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1001 Nuits #19 Coucher du soleil

20h12

Pléiades

dimanche 2 septembre LETTRES À MARSEILLE Foresta 13015 Marseille

14h30 Au pied des lettres, balade avec la coopérative Hôtel du Nord

16h-19h La grande imprimerie de plein air avec l’Estampette, la librairie Chevaline, Yes We Camp, 3.2.1 et les Baguettes magiques de la Castellane Interventions artistiques de Dj Dr Zoom (Radio Grenouille), Rives & Cultures / Les Bottines, Mathias Poisson, Virginie Thomas et François Parra, SAFI, La Folie Kilomètre, Robin Decourcy, Christine Breton et Clémentine Henriot, Massy et la troupe secrète, Christophe Modica et Laurent Petit

18h50 M.A.R.S Histoires et légendes du hip hop marseillais Performance de Dj Djel et Yasmina Er Rafass à partir de l’ouvrage éponyme de Julien Valnet

20h12 Rassemblement pour le coucher du soleil


1001 nuits Qu’est ce que le projet 1001 nuits ? 1001 NUITS c’est une collecte de récits et une série de rendez-vous artistiques pour passer ensemble du jour à la nuit.  Le principe est d’inviter habitants de proximité et voisins métropolitains à découvrir ensemble un endroit du territoire de manière originale, au travers de rencontres et d’histoires qui entrent en résonnance avec les paysages.

Quand ? Du 17 février au 2 septembre 2018.

Où ? Dans des lieux insolites autour du sentier GR2013. 

Qui ? 1001 NUITS est un projet proposé par le Bureau des guides du GR2013, coproduit par MP2018 avec le soutien de la Banque Populaire Méditerranée, en partenariat avec Bouches-duRhône Tourisme et le Comité Départemental de Randonnée Pédestre des Bouches-du-Rhône. 1001 NUITS #19 est organisée en coproduction avec Yes We Camp dans le cadre du projet Foresta.

Illustrations © Benoît Guillaume Graphisme © Lindsay & Bourgeix


P L É i A D E S . Groupe de sept étoiles qui constitue un petit amas très groupé dans la constellation du Taureau et bien visible les nuits d’hiver. Par glissement, groupe de sept poètes français du 16ème siècles. Dérivé : une pléïade, une grande quantité.


Scheherazade vouloit poursuivre ce conte ; mais le jour qui vint à paroître, lui imposa silence. Le sultan jugea bien par ce commencement, que la sultane ne l’avoit pas trompé. Ainsi, i n’y a pas lieu de s’étonner s’il ne la fit pas encore mourir ce jour-là. Cinquante-quatrième nuit, les Mille et une nuits

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Un voyage de mille lieues commence par un pas. Lao Tseu, sage chinois considéré comme le père fondateur du taoïsme

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Ce jeune homme déchu Je ne suis qu’un parmi la multitude De ces peuples ! Aujourd’hui Ce paquebot va de nouveau D’un geste désinvolte Me jeter dans son ventre Comme des centaines d’autres voyageurs. Marseille ! Sur le point de partir, Je crie ton nom ! Et moi De mes yeux qui voient jusqu’au fond de tes crimes et de tes secrets Je te regarde, nostalgique Et j’ai peine à te quitter. Je regarde, sur la grève de ce cap, Au milieu des clameurs Des clameurs Propageant cette violence Et cette folie Ton visage et tes Bras géants qui se tendent vers la mer, Car toi Tu es le trou de la serrure de la richesse et de la pauvreté Tu es l’antre du pillage et de l’exploitation Ah Marseille Pays de brigands Ville terrible ! Extrait de Marseille du poète chinois Ai Qing, père de l’artiste contemporain Ai Weiwei 1926

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VA TE FAIRE VOIR À PAMPARIGOUSTE ! Pamparigouste (en occitan Pampaligosta, Pampaligòssa), est un pays imaginaire, lointain ou inconnu dans la culture populaire occitane. On en parle notamment aux enfants en le décrivant comme un pays imaginaire. Il connaît des adaptations et des développements divers selon les régions d’Occitanie. Frédéric Mistral le cite dans Miréio, Alphonse Daudet dans Les Lettres de mon moulin (Pampérigouste). Par exemple, on le décrit comme une île et un royaume imaginaire, au large de l’étang de Berre, peuplé de fées et inaccessible aux hommes. Cette île occupe une place majeure dans l’imaginaire provençal. La légende raconte que ce royaume a été créé de toutes pièces par des fées exilées qui lui donnèrent d’immenses richesses et une grande fertilité. Afin que personne ne voie ce royaume, les fées l’entourèrent d’une barrière invisible, qu’aucun homme ne pouvait traverser. Pamparigouste est aussi une expression utilisée dans plusieurs régions d’Occitanie, notamment en Provence et en Languedoc, pour désigner n’importe quel lieu très lointain et/ou inaccessible ou bien pour envoyer promener les importuns : Il est parti à Pamparigouste. Je vais t’envoyer à Pamparigouste.

Wikipedia

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Pamparigouste, Voyage aux mondes illusoires, 1928, Paul Laffitte


Nicolas Desplats, Upotia, les ĂŽles de PACA, 2013

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ODES MIGRATOIRES Nous sommes des animaux migratoires, et pour cela même condamnés à explorer. Quelque chose nous attire de l’autre côté du jardin, de la rue et du fleuve, de la montagne, comme si notre ici n’était autre que la cause (ou la conséquence du là ou du là-bas). Nous portons tous sur notre front la marque que le Dieu de la Genèse affubla à Caïn pour l’assassinat d’Abel, marque qui ne le condamne pas tant à être un exclu, qu’à devenir un nomade comme son frère. (…) Dieu n’aime peut-être pas que nous prenions racine. Le vrai grand explorateur est celui qui ne veut pas explorer et qui espère pouvoir rentrer chez lui pour y demeurer, mais qui est condamné par ce dieu-univers de la mer à toujours chercher autre chose. C’est pourquoi l’Odyssée est le poème emblématique de l’exploration, volontaire ou pas, pleine de faux débuts et de fausses conclusions.

Alberto Manguel Extraits du catalogue de l’exposition Explorateurs, Musée de l’Abbaye Sainte Croix, 2012

Athéna dont l’œil étincelle répondit : « Ô Maître souverain, notre Père, Fils de Cronos, ce n’est qu’un juste corps qui a couché celui-là, et que quiconque en voudrait faire autant périsse ainsi ! Mais quand je pense à Ulysse, mon cœur se fend : l’infortuné ! Depuis longtemps il souffre loin des siens dans une île des eaux, au milieu de la mer : dans les bois de cette île une déesse loge, la fille du féroce Atlas qui connaît les abîmes de la mer, et qui porte à lui seul les colonnes puissantes par lesquelles terre et ciel sont séparés. C’est elle qui retient le malheureux inconsolable et ne cesse de l’assiéger d’insidieuses douces litanies, pour qu’il oublie Ithaque ; mais Ulysse, rêvant de voir ne fût-ce qu’une fumée du sol natal voudrait mourir. Ô Maître de l’Olympe, ton cœur sera-t-il sourd ? N’est-ce donc plus le même Ulysse qui t’agréait jadis, sacrifiant près des vaisseaux grecs dans la plaine de Troie ? Pourquoi te serait-il odieux ? »

Homère L’Odyssée, Chant I

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À ma mère J’ai la nostalgie du pain de ma mère, Du café de ma mère, Des caresses de ma mère… Et l’enfance grandit en moi, jour après jour, Et je chéris ma vie, car Si je mourais, J’aurais honte des larmes de ma mère ! Fais de moi, si je rentre un jour, Une ombrelle pour tes paupières. Recouvre mes os de cette herbe Baptisée sous tes talons innocents. Attache-moi Avec une mèche de tes cheveux, Un fil qui pend à l’ourlet de ta robe… Et je serai, peut-être, un dieu, Peut-être un dieu, Si j’effleurais ton Cœur ! Si je rentre, enfouis-moi ! Bûche, dans ton âtre. Et suspends-moi, Corde à linge, sur le toit de ta maison. Je ne tiens pas debout Sans ta prière du jour. J’ai vieilli. Ramène les étoiles de l’enfance Et je partagerai avec les petits des oiseaux, Le chemin du retour… Au nid de ton attente ! Mahmoud Darwich 1966

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PAYS INCONNU Celui qui naît et grandit à Marseille n’a pas besoin de partir : il est déjà parti. Comme ils rencontrent tous les visages et tous les peuples de la terre, entre les allées de Meilhan et les ports, la plupart de enfants ne rêvent pas de voir le monde. Un petit nombre d’autres brûle, au contraire, de tout quitter et de mettre le cap sur le large. Plus fort que le désir de voyage, le désir de la mer ; et plus que le désir de la mer, la nostalgie d’ailleurs. Où ? Ailleurs. À quelle fin ? Ailleurs. Pour quoi ? Ailleurs est le nom du pays inconnu, le plus beau des pays. Ailleurs, le pays où l’on n’est pas et où l’on pourrait être ; celui où nul n’a été, jusqu’à ce qu’on y soit.

André Suarès Marsiho, 1931

Carte subjective, Mathias Poisson


Pâques à New York Je suis triste et malade. Peut-être à cause de Vous, Peut-être à cause d’un autre. Peut-être à cause de Vous. Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le Sacrifice Est ici, parquée, tassée, comme du bétail, dans les hospices. D’immenses bateaux noirs viennent des horizons Et les débarquent, pêle-mêle, sur les pontons. Il y a des italiens, des grecs, des espagnols, Des russes, des bulgares, des persans, des mongols. Ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens. On leur jette un morceau de viande noire, comme à des chiens. C’est leur bonheur à eux que cette sale pitance. Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance. (...) Des reflets insolites palpitent sur les vitres… J’ai peur, — et je suis triste, Seigneur, d’être si triste. « Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ? » – La lumière frissonner, humble dans le matin. « Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ? » – Des blancheurs éperdues palpiter comme des mains. « Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ? » – L’augure du printemps tressaillir dans mon sein. Seigneur, l’aube a glissé froide comme un suaire Et a mis tout à nu les gratte-ciels dans les airs. Déjà un bruit immense retentit sur la ville. Déjà les trains bondissent, grondent et défilent. Les métropolitains roulent et tonnent sous terre. Les ponts sont secoués par les chemins de fer. La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées, Des sirènes à vapeur rauques comme des huées. Une foule enfiévrée par les sueurs de l’or Se bouscule et s’engouffre dans de longs corridors. 14


Trouble, dans le fouillis empanaché des toits, Le soleil, c’est votre Face souillée par les crachats. Seigneur, je rentre fatigué, seul et très morne… Ma chambre est nue comme un tombeau… Seigneur, je suis tout seul et j’ai la fièvre… Mon lit est froid comme un cercueil… Seigneur, je ferme les yeux et je claque des dents… Je suis trop seul. J’ai froid. Je vous appelle… Cent mille toupies tournoient devant mes yeux… Non, cent mille femmes… Non, cent mille violoncelles… Je pense, Seigneur, à mes heures malheureuses… Je pense, Seigneur, à mes heures en allées… Je ne pense plus à vous. Je ne pense plus à vous.

Blaise Cendras New York, avril 1912

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Port de Marseille, archives INA


MARSEILLE TROP PUISSANT Marseille incendie en plein jour, flambe au soleil. Je vais la voir brûler jusqu’à la nuit venue. Une heure encore la sépare du soleil couchant. Tantôt j’étais au Château Fallet. De là, Marseille dans un silence profond, dans un secret divin, loin de tout bruit et de tout mouvement, était une fleur d’améthyste, un lit de lavande et de lilas.[…] Puis j’ai quitté l’Estaque et bientôt je suis entré dans un étincelant enfer. Les faubourgs ouvriers s’enchaînent et se succèdent, chenilles monstrueuses de brique et de mâchefer  : les rouges, qui sont dressés sur les collines d’argile, éruption d’usines où les plaques de terre cuite s’entassent sur la scarlatine des tuiles ; les noirs, les officines de fer, les chancres du soufre et de l’huile, les longs bubons des cheminées : la fumée monte, de crêpe dans le ciel ; mais il faut qu’elle monte, et l’azur la dissout, l’avale, la souffle et l’éparpille. Les produits chimiques mêmes doivent subir la loi de ce ciel, et les ténèbres métalliques se dispersent, poudroient en ailes de papillons. L’affreux ghetto ne prévaut pas contre le charme du sourire céleste. Le ruban des rails noue la terre des oliviers et des pins à la mer. Cet acier même est coquet ; il a des frissons bleus et le mirage d’argent qui tremble au duvet de la menthe. Arenc n’est pas si horrible, après tout, à qui lève la tête : le ciel chante et chante toujours : « Je suis là ».

André Suarès Marsiho, 1931

« Si toute ville est un labyrinthe alors Marseille est la ville par excellence. Depuis plus de deux millénaires et demi, dans le foisonnement de sa vie quotidienne, elle accumule et recommence tant d’histoires vraies, tisse par tant de trajets, de menus faits, de gestes, de bonheur ou de drames, un réseau de destinées si inextricables où comptent tant de lieux, de choses et d’instants qu’elle défie la fiction. » René Allio, l’Heure exquise, 1981


MARSEILLE, FAUBOURGS Plus nous nous éloignons du centre et plus l’atmosphère devient politique. C’est le tour des docks, des bassins, des entrepôts, des cantonnements de la pauvreté, les asiles éparpillés de la misère : la banlieue. Les banlieues sont l’état de siège de la ville, le champ de bataille où fait rage sans interruption le grand combat décisif entre la ville et la campagne. Ce combat n’est nulle part aussi impitoyable qu’entre Marseille et le paysage provençal. C’est le combat rapproché des poteaux télégraphiques contre les agaves, du fil de fer barbelé contre les palmiers barbelés, des nappes de brouillard dans les couloirs puants contre l’ombre humide des platanes sur des places brûlantes, des perrons asthmatiques contre les puissantes collines. La longue rue de Lyon est la mine que Marseille creuse dans le paysage pour le faire voler en éclats à Saint Lazare, à Saint Antoine, à Arenc, à Septèmes et le couvrir des éclats de grenade de toutes les langues que parlent les peuples et les firmes commerciales. Alimentation Moderne, rue de la Jamaïque, Comptoir de la Limite, Savon Abat-Jour, Minoterie de la Campagne, Bar du Gaz, Bar Facultatif - et par-dessus tout cela la poussière qui s’agglomère ici à partir du sel marin, de la chaux et du mica, et dont l’amertume subsiste plus longtemps dans la bouche de celui qui a essayé la ville que l’éclat du soleil et de la mer dans les yeux de ses adorateurs.

Walter Benjamin Paysages Urbains, 1935

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L’ENVERS DU DÉCOR « J’ai mis longtemps avant de comprendre que le mot « colline » ne désigne pas un lieu mais un état, un savoir-vivre en commun. Affectueusement on dit la colline pour se raconter, se reconnaître dans la diversité des pentes, dos-à-dos. Que l’on soit tourné vers l’est aux Mariniers ou vers l’ouest à St Louis, que l’on soit d’en bas de Mourepiane ou d’en haut de la Savine, que les ombres et lumières de Foresta se disent en arménien ou en kabyle, toutes les maisons tournent en suivant le soleil : nous faisons colline. » Christine Breton « L’endroit je ne le trouve pas magnifique. Question sauvagerie naturelle, y a rien, y a pas d’eau, y a des morceaux de ferrailles partout, y a même une voiture jetée en bas du ravin. Donc c’est pas vraiment un lieu sauvage. Mais c’est un lieu abandonné, j’appelle ça un lieu abandonné. » Rabah Zeboudji « On a eu l’impression d’être en Amazonie au bout d’un moment, tellement que c’était beau. Moi j’étais surprise par ça, vraiment. » Marie Mendy « Mais c’est un plateau avec un creux, une grosse pente, enfin là où on était, c’est la pente, c’était creusé. » Raphaëlle Paupert-Borne « C’est abandonné et en même temps c’est l’envers du décor, c’est à côté de ce grand temple de la consommation qui est Grand Littoral et on a à la fois un coin complètement sauvage, un ancien coin exploité, les carrières, un coin qui est le plus grand centre commercial d’Europe, paraît-il. » Jo Abad « C’est à force d’y être ; au bout d’un moment tu comprends pourquoi cet endroit est magique, en fait c’est l’opposition : ce truc d’hyperconsommation et cet état sauvage, vraiment sauvage. » Jo Thirion

Valérie Jouve Grand Littoral, 2003

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Grand Littoral, ValĂŠrie Jouve

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Marche solidaire pour les Migrants, Calais-La Roya, 12 mai 2018

Clin d’œil au célèbre panneau “HOLLYWOOD”, ces lettres géantes de 13,70 mètres de haut et plus de 100 mètres de long ont accompagné en mai 2016 la sortie de la série Marseille produite par Netflix et dont une saison 2 était en tournage en 2017… En France les critiques ont été très virulentes de la part du web et de la presse, cependant Marseille a largement accompagné la croissance stratégique de Netflix en Amérique du Sud. La série figurait même en tête des titres les plus regardés au Brésil ! Blog tourisme-marseille.com

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Vidéocartographies : Aïda, Palestine, de Till Roeskens

« C’est ça aussi se battre tous dans la colline, consciemment ou inconsciemment, contre ces espèces de frontières terribles qui sont en train d’être érigées. Tout le monde essaye de redonner toujours de l’élasticité, la porosité entre ces parties de ville que l’on érige. Zone A, zone B, zone C, tout le monde circule entre tout ça, tout le monde passe pardessus les barrières, tout le monde continue de circuler en haut, en bas de la colline et y revient sans cesse, même s’il repart à l’autre bout de la France ou à l’autre bout du monde… Ça peut bien nous arriver que les porosités finissent par ne plus être et que ça devienne des zones étanches. » Christine Breton dans Grand Littoral de Valérie Jouve, 2003  

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TOUT LE MONDE SE SOUVIENT DE FORESTA Dans ce quartier où bastides et maisons de maîtres pullulaient et où on les appelait des châteaux, chacun conserve un château dans son petit musée de mémoire personnel  : démoli, englouti, enfoui ou exceptionnellement encore debout, il a nourri notre imaginaire et rejoint les contes de fées dans le coin le plus poétique de notre enfance. Mais LE CHÂTEAU des châteaux c’était Foresta. Les Foresta sont les derniers grands seigneurs qui, bien après la révolution de 1789, aient maintenu dans nos quartiers quelque chose de l’ordre d’une vision féodale du monde. Beaucoup ont un grand-père ou une grand-mère qui a « servi » à Foresta. Chacun s’en souvient ou en a entendu parler, même ceux qui sont nés après le bombardement du château. Et chacun a une anecdote à raconter. A commencer par moi. Pour moi Foresta, c’est un cerf-volant. Je ne sais pas pourquoi mon père, qui était totalement indifférent à nos jeux et pas bricoleur pour deux sous, s’était mis un jour en tête de fabriquer un cerf-volant avec moi. Mais il l’a fait. Le cerf-volant était en papier-journal, avec des papillons de journaux tout au long de son immense queue. Le papier-journal est beaucoup trop lourd pour les cerfsvolants, tous les spécialistes vous le diront. Mais le nôtre a marché quand même. Un beau jour nous avons pris le 36 jusqu’à Saint André, puis nous sommes montés à pied sur le plateau. Ça devait être en 1950. Le château était donc déjà partiellement détruit. Mais j’avoue n’avoir gardé qu’un souvenir très flou de ces ruines. Dans ma mémoire il n’y a qu’un ciel bleu, sans doute un ciel de léger mistral. Il y a aussi un vaste plateau d’où je dominais tout le bassin, et mon cerf-volant qui s’élevait vaillamment au-dessus du paysage. Nos bastides pouvaient se blottir dans la fraîcheur des vallons, mais Foresta, château féodal, se dressait forcément sur une hauteur. Dans ma mémoire, il y a aussi mon père que je voyais courir pour la première fois.

Lucienne Brun Sur les traces de nos pas, 2008

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Le château de Foresta surplombant le creux d’argile, Photo Musée d’histoire de Marseille

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Baguette magique n°5

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Baguette magique n°5 25


LILITH ET SHÉHÉRAZADE Parce que je suis la première et la dernière La courtisane vierge La convoitée crainte L’adorée méprisée Et la voilée nue, Parce que je suis la malédiction de ce qui précède, Le péché disparut des déserts lorsque j’abandonnai Adam. Il erra ça et là, il brisa sa perfection. Je le descendis sur terre et allumai pour lui la fleur du figuier. Je suis Lilith le secret des doigts qui insistent. Je perce le sentier je divulgue les rêves je fends les cités du mâle par mon déluge. Je ne réunis pas deux de chaque espèce sur mon arche : plutôt je les deviens, pour que le sexe se purifie de toute pureté. Moi, verset de la pomme, les livres m’ont écrite même si vous ne m’avez pas lue. Le plaisir débridé l’épouse rebelle l’accomplissement de la luxure qui mène à la ruine totale. Sur la folie s’entrouvre ma chemise. Ceux qui m’écoutent méritent la mort, et ceux qui ne m’écoutent pas mourront de dépit. Je ne suis pas la rétive ni la jument facile, Plutôt le frémissement de la première tentation. Je ne suis pas la rétive ni la jument facile, Plutôt l’évanouissement du dernier regret. Moi Lilith l’ange dévergondé. Première cavale d’Adam et corruptrice de Satan. L’imaginaire du sexe refoulé et son plus haut cri. Timide car je suis la nymphe du volcan, jalouse car la douce obsession du vice. Le premier paradis ne put me supporter. Et l’on me chassa pour que je sème la discorde sur terre, pour que je gouverne sur les couches les affaires de mes sujets. Sort des connaisseurs et déesse des deux nuits. Union du sommeil et de l’éveil. Moi, le fœtus poète, en me perdant j’ai gagné ma vie. Je reviens de mon exil pour être l’épouse des sept jours et les cendres de demain. Je suis la lionne séductrice et je reviens pour couvrir les soumises de honte et pour régner sur terre. Je reviens pour guérir la côte d’Adam et libérer chaque homme de son Eve.

Joumana Haddad Le retour de Lilith  

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Zachary, 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traîne dans les quartiers populaires de Marseille. C’est là qu’il rencontre Shéhérazade… Dylan Robert et Kenza Fortas, qui jouent Zac et Shéhérazade, devaient incarner un couple à la Roméo et Juliette... Le hasard fait que Kenza et Dylan se connaissaient depuis qu’ils avaient 10 ans. Ce sont des enfants de la Belle de Mai, un des quartiers les plus défavorisés de Marseille. Ils étaient amoureux à l’époque, ils se sont retrouvés sur le tournage. Dylan avait été incarcéré pour les délits que son personnage raconte dans le film : je lui ai dit de se servir de son passé, de choses personnelles pour nourrir le personnage. Je voulais une véracité du langage, des gestes, des expressions, du comportement. Il est d’origine irakienne et tunisienne, il s’appelle Dylan Robert ! Il vient d’avoir 18 ans. Trouver Shéhérazade était plus compliqué : c’est un rôle de composition, il fallait une fille qui accepte de jouer la prostituée et qui l’assume une fois qu’on montrerait le film. Il a fallu expliquer à tout le monde, notamment aux parents, ce que cela impliquait de jouer ce rôle. J’ai trouvé Kenza dans le quartier de la Belle de Mai, elle est passée par un foyer elle aussi, comme beaucoup des filles qui trainent à la Rotonde. Les autres filles sont plus âgées, je voulais un personnage qui n’ait pas encore été abimé par cette vie. Aujourd’hui, Kenza a 17 ans. Elle était déscolarisée, mais depuis le film elle a commencé un CAP « seconde chance ». Pourquoi ce titre ? J’ai baptisé le film du nom du personnage qui en est le moteur, qui fait changer mon personnage principal. Et le personnage s’appelle Shéhérazade parce que j’ai croisé des filles qui portaient ce nom et que je trouvais ça en décalage avec la Shéhérazade des Mille et une nuits, bien que ce soit une courtisane. Surtout, je voulais que le film soit féminin. Extrait interview de Jean-Bernard Marlin, réalisateur de Shéhérazade, juillet 2018.


Sans Titre, 1983 Claudio Parmiggiani

Marseille, écoute-moi, je t’en prie, sois attentive, Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur, Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu Ô toi toujours en partance Et qui ne peux t’en aller, A cause de toutes ces ancres qui te mordillent sous la mer. Extrait de Les mâts dans la rue, de Jules Supervielle, poème écrit pour les 50 ans de la revue les Cahiers du Sud

Mars 1940 Marseille. La foire : « La vie ? Le néant ? Illusions ? Mais la vérité quand même ». Grosse caisse. Boum, boum, entrez dans le Néant. Carnets, Albert Camus 28


Je viens de Marseille la ville photique Ce qui implique, logique, l’unique chaleur de mes lyrics Se fixe, se glisse, qu’importe le rythme Mais celui-ci est volontairement pur, dépouillé mais funky Ainsi vous êtes introduits dans le siège de l’Alliance Afro-Asiatique Niveau rap musique un point stratégique Mythique, mystique cauchemar des xénophobes Amenemket, quel est le lien, dis-moi d’où tu viens ? Je viens de Marseille où pharaon excelle Attention au son de l’éternelle production Sans crier gare la vérité se révèle face à vous Un sujet tabou, en tout et pour tout Où en 90, le Soul Swing’n Radical persiste Sans risque, poursuit sa liste et j’insiste Pharaon Akhénaton Roi Soleil Dis-moi d’où tu viens, où tu te réveilles ? À Marseille, tu t’en fous, je te l’avoue pour nous c’est pareil Un conseil, surtout veille mec, essaye D’assimiler la balistique linguistique Des phraséologistes, kamikazes mythologiques Rimologistes, scientistes à la technologie du style De rap avancé et profixe Viennent de la Planète Mars et non d’ailleurs, eh oui ! Ils symbolisent la revanche des enfants du soleil Yo Shurik’n, dis-moi si tu viens de Marseille Les rues de goudron gris et sale ornées d’après trottoirs Martelés par les pas des prostituées quand s’éveille le soir C’est de là que je viens, là où je naquis Et dans quelques années c’est ici que se terminera ma vie Dans cette ville aux 10 000 cités, aux mille et une filles Où le béton des tours caresse Aton qui brille Mais ne te méprends pas, le pays d’où je viens N’a rien à voir avec celui des merveilles Je viens de Marseille IAM and the Soul Swing’n Radical Live de la Planète Mars ! Signing off ! Je

viens de

Marseille, IAM, 1991

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1001 nuits Qu’est ce que le projet 1001 nuits ? 1001 Nuits c’est une collecte de récits et une série de rendez-vous artistiques pour passer ensemble du jour à la nuit.   Le principe est d’inviter habitants de proximité et voisins métropolitains à découvrir ensemble un endroit du territoire de manière originale, au travers de rencontres et d’histoires qui entrent en résonnance avec les paysages.

Quand ? Du 17 février au 2 septembre 2018.

Où ? Dans des lieux insolites autour du sentier GR2013. 

Qui ? 1001 Nuits est un projet proposé par le Bureau des Guides du GR2013, coproduit par MP2018 avec le soutien de la Banque Populaire Méditerranée, en partenariat avec Bouches-duRhône Tourisme et le Comité Départemental de Randonnée Pédestre des Bouches-du-Rhône. 1001 NUITS #1 a été réalisée En coproduction avec la Friche la Belle de Mai.

www.gr2013.fr


PLÉiADES.

Groupe de sept étoiles qui constitue un petit amas très groupé dans la constellation du Taureau et bien visible les nuits d’hiver. Par glissement, groupe de sept poètes français du 16ème siècle. Dérivé : une pléiade, une grande quantité.

« Si vous voulez bien vous approcher un peu plus. La voix porte mal avec le vent. Mais cela fait longtemps qu’il parle aux hommes… nous ferons avec lui ce soir. » Chacun y va d’un petit pas. Nous voilà bien serrés les uns contre les autres, pléiade de curieux du ciel que le ciel attire. — Ballades sous les étoiles, François Barruel


LETTRES À MARSEILLE Où l’on se retrouve pour rassembler nos histoires, écouter des légendes du hip hop et contempler le plus beau coucher de soleil de l’année 2018…

Plus tard, Julien Valnet (auteur du livre M.A.R.S : histoires et légendes du hip hop marseillais), DJ Djel (cofondateur de la Fonky family) et Yasmina Er Rafass raconteront ensemble les éclats de l’aventure hip-hop au cours d’un DJ set performé, face au soleil couchant, au coeur des quartiers nord.

Au nord de la ville, MARSEILLE s’affiche en lettres capitales, dans des quartiers souvent racontés en lettres minuscules. Pendant la nuit, la grande imprimerie sauvage a poussé dans la colline d’argile. Les mots fusent pendant que les dessins s’assemblent, se transformant en collages à afficher, en totem à déchiffrer, en raps à clamer, en lectures à écouter. Chacun y met de ses mains et de son verbe, les histoires se partagent alors que le soleil se rapproche de la mer. La voix de Yasmina s’élève sur les sons de Djel, les récits et légendes du hip hop ricochent de cités en paquebots. Nous passons de l’autre côté des lettres alors que la nuit nous rassemble… 1001 NUITS se clôturera face à la mer, à FORESTA, sous les lettres de Marseille. Le Parc s’animera à nouveau et la journée sera construite autour d’un atelier d’impression de plein air où l’on fabriquera ensemble le récit de nos 1001 NUITS. Ce seront aussi les histoires du projet en cours et du quartier qui seront imprimées, affichées ou diffusées. Animée par des illustrateurs, des auteurs, des graphistes et des voisins motivés, cette fabrique donnera des formes et des idées aux multiples récits qui constituent le lieu.

www.gr2013.fr

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Pléiades #19  

Pléiades #19  

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