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Le Monde Merveilleux


Vanina NoĂŤl

Le Monde Merveilleux

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Joyeux anniversaire Sarah !


« L’enfant leva la tête. Sur le mur devant lui, il vit se détacher l’ombre gigantesque de la mygale géante. Ses pattes étaient tellement lourdes que lorsqu’elle marchait, on entendait : boum, boum, boum… » BOUM, BOUM, BOUM… Les trois coups frappés à la porte firent hurler les deux fillettes, qui se jetèrent dans les bras l'une de l'autre. La porte s’ouvrit. C’était madame Durand. — Mais qu’est-ce que vous faites, toutes les deux ? Prise en flagrant délit, Sarah ne pouvait pas mentir. — On était en train de lire L’Invasion des mygales assoiffées de sang. Madame Durand hocha la tête : — Juste avant de vous coucher ? N’importe 8


quoi ! Donnez-moi ce livre, et couchez-vous immédiatement. J’éteins la lumière. Marine n’aurait jamais osé l’avouer, mais elle était soulagée de ne pas entendre la fin de l’histoire. Elle avait horreur des araignées. Depuis le jour où Fred, son camarade de CM2, lui en avait glissé une dans son sweat gris à paillettes, elle frissonnait rien que d’y penser. Sarah, elle, n’avait peur de rien. Du moins, c’est ce qu’elle voulait faire croire. Et Marine devait bien reconnaître que depuis qu’elle la connaissait (c’est-à-dire depuis quatre ans) elle ne l’avait jamais vue trembler. Si bien que les fois où Marine venait dormir chez elle, c’était la même chose : Sarah s’amusait à raconter des histoires terrifiantes, puis elles passaient la nuit à surveiller la chambre, pour vérifier que la lampe bleue et rose ne bougeait pas ou que les monstres tapis dans la grande armoire grise ne surgissaient pas pour leur chatouiller les pieds. Heureusement, cette fois, Amanda, la maman de Sarah, était intervenue à temps. Plus un bruit dans la chambre plongée dans le noir. Les poupées, les cartes, et les jeux de société étaient à leur place dans le coffre, Sam 9


et Julie, Tomtom Et Nana et Grand Galop bien alignés sur l’étagère. Les murs blancs à pois bleus s’étaient colorés de nuit et paraissaient gris foncé. Les rideaux blancs, pour une fois, restaient bien sages et ne ressemblaient pas à des fantômes. Les deux fillettes s’endormaient, lorsqu’un rai de lumière éclaira le sol. « Maman vient d’allumer le couloir » se dit Sarah, avant de bondir subitement sur son lit. « Qu’est-ce qui se passe ? » murmura Marine, à moitié endormie. « Regarde ! il y a de la lumière ! — Oui, et alors ? C’est ta maman ou ton papa qui vient d’allumer. — Mais non ! Cela ne vient pas du couloir, mais… du placard ! » Marine se leva d’un bond. Aucun doute : c’était bien la porte du placard qui était éclairée ! Elle allait crier, lorsque Sarah-peur-de-rien attrapa la poignée et ouvrit la porte. Une lumière très vive envahit la chambre. Les deux fillettes purent alors distinguer un chemin au milieu d’une espèce de jungle équatoriale. Elles firent quelques pas pour voir ce qu’il y avait au bout ; impossible ! Avec toute 10


cette végétation, on ne distinguait rien à plus de deux mètres. — Retournons dans ta chambre, tes parents vont s'inquiéter de ne pas nous trouver au lit, bredouilla Marine. Mais lorsqu’elles firent demi-tour, une horrible mygale géante leur barra la route ! Ni une ni deux, les deux fillettes s’enfuirent vers l’aventure, le long du sentier mystérieux qui s’enfonçait dans la jungle. *** Elles marchèrent des heures, attentives au moindre bruit, scrutant les arbres. Enfin, elles arrivèrent au bout du chemin. La jungle s’arrêtait d’un coup, et à la place se trouvait un long couloir blanc, avec un bureau, derrière lequel était assise une jeune femme avec un long chapeau pointu. La femme leur fit signe d’approcher. — Bonjour mes petites, c’est la première fois que vous venez ? Bien. Je vais vous faire remplir une fiche, puis je vous remettrai un objet

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magique. Alors : nom, prénom, date de naissance… ? — Je m’appelle Sarah Durand, je suis née le 2 mars 2009 au Blanc Mesnil. La magicienne (car c’en était une) remplit consciencieusement le questionnaire de Sarah, puis celui de Marine. Enfin elle leur dit, en indiquant une porte : — C’est par ici. Bonne chance. — Euh… bredouilla Marine. Vous n’aviez pas parlé d’un objet magique ? — Ah oui, c’est vrai. La magicienne se mit à farfouiller un peu partout à la recherche d’un objet qui puisse faire l’affaire. Enfin elle tendit quelque chose à chacune en annonçant : — Voilà pour toi, et voilà pour toi. Les deux fillettes interloquées se retrouvèrent avec, comme cadeaux, un sifflet et une tapette à mouches ! — Ah oui, et, attendez… vous pourriez avoir besoin de ça ! Elle leur jeta à chacune une paire de chaussures, car bien sûr, les deux fillettes 12


étaient pieds nus. Elles furent surprises de reconnaître les ballerines roses et blanches de Marine et les sandales roses de Sarah. Marine ne put s’empêcher de sourire en voyant Sarah en chemise à fleurs et sandales roses, tandis que Sarah étouffa un éclat de rire en songeant que son amie allait partir à l’aventure en ballerines roses et blanches et pyjama dora ! La magicienne, nullement perturbée, ouvrit la porte et les poussa vivement en s’écriant : — Bon voyage !

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Le paysage qui les attendait était superbe. C’était une vallée couverte de prairies. Une petite rivière courait entre les bocages et, au loin, des collines s’étendaient à perte de vue. Sarah eut envie de courir, et Marine, de tremper ses pieds dans l’eau. Les fillettes n’avaient jamais vu autant de fleurs, ni autant de papillons. Même le parc aux milles feuilles, au Blanc Mesnil, n’était pas si coloré. « Si Papi Jules pouvait voir ça ! songea Sarah. Je suis sûre qu’il y a des espèces de fleurs qu’il ne connaît même pas ! » L’eau était fraîche entre les orteils de Marine. Des petits poissons argentés nageaient en rangs serrés et exécutaient des acrobaties compliquées. Les deux fillettes s’allongèrent un moment dans 15


l’herbe pour regarder les gros nuages blancs qui s’éloignaient en prenant des formes d’animaux. — Regarde, celui-là ! Il ressemble à ma chatte Neilla ! lança Sarah. Soudain, une nuée d’insectes fendit le ciel à vive allure. Ils allaient si vite que les enfants sentirent le souffle de leurs ailes, et que les papillons, affolés, s’envolèrent tous en même temps. On aurait dit que c’était toute la prairie qui s’enfuyait. Ce qui était étrange avec les insectes, c’est les paillettes argentées qui s’échappaient de leurs ailes. C’est Marine qui comprit la première : — Ce sont des fées ! — Quoi ? Mais oui, tu as raison ! Où vontelles ? Pourquoi s’enfuient-elles comme ça ? L’explication ne se fit pas attendre. Un tremblement de terre secoua la prairie, tandis que tous les animaux s’enfuyaient dans les bois. Un grognement terrible fit bondir les enfants et leur donna la chair de poule. Une deuxième secousse se fit entendre, encore plus terrible, et le ciel s’assombrit. 16


Sarah s’immobilisa. Elle était pétrifiée par ce qu’elle voyait ; Marine n’en croyait pas ses yeux. Il y avait là… un ogre, immense, aussi haut qu’une montagne, et dont chaque pas faisait trembler la terre. Ni une ni deux, les deux fillettes s’élancèrent à la suite des animaux pour aller elles-aussi se réfugier dans les bois. Cachées dans une haie, elles attendirent que l’ogre s’éloigne. Quand le calme fut revenu, elles ressortirent prudemment, tandis qu’autour d’elles des animaux et des fées sortaient d’un peu partout. C’était un émerveillement. Les fées étaient hautes comme le pouce, et portaient toutes un chapeau de couleur différente. Les petits garçons fées portaient des instruments de musique, et les petites filles, des clochettes. En un instant, toutes furent autour des deux fillettes. Sarah se sentit un peu honteuse, car elle n’était pas très présentable : ses cheveux mi longs et châtain foncé étaient tout emmêlés, et elle était toujours en superbe chemise à fleurs et en sandales roses. Elle se consola en songeant que les fées, avec leur robe en pétales de pissenlit et leur clochette de muguet sur la tête, n’y connaissaient pas grand-chose en haute couture. 17


— Qui êtes-vous ? demanda celle qui devait être la reine. — Je m’appelle Sarah, et voici Marine. Nous vivons au Blanc Mesnil. — Je vois. Qui est votre maître ? Sarah et Marine se regardèrent, surprises. — Mon maître ? C’est monsieur Jeannot… — De l’école Jules Ferry… vous le connaissez ? — Evidemment, répondit la reine. Vous croyez que les enfants peuvent venir chez nous sans avoir été recommandés ? Nous devons avoir une confiance absolue en vous, et pour cela, il faut que vos maîtres aient inscrit vos noms sur la liste des gens de confiance. Sarah et Marine étaient très flattées. Sarah était bonne élève, et travaillait dur. A présent, elle avait la preuve que monsieur Jeannot reconnaissait ses efforts et était fier d’elle. — Donc, continua la fée, Sarah, tu viens de l’école Jules Ferry ? Très bonne école ; tes références sont parfaites. Je suppose qu’on t'a envoyée pour sauver notre royaume. — Pour faire quoi ?! Je ne suis pas au courant ! — On ne vous a pas remis deux objets magiques ? 18


— Euh, si, mais… — Merveilleux ! Depuis le temps que nous vous attendions ! Des cris de joie retentirent aussitôt. Tous les petits musiciens prirent leurs instruments et une folle sarabande fit danser toute la forêt. Les enfants ne savaient plus quoi penser. — Tu crois qu’on peut leur dire que nos objets magiques sont un sifflet et une tapette à mouches ? Marine n’eut pas le temps de répondre, ce fut la reine des fées qui prit la parole : — Bienvenue, mes enfants, au Royaume des fées et autres créatures merveilleuses ! Le ciel redevenu bleu était éclairé par un soleil étincelant, et tous les animaux se reculèrent pour que les deux fillettes puissent profiter du paysage. C’était d’une beauté à couper le souffle ! Tout un petit monde vivait ici, dans un univers où tous semblaient heureux. De petites fenêtres s’ouvrirent dans les troncs des chênes, et les visiteuses comprirent qu’il s’agissait des maisons des fées. Le village était constitué de quatre grands arbres disposés en rond, dans 19


lesquels vivait toute la population. La reine demanda aux cuisiniers du royaume de préparer un repas délicieux, dont les deux fillettes étaient les invitées d’honneur. Sarah n’avait jamais rien mangé d’aussi bon. Même les lasagnes de papa, à côté, c’était moyen. Après plusieurs heures de danses et de chants, la reine vint s’asseoir auprès des deux fillettes. — Voyons maintenant comment vous allez sauver notre royaume. Je vais vous expliquer la situation. La reine reprit : — Dans la montagne vit un ogre terrifiant. Il a toujours vécu là, et nous avons toujours été en bonne entente. Mais depuis quelque temps, nous ne savons pas pourquoi, il vient régulièrement nous terrifier. On dirait qu’il cherche le village pour le détruire. — C’est horrible ! s’écria Sarah. — Oui. Nous savons que nos maisons sont bien cachées, mais chaque fois qu’il vient dans la vallée, il terrorise la population, et abîme la végétation. A force, il va finir par tout détruire. Il faut faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard. 20


— Il faudrait savoir ce qu’il veut, suggéra Marine. Vous lui avez demandé ? — C’est impossible, nous ne pouvons pas communiquer. L’ogre est gigantesque, et nous sommes toutes petites : il ne nous entend pas. Nous ne sommes même pas sûres qu’il puisse nous voir. Les deux fillettes se regardèrent. Comment résoudre un problème sans le comprendre ? — Il n’y a qu’une solution, dit la fée, il faut aller voir la sorcière Emeline. Elle habite dans la montagne opposée à celle de l’ogre. Je ne peux pas y aller, car elle déteste les fées, et si je m’approche un peu trop près, elle jette ses chauve-souris à ma poursuite. Mais elle ne vous fera pas de mal, car vous n’êtes pas des fées. Si vous acceptez votre mission, vous partirez demain matin.

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Sarah et Marine passèrent une nuit agitée. Elles étaient très inquiètes. Une sorcière ! Quelle idée ! Etre venues jusqu’ici pour échapper à une mygale, et aller se jeter dans l’antre d’une sorcière ! Marine se souvint qu’heureusement, Sarah n’avait peur de rien. Le problème, c’est que Sarah, elle, n’en était plus très sûre. La reine des fées leur remit un petit sac dans lequel elle avait glissé un délicieux pique-nique. Elle leur indiqua le chemin, et leur recommanda d’être très polies avec la sorcière, car elle était très colérique. « Sûrement pas plus que Tata Alexandra, c’est impossible » se dit Sarah, et cela lui donna du courage. Au pied de la montagne, le ciel se couvrit. Un vent glacial se leva, créant de petits tourbillons de feuilles mortes. Un corbeau passa au23


dessus de leurs têtes en croassant. L’ascension fut très difficile. Le sentier était étroit, et parfois de grosses pierres glissaient sous leurs pieds pour rouler au fond du ravin. Les arbres décharnés ressemblaient à de grands squelettes avec de longs bras. Marine commençait à fatiguer. Ses jambes devenaient lourdes, et elle n’avait plus la force d’avancer. — Courage ! murmura Sarah. Ce n’est pas si loin. Imagine ce trajet : le parc aux milles feuilles jusqu’à chez moi. C’est à peu près la même distance… en vertical. Soudain, quelque chose tomba d’une branche, et atterrit juste derrière elle. Un serpent ! Les deux fillettes, terrifiées, se mirent à courir, oubliant leur fatigue, et arrivèrent au sommet bien plus vite que prévu. — Tu vois ? C’est encore plus court que prévu ! La différence, c’est qu’en haut, Maman ne les attendait pas avec un verre de lait. L’endroit était sinistre. C’était un terrain rocailleux, où ne poussait aucune fleur, aucun brin d’herbe ; seuls des buissons d’épines et de grands arbres fantomatiques parvenaient à y survivre. Le long de la roche, les grottes ressemblaient à des gueules de monstres, et 24


parfois en sortaient quelques chauve-souris. — Brr ! frissonna Sarah, j’ai la chair de poule ! Un peu plus loin, on devinait à travers la brume une vieille bicoque prête à tomber en ruines. Devant l’entrée se dressait une sorte de cage garnie de paille. Les deux fillettes s’approchèrent en tremblant. — Frappe ! suggéra Marine. — Non, toi ! répliqua Sarah. — Non, toi ! Un horrible cri venu des bois les mit vite d’accord : un loup ! Les deux fillettes se mirent à tambouriner sur la porte, qui s’ouvrit en faisant un bruit épouvantable. A l’intérieur, on n’y voyait rien, tellement il faisait sombre. — Entrez, dit une voix nasillarde. Dans l’énorme cheminée, un chaudron bouillonnait, laissant échapper une drôle de fumée verte. Sarah cherchait partout la sorcière, et ne la voyait pas. — Je suis là ! cria la voix désagréable.

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Sarah n’en revenait pas. Une horrible petite bonne femme se tenait devant elle, aussi laide que le sont les sorcières, mais avec une particularité : elle était toute petite, et leur arrivait aux genoux ! Sarah fut tellement rassurée qu’elle éclata de rire. — Cela te fait rire ? Je ne suis pas grande, mais j’ai d’immenses pouvoirs, et je peux te transformer en crapaud juste en claquant des doigts ! Sarah n’avait plus envie de rire. — Qu’est-ce que vous faites ici ? — Nous venons de la part des fées : l’ogre veut détruire leur village, elles ont besoin d’aide. — Pourquoi est-ce que je les aiderais, puisque je les déteste ? « C’est vrai, se dit Sarah, c’est idiot. » Comme elle réfléchissait, un bruit affreux les fit sursauter toutes les trois. Cela venait de dehors. — Corne de bouc et pied de vipère ! s’écria la sorcière. Encore une !

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Elle sortit précipitamment, suivie des deux fillettes. Dans la cage devant la maison, un animal se débattait. Sarah s’exclama en le voyant : — Une licorne arc-en-ciel ! Comme elle est jolie ! La sorcière n’était pas de cet avis, et elle jeta violemment sur le sol une poudre qui explosa en laissant une fumée noire. C’était un signal. Bientôt apparut dans le ciel un dragon cracheur de feu, qui se posa, ouvrit la cage d’un coup de griffe, attrapa la licorne dans sa gueule et s’enfuit. Marine était sous le choc. La sorcière la rassura : — Ne fais pas cette tête, il ne va rien lui arriver de mal ! Mais ces licornes qui viennent toujours traîner par ici, c’est insupportable ! J’ai été obligée de poser ce piège pour les capturer, je n’ai aucune autre solution pour m’en débarrasser. Le problème, c’est que je dois ensuite appeler mon dragon pour qu’il vienne la chercher et la raccompagne au pays des licornes, et c’est pénible, car il ne peut pas s’empêcher, chaque fois, de faire griller quelques-uns de mes crapauds de compagnie. 27


— Vous ne pouvez vraiment pas supporter les licornes ? Vous n’aimez pas non plus les fées… — Est-ce que c’est de ma faute, si je suis allergique aux couleurs ? « Ah, se dit Sarah, c’est donc cela ? Ce n’est peut-être pas une vraie méchante.» De retour à l’intérieur, Marine essaya à nouveau de convaincre Emeline. — Nous voulons juste un moyen de communiquer avec l’ogre. Quand il pourra nous voir et nous entendre, nous irons le trouver et nous expliquer avec lui. — D’accord, mais qu’est-ce que j’y gagne ? Vous avez quelque chose à me donner en échange ? Sarah réfléchissait, mais ne trouvait rien à donner à la sorcière. Elle aurait dû y penser avant ! Qu’est-ce qui pouvait faire plaisir à une sorcière ? Un dessin de Théo, Emma, un ongle de pied de Albert, ou une robe de Lola ? Un truc horrible, quoi ! Pendant ce temps, Marine regardait par la fenêtre crasseuse. Quelque chose l’intriguait : un point de couleur, qui avançait… « Une licorne arc-en-ciel ! Elle va avoir droit à un 28


voyage en gueule de dragon si je ne fais rien ! » Sans réfléchir plus longtemps, Marine attrapa le sifflet que la magicienne lui avait donné, et siffla de toutes ses forces. La licorne effrayée fit demitour et s’enfuit. La sorcière n’avait rien manqué du spectacle : — Très intéressant… C’est un objet magique que tu as là ? — Non, c’est un siffl… euh, je veux dire : oui ! C’est un objet magique ! Je peux vous l’échanger contre un moyen pour communiquer avec l’ogre… — Bien joué ! chuchota Sarah. Alors, la sorcière se mit au travail. Elle fit bouillir quelques queues de rat, une pincée de poudre de perlimpimpin, deux écailles de dragon et trois réglisses. Puis elle récita une formule magique et versa sa potion dans un flacon de verre. — Et voilà. Quand vous serez chez l’ogre, buvez-en trois gouttes chacune. Vous pourrez alors vous faire entendre. Pour stopper le sort, dites simplement : « uifbfefndezfruie ! » Un dernier conseil : soyez polies. Les ogres sont des malotrus, il ne faut pas les énerver. Bon voyage, mes enfants, moi, je vais aller 29


m’amuser un peu. Et la sorcière saisit le sifflet, alla s’asseoir dehors, et s’amusa à faire fuir les animaux. — Mission accomplie ! Il n’y a plus qu’à aller chez l’ogre ! claironna Sarah. — Pff, facile, soupira Marine.

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Pour aller chez l’ogre, il fallait redescendre la montagne, traverser toute la vallée, et grimper la montagne opposée. — On n’y arrivera jamais ! gémit Marine. A peine avait-elle fini de se plaindre qu’apparurent au-dessus de leurs têtes deux cygnes, d’un blanc éclatant, si gracieux que Sarah pensa qu’ils ressemblaient aux princes des cygnes. Ils se posèrent et l’un d’eux prit la parole : — Bonjour, nous sommes les princes des cygnes. — J’en étais sûre ! s’exclama Sarah. — La reine des fées nous envoie à votre secours, car vous devez être épuisées. Nous allons vous conduire jusqu’au château de l’ogre, puis nous vous attendrons devant la 32


grille. Les deux fillettes étaient ravies : elles allaient faire une balade à dos de cygne ! — Tu te rends compte, si Bianca savait ça ? Elle serait folle de jalousie ! Elle qui veut toujours être la première en tout et la seule à vivre des trucs incroyables ! Cela m’étonnerait qu’elle ait déjà volé à dos de cygne ! Le voyage fut merveilleux, et la vue splendide ! Les cygnes déposèrent les aventurières devant le portail du château. C’était un très, très grand château. Ses tours étaient si hautes, qu’elles disparaissaient dans les nuages. — À nous de jouer. Sarah sortit sa fiole et but trois gouttes de potion, imitée par Marine. Immédiatement, elles se mirent à trembler puis à grandir, grandir… ! Alors, le château leur parut moins grand. Elles pouvaient à présent apercevoir le haut des tours. Et surtout, la porte était devenue une porte normale, aussi grande que celles des châteaux qu’elles avaient l’habitude de voir. C’était soudain beaucoup plus rassurant. 33


Sarah n’avait plus peur de frapper. Elle toqua trois coups très puissants (quand on est grande comme un ogre, on a une force étonnante !). L’ogre ouvrit ; il était horriblement laid. Il avait un gros nez tout déformé, des yeux de crapaud, de grosses verrues sur les joues, et deux dents. Sarah trouva qu’il ressemblait un peu à Hugo quand il est enrhumé. — Qu’est-ce que vous voulez ? — VOUS, qu’est-ce que vous voulez ? demanda Sarah du tac au tac. Nous sommes envoyées par les fées. Elles veulent savoir pourquoi vous voulez les détruire. — Les détruire ? Pourquoi est-ce que je voudrais faire une chose pareille ? Je veux juste découvrir où se trouve leur village parce que… Pff ! Venez vous asseoir, je vais vous expliquer. L’ogre mena les enfants dans la cuisine, où il leur proposa un bon jus de scarabée. Elles refusèrent poliment, et auraient préféré un verre de lait de Maman. — Les fées détiennent une chose que je rêve d’avoir, qu’il me faut absolument ! Mon bonheur en dépend ! — De quoi s’agit-il ? Un objet magique ? Un 34


médicament ? — C’est une fleur. La plus belle fleur du monde. Elle est cachée dans le jardin de la reine des fées. Elle est d’une telle beauté qu’en la voyant les gens deviennent gentils, et il paraît même qu’on peut rendre quelqu’un amoureux… — Et pourquoi en avez-vous besoin ? Vous êtes tout seul ici, vous n’avez pas de méchants ! — Justement, je ne veux plus être seul. Un jour, le vent m’a apporté une photographie, celle de la plus jolie fille de tout l’univers ! J’en suis tombé amoureux fou. Je sais qu’elle ne peut pas m’aimer, car je suis beaucoup trop laid, mais avec la fleur magique, je n’aurai pas peur de la demander en mariage ! Marine osa demander : — Est-ce qu’on peut la voir, cette photo ? L’ogre fouilla dans sa poche et posa le portrait sur la table. La magnifique jeune femme était petite, horriblement laide, les cheveux raides comme de la corde, le nez long et crochu. — Emeline ! s’écrièrent Marine et Sarah en même temps. Cela paraissait incroyable, mais les deux 35


fillettes furent très contentes. Peut-être qu’ils seraient heureux, tous les deux. Elle était beaucoup trop petite pour lui, mais en buvant chaque jour trois gouttes de sa potion, elle se maintiendrait à une taille raisonnable pour l’ogre. — Alors, dit Sarah, pour que vous arrêtiez de terroriser tout le royaume, il suffit de vous apporter la fleur magique ? Cela semblait tellement simple qu’elle avait du mal à y croire. Grâce aux cygnes, le retour se fit sans encombres. Avant la tombée de la nuit, elles étaient de retour chez les fées.

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Sarah était inquiète pour sa maman, qui devait la chercher partout. Et pour Lapinou, qui dormait tout seul et qu’elle n’avait même pas pensé à prendre. — Ne t’inquiète pas, lui dit la fée, chez toi, chemin des Papillons au Blanc Mesnil, la nuit n’est pas terminée, ta maman vient juste d’aller se coucher. Vous serez rentrées avant le lever du jour. Il n’y a qu’ici que le temps passe aussi vite, parce qu’il n’a aucune importance : nous ne vieillissons pas. Rassurées, les deux fillettes racontèrent leurs aventures. — Nous n’avons plus qu’à apporter cette fleur à l’ogre, et ce sera la fin de tous vos ennuis !

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Toutes les petites créatures poussèrent des cris de joie, mais pas la reine des fées, qui paraissait triste. — Lui donner la plus belle fleur du monde ? Quel dommage ! Venez, je vais vous la montrer. Les deux fillettes suivirent la fée dans la forêt. Quand elles furent parvenues au centre d’une clairière, la fée tapota une souche à l’aide de sa baguette magique. La souche s’ouvrit par le milieu, et un coffret d’argent apparut. La reine prit une clé qu’elle portait autour du cou, et ouvrit le coffre. — Ouah ! s’écria Marine, qui ne trouvait rien d’autre à dire. — Elle est magnifique ! reprit Sarah. C’est… c’est… — La plus belle fleur du monde, termina la fée. Il n’y a pas d’autre façon de la qualifier. La fleur était grande comme Sarah. Sa tige était d’un vert émeraude, et son cœur était pur comme le cristal. Ses pétales ressemblaient à des miroirs : tout en étant transparents, ils reflétaient toutes les couleurs de la nature. On aurait dit un arc-en-ciel vivant, dont les couleurs 39


bougeaient et changeaient en permanence. — Comment voulez-vous que je donne cette merveille à un ogre ! se désolait la fée. Une fleur qui rend les gens gentils et qui répand l’amour et la joie ! — Est-ce qu’il y a des méchants au royaume des fées ? demanda Sarah. — Aucun ! — Alors… vous n’en avez peut-être pas besoin ? Sinon elle ne serait pas cachée dans un coffre sous terre ? — C’est qu’elle est tellement belle ! Nous avons peur qu’on nous la vole ! Dans mes pires cauchemars, je viens ici et le coffre a disparu… — Si vous la donnez à l’ogre, dit Marine, cette jolie fleur n’aura plus besoin d’être enfermée, elle vivra en pleine lumière, dans un endroit où personne n’osera la voler. — Et puis, ajouta Sarah, vous n’aurez plus peur de la perdre… La reine semblait réfléchir. — Vous avez raison. Elle ne sert à rien si elle est cachée. Prenez-la, et apportez-la à l’ogre. La sorcière ne pourra que tomber amoureuse en la voyant, et ce sera la fin de tous nos soucis ! 40


— Il y a un problème : Emeline est allergique aux couleurs ! Elle ne supportera pas la vue de cette fleur. La reine réfléchit, puis déclara : — J’ai peut-être une solution. Allez vous coucher, demain vous vous levez tôt : vous devez retourner chez la sorcière et je sais que la route est longue… — Pas si les cygnes nous accompagnent ! dit Marine. — Hélas non, ils ont trop peur d’elle. Vous irez à pied. Le lendemain, les deux fillettes partirent avec le coffre et deux cadeaux pour la sorcière. Elles devaient lui en remettre un juste avant qu’elle reçoive la fleur, et l’autre tout de suite après. Comme Sarah était maligne, elle eut une idée géniale : — Buvons trois gouttes de potion, ainsi nous serons grandes, et le chemin paraitra facile ! Là, on peut dire que monsieur Jeannot aurait été fier d’elle : quel esprit logique ! Et en effet, la montagne semblait n’être plus qu’une colline, qu’elles franchirent en un rien de 41


temps, avant de reprendre leur taille normale. Leur mission n’était pas compliquée : il fallait convaincre Emeline de les suivre chez l’ogre, puis lui remettre le premier cadeau, et donner le coffre à l’ogre. Oui mais voilà : comment convaincre la sorcière de les suivre ? Devant la chaumière, elles entendirent des cris de colère qui venaient de l’intérieur. — Nom de nom, de carapace de lézard mou ! Où sont passées ces mandragores poivrées ? Sarah trouva l’idée qu’elle avait tant cherchée : — Je sais où en trouver ! L’ogre en a plein son jardin ! « Bien joué ! » se dit Marine. — Eh bien allons chez l’ogre ! Avez-vous encore de la potion ? — Oui ! Prenons-en pour faciliter le voyage. — Surtout pas ! Nous allons voyager sur mon petit animal chéri. Sarah frissonna quand arriva le petit animal chéri. C’était une horrible mygale géante ! On était bien loin de la mignonne petite bouille de Neilla ! Pour Marine, c’était l’horreur absolue. Une mygale grosse comme un éléphant ! Sur son 42


dos, une sorte de panier avait été sanglé, avec un banc à l’intérieur ; une échelle permettait d’y monter. Les deux fillettes ne seraient pas obligées d’être en contact avec la peau de l’animal : ouf ! Le trajet leur parut quand-même très très très long… Une fois devant le portail de l’ogre, Emeline et Sarah sautèrent de leur monture avant d’avaler la potion. Puis Sarah tendit la fiole à Marine, qui était tellement pressée qu’elle avala la potion sans même descendre de la mygale… qu’elle écrabouilla sans le faire exprès en grandissant. Ni vu ni connu, elle poussa du pied l’horrible bestiole aplatie et pénétra dans le parc du château.

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L’ogre n’en revenait pas : elle était là, la sublime femme de la photo, la plus belle fille du monde ! Et il n’avait même pas la fleur magique ! — Pas de panique, lui chuchota Sarah en lui remettant discrètement le coffret. Avant de la lui offrir, donnez-lui ce petit cadeau confectionné par la reine des fées, c’est très important. L’ogre rougit, bafouilla, puis offrit à Emeline le premier cadeau. A l’intérieur, la sorcière trouva une paire de lunettes grises, qui avait le pouvoir de faire voir en noir et blanc. Les plus belles couleurs devenaient marron, grises, noires. Pour Emeline, c’était le bonheur assuré. Puis l’ogre ouvrit le coffret, et Emeline vit une magnifique fleur marron, et grise, et noire. Elle n’avait jamais rien vu d’aussi joli. L’amour envahit son cœur, et elle demanda à l’ogre de 45


l’épouser. Sarah sortit alors le second cadeau, que la sorcière ouvrit aussitôt. C’était une magnifique robe de mariée, aux reflets multicolores, que la sorcière, grâce à ses lunettes, voyait marron, grise et noire. Les deux fillettes furent invitées au mariage, mais lorsqu’elles virent les autres invités (crapauds, limaces, mygales géantes, dragons et serpents) elles remercièrent et expliquèrent que leurs familles les attendaient. Elles retournèrent le cœur léger au royaume des fées. Elles venaient d’accomplir une action héroïque, de sauver tout ce petit monde merveilleux, et de faire le bonheur d’une sorcière et d’un ogre… — Et Tonton Yvon qui passe son temps à me taquiner ! Je voudrais bien l’y voir, lui, à accomplir une mission pareille ! s’exclama Sarah. Les fées les attendaient avec impatience. Elles comprirent, à leur sourire, qu’elles avaient réussi. Alors on refit une fête, car les fées adorent ça. A la fin de la journée, Sarah paraissait triste, 46


tandis que Marine dansait et s’amusait. — Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda la reine. Sarah soupira. — Je n’ai pas envie de partir. C’est tellement magique ici, tout est tellement beau ! Tout le monde est joyeux, il n’y a pas de soucis, pas de devoirs, pas de contrôle d'histoire-géo… — Tu ne peux pas rester ici ! Pense à ta maman, à Lapinou et à Neilla. Et Benjamin, Lola et Camille ! Tous t’aiment du plus profond de leur coeur. — Je sais, je ne pourrai pas être heureuse si je ne les voyais plus. Mais je suis triste de partir si vite. — Marine et toi êtes nos libératrices ! Vous pouvez revenir quand vous le souhaitez. Vous serez toujours les bienvenues ! — C’est vrai ? Ce sera avec grand plaisir ! assura Sarah, qui avait retrouvé le sourire. Lorsqu’il fut temps de rentrer, une porte apparut devant elles, et elles se retrouvèrent dans le couloir qui menait au placard de Sarah. Une fois dans la chambre, Sarah remarqua : — Et cette tapette à mouches, nous n’en avons pas eu besoin ! 47


Elle n’avait pas fini sa phrase que Marine aperçut sur le mur une grosse araignée velue. D’un coup de tapette, elle éclata l’animal. — Mais si, tu vois bien ! Et nous allons la garder précieusement ! Quand les deux fillettes se couchèrent, le soleil se levait déjà au Blanc Mesnil, elles ne dormiraient pas longtemps, le papa de Sarah ne tarderait pas à venir toquer à la porte pour les réveiller gentiment. Une nouvelle vie commençait pour elles, à présent qu’elles partageaient le plus beau secret du monde.

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Derniers ouvrages du même auteur : Le magicien d'Oz, CreerMonLivre.Com, 2020 Peter Pan, CreerMonLivre.Com, 2020 Le fantôme de Canterville, CreerMonLivre.Com, 2020 Orgueil et Préjugés, CreerMonLivre.Com, 2020 Le Tour du Monde en 80 jours, CreerMonLivre.Com, 2020

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