarchies d’extrême droite anglaise, américaine et russe; les motivations de Poutine quand il s’allie à Bashar al-Assad pour massacrer la population civile syrienne afin de provoquer un flux migratoire pour déstabiliser les pays membres de l’Union européenne; l’ingérence de la Russie dans les élections américaines… « Cette déconstruction des démocraties a comme objectif de recréer un nouvel ordre mondial. Si ces despotes parviennent à leur fin, les 60 années de démocratie qui ont succédé à la Deuxième Guerre mondiale ne seront plus alors qu’une parenthèse dans l’Histoire. Après avoir interdit des livres qui les dérangent, ces ennemis de la liberté s’échinent à réécrire le passé. C’est ce que font aujourd’hui des élus politiques républicains américains. » Marc Levy craint-il le pire pour le peuple ukrainien?

dictateur Alexandre Loukachenko est un scénario de plus en plus plausible, prédit-il. Quand Volodymyr Zelensky martèle : « On ne vous demande pas de mourir pour nous, mais nous, Ukrainiens, mourrons pour vous », il dit la vérité. Si l’Ukraine triomphe sur la Russie de Poutine, les autocrates vont passer de très mauvais mo-

« Mon père est entré dans la résistance en 1941. Il fallait une sacrée dose d’optimisme pour se dire qu’on allait vaincre Hitler et les forces nazies qui occupaient alors toute l’Europe. Celles-ci étaient bien plus puissantes que ne le sont aujourd’hui les armées de Poutine en Ukraine. Oui, j’ai envie d’être optimiste, en dépit du fait que les dernières nouvelles en provenance du Donbass sont inquiétantes. »

ments. Par contre, si Poutine réussit à anéantir l’Ukraine, le reste de l’Europe en souffrira énormément et le maître du Kremlin poursuivra impunément ses desseins impérialistes. »

Marc Levy s’est appuyé sur les travaux de grands reporters d’investigation qui lui ont inspiré les personnages du « Groupe 9 ». Un travail d’enquête très fouillé, né en 2016 de suspicions, dont les révélations ont été fracassantes :

Lire la version intégrale de cette entrevue avec Marc Levy sur le site Web de LVS :

lvsmagazine.com

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« LA DÉCISION »

UN REMARQUABLE ROMAN DE KARINE TUIL ELIAS LEV Y

« Je suis très attachée à mon héritage juif sépharade »

Dans son dernier roman, La décision (Éditions Gallimard, 2022), Karine Tuil met en scène une juge antiterroriste ambitieuse et respectée, Alma Revel, qui doit se prononcer sur le sort d’un jeune musulman suspecté d’avoir rejoint l’État islamique en Syrie. Doit-elle le laisser en liberté conditionnelle ou le maintenir en prison ? Au même moment, elle est confrontée à un autre dilemme, intime celui-ci : empêtrée dans une relation extraconjugale addictive avec un avocat, doit-elle quitter son époux ? Ironie du destin, cet avocat défend le mis en examen…

Passionnant et bouleversant, porté par une intrigue dense, La décision nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Un autre grand tour de force littéraire de cette brillante romancière.

Karine Tuil. (Photo : F.Mantovani-Éditions Gallimard)

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LECTURE

Née à Paris dans une famille juive tunisienne, Karine Tuil est l’une des voix les plus singulières de la littérature française actuelle. Autrice de douze livres, elle s’est mérité, en 2019, deux prestigieux prix littéraires, l’Interallié et le Goncourt des lycéens, pour son précédent roman, Les Choses humaines, qui s’est écoulé à 300 000 exemplaires. Adapté au cinéma par Yvan Attal avec, dans les rôles principaux, Charlotte Gainsbourg, Mathieu Kassovitz et Ben Attal.


Karine Tuil a accordé une entrevue à La Voix sépharade. Dans vos deux derniers romans, Les choses humaines et La décision, vous explorez des problèmes sociétaux d’une brûlante actualité – le viol et le terrorisme islamique – en disséquant le fonctionnement de la justice. Les affaires judiciaires vous passionnent. Oui. J’ai toujours voulu être écrivain, mais j’ai une formation de juriste. Ces deux livres ont un point commun : essayer de décrypter la société d’aujourd’hui à travers le fonctionnement ou les dysfonctionnements de la justice. Dans Les choses humaines, pour comprendre la question du consentement sexuel et du viol, j’ai assisté à des procès d’assises, à Paris, pendant deux ans. Dans La décision, je voulais comprendre la façon dont travaille la justice antiterroriste à travers le quotidien de juges d’instruction œuvrant dans ce domaine sensible et très exposé. Ces deux livres ont la même finalité : placer le lecteur dans une position d’observateur et aussi d’acteur du récit. Dans La décision, le lecteur est à la fois dans la tête de la juge d’instruction Alma Revel et dans son bureau quand elle mène les interrogatoires de djihadistes. Pour moi, la littérature est un espace de questionnement.

Votre livre est très bien documenté. Jusqu’à quel point le récit que vous relatez est basé sur des faits réels ? Pour écrire mes livres, je mène toujours un travail d’investigation et d’immersion pour tenter de comprendre le fonctionnement du milieu que je décris. Pour La décision, j’ai rencontré différents acteurs du monde judiciaire : des juges d’instruction antiterroriste qui ont accepté de me parler de leur quotidien — dans la limite bien sûr de leur déontologie —, un agent du renseignement, des avocats de djihadistes et des présidents de cours d’assises qui ont présidé ces dernières les grands procès des attentats terroristes en France.

Vous narrez les conflits professionnels et intimes d’une juge d’instruction antiterroriste qui vit une pression constante, vingt-quatre heures sur vingtquatre, confrontée quotidiennement à des doutes. Dans son cas, prendre une décision, c’est une dure épreuve existentielle.

la cinquantaine confrontée à des prises de décisions majeures dans sa vie professionnelle et intime. Son couple se délite, elle envisage de se séparer de son mari, Ezra Halevi, un Juif qui a renoué avec la tradition religieuse orthodoxe de sa famille qu’il avait délaissée pour l’épouser. Pendant l’écriture de ce livre, j’avais en tête une phrase de Claude Lanzmann extraite de ses mémoires, Le lièvre de Patagonie : « Tout choix est un meurtre ». On est tous amenés à faire des choix cruciaux au cours de nos vies. Dans le cas de la juge Revel, ses choix ont une portée particulière : quand elle demande le placement sous contrôle judiciaire d’un jeune de retour de Syrie, donc sa libération conditionnelle ou son maintien en détention, cette décision capitale peut avoir un impact très grand sur la sécurité de la nation, mais aussi sur le devenir de cette personne.

À travers le personnage d’Ezra Halevi, un écrivain, lauréat du prix Goncourt, en plein déclin aux prises avec une crise identitaire profonde, vous abordez la question très sensible du retour du religieux. Pourquoi ce sujet, que vous aviez déjà exploré dans Les choses humaines, vous intéresse-t-il particulièrement ? Le rapport à la foi et à la spiritualité et le besoin de donner du sens à une vie dans des sociétés ultra-capitalistes et ultra-libérales, très compétitives, sont des sujets qui m’intéressent. J’ai toujours été fascinée par le parcours de Benny Levy, qui fut le secrétaire particulier de Jean-Paul Sartre. Il est passé de l’extrême gauche à l’orthodoxie juive, de Platon à l’étude du Talmud à Jérusalem. Par l’entremise du personnage d’Ezra Halevi, j’aborde la question du retour à la foi. Ce dernier espère renouer avec sa famille, son histoire et un patrimoine culturel et religieux dont il s’est privé. Son mariage mixte avec Alma l’a amené à renoncer à ce patrimoine. Après l’avoir aimée, il reproche à sa femme de ne pas avoir élevé ses enfants dans le judaïsme. La crise identitaire très forte qu’il traverse est un élément romanesque et conflictuel intéressant, à la fois parce qu’elle montre cet homme chancelant, en rupture, et parce qu’elle est symptomatique d’un phénomène de plus en plus marquant dans nos sociétés contemporaines consuméristes qui est la quête de spiritualité et, parfois, le repli.

Prendre des décisions, c’est le cœur du métier de juge. On imagine l’intensité, la dureté et la difficulté de la prise de décision. Alma Revel est une femme à l’approche de LVS SEPTEMBRE 2022

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La crise identitaire qui ébranle Ezra Halevi n’estelle pas aussi un signe tangible du retour en force du communautarisme dans une France qui se targue d’être farouchement républicaine ? J’aime aborder la question de la mixité frontalement, c’est-à-dire en montrant les difficultés qu’elle peut soulever au sein d’une union entre deux êtres issus de confessions différentes. Particulièrement, à la naissance des enfants. Ezra Halevi a un désir de renouer avec son histoire personnelle, qui peut être perçu comme un repli identitaire. Mais, plus que le communautarisme, ce qui m’intéressait, c’était de montrer des points de fractures nées de la mixité, décrire un couple qui s’est vraiment aimé et qui désormais fait face aux dures réalités de la différence. Quand, par exemple, les enfants n’ont pas suivi la voie dont vous rêviez pour eux, quand il y a eu un renoncement à la foi de vos pères et que tout d’un coup, à l’âge mûr, vous vous sentez perdu et nostalgique. Ezra a le sentiment d’avoir renoncé à une partie de lui-même. Sa femme, Alma, se sent assez loin de ses préoccupations. Son retour à la foi est une source d’incompréhension totale pour elle.

Alma Revel essaye de comprendre le processus qui a mené Abdeljalil Kacem à cette haine. Ce dernier a grandi dans un cadre familial ravagé par la violence. Est-ce vraiment l’explication principale de sa radicalisation, tous les damnés de la terre ne deviennent pas des terroristes invétérés? Rien ne peut vraiment expliquer la violence meurtrière des djihadistes. Mais en tant que romancière, ce qui m’intéresse, c’est d’explorer la psychologie et l’histoire de mes personnages, de raconter comment, à l’origine de la barbarie, il y a aussi des parcours marqués par le saccage et la violence. Abdeljalil Kacem croit trouver dans la rencontre avec des idéologues islamistes une forme de fraternité et dans la foi une forme d’apaisement. Ces jeunes désarçonnés, en rupture de liens ou qui avaient des carences affectives très fortes, se sont construits sur la violence. Ils sont devenus des proies faciles pour les idéologues islamistes. Mais on ne doit pas généraliser car les profils sont divers.

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LECTURE

Ce livre est une puissante réflexion sur la notion du mal. La question du mal et du passage à l’acte m’intéresse beaucoup. À l’origine, il y a une interrogation très intime puisque moi-même j’ai été confrontée à l’adolescence à la découverte de ma propre histoire: le génocide du peuple juif. Cette révélation a fait naître en moi une incompréhension totale : pourquoi ce peuple a-t-il subi une telle violence ? Au nom de quoi ? Cette incompréhension ontologique a fini par devenir un questionnement lancinant qui traverse toute mon œuvre. Alma Revel cite une phrase de Marie Curie : « Dans la vie rien n’est à craindre, tout est à comprendre ». Mais, elle s’empresse d’ajouter : « Parfois on ne comprend rien ». Elle sait qu’elle ne comprendra jamais rien car il n’y a aucune explication possible à cette violence effroyable.

Êtes-vous attachée à votre héritage culturel sépharade ? Je suis née dans une famille sépharade traditionaliste. J’ai été élevée dans l’amour de la France. Nous étions Français avant tout ; la question de la judéité et de la pratique religieuse relevait de la sphère intime, qui est longtemps restée cachée. J’ai renoué avec ma judéité en lisant des textes sur la Shoah. À l’adolescence, j’ai ressenti le besoin de me rattacher au judaïsme, de comprendre, de mieux connaître le patrimoine culturel. Plus tard, j’ai découvert certains philosophes comme Emmanuel Levinas et des grands penseurs du judaïsme, tels que Martin Buber, Gershom Scholem… Je suis très attachée à mon héritage juif sépharade.


ELLES ET ILS ONT PUBLIÉ SONIA SARAH LIPSYC

Eliette Abécassis LA TRANSMISSION Éditions Robert Laffont, 2022 Romancière à succès, l’une des rares à vivre de sa plume en France, l’auteure consacre ce livre à ses parents Armand et Janine, et plus particulièrement à son père, philosophe et penseur juif que notre public montréalais connaît bien, notamment au travers de conférences données et d’articles rédigés pour notre communauté. Elle nous fait ainsi découvrir différents aspects de l’œuvre et de la personnalité de l’un des penseurs juifs francophones contemporains comptant le plus dans le paysage de notre époque. Au travers d’un parcours exceptionnel, on saisit encore mieux les singularités de l’héritage d’un judaïsme sépharade d’origine marocaine. Armand, Amram en hébreu porte le nom du tsaddik (le juste ou le saint) Amram Ben Diwan (18e siècle) sur la tombe de qui sa grand-mère paternelle avait pèleriné et prié pour avoir un enfant. Le garçon s’initia dès son plus jeune âge aux textes de base du judaïsme avec des maîtres, avant de rejoindre une école de l’Alliance israélite universelle (AIU). Il devint scout aussi, arpenta le pays et fera une rencontre majeure à la fin de son cursus scolaire avec le rabbin Léon Askénazi, dit Manitou de son nom de totem. Après la Shoah, il a été l’un des fondateurs du renouveau du judaïsme en France au travers de l’École d’Orsay qu’il dirigeait et où Armand (Cèdre de son totem) ira étudier. « On y apprenait à rester fidèle à la tradition juive et à la fois parfaitement intégré à la culture française qui enrichit le judaïsme et se trouve enrichie par lui » rappelle l’auteure en parlant de ce lieu où de surcroît n’était pas actée une rupture avec une tradition sépharade, mais un enseignement en accord avec la richesse de ce patrimoine. Polyglotte, maîtrisant l’hébreu, l’araméen et l’arabe, talmudiste, docteur en philosophie, Armand Abécassis fut enseignant à l’École Aquiba. Il parcourut de nombreux pays et sillonna aussi la France à partir de son foyer à Strasbourg – où il donnait chaque chabbat un cours de Torah après

l’office qu’il dirigeait à la synagogue du Mercaz ou de l’ORT – avant de trouver un ancrage professionnel comme professeur à l’Université de Bordeaux. Enseignant et écrivain toujours actif et prolifique, il a en charge aujourd’hui l’enseignement du judaïsme au sein de l’AIU. Une vignette ne suffirait pas à dire toute la richesse de son œuvre que sa fille nous relate. Il y a les livres d’exégèse et de pensée juives pour tout public, en particulier la transcription rédigée de ses nombreuses émissions de télévision avec le rabbin Josy Eisenberg ; la mystique juive et ses ouvrages œuvrant au dialogue judéo-chrétien, dont Armand Abécassis est sans conteste l’un des meilleurs spécialistes actuels. Toute cette érudition habite un homme à qui l’on doit cette formule éclairante : « Les Juifs ne sont pas le peuple du Livre, mais le peuple de l’interprétation du Livre » (p. 26). Un homme avenant qui, comme le rappelle sa fille, est « capable de parler philo avec son coiffeur et son gardien tout autant qu’avec un prof d’université ». Dans cet ouvrage mené aussi comme une enquête, genre qu’affectionne l’auteure, Eliette Abécassis exprime tout l’amour, la gratitude pour ses parents et l’admiration qu’elle a pour son père … dont la transmission, au cœur de son existence, s’effectue de père en fils et en filles, et ainsi de suite. C’est l’essence et l’existence même du judaïsme depuis le mont Sinaï. Un guide pour elle et pour nous car il incarne ce judaïsme instruit, humain et modéré, tous les ingrédients que l’on aime et qu’on est en droit d’attendre de nos contemporains.

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CARNET DE FAMILLE

NAISSANCES Sarah et Pascal Dayan ont donné naissance à une fille, Romy, le 15 avril, qui fait la joie de ses parents, de son frère et de ses grands-parents. Mazal Tov à toute la famille. Nathaniel et Rachel Benarroch ont donné naissance à un garçon, Max Ariel Messod, le 14 juillet, qui fait la joie de ses parents, de ses frères et de toute sa famille. Un grand Mazaltov. Mazaltov à Joelle et David Bohadana pour la naissance de leur fils Yaakov Haim, le 14 juillet, qui fait la joie de ses parents, de ses grands frères et soeurs ainsi que de ses grands-parents. Mazal Tov à toute la famille. Un beau bébé fille, nommée Ella, est arrivé le 14 août 2022 dans le foyer d’Amanda et Laurent Aflalo. Un grand Mazal Tov aux heureux parents et grands-parents, Danielle et Armand Aflalo et Iris Corcos et Colm Walsh. Nous leur souhaitons nos meilleurs vœux de bonheur.

FIANÇAILLES Mazal Tov à Claudia Ouaknine et Isaac Bendayan pour leurs fiançailles. Claudia s’est impliquée pendant plusieurs années dans les activités des Services jeunesse de la CSUQ : le Camp Kif-Kef, le Camp Benyamin, le voyage Yahad, le voyage Koulam. Nous leur souhaitons tous nos vœux de bonheur.

DISTINCTIONS HONORIFIQUES Michel Librowicz, professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM, a reçu le 23 juin dernier un doctorat honorifique de la Warsaw School of Economics, à Varsovie. Cette prestigieuse distinction souligne l’excellence de la contribution de Michel Librowicz au développement de la coopération universitaire entre le Canada et la Pologne. En 1990, cet universitaire renommé a créé à la Warsaw School of Economics un programme canadien de MBA pour cadres (CEMBA-Canadian Executive MBA Program), qu’il dirige depuis. La CSUQ félicite Michel Librowicz pour cette haute distinction académique fortement méritée.

MARIAGES

Nous félicitons Guillermo Glujovsky, collaborateur de La Voix sépharade et du Centre d’études juives Aleph de la CSUQ, pour l’obtention de son doctorat en Sociologie à l’UQAM. Thème de sa thèse: "Les détenus-disparus qui appartenaient à la communauté juive pendant la dernière dictature en Argentine (1976-1983)".

Ariel Bitton et Sarah Benarrosh ont uni leurs destinées le 23 juin 2022 à la Synagogue Beth Aaron-Beth Israel. Sarah est la fille d’un grand leader de notre communauté, le regretté feu Joseph Benarrosh. La CSUQ et la Fédération sépharade du Canada adressent un grand Mazal Tov au jeune couple ainsi qu’au Rabbin Meyer Bitton et sa famille, à Mme Dorith Toledano et à la famille Benarrosh à Montréal, en Israël et en France.

L’organisation Storytellers of Canada/Conteurs du Canada, qui regroupe les conteurs professionnels du Canada, octroie un prix une fois par année à un conteur ou conteuse canadien(ne) méritoire. L’universitaire et spécialiste réputée des contes juifs, Oro Anahory-Librowicz, est la lauréate du prix Conteuse StorySave 2022. StorySave est la collection qui abrite les albums produits par les conteurs lauréats de ce

Mazal Tov à Gabrielle Himy et Ruben Benitah pour leurs fiançailles. Gabrielle a été impliquée pendant plusieurs années dans les activités des Services jeunesse de la CSUQ, notamment au Camp Benyamin. Un très grand Mazal Tov aux deux familles.

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Mazal Tov à Sarah Ruah et Thimothé Hazot pour leur mariage qui a eu lieu le 30 juin 2022 à Montréal. Thimothé a été impliqué bénévolement dans les activités des Services jeunesse de la CSUQ, notamment au Camp Kif-Kef et dans le voyage Koulam. Un grand Mazal Tov. Nous leurs souhaitons tous nos vœux de bonheur.

CARNET DE FAMILLE


prix. Oro Anahory-Librowicz est l’autrice un album de contes juifs intitulé "Mémoire et exil", qui comprend un CD en français et un CD en anglais (www.storytellers-conteurs.ca).

DÉCÈS C’est avec une grande tristesse que nous vous faisons part du décès de Mme Yvonne Simcha Acoca (née Benlolo) Z’.L.’ le 25 avril 2022. Elle a laissé dans le deuil ses enfants Serge et Patricia Acoca et ses frères et sœurs Armand, David, Ruth, Gabriel, Sion Z.’L.’, Babette, Lea, Victor, Brigitte, Milo Émile Z.’L.’ et le Révérend Daniel Benlolo. Elle manquera beaucoup à ses petit-enfants, à ses nièces et neveux et à ses nombreux amis. La CSUQ tient à transmettre à notre cher ami et collègue, le Révérend Dany Benlolo, et à toute sa famille ses condoléances les plus sincères. Nous leur souhaitons tout le courage nécessaire pour surmonter cette dure épreuve. C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Mme Esther Edery Kaspy Z.’L.’ survenu le 19 mars 2022. Elle a laissé dans le deuil ses enfants Maurice, Robert et Marc et ses petits-enfants Jonathan, le Dr. Kimberley et Nathan Kaspy. Nous présentons à la famille endeuillée nos plus sincères condoléances. C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de M. Armand Ohayon Z.’L.’ le 30 mars 2022. Il était l’époux bien-aimé d’Irène Kadoche, père et beau-père dévoué de Mike Ohayon et Beatrice Betito, Steve Ohayon et Arielle Sonego, David Ohayon et Cynthia Dahan. Sa famille et ses amis se souviendront d’Armand avec beaucoup de tendresse. Au nom de la CSUQ, nous tenons à transmettre à son fils, David Ohayon, ancien president du Tournoi de Tennis et membre du programme de Leadership de la CSUQ, et à toute sa famille nos plus sincères condoléances et l’expression de notre soutien le plus entier dans cette difficile épreuve. Nous avons le regret de vous annoncer le décès de Mme Jacqueline Assouline bat Rachel Z.’L.’ le 25 avril 2022. Elle était l’épouse bien-aimée de Yoram Assouline et la mère et bellemère dévouée et très aimée de Jeanine et Sylvain Dahan, Illana et Bruce Wellik, Nathalie et Moïse Elkeslassy, Simon et Linda Assouline, Raquel et Stéphane Elbaz. Nous présentons à toute la famille nos plus sincères condoléances.

Le Dr Victor Abikhzer Z.’L.’ nous a quittés le 1er avril 2022. De très nombreux témoignages très touchants ont été dits sur le médecin, mais surtout sur l’homme exceptionnel, le Ben Adam qu’il fut tout au long de sa vie. Victor Abikhzer nous a toujours impressionnés par sa fidélité en amitié et par sa modestie légendaire. Il vivra toujours dans nos pensées et dans nos plus beaux souvenirs. Repose en paix parmi les justes cher Victor. Nous adressons nos pensées émues à la famille Abikhzer et tout particulièrement à sa chère épouse Dinah, née Assayag, ainsi qu’à ses enfants, ses frères et sœurs, tous et toutes symboles vivants d’une famille respectable et respectée. C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de Mme Valérie Esther Luck Z.’L.’, à l’âge de 48 ans, le 24 avril 2022. Elle a laissé dans le deuil son époux, Solly Bengio, son fils Jordan, ses parents, Bob Luck et Muguette Zafrani, et ses sœurs Muriel et Joana Luck. Nous présentons à nos chers amis, Bob et Muguette, deux communautaires remarquables très impliqués durant de nombreuses années au Centre communautaire juif (CCJ), et à toute leur famille nos plus sincères condoléances. Nous pensons fortement à eux dans cette douloureuse épreuve. C’est avec une immense tristesse que nous appris le décès de Mme Renée Bensimon-Edery bat Dona et Aaron Z.’L.’ survenu le 9 mai 2022. Épouse de Macklouf Edery Z.’L.’, elle a laissé dans le deuil ses enfants, Viviane, Véra, Sam, Michel et Pinhas Z.’L.’ Edery et ses frères et sœurs, Felix Z.’L.’, Raphaël, Henri Z.’L.’, Colette et Perla Bensimon. Les dirigeants et les professionnels de la CSUQ se joignent à la douleur de sa famille et tiennent à transmettre à notre grand ami et collègue Sam Edery, un bénévole remarquable, vice-président de la CSUQ et membre très actif du Comité organisateur du Festival Sefarad de Montréal, leurs pensées les plus affectueuses dans cette douloureuse épreuve. Nous avons le regret de vous faire part du décès de Mme Rachel Kessous bat Rivkah Z.’L.’ survenu le 16 mai 2022. Fille de Rivka Z.’L.’ et Yaacob Z.’L.’ Kessous, elle a laissé dans le deuil ses sœurs Georgette, Messody Z.’L’., Alice, Alegria, Perla, et ses frères Salomon et Jean Claude Kessous. Elle était la tante d'Armand Kessous. Nous présentons aux familles en deuil nos condoléances très émues.

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DÉCÈS (suite) C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de M. Henri Rimokh bat Esther Z.’L.’ le 19 mai 2022. Il a laissé dans le deuil son épouse Léa et ses enfants Ralph, Tamar, Esther et Isaac Rimokh. Nous présentons à notre cher ami Ralph Rimokh, président de la Congrégation Or Hahayim, et à toute sa famille nos plus sincères condoléances. C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Mme Esther Bensoussan (née Amar) Z.’L.’ le 21 juin 2022. Elle a laissé dans le deuil son époux Max Bensoussan, ses enfants Annie, Susie, Danny et Lynda Bensoussan et de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants. Nous présentons à sa famille endeuillée nos condoléances très émues.

C’est avec une immense tristesse que nous annonçons le décès de M. Leon Bensoussan Z.’L.’ survenu le 29 juin 2022. Il a laissé dans le deuil son épouse Chantale et ses enfants Vanessa et Patrick Bensoussan. La CSUQ tient à transmettre à son fils Patrick Bensoussan, un communautaire admirable très engagé à la CSUQ, et à toute sa famille endeuillée ses plus sincères condoléances.

C’est avec regret et une immense tristesse que nous avons appris le décès de M. Haïm Victor Levy Z.’L.’ le 29 juin 2022. Membre fondateur et pilier de la Communauté Sépharade de Ville-St-Laurent Petah Tikvha, il était un bénévole exemplaire. Nos plus sincères condoléances à son épouse Rita, à ses enfants Katia, Sabrina et Serge Levy et à tous les autres membres de sa grande famille.

OFFRE D'EMPLOIS À LA CSUQ

GESTIONNAIRE DES MÉDIAS SOCIAUX

RESPONSABLE DU FINANCEMENT

SOMMAIRE DE L’EMPLOI :

SOMMAIRE DE L’EMPLOI :

Sous la supervision directe du Chef des services marketing et communication de la CSUQ, le ou la titulaire bilingue de ce poste se rapportera à ce dernier. Il ou elle sera responsable du développement, de la coordination, de la gestion et de l’exécution des activités liées aux médias sociaux afin de positionner, d’engager et de sensibiliser nos publics cibles à la marque, aux programmes, aux activités et aux objectifs de marketing de la CSUQ.

Le ou la titulaire bilingue de cet emploi sera responsable d’augmenter les ressources financières de la CSUQ en développant et cultivant des relations avec les donateurs et des donateurs potentiels. Il ou elle sera aussi responsable de la campagne annuelle et des projets spéciaux pour atteindre les objectifs des projets de financement.

ASSISTANT(E) À LA DIRECTION SOMMAIRE DE L’EMPLOI : Sous la supervision directe du directeur général de la CSUQ, le ou la titulaire bilingue de cet emploi assistera le directeur général et la présidente de la CSUQ dans les tâches de secrétariat et de coordination de dossiers spécifiques.

ASSISTANT(E) ADMINISTRATIF SOMMAIRE DE L’EMPLOI : Sous la supervision directe de la directrice de l’administration, le ou la titulaire bilingue de cet emploi sera responsable d’effectuer une variété de tâches administratives, de bureau et de secrétariat. Les tâches consistent à fournir un soutien à l’organisme, à répondre aux besoins quotidiens du bureau et à gérer les activités administratives générales de l’entreprise.

Pour une description complète de ces postes, veuillez visiter notre site web csuq.org/emploi

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