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entr’ouverture

Texte : Christian Sabas

J’ai trop joué avec les nœuds Et trop tremblé en écoutant debout Tenter, tenir, de bouts et autres bois, je me baisse et me relève..; je regarde… je hume l’effet et je reviens..; je ris un peu, Je suis ramasseur de bouts… je les colle aux buts et je m’endors là-dessus… je distribue des fleurs à cœurs aimants là, là… tout là si bonnement… il y eut de la distance… une démarche… un mince filet de sens… ça fut si fort on m’a eu parlé j’ai eu entendu… l’oreille en coin..; de petites voix amusées qui me chantent comme une joie du vivre… ya des fleurs qui peignent le sol les roses du rouge et ces jaunes d’or


je ne sais que saisir… un doux vent m’eut saisi…  C’est pas tout le temps… que je me laisse porter ainsi j’ai eu ramassé comme un aimer… enfin… du tendre du bon dans ma sacoche… …Oui j’ai trop joué avec les bouts J’ai mis mal mes nerfs… du moins aujourd’hui… je vois venir le vent… des bruits rageurs m’ont asticoté toute la nuit d’avant ils m’ont eu conté sur des causes et certains effets… De propos sur les fleurs, d’une entente sur terre les douceurs durent… mais ne purent point calmer l’ennui Voilà… comme un pourquoi… les hommes pleurent… L’homme s’en irait mari et de la source tarie de qui il tiendrait… sinon de poussières et d’amour d’en quoi était-il tombé… de corps et des finis d’en fait de presque rien mais qu’à ce rien… qu’il y tienne et qu’il est prêt à y mettre de sa personne voir d’en souffrir… un peu beaucoup… de ces riens… qui le maintiennent c’est là… aussi que… je chute… au corps… je m’en remets..; à la perte je m’en tiens… est-ce ainsi bonne sensation que de tomber… quand ma tête eut tourné que mes sens s’agitent, m’abandonnent… Mes mains se crispent . oui mes doigts s’abîment Dans cet océan du laisser tomber… Je regarde Elle me parle… je lui souris… elle est dans ma main Elle est belle… si fine et, parfumée Et là sur ma joue… elle…  quand les vents eurent parlé, que les oiseaux ont chanté… et que je me relevai de tous ces instants..; il en resta collé à moi de nombreuses couleurs quoiqu’une feuille, un bout de tissu…. un vieux joujou…  ça m’irait dans la main… pourtant c’est pas si souvent en cet ainsi…


chaque matin… tiens, un bisou, j’ai trouvé…  je vais faire joujou… je pourrais le donner, le céder au tout venant… oui un baiser sur une joue tondue bien tendue, joviale et moqueur… ça m’eut dit… oui je cherche cette figure porteuse… d’éclats… Je veux tenir ce visage… plein d’envie… en lire… les contours et paginer encore une fois..; l’effeuiller lent… quoique nerveux… tiens… au bout de mes doigts, en mes mains si molles et sales… ya une fleur… j’ai trouvé une fleur… c’est tellement bête… si banale… je la ramasse… elle est si frêle… qui a perdu une fleur a oublié… ou bien qui a jeté la fleur… pauvre fleur là collée, déposée au sol… Je voudrais qu’une larme danse et roule là, doux sur ma joue… Je voudrais du profond, du dense… dément d’amour… j’y suis… j’y reste en mots des mœurs C’est pas si souvent qu’au pied de l’arbre des fruits tombés… j’ai eu ramassé… C’est pas souvent quand des regards mauvais me parlent je lève la tête… je sors de l’emprise… C’est pas souvent quand le cœur dit viens… je l’entende et j’en deviens ainsi léger et beau… peut être… J’ai été ailleurs et pourtant j’ai jamais arrêté d’être là… regarde mes mains aux doigts si secs… si sales et si fendus… sens mon cœur par à-coups il chantonne et je m’affaisse… regarde mes yeux pleins de peur, pas de haine, pleins d’incompréhensions… de questions, de réponses aussi… je suis tourmenté, je suis habité j’aurais la vérité je ne peux la dévoiler… je suis malmené par la réalité mes images m’étranglent..; je suffoque… je veux de l’air, de l’amour… un peu d’eau… ;


que les vents passent..; de l’air j’ai eu besoin d’air… je veux vivre aussi..; ai besoin d’espace..; du chaud… du beau..; des biens.  du bon aussi… je sais aimer mais je doute je peux me cacher et arriver jusqu’à la roche, dans la rivière… je me requinque je me poserai là dans le courant à jouer dans le limpide moi qui suis si trouble et là encore j’en dirai tant… que j’ai pas terminé et qu’ils devront m’entendre… tiens regarde mon corps séché par les traitements et encore on voit pas les dégâts ravages… que subit l’organe aux prises avec l’intrus pourtant tous disent que c’est ailleurs que ça se passe.  en un lieu où je ne saurais pointer qu’un mal être, qu’un mal avenir… on veut mon bien mais j’ai si mal… mais tant que les faits indésirables me le permettent. je peux encore articuler un mot dit dans l’effroi, dans l’effort… sur des faits qui ne datent plus d’hier… et tenter de mettre en œuvre mon mal et mes si troublantes positions dans les vécus de l’instant… oui..; ça fait pas si longtemps ils m’ont enlevé les chaines, les menottes… la camisole… j’en ai eu besoin, j’ai été si loin ? à ce point-là..; n’étais-je plus un humain… comment j’ai pu…  qui a décidé que j’en ai trop dit ou fait… j’ai été trop loin… je les ai tous vu… ils auraient pu m’aider à le retrouver… tiens je peux m’assoir… je peux te montrer cette chose… je l’ai réalisée en salle d’isolement… déjà… j’ai eu pris des forces..; j’émergeais, je reprenais des couleurs j’en sais plus rien quand j’en revins de mes douleurs… les reins, la fatigue…  des riens face aux limbes si profondes et cette démission d’un vivant…  de cette perte que je porte depuis fort long de ce manque qui me casse tant… me coupe tout ça fait si long… tiens je me souviens…


J’y étais..; à l’entrée des peaux… tatouées, marquées… détruites Et inlassablement je racontais mon histoire Celle qui me semble vraie que je construis encore chaque jour… me défaisant à petits bouts… Un moment je tourne… je me roule en boule et caquète comme une poule… sinon je crache ici ou là quand ce n’est plus d’une bouche… un liquide infect… Des yeux me regardent m’allument je suis en feu… Serait-ce un feu des dieux… ils sont tous contre moi… des flammes qui dansent… où ai-je la tête… à quoi se raccrocher… Je m’accroche à cette rampe d’escalier… Et me voilà dans l’atelier… un foutoir un désordre j’y mets mon ordre… je vomis du rouge et des bleus des verts je recompose, décompose… salis, jette, déchire je crache encore… je me fatigue… je suis poursuivi… par la méchanceté des hommes mon père est un enculé… je meurs, je suis fou et il me laisse lentement aller au fond… bien au fond… je suis épuisé..; il me tient..; je dois prouver, je suis capable d’être ce fils… je me lève… je m’enfile 2 vestes 4 pantalons dont un de pyjama de l’asile… je regarde ma boite de traitements… j’irai pas voir le toubib y vont m’enfermer, en isolement… ils veulent me tuer… je peux pas rentrer chez moi ils vont me trouver… et me faire la peau… Oui ça fut ainsi d’effroi À l’entrée des peaux… J’y ai trouvé des âmes errantes… En des paroles plus que parlantes, aimantes… J’ai eu compris La fleur est devenue encore plus fragile, je la regarde..; et me l’amène aux lèvres… il me faut vivre quand la fleur est si fragile À quelle branche se raccrocher… Sur quel tableau se peindre… En quelles mains s’abandonner… Enfin sur quel lit dormir..; et Se réparer de ses débats, ses dégats… tiens voilà… il y a plusieurs tableaux… veuille ben me dire si je suis bien là réel devant toi ou alors c’est la peinture qui recèle rendra vrai mon désordre… suis-je là le vrai celui qui te parle, t’importera, ou bien c’est le tableau qui porte… la vérité… qui me lavera de mon mal, m’exaucera dans ma quête d’infini… la plus grande dit que je l’ai rencontré et que les forces ont compté j’y ai tellement combattu..; regarde les rouges en leurs fréquences tiens une remontée de noir, cette ligne, ces forces… là ya comme un vide c’est d’ici que je m’élance ou que je me balance..; que j’attends que la vague vienne que la mère encore me portera… c’est de ces petits riens que j’ai eu pleuré, que j’ai eu en quelque sorte chanté,… c’est de ce creux, en ce vide que j’attends… depuis toujours… j’ai pas forcé mon talent..; je me suis laissé aller… j’ai failli toucher l’amour… c’est drôle j’ai ri d’effroi… ça fut si fou de s’entendre se fendre dans la nuit… tiens ce tableau si sombre porte les bleus comme il peut…


c’était difficile ce jour-là d’attaquer mon ombre, en pleine face je reçus comme un coup de fouet, un deuxième, un troisième… mon corps n’en put plus, je sombrais et ne sus combien de temps je restais dans ce noir si absolu… il semblerait que mon double me parla en des termes qui annihileraient toutes tentatives de se faire valoir à nouveau… il avait été là à chaque fois et c’est toujours pareil… il dit que je vais venir que je lui porte une parole et il choisira le mot blanc… qu’il prendra une phrase déchirée et m’enveloppera avec que je devrai me lever et dire comme des incantations, je devrai crier, pleurer, danser et me calmer que mes voix lentement triées me regardent… faire face oui je dois faire face… il me fait mal te dis-je… il me tourne autour..; et répète à l’envie je suis celui-là même, celui qui te tient et t’emportera de cette terre si aride… quand tu pourrais être si léger et si fin… mais comment t’offrir tout l’amour que ce cœur réclame, que ce corps déclame..; au combat des âmes… tiens… j’ai défait quelque peu cette toile car je supportais pas cette tension… lui du fond de la toile il se cache m’épie et me damne… il dit qu’il restera là tant que j’y serai et que c’est moi qui l’ai invité, qui l’invente… qui l’ai mis au service du double… cela dit bien desservi par les jaunes, un léger trait de vert limite la concentration de silhouettes que je m’habituais à stocker dans ce coin-là… à plats…, dégoulinures… j’ai tourné autour… je me suis perdu..; comme ça tout cela en un temps que je ne peux chiffrer… ils disent que j’ai du prendre quelques calmants car je semblais si habité… les ombres ont défilé en ces temps-là je fus si rempli et pourtant si parti…mes croutes-là puissent-elles témoigner… fus-je si fou… les mains dans les pigments les doigts collés au tissu, les traces ici laissées signent-elles un monde plus que lointain sinon juste un moi ici si im-perceptible… je me suis endormi dans le tableau… je te le présente tel que je le sens, que je l’ai fait..; je ne sais quoi penser… que ton œil va déclarer, vient raisonner… va révéler… le double est là..; il attend aussi..; et chantonne lentement sur les nuits d’un homme d’aujourd’hui… un homme face à la nuit, face au monstre qui l’éreinte, face au noir qui l’imite et les blancs qui le saignent… face à l’eau qui le noie, face aux jours qui se lèvent en hurlant… face aux tempêtes qui menacent les tympans..; face aux voix qui disent qu’ils m’ignorent… et que je doive supporter mon sort… faut être fort… pour pas être mort..; j’ai eu combattu j’en garde encore la bouche sèche… le corps raide… Tiens… … en ce petit tableau… quelle insignifiance..; regarde j’ai pas voulu appuyer trop ici vois les rouges..; on peut en rire… ah ah ah..; j’ai effleuré comme un corps, comme une larme a coulé, s’est imprimée… touche sens-tu pas ce corps chauffé, en son cœur serré… regarde derrière la fleur qu’entends-tu qu’il est caché encore..; et qu’il distille aussi comme un bonheur… vois elle est si fine… et si triste par endroits… je pourrais la montrer un peu partout et dire d’elle quelle est comme la plus belle..; n’est ce pas ainsi qu’elle est décrite en tous lieux, qu’elle est traitée en tous liens… elle est aussi si pâle par endroits..;


tiens elle est un peu ébréchée ici… les feuilles l’ont coincée..; elle étouffe presque… c’est terrible une fleur pressée par les feuilles qui la portent… l’escortent… ils dirent que ça fut un moment plein…ils ont appelé d’autres à voir la mise en forme de cette chose qui devint la fleur et qui résuma comme une fin, et de sortir de cette chambre… de l’isolement… oui ils ont compris… je restais humain… ils m’ont enlevé les chaines autour de ma tête… je fus tellement fatigué… Tiens là, j’ai un bleu, je l’ai pas vu arriver..; dans un sommeil comateux à souhait..; piqué, cassé… endormi qu’on dira..; de vagues figures quand je tombe en léthargie… Encore des voix qui disent que le corps dont… tu parles est incassable et que les mémoires te donneraient comme une solution… Faudra travailler avec le temps Faudra que les blessures, les bleus à l’âme se résolvent qu’enfin une vérité première t’offre, te délivre un secret… l’isolement, l’enfermement… l’enchainement..; l’esclavage… ont-ils jamais été des solutions..; à ainsi asservir le dit-semblable… Le tableau dit ce qu’en substance..; je continue de nier… J’ai cherché pendant si longtemps… mais ma quête est si impossible… l’amour semble tant me fuir… Tiens mon truc commence comme ça… Il semblerait que j’ai crié trop fort Que j’ai réclamé contre un état de droit… un étant d’amour… oui c’est là que j’ai blessé quelques tympans… que je me suis mis en porte à faux ; avec l’instant, avec le monde, avec le vivant… je l’ai bien cherché… étais-je déjà si décalé… j’ai tellement joué à limiter la machine..; mais c’en est delà que je rentre en contact avec la terre… j’ai été au vert j’ai joué avec le père je revois tant de fois la mère… ; ils disent m’avoir trouvé gisant, sans chaussures, sans vêtements, sans conscience… j’ai visité tant d’ailleurs et je me suis trouvé tellement nulle part… il m’a semblé qu’un matin qu’en une ombre, sur un bout de tissu brodé et dentelles… j’ai eu vent de l’amour… j’étais enfermé pas en enfer mais..; je ne peux pas sortir du pays, de ma cage… de la cale. Tiens je peux avancer sur ce truc Et faudra bien m’accorder quelqu’attentions… je les mérite Car je viens de si loin… je reviens de là-bas Pourtant de si peu, vues les manières qui s’y profilent… avec quelle douceur ils m’enlevèrent, la chaine, mes bracelets, mes petits bras laids… puis-je entendre un léger mieux dans mes pérégrinations puis-je m’évader de mes béances… là pourtant comme accalmie ils en profitent et me mettent dehors, de l’asile, du refuge, de mes maux, de ma peur. Tous droits réservés 2012 Christian Sabas


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