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45e année volume 1 – Avril 2017 – Nissan 5777

ISSN 074-5352

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MOT DU PRÉSIDENT - Armand Afilalo Quelle est la raison d’être de la Fondation que vous présidez ?

La Fondation CSUQ est une fondation communautaire dont les revenus de placement seront utilisés dans des programmes destinés à la jeunesse. Un fonds de dotation représente l’ossature d’une communauté, car il garantit la pérennité de certains programmes et permet une planification à long terme. De plus, cette initiative servira de tremplin au développement d’une culture de fonds de dotation auprès de la communauté sépharade. Par l’entremise du programme présent pour les jeunes, la Fondation soutient une multitude de projets porteurs dans le domaine de la santé, de l’éducation et la mobilisation. Grâce à la création de ces programmes, les jeunes de notre communauté pourront bénéficier d’une foule d’activités constructives et stimulantes, qui contribueront au déploiement de leur potentiel.

Après 3 ans d’existence, quel bilan faites-vous des années écoulées ?

Un partenariat qui se porte à merveille après trois ans d’efforts communs. Nous ne cessons de joindre nos efforts pour sensibiliser les donateurs à contribuer pour soutenir notre jeunesse, c’est notre manière de pérenniser notre engagement pour notre communauté et de dire merci aux générations futures. L’objectif de la Fondation est en bonne voie de réalisation, actuellement notre fonds s’élève à 800 000$ et nous anticipons atteindre dans deux ans la somme de 1 300 000$ soit 30% de plus que l’objectif initial d’un million de dollars.

Qu’est-ce qui caractérise la Fondation CSUQ ?

La création de partenariat avec le secteur privé et communautaire est un gage de développement durable. C’est dans cette perspective que nous avons créé la première Fondation majeure de la CSUQ d’un million de dollars, constituée avec la participation de la Banque Nationale de 500 000$ sur une période de 5 ans. L’utilisation des intérêts seulement et la préservation du capital permettent de garantir à vie des versements annuels pour les différents programmes dédiés à la jeunesse.

Quel message souhaiteriez-vous adresser à la communauté ?

Pour notre communauté, la jeunesse représente l’avenir de notre institution, car elle est garante de la continuité et de la transmission de nos valeurs. On ne le dit pas assez : les jeunes d’aujourd’hui sont les leaders de demain. Ils contribuent à l’édification d’une société encore plus dynamique et prospère. La vitalité de notre jeunesse est notre plus puissant baromètre pour mesurer le succès de notre communauté. L’insertion des jeunes dans notre milieu communautaire et social leur permet de mieux développer leurs aptitudes et de participer plus activement à la vie de la collectivité. Voilà pourquoi nous avons mis sur pied une fondation aux bases solides, qui leur ouvrira des portes à de multiples perspectives d’avenir.

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Quand nous réussissons, nous recevons des éloges. Quand nous donnons, nous gagnons le respect.

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Centre Cummings – Nouveau programme printemps/ÊtÊ

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SORTIES ET EXCURSIONS D'UNE JOURNÉE

Écrivez votre histoire, partagez votre mÊmoire‌Nous vous proposons un atelier d’Êcriture qui vous guidera dans la rÊdaction du rÊcit de votre vie. Un atelier interactif et crÊatif. Les mercredis, du 3 mai au 6 juin (pas de cours le 31 mai) 13 h à 14 h • 6 sÊances • 36 $ Anne Abecassis

ART URBAIN ET GRAFFITI : MONTRÉAL

UNE NOUVELLE FAÇON DE VOYAGER SANS SOUCI! Un club voyages est un excellent moyen de dÊcouvrir de nouvelles destinations sans devoir tout planifier soi-même! Sorties d’un jour ou courts sÊjours, le club-voyages offre diverses activitÊs de dÊpaysement aux membres du Centre Cummings. Nos voyages sont reconnus pour être inclusifs, chaleureux, accueillants et abordables tant pour les personnes seules que pour les couples. Pour avoir le programme complet de nos sorties et voyages, contactez-nous!

DÉCOUVREZ LA VILLE DE QUÉBEC

TOHU – GRAND SPECTACLE

Au cours d’une excursion d’une journÊe, dÊcouvrez l’histoire, l’architecture et les saveurs qui font de QuÊbec un joyau du Patrimoine mondial de l’UNESCO. On commencera par flâner dans le Vieux-QuÊbec et profiter des cafÊs, des restaurants, des boutiques et de visites guidÊes optionnelles. Vous pourrez voir les meilleures attractions en bus, y compris une visite guidÊe du nouveau Pavillon Pierre Lassone du MusÊe National des Beaux-arts. Lunch à vos frais.

Venez seul ou en groupe! Laissezvous captiver par une extraordinaire performance d’artistes de cirque talentueux. Venez passer un aprèsmidi intergÊnÊrationnel à l’École nationale de cirque. L’admission comprend une visite guidÊe, une reprÊsentation du Grand Spectacle et de lÊgers rafraÎchissements.

NOUVEAUTÉ

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Faites une visite guidÊe à Fresh Paint, un projet alternatif, qui revitalise des espaces vacants pour les transformer en espaces culturels temporaires, suivie d’une visite à pied guidÊe d’Art de rues oÚ la peinture est encore fraÎche. Balade se terminant au cafÊ du ThÊâtre Sainte-Catherine. Mardi 9 mai • 13 h à 15 h 18 $ sans transport 26 $ avec transport

FESTIVAL DE LANAUDIĂˆRE

NOUVEAUTÉ

C’est une première! Nous organisons un voyage au plus grand et plus prestigieux festival de musique classique du Canada. Le programme comprend Les Violons du Roy et le chœur La Chapelle de QuÊbec. BoÎte à lunch incluse. Dimanche 9 juillet 80 $ membre / 120 $ non-membre

Dimanche 4 juin 13 h à 15 h 30 1 reprÊsentation • 25 $ TOHU, 2345, rue Jarry Est

Mercredi 17 mai 70 $ membre / 105 $ non-membre

POUR EN SAVOIR PLUS ET POUR RECEVOIR LE GUIDE COMPLET, APPELEZ NADINE 514.342.1234 p. 7221


Le bien-être au Centre Cummings : un programme souple et énergisant! Les activités de conditionnement physique offertes au Centre de bien-être sont axées sur une vision pratique qui met l’accent sur le plaisir et le mouvement au quotidien. Conçu spécialement pour les adultes de 50 ans et plus, le Centre de bien-être se démarque en offrant des activités pour petits groupes, une attention personnelle et un suivi attentif, en partant du principe que la santé et le bien-être dépendent autant du physique que du mental.

POSTURE ET ÉQUILIBRE

Ce cours offre des exercices de musculation qui ciblent l’amélioration de la posture et de l’équilibre. Les lundis et mercredis, du 24 avril au 5 juillet 10 h 30 à 11 h 30 • 18 séances • 72 $

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YOGA – DÉBUTANT

Les mercredis, du 26 avril au 5 juillet 9 h 20 à 10 h 20 • 10 séances • 60 $ Les mercredis, du 12 juillet au 23 août 9 h 20 à 10 h 20 • 7 séances • 42 $ Les lundis et mercredis, du 24 avril au 5 juillet (lundi) 15 h à 16 h 30 (mercredi) 14 h 15 à 15 h 45 18 séances • 162 $

PRÉVENTION DES CHUTES, ENTRAÎNEMENT DE L’ÉQUILIBRE ET DE LA MOBILITÉ

L’entraînement de l’équilibre développe l’agilité, la flexibilité et la puissance, et améliore le temps de réaction, la vitesse et l’endurance. Les lundis et mercredis, du 24 avril au 5 juillet 11 h 30 à 12 h 30 • 18 séances • 72 $

DANSER : BON POUR LA MOBILITÉ ET POUR LE MORAL

Sous la supervision d’un expert qualifié, vous apprendrez les pas de base de divers types de danses. Et surtout, vous prendrez plaisir à bouger librement au son de la musique tout en consolidant votre confiance en vousmême et votre estime de soi. Les vendredis, du 28 avril au 7 juillet 13 h à 14 h • 11 séances • 60 $

QUESTIONS SUR LES MÉDICAMENTS POUR LE PARKINSON

Le Centre Cummings, en partenariat avec Parkinson Canada, présentera une conférence traitant des divers aspects de la maladie de Parkinson et des médicaments. Les panélistes aborderont la question de l’exercice diététique. Mercredi 26 avril (inscription 10 h 30) Boîte à lunch incluse • Stands d’exposants 25 $ *Traduction simultanée


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MOT DU PRÉSIDENT

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DOSSIER SPÉCIAL

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ÉDITORIAL

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ÊTRE JUIF HASSIDIQUE ET QUÉBÉCOIS

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Pluralité du judaïsme et notions clefs du monde hassidique

26

Brève histoire de la communauté hassidique québécoise

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Être sépharade et Juif hassidique

Entretien avec le rabbin Israël Cremisi par Sonia Sarah Lipsyc

30

Le monde hassidique aujourd'hui

Entretien avec Mindy Pollack, conseillère municipale d'Outremont par Elias Levy

32

Mieux connaître le monde hassidique québécois

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Les « sortants » du monde hassidique

34

L'oubli d'autrui

PAGE 36

Par David Bensoussan

Par Steven Lapidus

Par Annie Ousset-Krief

Entretien avec Jessica Roda par Sonia Sarah Lipsyc

Par Maurice Chalom

MONDE JUIF

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Les gardiens du Temple : une famille juive du Myanmar ou de Birmanie

38

Être une femme, étudier et enseigner le Talmud

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Par Sylvie Halpern

Entretien avec Wendy Amsellem par Sonia Sarah Lipsyc

VIE JUIVE CANADIENNE

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L'attentat contre la Grande Mosquée de Québec : la communauté juive canadienne solidaire de la communauté musulmane

40

« Les Juifs de Québec. Quatre cents ans d'histoire »

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Victor Teboul, « Les Juifs du Québec. In Canada We trust »

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Par Elie Benchetrit

Entretien avec Pierre Anctil par Annie Ousset-Krief Par David Bensoussan

COUP DE PROJECTEUR SUR NOUS AUTRES Emmanuel Castiel et Chantal Bekhor, « Gourmet végétarien », un entreprenariat en couple Amélia Lecousy, une jeune historienne sépharade pleine d'avenir Par Elie Benchetrit

CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE

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Entrevue avec l'écrivaine israélienne Orly Castel-Bloom

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Arieh Azoulay : « Jeunesse dans la tourmente. Les mouvements de jeunesse juifs au Maroc 1944-1964 »

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Par Elias Levy

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CULTURE SÉPHARADE

pa

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Introduire la culture sépharade dans les écoles israéliennes

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Les Pirates juifs des Caraïbes : une saga historique fascinante

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Par Peggy Cidor Par Elias Levy

Recettes

JUDAÏSME

50

Le guide des traditions et coutumes sépharades

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Le personnage de Myriam dans la sortie d'Égypte

PAGE 52

Entretien avec le rabbin Ilan Acoca par Sonia Sarah Lipsyc Par Sonia Sarah LipsycLipsyc ipsyc

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ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

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Mon judaïsme ou l'assimilation ashkénaze

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Les enfants Yézidis réfugiés sur l’île de Leros : des résistants en quête de liberté

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Par Elie Benchetrit

Par Ruben Perez Par Miléna Kartowski-Aïach

VIE COMMUNAUTAIRE Festival Sefarad 2016 : une programmation intellectuelle exceptionnelle

Par Annie Ousset-Krief

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Nouvelles communautaires Recueillies par Martine Schiefer u 68 Nouvea Elles et ils ont publié Par Salomé Georgiev .com: Articles disponibles sur notre site LVSMAGAZINE.COM


MOT DU PRÉSIDENT

Chers amis communautaires, Nous poursuivons le développement de notre communauté, et ce, malgré un manque de ressources criant. Nos professionnels et bénévoles continuent de relever d’importants défis, ils méritent nos encouragements et toute notre reconnaissance. À quelques semaines de notre prochaine assemblée générale, permettez-moi de dresser un premier bilan de nos réalisations. Le Festival Séfarad de Montréal 2016 fut un grand succès. Près de 3 500 personnes ont assisté aux différentes activités. Une analyse indépendante réalisée par la Fondation communautaire juive révèle que plus de 90 % des participants ont qualifié de bonne, très bonne ou excellente cette dernière édition. Le Festival Séfarad permet à notre communauté de bâtir des liens avec les autres communautés culturelles du Québec et de promouvoir le vivre-ensemble. Le Festival Séfarad nous donne aussi une visibilité auprès des instances gouvernementales, municipales et de différents corps consulaires. Le succès du Festival Séfarad revient à Dave Dadoun et son comité qui ont fait un travail remarquable. Dave a accepté également la présidence du Festival Séfarad 2017. L’emphase sera mis sur la jeune génération que nous allons impliquer dans une nouvelle programmation. L’École Maimonide qui compte 621 élèves lance une campagne majeure de financement pour se redimensionner et poursuivre son mandat d’être une école juive sépharade francophone d’excellence qui formera les hommes et les femmes de demain. C’est un projet auquel adhère et collabore entièrement la CSUQ et qui j’espère mobilisera toute notre communauté, aussi bien sépharade qu’ashkénaze. La Jeunesse. Le groupe d’âge de 5 à 17 ans sépharades compte près de 3 500 enfants et adolescents allant du niveau scolaire primaire à la fin du secondaire. Près de 40 % ne fréquentent aucune école juive. Un de nos défis est de rejoindre ce segment de notre communauté pour les attirer vers Maimonide et les impliquer au sein de notre département jeunesse. Nous devons leur inculquer le sens des responsabilités communautaires, renforcer leur sentiment d’appartenance au Judaïsme, et les préparer à être nos futurs leaders. Notre but ultime est de faire de nos jeunes de bons citoyens accomplis qui évoluent parfaitement dans la société québécoise, canadienne et nord-américaine et qui maintiennent et renforcent la communauté juive de Montréal. Pour ce groupe d’âge, nous avons dynamisé les programmes suivants : • Après deux ans d'absence, nous avons relancé le Camp Kif Kef avec 85 participants et une équipe de moniteurs. • La semaine de relâche – Les effectifs ont plus que doublé avec une moyenne de plus de 70 enfants par jour provenant de l'ensemble du réseau des écoles juives de Montréal. • Le camp d'été de jour Benyamin a connu du succès l’année dernière et nous travaillons très fort pour en faire un plus grand succès. • Le voyage en Israël Yahad. Après trois ans d'absence, ce programme est relancé. Nous affichons déjà complet avec plus de 45 participants. Vu la demande, nous considérons ajouter un deuxième bus.

Pour chacune des activités, nos animateurs, sous l’égide du professionnel Éric Choukroun, déploient tous les efforts pour atteindre un haut niveau de satisfaction de la part des participants et des parents. Des sondages sont effectués après chaque évènement afin de nous assurer de l’excellence du programme. Nous misons sur le recrutement et la formation des jeunes du secondaire pour être des animateurs communautaires de haut niveau. Une fois jeunes adultes, les inviter à notre programme de formation des cadres pour éventuellement prendre la relève communautaire ou même faire carrière comme professionnels dans la communauté. Nos activités se tiennent en français, dans un cadre juif et nous invitons les élèves des écoles juives et publiques à vivre une expérience enrichissante. Nous offrons des bourses aux participants qui n’ont pas les moyens. J’aimerais remercier Hessed, Marc Kakon et Sam Cohen Scali ainsi que les organisateurs du tournoi de Golf Swing 2017, Shlomi Levy et Patrick Esseminy pour l’aide financière qu’ils nous ont fournie. Hessed poursuit des efforts remarquables pour venir en aide aux personnes dans le besoin. La fête de Pourim a été célébrée avec succès, les parents et enfants étaient très satisfaits. Pour Pessah, Hessed a l’intention de donner et de faire plus pour les paniers de fête. Nous souhaitons beaucoup de succès au nouveau président Sam Cohen Scali. Marcel Elbaz et son comité nous préparent une nouvelle Mission de solidarité Israël. C’est une mission qui est toujours bien réussie et qui ne laisse personne indifférent. Elle permet à près d’une centaine d’enfants de milieux défavorisés de célébrer leur bar-mitsva dans la joie et la dignité. Cette mission joue le rôle d’excellent ambassadeur de la communauté Sépharade de Montréal en Israël. Elle est en partie financée grâce aux dons collectés lors du Gala tenu le 19 mars dernier. L’organisation du Festival du cinéma israélien de Montréal 2017 bat son plein. Gérard et Chantal Buzaglo ainsi que leur comité nous proposeront une programmation riche en primeurs qui saura ravir en juin prochain un public avide de mieux saisir la complexité et la multiplicité des défis auxquels fait face la société israélienne. Enfin, j’aimerais souligner l’apport exceptionnel de Sonia Sarah Lipsyc à notre programmation. Grâce à ses connaissances et son haut niveau intellectuel, un cours de l’UQAM a eu lieu à la Communauté Sépharade. Environ 100 élèves et leur professeur se sont retrouvés dans la Salle Gelber pour apprendre et échanger sur la communauté juive de Montréal et sa diversité. Sonia Sarah, David Bensoussan, Michel Chokron, Mindy Pollak et Davy Trop ont parlé de l’historique de la communauté juive, ashkénaze et sépharade, de la communauté hassidique, de la Shoah et ont répondu aux nombreuses questions soulevées par les élèves. Notre communauté prend le virage de l’excellence dans tous nos programmes et notre façon de faire. Nos activités et programmes font l’objet d’une évaluation continue. Nous sommes sur une bonne voie d’assainissement des finances et nous devons chercher activement des sources de financement pour amener dans le giron communautaire, les jeunes qui n’ont jamais été connectés et que nous risquons de perdre. Nous devons mobiliser nos forces pour réaliser ce mandat. À vous et à votre famille, je vous souhaite un Pessah, cacher ve sameah

Henri Elbaz

MAGAZINE LVS

AVRIL 2017

21


LVS PRÉSIDENT CSUQ Henri Elbaz

PRÉSIDENT LVS Joseph Amzallag

DIRECTEUR GÉNÉRAL Daniel Amar

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DIRECTEUR GÉNÉRAL ASSOCIÉ Benjamin Bitton

RÉDACTRICE EN CHEF Sonia Sarah Lipsyc

COLLABORATEURS David Bensoussan Maurice Chalom Elias Levy Annie Ousset-Krief Martine Schiefer

RÉVISION DES TEXTES Martine Schiefer

lvsmagazine.com Wei Song

PUBLICITÉ ET VENTE Sabine Malka

ABONNEMENT Agnès Castiel

DESIGN ET GRAPHISME Élodie Borel

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Prix de vente par numéro : 2 $ IMPRIMEUR/ PRINTER Accent impression Inc. 9300, boul. Henri Bourassa O. Bureau 100 Saint-Laurent H4S 1L5 EXPÉDITION POSTALE TP Express Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs. La rédaction n’est pas responsable du contenu des annonces publicitaires. Toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, en tout ou en partie, du présent magazine, sans l’autorisation écrite de l’éditeur, est strictement interdite. Reproduction in whole or in part, by any means, is strictly prohibited unless authorized in writing by the editor. Convention postale 40011565 Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée à : 5151, Côte Ste-Catherine, bureau 216 Montréal, Québec, Canada H3W 1M6 Le présent numéro est tiré à 6 000 exemplaires et acheminé par voie postale au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Des exemplaires sont également déposés dans différents endroits stratégiques à Montréal.

DOSSIER SPÉCIAL MONDE JUIF VIE JUIVE CANADIENNE ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE DÉCOUVERTE DES FIGURES DU MONDE SÉPHARADE JUDAÏSME VIE COMMUNAUTAIRE

Nouvelles rubriques : COUP DE PROJECTEUR SUR NOUS AUTRES CULTURE SÉPHARADE RECETTES DE CUISINE POUR TOUS LES JOURS ET JOURS DE FÊTES

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ÉDITORIAL Ce numéro de LVS sera le premier qui sera vendu en kiosque, pour commencer à la librairie Olivieri et chez Renaud-Bray sur Côte-des-Neiges à Montréal ! Nous espérons, bien sûr, au fur et à mesure que les points de vente se multiplieront au Québec. En tout cas, le LVS, devient dans notre belle Province, le premier magazine, entièrement francophone, à couvrir l’actualité du monde juif d’ici et d’ailleurs. C’est pourquoi, pour ce premier numéro grand public, nous avons choisi un sujet dont il est souvent question dans l’actualité québécoise : le monde hassidique. Notre dossier spécial y est consacré avec des articles qui montreront l’histoire ainsi que toute la diversité et la pérennité de cette communauté au Québec. Les sept articles des Drs Steven Lapidus, Jessica Roda, Maurice Chalom, Annie Ousset Krief et David Bensoussan ainsi que l’entretien d’Elias Levy avec Mindy Pollak et le mien avec le rabbin Israël Cremisi, participeront à offrir des clefs et points de repère pour mieux comprendre cette sensibilité du judaïsme et à œuvrer au-delà d’elle pour mieux vivre ensemble. Nous publions également un article de Élie Benchetrit qui relate les réactions de la communauté juive, aussi bien au travers des institutions du CIJA et de la CSUQ (communauté Sépharade Unifiée du Québec) que d’initiatives de congrégations juives, à l’attentat tragique du 29 janvier dernier, à la mosquée de Sainte-Foy où six hommes en prière ont été tués. À Québec comme ailleurs – et souvenons-nous de l’attentat perpétré à Jérusalem en 2014 à la synagogue Kehilat Bne Torah de Har Nof et dans lequel périrent aussi six hommes, dont le rabbin Haim Yehyel Rotman (à la suite de ses blessures), frère et beau-frère d’un couple qui fréquente nos activités à la CSUQ – le drame reste entier. Pour le reste, vous retrouverez nos rubriques qui commencent maintenant à vous être familières. Le monde juif avec un article de Sylvie Halpern, de retour du Myanmar (Birmanie) qui nous offre le portrait de la seule famille juive de l’endroit, gardienne de la synagogue. Un entretien du psychanalyste français Daniel Sibony et un autre avec une jeune femme sépharade étudiant et enseignant le Talmud à New York. Dans Vie juive canadienne, nous vous offrons un entretien avec le talentueux et prolixe historien Pierre Anctil sur les quatre cents ans d’histoire des Juifs de Québec et un article sur le dernier ouvrage de Victor Teboul s’interrogeant lui, sur les Juifs du Québec. Culture juive et

israélienne propose un article sur les mouvements de jeunesse au Maroc avant et après la Seconde Guerre mondiale et un entretien avec la sympathique romancière israélienne d’origine égyptienne sur son dernier ouvrage qui retrace sa saga familiale. La vie et la culture sépharades occupent trois rubriques avec Coups de projecteurs sur nous autres mettant en valeur des initiatives de jeunes (et moins jeunes) de notre communauté, en l’occurrence Emmanuel Castiel, Chantal Bekhor et Amélia Lecousy. Culture sépharade s’ouvre avec un article de notre correspondante en Israël, Peggy Cidor, sur l’initiative à l’origine de l’introduction de la culture sépharade dans les écoles israéliennes et se conclut avec un article truculent sur les Pirates juifs des Caraïbes. Itinéraires de jeunes sépharades d’ici et d’ailleurs accueille un texte de Ruben Perez qui donne à réfléchir et un autre de notre chroniqueuse Miléna Kartowsky-Ayache sur la tragédie des Yezidis. En ce qui concerne le Judaïsme, un entretien avec le rabbin Ilan Acoca sur le guide des traditions et coutumes sépharades ne manquera pas de vous intéresser. Pour ma part, je signe un texte sur la fête juive de Pessah en mettant en valeur le personnage biblique de Myriam. La vie communautaire a une part importante dans ce numéro sous la plume de Martine Schiefer. Vous y retrouverez tout ce qui fait la vitalité de notre communauté des plus petits aux plus grands : des galas de bienfaisance, des paniers de cœur pour Pessah et du tournoi de Golf, aux camps pour les jeunes en passant par l’anniversaire d’une congrégation, le Festival Sefarad ou celui du cinéma israélien, etc. Il y a aussi une nouvelle sousrubrique, « Elles et ils ont publié », qui met principalement en valeur les publications des membres de notre communauté. Le défi de notre magazine est triple : (1) parler de l’actualité ou de thèmes importants pour le monde juif; (2) que ce soit ici et ailleurs; (3) et rendre compte de la vie communautaire. Enfin, tous nos efforts, et vous pouvez le constater dans la régularité de la qualité des articles et le nouveau graphisme, ne peuvent porter leurs fruits que si vous, chers lecteurs, y participez. Il n’y a pas de secret… Notre magazine peut continuer à exister si vous faites un don si minimal soit-il qui vous donnera droit à un abonnement1. Je voudrais, enfin, remercier celles et ceux qui au-delà des collaborateurs éditoriaux, font la réussite de ce magazine : Élodie Borel, la graphiste secondée par Wei Song, Sabine Malka pour les ventes publicitaires, et Benjamin Bitton et Daniel Amar pour leur contribution au comité de rédaction.

Bonne fête de Pessah et bienvenue à nos nouveaux lecteurs/trices. Sonia Sarah Lipsyc

1 Contactez Agnès Castiel au 514 733-4998 ou à acastiel@csuq.org, ou encore directement

en ligne à http://lvsmagazine.com/donation/

MAGAZINE LVS

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DOSSIER SPÉCIAL

ÊTRE JUIF HASSIDIQUE ET QUÉBÉCOIS

Pluralité du judaïsme et notions clefs du monde hassidique

DAVID BENSOUSSAN

Par David Bensoussan

David Bensoussan est ingénieur, écrivain et blogueur sur Huffingtonpost et Times of Israel, en version française. Ancien Président de la CSUQ, il est notamment récipiendaire du prix Haïm Zafrani (2012).

Le judaïsme contemporain est composé de plusieurs courants. Il y a le judaïsme orthodoxe et quatre courants non orthodoxes : le judaïsme conservative, le judaïsme reconstructionniste, le judaïsme réformé ou libéral et le judaïsme renewal ou renouveau. Le judaïsme orthodoxe est lui-même traversé par diverses sensibilités : ultra-orthodoxe, orthodoxe, orthodoxe moderne et traditionaliste. Les haredim (de l’hébreu littéralement craignants Dieu) ou ultra-orthodoxes se divisent entre hassidim et non hassidim (ou mitnagdim). Dans les lignes qui suivent nous nous attèlerons dans leurs grandes lignes à définir ces courants et sensibilités, en concluant sur le hassidisme et les concepts clefs de ce mouvement.

Judaïsme orthodoxe Conformément au judaïsme rabbinique traditionnel, tout le Pentateuque aurait été dicté à la lettre par l’Éternel. La Loi est donc immuable. Le commandement à l'effet de ne rien ajouter ni rien retrancher à la Loi (Deutéronome 4-2, 13-1) a déterminé au cours des siècles l'attitude envers le texte sacré, la Thora, et donc le code de conduite du judaïsme. Il est bon de souligner que les enseignements éthiques et moraux des prophètes de la Bible hébraïque sont prescrits tout en conservant rigueur et fidélité à la Thora1. Du fait que la Thora fut directement révélée à Moïse, il faut s'évertuer à trouver des enseignements derrière chaque terme, chaque conjonction et chaque répétition afin de clarifier la loi écrite ou tôrâh shebikhethâv, soit celle qui est consignée dans la Thora, grâce à un code complémentaire qui est la loi orale ou tôrâh shebe' al-péh. Les prescriptions codifiées des Sages, dites miderabânâne se sont ajoutées à celles de la loi écrite, qualifiées de mideôrayethâ. Cette tradition judaïque se rattache à l’héritage d’interprétation biblique pharisien. Dans le Judaïsme traditionnel et orthodoxe, on a attribué au cours des siècles la même valeur sacro-sainte à la Loi orale (torah chebe’alpêh) qu'à la Loi écrite. Le judaïsme orthodoxe va jusqu'à trouver des enseignements dans la valeur numérique des mots de la Bible en additionnant la valeur numérique des lettres qui les composent. Cette méthodologie est connue sous le nom de gîmateriyâh. Un Juif orthodoxe fait tout pour sentir la présence divine qu’il rappelle dans la prière, dans les actes de la vie quotidienne qui sont accompagnés de bénédictions et par la fidélité aux prescriptions tout comme celles qui sont relatives au chabbat, à la nourriture, la sexualité, etc., et qui dérivent des 613 commandements de la Torah. La disposition visant à éprouver la présence divine accompagnée d’actes charitables et pieux aspire à la kedousha ou sainteté. 24

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Judaïsme conservative Pour le Judaïsme conservative, la Thora fut dictée par Moïse, qui fut inspiré par YHWH Élohim, alors que dans le judaïsme traditionnel et orthodoxe, la Thora fut énoncée par YHWH Élohim. De ce fait, l'approche de la critique historique au texte de la Bible n'est pas écartée des pôles d'intérêt du judaïsme conservative. En outre, le judaïsme conservative vise à réinterpréter le code de conduite du judaïsme ou halâkhâh à la lumière même des principes d'interprétation rabbiniques. La Loi orale peut donc être réinterprétée et n’a pas la même force que la Loi écrite.

Judaïsme réformiste Pour le Judaïsme réformiste, la Thora, d'inspiration divine, fut donnée au peuple d'Israël conformément à un contexte historique précis. Aussi le judaïsme réformiste qualifie-t-il de non actuels quelques commandements du Pentateuque. Il a pu faire abstraction au cours de son histoire de certaines lois du Pentateuque qui demandent à être mises en pratique telles le port de franges (tsîtsîth) ou des phylactères (tefilîne) ou même les lois alimentaires de la kasheroûth. Son pôle d’intérêt principal est celui des valeurs éthiques et morales de la Bible et du Talmud. Mais il est à noter cependant que le judaïsme réformiste a évolué pour accorder une certaine importance tant aux rites qu'au rituel religieux.

Judaïsme reconstructionniste Le Judaïsme reconstructionniste écarte toute intervention supernaturelle dans la rédaction de la Thora. Cette dernière représente l'expérience du peuple d'Israël dans sa recherche d'une déité unique et suprême. La Thora est ainsi à la source de la culture et de la civilisation juives. La mise en pratique des commandements bibliques qui ne relèvent pas directement d'éthique et de morale est laissée à la discrétion de chaque personne. Elle est cependant vivement encouragée de façon à ce que chacun puisse enrichir sa propre spiritualité et donner un sens à sa propre judéité.

Judaïsme renouveau Le Judaïsme renouveau préfère développer sa spiritualité dans des confréries (havouroth) en dehors des congrégations trop institutionnalisées. Au fil des années, le rite traditionnel s’est enrichi de lectures et de poésies en langue anglaise. Il encourage la pratique de la méditation et l’étude de la littérature hassidique, de même que celle de la philosophie et de la mystique.


ÊTRE JUIF HASSIDIQUE ET QUÉBÉCOIS

DOSSIER SPÉCIAL

Le Baal Shem Tov, fondateur du hassidisme

Hassidim dansant (image prise sur le site Internet Chabad.fr)

Le mouvement hassidique Les Hassidim (hassîdîm) observent la tradition du judaïsme orthodoxe. Fondé en Europe de l’Est par Israël Ben Éliezer (1698-1760) dit Baal Shem Tov, ce mouvement prit son essor au XVIIIe siècle de l’ère courante. Il vise à transcender le monde matériel vers un monde spirituel élevé grâce à l’élan de ferveur mystique (dvekouth) qui anime les orants au moment de la prière. Le hassidisme rejette l’austérité et l’abnégation de soi caractéristiques de certains mitnagdim (opposants au hassidisme) et met une emphase particulière sur la joie, la ferveur et le bonheur dans l’accomplissement des mitsvoth (commandements), l’amour de Dieu et celui d’autrui tout en encourageant l’étude. Au plan philosophique, le hassidisme se base sur la cabale lourianique selon laquelle l’immanence divine est présente partout : la Création est tout comme une contraction divine (tsimtsoum) qui a constitué une transition de l’infini au fini. L’Au-delà lui-même est ainsi miroité dans des étincelles qu’il convient de récupérer. La communion avec l’essence divine peut être faite au travers du moindre geste de la vie quotidienne car le processus inverse à celui de la Création soit la transition du fini à l’infini est possible. La matérialité tangible transcende en spiritualité et la réalité des impulsions physiques individuelles est dépassée pour rejoindre l’âme qui est une étincelle divine. Pour la secte hassidique de Bretslev, la foi simple et naïve doit primer sur les considérations d’études philosophiques. Il existe de nombreux mouvements ou groupes hassidiques. Ainsi et à titre d’exemple, le mouvement dit « habad » (acronyme de Hokhma, Binah et Da’ath signifiant intelligence, discernement et compréhension profonde) concilie l’intellectualisme procuré par l’étude sans en exclure la dimension affective. Il réussit de la sorte à démystifier et à populariser certains des aspects de la mystique juive : la kabbale ou qabâlâh. Relativement aux autres dénominations hassidiques, le mouvement Habad dit Loubavitch s’investit pleinement dans la vie communautaire plutôt que de vivre en retrait. Les membres des groupes hassidiques consultent généralement un leader charismatique dont la fonction se transmet de père en fils. Ils suivent donc les enseignements de maîtres à penser ou d’écoles de pensée (Tosh, Berl, Gour, Skver, Bretslev, Satmar…).

Certains mouvements hassidiques rejettent des aspects de la modernité comme la télévision. D’autres tels le Satmar sont opposés au sionisme, car selon eux le retour en Terre promise doit attendre la venue du messie. La plupart des Hassidim vivent généralement en vase clos et sont vêtus de noir, contrairement aux orthodoxes modernes qui vivent pleinement leur siècle et la modernité tout en respectant les lois de l’orthodoxie. Les orthodoxes modernes rejoignent en plus d’un sens la tradition sépharade d’ouverture à la société tout en préservant la tradition orthodoxe. Par ailleurs, la tradition sépharade ne se divise pas en courants de pratique religieuse : le niveau de pratique religieuse individuel est respecté, sans pour cela redéfinir le judaïsme orthodoxe en dehors de son approche traditionnelle. En ce sens, le judaïsme sépharade est plus tolérant. Au sein de la communauté sépharade montréalaise, certains membres sont attirés par la mouvance Habad ou Bretslev.

Rabbi Schneur Zalman de Liadi, fondateur du groupe Chabad ou Loubavitch

1 Voir Bensoussan David, La Bible prise au berceau, Éditions Du Lys, tomeIII.

Dont des extraits sont disponibles sur : http://www.editionsdulys.com/uploads/3/8/9/9/3899427/bible_prise_u_berceau_-_extraits.pdf

2 Transmise oralement, par Rabbi Isaac Louria au XVIe siècle, la cabale lourianique a été exposée dans les écrits de ses disciples Haïm Vital et Joseph Ibn Tabul...

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DOSSIER SPÉCIAL

ÊTRE JUIF HASSIDIQUE ET QUÉBÉCOIS

Brève histoire de la communauté hassidique québécoise

STEVEN LAPIDUS

Par Steven Lapidus

Dr Steven Lapidus, chercheur montréalais, est un spécialiste de l'histoire du judaïsme orthodoxe, et son travail porte sur l'adaptation du judaïsme hassidique et harédi (ultra-orthodoxe) à la société nord-américaine. Il a également enseigné, donné des conférences et publié des articles sur les religions occidentales, la sexualité, l'histoire et la culture juives à l'Université Concordia, où il a obtenu son doctorat, ainsi qu'à l'Université d'État de New York à Plattsburgh, l’Université McGill et l'Université de Montréal. Il travaille présentement sur un livre sur le hassidisme canadien.

Quelques Juifs hassidiques à Montréal dès le début du 20e siècle Le hassidisme a commencé comme un mouvement de réveil parmi des Juifs de la région de Podolie en Ukraine occidentale. En mettant l'accent sur la sincérité et la joie dans le culte, mon arrière-arrièrearrière-arrière-arrière-grand-père, Israël ben Eliezer (1698-1760), connu sous le nom de Ba'al Shem Tov (littéralement le maitre du bon nom), réussit à implanter un judaïsme revitalisé et mystique1. Bien que, initialement le mouvement hassidique fut radical et révolutionnaire, jusqu’à avant la Deuxième Guerre mondiale, il devint la manifestation la plus conservatrice du judaïsme orthodoxe traditionnel. S'accrochant aux valeurs conventionnelles, les hassidim (adeptes du hassidisme) en Amérique du Nord incarnent une allégeance inébranlable et conformiste à la tradition, aux habits vestimentaires, à la langue yiddish et aux prénoms juifs ainsi qu’au comportement selon la loi juive. Contrairement à une perception répandue, il y eut des hassidim sur les rives du Canada depuis que la première grande vague d'immigrants juifs d'Europe orientale est arrivée dans ce pays au début des années 1880, fuyant les pogroms qui ont suivi l'assassinat du tsar Alexandre II. Les premiers immigrants juifs provenaient d’Ukraine, de Roumanie, de Pologne et de Lituanie et, dès le début du XXe siècle, Montréal pouvait se targuer d'un petit nombre de congrégations hassidiques russes, lituaniennes et polonaises comme Habad (ou Loubavitch), Kossov ou Vizhnitz. Il y avait aussi plusieurs rebbes (rabbins) hassidiques dans la ville, comme les rabbins Yehudah Yudel Rosenberg, Yohanan Twersky, David Flaum et Zanger. Toutefois la vie hassidique était encore centrée en Europe et le resta jusqu'à l'Holocauste. L'Amérique du Nord et l'Occident, en général, étaient perçus comme trop libéraux, trop ouverts, trop individualistes pour la survie religieuse. Malgré les difficultés de la vie en Europe de l'Est, la majorité des dirigeants hassidiques et harédi 2 n'ont pas préconisé l'émigration, ce qui a entraîné une diminution des arrivées hassidiques dans le monde occidental européen ou américain. Ainsi, la communauté hassidique de Montréal n'a pas grandi de façon significative entre les deux guerres. Cependant, il y a eu relativement une importante émigration hassidique à Montréal pendant l'Holocauste malgré les restrictions sévères d’immigration en vigueur. 26

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La venue des hassidim durant et après l’Holocauste À la fin de 1941, un petit groupe de réfugiés hassidiques est arrivé à Montréal via l'Extrême-Orient. Après avoir fui les territoires nazis et soviétiques, plusieurs milliers de Juifs polonais, de la Lituanie, autrefois indépendante, traversèrent l'Union soviétique pour se rendre à Kobe, au Japon, d'où ils furent transférés à Shanghai à l'automne 1941.Contrairement à son habitude, le gouvernement canadien – alors typiquement opposé à l'immigration juive – a offert quatre-vingts visas aux Juifs polonais vivant en Extrême-Orient. Les visas ne furent pas tous utilisés pendant les années de guerre et en novembre 1941, vingt-neuf rabbins et étudiants rabbiniques arrivèrent à Montréal via San Francisco, voyageant à bord du President Pierce, l'un des derniers navires à arriver aux États-Unis avant l'attaque de Pearl Harbor. Parmi les raisons pour lesquelles certains des visas n'ont pas été utilisés par leurs bénéficiaires est le fait que le navire avait prévu de naviguer le 30 septembre 1941, soit cette année-là la veille du jour de Yom Kippour. Or traverser « la ligne de changement de date »3 nécessitait deux jours de jeûne continu, d'où le fait que certains aient refusé de monter à bord. Mais parmi ceux qui l'ont fait et qui ont jeûné pendant quaranteneuf heures au cours de cette inoubliable « journée de jugement », se trouvaient la veuve et le fils du fameux Hafetz Haim de Radun, et le rabbin Pinchas Hirschprung, diplômé et examinateur à la yeshiva (académie talmudique) des Khokhmei Lublin et érudit de renommée mondiale, qui fut le Grand Rabbin de Montréal de 1969 à 1998. Il y avait aussi neuf émissaires du rabbi de Loubavitch, luimême basé à New York, chargés d'établir une yeshiva et d'organiser la communauté habad ici. Voyageant en train via Chicago, ces hassidim arrivèrent à Sarnia, en Ontario le 23 octobre 1941. Beaucoup des neuf émissaires loubavitch deviendront célèbres dans toute la communauté juive de Montréal, tels que les rabbins Yerachmiel Benjaminson et Meir Chaikin, qui servaient au sein du Vaad Harabbonim (conseil rabbinique de Montréal), Moshe Elya Gerlitzky, Leib Kramer de la yeshiva loubavitch, Yosef Rodal, et Yitzchok Hendel, qui était le leader de la communauté Loubavitch et siégeait au Beth Din (tribunal rabbinique) du Vaad Ha'ir (Conseil de la Communauté juive de Montréal). Initialement établie sur l’avenue du Parc, la yeshiva loubavitch Tomkhei Temimim, a déménagé à Snowdon durant les années 60, et la communauté habad s’est développée dans ce quartier.


ÊTRE JUIF HASSIDIQUE ET QUÉBÉCOIS

DOSSIER SPÉCIAL

Hassid Breslav

Qui sont les hassidim de Montréal ? La plus grande vague d'immigration hassidique au Canada a commencé dans la période de l’après-guerre et, au début des années 1950, Montréal pouvait se vanter d'une communauté et d'une infrastructure diversifiées. Il faut relever que parce que les forces nazies n'ont atteint la Hongrie qu'au début de 1944, un plus grand nombre de hassidim juifs hongrois ont survécu par rapport aux hassidim d'autres pays. Et même si les hassidim pouvaient venir de terres polonaises ou ukrainiennes, la communauté montréalaise est en grande partie d'origine hongroise. Le hassidisme hongrois, surtout dans les années d'avantguerre, était réputé pour son isolationnisme et son conservatisme extrême, rejetant les études et les langues séculières ainsi que le mouvement sioniste, et beaucoup de ces idées prirent racine parmi les hassidim de Montréal. À la fin des années 1940 et 1950, de nombreux émigrants hassidiques viennent à Montréal, y compris les rebbes de Sambor, de Tob, de Dzjibov et de Shotz, diversifiant la vie hassidique dans la ville. Yekutiel Yehudah Halberstam, le rebbe de Klausenberg, alors vivant à Williamsburg, a été actif dans la réhabilitation de la vie juive d'après-guerre. Grâce à son influence, la première institution hassidique d'aprèsguerre, Reishis Chochma, a été créée en 1951, abritant hassidim de Klausenberg, Satmar et Belz. En moins d'un an, Belz et Satmar ont ouvert leurs propres institutions. Initialement de petite taille et fréquemment déplacés dans le Plateau et Mile-End, les écoles, yeshivot et shitblach (petite synagogue se tenant dans une pièce d’un appartement) prolifèrent et la communauté prit forme, s'installant finalement dans la zone de chevauchement entre Mile-End et Outremont. En 1953, le grand rabbin Meshulam Feish Lowy, l'un des rares survivants de sa prestigieuse famille de rabbins de Tosh (Nirtyass en hongrois), est arrivé de Hongrie à Montréal pour reconstruire sa communauté. En dix ans, il acheta une parcelle de terre dans la campagne québécoise près de Boisbriand et établit un village hassidique séparé qui compte maintenant plusieurs milliers d'habitants. Bien que le rebbe de Tosh fut le seul rebbe hassidique dirigeant vivant à Montréal, beaucoup de hassidim entretiennent, bien sûr, des contacts fréquents avec leurs propres rebbes. Les Lubavitch n'ont pas de rebbe vivant, mais un centre à New York; Satmar, Vizhnitz-Monsey et Skver ont des rebbes dans l'État de New York et les rebbes de Vizhnitz dans leur branche de Bnei-Braq ainsi que Belz vivent en Israël. Il est significatif

que les schismes hassidiques à l'extérieur de la province se reflètent à Montréal, où il existe actuellement deux communautés Satmar et Tosh concurrentes et trois communautés Vizhnitz.

La réalité hassidique au Québec aujourd’hui La fin du XXe siècle a vu deux facteurs opposés surgir dans la communauté hassidique de Montréal. D'une part, le succès démographique du judaïsme orthodoxe d'après-guerre était visible dans la communauté hassidique montréalaise dont le taux double tous les 15 à 20 ans, et d’autre part, la pression croissante de la population majoritairement francophone d'Outremont. La population hassidique de Montréal, toujours difficile à estimer, compte pour 25 % de la population d'Outremont. En ajoutant Snowdon, à l'ouest d'Outremont, Tosh, Mile-End et les poches à Côte-Saint-Luc, il doit y avoir au moins 20 000 hassidiques dans le Grand Montréal, ce qui a entraîné une prolifération de synagogues, d'écoles, et des services de restauration dansla communauté hassidique. Près de la moitié des mariages hassidiques à Montréal4 se font entre Américains et Canadiens, donc la population abrite de nombreux immigrants américains, participant ainsi à l’anglicisation de la communauté. Puisque les systèmes scolaires facilitent l'identité des communautés, les plus grands groupes hassidiques de Montréal – Tosh, Lubavitch, Satmar, Belz et Skver - possèdent chacun des écoles autonomes, de la petite enfance au début de l'âge adulte. Les petites collectivités comme Vizhnitz, ont également ouvert des écoles qui ont favorisé une croissance et une expansion institutionnelles supplémentaires. À l'heure actuelle, il doit y avoir au moins vingt écoles hassidiques pour mineurs dans la grande région métropolitaine de Montréal.

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Il y a deux préoccupations pour la communauté hassidique. Premièrement, ils refusent d'enseigner à leurs élèves certains sujets, comme la sexualité, les religions autres que le judaïsme ou certaines parties de la science, y compris la reproduction et l'évolution. Deuxièmement, tous les garçons et hommes hassidiques doivent consacrer tout leur temps aux études de la Torah. En règle générale, la plupart des écoles élémentaires enseignent un programme de base ainsi que la majorité des écoles pour filles. Une fois que les garçons atteignent l'âge de bar-mitzva (majorité religieuse), leurs études séculaires sont considérablement diminuées et l'accent se porte sur les études religieuses, bien que certaines écoles secondaires conservent des sujets plus laïques. C’est pourquoi les écoles de filles obtiennent plus facilement l'approbation provinciale, tandis que les écoles pour garçons ont plus de difficultés à l'obtenir. Et de fait, Beth Rivkah, l'école secondaire de la communauté de Loubavitch, figure toujours parmi les dix meilleures écoles secondaires au Québec. Il y a d'autres groupes représentés à Montréal, quoiqu'en plus petit nombre, comme Klausenberg, Munckacs, Bobov, Tob, Djibov, Skulen et une synagogue nommée d’après le rebbe de Trisk. Dans la région de Mile-End-Outremont, des dizaines de magasins, de boutiques de vêtements, des épiceries aux remèdes homéopathiques répondent aux besoins communs. Il y a plus d'une douzaine de synagogues et plusieurs mikvaot (bains rituels). Typiquement, la communauté hassidique est parsemée d'une pléthore de services gratuits exprimant le souci d’autrui et la solidarité qui les unissent. Des produits tels que l'équipement médical, des paniers discrets de nourriture, des vêtements, des livres scolaires, des lieux, des lits supplémentaires pour les invités et des médicaments, ainsi que des

services allant de la visite des malades à la traduction, du babysitting à l'aide à l'immigration et du transport médical aux services de conseils, sont offerts gratuitement. Cependant, cette croissance a eu un prix. La présence hassidique à Outremont-Mile-End a suscité des détracteurs. Comme mentionné dans La Presse le premier jour de la fête juive du Nouvel An, à Rosh Hashanah 1988 : « La ville aux grands arbres où se concentre les beaux esprits et les portefeuilles bien garnis vient de découvrir qu'elle n'a plus une mineure juive, mais probablement un « Problème » juif. ». Les plaintes - comme le double stationnement, le nonrespect des restrictions de zonage, le bruit excessif, la surabondance des autobus scolaires, les souccot5 construites pour trop longtemps aux yeux de certains et l'excès d'événements publics - ont abouti à un certain nombre de règlements comme : les délais accordés pour la construction et déconstruction des souccot, le refus d'autoriser l'utilisation exceptionnelle (un jour par an pour la fête juive de Pourim) des autobus scolaires en dehors des heures régulières, et une récente interdiction de nouveaux espaces de culte à Outremont. Le résultat d'une telle acrimonie s’est ressenti dans les rues et les salles d'arrondissement d'Outremont. D'autre part, des groupes multiculturels et interconfessionnels sont apparus pour contester les perceptions négatives de la coexistence, mais des tensions subsistent. Bien que personne ne puisse prédire l'avenir, les hassidim n'ont aucun projet ou intention de se déplacer et le temps résoudra probablement les tensions, car la plupart des détracteurs sont âgés. Les jeunes générations sont, elles, plus propices à la coexistence pacifique.

Hassidim portant, les jours de fêtes, le traditionnel shtreimel (chapeau de fourrure)

Jeunes hassidim

1 Le Ba'al Shem Tov ou Besht (en abrégé) eut plusieurs élèves qui, devenus maîtres à leur tour, donnèrent lieux à

plusieurs courants ou groupes au sein du mouvement hassidique. Ces groupes portent généralement le nom de la ville où se sont établis ces élèves du Besht, rabbins de communautés. 2 Littéralement craignants-Dieu, ce terme désigne les ultra-orthodoxes de tendance hassidique ou non. 3 « Ligne imaginaire à la surface de la terre qui longe approximativement le 180e méridien (est et ouest) dans l'Océan pacifique et dont le rôle est d'indiquer l'endroit où il est nécessaire de changer de date quand on la traverse. », selon Wikipedia. 4 Rabbi Moscowicz, le rebbe de Shotz avait une synagogue sur l'avenue Darlington, mais bien qu’il vive toujours ici, il s’est retiré et n’a plus de congrégation. 5 Durant les huit jours de la fête juive de Souccot, les Juifs pratiquants construisent une cabane dans laquelle ils prennent notamment leurs repas (ndr).

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ÊTRE JUIF HASSIDIQUE ET QUÉBÉCOIS

Être sépharade et Juif hassidique

DOSSIER SPÉCIAL

ISRAËL CREMISI

SONIA SARAH LIPSYC

Entretien avec le rabbin Israël Cremisi par Sonia Sarah Lipsyc

Israël Cremisi est le rabbin de la Congrégation Tzoar, rue Wilderton, à Montréal. Cette Congrégation hassidiques rassemble des personnes de toutes origines, sépharades et ashkénazes qui appartiennent à divers groupes hassidiques tels que Loubavitch, Satmar, et Breslev. La pensée hassidique Breslev y est étudiée ainsi que d’autres maîtres du mouvement hassidique. Le rabbin Cremisi a bien voulu prendre le temps de répondre à nos questions. Dr Sonia Sarah Lipsyc est rédactrice en chef du LVS et directrice de Aleph - Centre d'études juives contemporaines

De quelle origine êtes-vous ? Et quand êtes-vous arrivé à Montréal ? Mon père est né en Tunisie d'origine italienne, ma mère à Tunis et moi je suis né à Nice, en France. Je suis venu à Montréal en 1994. Venez-vous d’une famille sépharade orthodoxe, traditionaliste ou autre ? Mes parents ont étudié à Aix-les-Bains en France, mon père à la yeshiva (école talmudique) et ma mère au séminaire. Ils se sont mariés dans cette ville et ont fondé un foyer juif ultra-orthodoxe, mais leurs parents étaient plutôt traditionalistes. À quel courant du hassidisme appartenez-vous et comment l’avezvous rencontré dans votre vie ? Mon père a découvert les mouvements hassidiques en faisant ses études à la yeshiva où il a rencontré dans les années 1960 de très grands maîtres hassidiques comme le rabbin Tzikel d'Anvers (Belgique), son gendre le rabbin Yankel, rabbin du groupe hassidique Satmar ainsi que son maître qui venait de Hongrie, le rabbin Eliaou Eliouvitz qui l’a introduit aux mouvements hassidiques. Par la suite, mon père a étudié à la yeshiva de Brunoy, à côté de Paris, où il a étudié avec le rabbin Nissan Nemirov qui appartenait au mouvement Loubavitch. Vers les années 1975, mon père a découvert les enseignements de rabbi Nachman de Breslev (1772-1810) qui était pratiquement inconnu du public français à cette époque. J’ai donc grandi au sein du mouvement Breslev depuis que je suis petit en gardant les rites sépharades.

Rabbin Cremisi portant un sefer Torah (rouleaux de la Torah)

Que vous a apporté cette identification avec le hassidisme par rapport à votre tradition sépharade ? Le hassidisme tel que nous le pratiquons ne s’exprime pas dans les rites de prières ni dans notre façon de suivre la halakha (loi juive) et les coutumes, mais plutôt dans la façon de penser et dans la manière d’accomplir avec ferveur nos mitzvoth (commandements). Ainsi, la hassidout (pensée hassidique), dans ses réponses à des questions philosophiques ou des questions profondes sur la Torah, nous apporte un plus dans la joie, la prière, la beauté des commandements, et le rapport entre nous et D’. Maintenez-vous des coutumes sépharades ? Si oui, lesquelles ? Chez nous les coutumes sont davantage des lois que juste des coutumes. Et nous les appliquons d’après la manière sépharade par exemple pour le seder (premier soir) de la fête de Pessah (Pâques)… Nous suivons aussi la tradition sépharade des plats culinaires, etc. Selon quel rite (noussah) priez-vous ? Je fais la prière selon le rite sépharade et respecte toutes les lois d'après les orientations sépharades du rabbin Yossef Karo (14881575), auteur du recueil des lois, le Shoulkhan Arouch, référentiel pour le judaïsme orthodoxe, ndr), en me référant, bien sûr, aussi à des décisionnaires plus contemporains. Que répondez-vous à celles ou ceux qui penseraient qu’il n’est pas compatible d’être sépharade et hassidique à moins de renier l’un de ses aspects ? Je crois que c'est de l'ignorance, car nos sage sépharades ont toujours étudié la hassidout et apprécié leurs enseignements et l'élévation de l'âme que cela leur a apportés. Du Maroc et de l'Irak en passant par la Turquie, nos sages connaissaient les enseignements hassidiques. Comment poursuivez-vous votre héritage sépharade ? Comme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises quand on me demande comment voyez-vous le séfaradisme au 21e siècle, je réponds tant qu'il y aura des élèves se consacrant à l’étude de la Torah qui étudieront les lois sépharades, alors il restera un judaïsme sépharade fort. Mon héritage, je le vis au travers des dizaines d'heures de cours basées sur le Shoulkhan Arouch, le comment du pourquoi de chaque loi. À mes enfants, je dis toujours d'apprendre de nos maîtres sépharades leur Torah ainsi que leurs midot (qualités) comme l’humilité et leur ferveur à l’égard de D’. MAGAZINE LVS

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Le monde hassidique aujourd'hui

MINDY POLLAK

ELIAS LEVY

Entretien avec Mindy Pollak, conseillère municipale d'Outremont par Elias Levy

Mindy Pollak est la première femme juive hassidique à assumer des fonctions politiques. Une véritable révolution dans le monde juif ultra-orthodoxe. Élue en 2013 sous la bannière du parti Projet Montréal, Mindy Pollak souhaite ardemment « faire une différence » et « amener un vent de changement » au sein de son quartier qu’elle aime tant. Mindy Pollak est la conseillère municipale du district Claude Ryan d’Outremont, situé à proximité du Plateau Mont-Royal. Les Juifs hassidiques représentent à peu près 25 % de la population d’Outremont, qui compte environ 25 000 personnes. Entretien avec une militante inlassable du vivre-ensemble et une bâtisseuse de ponts interculturels. Elias Levy est journaliste à l'hebdomadaire The Canadian Jewish News (CJN).

Présentez-vous à nos lecteurs. Je suis née à Montréal il y a vingt-neuf ans. Je suis membre de la communauté Vizhnitz, la troisième plus importante communauté hassidique d’Outremont, après celles des Satmar et des Belz. Avant de me lancer en politique, j’étais esthéticienne de profession. Ma clientèle était majoritairement francophone. Je n’avais jamais envisagé de faire un jour de la politique active. Ce choix s’est imposé à moi naturellement. En 2011, après la tenue d’un référendum visant à stopper un projet de rénovation d’une synagogue située sur la rue Hutchinson, j’ai cofondé les Amis de la rue Hutchinson avec Leila Marshy, une résidente d’Outremont d’origine palestinienne très sensible aux revendications formulées par la communauté hassidique, qui venait de perdre ce référendum. Cette association de voisins s’est fixé comme mission de bâtir des ponts entre les membres de la communauté juive hassidique et les résidents non-juifs d’Outremont et de favoriser un dialogue interculturel constructif. Depuis sa fondation, les Amis de la rue Hutchinson ont participé aux « Journées des bons voisins », qui ont lieu chaque année sur la rue Saint-Viateur, et organisé des rencontres publiques pour tisser des liens entre les différentes communautés vivant à Outremont. Votre implication en politique a-t-elle suscité des oppositions dans votre communauté ? C’était la première fois qu’une femme membre d’une communauté hassidique se lançait officiellement en politique. Beaucoup de femmes de ma communauté ont été surprises par ma décision de briguer un siège au Conseil municipal d’Outremont. Elles étaient curieuses de connaître les raisons qui m’ont motivée à me lancer en politique. Elles m’ont posé beaucoup de questions à ce sujet. Je ne vous cacherai pas que je me suis aussi heurtée à une opposition de la part de certains membres de ma communauté, mais celle-ci était plutôt faible. Croyez-vous que votre implication en politique municipale contribuera à réhabiliter l’image, souvent caricaturée, des femmes hassidiques ? Des préjugés tenaces sur les femmes hassidiques ont toujours la vie dure. Je peux vous assurer que le cliché des femmes hassidiques vivant cloîtrées dans leur maison est très éculé. Beaucoup de 30

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femmes de ma communauté sont actives professionnellement et socialement. Plusieurs d’entre elles participent régulièrement aux réunions du Conseil municipal d’Outremont, où elles expriment leurs points de vue sans aucune gêne. Elles prennent leur place en public. Les femmes hassidiques sont très progressistes. Les rabbins de votre communauté vous ont-ils déconseillé de faire le saut en politique ? Non. Les rabbins de ma communauté ne se mêlent pas de politique. Ils s’occupent uniquement des affaires spirituelles. Par contre, avant d’annoncer ma candidature au poste de conseillère du district Claude Ryan d’Outremont, j’ai consulté les rabbins de ma communauté pour m’assurer que ma décision était acceptable d’un point de vue halakhique (de la loi juive) et leur demander quelques conseils, qu’ils m’ont prodigués affablement. Je tenais à avoir leur approbation informelle, que j’ai obtenue. Comment qualifieriez-vous l’état actuel des relations entre la communauté hassidique et les autorités municipales d’Outremont ? Je parlerais plutôt de fermeture d’esprit de la part des membres du Conseil d’arrondissement d’Outremont. J’ai demandé plusieurs fois à la mairesse de l’arrondissement d’Outremont, Marie Saint-Mars, et aux membres de son Conseil de s’asseoir avec des représentants de la communauté hassidique pour réexaminer les différentes options et essayer de trouver un compromis viable. Je leur ai souvent dit que leur option radicale entraînerait une conséquence très inéquitable : interdire dans le futur à une communauté religieuse grandissante l’ouverture de tout nouveau lieu de culte. Ils ont rejeté ma proposition de dialogue. Les relations entre les résidents juifs et non-juifs d’Outremont sont-elles meilleures ? Oui. Dans le quotidien, au jour le jour, les résidents d’Outremont, juifs et non-juifs, cohabitent harmonieusement. J’entends tous les jours de très belles histoires et anecdotes sur ce vivre-ensemble paisible et respectueux. Les problèmes se posent au niveau du Conseil d’arrondissement de la ville d’Outremont. Celui-ci prend souvent des décisions importantes sans consulter préalablement la population outremontaise.


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Couple hassidique en ballade, le Shabbat, à Outremont

« Beaucoup de non-Juifs appuient la communauté hassidique d'Outremont »

En vous écoutant, on a l’impression que le processus de consultation publique en vigueur dans la ville d’Outremont n’est pas très démocratique ? Le Conseil d’arrondissement d’Outremont respecte démocratiquement la lettre de la loi, mais pas toujours l’esprit de la loi. L’atmosphère à Outremont est-elle demeurée tendue depuis la tenue du dernier référendum cet automne ? Oui, l’atmosphère est assez tendue. Il y a eu beaucoup de désinformation. Ceux qui s’opposaient fermement au projet de la communauté hassidique ont fait circuler la rumeur fallacieuse que des dizaines de nouvelles synagogues allaient être créées sur la rue commerciale en question si la ville donnait le feu vert aux Hassidim. C’est une allégation non fondée et totalement fausse. Mais, malheureusement, cette rumeur a fait son chemin. Des résidents non-juifs vous appuient-ils ? Oui. De nombreux résidents non-juifs ont appuyé la communauté hassidique d’Outremont lors du dernier référendum. Ces derniers nous ont dit que ce qui les a motivés à soutenir la communauté hassidique dans son combat, c’est l’effet délétère de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. « Trump joue sur les différences des gens pour les diviser », nous ont-ils confié. Horripilés par l’approche exclusionniste prônée par Donald Trump, ces résidents non-juifs ont décidé de se mobiliser pour mettre en

garde la population d’Outremont contre les effets néfastes pour notre ville d’une consultation référendaire qui serait source de divisions et de malentendus. Il est vrai que les divisions laissent toujours des stigmates profonds. En faisant du porte-à-porte, je me suis rendu compte que la plupart des gens ne sont pas au courant de ce qui se passe à Outremont ou s’en foutent complètement. C’est une minorité très bruyante, et qui prend beaucoup de place dans l’espace public, qui s’oppose farouchement aux projets de la communauté hassidique. Mon objectif est de mobiliser la majorité silencieuse. Envisagez-vous avec optimisme les perspectives d’avenir de la communauté hassidique d’Outremont ? C’est un grand honneur pour moi de desservir les résidents d’Outremont qui m’ont accordé leur confiance lors des élections municipales de 2013. J’espère qu’un jour prochain les membres du Conseil d’arrondissement d’Outremont feront preuve d’une plus grande ouverture d’esprit qui permettra d’établir de nouveaux ponts entre cette instance décisionnelle et la communauté hassidique. Pour l’instant, il n’y a quasiment aucun dialogue entre les deux parties. Mon parti, Projet Montréal, souhaite réellement bâtir des ponts entre l’arrondissement et la communauté hassidique. Nous voulons aussi créer un nouveau sens communautaire et une revitalisation de notre quartier par le biais d’une approche consultative et transparente, en encourageant les initiatives citoyennes.

1 Le 20 novembre 2016, les citoyens d’Outremont ont participé à un référendum pour se prononcer sur le règlement AO-320-B adopté majoritairement par le Conseil d'arrondis

sement et qui interdit l’ouverture de nouveaux lieux de culte sur l'avenue Bernard, où s'entremêlent commerces et résidences. Résultat du scrutin : 1 541personnes ont voté en faveur du règlement AO-320-B et 1 202 ont voté contre. Les Juifs hassidiques avaient obtenu un permis pour y construire une synagogue.

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Mieux connaître le monde hassidique québécois

ANNIE OUSSET-KRIEF

Par Annie Ousset-Krief

Annie Ousset-Krief est Maître de conférences en civilisation américaine à l’Université Sorbonne Nouvelle à Paris. Elle est l’auteure d’un livre qui vient de paraître « Les Hassidim de la Belle Province. De la Pologne à Montréal », édition l’Harmattan, Paris, 2017.

Des hommes vêtus de longs caftans noirs, portant barbes et papillotes, un schtreimel (ce chapeau bordé de fourrure) sur la tête, l’image est familière aux résidents d’Outremont. Image qui intrigue et fascine tout à la fois, intrusion du passé dans la modernité… Des 25 000 habitants de l’arrondissement d’Outremont, environ un quart sont des Hassidim – hassid, homme pieux en hébreu désignant ici un membre du mouvement hassidique… Ces Juifs ultra-orthodoxes se sont installés à Montréal à la fin de la Seconde Guerre mondiale et ont enraciné leur spécificité religieuse, culturelle et linguistique (ils parlent yiddish, ce mélange d’allemand et d’hébreu) héritée de la Pologne et d’autres pays d’Europe centrale du XVIIIe siècle, dans un environnement majoritairement francophone.

En 2006 également, l’écrivaine Myriam Beaudoin a publié Hadassa (éditions Leméac), un roman inspiré de son expérience de professeur de français dans une école hassidique d’Outremont. Hadassa nous entraîne sur les pas de cette jeune femme goy qui découvre de l’intérieur un monde inconnu jusqu’alors. « Moi, ce que je vois d’abord, ce sont des femmes qui sont amoureuses de leurs enfants, de leur famille, de leurs fêtes et de leurs rites. Des femmes souriantes et fières de leurs dix enfants ! J’ai trouvé ça vraiment magnifique… », déclaret-elle dans un interview 2. Ce regard bienveillant posé sur la communauté hassidique permet aux lecteurs de pénétrer, pour un temps bref, un monde autrement inaccessible. Un éloge de la différence, du respect de l’Autre dans sa spécificité, une expérience d’ouverture qui rend possible une autre appréhension de la réalité…

Le grand public connaît mal l’univers hassidique, réputé clos et replié sur lui-même. Une littérature conséquente s’est consacrée à ceux qui ont quitté leur communauté, comme le témoigne la dernière étude publiée par la sociologue Sandrine Malarde, La vie secrète des Hassidim, organisation et sorties des communautés ultra-orthodoxes (éditions XYZ, Montréal 2016). Ces jeunes Hassidim parlent de leur communauté comme d’un « ghetto sans portes », et cherchent à échapper à la pression du groupe. Dans cette même veine, le cinéaste québécois Maxime Giroux a réalisé Felix et Meira, film relatant une histoire d’amour entre une jeune mère de famille hassidique et un Montréalais francophone – rencontre incertaine entre deux univers totalement opposés, l’un dominé par les règles, et l’autre exaltant l’individualisme et la liberté. Ce film a été primé au festival international du film de Toronto en 2014, récompense amplement méritée par la délicatesse avec laquelle ce sujet romantique et mélancolique était traité. Mais c’est aussi l’illustration de la vision prédominante aujourd’hui, celle d’un hassidisme qui enferme l’individu dans un véritable carcan. On ne peut cependant réduire cette communauté à ses contraintes et ses aspects négatifs. Ces dernières années, le public a pu découvrir un autre visage de l’univers hassidique, notamment à travers un petit ouvrage publié en 2006, Lekhaim ! Chroniques de la vie hassidique à Montréal (éditions du Passage). Son auteure, Malka Zipora (un pseudonyme), relate les petites histoires qui font son quotidien. Mère de douze enfants, elle évoque avec amour sa « maisonnée emplie d’anges1 » et nous fait partager en 22 courts récits son bonheur d’être. Malka Tsipora nous permet une incursion dans sa vie, et nous en ressortons convaincus par sa joie et sa sérénité. 32

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Un documentaire réalisé en 2013 s’est intéressé aux femmes hassidiques : Shekinah : The intimate Life of Hasidic Women. Pendant trois ans, le réalisateur Abbey Jack Neidik a suivi les trente jeunes filles pensionnaires d’un institut de formation de professeurs de la communauté Loubavitch, le collège Beis Moshe Chaim, situé à Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides. Cette école fut créée en 2001 par la rebbetzin3 Chana Carlebach, après la mort de son sixième enfant à l’âge de trois mois. Elle porte son nom : Moshe Chaim, et est « un hommage éternel à sa mémoire », déclare Chana Carlebach. Plus de 300 étudiantes venues de tous les pays ont été


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et œuvrer au rapprochement entre Hassidim et résidents d’autres confessions. Et dans ce processus, m’explique-t-elle lors d’une rencontre après son élection, montrer que les femmes hassidiques ne sont pas les femmes soumises que l’on décrit… Leïla Marshy se décrit comme une féministe, moderne, laïque, mais qui refuse de voir tout un groupe – les Hassidim – dénigré et traité de façon injuste. Elle s’est donc engagée dans ce travail de rapprochement intercommunautaire lent, mais fructueux. Elle a également été la directrice de campagne de Mindy Pollak lors des élections municipales de 2013 – un duo amical et professionnel efficace.

formées dans ce séminaire. Le film nous montre des jeunes filles dynamiques, modernes, coquettes, habitées par leur foi et conscientes du rôle qu’elles peuvent jouer dans la communauté. Comme l’affirme la productrice du documentaire, Monica Lightstone, « ces jeunes filles sont pleines de vie. Elles sont intelligentes et franches. Elles ne sont pas réprimées ». Les jeunes filles « qui portent des jupes longues » — ainsi les caractérise-t-on dans le village – évoluent avec une parfaite aisance dans Sainte-Agathe. Chaque semaine, elles distribuent aux habitants les hallot (pains du Shabbat) et fournissent une newsletter qui informe sur les fêtes juives et les activités de leur établissement. Devant la caméra, les habitants expriment leur satisfaction devant la gentillesse de ces jeunes filles et leur volonté de dialoguer. En 2011, Chana Carlebach s’est vue attribuer par la municipalité la récompense de « leadership », belle reconnaissance pour son entreprise éducative qui a su trouver sa place dans l’espace commun. Car partager l’espace urbain peut représenter un défi. À Outremont, la présence d’une large communauté juive orthodoxe, distincte et visible, a créé des tensions auxquelles un certain nombre d’acteurs ont tenté de répondre. En effet, même si les Hassidim vivent une vie séparée, il demeure nécessairement des zones de contact et pour réussir cette cohabitation, pour distante qu’elle puisse être, un minimum d’efforts s’impose. Les habitants non juifs d’Outremont réagissent négativement à deux choses : la langue étrangère – et étrange, pour beaucoup – que parlent leurs voisins entre eux et leur refus de socialiser selon leurs termes : les hommes ne serrent pas la main des femmes, les enfants ne jouent pas ensemble… Un reportage réalisé il y a presque 20 ans relevait le malaise qui régnait à Outremont : Bonjour ! Shalom ! du réalisateur Gary Beitel, explorait les difficultés de la cohabitation, et le sentiment qu’avaient les habitants franco-canadiens d’être dépossédés de leur territoire par « les hommes en noir », ces « vestiges du passé ». Les critiques aujourd’hui demeurent les mêmes. L’impression d’un mur invisible, dressé entre les deux communautés, persiste. En novembre 2011, des habitants ont alors pris l’initiative de créer un groupe : les Amis de la rue Hutchison/The Friends of Hutchison Street. Les deux fondatrices, Leïla Marshy, Montréalaise d’origine palestinienne, et Mindy Pollak, jeune femme hassidique, ont uni leurs efforts pour améliorer les relations entre les Hassidim et les autres habitants d’Outremont. Informer, améliorer le dialogue en « décodant le quartier », comme le disait un participant à une réunion, chacun souhaite établir des contacts. Mindy Pollak a été élue conseillère municipale d’Outremont en novembre 2013. Elle s’est engagée en politique par souci communautaire au sens large : travailler au service des habitants d’Outremont,

Des Hassidim ont aussi entrepris d’expliquer leurs coutumes : en 2013, un groupe de jeunes hommes a créé outremonthassid.org, un blogue en français et en anglais pour informer sur la culture hassidique, les fêtes et traditions juives, etc. Le responsable du blogue est un Américain installé à Montréal depuis son mariage, Cheskie Weiss. Il affiche sa volonté d’instaurer un dialogue avec tous les habitants d’Outremont, de bâtir des ponts entre les groupes. Cette volonté d’ouverture se poursuit sous différentes formes. Ainsi, l’été dernier, un rabbin sépharade, francophone et hassidique, Israel Cremisi, s’était installé au Marché des Possibles, marché communautaire qui se tient le week-end pendant l’été rue SaintDominique, pour répondre aux questions des visiteurs : les initiateurs avaient intitulé cet événement « Demandez au rabbin »… La fête des Lumières de Hanoukka, célébrée en hiver, est aussi l’occasion de rassembler et familiariser les résidents non-juifs avec les coutumes religieuses de leurs voisins hassidiques : en présence de responsables locaux, la menorah (candélabre) a été allumée devant la bibliothèque Mordecai Richler du Mile-End – l’occasion de célébrer l’espoir et la tâche qu’il incombe à chacun de créer un monde meilleur… Cet automne, Outremont a été le cadre d’une bataille autour des lieux de culte : alors que des Hassidim avaient demandé une extension de leur shul (synagogue), le conseil municipal s’y était opposé et avait adopté un arrêté selon lequel plus aucun bâtiment religieux ne pourrait être construit sur la rue Bernard et la rue Laurier, afin de « conserver et favoriser la vocation commerciale de ces deux artères ». Après un référendum qui confirma la décision du conseil municipal, certains habitants, choqués de voir qu’en fait les Hassidim – et eux seuls – étaient visés par cette mesure, décidèrent de montrer leur solidarité : ce fut l’événement « Un nouvel Outremont pour tous ». Le 5 décembre 2016, dans le parc d’Outremont, à la nuit tombée, plus de deux cents personnes se sont rassemblées, Hassidim et nonHassidim côte à côte, chacun portant un lumignon : « nous nous sommes réunis pour bâtir des ponts ensemble », tel était le message envoyé à toute la population d’Outremont. L’ensemble de ces initiatives laisse augurer d’un souhait de cohabitation apaisée entre Hassidim et non-Hassidim. Les démarches engagées témoignent toutes de la volonté d’établir des liens, en dépit des différences et spécificités qui ont parfois été un obstacle à la coexistence. Les Hassidim, qui apparaissent souvent comme une exception culturelle et religieuse, affirment leur résilience identitaire dans un monde en constante évolution – leur présence est pour beaucoup une énigme, qui se dévoile partiellement, et continue de fasciner.

1 The Gazette, 6 mai 2006. 2 Christian Desmeules, « L’autre monde de Myriam Beaudoin », dans Le Devoir.

Cahier spécial du Salon du livre de Montréal, 12 novembre 2006.

3 Mot yiddish désignant la femme d’un rabbin. Chana Carlebach est la femme du rabbin

de Sainte-Agathe-des-Monts, Emanuel Carlebach.

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MAURICE CHALOM

L’oubli d’autrui Par Maurice Chalom

Essayiste, romancier et directeur de publications, Dr Maurice Chalom est titulaire d'un doctorat en éducation de l'Université de Montréal. Depuis une trentaine d'années, ses domaines d'expertise sont les mouvements migratoires, les relations interculturelles et la gestion de la diversité. Au plan communautaire, Maurice Chalom est chroniqueur à La Voix Sépharade (LVS) et programmateur au Festival du cinéma israélien de Montréal (FCIM).

L’article est coiffé d’un titre sibyllin qui attire l’attention. Outremont refuse de tenir sa kermesse un dimanche. Lecture. La mairesse Marie Cinq-Mars refuse qu’Outremont tienne sa Kermesse soleil un dimanche pour accommoder la communauté hassidique. Une fois de plus, Outremont et ses craignants Dieu font la une; à croire que les journalistes n’ont rien d’autre de juteux à se mettre sous la dent. Cette histoire de jour de kermesse est le tout récent épisode de la pitoyable saga des relations intercommunautaires dans cette ex-municipalité qui défraie les manchettes depuis des lustres. Cette demande n’émane même pas de la communauté juive ultra-orthodoxe, mais du Comité de promotion du pluralisme au sein des écoles d’Outremont qui l’a déposée au conseil d’arrondissement. Cette kermesse est, depuis une trentaine d’années, un évènement rassembleur, proposant jeux gonflables, carrousel et spectacles, dans une ambiance bon enfant au parc Beaubien.

Ayant lieu un samedi de juin - tradition oblige - les Juifs hassidiques sont les grands absents de la Kermesse soleil, trop affairés à l’observance scrupuleuse des prescriptions sabbatiques. Pour les membres dudit Comité de promotion, il suffirait de déplacer l’évènement du samedi au dimanche pour que leurs concitoyens juifs religieux goutent, eux aussi, aux joies des structures gonflables et autres attractions ludo-récréatives. « Quand j’organise, par exemple, un barbecue pour mes amis, j’essaie de trouver la date qui convient le mieux à tout le monde. Si plusieurs d’entre eux ne peuvent se déplacer, parce qu’ils ont un autre engagement, j’essaie de trouver une date qui convient au plus grand nombre » illustre un des porte-parole du Comité qui estime que la participation des familles juives hassidiques ferait de la Kermesse soleil un événement plus inclusif et un exemple du vivre-ensemble. Oh, bonne mère, le Comité ne sait donc pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? Comme il fallait s’y attendre, c’est une fin de non-recevoir que la mairesse oppose aux membres du Comité. Elle justifie son niet du fait que, la Kermesse soleil se terminant vers 22 heures 30 par un souper spaghetti et une soirée dansante au profit des associations sportives de l’arrondissement, il est hors de question de déplacer l’évènement au dimanche car, le lendemain étant jour d’école, les jeunes ne peuvent se coucher tard. Émouvant de voir un édile se préoccuper du sommeil réparateur des écoliers à la veille des vacances d’été… Proposition rejetée. Camouflet pour les uns, maintien des traditions pour les autres.

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L’hostile Autre En matière de tensions intercommunautaires, aucun arrondissement n’a fait autant parler de lui depuis aussi longtemps que celui d’Outremont, qui fait mentir l’adage « Dans les petits pots, les meilleurs onguents » Dans cet arrondissement, le plus petit de Montréal, la concorde a connu bien des ratés au cours des dernières décennies. Depuis 1985, quand la municipalité d’Outremont (avant la fusion), sensible aux pressions de la communauté hassidique, a tenté de bannir le port du maillot de bain dans les parcs, puis fermé les yeux sur les infractions aux règlements municipaux de stationnement lors de fêtes juives, avant de légiférer, dans le sens des demandes des craignant-Dieu, en accordant 14 jours au montage et au démontage des souccah - ce qui a donné de l’urticaire à plus d’un voisin qui dénoncent une pollution visuelle, et poussé un Ouf de soulagement lors de l’affaire du « givrage » des fenêtres du YMCA (entente entre deux entités privées), mais propulsé l’arrondissement au premier rang du débat sur les accommodements raisonnables : la cohabitation a fait place à la colère et au ressentiment. Aujourd’hui, avec le règlement de zonage, interdisant l’ouverture de tout nouveau lieu de culte sur les deux principales artères commerciales de l’arrondissement et le référendum en faveur du Oui sur Bernard : ça sent le souffre. Avec ses 3,84 km2, Outremont constitue le plus petit des dix-neuf arrondissements de la métropole. 24 486 résidents y habitent, la plupart Québécois francophones pur jus. Parmi eux, quelque 1 200 familles juives, soit 19 % de la population, selon les données du recensement de statistiques Canada de 2011. En 2016, ils seraient 8 000, d’après la coalition des organismes hassidiques d’Outremont. Les estimations varient et la communauté hassidique représenterait entre un cinquième et un quart de la population totale de l’arrondissement. La très grande majorité vit regroupée sur une bande de 500 mètres de large (entre les rues Hutchison et Outremont) par 1,3 kilomètre de long (entre Laurier et Van Horne), autant dire dans un mouchoir de poche de 0,65 km2. Côté dévotion religieuse, Outremont compte quatre synagogues (Durocher, Saint-Viateur, Van Horne et Bernard), sans oublier une cinquième, sur Champagneur, à la suite de l’octroi d’un permis délivré en 2015. À un jet de pierre, dans le Mile-End, à 90 mètres à pied de la ligne de démarcation entre les deux arrondissements, les craignant Dieu fréquentent 6 autres lieux de prière sur l’avenue du Parc, entre Saint-Viateur et Van-Horne.


ÊTRE JUIF HASSIDIQUE ET QUÉBÉCOIS Les irritants (bonjour l’euphémisme) rencontrés à Outremont sont uniques dans les annales municipales. Pour Annick Germain, chercheure à l’INRS, « il est impératif que la Ville de Montréal intervienne sur l’enjeu des lieux de culte. Les arrondissements sont coincés, ça devient virulent et dans le cas d’Outremont, plus ça va, pire c’est. » Une chose est sure : les résidents sont divisés comme jamais et les tensions s’exacerbent entre ceux qui considèrent que les Juifs orthodoxes abusent de leur influence, perpétuent leur rôle d’éternelles victimes et brandissent les atteintes à la liberté de religion, et pour qui l’augmentation des lieux de culte attise les tensions et tue la vie de quartier, et ceux qui considèrent que les élus, en interdisant tout nouveau lieu de culte, ont choisi de semer la division dans la population. Pour les représentants des craignant-Dieu, un tel règlement porte atteinte à leurs droits fondamentaux et empeste, ni plus ni moins, l’antisémitisme, la xénophobie et le racisme. Bref, pour certains, une communauté abuserait de son statut de minoritaire pour exiger du pouvoir politique davantage d’accommodements, alors que pour d’autres, ledit pouvoir politique, en refusant de reconnaître le particularisme culturel et cultuel et de répondre aux besoins spécifiques d’une partie non négligeable des résidents de l’arrondissement, ferait preuve d’ostracisme et d’exclusion. Ces résidents ont le sentiment de ne pas être considérés comme citoyens à part entière, mais de seconde zone. Odeur de souffre. Comment se fait-il que personne, parmi les responsables municipaux – élus politiques et hauts fonctionnaires – n’ait vu pourrir la situation, alors que les signes avant-coureurs de la fracture sont lisibles depuis un quart de siècle ? Comment expliquer une telle cécité, un manque aussi flagrant de clairvoyance ? En regardant à nouveau Bonjour ! Shalom !, le documentaire de Gary Beitel, je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire (jaune, je l’avoue) face aux propos de ces dames qui, pendant leur partie de bridge, dissertent sur la nécessité de « résister à l’invasion de ces gens pas comme nous et qui ressemblent à du blé d’Inde », à ceux de cet ex-président du comité intercommunautaire d’Outremont déplorant qu’« on commence à le voir, dans nos rues, il y a une recrudescence de jeunes Juifs qui prennent de la place, ça, c’est certain. Et on ne peut pas faire autrement que de les voir; ça crève les yeux », de cet ancien chroniqueur à La Presse qui se désole de voir son « petit paradis entre nous ne plus être ce qu’il a déjà été » ou à ceux de cette citoyenne se plaignant que « les juifs hassidiques lui volent son 50 % du trottoir ». Par ailleurs, nuls propos malveillants à l’égard des Québécois francophones ne se font entendre de la part des Juifs hassidiques et pour cause. La politique de mise des craignant Dieu repose sur « l’oubli d’autrui », tout comme ils aimeraient que « l’autre camp » oublie leur présence. C’est du reste sans aucun filtre qu’un de leurs représentants justifie leur retrait volontaire et le repli communautaire. « Nous ne fréquentons pas nos voisins, autant que les autres le font, simplement parce que nous refusons que nos enfants entrent dans une maison de non-juifs, qu’ils aient l’occasion de manger non cachère ou de regarder la télévision. Ce n’est pas par manque de politesse, mais bien par volonté de nous isoler des fléaux du 20e siècle. » En réalisant Bonjour ! Shalom !, Gary Beitel fait le pari de la cohabitation entre Juifs hassidiques et Québécois francophones, et invite à une meilleure compréhension entre cultures différentes. En creux, cependant, il met à vif les écueils et les maux qui rendent l’avènement du vivre-ensemble illusoire. Il exhume les peurs de disparaître, projetées de part et d’autre; le désintérêt, la méfiance, voire le mépris pour l’altérité; l’occupation de l’espace public; la résistance à l’invasion (un mot qui revient souvent); la revendication du quant-à-soi, de l’entre-soi et l’inévitable confrontation des identités irréductibles;

DOSSIER SPÉCIAL

les seuils de tolérance face au nombre et au style de socialité autre. Ces maux, prodromiques du « code de vie » d’Hérouxville, de la saga des accommodements raisonnables et de la précellence des droits individuels sur le bien commun, le cinéaste les a diagnostiqués dès 1991. Vingt-cinq après – vingt-cinq ans déjà – et toujours ce climat malsain, délétère. Du maillot de bain au parc à la Kermesse soleil, les mêmes maux résonnent d’actualité, réfractaires à l’usure du temps.

Sur la sellette Comment ne pas voir une conséquence directe de la montée en puissance des droits et libertés individuels, et la segmentation du « nous » commun en « nous » communautariste sur le mode de gouvernance du Politique ? Une mode très prisée des édiles consiste, de plus en plus, à réunir des associations et mettre sur pied des comités consultatifs, aviseurs ou décisionnels pour « co-légiférer ». Asseoir la société civile et les personnels politiques autour d’une même table part d’un bon sentiment, au risque d’un détournement démocratique. Cet « affectio-associatif », pour les minorités aux « identités particulières », consiste à créer un peuple de substitution, en optant pour un clientélisme communautaire. Réduire les citoyens à leur groupe de référence procède d’une approche communautariste qui décourage l’édification de toute action collective. Au déficit de leadership politique visionnaire, comités consultatifs, référendums et autres approches clientélistes répondent par une inflation de… leader cheap. Bref, il ne sert plus à rien d’avoir une vision clairement définie de l’intérêt général, la dissonance suffit. L’approche communautariste génère du brouhaha, là où on attendrait plutôt du débat; du dissensus, mais dans un cadre faisant consensus. Résultat : on assiste à des batailles homériques, par lignes ouvertes, sondages et référendums interposés, sur des questions mineures : pour ou contre le port du maillot de bain dans le parc; tolérance de stationnement pour motifs religieux; partage équitable des trottoirs. Sur une échelle de un à cinq : totalement en accord, totalement en désaccord, cochez oui, cochez non. La vision claire du bien commun est chassée au profit de la tactique, quand il s’agit de plaire aux opinions. Débats d’idées, défis et enjeux stratégiques liés au vivre-ensemble façonnent de moins en moins le discours politique, depuis que le recours aux Chartes et aux tribunaux, les sondages d’opinion et autres campagnes de relations publiques ont pris le relais. Les édiles, plus gestionnaires que visionnaires, davantage comptables que leaders, gèrent la diversité. Lente dérive de la démocratie à la démocratie d’opinion et de la démocratie d’opinion à la dictature d’opinion… En douceur, mine de rien. « N’espérez jamais les gagner à votre cause, renverser le préjugé, les changer, jamais… » exhorte Albert Cohen, le père de Solal, ce héros de roman, ce roi des Juifs et prince de la gentilité. L’objurgation semble avoir été entendue tant par les Québécois francophones que les craignant-Dieu d’Outremont, où le vivre-ensemble est de plus en plus factice, chimérique. Reste aux édiles, si possible encore, de préserver ce qui peut l’être encore : le droit à l’indifférence.

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Les gardiens du Temple : une famille juive du Myanmar ou de Birmanie

SYLVIE HALPERN

Par Sylvie Halpern

Ils étaient plusieurs milliers de Juifs au Myanmar, aujourd’hui il n’en reste que 20. Mais de père en fils, les Samuels continuent à tenir imperturbablement le fort de Musmeah Yeshua, la seule synagogue du pays. Parce qu’ils sont convaincus que « ce n’est pas le nombre, mais l’esprit qui compte ». Et apparemment, ils ont eu raison. Sylvie Halpern a été toute sa vie journaliste en presse magazine, notamment pendant 20 ans à L'actualité. Elle a récemment créé Mémoire Vive, une entreprise de rédaction d'histoires de vie: à la demande des familles, elle rédige des livres en publication privée racontant la trajectoire de leurs parents. Comme bien des petites rues de Yangon, la populeuse capitale économique du Myanmar, la 26e est poussiéreuse et bruyante, envahie par les étals de nourriture des marchands de rue, les vendeurs à la criée, les chiens errants, et ce capharnaüm libre et joyeux d’articles en tous genres typique des métropoles asiatiques. Comme au Moyen-Âge, chaque rue a sa spécialité et la 26e, c’est celle des pots de peinture qui s’empilent en montagnes sur les trottoirs. C’est aussi, depuis 1896, celle de Musmeah Yeshua, la seule synagogue de ce pays de 53 millions d’habitants constellé de temples bouddhistes dorés : un havre de paix et de beauté, légèrement en retrait de la rue, où le gazouillis des oiseaux a depuis longtemps remplacé les mélopées du hazan (chantre d’une synagogue). Il reste aujourd’hui 20 Juifs birmans qui se comptent et se content encore le passé. Dans leur monde d’hier, ils se marchaient presque sur les pieds. Il en faut toujours un premier, plus hardi que les autres. Ici, il s’est appelé Solomon Gabirol et il est venu s’aventurer dans ces contrées lointaines au 18e siècle : il a même été officier dans l’armée du roi Alaungpaya. Le gros des troupes n’a suivi qu’un siècle plus tard : à partir de 1850, des Juifs se sont mis à affluer de plus en plus nombreux en Birmanie, attirés par ce nouvel Eldorado de l’Empire britannique. Ils y ont vu avec justesse une terre promise luxuriante où, du riz au précieux teck en passant par le coton, les possibilités de faire du commerce semblaient infinies, et ils se sont donné le mot. La plupart étaient originaires d’Irak, ils étaient souvent passés par l’Inde, et puis ils ont poussé vers l’Est : on les appelait les Baghdadis, ils sont arrivés avec leurs minhagim (coutumes) sépharades, ils étaient industrieux et ont abondamment investi. Beaucoup ont fait fortune. Ils s’appelaient Sassoon (ou « les Rotschild de l’Est »), Ezra, Kadoorie (propriétaires du luxueux Peninsula de Hong Kong qui s’annonçait, dès son ouverture en 1928, comme « le meilleur hôtel à l’ouest de Suez »). Ou bien Jacob Samuels. « C’est lui, mon arrière-grand-père, qui a décidé de faire le grand saut », raconte Sammy Samuels, un sympathique petit homme vif et mobile, qui veille aujourd’hui sur la minuscule communauté juive birmane et fait moins que ses 36 ans. Originaires d’Angleterre, les Samuels vivaient depuis six générations à Bagdad quand, comme tant d’autres, Jacob a décidé de partir à la « conquête de l’Est ». Il s’est installé vers 1870 à Yangon où il est vite devenu un des piliers de la communauté naissante, un kahal (communauté) de plus en plus nombreux et prospère qui a spontanément fait appel à l’un des meilleurs architectes de Bagdad pour dessiner sa maison de prière. 36

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Une belle synagogue sépharade orthodoxe, très haute de plafond, toute en pierres pour remplacer celle des débuts qui était en bois, et bien placée à deux pas du port, de Merchant St., des ministères, du Stock Exchange – autant de magnifiques édifices qui font penser à ceux du Vieux-Montréal. « Ils habitaient bien sûr à proximité de Musmeah Yeshua, dit Sammy, il y a même un quartier de Yangon qui s’appelait Jewtown. Ils étaient plutôt aisés, les familles avaient souvent plusieurs domestiques. C’était une communauté dynamique, soudée, très organisée : avec son Talmud Torah (cours religieux), ses écoles (comme la Jewish English School dont une jolie photo de classe, datée de 1937, est à l’entrée de la synagogue et respire le bien-être et la tranquillité des jours heureux), son groupe sioniste, ses œuvres sociales, ses scouts, ses nombreux commerces… » Ces jours bénis, Sammy ne les a évidemment pas connus, mais il les porte au fond de lui comme s’il les avait vécus. Comme s’il avait fréquenté le magasin de vins et de spiritueux de la famille Sofaers, ou l’échoppe des frères Solomon qui, dès 1927, ont été les premiers à importer du Coke en Birmanie. Comme s’il avait assisté à l’élection, dans les années 30, du maire David Sophaer. Chaque fois qu’il entre dans Musmeah Yeshua, il lui semble entendre leurs voix, leurs chants, leurs rires des jours de Fêtes… Au moment où l’Occident affrontait la Crise de 1929, la vie juive était belle à Yangon et ils étaient plus de 3 000 à se sentir pleinement chez eux dans ce Gan Eden, paradis, tour à tour célébré par Kipling, Somerset Maugham, Kessel, et George Orwell qui y a écrit son premier livre. Résolument restés almost Englishmen – comme l’anthropologue américaine Ruth Fredman Cernea a titré l’ouvrage qu’elle leur a consacré, ces ces Juifs d’Asie fréquentaient les clubs British, parlaient la langue de Shakespeare, s’habillaient à l’européenne alors que leurs compatriotes portaient le longyi, le traditionnel sarong birman. Et, de Calcutta à Mandalay, de Hong Kong à Singapour, ils virevoltaient avec aisance dans cet immense Empire des Indes sur lequel, ils en étaient les premiers convaincus, le soleil ne se coucherait jamais. Sauf qu’il s’est couché le 23 décembre 1941, quand les Japonais ont bombardé Yangon et qu’ils ont envahi tout le pays. « Comme ils étaient convaincus que les Juifs espionnaient pour le compte des Anglais, explique Sammy, l’une des premières choses qu’ils ont faites a été de fermer la synagogue et d’interner sept dirigeants de la communauté – dont mon grand-père, Isaac, qui la présidait ». Faute de preuves, au bout de deux mois ils ont été relâchés et Musmeah Yeshua a été décadenassée, mais le glas des illusions avait sonné : pris de


MONDE JUIF Rouleaux de la Torah

Synagogue Musmeah Yeshua au Myanmar

panique, des milliers de Juifs birmans ont reflué vers l’Inde encore britannique, quand ils ne se sont pas exilés plus loin. Certains sont revenus après la guerre, mais quand le Myanmar est devenu indépendant en 1948, ils n’y étaient déjà plus que 500 : « Après le départ des Anglais, dit Sammy, les conditions de vie se sont très vite détériorées, les affaires n’étaient plus aussi bonnes. Et puis trop de gens étaient partis. La communauté n’avait plus rien à voir avec ce qu’elle avait été ». Le coup d’État du Général Ne Win en 1962, le lot de nationalisations qui a suivi et la fermeture progressive du pays ont fait le reste : la quasi-totalité des Juifs sont repartis, en emportant 124 de leurs 126 Sifré Torah (Rouleaux de la Torah). Seuls quelques irréductibles ont tenu bon, quelques « Gaulois » qui faisaient encore semblant d’y croire, alors que la synagogue devenait de plus en plus silencieuse. Car, faute de minyan (quorum de dix hommes nécessaire à la prière collective), à partir de 1965, il n’y a plus eu de service régulier de chabbat. Et, dès 1969, plus de rabbin en poste à Yangon. Plus d’institutions juives, plus de cacherout… « Tout d’un coup, tout est devenu difficile, nous nous sentions coupés du monde et l’horizon semblait bouché, dit Sammy. Comme tant d’autres, la famille aurait pu partir vers Israël. Mais mon grand-père a décidé qu’il fallait rester, que si nous quittions le Myanmar, tout volerait en éclat – le passé, la synagogue, notre cimetière de 700 tombes, toute une mémoire. Que le Gouvernement reprendrait sûrement Musmeah Yeshua, comme il a repris tant de lieux de culte. Que nous ne devions pas… » Avant de s’éteindre en 1978, c’est ce qu’Isaac a transmis à son fils Moses. Alors à son tour, le père de Sammy a repris le flambeau, pendant les décennies de dictature et d’isolement de ce pays décrié et banni de la mappemonde que personne ne songeait à aller visiter. Il a veillé comme sur un enfant sur la synagogue, fait chaque année bien nettoyer le cimetière de la 91e rue qui est envahi par les hautes herbes après chaque mousson. « Chaque jour, matin et soir, il s’est fait toute sa vie un devoir d’aller ouvrir Musmeah Yeshua, se souvient Sammy. Et quand mes sœurs et moi, nous lui demandions pourquoi, puisqu’il ne venait jamais personne, il nous disait toujours : « Le nombre n’a pas d’importance, c’est le cœur qui compte, la foi : c’est ça qui te fait sentir plus grand, plus nombreux… Et puis si ce soir, demain, un Juif venait et qu’il trouve la porte de la synagogue fermée ? C’est pour lui que nous sommes restés ! »

peut bien être seul au milieu d’un champ. Un homme peut bien se retrouver seul. Un Juif n’est jamais seul au monde ». Et quelque part, au loin, sa prière a été entendue. Le seul pays qui, malgré les aléas politiques et les vicissitudes, n’a jamais rompu ses relations avec le Myanmar, c’est Israël. Les deux pays sont nés la même année, la Birmanie a été le premier pays asiatique à reconnaître l’État juif, et dès les années 50, tout ce qu’Israël comptait de personnalités est venu faire son tour à Yangon : Golda Meir, Moshé Sharett, Ben Zvi, Moshé Dayan, Shimon Peres... Quand il y a inauguré l’ambassade d’Israël en 1957, Ben Gourion a même séjourné deux semaines au Myanmar, profitant de l’occasion pour s’offrir une semaine de méditation bouddhiste ! Alors tout naturellement, quand le temps est venu, Moses Samuels, alias Than Lwin qui lisait si mal l’hébreu, a envoyé son fils pendant deux ans à l’oulpan (cours intensif d’hébreu) du kibboutz Ma’agan Michaël : « Je n’avais pas pu aller à l’école juive, dit Sammy, il n’y en avait plus depuis belle lurette à Yangon ! Mon père n’était pas religieux, mais il tenait aux traditions : pour lui, c’était important que j’aie une vraie éducation ». Son éducation juive, Sammy l’a parfaite à la Yeshiva University de New York d’où il a été diplômé cum laude, avec distinction, ce qui l’a aidé à passer une dizaine d’années au Jewish American Congress. Il y a noué des contacts bien utiles pour trouver des fonds pour entretenir Musmeah Yeshua et s’y est constitué un solide réseau qui lui a permis de monter Myanmar Shalom, une agence de voyages, qui a un pied dans la 31e rue de Yangon et l’autre dans la 109th St de New York… Surtout, il est rentré chez lui au bon moment. Car depuis quelques années, un vent nouveau souffle sur le Myanmar et, parmi les employés des multinationales ou des ONG, dans les groupes de touristes souvent venus d’Israël, il se trouve des Juifs qui viennent remplir les bancs de la synagogue sur laquelle Sammy veille à son tour depuis que Moses est parti… C’est même là qu’en 2013, la communauté birmane a connu son premier mariage au bout de 27 ans : celui de Sammy Samuels avec Zahava Elfhady qu’il connaissait depuis l’enfance, célébré par un rabbin spécialement dépêché d’Israël pour l’occasion.

Un peu comme une prière, sans doute un de ces jours où il s’est retrouvé tout seul sur un banc de Musmeah Yeshua, Moses Samuels a apposé sur un mur cette conviction qui l’a animé toute sa vie : « Un arbre MAGAZINE LVS

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MONDE JUIF

Être une femme, étudier et enseigner le Talmud

WENDY AMSELLEM

Entretien avec Wendy Amsellem par Sonia Sarah Lipsyc

Pourriez-vous nous parler de votre expérience dans les études juives : où avez-vous étudié, quels étaient les cours que vous avez suivis ? Et qui sont les maîtres dont vous vous êtes inspirée ? J'ai étudié dans une école de jour (Académie hébraïque de Five Towns et Rockaway) pour l'école élémentaire et l'école secondaire. Je suis ensuite allée en Israël à la Midreshet Lindenbaum1 pour étudier pendant un an. Je suis retournée à Harvard College où j'ai pris quelques cours d'études juives, mais je me suis spécialisée dans l'Histoire et la Littérature de l'Amérique. Ensuite, j’ai étudié pendant trois ans dans le cadre d’un programme de Talmud et de Halacha (loi juive) au sein de l’Institut Drisha2. Qu'est-ce qui vous a donné envie d'étudier le Talmud ? J'ai commencé à apprendre le Talmud en sixième année au cours de ma scolarité et j'ai toujours aimé ça. J'avais des professeurs inspirants au lycée et au-delà qui ont approfondi mon amour pour le Talmud. D’où vient votre famille ? La famille de mon père est d'origine marocaine, mais ils ont déménagé à Oran, en Algérie juste avant sa naissance. Il a grandi en Algérie. Cependant à l’âge de vingt ans, lorsque l’Algérie est devenue indépendante, lui et sa famille se sont installés en Israël. Ma mère est ashkénaze et incarne déjà la troisième génération en Amérique. Que diriez-vous aux gens de notre communauté sépharade qui pourraient être perplexes ou même penser qu'il est impossible pour une femme d'étudier le Talmud ? Ce n'est certainement pas impossible et je pense qu'il est important que les femmes aient accès à tous les textes riches de notre tradition. Tant de nos lois et traditions sont basées sur et codifiées dans le Talmud, il serait triste de garder la moitié de notre population ignorante de celui-ci. Où enseignez-vous ? J'enseigne à Drisha et à la Yeshivat (école talmudique) Maharat3 à New York. Selon vous, quels sont les principaux changements dans la communauté orthodoxe, notamment en ce qui concerne l'évolution de la condition féminine ? Le nombre de femmes qui reçoivent la semicha (ordination rabbinique)4 aujourd'hui et qui trouvent des emplois à la tête de la communauté juive est enthousiasmant et fait avancer la communauté de façon positive.

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Pouvez-vous vous définir comme une orthodoxe moderne et une féministe orthodoxe juive ? Sûr !5 Quel est votre héritage sépharade et comment l'intégrez-vous à votre vie new-yorkaise - si tel est le cas ? Mon héritage sépharade trouve son expression la plus claire lorsque je rends visite à ma famille marocaine en Israël. Si j'ai la chance d'être là-bas pour la fête de Pessah, j'aime participer à la mimouna6 de notre famille. Ma sœur Addie, vit en Israël et nous essayons de nous rendre ensemble à la synagogue pour faire des sélitchot7 aussi souvent que nous pouvons durant le mois hébraïque de Eloul. Si je suis à New York, Addie m'appelle parfois au cours de cette période pour que nous puissions chanter ensemble notre piyyut (poème liturgique sépharade) préféré. En septembre dernier, Addie s'est mariée et nous avons tous aimé nous habiller en costumes marocains et nous mettre du henné. Quand mon père est décédé il y a deux ans, j'étais inquiète que notre famille et la synagogue marocaine près de leur maison à Ashdod prêtent attention et respectent ma décision de dire le kaddish8, mais ils y ont été généralement favorables. 1 La Midreshet Lindenbaum, (Jérusalem), anciennement Michelet Bruria, fondée en

1976 par le rabbin Chaim Brovender, a été l’un des premiers instituts, dans le monde orthodoxe moderne, à proposer aux femmes des études de Talmud de haut niveau. Il a également mis sur pied une formation pour des femmes souhaitant être avouées rabbiniques et ainsi accompagner d’autres femmes au Tribunal rabbinique, notamment pour les affaires de divorce. Voir http://www.midreshet-lindenbaum.org.il/ Toutes les notes sont de la rédaction. 2 Drisha a été fondé en 1979 à New York par le rabbin orthodoxe moderne David Spilber. Voir http://drisha.org/ 3 Il s’agit d’une yeshiva qui prépare les femmes à être MaHaRat acronyme de manhiga hilkhatit rouhanit Toranit, soit guide en matière de loi, spiritualité et Torah. En 2009 le rabbin Avi Weiss représentant la sensibilité « open modern orthodox » a ordonné la première femme MaHaRat, Sara Hurwitz actuellement doyenne de cette yeshiva. À Montréal, la Congrégation Shaare Shamayim a engagé, en 2013, la MaHaRaT Rachel Kohl Finegold. Voir http://www.yeshivatmaharat.org/ 4 Le titre de MaHaRaT équivaut à une ordination rabbinique. Il faut relever aussi que dès le début du XXIe siècle, il existe des exemples de femmes orthodoxes (Mimi Feigelson, Eveline Goodman-Thau, Aviva Ner David) ayant reçu une ordination rabbinique de la part de rabbins orthodoxes respectivement par les rabbins Shlomo Carlebach, Jonathan Chipman et Strikovsky. Sur l’ensemble de ce sujet notamment en Israël, voir l’article du jeune leader sépharade Gabriel Abensour, « L'émergence d’un leadership féminin orthodoxe en Israël ». http://www.modernorthodox.fr/leadershipfeminin/ 5 Il existe deux Forums importants de femmes juives orthodoxes et féministes : JOFA fondé en 1997 aux É.-U. et KOLECH, créé en 1998 en Israël. Voir https://www.jofa.org/ et https://www.kolech.org.il/en/ 6 Est-il besoin de faire une note à ce sujet ? Alors pour les non initiés, le soir à l’issue de la fête de Pessah, dans les communautés juives d’Afrique du Nord et particulièrement marocaines, l’on mange, entre autres, du couscous et des moufletas (crèpes) en se rendant d’une maison à l’autre. 7 À partir du début du mois hébraïque de Eloul et jusqu’au Yom Kippour (Grand pardon), les Juifs sépharades lisent ces demandes de pardons. 8 Prière dite notamment par les endeuillés.


VIE JUIVE CANADIENNE

L’attentat contre la Grande Mosquée de Québec : la communauté juive canadienne solidaire de la communauté musulmane

ELIE BENCHETRIT

Par Elie Benchetrit

« La Communauté juive est horrifiée par la fusillade meurtrière à la Mosquée de Sainte-Foy. Rien ne justifie le meurtre d’innocents civils assemblés dans un lieu de culte. Nos pensées accompagnent les victimes et leurs proches de même que nos concitoyens de foi musulmane.» Reuben Poupko coprésident du Centre Consultatif des relations juives et israéliennes-Québec, CIJA Québec. Elie Benchetrit, journaliste et consultant en traductions.

Plus près de chez nous à Dollard-des-Ormeaux, des membres de la Congrégation Beth Tikvah formèrent une chaine humaine devant le Centre Canadien Islamique Al Jamieh avec des pancartes où l'on pouvait lire : « Nous sommes solidaires de nos frères et sœurs musulmans, l’empathie et l’amour doivent prévaloir » ou encore « Unissons-nous contre la haine »

Une imposante cérémonie lors de la levée des corps de trois des victimes de la tuerie du 29 janvier eut lieu à Montréal le 2 février dernier dans l’Aréna Maurice Richard en présence d’une foule estimée à plus de 5 000 personnes. Les premiers ministres du Canada et du Québec, Justin Trudeau et Philippe Couillard, ainsi que les maires de Québec et de Montréal, Régis Labeaume et Denis Coderre étaient venus exprimer leur solidarité à la communauté musulmane du Québec. Parmi les nombreux dignitaires se trouvaient également le Rabbin Reuben Poupko, chaleureusement accueilli par les nombreux imams présents, ainsi que Mme Deborah Corber, directrice générale de la Fédération CJA, tous deux représentants de la communauté juive montréalaise.

Mordechai Zeitz, rabbin émérite de cette congrégation, s’était rendu à la Mosquée de la Banlieue Ouest accompagné d’une cinquantaine de membres de sa congrégation afin de manifester sa sympathie avec la communauté musulmane du lieu. Il déclara à cette occasion : « Nous aurions souhaité être présents dans un moment heureux plutôt qu’en un moment de douleur. » L’accueil qui leur fut réservé par les autorités de la mosquée ainsi que par les fidèles fut extrêmement chaleureux et très apprécié. Un membre de la Mosquée, Salim Chatila, déclara en s’adressant à la délégation : « Je suis sans voix en vous voyant ici, unis devant ce drame. Nous savons tous que le fanatisme n’a pas de religion et le mieux que nous pouvons faire est de rester unis pour un avenir meilleur. » Ce à quoi le Rabbin Michael Withman, répondit : « Quand nous avons vu aux nouvelles ce qui s’est passé, nous avons ressenti la même chose que si cela s’était passé dans une de nos synagogues… Quiconque vous blesse, nous blesse également . »

Le Rabbin Poupko avait auparavant invité les juifs montréalais à être présents lors des vigiles qui s’étaient tenues à la mémoire des victimes. « Nous nous tenons aux côtés de nos frères et sœurs musulmans et partageons leur douleur face à cet outrage. Ceci constitue une attaque contre les Québécois et le pluralisme et la diversité qui caractérise notre société » avait-il déclaré. Le rédacteur en chef du Canadian Jewish News, Yoni Goldstein, nous rappelait dans son éditorial du 9 février dernier, qu’il y avait 2 ans presque jour pour jour, un groupe de musulmans d’Oslo inspirés par l’attaque meurtrière menée par des terroristes islamistes contre le magasin Hyper Cachère à Vincennes ainsi que par l’attaque un samedi soir devant la Grande synagogue de Copenhague qui coûta la vie à un garde juif, avait décidé d’agir en formant ce qu’ils avaient appelé un « Cercle de Paix » autour de la principale synagogue de la ville. Par ce geste symbolique, ils voulaient démontrer que juifs et musulmans ne se haïssaient point. La communauté juive canadienne n’a pas oublié et quelques jours après l’horrible tuerie survenue à la Mosquée de Québec des centaines de Juifs ont repris la même déclaration et agi en conséquence en organisant des chaînes humaines autour des institutions musulmanes, que ce soit à Toronto ou à Montréal. À Toronto quelque 300 Juifs se sont massés devant le Centre Islamique Imdadul afin de conforter les membres par des messages de paix et d’unité.

Lors de cette visite étaient présents également les rabbins Lionel Moses de la Congrégation Shaaré Zion, Shahar Orenstein de la Spanish & Portuguese et Michael Withman de la Congrégation Adath Israel qui ont organisé cet événement avec la participation du Réseau d’action internationale communautaire de l’Université McGill. M. Henri Elbaz, président de la CSUQ a fait parvenir une lettre à la Consule générale du Royaume du Maroc à Montréal, Mme Habiba Zemouri, où exprimant le sentiment général de notre communauté il déclarait : « Les mots peuvent difficilement traduire l’émotion ressentie par l’ensemble de la communauté sépharade qui aujourd’hui comprend le désarroi de nos concitoyens de confession musulmane et partage leur douleur. Cette tragédie nous rappelle que nul n’est à l’abri et que la violence frappe indistinctement et aveuglément. » Quant à l’auteur de ces lignes qui était présent à titre individuel à l’Aréna Maurice Richard le 2 février, interrogé sur la raison de sa présence par une journaliste du réseau TVA, il a tout simplement répondu : «Je suis Juif et je me sens touché par ce drame parce que ça aurait pu arriver à n'importe qui. Je tenais à être ici pour montrer ma solidarité à la communauté musulmane. »

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VIE JUIVE CANADIENNE

Les Juifs de Québec. Quatre cents ans d’histoire.

PIERRE ANCTIL

Entretien avec Pierre Anctil par Annie Ousset-Krief

En 2015, dans la collection Patrimoine urbain des Presses de l’Université du Québec, paraissait un ouvrage intitulé Les Juifs de Québec. Quatre cents ans d’histoire, dirigé par Dr Pierre Anctil, professeur au Département d’histoire de l’Université d’Ottawa, et Simon Jacobs, directeur de l’organisme « Shalom Québec ». Analyses, études, témoignages, ce sont au total quatorze articles rédigés par des historiens, géographes, urbanistes, qui relatent l’histoire de la communauté juive de Québec. À travers ces regards croisés, nous découvrons une histoire souvent méconnue et peu étudiée, car les historiens se sont concentrés sur les Juifs de Montréal, négligeant cette petite communauté, peu nombreuse, mais qui est constitutive de l’identité de la ville de Québec. Les photos d’archives, souvent inédites, rajoutent à l’attrait de cet ouvrage collectif, qui allie histoires individuelles et générale. Pierre Anctil, qui a déjà écrit de nombreux ouvrages sur la communauté juive et traduit des essais, romans, poésies ou témoignages du yiddish au français, nous a accordé un entretien.

Comment est né le projet de ce livre ? Le projet est né lors du 400e anniversaire de la ville de Québec. J’ai travaillé, en tant qu’historien, avec Simon Jacobs, fondateur et directeur de l’organisme « Shalom Québec», à l’organisation d’une exposition dans le cadre des commémorations, afin de souligner l’importance de la contribution juive au capital économique et social de la ville sur près de quatre siècles : cette exposition, intitulée « Plusieurs fibres, une même étoffe : les Juifs de Québec, 1608-2008 », a été présentée à la gare du Palais à l’été 2008. Elle a été suivie d’un colloque en novembre 2013, « Les Juifs de Québec. Quatre cents ans d’histoire », pour étoffer les recherches et les contributions à ce travail historique. Les différents intervenants ont souligné le rôle clé joué par la communauté juive dans l’évolution économique de la ville, dans sa configuration urbaine et dans son ouverture au monde. Le livre est l’aboutissement de l’exposition et du colloque. En quoi cet ouvrage est-il important ? Il s’agit de commémorer l’histoire, la contribution, l’ensemble du parcours de cette communauté, la deuxième en importance au Québec, mais importante surtout parce qu’elle était au cœur du Canada français, donc avait une position historique différente de celle de la communauté de Montréal. Les Juifs de Québec ont laissé une trace très forte dans l’histoire juive du Québec et du Canada. Sur le plan économique, par exemple, cette petite communauté nous apprend un fait intéressant : c’était à Québec que se trouvait le plus grand magasin juif du Canada, le magasin de Maurice Pollack, juif ukrainien immigré à Québec en 1902 (je lui consacre un article dans l’ouvrage). À la différence de Montréal, la communauté de Québec avait des bases purement commerciales et jouait un rôle économique certain. La presque totalité des immigrants se sont lancés dans le commerce, et dans un type de commerce précis : le commerce du vêtement. La première installation de Juifs à Québec remonte à la conquête britannique en 1759. À quel moment la communauté s’est-elle véritablement développée? De la conquête britannique jusqu’à la fin du XIXe siècle, les Juifs étaient très peu nombreux : quelques dizaines, tout au plus. 40

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Le recensement de 1831 indique la présence de 31 Juifs, en 1871, ils étaient 79. C’était des commerçants anglophones, britanniques d’esprit. Ils n’étaient pas très visibles. L’immigration des Juifs d’Europe de l’Est, à la fin du XIXe siècle/début XXe siècle a changé la communauté : on recense 302 Juifs en 1901, 375 en 1921 et 500 dix ans plus tard. Ces Juifs yiddishophones originaires de Pologne, Russie, Roumanie, étaient complètement différents, beaucoup plus visibles. Beaucoup devinrent colporteurs avant d’ouvrir de petits commerces – ce fut le cas de Maurice Pollack. Ces Juifs d’Europe de l’Est étaient-ils intégrés à la communauté anglophone ? Ils étaient obligés d’aller dans les écoles anglo-canadiennes protestantes, à cause du refus de l'Église catholique de scolariser les enfants de confession non catholique, mais ils n’étaient pas vraiment intégrés à la population anglophone qui ne représentait alors que 3 %. Le lien s’est fait avec les francophones du fait de la masse démographique. Les employés des commerces juifs étaient des francophones, les clients aussi. Et j’ai souvent entendu des témoignages intéressants : les Canadiens anglophones avaient une opinion défavorable des francophones, mais des Juifs aussi. Les Juifs n’étaient pas admis dans les milieux anglo-protestants, dans leurs clubs… Le lien avec les Canadiens français était plus intime, il y avait une fréquentation beaucoup plus soutenue, ce qui n’était pas le cas avec les angloprotestants. Juifs immigrés et Canadiens français ont forgé des alliances assez systématiques. Les années 1930-1940 ont été traversées par une vague d’antisémitisme, avec comme point culminant, l’incendie de la synagogue construite dans la haute-ville en mai 1944. Comment expliquer la virulence de cet antisémitisme ? Cet antisémitisme était dû à la position de l'Église catholique. l'Église était une grande institution, qui avait longtemps présenté la minorité juive comme indigne de figurer dans la société québécoise. Ses discours de rejet ont développé une hostilité latente qui a débouché sur des actes violents. Même si l'Église ne souhaitait pas la violence, elle porte une responsabilité claire dans ces actes antisémites.


VIE JUIVE CANADIENNE

Le maire, les évêques, appliquaient l’enseignement de l'Église. Mais ils ne se considéraient pas comme des antisémites, ils étaient des catholiques, qui suivaient l’enseignement de l'Église. Il a fallu attendre Vatican II pour qu’ils comprennent que c’était une erreur capitale et pour que cesse cet « enseignement du mépris ». Ensuite, un discours nationaliste s’est greffé sur cet antisémitisme religieux : « les Juifs contrôlent l’économie », « les Juifs contrôlent le commerce au détriment des Canadiens français », ce discours s’ancrait dans les esprits, alors que lorsqu’on regarde les chiffres, il y avait un tout petit nombre de commerces, de petits commerces, tenus par des familles dans un secteur très précis. Rien qui menaçait le Canada français. Mais il y avait cette perception que les Juifs ne pouvaient pas être des Canadiens français, une perception encouragée par les autorités locales et qui a débouché sur des actes antisémites. La communauté juive de Québec a toujours été une petite communauté, avec, à son apogée, 500 personnes. Comment expliquer ce fait ? En Amérique du Nord, pour bâtir une communauté, pour avoir des synagogues, des institutions, avoir un impact, il faut une certaine assise historique. Un nombre conséquent de personnes est nécessaire, alors les Juifs vont avoir tendance à se regrouper dans les grandes villes. Dans les années 1930, 97 % des Juifs canadiens vivaient dans les grands centres urbains. D’autre part, il est plus facile dans une grande ville de réussir son intégration, car dans une petite ville on est plus visible. En dépit de ces difficultés objectives, il y eut des succès éclatants, comme Abraham Joseph, fondateur de la Stadacona Bank en 1874, Sigismond Mohr, premier directeur général de la Compagnie d’éclairage électrique de Québec ou Maurice Pollack, commerçant et philanthrope, qui donna son nom à un pavillon de l’Université Laval. Mais on ne peut nier le fait que le manque de structures a pour effet de maintenir la communauté à sa taille réduite, et décourage l’installation de nouveaux immigrants, car mener une vie juive recèle des difficultés plus grandes au sein d’une petite communauté. On constate par ailleurs une diminution de toutes les communautés en dehors des grandes villes dans l’ensemble du Canada.

Il semblerait que le déclin démographique soit très fort. Oui, un déclin s’est opéré à partir de la Deuxième Guerre mondiale. C’est la même chose aux États-Unis, comme le montre par exemple Lee Shai Weissbach1 dans son ouvrage sur les communautés juives dans les petites villes américaines. Partout aux États-Unis, les petites communautés disparaissent. On ne peut donc pas rattacher ce déclin à la seule ville de Québec, c’est une tendance continentale. Aujourd’hui, il y a entre 150 et 200 Juifs à Québec. Le nombre est difficile à déterminer, car les gens ne rejoignent pas forcément la communauté. Qu’en est-il de l’immigration des Juifs sépharades originaires du Maroc ? Certains sont passés par Québec, mais peu sont restés. Ils se sont presque tous installés à Montréal. Montréal est une ville très diversifiée, qui offre de nombreuses opportunités, et historiquement, les Juifs y ont progressé très vite. À Québec, il n’y a pas le soutien de grands organismes communautaires. Et la vie religieuse à Québec n’est pas facile : il n’y a plus de boucherie casher par exemple. Les Juifs québécois doivent faire venir leurs produits de Montréal. Vous êtes né à Québec, mais vous n’êtes pas juif. Qu’est-ce qui vous a amené personnellement à travailler sur les Juifs de Québec ? J’ai grandi dans le quartier de la synagogue, mon école était à deux rues de là. La communauté juive était partie intégrante de la Cité. Et en tant qu’historien du Canada, je pense qu’il faut revoir l’étude du Canada français. L’histoire du Québec, c’est l’histoire de tous ceux qui ont vécu au Québec. L’histoire des Juifs de Québec, la première minorité qui ne soit pas chrétienne dans l’histoire du Québec, c’est une histoire extraordinaire, que nous devons raconter. C’est la preuve que la diversité culturelle et religieuse a des racines profondes au Québec. Avec ce livre qui a rencontré un grand succès, nous avons amorcé un travail qui doit se poursuivre, notamment en étudiant l’évolution de la communauté dans les vingt dernières années et la redéfinition de l’identité juive.

1 https://www.tolerance.ca/

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COUP DE PROJECTEUR SUR NOUS AUTRES

Emmanuel Castiel et Chantal Bekhor, « Gourmet Végétarien », un entreprenariat en couple

Amélia Lecousy,

une jeune historienne sépharade pleine d’avenir Par Elie Benchetrit Emmanuel Castiel et Chantal Bekhor forment un duo heureux dans leur vie de couple, et aussi dans leur vie professionnelle en tant que respectivement, Directeur général et Présidente d’une entreprise familiale qui prépare et commercialise des burgers végétariens surgelés. Leur entreprise située à Ville-Saint-Laurent, s’est dotée depuis l’an dernier d’une cuisine industrielle flambant neuve et elle emploie cinq personnes. Le financement, nous rapporte Emmanuel, a été réalisé grâce à leur propre mise de fonds ainsi qu’à des prêts bancaires. Emmanuel est avocat de formation, diplômé en droit de McGill; il détient également un MBA. Il a travaillé dans le passé dans le secteur des produits de consommation, du marketing et des ventes. Il convient de souligner qu’il s’est également impliqué par le passé dans notre communauté, tradition familiale oblige. Chantal quant à elle, a enseigné pendant dix ans l’anglais, les mathématiques et la robotique pour les élèves de 5e année des écoles JPPS. Il faut également signaler, et ceci a son importance, qu’elle est végétarienne depuis l’âge de 14 ans. Passionnée de bonne cuisine et surtout de l’utilisation de produits frais, goûteux et de bonne qualité, Chantal est la créatrice des recettes de ses produits dont elle supervise la fabrication. Emmanuel s’occupe de la distribution et du marketing. Il met en avant le fait que 5 % des consommateurs au Canada sont végétariens, sans compter les omnivores qui cherchent à réduire leur consommation de viande, ce qui représente un marché assez intéressant et en croissance constante. On peut trouver à l’heure actuelle leurs burgers végétariens non seulement dans les magasins d’aliments naturels, mais également chez Adonis en plus des 40 points de vente chez Metro et des 60 chez IGA. Pour une liste complète, visitez : www.vegetariangourmet.com Vu le succès de leur gamme de produits qui, il faut le souligner, ne contient pas que du soya mais aussi et surtout d’autres composants végétariens comme des champignons, des fèves, des légumes frais, du quinoa, des lentilles et bien entendu des herbes aromatiques, Chantal et Emmanuel prévoient de diversifier leur gamme de produits en créant d’autres lignes. Des études menées par Emmanuel ont confirmé que les consommateurs sont satisfaits de la qualité de leurs produits, ce qui conforte le couple dans l’approche, la conception et la vision de leur entreprise. Alors que nous sommes habitués à voir les jeunes de notre communauté réussir et exceller dans des carrières lucratives dont certaines plus conventionnelles que d’autres, il y a en d’autres, certes moins nombreux, qui optent pour s’aventurer sur d’autres chemins peu fréquentés, mais non moins captivants.Tel est le cas d’Amélia Lecousy, 28 ans, ancienne élève de l’École Maïmonide, née en France, sœur jumelle de Hannah, mariée depuis juillet dernier et fille de notre ancienne collègue à la CSUQ, Olga Lévy-Lecousy. 42

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Cette jeune universitaire a obtenu la mention excellence lors de la présentation de son mémoire de Maîtrise en Histoire à l’Université de Montréal il y a 3 ans. Elle est aujourd’hui chargée de cours en Histoire médiévale à l’Université de Montréal. Amelia s’est toujours passionnée pour l’histoire juive. Après des études en sciences humaines au Cégep de Saint-Laurent, elle a été tentée au tout début par la psychologie, mais elle a finalement choisi l’histoire. Elle a obtenu son baccalauréat en 2012 à l’Université de Montréal. Souhaitant approfondir ses études sur la période médiévale et tout particulièrement sa dimension juive, elle a consacré son mémoire de maîtrise en orientant sa recherche sur un thème peu connu des historiens avec pour titre : « Les intellectuels chrétiens face au Talmud : l’antijudaïsme chez Eudes de Châteauroux lors du Procès du Talmud à Paris, 1240-1248 ». Amélia nous explique que l’historiographie s’est très peu focalisée sur les relations entre intellectuels juifs et chrétiens au Moyen Âge, puisque de nombreux historiens ont cherché à condamner l’antijudaïsme au Moyen Âge et à tisser un lien avec l’antisémitisme d’aujourd’hui, plutôt que de l’étudier pour lui-même. Au cours de ses recherches sur cette période, elle découvre que l’antijudaïsme se développe d’une manière très différente chez les intellectuels de l’époque. Il ne s’agit donc pas d’un antisémitisme classique, mais plutôt d’un antijudaïsme. L’antisémitisme en tant que tel, nous explique Amelia, a été inventé en 1879 par le journaliste et activiste allemand Wilhelm Marr dans un libelle nommé « La victoire du judaïsme sur le germanisme ». C’est au 19e siècle seulement, que l’antijudaïsme en devenant nationaliste, a pris le nom d’antisémitisme, lequel à son tour prend une nouvelle forme, à connotation raciale. L’antisémitisme est devenu une idéologie qui cible les juifs non plus en tant que religion, mais en tant que peuple. Quand elle a fait part de son hypothèse de travail à son directeur de mémoire, Philippe Genequand, celui-ci a encouragé Amélia à poursuivre ses recherches qui la mèneront pendant deux mois à Paris dans la prestigieuse Université de la Sorbonne et également à Lyon dans la non moins prestigieuse École Nationale Supérieure. Elle est mise en contact avec un important réseau d’historiens chevronnés tels que le professeur Alexis Charansonnet. Titulaire de la Maîtrise, elle est actuellement chargée de cours en Histoire médiévale à l’Université de Montréal et elle a décidé, à partir de ses recherches, de poursuivre dans ce créneau en préparant actuellement un Doctorat dont le sujet portera sur « Le dialogue entre intellectuels juifs et chrétiens en France entre le 11e et le 13e siècle ». Elle veut démontrer l’existence de ce dialogue. Il s’agit pour l’historienne de mettre en lumière, une face méconnue de cette période afin d’illustrer le fait que Saint Thomas d’Aquin avait été au 13e siècle fortement influencé par le Guide des Égarés de Maïmonide. En mai 2016, Amélia a eu l’honneur de participer avec 3 000 universitaires au prestigieux 51e Congrès international d’Études médiévales qui s’est tenu à Kalamazoo au Michigan (É.-U.).


COUP DE PROJECTEUR SUR NOUS AUTRES

Emmanuel Castiel et Chantal Bekhor ainsi qu' Amélia Lecousy ont bien voulu répondre au mini-questionnaire de Proust à la sauce juive et sépharade qui caractérise également cette rubrique.

• Parmi tous les textes de la littérature juive, de la Bible en passant par le Talmud jusqu’aux auteurs contemporains (Albert Cohen, Philippe Roth, Bob Dylan, par exemple) quel est le texte qui vous inspire et pour quelle raison ? E.C. : Albert Cohen, pour sa description romanesque si colorée et détaillée du monde sépharade des Balkans. Je pense à Solal et aux Valeureux, sans oublier évidemment Belle du Seigneur. C.B. : Pour moi, c’est Mordecaï Richler qui reste l’écrivain phare montréalais qui a su tellement bien relater et mettre en valeur l’univers juif du Mile-End. E.L. : Sans hésitation, Gilbert Dahan, un des plus grands historiens et intellectuels juifs contemporains qui s’est penché sur la nature des relations judéo-chrétiennes contemporaines. • La personnalité du monde juif, tous siècles confondus, qui vous a le plus marqué ? E.C.: David Ben Gourion, sans aucun doute, il reste pour moi le bâtisseur de l’État d’Israël , une sorte de prophète moderne. C.B. : Golda Meir, une femme d’action et de courage, une grande première ministre et une grande dame d’Israël. E.L. : Maïmonide, un géant de la pensée juive qui a su dans son Guide des égarés concilier la foi et la raison. • Y a-t-il une citation de la culture juive qui vous viendrait à l’esprit ? E.C. : le 5e commandement de la Torah, « Honore ton père et ta mère » C.B. : C’est pareil pour moi. Ce commandement constitue le pilier central de la famille. E.L . : « Dans l’histoire juive, la coïncidence n’existe pas » d’Élie Wiesel.

• Quelle est la fête juive qui vous touche particulièrement ? E.C. : Pessah (ou Pâque), fête de la libération et également du printemps et du renouveau, les repas en famille et bien entendu l’apothéose finale, la soirée de mimouna où nous recevons chez nous plus de cent personnes. C.B. : Rosh Hashana (ou le Nouvel An), moment tellement solennel et propice à l’introspection et à l’amélioration de l’être humain. E.L : Hannouka (ou la fête des Lumières), cette fête représente pour moi la profondeur de la foi et la force du miracle. • Le trait de la culture sépharade que vous mettriez en avant ? E.C. : Le bon sens et la notion du juste milieu, c’est à dire le contraire des extrémismes, l’esprit d’ouverture. En un mot l’enseignement de notre maître Maïmonide (1135-1204). C.B. : Le sens inné de la famille, la générosité et bien entendu l’hospitalité en tout temps sans oublier l’ouverture vers l’Autre. E.L. : La joie de vivre et le sens du partage. • Après les nourritures spirituelles, les nourritures terrestres… Quel est votre plat préféré de la cuisine juive ? E.C. : Le couscous encore et toujours, un plat emblématique et convivial. C.B. : La mehasha, c’est un plat d’origine irakienne fait de feuilles d’oignon ou de vignes farcies avec du riz, des pois chiches et parfumé à l’aneth. E.L. : La pastilla, un mets marocain qui fait partie de notre patrimoine culinaire, c’est un plat qui me transporte.

Emmanuel Castiel et Chantal Bekhor

Amélia Lecousy

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CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE

Entrevue avec l’écrivaine israélienne Orly Castel-Bloom

ORLY CASTEL-BLOOM

Par Elias Levy

Née en 1960 à Tel-Aviv, dans une famille sépharade d’origine égyptienne, Orly Castel-Bloom est unanimement célébrée en Israël comme la romancière la plus audacieuse de sa génération, repoussant et réinventant constamment les possibles de la langue hébraïque comme de la narration littéraire. Auteure de quinze romans et recueils de nouvelles, traduits en quatorze langues, Orly Castel-Bloom s’est fait remarquer en 1993 sur les scènes littéraires israélienne et internationale dès la parution de son premier roman, le « classique post-moderne » Dolly City (Éditions Actes Sud). Son dernier livre, Le Roman égyptien, dont la version française est parue récemment aux Éditions Actes Sud, a été couronné par le plus prestigieux Prix littéraire d’Israël, le Prix Sapir, l’équivalent du Prix Goncourt français. Ce roman biographique fascinant, très finement traduit de l’hébreu au français par Rosie Pinhas-Delpuech, est un vibrant hommage à la famille de l’écrivaine, les Castil d’Égypte et d’Espagne, et une magnifique saga sépharade. Orly Castel-Bloom, qui s’exprime fort bien en français, nous a accordé une entrevue depuis sa résidence à Tel-Aviv.

Qu’est-ce qui vous a motivée à relater la saga de votre famille, les Castil ? Quand j’ai eu 50 ans, j’ai soudainement réalisé que la plupart des membres de ma famille de la génération de mes parents étaient morts. J’ai alors pris conscience que bientôt je ne pourrai plus narrer l’histoire de ma famille. Je me suis alors empressée de recueillir les témoignages de mon oncle et de ma tante. Ma mère, âgée alors de 80 ans, qui jusque-là s’était cantonnée dans un mutisme abyssal, accepta, pour la première fois, d’évoquer, avec une franchise inouïe, ses premières années en Israël. Son long silence s’expliquait par le fait qu’elle ne souhaitait pas évoquer un épisode qui l’avait profondément traumatisée : son expulsion, et celle de plusieurs membres de sa fratrie, du kibboutz qui les avait accueillis après leur aliya (montée en Israël ndr). C’était une tache noire dans l’histoire de ma famille, un drame épouvantable et un rêve brisé. En Égypte, les Castil étaient des militants très sionistes, mais aussi foncièrement communistes. En 1951, ils ont été expulsés de leur kibboutz, trois ans après leur arrivée, parce qu’un soir de référendum, ils votèrent dans le sens opposé de la ligne politique du kibboutz. L’enjeu de ce scrutin : savoir si les kibboutzim (pluriel de kibboutz ndr) étaient « pour » ou « contre » la tenue du procès de Prague, qui allait juger un cadre dirigeant du Parti communiste tchécoslovaque, Rudolf Slansky. Les membres de ma famille votèrent « pour » la tenue de ce procès très controversé. Ils furent alors traités d’antisionistes et de traîtres, privés de travail et expulsés « démocratiquement » de leur kibboutz. Un demi-siècle plus tard, ma mère, mon oncle et ma tante n’avaient pas encore digéré ce camouflet humiliant qui les a marqués à vie. « Le Roman égyptien » est votre premier livre biographique ? Oui. Ce roman est mon devoir de mémoire sépharade. C’est un hommage à ma tribu, la famille Castil, originaire d’Égypte, mais auparavant d’Espagne, pays d’où ils furent expulsés en 1492 par les instigateurs d’une Inquisition catholique féroce. Les ancêtres bibliques des Castil ne sont jamais sortis d’Égypte. Ils y sont restés et ont formé une tribu sauvage et autochtone qui oublia son judaïsme. Quant aux Castil d’Espagne, ils sont restés eux aussi dans ce pays farouchement catholique et se sont convertis au christianisme pour échapper à 44

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l’Inquisition. Dans le roman, mon imagination a engendré une Castil qui, pour éviter à sa famille la honte de la conversion, élève sur ses terres des porcs qui la rendent garante de sa non-judéité. Ce qui lui permet de continuer à pratiquer secrètement à la maison le shabbat et les fêtes juives. Sa fin sera très tragique. Où avez-vous appris à parler le français ? Bien que je sois une sabra - née en Israël -, le français est ma langue maternelle. À la maison, mes parents me parlaient uniquement en français. Ma mère parle encore le français avec l’accent égyptien, en roulant les « r ». J’ai commencé à apprendre l’hébreu à l’âge de trois ans, en classe de maternelle. J’ai découvert alors une langue totalement nouvelle et subjuguante. Mon statut linguistique m’a conféré le privilège d’explorer plus exhaustivement les riches nuances de cette langue fascinante qu’est l’hébreu. À douze ans, j’ai écrit une dictée en classe sans faire une seule faute d’orthographe ou de grammaire. Le 10 sur 10 que j’ai obtenu pour cette rédaction fut, sans que je me rende compte à ce moment-là, mon baptême d’écrivaine. Êtes-vous déjà allée en Égypte ? Oui. En 2011, avant l’éclatement de la « Révolution égyptienne », j’ai visité pour la première fois l’Égypte. On m’a invité à donner une conférence. C’est un pays magnifique où je me sentais comme chez moi, libre et heureuse. J’ai visité les lieux où mes parents ont vécu, et aussi évidemment les sublimes Pyramides égyptiennes. Mais dans un centre académique que j’ai visité, où les gens étaient très gentils, un Égyptien me demanda d’où je venais. Quand je lui répondis que j’étais Israélienne, j’ai cessé d’exister pour lui. Ça a gâché mon sentiment naïf d’être chez moi. J’ai réalisé alors à quel point il est difficile d’être Israélien dans certains pays, particulièrement dans le monde arabo-musulman. Votre famille a-t-elle subi aussi les discriminations dont beaucoup de Sépharades ont été victimes dans l’Israël des années 50, 60 et 70 ? Lorsqu’ils sont arrivés en Israël, au début des années 50, mes parents, mes oncles et mes tantes ont eu beaucoup de chance. Ils ne se sont


CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE pas retrouvés dans une ma’abarah, un camp de fortune érigé pour accueillir les nouveaux immigrants, comme la grande majorité des olim (immigrés ndr) en provenance du Maroc. Ils sont allés vivre dans un kibboutz. Quand ils ont été expulsés de celui-ci, ils sont allés vivre à Tel-Aviv, où ils trouvé du travail dans des banques. Le comble de l’ironie pour ces militants dogmatiques communistes ! Quel regard portez-vous sur la condition sépharade dans l’Israël de 2017 ? Aujourd’hui, en Israël, la « question sépharade » n’est plus ce qu’elle a été dans les années 60, 70 ou 80. Désormais, l’identité sépharade s’assume sans drames. Les Sépharades ont retrouvé leur langue, avec leur accent, leur musique, leur Mémoire… Ils exercent même leur emprise sur la culture populaire israélienne. Les Sépharades ne sont plus les grands discriminés de la société israélienne. Ils ont cédé cette hideuse place aux Éthiopiens, qui sont aujourd’hui victimes d’une discrimination éhontée.

« Ce roman est mon devoir de mémoire sépharade. C’est un hommage à ma tribu, la famille Castil, originaire d’Égypte mais auparavant d’Espagne, pays d’où ils furent expulsés en 1492 par les instigateurs d’une Inquisition catholique féroce. »

Vous semblez très pessimiste en ce qui a trait aux perspectives d’un règlement du conflit israélo-palestinien. Chaque jour, mon pessimisme croît. Aujourd’hui, la gauche israélienne est inaudible et quasiment invisible. Israël est un grand success-story dans l’Histoire des nations. En l’espace de soixante-huit ans, un laps de temps très court dans l’éternel curseur de l’Histoire, les Israéliens ont accompli d’énormes prouesses dans tous les domaines : économie, sciences, haute technologie, culture… Mais l’occupation, depuis la Guerre israélo-arabe des Six jours de 1967, des territoires palestiniens de la Cisjordanie est une lèpre sournoise qui gangrène la démocratie israélienne. Deux générations d’Israéliens sont nées et ont grandi avec l’occupation de ces territoires palestiniens. On a fini par banaliser ce problème. Chose certaine : aucun gouvernement israélien, même de droite, ne parviendra à évacuer de force les quelque 400 000 colons juifs qui vivent aujourd’hui en Cisjordanie comme Ariel Sharon l’a fait à Gaza en 2005 lorsqu’il rapatria 8 000 colons juifs. Ce problème s’est transformé peu à peu en un grand cauchemar. Est-il vrai que vous avez été contrainte de vendre votre maison pour pouvoir écrire « Le Roman égyptien » ? C’est vrai. Quand j’ai commencé à écrire Le Roman égyptien, j’étais endettée. Mon fils faisait son service militaire et ma famille n’habitait plus avec moi. J’ai eu alors l’ingénieuse idée de vendre ma maison. Je me suis dit que je pourrai écrire tranquillement ce livre, sans trop de soucis financiers, et acheter plus tard un appartement plus petit à Tel-Aviv. J’ai été complètement happée par l’écriture de ce roman, à tel point que j’ai oublié d’acheter une autre demeure à Tel-Aviv. J’habitais dans un rez-de-chaussée que je louais. Tout d’un coup, les prix de l’immobilier à Tel-Aviv se sont mis à flamber. Je n’ai rien pu acheter. Aujourd’hui, je n’ai pas de maison, mais j’ai Le Roman égyptien. J’ai tout investi dans l’écriture de ce roman. Celui-ci a été ma Start-up!

Vous êtes très critique à l’endroit de l’Israël d’aujourd’hui et de ses élites politiques. Pourquoi ? J’ai toujours été une sioniste invétérée. J’espérais qu’un jour mes enfants ne seraient plus obligés d’aller à l’armée. Malheureusement, ce vœu n’a pas été exaucé. Je suis très déçue par l’Israël d’aujourd’hui. C’est un pays dérouté qui s’est beaucoup « droitisé » et radicalisé. Désormais, au niveau politique, c’est la droite extrême et la plus ethnocentrique qui mène le jeu. La perspective d’un règlement viable avec les Palestiniens s’éloigne chaque jour un peu plus. Il est vrai aussi qu’Israël n’a en face de lui aucun interlocuteur palestinien crédible et résolu à négocier un vrai accord de paix. Dans le camp palestinien, ce sont les plus extrémistes, ceux du Hamas, qui tiennent aussi le haut du pavé. C’est une situation désespérante. Je crains aussi que l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, célébrée avec liesse par la droite extrémiste religieuse israélienne, ne fasse que concrétiser le scénario très noir de la fin de l’option de la solution à deux États, l’un israélien, l’autre palestinien, vivant un jour harmonieusement côté à côte. Au niveau politique, Donald Trump et Benyamin Netanyahou sont des frères jumeaux. Le projet très controversé de Trump de déménager l’Ambassade des États-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem est une immense bourde qui sera certainement l’un des déclencheurs de la troisième Intifada palestinienne.

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CULTURE SÉPHARADE

Introduire la culture sépharade dans les écoles israéliennes

PEGGY CIDOR

Par Peggy Cidor

Peggy Cidor, née à Tunis, a fait son alyah (montée en Israël) avec ses parents en 1962, directement à la ma’abara (camp de baraquements pour les nouveaux immigrants) d’Ashdod où elle a grandi. Elle a effectué son service militaire suivi d’études en philosophie et études bibliques à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Elle est journaliste et recherchiste, exerçant en hébreu, anglais et français pour de nombreux médias, notamment la radio kol israël et la télévision publique. Depuis 2003, elle est correspondante pour les affaires de Jérusalem au Jerusalem Post (politique locale, société haredi/ultra-orthodoxe et résidents arabes du côté est). Parallèlement à ses activités professionnelles, elle est engagée pour les droits des femmes et la justice sociale. Elle a été membre de la direction du groupe « Les Femmes du Mur » jusqu’en 2015. Elle a étudié ces 10 dernières années le Talmud dans des Beit Midrach (lieux d’études) pluralistes. Elle est également conférencière et animatrice de débats publics. Mère de 3 fils et grand-mère heureuse d’une petite-fille de 3 ans. Peggy Cidor se définit également comme une inconditionnelle de Jérusalem et nous livre pour le LVS un article passionnant, exceptionnellement sur trois pages, sur ce que certains nomment la révolution sépharade et orientale. Réparer une erreur historique : la constitution de la commission Bitton Il y a exactement un an, en février 2016, le nouveau ministre de l’Éducation, Naftali Bennet (président du parti le Foyer Juif) et membre de la coalition gouvernementale, annonçait sa décision de former une commission chargée de « renforcer l’enseignement de la culture des Juifs sépharades et orientaux dans les programmes scolaires israéliens ». Le poète et lauréat du Prix Israël, Erez Bitton qui présida cette commission devait rendre ses conclusions dans les trois mois suivants. « Nous allons réparer une erreur historique », a écrit sur son compte twitter le ministre de l’Éducation qui ajouta qu’il espérait ainsi « renforcer l’unité au sein de la population. » De ce jour, commença un travail gigantesque, mené – quasiment bénévolement – par des universitaires, des chercheurs, des poètes et des artistes israéliens pour la plupart d’origine orientale, qui s'attelèrent à la tâche avec une énergie rarement rencontrée jusque là dans des commissions publiques désignées par le gouvernement. Le sentiment partagé par tous les membres était le même : il s’agissait d’un grand moment, d’une occasion unique de faire un véritable travail de TIKKOUN (réparation) de manière à ce que, au moins pour les générations à venir, ce manque si douloureux, cette absence parfois révoltante d’une grande page de l’histoire des communautés juives des pays de l’Orient soit enfin écrite, racontée et connue pour tous. La recommandation principale de la commission voulait « que les études d’histoire juive, de littérature ainsi que les programmes postscolaires puissent établir un meilleur équilibre entre les héritages culturels des communautés orientales et celles d’Europe (ashkénazes) et facilitent, de ce fait, une plus grande unité au sein du peuple juif en Israël. » Le Conseil de la commission comprenait douze membres qui ont été chacun d’entre eux désignés à la tête d’une sous-commission de dix membres, outre les assistants, les chercheurs, les conseillers et le personnel administratif. Le programme de travail de la commission a été de préparer un dossier sur des thèmes à aborder dans le programme du système éducatif public d’Israël, dans une liste de domaines et de sujets que la commission a jugé nécessaire 46

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Erez Bitton

d’ajouter aux programmes existants, de manière à combler le manque de connaissance et de savoir sur l’histoire de toutes ces communautés. Parmi les noms les plus marquants de cette commission, au côté d’Erez Bitton, citons le Dr Chaim Sa’adoun, historien du judaïsme oriental, Dr Yehuda Maimaran (Alliance israélite universelle), le professeur et rabbin Moshé Amar ainsi que la professeure et poétesse Haviva Pedaya. La commission a terminé ses travaux et a présenté son rapport et ses recommandations le 7 juillet 2016 au ministre Bennett, qui les a entièrement approuvés et a commencé dès cette année scolaire à appliquer une partie de ces orientations dans les écoles. D’autres recommandations – comme une série de télévision, un documentaire sur les communautés juives d’Orient ainsi que des programmes de pèlerinages et de visites des vestiges de ces communautés (dans les pays ou la visite de citoyens israéliens est possible, comme le Maroc) sont en train d’être mis sur pied.


CULTURE SÉPHARADE

Rue des « Panthères noires » à Jérusalem

Manifestation des Panthères noires dans les années 70

La révolution orientale sur le plan culturel et politique en Israël Prise sous le feu croisé et dur des critiques qui n’ont pas manqué d’éclater de part et d’autre, la commission a réveillé des passions que certains croyaient déjà éteintes, mais a aussi – et peut être surtout – révélé ce que beaucoup, dans la société israélienne avaient déjà compris, à savoir que cette société vivait une période de profonds changements dans son rapport à la culture sépharade et son empreinte sur Israël. Dans ce contexte, la commission Bitton posait un jalon de plus dans ce que beaucoup nomment ici la « révolution orientale (mizrahit) » d’Israël.

Pour mieux comprendre ce phénomène, il nous faut revenir quelques années en arrière et mettre le doigt sur certains événements ou dates de l’histoire de l'État d’Israël. Dans ce contexte, il y a d’abord les protestations sur le plan social (Wadi Salib – 1959)1, le mouvement des Panthères noires (Musrara, Jérusalem, 1971)2 ou bien dans le domaine politique – les différentes formations politiques sépharades (TAMI, Shass)3. Il y a aussi et là, il s’agit d’une tout autre approche – et pour le moment, probablement la plus intéressante et la plus prometteuse – la découverte et l’inclusion presque immédiate et enthousiaste dans le discours public israélien des joyaux de la culture juive orientale : les piyutim (poèmes liturgiques), la musique d’origine judéoandalouse et le cinéma mizrahi… Une génération de jeunes cinéastes israéliens d’origine orientale qui ont apporté sur les écrans israéliens des films de haute qualité qui racontent l’histoire passée et contemporaine des Juifs d’origine orientale et surtout les conditions de leur arrivée et installation en Israël, y compris l’histoire des ma’abarot (camp de baraquements ou de tentes pour les nouveaux immigrants). Il y a également une vague de nouveaux poètes et aussi écrivains nés en Israël de parents d’origine orientale qui ont ajouté une sonorité et une couleur particulière, vibrante, trépidante même parfois carrément subversive envers l’ancien narratif officiel ashkénaze-sioniste, et qui ont totalement transformé la scène culturelle et créatrice de la société israélienne.

L’un des derniers bastions est la station de radio de Tsahal, longtemps considérée comme l'un des derniers retranchements de l’hégémonie ashkénaze qui maintenant, non seulement, diffuse de plus en plus de musique « orientale locale », mais a même commencé à introduire des présentateurs qui se déterminent mizrahim (orientaux). Grosso modo, on pourrait dire que le changement profond qui s’opère aujourd’hui dans la société israélienne sur ce point avance sur deux fronts – l’un culturel, l’autre politique – qui se croisent plusieurs fois et même se complètent ici et là. L’introduction des piyutim a été, pour le moment, le plus grand succès. Ces joyaux longtemps ignorés du grand public ont été présentés par des amoureux de cette musique liturgique particulière aux communautés d’Orient et par un grand miracle – il n’y a pas d’autre terme – a été reçu à bras ouverts et surtout à oreilles ouvertes par le public prêt à écouter, découvrir et aimer cet héritage. Le résultat a été spectaculaire au point qu’aujourd’hui les plus grands chanteurs, y compris rockers d’Israël ont incorporé des piyutim dans leurs répertoires tels quels ou à travers une « conversion » dans un langage de musique moderne, mais très inspiré de cet héritage, et surtout, faisant une place d’honneur à la poésie juive préservée dans ces communautés. Aujourd’hui cette véritable transformation a mené, grâce à une ouverture inespérée du ministère de l’Éducation, à l’introduction de l’étude et de la pratique des piyutim dans les écoles et même les jardins d’enfants, pas spécifiquement ceux du courant religieux public. Les réactions à la comission Bitton et ses recommandations Mais dans la presse israélienne, on s’interroge, pas toujours avec gentillesse (et j’use là d’un euphémisme) au sujet de ce changement que personne ne nie, mais qui n’est pas interprété de la même manière par tous. Entre la position radicale d’une gauche mizrahite, qui se veut détachée – pour ne pas dire carrément antisioniste, cela vient trop tard, n’exprime pas le repenti exigé pour prouver la bonne foi de l’establishment, et ne fait, finalement, que consolider l’hégémonie « blanche » donc ashkénaze, tout en jetant un os pour calmer la colère des masses mizrahi.

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Cette gauche mizrahit non sioniste a rejoint la formation de la liste commune des parlementaires Arabes israéliens, et s’est formée comme une sous-liste qui lui est apparentée. D’autres, pas moins militants pour la cause mizrahi, politique, sociale ou culturelle, se trouvent plus à l’aise dans les formations politiques de droite – que ce soit au Likoud ou comme dans l’une des plus récentes tentatives – Tor Hazahav qui veut recréer, tout en étant plutôt à droite et sioniste (et même expansionnistes par rapport aux territoires) l’ancienne harmonie et l’amitié – réelles ou imaginées – entre Juifs et Arabes dans leurs pays d’origine, surtout en Afrique du Nord. Tout ce monde s’agite, bout et remet à l’ordre du jour un sujet que beaucoup d'Israéliens croyaient ou voulaient croire caduc. En effet, avec un pourcentage relativement élevé de mariage entre les enfants de différentes ethnies (aux alentours de 27 % selon le Bureau central des statistiques israélien), on pensait que le clivage et son cortège de ressentiments et de colères des Juifs originaires des pays d’Orient ainsi que des générations nées en Israël à l’encontre de l’establishment ashkénaze, – conséquences des frustrations subies dans les premières années de l'État – seraient réduits à de mauvais souvenirs que tout le monde préférait oublier. Mais voilà qu’il s’avère que ce sujet continue non seulement d'exister, mais même de prendre de plus en plus de place dans le discours public et officiel en Israël,et n’est pas prêt de disparaître de l’horizon. Dans ce contexte, la décision du ministre Bennett de prendre, d’une certaine manière, le taureau par les cornes, en créant cette commission qui publiquement reconnaît qu’il y a un manque grave qu’il faut à tout prix combler, a fait effet de bombe à retardement. « Non seulement, plus personne ne pourra dire qu’il n’y a pas de discrimination par rapport a notre culture, » répondit le Président de la commission, Erez Bitton, à une question qui lui était posée au cours d’une journée d’étude consacrée à la commission à l’Université de Bar-Ilan en novembre dernier, « mais voila qu’à présent, ce travail de réparation (tikkoun), de rendre justice à notre tradition est entre nos mains, et ce besoin est reconnu par l'État, cela nous impose une très grande responsabilité – plus rien ne sera comme avant maintenant. » Bien que le public, en général, a assez bien reçu la décision d’établir cette commission et ses recommandations, les critiques n’ont pas manqué, et certaines sont dures. Pour Meir Amor, un universitaire d’origine marocaine, qui a quitté Israël pour s’établir à Montréal, la commission ne changera rien à ce qu’il nomme les crimes de l’establishment sioniste ashkénaze envers les communautés déracinées de leur environnement pour servir les projets du sionisme ashkénaze privilégié et hégémonique.

Pour le mouvement Shass, il s’agit d‘un projet valable, mais qui s’écarte du chemin privilégié de ce mouvement qui se calque sur les normes de vie des communautés harédi / ultra-orthodoxes ashkénazes, et donc n’est pas vraiment nécessaire – d’autant plus que le système éducatif apparenté à ce parti n’est pas dans le courant public et donc n’a pas l’obligation d’appliquer les recommandations de la commission Bitton. Reste donc le public général dans la société israélienne, là où, d’après les statistiques du Bureau central des statistiques d’Israël, la grande majorité des Israéliens juifs observent une manière de vivre proche ou même très proche des traditions juives même quand elle se définit comme laïque en répondant à des sondages. Leurs enfants vont donc être les premiers à rencontrer sur le terrain les résultats concrets de la commission – c'est-à-dire une ouverture plus généreuse et une justice nécessaire, bien que tardive, face aux traditions et à l’histoire des communautés des pays de l’Orient avant leur alyah et même jusqu’à aujourd’hui en Israël. Ouverture dont bénéficieront aussi les enfants dont les parents sont venus de l’Occident ou de l’ex-Union soviétique, de manière à ce que, comme l’a expliqué le ministre Bennett, « nous puissions à présent raconter à nos enfants et à nous mêmes, notre histoire entière, dans toutes ses couleurs, et pas tronquée comme c’était le cas jusqu’à présent. » Et Haviva Pedaya, de l’Université Ben Gourion, membre de la commission de conclure que « ce travail de mémoire qui se fait chez les immigrants, aura une énorme importance au fil des générations. En effet, la première génération se sacrifie, la deuxième essaie de s’intégrer et rejette les traditions ancestrales. Le sursaut du retour aux traditions familiales arrive à la troisième génération. C’est un moment crucial – si le travail de mémoire et de retour aux sources ne se fait pas à ce moment, la quatrième génération n’aura plus de lien et cette mémoire sera perdue à jamais. Nous sommes maintenant dans la troisième génération, la quatrième pointe à l’horizon – c’est le moment ou jamais. »

1 Série de manifestations de nouveaux immigrants en majorité d’Afrique du Nord

contre les logements insalubres mis à leur disposition ou le taux de chômage très élevé touchant leurs communautés. Ils avaient le sentiment d’être totalement abandonnés par l’establishment ashkénaze et le parti travailliste alors au pouvoir. 2 Nom du mouvement, mené par Saadia Marciano, Charlie Bitton et Reuven Abergel, qui s’insurge contre la discrimination sociale persistante à l’encontre des Juifs sépharades venant des pays arabes. 3 TAMI (initiale de tnuat massoret israel) crée en 1981, dix ans après les Panthères noires, par Aharon Abu Hatzira issu d’une famille de rabbins très respectés parmi lesquels le célèbre rabbin Baba Salé (1889-1984), est un parti politique. Il insiste sur le retour aux traditions juives qui n’étaient pas au « programme » des Panthères noires uniquement focalisées sur le clivage socio-économique. TAMI, en fait, annonce l’arrivée du parti Shass, créé en 1984 par le Grand Rabbin Ovadia Yossef (1920-2013) et se fondra avec ce nouveau parti ultra-orthodoxe sépharade.

Saadia Marciano

Reuven Abergel Charlie Bitton 48

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CULTURE SÉPHARADE

Les Pirates juifs des Caraïbes : une saga historique fascinante Par Elias Levy

Si vous êtes friand de récits historiques passionnants et d’aventures de capes et d’épées haletantes, entamez incessamment la lecture du livre Les Pirates juifs des Caraïbes. L’incroyable histoire des protégés de Christophe Colomb du journaliste et historien américain, feu Edward Kritzler. Cette fascinante saga historique vous donnera le tournis. Ce livre, dont la version française est parue initialement en 2012 aux Éditions André Versaille, vient d’être réédité dans la collection poche des Éditions L’éclat.

Auteur de succès de librairie dans le monde anglo-saxon, Edward Kritzler, décédé en 2010, qui fut l’un des meilleurs spécialistes de l’Histoire de la Jamaïque, relate avec brio pour la toute première fois la fabuleuse histoire de ces Sépharades expulsés d’Espagne et du Portugal au XVIe siècle qui parvinrent avec une hardiesse inouïe à s’embarquer avec les plus grands explorateurs de l’époque pour gagner clandestinement le Nouveau Monde, où ils sont devenus de redoutables pirates ! L’accès au Nouveau Monde leur étant catégoriquement interdit du fait de leur religion, ils furent alors contraints d’adopter une nouvelle identité : celle de « nouveaux chrétiens » (par opposition à « vieux chrétiens », c’est-à-dire les chrétiens de souche). Le Portugal n’exigeait pas encore, contrairement à l’Espagne, qu’ils « prouvent la pureté » de leur ascendance catholique. Ces aventuriers juifs du Nouveau Monde, dont plusieurs étaient aussi de brillants navigateurs et cartographes, se distinguèrent particulièrement dans un domaine qui avait fait ses preuves dans la diaspora : le commerce international. Négociants ou armateurs, ils constituèrent l’embryon de la classe marchande de l’empire espagnol. Tant qu’ils prétendaient être de fervents chrétiens et livraient les marchandises à temps, personne ne les questionnait sur leurs origines identitaires. Ils fondèrent ainsi les premières plantations sucrières à grande échelle et initièrent les premières cultures de céréales, de café et de thé. Parallèlement, ils se lancèrent dans le commerce très lucratif du tabac et des métaux précieux : l’or et l’argent. Leurs principaux partenaires d’affaires étaient des marranes – des Juifs s’étant convertis au christianisme qui continuaient à pratiquer en catimini la religion mosaïque - de la péninsule ibérique. Les échanges commerciaux qu’ils promurent avec entrain forgèrent la colonne vertébrale du futur système marchand, qui allait s’avérer très bénéfique pour les royaumes d’Espagne et du Portugal. Un pacte implicite liait ces Sépharades à la monarchie portugaise : le roi Manuel Ier du Portugal avait besoin de ces Juifs pour assurer son flot de transactions commerciales avec le Nouveau Monde, et ces derniers avaient à leur tour besoin de ce roi pour endiguer les velléités judéophobes des hérauts de l’impitoyable Inquisition catholique. Mais, vers la fin du XVIe siècle, le Portugal tourna casaque. Les autorités inquisitoriales catholiques se mirent alors à traquer les Juifs sans relâche.

Un bon nombre de ces Juifs persécutés, et leurs enfants, souvent alliés aux Hollandais ou aux Anglais, devinrent des pirates implacables et des guerriers hors pair. Leur objectif cardinal : semer la terreur dans les galions espagnols chargés d’acheminer vers les royaumes de Castille et d’Aragon les trésors pillés dans les contrées du Nouveau Monde. C’était leur façon de répondre « œil pour œil » aux inquisiteurs de la Sainte Terreur qui les pourchassaient d’une manière obsessionnelle jusque dans les terroirs du Nouveau Monde, où ils pensaient avoir trouvé un refuge sûr. Mêlant les diverses phases de la conquête des Amériques à des récits d’espionnage époustouflants et à des chasses au trésor homériques, Edward Kritzler retrace l’itinéraire d’une foule de personnages sépharades iconoclastes et hauts en couleur. On fera ainsi la connaissance de l’extraordinaire rabbin-pirate Samuel Palache, natif de la ville marocaine de Fès, qui monte encore à l’abordage à 60 ans passés et fonde la première communauté juive d’Amsterdam. On croisera les frères Moïse et Abraham Cohen Henriques, deux fougueux corsaires en quête d’un Eldorado mythique : la fameuse mine d’or de Christophe Colomb. C’est grâce à Moïse Cohen Henriques que l’amiral hollandais Piet Heyn parviendra à capturer la flotte du trésor espagnol en 1628, une prouesse militaire exceptionnelle, et que les soldats hollandais arriveront à envahir le Brésil, où verra le jour à Recife, au XVIIe siècle, la première colonie juive du Nouveau Monde, Zur Israël. On découvrira les faits d’armes légendaires de l’inégalable pirate juif Sinan, un Sépharade d’origine espagnole qui trouva refuge en Turquie après son bannissement de l’Espagne, qui fut le commandant en chef du terrifiant Barberousse et l’ennemi juré de Charles Quint. On y croisera aussi un personnage très flamboyant, Antonio-Abraham Carvajal, l’agent secret de l’une des figures politiques et militaires les plus controversées d’Angleterre, Oliver Cromwell… Ces pirates foncièrement juifs et très épris de liberté ont grandement contribué à l’émancipation des Juifs, dans l’Ancien et le Nouveau Monde. Edward Kritzler narre avec panache et une dextérité littéraire épatante ce chapitre totalement méconnu de l’Histoire du Séphardisme. Un livre d’Histoire et d’aventures magistral à lire absolument !

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JUDAÏSME

Le guide des traditions et coutumes sépharades

ILAN ACOCA

Entretien avec le rabbin Ilan Acoca par Sonia Sarah Lipsyc

Le rabbin Ilan Acoca est né en Israël en 1970, de parents originaires du Maroc et d’ancêtres sépharades venus d’Espagne. Après sa bar-mitsvah (majorité religieuse à 13 ans), il a quitté Israël avec ses parents pour s’installer à Montréal. Au cours de ses études secondaires, encouragé par l’un de ses professeurs à explorer davantage le judaïsme, il a étudié à la yeshiva (école talmudique) et est devenu rabbin exauçant ainsi le souhait de son grand-père, feu Rabbin Eyad Acoca qui voulait qu’un de ces descendants s’engage dans cette voie. En 1999, le rabbin Acoca est devenu rabbin de la congrégation sépharade Beth Hamidrash à Vancouver où il a servi sa communauté pendant dix-sept ans. En 2016, Ilan Acoca est devenu rabbin de la communauté sépharade de Fort Lee et de l’école Ben Porat Yosef à Paramus, New Jersey (É.-U.).

Pourquoi avez-vous eu envie d'écrire ce guide sur les traditions et coutumes sépharades ? Vous semblaient-elles oubliées du monde sépharade ? Inconnues des autres traditions ? Ou souhaitiez-vous apporter un éclairage particulier ? Je voudrais premièrement vous remercier de me donner l’opportunité de faire connaître à vos lecteurs mon livre et de m’avoir invité à donner une conférence au Festival Sefarad. J’ai eu l’idée d’écrire le livre après avoir été à un mariage où le rabbin officiant se servait d’un guide pour des rabbins Loubavitch (groupe hassidique). J’ai pensé alors rédiger un guide pour les rabbins sépharades, mais après avoir partagé cette idée avec un ami publiciste, il m’a suggéré d’écrire un livre qui servirait tout le monde juif et peut être aussi le monde non juif intéressé à en savoir plus sur les coutumes sépharades. Le même jour où j’ai eu cette conversation avec cet ami, j’ai reçu le courriel d’une maison d’édition qui me proposait de publier un livre avec eux. Pour moi, c’était un signe clair de D. qu’il fallait que j'écrive ce livre. La raison principale était que, durant de nombreuses années, des personnes d’origine sépharade et ashkénaze me posaient des questions sur les sources des coutumes sépharades. D’après mon expérience, les coutumes sépharades ont été oubliés dans certaines régions du monde simplement parce que les Sépharades étaient une minorité et ont appris des ashkénazes en fréquentant leurs synagogues et leurs yeshivot (académies talmudiques). Je soutiens la diversité et souhaite que chacun suive la coutume de ses ancêtres, tradition qui malheureusement tend à se perdre simplement parce que si quelqu’un veut faire partie d’un groupe, il se doit de suivre leurs coutumes et lois. C’est un phénomène qui n’existait pas autrefois dans la tradition sépharade. C’est pourquoi ce livre me semble nécessaire afin de donner des points de repère d’une voie sépharade pour celles ou ceux qui l’ont quelque peu perdue. Comment avez-vous conçu votre ouvrage ? J’ai écrit ce guide d’une façon très simple pour qu’il soit facile à lire et il semblerait que ce soit le cas si j’en crois les réactions des premiers lecteurs. Le livre est divisé en cinq chapitres. Le premier couvre les offices quotidiens, le deuxième le shabbat et les fêtes, le troisième les cycles de la vie, le quatrième la culture sépharade, et le cinquième chapitre comporte différents articles au sujet du judaïsme sépharade 50

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comme la préoccupation du judaïsme sépharade de n’être jamais extrême, la pureté et la simplicité de ce judaïsme, la forte croyance en nos ancêtres, l’importance d’éduquer nos futures générations à la tradition sépharade, la tolérance et la sensibilité. Vous avez choisi la modalité des questions-réponses. Pouvez-nous donner quelques exemples de ces questions et de quelques-unes de vos réponses ? Prenons quelques exemples, principalement dans le cadre de la prière. Pourquoi les Sépharades s'assoient-ils pour la prière du kaddich alors que les Ashkénazes se lèvent ? Réponse : les Juifs sépharades suivent souvent les indications du grand kabbaliste, le rabbin Yitshak Luria, connu sous le nom de Ari Zal (16e siècle, Safed) qui enseigne que, d’après la kabbale, il n'y a aucune nécessité pour l’assemblée de se lever pour le kaddich (mais non point pour celui ou ceux qui le récitent ndr). Pourquoi la hagbaha, ce lever du rouleau de la Torah pour montrer son écriture à l’assemblée, se fait-elle avant la lecture de la Torah et non après comme chez les Ashkénazes ? Cette loi est basée sur les écrits du rabbin Yosef Karo (16e siècle, Safed). Rav Haim Benveniste (17e siècle, Turquie), explique que dans les pays ashkénazes, il y’avait un groupe de Juifs qui pensaient que la hagbahah était plus importante que la lecture de la Torah parce qu’elle se déroulait avant la lecture de la Torah. Quand les rabbins ashkénazes ont vu ça, ils ont institué que la hagbahah se ferait après la lecture de la Torah pour montrer que celle-ci est plus importante que la hagbahah. Pourquoi les garçons sépharades lisent-ils la haftarah (passages tirés des prophètes bibliques) dès l’âge de sept ans ? Cette loi est basée sur les écrits du rabbin Yosef Karo qui écrit que le garçon étant capable de lire et de comprendre l’idée de la haftarah, il faut lui enseigner un haftarah d’une part, car c’est une obligation des parents et d’autre part, c’est une préparation pour la bar-mitzvah ! Pourquoi certaines communautés sépharades mangent-elles du riz à Pessah ? Cette loi est également basée sur les écrits du rabbin Yosef Karo et le Talmud qui avancent que le riz n’est pas hametz (impropre à la consommation durant Pessah), puisque le riz ne fait pas partie des cinq graines interdites par la Torah. Cependant la communauté ashkénaze et certaines communautés sépharades ont pris la coutume de ne pas consommer de riz à Pessah pour différentes raisons.


JUDAÏSME

Diriez-vous que le monde sépharade est homogène ou avez-vous rendu compte des différentes coutumes selon les communautés d’origines géographiques et linguistiques différentes ? Le monde sépharade et juif, en général, est loin d’être homogène. Il y a un vieux cliché qui dit « un Juif, deux opinions ». C’est vrai qu’il y a notre maître et guide le rabbin Yosef Karo (16e siècle), auteur du Shoulhan Aroukh (recueil référentiel des lois juives) mais il y a aussi beaucoup de coutumes différentes. Par exemple, au Maroc il y avait deux communautés : l’une se nommait les toshavim, les résidents qui ont vécu au Maroc depuis la destruction du Premier Temple (7e siècle avant l'ère vulgaire) et il y avait les megorashim qui sont arrives au Maroc après l’expulsion d’Espagne en 1492. Ces deux communautés n’étaient pas d’accord sur certaines lois et coutumes par exemple les lois de shehita (abattage rituel) et les lois de la ketouba (acte de mariage). D’ailleurs, dans la ketouba des megorashim, ils écrivaient « keminhag megurashe castillia », littéralement « comme la coutume des rescapés de Castille » pour se distinguer des toshavim. À part ça, chaque ville au Maroc avait sa propre coutume. Un deuxième exemple de cette diversité peut s’illustrer par l’évocation de la communauté de Kochin en Inde où des Juifs habitaient depuis des siècles, depuis le temps du Roi Salomon… ou la communauté irakienne qui est arrivée au 19e siècle à Mumbai et à Calcutta. Dans le livre, j’ai écrit surtout sur les coutumes en général mais, de temps en temps, je mentionne les coutumes particulières de certaines communautés. Vous avez un passage à la fin de votre livre concernant le futur du monde sépharade. Quel est votre sentiment à ce sujet ? Je suis très passionné par mon histoire et l’histoire de mes ancêtres. Je crois que c’est la responsabilité de chaque rabbin et leader sépharade de faire de grands efforts pour explorer notre passé, le vivre au présent et l’enseigner à la future génération simple-

ment parce que c’est notre héritage et nous n’avons pas le droit de le perdre. Je suis très optimiste à ce sujet. Je trouve que dans notre génération, les gens posent des questions. Ils veulent être éduqués. C’est à nous de relever ces défis et d’enseigner. Je suis fier d’écrire qu’en ce moment, il y a deux de mes collègues ashkénazes qui ont demandé mon aide pour donner mon avis sur des ketoubot (actes de mariage) sépharades qu’ils doivent utiliser pour des mariages qu’ils vont célébrer. S’ils demandent mon avis, c’est premièrement parce que le couple qui se marie lui a demandé et parce que j’essaye d’être actif et de créer avec mes collègues sépharades une voie pour la future génération.

Craignez-vous une radicalisation du monde sépharade, car dans votre ouvrage, comme dans la conférence que vous avez donnée dans le cadre du Festival Sefarad, vous insistez sur l’esprit du juste milieu qui l’a toujours caractérisé ? Je crois qu’en général le monde est devenu très extrémiste que ça soit l’extrême droite ou l’extrême gauche, chose qui n’a jamais existé au sein du monde sépharade. Chez nos frères et sœurs ashkénazes, ils n’avaient le choix que d’être plus extrêmes et rigides à cause du mouvement réformiste. Chez les Sépharades, ils n’avaient pas ça. Tout Juif faisait partie de la communauté. D’ailleurs, quand les gens me demandent si je suis haredi (ultra-orthodoxe), orthodoxe moderne, à droite ou à gauche, je leur réponds : « je suis un Juif sépharade » ce qui veut dire quelqu’un qui vit son judaïsme avec le juste milieu sans aucun extrême. Je voudrais conclure en disant que la meilleure façon de réaliser cette vision du juste milieu est par l’éducation. La meilleure éducation se transmet par la manière dont on vit et se conduit. Je prie que D. me donne la santé pour continuer à propager ce message. Je vous remercie encore et souhaite un joyeux Pessah à tous les lecteurs de LVS.

Comment peut-on se procurer votre guide ? Sur Amazon https://www.amazon.ca/Sephardic-Book-Why-Traditions-Customs/dp/3639794850

« Je crois que c’est la responsabilité de chaque rabbin et leader sépharade de faire de grands efforts pour explorer notre passé, le vivre au présent et l’enseigner à la future génération simplement parce que c’est notre héritage et nous n’avons pas le droit de le perdre. »

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ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

Mon judaïsme ou l’assimilation ashkénaze

RUBEN PEREZ

Par Ruben Perez

Ruben Perez, 24 ans, est né en France et est arrivé Montréal en 2004 à l’âge de 11 ans. Il a fréquenté d’abord l’école Yavne puis la Yeshiva Guedolah of Montreal. En 2010, il part étudier en Israël à Heichal Hatorah- Pachad Yitschak. De retour en 2012, il poursuit des études à l'Université Concordia en double licence en Science politique et en études juives. Déménager de France au Québec est sans nul doute un choc culturel. Les valeurs, les expressions, l’ordre social y sont différents. Le train de vie est plus lent, rythmé par des saisons bien définies. La communauté juive, quant à elle, y est aussi différente. La communauté française, du peu que je puisse me rappeler, est moins caractérisée par ses origines et se rassemble plutôt autour d’un judaïsme commun, il n’est pas rare de voir des Ashkénazes prier dans des synagogues sépharades ou vice versa. La communauté juive québécoise semble être plus structurée par dénomination d’origine que par affiliation religieuse. Les Sépharades et Ashkénazes, fiers de leurs origines, préfèrent se regrouper dans leurs synagogues, écoles ou institutions. Les Ashkénazes, d'origine européenne, donnent l’impression de regarder d’en haut cette communauté sépharade colorée plus encline à faire la fête que de définir la religion dans de strictes limites institutionnelles. Confronté à cette nouvelle réalité culturelle, je dus, dès mon arrivée à Montréal, choisir un camp. Suis-je un Sépharade fier de mon héritage marocain-tunisien ou un Juif orthodoxe ashkénaze intellectualisé ? Étant donc orthodoxe et grandissant à Montréal, je me retrouvais confronté à ce conflit religieux, essayant désespérément de trouver ma place dans ces deux communautés diamétralement opposées. Mes premières années de scolarité furent passées dans une institution se définissant comme marocaine et orthodoxe. Je me suis retrouvé ainsi, immergé dans une idéologie religieuse européenne, tout en expérimentant une fierté marocaine institutionnalisée à travers des chants, des repas traditionnels et un folklore mettant en avant les générations précédentes. Puis mes parents, ayant décidé de m’envoyer dans une institution ashkénaze pour m’exposer à d’autres vues, je me suis retrouvé en conflit avec moi-même quant à mon affiliation culturelle alors que me retrouvais plongé dans le monde ashkénaze pur produit du shtetel 1 polonais et hongrois. Ce conflit culturel me suivit quand, après mes études secondaires, je me retrouvais en Israël pour continuer mes études religieuses à la yeshiva (école talmudique) ou la différence entre les deux traditions était quasi inexistante. En effet, afin de s’intégrer dans le monde des yeshivot, il fallait absolument rentrer dans un moule où le chapeau noir, la barbe ainsi que l’énonciation d’un certain credo idéologique, étaient les seuls moyens pour « fit in ». La séparation entre ces deux trends, tendances culturelles n’étant définie que par une liturgie qui d’ailleurs devenait de plus en plus similaire… Se balancer de façon rythmée pendant la prière en fermant les yeux d’un air peiné, plutôt que de laisser transparaitre la joie d’une expérience spirituelle, devenait le seul moyen d’être considéré orthodoxe. Il est nécessaire

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de relever que le mouvement orthodoxe ashkénaze semble avoir pris le monopole des valeurs religieuses, se définissant comme le courant le plus authentique du Judaïsme moderne. La question que je me suis alors posée est d’où provenait donc cet amalgame religieux ? Pourquoi notre culture sépharade, plusieurs fois centenaire, et qui, jusqu’au 19e siècle faisait autorité dans le monde orthodoxe, se perdait lentement dans une culture importée du shtetl européen ? Sans vouloir m’imposer en tant qu’expert, j’aimerais néanmoins proposer une explication. Un élément de réponse pourrait se trouver dans une analyse sociétale. Nous vivons dans un monde régulé par la mondialisation où rien ne semble faire plus peur que la différence, que ce soit à un niveau idéologique ou social. Afin de trouver sa place, il nous faut rentrer dans un moule, faire partie d’un consortium, d’un groupe qui nous protège d’une peur viscérale, celle de se retrouver seul face à soi-même. La notion de vérité n’est confortable que si elle nous est tendue sur un plateau d’argent avec l’idée que si tellement de gens y croient comment cela peut-il être faux ? Se retrouver seul face à ses doutes contredit la base même de la modernité ou tout doit être accessible et à portée de main. Partant de cet argument, seul le groupe pouvant présenter un message uniforme et fort peut se démarquer par rapport aux autres. Au contraire de nos coreligionnaires ashkénazes, la société séfarade n’est pas uniforme. Elle prône la modernité et la différence en faisant passer le mystique et la foi devant la rationalité. Ces concepts étant de nature subjective, ils ne peuvent créer une uniformité spirituelle institutionnalisée. Nous nous retrouvons donc confrontés à la bataille même de la modernité, être unique ou se laisser happer par les mouvements de masse qui se gargarisent d’une vérité des plus ordinaires, dénudée du sens profond de l’expérience spirituelle. Se connecter au divin devient institutionnalisé par des pratiques communes, être religieux est défini par un habillement commun et l’acceptation d’un credo idéologique devient un déguisement davantage qu’une vérité profonde. Je me retrouve donc en tant que jeune Juif sépharade confronté a ce dilemme, et face à ce choix je décide de clamer haut et fort mon droit d’être diffèrent et de porter fièrement cet héritage religieux qui met en avant la nature unique de l’individuel et qui nous permet de laisser notre trace dans une société uniformisée.

1 Bourgade juive en yiddish (ndr)


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2016 :

une programmation intellectuelle exceptionnelle Par Annie Ousset-Krief

L’édition 2016 du Festival Séfarad nous a offert une programmation riche et diversifiée. Conférences, colloques, musique, arts de la scène, toutes les manifestations ont montré le dynamisme de la culture sépharade dans la cité québécoise. Notre collaboratrice relate ici les conférences auxquelles elle a assisté. Nous tenons également à rappeler comme conférences, « L’hommage à David Amar, figure de légende du judaïsme marocain » en présence de son fils Daniel Amar et du journaliste Victor Malka, « Simon Peres : retour sur un destin » par Yehuda Lancry, et « Le livre du pourquoi sur les coutumes sépharades » par le rabbin Ilan Acoca.

3E JOURNÉE COMMÉMORATIVE DES JUIFS RÉFUGIÉS DES PAYS ARABES ET D’IRAN

Ziv Nevo Kulman, Consul général d’Israël à Montréal, et Kathleen Weil, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, et également présidente d’honneur du festival, ont lancé le premier événement, présenté par Dr Sonia Sarah Lipsyc. Le 27 novembre1 était célébrée la troisième journée commémorative des Juifs réfugiés des pays arabes et d’Iran. Cette reconnaissance de l’exil forcé des Juifs en terres musulmanes a été tardive, puisque la Knesset a institué cette journée de commémoration il y a seulement 4 ans. Près d’un million de personnes ont été chassées de leur terre natale, trouvant refuge pour les deux tiers d’entre elles en Israël, les autres se répartissant entre la France et l’Amérique. Le Canada a été le troisième pays d’accueil. Kathleen Weil souligne l’importance du Québec dans l’accueil des réfugiés et salue le rôle de la communauté sépharade, qui est une « source d’inspiration pour le gouvernement ». « Fragments de la mémoire sépharade », un documentaire réalisé par Hélène Trigano entre 2003 et 2009 a ensuite été projeté. Il retrace les trajectoires de cinq personnes sépharades originaires d’Irak, d’Algérie, du Maroc, d’Égypte et du Yishouv. Au travers des mémoires individuelles a ressurgi l’expérience de centaines de milliers d’exilés, qui pendant longtemps n’ont pu raconter leur histoire. Hélène Trigano s’est dédiée à la tâche de collecter, filmer et enregistrer les récits afin de faire de l’histoire des réfugiés un témoignage vivant. Ce fut ensuite le temps du souvenir. Rose Simon Schwartz, présidente de l’Association des Juifs originaires d’Égypte, a rendu un hommage émouvant à une figure marquante du monde sépharade, un écrivain très impliqué dans la reconnaissance de ces exils forcés et auteur d’ouvrages à ce sujet, Moïse Rahmani, juif d’origine égyptienne, décédé à Bruxelles le 18 septembre 2016. Puis le professeur Stanley Urman, président de l’association Justice for Jews from Arab Countries , a présenté une conférence intitulée « La reconnaissance des droits des réfugiés juifs dans les pays arabes ». Stanley Urman a souligné le fait que les réfugiés juifs avaient été oubliés par la communauté internationale.

Pendant longtemps, on a considéré que les Juifs déplacés n’étaient pas des réfugiés, et qu’ils ne pouvaient se prévaloir d’aucun droit particulier. À la différence des Palestiniens, qui conservent toujours le statut de réfugiés et continuent à bénéficier de compensations financières (l’UNRWA2, agence des Nations Unies dédiée aux seuls Palestiniens, a versé la somme de 18 milliards depuis 1950), les réfugiés juifs n’ont jamais reçu aucune aide, et leur reconnaissance comme réfugiés a été tardivement actée. Pourquoi continuer à plaider leur cause, après des décennies de négligence ? Par souci de justice historique, répond Stanley Urman. Pour déconstruire les discours hostiles qui nient la présence juive pourtant millénaire en terres arabes. Pour restaurer leur mémoire. La journée s’est achevée sur une présentation de David Bensoussan portant sur l’exode des Juifs du Maroc. David Bensoussan en retrace les différentes étapes : des 250 000 Juifs présents au Maroc, seuls 1 500 y vivent encore. Si la monarchie protège le patrimoine juif, le gouvernement actuel, dirigé par le PJD (parti de la justice et du développement), parti islamiste, applique une politique anti-israélienne et perpétue l’enseignement de la haine. Constat douloureux pour tous ceux qui conservent un lien affectif avec leur terre natale… Ce premier événement a été un succès et a réuni un large public. Des dialogues se sont instaurés entre conférenciers et auditeurs, des questions ont été soulevées sur ce qui pouvait être fait pour continuer à écrire l’histoire sépharade, sur l’importance de la présence juive en terre arabe, sur l’attitude actuelle des gouvernements arabes sur le sujet, mais aussi sur la lenteur des différents gouvernements israéliens à parler du problème. Ce fut une journée riche en enseignement. Notons également que la CSUQ se fait un point d’honneur de commémorer cette journée depuis qu’elle a été instituée et est ainsi l’une des communautés juives dans le monde à la marquer chaque année. 1 La journée officielle est le 30 novembre, mais la CSUQ, cette année, l’a programmée

le dimanche 27 novembre afin d’offrir la possibilité à plus de personnes d’y assister. 2 UNRWA : United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees.

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Daniel Amar, Sonia Sarah Lipsyc, Ziv Nevo Kulman et Dave Dadoun

Ziv Nevo Kulman, Consul général d’Israël à Montréal, et Kathleen Weil, ministre de l’Immigration

HOSPITALITÉ ET RAPPORT À L’ AUTRE OU APPRENDRE (DE) L’ AUTRE Le 4 décembre a été consacré au deuxième volet du projet sur le dialogue judéo-musulman « Pour une citoyenneté réussie entre Juifs, Berbères et Arabes, originaires d’Afrique du Nord au Québec » démarré en septembre dernier. Dr Sonia Sarah Lipsyc rappelle la démarche engagée par les deux communautés, et leur volonté de faire de l’événement une journée de dialogue et de fraternité. Le premier panel portait sur la « culture majoritaire, culture minoritaire », avec deux intervenants : Dr Rachida Azdouz et le Professeur Georges Leroux. La psychologue clinicienne Rachida Azdouz analyse la notion d’accommodement raisonnable, qui peut, de mesure intégrative devenir, par distorsion de son application, ségrégative. Car à l’origine la mesure visait à protéger les libertés des individus, et non des groupes. L’accommodement peut devenir « déraisonnable », accordant des privilèges collectifs alors que seule la protection des droits individuels est la finalité. Le résultat peut être une surenchère identitaire, qui nuira au vivre-ensemble. Le Professeur Georges Leroux propose une présentation sur « Apprendre la culture de l’Autre au travers du cours Éthique et culture religieuse ». Après un historique sur la mise en place de la mesure éducative, Georges Leroux résume les objectifs de ce cours : permettre de réfléchir aux questions éthiques, développer la compréhension du phénomène religieux et pratiquer le dialogue. Il s’agit d’établir une culture publique pour tous les jeunes Québécois dans un contexte de pluralisme de plus en plus complexe. Mais l’instauration de ce cours a provoqué de nombreux débats et des oppositions, tant dans le camp des religieux que dans celui des laïcs. Georges Leroux conclut sur son souhait de voir triompher le dialogue avec l’Autre, pour être capable de dépasser le repli identitaire.

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Le deuxième panel portait sur « L’Autre dans les traditions monothéistes ». Le journaliste et écrivain Aziz Fares et Dr Sonia Sarah Lipsyc ont partagé leurs réflexions sur la notion d’altérité dans les traditions musulmane et juive. L’Autre est nous, explique Aziz Fares. Nous devons passer par le regard de l’Autre pour exister. Mais il est difficile de s’affirmer tout en intégrant l’Autre. Dr Sonia Sarah Lipsyc revient sur les devoirs vis-à-vis de l’Autre, mais aussi sur les devoirs incombant à l’Autre selon la tradition juive. L’apprentissage de la Torah, nous dit-elle, n’est que l’apprentissage de l’Autre. En hébreu, autre se dit « akher ». La racine du mot donne « akhirout », à savoir, responsabilité. Donc le mot lui-même contient la notion de devoir envers l’Autre, le vulnérable, le plus faible, que nous devons respecter et aider. L’étranger à son tour, devra nous respecter : dina de malkhouta dina, la loi du pays est la loi. La reconnaissance pour les accueillants s’impose. La réponse au vivre-ensemble est donc un équilibre à trouver entre connaissance de l’Autre et respect mutuel. La conteuse Oro Anahory Librowicz nous a permis un moment de légèreté après la gravité des présentations et débats qui ont suivi. Un spectacle humoristique contant les aventures du légendaire Joha, personnage commun aux cultures juive, berbère et arabe a suscité l’enthousiasme de la centaine de personnes venues assister à l’événement. La journée s’est conclue par la communication d’une enseignante d’origine kabyle, Farida Zerar, intitulée « Diversité et altérité dans la culture kabyle ». Cette dernière présentation était en résonance avec les communications précédentes. Après un bref historique sur les Kabyles, Farida Zerar a développé la vision humaniste de la culture kabyle, qui enseigne l’ouverture, le respect et la reconnaissance. Citant le poète latin Terence, elle résume en une phrase l’éthique kabyle : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Un véritable succès pour cette journée inspirante, riche en informations, analyses et débats, qui présage heureusement de la suite du projet sur le dialogue judéo-musulman.


JACQUES ATTALI : JUDAÏSME ET PENSÉE GRECQUE COMME SOURCES PLURIELLES DE L’OCCIDENT Le cycle de conférences s’est achevé dimanche 11 décembre avec un invité de marque : Jacques Attali. Cet homme aux mille talents n’est plus à présenter : ancien conseiller de François Mitterrand, économiste, écrivain, philosophe, mais aussi musicien et chef d’orchestre, il avait dirigé la veille au théâtre Outremont et toujours dans le cadre du Festival Sefarad, l’Orchestre Symphonique des Musiciens du Monde (OSMM) devant un public montréalais conquis. Jacques Attali a repris la thématique de son récent ouvrage Le destin de l’Occident, Athènes, Jérusalem, coécrit avec l’auteur et cinéaste Pierre-Henry Salfati, qui était venu comme intervenant en 2009, pour l’inauguration du centre ALEPH à la CSUQ. Jacques Attali s’est prêté au jeu des questions de David Bensoussan pour partager ses analyses et réflexions sur l’influence de la pensée grecque et de la pensée juive sur la civilisation occidentale. Devant un auditoire très nombreux (plus de 150 personnes), Jacques Attali a développé sa thèse avec brio : c’est la rencontre entre Athènes et Jérusalem qui a fait du monde occidental ce qu’il est, un monde basé sur la liberté,

VOIR

modèle parfois détesté, mais souvent envié. L’écrivain démêle les fils qui relient les deux modes de pensée au fondement de l’Occident, révélant ce que nombre d’experts ont laissé de côté : la proximité entre les mondes juif et grec. Les deux mondes sont traversés par des histoires similaires, avec une même recherche de l’unique, cette unité qui va donner forme au chaos initial, unité de Dieu et des hommes. Les contacts entre les deux peuples furent nombreux, les Grecs voyaient dans les Juifs un « peuple de philosophes nés ». Progressivement s’instaura un dialogue permanent entre foi et raison au sein des deux systèmes. Les deux pensées ont ceci en commun qu’elles recherchent le savoir, qui permet la réparation de l’univers (tikkun olam), le progrès. Valorisation de la connaissance, de la découverte, glorification de la liberté d’être et de penser – la convergence entre les deux univers sera au fondement de la civilisation occidentale. Ce fut une belle conclusion pour un festival d’une grande qualité, qui aura confirmé la richesse de la tradition sépharade et aura sans aucun doute aidé au rayonnement de la culture juive à Montréal.

A U S S I D A N S V O S LV S M A G A Z I N E E T S U R LV S M A G A Z I N E . C O M , S U R L E M Ê M E S U J E T :

LVS MAGAZINE DÉCEMBRE 2015 • « Le grand exode oublié des Juifs des pays arabes », une entrevue avec l’historien Georges Bensoussan par Elias Levy • > http://lvsmagazine.com/2015/12/le-grand-exode-oublie-des-juifs-des-pays-arabes/ LVS MAGAZINE DÉCEMBRE 2015 • « Vivre ensemble avec le monde musulman », entretien avec Daniel Sibony par Annie Ousset-Krief • > http://lvsmagazine.com/2015/12/le-grand-exode-oublie-des-juifs-des-pays-arabes/ LVS MAGAZINE SEPTEMBRE 2016V • « Juifs et musulmans. Vivre ensemble au Québec », entretien avec Dr Sonia Sarah Lipsyc et Raphaël Assor par Annie Ousset-Krief • > http://lvsmagazine.com/2016/09/juifs-et-musulmans/

Henri Elbaz, Zic Nevo Kulman et Kathleen Weil

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VOTRE PRÉSENCE ET VOS SOURIRES SONT NOS PREUVES DE SUCCÈS, SOYEZ EN REMERCIÉ! Plus de 3 600 spectateurs 80 % des participants ont qualifié l’édition 2016 de plutôt ou très enrichissante 90 % des participants ont attribué la côte « bonne » ou « excellente » au FSM 2016 Source : Sondage réalisé par la Fondation Communautaire Juive de Montréal


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Le 19 mars dernier, se tenait aux Salons Chagall, le Gala annuel de collecte de fonds pour la Mission de solidarité et du projet des Bar-Mitzvot.

Roland Harari, Elisabeth Benalal et Huguette Mellul, bénévoles de la Mission au centre de distribution de nourriture Beth Moriah à Beer Sheva

Arié Levy, directeur Israël et outre-mer Fed CJA - bureau en Israël, Benjamin Bitton, directeur général associé CSUQ, Marcel Elbaz, président de la Mission, accompagnant un Bar-Mitzva et son père au Kotel

Ce programme, présidé par Marcel Elbaz, grandit chaque année. Plus d’une centaine d’enfants, chaque année, célèbrent avec dignité cet événement fondamental de leur vie. Chaque année, le Gala de la Mission, qui s’ajoute à d’autres activités de collecte de fonds durant l’année, assure sa pérennité grâce aux nombreux invités et donateurs qui assistent à cette soirée. Présidée cette année par Mme Sonia Ohnona, en présence de l’invité d’honneur, M. Ziv Nevo Kulman, Consul général d’Israël à Montréal, la soirée a permis de recueillir de nouveau une grande partie des fonds nécessaires à l’organisation et à la réalisation de la Bar-Mitzva pour des enfants orphelins ou issus de familles défavorisées de Beer-Sheva et ses régions. Notons aussi que chaque année, la Mission permet également de remettre à différents organismes de Beer-Sheva des équipements et autres articles qui leur permettent de mener à bien leur propre mission. www.mission.csuq.org Merci pour votre générosité et votre soutien.

La prochaine mission de solidarité aura lieu en octobre 2017 Pour toute information, veuillez contacter Sabine Malka : 514 733-4998, poste 8230 ou smalka@csuq.org

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HANOUKAH Le 18 décembre dernier à la synagogue Spanish and Portuguese, de 12 h à 16 h, environ 150 personnes et enfants ont pu fêter Hanoukah en grand. Malgré la première tempête de neige qui sévissait à l’extérieur, les sourires et le bonheur des personnes présentes à l’intérieur ont ravi les bénévoles que nous tenons à remercier pour leurs efforts et leur accueil chaleureux. Les beignets traditionnels étaient au rendez-vous et du café et des boissons gazeuses étaient servis dans une salle superbement décorée pour l’occasion. Les enfants ont reçu des cadeaux et les adultes des vêtements Dex, gracieuseté de M. Jacquy Alloul, des cartes-cadeaux Walmart ainsi que des billets de cinéma, gracieuseté des Cinémas Guzzo. Soulignons la générosité de Serge et Florence qui ont contribué à la réussite de ce bel après-midi. Durant l’événement organisé par le président de Hessed, M. Marc Kakon, celui-ci a présenté M. Samuel Cohen-Scali qui occupera le poste de président honoraire pour l’année 2017.

POURIM Le 5 mars, la kermesse de Pourim a eu lieu dans la salle Grover du YM-YWHA, au 5400 rue Westbury. De nouveau, environ 200 personnes, enfants et adultes bénéficiaires de Hessed, ont passé une après-midi joyeuse et chaleureuse grâce aux nombreux déguisements, aux activités et aux jeux organisés par les bénévoles et à la distribution de nombreux cadeaux : jeux pour les enfants, vêtements Dex et Margaret M, Importations Rallye, des billets de cinéma ainsi que cartes-cadeaux Walmart pour les parents.

« PANIERS DE FÊTE » POUR PESSAH Le 2 avril, Hessed a distribué à plus de 1 000 personnes des bons d’achat d’IGA, lesquels font office de « Panier de fête ». Plutôt que de préparer des paniers standards contenant les mêmes articles pour tous, ces bons permettentàcesfamillesdeseprocurerpourPessahlesdenréesdontellesontbesoinouqu’elles préfèrent afin qu’elles puissent se réunir autour de la table du Seder comme elles le souhaitent. Soulignons à cet effet le travail exceptionnel de Mme Rachel Elbaz qui participe activement à la collecte de fonds et à la distribution des paniers aux personnes ne pouvant se déplacer. Rappelons que Hessed a pour mission de soutenir à Montréal les personnes de notre communauté, aux prises d’urgences ponctuelles ou qui ne répondent pas aux critères d’assistance des organismes d’aide sociale. Les fonds recueillis sont distribués à 100 % directement aux bénéficiaires, notamment en aide récurrente, aide de résidence et aide d’urgence. MAGAZINE LVS

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La synagogue Or Shalom fête ses 40 ans

La synagogue Or Shalom soulignera le 18 novembre 2017, lors de son gala anniversaire, ses 40 ans d’existence. Seule synagogue sépharade à l’Ouest de l’île et l’une des plus belles de cette grande région, elle est surtout le fruit du travail acharné de communautaires décidés, passionnés et sans doute visionnaires, Charles Ayache, Maurice Elmaleh et Raphael Serfaty, le 15 novembre 1977, qui décidèrent autour d’une table de fonder l’Association Sépharade de la Banlieue Ouest de Montréal (ASBOM). L’histoire d’Or Shalom est remplie de péripéties et de nombreux déménagements. Partie d’un petit minyan - quorum de dix hommes nécessaire pour les offices publics - de quelques familles qui commençaient alors à s’installer à Dollard-des-Ormeaux, l’ASBOM a tenu ses premiers offices du vendredi soir et du samedi dans les locaux de Beth Tikvah. Le kahal, la communauté, grandissant peu à peu, les prières des grandes fêtes ont été organisées, tout d’abord à Beth Tikvah la première année, puis dans le chalet du Parc Terry Fox. Quelque temps après, c’est un local prêté sur le boulevard des Sources qui a permis l’accueil de ses membres. La première maison de culte située au 102, rue Roger Pilon fut ensuite acquise. Elle a servi de sanctuaire à ses membres pendant six ans. Au cours des années 1980, avec un kahal en croissance, des discussions furent entreprises pour associer l’ASBOM à Beth Tikvah ou pour lancer son propre projet de construction. Cette décision fut prise et amorcée, mais finalement n’aboutit point. En 1991, la communauté prenant de l’ampleur, l’ASBOM entreprit auprès de ses membres de Dollard-des-Ormeaux, une campagne de financement afin d’acquérir le Temple Rodeph Shalom qui était disponible. C’est ainsi que le 96 Fredmir est devenu l’emplacement et l’adresse définitive de l’association. Le temple a été occupé, dans sa fonction initiale pendant 18 ans. Sous l’impulsion de divers conseils d’administration et de leurs présidents, une campagne de collecte de fonds de construction a été menée à partir de 1998, dans le but d’acquitter l’hypothèque, laquelle a été remboursée juste avant Pessah 2003, en avance d’une année sur l’échéance de remboursement. Ils devenaient enfin propriétaires du bâtiment grâce à la ferme volonté de l’association et à l’apport financier et au soutien indéfectible des membres. Un peu plus tard, en 2005, le premier rabbin permanent, le rabbin Avraham Maruani a été engagé. Un deuxième projet de construction préparé au milieu des années 2000 a vu le jour après l’acquisition de terrains additionnels adjacents à la synagogue, De nouveaux plans ont été préparés et un permis de construire obtenu. En avril 2009, la première pierre du nouveau sanctuaire a été posée à côté de l’ancien – qui lui est devenu une garderie de jour. Ce deuxième projet est devenu réalité pour les grandes fêtes de l’année 5770 (2009-2010). Ce nouveau rêve était l’aboutissement ultime du travail ininterrompu et de l’apport constructif et soutenu de tous les présidents et de leurs conseils d’administration au cours des trois dernières décennies. L’approche liturgique de la synagogue est traditionnelle et moderne à la fois, sous la direction du Rabbin Avraham Marunai et du hazan, chantre M. Orel Gozlan, tous deux ouverts et jeunes d’esprit. On y offre un cadre d’étude et de pratique religieuse qui s’adresse à tous les membres quel que soit leur degré de connaissances et de participation. Les nouveaux locaux renommés le « Centre communautaire Assouline » sont modernes, pratiques, superbement lumineux, aérés et adaptés aux besoins présents et futurs. Après la construction du sanctuaire Ouaknine-Ohayon et de la Azara des femmes, la salle de réception Saleh, la petite chapelle Serfaty-Bensoussan et des bureaux administratifs ont été achevés en 2010. De quelques personnes en 1977, la communauté compte maintenant plus de 300 familles. Sa croissance se poursuit puisque de plus en plus de jeunes familles comprenant de nombreux enfants s’y ajoutent constamment. C’est ainsi qu’à Rosh Hashana et Kippour, la synagogue compte facilement de 800 à 1 000 personnes dans ses murs. Toutes les raisons sont bonnes de fréquenter le centre communautaire. Ses responsables et notamment son président, Me Yoni Petel, soulignent toutes les grandes fêtes durant l’année, mais organisent également toutes les activités visant à regrouper et intéresser tous ses membres. Plus d’une centaine d’enfants ont participé à la dernière fête de Pourim. Depuis trois ans, la mimouna remporte un grand succès. Bien d’autres activités sont l’occasion de réunir cette communauté jeune, active et dynamique. On donne place à Free Hebrew for juniors, on organise des activités en partenariat avec les scouts, on y trouve aussi un club de bridge et même des équipes sportives pour les jeunes.

Pour en savoir plus au sujet de la synagogue, du Gala anniversaire du 18 novembre ou pour connaître toutes les activités à venir, visitez le site Web :

www.orshalomddo.com ou suivez la communauté sur Facebook www.facebook.com/OrShalomDDO 60

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Une foule de sorties et d’activités épatantes attendent les enfants de 5 à 12 ans. Au Camp Benyamin, votre enfant pourra profiter pleinement de ses vacances en compagnie de ses amis dans un cadre juif, agréable et stimulant. Les activités comprennent entre autres : • Parc Aquatique Mont Saint-Sauveur • Zoo de Granby • Arbraska • La Ronde • Pays des Merveilles • Parc Aquatique Atlantide • Super Aqua Club • Activités nautiques • Natatorium • Plage Jean-Doré • Équitation • Katag

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de 5 À 12 ans

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Un voyage de découverte à ne pas manquer! Yahad est un programme de visites organisées qui permet de découvrir les principaux sites touristiques d’Israël. Le voyage comprend : • Transport aérien aller-retour et transferts • 3 repas par jour strictement cachères • Hébergement • Guide touristique accrédité • Excursions, randonnées et activités sociales • 7 jours de bénévolat dans la région de BeerSheva qui seront crédités pour l’année scolaire.

de 15 À 17 ans

juin-juillet 2017

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VIE COMMUNAUTAIRE

Rien de mieux qu’une semaine de relâche pour s’amuser entre amis ! Du 20 au 23 février dernier, 60 jeunes, de la Maternelle au Grade 6, ont pu profiter de 4 jours de sorties exaltantes en profitant de tout ce que l’hiver peut offrir : • Jeux d’hiver au Cap Saint-Jacques avec les spécialistes de la base de plein air • Glissades sur tubes aux Glissades des Pays d’en Haut à Piedmont • Olympiades d’hiver avec les animateurs du Groupe uni des educateurs naturalistes et professionnels en environnement suivies d’un feu de camp avec des guimauves • Une journée d’activités sans interruption au centre d’amusement Woo Hoo.

Un camp unique en son genre ! Du 25 décembre au 1er janvier dernier, 85 jeunes ont pu profiter d’une semaine d’activités époustouflantes pendant les vacances d’hiver dans le nord à Saint-Donat, à 1 h et demi de Montréal. Au camp Kif Kef est tous les animateurs sont bénévoles. Ils sont des anciens du camp qui ont adoré leur expérience lorsqu’ils étaient plus jeunes. Ils le font par plaisir afin de partager avec les nouveaux campeurs l’expérience qu’ils ont vécue. Le camp propose des activités novatrices qui passionnent les jeunes – son et lumière, effets spéciaux, technologie de pointe, musique. Tous les soirs, les jeunes de 8 à 16 ans ont été comblés par des activités conçues en fonction de chaque groupe d’âge. En journée, les jeunes n’ont pas arrêté grâce aux activités préparées par les animateurs, lesquelles se sont terminées au bout de la semaine avec l’apogée : les Maccabiades.

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Le tournoi GolfSwing est une occasion unique de participer à un événement de prestige où les gens d’affaires de la Communauté Sépharade se réunissent avec leurs partenaires et amis. Grâce à vos généreuses contributions, cette activité de levée de fonds est la plus importante de la CSUQ et a pour objectif de soutenir les programmes et les services qui s’adressent à notre jeunesse ‒ notre avenir.

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VIE COMMUNAUTAIRE

ELLES ET ILS ONT PUBLIÉ par

Salomé Georgiev avec la collaboration de la rédaction

Mise en valeur des publications des membres de notre communauté avec un coup de cœur pour un ouvrage d’ailleurs. Extraits s’inspirant des 4e pages de couverture de ces livres.

1

ILLOUZ DAN A Free Nation in our Land, USA, 2016

Natif de Montréal, ayant notamment étudié à l’École Maimonide, Dan Illouz, après avoir fait des études de droit à l’Université McGill, est avocat en Israël. Dans cet ouvrage qui reprend divers articles publiés ces dernières années dans plusieurs médias, l’auteur examine les différents défis auxquels est confronté Israël. Il cherche à promouvoir une vision du monde basée sur la liberté, la fierté nationale et un amour pour la terre d'Israël. « Dan est un homme de valeur et un sioniste engagé dans les valeurs juives et démocratiques qui sont à la base de l'État d'Israël ». Naftali Bennet, ministre de l'Éducation. Disponible sur Amazon.

4

PERLA SERFATY-GARZON Quand votre maison vous est contée, Bayard Canada, Montréal, 2016

Tout ce qui constitue l’âme d’une maison, du jardin à la chambre à coucher, des portes aux plafonds, du repli à l’hospitalité, est ici revisité avec érudition et humour. Au travers de courts chapitres, l’auteure passe aussi en revue les différentes manières d’habiter chez soi – en solo, en famille, chez ses parents, chez ses enfants – et les divers émois et mésaventures qui peuvent arriver à une maison, donc à soi (déménager, être cambriolé ou se retrouver sans abri). Avec une sensibilité exceptionnelle, Perla Serfaty-Garzon convoque la psychologie, la sociologie, l’histoire et la philosophie pour nous montrer que notre chez-soi, constitue un véritable royaume de significations. L’auteure a déjà une œuvre à son actif et il est recommandé de mettre ce livre à la portée de tout un chacun… En 2014, Serfaty-Garzon a remporté le prix J.I. Segal pour son livre Vieillesse et engendrements. La longévité dans la tradition juive. Montréal. Novalis

5

DRAY ELODIE Le Bio n’a K bien se tenir avec des illustrations de Emmeline Bouaziz, Éditions Lyad, Paris, 2016

2

SOUS LA DIRECTION DE CÉLINE LAROUCHE ET RACHIDA M’FADDEL, Lettres aux femmes d’ici et d’ailleurs, Éditions Fides, Montréal, 2017

Parfois coups de gueule, parfois tendres billets d’amour, les lettres qui composent cet ouvrage sont écrites par une trentaine d’auteurs, principalement par des femmes, mais aussi des hommes engagés, épris d’un Québec inclusif et pluriel. Parmi les auteur(e)s, Sonia Sarah Lipsyc, rédactrice en chef du LVS, signe « Que sait-on des commencements ? Lettre à ma filleule Catherine Shvets », un texte dans lequel elle relate la création d'Aleph et le spectacle « Sauver un être, sauver un monde » qui a été joué devant des centaines d’élèves juifs et non juifs au Québec.

C’est en s’inspirant de son expérience personnelle qu’Elodie Dray, naturo-diététicienne de profession, nous offre un ouvrage rempli de précieux conseils et astuces pour retrouver une alimentation saine et équilibrée au quotidien. Jeune maman de 29 ans, Elodie Dray fut diagnostiquée d’une sclérose en plaques en 2010. Souffrant des effets secondaires infernaux de ses traitements, elle se tourna vers les médecines alternatives, dont l’acupuncture, s’intéressant particulièrement à l’impact de la nourriture sur la santé. En alliant les bienfaits de la cacherout à une alimentation biologique, Elodie Dray nous livre un guide nutritionnel révolutionnaire. Des falafels au thon au Quinoa, ou encore du pain perdu à la pâte à tartiner chocolatée, cette bible culinaire vous mettra rapidement l’eau à la bouche ! Le livre est disponible en format imprimé ainsi qu’en e-book. 1

2

3

AMNON SUISSA 3 Sommes-nous trop branchés ? La cyberdépendance. Presses de l’Université du Québec, Montréal, 2017 Vous trouvez que votre enfant passe trop de temps devant les écrans ? Qu’en penser ? Que faire ? Ce livre veut aider les parents à accompagner leurs enfants de manière sécuritaire pour qu’ils vivent une expérience positive de l’usage d’Internet, sans leur imposer des restrictions à tout prix, sans tomber dans l’abus. Formé en thérapie familiale et docteur en sociologie, Dr Jacob Amnon Suissa est professeur associé à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal. Il est l’auteur de nombreux articles scientifiques et d’autres livres parmi lesquels Le Monde des AA, PUQ, 2009 ou Le jeu compulsif, Fides, 2005. Il a écrit ce présent ouvrage en collaboration avec Jean-François Biron, Florence Millerand et Christine Thoer.

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MAGAZINE LVS

AVRIL 2017

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Recettes De cuisine PouR tous les jouRs et jouRs De fÊtes

Omelette multicolore

Papillotes de saumon aux fenouils

Recettes Brisket de veau à la provençale

Gâteau au chocolat de Pessah


Papillotes de saumon aux fenouils par Jennifer Bitton

Omelette multicolore ou M’guina par Gilberte Cohen Scali

*

6 œufs entiers 6 pommes de terre moyennes 1/2 tasse de carottes en dès 1/2 tasse de petits pois 1 oignon Sel, poivre, safran. 1/2 tasse d’huile

1 kg de filet de saumon sans la peau découpé en 6 pavés 1 bulbe de fenouil coupé en rondelles 2 citrons entiers coupés en fines rondelles 2 c. à soupe d’aneth frais ciselé Sel, poivre, ½ tasse d’huile d’olive 6 rectangles de papier parchemin de 38 x 30 cm (15 x 12 po)

Faire revenir l’oignon émincé et réserver. Faire blanchir les petits pois et les carottes. Faire bouillir les pommes de terre et les écraser. Battre les œufs entiers, puis y incorporer tous les autres ingrédients.

Placer la grille au centre du four. Préchauffer le four à 350 °F. Plier chaque feuille de papier parchemin en deux, puis ouvrir et poser à plat. D’un côté du pli, répartir les fenouils. Garnir de tranches de citron. Assaisonner avec du sel et du poivre. Déposer le poisson sur les fenouils, saler et poivrer et parsemer d’aneth ciselé. Arroser d'huile. Refermer les papillotes en faisant de petits plis se chevauchant pour sceller les côtés ouverts et créer un paquet en forme de demi-lune.

Chauffer l’huile dans une poêle à revêtement antiadhésif pouvant aller au four. Y verser le tout et laisser prendre 5 minutes. Mettre au four préchauffé à 350 °F pendant 30 minutes. Laisser tiédir avant de démouler. Jeter l’exédent d’huile de cuisson. Retourner l’omelette sur un joli plat de service en prenant soin d’éponger l’huile en surface. Cette omelette peut se consommer tiède ou froide.

Placer les papillotes sur une plaque de cuisson. Cuire au four environ 15 à 17 minutes. Disposer les papillotes sur une assiette, faire une fente dans le papier et servir.

* Voir thecraveboss sur Facebook, Instagram,

Pour 4 pers.

Pour 4 pers.

Gâteau au chocolat de Pessah par Jennifer Bitton

Pour 4 pers. et plus

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Préchauffer le four à 275 ˚F avec la grille au centre. Huiler le fond et les côtés d’un moule de 9 pouces. Mettre de côté. Placer l’huile et le chocolat dans une petite casserole et cuire à feu moyen, en remuant régulièrement, jusqu'à ce que le chocolat soit complètement fondu. Laisser refroidir légèrement. Fouetter les jaunes d’œufs dans un bol, avec le café et ajouter le chocolat fondu. Dans un grand bol, battre les blancs d’œufs jusqu'à formation de pics mous. Ajouter progressivement, le sucre granulé et continuer de battre jusqu’à obtention de pics rigides. Incorporer délicatement les blancs d’œufs au mélange de chocolat. Verser la pâte dans le moule huilé et lisser le dessus avec une spatule en caoutchouc. Cuire jusqu'à ce que le gâteau se détache des parois de la casserole, environ 60 à 70 minutes. Laisser refroidir complètement sur une grille métallique; enlever les côtés du moule. Servir à température ambiante, saupoudrer de sucre à glacer. Si désiré, accompagner de confiture de rondelles d’oranges. Préparation de la confiture de rondelles d’oranges : cuire les rondelles d’une orange dans une petite casserole avec deux tasses d'eau et une tasse et demie de sucre granulé pendant environ 1 heure à feu doux.

*** Voir thecraveboss sur Facebook, Instagram, Pinterest et bientôt sur : Thecraveboss.com

Découpez et collectionnez vos recettes préférées

***

12 onces de chocolat mi-amer haché finement ¾ de tasse d’huile végétale 6 œufs de gros calibre, séparer les jaunes et les blancs ¾ de tasse de sucre granulé 1 c. à thé de café granulé Sucre à glacer, pour saupoudrer Confiture de rondelles d’oranges pour garnir (facultatif)

**

** La cuisine sépharade marocaine des grands jours et du quotidien, édition Communauté Sépharade Unifiée du Québec, Montréal, 2011.

par Élie Benchetrit

Brisket de veau à la provençale

Un brisket de veau avec os, d’environ 2 kg 1\2 cuillère à soupe de sel marin 2 cuillères à café de poivre noir 1 cuillère à café de noix de muscade 1 cuillère à café de clou de girofle moulu 2 cuillères à soupe de moutarde de Dijon 1 cuillère à soupe de miel, le jus d’un citron, 4 gousses d’ail Une cuillère à soupe de thym 2 branches de romarin frais (ou une cuillère à soupe de romarin sec) ½ tasse d’huile d’olive, 12 échalotes françaises épluchées 1 litre de vin blanc sec 1 kg de petites pommes nouvelles épluchées 2 barquettes de champignons Éplucher les gousses d’ail et les découper en 4, faire des petites incisions dans la viande et les y introduire. Dans un bol, bien mélanger l’huile, la moutarde, le miel, le jus de citron, le sel, le poivre, le thym, le romarin, la muscade et le clou de girofle jusqu’à obtenir une pâte onctueuse. Badigeonner la viande des deux côtés afin de bien faire pénétrer le mélange. Placer le brisket dans un plat allant au four, recouvrir de plastique moulant et mettre au frigo pendant deux heures au moins. Éplucher les échalotes et les pommes de terre (que vous pouvez remplacer si vous le souhaitez par des marrons). Chauffer le four à 350 oF, sortir le brisket du frigo, et ajouter les pommes de terre, les échalotes et les champignons, verser le vin et enfourner sans couvrir la viande afin de permettre à celle-ci de prendre une belle couleur dorée, pendant 2 heures. Arroser de temps à autre le dessus de la viande avec le jus de cuisson afin que celle-ci ne sèche pas. Avant de servir, attendre quelques minutes afin de laisser la viande se reposer, puis avec un couteau bien aiguisé procéder au découpage en suivant la position de l’os, (voir photo) ce qui permettra d’avoir une belle portion par convive. Bon appétit !


Nous recherchons des personnes pour répondre à un questionnaire pour un projet de recherche canado-israélien sur la population juive francophone de Montréal La professeure Lilach Lev Ari, du Collège Universitaire Oranim d’Israël, dirige une étude comparative sur les communautés juives diasporiques en milieux francophones. Ce projet, soutenu par le Kantor Center de l’Université de Tel Aviv, vise à examiner les différents aspects de l’expérience et de l’identification socioculturelle des Juifs tels que leur sentiment d’identité, leurs liens avec d’autres groupes minoritaires et la société majoritaire. Victor Armony, professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) participe à la collecte et à l’analyse des données. Les résultats de la recherche seront diffusés auprès des organisations ou personnes intéressées.

Toute personne adulte qui s’identifie comme juive et qui réside à Montréal peut répondre anonymement et tout à fait confidentiellement à un questionnaire en ligne (qui prend environ 20 minutes) en cliquant sur ce lien:

https://tinyurl.com/juifsmontreal Pour toute question ou pour en savoir plus sur cette étude, vous pouvez écrire à Mme Lev Ari (llevari@oranim.ac.il) ou à M. Armony (armony.victor@uqam.ca)

ABONNEMENT L’équipe LVS vous remercie pour votre soutien et générosité Trois dollars seront affectés annullement à l’abonnement

LVSMAGAZINE.COM/DONATION-ABONNEMENT MAGAZINE LVS

AVRIL 2017

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Carnet de la communauté C’est avec une immense tristesse que nous vous faisons part du décès de

Madame Perla Bitton (Née Malka) Z’L s’est éteinte à Montréal le 14 janvier 2017. Elle était la maman de Gilbert, Evelyne, Michel, David, Gabriel et Charlie.

Thalia Sarah, jeune fille de 10 ans qui a perdu la vie lors d'un accident tragique survenu le vendredi 20 janvier 2017, à Melbourne en Australie.

Nous présentons aux familles en deuil nos condoléances très émues et les assurons de notre affection et de notre soutien.

Elle était la cousine de notre cher collègue Benjamin Bitton. Ses parents, Nathalie et Tony Hakin, sa petite sœur Maggie, ses grands-parents Isaac et Olga Ruah, son oncle Robert, ses tantes Valérie et Patricia ainsi que leur famille respective, à qui nous présentons nos sincères condoléances. Que son âme repose en paix !

Monsieur Elie Abitbol Z’L s’est éteint 12 janvier 2017. Il était le conjoint de Liliane. Père et beau-père de Carl et Karine, David et Yonite, Ilan et Shannon. Grand-père de Lea, Samuel, Yael et Hailie. Frère et beau-frère de Michel et Elvire, Sidney, Linda et Maurice Chocron, Nadia, Fora et Armand Edery.

La Communauté sépharade unifiée du Québec

Monsieur Albert Bensmihan Z’L s’est éteint le 29 décembre 2016. Époux de Lison Bensmihan durant 53 annees. Père et beaux père de Michelle et George Benatar, Cathy et Josh Baazov, Nathalie et Craig Levett. Grand-père de Arie, Leah, Dalia, Yoan, Jeremy, Jordan et David. ALBERT BENSMIHAN Z”L Papa chèri, Notre monde s’est arrêté de tourner quand tu es parti. Malgré tes souffrances, tu t’es battu jusqu’à la fin car tu ne voulais pas nous quitter. Tu étais pour nous, notre roi, notre univers, notre pilier. Ton sens de l’humour, ta chaleur et ta sagesse vont nous manquer. Tu as laissé un grand vide dans notre coeur ainsi que dans celui de toute la famille, tes nombreux amis et ta communauté. Merci de nous avoir laissé un merveilleux héritage et c’est sur cela que nous allons nous accrocher. Nous ne t’oublierons jamais. Que ton âme repose en paix au Gan Eden. Nous profitons par la même occasion pour remercier toutes les personnes qui nous ont aidés à traverser cette dure épreuve. Nous sommes infiniment reconnaissants pour votre présence chaleureuse, votre générosité et votre sympathie à notre égard. Merci du fond du cœur. Lison, Michelle et Georges, Cathy et Josh, Nathalie et Craig et petits-enfants.

Papa chèri,

Notre monde s’est arrêté de tourner quand tu es parti. Malgré tes souffrances, tu t’es battu jusqu’à la fin car tu ne voulais pas nous quitter. Tu étais pour nous, notre roi, notre univers, notre pilier. Ton sens de l’humour, ta chaleur et ta sagesse vont nous manquer. Tu as laissé un grand vide dans notre coeur ainsi que dans celui de toute la famille, tes nombreux amis et ta communauté. Merci de nous avoir laissé un merveilleux héritage et c’est sur cela que nous allons nous accrocher. Nous ne t’oublierons jamais. Que ton âme repose en paix au Gan Eden. Nous profitons par la même occasion pour remercier toutes les personnesqui nous ont aidés à traverser cette dure épreuve. Nous sommes infiniment reconnaissants pour votre présence chaleureuse, votre générosité et votre sympathie à notre égard. Merci du fond du coeur. Lison, Michelle et Georges, Cathy et Josh, Nathalie et Craig et petits-enfants.

Nous présentons aux familles éprouvées nos condoléances très émues.


Carnet de la communauté Hommage à Elie Abitbol (z’'l)

Le 12 janvier dernier s’éteignait à Montréal après un courageux combat contre la maladie, Elie Abitbol, plus connu affectueusement sous le nom de « Loulou » ou par son totem Marcassin par ceux et celles qui firent partie des Éclaireurs Israélites du Maroc. Elie fut avant tout un homme d’une gentillesse et d’une douceur comme on en voit très rarement de nos jours. Son éternel sourire était sa marque de commerce et son humilité sa vertu cardinale. Si j’évoque sa mémoire aujourd’hui, c’est avant tout parce qu’au-delà des qualités citées plus haut, Elie Abitbol de mémoire bénie, fut également un communautaire hors pair dans son Maroc natal de même qu’à Montréal en tant que président du Centre communautaire juif et bien entendu de l’École Maïmonide qu’il présida lors de deux mandats successifs de 1988 à 1992. Sa passion inébranlable pour transmettre aux jeunes les valeurs du judaïsme, du séphardisme et de ses riches traditions a toujours été au cœur de son action au CCJ et à l’École Maïmonide. Il ne faudra jamais l’oublier, que ce soit pour les anciennes promotions de notre école ou pour les prochaines, car tous ont une immense dette envers les bâtisseurs de l’envergure d’Élie. Je me permets, à ce sujet de reprendre ce que disait, lors d’une entrevue au Canadian Jewish News, Monsieur Sidney Benudiz, ancien directeur de l’école Maimonide et qui résume parfaitement le personnage : « Elie Abitbol a été l’un des meilleurs présidents que j’ai vu œuvrer à l’École Maïmonide. L’une de ses grandes qualités de leader était son esprit d’équipe. Il était un rassembleur, toujours prêt à aider, discret mais efficace. Il avait une approche humaine basée sur l’écoute et le respect des autres. Il savait écouter les gens et être au service des gens » On ne louera jamais assez son amour inconditionnel pour sa famille, sa communauté et la fidélité à toute épreuve qu’il manifestait envers ses amis. J’ai eu le privilège de l’avoir eu comme chef scout au Maroc puis comme ami ici à Montréal. L’image que je garderai à jamais de Loulou alias Marcassin, sera sa joie de vivre, sa simplicité, sa bonne humeur et surtout sa modestie. J’adresse à Liliane son épouse, à Carl, David et Ilan ses enfants et leurs familles, à ses frère Sidney et Michel, à sa sœur Linda, nos sentiments empreints de tristesse mais aussi d’une profonde affection. Elie Benchetrit

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