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LES RÉCITS DE FORESTA Les explorations botaniques

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samedi 9 Février 2019 La forêt de chênes blancs Avec LE COLLECTIF SAFI ET ESPIGAOU


L’histoire du site de foresta Il était une fois au nord de Marseille un site exceptionnel, une colline argileuse au dessus de la mer. Longtemps, on y a cultivé la vigne et prélevé la matière première pour des ateliers de poterie. Au XIXe siècle, la colline a renoncé peu à peu à ses activités agricoles et artisanales pour alimenter les tuileries du bassin de Séon et accueillir des quartiers industrieux et populaires. Le château du Marquis de Foresta surplombait la colline jusqu’à ce que les batteries allemandes du Frioul le bombardent en 1944. L’exploitation de la carrière avait alors cessé et la pinède bastidaire où les familles du quartier venaient pique-niquer le dimanche est devenu un terrain d’aventures entre les ruines. Quelques décennies plus tard, le projet de centre commercial Grand Littoral redessine les pentes et le paysage. L’espace en contrebas devient “la coulée verte”, identifiée dans les plans d’urbanisme comme grand site à vocation sportive ou de loisirs. Mais le temps semble se suspendre pour ces terrains qui, en dépit de ces intentions, sont depuis des années à la limite de l’abandon. L’histoire se remet en marche en 2015 avec l’acquisition de ces terrains par la société Résiliance. Leur rencontre avec le collectif Yes we camp, puis avec la coopérative d’habitants Hôtel du Nord et l’équipe du Bureau des guides du GR2013 crée les conditions pour proposer une utilisation collective et expérimentale de ces 16 hectares à ciel ouvert.

De nombreuses balades et rendez-vous collectifs ont permis peu à peu d’imaginer et de tester l’idée d’un parc, espace de loisirs mais aussi outil pour produire, partager et apprendre à partir des ressources locales et avec ceux qui vivent là.


En grimpant un peu dans la colline, sous la maison rose...


UNE ÉTONNANTE CHÊNAIE En grimpant un peu dans la colline, sous la maison rose, une forêt de chênes pubescents se cache parmi les Pins d’Alep. Ils ont peut-être cinquante ans ou plus. Ce sont des arbres qui sont relativement rares à Marseille, car le chêne pubescent se développe généralement sur des sols riches, profonds et frais, ce qui n’est pas vraiment le cas de cette ancienne carrière d’argile qu’est Foresta. Alors comment ces arbres sont-ils arrivés là ? Que nous racontent-ils ? Quelle flore hébergent-ils ? La forêt est-elle en évolution ? Stable ? Ou en régression ? Voilà l’objet de cette exploration botanique à Foresta.

RELIQUE DE L’ANCIEN DOMAINE DU CHâTEAU Foresta a été modelé par les activités qui l’ont traversé : forêt domaniale, carrière d’argile des tuileries, zone de remblais de Grand littoral.... Malgré toutes ces transformations, la forêt de chênes est visible sur toutes les images d’archives de Géoportail depuis les années 50. Une persistance peut-être due à sa situation. Peu accessible et difficile à voir depuis le chemin, elle est située en fond de vallon, à l’aplomb d’un énorme bloc rocheux et s’étend le long d’une pente raide. Elle recueille ainsi les eaux de pluie et bénéficie peut-être des eaux souterraines de Foresta. C’est sûrement ce qui a favorisé l’installation de ces chênes qui, bien que méditerranéens, aiment la fraîcheur.


Feuilles de chĂŞne blanc


Filaire à feuilles étroites.


UN ARBRE ADAPTÉ AU CHAUD ET AU FROID Quercus Pubescent signifie chêne à poils courts et mous, en référence à la face interne des feuilles et des jeunes rameaux. Ces poils piègent la rosée et maintiennent un environnement humide. Son aire de répartition est assez étendue. En se déplaçant au Nord, il peut être soumis à des températures en dessous de zéro qui feraient geler l’eau de ces cellules, aussi ce chêne a également une stratégie pour s’adapter au froid. À l’automne, ses feuilles sèchent sur l’arbre et tomberont au sol à la repousse des suivantes, on dit qu’elles sont marcescentes. Perdre ses feuilles n’est pourtant pas une stratégie fréquente en méditerranée. Pensez au Pin, à l’Olivier, au Cyprès ou au Chêne vert qui gardent leurs feuilles tout l’hiver. Les températures hivernales étant peu intenses, ils ne gèlent pas. Pour ces arbres, il est donc préférable de garder leurs feuilles, protégées de poils ou d’une couche de cire, plutôt que d’engager une dépense énergétique au printemps pour en fabriquer de nouvelles.

UNE FORÊT ACCUEILLANTE ET SOCIABLE Le tapis de feuilles à nos pieds abrite de nombreux insectes et des mycéliums de champignons. Ils participent à transformer cette litière en humus riche et fertile. Une poignée de terre prélevée sur le chemin est sans appel sur le travail effectué par ces organismes. Prélevée dans les pentes, la terre est ocre rouge, quand celle au pied des chênes est d’un brun foncé. Les glands, fruits du chêne pubescent, attirent et nourrissent de nombreux animaux dont les Geais des chênes, qui par leur comportement de thésaurisation contribuent très activement à la dissémination des glands. Dans notre forêt, les chênes pubescents sont associés aux chênes verts. Lorsqu’ils sont réunis, ces deux arbres indiquent l’étage climatique méso-méditerranéen (ni trop chaud, ni trop froid) qui accueille, grâce à la disparition des feuilles du chêne pubescent qui laisse pénétrer la lumière dans le sous bois, un cortège de plantes associées caractéristiques. Lorsque des végétaux génèrent les conditions d’accueil favorables aux autres végétaux (disponibilité de la lumière, structure du sol...), on parle de sociabilité végétale.


DES PLANTES DE SOUS-BOIS MEDITERRANéEN Viorne-tin Viburnum tinus, Nerprun alaterne Rhamnus alaternus, Filaire à feuilles étroites Phillyrea angustifolia, Salspareille d’Europe Smilax aspera et Pin d’Alep Pinus halepensis... Autant de plantes que nous avons retrouvé lors de l’inventaire de la forêt (voir la carte du site) auxquelles se sont jointes des plantes plus thermophiles, qui aiment la chaleur. Nous avons observé au cœur de la forêt des jeunes chênes mélangés à des arbres plus anciens. Lorsque le chêne se desserre, le Pin d’Alep apparaît. Ces deux arbres cohabitent facilement, car leurs stratégies démographiques sont très différentes et se complètent : le chêne a une croissance lente, il fleurit vers 20 ans et à une vie de 500 ans et plus. Le Pin, a une croissance rapide et vit environ 100 ans. À proximité de la Forêt, une zone incendiée laisse apparaitre carcasse de voiture et squelettes d’arbres calcinés. Une question se pose alors à nous, le pin d’Alep, très inflammable, peut-il mettre la forêt en danger ?

UNE FOUGÈRE à ÉCAILLES Des Iris naturalisées, de l’Immortelle d’Italie peuplent le rocher, et même une très belle fougère, le Cétérach officinal (Asplenium ceterach), dont la face inférieure est couverte d’écailles argentées qui participent à une adaptation poussée à la sècheresse. Par temps sec ses feuilles s’enroulent pour ne présenter que les écailles qui font barrière à l’évapotranspiration. Elle aura le mot de la fin !


Viorne-tin.

Ecailles de Cétérach officinal.


LES RÉCITS DE FORESTA Les Récits du 1000 pattes

Les explorations botaniques

Animé par la coopérative d’habitants Hôtel du Nord, le 1000 pattes est un groupe ouvert de voisins (proches ou lointains) qui partent régulièrement en voyage tout à côté de chez eux… Nous explorons et enquêtons dans nos quartiers pour rencontrer, apprendre, agir. Nous créons ainsi des balades à partager au moment des Journées Européennes du Patrimoine puis toute l’année. On vient quand on veut, quand on peut, et même quand on ne vient jamais on peut suivre à distance nos aventures grâce à ces petits récits que l’on reçoit par mel, un peu à l’ancienne, entre correspondance et carnet de voyage.

Les explorations botaniques sont des balades qui invitent à faire ensemble l’inventaire de la flore de Foresta. Guidées par les artistes-cueilleurs du collectif SAFI et les botanistes de l’association Espigaou, par ailleurs habitants de cette partie du territoire, elles permettent d’observer pour se constituer peu à peu une connaissance commune et partager ce que nous raconte le monde végétal des lieux où nous vivons. Les explorations botaniques sont une proposition du collectif SAFI et d’Espigaou dans le cadre de Foresta, un projet porté par Yes We Camp en collaboration avec Hôtel du Nord.

Les conversations marchées

Les conversations marchées sont des invitations lancées par le collectif SAFI et le Bureau des guides du GR2013 à des scientifiques, écologues, botanistes, naturalistes… pour marcher ensemble et éclairer notre regard sur Foresta. Ils nous donnent à voir et à comprendre ce qui constitue nos paysages de proximité, les enjeux qui les traversent et en quoi ils participent d’un écosystème. Les conversations marchées font partie du programme européen Nature 4 Citylife.


LES RÉCITS DE FORESTA Par de multiples marches d’exploration, nous prenons le temps de collectivement observer Foresta. Au travers ses sols, ses arbres, ses paysages, ce site a beaucoup à nous apprendre sur la biodiversité en ville mais aussi sur l’histoire industrielle et sociale de Marseille. En collectant et racontant ses multiples histoires nous espérons contribuer à prendre soin de ces lieux et à les vivre en commun.

www.hoteldunord.coop www.gr2013.fr parcforesta.org

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Les récits de Foresta // Exploration botanique n°1  

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