

PhilippeDuchenne
Photo: un échantillon de tissu que tu avait ramené d’un voyage en Asie avec moi...
[352 VIES AVEC]

TRÈS GRAND
44*-“Je t’oublie, je te vois”. (J’ai 24 ans)... *les chiffres font référence à mon recueil [352 vies], un des premiers textes écrits sur l’ordi, après la mort de M.M.C.O. en 2002...
49-“Le monde sera très beau à errer tout sera noir tout sera blanc entre les deux rien à inventer dans l’Océan indien oh tout sera très doux et les îles sont très belles sur une page blanche je suis une histoire de janvier mais mars est déjà là,” (j’ai 33 ans, et tu es avec moi du côté de Mirissa, au Sri Lanka, et tu craques complètement et tu éclates en pleurs en plein milieu de la banque, parce que les gens sont trop gentils ...et la préposée au Change se lève pour venir te consoler),
63-CECI EST LE REMAKE DE TOUT CE QUE J’AI ÉCRIT AVANT
TOUT CE QUE J’ÉCRIRAI DANS LE FUTUR,
(j’ai 41 ans),
63B-DANS LE FUTUR PAS AVEC TOI...
72-L’odeur des trains de mon enfance, retrouvée dans l’omnibus qui nous mène à Habay, où nous allons voir ensemble Josine/maman dans son home. Un petit train avec des vrais sièges en skaï vert comme à l’époque, (on a 50 ans),
75-Les cerisiers de Cabrières, laissés à l’abandon dans un verger, et les centaines de cerises que l’on cueille en cachette, toi et moi, (j’ai 45 ans),
102-La Place Saint-Marc à Venise, un de mes clichés préférés en 1986, toi et moi, heureux, une photo d’Alexander W. prise à la terrasse du Café Quadri, (j’ai 30 ans),
112-Le soir où tu arrives chez moi pour la première fois, en 1982, et je te sers un verre de vin blanc, on boit et on se regarde, surpris: le vin s’est transformé en eau !!!! ... C’est mon frère Marc qui a bu toute la bouteille et l’a remise au frigo, bêtement remplacée par de l’eau. Je suis furieux mais tu éclates de rire, tu n’en voudras pas à Marc, (j’ai 26 ans),
117-L’odeur du sapin de noël. L’odeur des “baguettes magiques” qui font des étincelles dans le noir. L’odeur des bougies qu’on éteint. Parfum retrouvé le jour où tu as soudain envie d’un vrai sapin, que l’on installe dans le salon, Rue Hôtel des Monnaies, (on a 40 ans et tu n’as pas encore emménagé ici),
119-Adorer laver la vaisselle avec toi,...probablement parce que j’ai fait mon coming-out, vers seize ans, en faisant la vaisselle avec ma mère et mes frères: L’étonnement de ma mère, qui me voyait toujours avec des petites amies, et qui était persuadée que mon frère Marc, lui, était gay, alors qu’il ne l’était absolument pas, (quoique), (j’ai 52 ans: ...refaire le monde en essuyant les assiettes, lancer de grandes discussions existentielles, faire de belles déclarations, nous disputer, nous réconcilier...),
121-William Coryn, notre héros du feuilleton TV “Les charmes de l’été”, il a 15 ans (et moi aussi?) et il est fou amoureux de Marina Vlady, qui doit en avoir le double (ou le triple?) et moi je suis fou amoureux de William Coryn et toi aussi, mais on ne se connaît pas encore, toi et moi (on a 15/40 ans),
122-Un soir de novembre 1982, tu te sens malade, chez moi, Rue de Livourne, et tu te couches sur le tapis du salon, je prends ma Moped et je cours décommander mon rendez-vous avec CVH, au Musée du Cinéma, puis je reviens. Tu t’es endormi. Je te réveille doucement, et un peu plus tard et je te propose de rester dormir chez moi et tu acceptes, et on fait l’amour pour la première fois, (j’ai 26 ans, il y a juste vingt ans*), *écrit en 2002
122B-Cet hiver-là, il fait tellement glacial dans ton appartement Rue de la Brasserie, que tu prends de + en + l’habitude de dormir chez moi, et on fera ça les quarante années suivantes de notre vie, sauf que plus tard, on ira une fois chez l’un, une fois chez l’autre,
122C-Dire: Philippe est le premier mec de ma vie.
122D-Et le dernier?
122E-Non, pas le dernier! (Me dit Daniel D. J’ai 666 ans) (sic),
127-L’année où je te photographie en train de faire le poirier sous l’eau, à Monterosso. On vient de s’enfuir de Saint-Tropez où tu n’en pouvais plus, tu étais trop mal à l’aise parmi les amis de Winston et France, tu restais toute la journée enfermé dans la chambre, de peur de voir quelqu’un, et pourtant tu adorais W&F, (j’ai 31 ans),
128-“Belle et Sébastien”, évidemment, (J’ai 13 ans?), tu seras amoureux de Mehdi dans “Le Jeune Fabre”, tu me diras, (tu as 45 ans?),
143-Au-delà de l’émotion, Fauré, (on a 30 ans),
160-“La vie dans le désordre / les pensées / l’amour”. Une phrase qui revient sans cesse dans mes carnets, avec toi (j’ai 33 ans et je devrais mourir, mais qui n’a pas pensé mourir à 33 ans?),
163-“Les choses de la vie” de Claude Sautet: l’accident d’auto, l’Alfa Roméo de Michel Piccoli, la fatalité d’une lettre qui arrive trop tard, le regard triste de Romy Schneider, la chanson d’Hélène que tu me fais (re)découvrir longtemps après, (j’ai 14 ans/44 ans),
175-Un voyage scolaire d’Arlon à Bruxelles, en car, pour aller voir Béjart, à Forest National et je dois tellement pisser que quand le car s’arrête au bord de la route et que tout le monde descend, je me suis trop retenu et je n’arrive plus à pisser, et je dois attendre Bruxelles pour enfin me soulager dans un taillis du Parc Royal, (j’ai 15 ans), >>> Parc Royal où évidemment, à l’époque je n’ai aucune idée de ce qui se passe! (la drague pédé, etc) un endroit où tu adores aller draguer, où tu te feras agresser un jour (tu as 35 ans)... et moi, je n’ai jamais trop compris les codes de la drague pédé
181-Quand tu mets un sac Fnac sur la tête et tu fais le clown, et je fais une photo, (j’ai 31 ans),
186-Les premiers disques 78 tours d’Henri Salvador, à la fin des années 40, avec les chansons douces que j’écoute, tout gosse, chez Tante Juju, puis que j’oublie... pour les redécouvrir au début des années 90, longtemps avant le come-back triomphal du chanteur, à 83 ans, avec “Chambre avec vue”, (j’ai 7 ans/ 45ans et c’est notre album préféré cette anné-là, toi et moi),
187-L’année où je suis (mal) amoureux d’Odile et d’Isabelle en même temps et rien ne va. Déjà cette mauvaise idée d’être poly-amoureux, (j’ai 23 ans),
204-Relier les choses... mais pourquoi? (...) toujours cette fausse lucidité quelque part, qui ne me sert à rien, (j’ai 27 ans),
205-“Is that the last cha cha cha?” (j’ai 31 ans),
215-Ça se couvre. ça se recouvre. (Le ciel. Les choses. Notre vie etc...), (j’ai 45 ans),
218A-Un espoir d’espoir, (on a 30 ans),
218B-Tant de belles choses (un titre de Françoise Hardy), et l’un de nos gimmicks préférés, c’est cette réplique de Birkin au Bataclan: “Merci pour le bonheur”, et on la répète et répète et on rit chaque fois, puis soudain là, j’ai juste envie de pleurer, (maintenant)
218C-Je m’en fous de ton testament, puis soudain, je me dis que je pourrais te faire un hommage, un livre, une expo, avec cet argent, je cherche partout, et je ne retrouve pas ce foutu papier, mais je retrouve tes Sex Toys, c’est peut-être encore mieux, (maintenant)
220A-
Un amour raisonnable:
je suis amoureux de Michel F. et ça ne peut pas trop marcher, tu es amoureux d’Éric G. et ça ne va pas trop marcher, et au bout de six mois nous nous disons que nous pourrions être amoureux l’un de l’autre, toi et moi, ...mais on se méfie vachement, et on décide que c’est juste pour quinze jours et on se dit qu’on ne doit surtout pas dire “Je t’aime”, mais je le dis quand même, (j’ai 26 ans),
220B-Et au bout de 20 ans on pourrait se le redire, (j’ai 46 ans),
220C-Et au bout de 40 ans, (j’ai 66 ans),
220D-Détester le mot “raisonnable”, mais finalement, je ne suis pas certain que c’était le mot,
225-Un jour où je me sens long et moelleux, (j’ai presque 34 ans),
226-La vie (avec toi) sans mode d’emploi, pour paraphraser quelqu’un, (j’ai 45 ans),
261A-Décembre 1981. Un concert de Nico à l’Ancienne Belgique, et il y a ce mec qui me regarde, que je reconnais, je le vois souvent à La Cambre et il me sourit. Je m’en vais juste à la fin du concert, le lendemain je prends l’avion de bonne heure pour Ceylan, et là je rencontre Ajith, sur une plage paradisiaque de l’Océan indien, et soudain je me dis que TOUT est possible, et quelques mois plus tard je fais finalement ta connaissance, et tu me dis qu’à ce concert de Nico, tu voulais m’offrir un verre mais j’avais soudain disparu. Notre histoire aura juste été retardée, (j’ai 26 ans),
261B-Juin 1982. Ce jour-là, à La Cambre, Xavier D. me dit d’aller voir le jury de scénographie, et qu’il y a un mec génial, et je vais voir, et je découvre que c’est ce mec que j’ai vu au concert de Nico, puis à une soirée GAY quelque part, qui me sourit chaque fois que je le croise dans le couloir de la cafétaria, TOI, et je vais te parler dans le jardin de l’Abbaye, je t’offre un café, et quand tu me vois revenir avec les tasses, tout tremblant*, tu te dis: “Aïe! Il doit être trop amoureux de moi”, et ça te fait trop peur, (j’ai 26 ans),
*c’est bêtement mon “tremblement essentiel”, que j’ai depuis toujours, et que j’ai encore aujourd’hui,
261C-Beaucoup de hasards dans notre histoire, comme la fois où tu me proposes de venir avec toi à Paris, pour la Gay Pride, mais je ne suis pas vraiment convaincu par l’idée d’aller défiler avec plein de pédés, j’hésite et finalement je refuse, tu y vas et tu rencontres
Éric G.
, et tu tombes follement amoureux, et je disparais de ta vie,
261D-Cet été-là, tu fais ce stage à Bayreuth, où tu rencontres ma copine/amoureuse Isabelle qui te dit: “Oh Jean-François, c’est un pur esprit, il n’est pas SEX!”, et ça te fait encore plus peur (j’ai 26 ans),
ta passion pour Wagner,
261E-Entre-temps tu vis cette histoire avec Éric (qui ne dure pas, puis qui dure trente ans après), (tu as 22 ans),
261F-Plus tard, tu découvres ma collection “porno” et tu te rends compte qu’Isabelle ne savait pas (que j’étais SEX!) et on en rit encore, (on a 30 ans),
249-En 1983, quand on commence à dire que l’épidémie de SIDA provient de Haïti, je panique un peu parce que j’ai fait l’amour avec une fille lors d’un séjour là-bas et je cours faire mon test, (j’ai 28 ans), et je suis négatif, ...plus tard, on se dit que nos névroses, à tous deux, nous ont sauvé du Sida, (on a 40 ans et on n’a pas vraiment fait de TRICKS dans les années “cruciales” où tout le monde est mort),
296-“Être et ne pas être” Le titre d’une de mes toiles en 1989, (j’ai 33 ans),
297-J’adore le maillot de bain de Mark Spitz, aux jeux olympiques de Münich, mais je n’aime pas sa moustache, (j’ai 16 ans mais longtemps après j’ai finalement appris à aimer les moustaches, à cause du TatooBoy, et toi tu es toujours amoureux de Mark Spitz quarante ans plus tard),
303-“All
is the
same
/ I love me you”
, un graffiti que tu vois sur un mur du WC au Stedelijk Museum, à Amsterdam, et que tu retranscris pour moi, (on a 30 ans),
304-L’écho d’un silence. (La même année),
211/311-“Partout règne le calme plat”, l’hiver 87, en Egypte, toi et moi, on roule à vélo, dans la Vallée des Rois, (j’ai 32 ans),
311B-Louxor où tu te fais agresser, frapper dans le dos, par un inconnu, alors que tu te promènes gentiment au coucher du soleil, au bord du Nil, (tu as 28 ans),
320-L’année où tu disparais de ma vie, et tu as craqué lors de ta scénographie pour le Mathis d’Hindemith à l’Opéra des Flandres, j’ai tout essayé, mais tu refusais de voir un psy, et finalement tes parents sont venus t’emmener et tu es dans un Hôpital, quelque part, près de Charleroi, puis chez eux, dans leur petite maison ouvrière à Farciennes, tu restes là plusieurs mois, mais je te fais réapparaître très vite, et notre histoire recommence, et elle durera encore, (tu as 24 ans),
320B-Je pense à toute la souffrance du monde, que tu vas vivre des années, des années, (idem),
302-Ou bien mon histoire d’amour avec
L’Ange
, (j’ai 33 ans et j’ai toujours été fasciné par les Anges, je les ai toujours aimés et je les aime encore, et L’Ange est toujours là 36 ans plus tard), une amour contingente qui ne l’est peut-être pas,
327-Et puis l’année d’après, mes deux amoureux tombent amoureux l’un de l’autre, et j’ai assez envie que l’on vive une grande histoire ensemble tous les trois, et ça marche, mais pas vraiment, et pas très longtemps, (j’ai 34 ans, tu en as 30, L’Ange en a 26),
336A-Juin 1986. M’enfuir de
Venise
avec toi, les tourbillons de cocktails mondains où je bois des Bellinis à longueur de journées dans des palais improbables et où je n’ai plus l’impression d’être “moi-même” ni “personne d’autre” d’ailleurs, passant d’une interview TV finlandaise à une interview TV islandaise, à une séance de pose pour un magazine de mode, à un critique d’art, je me demande c’est quoi mon rôle dans ce film, et je t’imagine, ce que tu peux ressentir au milieu de cette frénésie,
336B-Et tu m’emmènes à Rimini, où tu as un joli souvenir de vacances, mais Rimini, malgré le Grand Hôtel de Fellini, c’est une très mauvaise idée, trop de posters nazis vendus dans les échoppes du bord de mer, trop de touristes grassouillets, et huileux, allignés, entassés sur des kilomètres de plages horribles, ce n’est pas vraiment le meilleur endroit pour retrouver mon âme, et nous décidons vite de nous enfuir encore, aller plus loin, et après quelques détours, nous découvrons cette petite maison, qui sera notre retraite dans un village de l’île d’Elbe, (j’ai 30 ans),
336C-Nos siestes crapuleuses, (on a 26ans/ 36/46/56 ans),
336D-Plus tard je découvre qu’Hervé Guibert était aussi sur l’île, cette année-là,
353-Les petits mots que tu caches dans mes bagages lors de mes voyages sans toi, (j’ai 30/50 ans),
347-Le soleil baisse et nous ne sommes “nulle part”... -“Do you like Nefertiti?”
-“Oh yes, me loving very much Nefertiti!”
Quand serons-nous “quelque part”? nous nous demandons, toi et moi dans ce train qui avance paresseusement vers Assouan, (j’ai 32 ans),
347B-Et Oostende, tu adorais Oostende, on y avait passé une lune de miel
au Thermae Palace, au printemps 2015, j’avais adoré être là-bas avec toi, tu avais adoré me guider à travers TA ville préférée, (j’ai 59 ans),
347C-Je me souviens qu’une fois, avec Éric, tu avais logé dans cet Hôtel où un célèbre homme politique assassinerait (?) sa compagne quelques temps plus tard,
347E-J’essayais de te convaincre de retourner à Oostende ensemble, tu reculais la date sans cesse, tu disais que tu te sentais trop faible, je ne voulais pas accepter que ton corps était épuisé, (il y a quelques mois),
349A-La vie, ma mort, (un titre que j’imagine pour un texte, puis que je trouve trop sinistre), (j’ai 35 ans),
349B-La vie, sa mort, (maintenant),
400A-
BESTof
des spectacles vus avec toi? “Le Soulier de Satin” dans la mise en scène d’Antoine Vitez, Nico à L’AB, “Kontakthof” de Pina Bausch à La Monnaie, Jay-Jay Johanson en concert au Bota, “Orphée et Eurydice” par Romeo Castellucci, Flavien Berger en concert, “Les Variations Goldberg” par A.T.DK., “Phèdre”, mis en scène par Jean-Marie Villégier, (...)
400?-Brel d’A.T.D.K. que nous devions aller voir ensemble le 10/01/2026, j’ai les tickets online...
401-Tes perfos assez bluffantes, au Club Antonin Artaud, et puis ce “RÉEL” tout récent avec la musique de Kontakthof, plutôt hilarant, que je découvre sur ton Instagram, et que je refilme pour pouvoir le garder, (maintenant),
402-La fois où, sur cette île paradisiaque au large de la Malaisie, je m’étais aventuré sur un récif de corail, et j’avais glissé, et je m’étais salement coupé au poignet, tandis que tu prenais un bain de soleil non loin de là, j’ai fait un garrot et j’ai soulevé mon bras pour arrêter que le sang pisse, et tu as cru que je te faisais coucou, et tu m’as fait des grands signes joyeux, puis quand je suis arrivé près de toi, et que tu as vu tout le sang, c’est moi qui ai dû te soutenir, (j’ai 35 ans),
353-En 1989, recopier cette phrase de la Genèse: “Voici qu’arrive l’homme aux songes.” J’écris ça dans un avion, perdu quelque part entre New-York, où tu viens me rejoindre, et Zurich où je ne sais pas trop ce que je fais, et Moscou où Andreï m’a prêté son appartement. À Moscou j’écoute Roméo et Juliette de Prokofiev, tu me l’as enregistré en cassette. Je n’arrive jamais à t’avoir au téléphone, le KGB doit bloquer la ligne, on se perd beaucoup cette année-là, j’écris ça dans un texte où je passe mon temps à tuer des gens, je tue carrément JM Basquiat, ça deviendra une expo chez Hufkens un peu après, et puis un livre, ça s’appelera “IMMORTALITÉ/IMMORALITÉ” (j’ai 33 ans),
380-Été 1985
Il n’arrive peut-être pas que des histoires inutiles, et des bateaux emportant des anges aux milles feux, passent devant ma fenêtre, rue de Livourne, puis disparaissent dans la nuit bleue, (j’ai 29 ans et je lis Maeterlinck et tu me fais écouter Pelléas et Mélisande),
380B-Ou bien tu me donnes une cassette à écouter sur le Vaporetto, alors que je suis en repérage sans toi, en février 1986, l’année de “ma” Biennale, L’Orlando Furioso de Vivaldi, trop beau dans la nuit du vaporetto, (j’ai 30 ans et tu es une histoire de musiques),
380C-Tu me fais écouter L’Île des Morts, de Rachmaninov, la musique de La Captive, de Chantal Akerman,
380C-Retranscrire ceci le 01/11/2025 et l’algorithme de Spotify te fait ressurgir avec Ma Mère l’Oye de Ravel, une autre de tes musiques,
380D, Tu es le garçon de toutes les musiques,
380D, Tu es le garçon de toute une vie, et même après,
352VIES+5O
[D675] + [D849]
“LE 11-SEPTEMBRE DE MA VIE”
O6.O3.2O22 >>> ET JE ME DEMANDE POURQUOI J’ÉCRIS TOUT ÇA,
“Ce jour-là, je compris que la vie commençait là où s’arrêtaient les images” (G.Bouillier)
Toi, ne retrouvant pas le frigo. Toi, ne sachant plus où est la chambre. Et moi complètement paumé. Ça ressemblerait à un Alzheimer foudroyant, sauf qu’un Alzheimer foudroyant, ça n’existe pas... Les choses s’aggravent, “Je suis un peu perdu” tu dis, et moi, soudain je ne sais plus quoi, et je panique, et samedi j’ai finalement ton psychiatre au téléphone, je t’emmène aux Urgences à St Pierre, mais il n’y a plus de chirurgien de garde, et on me dit d’aller à Érasme ou à Brugmann, et je préfère rentrer à la maison avec toi, être au calme, et retourner à St Pierre dimanche matin, et là, on me dit qu’on me rappellera trois heures plus tard, pour venir te rechercher, mais cinq heures ont passé et j’appelle pour apprendre que ce n’est pas un accident cérébral, on t’a fait un scanner et les nouvelles ne sont pas bonnes ils disent, ils ont découvert une masse importante au cerveau et une possible hémorragie cérébrale, ils te gardent pour la nuit et je peux t’apporter des affaires. Tu ne sortiras d’hosto que trois mois plus tard.
...Ne surtout pas trop écouter ce que mes amis disent (quelqu’un prononce le mot “trépaner”, etc).
...Ne surtout rien lire sur le Web.
...Ne surtout faire aucune projection.
Ne pas savoir comment écrire sur cela. Ou bien ne pas écrire?
J’ai rempli des carnets et des carnets de notes, je n’ai rien envie de recopier ici.
La tumeur, ce n’est finalement pas une tumeur, c’est un lymphome cérébral et l’hémorragie n’en est pas une, c’est un écoulement de sang, mais je confonds tous les mots, tous les diagnostics,
L’homme De ma vie
“Oh je vous ai pris pour Mr Duchenne, me dit l’infirmière à St Pierre, c’est fou, vous vous ressemblez, vous êtes frères jumeaux?” (on nous le dit souvent)
et là, c’est de survivre dont il s’agit,
et je me laisse porter par mes amis qui passent s’occuper de moi, et moi j’essaie de m’occuper de toi, et toute ma vie tourne soudain autour de ÇA! et soudain, tu dis que tu veux bien te marier (tu avais toujours refusé), et Jeannine D. me fait des petits plats, et mon frère D.O. me propose de venir à Bxl, et O.V. m’emmène manger au Dillens,
En attendant, ce matin-là on te fait une biopsie, et je téléphone à l’Unité 507 pour avoir des nouvelles, et on me renvoie à l’Unité 607, puis on me dit que tu dois rester encore une semaine puis aussitôt après, on me dit le contraire, et que je dois venir te chercher, que tu dois rentrer à la maison, que St Pierre n’est pas une garderie, je tombe des nues, on m’a pourtant dit que tu n’étais absolument pas en état de rentrer chez toi, et plus tard, tu ne vas pas bien du tout, et tu me chasses de ta chambre, puis ça dégénère, il y a ton voisin qui veut tout casser, à peine 20 ans et trépané, et tu prends peur, et tu ne veux carrément plus qu’on te soigne et ton psychiatre arrive, il me demande si je veux qu’on te soigne malgré ton refus, je dis oui et on t’applique la Procédure Nixon, sans me dire tout ce que ça implique, et quand je suis parti, on t’emmène sous escorte policière, on t’enferme en psychiatrie à Brugmann puis de là à Érasme, d’où tu ne sors plus que pour des séances de chimio à Bordet, où tu te sens beaucoup plus heureux, puis tu fais des allers-retrours à la maison, et trois mois passent et finalement tu pars pour une auto-greffe, et c’est vraiment dur, et à ta sortie de Bordet, tu ne pèses plus que 40kg, puis 50kg puis 60, et on espère,
2O23, quelques mois plus tard, c’est soudain les poumons qui déconnent, et je t’emmène de nouveau aux urgences à Bordet, puis Érasme, un coma provoqué, puis une assistance respiratoire, et tu te promènes avec une machine à oxygène, on me dit que tu en auras peut-être tout le temps besoin, et je te pousse en chaise roulante, puis ça va lentement mieux, et c’est une très longue revalidation à l’Hôpital Militaire, tu adores l’Hôpital Militaire, à Neder-Over-Hembeek, c’est le bout du monde, mais il y a plein de soldats ukrainiens là-bas, très gentils, blessés par les bombes russes, souvent mutilés, et toi tu montes et tu descends les escaliers avec ta kiné, puis tu attrapes le Covid là-bas, mais tu n’as plus besoin de machine à respirer, et tu reviens finalement à la maison, et tu réapprends à vivre,
2O24, ...un an passe, et le jour de tes 65 ans, après l’IRM, on m’annonce que tu as de nouvelles lésions au cerveau, et je me demande où ça va s’arrêter, tu es découragé, mais tu es prêt à de nouveaus traitements,
2O25, ...contre toute attente, les nouvelles lésions s’effacent, et tu veux vraiment vivre, un an passe, tu reprends même la chorale à La Monnaie, et le jour de tes 66 ans, on annonce que l’IRM est parfaite, je n’ose pas y croire, je me dis que c’est la première année sans catastrophe, jeudi 09/10 tu me fais cette jolie déclaration d’amour chez Myriam H., tu dis que tu es si content de vivre, on a les larmes aux yeux, Myriam et moi, dimanche 12/10, trois jours plus tard, tu rentres d’un récital où tu étais invité à La Monnaie, de super bonne humeur, tu es allé boire un verre dans un bar gay, tu as dragué, (je découvrirai quelques jours plus tard sur ton iPhone et je sourirai), tu me laisses un message WhatsApp, pour me dire que tout va bien, et que tu vas manger, tu dormiras en haut, au troisième étage, on se verra le lendemain, tu as envie de frites, lundi 13/10 tu as chorale, je crois t’entendre sortir de la maison, puis pas de nouvelles, je ne m’inquiète pas, puis je m’inquiète, mais je te connais trop bien, je me dis que ça ne s’est pas bien passé à la chorale, souvent tu veux que je te foute juste la paix, souvent, je ne te vois pas pendant plusieurs jours, sauf là que je remarque que tu n’as pas ouvert tes messages depuis 24 heures et je te texte ceci pour rigoler [ ENVOIE-MOI JUSTE UN MOT POUR ME DIRE SI TU VIS OU SI TU ES MORT ], pas de réponse, mardi 14/10 au matin, je finis par me décider à monter, il y a de la musique, tu n’es pas dans la cuisine, ni sur le lit, je t’appelle, il y a ton repas sur la table, le programme du récital ouvert à côté, je vais vers la salle de bain, et je te découvre, et je crois que tu t’es endormi, mais ça ressemble trop à mon frère M.M.C.O. en 2002, un mauvais remake, et je crie, ...en fait tu es mort depuis vingt quatre heures, ...en fait c’est ton cœur qui a lâché, ...en fait je ne sais plus, et le reste, encore moins, et je décide de me transformer en chou à la crème, en finissant la boîte qu’Isabelle a laissée en partant après le drink pour TOI, après le crématorium, la cérémonie, un truc où je suis devenu somnambule,
...et puis imaginer la vie sans toi
DIRE?
J’EN AI VOULU À SON PROFESSEUR DE LA CAMBRE D’AVOIR ÉTÉ TROP ORGUEILLEUX ET FIER DE CET ÉTUDIANT DE 22 ANS QUI AVAIT DÉJÀ DEUX SCÉNOGRAPHIES COMMANDÉES AVANT SON DIPLÔME, À L’OPÉRA DES FLANDRES ET À LA MONNAIE, À CE PROFESSEUR DONC, DE NE PAS AVOIR EU LA LUCIDITÉ D’ADMETTRE QUE PHILIPPE ÉTAIT TROP JEUNE, TROP FRAGILE, TROP INEXPÉRIMENTÉ POUR DES PROJETS DE CETTE ENVERGURE, J’EN AI VOULU À L’OPÉRA DES FLANDRES D’AVOIR LAISSÉ UN DIRECTEUR TECHNIQUE, ALCOOLIQUE NOTOIRE, PRENDRE EN CHARGE LE PROJET D’UN TOUT JEUNE SCÉNOGRAPHE, ET CE DÉCOR DEVENIR QUASI IMPOSSIBLE À TRANSPOSER À LA MONNAIE, (JE RETROUVE LA LETTRE D’EXCUSE DE LA DIRECTION CONCERNANT CE SCANDALE, JE RETROUVE LE CONTRAT DE GÉRARD MORTIER), J’EN
AI AUSSI VOULU À CE PROFESSEUR DE LA CAMBRE DE LUI AVOIR INTERDIT DE TRAVAILLER PENDANT SES ANNÉES D’ÉTUDES AVEC DES JEUNES STRUCTURES MOINS PRESTIGIEUSES MAIS PLUS AUDA-
CIEUSES, PLUS À SON NIVEAU, AVEC DES METTEURS EN SCÈNE DE SA GÉNÉRATION (LE THÉÂTRE ÉLÉMENTAIRE / FUTUR THÉÂTRE VARIA, AVEC LEQUEL PHILIPPE TRAVAILLAIT DÉJÀ), J’EN AI VOULU À LA VEUVE DE RENÉ KALISKY D’AVOIR REFUSÉ À MOSHE LEISER (FUTUR GRAND METTEUR EN SCÈNE À COVENT GARDEN) LES DROITS D’ADAPTATION D’UN TEXTE DE SON MARI, POUR LEQUEL MOSHE AVAIT DÉCIDÉ TRAVAILLER AVEC PHILIPPE, (JE RETOMBE SUR TOUS LES COURRIERS), JE POURRAIS PEUT-ÊTRE SURTOUT EN VOULOIR AU HASARD D’AVOIR ACCUMULÉ CETTE SÉRIE DE CHOSES QUI ALLAIENT FINIR PAR DÉTRUIRE PHILIPPE, PUIS J’ARRÊTE LÀ ET JE SAIS QUE ÇA NE SERT À RIEN ET JE DÉCIDE DE NE PLUS EN VOULOIR À PERSONNE,
Témoignages
MARTINE WIJCKAERT , metteuse en scène
Mon cher Jfo,
Le décès de Philippe fut et reste un grand choc pour moi.
C’est Valérie qui me l’a appris et l’une comme l’autre avons ressenti que nous perdions des pans de vie et d’expériences communes.
Je me souviens très précisément de sa collaboration aux côtés de Valérie sur le spectacle Le plus heureux des trois. Les costumes de Philippe contenaient de manière très iconoclaste la folie des personnage et de l’écriture, et tout cela selon une rigueur historique totalement anamorphosée. Philippe faisait partie de ceux (si rares) que j’appelle les très grands artistes, c’était un cristal pur et délicat, un faiseur de mondes empreints de son univers intérieur singulier, bien au-delà des effets de mode, oui son art est indémodable.
Des artistes de cette trempe sont fragiles, les violences l’ont brisé. Mais il s’est fabriqué un espace de retraite où sans relâche des merveilles, des machines à rêver ont surgi de ses mains expertes, au rythme d’un cœur aussi ardent que minutieux. C’est tout un métier au sens le plus noble qui disparaît aujourd’hui.
Mon cher Jfo, je sais que les mots sont bien invalides en ces moments. Cependant, sache que mon cœur, mes pensées vont à vous, à votre duo indestructible, des vies d’artistes tout simplement, tout follement.
Mes obligations de travail m’empêchent d’être là le 24, pourtant je serai présente auprès de vous. Si tu le souhaites, tu peux toujours donner lecture de tout ou partie de ces mots durant la cérémonie. Je t’embrasse très tendrement,
PAULO SILVEIRA, notre ami de Lisboa, qui décide d’écrire un texte, puis qui n’arrive pas:
Là je suis un peu bloqué pour le moment JFO... je dors vraiment pas depuis samedi... Je regarde la boîte à merveilles, avec les lettres de Philippe et avec tous les beaux dessins et images qu’il m’avait offerts depuis des décenies et je n’arrive pas à l’ouvrir pour le moment. Bizarre - parce que «ouvrir» cette boîte pour redécouvrir ses travaux - m’a toujours donné tellement de plaisir ... D’ailleurs c’est pas seulement la boîte à Philippe mais la VÔTRE à vous deux! Avec tous vos petits mots, dessins, messages peints et écrits, des photos et des prints de polaroids, etc etc ... Les phone-calls - les derniers ... étaient toujours, toujours rigolos à la fin de nos conversations : d’abord on se plaignait comme des vieilles femmes, mais c’était juste pour commencer à «rentrer» finalement dans la plus délicieuse bêtise et pour commencer à dire du mal de tout et de tout le monde. Son humour intelligent et fin était quelque chose ... et pendant le covid, surtout, il y avait toujours de la musique chez lui, qui venait du fond de la pièce ... les musiques plus ringardes, main dans la main, avec des pièces plus sophistiquées et exquises... Quand on buvait encore ensemble sur WhatsApp ...
GREGOR EKIERMAN, son élève de dessin à 14 ans, aujourd’hui étudiant à Oxford,
Cela faisait près d’une décennie que je n’avais plus vu Philippe lorsque j’ai appris la nouvelle: mon professeur de dessin n’était plus. Je me suis alors souvenu de ces quelques années durant lesquelles nous passâmes les mercredis après-midi ensemble, perchés dans son atelier ou tapis dans mon
salon. Je ne manquais jamais de le noter soigneusement : « cours avecPhilippe ». Je me souviens d’un homme duquel émanait une sensibilité et délicatesse rare qui, je pense, l’empêchaient d’adopter une posture de professeur autoritaire (ce dont le jeune adolescent fourbe et fainéant que j’étais en jouait sans doute un peu trop…). Je garde le souvenir ému de cet être qui me fit découvrir sa vision de l’art: l’homme au gant, la composition, la patience. Je lui dois l’appréciation de la rigueur dans la délicatesse, la prise de conscience d’une certaine humilité, de ces heures de silences méditatifs sporadiquement interrompus par les bruit d’une toile caressée. Je me souviens d’un homme qui aimait déjeuner comme il se devait avant chaque cours, et qui insistait pour mélanger plusieurs épices afin de relever nos saucisses-purée. Je me souviens d’un homme à la bienveillance infinie, qui avait fait de sa timidité une force pédagogique. Mais désormais mon professeur de dessin est parti, et même si cela faisait bien des années que je n’avais plus noté, dans mon journal de classe, que Philippe viendrait mercredi prochain, je ne peux m’empêcher de ressentir comme un vide et une douleur: mon professeur ne reviendra plus.
VALÉRIE JUNG
, son amie et scénographe
Philippe.
Mon ami Philippe…
Notre première rencontre à La Cambre, ou plutôt ma très grande admiration immédiate pour ses œuvres (je pèse mes mots) pour ce garçon ont créé notre future et très durable amitié. Il était quasi diplômé et moi je commençais.
Timide, fluet, un peu en retrait, très différent des grandes gueules sympathiques du groupe , mais connaissant sa propre valeur .
Inventif , très travailleur, très perfectionniste mais sans obsession. Un modèle inatteignable !
Je me suis rapprochée de lui, ai découvert son côté rieur et l’ai apprivoisé.
Nous avons ensuite partagé appartement, voyages, accords et désaccords , et toujours les rires Nous avions 22 ans.
Depuis, et ce « depuis » dure depuis longtemps, incluant sa grande et longue histoire avec JeanFrançois, le lien ne s’est pas distendu.
Avec Philippe , avec Jean-François,
J ‘ai continué à suivre et être fascinée par son art trop peu connu, son grand talent, son imagination, sa pensée sur l’opéra et le théâtre.
De la jeunesse jusqu’à aujourd’hui, une trajectoire avec des pleins et des déliés, des éloignements et des retrouvailles.
Sans vieillir d’une certaine manière.
Cette très magnifique maquette offerte par Philippe il y a si peu de temps, précieuse entre toutes, restera toujours dans mon environnement proche, comme Philippe dans mon cœur.
PATRICK
LOMBARD
, son ami de la Médiathèque,
Philippe, au prénom si usuel, porté par tant de générations, fut tout sauf banal, il était tout simplement génial. Qui, d’ailleurs, qui ne l’aimait pas ?
Il était mon vieil ami, mon unique ami authentiquement artiste.
Carolos tous les deux, comment se fait-il que nous ne nous soyons pas connus à Charleroi, au milieu des années 70 ? Nos écoles étaient voisines, Philippe allait à l’Athénée royal, moi au Collège du Sacré-Coeur. Adolescents, nous reprenions le même chemin pour regagner la gare du sud où nous attendaient le train de Farciennes pour lui, le bus de Marcinelle pour moi.
Et puis, nous fréquentions les mêmes lieux : le Palais des Beaux-Arts, le Passage de la Bourse et surtout, la Maison bleue, ce disquaire mythique, lieu magique où l’on pouvait écouter seul dans l’une des quatres cabines capitonnées, les vinyles classiques qui nous tentaient, mais que nous n’achetions pas toujours, nos budgets étant alors limités.
Ce n’est qu’une bonne douzaine d’années plus tard que nous fîmes connaissance à Bruxelles par l’intermédiaire de ma sœur, d’Isabelle et de Jean-François. Notre histoire est simple : une très brève idylle suivie d’une longue amitié, jamais interrompue malgré quelques petites bouderies, dues probablement à nos « sauvageries » respectives, notre besoin de solitude. L’agaçaient parfois chez moi la linéarité de ma vie professionnelle, la monotonie, disait-il, de ma vie amoureuse sans heurts, mon manque d’ambition, mon classicisme... et mon amour de l’art abstrait. « Le figuratif, c’est beaucoup mieux, disait-il ! Regarde, c’est JFO qui est dans le vrai ! » maintenait-il avec conviction. Je lui rétorquais qu’il ne manquait jamais de recaser dans ses maquettes de scènes de théâtre ou d’opéra une colonne bien classique ou un fronton antique !
Ah, ses magnifiques maquettes qu’il photographiait sous des éclairages différents, tantôt pour assombrir et dramatiser l’atmosphère, tantôt pour allonger indéfiniment la traîne d’une actrice ou d’une chanteuse à longue robe. À les contempler, on imaginait la scène, on entendait la musique... Ses talents multiples s’exerçaient aussi sur papier où, en deux ou trois traits, il évoquait une silhouette, souvent masculine, un corps, un visage, toutes images de désir. Le crayon, le bic, le feutre, le marqueur à eau, le pinceau, tout se pliait à son trait, tantôt souple, tantôt tremblant, mais toujours juste.
J’ai souvent jalousé son génie artistique. Philippe me consolait en m’affirmant que j’étais un assez bon critique, et ce, dans différents domaines, car nos passions étaient nombreuses : l’art, la musique classique, l’opéra, Wagner en tête, la chanson, le cinéma, l’Italie et quelques lectures partagées. Que de bons moments savourés ensemble, expos ou promenades dans Bruxelles, après-midis passés chez lui (successivement rues de Livourne, Monténégro, Hôtel des Monnaies) ou stations à la Mort Subite où nous évoquions tant de choses, nos vies amoureuses, nos passions partagées, notre jeunesse carolo, nos mères...
Le temps passa, la maladie s’installa en lui, longue, imprévisible, terrible. Nos vraies conversations se raréfièrent mais nous ne perdions pas de vue. Finis les longs courriers papier, souvent bourrés d’humour et toujours illustrés de mille et une photos, finis les mails et le téléphone. WhatsApp devait prendre le relais, avec échanges en cascades, presque quotidiens, de photos où défilaient ses bagues baroques, théâtrales, hautes en couleurs, ses innombrables dessins et ses bouleversantes petites sculptures. Car il n’a jamais cessé de travailler, même hospitalisé, puis chez lui, jusqu’à la fin, créateur infatigable, et discret.
Son art, à l’inventivité permanente, ses obsessions, sa voix, son rire, tous ces partages me manquent.
Même si tout sans cesse nous ramène aux disparus qu’on a aimés. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

merci à Jeannine Dath, pour la lecture des textes lors de l’hommage, et pour son aide et sa présence, merci à tous ceux qui ont écrit des textes, merci à Nathan Octave qui a fait une bande-son parfaite pour la “cérémonie”, merci à Isabelle Ekierman, pour sa logistique et son aide et sa présence, merci à tous ceux qui m’ont apporté leur soutien en ces “circonstances”, et aux centaines de mots gentils que j’ai reçus, et puis et surtout, merci à toi, mon Philippe, tu a été le plus insupportable et le plus adorable et le plus rigolo et le plus sexy et le plus (TOUT) des compagnons...