NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 2022

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NICKEL

LA REVUE SPÉCIALISÉE DU NICKEL ET DE SES APPLICATIONS

NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 2022

Le nickel au cƓur de la durabilitĂ©

L’acier patinable, soutien durable pour les panneaux solaires

Solaire thermique Ă  concentration : l’énergie renouvelable Ă©blouissante

Une surprise en réserve : les véhicules électriques en renfort du réseau

MAGAZINE

La tour Abdi Ibrahim a Ă©tĂ© conçue par le cabinet d’architectes milanais Dante O. Benini & Partners.

ÉTUDE DE CAS 25 LA TOUR ABDI IBRAHIM

Le siĂšge social de l’entreprise pharmaceutique Abdi Ibrahim, situĂ© Ă  Istanbul, est un fleuron emblĂ©matique de la crĂ©ation architecturale italienne. La construction de cette tour de 25 Ă©tages s’élevant Ă  120 m et totalisant une superficie de 21 000 mÂČ a fait grand usage d’élĂ©ments extĂ©rieurs et intĂ©rieurs en acier inoxydable au nickel.

Les façades de l’immeuble sont parĂ©es d’écrans de tĂŽle microperforĂ©e en acier inoxydable de nuance 316 (UNS S31600), qui masquent les systĂšmes de climatisation tout en filtrant la lumiĂšre naturelle et contribuent ainsi au confort des espaces de travail. La face sud de l’édifice arbore aussi des rideaux tenus par une structure tubulaire inclinĂ©e, le tout en acier 316 Ă©galement.

À l’intĂ©rieur, un superbe escalier suspendu, ouvert sur trois niveaux dans le hall d’entrĂ©e principal, donne l’impression de flotter dans le vide. Il

est retenu en deux endroits seulement par des supports profilĂ©s Ă©pousant ses limons tubulaires par le bas. Ces limons, ainsi que la main courante en tubes soudĂ©s et les barres transversales de la rampe (de diamĂštres respectifs 210 mm, 40 mm et 12 mm) sont en acier 316 Ă  fini satinĂ©. D’autres Ă©quipements en acier inoxydable tels que clĂŽtures, portails, enseignes et Ă©lĂ©ments de dĂ©coration intĂ©rieure parachĂšvent l’ouvrage.

Source : Centro Inox. Inossidabile, no 225, décembre 2021. http://www. centroinox.it/it/inossidabile-225

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TONI NICOLINI

ÉDITORIAL LE NICKEL AU CƒUR DE LA DURABILITÉ

Le nickel a un rĂŽle essentiel Ă  jouer pour libĂ©rer tout le potentiel des Ă©nergies renouvelables Ă  faible Ă©mission de carbone, dont on a dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin pour lutter contre les changements climatiques. La feuille de route Ă©tablie par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour atteindre la neutralitĂ© carbone d’ici 2050 fait le point sur l’apport des diffĂ©rentes technologies des Ă©nergies renouvelables dans la capacitĂ© de production d’électricitĂ©. Or les propriĂ©tĂ©s que le nickel confĂšre aux batteries et Ă  sa vaste gamme d’alliages (dont les aciers inoxydables et les aciers faiblement alliĂ©s) font florĂšs dans presque toutes ces technologies.

2019 2020 2030 2040 2050 2020 2030 2050 2020 Ă  2030 2020 Ă  2050

CapacitĂ© totale 7 484 7 795 14 933 26 384 33 415 100 100 100 6,7 5,0

Renouvelables 2 707 2 994 10 293 20 732

Solaire PV 603 737 4 956 10 980 14 458

Éolienne 623 737 3 101 6 525 8 265

Hydrofluviale 1 306 1 327 1 804 2 282 2 599 17 12 8 3,1 2,3 BioĂ©nergĂ©tique 153 171 297 534 640 2 2 2 5,7 4,5 dont BECSC 28 125 152 0 0 n. d. n. d. Solaire TC 6 6 73 281 426 0 0 1 28 15 GĂ©othermique 15 15 52 98 126 0 0 0 13 7,4 Hydromarine 1 1 11 32 55 0 0 0 34 16

Le prĂ©sent numĂ©ro se penche en particulier sur la place du nickel dans la filiĂšre solaire, tant photovoltaĂŻque que thermique Ă  concentration. Selon la feuille de route de l’AIE, ces technologies sont en voie de constituer une capacitĂ© de production d’énergie renouvelable considĂ©rable d’ici 2050.

La convergence entre Ă©nergies renouvelables et vĂ©hicules Ă©lectriques est Ă©loquente. Selon l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis, les transports reprĂ©sentaient la plus grande part des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre (GES) de ce pays en 2020. La nĂ©cessitĂ© de rendre les vĂ©hicules Ă©lectriques plus convaincants entraĂźne une multiplication des efforts visant Ă  crĂ©er des batteries conjuguant forte densitĂ© d’énergie et longue durĂ©e de vie. Dans ce domaine, la batterie de 4 millions de miles rĂ©alisĂ©e au Canada ouvre des perspectives prometteuses.

Le Nickel Institute a notamment pour vocation de veiller Ă  ce que les matĂ©riaux contenant du nickel s’utilisent Ă  bon escient. Si vous vous interrogez sur les diffĂ©rences entre les diverses nuances d’acier inoxydable, l’article de la page 12 fait le point sur les propriĂ©tĂ©s Ă  prendre en compte quand on cherche des matĂ©riaux de remplacement potentiellement moins chers. Bien connaĂźtre les qualitĂ©s des diffĂ©rentes familles d’acier inoxydable aide Ă  Ă©viter de coĂ»teuses erreurs et garantit la durabilitĂ© des matĂ©riaux prescrits. En cas de doute, le service d’information technique du Nickel Institute se tient Ă  votre disposition et se fera un plaisir de vous aider.

Rédactrice en chef

SCHÉMA SIMPLIFIÉ DE LA RECHARGE BIDIRECTIONNELLE VÉHICULE-RÉSEAU

Flux d’énergie bidirectionnel entre les vĂ©hicules Ă©lectriques et le rĂ©seau

| Batterie de véhicule électrique

| CĂąble de recharge

| Compteur / Réseau électrique

La batterie de 4 millions de miles ouvre la perspective d’utiliser les vĂ©hicules Ă©lectriques en stationnement pour renforcer le stockage de rĂ©serve du rĂ©seau. Voir « Batteries de 4 millions de miles : une autre surprise en rĂ©serve » Ă  la page 11.

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SOURCE AGENCE INTERNATIONALE DE L’ÉNERGIE. NET ZERO BY 2050: A ROADMAP FOR THE GLOBAL ENERGY SECTOR RÉF. :
BIBAK, B., ET
TEKINER-MOĞULKOÇ, H. (2021)
Capacité de production électrique (GW) Parts
(%) TCAC (%)
26 568 38 69 80 13 7,5
9 33 43 21 10
9 21 25 15 8,4

La revue Nickel est publiée par le Nickel Institute. www.nickelinstitute.org

Président : Hudson Bates Rédactrice en chef : Clare Richardson communications@nickelinstitute.org

Collaborateurs : Parvin Adeli, Parul Chhabra, Gary Coates, Richard Matheson, Geir Moe, Kim Oakes, Philip Song, Benoßt Van Hecke, Odette Ziezold

Constructive Communications

Les articles sont destinĂ©s Ă  l’information gĂ©nĂ©rale du lecteur et celui-ci ne doit pas s’y er pour des applications particuliĂšres sans avoir obtenu au prĂ©alable les conseils de spĂ©cialistes compĂ©tents. Bien que les informations donnĂ©es soient considĂ©rĂ©es comme techniquement exactes, le Nickel Institute, ses membres, son personnel et ses consultants ne garantissent pas leur adĂ©quation Ă  quelque usage particulier ou gĂ©nĂ©ral que ce soit et dĂ©clinent toute responsabilitĂ© Ă  leur Ă©gard.

Imprimé au Canada, sur papier recyclé, par Hayes Print Group

de banques d’images : iStock©xijian

NICKEL

Des feuilles en manque d’eau ?

savoir Ă  temps que les cultures manquent d’eau ? Au BrĂ©sil, des chercheurs ont créé des capteurs foliaires

de nickel déposé selon

Ă©troite ligne ondulĂ©e et capables de dĂ©tecter Ă  temps le dessĂšchement des feuilles. Dans la revue ACS Applied Materials & Interfaces, ils expliquent avoir apposĂ© ces Ă©lectrodes mĂ©talliques Ă  une plante vivante cultivĂ©e en serre. Les donnĂ©es recueillies par les capteurs Ă©taient transmises par connexion sans ïŹl Ă  un tĂ©lĂ©phone intelligent puis Ă  un serveur informatique oĂč un logiciel d’apprentissage automatique simple et rapide en dĂ©duisait la perte de teneur en eau en pourcentage. Ayant fait ses preuves en serre, ce dispositif va ĂȘtre testĂ© en extĂ©rieur. S’il permet de dĂ©terminer Ă  quel moment les plantes nĂ©cessitent un arrosage, il pourrait apporter Ă©conomies de ressources et gains de rendement.

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SOMMAIRE
Conception :
ISSN 0829-8351
Photos
(couverture), Shutterstock/Rich T Photo (p. 5), iStock©jiang suying (p. 6), iStock©simonkr (p. 9) 02 Étude de cas 25 Tour Abdi Ibrahim 03 Éditorial Le nickel au cƓur de la durabilitĂ© 04 En bref 06 Acier patinable Supports de panneaux photovoltaĂŻques 08 Solaire thermique Ă  concentration Énergie renouvelable Ă©blouissante 11 Batteries de 4 millions de miles Une autre surprise en rĂ©serve 12 SĂ©lection des alliages au nickel Pour choisir la bonne famille 14 Le saviez-vous ? 15 Nouvelles publications Actualisation des guides d’Inco ; gainages en alliages Ni-Cr-Mo ; calcul des Ă©missions de GES 15 Codes UNS 16 Banc-dragon de l’Oregon Une impression 3D innovante Comment
constitués
une
EN BREF AMERICAN CHEMICAL SOCIETY

Une extraction extraïŹne

Une nouvelle technique de biolixiviation servant Ă  extraire des minĂ©raux tels que nickel et cobalt des rĂ©sidus miniers fait les manchettes. BacTech Environmental, une entreprise de Toronto, a Ă©tabli une unitĂ© pilote dans le Grand Sudbury, au nord-est de l’Ontario, oĂč se trouvent 75 Ă  100 millions de tonnes de rĂ©sidus. Ces derniers, qui constituent normalement des dĂ©chets, seront placĂ©s dans de grandes cuves d’acier inoxydable oĂč des bactĂ©ries sĂ©pareront les mĂ©taux de valeur de la roche en l’espace de six jours, « littĂ©ralement en la dĂ©vorant », selon l’expression de Ross Orr, le PDG de BacTech. La forte demande de batteries pour vĂ©hicules Ă©lectriques a fait augmenter la valeur de minĂ©raux tels que le nickel et le cobalt, ce qui a rendu ce procĂ©dĂ© plus viable, et comme chaque cuve fonctionne de façon indĂ©pendante, il est facile de l’appliquer Ă  grande Ă©chelle.

Une pile à combustible inédite

Le nickel revĂȘtu de carbone s’avĂšre le moyen de crĂ©er une pile Ă  combustible sans aucun mĂ©tal prĂ©cieux. Une Ă©quipe regroupant des chercheurs de l’UniversitĂ© du Wisconsin Ă  Madison, de l’UniversitĂ© Cornell et de l’UniversitĂ© de Wuhan a conçu un Ă©lectrocatalyseur Ă  base de nickel revĂȘtu d’une couche de 2 nanomĂštres de carbone dopĂ© Ă  l’azote. Ce dispositif inĂ©dit appariant une anode en Ni@CNx et une cathode de structure spinelle Co-Mn a fourni une densitĂ© de puissance maximum dĂ©passant les 200 mW/cmÂČ, ce qui constitue un record. Le Ni@CNx a afïŹchĂ© une durabilitĂ© supĂ©rieure Ă  celle d’un catalyseur Ă  nanoparticules de nickel en raison d’une rĂ©sistance Ă  l’oxydation amĂ©liorĂ©e par la couche de Ni@CNx . Selon les chercheurs, « les piles Ă  combustible n’ont pas besoin d’unitĂ© spĂ©ciale pour supprimer le monoxyde de carbone et peuvent utiliser un hydrogĂšne moins rafïŹnĂ©, ce qui rĂ©duit encore les coĂ»ts ».

Miniplaquette d’identiïŹcation

Un fabricant japonais de prothĂšses dentaires de prĂ©cision, le laboratoire Wada, propose dĂ©sormais de ïŹxer sur ses prothĂšses une plaquette destinĂ©e Ă  identiïŹer leur propriĂ©taire en cas de catastrophe. Il s’agit d’une minuscule plaque gravĂ©e en alliage nickelchrome apposĂ©e du cĂŽtĂ© intĂ©rieur de la prothĂšse et portant le nom de famille de son propriĂ©taire ainsi qu’un code-barre bidimensionnel indiquant le cabinet dentaire qui l’a fournie. La miniplaquette est revĂȘtue d’une rĂ©sine pour plus de confort. Cette idĂ©e toute simple fait suite au grand sĂ©isme qu’a subi l’est du Japon en 2011. Il est possible de lire les donnĂ©es avec un tĂ©lĂ©phone intelligent ou un appareil similaire et d’envoyer au laboratoire Wada le numĂ©ro Ă  14 chiffres qui s’afïŹche. Si l’idĂ©e fait son chemin, ses promoteurs ont l’intention de l’ouvrir aux autres fabricants aïŹn d’instaurer un service d’utilitĂ© publique dans tout le pays.

INSTITUT DE RECHERCHE DENTAIRE DE PRÉCISION WADA

ROSS ORR
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LA PLACE AU SOLEIL DE L’ACIER PATINABLE

Les centrales solaires photovoltaĂŻques (PV) foisonnent tout autour du globe et produisent en abondance une Ă©nergie nouvelle. ConstituĂ©es de panneaux solaires, elles deviennent rapidement la technologie des Ă©nergies renouvelables la plus reconnaissable. Un panneau solaire comprend en gĂ©nĂ©ral une couche de silicium cristallin de qualitĂ© solaire protĂ©gĂ©e par une couche de verre, le tout solidarisĂ© par un cadre en alliage. Bien que le nickel ne joue pas de rĂŽle direct dans la captation de l’énergie solaire par les panneaux photovoltaĂŻques, sa prĂ©sence peut ĂȘtre importante pour leur fonctionnement de maniĂšre indirecte, dans les structures porteuses orientant les panneaux vers le soleil afin de capter ses rayons de maniĂšre optimale.

ÉlĂ©ments de supports en acier patinable pour panneaux photovoltaĂŻques

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© GNEE (TIANJIN) MULTINATIONAL TRADE CO., LTD. HTTP://M.CHINACORTEN.COM/

Pour les matĂ©riaux composant les supports de panneaux solaires, les qualitĂ©s essentielles sont la tĂ©nacitĂ© et la rĂ©sistance aux contraintes et Ă  la corrosion. Ils doivent ĂȘtre assez durables pour atteindre la trentaine d‘annĂ©es de vie prĂ©vue pour le panneau, et ce avec un coĂ»t d’entretien minime et sans nuire Ă  l’environnement.

Les supports de panneaux PV sont depuis longtemps en aluminium, en acier galvanisĂ© Ă  chaud ou, parfois, en acier inoxydable ; mais ces derniers temps, on assiste en Chine Ă  un usage de plus en plus frĂ©quent de l’acier patinable, souvent appelĂ© acier COR-TENÂź.

Le pour et le contre des diïŹ€Ă©rents matĂ©riaux

En Chine, environ 50 % des supports de panneaux PV sont en acier zinguĂ© Ă  chaud et 40 % sont en aluminium. Ils sont pour une plus faible part en acier inoxydable ou en plastique renforcĂ© de fibre de verre. La rĂ©sistance Ă  la traction de l’aluminium est infĂ©rieure Ă  celle de l’acier galvanisĂ© Ă  chaud et son coĂ»t est Ă©levĂ©, mais il offre une bonne rĂ©sistance Ă  la corrosion, quoique celle-ci nĂ©cessite aussi d’ĂȘtre renforcĂ©e par un traitement de surface. Il s’utilise normalement dans les panneaux PV rĂ©sidentiels, prĂ©vus pour des charges au vent peu Ă©levĂ©es et pour un entretien minime.

Les aciers galvanisĂ©s rĂ©sistent mieux aux contraintes et s’utilisent surtout lĂ  oĂč les charges au vent sont Ă©levĂ©es. La galvanisation Ă  chaud s’impose pour amĂ©liorer leur rĂ©sistance Ă  la corrosion, mais ils nĂ©cessitent un entretien rĂ©gulier et posent des problĂšmes pour l’environnement.

L’acier inoxydable convient aussi pour les supports de panneaux PV et sa rĂ©sistance aux contraintes et Ă  la corrosion dĂ©passe nettement celle des autres matĂ©riaux, mais son coĂ»t plus Ă©levĂ© limite son adoption.

Ces derniers temps, l’acier patinable s’utilise dans plusieurs grandes centrales photovoltaïques en Chine et promet de

s’employer en d’autres lieux. Il s’agit d’un acier Ă  haute rĂ©sistance mĂ©canique alliĂ© de chrome, de cuivre et de nickel qui produit une couche d’oxyde superficielle rĂ©sistant Ă  l’écaillage (perte de mĂ©tal par effritement de rouille). Il rĂ©siste mieux Ă  la corrosion atmosphĂ©rique que les aciers au carbone courants et ne nĂ©cessite pas de revĂȘtement protecteur tel que peinture ou zingage. L’acier patinable a l’avantage d’ĂȘtre moins cher que l’aluminium et l’acier galvanisĂ© et de ne nĂ©cessiter presque aucun entretien par rapport Ă  ces derniers. Une nouvelle norme chinoise portant sur les supports de panneaux photovoltaĂŻques (NB/T 10642-2021) inclut expressĂ©ment l’acier patinable parmi les matĂ©riaux recommandĂ©s pour ces derniers. MĂȘme si la teneur en nickel de ce matĂ©riau est peu Ă©levĂ©e (0,1 % Ă  0,65 % environ), la quantitĂ© totale requise peut ĂȘtre considĂ©rable vu le nombre de panneaux solaires Ă  installer dans les dĂ©cennies Ă  venir. Cet ajout de nickel relativement faible est essentiel au gain de rĂ©sistance Ă  la corrosion qui rend l’acier patinable intĂ©ressant pour les supports de panneaux photovoltaĂŻques.

Les avantages de l’acier patinable sont de plus en plus reconnus tout au long de la chaĂźne de valeur et les aciĂ©ries, cabinets d’ingĂ©nierie et instituts d’esthĂ©tique industrielle en font de plus en plus la promotion.

Selon le volet du 14e plan quinquennal chinois portant sur les stratĂ©gies de promotion des Ă©nergies propres visant Ă  rĂ©aliser les objectifs de neutralitĂ© carbone et de pic d’émissions de carbone, les nouveaux matĂ©riaux et les innovations techniques sont encouragĂ©s. L’emploi des aciers patinables dans les supports de panneaux photovoltaĂŻques s’avĂšre un moyen technique efficace. Et comme l’empreinte carbone des bĂątiments et de leur construction constitue une grande prioritĂ© pour la Chine, l’acier patinable et le nickel ont un rĂŽle Ă  jouer.

Les supports se composent de piles d’ancrage au sol, jambes, colonnes, poutrelles, profilĂ©s, Ă©triers et autres Ă©lĂ©ments de fi xation.

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SOLAIRE THERMIQUE À CONCENTRATION UNE ÉNERGIE RENOUVELABLE ÉBLOUISSANTE

Les centrales Ă  miroirs cylindroparaboliques rĂ©flĂ©chissent le rayonnement solaire vers un tube absorbeur rempli de fluide caloporteur, concentrant ainsi l’énergie par un facteur d’environ 100.

La rĂ©duction des Ă©missions de CO2 liĂ©es Ă  la production d’énergie est essentielle pour limiter les changements climatiques, et la rĂ©alisation des objectifs repose avant tout sur les Ă©nergies renouvelables et sur l’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique. Parmi les technologies des Ă©nergies renouvelables, le solaire thermique Ă  concentration est appelĂ© Ă  connaĂźtre une croissance considĂ©rable dans un proche avenir. Mais il faudra qu’il fournisse de l’énergie pour un coĂ»t propre Ă  Ă©clipser la concurrence.

Les centrales solaires thermiques Ă  concentration utilisent des miroirs pour reflĂ©ter les rayons du soleil en les concentrant vers un rĂ©cepteur qui collecte l’énergie et la transmet Ă  un fluide caloporteur. Cela sert Ă  alimenter un rĂ©seau de chaleur ou bien des turbines Ă  vapeur produisant de l’électricitĂ©. ConjuguĂ© au stockage thermique, le solaire Ă  concentration peut fournir de l’énergie sans interruption quand le ciel est couvert ou avant l’aube et aprĂšs le coucher du soleil.

Les centrales solaires Ă  concentration de deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration mises en place Ă  l’heure actuelle intĂšgrent des unitĂ©s

de stockage thermique, contrairement à celles de premiÚre génération.

Le nickel dans les centrales solaires Ă  concentration

Les centrales solaires thermiques Ă  concentration ne peuvent maintenir des tempĂ©ratures de service assez Ă©levĂ©es pour produire de l’électricitĂ© que dans les rĂ©gions trĂšs ensoleillĂ©es. Il en existe actuellement deux types distincts : celles Ă  miroirs cylindro-paraboliques et celles Ă  tour solaire. Les alliages de nickel et les aciers inoxydables au nickel jouent un rĂŽle clĂ© dans les deux cas, car ils supportent les hautes tempĂ©ratures et

RĂ©servoirs de stockage d’énergie thermique

Centrale Ă  miroirs cylindroparaboliques utilisant une huile de synthĂšse

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US OFFICE OF ENERGY EFFICIENCY & RENEWABLE ENERGY NREL/SAM
Miroirs cylindro-paraboliques Lignes Ă©lectriques Condensateur refroidi par air Échangeur de chaleur RĂ©cepteur Turboalternateur

la corrosivitĂ© des sels fondus, rĂ©sistent au vent et Ă  l’érosion dans les climats dĂ©sertiques rigoureux et sont faciles Ă  travailler.

Les centrales Ă  miroirs cylindroparaboliques rĂ©flĂ©chissent le rayonnement solaire vers un tube absorbeur rempli de fluide caloporteur, concentrant ainsi l’énergie par un facteur d’environ 100. L’énergie thermique ainsi collectĂ©e sert Ă  produire de la vapeur, qui entraĂźne un turboalternateur pour produire de l’électricitĂ©. Le fluide caloporteur peut ĂȘtre une huile de synthĂšse ou un sel fondu. Il circule dans des Ă©changeurs de chaleur qui transforment de l’eau en vapeur pour alimenter les turbines. Les miroirs cylindro-paraboliques produisent des tempĂ©ratures de service atteignant 393 °C Ă  550 °C selon le fluide caloporteur utilisĂ©. Les tubes absorbeurs sont en acier inoxydable au nickel rĂ©sistant Ă  la chaleur. Ils sont revĂȘtus d’une couche absorbante sĂ©lective, puis enfermĂ©s dans un tube sous vide Ă©tanche en borosilicate. L’acier inoxydable au nickel a, entre autres avantages, celui de se prĂȘter facilement Ă  l’application d’un fini bien poli garantissant la stabilitĂ© du revĂȘtement. Par ailleurs, il se comporte Ă  merveille face aux tempĂ©ratures de service Ă©levĂ©es et au risque de corrosion rĂ©sultant de la condensation que peuvent entraĂźner les variations de tempĂ©rature des zones dĂ©sertiques.

Les centrales à tour solaire utilisent des héliostats intégrant des miroirs et

un mĂ©canisme pilotĂ© par ordinateur qui suit la course du soleil selon deux axes de maniĂšre Ă  rĂ©flĂ©chir son rayonnement vers un rĂ©cepteur central situĂ© au sommet d’une tour. Le rĂ©cepteur chauffe un fluide caloporteur servant Ă  produire de la vapeur pour alimenter des turboalternateurs. Les tubes rĂ©cepteurs doivent rĂ©pondre Ă  une multitude de conditions telles que rĂ©sistance mĂ©canique, alternance entre service Ă  haute tempĂ©rature et repos Ă  froid (la nuit) et durĂ©e de vie prĂ©vue de 25 Ă  35 ans. À l’heure actuelle, seuls les alliages de nickel font l’affaire. L’alliage de nickel 625 (UNS N06625), qui contient environ 61 % de ce mĂ©tal, est la nuance usuelle pour ce type d’utilisation, tandis que les alliages 800HT (N08811, contenant 30 Ă  34 % de nickel) et 230 (N06230, contenant 47 Ă  65 % de nickel) sont des solutions de rechange envisagĂ©es.

Principe de fonctionnement d’une centrale Ă  tour solaire Dans cette technologie, le fluide caloporteur peut ĂȘtre une huile de synthĂšse ou un sel fondu. Le sel retient mieux l’énergie que les substances liquides Ă  tempĂ©rature ambiante, et le sel fondu facilite et rend plus efficace l’intĂ©gration d’équipements de stockage permettant de produire de l’électricitĂ© 24 h sur 24. La verticalitĂ© du systĂšme Ă  tour centrale facilite la gestion des flux de sel fondu par rapport Ă  la quasi-horizontalitĂ© d’un systĂšme Ă  miroirs cylindro-paraboliques. Les centrales Ă  tour solaire actuelles intĂšgrent deux unitĂ©s de stockage des sels fondus : une

Les centrales solaires thermiques Ă  concentration utilisent des miroirs pour reflĂ©ter les rayons du soleil en les concentrant vers un rĂ©cepteur qui collecte l’énergie et la transmet Ă  un fluide caloporteur.

Les centrales à tour solaire peuvent atteindre des températures plus élevées allant de 500 °C à 1 000 °C et ainsi des rendements supérieurs à ceux des centrales à miroirs cylindro-paraboliques.

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NREL/SAM
RĂ©servoirs de stockage d’énergie thermique Tour Lignes Ă©lectriques Condensateur refroidi par air HĂ©liostats GĂ©nĂ©rateur de vapeur RĂ©cepteur Turboalternateur

L’extension Noor 1 de la centrale solaire

Mohammed ben Rachid Al Maktoum, aux Émirats arabes unis, utilise environ 800 kg de nickel par MW dans les tubes absorbeurs de sa tranche Ă  miroirs cylindroparaboliques et plus de 1 300 kg de nickel par MW dans le rĂ©cepteur et les rĂ©servoirs de sel fondu de sa tour solaire.

« Les rĂ©cents investissements dans la capacitĂ© solaire thermique Ă  concentration sont nĂ©anmoins insuffisants pour atteindre la capacitĂ© prĂ©vue d’ici 2050. Il est donc nĂ©cessaire de fournir beaucoup plus d’efforts pour soutenir les travaux de recherche et dĂ©veloppement, mettre en valeur les capacitĂ©s de stockage et d’adaptabilitĂ© du solaire thermique Ă  concentration, rĂ©duire ses coĂ»ts et accroĂźtre l’échelle du secteur. [Traduction de l’anglais] » Agence internationale de l’énergie. Concentrated Solar Power (CSP), rapport de suivi sur le solaire thermique Ă  concentration (novembre 2021)

chaude (565 °C) et une « froide » (290 °C).

Pour mieux résister aux températures élevées et à la corrosion, la premiÚre est en acier inoxydable au nickel, tandis que la seconde est en acier au carbone.

Vers la troisiÚme génération

D’ici 2030, le coĂ»t moyen actualisĂ© de l’électricitĂ© (CMAE) des centrales solaires thermiques Ă  concentration dans les pays du G20 devrait baisser de 35 % pour atteindre 8,6 cents US par kilowattheure (kWh) contre une valeur estimĂ©e Ă  13,2 cents US par kilowatt-heure en 2018.

Le passage de la premiĂšre Ă  la deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration a fait baisser le CMAE de 21 Ă  9 cents US par kilowatt-heure tandis que l’utilisation de nickel a augmentĂ©. C’est Ă  partir d’un seuil de 5 cents US par kilowatt-heure que le solaire commence Ă  concurrencer les sources d’énergie traditionnelles selon la dĂ©finition du DĂ©partement de l’Énergie des États-Unis.

L’analyse des dĂ©penses d’investissement, des rendements Ă©nergĂ©tiques et des limites de l’intĂ©gration des systĂšmes solaires thermiques Ă  concentration indique que les deux premiĂšres gĂ©nĂ©ra tions ont peu de chances d’atteindre ce seuil de CMAE de 5 cents US par kilowattheure. C’est celui-ci que les systĂšmes de troisiĂšme gĂ©nĂ©ration actuellement Ă  l’étude cherchent Ă  franchir. La clĂ© rĂ©side

dans l’efficacitĂ© du cycle thermodyna mique, qui peut ĂȘtre maximisĂ©e en aug mentant la tempĂ©rature de ce dernier. La recherche sur les systĂšmes de troisiĂšme gĂ©nĂ©ration pointe, entre autres options, vers l’emploi de CO2 saturĂ© pour alimenter le cycle thermodynamique. Par consĂ© quent, la mise au point d’un systĂšme plus rentable nĂ©cessite d’augmenter dans une mesure similaire les tempĂ©ratures maxi mum du fluide caloporteur, du systĂšme de stockage thermique et du rĂ©cepteur. Vu l’accroissement des tempĂ©ratures et des contraintes que nĂ©cessite un tel gain d’efficacitĂ©, il est peu probable que cela se fasse sans faire appel aux propriĂ©tĂ©s inĂ©galĂ©es des alliages de nickel. Il semble mĂȘme qu’aucun gain d’efficacitĂ© n’est possible sans recourir Ă  des matĂ©riaux plus fortement alliĂ©s. Par ailleurs, les taxes carbone vont plomber le CMAE des Ă©nergies Ă  forte empreinte carbone dans une certaine mesure alors qu’elles Ă©par gnent le solaire, ce qui devrait amĂ©liorer la marge de manƓuvre de ce dernier. Il faudra aussi attendre environ deux ans avant de pouvoir vraiment Ă©valuer les per formances des systĂšmes expĂ©rimentaux de troisiĂšme gĂ©nĂ©ration. Tout cela fait que le nickel devrait continuer de briller au cours des annĂ©es Ă  venir en jouant un rĂŽle important dans la lutte contre les changements climatiques.

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DUBAI ENERGY AND WATER AUTHORITY (DEWA)

BATTERIES DE 4 MILLIONS DE MILES : UNE AUTRE SURPRISE EN RÉSERVE LES VÉHICULES ÉLECTRIQUES EN RENFORT DU RÉSEAU

Les progrĂšs considĂ©rables des batteries lithium-ion Ă  durĂ©e de vie ultra-longue sont une grande nouvelle pour les systĂšmes de recharge bidirectionnelle, qui permettent aux vĂ©hicules Ă©lectriques de stocker de l’énergie d’origine solaire ou Ă©olienne dans leurs batteries, puis de la renvoyer au rĂ©seau Ă  la demande. Une Ă©quipe de chercheurs de l’UniversitĂ© Dalhousie, dirigĂ©e par Jeff Dahn, spĂ©cia liste des batteries de renommĂ©e mondiale et titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Tesla Canada, a mis au point et Ă  l’épreuve des batteries Ă  durĂ©e de vie ultra-longue bonnes pour quatre millions de miles (prĂšs de six millions de kilomĂštres). L’expression « million de miles » fait Ă©cho Ă  l’article en libre accĂšs de Jeff Dahn paru en 2019 dans le Journal of the Electrochemical Society (JES), qui concluait que « les cellules de ce type devraient pouvoir alimenter un vĂ©hicule Ă©lectrique sur plus de 1,6 million de kilomĂštres (1 million de miles) et durer au moins deux dĂ©cennies dans les systĂšmes de stockage d’énergie du rĂ©seau ».

Tout repose sur des cellules couplant un matĂ©riau monocristallin de formule LiNi0,5Mn0,3Co 0,2O2 (NMC532) et du graphite mises au banc d’essais en octobre 2017 et continuant de fonctionner Ă  tempĂ©rature ambiante aprĂšs environ 4 ans et demi de cyclage continu avec une dĂ©gradation d’environ 5 % seulement Ă  1C/1C. Jeff Dahn et son Ă©quipe ont aussi dĂ©montrĂ© l’impact de la tension de coupure de charge dans leur article paru en 2022 dans le JES, en concluant

que « les cellules NMC811-graphite bĂ©nĂ©ficient d’un Ă©norme gain de durĂ©e de vie quand elles fonctionnent avec une tension de coupure de charge limitĂ©e Ă  4,06 V, auquel cas leur durĂ©e de vie peut atteindre plusieurs dĂ©cennies entre 20 °C et 30 °C si les meilleurs graphites sont sĂ©lectionnĂ©s ». Ils ont soulignĂ© que les cellules au NMC532 Ă©quilibrĂ©es et char gĂ©es Ă  3,8 V prĂ©sentaient « un meilleur rendement faradique, une moindre perte de capacitĂ© et une plus grande densitĂ© d’énergie par rapport aux cellules LFP et qu’elles devraient atteindre des durĂ©es de vie approchant le siĂšcle Ă  25 °C ».

« Alors que 800 cycles (avec une profon deur de dĂ©charge de 100 %) suffisent pour une batterie de vĂ©hicule Ă©lectrique, le mode vĂ©hicule-rĂ©seau revient Ă  charger et dĂ©charger les vĂ©hicules alors qu’ils sont garĂ©s, si bien qu’il faut disposer de plus de 10 000 cycles », explique Jeff Dahn.

De maniĂšre plus globale, il va de soi que l’objectif Ă  long terme n’est pas de faire parcourir des millions de kilomĂštres aux vĂ©hicules Ă©lectriques, mais de tirer parti du fait qu’ils restent en stationnement la plupart du temps pour stocker l’énergie des centrales solaires et Ă©oliennes dans leurs batteries.

La recharge bidirectionnelle vĂ©hiculerĂ©seau consiste Ă  stocker l’électricitĂ© excĂ©dentaire du rĂ©seau dans les batteries des vĂ©hicules Ă©lectriques en stationnement et Ă  puiser dans cette rĂ©serve selon les besoins. Les Ă©nergies renouvelables rendent la gestion du rĂ©seau plus complexe, car leur disponibilitĂ© dĂ©pend du soleil ou du vent. La recharge bidirectionnelle est un moyen d’utiliser au mieux les Ă©nergies renouvelables et de mieux gĂ©rer les fluctuations du rĂ©seau. Ce sont des avancĂ©es techniques comme la recharge intelligente et la batterie d’un million de miles qui la rendent possible.

NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 2022 | 11
TESLA

SÉLECTION DES ALLIAGES AU NICKEL POUR CHOISIR LA BONNE FAMILLE

Part de chaque famille

production

Comment améliorer un produit ou le fabriquer à moindre coût sans perte de qualité ?

Tout le monde pose cette question, des ingĂ©nieurs d’études aux acheteurs en passant par les directeurs de la fabrication. Elle est importante pour toute entreprise souhaitant avoir une longueur d’avance sur la concurrence. Et quand le produit fait intervenir l’acier inoxydable, les prescripteurs peuvent envisager un autre alliage, en particulier s’il est moins cher. Cela conduit souvent Ă  envisager un matĂ©riau venant d’une autre famille d’alliages inoxydables.

Alors que faut-il prendre en compte quand on envisage de changer de famille d’alliages pour un usage particulier ?

Alliages duplex

La famille des alliages duplex (austĂ©noferritiques) se caractĂ©rise par une limite d’élasticitĂ© et une rĂ©sistance Ă  la traction trĂšs supĂ©rieures Ă  celles des alliages ferritiques ou austĂ©nitiques, ce qui la rend particuliĂšrement intĂ©ressante pour rĂ©duire l’épaisseur de paroi d’un rĂ©servoir ou d’une citerne sous pression. La duc tilitĂ© est moins grande, quoiqu’elle reste en gĂ©nĂ©ral assez Ă©levĂ©e. Mais lorsque la formabilitĂ© est importante, la plus grande rĂ©sistance peut ĂȘtre un inconvĂ©nient.

Le soudage peut aussi poser problĂšme, non qu’il soit difficile, mais parce qu’il diffĂšre de celui des alliages austĂ©nitiques auxquels les soudeurs sont beaucoup plus habituĂ©s. Il y a mĂȘme des diffĂ©rences apprĂ©ciables Ă  prendre en compte pour le soudage selon la sous-famille (lean duplex, duplex standard, super duplex, etc.). La tempĂ©rature d’utilisation prĂ©vue est Ă©galement importante, car les alliages duplex prĂ©sentent certaines limites. Aux tempĂ©ratures cryogĂ©niques, leur phase ferritique devient cassante, et Ă  haute

tempĂ©rature (dĂšs 270 °C), leur microstructure peut subir des modifications nuisibles. En outre, chaque sous-famille compte de nombreux alliages, ce qui crĂ©e des difficultĂ©s quand il faut se procurer un ensemble de produits de tailles et de formes diffĂ©rentes. Depuis l’apparition des aciers duplex alliĂ©s Ă  l’azote, on s’attendait Ă  une forte progression de leur part de marchĂ©, mais la complexitĂ© de leur usage fait qu’elle a stagnĂ© autour d’à peine 1 % tout au long des dix derniĂšres annĂ©es.

Série 200

Les aciers inoxydables de la sĂ©rie 200, qui sont complĂštement austĂ©nitiques, existent dĂ©jĂ  depuis plus de 70 ans. Ils contiennent davantage de manganĂšse, si bien que leur teneur en nickel peut ĂȘtre rĂ©duite, mais pas totalement Ă©liminĂ©e. Les aciers de sĂ©rie 200 produits Ă  l’heure actuelle sont pour la plupart des alliages Ă  faible teneur en chrome, qui en contiennent 12 % Ă  16 % en gĂ©nĂ©ral. Par comparaison, les aciers de nuance 304 en contiennent au moins 17,5 %, ce qui leur confĂšre une plus grande rĂ©sistance Ă  la corrosion. C’est donc dans les usages ne nĂ©cessitant qu’un minimum de rĂ©sistance Ă  la

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SĂ©rie 400 20,8 % Duplex 1 % Autres 0,3 % SĂ©rie 300 56,8 % SĂ©rie 200 21,1 %DIAGRAMME REPRODUIT AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE WORLD STAINLESS
dans la
d’acier inoxydable (2021)

corrosion que la série 200 peut convenir.

Les alliages de cette sĂ©rie durcissent vite pendant l’écrouissage, ce qui entraĂźne parfois une fissuration Ă  froid longtemps aprĂšs. Ces alliages sont souvent addition nĂ©s de cuivre afin de rĂ©duire la vitesse de durcissement. Il faut donc veiller, le cas Ă©chĂ©ant, Ă  ce que les alliages de sĂ©rie 200 Ă  faible teneur en chrome sĂ©lectionnĂ©s possĂšdent une rĂ©sistance Ă  la corrosion adĂ©quate et des propriĂ©tĂ©s de formage convenables.

Aciers inoxydables ferritiques

Les aciers inoxydables ferritiques sont disponibles depuis la dĂ©couverte de leurs propriĂ©tĂ©s hors du commun il y a plus de 110 ans. La teneur en chrome de cette famille va du minimum absolu de 10,5 % par dĂ©finition jusqu’à prĂšs de 30 %. Il s’utilise le plus souvent en tĂŽles assez minces (≀ 4 mm), car dans les tĂŽles plus fortes une croissance de grain extrĂȘme peut poser des problĂšmes, en particulier lors du soudage. De mĂȘme qu’avec les aciers duplex, la phase ferritique prĂ©sente des limites Ă  basses comme Ă  hautes tempĂ©ratures. Beaucoup de prescripteurs sont d’abord attirĂ©s vers les alliages ferritiques par la promesse d’un

moindre coĂ»t, car ils contiennent trĂšs peu ou pas de nickel. Cependant, leurs coĂ»ts de production sont gĂ©nĂ©ralement plus Ă©levĂ©s que ceux des alliages austĂ©nitiques et les limites d’épaisseur, de tempĂ©ratures d’utilisation et de soudabilitĂ© ont restreint leur adoption. En fait, depuis 2010, la part des aciers inoxydables ferritiques dans la production totale a diminuĂ© d’environ 30 %. Comme avec tout changement de matĂ©riau envisageable, il est important de bien comprendre l’incidence de chaque propriĂ©tĂ© sur la fabrication et sur l’utilisation finale. Toutefois, ces alliages se prĂȘtent Ă  nombre d’utilisations et s’emploient par exemple dans les tubes pour Ă©changeur de chaleur Ă  paroi mince, oĂč leur faible coefficient de dilatation thermique et leur conductivitĂ© thermique un peu plus Ă©levĂ©e peuvent ĂȘtre des avantages.

Si vous songez Ă  remplacer un acier inoxydable par un autre, qu’il appartienne ou non Ă  la mĂȘme famille, le service d’information technique en ligne du Nickel Institute peut vous apporter des conseils adaptĂ©s : www.inquiries.nickelinstitute.org

Faisceau tubulaire en acier inoxydable superferritique Sea-cureÂź (UNS S44660) utilisĂ© pour refroidir le pĂ©trole brut dĂ©stockĂ© des dĂŽmes de sel oĂč rĂ©side une partie de la rĂ©serve stratĂ©gique des États-Unis.

Les appareils soudĂ©s, tels que cette chambre Ă  vide faisant intervenir diffĂ©rentes formes de produits, un large Ă©ventail d’épaisseurs de mĂ©tal et un fini de surface finement poli, sont plus faciles Ă  produire Ă  partir d’aciers inoxydables austĂ©nitiques de la sĂ©rie 300.

NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 2022 | 13
JOHNSEN ULTRAVAC (JUV) PLYMOUTH TUBE CO.

Geir Moe est l’ingĂ©nieur chargĂ© de coordonner le service d’information technique du Nickel Institute. ConstituĂ©e d’experts techniques situĂ©s dans le monde entier, son Ă©quipe se tient Ă  la disposition des utilisateurs et prescripteurs de matĂ©riaux contenant du nickel pour leur apporter gratuitement des conseils techniques sur une vaste gamme d’utilisations de ce mĂ©tal (aciers inoxydables, alliages de nickel, nickelage, etc.) et leur permettre ainsi de tirer parti de ses nombreux avantages en toute confiance. https://inquiries.nickelinstitute.org/

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saviez-vous ?

experts du Nickel Institute répondent à vos

R

Question : J’ai entendu parler de l’indice de rĂ©sistance Ă  la corrosion par piqĂ»re PREN (Pitting Resistance Equivalent Number) pour l’acier inoxydable. Comment s’utilise-t-il pour la sĂ©lection d’un matĂ©riau ? L’indice PREN repose sur une formule servant Ă  classer la rĂ©sistance de diffĂ©rents aciers inoxydables Ă  un dĂ©but de piqĂ»ration en fonction de leur composition. Nombre de formules ont Ă©tĂ© Ă©tablies pour les diffĂ©rentes familles d’acier inoxydable en corrĂ©lant leur composition avec des essais de rĂ©sistance Ă  la corrosion par piqĂ»re. La formule qui suit est probablement la plus connue pour les aciers inoxydables au nickel :

PREN = % Cr + (3,3 × % Mo) + (16 × % N)

La formule ci-dessus ne peut pas s’utiliser toute seule pour sĂ©lectionner un matĂ©riau pour un environnement particulier. Mais l’indice PREN peut servir Ă  trouver un acier inoxydable plus rĂ©sistant qu’un autre si ce dernier se piqĂ»re.

Chaque acier inoxydable est défini par des teneurs minimum et maximum en nickel, chrome et molybdÚne, alors que son indice PREN dépend de sa composition effective. Le tableau ci-dessous présente par exemple les teneurs minimum et maximum de ces éléments pour différents aciers inoxydables au nickel définis par la norme

ASTM A240 ainsi que les indices PREN correspondants.

Il faut souligner que mĂȘme si l’indice PREN s’utilise souvent pour comparer les alliages, il repose seulement sur leur composition et omet de prendre en compte d’autres facteurs influant sur la piqĂ»ration. Ces facteurs comprennent l’inhomogĂ©nĂ©itĂ© ou la sĂ©grĂ©gation de la microstructure, la rugositĂ© des surfaces et le taux d’inclusions.

Selon l’expĂ©rience acquise avec les Ă©quipements en service, un acier inoxydable est considĂ©rĂ© comme rĂ©sistant Ă  l’eau de mer si son indice PREN est d’au moins 40. Cet indice peut donc servir Ă  Ă©tablir un seuil d’assurance qualitĂ© dans la production des alliages. Et de fait, selon la norme ASTM A240, l’acier super duplex 2507 doit avoir un indice PREN d’au moins 41.

L’indice PREN fait l’objet d’une prĂ©sentation plus approfondie dans la publication du Nickel Institute intitulĂ©e Guidelines for the use of stainless steel and nickel-containing alloys in water (11 003) [Guide d’utilisation des aciers inoxydables et autres alliages au nickel dans l’eau].

14 | NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 202214 VOL. NÂș 2. % Cr % Mo % N % Ni PREN (min – max) Nuance 304L 17,5 – 19,5 8,0 – 12,0 17,5 – 19,5 Nuance 316L 16,0 – 18,0 2,00 – 3,00 10,0 – 14,0 22,6 – 27,9 Nuance 2205 22,0 – 23,0 3,0 – 3,5 0,14 – 0,20 4,5 – 6,5 34,1 – 37,8 Nuance 2507 24,0 – 26,0 3,0 – 5,0 0,24 – 0,32 6,0 – 8,0 37,3 – 47,6 S31254 19,5 – 20,5 6,0 – 6,5 0,18 – 0,25 17,5 – 18,5 42,2 – 46,0
Q Le
Les
questions

Nouvelles

Actualisation des publications d’Inco

Le Nickel Institute a actualisĂ© et republiĂ© 22 publications techniques importantes initialement créées par l’entreprise canadienne Inco, aprĂšs en avoir assurĂ© la maintenance. Ces guides en version numĂ©rique de qualitĂ© amĂ©liorĂ©e permettent tous une recherche en texte libre.Les publications originales ont Ă©tĂ© rĂ©digĂ©es par des experts des diffĂ©rents domaines traitĂ©s et apportent des renseignements toujours trĂšs actuels. Leur contenu technique de haute tenue aidera les praticiens Ă  employer les matĂ©riaux au nickel en toute confiance pour tirer parti de leurs avantages dans une vaste palette d’utilisations. Les informations qu’elles contiennent seront utiles aux soudeurs, chaudronniers, mĂ©talliers, ingĂ©nieurs et rĂ©dacteurs de cahiers des charges.

La deuxiĂšme Ă©dition actualisĂ©e de la publication sur les gainages en alliages nickel-chrome-molybdĂšne intitulĂ©e Wallpaper lining with nickelchromium-molybdenum alloys (11 020) vient de paraĂźtre. Il s’agit d’une mine d’informations pour les concepteurs d’unitĂ©s de dĂ©sulfuration des gaz de combustion du secteur de l’énergie et d’autres Ă©quipements de traitement chimique. Elle porte notamment sur les questions de conception, de planification et de soudage (prĂ©paration, procĂ©dures et nettoyage subsĂ©quent).

Le Nickel Institute a publié un guide intitulé How to determine GHG emissions from nickel metal Class 1 production, conçu pour aider les producteurs de nickel à calculer leurs émissions de gaz à effet de serre dans la production de nickel métallique de classe 1.

Tenant compte de la complexitĂ© de la production de nickel, il aidera Ă  recueillir des donnĂ©es scientifiques sĂ»res, fiables et comparables dans l’ensemble du secteur. Ce guide prĂ©cise les principes, conditions et mĂ©thodes Ă  respecter pour quantifier et communiquer les Ă©missions de GES des procĂ©dĂ©s de production de nickel affinĂ© et l’empreinte carbone des diffĂ©rents produits et prĂ©curseurs de la filiĂšre, tels que les minerais de nickel, les concentrĂ©s de nickel issus de l’enrichissement et de la prĂ©paration mĂ©canique des minerais et le nickel intermĂ©diaire issu de l’extraction primaire Ă  partir de nickel tant latĂ©ritique que sulfureux. En suivant ce guide avec soin, les producteurs de nickel, ainsi que leurs clients et les autres parties prenantes, peuvent calculer l’impact de la production de nickel de classe 1 sur les changements climatiques.

Toutes les publications sont disponibles en téléchargement gratuit sur le site du Nickel Institute :

NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 2022 | 15
www.nickelinstitute.org
publications Codes UNS Composition chimique des alliages et aciers inoxydables mentionnés dans ce numéro de Nickel (en pourcentage massique). UNS Al B C Co Cr Cu Fe Mn Mo N Nb Ni P S Si Ti W Autres N06230 p. 9 0,20 à 0,50 0,015 max. 0,05 à 0,15 5,0 max. 20,0 à 24,0 3,0 max. 0,30 à 1,00 1,0 à 3,0 restant 0,03 max. 0,015 max. 0,25 à 0,75 13,0 à 15,0 N06625 p. 9 0,40 max. 0,10 max. 20,0 à 23,0 5,0 max. 0,50 max. 8,0 à 10,0 3,15 à 4,15 restant 0,015 max. 0,015 max. 0,50 max. 0,040 max. N08811 p. 9 0,15 à 0,60 0,06 à 0,10 19,0 à 23,0 0,75 max. 39,5 min. 1,5 max. 30,0 à 35,0 0,045 max. 0,015 max. 1,0 max. 0,15 à 0,60 Al + Ti 0,85 à 1,20 S31600 p. 2 0,08 max. 16,0 à 18,0 restant 2,00 max. 2,00 à 3,00 10,0 à 14,0 0,045 max. 0,030 max. 1,00 max. S39209 p. 16 0,03 max. 21,5 à 23,5 restant 0,5 à 2,0 2,5 à 3,5 0,08 à 0,20 7,0 à 9,0 0,03 max. 0,03 max. 0,90 max. S44660 pg 13 0,030 max. 25.028,0 restant 1,00 max. 3,00 à 4,00 0,040 max. 1,00 à 3,50 0,040 max. 0,030 max. 1,00 max. Nb + Ti

LE BANC-DRAGON DE L’OREGON

MX3D, crĂ©ateur du premier pont mĂ©tallique imprimĂ© en 3D, installĂ© Ă  Amsterdam, a inaugurĂ© son tout dernier ouvrage : un banc de mĂ©tal imprimĂ© en 3D qui repousse les limites de l’innovation. Le Banc-dragon de l’Oregon (Oregon Dragon Bench) est une sculpture installĂ©e devant l’édifice LeBron James abritant le Centre pour l’innovation sur le campus du siĂšge social mondial de Nike Ă  Beaverton (Oregon).

Avec le robot d’impression 3D innovant de MX3D, Joris Laarman a pu crĂ©er des formes entrelacĂ©es complexes Ă©voquant une sorte d’arabesque. Dimensions du banc d’acier inoxydable : 10 m × 3 m × 2,5 m.

ImprimĂ©e en acier duplex de nuance 2209 (UNS S39209), un alliage au nickel utilisĂ© en impression 3D, cette Ɠuvre du crĂ©ateur nĂ©erlandais Joris Laarman intĂšgre une inclinaison structurale qui garantit sa stabilitĂ© tout en optimisant son poids total. En procĂ©dant par optimisation topologique, le crĂ©ateur a dĂ©terminĂ© les points supportant le plus grand poids, puis disposĂ© le matĂ©riau seulement lĂ  oĂč c’était absolument nĂ©cessaire.

Pour fabriquer cet ouvrage saisissant, Joris Laarman a aussi rĂ©alisĂ© son propre robot d’impression 3D (le MX3D), qui fait naĂźtre des formes en traçant des lignes de

mĂ©tal fondu dans l’espace. Son bras robotisĂ© spĂ©cialement adaptĂ© fond et soude le mĂ©tal (qui peut ĂȘtre de l’acier inoxydable, de l’aluminium, du cuivre ou du bronze) dans n’importe quelle direction et sans nĂ©cessiter de structures porteuses. La mĂ©thode d’impression robotisĂ©e de MX3D offre une plus grande souplesse de crĂ©ation des formes et des textures tout en utilisant moins de matiĂšre.

Le Banc-dragon de l’Oregon marque une Ă©tape dans le parcours de Joris Laarman alors qu’il continue d’explorer les innovations rendues possibles par la fabrication additive.

16 | NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 2022NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 2022
JORIS LAARMAN

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NICKEL, VOL. 37, NÂș 2. 2022 by Constructive Communications - Issuu