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N°23 Année 2012

Le Pistrac Bulletin Régional d’Ornithologie de Midi-Pyrénées édité par Nature Midi-Pyrénées et l’AROMP


Le Pistrac Revue régionale d'ornithologie éditée par Nature Midi-Pyrénées et L'AROMP Numéro 23 ISSN 0999-4637 Tirage : 300 exemplaires Dépôt légal avril 2012 Imprimé sur papier recyclé

Edition : Le Pistrac est édité par Nature Midi-Pyrénées, en partenariat avec l'Association Ornithologique du Midi et des Pyrénées (AROMP).

Comité de lecture et de rédaction : Le comité de rédaction et de lecture est composé de Jean Joachim, Jean-François Bousquet, Michel Clouet, Christian Fauré, Sylvain Frémaux, Jean Ramière, ainsi que de façon ponctuelle, divers spécialistes des sujets abordés. Le comité de rédaction et de lecture a pour fonction principale le recueil, la mise en forme et l'accompagnement à la rédaction d'articles. En aucun cas, il ne faut percevoir ce comité comme un frein à vos propositions, aussi n'hésitez pas à nous faire parvenir vos propositions d'articles ou de brèves. Pour plus d'informations contactez-nous.

Parution : Le Pistrac paraît à raison d'un numéro par an. Le prochain numéro paraîtra début 2013. Pensez dès à présent à nous soumettre vos propositions de contribution! Nature Midi-Pyrénées - 14, rue de Tivoli 31068 Toulouse cedex AROMP - Muséum d'Histoire Naturelle - 35,allées Jules Guesdes 31000 Toulouse

Contact mail : j.ramiere@naturemp.org / Jean.Joachim@toulouse.inra.fr Le Pistrac est édité dans le cadre du nouvel atlas des oiseaux nicheurs de Midi-Pyrénées, projet piloté par Nature Midi-Pyrénées avec le soutien financier de :

Ce projet est cofinancé par l’Union européenne. L’Europe s’engage en Midi-Pyrénées avec le fonds européen de développement régional.

En couverture : Perruche à collier, Psittacula krameri © J. Ramière


Nouvel atlas des oiseaux nicheurs de Midi-Pyrénées : disponible dès maintenant en librairie !

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Bugnicourt, Chapelle & Uribe, 2012 : Le Pistrac, 23 : 2-6

COHABITATION ET CHOIX DU SITE DE NIDIFICATION PAR L'AIGLE BOTTE AQUILA PENNATA, L'AUTOUR DES PALOMBES ACCIPITER GENTILIS ET LE CIRCAETE JEAN-LE-BLANC CIRCAETUS GALLICUS DANS UNE FORET DE GASCOGNE. Jean Bugnicourt, Jacqueline Chapelle & Pierre Uribe Groupe Ornithologique Gersois Impasse Lloret, 32000 Auch

Abstract : Here is reported the regular breeding in close vicinity of three large forest raptors: Booted Eagle Aquila pennata, Northern Goshawk Accipiter gentilis and Short-toed Snake Eagle Circaetus gallicus within a wood located in the center of the Gers département. A description of the sites selected by each species emphasizes their ecological differences, Tables I, II and III summarize the main events of the reproduction of each species for the various years of monitoring. Résumé : La cohabitation rapprochée de trois grands rapaces se reproduisant en forêt : l'Aigle botté Aquila pennata, l'Autour des palombes Accipiter gentilis et le Circaète Jean-le-Blanc Circaetus gallicus est ici exposée sur plusieurs années dans un bois du centre du Gers. Une description des sites retenus par chaque espèce souligne leurs différences écologiques, les tableaux I, II et III résument les événements principaux de la reproduction de chaque espèce pour les diverses années de suivi. En réalisant un suivi de la reproduction d'un couple d'Autour des palombes dans un ensemble forestier du centre du département du Gers (Midi-Pyrénées – France), les observateurs ont découvert la présence d'autres espèces de rapaces nichant à proximité immédiate. Outre ce phénomène, parfois relevé dans la littérature, la présente note décrit les sites retenus par chaque espèce ainsi que les dates de nidification constatées lors des années de prospection.

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PRESENCE DE L'AIGLE BOTTE, DE L'AUTOUR DES PALOMBES ET DU CIRCAETE JEAN-LEBLANC DANS LE GERS Ces trois espèces de rapaces nichent dans le département du Gers, en densité variable. Si l’Aigle botté a fait l’objet d’un suivi par les auteurs de 1996 à 2003, (J. Bugnicourt - 2004), il n’en va pas de même pour l’Autour des Palombes et le Circaète dont les observations dans le Gers restent ponctuelles. Il n’y a pas de suivi documenté concernant ces deux espèces dans le département en dehors du site présenté ici. L’Autour des palombes est considéré comme un rapace forestier par excellence. L’Aigle botté peut être qualifié de semi-forestier, s’accommodant des massifs de faible surface entrecoupés de pâtures ou de cultures. Il en va de même pour le Circaète. Cette espèce recherche des territoires de chasse constitués de milieux riches en reptiles, des zones boisées et tranquilles pour la nidification, des secteurs accidentés favorables aux ascendances thermiques. La prospection de ces trois espèces dans le département s'oriente donc logiquement vers les formations boisées. Les unités présentes dans le Gers peuvent être schématiquement décrites: nous distinguons tout d’abord les formations boisées régulièrement réparties le long des rives droites des rivières gasconnes , affluents de la Garonne coulant du Sud vers le Nord. Les pentes marquées excluent la mise en culture et souvent la forêt a reconquis ces espaces abandonnés par l’agriculture. Il s'agit de peuplements de Chêne pubescent sur les versants sud et ensoleillés, de futaies irrégulières de Chênes pédonculés et de Charmes en versant Nord et Ouest. Des reboisements à base de Pins larricio ou de Pins sylvestre et parfois de Cèdes de l'Atlas sont observés ici ou là. En rive gauche de ces mêmes rivières, dont les pentes sont très atténuées, il subsiste quelques grands massifs forestiers, représentant des unités de cinquante à deux cents hectares d’un seul Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie


tenant. L’Autour des palombes est souvent observé dans ces milieux naturellement formés par la chênaie charmaie. Dans l'Armagnac, bordant les Landes, la couverture forestière forme une mosaïque de milieux avec les cultures et les vignes. Les bois sont localisés sur les pentes des talwegs ou sur les plateaux peu fertiles. Au Chêne pédonculé s'associe parfois le Chêne tauzin. En prolongement de la forêt landaise, le Pin maritime est aussi bien présent. La proportion de bois dans la surface totale est plus importante au Sud du département, dans la région de l'Astarac, et à l'Ouest, dans la région du Bas Armagnac. En remontant vers le Nord du département ou en allant vers l'Est, les espaces boisés diminuent. Nous faisons l'hypothèse que lorsque des conditions optimales sont réunies sur un site, celui-ci attire alors plusieurs espèces.

DESCRIPTION DU SITE L'ensemble boisé objet de la présente note représente environ 75 ha d'un seul tenant, mais d'autres bois se trouvent à proximité ainsi qu'une forêt de 100 ha environ. Ces boisements sont majoritairement entourés de cultures (blés – tournesols) produites sur des parcelles de grande taille. Cependant, le complexe de coteaux qu'ils couvrent présente encore une mosaïque de landes et de pelouses sèches préservées, certainement propices aux chasses du Circaète. Les bois relèvent à la fois d'une gestion privée, par les propriétaires forestiers, et publique par l'ONF, sur la partie domaniale. Sur cette dernière, l'intégralité de la surface a été replantée avec des résineux, principalement des Pins laricio et des Cèdres de l'Atlas. Les peuplements semblent âgés d' une quarantaine d'année. L'entretien de cette partie de la forêt est limité, ce qui assure la présence d'une bonne couverture arbustive. La forêt privée est composée de feuillus, chênes pubescents et sessiles, ainsi que charmes sur les parties exposées au Nord. L'usage est essentiellement pour le bois de chauffage et son mode de gestion tend vers la futaie, ou futaie jardinée. La strate arbustive est aussi bien représentée. C'est un ensemble forestier typique, par sa localisation, des boisements des rives droites des rivières gasconnes décrits précédemment. Ces coteaux sont entrecoupés de vallons secondaires perpendiculaires à la vallée et boisés entièrement dans leur partie amont.

LES EXIGENCES ECOLOGIQUES DE L'AIGLE BOTTE, DE L'AUTOUR DES PALOMBES ET DU CIRCAETE JEAN-LE-BLANC En Gascogne, les habitats de prédilection de l'Aigle botté ont été anciennement décrits par P. Désaulnay (1984). L'aire est souvent établie sur le tiers supérieur des versants, dans leur partie la plus abrupte, et souvent dans une chênaie conduite en futaie. Il mentionne la préférence de l'espèce pour les futaies de grandes surfaces mais précise néanmoins que lorsque les conditions optimales sont réunies, l'Aigle botté peut se satisfaire de surfaces moindre. Dans l'Ouest du Gers, P. Petit a dénombré trois nids dans un massif de 135 ha en 1958, avec deux nids à moins de 600 mètres l'un de l'autre. Nous n'avons malheureusement aucune donnée récente illustrant de telles densité! Par contre le suivi de l'espèce dans le Gers réalisé entre 1997 (A. Pavan - 1997) et 2003 (J. Bugnicourt – 2004) confirme les observations de P. Désaulnay. L'essentiel des aires a été localisé en situation de versant, souvent exposé Nord ou Ouest, en position dominante que procure aussi une bordure de clairière ou d'éclaircies. L'utilisation d'anciennes palombières illustre également cette préférence. Enfin, même si le choix de résineux est cité dans d'autres régions, l'Aigle botté gersois établit son aire dans un chêne, dans la quasi majorité des situations rencontrées. Les habitats de l'Autour des palombes semblent plus éclectiques, dans le choix des essences forestières, ainsi que dans la surface des massifs forestiers occupés. C'est la richesse en proie qui paraît au final déterminer sa présence en un lieu. Les conifères exercent alors un attrait certain pour l'établissement du nid (Dronneau C. et Wasmer B, 2004). Certains auteurs citent une compétition possible entre l'Autour et l'Aigle botté dont le régime alimentaire est proche, pouvant expliquer la relative rareté de l'espèce dans le Sud-Ouest (P. Grisser). Dans le Gers, les deux espèces sont régulièrement contactées dans les mêmes sites et d'autres situations de nidifications proches, bien que non suivies, sont probables. Le Circaète Jean-le-blanc préfère aussi les résineux pour établir son aire. (Malafosse JP. et Joubert B., 2004). Il n'hésite pas à changer de nid régulièrement tout en restant dans le même secteur qui doit procurer la tranquilité nécessaire à cette espèce très sensible au dérangement (plus à la vue des hommes qu'au bruit selon Géroudet (1979)). Nous n'avons pas suivi d'autres site de nidification de Circaète Jean-le-Blanc dans le Gers mais les observations rapportées (N. Savine, com pers.) font état de situations variées tant au niveau des essences rencontrées que de la surface des bois fréquentés. Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie

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UNE COHABITATION HARMONIEUSE La reproduction de l'Autour des palombes est notée sur le site depuis l'année 2002 (J. Poudru – com pers-) et est suivie plus régulièrement depuis 2005. L'observation à distance du comportement du couple a permis de déceler cette même année la présence du Circaète, souvent perché à proximité de l'aire durant la période précédant la ponte, ou lors des journées de mauvais temps. Depuis 2005, ce couple est suivi annuellement avec constat de reproduction. Concernant l'Aigle botté, des parades avaient été notées au Nord de la zone d'étude l'année précédente (D. Rived, com. Pers.) et en 2005, un observateur a relevé la présence de deux oiseaux de formes claires le 28 août (G. Meyney, com. Pers.). C'est en 2008 que la première nidification est suivie, puis en 2009 et 2011. De 2005 à 2011, et plus précisément de 2008 à 2011, période durant laquelle les trois espèces ont occupé un territoire très proche, jamais nous n'avons observé de comportements agressifs entre elles. Pourtant la présence sur ce petit massif forestier est simultanée, du mois d'avril au mois d'Août et la proximité est réelle. En 2008 et 2009, les aires d'Aigle botté et d'Autour des palombes sont établies sur le même versant de coteau, en exposition Nord -Est, à 330 m environ l'une de l'autre. Mais au niveau du site de l'Autour, le vallon est étroit et fermé, boisé de part en part. A l'inverse, le site de l'Aigle botté s'ouvre sur un espace plus large, cultivé ou à boisement diffus,et donne sur la vallée principale. L'Autour a choisi la partie du versant reboisée en résineux (Pins larricio) alors que l'Aigle botté se cantonne dans le peuplement naturel de chênes pubescents . Une telle proximité des aires de ces deux rapaces a déjà été notée en Haute-Loire sans engendrer de problèmes particuliers (aires espacées de 200m) (Joubert B. et Margerit T. , 1996.). En 2008, depuis le site de l'Autour, l'aire du Circaète est située à 470 m à vol d'oiseau, mais elle est masquée par le versant opposé. En effet, le territoire de nidification du Circaète est situé dans un vallon plus au Nord. Ce rapace a néanmoins choisi le versant Sud pour établir son aire, dans un Pin laricio. En 2011, le couple d'Autour semble toujours se reproduire dans le massif (cris d'alarme entendus, A. Crespon -com pers-) mais l'aire n'a pas été recherchée. Par contre les Aigles bottés ont bâti une nouvelle aire, (peutêtre déjà en 2010), sur le même coteau que le Circaète mais sur le versant Nord. Là encore, ils ont choisi un Chêne comme arbre support, évitant le secteur reboisé en résineux. Une centaine de mètres à peine à vol d'oiseaux séparent les deux espèces qui s'évitent soigneusement en s'envolant dans des directions opposées. Par ailleurs, le Circaète Jean-le-Blanc et l'Aigle botté ne sont pas connus pour leur agressivité vis à vis des intrus survolant leur territoire. Le sens du territoire s'exprime surtout à l'encontre des congénères. Plusieurs exemples de proximité avec d'autres rapaces sont notés, en Espagne en particulier, où l'Aigle botté côtoie sans difficulté la Buse variable, le Milan noir, et le Circaète Jean-le-Blanc (Sueten 1989). En 2011, le Circaète a construit une nouvelle aire dans le Cèdre déjà utilisé en 2005 et 2006.

QUIETUDE DU SITE Même si toutes ces espèces sont très sensibles au dérangement sur leur site de reproduction, il est intéressant de noter que toutes les aires repérées sont situées à une très faible distance de chemins de randonnées relativement fréquentés (70 m pour le Circaète, 40 m pour l'Aigle botté), ainsi qu'à proximité de palombières toujours en activité. Cette apparente vulnérabilité peut être compensée par la pente qui masque la végétation et les nids et par les mauvais entretien des sous-bois où la progression peut-être difficile. La densité du peuplement de résineux est aussi suffisamment élevée pour préserver la quiétude des oiseaux. L'aire fréquentée par l'Autour des palombes en 2005, 2007 et 2008 est elle aussi placée à une trentaine de mètres d'un chemin utilisé principalement par les propriétaires forestiers et les utilisateurs d'une palombière. Les résultats de la reproduction relevés sur ces sites et présentés ci-dessous ne permettent pas de conclure à un effet négatif des facteurs décrits, à savoir la présence d'autres espèces de rapaces ornithophages à proximité ou un dérangement trop important en période de reproduction. La situation de l'Autour des palombes est plus compliquée car les échecs de reproduction constatés peuvent difficilement être imputés à l'Aigle botté. Un désairage non autorisé est toujours à craindre. Il semble que la faible disponibilité alentours en sites répondant aux critères de choix des trois espèces les contraint à se cantonner dans le même massif forestier. Celui-ci doit présenter le meilleur compromis: essences forestières (chênes pour l'Aigle botté, résineux pour l'Autour et le Circaète) + surface (environ 100 hectares d'un seul tenant) + pente (souvent préférée par l'Aigle botté) + type de peuplement + quiétude. En effet, aucun espace forestier dans un rayon de 10 kilomètres ne réunit toutes ces conditions. Certains sont susceptibles d'accueillir l'Aigle botté ou l'Autour des palombes, mais jamais les trois espèces ensembles pour l'instant.

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Fig. 1 : Situation des aires des trois espèces sur le massif forestier.

DONNEES DE REPRODUCTION SUR LE SITE Les tableaux I, II et III résument les événements principaux de la reproduction de chaque espèce pour les diverses années de suivi.

Tab. I- Reproduction de l’Aigle botté

Tab. II- Reproduction de l’Autour des Palombes

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Tab. III- Reproduction du Circaète Jean-le-Blanc

CONCLUSION L'Aigle botté, l'Autour des palombes et le Circaète Jean-le-Blanc ont trouvé dans cet ensemble forestier du centre du Gers les conditions favorables à leur reproduction, leur présence elle-même étant assurée par les ressources alimentaires disponibles dans un environnement où dominent les parcelles cultivées mais où subsistent aussi de nombreuses zones de landes et de pelouses sèches. D'autres grands massifs forestiers régionaux présentent également cette cohabitation (Forêt de Grésigne, de Bouconne, de Montech) mais l'originalité du site gersois est sa faible superficie(moins de 100 hectares) qui contraint les espèces à une relative promiscuité(!). L'enrésinement des deux tiers environ de la surface est aussi une caractéristique qui peut expliquer la présence du Circaète. Un suivi engagé depuis 2005 fournit quelques indications sur la reproduction de ces oiseaux. Le couple d'Aigle botté a utilisé deux aires différentes en trois ans de suivi. Il semble néanmoins que les partenaires du couple aient changé. Dans les deux cas c'est un chêne qui a été choisi comme arbre support. Deux aires différentes sont aussi connues pour l'Autour, toutes deux dans un Pin laricio. Enfin, nous avons trouvé trois nids différents du Circaète en quatre ans de suivi, dont deux dans le même Cèdre de l'Atlas et le troisième dans un Pin laricio. Le Circaète a toujours niché en versant Sud d'un vallon secondaire, alors que l'Aigle botté et l'Autour ont toujours choisi un versant Nord pour l'instant. Cette répartition sur le massif garantit une cohabitation apparemment harmonieuse des trois espèces. A moins d'une exploitation forestière, leur quiétude dans le site semble préservée. Tout au plus quelques chercheurs de champignons peuvent-ils déranger les Aigles bottés! Le bois qu'ils occupent actuellement ne fera l'objet d'aucune coupe avant 20 ans selon son propriétaire. Un contact avec l'ONF sera nécessaire pour envisager, dans l'espace domanial, des mesures de gestion adaptées au Circaète, nicheur rare dans le département du Gers. Dans tous les cas, l'exploitation forestière en dehors des périodes de reproduction, soit du mois de mars au mois de septembre, semble une priorité.

Références Alet B. (1981), Notes préliminaires sur les rapaces de Grésigne. Bulletin de l'AROMP n°5, 10-15. Bugnicourt J. 2004, La population d'Aigle botté dans le Gers – bilan 2003. Le Pistrac n°19: 54 – 59. Desaulnay P. 1983, L'Aigle botté dans les pays pyrénéens et la Gascogne. Bull. AROMP n°7: 1-13. Dronneau C. et Wasmer B, 2004, « Autour des palombes », pp. 85-89, in Thiollay J.-M et Bretagnolle V (coord.), Distribution, effectifs et conservation, Delachaux et Niestlé, Paris. Géroudet P. (1979), Les rapaces diurnes et nocturnes d'Europe, Delachaux et Niestlé Joubert B. et Margerit T. , 1996. Aspects du comportement de l'Autour en Haute-Loire. Nos Oiseaux, 38:209-228. Malafosse JP. et Joubert B., 2004, « Circaète Jean-le-Blanc », pp60-65, in Thiollay J.-M et Bretagnolle V (coord.), Distribution, effectifs et conservation, Delachaux et Niestlé, Paris. Petit P. (1958), L'Aigle botté aux confins des Landes et du Gers. L'ORFO n°28, 172-173. Suetens W., 1989, Les Rapaces d'Europe, Editions du Perron.

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Orth, Catil & Nicolas, 2012 : Le Pistrac, 23 : 7-25

LA POPULATION D’HIRONDELLES DE FENETRE DELICHON URBICUM DANS LA VILLE D’AUCH, GERS ANNEE 2011 Mathieu Orth1, Jean-Michel Catil2, Mickaël Nicolas2 1 : Groupe Ornithologique Gersois, En Gouillard 32810 Montaut-les-Créneaux 2 : CPIE Pays Gersois, Au château 32300 L’Isle de Noé, Tel. 0562668577

Abstract : The breeding population of House Martin Delichon urbicum in the streets of the town of Auch, Gers, has been censused in 2011. A total of 146 nests, dispatched in 12 colonies were counted. Many wrecked or abandoned nests were recorded highlighting the precariousness of sites chosen by birds. The majority of nests are facing north. A few recommendations aiming to protect settlements are dealt with. Résumé : La population d’hirondelles de fenêtre Delichon urbicum se reproduisant dans les rues de la ville d’Auch, Gers, a été recensée pour l’année 2011. Un total de 146 nids occupés, répartis en 12 colonies identifiées ont été dénombrés. De nombreux nids détruits ou abandonnés ont été comptabilisés mettant en évidence la précarité des sites choisis par les oiseaux. L’orientation des nids est majoritaire au nord. Quelques conseils visant à la protection des colonies sont énoncés.

La commune d’Auch est une commune étendue composée de paysages diversifiés mariant une campagne rurale et une zone urbaine. La ville est traversée du sud au nord par la rivière « le Gers », dont les berges ont été aménagées sur une distance de 4 km pour en faire la « promenade Claude Desbons ». Cette rivière et sa ripisylve forme un corridor naturel particulièrement intéressant pour la biodiversité. D’autres cours d’eau parcourent la commune comme l’Arçon, le Talouch, le ruisseau d’en Pitrac, le ruisseau de Camasses, etc. Le patrimoine bâti de la vieille ville a su conserver des espaces propices à une faune anthropophile, dont les Hirondelles de fenêtre, les chauves-souris et les rapaces nocturnes. Les hirondelles de fenêtre Delichon urbicum (et rustique Hirundo rustica) sont en forte régression au niveau européen comme national (Fig. 1 à 4). Il semble que la population départementale suive la même tendance. Ainsi, entre 1989 et 2008, l’Hirondelle de fenêtre a perdu 42% de ses effectifs en France (et l’Hirondelle rustique 8% - source : Vigie Nature-). Cette baisse statistiquement significative est par ailleurs confirmée par les comptages en migration à la Pointe de Grave (JIGUET et al., 2002 in MAZADE J., 2003). Plusieurs facteurs naturels de menaces pèsent en effet sur ces oiseaux, comme les conditions météorologiques défavorables lors de la reproduction, la migration et/ou l’hivernage qui provoquent en particulier le manque d’insectes, les dangers de la migration et la prédation des loirs, lérots, chats ou autres oiseaux. Ces facteurs ont toutefois toujours existés et n’expliquent pas le déclin des populations d’hirondelles. La diminution des effectifs de ces oiseaux est liée le plus souvent à des activités humaines. La forte modification des activités agricoles et du paysage urbain a ainsi un impact négatif à la fois sur les ressources alimentaires (insectes) et sur les habitats (bâtiments agricoles fermés, bâtis urbains rénovés, ravalements de façades, murs lisses, anfractuosités bouchées, corniches en plastique, etc.). L’urbanisation importante et croissante implique une diminution des espaces verts dans les villes, diminuant les terrains de chasse et la disponibilité en boue pour la construction du nid (SERIOT & ALVES, 2002 ; WEISERBS et al,. 2004). La pollution atmosphérique aurait un impact négatif sur l’abondance des insectes et toucherait donc directement l’hirondelle qui se nourrit exclusivement d’eux (WEISERBS et al,. 2004 ; ALBESA S. et al., 2003). L’emploi de pesticides en ville comme dans les espaces agricoles doit également influer sur la ressource alimentaire des hirondelles, mais cette hypothèse reste à vérifier (ALBESA S. et al., 2003). Les changements climatiques globaux semblent également influencer et bouleverser les migrations de ces oiseaux, créant un décalage, une désynchronisation, entre leur arrivée sur les sites de reproduction et l’émergence des insectes. La LPO Auvergne note ainsi une avancée d’une vingtaine de jours des dates des premières observations entre les décennies 1968-1977 et 1988-2007 (LALLEMANT J-J., 2009). Enfin, certaines personnes vont jusqu’à détruire les nids pendant la saison de nidification, ne tolérant plus les salissures des fientes. Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie

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Fig. 1 – Tendance européenne d’évolution des effectifs d’Hirondelle de fenêtre Source : Bird Life International 2004

Fig. 2 – Tendance nationale d’évolution des effectifs d’Hirondelle de fenêtre Source : Vigie Nature

Fig. 3 - Tendance européenne d’évolution des effectifs d’Hirondelle rustique Source : Bird Life International 2004

Fig. 4 - Tendance nationale d’évolution des effectifs d’Hirondelle rustique Source : Vigie Nature

La régression des hirondelles est regrettable car ces oiseaux sont des auxiliaires agricoles non négligeables, se nourrissant presque exclusivement d’insectes volants durant la belle saison. Ils agissent ainsi comme de véritables « insecticides » naturels, nous débarrassant par la même occasion des mouches, moustiques et autres invertébrés importuns. Par ailleurs, ces oiseaux charmants et passionnants font partie de notre patrimoine commun que nous avons le devoir de sauvegarder. Les hirondelles sont en effet des oiseaux à la fois familiers de nos villes et villages, annonciateurs des beaux jours, mais aussi malheureusement des symboles des migrateurs menacés. Elles peuvent également se révéler être un bon indicateur de l’état environnemental et écologique de nos villes et villages. Rappelons enfin que ces oiseaux sont intégralement protégés par la loi. Mais au-delà du droit, la protection des hirondelles est une démarche citoyenne. Des gestes simples et à la portée de tous peuvent être mis en œuvre. Aussi, la ville d’Auch, dans le cadre de son agenda 21, a souhaité s’investir dans la conservation de l’Hirondelle de fenêtres. Le Groupe Ornithologique Gersois (GOG) et le CPIE Pays Gersois (CPIE) ont donc proposé d’estimer l’état de la population auscitaine de cette espèce et de proposer des mesures de conservation à l’échelle de la commune. Les objectifs de l’étude étaient donc de : - Améliorer les connaissances sur la présence des hirondelles sur la commune - Suivre l’évolution des populations - Sensibiliser le grand public sur les enjeux de conservation de la biodiversité - Proposer et mettre en œuvre des actions de conservation.

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MATERIEL ET METHODES Secteur d’étude Pour cette 1ère année de suivi, le secteur de recensement s’est étendu principalement sur la vieille ville d’Auch, incluant haute ville et basse ville, et le quartier du Garros. Les prospections se sont en effet focalisées en priorité autour des colonies d’Hirondelle de fenêtre connues historiquement dans la ville. De par l’analyse des données déjà existantes et disponibles sur la commune, il s’est avéré judicieux de commencer par l’étude de cette espèce plutôt citadine, sans pour autant laisser de côté les observations potentielles d’hirondelles de cheminée. La ville d’Auch est partagée en deux par le Gers, affluent de la Garonne, entre la Haute-Ville en rive gauche et la Basse-Ville, bâtie en plaine. Elle présente de nombreux espaces verts, comme le parc arboré du Couloumé et surtout les berges du Gers, et également le bois d’Auch situé à l’extérieure de la ville. De nombreux petits éléments « verts » (bosquets, talus, haies, bandes enherbées, alignements d’arbres, etc.) ponctuent également la zone urbaine. Toute cette végétation permet a priori la présence importante d’insectes et en particulier le long du cours d’eau du Gers. Ses berges, par endroits encore non artificialisées, sont également une source de matériaux de construction pour les nids d’hirondelles (boue et brindilles). Par ailleurs, de taille modeste, le centre ville d’Auch n’est jamais loin des espaces ruraux alentour, source d’alimentation et de matériaux pour les hirondelles.

Recensement des nids Méthodes d’observation : Le recensement s’est déroulé entre mars et août 2011. Deux méthodes ont été utilisées pour le recensement des nids d’hirondelles sur la commune : la prospection sur le terrain, menée par le GOG et le CPIE Pays Gersois, et une action de sciences participatives avec la participation de deux classes primaires d’une école de la ville. Plus de 45 km de linéaires de rues auscitaines ont été parcourus, principalement à pied, jumelles en main, afin de recenser tous les nids présents (Fig. 5). Les observations de nids ont été pointées sur le terrain grâce à des cartes IGN sur Géoportail (1/2000e) puis répertoriées de la manière la plus précise grâce à des fiches de terrain reprenant la localisation des nids. Le nombre total de nids observés est noté, ainsi que leurs états et les caractéristiques environnementales (annexe 1).

Paramètres relevés A chaque bâtiment où un ou plusieurs nids ont été observés, plusieurs paramètres ont été relevés : adresse du bâtiment, état et occupation des nids, description de la rue (en termes de fréquentation humaine, axe principal ou secondaire), hauteur (en nombre d’étages) et orientation du bâtiment (exposition nord, sud, ouest ou est), localisation des nids (sous une fenêtre, une corniche ou un balcon). L’état et l’occupation des nids reprennent les critères suivants : - Nids occupés : ces nids sont détectés grâce aux visites régulières des hirondelles, pour la confection ou le nourrissage des oisillons. Pour cela un temps d’observation de quelques minutes est nécessaire pour confirmer la fréquentation du nid par un individu (adulte entrant dans le nid ou présence d’un oisillon). En 2001, des prospections se sont déroulées tard dans la saison de reproduction (début août) et des nids ayant des fientes de l’année sous le nid ont été considérés comme occupés ; - Nids vides : ces nids sont généralement des vieux nids noircis, et ne reçoivent pas de visite. Cependant, le temps d’observation doit être suffisamment long pour l’attester, et une visite furtive peut passer à côté d’une occupation du nid ; - Nids en construction : ces nids sont des nids de l’année ou de vieux nids en cours de reconstruction. Ils sont reconnaissables par les nuances de couleur de boues sèche ou humide, et par les visites régulières ; - Nids détruits : ces nids ne reçoivent pas de visites, sont partiellement ou entièrement détruits. Il reste bien souvent des traces semi circulaires témoin de l’emplacement du nid. Les menaces éventuelles (destruction de nids, réfection de façades, systèmes d’effarouchement, etc.) ont également été notées afin d’appréhender les enjeux liés à l’espèce et d’envisager des mesures de conservation.

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Fig. 5 : Réseau de rues parcourues pour le recensement

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Critiques de la méthode Etant donné la date de prospection tardive de certains relevés, l’occupation des nids est sans doute biaisée puisque certains nids ont été considérés comme occupés dès lors que des fientes de l’année ont été retrouvées dessous. Ce constat ne remet pas en cause l’inventaire, ayant pour objectif le recensement et la localisation des colonies actives afin d’engager des mesures de conservation, mais la méthode utilisée ne permet pas d’évaluer le nombre exact de couples de la population auscitaine, juste une estimation. Un comptage exhaustif dans un pas de temps assez court (un mois par exemple), avec confirmation de l’occupation « réelle » des nids, permettrait d’évaluer précisément ce nombre de couples. De même, l’ensemble des nids n’ont fait l’objet que d’une seule visite, étalée sur toute la durée de reproduction des hirondelles. Deux séries de relevé, en mai/juin et en juillet, auraient pu apporter des informations plus complètes quant à l’occupation des nids lors des deux pontes des hirondelles. Aucune différentiation n’est ainsi possible entre les premières et secondes nichées. Plusieurs paramètres ont été relevés et analysés : nombre et localisation des nids, état des nids, hauteur des nids, support des nids, orientation des bâtiments et des nids, fréquentation humaine des rues, propriété des bâtiments, menaces. Toutefois, plusieurs autres renseignements auraient pu être étudiés, comme le substrat de fixation (support d’accroche) des nids (plastique, brique, béton, bois, etc.), des paramètres biotiques comme le voisinage des nids (isolés ou collés), la phénologie (arrivée des hirondelles, taux d’occupation des nids de façon hebdomadaire ou mensuel, etc.). Bien qu’intéressants, ces paramètres sont secondaires quant à l’étude qui nous intéresse ici et leur relevé est relativement lourd.

RESULTATS Répartition des nids Sur tout le secteur prospecté, un total de 34 rues et de 73 bâtiments ont révélé la présence de nids d’hirondelles de fenêtre ou des traces de nidification, soit un total de 368 nids recensés tous confondus (Tab I). Ce nombre total de nids est à relativiser en fonction de l’état des nids ; 144 étaient en effet occupés et 2 en cours de construction, 34 sont restés vides et 188 étaient soit cassés, soit réduits à l’état de trace. Le tableau I permet de visualiser, par classe d’abondances, les rues auscitaines où des nids d’Hirondelle de fenêtre ont été observés. Ainsi, huit rues présentent une abondance supérieure à 20 nids, cinq entre 10 et 20 nids, huit entre 5 et 10 nids, dix entre 2 et 5 nids et deux avec un seul nid. Les rues faisant état des plus fortes abondances en nids se situent principalement en Haute-Ville (rues de Lorraine, Caumont et Boissy d’Anglas) et dans le secteur du Garros. Ces concentrations semblent révéler l’installation de colonies d’hirondelles de fenêtres dans ces zones. Certaines colonies sont installées en basse ville mais les sites de nidification semblent beaucoup moins denses et plus épars, excepté dans le secteur des rues Rouget de l’Isle et Michelet. L’Hirondelle de fenêtre semble éviter les quartiers résidentiels et les tronçons de rue ne présentant pas de bâtiments favorables à l’installation des nids (et notamment absence de bâtiments de plus d’un étage).

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Fig. 6 : Localisation des observations de nids d'hirondelles de fenêtres

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Tab. I: Liste du nombre d'observations de nids d'hirondelles de fenêtres par rue

L’Hirondelle de fenêtre vit en colonie d’une dizaine d’individus à plusieurs centaines, ces colonies sont divisées en sous-colonies comportant également des couples isolés (SERIOT & ALVES 2002 in BLANGY S., 2010). D’après LIND in BLANGY S. (2010) : « une colonie est définie comme l’ensemble des nids compris dans un rayon de cinquante mètres autour de la principale concentration de nids » (FOUARGE & MONMART 1992 in BLANGY S., 2010), cette définition correspond aux sous-colonies de SERIOT. A partir de cette définition, 9 à 12 colonies peuvent être identifiées sur la ville d’Auch grâce aux inventaires réalisés. Les colonies les plus importantes se trouvent dans le quartier du Garros (avec 103 nids recensés, dont 45 occupés), dans le secteur de la rue de Lorraine (avec 78 nids recensés, dont 46 occupés) et en Haute-Ville autour des rues Désirat, Saint-Jacques, Embaques et Boissy d’Anglas (avec 66 nids recensés, dont 11 occupés). Le Garros constitue un ancien et grand quartier social, comprenant plusieurs immeubles collectifs datant des années 1960-1970. Le quartier se situe par ailleurs en bordure de la ville et plusieurs espaces verts s’imbriquent entre les immeubles. Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie

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Le secteur de la rue de Lorraine se trouve au cœur de la ville, dans une zone fortement fréquentée, autant pour la circulation automobile que par les piétons. Plusieurs immeubles de grande taille (+ de 2 étages) sont présents. Les berges du Gers se trouvent à proximité et plusieurs parcs et jardins ponctuent également le paysage urbain. Le secteur des rues Désirat, Saint-Jacques, Embaques et Boissy d’Anglas se trouve en bordure du centre-ville proprement dit, près de zones résidentielles, comprenant de grands jardins, et d’espaces agricoles. Tout comme le secteur de la rue de Lorraine, il est très fréquenté par les voitures, mais de manière moins marquée par les piétons. Les immeubles sont de taille moyenne, de 1 à 3 étages.

Tab. II (1) : Répartition des nids par colonie identifiée

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Tab. II (2) : Répartition des nids par colonie identifiée

Par souci de simplification, dans la suite du texte, les colonies seront nommées par la rue accueillant le plus grand nombre de nids (ex : Colonie Lorraine), excepté pour celle située dans le quartier du Garros qui portera le même nom. L’emplacement d’une colonie dépend de la distance d’espaces verts ou de bois et de la distance d’un point d’eau par rapport à la colonie. Ces deux caractéristiques sont importantes car elles conditionnent la présence d’insectes en abondance quelque soit le temps. En effet lorsqu’il fait pluvieux, elle chasse au niveau des étangs ou des cours d’eau où les insectes y sont plus nombreux et lors de période plus chaude, elle chasse au dessus des bois et à plus haute altitude. L’autre raison de l’importance de ces caractéristiques est la présence de boues nécessaires pour construire son nid. La construction du nid est en effet réalisée à partir de boues, de limon et de graviers récoltés à moins de 200 mètres du futur nid dans des ornières, des flaques d’eau ou sur des berges (Verheyen 1947, Walravens & Langhendries 1985 in BLANGY S., 2010). Ces deux caractéristiques expliqueraient leur absence au centre des grandes villes où il y a peu de zones vertes (Walravens & Langhendries 1985, Van Der Elst 1985 in BLANGY S., 2010) ou dans certains quartiers comme à Paris (ALBESA S. et al., 2003).

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Fig. 7 : carte des colonies d'hirondelle de fenêtre

De taille modeste, relativement proche d’espaces ruraux et interpénétrée par des infrastructures « naturelles », comme le Gers ou des « langues » de terres agricoles, la ville d’Auch accueille des colonies d’hirondelles jusqu’en son centre-ville. Il semble donc que les hirondelles trouvent facilement des conditions favorables à leur installation : zones de chasse (cours d’eau, bois, espaces agricoles), sites de nidification (bâtiments) et matériaux de construction des nids (boues en particulier). Afin de comprendre la répartition des nids et des colonies dans la ville d’Auch, l’étude des habitats autour des colonies identifiées pourrait être un axe de recherche intéressant à mener à l’avenir (ex : caractérisation des milieux présents autour des colonies par cercles concentriques de différents diamètres). Sur Auch, la taille des colonies est relativement modeste et des nids isolés ont même étaient recensés. Ce phénomène peut s’expliquer d’après Fouarge & Monmart (1992 in BLANGY S., 2010) par le fait que plus le nombre de bâtiments disponibles augmente, au plus les hirondelles ont tendance à construire leur nid de manière éparse dans la ville provoquant la diminution de la taille des colonies. A contrario, en milieu rural, le 16 nombre de nids par colonie est le plus élevé. Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie


Les hirondelles de fenêtre sont très fidèles à leur colonie d’origine près de 65% reviennent à moins d’un kilomètre du nid utilisé l’année précédente, même les juvéniles (près de 95%) retournent à proximité de leur lieu de naissance limitant ainsi la dispersion (Moller 1984, Walravens & Langhendries 1985, Allen & Nice 1952, Sériot & Alvès 2002 in BLANGY S., 2010). Pour les hirondelles rustiques, certains chiffres sont avancés (REGULUS WISS. BER. 1988) : moins de 10% des adultes nicheurs changeraient de sites de reproduction, et généralement les sites sont éloignés de moins de 2 km, les jeunes retourneraient de préférence près de leur lieu de naissance, même si une grande proportion (plus de 40%) de femelles peut s’installer à plus de 5 km de leur lieu de naissance. En plus d’être fidèles à leur colonie d’origine, les hirondelles de fenêtre sont également fidèles à leur nid. Près de 7% des adultes réutilisent en effet le même nid chaque année et les autres occupent un emplacement à moins de 35 mètres du nid de l’année précédente. Pour les juvéniles, la distance est de 75 mètres par rapport à leur lieu de naissance. Cette fidélité influence fortement la sélection du site de nidification car il restreint l’offre aux alentours du lieu de naissance pour la majorité des hirondelles (Moller 1984, Walravens & Langhendries 1985 in BLANGY S., 2010). Cette grande fidélité pourrait expliquer pourquoi certains sites propices à l’implantation d’une nouvelle colonie d’hirondelles ne sont pas utilisés sur la ville d’Auch. Elle peut aussi expliquer le faible taux d’occupation de certaines façades, certaines rues ou de certaines colonies. Les hirondelles qui occupaient ces façades, ces rues ou ces colonies ne sont pas revenues de migration et de jeunes hirondelles n’ont pas encore recolonisé les lieux. Cette fidélité souligne également l’importance de la protection des colonies existantes et conditionne les actions comme la pose de nichoirs artificiels. Une étude de la fidélité des hirondelles dans la ville d’Auch sur une ou plusieurs colonies serait intéressante à mener, pour déterminer si cette fidélité est présente dans toutes les colonies, si les échanges entre colonies sont importants ou non. Cependant, cela implique une méthodologie à partir du baguage d’hirondelles, qui risque d’être lourde et fastidieuse à mettre en œuvre.

Paramètres environnementaux Etat des nids Le diagramme (Fig. 8) montre, sur l’ensemble des nids observés, une prédominance de nids tombés, partiellement ou intégralement détruits (plus de 50%), viennent ensuite les nids occupés (39%). Le pourcentage de nid entier mais vide est assez faible (9%). La quasi absence de nids en construction pourrait s’expliquer par les dates de prospection, centrée en juin-juillet, faisant ainsi référence à des nids déjà construit en début de saison.

Fig.8 : Etat des nids observés en 2011

L’analyse montre également d’importantes différences d’état des nids entre les rues (Fig. 9 et Tab. III). Les rues de Lorraine, de Paul Descomps, d’Adrien Nux et des Grazes, et la Place Villaret de Joyeuse accueillent ainsi le plus grand nombre de nids occupés. Parmi les rues comportant le plus grand nombre de nids recensés Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie

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(plus de 10), on peut souligner une part importante de nids tombés ou détruits (plus de 50%) dans les rues Caumont, Boissy d’Anglas, Patrice Brocas, Saint-Jacques, Désirat et Michelet. Les colonies accueillant le plus grand nombre de nids occupés sont celles du Garros et de Lorraine, avec plus de 40 nids occupés. Les autres ont moins de 10 nids occupés, excepté celle de Boissy d’Anglas avec 11 nids occupés. Quatre colonies présentent une forte proportion de nids tombés ou détruits (plus de 50%) : colonies de Caumont, de Boissy d’Anglas, de Michelet et du huit mai.

Fig.9 : Etat des nids pour chaque colonie

Tab.III – Proportion des états des nids pour chaque colonie

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Les hirondelles sont amenées, selon plusieurs paramètres comme la météorologie, à réaliser deux nichées par an, la seconde se déroulant entre juillet et mi-août. Cette deuxième nichée peut se dérouler soit dans le même nid que la première nichée ou bien dans un nouveau ; 21 à 38 % des couples changeraient de nids entre les deux nichées (Walravens & Langhendries 1985, De Lope et al. 1998, Sériot & Alvès 2002 in BLANGY S., 2010). Ce changement de nid s’explique notamment par le fait que les nids d’hirondelles sont infestés de parasites qui ont un effet non négligeable sur le développement des jeunes (Moller et al. 1994 in BLANGY S., 2010). D’autres explications de changement de nids peuvent également être supposées : la nidification a été infructueuse lors de la première nichée (Shields 1994 in BLANGY S., 2010) ou c’est simplement un effet de Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie


l’individu, certaines hirondelles posséderaient peut être un nid par nichée (BLANGY S., 2010). Ces phénomènes peuvent expliquer, en partie du moins, le nombre de nids vides recensés en 2011 sur la ville d’Auch. Cependant, certaines rues comme les rues d’Alembert et Abel Gardey ne présentent que des nids vides ou des nids vides et tombés, supposant des actes de dérangement ou de destruction volontaire (voir plus loin les menaces liées à l’Homme). Hauteur des nids Comme le montre le diagramme (Fig. 10), sur l’ensemble des nids recensés dans la ville d’Auch, les hirondelles de fenêtres recherchent préférentiellement des habitations de 1 à 3 étages, constituant ainsi une protection raisonnable au dérangement et à la prédation. Comme souligné plus haut, les hirondelles semblent par la même fuir les quartiers aux habitations de plain pied.

Fig. 10 : Hauteur des nids pour l’ensemble des nids recensés

Les nids installés sur des bâtiments de plus de 3 étages se situent principalement dans le quartier du Garros, où de grands immeubles (dizaine d’étages) sont présents. Les hirondelles ne construisent toutefois pas de nids sur les étages supérieurs de ces immeubles. Les colonies de Dessoles et de Boissy d’Anglas comptent également des nids sur des bâtiments de plus de 3 étages, mais seulement à hauteur d’1 nid pour chacune de ces colonies. Soulignons que les bâtiments de plus de 3 étages sont relativement rares sur la ville d’Auch, expliquant cette proportion assez faible. Notons que les colonies semblent « spécialisées » dans le choix de la hauteur de construction des nids, avec des nids construits majoritairement sur des bâtiments de 2 à 3 étages pour les colonies du Garros, de Caumont, de Marne, de Dessoles et de Lorraine, et des nids construits majoritairement sur des bâtiments d’1 étage pour les colonies d’Assas, de Boissy d’Anglas, du Tapis vert et du Huit mai. Cette « spécialisation » est sans doute due à la disponibilité en bâtiment de 1, 2 ou 3 étages au niveau de chaque colonie. Cette hypothèse peut être confirmée par l’analyse des différences de hauteur des nids pour chaque rue. Seules quatre rues présentent des nids construits à différente hauteur : rues de Caumont, de Dessoles et de SaintJacques, et chemin de Baron. Pour la rue de Caumont et le chemin de Baron, notons que les nids de hauteur différente sont construits sur des bâtiments relativement distants les uns des autres. Support des nids Les nids sont préférentiellement disposés sous des avancées de toit. Seuls 5 nids ont été construits sous un balcon d’un bâtiment, dans la rue de Caumont (et la colonie du même nom). 14 nids ont été observés dans des encadrements de fenêtre au niveau de deux colonies, celle du Garros (rue des canaris) et celle du Huit mai (rue du Huit mai), sur 3 bâtiments différents. A noter la disposition atypique des nids dans le quartier du Garros, qui sont construits sur le haut de volets de baies vitrées, coincés donc entre les volets et les encoignures de fenêtre. Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d���Ornithologie

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L’hirondelle de fenêtre sélectionne les endroits où le nid sera à l’abri des intempéries car étant construit en boue, la pluie le fragiliserait et pourrait provoquer sa chute avec les jeunes (Verheyen 1947, Weiserbs et al., 2004 in BLANGY S., 2010). Selon plusieurs études, l’hirondelle n’a pas de préférence pour un type particulier d’aplombs comme les corniches, les balcons ou les encoignures de fenêtres ; elles utiliseraient seulement ce qui est présent dans la ville et profiteraient des opportunités locales (Walravens & Langhendries, 1985 in BLANGY S., 2010). Il en va de même pour le type de substrat. La seule caractéristique qui ressort, est la présence d’angle net (pas d’arrondi) entre le mur et le surplomb (Van Der Elst, 1985 in BLANGY S., 2010). Sur la ville d’Auch, ces constats expliqueraient la forte proportion de nids construits sous les avancées de toit puisque la majorité des bâtiments sont construits avec les pans de toit dépassant de plusieurs dizaines de centimètres des murs extérieurs. Cette localisation apporte ainsi une protection contre les intempéries, et les actes de prédation (des chats notamment), et des supports d’accroche pour le nid relativement solides. Les nids construits sous les balcons seraient plus le fait d’opportunités. La faible proportion des fenêtres pourrait s’expliquer par un dérangement humain plus important et sans doute par la destruction volontaire plus systématique des nids par les particuliers, la cohabitation étant plus difficile. Orientation des bâtiments et des nids La figure 11 montre que l’orientation des façades des bâtiments accueillant des nids d’hirondelles est majoritairement exposée vers le nord (plus de 30%, voire 50% en ajoutant les nids orientés vers le nord-est et le nord-ouest). L’analyse faite pour chaque colonie indique le même constat, même si quelques différences apparaissent. Les colonies du Huit mai, de Lorraine et de Boissy d’Anglas présentent ainsi une orientation des bâtiments principalement vers le sud, le sud-est et le sud-ouest. L’analyse pour chaque rue n’apporte pas de renseignements supplémentaires.

Fig. 11 : Orientation des façades accueillant des nids

L’analyse de l’orientation des nids illustre le même constat que plus haut, avec une majorité de nids orientés vers le nord (plus de 30%, voire plus de 50% en ajoutant les nids orientés vers le nord-est et le nord-ouest).

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Fig. 12 : Orientation des nids

Peu d’explications du choix de l‘orientation des nids ont été trouvées dans la bibliographie disponible. Toutefois, BLANGY S. (2010) avance l’hypothèse que les nids seraient construits préférentiellement à l’ombre, le soleil pouvant fragiliser les nids et impliquer une variation de la température à l’intérieur de ceuxci. Sur Auch, cette hypothèse pourrait expliquer la prédominance de nids orientés vers le nord, à l’abri des rayons du soleil. Fréquentation des sites Les axes principaux, avec une forte fréquentation piétonne et/ou routière, semblent délaissés au profit des axes secondaires. Le dérangement occasionné par la fréquentation humaine (piétons et circulation automobile) est en effet un facteur de présence ou d’absence de nids d’hirondelles, qui préfèrent les sites « protégés » (ALBESA S. et al., 2003). Outre ce dérangement potentiel, les turbulences à proximité du nid auraient un impact sur l’emplacement du nid car elles empêcheraient l’hirondelle de rentrer dans son nid si elles sont trop importantes (Walravens & Langhendries 1985 in BLANGY S., 2010). Néanmoins, la circulation ne semble pas un facteur négatif, puisque qu’à Auch, de nombreux axes secondaires accueillant des nids font état d’une circulation importante. Propriété des bâtiments La majorité des bâtiments accueillant des nids d’hirondelles sont privés. Seuls 6 sont a priori des bâtiments publics : Avenue de la Marne : bâtiment SNCF, 3 nids occupés ; Rue Michelet : Hôpital, 4 nids occupés et 22 vides ; Rue de Lorraine : Maison de Gascogne, 4 nids occupés et 1 en construction ; Rue Dessoles : Poste, 1 nid vide (mais occupé les années précédentes) ; Rue Paul Descomps : Office Public des Offices HLM, 15 nids occupés et 11 tombés et/ou détruits.

Estimation de la population Comme souligné dans la critique de la méthode, étant donné la date de prospection tardive de certains relevés et l’étalement des inventaires sur toute la saison de reproduction, la méthode utilisée ne permet pas d’évaluer avec précision le nombre de couples de la population auscitaine, juste une estimation. Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie

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Une méthode couramment utilisée pour compter le nombre de couples nicheurs est de simplement compter le nombre de nids entiers présents dans une colonie. Pour que le nombre de nids entiers soit un bon indicateur du nombre de couples présents, ils se basent sur l’hypothèse que le taux de disparition par an des nids entiers est élevé (Fouarge 1992, Fouarge & Monmart 1992 in BLANGY S., 2010). En appliquant cette méthode, la population d’hirondelles de fenêtre d’Auch peut être évaluée à environ 145 couples, répartie entre plusieurs colonies, dont les plus « grosses » sont les colonies du Garros, de Lorraine et de Boissy d’Anglas.

Tab. IV – Evaluation du nombre de couples par colonie

Cependant, cette méthode surestime le nombre de couples réellement présents dans une colonie et cette approximation aura une influence non négligeable sur l’étude de l’évolution des populations d’hirondelles et donc de la détermination de la santé de la population auscitaine et des colonies. Pour un comptage exhaustif, un inventaire de tous les nids « réellement » occupés doit se dérouler sur une courte période (un mois environ) et centré sur la première nichée (mai-juin). En 2011, l’étalement de l’inventaire induit un risque de doubles comptages de couples (couple ayant changé de nid entre les deux nichées par exemple) et une approximation de l’occupation des nids du fait du classement de nids « occupés » dès lors que des fientes de l’année étaient présentes. Toutefois, la détermination de l’occupation des nids exige beaucoup de temps aux observateurs et n’est donc pas toujours réalisable. Il serait possible d’associer les deux méthodes, le nombre de nids entiers est compté et le nombre de nids occupés est observé pour certaines zones représentatives à déterminer.

Menaces identifiées Avec seulement une année de suivi, il semble difficile de tirer des conclusions quant aux menaces pesant sur les populations d’hirondelles auscitaines. Toutefois, plusieurs observations ont été réalisées et permettent déjà de souligner certaines menaces. Menaces « naturelles » De rares cas de compétition avec le Moineau domestique (Passer domesticus) ont été remarqués en 2011, mais globalement les nids entiers ont été occupés par les hirondelles. Ce phénomène est observé dans plusieurs localités. Plusieurs espèces, comme le Moineau domestique ou les mésanges, peuvent s’approprier les nids d’hirondelles avant son retour et pendant son séjour. Ces usurpations diminuent le nombre de nids disponibles pour les hirondelles. A coté de cette prise de nid, les moineaux peuvent aussi éjecter parfois des couples de leur nid, alors que des jeunes sont présents (VANSTEENWEGEN 1982 in BLANGY S., 2010).

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Menaces liées à l’Homme De par la proximité avec l’Homme pendant sa période de reproduction et bien que protégée par la législation, l’Hirondelle de fenêtre est sujette à des menaces qui peuvent aller du dérangement à la destruction des nids voire des oisillons ou des adultes. En effet, le public connaît les hirondelles, depuis longtemps, et même si certains les accueillent bien volontiers sous leurs toits, bien souvent, les citoyens ne connaissent ni leur statut d’espèces protégées ni même leur régression contemporaine.

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Ravalement de façades Les ravalements de façade conduisent bien souvent à la destruction des nids construits qui seront autant de site non utilisés l’année suivante. Ainsi, le collège Salinis en Haute-Ville accueillait encore l’année dernière plusieurs nids d’hirondelles, côté rue de la vieille pousterle. Des travaux de ravalement de façades ont été observés en juillet 2011, induisant la destruction des nids. Un nid était encore présent, mais vide, sans doute en lien avec le dérangement occasionné. De même, de nombreux immeubles du quartier du Garros ont bénéficié de travaux de réfection dans les années 2000, dont le ravalement de certaines façades, impliquant la destruction de nombreux nids. Les crépis utilisés semblent cependant convenir comme support de construction des nids d’hirondelles ; plusieurs couples se sont ainsi réinstallés comme l’atteste l’observation de « nouveaux » nids en 2011. Dispositifs d’effarouchement L’installation de dispositifs anti-pigeons types pics ou grillage sous les avant-toits est aussi un facteur négatif pour l’installation des hirondelles sur des bâtiments pourtant propices. Deux bâtiments sur Auch ont présentés ces systèmes d’effarouchement interdisant la construction de nids pour les hirondelles. NB : La présence de câbles EDF ou téléphoniques sur certaines façades trop près des avancées de toit limite également la construction de nids, faute de place suffisante. Chute des nids De nombreux nids recensés en 2011 étaient tombés ou réduits à l’état de trace (188 nids tombés sur 368 recensés). Les colonies de Caumont, de Boissy d’Anglas, de Michelet et du Huit mai présentent une forte proportion de nids tombés (Fig.9). Il en va de même pour les rues du même nom, ainsi que les rues Désirat, Saint-Jacques et d’Embaques (colonie Boissy d’Anglas), Patrice brocas (colonie du Garros), Amiral Bugard (colonie Amiral Bugard), Desaix (colonie de la Marne) et la place du 14 juillet (colonie Caumont). Dans trois rues, tous les nids observés étaient tombés : rues du Huit mai, d’Embaques et Desaix. Ce phénomène concerne trois bâtiments.

La chute des nids observée peut s’expliquer a priori selon deux hypothèses : > Une première hypothèse serait que les nids sont construits à partir de matériaux de mauvaise qualité. Le nid des hirondelles est en effet construit à partir de boue, de brins d’herbes, de paille, de brins de laine et le tout est collé avec de la salive. Généralement, elles sélectionnent une boue fine avec du sable fin et du gros sable, de l’argile et du limon. Cela constitue au final un torchis solide qui isole bien les jeunes oisillons des intempéries. Un des problèmes que rencontrent ces oiseaux est la réduction des flaques d’eau et mares face à l’urbanisation de nos villes et villages. En effet, la construction du nid est réalisée à partir de matériaux récoltés à moins de 200 mètres du futur nid dans des ornières, des flaques ou sur des berges (Verheyen 1947, Walravens & Langhendries 1985 in BLANGY S., 2010). Le manque de matériaux tels que la boue ou encore la paille justifiés par l’absence de points d’eau et d’espaces verts engendre la construction de nids fragilisés, sujet à une destruction naturelle avancée. Si la disponibilité des matériaux est faible, les hirondelles peuvent s’approvisionner dans les gouttières mais cette boue est de mauvaise qualité et leur utilisation fragilise la structure du nid qui peut tomber avec les jeunes. Ce phénomène est particulièrement observé dans les grandes villes (Walravens & Langhendries 1985 in BLANGY S., 2010). Cette hypothèse semble peu légitime à Auch, de par la présence notamment du Gers traversant la ville de part en part et offrant aux hirondelles des berges argileuses, certes minces mais suffisantes pour la récolte des matériaux nécessaires. De même, Auch étant une ville de taille modeste, les espaces ruraux sont relativement proches des colonies d’hirondelles, qui doivent donc trouver relativement facilement des matériaux de bonne qualité. Comme souligné plus haut, l’étude des habitats autour des colonies permettraient d’apporter plusieurs arguments intéressants pour la sauvegarde des hirondelles, et notamment la localisation des points de collecte des matériaux de construction des nids.

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> La seconde hypothèse s’appuierait sur un comportement de destruction volontaire, motivé par la présence de fientes ou encore par des croyances divers (effritements de façade par exemple), Pendant leur nidification, les hirondelles occasionnent des salissures blanches par les fientes. En effet, à force de s’agripper au nid pour nourrir les jeunes de leur insatiable appétit, les adultes laissent quelques déjections en passant. Le mur et le sol deviennent très vite sales sous les nids et dans ces conditions, il est compréhensible que certaines personnes ne supportent plus les nids d’hirondelles chez eux. Cette hypothèse semble se vérifier sur Auch, comme dans la rue Boissy d’Anglas où la totalité des nids sont détruits sur certains bâtiments (jusqu’à 16 recensés en 2011 sur un même bâtiment). NB : La présence de câbles EDF ou téléphoniques sur certaines façades semble limiter la chute des vieux nids. Ainsi fixés ou posés sur ces supports artificiels ils sont potentiellement protégés et utilisables sur plusieurs années.

Conclusion et perspectives L’état des lieux de la population auscitaine d’Hirondelles de fenêtre fait état de quasiment 468 nids recensés, dont 144 occupés, répartis sur une dizaine de colonies ou sous-colonies. La population est estimée, avec toutes les réserves soulignées plus haut, à environ 145 couples. Les colonies sont présentes sur l’ensemble de la ville, jusqu’en son centre, même si des disparités sont notées en termes de densité. Cette répartition est à mettre en relation avec la configuration de la ville (espaces ruraux à proximité, espaces « naturels » au sein même de la ville comme la rivière Gers) qui permet aux hirondelles de trouver tous les éléments nécessaires à leur cycle biologique (terrains de chasse, sites de nidification et matériaux de construction pour les nids). Les nids sont majoritairement disposés sur des bâtiments de 1 à 3 étages, sous des avancées de toit. Ceci s’explique par la forte disponibilité de ce type de bâtiment en ville, les hirondelles installant leur nid en fonction des opportunités. A noter qu’une colonie, dans le quartier du Garros, présente des nids avec une disposition originale et « précaire », construits entre des volets et les encoignures de fenêtres. Sur l’ensemble des colonies, les nids sont par ailleurs majoritairement tournés vers le nord, a priori pour être protégés du soleil qui fragiliserait les nids et serait responsable de variations de température à l’intérieur. Plusieurs menaces ont été relevées, liées notamment à la compétition avec d’autres espèces come le Moineau domestique, mais surtout liées à l’Homme (ravalement de façades, mise en place de dispositifs d’effarouchement contre les pigeons, destruction directe de nids). Pour 2012, dans la continuité de l’état initial des lieux présenté ici, plusieurs axes d’action sont envisagés dans le cadre de l’Agenda 21 de la ville d’Auch : Sensibilisation du public scolaire avec la participation d’écoles primaires pour le recensement et le suivi de colonies et la conception d’une exposition sur les hirondelles. Sensibilisation du grand public grâce à l’alimentation du site Internet de l’Agenda 21 de la municipalité, la conception et la diffusion d’une plaquette d’information, l’organisation d’une sortie en ville à la découverte des hirondelles, l’organisation d’une conférence sur le thème des hirondelles et plus largement de la biodiversité urbaine. Sensibilisation des services techniques de la mairie par le biais d’une rencontre en salle et sur le terrain, ainsi que la conception d’un guide technique. Suivi des colonies connues et prospections complémentaires dans les secteurs non visités en 2011. Une assistance technique auprès de particuliers est encore à l’étude, notamment pour la distribution de « planchettes » anti-salissures.

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Réglade, 2012 : Le Pistrac, 23 : 26-34

PREMIERE MENTION DU SEJOUR AUTOMNAL EN 2011 D’UN FAUCON SACRE FALCO CHERRUG D’ORIGINE SAUVAGE EN REGION MIDI-PYRENEES « Eonka, le sacre de l’automne » Michel Antoine Réglade, michel.reglade@voila.fr

Abstract : A Saker Falcon spend a few weeks in autumn 2011 in the region Midi- Pyrénées. This bird was equipped with a GPS beacon (program "Saker Conservation LIFE"). Leaving his native Slovakia on 07-092011, Eonka first goes in Poland Austria and Germany, then finally to France on 09-14-2011. In the Pyrénées Orientales on 09-20-2011, on 09-22-2011 it is reported near Toulouse and will remain in the Midi- Pyrénées region until 11-21-2011, when the signal disappeared. The status and behaviour of this endangered species is brushed, as well as the characteristics of the environment where Eonka stayed. Résumé : Le séjour d’un Faucon sacre à l’automne 2011 en Midi-Pyrénées est décrit grâce à plusieurs observations dans le nord et l’ouest de la région. Cet oiseau est équipé d’une balise GPS (programme « Saker Conservation LIFE »). Quittant sa Slovaquie natale le 09-07-2011, Eonka va d’abord en Pologne, puis en Autriche et en Allemagne, puis enfin en France le 14-09-2011. Dans les Pyrénées Orientales le 20-09-2011 elle est signalée le 22-09-2011 près de Toulouse et va rester dans la région Midi-Pyrénées jusqu’au 21-11-2011, date où le signal disparaît. Le statut et les habitudes de cette espèce en danger est brossé, ainsi que les caractéristiques des milieux où Eonka a séjourné.

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Le Faucon sacre Falco cherrug (Gray 1834) est l’une des quatre espèces du complexe Hierofalco, qui comprend également le Faucon lanier Falco biarmicus, le Faucon gerfault Falco rusticolus et le Faucon laggar Falco jugger. Le Faucon sacre, qui appartient à l’avifaune de la région Paléarctique, est un oiseau de proie inféodé aux habitats eurasiens ouverts de type steppique. Son aire de reproduction se superpose à l’aire de répartition de certains mammifères rongeurs diurnes de taille petite à moyenne. Dans sa partie européenne, l’aire historique comprenait l’Arménie, la Géorgie, l’Ukraine, la Moldavie, la Roumanie, la Bulgarie, la Macédoine, la Serbie, la Croatie, la Hongrie, la Slovaquie, l’Autriche, la République Tchèque, la partie européenne du Kazakhstan, la Russie et la Turquie (Galushin 2004). Des nichées occasionnelles d’un à 2 couples ont récemment été confirmées au moins une fois en Allemagne (Augst 2001) et en Pologne. Il n’y a pas d’autre cas de reproduction historique ou récent connu dans d’autres pays européens ; cependant des individus peuvent être observés en migration ou en nomadisme dans la plupart des pays européens. Sous l’effet de différents facteurs anthropiques ayant modifié les milieux et provoqué en parallèle le déclin des populations de ses proies mammifères, l’effectif de la population de faucons sacres s’est effondré à partir de la fin du XIXe siècle. La population globale a été fragmentée en sous-populations distantes les unes des autres et, de fait, l’espèce a disparu de beaucoup de pays européens. Aujourd’hui, l’effectif de la partie européenne de la population, entre 650 et 750 couples, représenterait selon les estimations entre 3,8 et 8,3 % de la totalité. Cette partie est composée d’une première sous-population située dans le Bassin des Carpates avec aujourd’hui environ 360-380 couples (au moins 240 couples en Hongrie et environ 120-140 couples dans les pays voisins – 40 en Slovaquie, 50 en Serbie, 15-20 en Autriche, 15-20 République Tchèque, 1-5 Roumanie et quelques-uns en Ukraine occidentale-) (Chavko 2010, Prommer 2010, Puzovic 2010) et d’une seconde souspopulation située dans la partie Sud de l’Ukraine avec 315 à 345 couples. En dehors de ces deux noyaux, il n’y a aucune autre sous-population européenne, notamment dans la partie européenne de la Russie (Milobog 2010, Prommer sous presse). La plus occidentale des sous-populations, celle du Bassin des Carpates, correspond à la moitié nord-ouest de l’aire de répartition d’une espèce d’écureuil terrestre, le souslik d’Europe ou Spermophile d’Europe Spermophilus citellus (Linnaeus 1766). Dans cette partie de l’aire de reproduction du Faucon sacre, cette espèce de rongeur constitue historiquement un apport trophique majeur en période de reproduction (Birdlife Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie


International 2010). Au milieu du XXième siècle, l’effectif de cette sous-population du Faucon sacre ne devait pas dépasser les trente couples (Bagyura 2003) mais à partir des années soixante-dix, des mesures spécifiques de protection et de conservation ont permis à la Hongrie de multiplier le nombre de ses couples nicheurs par un facteur sept (plus de deux cent en 2010) (Bagyura 1994b, 2010). Bien qu’en 2010, l’UICN ait abaissé le niveau d’alerte d’un cran sur la base d’une surestimation probable des effectifs mondiaux de couples nicheurs (BirdLife International 2010), le Faucon sacre reste à ce jour une espèce très menacée. En période postnatale, les individus juvéniles peuvent errer sur des distances et dans des directions très variables et cette période de nomadisme, qui les confronte à de multiples dangers, s’accompagne d’un risque important de mortalité (Prommer 2009). L’effectif des oiseaux en nomadisme représente une réserve de reproducteurs potentiels, indispensable au maintien de l’espèce, mais cette population est très difficile à estimer et à protéger en raison de sa dispersion. Coïncidence historique, le Faucon sacre, nommé Turul, était l’oiseau emblématique d’un illustre nomade mongol chef des Huns Attila (Baumgart 2000).

Le niveau de protection du Faucon sacre et le programme « Saker Conservation Life » Depuis la fin du 19e siècle les principales raisons du déclin des populations mondiales du Faucon sacre sont d’origine humaine: modification des habitats en relation avec l’intensification des pratiques agricoles (notamment l’utilisation des pesticides, également à l’origine du déclin majeur des populations de Faucon pèlerin (Falco peregrinus) de l’hémisphère nord dans les années 1960) et la pression de prélèvement des fauconniers notamment pour des pays de la péninsule arabique (Birdlife International 2010). Au niveau international, le Faucon sacre est inscrit à l’Annexe II de la CITES (Convention sur le Commerce International des Espèces de faune et flore Sauvages menacées d’extinction) depuis 1975. Les espèces qui y sont répertoriées peuvent faire l’objet de commerce uniquement lorsque le pays exportateur peut prouver que cette activité est durable et ne nuit pas à leur conservation, ce qui n’est pas actuellement le cas pour la majorité des pays où le Faucon sacre est nicheur. A partir de 2002, l’interdiction du commerce dans les Emirats Arabes Unis a contribué à réguler les prélèvements d’individus sauvages (Birdlife International 2010). Dans la liste rouge de l’UICN, le niveau d’alerte concernant le Faucon sacre a évolué de « quasi-menacée » en 1988 à « en danger » en 2004 et 2008. Depuis 2010, le niveau a été abaissé d’un cran à « vulnérable ». Ces variations du niveau d’alerte reposent sur des estimations d’effectifs dont les sources ne sont pas clairement accessibles sur le site de l’UICN et varient du simple au quadruple (3600-4400 couples en 2006 (Zhan 2010), 9,500-17,000 en 2010 (Birdlife International 2010)). En Europe, le Faucon sacre est depuis le début des années 1980 inscrit en annexe I de la directive européenne Oiseaux (79/409/CEE) ce qui a officialisé son statut d’espèce menacée. Entre le milieu des années soixante-dix et la fin des années quatre-vingt-dix, des actions bénévoles sous l’égide d’une association ornithologique hongroise ont permis de restaurer une population en Hongrie autour de 180 couples (Prommer 2009). De 2006 à 2010, le soutien financier de l’Union Européenne par le biais de LIFE-Nature a permis la mise en place d’un programme multidimensionnel de conservation des populations de Faucon sacre dans le bassin des Carpates (Hongrie et Slovaquie). Son résultat principal a été la stabilisation (avec une tendance à l’augmentation) des populations nicheuses de Faucon sacre en Hongrie (>200 couples) et en Slovaquie (40 couples) (Bagyura 2010, Chavko 2010). L’un des volets de ce programme a étudié le comportement migratoire de l’espèce grâce à des balises GPS dont 39 juvéniles (comprenant Piros) et 4 adultes (3 mâles et une femelle) pour la Hongrie et 6 juvéniles pour la Slovaquie, ont été équipés. Fin novembre 2011, grâce aux données recueillies dans le cadre de ce programme et sur proposition de l’Union Européenne, l’espèce Falco cherrug a été inscrite à l’annexe 1 de la Convention sur les Espèces Migratrices (dite Convention de Bonn) pour toutes les populations de son aire de répartition sauf pour celles de Mongolie. Ce nouveau statut renforce son niveau de protection international. Un second programme d’étude LIFE-nature est en cours pour la période 2010-2014 en Bulgarie, Hongrie, Roumanie et Slovaquie. C’est dans ce cadre que quatre juvéniles, dont Eonka et sa sœur Sepsana, ont été équipés début juin 2011 en Slovaquie dans la région de Bratislava près de la frontière avec la Hongrie et l’Autriche.

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La dispersion postnatale : un nomadisme imprévisible des juvéniles de la population européenne Les juvéniles quittent leurs lieux de naissance en moyenne un mois et demi après leur envol (Prommer, sous presse) et la plupart ne s’éloigneront qu’assez peu de leur lieu de naissance. Le programme précédent a permis de montrer que les mâles adultes ne manifestent pas de réels comportements migrateurs contrairement à certains juvéniles. En effet, le nomadisme après l’envol des juvéniles, schématiquement constitué d’une succession de phases exploratoires et de phases de stationnement, présente une grande variabilité en amplitude et en direction. Prommer (2010) distingue donc trois types de comportement dans la première année des juvéniles. Certains se révèlent de vrais migrateurs, établissant leur première zone de stationnement après un long voyage jusqu’à un millier de kilomètres, voir plus, et hivernent le plus souvent au Sud sur le bassin méditerranéen (essentiellement au Sud de l’Italie mais aussi en Grèce, Egypte ou Libye) et parfois plus loin en Afrique jusqu’au Sahel. Mais la plupart hivernent dans le bassin des Carpates n’effectuant que des déplacements de faible amplitude à moins de deux cent kilomètres de leur lieu de naissance. Enfin les derniers sont des individus indécis qui débutent une migration puis reviennent sur les lieux de leur naissance au cours de l’automne parfois d’assez loin et parfois repartent hiverner sur le bassin méditerranéen (Prommer 2009, 2010). L’analyse en cours des données de dispersion des autres juvéniles marquées permettra de compléter ces observations et de mieux comprendre le déterminisme de la dispersion des juvéniles. De manière générale, cette dispersion se fait donc selon les directions Est, Sud-Est ou Sud, mais chaque année quelques individus se dirigent vers l'Ouest ou le Nord-Ouest (Bagyura 2009). La dispersion postnatale des faucons sacres ne s’inscrit donc pas de manière évidente sur une voie migratoire fixe et reproductible, contrairement à d’autres espèces de rapaces de milieux ouverts comme le Busard des roseaux Circus aeruginosa par exemple (Garcia 2011).

LE FAUCON SACRE EN EUROPE ET EN FRANCE En Europe occidentale, de la fin du 19e au début du 20e siècle, les populations du Faucon sacre ont très fortement décliné parallèlement à l’une de leur principale ressource alimentaire en période de reproduction, les sousliks. La modification des pratiques agropastorales (intensification agricole, création de plantations, déclin du pacage de moutons) en dégradant profondément l’habitat des sousliks constitué par les steppes et les prairies sèches et en les transformant en agrocénoses, a entraîné la diminution des populations de ce petit écureuil. Ce phénomène a probablement contribué à la diminution des populations du Faucon sacre en conjonction avec d’autres facteurs, comme par exemple l’utilisation des pesticides ou la pression de prélèvement par des fauconniers... Les sousliks hibernent et ne sont donc disponibles comme proies qu’à la belle saison et donc, même si le Faucon sacre est un prédateur opportuniste et polyvalent, une hypothèse possible est que ces petits écureuils terrestres constituaient historiquement des proies clefs qui apportaient le surplus de ressources trophiques nécessaire à l’élevage des jeunes, ce qui pourrait expliquer la superposition des aires de ces deux espèces dans leurs parties européennes. Prédateur polyvalent, le Faucon sacre pratique le plus souvent la chasse à poste fixe comme une buse variable, parfois au sol, en volant à faible altitude comme un busard, plus rarement la chasse de haut-vol comme un Faucon pèlerin, et enfin le cleptoparasitisme sur d’autres espèces rapaces (notamment les faucons crécerelles et les busards). Dans les agrocénoses du bassin des Carpates, les faucons sacres se nourrissent aujourd’hui majoritairement de campagnols le plus souvent dérobés aux autres oiseaux de proie (Prommer com.pers.) et de passereaux, et notamment à partir des populations férales ou domestiques de pigeons, même si les sousliks peuvent encore constituer une part significative des apports trophiques (Bagyura 1994a, Chavko 2010). En Slovaquie, les pigeons domestiques semblent même constituer la proie principale des couples nicheurs (plus des 2/3 des proies retrouvées dans les analyses de pelotes de réjection) (Chavko 2010), mais les os des campagnols sont digérés par les sucs gastriques des faucons, ce qui rend complexe l’interprétation des résultats (Prommer com.pers., Bagyura 1994a). Des données récentes suggèrent que le Faucon sacre pourraient à l’occasion se nourrir sur des cadavres de chevreuils, de renards ou de grands lièvres (Chavko 2010). Baumgart (2000) a interprété les rares cas de nidification en Allemagne et en Pologne à la fin des années 1990, comme une extension très progressive de l’aire de nidification du Faucon sacre vers l’ouest en dehors de l’aire de répartition du souslik, autorisée par l’adaptation trophique aux populations de pigeons féraux. Le suivi ultérieur n’a pas confirmé cette extension vers l’ouest et en Europe occidentale et l’aire de reproduction du Faucon sacre reste encore superposée à l’aire de répartition des sousliks (pour plus de précisions sur la répartition actuelle de Falco cherrug et de Spermophilus citellus, consulter les ressources cartographiques sur le 28 site de l’UICN). Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie


Une seconde modification majeure des paysages agricoles a été l’implantation en grand nombre de lignes haute-tension (HT) et très haute-tension (THT) nécessaire au transport électrique. En l’espace de quelques années, les corvidés puis les rapaces, et notamment les faucons pèlerins et les faucons sacres, ont adopté ces pylônes d’abord comme perchoirs, puis comme substrat de nidification. En France, cette espèce a été exceptionnellement observée, le plus souvent en dehors de la période de reproduction. Mais son occurrence est probablement plus fréquente que ne le laisse supposer le faible nombre de données homologuées au niveau national. La première preuve absolue de la voie de dispersion occidentale et de l’arrivée en France d’un individu sauvage est représentée par un juvénile bagué par Josef Chavko près de Bratislava (en Slovaquie) le 29 mai 1982 qui a été victime d’une collision avec un avion atterrissant à l’aéroport de Tarbes-Ossun-Lourdes le 16 août 1982 (Schröpfer, 2008). Depuis la création du Comité d’Homologation National français (CHN) en 1980, seules seize données ont été validées, dont six qui correspondent au rapide survol estival les 29 et 30 juillet 2009 du littoral méditerranéen par un premier Faucon sacre équipé d’une balise de géolocalisation dans le cadre du programme « Saker Conservation LIFE ». Cette jeune femelle hongroise, nommée Piros (La Rouge) a ensuite rejoint l’Espagne où elle a séjourné aux alentours de Valladolid pendant un mois de demi, avant de probablement mourir d’épuisement sur une langue de sable en Mauritanie début octobre 2009 (Prommer sous presse), Piros constitue la seconde preuve indéniable d’un passage de l’espèce sur le territoire français (Reeber 2010). Et voici que l’automne 2011 voit arriver une seconde jeune femelle slovaque, également équipée d’une balise GPS, qui, après avoir franchi la frontière à l’est du Luxembourg, traverse la Lorraine puis la Bourgogne, descend la vallée du Rhône et longe vers l’Ouest le littoral méditerranéen pour venir séjourner au moins neuf semaines et demi dans la région Midi-Pyrénées. Née vers le 11 mai et équipée le 4 juin 2011, cette femelle a été nommée Eonka en raison de la localisation de son nichoir natal sur un pylône électrique du groupe électrique allemand E.ON (Deutschova, com.pers.). Eonka fournit donc la troisième preuve incontestable d’une arrivée naturelle en France et cette seconde donnée d’un Faucon sacre équipé d’une balise est également remarquable d’une part par sa proximité temporelle avec le passage de Piros et d’autre part par la durée de son séjour. En effet, parmi les mentions d’hivernage, un individu noté immature (dont l’origine sauvage est considérée comme discutable par le CHN) a séjourné dans le sud des Landes (Réserve Naturelle d’Orx) pendant 3 mois de novembre 1991 à janvier 1992 et un individu noté 1A (juvénile) est observé du 29 décembre 1998 au 20 février 1999 en Crau. Le séjour automnal prolongé d’Eonka en France, prélude d’un possible hivernage, est donc le seul à avoir un caractère naturel prouvé. Il faut remarquer que sur les onze individus dont les observations ont été validées, neuf ont été observés dans le Sud de la France ; or le trajet d’Eonka montre que ces faucons peuvent traverser la France du Nord au Sud. Ces onze individus homologués par le CHN ne représentent probablement qu’une partie des individus qui atteignent le pays durant le nomadisme postnatal. En effet, un certain nombre d’observations ne sont pas notifiées au CHN tandis que d’autres ne sont pas homologuées faute d’éléments suffisamment descriptifs ou iconographiques (Reeber, com.pers.) ; enfin, étant donné la discrétion de cette espèce, des individus peuvent migrer ou séjourner de manière inaperçue. Le fait que deux individus équipés de balise atteignent le territoire français à deux années d’intervalle laisse supposer que sa fréquentation n’est peut-être pas si exceptionnelle et pose la question de la fréquence du choix de la voie occidentale. A titre de comparaison, en Allemagne trente-six observations de l’espèce ont été validées par le comité des oiseaux rares entre 1980 et 2009 (Krätzel com.pers.) et en Espagne, Piros est la seconde mention moderne (la précédente date de 2002 à Tarifa, province de Cadix) et la première au Portugal (Prommer sous presse).

LE VOYAGE D’EONKA Le 9 juillet 2011, Eonka, âgée de deux mois et équipée de sa balise depuis un mois, quitte Kostolište en Slovaquie pour se diriger plein Nord, traverser la république tchèque et parcourir environ 200 km jusqu’en Pologne. Elle décrit ensuite une boucle dans le sens horaire qui la ramène en Slovaquie au sud de Bratislava avant de prendre la direction Ouest vers l’Autriche où elle séjourne du 12 au 17 juillet. Privilégiant toujours la direction Nord, Eonka rejoint ensuite la zone agricole et la ligne haute-tension de son premier stationnement qui va durer six semaines (du 19/07 au 01/09) près d’Erfurt en Allemagne, entrecoupé d’un saut exploratoire de 200 km au Nord (du 3 au 6/08). Cinq ou six ornithologues allemands peuvent alors la photographier et l’observer posée sur le sol, en vol cerclant avec un busard des roseaux, harcelé par des crécerelles ou perchée dans des pylônes. Puis, après une nouvelle étape de 200 km vers le Sud-ouest, elle stationne du 4 au 12 septembre dans la région de Frankfurt (zone agricole avec des lignes à haute-tension) avant de reprendre sa route cette fois vers le Sud pour entrer sur le territoire français le 14 septembre entre 11 et 14h. Au cours de Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie

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cette première phase, il semble qu’Eonka, fidèle aux mœurs de son espèce (Prommer 2009), ait préféré contourner le massif alpin. Une fois sur le sol français, en pleine migration active vers le sud, elle atteint le littoral méditerranéen en cinq jours. Au cours de ce trajet, elle réalise sa pointe de vitesse (160 km en trois heures le 15 septembre avec une vitesse moyenne apparente de plus de 50 km/h) et elle fait halte le 16 septembre près d’une double ligne électrique à haute-tension à côté de Saint-Martin-en-Gâtinois (Saône-et-Loire). Elle ne repart que deux jours plus tard, le 18 septembre, pour dormir 150 km plus au sud près de Sainte-Euphémie (Ain), à nouveau près d’une ligne électrique à haute-tension. Le 19 septembre, l’étape suivante, la plus longue (environ 300 km) l’amène sur la côte méditerranéenne où elle dort entre Aigues-Mortes et la Grande-Motte (vitesse moyenne apparente 25 km/h). Au cours de la journée du 20 septembre, elle longe le littoral vers l’Ouest et vient dormir près de Vernet-lesBains dans les Pyrénées Orientales. Mais de même qu’elle a contourné l’arc alpin, Eonka rebondit sur le relief pyrénéen et repart vers le Nord-ouest. Après une nuit dans l’Aude, elle croise le lendemain en bordure de l’autoroute A64 une première ligne électrique haute-tension à la hauteur de Muret, une agglomération proche de Toulouse, mais ce n’est que la seconde ligne installée dans une agrocénose ouverte qui l’arrête dans sa course.

LE CANTONNEMENT D’EONKA DANS LA REGION MIDI-PYRENEES Elle commence à s’installer dans cette zone pour un séjour dont nous pourrons suivre un peu plus de neuf semaines du 22 septembre au 21 novembre, jour de l’interruption du signal. Le découpage de cette période par quinzaine montre que le Faucon réduit progressivement la superficie de ses déplacements quotidiens (figure 2). En septembre, les mouvements quotidiens montrent un oiseau encore peu installé et pendant cette première semaine, après avoir réalisé une exploration circulaire sur deux jours, Eonka réalise ensuite deux trajets exploratoires. Le 25 septembre entre 11h et 16h, elle effectue un premier vol exploratoire de plus de 90km (vitesse apparente 20 à 30 km/h) vers l’Ouest-Sud-Ouest de la zone jusqu’à Saint-Pierre-d’Aubézies (Gers), pendant lequel elle ne croisera aucune ligne à haute-tension. Et quatre jours plus tard, le 29 septembre entre 11h et 14h, elle effectue un second vol exploratoire d’un peu plus de 60 km (vitesse apparente 30 km/h) vers le Nord jusqu’à Viche (Tarn-et-Garonne), pendant lequel elle croisera plusieurs lignes à haute-tension qui débutent à la centrale nucléaire de Golfech. Avec son vol d’arrivée du 22 septembre en provenance du sudest, Eonka a ainsi exploré trois directions. On peut noter au passage que l’ensemble des points GPS de son séjour s’inscrit dans un triangle défini par seulement trois points extrêmes, le point d’origine du 22 septembre à 7h00 et les deux points extrêmes des deux trajets exploratoires à l’Ouest et au Nord. Pendant cette première semaine, Eonka a donc exploré une portion de territoire dont elle semble avoir repéré à la fois les milieux intéressants sur le plan trophique et les pylônes qui vont l’aider à exploiter la ressource. Elle revient ensuite se cantonner pendant les deux premières semaines d’octobre aux environs de la première ligne à haute-tension repérée à son arrivée. Puis elle se cantonne pendant les deux semaines suivantes aux environs des lignes repérées pendant le second vol exploratoire vers le Nord. La succession des quinzaines semblent alors confirmer un stationnement de plus en plus affirmé avec un déplacement progressif de la zone de stationnement vers le Nord-ouest, qui suit à partir de mi-octobre l’axe d’une ligne électrique très haute tension à l’Ouest de Montauban pour se concentrer progressivement dans l’Est de la Lomagne. Malheureusement, l’émetteur cesse de fonctionner à partir du 21 novembre (date de la dernière donnée GPS) sans que l’on en connaisse la cause (électrocution, collision, prédation, panne). Les milieux successivement choisis par Eonka sont tous des agrocénoses ouvertes. En octobre, lorsqu’elle stationne entre le Gers et la Haute-Garonne, le maïs est en fin de maturation et commence à être récolté, d’autres parcelles sont travaillées et préparées pour le blé d’hiver, puis lorsqu’elle se déplace vers les vallées de la Gimone et de la Sère dans la grande plaine alluviale de la Garonne à l’ouest de Montauban et de Castelsarrasin dans le Tarn-et-Garonne de mi-octobre au 21 novembre, le blé d’hiver a commencé à germer sur certaines parcelles, le paysage est plus bocager avec des haies et des bosquets, une mosaïque de parcelles en rotation maïs-blé-tournesol, de parcelles en prairies permanentes pour l’élevage et des vergers de pommiers et de noisetiers. Les paysages choisis sont traversés par de multiples lignes électriques moyenne-tension qui représentent un danger permanent d’électrocution pour des oiseaux volant à basse altitude et d’une envergure susceptible de toucher deux fils simultanément.

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Comme nous l’avons vu, une autre constante des paysages choisis par Eonka est l’existence d’une à deux lignes électriques haute ou très haute tension dont les pylônes, véritables cathédrales de poutrelles métalliques, exercent un pouvoir manifeste d’attraction sur les faucons (et autres rapaces) et organisent spatialement leur séjour. D’une part, sur ces structures, nous avons observé Eonka se toiletter, se réchauffer au soleil levant, interagir avec des faucons crécerelles, se déplacer d’une partie à l’autre d’un pylône ou entre deux pylônes, surveiller les alentours en phase de chasse à poste fixe, et d’autre part, nous avons observé à de nombreuses reprises des Faucons pèlerins Falco peregrinus postés sur la partie haute des pylônes, tandis que les parties les plus basses étaient parfois occupées par des Faucons crécerelles Falco tinunculus ou des Buses variables Buteo buteo. L’utilisation de ces structures comme perchoir de chasse ou de dortoir pendant la phase de nomadisme des faucons sacres est un élément déjà noté au cours du programme précédent (Prommer 2009). Et depuis le début des années 2000, il est noté de plus en plus fréquemment des cas de nidification de faucons pèlerins sur des pylônes THT en France (voir à ce sujet « Les notes du pèlerin » n°13/14 d’août 2009). Lors de la recherche d’Eonka dans le Gers et dans le Tarn-et-Garonne, les paysages traversés se révèlent riches en faucons crécerelles et buses variables. De plus rares Busards Saint-Martin Circus cyaneus et Milans royaux Milvus milvus sont observés en maraude. L’Epervier d’Europe Accipiter nisus est observé en action de chasse à plusieurs reprises également. L’Autour des palombes Accipiter gentilis, non contacté, est présent au niveau de la forêt de Bouconne et de la forêt de Montech, qui ont été très probablement survolées par le sacre. Des Hérons gardebœufs Bubulcus ibis, quelques Hérons cendrés Ardea cinerea et grandes Aigrettes Casmerodius albus sont également vus en chasse dans les parcelles récoltées ou fraîchement labourées. De multiples bandes de passereaux (Etourneaux sansonnets Sturnus vulgaris, Alouettes des champs Alauda arvensis, divers fringillidés) stationnent dans la région ainsi que de petites troupes de Pigeons ramiers Columba palumbus et de colombins Columba oenas, de corvidés (Corneilles noires Corvus corone corone, Choucas des tours Corvus monedula, Pies bavardes Pica pica) et enfin de laridés (Goélands leucophées Larus michahellis, Mouettes rieuses Larus ridibundus) ou de Vanneaux huppés Vanellus vanellus, sans oublier les bandes de Pigeons bisets féraux Columba livia. Tout ceci témoigne (directement pour les passereaux et indirectement pour les micromammifères) des ressources trophiques disponibles pour un oiseau de proie de cette espèce.

LES OBSERVATIONS VISUELLES D’EONKA EN MIDI-PYRENEES La balise émettrice dotée d’un GPS intégré et de batteries solaires pèse 22g. Elle est fixée sur le dos de l’oiseau comme un petit sac-à-dos et l’antenne qui en dépasse peut être visible dans de bonnes conditions d’observation. Elle enregistre la position de l’oiseau à heure fixe plusieurs fois par jour (6 fois jusqu’à fin septembre puis 3 fois les mois suivants) avec une précision spatiale de 12m sur 20m et émet des paquets de données tous les 3 jours vers le système de satellites Argos qui les renvoie au centre de recueil près de Toulouse. Matyas Prommer, ornithologue hongrois du programme Saker Conservation Life, a réalisé une information sur le site de migraction.net au fur et à mesure de la progression d’Eonka en territoire français vers le Sud jusqu’à son arrivée aux alentours de Toulouse. Quelques ornithologues ont alors pris contact avec lui pour obtenir des précisions sur les données de géolocalisations dans l’espoir d’observer l’oiseau pendant son séjour. Et au final, ce sont 4 observations visuelles pour une durée totale d’environ 6 heures et 10 minutes qui seront réalisées par 14 ornithologues, la recherche de l’oiseau ayant varié de quelques minutes à plusieurs jours pour réaliser chacune de ces observations. Les observations visuelles d’Eonka ont été possibles en raison de son utilisation fréquente des pylônes (3 observations sur quatre) et, même dans ce cas, repérer sa silhouette dans les structures proportionnellement gigantesques des pylônes n’était pas si simple, l’oiseau pouvant selon les angles être dissimulé par une poutrelle métallique ou une autre. Si dans ce cas, l’identification spécifique n’a posé aucun problème, ce n’est pas du tout la même situation lors de l’observation d’individu non équipé. En effet, les risques de confusion avec des immatures de faucons d’autres espèces (gerfaut Falco rusticolus, pèlerin Falco peregrinus, lanier Falco biarmicus) sont réels et il faut également y ajouter la complexité introduite par l’existence d’hybrides naturels et des oiseaux issus de la fauconnerie. La première observation est réalisée le 29 octobre par une première équipe de sept ornithologues qui se partagent l’exploration des pylônes de la ligne électrique THT au sud de Larrazet, un village du Tarn-etGaronne. Après avoir observé un Faucon pèlerin adulte sur un premier pylône, ils trouvent Eonka sur le troisième. Durant l’ensemble de l’observation de 9h15 à 12h20, Eonka se perche successivement sur six pylônes, se toilette au début puis se déplace du sommet au milieu des structures métalliques, émet un cri territorial au cours d’une probable interaction avec une buse variable dissimulée par un bois.

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La seconde observation est réalisée le 11 novembre par deux ornithologues qui la localisent rapidement sur l’un des pylônes au sud de Larrazet. De 7h30 à10h00 sur trois pylônes et une fois sur un pré, ils observent des phases de toilettage entrecoupées de phase de vols et d’interactions avec deux faucons crécerelles qui harcèlent Eonka régulièrement. Elle s’envole finalement vers le nord et n’est pas retrouvée malgré les recherches. La troisième observation réalisée le 13 novembre ne dure que cinq minutes. Après un jour et demi de recherche, deux ornithologues réussissent à la localiser posée sur un semis de blé d’hiver un peu au nord de Larrazet sur le point GPS du 11 novembre 11h. Hélas l’oiseau est dérangé par le bruit d’un rallye automobile caritatif et s’envole vers le Nord. Il est brièvement revu en vol par deux autres ornithologues positionnés plus au Nord sur sa trajectoire d’une quinzaine de kilomètres. Enfin, la quatrième et dernière observation est réalisée, après une journée et demi de recherche, le 20 novembre de 8h30 à 9h par 2 ornithologues sur des pylônes au Nord-ouest de Larrazet. Après une phase de toilettage, ayant repéré un busard Saint-Martin mâle (Circus cyaneus), Eonka le rejoint et le force à lâcher sa proie qu’elle récupère et ingurgite au sol avant de revenir se percher sur le pylône. Dérangée, elle s’envole jusqu’au pylône suivant, où elle subit le harcèlement de faucons crécerelles, et finit par s’envoler vers le Nordouest. En synthèse, pendant la phase de nomadisme postnatal d’Eonka, la confrontation des informations obtenues par le suivi satellite et par les observations visuelles permettent les conclusions suivantes : - le choix de la direction Nord puis Ouest l’a amenée en France après de brefs passages en Pologne et en Autriche et un séjour de plusieurs semaines en Allemagne (ce choix septentrional plutôt que méridional est plus rare sans être exceptionnel, notamment pour les individus nés dans la partie la plus occidentale de la population du Bassin des Carpates) ; - le déroulé du nomadisme suit un schéma assez caractéristique avec la succession de phases de migration active exploratoire et de phases de stationnement plus ou moins longues; - pendant les phases de migration active, le Faucon s’est détourné des reliefs montagneux et a utilisé les plaines fluviales comme vecteur de déplacement, avec des vitesses apparentes de l’ordre de 25 à 50 km/h et une distance totale de plus de deux mille kilomètres ; - elle a systématiquement choisi pour stationner, sur des périodes allant de 2 jours à 9 semaines, des agrocénoses ouvertes, traversées de lignes électriques à haute tension ou très haute tension (dont les pylônes, qui lui servaient de perchoir, ont orienté son séjour) et parsemées de rares massifs boisés parfois survolés ; il faut noter que ces milieux sont assez similaires à son milieu natal en termes de caractéristiques physiques principales et de ressources trophiques ; - enfin, les comportements d’interaction avec un Busard Saint-Martin (cleptoparasitisme), les Faucons crécerelles (harcèlement réciproque), une Buse variable et l’utilisation des pylônes comme perchoir préférentiel sont des comportements similaires à ceux observés chez d’autres juvéniles et adultes dans l’aire de reproduction.

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L’INTERRUPTION DU SIGNAL ET LE PROBLEME DES LIGNES ELECTRIQUES MOYENNETENSION Le 21 novembre est recueilli le dernier signal GPS d’Eonka au Nord de Lavit (Tarn-et-Garonne) dans un champ récemment labouré près d’une ferme. Le jour-même et les jours suivants, il y a eu du brouillard sur la zone et une collision avec une ligne électrique moyenne-tension n’est pas à exclure, comme cela est survenu avec sa sœur Sepsana, mais l’absence de signal et l’étendue de la zone à explorer n’ont pas permis de retrouver l’oiseau pour confirmer cette hypothèse, sachant que l’émetteur peut aussi être tout simplement en panne (Prommer 2009). Les lignes moyenne-tension représentent un réel danger pour les oiseaux de grande taille (collision, électrocution) comme cela a été mis en évidence notamment pour le Faucon sacre aussi bien en période de reproduction que de nomadisme (Prommer 2009, 2010, Lasch 2010). Des trois autres femelles juvéniles équipées ce printemps en Slovaquie et qui se sont dispersées dans des directions très différentes de celle choisie par Eonka, Sepsana s’est électrocutée en République Tchèque au mois d’août, Kleopatra a disparu en Turquie fin novembre sans que l’équipe slovaque ne trouve de relais sur place pour lancer une recherche (Deutschova com.pers.) et Slavka s’est empêtrée dans un filet de nylon en Bulgarie fin décembre. L’histoire s’est mieux terminée pour cette dernière puisqu’elle a été retrouvée agonisante et qu’elle a été sauvée in extremis par une équipe d’ornithologues bulgares qui l’ont emmenée dans Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie


un centre de soins. Ces quatre destins soulignent d’une part l’extrême vulnérabilité des juvéniles pendant la phase de dispersion et d’autre part l’importance actuelle des facteurs anthropiques parmi les causes de mortalité.

CONCLUSION Cette nouvelle donnée française estivale et automnale, la seconde pour la région Midi-Pyrénées, fournit aussi la première preuve du séjour prolongé d’un Faucon sacre d’origine sauvage sur le territoire. Malheureusement, l’interruption prématurée du signal GPS a mis un terme au suivi de cet oiseau qui aurait pu confirmer ou non son hivernage dans la région Midi-Pyrénées. Le passage rapproché de Piros durant l’été 2009 puis d’Eonka à l’automne 2011 est en soi un fait remarquable qui pose la question de la sous-estimation de la fréquentation de notre pays par les juvéniles de cette espèce lors de leur dispersion postnatale. En effet, si on ne la recherche pas systématiquement, l’espèce peut être particulièrement difficile à repérer, même lorsqu’elle est posée sur un pylône, où elle peut être dissimulée par l’une des barres métalliques de la structure. De plus, la confusion possible avec un juvénile d’autres espèces de Faucon (pèlerin, lanier ou gerfaut) et le problème des oiseaux hybrides issus de la fauconnerie rend bien souvent très difficile l’identification de l’espèce et la détermination de l’origine sauvage. Etant donné le caractère assez erratique et imprévisible des déplacements de cette espèce (absence de voie migratoire stable), un contrôle automnal et hivernal à large échelle des pylônes de lignes haute et très haute tension dans l’Est, le Sud et l’Ouest du pays pourrait se révéler une méthode appropriée pour espérer obtenir de nouvelles données ; du moins, en attendant le passage d’un nouveau Faucon du programme « Saker Conservation LIFE » équipé d’une balise GPS…

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Remerciements: En premier lieu, nous souhaitons remercier Lucia Deutschova, ornithologue slovaque, et Matyas Prommer, ornithologue hongrois, tous deux du programme « Saker Conservation LIFE » grâce auxquelles nous avons pu observer Eonka et publier cet article, que Matyas a eu la gentillesse de relire et de corriger. Merci à Josef Chavko pour le prêt des photographies d’Eonka en Slovaquie. Nous remercions aussi tous les ornithologues qui nous ont transmis leurs photographies et/ou leurs observations effectuées pendant le séjour du Faucon en Midi-Pyrénées ou en Allemagne (Amalric Calvet, Aymeric Le Calvez, Florian Communier, Boris Delahaie, Jérémy Dupuy, Nathalie Grenouilloux, Tristan Guillosson, Christoph Klein, Mathieu Orth, Frédéric Pouzergues, Julien Renoult, Antoine Rougeron, Karsten Schmale, Laurent Spanneut, Hugo Touzé, Julien Veque, Frédéric Veyrunes). Un merci tout particulier à Sylvain Reyt qui a relu et corrigé les premières versions. Merci aussi à Kirsten Krätzel de la « Deutsche Avifaunistische Kommission » et à Sébastien Reeber pour leurs réponses. Enfin merci à Lucienne Weber de Nature-Midi-Pyrénées pour son accueil et la réalisation des cartographies consultées.

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Fauré, 2012 : Le Pistrac, 23 : 35- 47

AVIFAUNE NICHEUSE DE CHENAIES PEDONCULEES : LES FORETS DE LILHAC ET DE MAUBOUSSIN, CANTON D’AURIGNAC, HAUTE-GARONNE Christian Fauré 16, rue Louis Hérold, 31200 Toulouse.

Abstract : The breeding bird community of Common Oak Quercus robur forests was studied in spring 2008 in the Forêt de Mauboussin and Forêt de Lilhac (canton d’Aurignac, Haute-Garonne, France). These forests cover an area of 800 ha and the mean canopy height ranges from 8 m up to 32 m. The E.P.S. 20 mn point count method was applied and 33 points were carried out. An amount of 29 species were noticed by the point count survey. The main species (Frequency > 50%) were: Blackcap, Chaffinch, Robin, Eurasian Chiffchaff, Eurasian Blackbird, Eurasian Jay, Short-toed Tree-Creeper, Eurasian Golden-Oriole, Song Thrush, Blue Tit, Wood Nuthatch, and Great Spotted Woodpecker. The breeding bird community structure is depicted and discussed. The overall results show that the bird community of a Common Oak forest does not greatly differ from that of various deciduous forests of the western Palearctic. Résumé : L’avifaune nicheuse d’une chênaie pédonculée Quercus robur située en plaine dans le sud-ouest de la France a été étudiée en 2008 en utilisant la méthode des Echantillonnages Ponctuels Simples (EPS). Les deux boisements recensés, les forêts de Mauboussin et de Lilhac, d’une superficie totale proche de 800 ha, étaient en l’état de futaie au moment de l’étude (h = 8-32 m). Les 33 points effectués montre que la richesse totale du peuplement s’élève à 29 espèces ; elle s’inscrit dans l’intervalle des valeurs mesurées dans les chênaies tempérées d’Europe. Elle est proche de celles observées dans les chênaies pédonculées du nord-est de la France en Bourgogne, ou dans les Vosges du nord. La richesse moyenne est de 11.2 espèces ; de part l’altitude de la zone étudiée, elle est légèrement supérieure à celles observées dans les forêts pyrénéennes proches, hêtraie sapinière, pineraies sylvestre et à crochets ou chênaie sessile d’altitude. La majorité des espèces du peuplement (76%) sont originaires du paléarctique européen et caractéristiques des forêts caducifoliées tempérées (ex. : le Pinson des arbres, le Geai des chênes et le Pic épeiche. Les insectivores constituent la catégorie trophique majoritaire. La plupart des guildes des milieux forestiers sont présentes ici suite à la complexité du milieu étudié notamment un important sous bois avec comme espèce dominante la Fauvette à tête noire. Indices de diversité et d’équirépartition indiquent un haut niveau de réalisation de la diversité de l’ensemble forestier étudié. Les résultats montrent que l’avifaune nicheuse des formations étudiées est représentative de celle des forêts caducifoliées de plaine du paléarctique occidental.

L'avifaune de différentes essences de chênes à fait l’objet de plusieurs études dans le sud-ouest de la France notamment celles de la chênaie pubescente (Joachim, 2002) et la chênaie sessile (Clouet, 2004). La présente étude les complète par la caractérisation de l'avifaune nicheuse de boisements à prédominance de chêne pédonculé Quercus robur situés dans le canton d’Aurignac dans la Haute-Garonne (Fig.2) ; deux formations proches l’une de l’autre ont été inventoriés, la Forêt de Mauboussin et la Forêt de Lilhac. La composition et la structure du peuplement ont été évaluées par la méthode dite des Echantillonnages Ponctuels Simples ou EPS (Spitz 1974).

DESCRIPTION DU MILIEU Le chêne pédonculé se rencontre dans toute l'Europe et jusqu'à l'Oural à l'est, avec des exceptions comme le nord de la Scandinavie et certaines régions méditerranéennes (Fig.1). C’est une essence de plaine au climat préférentiellement frais et humide. En France, il se rencontre partout sauf dans les Alpes du Sud et le pourtour méditerranéen.

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Fig.1 : carte de répartition du Chêne pédonculé – Quercus robur

Forêt de Mauboussin : Cette forêt est située sur le territoire des communes d’Aurignac, Boussan, Cassagnabère-Tournas, Montoulieu-Saint-Bernard et de Saint-André dans la Haute Garonne (Fig 3). Cette région du Bas-Comminges présente un paysage de coteaux finement divisés en "arête de poissons" ; elle est constituée de molasses datant de l’oligo-miocène. Le secteur d’étude, d’une superficie de 500 ha, de pente modérée, orienté au nord, a une altitude comprise entre 290m et 380m. Adossé au plateau de Lannemezan, le secteur est soumis à un climat de type océanique. Le boisement de la forêt de Mauboussin est majoritairement constitué de chêne pédonculé Quercus robur auquel est associé le chêne sessile Quercus petrae et, confiné à la lisière, de chêne pubescent, Quercus pubescent (Lepais 2006) ; H. Gaussen note pour cette forêt un faciès à charme sur la carte de la végétation au 1/200000 (feuille de Toulouse, 1947). Les relevés de végétation en présence/absence sur les points d’écoute font apparaître une fréquence de 12% pour le chêne sessile ; le chêne pubescent n’a pas été noté sur les points d’écoute. La forêt de Mauboussin est gérée sur le mode de la futaie régulière. La couverture maximale de la canopée est atteinte dans l’intervalle 8 – 16m (moyenne : 60%) ; au delà (>16m) elle est faible (4 %). L’ouverture induite, se traduit par la présence d’un sous étage relativement fourni entre 0 et 4 m (noisetier, roncier, cornouiller sanguin, aubépine et genêt). Les autres arbres du sous-bois les plus fréquemment rencontrés sont le charme Carpinus betulus et l’érable champêtre Acer campestris. Forêt de Lilhac : située à 6 km au nord de la forêt de Mauboussin, elle est connectée à celle, plus importante, de Fabas (Fig 4). D’une superficie de 290 ha, de pente modérée, elle occupe un vallon parcouru par le Touch à une altitude comprise entre 300m et 360m. Paysage, climat et sols sont similaires à ceux rencontrés à Mauboussin comme le boisement dominé par le chêne pédonculé. Les relevés de végétation en présence/absence sur les points d’écoute montre une fréquence de 43% pour le chêne sessile ; le chêne pubescent n’a pas été noté sur les points d’écoute. La couverture maximale de la canopée est atteinte comme à Mauboussin dans l’intervalle 8 – 16m (moyenne : 60%) ; au delà (>16m) elle est faible (9 %). Le sous étage est également fourni entre 0 et 4 m (noisetier, roncier, cornouiller sanguin, aubépine et genêt). Les autres arbres du sous-bois les plus fréquemment rencontrés sont aussi le charme Carpinus betulus et l’érable champêtre Acer campestris. Sur un plan phytosociologique les deux forêts ont un profil similaire.

36 Fig.2 : Les chênaies pédonculées étudiées sont situées dans le canton d’Aurignac dans la Haute-Garonne Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie


METHODE UTILISEE POUR LE RECENSEMENT La méthode utilisée est celle des l'Echantillonnages Ponctuels Simples (Spitz 1974) ; les 33 stations ont été définies de manière à ménager une distance minimum de 250 m entre deux points. Le point 13 n’a pas été effectué. Les relevés par “ point d’écoute ” d’une durée de 20 minutes ont été effectués du 30/05/2008 au 08/06/2008. Un seul point d’écoute est effectué par échantillon avec un relevé en présence/absence pour chacune des espèces rencontrées. Les indices d’abondances ont également été relevés comme dans les Indices Ponctuels d’Abondance (Blondel & al 1970). Un contact est noté un, un chanteur ou tout autre indice de reproduction est noté deux.

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Fig. 3 : Forêt de Mauboussin : localisation des points d’écoute

Fig. 4 : Forêt de Lilhac : localisation des points d’écoute

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RESULTATS ET DISCUSSION La matrice des données brutes relevés/espèces est présenté au tableau I ; les paramètres correspondants à la composition de l’avifaune, abondance, fréquence, dominance, richesse ainsi que l’origine biogéographique des espèces sont présentés au tableau II. Composition du peuplement Trois espèces de rapaces - Epervier d’Europe, Buse variable et Milan noir- ont été contactées durant l’étude de terrain. Leur étude ne relevant pas de méthodes basées sur les indices ponctuels elles n’ont pas été prises en compte dans l’analyse des données recueillies. Le rapport a/N (où a = nombre d’espèces contactées une seule fois et N = nombre total de relevés) s'établit à 0,15 (autrement dit, et dans l’absolu, 7 points supplémentaires pourraient révéler une nouvelle espèce – 1 : 0.15 -) cette valeur relativement élevée est expliquée par le faible nombre de relevés (33) mais aussi par la prise en compte d’une espèce à très grand territoire, le Grand Corbeau, dont le milieu forestier n’est qu’une partie du domaine vital. En retirant cette espèce, le rapport a/N chute 0.12 valeur proche du seuil de 0.1 pour lequel la prospection est considérée comme suffisante. La richesse totale (S) s’élève à 29 espèces. D’un point de vue biogéographique le peuplement est essentiellement de type paléarctique et européen tel que défini par Blondel (1978) : sur les quinze espèces accessoires et constantes (F > 25%) douze appartiennent à ce groupe soit 80% ; s’y ajoutent une holartique, le troglodyte, une ancien monde, le Loriot et une euro-turkmène, le Pigeon ramier. Concernant les quatorze espèces satellites ou accidentelles (F < 25%), dix appartiennent au groupe paléartique/européen, soit 71%, deux holarctiques, un euro-turkmène et un indo-africain. Avec 76% d’espèces du groupe paléartique/européen, l’échantillon mesuré est bien représentatif de l’avifaune du fond sylvatique européen surtout les forêts caducifoliées de plaine. Sur un plan régional, toutes les espèces accessoires et constantes appartiennent au groupe VI défini par Balent et al (1988) et repris par Joachim (2009) comme "fond de l’avifaune de Midi-Pyrénées" relatif aux espèces largement répandues et communes en Europe. Concernant les quatorze satellites ou accidentelles, sept appartiennent aussi à ce groupe soit 50%. Au total, avec 76% des espèces recensées appartenant au fond de l’avifaune de Midi-Pyrénées l’échantillon mesuré est, pour une forêt de plaine, bien représentatif au niveau régional. Quantitativement avec 29 espèces recensées, le peuplement étudié s’inscrit dans l’intervalle des valeurs moyennes des chênaies tempérées d’Europe allant de 25 à 46 espèces (Muller 1985). Le tableau III présente les catégories trophiques et les guildes auxquelles appartiennent les espèces contactées sur Mauboussin et Lilhac. Durant la période de nidification, le Pinson des arbres, le Rouge gorge la Grive musicienne et le Loriot d’Europe consommant essentiellement des insectes ont été placés dans la catégorie des insectivores. La catégorie des granivores regroupe aussi bien les consommateurs de graines que de fruits. Concernant ce chapitre, les trois rapaces contactés ont été intégrées dans l’analyse. Les insectivores représentent 62.5% des espèces : ils dominent largement l’ensemble du peuplement surtout si l’on considère les 15.6% de mixtes qui les suivent dans le classement et forment, de plus avec ce dernier groupe l’ensemble des espèces constantes (F > 50%). Toutes les guildes relatives aux insectivores, ceux des rameaux, des troncs, des feuillages et de l’espace aérien sont représentées dans ces formations de chêne pédonculé. Les granivores ne représentent que 12.5% du peuplement et sans représentants dans les espèces constantes (F > 50%). Les rapaces constituent le groupe des carnivores avec 9.4%. La richesse moyenne (s) est de 11.2. Elle est plus élevée que celles trouvées pour les formations forestières pyrénéennes allant de la hêtraie à la pinède à crochet ou des valeurs de 7.6 à 9.9 sont mesurées (Joachim & al 1990-1991) et à celle observée - 10.2 - dans une chênaie sessile d’altitude dans les Pyrénées (Clouet 2004). Elle est également supérieure à celles observées en chênaie sessile en forêt d’Orléans d’une part traitée en taillis sous futaie - 8.7 – et d’autre part en futaie pure, 8.19 (Senotier 1983). Elle est très inférieure à celle déterminée dans la chênaie - charmaie en forêt de Haguenau dans les Vosges où elle atteint 18.2 (Muller 1986) ; cette valeur, très élevée, peut faire penser à un biais d’échantillonnage au niveau de la distance inter points non précisée par l’auteur dans son article. Le coefficient de variation (CV) de la richesse moyenne est de 19.8% valeur peu élevée montrant l’homogénéité de l’échantillon de chênaie étudié. Parmi les douze espèces constantes (F > 50% ; tableau II), trois sont caractéristiques des formations boisées âgées, le Pic épeiche, la Sittelle torchepot et le Grimpereau des jardins, les autres pouvant se rencontrer tout au long de la succession des différents stades de développement de la chênaie tout comme les trois espèces accessoires ( F = 26-50%), le Pigeon ramier, le Troglodyte et la Mésange charbonnière. Deux espèces tirent profit d’un sous bois dense conséquence d’une canopée claire, la Fauvette à tête noire (F = 100%) et le Pouillot véloce qui avec une fréquence de 82% atteint ici une densité élevée en milieu forestier. A titre de comparaison, quand le sous bois est peu fourni, la Fauvette à tête noire est satellite (F < 25%, forêt d’Orléans) ou accessoire Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie

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(F = 26 – 50%, Haguenau) ; le Pouillot véloce est respectivement accessoire et satellite dans ces dernières formations. Le nombre d’espèces satellites, quatorze, témoigne d’une bonne diversité du milieu. A noter dans ce groupe le Pic mar, espèce peu commune même dans les milieux favorables en Midi-Pyrénées et qui témoigne à Mauboussin de l’expansion récemment notée dans notre région (Hamon 2011). Remarquable également le Bouvreuil pivoine dans les satellites, espèce sporadique dans la vallée de la Garonne (Joachim 1997), et dont la présence ici est peut être dûe à la proximité de son noyau pyrénéen. Autres espèces satellites remarquables, la Tourterelle turque et la Fauvette des jardins : la Tourterelle turque dont la présence en forêt n’est pas commune, est ici notée à trois reprises avec trois chanteurs sur trois points différents à des distances à la première habitation supérieure à 600 m, élément peut être symptomatique des prémices d’installations hors de milieux anthropisés ; la Fauvette des jardins dans un milieu en principe peu favorable bénéficiant probablement d’un effet de lisière dû à l’éclaircissement de la canopée. A noter enfin, l’absence remarquée de l’Etourneau sansonnet qui s’il a largement colonisé les milieux ouverts de la plaine toulousaine est sporadique en forêt dans notre région ; a contrario, il est constant ( F> 50%) en milieu forestier dans d’autres régions, par exemple à Haguenau dans les Vosges (Muller 1986) ou en forêt d’Orléans (Senotier 1983), satellite (F < 25%) dans le chênaie de Sarre-Union (Muller 1986) et dominant (> 3%) dans celles de Bourgogne (Ferry 1970), voici peut-être un indice que la colonisation d’origine continentale de cette espèce n’est peut être pas terminée dans le sud ouest de la France (Joachim com. pers.).

Tableau I : Matrice de distribution du peuplement d’oiseaux : indice ponctuel d’abondance

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Tableau II : tableau hiérarchique de la composition du peuplement des Forêts de Mauboussin et de Lilhac. Type faunistique : E, européen ; P, paléarctique ; AM, ancien monde ; ET, euro-turkmène ; IF ; indo-africain ; H, holarctique

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Tableau III : Catégories trophiques et guilde des oiseaux du peuplement

Fig 5 : répartition selon les catégories trophiques des espèces contactées à Mauboussin et Lilhac

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Tableau IV : comparaison des chênaies pédonculées de Mauboussin Lilhac, Bourgogne et Sarre-Union (critère de dominance : en gras espèces ≥ 3%)

Structure du peuplement Loi de distribution Considérant le faible nombre de relevé, l’étude statistique de la distribution du peuplement par la loi log normale et son corollaire d’adéquation au modèle n’est pas menée ici. Diversité du peuplement La diversité du peuplement a été mesurée en utilisant l’indice de Shannon calculé sur les données d’abondance ou de fréquence sur l’ensemble des espèces décrites dans la matrice des relevés. Les résultats obtenus, respectivement 4.14 pour l’abondance et 4.37 pour la fréquence sont similaires. Ils sont similaires à ceux mesurés dans la chênaie sessile de Labach avec respectivement 4.30 et 4.59. L’équirépartition J’ est calculée selon Lloyd & Ghelardi (1964). La valeur trouvée est de 0.85 en utilisant les valeurs d’abondance et de 0.90 en utilisant celles de fréquence. Elles sont élevées, proches de la valeur maximale de 1, montrant un haut niveau de réalisation de la diversité maximale souvent observée dans les formations forestières matures (Blondel 1975). Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie

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Comparaison avec d’autres chênaies pédonculées En France, chêne pédonculé et chêne sessile sont souvent mélangés que se soit pour des raisons naturelles ou de pratiques sylvicoles. En conséquence, la nature de l’essence principale n’est pas toujours précisée dans les études ornithologiques de ces formations. Les études relatives aux forêts de Bourgogne, Saint-Léger (865 ha), Citeaux (3560 ha), Lamarche (927 ha), Palleau (501 ha) et Pourlans (666 ha), (Ferry & al 1970) et de la forêt domaniale de Sarre-Union dans le nord des Vosges (Muller 1985) décrivent une dominance du chêne pédonculé dans les secteurs inventoriés ; elles ont donc été choisies pour une comparaison avec les résultats de la présente étude. En Bourgogne, les auteurs ont étudié 7 stades de la succession d’une futaie régulière dans laquelle tous les arbres ont le même âge ; les stades V à VII correspondants à des hauteurs d’arbres supérieures à 16 mètres et âgés de 40 à 200 ans ont été choisis pour la comparaison. En Sarre-Union (870 ha), la forêt était âgée de 110 ans ce qui correspond bien à un état de futaie ; le mode de gestion n’est pas précisé. L’utilisation des indices kilométriques d’abondance (IKA) en forêt bourguignonne rend impossible la comparaison en fréquence d’occurrence ; pour cette raison, le critère de dominance a été choisi pour la comparaison des trois avifaunes. Pour rappel, l’indice de dominance est le rapport en pourcentage de l’abondance de chaque espèce sur la somme des abondances des différentes espèces composant le peuplement. Le seuil de 3%, a été retenu pour qualifier une espèce comme dominante ; il correspond approximativement à celui de 25% en fréquence qui caractérise les espèces accessoires et contantes. Les corvidés à grands territoires n’ayant pas été retenus dans les études bourguignonne et vosgienne, la Corneille noire et le Grand corbeau ont été retirés de la liste Maudoussin_Lilhac. La comparaison des trois avifaunes sur le critère de dominance est présentée dans le tableau III. Pour les trois formations de Mauboussin de Bourgogne et de Sarre-Union, la richesse totale avec respectivement 27, 31 et 28 espèces et le nombre d’espèces dominantes avec respectivement 12, 13 et 12 espèces sont similaires. Les valeurs des indices de diversité H’ő, 4.09, 4.26 et 4.28 comme celles d’équirépartitions J’, 0.86, 0.86 et 0.89 pour respectivement les trois mêmes formations sont également similaires ; elles indiquent un haut niveau de réalisation de la diversité dans chacun des ensembles forestiers étudiés. Ces paramètres montrent une structure de peuplement proche dans les différents secteurs d’étude. Seules cinq espèces apparaissent dans le groupe des dominants de chacune des trois formations : le Rougegorge, le Pinson des arbres, la Mésange bleue la Sittelle torchepot et le Troglodyte. Très communes, elles appartiennent toutes au fond sylvatique européen. Une remarque concernant le Pigeon ramier : dominant à Mauboussin et à Sarre-Union, il est satellite en Bourgogne. Cette espèce a connu récemment une forte expansion en Europe qui n’était peut être pas commencée à l’époque ou a été menée l’étude bourguignonne il y a plus de quarante ans. Autres particularités concernant le Pic épeiche, la Mésange charbonnière et le Grimpereau des jardins appartenant eux aussi au fond sylvatique européen. La première, le Pic épeiche, dominant en Bourgogne et à Sarre Union, est satellite (2.9%) à Mauboussin . C’est peut être l’exemple d’une sous pondération propre à l’EPS par rapport à l’IPA concernant les espèces précoces : la probabilité d’obtenir un indice de contact élevé (exemple tambourinage) est plus faible en juin (EPS) que lors du premier passage de l’IPA en avril. La deuxième, la Mésange charbonnière, également dominante en Bourgogne et à Sarre Union, est satellite (2.9%) à Mauboussin ; c’est peut être ici aussi, comme pour le Pic épeiche, un biais de l’EPS pour une espèce précoce. La troisième, le Grimpereau des jardins, est dominante à Mauboussin et dans les forêts bourguignonnes mais satellite en Sarre-Union sans explication évidente. Deux espèces dominantes à Mauboussin, en première et en troisième position, ne sont pas retrouvées au même niveau dans les deux formations de l’est de la France : il s’agit de la Fauvette à tête noire et du Pouillot véloce ; avec le Merle noir, leur statut à Mauboussin_Lilhac provient probablement d’un sous bois bien fourni très favorable à leur présence ; le facteur latitude joue également en faveur de la Fauvette à tête noire à Mauboussin_Lilhac par rapport aux formations du nord-est de la France. Trois espèces communes aux trois formations, le Merle noir, la Grive musicienne et le Geai des chênes partagent ici un statut proche du seuil de dominance de 3% qui est souvent vérifié par ailleurs. Présentant généralement une faible densité, la Grive draine, le Roitelet triple bandeau et la Mésange nonnette sont aussi à ce niveau dans les trois formations ; également en effectifs faibles, le Gobe mouches gris et le Pic vert n’ont pas été trouvés en Sarre-Union comme le Pic épeichette à Mauboussin_Lilhac. Enfin, le Pic mar, commun au trois formations bien que le sud ouest de la France soit situé en limite de son aire de répartition, la Tourterelle des bois pour laquelle la futaie est un milieu marginal trouvée à Mauboussin_Lilhac et en Bourgogne en faible effectif et le Coucou gris dont l’absence en Bourgogne est probablement due à défaut de prise en compte dans le protocole d’étude. Des différences apparaissent au niveau de l’appartenance biogéographique des espèces, Mauboussin Lilhac étant située dans l’écozone atlantique, les forêts bourguignonnes et de Sarre Union dans celle d’Europe centrale (médio européenne). Le Loriot d’Europe, d’affinité méridionale, est dominant à Mauboussin mais accidentel en Bourgogne et absent en Sarre Union ; dans le nord de l’Europe il occupe surtout les ripisylves de basse altitude. La Mésange nonnette Poecile palustris est, contrairement à l’espèce précédente, d’affinité 44 Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie


plus septentrionale est trouvée plus rare à Mauboussin que dans les deux autres formations. Le caractère répartition est encore plus marqué pour les espèces médio européenne absentes à Mauboussin comme le Pouillot siffleur Phylloscopus sibilatrix dominant en Bourgogne et Sarre, ou celles non dominantes, communes ou non aux deux formations de l’est de la France, le Gros-bec casse-noyaux, le Rouge queue à front blanc, les Pics noir et cendré, le Pouillot fitis, la Mésange boréale, le Pigeon colombin, les Gobe mouches noir et à collier et le Grimpereau des bois. Une particularité concernant la Mésange noire uniquement présente en Sarre-Union formation dans laquelle elle est proche du seuil de dominance (2.9%). Dans ses aires de peuplement stables, continus, où elle présente des densités importantes, généralement dans des formations forestières dominées par les conifères comme en Europe continentale ou les Pyrénées, elle n’est nullement inféodée à ces essences et s’étends aux formations intégrées ou adjacentes de feuillus. L’exemple est illustrée par sa fréquence élevée dans la hêtraie pyrénéenne (Fauré 2008)(Joachim & al 1990-1991) ou dans une chênaie sessile des Pyrénées centrales (Clouet 2004) ; ce dernier exemple serait à rapprocher de celui rencontré en Sarre-Union. L’analyse en composantes principales conduites sur les espèces dominantes des trois formations est présentée figure 3 ; le Pigeon ramier pour les raisons évoquées plus haut et le Coucou gris très ubiquiste ont été exclus de l’analyse. L’axe 1 - 65% de l’inertie du nuage - oppose les oiseaux du sous étage fourni – Fauvette à tête noire, Rougegorge - à ceux de la grande forêt interne – Sittelle, mésanges. Les formations de Mauboussin Lilhac et la Bourgogne sont les mieux différenciées sur cet axe avec comme explication potentielle une différence de structure de la couverture végétale notamment le sous bois important dans la première et faible dans la seconde ; une autre explication est dans la différence des superficies respectives des deux formations : plus importante en Bourgogne lui donnant un caractère de grande forêt interne avec comme espèces les mieux représentées les mésanges la Sittelle et le Pinson des arbres, plus faible à Mauboussin Lilhac avec des effets de lisière interne plus marqué et comme espèces les mieux représentées La Fauvette à tête noire le Rougegorge et le Pouillot véloce. L’axe 2 - 35% de l’inertie du nuage - oppose les oiseaux du tronc et de la canopée – Pinson des arbres, Pic épeiche - à ceux des branches, avec comme exemple la Mésange bleue. Cet axe oppose Sarre-Union aux deux autres ensembles forestiers avec dans cette formation la présence prépondérante du Pinson des arbres.

Fig. 6 : Analyse en composantes principales sur les espèces dominantes des trois formations (MAU : Mauboussin ; BOU : Bourgogne ; SAR : Sarre-Union)

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CONCLUSION L’avifaune nicheuse d’une chênaie pédonculée - Quercus robur - située en plaine dans le sud-ouest de la France a été étudiée en 2008 en utilisant la méthode des Echantillonnages Ponctuels Simples ou EPS (Spitz, 1974). Les deux boisements recensés, les forêts de Mauboussin et de Lilhac, d’une superficie totale proche de 800 ha, étaient en l’état de futaie au moment de l’étude (h = 8-32 m). La richesse totale du peuplement s’élève à 29 espèces, 32 si l’on inclut les rapaces qui ne relèvent pas de ce type de méthode ; elle s’inscrit dans l’intervalle des valeurs mesurées dans les chênaies tempérées d’Europe, de 25 à 46 espèces (Muller 1985). Elle est proche de celles observées dans les chênaies pédonculées du nordest de la France en Bourgogne, 31 espèces dans les stades similaires de la succession (Ferry & al 1970) ou dans les Vosges du nord avec 28 espèces dans la forêt de Sarre-Union (Muller 1985). Les différences observées avec les chênaies pédonculées du nord-est de la France en Bourgogne et dans les Vosges sont d’ordre biogéographique et de structure du sous étage. La richesse moyenne est de 11.2 espèces ; de part l’altitude de la zone étudiée, elle est légèrement supérieure à celles observées dans les forêts pyrénéennes proches, hêtraie sapinière, pineraies sylvestre et à crochets (Joachim & al 1990-1991) ou chênaie sessile d’altitude (Clouet 2004). La grande majorité des espèces du peuplement (76%) est originaire du paléarctique européen et caractéristique des forêts caducifoliées tempérées comme, parmi les constantes (F > 50%), le Pinson des arbres, la Mésange bleue, le Geai des chênes ou le Pic épeiche. La catégorie trophique la mieux représentée est celle des insectivores avec 62.5% des espèces. La plupart des guildes des milieux forestiers sont présentes ici conséquence de la complexité du milieu étudié notamment d’un sous bois dense avec comme espèce la plus abondante la Fauvette à tête noire. Les valeurs des indices de diversité et d’équirépartition indiquent un haut niveau de réalisation de la diversité de l’ensemble forestier étudié. Les résultats montrent que l’avifaune nicheuse des formations étudiées est représentative de celle des forêts caducifoliées de plaine du paléarctique occidental.

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Pasquier & Ramière, 2012 : Le Pistrac, 23 :48- 57

IMPLANTATION DE LA PERRUCHE A COLLIER, Psittacula krameri DANS L’AGGLOMERATION TOULOUSAINE : SUIVI DES POPULATIONS ET DE LA REPRODUCTION 2006-2011

Christophe Pasquier* & Jean Ramière** * 6, rue G Flaubert, 31200 Toulouse. E-mail : pasquier.christophe@neuf.fr ** 10, rue de la Briqueterie 31400 Toulouse E-mail : ramierejean@yahoo.fr

Abstract : (Establishment of the Rose-ringed Parakeet, Psittacula krameri in Toulouse : population and reproduction between 2006 and 2011). The Rose-ringed Parakeet or Ring-necked Parakeet (Psittacula krameri) is a large green and noisy Psittacidae. First imported from Asia and Africa as pets, they have become invasive aliens after their release from captivity and are now established and spreads in European cities. In Toulouse, France, they are reported in the wild since 1990 and nesting of a couple is confirmed since 2005. In 2011, at least 5 couples were nesting and population reached 31 individuals in October. In 2012, at least 8 couples were nesting. Résumé : La Perruche à collier (Psittacula krameri – Rose-ringed Parakeet / Ring-necked Parakeet) est une grande perruche verte d’origine asiatique et africaine qui colonise progressivement certaines grandes villes en particulier en Europe. A Toulouse sa présence est rapportée depuis les années 1990. Depuis 2005, la nidification régulière d’au moins un couple est confirmée. En 2011 au moins 5 couples étaient nicheurs et la population était de 31 individus en octobre. En 2012 au moins 8 couples sont nicheurs.

INTRODUCTION Les Perruches à collier (Psittacula krameri) présentes en Europe sont des populations férales provenant de la libération volontaire ou non d’oiseaux domestiques. L’espèce est originaire d’Asie et d’Afrique centrale. Cette perruche est importée en Europe depuis l’antiquité et elle est actuellement une des espèces de Psittacidés d’élevage très commune. Depuis les années 1960, plusieurs grandes villes européennes ont été progressivement colonisées par d’importantes populations de Perruches à collier. Elles sont ainsi plusieurs centaines en région Parisienne et à Marseille (Clergeau et al., 2009 ; Dubois, 2007), plusieurs milliers à Bruxelles, Barcelone ou Amsterdam (Strubbe & Matthysen, 2006) et plusieurs dizaines de milliers à Londres (Butler, 2005 ; Lambert et al., 2009; Pithon & Dytham, 2002 ). Ces perruches font l’objet d’une opinion très positive chez les habitants de nos villes du fait de l’animation colorée et exotique qu’elles génèrent dans les parcs. Cette espèce est cependant considérée comme invasive et peut avoir un impact non négligeable sur la faune aviaire locale mais aussi à terme sur les récoltes. Des mesures pour éradiquer ou limiter ces populations ont été prises par certains pays, mais pour la plupart d’entre eux seul un suivi des effectifs a été mis en place. Les Perruches à collier sont de grandes perruches vertes et jaunes maintenant décrites dans la quasi totalité des guides d’identification de l’avifaune du paléarctique occidental. Elles mesurent environ 40 cm de long pour 40 cm d’envergure. Il existe des variations de taille en fonction des sous-espèces, du genre et de l’âge des individus. Les sous-espèces asiatiques sont un peu plus grandes que les autres. Le mâle présente une tache occipitale bleue, une bavette noire et un collier noir devant et rose derrière le cou (Fig.1). Les rémiges sont vert sombre, les rectrices médianes bleues (et plus longues que les autres) et les autres vertes. Le bec est rouge (mandibule supérieure) et noir (mandibule inférieure), les pattes sont gris verdâtre, l’iris blanc-jaune avec un cercle orbital jaune-orange. Les femelles diffèrent par l’absence de bavette, de collier et de tache bleue sur la nuque (Fig. 1). Elles ont tendance à être un peu plus petites que les mâles et à posséder une queue plus courte. Le sexage se fait à l’âge adulte (à partir de 3 ans) grâce au dimorphisme sexuel facile à visualiser sur le terrain.

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Figure 1 : Photo d’un couple de Perruches à collier (Psittacula krameri) lors du nourrissage de la femelle par le mâle (©C Pasquier, Prairie des Filtres, Toulouse le 10/04/2010).

OBSERVATIONS EN MIDI-PYRENEES En Midi-Pyrénées, l’espèce n’est pour l’instant connue comme nicheuse uniquement à Toulouse. Des observations sont mentionnées ailleurs mais ne concernent chaque fois qu’un individu. Par exemple en 2011, deux données sont rapportées concernant deux oiseaux différents dans le sud de la Haute-Garonne. Quelques observations éparses sont aussi transmises mais il n’est pas toujours possible de les attribuer avec certitude à la Perruche à collier. Il est probable que plusieurs concernent d’autres espèces que les observateurs ne sont pas en mesure d’identifier. Des observations de perroquets et de perruches (Cacatoès à huppe jaune (Cacatua galerita), Perruche de Barraband (Polytelis swainsonii), Perruche callopsitte (Nymphicus hollandicus), Perruche ondulée (Melopsittacus undulatus) en 2009-10) sont en effet régulières dans les jardins publics toulousains.

EFFECTIFS ET DISTRIBUTION SUR TOULOUSE A Toulouse sa présence est rapportée depuis les années 1990 (Malher et al., 2010). La population de Perruche à collier était estimée durant l’hiver 2009 à 17 individus. A partir de comptages photographiques répétés à l’envol du dortoir, le groupe était de 24 individus en octobre 2010 et de 31 individus en octobre 2011. La majorité des individus ont un aspect de femelles ou d’immatures (Butler & Gosler, 2004). Une des perruches est bleue alors que les autres sont de la couleur « sauvage » c’est-à-dire à dominante verte. La grande majorité des observations faites depuis 2009 l’ont été dans une zone située sur la rive gauche de la Garonne, reliant l’hôpital La Grave à la Prairie des Filtres le long de la Garonne (0,7 km) jusqu’au quartier résidentiel de Lardenne à 5 km à l’Ouest (Fig. 2). L’espèce est nicheuse sur Toulouse depuis au moins 2005 (Ramière, 2012). D’autres signalement isolés sur Toulouse, à priori sans interaction avec le groupe ci-dessus, sont à noter : dans le quartier des Mazades, une Perruche à collier mâle baguée qui vit avec un couple de Pies bavardes, Pica pica (et se comporte comme elles !) depuis probablement 2007 (M &C Pasquier, obs pers.), deux Perruches à collier, sans signe de reproduction, à Saint-Jean pendant l’été 2009 et 2010 (banlieue Nord-Est de Toulouse), une Perruche à collier apeurée (probable une échappée récente) à Rangueil en novembre 2011.

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Figure 2 : Carte de distribution de la colonie toulousaine de Perruches à collier. Les localisations représentées sont le dortoir (D dans un carré), les sites de nidifications (N dans un carré), les sites d’observation principaux (étoile blanche) et de nourrissages fréquents (étoile noire).

ACTIVITES QUOTIDIENNES Le dortoir regroupant, hors période de reproduction, l’ensemble des individus à la tombée du jour a été identifié en décembre 2009 (L Caussade) puis confirmé en Janvier 2010 (B Ricco et JF Bousquet) sur un platane dans l’enceinte de l’Hôpital de la Grave située en plein centre ville de Toulouse. En effet, quotidiennement des vols de perruches survolaient au lever du jour le jardin Raymond VI en direction de la place du Ravelin. Ces vols sont facilement reconnaissables du fait de la silhouette très particulière des perruches et des cris de contact réguliers émis en vol. La vitesse de vol ne facilite par contre pas le dénombrement des individus tant qu’ils ne sont pas posés. Les envols surviennent à proximité immédiate du lever du soleil (Fig.3), parfois plus tardivement lorsque la luminosité est faible (temps nuageux ou pluvieux). Les activités humaines peuvent déclencher l’envol (bruits et mouvements, claquement de portière par exemple), mais il semble dépendre surtout de l’état d’excitation croissant des perruches. En effet, nous n’avons pas noté de différences d’horaire en fonction des jours de la semaine ou lors des changements d’heures été / hiver. Généralement les perruches crient, volent et se poursuivent pendant plusieurs minutes avant l’envol. En cas de nuit froide, elles peuvent également s’alimenter dans les platanes et les arbres à proximité (catalpa et cyprès) avant leur départ. Elles fréquentent souvent les cavités à la fourche du platane dortoir pour s’abreuver avant l’envol.

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Figure 3 : délai d’envol des perruches en heure par rapport à l’heure de lever du soleil à Toulouse en 2010 et 2011. La courbe du haut montre le retard le délai entre l’envol et l’heure du lever du soleil (différence entre heure d’envol et heure officielle de lever du soleil). La courbe du bas rappelle les heures de lever du soleil à Toulouse. Les traits verticaux correspondent aux périodes de changements d’heures (été et hiver).

Les perruches se dirigent généralement directement vers leurs sites de nourrissage. Ceux-ci varient selon les saisons. En hiver les oiseaux fréquentent assidûment les mangeoires régulièrement alimentées (Clergeau & Vergnes, 2011), en particulier dans le quartier de Lardenne. Lorsque les disponibilités naturelles en nourritures sont meilleures, les perruches ont été observées sur de nombreux sites arborés entre le dortoir et Lardenne. Les jardins privatifs sont fréquentés par de petits groupes de quelques individus, souvent bruyants (cris réguliers et disputes). Divers fruits sont consommés (pommes, cerises) (Fig. 4), de même que des graines (akènes de platanes, catalpa, robinier), des bourgeons et des fleurs (marronnier). L’alimentation dans les mangeoires à oiseaux est très fréquente et certains habitants approvisionnent spécifiquement leurs installations à destination des perruches (graines de mélange pour perruches, arachides, pommes). La consommation opportuniste de restes de nourriture humaine semble également venir compléter le régime alimentaire des oiseaux en espace urbain. On peut ainsi citer quatre Perruches à collier, dont la bleue, en train de se disputer une part de pizza sur l’arbre dortoir le 05/04/2010 (C Pasquier, obs pers)(Fig.5)! L’activité de nourrissage est particulièrement importante le matin et le soir avant le retour au dortoir. Le reste de la journée, les oiseaux sont généralement moins actifs. En période d’élevage des jeunes, les couples reproducteurs passent l’essentiel des journées à la récolte de nourriture.

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Figure 4 : Perruche à collier (Psittacula krameri) dans un cerisier (©C Pasquier, quartier de Lardenne, Toulouse le 27 juin 2010).

Figure 5 : Perruche à collier (Psittacula krameri) avec une part de pizza au jambon dans le bec. (©C Pasquier, dortoir de La Grave, Toulouse le 5 avril 2010).

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REPRODUCTION Les observations réalisées depuis 2006 ont permis de confirmer la reproduction des Perruches à collier sur deux sites. L’un est situé au centre-ville à proximité d’un jardin public (Prairie des Filtres, avec un couple régulier depuis au moins 2005) et l’autre à proximité de l’hippodrome de la Cépière (au moins trois couples en 2010, 4 en 2011 et 7 en 2012). Dans les deux cas, il s’agit de sites avec des alignements de platanes ayant des fûts de plus d’un mètre de diamètre (Fig. 6). Les perruches nichent dans les cavités naturelles des arbres, également fréquentées par les Etourneaux sansonnets, Sturnus vulgaris et plus rarement les Pigeons Biset domestiques Columbia livia. D’autres espèces cavicoles, Huppe fasciée Upupa epops, Pic vert Picus viridis, Pic épeiche Dendrocopos major, Pic épeichette Dendrocopos minor, Mésange charbonnière Parus major, sont régulièrement observées sur le site de la Cépière. Les couples effectuent des visites régulières des cavités accessibles durant l’hiver. Deux couples nicheurs, dont les cavités étaient facilement visibles, ont été régulièrement observés en 2010 et 2011, permettant de préciser le déroulement de la reproduction. A partir de la mi-mars, la femelle passe l’essentiel de son temps à couver à l’intérieur de la cavité (Fig. 7). Elle sort cependant régulièrement pour être nourrie par le mâle à proximité du nid. En général le mâle arrive silencieusement, se perche initialement à distance respectable du trou sur un arbre voisin. Puis, soit il pousse un unique cri, soit il se rapproche du trou y introduisant rapidement la tête avant de retourner se percher à distance. La femelle sort alors silencieusement du trou, s’envole pour se percher sur la même branche que le mâle. Commence alors le cérémonial du nourrissage : le mâle prend des postures très calculées pour régurgiter avant de donner la becquée à la femelle (Fig. 1). Après répétition de ce processus entre 5 à 12 fois, le mâle s’essuie le bec sur la branche avant de s’envoler. La femelle après essuyage du bec et une brève toilette, fait un ou deux vols sur les arbres voisins avant de regagner discrètement son trou. L’ensemble de ce nourrissage dure en général moins de 8 minutes et se renouvelle régulièrement à intervalles de 20 à 45 min en général en fonction du moment de la journée et de la distance des sites de nourrissage. En cas de chaleur importante, comme en mars 2012, le mâle de la Prairie des Filtres allait boire à la fourche d’un platane avant de nourrir sa femelle. A partir de l’éclosion, vers la mi-mai, les deux parents font des allers - retours au nid pour nourrir les jeunes. Au début ils entrent dans la cavité à tour de rôle, parfois à deux, puis finissent souvent par nourrir les petits uniquement par l’orifice de la cavité de nidification. Les jeunes sont alors visibles et pointent la tête régulièrement hors du trou. Souvent du fait de l’étroitesse de l’orifice du trou, seuls deux jeunes sont visibles. Ils sont ensuite observés à proximité du trou avec les deux parents, mais il devient difficile de les différencier de la femelle car ils ont la même taille et le même aspect. Les mâles adultes (âgés de plus de 3 ans) sont par contre facilement identifiables du fait du port d’un collier noir et rose et d’une courte bavette noire. Le couple nichant à la Prairie des Filtres utilise le même dortoir que les autres perruches et très probablement les mêmes sites de nourrissage. Des vols d’une ou deux perruches ont été plusieurs fois observés au dessus du quartier des Arènes dans des directions compatibles avec cette hypothèse. De plus le mâle lorsqu’il vient nourrir la femelle vient également d’une direction confirmant cette hypothèse. En 2010, sur les deux couples suivis, celui de la Cépière a donné au moins deux jeunes à l’envol et l’autre à la Prairie des Filtres a échoué en fin de couvaison, probablement à cause des fortes intempéries et de la configuration de la cavité qui a probablement été inondée. En 2011, les deux trous observés en 2010 n’ont pas été occupés, mais deux autres situés à proximité immédiate des précédents ont été utilisés. Le couple de la Prairie des Filtres a donné au moins deux jeunes à l’envol, ceci malgré la distance entre ce site et les points d’alimentation situés à la Cépière et Lardenne. Les allers-retours du mâle étaient moins fréquents (≥ 45 min de délai entre deux ravitaillements) comparativement à ceux observés dans le trou de la Cépière. Sur ce dernier site, un couple a donné également au moins deux jeunes à l’envol. En 2012, le couple de la Prairie des Filtres occupait la même cavité qu’en 2011, par contre à la Cépière le trou de 2011 a été abandonné au profit de celui de 2010 occupé entre temps par un couple d’étourneaux. Les autres couples occupent des trous dans des platanes à proximité immédiate (< 50 m) du trou suivi à la Cépière et au moins deux de ces derniers ont déjà été utilisés dans les deux années précédentes.

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Figure 6 : Couple de perruches �� collier (Psittacula krameri) et sa cavité de nidification dans un platane. Le mâle est perché à Gauche et la femelle sort du trou. (©C Pasquier, La Cépière, Toulouse le 24 avril 2010).

Contrairement aux couples reproducteurs, les immatures restent entre eux, sont bruyants, se poursuivent et se disputent. En 2012, la perruche bleue a acquis un plumage de mâle (bavette et collier noirs) mais elle continue à fréquenter les immatures et n’est pas en couple. Elle observe par contre très régulièrement la reproduction d’un couple.

FREQUENTATION ANNUELLE DU DORTOIR Pendant la période de reproduction, les immatures continuaient d’être vus régulièrement sur le dortoir en 2010 alors que les couples reproducteurs dormaient dans les cavités ou dans certains cas à proximité immédiate de celui-ci pour les mâles. Au début de l’été, les effectifs au dortoir augmentent puis ils s’effrondrent jusqu’à la mi-septembre où l’effectif est maximal jusqu’en février (Fig. 7). En avril 2011, le platane servant de dortoir a été élagué, dans un premier temps, sans baisse de fréquentation. Dès que les feuilles sont apparues, le platane dortoir a été délaissé pour les platanes plus fournis des allées Charles de Fitte à environ 50 m de là. Comme en 2010, les perruches ont de nouveau fréquenté assidument le dortoir à partir de la miseptembre 2011. Le dortoir dépourvu de feuille durant l’hiver 2011-12 a été peu fréquenté au profit des platanes des allées Charles de Fitte ce qui a rendu les comptages difficile (risque de sous-évaluation) du fait de la conformation des lieux. L’heure d’envol du dortoir des perruches a également été notée (Fig. 3).

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Figure 7 : Effectifs des Perruches à collier à l’envol du dortoir pendant les années 2010 et 2011 (sur la base de 198 comptages très matinaux). Les effectifs sont représentés par les barres verticales. Une valeur de 0 correspond à une absence de donnée et une de -1 à une absence de perruche lors du comptage. Pendant la période d’avril à août 2011, les perruches fréquentaient rarement le dortoir principal mais étaient plutôt dans les platanes des allées Charles de Fitte ce qui rendait les comptages plus difficiles.

Les arrivées au dortoir se font à la tombée du jour. Les perruches arrivent en deux à trois groupes et sont beaucoup plus calmes et silencieuses que le matin avec de rares cris. Elles peuvent parfois s’alimenter à proximité immédiate avant de gagner le dortoir ou immédiatement après l’avoir quitté, en particulier sur un catalpa ou un cyprès.

INTERACTIONS AVEC L’AVIFAUNE LOCALE Les interactions avec l’avifaune locale sont nombreuses. Les Milans noirs, Milvus migrans lors du survol de la colonie déclenchent des paniques avec cris et envols désordonnés. Un Faucon crécerelle Falco tinnunculus a été pourchassé par un groupe de perruches pendant plusieurs minutes après son passage à proximité d’un site de nourrissage à Lardenne. Un couple de Faucon crécerelle fréquente régulièrement un des sites de nidification avec semble-t-il une bonne tolérance mutuelle. Un matin un Etourneau sansonnet a agressé un groupe de 5 perruches et a réussi à les faire fuir du dortoir une par une. L’inverse est également possible avec les perruches harcelant des étourneaux. Les étourneaux curieux visitant les trous occupés en période de couvaison entrainent une réaction immédiate de la perruche présente dans la cavité. Les Pies bavardes, Pica pica et les Corneilles noires, Corvus corone sont particulièrement surveillées et lorsqu’une pie s’approche des perruches, une ou plusieurs perruches se perchent à proximité pour la surveiller et éventuellement la repousser. La concurrence avec d’autres espèces cavernicoles (mésanges notamment) n’a pas été estimée et aucune observation n’est venue étayer une éventuellement lutte entre les espèces pour l’occupation de certaines cavités. Dans la littérature, il n’existe pas de données claires en faveur d’une compétition avec les Sittelles torchepots, Sitta europaea (Newson et al., 2011; Strubbe & Matthysen, 2006; Strubbe & Matthysen, 2009 ; Strubbe et al., 2010 ) ou les Etourneaux sansonnets (Czajka et al., 2011).

CONCLUSION La population de Perruches à collier toulousaine semble bien implantée comme le montre la croissance de ses effectifs. La présence des Perruches à collier sur Toulouse est relativement récente et nous n’en sommes pas encore au stade des nuisances. Le nombre, encore modéré de perruches sur Toulouse, semble pour l’instant ne causer aucune gêne aux humains (éventuelles nuisances sonores, dégradation des cultures en particulier). La compétition directe avec Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie

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l’avifaune locale pour l’alimentation et les sites de nidifications n’est également pas observée et est probablement difficile à mettre en évidence. L’impact de ces populations férales sur l’avifaune locale reste cependant discutée (Burton et al., 2010 ; Newson et al., 2011). De nombreuses méthodes de contrôles, parfois radicales, sont proposées en particulier en Belgique et Grande Bretagne où le phénomène a une tout autre dimension (Weiserbs, 2010). Ces méthodes ont pour objectifs soit le contrôle soit l’éradication des populations. Elles vont de la contraception orale à l’abattage en passant par la capture et la stérilisation. Contrairement à beaucoup de villes Européennes, la taille de la population de notre agglomération permet encore d’envisager des mesures pour éradiquer cette espèce exotique considérée comme invasive. Ces mesures risquent malheureusement de n’être qu’une solution locale et à court terme du fait de l’expansion importante et globale de cette espèce et de la libération régulière (volontaire ou non) de nombreux Psittacidés captifs. Elles permettraient cependant de valider leur faisabilité et leur efficacité. La perception psychologique d’une telle intervention doit également être prise en compte. En effet, les perruches, bien identifiées et connues sur les quartiers où elles sont présentes, bénéficient d’un capital sympathie important. Elles pourraient même, comme au Parc de Sceaux en banlieue Sud de Paris, être domestiquées et venir manger dans la main des visiteurs ! D’éventuelles actions sur cette population devront dans tous les cas s’accompagner d’informations précises aux habitants concernés. On peut aussi s’interroger sur le rôle joué par le soutien alimentaire hivernal via les mangeoires qui sont parfois spécifiquement approvisionnées avec de la nourriture pour psittacidés et qui pourraient favoriser la survie hivernale de l’espèce (Clergeau & Vergnes, 2011). Les observations régulières doivent permettre de continuer à suivre la dynamique de cette population. En parallèle une réflexion doit être menée sans tarder quant à une éventuelle intervention, qui pose de nombreuses questions tant en termes de modalités que d’éthique. Par ailleurs, la transmission de toute donnée sur des secteurs nouveaux de la région permettra de maintenir une veille face à d’éventuels nouveaux foyers d’installation.

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RAMIERE, J. (2012). Perruche à collier,Psittacula krameri, in Frémaux & Ramière, coord. (2012) Atlas des oiseaux nicheurs de Midi-Pyrénées, Nature Midi-Pyrénées & Delachaux et Niestlé, pp. 324. STRUBBE, D. & MATTHYSEN, E., 2006. Spread of invasive Ring-necked Parakeets in Europe: Ecological aspects and estimation of impact on native breeding birds J Ornithol 147, 259. STRUBBE, D. & MATTHYSEN, E., 2009. Experimental evidence for nest-site competition between invasive ringnecked parakeets (Psittacula krameri) and native nuthatches (Sitta europaea). Biol Conservation 142, 1588-1594. STRUBBE, D., MATTHYSEN, E. & GRAHAM, C.H., 2010. Assessing the potential impact of invasive ring-necked parakeets Psittacula krameri on native nuthatches Sitta europeae in Belgium. J Applied Ecol 47, 549-557. WEISERBS, A., 2010. Espèces invasives: le cas des Psittacidés en Belgique. Incidences, évaluation des risques et éventail de mesures. Aves 47, 21-35.

Photographies Les photographies du présent article (et beaucoup d’autres) sont accessibles en couleurs sur internet sur le site Flickr : www.flickr.com/photos/cpasquier/collections/72157624002615089/

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Fauré, 2012 : Le Pistrac, 23 : 58- 61

DENSITE DU MARTIN-PECHEUR D’EUROPE ALCEDO ATTHIS SUR UN SECTEUR DE GARONNE : LA RETENUE DU MANCIES (HAUTE-GARONNE)

Christian Fauré 16, rue Louis Hérold, 31200 Toulouse.

Abstract : A territory mapping survey along 7 km of the Garonne river (Manciès reservoir, Rieux HauteGaronne, France) was carried out in 2008 to assess the local density of Common Kingfisher Alcedo atthis. The mean elevation along the pool is about 200 m while the slope of the river is less than 0.5‰. Four territories were mapped corresponding to 5.7 territories for 10 km. This looks like quite a high density level for this species. Résumé : La densité de Martin-pêcheur d'Europe Alcedo atthis a été mesurée en 2008 par la méthode des quadrats sur un secteur de 7 km de Garonne sur le plan d’eau du Manciès au niveau de la commune de Rieux (Haute-Garonne, France) à une altitude 200 m : la pente du fleuve est à cet endroit inférieure à 0.5 ‰. Quatre territoires ont été cartographiés ce qui représente une densité de 5.7 cantons pour 10 km, valeur située dans le haut de l’intervalle des densités jusqu’ici mesurées pour cette espèce. Il s’agit ici de la première étude quantitative conduite en Midi-Pyrénées.

Le Martin-pêcheur d'Europe Alcedo atthis montre une large répartition paléarctique, indo-malaise et australienne. (Cramp 1985). Il se reproduit à peu près partout en France excepté dans les zones urbaines très denses et en montagne où il ne depasse que rarement 600 m d'altitude (Libois R.M & al - 1994). La rivière calme, pourvue de talus, constitue son habitat de prédilection. Dans la région Midi-Pyrénées l’espèce est bien représentée en plaine ne dépassant guère l’étage collinéen (Bousquet, in Joachim et al, 1997). Jusqu’à présent, le Martin-pêcheur d'Europe n’avait pas fait l’objet d’étude quantitative notre région. Cet article présente les résultats d’une étude réalisée sur la Garonne au niveau de Rieux dans la Haute-Garonne. La méthode utilisée est inspirée de celle dite « des plans quadrillés » (Pough, 1950, Blondel, 1965).

SECTEUR D’ETUDE La zone étudiée est constituée d’un plan d’eau formé par le barrage hydroélectrique du Manciès en plaine à 200 m d’altitude (Fig 1 & 2). Le lit est constitué de roches dures, de bancs alluviaux ou de limons vaseux dans les parties calmes. L’érosion des berges offre à l’espèce des talus propices à la nidification. Conséquence du débit régulé par le barrage, le cours est lent montrant un faciès lacustre notamment dans la partie aval de la retenue ; le marnage est ici limité règlementairement à 20 cm mais le barrage fonctionnant selon le principe "au fil de l’eau" seules les crues faibles sont supprimées, les crues moyennes et importantes étant conservées. La longueur étudiée est de 7 km, le fleuve ayant à cet endroit une largeur de 80 à 350 m avec une pente inférieure à 0.5 ‰. La retenue présente de vastes superficies de haut fonds composés de limons et colonisés par une importante végétation propice au frai du poisson (élodées myriophylles). La végétation rivulaire, presque continu le long du plan d’eau et souvent de faible largeur, est surtout constituée d’aulne glutineux Alnus glutinosa, de peuplier Populus sp. et de saule blanc Salix alba. La présence régulière de talus sur les berges, de nombreux postes d’affût sur les rives ou le cours du fleuve (troncs d’arbres échoués), des hauts fonds à herbiers et aussi d’une ichtyofaune très riche font de ce secteur un habitat très favorable à la reproduction pour le Martin-pêcheur.

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Fig.1 : La partie de Garonne étudiée est située dans la HauteGaronne à environ 50 km au sud de Toulouse

Fig. 2 : Localisation de la retenue du Manciès, secteur d’étude.

METHODE UTILISEE POUR LE RECENSEMENT C'est la méthode dite des plans quadrillés ou quadrats consistant en une cartographie exhaustive des territoires occupés par chaque chanteur (Pough, 1950, Blondel, 1965). Le Martin-pêcheur d'Europe n’ayant pas stricto sensu de chant territorial, seuls les contacts visuels ou les cris sont notés. La zone d’étude étant considérée comme linéaire, la densité trouvée est rapportée à une unité de longueur : kilomètre ou à 10 km échelle plus communément utilisée pour cette espèce. Sept visites ont été effectuées du 16/02/2008 au 17/05/2008 en kayak à la vitesse d’un marcheur entre 8 h et 17 h légales. Les contacts ont été relevés à l’aller, le matin, et au retour, l’après-midi après une interruption de deux heures vers midi. A l’aller les contacts sont symbolisés sur la carte par un chiffre correspondant au jour de la visite et, au retour, par le même chiffre en italique sur la carte. La méthode préconise en principe 10 visites ; ici, seules sept visites ont été effectuées. Le seuil de prise en compte d’un territoire (canton) correspond à une fréquence de contact en présence absence lors des sept visites supérieure ou égale à 50 %. Le calendrier des visites est présenté ci-dessous :

Tableau I : Calendrier des visites

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RESULTATS Quatre territoires ont été estimés sur les 7 km du parcours soit une densité de 0.6 cantons au km (5.7 cantons pour 10 km). La distance moyenne entre chaque cantons est d’environ 1500 m (calculé sur le barycentre des cantons). L’installation est précoce, tous les cantons étant occupés dès la 2ème visite le 23/02/2008. C’est une période d’installation classique pour cette espèce sous nos latitudes. Un individu supplémentaire a été contacté lors de la 1ère et de la 7ème visite en limite du 4ème canton. Le tableau II donne pour chacun des territoires le nombre et la fréquence de contacts.

Tableau II : Territoires déterminés dans le quadrat, nombre et fréquence de contacts.

La figure 3 présente la cartographie des territoires définis avec la grille d’évaluation ci-dessus (1 correspond au jour 1…). Les numéros de territoires sont distribués de haut en bas sur la carte.

Fig 3 : Martin-Pêcheur d’Europe sur la Garonne au niveau de la retenue du Manciès ; cartographie des territoires

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DISCUSSION & CONCLUSION En utilisant la méthode des quadrats, 4 territoires de Martin-Pêcheur d’Europe ont été identifiés sur une portion de 7 km de Garonne sur le plan d’eau du Manciès à une altitude de 200 m. La densité estimée de l’espèce est alors de 5.7 cantons pour 10 km (soit 0.6 canton/km). Les études quantitatives concernant cette espèce sont peu nombreuses. En France, nous pouvons citer celles conduites dans la partie supérieure du bassin de la Saône (Roché 1989) et en Côte d’Or (Abel 2008) ; les données ont été recueillies lors de descente en canoë avec 1(2) visites pour chacune des 2 études. Les résultats sont résumés dans le tableau III ; les données de la présente enquête sont présentés dans la colonne Bassin de la Garonne.

Tableau III : comparaison des densités de Martin-Pêcheur d’Europe

La densité observée, 5.7 cantons pour 10 km, peut être considérée comme élevée comparée aux différentes études citées dans l’Atlas des oiseaux nicheurs de France 1985-1989 (Libois & al 1994) indiquant 1 à 3 couples pour 10 km de rivière. En Côte d’Or, une densité globale de 2 – 3.3 couples pour 10 km est observée sur des rivières de taille moyenne, 5 – 25 m de large, à la pente modérée et à une altitude similaire (Abel 2008). Dans un environnement similaire, les densités observées dans le Bassin de la Saône sont proches de celles de la Côte d’Or. La densité élevée observée au Manciès provient probablement d’une concordance d’éléments favorables : talus nombreux pour la nidification, écoulement lent, nombreux perchoirs pour les affûts de pêche et surtout une grande richesse trophique liée à la présence étendue d’herbiers très favorable à l’ichtyofaune. Malgré l’absence actuelle d’études précises, nous pouvons dire que de telles densités ne sont pas communes sur d’autres secteurs de Garonne.

Références ABEL J. (2008) : L’avifaune des cours d’eau des bassins de l’Armençon Cote d’Orien. CEOB l’Aile Brisée, Tiercelet Info n°17. BOUSQUET J.F. (1997) : Martin-Pêcheur d’Europe, pp 109-110 in Joachim J., Bousquet J.F. & Fauré C. : Atlas des oiseaux nicheurs de Midi-Pyrénées. 262 pages. AROMP ed., Museum d'Histoire Naturelle, Toulouse. ISBN 2-9511955-0-8. CRAMP S. (Ed.) (1985). - The Birds of the Western Paleartic. Vol IV. Terns to Woodpeckers. Oxford University Press, New York 960 p. LIBOIS R.M., HALLET-LIBOIS C.. (1994). - Martin-pêcheur d'Europe Alcedo atthis in pp 418-421 in: Yeatman-Berthelot D. & Jarry G. : Nouvel atlas des oiseaux nicheurs de France 1985-1989. Soc. Ornithol. France, Paris POUGH R.H. 1950. - Comment faire un recencement d’oiseaux nicheurs ? Terre et Vie revue d’écologie : 203-217. ROCHE J. 1989. – Contribution au dénombrement et à l’écologie de sept espèces d’oiseaux aquatiques nicheurs en rivière. Alauda, 57 (3) : 172-183.

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Rey, 2012 : Le Pistrac, 23 : 62 - 70

LA FAUVETTE PASSERINETTE SYLVIA CANTILLANS DANS LE DEPARTEMENT DE L'ARIEGE. Sylvain Rey Association des Naturalistes d’Ariège, Vidallac 09240 ALZEN

Abstract : The population of Subalpine Warbler Sylvia cantillans in the departement of Ariège is first described historically. A survey carried out in spring 2011 revealed several new locations for this species all over the departement. An amount of 12 sites for this species gives a new image for this warbler a little less uncommon in Ariège than stated in previous naturalist surveys. Résumé : Le statut de la population ariégeoise de Fauvettes passerinettes est d’abord décrit historiquement. Une enquête ciblée menée au printemps 2011 a permis de découvrir plusieurs stations nouvelles pour cette espèce dans le département. Un total de 12 sites répartis sur 11 communes dresse une nouvelle image pour cette espèce un peu moins rare en Ariège que lors des précédentes enquêtes naturalistes.

Lorsque l’on se penche sur la répartition de Fauvette passerinette Sylvia cantillans dans le département de l'Ariège, il est frappant de constater qu'elle n'était jusqu’à présent connue que de quelques zones très localisées et donc à priori absente d'un grand nombre de secteurs potentiellement favorables (Bousquet in Joachim & al., 1997). La nécessité d’une prospection élargie et plus systématique est alors apparue. Des recherches ont été menées dans l’ensemble du département afin de déterminer si l’espèce se limitait seulement aux secteurs connus, ou présentait une répartition plus grande. Les données présentées ici proviennent de sites prospectés par l’auteur ainsi que diverses observations réalisées par d’autres naturalistes. Les sites de prospection ont été sélectionnés en fonction de leur similarité avec les milieux déjà occupés par l’espèce et à partir des descriptions de la littérature.

REPARTITION, ECOLOGIE, EFFECTIFS La Fauvette passerinette est présente sur la quasi-totalité du pourtour méditerranéen, du Portugal jusqu’à la Turquie, en passant par le Maghreb et une partie des îles méditerranéennes (Olioso in Yeatman-Berthelot & Jarry, 1994). Les populations françaises sont bordées par celles d’Italie et de la péninsule ibérique. En France, l'espèce occupe la totalité de la région méditerranéenne, que l’on peut assimiler à l’aire de répartition du chêne vert quercus ilex. La limite septentrionale régulière est constituée par la vallée du Doux en Ardèche (Lebreton, 1980 ; Cochet, 1980). Une population disjointe occupe les Causses du Quercy et quelques secteurs limitrophes du Tarn et Tarn-et-Garonne (Bousquet in Joachim & al., 1997). La population est donnée stable selon BirdLife/EBCC (2000), voire en légère augmentation d’après le programme européen EBCC (2009). Les effectifs mondiaux de l’espèce sont estimés entre 5 et 15 millions d’individus, dont une part située entre 30000 et 120000 en France (BirdLife/EBCC, 2000). Le programme national STOC, coordonné par le Muséum National d’Histoire Naturelle, a permis de mesurer l’évolution de la population française, en augmentation de 29% entre 1989 et 2008 (Jiguet, 2009).

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Milieu fréquenté par l’espèce Le milieu fréquenté par l’espèce est bien décrit dans la littérature : il s’agit d’une strate ligneuse allant de la garrigue (supérieure à un mètre) au maquis. En Provence on la trouve dans les maquis et garrigues de 2 à 4 mètres (voire 6 mètres pour les arbustes les plus grands) (Blondel, 1970). Dans les Albères (PyrénéesOrientales), elle occupe les maquis arborés (Prodon & Lebreton, 1981). En Espagne, la passerinette est également présente dans ce type de milieux, et, moins fréquemment, dans de jeunes pinèdes (Jeschke & Gallego in Marti & Moral, 2003). Lorsque la structure végétale est plutôt arborée, c’est-à-dire de type « maquis », il s’agit d’un boisement composé de chênes verts Quercus ilex, lièges Quercus suber et/ou pubescents Quercus pubescens (Affre & Affre, 1975), dont la maturité n’est pas complète (Cochet & Ladet in Coll., 2003). Dans le cas d’une structure buissonnante, le milieu le plus typique correspond à la garrigue du pourtour méditerranéen. L’espèce a Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie


néanmoins une certaine amplitude et peut aussi occuper des formations de buis en Ardèche (Cochet & Ladet in Coll., 2003), de genévrier dans le Lubéron (Olioso in Yeatman-Berthelot & Jarry, 1994) ou d'Épine noire Prunus spinosa et d’églantiers rosa canina comme cela peut être le cas, bien que rarement, en Andorre (Clamens, 1993). Des milieux intermédiaires et diversifiés existent et sont même fréquents. La passerinette peut se trouver jusqu’en montagne si l’habitat et l’exposition sont favorables. En Espagne, elle monte jusqu’à 1900m d’altitude (Jeschke & Gallego in Marti & Moral, 2003), jusqu’à 1650m en Andorre (Clamens, Matschke & Argelich-Baro, 1998) ou encore jusqu’à 1400m sur le Canigou dans les PyrénéesOrientales (Olioso in Yeatman-Berthelot & Jarry, 1994). Sa présence à plus haute altitude est limitée par la diminution des températures (Clamens, 1993). Migratrice transsaharienne, la passerinette arrive en Europe autour de mi-mars. Les départs débutent autour de mi-juillet et s’échelonnent jusqu’en septembre avec un pic en aout (Olioso in Yeatman-Berthelot & Jarry, 1994). En Midi-Pyrénées, Bousquet (sous presse) indique que les premières observations sont notées début avril (une date précoce le 12 mars à St Affrique, Aveyron). En Ariège (Vernajoul), il existe une observation d’un migrateur stationnant dans un milieu atypique (haie de jardin) du 1er au 4 avril 2011 (Berné, comm. pers.). Dans les régions voisines Le département de l’Ariège est situé sur la partie occidentale de la population méridionale et sur la partie septentrionale des populations ibériques (Andorre compris), ce qui place l’Ariège sur un point d’intersection entre ces deux grandes populations. Les secteurs occupés dans l’Aude bordent toute la frontière Est de l’Ariège, et ceux occupés dans les PyrénéesOrientales sont à une vingtaine de kilomètres. Au Sud, les populations espagnoles et andorranes ne sont qu’à une dizaine de kilomètres. L’atlas régional de Midi-Pyrénées (sous presse) indique que l’espèce est présente dans 5 départements (Tarnet-Garonne, Haute-Garonne, Lot, Aveyron, Lot-et-Garonne et Ariège). Tout à fait au Nord, l’espèce s’étend jusqu’aux grands causses de l’Aveyron et de la Lozère. On la retrouve également plus à l’Ouest sur une frange de la Haute-Garonne et du Tarn (causse de Labruguière et secteurs avoisinants). La population disjointe évoquée plus haut comprend les causses et coteaux du Quercy dans le Lot ainsi que deux autres petits « îlots » : la région des gorges de l’Aveyron (Tarn-et-Garonne et Tarn) dans laquelle elle occupe des coteaux et causses calcaires et une partie de la vallée du Tarn à l’Est d’Albi. A l’Ouest, on trouve une petite population montagnarde à la frontière entre Haute-Garonne et HautesPyrénées (Bousquet in Joachim & al., 1997). Balent & al. (1988) ont dégagé quelques caractéristiques biogéographiques de la distribution de la passerinette en Midi-Pyrénées, en la confrontant avec 118 autres espèces. Comparativement, elle apparaît entre autres comme dépendante des températures élevées et de la moyenne montagne. Ariège : données historiques Les premières mentions de l’espèce en Ariège proviennent de Lacroix (1872-1875). Au siècle suivant, Mayaud (1936) la donnait comme nicheuse dans le «Sud-Est de la France, de la Savoie aux Causses et aux Pyrénées », mais sans plus de précisions. Quant à Affre & al. (1975), il ne la connaissait pas en Ariège mais dans des proches régions : le Lauragais (31,11, 81) et le Razès (11). Il faut attendre 1985 pour qu’elle soit notée de manière fiable au Mas d’Azil, puis 1989 au Quié de Lujat par Bousquet (Bousquet in Joachim & al., 1997) en tant que nicheuse certaine. Dans le dernier atlas régional (sous presse), elle est donnée comme nicheuse probable dans le Plantaurel (environs du Mas d’Azil et de Foix), sur les coteaux autour de Belpech (11) et sur ceux au Nord et à l’Est de Mirepoix.

ENQUETE DE 2011 Méthode Toutes les régions sociogéographiques d’Ariège (ou « petites régions agricoles ») ont été prospectées hormis le secteur de haute-montagne du Haut-Couserans, avec un minimum de deux sites dans chaque région. Les prospections se sont étalées de mi-avril jusqu’à fin juin 2011 et ont concerné 47 sites. Les contacts avec l’oiseau ont été visuels et/ou auditifs. Pour quelques sites où l’espèce était déjà connue, il n’y a pas eu de prospection de l’auteur mais inclusion de données datées de 2005 à 2011 provenant d’autres ornithologues (J-J Berné, A. Bertrand, T. Guillosson).

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Fig 1. Régions socio-géographiques d’Ariège ou petites régions agricoles. Source: Wikisoft / Creative Commons.

Résultats La Fauvette passerinette s‘est révélée présente sur 12 sites répartis sur 11 communes. Les sites historiques se révèlent souvent encore colonisés et les prospections menées en 2011 ont permis de découvrir 4 nouveaux sites : Les Bessous (Manses), Ussat-le-Haut (Ussat), Tapia (Dun) et La Couronne (Lesparrou). Le détail des localisations, années de présence constatée et individus contactés figure dans le tableau I :

Tab. I : Lieu-dit, années des contacts et nombre d’individus contactés dans les différentes petites régions agricoles d’Ariège

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Répartition et évolution Sur les 13 sites, 8 n’étaient pas connus lors de l’atlas régional de 1985-89 et 4 ne l’étaient pas lors du dernier atlas régional, clôt en 2010. Il faut noter que l’espèce n’a pas été retrouvée sur la commune du Mas d’Azil. Cependant, les autres sites anciennement occupés le sont toujours. De 1989 à 2011, la plupart des secteurs ont vu leur couverture s’étendre, comme c’est le cas dans la zone de moyenne montagne au Sud de Tarascon-surAriège. Les observations dans la zone limitrophe Aude-Ariège au Nord de l’Hers se voient également renforcées par un nouveau site occupé (Les Bessous, Manses). Enfin, de nouveaux secteurs ont vu le jour. Il s’agit, d’une part, de l’extrémité orientale du Plantaurel (La Couronne, Lesparrou) et d’autre part des coteaux autour de Dun (Tapia).

Fig 2. Répartition récente de la Fauvette passerinette en Ariège et régions limitrophes. En sombre, répartition classique connue. Les ronds à l’extérieur de cette zone représentent en noir : nidifications probable et certaine. En gris : nidification possible. D'après Clamens -in Coll. (2002), GOR (1999), Joachim & al. (1997), LPO Aude (2008), Marti & al. (2003) et Yeatman-Berthelot & Jarry (1994). (Source carte : Twilight-Brawl / Creative Commons).

Description de l’habitat Nous présentons ici quelques caractéristiques du territoire ariégeois concernant l’exposition, la végétation, le substrat géologique et le climat. Pour ce dernier, nous avons utilisé l’article de Joly & al. (2010). Les auteurs ont mis en évidence 8 grands types de climat à l’échelle nationale à partir d’une quinzaine de variables (thermiques et pluviométriques) et ont abouti à la construction d’une carte climatique détaillée de la France. Schématiquement, on trouve en Ariège, en suivant un axe Nord-Sud : i) les climats « méditerranéen altéré » et « bassin du Sud-Ouest », regroupés ici par commodité, caractérisés par des températures élevées et des précipitations moyennes ; ii) le climat « océanique altéré », avec des températures assez élevées, peu d’amplitude thermique et un hiver pluvieux ; iii) le climat des « marges montagnardes » qui correspond à un climat montagnard atténué, iiii) et le climat « montagnard » avec des précipitations élevées et des températures faibles. Les sites de la moitié Nord de l’Ariège (hormis Cos, traité plus bas) bénéficient de climats de type « méditerranéen altéré » pour Manses et Lapenne et de type « océanique altéré » pour les autres. Le relief est formé de coteaux constitués de marnes et de molasses, avec un sol de type argilo-calcaire. Les formations végétales sont constituées d’une couverture herbacée sur laquelle s’est développée une « pseudo-garrigue » faite d’arbustes ou de jeunes arbres s’élevant de un à deux mètres. Les principales espèces sont : la corroyère Coriaria myrtifolia, le cornouiller sanguin Cornus sanguinea, l’églantier Rosa canina, le genêt scorpion Genista scorpius, le genévrier commun Juniperus communis, l’aubépine monogyne Crataegus monogyna, la viorne mancienne

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Viburnum lantana et l’érable de Montpellier Acer monspessulanum. On trouve aussi quelques arbres épars hauts de 2 à 6 m, principalement des chênes pubescents quercus pubescens, parfois des chênes verts. Les différentes expositions vont de Sud-Ouest à Sud-Est. L’altitude va de 310 et 430m d’altitude, sauf à Lesparrou (660m). Le site de Cos (Foix) se trouve sur une moyenne montagne calcaire (chaîne du Plantaurel) bien ensoleillée, avec des éboulis rocheux assez nombreux et un sol variablement herbacé. L’exposition est Sud-Ouest et l’altitude est comprise entre 600 et 690m. Concernant les sites de moyenne montagne situés autour de Tarascon-sur-Ariège, deux d’entre eux présentent un sol rocailleux (rochers, éboulis) piqueté de quelques plantes basses, tandis que celui d’Ussat-le-Haut a une couverture végétale herbacée. Ces 3 sites, qui sont les plus au Sud du département, ont un ensoleillement important et un substrat calcaire karstique apportant une nette influence méditerranéenne, que l’on retrouve par exemple sur le plan botanique avec la présence de la lavande lavandula latifolia, ou encore du genévrier de Phénicie juniperus phoenicea à Sinsat. L’exposition va de Sud Sud-Est à Sud-Ouest et l’altitude de 760 à 950m. Le climat est de type « océanique altéré ». A Cos, on trouve une strate buissonnante de 1 à 2,5 m de hauteur avec une présence plus marquée du buis buxus sempervirens, et toujours quelques chênes pubescents épars. Les trois autres ne s’en différencient que par la coexistence du chêne pubescent avec le chêne vert quercus ilex. L’ensemble des sites correspond le plus souvent à des pâtures à bovins, ovins et caprins abandonnées ou peu fréquentées, et plus rarement à d’anciennes cultures. Là où l’espèce n’a pas été contactée, on peut répartir d’un côté les milieux qui sont assez identiques à ceux qui sont occupés et d’un autre côté les milieux qui s’en distinguent. Pour ces derniers, il s’agit de : - landes assez ouvertes avec peu de buissons, - landes à ajoncs ulex europaeus, - pelouses sèches avec repousses de buis et genévrier quasi exclusivement, - fourrés hauts et denses (au-dessus de 2 mètres), souvent constitués, entre autres, de genêts d’Espagne Spartium junceum, - forêts de chênes verts. Densité et effectifs Les sites aux plus forts effectifs sont ceux de Cos et d’Ussat-le-Haut : 2 individus chanteurs pour le 1er, 4 pour le 2nd. La densité la plus importante se trouve à Ussat-le-Haut : environ 4 chanteurs sur 13 hectares.

DISCUSSION Là où la Fauvette passerinette est présente, les effectifs ne sont jamais très forts et il faut bien remarquer que nombre de secteurs favorables ne sont pas occupés, bien qu’elle soit parfois présente dans un secteur voisin de quelques centaines de mètres. Il est également important de préciser qu’une absence de contact n’est pas équivalente avec l’absence de l’espèce. En effet, lorsque l’oiseau ne produit que peu ou pas d’émission vocale, il devient extrêmement difficile et aléatoire de le détecter. Et ce d’autant plus que la faiblesse des effectifs ne conduit pas à de fréquentes émissions du chant, la nécessité de délimiter un territoire étant alors réduite. L’espèce peut être particulièrement discrète. Par exemple, dans le Lauragais (Haute-Garonne) où l’espèce a niché en 2011 (découverte de jeunes volants), aucun couple n’a été contacté malgré un suivi régulier (Bousquet, sous presse). Effectifs et distribution Au vu de nos résultats et par estimation, nous obtenons une fourchette allant de 35 à 50 couples en Ariège. De tels chiffres constituent évidemment une part extrêmement faible des effectifs nationaux, estimés à 100000 individus par Olioso (in Yeatman-Berthelot & Jarry, 1994) et entre 30000 et 120000 par l’organisation internationale BirdLife (2000). A l’heure actuelle, l’espèce est installée dans la moitié Est du département et semble absente dans l’autre moitié. Par rapport aux trois décennies précédentes, on remarque que les isolats de population tendent progressivement à se connecter à la fois entre eux et à la population méridionale via le territoire audois. L’habitat de la Fauvette passerinette en Ariège correspond à ce qui a été décrit dans la littérature (Affre & Affre, 1975 ; Blondel, 1970 ; Clamens, 1993). Néanmoins, seuls les milieux s’apparentant à de la garrigue haute (buissons de 1 à 2,5m avec arbres épars) sont occupés, tandis que ceux qui présentent une configuration plus forestière de type « maquis », même partiellement ouverte ou peu développée, ne le sont pas. En Ardèche, l’espèce était également absente des chênaies vertes trop fermées (Cochet & Ladet in Coll., 2003). Ceci 66 pourrait s’expliquer par un effet de gradient latitudinal (Clamens, 1993) et/ou climatique, comme c’est Le Pistrac N°23 - Bulletin régional d’Ornithologie


d’ailleurs le cas pour nombre d’espèces d’oiseaux. En effet, dans les zones les plus méridionales et/ou dotées d’une position plus centrale dans la région méditerranéenne, l’espèce fréquente volontiers les maquis arborés (Prodon & Lebreton, 1981), et ce même en altitude (2200m au Maroc selon Barreau & al., 1987). La strate buissonnante des « pseudo-garrigues » ariégeoises diffère de la garrigue méditerranéenne par la nature de ses espèces arbustives. Mais l’avifaune portant d’abord intérêt à la structure végétale (Blondel, 1973), il n’est pas étonnant de voir que la passerinette puisse coloniser une certaine variété de milieux. Ce qui est le cas en Ariège vaut également pour d’autres régions géographiques : l’exemple du Tarn fournit aussi une relative diversité dans les milieux occupés : landes et coteaux calcaires, causses, zones rocailleuses des versants ensoleillés… (Calvet, comm. pers.) Au-delà de la végétation, d’autres paramètres régissent les modalités de peuplement. Parmi elles, le climat occupe une place déterminante. Nous avons vu que la passerinette pouvait déborder de la zone climatique méditerranéenne et gagner des zones d’influence climatique différentes à la faveur de conditions particulières (type de végétation, d’exposition…). Mais dans tous les cas, ses exigences thermophiles exigent des printemps et étés relativement chauds, offerts en Ariège par les influences climatiques océanique (« océanique altéré ») dans une grande partie de la moitié Nord et périméditerranéenne (« méditerranéen altéré » et « bassin du SudOuest ») sur les extrémités Nord et Est (Joly & al., 2010). Ce constat s’applique aussi aux populations de Midi-Pyrénées, dont aucune ne bénéficie du climat méditerranéen strict. Dans le Sud-Est de l’Aveyron, très proche du pourtour méditerranéen, la passerinette évolue même dans un climat aux influences montagnardes (de type « marges montagnardes »). Dans le même sens, la proximité de l’aire de l’espèce avec celle du chêne vert (Cochet, 1980 ; Jeschke & Gallego in Marti & Moral, 2003), considérée comme représentative du climat supraméditerranéen (Dupias, 1985), peut parfois se vérifier (secteurs de moyenne montagne en Ariège) mais n’apparaît pas comme une règle (secteurs des coteaux du Nord-Est de l’Ariège ou encore causses du Quercy dans le Lot). Le facteur climatique lui-même peut être modulé par les caractéristiques géo-morphologiques (Lebreton, 1980 ; Cochet, 1980). C’est par exemple le cas sur le site de Sinsat où le caractère montagnard et le climat plutôt océanique sont « atténués » par les sols calcaires secs et le fort ensoleillement lié à l’exposition Sud SudOuest. Densité Les densités relevées en Ariège (au maximum 4 chanteurs sur 13 hectares, mais moins le plus souvent) apparaissent comme moyennes à faibles comparées à celles de Provence ou même d’autres secteurs de MidiPyrénées. Blondel (1969) annonce par exemple 10 à 12 couples pour 10 hectares dans la région d’Arles, tandis qu’on peut trouver jusqu’à 5 chanteurs à l’hectare dans l’Aveyron (Bousquet in Joachim & al., 1997). Par rapport à l’Ardèche (Cochet & Ladet in Coll., 2003), autre zone en limite d’aire de répartition où l’on trouve de 0,4 à 2,7 chanteurs sur 10 hectares (selon les secteurs), la densité paraît assez équivalente, voire plus forte. Sur le territoire ariégeois, il faut noter que la moyenne montagne possède des densités plus importantes que les coteaux du Nord et de l’Est. Ces derniers étant les plus soumis à l’influence climatique méditerranéenne, ce constat paraît paradoxal. Ceci confirme bien que les variables météorologiques ne suffisent pas à expliquer la distribution et l’installation de l’espèce, dépendante d’un certain nombre de caractères tels que l’habitat (forte inclinaison, sol calcaire souvent rocailleux…) ou encore le lent développement de la végétation. Evolution de la répartition Les limites d’aire de répartition peuvent connaître des variations dues aux effets de rétraction/expansion de l’aire, eux-mêmes liés, par exemple, au succès de reproduction des années antérieures. D’autres facteurs, comme la sensibilité de l’espèce aux coups de froids (Lebreton, 1980) ou la modification des milieux, laissent aussi penser qu’il faille s’attendre à une certaine variabilité temporelle et spatiale dans sa distribution géographique. C’est peut-être ce qui explique l’apparente disparition au Mas d’Azil. De même, certains sites occupés actuellement ne le seront peut-être pas l’année suivante. Les populations les plus fortes constituent par contre des noyaux probablement plus résistants. Comme on l’a vu, l’augmentation progressive du nombre de sites occupés se traduit par un renforcement local des secteurs déjà occupés et par une connexion des secteurs entre eux. La première raison que l’on peut invoquer tient à l’augmentation de la pression d’observation, notamment au travers de cette étude. Par ailleurs, cette évolution apparaît également dans un contexte de changements paysagers et climatiques notables. Depuis les années 70, les statistiques d’occupation des sols en Ariège (Eychenne-Niggel, 2003) ne montrent plus de fermeture globale des milieux, mais plutôt une stabilisation. Ce constat plutôt surprenant prend son origine dans la restructuration agro-pastorale qui a provoqué une rotation dans la distribution des parcelles Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie

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ouvertes, fermées et intermédiaires. Cela expliquerait l’existence actuelle d’un grand nombre de zones de repousses car les secteurs de pentes, plus difficilement praticables, sont délaissés par l’agriculture au profit des plaines et fonds de vallée. La haute montagne, et probablement la moyenne montagne, connaissent en effet une réelle fermeture des milieux, comme c’est par exemple le cas en vallée de Vicdessos (Monier, 2010). De telles conditions fournissent donc un panel de milieux en voie de fermeture aux espèces des strates buissonnantes et forestières (Fonderflick, 2007). A l’avenir, la fermeture totale des milieux actuellement occupés devrait contribuer à l’irrégularité de la distribution spatiale et temporelle évoquée plus haut. Néanmoins, certaines zones ouvertes (prairies) pourraient devenir favorables dans quelques dizaines d’années. Enfin, il a récemment été montré (Jiguet & al., 2007) que les espèces thermophiles s’adapteraient mieux que les autres aux effets du changement climatique. Dans le même sens, l’augmentation de la fréquence de printemps relativement chauds pourrait favoriser des espèces comme la Fauvette passerinette. En effet, Julliard & al. (2011) ont constaté qu’un printemps chaud (ici en 2003) favorisait davantage la productivité des espèces stables ou en augmentation que celle des espèces en déclin. L’évolution climatique semble également transparaître au travers de l’extension de l’aire de répartition vers le Nord (Dubois, 2000) et des récentes observations et nidifications en dehors de la zone habituelle de l’espèce. Ainsi, des observations ont été réalisées en Béarn (Grangé, 1990), dans les Hautes-Pyrénées (Milcent & Grangé, 2010), en Lot-et-Garonne (Hoare, 2005) et deux nidifications septentrionales ont été notées en Suisse (Sermet & Posse, 1998 ; Posse & Revaz, 2005). Le réchauffement pourrait donc laisser croire à une extension rapide des espèces méditerranéennes. Cependant la réaction de l’avifaune à ce phénomène est soumise à une multitude d’autres facteurs et pourrait être plus lente que prévue et décalée dans le temps (Popy, 2008).

CONCLUSION Depuis 25 ans, l’Ariège a vu la répartition de la Fauvette passerinette s’étendre sur son territoire. L’évolution observée provient d’abord d’une prospection plus élargie mais laisse également penser qu’il existe une connexion progressive entre populations ariégeoises (périphériques et/ou isolées) et populations méridionales. Les « trous » dans la répartition restent néanmoins importants et les nombreux milieux de « pseudo-garrigue » inoccupés offrent encore de larges potentialités. L’étude confirme l’attrait de l’espèce pour les versants secs et ensoleillés des vallées de montagne et relève également sa présence dans des zones géographiques diverses allant des vallées calcaires du Plantaurel aux collines autour de Mirepoix, en passant par les coteaux situés de part et d’autre de la vallée de l’Hers. Enfin, dans la continuité de cette étude, il serait intéressant : i) de parvenir à une prospection plus exhaustive du département, ii) de reprospecter des secteurs où la passerinette était connue (comme Saint-Béat dans la Haute-Garonne voisine) et iii) d’approfondir la biologie et le statut de nidification des différentes populations ariégeoises.

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Remerciements Un grand merci à Y. Aleman, G. Balent, A. Calvet, A. Clamens, C. Clerc, J. Fonderflick, J. Joachim, S. Popy, G. Posse, R. Prodon, S. Frémaux, et plus particulièrement à J-F Bousquet, pour leurs conseils et leurs échanges d’informations, de données ou de documents. Je remercie également tous les observateurs d’avoir accepté de me transmettre leurs données : Jean-Jacques Berné, Alain Bertrand et Tristan Guillosson. Merci beaucoup à Jean-Jacques Berné pour la relecture de l’article. Enfin, un grand merci à Cécile pour son sens du partage.

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Fauré, 2012 : Le Pistrac, 23 : 71 - 85

L’AVIFAUNE DE LA CHENAIE PUBESCENTE : CAUSSES DE GRAMAT ET DE LIMOGNE (LOT) Christian Fauré 16, rue Louis Hérold, 31200 Toulouse.

Abstract : The breeding bird community of Pubescent Oak Quercus pubescens forests in the Causse de Gramat and the Causse de Limogne (Haut Quercy, south western France) was censused in spring 2007. The selected 6 forests showed a global surface area of 310 ha and the tree’s height was about 8 m to 16 m. 50 EPS (20mn point counts) were carried out in may and early june. 33 species were noticed by the point count survey. The most common species (Frequency > 50%) were: Chaffinch, Blackbird, Robin, Blackcap and Western Bonelli's Warbler. Results indicate that bird community does not greatly differ from that of various lowland deciduous forests of the western Palearctic Résumé : L’avifaune nicheuse de la chênaie pubescente Quercus pubescens des Causses du Haut Quercy situés dans le sud-ouest de la France a été étudiée en 2007 en utilisant la méthode des Echantillonnages Ponctuels Simples (EPS). L’échantillon choisi sur les Causses de Gramat et de Limogne, est d’une superficie totale de 310 ha, inclus dans un vaste ensemble forestier de plusieurs dizaine de milliers d’hectares : à l’époque de l’étude, le toit forestier était situé dans l’intervalle 8-16 m. La richesse totale du peuplement s’élève à 33 espèces ; elle s’inscrit dans l’intervalle des valeurs mesurées dans les chênaies tempérées d’Europe. Elle est proche de celle observée dans une chênaie pubescente du sud-est de la France dans la Drome. La richesse moyenne est de 11.3 espèces ; elle est voisine de celles observées dans les chênaies pédonculée ou sessile du sud-ouest de la France. La majorité des espèces du peuplement (76%) sont originaires du paléarctique européen. Les cinq espèces constantes (F > 50%) sont le Pinson des arbres, le Merle noir, le Rougegorge familier, la Fauvette à tête noire et le Pouillot de Bonelli. Les insectivores constituent la catégorie trophique prépondérante. La plupart des guildes des milieux forestiers sont présentes ici suite à la complexité du milieu étudié notamment un important sous bois dû à une couverture claire. Indices de diversité et d’équirépartition indiquent un haut niveau de réalisation de la diversité de l’ensemble forestier étudié. Les résultats montrent que l’avifaune nicheuse des formations étudiées est représentative de celle des forêts caducifoliées de plaine du paléarctique occidental. Le chêne pubescent Quercus pubescens est une espèce présente en Europe du Sud et au MoyenOrient ; on la trouve également en Europe centrale. En France elle est bien répandue au sud d’une ligne Nantes Colmar rare plus au nord ; elle est absente de Bretagne et des Landes. Dans le nord du pays elle se développe essentiellement sur sol calcaire. C’est une espèce thermophile mais résistante au froid. Elle appartient à l'étage méditerranéen et supraméditerranéen, à l'étage collinéen hors de cette zone, et ne dépasse guère 1400 mètres d'altitude dans notre pays. C’est une essence bien représentée en Midi-Pyrénées notamment dans les causses calcaires du nord de la région. Précédemment, seule l'avifaune d’un taillis de chêne pubescent avait fait l’objet d’une étude dans notre région (Joachim 2002). La présente étude la complète par la caractérisation de l'avifaune nicheuse de boisements de plus grandes superficies situés sur les Causses de Gramat et de Limogne dans le Lot (Fig.2) La composition et la structure du peuplement ont été évaluées par la méthode dite des Echantillonnages Ponctuels Simples ou EPS (Spitz 1974).

DESCRIPTION DU MILIEU Les Causses de Gramat et de Limogne sont situés dans le nord de la région Midi-Pyrénées dans le département du Lot et constituent la principale partie du Haut-Quercy. Ils présentent un paysage de plateaux interrompus par des vallées, parfois abruptes, comme celles du Célé ou du Lot. L’altitude des deux plateaux est située entre 300 m et 450 m Le substrat est calcaire, datant du jurassique, au relief karstique creusé de nombreux gouffres et dolines. Le climat est de type océanique dégradé à étés secs. Les Causses du HautQuercy appartiennent à l’étage subméditerranéen avec, à l’exclusion des vallées, comme série dominante celle du Chêne pubescent ; cette série est quasi exclusive sur les zones inventoriées (Dupias 1985) (Rey 1959) Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie

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Fig.1 : Les chênaies pubescentes étudiées sont situées sur les Causses de Gramat et de Limogne dans le Lot (France)

Causse de Gramat : la zone inventoriée est située sur le territoire des communes de Cagnac-du-Causse, d’Espédaillac et de Quissac à l’altitude moyenne de 400m (Fig 3). Elle se situe sur un plateau karstique au relief peu accentué dont le couvert végétal principalement forestier ; la superficie boisée totale est de 4700 ha sur ces 3 communes. Le boisement est majoritairement constitué de chêne pubescent essentiellement sous forme de taillis avec ça et là quelques modestes futaies. Cet ensemble forestier est ancien comme en témoigne sa présence sur la carte de Cassini datant du 18ème siècle. Sa vocation était probablement de fournir du bois de chauffage et de charpente et ne semble pas avoir changé aujourd’hui. A une période plus récente, la déprise agricole a permis au Chêne pubescent de recoloniser d’anciens terrains dédiés à l’élevage ovin. Les arbres présentent un développement moyen, seules 9% des stations ont une hauteur supérieure 16m ; ce chiffre monte à 91% pour l’intervalle 8 – 16 m. La couverture maximale de la canopée est atteinte dans l’intervalle 4 – 8 m (moyenne : 50%) ; au delà (8-16 m) elle est faible (16 %) et inférieure à 1% au delà de 16 m. L’ouverture induite, se traduit par la présence d’un sous étage relativement fourni entre 0 et 4 m (ex : Cornouiller sanguin, Cornus sanguinea, aubépine monogyne, Crataegus monogyna , Genévrier commun, Juniperus communis, genêt sp). Les autres arbres du sous-bois les plus fréquemment rencontrés sont l’Erable de Montpellier - Acer montpessulanum - et le Cornouiller mâle – Cornus mas -. Causse de Limogne : la zone inventoriée est située sur le territoire des communes de Bach, de Saillac et de Vaylats une altitude moyenne de 300m (Fig 4). Comme pour le Causse de Gramat, elle est située sur un plateau karstique au relief peu accentué dont le couvert végétal est aussi principalement forestier ; la superficie boisée totale est également de 4700 ha sur les 3 communes. L’ensemble forestier est ancien et ne semble guère avoir évolué par rapport à la description donnée par la carte de Cassini datant du 18ème siècle. En première approche, la vocation de ces boisements semble être de celle décrite plus haut sur le Causse de Gramat. Ici aussi, les arbres présentent un développement moyen seules 7% des stations ont une hauteur supérieure 16m ; ce chiffre monte à 96% pour l’intervalle 8 – 16 m. La couverture maximale de la canopée est atteinte dans l’intervalle 4 – 8 m (moyenne : 46%) ; au delà (8-16 m) elle est plus faible (35 %) et inférieure à 1% au delà de 16 m. L’ouverture induite, se traduit par la présence d’un sous étage fourni entre 0 et 4 m (ex : Cornouiller sanguin, aubépine, Genévrier commun, chèvrefeuille). L’arbre du sous-bois le plus fréquemment rencontrés est l’Erable de Montpellier ; contrairement à Gramat, le Cornouiller mâle Cornus mas est ici quasi absent. Comme le montrent la figure 2 et le tableau I, les ensembles forestiers de Gramat et de Limogne ont des structures verticales et un encombrement végétal similaires. Ces forêts peuvent donc être considérées comme très voisines sinon identiques. Le tableau I résume ce profil pour l’ensemble des 50 stations de l’étude. La superficie totale couverte par les 50 points d’écoute est d’environ 310 hectares.

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Fig.2 : Comparaison de la physionomie du milieu végétal Gramat Limogne (%de couverture)

Tableau I : physionomie du milieu végétal de l’ensemble des stations Gramat et Limogne (n = 50) ; fréquence stationnelle : % de stations présentant la hauteur d’arbre correspondante

METHODE UTILISEE POUR LE RECENSEMENT La méthode utilisée est celle des Echantillonnages Ponctuels Simples (Spitz 1974) ; les cinquante stations ont été définies de manière à ménager une distance minimum de 250 m entre deux points, de façon à préserver une certaine indépendance des stations. Les relevés par dits par points d’écoutes, d’une durée de 20 minutes, ont été effectués du 03/05/2007 au 10/06/2007. Un seul point d’écoute est effectué par échantillon avec un relevé en présence/absence pour chacune des espèces rencontrées. Les indices d’abondances ont également été relevés comme dans les Indices Ponctuels d’Abondance (Blondel et al 1970). Un contact est codé un, un chanteur ou tout autre indice de reproduction est codé deux. Les figures 3 à 8 présentent la localisation des points d’écoute dans les bois étudiés.

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Fig. 3 : Causse de Limogne, Bach (Escabasse) : localisation des points d’écoute (1-9)

Fig. 4 : Causse de Limogne, Bach (Couanac) : localisation des points d’écoute (10-18)

Fig. 5 : Causse de Limogne, Vaylats : localisation des points d’écoute (19-27)

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Fig. 6 : Causse de Gramat, Caniacdu-Causse : localisation des points d’écoute (28-35)

Fig. 7 : Causse de Gramat, Quissac (la Sole) : localisation des points d’écoute (36-43)

Fig. 8 : Causse de Gramat, Quissac (la Verrerie) : localisation des points d’écoute (44-50)

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RESULTATS ET DISCUSSION La matrice des données brutes relevés/espèces est présentée au tableau II ; les paramètres correspondants à la composition de l’avifaune, abondance, fréquence, dominance, richesse ainsi que l’origine biogéographique des espèces sont présentés au tableau III. Composition et structure du peuplement Loi de distribution Considérant le faible nombre de relevé, l’étude statistique de la distribution du peuplement par la loi log normale et son corollaire d’adéquation au modèle n’est pas menée ici. Diversité du peuplement La diversité du peuplement a été mesurée en utilisant l’indice de Shannon calculé sur les données d’abondance ou de fréquence sur l’ensemble des espèces décrites dans la matrice des relevés. Les résultats obtenus, respectivement 4.32 pour l’abondance et 4.56 pour la fréquence sont similaires. Ils sont similaires à ceux mesurés dans la chênaie sessile de Labach avec respectivement 4.30 et 4.59 ou dans la chênaie pédonculée de Mauboussin et de Lilhac 4.14 et 4.37. L’équirépartition J’ (ou entropie) est calculée selon Lloyd & Ghelardi (1964). La valeur trouvée est de 0.86 en utilisant les valeurs d’abondance et de 0.90 en utilisant celles de fréquence. Elles sont élevées, proches de la valeur maximale de 1, montrant un haut niveau de réalisation de la diversité maximale dans ce milieu (Blondel 1975). Deux espèces de rapaces, Buse variable, Buteo buteo et la Bondrée apivore, Pernis apivorus ont été contactées durant l’étude de terrain. Leur étude ne relevant pas de méthodes basées sur les indices ponctuels, elles n’ont été prises en compte que dans l’analyse de l’origine biogéographique des espèces rencontrées et à leur appartenance aux diverses guildes. Le rapport a/N (où a = nombre d’espèces contactées une seule fois et N = nombre total de relevés) s'établit à 0,04 valeur inférieure au seuil de 0.1 pour lequel il est nécessaire, en théorie, d’effectuer dix relevés supplémentaires pour contacter une nouvelle espèce ; à ce stade, la prospection est considérée comme suffisante. La richesse totale (S) s’élève à 33 espèces. Qualitativement le peuplement est essentiellement de type paléarctique et européen tel que défini par Blondel (1978). Sur les dix-huit espèces accessoires et constantes quatorze appartiennent à ce groupe soit 78% ; s’y ajoutent une holartique, le Troglodyte mignon Troglodytes troglodytes, et trois euro-turkmènes, le Pigeon ramier Columba palumbus la Tourterelle des bois Streptopelia turtur et le Pipit des arbres Anthus trivialis. Concernant les quinze espèces satellites (voire accidentelles), onze appartiennent au groupe paléartique/européen, soit 73%, s’y ajoute une holarctique le Roitelet triple bandeau Regulus ignicapillus, une ancien monde le Loriot d’Europe Oriolus oriolus, une indo-africaine la Tourterelle turque Streptopelia decaocto et le Faisan de Colchide Phasianus colchidus espèce d’origine asiatique introduite en Europe depuis l’antiquité. Avec 76% d’espèces appartenant au groupe paléartique/européen, l’échantillon mesuré est bien représentatif de l’avifaune du fond sylvatique européen surtout des forêts caducifoliées de plaine. Sur un plan régional, toutes les espèces accessoires et constantes appartiennent au groupe VI défini par Balent et al (1988) et repris par Joachim (2009) comme "fond de l’avifaune de Midi-Pyrénées" ; ce groupe rassemble les espèces largement répandues et communes en Europe. Pour les quinze satellites, neuf appartiennent aussi à ce groupe soit 60%. Au total, avec 82% des espèces recensées appartenant au fond de l’avifaune de Midi-Pyrénées l’échantillon mesuré est, pour une forêt de plaine, bien représentatif au niveau régional. Le tableau IV présente les catégories trophiques et les guildes auxquelles appartiennent les espèces contactées sur Gramat et Limogne. Durant la période de nidification, le Pinson des arbres Fringilla coelebs, le Rougegorge la Grive musicienne Turdus philomelos, la Grive draine Turdus viscivorus et le Loriot d’Europe Oriolus oriolus consommant essentiellement des insectes, ont été placés dans la catégorie des insectivores. La catégorie des granivores regroupe aussi bien les consommateurs de graines que de fruits. Concernant ce chapitre, les deux rapaces contactés ont été intégrés dans l’analyse. Les insectivores représentent 71.4% des espèces : ils dominent largement l’ensemble du peuplement surtout si l’on considère les 14.3% de mixtes qui les suivent dans le classement et forment, de plus avec ce dernier groupe, l’ensemble des espèces constantes (F > 50%). Toutes les guildes relatives aux insectivores, ceux des rameaux, des troncs, des feuillages et de l’espace aérien sont représentées dans ces formations de chêne pubescent. Les granivores ne représentent que 76 Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie


11.4% du peuplement et sans représentants dans les espèces constantes (F > 50%). Les rapaces constituent le groupe des carnivores avec 2.9% (figure 9).

Fig 9: répartition selon les catégories trophiques des espèces contactées sur Gramat et Limogne

La distribution des espèces suivant les sites ou elles recherchent préférentiellement leur nourriture est présentée figure 10. Les utilisateurs du sol sont largement majoritaires avec presque la moitié de l’effectif (45.7%) suivis de ceux des feuillages (17.1%) puis viennent à égalité (11.4%) ceux des troncs et des écorces, des rameaux et des branches, des buissons, enfin ceux de l’espace aérien (2.9%). La prédominance des utilisateurs du sol trouve son origine dans l’ouverture du milieu étudié, les espèces du sous étage, sols et buissons représentant 57.1% des espèces ; le faible développement des arbres explique quant à lui que les utilisateurs des troncs et écorces ne représentent que 11.4% des espèces.

Fig 10 : répartition des espèces selon les sites de recherche de nourriture

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Avec 33 espèces, la richesse totale (S) du peuplement étudié s’inscrit dans l’intervalle des valeurs moyennes des chênaies tempérées d’Europe allant de 25 à 46 espèces (Muller 1985). En Midi-Pyrénées, la richesse du peuplement est proche de celle observée dans la chênaie pédondulée Quercus robur des forêts de Fabas et Mauboussin, 29 espèces (Fauré sous presse) d’une chênaie sessile, Quercus petraea, située en montagne au Bois de Labach (Melles 31) 36 espèces (hors rapace et Grand Corbeau) (Clouet 2004) ou d’un taillis de chêne pubescent de faible surface au bois de la Ramée près de Toulouse 27 espèces (Joachim & Delmas 2002). La richesse moyenne (s) est de 10.3. Elle est voisine de celles trouvées pour les chênaies de la région MidiPyrénées, 11.2 dans la chênaie pédonculée de Lilhac et Mauboussin, 10.2 dans la chênaie sessile du Bois de Labach. Elle est inférieure à celle du taillis de chêne pubescent à la Ramée, s = 14.3. La valeur élevée à la Ramée s’explique par un fort effet de lisière intégrant des espèces comme par exemple le Verdier d’Europe, Carduelis chloris, le Rossignol philomèle, Luscinia megarhynchos ou même la Bouscarle de cetti, Cettia cetti . Le coefficient de variation (CV) de la richesse moyenne est de 25.9% valeur peu élevée montrant l’homogénéité de l’échantillon de chênaie étudié ; cette valeur est cependant supérieure à celle observée à Lilhac/Mauboussin, 19.8%, dans une formation forestière gérée en futaie régulière qui offre une plus grande homogénéité au milieu. Parmi les cinq espèces constantes (F > 50% ; tableau II), aucune n’est caractéristique des formations boisées âgées. Le plus fréquent et le plus abondant, le Pinson des arbres, est un ubiquiste forestier présent dès que la hauteur des arbres atteint 5-6 m (Joachim 1997) puis tout au long de la succession des différents stades de développement forestier, le Merle noir Turdus merula et le Rougegorge habitent les sous étages fournis, la Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla montre elle une affinité marquée pour la strate buissonnante. Enfin, le Pouillot de Bonelli Phylloscopus Bonelli (F = 62%) absent dans les futaies de chêne pédonculé de Mauboussin et de Lilhac ou de chêne sessile de Labach montre ici sa préférence pour les bois de taillis Le nombre peu élevée d’espèces constantes s’explique par la présence de presque tous les stades de développement forestier dans l’ensemble étudié ayant pour conséquence une plus grande diversité du milieu et de ses occupants. Les espèces propres aux formations boisées âgées n’apparaissent que dans le groupe des accessoires comme le Pic épeiche, Dendrocopos major (F = 42%) ou Grimpereau des jardins, Certhia brachydactyla (F = 34%) voire dans celui des satellites comme la Sittelle d’Europe, Sitta europa (F = 12%). Cette distribution est symptomatique du faible développement des arbres et du degré d’ouverture dans les zones de recolonisation favorisant le sous étage voire une strate buissonnante. L’ouverture du milieu se traduit par la présence d’espèces de clairières comme le Pipit des arbres, Anthus trivialis (F = 26%), du Rossignol philomèle Luscinia megarhynchos (F = 14%), de l’Alouette lulu, Lulula arborea (F = 4%) ou du Torcol, Jynx torquilla (F = 2%). Malgré le faciès bien représenté de forêt claire, la plupart des espèces des boisements caducifoliés sont présentent comme les grives draine et musicienne ou les mésanges bleue, nonnette et charbonnière. Le nombre d’espèces satellites, quinze, témoigne d’une bonne diversité du milieu. A noter dans ce groupe le Grosbec casse-noyaux, C. coccothraustes, espèce peu commune même dans les milieux favorables en Midi-Pyrénées. Autres espèces satellites remarquables, la Tourterelle turque, Streptopelia decaocto, et le Rougequeue à front blanc P. phoenicurus : la Tourterelle turque, dont la présence en forêt n’est pas commune, est ici notée à trois reprises avec trois chanteurs sur trois points différents à des distances à la première habitation supérieure à 500 m, élément peut être symptomatique des prémices d’installations hors de milieux anthropisés. Le Rougequeue à front blanc dans un milieu en principe peu favorable par la rareté des cavités inhérentes aux vieux arbres n’est peut être ici qu’un accidentel ; il est beaucoup plus répandu dans les vieux arbres tourmentés des châtaigneraies du nord de la région Midi Pyrénées. A noter également, l’absence de l’Etourneau sansonnet pour qui la chênaie pubescente offre peu d’opportunités en terme de cavités pour la nidification. Cette espèce qui a largement colonisé les milieux ouverts de la plaine toulousaine est sporadique en forêt dans notre région alors qu’elle est constante ( F> 50%) en milieu forestier dans d’autres régions, comme à Haguenau dans les Vosges (Muller 1986) ou en forêt d’Orléans (Senotier 1983), satellite (F < 25%) dans la chênaie de Sarre-Union (Muller 1986).C’est un indice que la colonisation d’origine continentale de cette espèce n’est peut être pas terminée dans le sud ouest de la France (Joachim com. pers.).

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Tableau II : Matrice de distribution du peuplement d’oiseaux : indice ponctuel d’abondance


Tableau III : tableau hiérarchique de la composition du peuplement des Forêts de Gramat et de Limogne. Type faunistique : E, européen ; P, paléarctique ; AM, ancien monde ; ET, euro-turkmène ; IF ; indo-africain ; H, holarctique

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Tableau IV : Catégories trophiques et guilde des oiseaux du peuplement

Comparaison avec d’autres chênaies pubescentes L’avifaune des formations de Gramat et de Limogne est comparée avec celles de la Ramée en Haute-Garonne et de Saou dans la Drome, France (Lebreton & al 1991). Les superficies couvertes par les stations sont respectivement pour les trois formations de 310 ha (50 stations), 18 ha (8 stations) et 100 ha (16 stations). La Ramée est un taillis à 200 m d’altitude dont la superficie est entièrement couverte par les points d’écoute. A la Saou, les points sont intégrés dans un ensemble de 300 ha situé en soulane entre 400 et 600m à l’étage supraméditérranéen. Pour rappel, les points de la présente étude sont intégrés dans un ensemble de près 10000 ha sur les trois communes visitées. Gramat Limogne et la Saou ont un profil de développement forestier similaire a contrario de la Ramée, un taillis qualifié par les auteurs de l’étude de «vaste lisière forestière en zone suburbaine » (Joachim & al 2002). Les données de la Saou étant uniquement exprimées en abondance c’est ce critère qui s’est imposé pour la comparaison. Pour cet ensemble, les auteurs ont choisis comme critère Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie

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de quantification 0,5 pour un contact (vu, cri), et 1 pour les autres manifestations de nidification (chant…) ; il convient donc de multiplier par un facteur 2 les chiffres présentés au tableau V concernant la Saou pour une comparaison avec les autres boisements. Enfin, la Saou a bénéficié de 2 passages conformément à la méthode IPA (Blondel & al 1970). A la Saou, les auteurs ont éliminé une espèce qui présentait une fréquence inférieure à 5 % et n’ont pas, semble t’il, pris en compte les corvidés pourtant bien présents sur le site. Pour les trois formations, Gramat Limogne, Saou et la Ramée, la richesse totale est équivalente avec respectivement 33, 27 et 27 espèces. Les valeurs des indices de diversité Hα, 4.32, 4.36 et 4.27 comme celles d’équirépartitions J’, 0.86, 0.93 et 0.90 pour respectivement les mêmes trois formations sont similaires ; elles indiquent un haut niveau de réalisation de la diversité dans chacun des ensembles forestiers étudiés. Qualitativement en considérant les 15 espèces les mieux représentées, 13 sont communes à Gramat Limogne et à la Saou ; la Ramée ne partage que 11 espèces avec les 2 autres formations. Ces espèces appartiennent toutes au vieux fond sylvatique européen avec aucune espèce méditerranéenne à la Saou dans la Drome. Gramat Limogne et la Saou ont des compositions du peuplement très similaires qualitativement et hiérarchiquement jusque dans la parcimonieuse présence des espèces des troncs caractéristiques des forêts âgées comme par exemple la Sittelle torchepot. Gramat Limogne se singularise par la présence significative d’une espèce des milieux semi ouvert, le Pipit des arbres. Si à la Saou l’absence de la Tourterelle des bois est remarquable, la présence d’espèces ayant un préférendum pour les conifères comme la Mésange noire et la Mésange huppée est tout aussi remarquable ; leurs présences s’expliquent par l’immédiat voisinage de la grande hêtraie sapinière éponyme et de nombreuses pinèdes contigües. On retrouve ici le même phénomène observé dans les Pyrénées ou la Mésange noire présente en abondance dans la sapinière déborde dans les formations de feuillus pures comme celle de hêtre (Fauré 2008) ou de chêne (Clouet 2004). Autres espèces remarquables à la Saou, le Pic noir Dryocopus martius et le Bruant fou emberiza cia ; le premier par la proximité de la vaste hêtraie sapinière de montagne de la Saou, le second par présence de nombreuses falaises de calcaire dans la soulane étudiée. A l’opposé des formations forestières de Gramat Limogne et de la Saou, le taillis de la Ramée à une avifaune de sous bois et de buissons avec aux deux premières positions la Fauvette à tête noire et le Rossignol philomèle ou de lisière comme le Verdier d’Europe ou la Huppe fascié. A noter le faible effectif du Pinson des arbres moins fréquent dans les bois isolés de la moyenne vallée de la Garonne (Joachim 1995). En résumé, les chênaies pubescentes de Gramat Limogne et de la Saou très similaires dans leurs développements forestiers le sont également dans la composition de leurs avifaunes respectives malgré la distance de 300 km les séparant. A l’inverse, la taille et la structure bien différente du taillis de la Ramée implique une avifaune différente de deux formations précitées.

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Tableau V : comparaison des chênaies pubecentes de Gramat et Limogne, de Saou et de la Ramée.

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CONCLUSION L’avifaune nicheuse de formations forestières de chênaie pubescente - Quercus pubescens - situées dans le Causses du Quercy dans le sud-ouest de la France a été étudiée en 2007 en utilisant la méthode des Echantillonnages Ponctuels Simples ou EPS (Spitz, 1974). Les deux formations recensées, sur les Causses de Gramat et de Limogne, sont insérées dans de vastes ensembles forestiers de plusieurs dizaines de milliers d’hectares essentiellement composés de cette essence. Au moment de l’étude, les secteurs inventoriés présentaient une hauteur de toit comprise entre 8 et 16 mètres. La richesse totale du peuplement s’élève à 33 espèces, 35 si l’on inclut les rapaces qui, en principe, ne relèvent pas de ce type de méthode ; elle s’inscrit dans l’intervalle des valeurs mesurées dans les chênaies tempérées d’Europe, de 25 à 46 espèces (Muller 1985). La richesse moyenne est de 10.3 espèces ; elle est proche de celles observées dans une chênaie pédonculée du sud-ouest de la France, 11.2 espèces (Fauré 2012) ou d’une chênaie sessile d’altitude dans les Pyrénées, 10.2 espèces (Clouet 2004). La grande majorité des espèces du peuplement (76%) est originaire du paléarctique européen et caractéristique des forêts caducifoliées tempérées, avec, comme constantes (F > 50%), le Pinson des arbres, le Merle noir, le Rougegorge familier, la Fauvette à tête noire et le Pouillot de Bonelli. La présence dans cette classe d’espèces du sous étage s’explique par une importante ouverture du toit forestier. Les espèces du tronc sont moins bien représentées suite au développement limité des arbres. La catégorie trophique la mieux représentée est celle des insectivores avec 71.4% des espèces. La plupart des guildes des milieux forestiers sont représentées ici conséquence de la complexité du milieu étudié notamment par la présence d’un sous bois dense et buissonnant et d’un faciès de forêt claire comme l’illustre la présence du Pouillot de Bonelli ou celle du Pipit des arbres. Les valeurs des indices de diversité et d’équirépartition indiquent un haut niveau de réalisation de la diversité de l’ensemble forestier étudié. La comparaison avec une chênaie pubescente au développement semblable du sud-est de la France montre des avifaunes similaires. En revanche, et bien que composé de la même essence, la taille et la constitution en taillis du bois de la Ramée situé dans la plaine de la Garonne montre une structure de l’avifaune bien différente.

Références BALENT G.. GENARD M. & LESCOURET F.. 1988, - Analyse des patrons de répartition des oiseaux nicheurs en MidiPyrénées - .Acta oecologica. Oecologia generalis 9 : 247-263. BLONDEL.J. FERRY C. & FROCHOT B. 1970, - La méthode des indices ponctuels d'abondance (IPA) ou des relevés d'avifaune par “ points d'écoute' ” - .Alauda 38 : 55-71. BLONDEL J. 1975. - Analyse des peuplements d’oiseaux élément d’un diagnostic écologique. 1. la méthode des échantillonnages fréquentiels progressifs : EFP - La Terre et la Vie, revue d’écologie 29 : 533-589. BLONDEL.J 1978. – Atlas des oiseaux nicheurs de France et biogéographie écologique - .Alauda 46 (2) : 107-129. CLOUET M. 2004. – L’avifaune d’une chênaie pyrénéeenne d’altitude : le bois de Labach, Melles (Haute-Garonne). Le Pistrac 19 : 64-71 Muséum Toulouse. DUPIAS G. & REY P. 1985. - .Document pour un zonage phytoécologique. C.N.R.S., Centre d’Ecologie des Ressources Renouvelables Toulouse. FAURE C. 2012. – l’avifaune d’une chênaie pédonculée :forêts de Lilhac et de Maubussin (canton d’Aurignac, HauteGaronne). Le Pistrac 23 : ? Muséum Toulouse. JOACHIM J. (1995) : Dialectes et populations du pinson des arbres (Fringilla coelebs) dans le Sud-Ouest de la France. Thèse de Doctorat de l’Université Paul Sabatier, Université de Toulouse III, 156 pp. JOACHIM J. (1997) : Pinson des arbres, pp 238-240 in Joachim J., Bousquet J.F. & Fauré C. : Atlas des oiseaux nicheurs de Midi-Pyrénées. 262 pages. AROMP ed., Museum d'Histoire Naturelle, Toulouse. ISBN 2-9511955-0-8. JOACHIM J. 2009. – Particularités locales sur la distribution de quelques passereaux généralement peu communs dans la grande plaine toulousaine et le Lauragais. Le Pistrac 21 : 5-13 Muséum Toulouse. JOACHIM J. & DELMAS N. 2002. – Dénombrement d’oiseaux (passereaux) nicheurs en plaine toulousaine : un quadrat

84 au bois de La Ramée. Le Pistrac 18 : 54-94 Muséum Toulouse.

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LEBRETON P & CHOISY J.P. 1991. – Avifaune et altérations forestière. III. Incidences avifaunistiques des aménagements forestiers : substitutions Quercus/Pinus en milieu subméditérranéen. Bull. Ecol., t. 22 (1) 1991 : 213-220. LLOYD M. & GHELARDI R.G. 1964. - A table for calculating the “equitability” component of species diversity. J. Anim. Ecol., 33 : 217-225. MULLER Y. 1985. - L'avifaune forestière nicheuse des Vosges du Nord, sa place dans le contexte médio-européen. Thèse Doctorat es sciences Université Dijon. MULLER Y. 1986 - Ecologie des oiseaux nicheurs de la forêt de Haguenau (Alsace). Comparaison des peuplements aviens de quatre formations boisées âgées. Ciconia, 10 (2) : 69-90 REY P. 1959. – Carte de la végétation de la France, feuille n°64 Montauban. C.N.R.S. Ed. SENOTIER J.L. 1983 - Quelques fréquences de petits passereaux en forêt d'Orléans. Bull. Ass. Nat. Orléanais, 2 (4) : 103116 SPITZ F. 1974. - Facteurs de répartition de l'avifaune en forêt de montagne. In "écologie forestière, la forêt : son climat, son sol, ses arbres sa faune", Ed.P. Pesson, Gauthiers-Villars, Paris).

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Fauvette à tête noire (mâle), Sylvia atricapilla © J. Joachim Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie


Notes & Brèves

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Guillosson, 2012 : Le Pistrac, 23 : 88-89

OBSERVATIONS DU BECASSEAU TACHETE CALIDRIS MELANOTOS AU DOMAINE DES OISEAUX (MAZERES-09)

Tristan Guillosson 4, Rue du Tourrou, 11420 Belpech tristan.guillosson@gmail.com

Abstract : On September 6th 2006, I saw a Pectoral Sandpiper Calidris melanotos from a hide in the “Domaine des oiseaux de Mazères”. Since, this species has been encountered 5 more times on the same location (in 2007, 2008, 2009 and twice in 2012). In the meantime only 3 reports of Pectoral Sandpiper were done within the whole Midi-Pyrénées region.

Le 06 septembre 2006 lors d’une visite au Domaine des oiseaux de Mazères (09) j’ai eu l’œil attiré par un bécasseau atypique. L’oiseau étant très furtif, j’ai mis près de deux heures avant de pouvoir l’observer dans de bonnes conditions. J'ai pu noter les caractères suivants: > Taille: plus petit que les Bécassines des marais plus court sur pattes que le Chevalier sylvain ; > Silhouette: allongée intermédiaire entre un Bécasseau et un Combattant ; > Dessus: brun écaillé de roux ; > Dessous: blanc pur ; > Tête plastron finement barré de brun sombre avec une délimitation nette par rapport au ventre blanc. Dessous de la tête et lores légèrement roussâtre avec un léger sourcil clair ; > Bec: relativement court légèrement courbé vers le bas, de couleur noire brun-jaunâtre à la base ; > Pattes brun jaunâtre de la même couleur que la base du bec. Ces divers caractères m'ont permis d'identifier cet oiseau comme étant un Bécasseau tacheté juvénile. Cet oiseau est resté sur le site jusqu'au 26 septembre de cette même année se laissant observer par de nombreux naturalistes. La zone de reproduction du Bécasseau tacheté s’étend de la presqu’île du Taïmyr au NO du Canada dans les zones de toundra (Cramp & Simmons 1983, Hayman et al 1986). La quasi-totalité de la population hiverne en Amérique du sud, y compris les oiseaux sibériens qui réalisent un voyage de près de 16 000km avec un passage en Amérique du nord, via l’Alaska (Paulson 1993). Il existe néanmoins une petite population hivernante en Australie et Nouvelles Zélande que l’on suppose d’origine sibérienne (Higgins & Davies 1996). Le Bécasseau tacheté est considéré comme le limicole néarctique le plus régulier en Europe (Dubois et al 2008, Toms 2002). Il existe quelques indices indiquant une possible origine sibérienne pour certains oiseaux observé en Europe, comme des observations plus hâtives sur la côte est de la Grande Bretagne (Sharrock 1971) même si cela pourrait concerner des oiseaux survivant de l’automne précédent (Toms 2002). Le biais occidental des observations en France (Dubois & Yésou 1992), l’association des arrivées de l’espèce en Europe avec les tempêtes atlantiques (Cramp & Simmons 1983) et la tendance de l’espèce à couper au-dessus de l’Atlantique ouest pour rejoindre ses lieux d’hivernage (Hayman et al 1986) confirme que la vaste majorité des Bécasseaux tachetés observés en Europe sont d’origine néarctique. Il s'agissait là de la première mention pour l'Ariège et de la troisième pour Midi-Pyrénées suivant celle d'un juvénile le 29/08/94 à Fréjeville (81) par M. Malatère (donnée CHN) et celle d'un individu de 2 au 7/09/2005 au lac de la Castagnère (32) par J. Brignicourt (Source obsmip). Cette observation a été réalisée lors d'un afflux constaté de l'espèce en France avec 28 individus observés en 2006, soit la « meilleure année » pour cette espèce (Champion, 2010).

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Depuis l’espèce a été contactée au Domaine des oiseaux à 5 reprises: - 1 du 11 au 15 mai 2007 (M. Pujol) - 1 le 20 septembre 2008 (BdD Dom.des Oiseaux) - 1 adulte du 13 au 19 mai 2009 (S. Cavaillès) - 1 juvénile le 11 septembre 2012 (C. Thébaud) - 1 juvénile le 10 octobre 2012 (D. Delvart) Alors que seuls trois autres contacts ont été réalisés sur la même période pour le reste de la région - 1 à Puydarrieux (65) du 11 au 18 septembre 2008, V. Ducasse (source JF Bousquet) - 1 à Cambounet (81) du 8 au 10 septembre 2008 A. Calvet (source obsmip) - 1 à Martres-Tolosanes du 19 au 20 octobre 2010 J. Dupuis (source obsmip) Les observations réalisées au printemps sont particulièrement intéressantes car moins de 10% des observations de cette espèce en France sont réalisées entre début avril et fin mai (Dubois et al 2008). Les deux observations de l’automne 2012 concernent très probablement deux oiseaux différents étant donné l’espacement des deux contacts (un mois) et l’importante pression ornithologique sur le site. Il faut noter que l’automne 2012 a vu un important afflux de limicoles néarctiques sur l’ensemble de l’Europe. Cette concentration d'observations peut bien sur s'expliquer par la forte attraction du site pour l'espèce (milieu géré avec vasière et végétation) et par la pression d’observation ornithologique relativement forte sur le site. Mais la correspondance des dates printanières des observations pourrait aussi laisser penser que toutes ces observations concerneraient un seul et même oiseau qui après son égarement du mauvais coté de l'atlantique en 2006 repasserait par ces gravières aménagées aux deux passages….

Références Dubois, P.J. & P. Yésou, 1992. Les oiseaux rares en France. Chabaud, Bayonne. 366 p. Cramp, S. & K.E.L. Simmons (Eds.), 1983. The Birds of the Western Palearctic Volume III Waders to Gulls . Oxford University Press, Oxford, 913 p. Hayman, P., J. Marchant, & T. Prater. 1986. Shorebirds: an identification guide to the waders of the world. Houghton Mifflin Company, Boston, MA. 412 p. Paulson, D., 1993. Shorebirds of the Pacific Northwest. University of Washington Press, Seattle. 422p Dubois P J., P. Le Maréchal, G. Olioso & P. Yésou (Eds). 2008. Nouvel Inventaire des oiseaux de France. Delachaux & Niestlé, 560p Toms M., 2002. Pectoral Sandpiper in Wernham, C.V., M.P. Toms, J.H. Marchant, J.A. Clark, , G.M. Siriwardena, & S.R. Baillie, (Eds.). The Migration Atlas: movements of the birds of Britain and Ireland. T. & A.D. Poyser, London. pp 703 Sharrock, J.T.R., 1971. Scarce migrants in Britain and Ireland during 1958-67. British Birds 76: 1-25. Higgins, P. J. & Davies, J. N. (1996) [eds] Handbook of Australian, New Zealand and Antarctic Birds. Volume 3. Royal Australasian Ornithologists Union. Oxford University Press, Melbourne. 1086p. Champion, M., 2010, Bécasseau tacheté in Zucca (Ed). Les Migrateur rare en 2007. Ornithos 17-1 : 18-20

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Rey, 2012 : Le Pistrac, 23 : 90-91

HIVERNAGE DE LA GRUE CENDREE GRUS GRUS A CINTEGABELLE (31) EN 2011-2012 Sylvain Rey ANA, Vidallac 09240 ALZEN

Abstract : Winter 2011-2012, Cintegabelle (Haute-Garonne) : two adult Common cranes were noticed on November 24th near Cintegabelle, close to a gravel pit and among fallow fields and extensive wheat and corn cultures. Another visit on December 5th gave us an additional adult. On February 9th 2012, they were joined by 19 more cranes, including two juveniles, increasing the number of cranes up to 22. They were seen again on February 17th 2012, day of last observation.

Espèce paléarctique répandue du Nord de l’Europe à la Sibérie orientale (Dubois & al., 2000), la grue cendrée ne connaît pas de déclin notable de ses effectifs et est classée en « préoccupation mineure » au niveau européen (BirdLife/EBCC, 2000). En France, l’espèce a un statut d’hivernant régulier, mais localisé, et de nicheur en danger critique d’extinction (De Seynes & al., 2011). Elle s’est reproduite en Normandie de 1985 à 1991 (Moreau, in Yeatman-Berthelot & Jarry, 1994) et à partir de 2002 de manière régulière en Lorraine (Atlas des Oiseaux Nicheurs de France Métropolitaine, 2012). Deux couples sont cantonnés depuis 2010 en Aquitaine mais ne se sont pas reproduits. La population française est estimée entre 15 et 17 couples en 2010 et montre une tendance démographique à la hausse (De Seynes & al., 2011). En période migratoire, le pays est traversé par un flux suivant un axe principal Sud-Ouest / Nord-Est (LPO Champagne-Ardenne & al, 2001.). Le passage est régulier en Midi-Pyrénées et concerne quelques milliers d’individus. Les principaux sites d’hivernage français sont compris dans trois zones géographiques : la Lorraine, la Champagne humide et les landes de Gascogne en Aquitaine (Dubois & al., 2000). Le lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées) arrive en 5ème position et accueillait en 2010-2011 1780 grues. En dehors de ce site, il n’existe que quelques rares données d’hivernage en Midi-Pyérénées, avec par exemple un immature du 9/01/00 au 6/02/00 à Saint-Nicolas-de-la-Grave (1982) (Collectif, 2008), une dizaine en décembre-janvier 1988 (Bousquet, comm. pers.), 35 en décembre 2009 et 17 en février 2010 à Montbel (09) (Guillosson, comm. pers.). Près de Midi-Pyrénées, on trouve entre 10 et 50 grues hivernantes, selon les années, en Catalogne aux Aiguamolls de l'Empordà (Aleman, comm. pers.) et occasionnellement dans l’Aude, avec deux hivernages concernant 5 oiseaux en 1991/1992 et 15 en 2000/2001 (Clément & Rousseau, comm. pers.). Lors de l’hiver 2011/2012, deux grues adultes ont été contactées une première fois le 24 novembre sur la commune de Cintegabelle (Haute-Garonne). Une nouvelle visite le 5 décembre a permis l’observation d’un adulte supplémentaire. Le 09/02/2012, elles ont été rejointes par un groupe de 19 individus, comprenant 2 juvéniles, élevant le nombre de grues à 22. Elles seront revues le 17/02/2012, date de la dernière observation. Il faut rajouter que cet hivernage n’est peut-être pas le premier, deux grues ayant été observées au même endroit l’année précédente, le 23 janvier. Le milieu occupé correspond à un complexe de gravières, exploitées pour certaines, et inexploitées et mises en eau pour d’autres. La plaine alentour comprend quelques prairies permanentes et principalement des champs de blé, maïs, colza et tournesol en culture intensive, qui permettent aux grues d’assurer leurs besoins alimentaires, dans lesquels le maïs tient une place centrale en période internuptiale (Génard & al., 1991). Dans un contexte d’augmentation des effectifs hivernants en France depuis 1982 (LPO Champagne-Ardenne & al., 2001), et notamment au sein de sites géographiquement proches (comme Puydarrieux), il n’est pas surprenant d’observer quelques individus dans des lieux non fréquentés jusqu’alors. Le milieu occupé à Cintegabelle ne manque d’ailleurs pas de similitudes avec les sites proches (plans d’eau, plaine à chaumes de maïs, douceur climatique…). Les prochaines années montreront si de tels hivernages, qui se caractérisent ici à la fois par des effectifs faibles et par un stationnement dans une zone non traditionnellement occupée, conserveront leur caractère isolé ou auront vocation à devenir des sites « pionniers ».

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Références ATLAS DES OISEAUX NICHEURS DE FRANCE METROPOLITAINE. Grue cendrée. [en ligne]. Disponible sur : <http://www.atlas-ornitho.fr/index.php?m_id=508&frmSpecies=193&y=-1> (22/01/2012). BIRDLIFE INTERNATIONAL/EUROPEAN BIRD CENSUS COUNCIL, 2000. European bird populations : estimate and trends. Cambridge, UK : BirdLife International (BirdLife Conservation series n°10). COLLECTIF, 2008. Synthèse des observations ornithologiques de Midi-Pyrénées en 2000 et 2001. Le Pistrac, 20 : 90 139. DE SEYNES A. & LES COORDINATEURS ESPECES, 2011. Les oiseaux nicheurs rares et menacés en France en 2010. Ornithos, 18 (3) : 145-181. DUBOIS P.J., LE MARÉCHAL P., OLIOSO G. & YÉSOU P., 2000. Inventaire des oiseaux de France - Avifaune de la France métropolitaine. Nathan, Paris. GENARD M., LANUSSE D. & BEREYZIAT T., 1991. Ressources en maïs et stationnement hivernal des grues cendrées (Grus grus) dans le sud-ouest de la France. Canadian Journal of Zoology, 69 (9) : 2295-2299. LPO Champagne-Ardenne, DESCHATRES A., & LE ROY E., 2001. La grue cendrée en France - Migrations et hivernage - Saison 2010-2011. LPO Champagne-Ardennes, Bar sur Aubes. Egalement disponible sur : < http://champagne-ardenne.lpo.fr/images/migration_10_11/synthese_grue_2010_2011.pdf> (23/10/2011). MOREAU G. -in YEATMAN-BERTHELOT, D. & JARRY, G., 1994. Nouvel Atlas des Oiseaux Nicheurs de France 19851989. Société Ornithologique de France. Paris.

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Cèbe, 2012 : Le Pistrac, 23 : 92

OBSERVATION D’UN AIGLE DE BONELLI AQUILA FASCIATA PRES DE GARDOUCH (31) Nicolas Cèbe INRA-CEFS, BP 52627 31326 CASTANET-TOLOSAN cedex

Abstract : August t 12th 2011, Nesquive (43°22.300’ N, 1°40.227’ E), a Bonelli's Eagle Aquila fasciata sat upon a tree next hill, but mobbed by two honey buzzards Pernis apivorus he went away SW. Regional reports of this eagle are not common. Most of national reports (out of its Mediterranean realm) deal with vagrant immature single birds. Le 12 août 2011, vers 9 heures du matin, j’aperçus un gros rapace posé au loin sur le sapin le plus haut du bois de la Salle. Bien que distant d’un kilomètre, il était parfaitement visible depuis l’enclos INRA de Gardouch, à Nesquive. Des cris de Bondrées Pernis apivorus étaient audibles, en effet deux oiseaux harcelaient avec insistance le rapace posé. Elles finirent par le faire décoller (à moins qu’il n’ait simplement décidé de changer de secteur !). Compte tenu de sa très grande taille et sa couleur très claire aucune confusion n’était possible : c’était d’un Aigle de Bonelli. Je suis alors parti dans sa direction avec mon appareil photographique pour essayer de faire un cliché de lui, mais il est resté à bonne distance (environ 800 mètres), a pris des ascendances et est parti vers le sud-ouest, en direction de Nailloux. Observations d’Aigles de Bonelli erratiques dans la région et en France La rencontre de cette espèce en dehors de son aire de reproduction méditerranéenne est assez rare. Les adultes appariés étant principalement sédentaires, les mouvements d’erratisme concernent surtout les jeunes oiseaux. Bien que la centrale ornithologique régionale soit momentanément en sommeil, j’ai pu noter dans ses derniers volets (Collectif, 2008) que quelques observations plus ou moins anciennes ont déjà été reportées : 1 adulte à Saint Nicolas de la Grave (82), le 11 octobre 1987, (Pascal Roche), 1 en septembre 1989 au Port d'Aula (09), (Alain Bertrand), 1 ad le 22 avril 1990 à Cazals des Bayle (09) (Jean-François Bousquet) 1 imm marqué (bandes alaires) le 23 décembre 1990 au lac de Montbel, Léran (09) (Jean-François Bousquet) 1 imm. trouvé mort (tir de chasse) le 18 octobre 1993 dans le Gers (anonyme) 1 adulte le 26 août 2001 à Laval Roquecézières (Aveyron) (Amalric Calvet). En France, Cugnasse et Cramm (1990), ont analysé les observations d’individus hors zone de reproduction. C'est principalement en mai, puis de juillet à octobre (dispersion des jeunes) que les oiseaux sont observés en dehors de leur aire de reproduction. Cela correspond dans les grandes lignes à ce qui est déjà noté en Camargue (Cheylan 1973) et en Corse (Thibault 1983). Cette description, limitée aux observations françaises, n’a pu mettre en évidence une direction préférentielle de déplacement. En outre, certains oiseaux notés ici ou là en France pouvaient provenir de la péninsule ibérique. En conclusion, un grand nombre d'observations d'Aigles de Bonelli a souligné la prépondérance des non-adultes, montrant aussi un erratisme en tous sens, les oiseaux observés étant principalement solitaires. L’observation de Gardouch-Nesquive entre ici fort bien dans ce schéma. Références Cheylan (G.) 1973 : « Sur les déplacements de l'Aigle de Bonelli ». Alauda, 41 : 210-211. Collectif, 2008 : Centrale ornithologique régionale, Le Pistrac 20 : 90-130 Cugnasse(J.-M.) & Cramm (P.) 1990. : L’erratisme de l’Aigle de Bonelli Hieraaetus fasciatus en France. Alauda 58 (1) 5966. Thibault (J.-C.) 1983. : Les Oiseaux de la Corse. P.N.R. de la Corse, 255p. WETLANDS 2012 Midi Pyrénées

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Bousquet, 2012 : Le Pistrac, 23 : 93- 106

COMPTAGES WETLANDS 2012 EN MIDI-PYRENEES

Bousquet Jean-François AROMP Le décompte Wetlands 2012 (15 et 16 janvier) se situe dans un contexte d’hiver peu rigoureux et une baisse logique des effectifs hivernants . Le froid est arrivé tardivement (mi février) et a eu un impact sévère sur le Héron Garde-bœufs qui cette année avait malencontreusement connu un hivernage record pour notre région avec plus de 6000 oiseaux à mi janvier et finalement un abandon quasi total de la région avec la vague de froid de mi février qui a retardé l’installation des nicheurs avec une incertitude sur une forte baisse des nicheurs. La couverture régionale a été excellente avec la participation de l’ensemble des structures départementales (la rareté des milieux favorables dans le Lot et la quasi absence de zones d'hivernage hors gel en Aveyron font que ces départements ne participent pas). Depuis les années 80, le nombre de sites dénombrés est passé de 2 à 90 ! Commentaires >La Grande Aigrette est maintenant un hivernant bien implanté et toujours en progression, l’Ibis falcinelle connaît son premier hivernage en Midi Pyrénées (1 oiseau), et les Grands Cormorans voient leur effectif hivernant diminuer. Le Cygne tuberculé continue sa progression à partir du Tarn et Garonne avec une centaine d’oiseaux (moins de 10 dans les années 90). Malgré la baisse générale des canards (Sarcelles notamment) avec un hiver doux, bon maintien des Souchets, Milouins, Morillons , des Foulques également. Pour les Laridés retour d’un hivernant de Goéland marin à Saint Nicolas de la Grave, fait notable à l’intérieur des terres et spécialement dans le sud du Pays. 2 Balbuzards pêcheurs ont hiverné, fait régulier depuis quelques années ; entrée de l’Elanion blanc dans les comptages du Gers, en relation avec son installation dans l’ouest de notre région. Pour certaines espèces notre région pas des plus connue pour ces zones humides, n’en reste pas moins accueillante ; les hivernants de Courlis cendrés pour la région PACA se situent autour de 200 (100 à 150 en Midi Pyrénées) les Fuligules morillons, 1300, autour de 400/500 chez nous et les Milouins 7800 contre 2000 Midi Pyrénées. Ceci pour illustrer le fait que Midi Pyrénées avec le développement des retenues artificielles et une gestion appropriée peut devenir une région attractive pour les espèces hivernantes. Depuis les années 80 les zones humides artificielles favorables à l’hivernage sont en forte progression, et le potentiel régional apparaît dès qu’une gestion favorable est mise en place : l’hivernage significatif (plus de 1500) des Sarcelles d’hiver , des Canards siffleurs (400) et des Grues cendrées autour du complexe « Puydarrieux » n’est pas l’effet du hasard.

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Participants ANA (Association Naturalistes Ariègeois), AROMP (Association Ornithologique de Midi-Pyrénées), GOG (Groupe Ornithologique Gersois), GOSSNTG (Groupe Ornithologique de la Société de Sciences Naturelles de Tarn-et-Garonne), LPO Aveyron-Grands causses, LPO-Tarn, Nature Midi Pyrénées, Comité local 65 de Nature Midi-Pyrénées ARIEGE (09) : Domaine des Oiseaux, sablière Siadoux Saverdun, gravière sardou Saverdun, sablière Garonne Saverdun gravière Gianésini Montaut, prairies Montaut, sablières Sograr Varilhes, lac de Labarre , lac de Filheit, lac de Mondély, lac de Montbel, gravière Rescanière Mirepoix, étang du Balestié , gravière Mondone. Rey Sylvain, Tristan Guillosson,Fosty P., Baillat B., Julien Ait El Mekki, Legendre H., HAUTE-GARONNE (31) : Nailloux: Lac de La Thésauque, Aéroconstellation, Toulouse: Garonne entre Pont Neuf et Pont des Catalans, Fenouillet: Lac du Bocage, Grenade: Gravières de St-Caprais/St Jory, CastelnauD'estretefonds, Ondes: Mgm, Portet-Sur-Garonne: Parc Du Confluent, Le Vernet Gravières, Gravière de Seysses, Lac de La Balerme Verfeil, Lac de Laragou Verfeil, Bessieres: Les Marcaïs, Bessieres: Labranque, Bessieres: entre Village et Centre de Tir, La Magdelaine Sur Tarn, Layrac Pont, Bondigoux (=Layrac), Bazus En Gani, Rieumes: Etang de La Bure, Sainte Foy de Peyrolières: Etang de Parayré et de Ste Foy, Cambernard, Saveres: Etang, Lacs de La Ramée, Roques: Lac de Lamartine, Boussens: Lac, Lestelle: Bassin de Rétension Asf, Beauchalot : Gravières, Valentine : Barrage, Pointis-Rivières : Barrage, Pointis-Inard, Montrejeau : Lac, Petit Lac de Thil, Plan d'eau de Launac, Grand Lac de Thil, Lac de Garac, St-Elix-Le-Château, Salles-sur-Garonne (2 gravières), Carbonne (gravière vers Lafitte), Carbonne (gravière St Michel), Peyssies (les lacs), Peyssies (autoroute), Carbonne (plan d'eau), Cazères (village), Cazères (barrage), Palaminy (canal), Muret (aérodrome), Lavernose-Lacasse, Plan d'eau de Touille, Lac de Fabas, Lac de St Frajou-Salerm, Lac d'Esparon, Martres-Tolosane : Gravières, Cintegabelle.,Garac, Palamigny, Bazus, Savères Frémaux S.,., Dupuy ., Ramière J. , Pasquier C.., Peltier D et R., Gayrard Y., Riom A., Vernier P., B. Mouremble J., Tirefort P L.Bouquet JF, Fauré C., Joachim J., Fiolet S.., Hotta, Guibert C., Boutillier B., Kergoat L., Richaume P., Bailleul G., Desmortier G., Coffignot S. Vanetti E, Stenou B., Foulché K., Garcia R., Darrenes E., Garnier L., Chauvigné J., Etchemendy P., Cailleton S., Mangez N., Maitre. M. GERS (32) : Etang du Moura, Lac d'Astarac, Lac de Candau, Lac de la Barradée, Lac de la Castagnère, Lac de Liset Montesquiou, Lac de Miélan, Lac de Pellefigue, Lac de Savis, Lac de st Cricq, Lac St Jean Groupe ornithologique gersois Jean Bugnicourt, Logeais M, Chapelle J.,Claude Blanchet, Micheline Rancé-Odin, Yvan et Isabelle Artus, Crespon , Orth M. HAUTES-PYRENEES (65) : Puydarrieux, Bours-Bazet , Laslades (Arrêt-darré), Antin, Sère-Rustaing, Castelnau-Magnoac , Orieux , Préchac (Gave), Oroix , Escaunets , Bassillon , Lourdes ,St Laurent de Neste ., Ducasse V., Ballereau F., Leblanc A, , Milcent Ph, Raguet Cl, D, Berges C, Portier D, Mattera J., Peres S., De Seynes A., Roussel A., Caquard JY, Harlé P., De Redon S., Hétier A., Brau F. TARN (81) : Cambounet, Belleserre, Cahuzac, St-Ferreol, Montans, Florentin, Fourogues, La Bancalié, Carbes, Frejeville, Métairie Neuve (Vielmur), Labruguière, Dourgne, Laouzas, Geignes, Messal, Belcastel, Marre (Albi-Terssac), Les Roques (Montans), Brames-Aigues, Loupiac, Aiguelèze – Lagrave, Barrage de Rivière, Serviès, St-Jean (Jonquières), Braconnac (Jonquières), Rasisse, STEP Réalmont, Lagunage du Garissou (les Cabannes), Cantaranne (les Cabannes), JM Coste, B.Mercat, F.Bonnet,, Malaterre M., Chavanon P., Maffre S, Tirefort P, Calvet A., Parayre, Pred’homme, Long, Darmandieu h., Alquier D., Perrier, Haber, Scmitt R., Vaufrain. TARN-ET-GARONNE (82) : Saint Nicolas de la Grave, Montech pisciculture, Léojac/Génébrières barrage du Tordre, Vaïssac/Puygaillard-de-Quercy barrage du Gouyre, Gensac/Lavit lac de Gensac, Merles gravière de Borde Neuve, Gravière Saint-Aignan , Monteils parc de la Lère, Monclar/La Salvetat-Belmontet, Barrage Thérondel. Calvet A., Depierre N., Miquel JC, Béchard G., Laporte, Rantet Poux A.M., Bernardin J., A., Tuffal C.

Références COMPTAGE WETLANDS INTERNATIONAL BILAN REGIONAL JANVIER 2011 LPO ,PACA . DREAL Direction Régionale de l’Environnement,de l’Aménagement et du Logement Année 2011

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Vie associative

Rougegorge familier, Erithacus rubecula © J. Joachim Le Pistrac N°23- Bulletin régional d’Ornithologie

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La bibliothèque de l’AROMP Depuis sa création (1976) l’Association Régionale d’Ornithologie du Midi et des Pyrénées a mis en place un réseau d’échange de revues avec la plupart des associations ornithologiques régionales, nationales et quelques associations européennes. Le résultat est une bibliothèque très riche actuellement située dans les locaux de l’INRA, laboratoire Comportement et Ecologie de la Faune Sauvage, chemin de Borde Rouge, Auzeville-Tolosane par Castanet-Tolosan. Cette bibliothèque est consultable aux heures d’ouverture de bureau. Christian Fauré vient d’en terminer le recensement, en voici, sur les pages suivantes, le contenu :

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Le Coin des Bagueurs, 2012 : Le Pistrac, 23 : 114-115

LE COIN DES BAGUEURS

Cette nouvelle rubrique est la suite logique à la récente création du groupe des bagueurs de Midi-Pyrénées. Notre région compte en effet plus d’une dizaine de bagueurs généralistes en activité, avec comme délégué élu, Michel Fontanet. Lors de la première réunion du groupe, un souhait fut formulé de divulguer les informations disponibles sur les oiseaux bagués dans la grande région « sud-ouest de la France » comme le faisait dans les années 1970 Gilbert Affre dans les premiers numéros du Bulletin de l’AROMP. Régionalement, les seules mentions récentes d’oiseaux bagués figuraient dans l’article sur les quinze années de baguage à Montech (Joachim et al, 2004) ou une note brève sur le grand déplacement d’un Grimpereau des jardins Certhia brachydactyla (Joachim, 2007). Les articles construits étant publiés dans le corps principal de la revue, cette rubrique sera gérée comme une « centrale » dédiée aux nouvelles récentes sur les oiseaux bagués de la région. Cela peut concerner des déplacements remarquables ou au contraire témoigner d’une grande fidélité au site de nidification ou d’hivernage, voire donner quelque indication de longévité. Diverses données démographiques peuvent aussi être ébauchées. Pour le premier volet du « coin des bagueurs » et afin de lancer cette rubrique destinée à s’étoffer, voici les premiers communiqués : Communiqué de Bernard Chanchus : • Une Rémiz penduline Remiz pendulinus mâle adulte baguée le 13/01/2010 sur la commune de Cornebarrieu (31), a été contrôlée sur l'ile de Gotland en Suède le 16/06/2011, soit 519 jours et 1915 km plus loin. • Une Rousserolle effarvatte Acrocephalus scirpaceus baguée juvénile le 02/09/2010 dans la RNN du Bagnas (34), a été contrôlée adulte le 19/07/2011 dans le sud de la Suède, soit 320 jours et 1802 km plus loin.

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• Un Phragmite des joncs Acrocephalus schoenobaenus bagué juvénile le 23/08/2010 dans la RNN du Bagnas (34), a été contrôlé adulte le 07/05/2011 dans le sud de la Suède, soit 257 jours et 1788 km plus loin. • Une Panure à moustaches Panurus biarmicus baguée à la RNN du Bagnas (34) le 10/09/2008 a été contrôlée sur place le 27/10/2010, ce qui pourrait confirmer la sédentarité de cette espèce. Et voici quelques contrôles étrangers : • Un Phragmite des joncs Acrocephalus schoenobaenus bagué en Belgique (Anvers) le 06/08/2006 a été contrôlé19 jours après dans la RNN du Bagnas (34), soit une vitesse de migration théorique de 47 km/j. • Une Rousserolle effarvatte Acrocephalus scirpaceus baguée en Allemagne (Friburg) le 29/05/2005 a été contrôlée 20 jours après dans les marais de Capestang (11) soit 33km/j. • Une Hirondelle rustique Hirundo rustica baguée dans la RNN du Bagnas (34) le 24/08/2006 a été contrôlée le 17/09/2006 en Espagne (Murcie), soit 30km/j. Commentaires : Il s'agit là de la migration post nuptiale, la vitesse de migration est toute théorique, rien ne prouve que l'oiseau a quitté son site de baguage immédiatement ni qu'il a été contrôlé dés son arrivée sur site. L'Hirondelle rustique est connue pour se nourrir en vol lors de la migration, elle ne vole donc pas en ligne droite.

Références Jean Joachim, Jean-François Bousquet & Christian Fauré, 2004 : 1988-2004, Station STOC n° 4, quinze ans de baguage en forêt de Montech (82) Le Pistrac 19 : 1-27. Jean Joachim, 2007 : Déplacement peu commun à très longue distance d’un Grimpereau des jardins Certhia brachydactyla Le Pistrac 20 : 73-74.

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Contribuez à la connaissance et à la protection de l’avifaune de Midi-Pyrénées en participant à la base de données régionale de Nature Midi-Pyrénées : www.baznat.net


Le Pistrac N°23, Année 2012

COHABITATION ET CHOIX DU SITE DE NIDIFICATION PAR L'AIGLE BOTTE AQUILA PENNATA, L'AUTOUR DES PALOMBES ACCIPITER GENTILIS ET LE CIRCAETE JEAN-LE-BLANC CIRCAETUS GALLICUS DANS UNE FORET DE GASCOGNE. JEAN BUGNICOURT, JACQUELINE CHAPELLE & PIERRE URIBE ................................................................................................................ 2-6 LA POPULATION D’HIRONDELLES DE FENETRE DELICHON URBICUM DANS LA VILLE D’AUCH, GERS ANNEE 2011 MATHIEU ORTH, JEAN-MICHEL CATIL, MICKAËL NICOLAS ..................................................................................................................... 7-25 PREMIERE MENTION DU SEJOUR AUTOMNALEN 2011 D’UN FAUCON SACRE FALCO CHERRUG D’ORIGINE SAUVAGE EN REGION MIDI-PYRENEES - « EONKA, LE SACRE DE L’AUTOMNE »MICHEL ANTOINE REGLADE ................................................................................................................................................................................... 26-34 AVIFAUNE NICHEUSE DE CHENAIES PEDONCULEES : LES FORETS DE LILHAC ET DE MAUBOUSSIN, CANTON D’AURIGNAC, HAUTE-GARONNE CHRISTIAN FAURE ....................................................................................................................................................................................................... 35-47 IMPLANTATION DE LA PERRUCHE A COLLIER, PSITTACULA KRAMERI, DANS L’AGGLOMERATION TOULOUSAINE : SUIVI DES POPULATIONS ET DE LA REPRODUCTION 2006-2011 CHRISTOPHE PASQUIER & JEAN RAMIERE ...................................................................................................................................................... 48-57 DENSITE DU MARTIN-PECHEUR D’EUROPE ALCEDO ATTHIS SUR UN SECTEUR DE GARONNE : LA RETENUE DU MANCIES (HAUTE-GARONNE) CHRISTIAN FAURE ....................................................................................................................................................................................................... 58- 61 LA FAUVETTE PASSERINETTE SYLVIA CANTILLANS DANS LE DEPARTEMENT DE L'ARIEGE. SYLVAIN REY ................................................................................................................................................................................................................ 62 - 70 L’AVIFAUNE DE LA CHENAIE PUBESCENTE : CAUSSES DE GRAMAT ET DE LIMOGNE (LOT) CHRISTIAN FAURE .................................................................................................................................................................................................... 71 - 85

NOTES & BRÈVES : OBSERVATIONS DU BECASSEAU TACHETE CALIDRIS MELANOTOS AU DOMAINE DES OISEAUX (MAZERES-09) TRISTAN GUILLOSSON ............................................................................................................................................................................................... 88-89 HIVERNAGE DE LA GRUE CENDREE GRUS GRUS A CINTEGABELLE (31) EN 2011-2012 SYLVAIN REY .................................................................................................................................................................................................................. 90-91 OBSERVATION D’UN AIGLE DE BONELLI AQUILA FASCIATA PRES DE GARDOUCH (31) NICOLAS CEBE ..................................................................................................................................................................................................................... 92 COMPTAGES WETLANDS 2012 EN MIDI-PYRENEES JEAN-FRANÇOIS BOUSQUET (COORD.)............................................................................................................................................................. 93-106

VIE ASSOCIATIVE BIBLIOTHÈQUE DE L'AROMP ................................................................................................................................................................................. 108-113 LE COIN DES BAGUEURS ........................................................................................................................................................................................ 114-115


Le Pistrac N23 -Année 2012