Le mutualiste 153 - Umen

Page 1

DE LA PRESSE, DU SPECTACLE ET DE LA COMMUNICATION - N° 143 • JUILLET 2022 • 1,88 € • TRIMESTRIEL

SOCIÉTÉ La pauvreté, encore aggravée par la crise sanitaire

ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE Assemblées générales des mutuelles uMEn et uMEn médical

C CO OM MP PR REEN ND DR REE LLEE M MÉÉTA TAB BO OLLIIS SM MEE,,

UME

un système système complexe complexe


Le mot du président

100 % santé, un constat mitigé !

© DR

E

n 2018, deux tiers des Français déclaraient renoncer à des soins pour des questions financières. C’est sur la base de ce constat et pour favoriser l’accès aux soins que le mouvement mutualiste s’est inscrit dans le projet de réforme dit du « 100 % santé ». Introduit en 2019 et déployé progressivement, le « 100 % santé » ou reste à charge zéro est aujourd’hui pleinement en œuvre pour les soins dentaires, d’optique et d’audiologie. Si les objectifs de la réforme étaient partagés en ce qui concerne l’accès aux soins – comment pouvait-il en être autrement – la Mutualité française avait alors émis des réserves quant aux effets possibles, notamment un risque d’inflation des dépenses de santé. La semaine dernière la FNMF (Fédération nationale de la Mutualité française) publiait sur son site des chiffres illustrant les effets de la réforme. Depuis son entrée en vigueur, ce sont 10 millions de Français qui ont bénéficié d’un reste à charge zéro pour leurs soins dans les domaines du dentaire et de l’audiologie et, dans une moindre mesure, de l’optique. Le recours au panier de soins « 100 % santé » est fortement sollicité par les assurés sociaux ayant souscrit un contrat responsable auprès d’un organisme de complémentaire santé. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les statistiques. D’aucun équipement sans reste à charge en 2018, on passe à 39 % d’audioprothèses en 2021 qui relèvent désormais du « 100 % santé ». Pour les soins dentaires, là où les prévisions visaient 45 % de prothèses, aujourd’hui ce sont 56,6 % des équipements pour lesquels les bénéficiaires n’ont pas eu à payer de leur poche. Seul l’optique plafonne à 16,9 % des personnes ayant choisi un équipement sans reste à charge, là où l’objectif était de 20 %. Ce premier bilan est, bien évidemment, une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat des adhérents mutualistes. Mais il convient de rester prudent quant aux conséquences réelles de la réforme, et de rappeler que tous les soins ou équipements relevant du « 100 % santé » ne sont pas gratuits comme pourrait le laisser entendre le reste à charge zéro. Ce sont bien les mutuelles qui en assument le coût pour leurs adhérents. Ainsi, entre 2020 et 2021, dans le contexte sanitaire et avec la mise en place du reste à charge zéro, les dépenses de santé remboursées par les mutuelles ont augmenté de 280 millions d'euros. Si le « 100 % santé » permet de lutter, pour partie, contre le renoncement aux soins en limitant la dépense, il existe d’autres voies pour maîtriser le budget santé à l’instar des 2 800 établissements de services et de soins mutualistes. Notre mutuelle est engagée dans cette voie en proposant, avec le centre de santé René-Laborie, une offre de soins à tarifs opposables (sans dépassement d’honoraires). Le conseil d'administration souhaite à tous les adhérent(e)s une agréable période estivale. Laurent Joseph, président d’uMEn

Sommaire 3-5 // ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE 6 // SYSTÈME DE SOINS • Greffe d'organes et de tissus : un nouveau plan plus ambitieux 7-9 // MÉDECINE • Le nerf vague, mal connu mais essentiel • Les vertiges, est-ce grave ? 10-12 // SOCIÉTÉ • La pauvreté, encore aggravée par la crise sanitaire • Des initiatives contre la misère 13 // PRÉVENTION • Audiogramme : comment se déroule ce test de l'audition ? 14-17 // DOSSIER

Comprendre le métabolisme, un système complexe 18 // INNOVATION • Dernières inventions pour mieux voir 19 // SPORT • Lancez-vous dans la course d'orientation 20-21 // LOISIRS/CULTURE • Trieste en toutes lettres 22 // INSTANT POÉTIQUE • Aimé Césaire 23 // LOISIRS/CULTURE • Sélection de livres

Le Mutualiste n° 143, juillet 2022. Trimestriel d’uMEn, mutuelle des professionnels de la presse, du spectacle et de la communication. Direction, rédaction, administration et publicité : 29, rue de Turbigo, 75081 Paris CEDEX 02. Site internet : lemutualiste.org. Directeur de la publication : Laurent Joseph • Responsable de la rédaction : Alain Poulet • Comité de rédaction : Pierrette Chenot, Michel Dursen, Jean-Jacques Hocquard, Julie Kapour, Bernard Montini, Jean-Pierre Moreux, Marc Norguez, Dominique Patte, Jean-Claude Tiphangne, Serge Vittoriano • Collaborateurs permanents : Denise Cabelli, Françoise Janin, Alain Noël • Conception graphique, réalisation et fabrication : Ciem, 12, rue de l’Église, 75015 Paris. Tél. : 01 44 49 61 00 • Commission paritaire : 0919 M. 06 967 • ISSN : 2292-2772 • Prix du numéro : 1,88 € • Abonnement annuel : 7,50 € (4 numéros par an) Ce numéro a été tiré à 28 940 exemplaires • Couverture © Shutterstock. Origine du papier : Leipzig (Allemagne) • Taux de fibres recyclées : 100 %. Ce magazine est imprimé avec des encres blanches sur un papier porteur de l’écolabel européen et de l’écolabel allemand Ange bleu (der Blaue Engel). « Eutrophisation » ou « Impact de l’eau » : PTot 0,002 kg/tonne de papier.


ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE

Assemblées générales des mutuelles uMEn et uMEn médical Les assemblées générales des mutuelles uMEn et uMEn médical se sont déroulées le 23 juin 2022, à la Cité internationale universitaire de Paris.

E

n introduction, le président Laurent Joseph est revenu sur les deux années écoulées extrêmement difficiles, la crise de la Covid, un environnement de la santé qui reste complexe et encore beaucoup d’incertitudes quant à l’avenir. Concernant le projet de grande Sécu, qui n’en avait que le nom, a-t-il indiqué, puisqu’il « s’agissait, à la demande du gouvernement et sur les bases du rapport du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie, d’envisager une intégration au régime général de l’activité des complémentaires santé ». Que « ce projet, pour l’instant écarté, ne portait pas l’ambition d’une grande Sécurité sociale universelle, reprenant toutes les branches : maladie, retraite, famille, accidents du travail et dépendance ». Le président Laurent Joseph a ensuite fait un focus sur la mise en place du reste à charge zéro. Il a souligné « que les dépenses de santé remboursées par l’ensemble des mutuelles avaient augmenté de 280 millions d’euros entre 2020 et 2021 », « qu’il convenait de rappeler que les soins ou équipements relevant du 100 % santé n’étaient pas gratuits, comme pourrait le laisser penser le “zéro”, que ce sont bien les mutuelles qui en assument le coût pour leurs adhérents ». Il a enchaîné en annonçant la tenue du congrès de la FNMF (Fédération nationale de la Mutualité française), début septembre à Marseille, que « le mouvement mutualiste devra tirer tous les enseignements de cette crise », « être force de propositions pour améliorer notre système de santé et de protection sociale », « que ce sera peut être l’occasion de replacer le mouvement mutualiste au cœur des débats ». Le président a poursuivi en rappelant qu’« Historiquement les mutuelles se sont fondées sur les principes de l’entraide et de la solidarité, d’abord au sein des corporations, [qu’]elles ont su en 1945 s’adapter et démontrer leur utilité sociale, (c’est encore vrai aujourd’hui, mais nous ne le faisons pas suffisamment savoir), [qu’elles] disposent d’atouts, de savoir-faire, au service de leurs adhérents et plus largement des assurés sociaux, à l’exemple des 2 800 établissements de Services de soins et d’accompagnements mutualiste, les SSAM, dont fait partie le centre de santé mutualiste René-Laborie ».

Laurent Joseph a terminé son intervention sur l’aspect important de la vie mutualiste, que sont les élections visant au renouvellement des conseils d’administration pour un mandat de cinq ans. Que « Les femmes et les hommes qui ont décidé de s’engager et s’investir au sein de la gouvernance devront, bien sûr, veiller à la bonne marche de nos institutions, mais également relever collectivement plusieurs défis. Le premier, tient aux contraintes réglementaires qui pèsent sur le conseil d’administration de la mutuelle Livre II (complémentaire santé). En effet, les règles de gouvernance et de gestion de Solvabilité II, en vigueur depuis 2016, portent des exigences de probité et de compétence, ce qui impose de permettre à tous les administrateurs d’accéder aux formations nécessaires. […] Le second concerne nos perspectives de développement, la démographie de nos adhérents et l’affaiblissement des secteurs professionnels historiques sont actuellement au cœur des discussions. Le conseil d’administration devra apporter les réponses les plus pertinentes en s’appuyant sur les ressources internes et des partenariats ».

Compte rendu de l’assemblée générale de la mutuelle uMEn Vingt-quatre résolutions ont été soumises aux délégué(e)s de la mutuelle uMEn. Les comptes de l’exercice 2021, le rapport de gestion du conseil d’administration, le rapport du commissaire aux comptes ont été adoptés, le quitus a ainsi été donné au conseil d’administration. Développement vers de nouveaux adhérents individuels Dans le prolongement de l’intervention du président Laurent Joseph, sur le constat de l’affaiblissement des secteurs professionnels historiques, la nécessité de développer une nouvelle offre de contrats individuels par tranche d’âges à partir de 16 ans, que l’on qualifiera d’appel, avec des remboursements de soins plus limités que ceux des différentes gammes de garanties en vigueur, a été approuvée. Garantie individuelle autonomie La commission uMEn Solidarité du conseil d’administration est de plus en plus sollicitée par les familles d’adhérents en situation de dépendance qui, de ce fait, rencontre des difficultés matérielles et financières.

3


ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE

uMEn Solidarité Chaque année l’assemblée générale est invitée à voter le montant disponible du fonds social. Il a été rappelé aux délégué(e)s qu’il s’agissait d’une action forte de solidarité mise en œuvre par la mutuelle vers les adhérents, quel que soit leur âge, pour les aider à résoudre des problèmes engendrés par des ennuis de santé. Pour exemples, il peut s’agir, comme expliqué au chapitre précédent, d’aides au réaménagement d’une habitation. Aussi, pour aménager un véhicule pour un enfant handicapé. Des aides peuvent être accordées pour le paiement de la cotisation mutualiste d’adhérents en difficulté financière temporaire. Selon les ressources, le fonds peut intervenir pour la prise en charge totale ou partielle d’un reste à charge suite à des soins coûteux. En cas de décès, selon les ressources également, une aide au financement de la cotisation mutualiste est prévue pour le conjoint survivant sur une durée de trois mois. Un « Panier bébé » est offert à chaque famille adhérente déclarant une naissance. D’autre part, RMA (Ressources mutuelles assistance) intervient auprès des adhérents confrontés aux difficultés d’un retour au domicile après une hospitalisation, ou ayant un problème de handicap. Il intervient aussi dans le cadre de l’accompagnement des aidants. Par ailleurs, uMEn Solidarité est partenaire d’associations spécialisées. Allô parlons d’enfants met à disposition de nos adhérents une écoute téléphonique 24h/24h pour des parents ou des adolescents en conflit. Les clowns de l’association Le Rire Médecin ont pour mission de faire oublier momentanément les soins douloureux vécus par les enfants en longue maladie : ils sont présents dans 17 hôpitaux, 55 services différents tels que la neurochirurgie, l’oncologie, la pédiatrie, la néphrologie, etc. (107 comédiens clowns partout en France). L’association Sparadrap est chargée d’informer et conseiller les familles sur toute situation de soin ou examen médical. La Mayotte (mutuelle sœur) et les enfants pris en charge, bénéficient pour la deuxième année, de participations financières à des projets pédagogiques. À Nice, le partenariat avec l’association Sardina contribue à l’aide alimentaire et morale de près de 200 personnes de plus de 60 ans aux faibles revenus. L’assemblée générale a approuvé le budget 2022 d’un montant de 335 000 euros pour uMEn Solidarité.

4

Communication Le débat avec l’assemblée a notamment porté sur la communication, sujet récurent lors des dernières assemblées générales. Il a été demandé au conseil d’administration de mieux porter à la connaissance des délégué(e)s ce que distribue la mutuelle en termes de garanties, de contrats. En région, de mieux les renseigner sur les accès aux réalisations mutualistes, les conventions avec les professionnels de santé. Concernant la revue Mutualiste, une évolution du contenu vers une information essentiellement ciblée « vie de la mutuelle et réseaux mutualistes », s’impose. Compte rendu de l’assemblée générale de la mutuelle uMEn médical La mutuelle uMEn médical est l’organe de gestion du centre de santé René-Laborie. Neuf résolutions ont été soumises aux délégué(e)s de la mutuelle uMEn médical. Comme pour la mutuelle uMEn, les comptes de l’exercice 2021, le rapport de gestion du conseil d’administration, le rapport du commissaire aux comptes ont été adoptés, le quitus a été ainsi donné. Après les deux années de Covid ayant fortement impacté à la baisse l’ensemble des activités du centre de santé : consultations médicales et paramédicales, chirurgie dentaire, implantologie, orthodontie, parodontologie, espace optique, centre d’audition, pharmacie, et malgré la difficulté pour recruter des médecins dans certaines spécialités, une reprise de la fréquentation est amorcée. Il a effectivement été répondu aux intervenants dans l’assemblée, qui ont souligné la difficulté d’obtenir des rendez-vous à court terme dans certaines spécialités, que c’était bien une des préoccupations majeures des dirigeants du centre de santé, malgré la pénurie de professionnels de santé constatée sur le plan national. Dans le cadre du développement du centre de santé, l’assemblée générale a donné mandat au conseil d’administration pour que soient mises en place de nouvelles offres de soins. Par ailleurs, une mise à jour de tarifs, hors ceux de la Sécurité sociale, a été adoptée.

© DR

Les dispositifs d’État, dans ce domaine, sont encore très limités. Les aides que peut apporter la mutuelle sont ponctuelles. Par exemple, contribuer à l’adaptation des pièces d’habitation comme une salle de bains. Pour permettre d’anticiper les conséquences parfois complexes, souvent douloureuses de la dépendance, le conseil d’administration a décidé de proposer à l’assemblée générale une Garantie individuelle autonomie. Une présentation, en avant-première, avait été faite dans le numéro 142, d’avril 2022, du Mutualiste. Cette nouvelle garantie a été adoptée.

« À la santé du confrère », moment de convivialité avec les délégué(e)s.

LE MUTUALISTE 143 Photos : @Shutterstock


Renouvellement des conseils d’administration des mutuelles uMEn et uMEn médical Au cours des assemblées ont eu lieu les votes pour élire les conseils d’administration pour un mandat de cinq ans. L’ensemble des candidats ont été élus ou réélus : 25 pour la mutuelle uMEn, dont 18 sortants du dernier conseil d’administration. 17 pour la mutuelle uMEn médical, dont 14 sortants. Les administrateurs(trices) dont les noms sont en caractère gras, sont élu(e)s ou réélu(e)s dans les deux conseils. Les administrateurs(trices) dont les noms sont en caractère maigre sont élu(e)s ou réélu(e)s au seul conseil de la mutuelle UMEn. M. Manuel BARBOSA COSTA Mme Elisabeth BERTHOU Mme Valérie BRIANT M. Jean-Pierre CHAGNON M. Philippe COLS M. Frédéric DA FONSECA PEREIRA M. Jean-Marie DAGONEAU M. Michel DURSEN M. Jean-Michel FLORET M. Thierry GUILLEN M. Jean-Jacques HOCQUARD M. Jean-Claude JOLY M. Laurent JOSEPH Mme Julie KAPOUR M. Julien LERI

M. Jean-Yves LOBEZ M. Éric MASCIOLI M. Marc NORGUEZ M. Jacques PAILHES M. Dominique PATTE M. Alain POULET M. Daniel ROUSSEAU M. Nicolas TROIANO M. Maurice VIGIER M. Serge VITTORIANO M. William MELON, candidat à la seule mutuelle uMEn médical, est également élu. À l’issue des assemblées, se sont tenus les conseils d’administration respectifs des mutuelles pour l’élection des nouveaux membres des bureaux. Pour la mutuelle uMEn : président, Laurent JOSEPH ; vice-présidents, Jean-Michel FLORET, Serge VITTORIANO ; secrétaire générale, Valérie BRIANT ; secrétaire générale adjointe, Julie KAPOUR ; trésorier général, Jean-Claude JOLY ; trésorier général adjoint, Jean-Marie DAGONEAU. Pour la mutuelle uMEn médical : président, Laurent JOSEPH ; vice-présidents, Jean-Michel FLORET, Michel DURSEN ; secrétaire générale, Valérie BRIANT ; trésorier général, William MELON.

Michel Dursen

Centre de santé mutualiste René-Laborie Votre lieu de prévention et de soins, avec plus de 40 spécialités médicales, dentaires et paramédicales. Votre centre de santé, votre pharmacie mutualiste et votre centre d’optique et d’audition seront fermés du 30 juillet au 21 août 2022. Vous pouvez néanmoins continuer à prendre un RDV médical ou dentaire, à partir du site www.cds.renelaborie.fr ou par téléphone au 01 49 27 09 20.

©Shutterstock

5


SYSTÈME DE SOINS

Greffe d’organes et de tissus : un nouveau plan plus ambitieux Il était particulièrement attendu par les associations de patients : le quatrième plan greffe pour la période 2022‑2026 est lancé. Il prévoit d’allouer un budget supplémentaire de 210 millions d’euros pour assurer la croissance des prélèvements.

L

e ministère des Solidarités et de la Santé a dévoilé, au mois de mars, un nouveau plan ministériel pour le prélèvement et la greffe d’organes et de tissus, présenté comme « innovant et volontariste ». Son objectif pour 2022-2026 est de relancer l’activité de transplantation, qui a été particulièrement fragilisée par la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19. Le nombre de greffes a en effet fortement diminué en 2020, avec 4 417 greffes. Et même si les professionnels de santé se sont mobilisés en 2021 en augmentant de 19,3 % l’activité de greffe – 5 273 actes comptabilisés –, celle-ci n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant crise (5 901 greffes

6

réalisées en 2019). En 2026, le gouvernement espère réaliser entre 6 760 et 8 530 greffes.

Plus de moyens financiers et humains Pour y arriver, le nouveau plan, qui a été coconstruit avec les partenaires institutionnels, les sociétés savantes, les associations d’usagers et les professionnels de santé notamment, fixe « les trajectoires à suivre pour accompagner les évolutions médicales et scientifiques », indique l’Agence de biomédecine. Pour la première fois, un financement complémentaire de 210 millions d’euros a été acté, ce qui porte le budget total à 2 milliards d’euros (en hausse de plus de 10 % par rapport aux précédents plans). Les effectifs vont également être renforcés : 150 infirmiers en pratique avancée (IPA) seront mobilisés au sein des coordinations hospitalières de prélèvement et des équipes de greffe. En parallèle, un référent « prélèvement et greffes » sera rattaché à chaque agence régionale de santé (ARS), afin de mettre en place un pilotage régional du plan « décliné selon les spécificités de chaque contexte local ». Autre mesure phare : « le développement assumé du

prélèvement multisources » – c’est-à-dire sur d’autres types de donneurs que les adultes décédés mais dont le cœur bat, comme les donneurs vivants ou les enfants – dans le but de « contrebalancer la baisse tendancielle du nombre de sujets en état de mort encéphalique ». Enfin, des indicateurs de performance vont être créés pour « évaluer la qualité de l’organisation du prélèvement et de la greffe, permettre de mobiliser les directions hospitalières et valoriser les équipes qui progressent ou qui se maintiennent à un très bon niveau ».

Une bonne nouvelle pour les patients Les associations de patients ont plutôt bien accueilli ce nouveau plan, à l’image de Renaloo, qui représente les malades du rein et qui y voit une « réelle ambition ». « Renaloo se réjouit de ces annonces, que nous réclamions avec force, et qui contribuent à donner enfin à la greffe l’ampleur d’une priorité nationale, statut dont elle est supposée bénéficier depuis 2004 », indique-t-elle. De son côté, le collectif Greffes Plus, qui réunit neuf associations, décrit le plan comme « ambitieux et novateur ». Lui, qui avait publié un manifeste en octobre 2021, résume ainsi son appréciation : « Plusieurs recommandations essentielles ont été relayées pour atteindre une finalité : plus de prélèvements pour plus de greffes. » Benoît Saint-Sever

Des plans sur la procréation et les cellules souches Deux autres plans d’actions ont été dévoilés par le ministère des Solidarités et de la Santé. Le premier concerne la procréation, l’embryologie et la génétique humaines. Il fait suite à l’adoption de la loi de bioéthique du 2 août 2021 et prévoit des mesures pour permettre notamment les évolutions concernant l’assistance médicale à la pro‑ création (AMP) : réduction des délais d’attente, inscriptions au registre permettant l’accès aux origines, autosuffisance du don de gamètes, etc. Le second plan traite du prélèvement et de la greffe de cellules souches hématopoïétique (CSH) – à l’origine de l’ensemble des différentes cellules du sang : globules rouges, globules blancs et plaquettes. Son objectif est de développer l’accès aux CSH, d’améliorer les condi‑ tions de prélèvement ou encore le suivi des donneurs.

LE MUTUALISTE 143 @Shutterstock


MÉDECINE

Le nerf vague, mal connu mais essentiel Il est le plus long du corps : le nerf vague part du cerveau pour rejoindre l’abdomen, en passant par le cou, et joue de nombreux rôles dans les domaines cardiaque, pulmonaire et digestif notamment. Les précisions du Pr Bruno Bonaz, spécialiste de la question.

A

ppelé aussi nerf pneumogastrique, le nerf vague est le dixième nerf crânien. « Il part du bulbe rachidien, descend au niveau du cou, traverse le médiastin et se termine au niveau de l’abdomen. C’est le nerf le plus long de l’organisme », explique le Pr Bruno Bonaz, professeur de gastro-entérologie et membre d’une équipe de recherche à l’Institut des neurosciences de Grenoble (Inserm U1216). Au cours de son trajet dans le corps, le nerf vague se segmente en plusieurs branches innervant de nombreux organes : il possède donc des branches cervicales, thoraciques et abdominales. C’est un nerf mixte. « Il contient 80 % de fibres “afférentes”, c’est-à-dire qu’elles informent le cerveau de ce qui se passe dans le cœur, les poumons ou le tube digestif. Les 20 % restants sont des fibres “efférentes”. Elles partent du cerveau et descendent dans le nerf vague pour se diriger vers la périphérie », détaille le Pr Bonaz. Le nerf vague joue un rôle essentiel dans de nombreux domaines. « Il régule

la sécrétion acide de l’estomac et la motricité du tube digestif. Il a aussi un rôle concernant la fréquence cardiaque, certaines sécrétions hormonales et la respiration », précise le professeur. Le nerf vague possède aussi une activité importante liée au système nerveux autonome ou végétatif. Il a un rôle antidépresseur, antiépileptique et anti-inflammatoire notamment. Des pathologies aussi bien cardiaques, pulmonaires qu’autoimmunes sont caractérisées par des anomalies de fonctionnement du nerf vague. « Les malades ont une dysautonomie, c’est-à-dire que leur système nerveux autonome ne fonctionne pas correctement. De nombreuses pathologies sont caractérisées par un système sympathique hypertonique et un nerf vague hypotonique. Le stress, qu’il soit psychologique ou immunitaire, a tendance à inhiber le nerf vague et à stimuler le système nerveux sympathique », souligne le Pr Bonaz.

une étude pilote basée sur la neurostimulation vagale invasive de neuf patients qui souffraient d’une maladie de Crohn modérée. Ses résultats ont montré que les symptômes d’environ 60 % des patients étaient améliorés. Nous avons aussi réalisé une étude pilote portant sur le syndrome de l’intestin irritable (anciennement dénommé colopathie fonctionnelle) car le nerf vague peut avoir une action antidouleur », dévoile le spécialiste. « Actuellement des équipes de recherche clinique utilisent la neurostimulation vagale transcutanée auriculaire pour traiter des malades, enfants et adultes, souffrant de rectocolite ou de la maladie de Crohn. D’autres équipes utilisent la même technique pour lutter contre l’obésité ou la polyarthrite rhumatoïde », précise-t-il avant d’ajouter que la neurostimulation du nerf vague a beaucoup d’avenir. Violaine Chatal

Des maladies digestives traitées par la stimulation du nerf vague

Utilisée depuis plus de vingt ans pour traiter l’épilepsie et la dépression, la stimulation du nerf vague permet désormais également de réduire les troubles autistiques ou d’améliorer la récupération motrice après un accident vasculaire cérébral (AVC). Le Pr Bruno Bonaz a, quant à lui, beaucoup travaillé sur les interactions entre le stress et les problèmes digestifs. « Les efférences vagales (les fibres qui partent du cerveau pour agir sur la périphérie en passant par le nerf vague) ont un effet anti-inflammatoire et plus particulièrement anti-TNF. Or, le TNF (une cytokine pro-inflammatoire) est impliqué dans la maladie de Crohn, la rectocolite ou encore la polyarthrite rhumatoïde. En 2012, nous avons débuté

©Shutterstock

7


MÉDECINE L’oreille interne (labyrinthe)

Cochlée

Canaux semi-circulaires

Vestibule

Les vertiges, est-ce grave ? Un quart de la population sera un jour confronté à des vertiges, plus ou moins durables et violents. Si la majeure partie sont simples à contrôler, certains vertiges handicapent la vie quotidienne. Maladie de Menière, vertiges positionnels, vestibulaires, faux vertiges, etc. : il faut consulter afin de ne pas passer à côté d’une urgence.

D

ans le langage courant, « vertige » est un terme vague qui décrit des impressions de déséquilibre, d’étourdissement ou d’instabilité. Or, sa définition médicale est très précise : il s’agit d’une sensation de mouvement, soit de l’environnement de la personne qui ressent les vertiges, soit de la personne ellemême (mouvement circulaire et/ou vertical, balancement, sensation de chute). Les crises vertigineuses sont liées à un

8

LE MUTUALISTE 143

dysfonctionnement de la fonction de l’équilibre. Les organes de l’équilibre se trouvent dans l’oreille interne (labyrinthe) et informent sur les mouvements du corps dans l’espace.

Penser au vertige « maladie »

« Si une crise vertigineuse n’est pas forcément une urgence vitale, il s’agit néanmoins d’une urgence diagnostique, prévient le Pr Jean-Pierre Sauvage*, ancien chef du service ORL au CHU Dupuytren (Limoges). Car c’est seulement lorsque la personne est en crise que le spécialiste peut déterminer quelle partie de l’oreille interne est en cause. La crise de vertige peut durer une journée, voire quinze jours, et peut même, dans le cas des vertiges positionnels, se répéter quotidiennement. Certaines maladies, notamment virales, peuvent donner une unique crise de vertige, d’une durée plus ou moins longue. » L’oreille interne est un organe sensoriel qui pilote le regard au cours du mouvement en produisant un mouvement de l’œil inverse du mouvement de la tête. C’est donc en étudiant l’œil lors de mouvements de la tête pendant la crise que l’ORL pourra entrevoir la cause de la crise vertigineuse. Le terme exact pour nommer ces mouvements d’oscillation involontaires et saccadés du globe oculaire survenant au cours des vertiges est « nystagmus spontanés ». « Le spécialiste recherche deux


LA KINÉSITHÉRAPIE VESTIBULAIRE mouvements oculaires spécifiques des vertiges, précise Jean-Pierre Sauvage. Le nystagmus vestibulaire spontané (sans bouger la tête) et le nystagmus positionnel, déclenché par un changement de position. Il pourra alors définir quel canal semi-circulaire de l’oreille interne est impliqué et pratiquer notamment des manœuvres libératrices. »

Certains traitements sont fondés sur la rééducation effectuée avec un kinésithérapeute, toujours après avoir effectué un bilan ORL. Celle-ci est surtout indiquée en cas de névrite vestibulaire. Le principe est d’habituer le cerveau à compenser le dysfonctionnement du nerf touché, en utilisant davantage les autres systèmes impliqués dans l’équilibre.

Le vertige positionnel paroxystique bénin

« Dans l’obscurité, j’ai la sensation de tourner et, dans la lumière, ce sont les objets qui tournent autour de moi, raconte Damien (34 ans). Ces vertiges brefs surviennent lorsque je me couche, que je lève la tête pour attraper un objet placé haut, ou que je me baisse pour le ramasser. » Les vertiges positionnels paroxystiques bénins sont la cause la plus fréquente de vertiges (30 % des cas), surtout en vieillissant. En cause, des otoconies (des cristaux de carbonate de calcium) roulant dans les canaux semi-circulaires de l’oreille interne et déclenchant des vertiges dits rotatoires. Les cellules ciliées sont stimulées, ce qui crée l’illusion d’un mouvement. Les manœuvres de repositionnement consistent à mobiliser la tête afin de disperser les dépôts d’otolithes.

La maladie de Menière

comme celui de l’herpès (ou varicelle-zona) hébergé dans l’oreille interne et réveillé à l’occasion de l’infection, d’une baisse de l’immunité, etc. Le traitement comprend des antiémétiques et des antihistaminiques ou des benzodiazépines, voire des corticostéroïdes. Depuis que l’on pratique la kinésithérapie vestibulaire (voir encadré ci-dessus), les séquelles handicapantes ont disparu.

Les « faux vertiges »

Il s’agit en majorité du « vertige des hauteurs », ou du mal des transports. Cette cinétose est due à la stimulation excessive de l’appareil vestibulaire au cours des déplacements du corps. Le mal des transports peut également survenir en cas de perceptions vestibulaires contradictoires. Par exemple, l’information visuelle selon laquelle le corps est statique peut entrer en conflit avec une sensation de mouvement.

« Après des années à subir des crises de vertiges brutales de plusieurs heures, une dizaine par an, on m’a enfin diagnostiqué une maladie de Menière, se souvient Floriane (55 ans). Les Quand faut-il s’inquiéter ? crises me terrassaient. À la longue, je n’osais plus sortir. J’ai eu « En général, dans le cadre de vertiges, les urgences vitales sont une “neurotomie vestibulaire” (section du nerf vestibulaire). J’ai d’origine neurologique et vasculaire. En effet, des vertiges peuvent depuis retrouvé une vie normale. » La maladie de résulter d’une maladie ou d’un évènement grave, Menière (5 % des vertiges) est une maladie chronique, comme un accident vasculaire cérébral (AVC) ou due à une pression trop importante du liquide de un traumatisme crânien. En cas d’AVC, le médecin Dans moins l’oreille interne, qui entraîne des vertiges, une perte repérera des mouvements oculaires anormaux d’un tiers de l’audition neurosensorielle fluctuante et des (nystagmus), des troubles de l’équilibre, des crises des cas, acouphènes. Le soulagement des symptômes est rotatoires (illusions de mouvement) sur plusieurs l’origine des obtenu par des médicaments antiémétiques (contre jours. Mais des vertiges peuvent aussi être provoqués vertiges reste les nausées), des antihistaminiques (comme dans les par des neurinomes, des tumeurs du nerf auditif inconnue. allergies), ou des benzodiazépines (sédatifs-anxiolyou au niveau du rocher (os qui renferme l’oreille interne et l’oreille moyenne). Globalement, tout tiques), des diurétiques et un régime alimentaire vertige persistant débutant par des douleurs cervicales doit faire pauvre en sel. La chirurgie peut être remplacée par une labyconsulter », résume le Pr Sauvage. rinthectomie chimique, au moyen d’un antibiotique injecté sous anesthésie locale dans le vestibule (partie centrale du labyrinthe osseux de l’oreille interne). Hélène Joubert

La névrite (ou neuronite) vestibulaire

« À la suite d’une grippe carabinée, relate Sophie (44 ans), des vertiges terribles m’ont assommée. Surtout, une crise brutale et mémorable m’a clouée au lit pendant plusieurs jours. L’ORL m’a diagnostiqué une névrite vestibulaire. » Les personnes souffrant de névrite vestibulaire (atteinte du nerf vestibulaire) présentent une crise de vertiges sévères, des nausées et des vomissements, un trouble de l’équilibre, et un nystagmus persistant battant vers le côté resté sain. En cause, un virus

* Auteur de Vertiges, manuel de diagnostic et de réhabilitation, 2020, Éditions Elsevier Masson, 3e édition.

Pr Jean-Pierre Sauvage

Photos : @Shutterstock

9


SOCIÉTÉ

La pauvreté, encore aggravée par la crise sanitaire N’en déplaise aux tenants du ruissellement (plus il y a de riches, plus tout le monde s’enrichit), c’est la pauvreté qui s’étend, et non l’opulence. Et la crise sanitaire de ces deux dernières années a encore aggravé la situation des plus pauvres.

S

elon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le seuil de pauvreté monétaire est fixé à 60 % en dessous du niveau de vie médian. Il s’établissait en 2019 à 1 063 € par mois. En France métropolitaine, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté s’élevait à 9,3 millions. Mais, en incluant les communautés et départements d’outre-mer, on atteint le chiffre de 10,1 millions de personnes touchées. Sans surprise, les chômeurs (38,9 %) et les familles monoparentales (32,8 %) le sont le plus. Autre constatation, en 2019, 31,5 % des immigrés sont pauvres (en particulier ceux nés en Afrique : 39,2 %). En 2018, le taux de pauvreté s’élevait à 14,8 % de la population. Il était en augmentation de 0,7 point par rapport à 2017. La baisse des allocations logement, induite par la réforme de la réduction du loyer de solidarité, explique cependant une part importante de cette hausse. Selon une estimation avancée, réalisée à l’automne 2019, la hausse du taux de pauvreté serait réduite de 0,4 point. Le taux de pauvreté a été à son minimum (au cours de ces vingt dernières années) en 2004, à 12,7 %. Il est ensuite remonté entre 2005 et 2007, puis plus fortement après la crise économique de 2008. Après une baisse en 2012 et 2013, il a peu varié entre 2014 et 2017. La crise sanitaire a bien sûr rebattu les cartes.

10

LE MUTUALISTE 143

Toujours selon les données de l’Insee, la moitié des personnes pauvres avait un niveau de vie inférieur à 855 € mensuels en 2018 (+ 0,4 % sur un an). L’intensité de la pauvreté est stable à 19,6 % en 2018. Sur une longue période, elle a progressivement diminué de 1996 à 2002 et varié depuis entre 19 % et 20,1 %, exception faite pour un point haut en 2012 à 21,4 %. Il apparaît que, parmi les actifs, 11 % sont en situation de pauvreté monétaire : c’est le cas de 37,8 % des chômeurs, contre 8,4 % des personnes en emploi. En 2018, le taux de pauvreté des retraités a augmenté nettement (+ 1,1 point) pour s’établir à 8,7 %, dépassant ainsi celui des personnes en situation d’emploi. Cette hausse est majoritairement portée par l’augmentation du taux de pauvreté des personnes seules âgées de 65 ans ou plus (+ 2,1 points). Pour les autres « inactifs », dont les étudiants, le taux de pauvreté est nettement plus élevé : 32,7 %. Enfin, les enfants sont également fortement frappés par la pauvreté, puisqu’en 2018, plus d’un enfant de moins de 18 ans sur cinq vit au sein d’une famille pauvre.


Une catastrophe silencieuse C’est une catastrophe qui s’est produite « à bas bruit, alors que tout le monde l’avait annoncée », dénonce l’hebdomadaire Politis. Selon lui, depuis le début de la crise sanitaire, 1 million de Français et Françaises ont basculé dans la pauvreté. Et, alors que les acteurs de la solidarité demandent « une hausse des minima sociaux à un niveau permettant de vivre décemment et l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans », c’est l’inaction qui prévaut, toujours selon l’hebdomadaire qui dénonce l’affaiblissement de l’idée de solidarité : « À peine 0,8 % du plan de relance est consacré à la pauvreté. » La doctrine officielle semble être que « c’est par le travail, et le travail seulement, que les pauvres doivent s’en sortir, alors que les moyens sont insuffisants pour un accompagnement digne de ce nom et que l’emploi manque cruellement ». A.N.

Après la crise sanitaire Ainsi que le note le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE), la crise sanitaire due à la Covid-19 a été « le révélateur d’une pauvreté démultipliée ». En 2020 et 2021, des situations de pauvreté qui préexistaient ont été aggravées, nombre de personnes ont été poussées vers la précarité. Le CNLE identifie plusieurs points sur lesquels peuvent se cristalliser les difficultés. Par exemple, si une diminution (et parfois des ruptures prolongées) d’activité a eu lieu, particulièrement dans le cas de travailleurs indépendants, intérimaires ou en contrat à durée déterminée. Une partie grandissante de la population a du mal à se nourrir, ce dont témoigne la hausse du nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire. On a pu constater que les inégalités, en ce qui concerne les conditions de logement, sont de plus en plus fortes. Dans le même temps, la crise sanitaire rend plus difficile l’accès aux services publics et aux droits sociaux ; elle met également au jour des inégalités sociales dans le domaine de la santé, en particulier pour l’accès aux soins et l’équipement

des territoires. Enfin, crise et confinements renforcent le sentiment de perte de repères et d’exclusion. Une majorité de jeunes « se perçoit comme une jeunesse sacrifiée » ; quant aux situations de violences conjugales ou intrafamiliales, elles ont parfois pu être exacerbées par les conditions de logement. Le baromètre Ipsos du Secours populaire sur la pauvreté va dans le même sens. Il montre que 33 % des Français ont subi une perte de revenus à la suite de la crise sanitaire de la Covid-19. Depuis le premier confinement, le Secours populaire a dû faire face à une augmentation de 45 % des demandes d’aides. La crise sanitaire, qui a évolué en crise économique et sociale, frappe plus durement les plus démunis. Beaucoup, autrefois à l’abri du besoin, ont perdu leur emploi et sont tombés dans la précarité. C’est le cas de beaucoup de familles monoparentales, de personnes âgées, d’étudiants, ou encore d’intérimaires et de travailleurs indépendants. La baisse importante de leurs revenus les contraint à solliciter de l’aide. Et pendant ce temps… les plus riches sont devenus encore plus riches. Et on n’a toujours pas de nouvelles du ruissellement, qui devait améliorer – quasi automatiquement – le quotidien des moins favorisés.

Alain Noël

Pour en savoir plus : CNLE : www.vie-publique.fr/en-bref/279952crise-sanitaire-quelles-evolutions-de-la-pauvrete-etde-lexclusion INSEE : www.insee.fr/fr/statistiques

©Shutterstock

11


SOCIÉTÉ

Des initiatives contre la misère De nombreuses structures, notamment associatives, agissent contre la grande pauvreté et la misère. Nous avons choisi d’en évoquer deux : le Secours populaire, à travers sa Fédération du livre, et ATD Quart Monde. Philippe Escuredo, secrétaire de la Fédération du livre du Secours populaire : Le baromètre Ipsos du Secours populaire (SPF) le montre, la Covid-19 a plongé une partie importante de la population dans la précarité : la crise sanitaire a entraîné une perte de revenus pour 33 % des Français. Nous observons une augmentation de 45 % des demandes d’aides depuis le premier confinement. Et la crise sanitaire, qui s’est transformée en crise économique et sociale, fragilise encore les plus démunis. Traditionnellement, nous intervenions auprès d’une population de chômeurs (privés d’emploi), de migrants, de sansabri, à qui nous apportons un secours sous forme de subventions, tant par mois, à partir du reste à vivre de ces personnes. Nous donnons un budget pour les vacances, une prime de rentrée scolaire. Dans le même temps, le SPF organise chaque année un arbre de Noël dans un centre restaurant social. Nous aidons ainsi des familles, et des seniors ; les retraités sont pour nous une nouvelle catégorie de demandeurs de secours. Nous envoyons aussi des enfants à Cabourg chaque année, avec le concours du conseil régional Île-de-France et du Secours populaire. Emmener les enfants (jusqu’à 5 000 !) au bord de la mer, à bord de 120 bus, la troisième semaine d’août… c’est ce que permet la « Journée des oubliés des vacances » (JOV). Une autre de nos initiatives, ce sont les pères Noël verts (vert comme l’espoir), opération créée en 1976. Nous observons nettement que les besoins ont augmenté, et les ressources non. Nos actions ont continué pendant la Covid ; et nous les poursuivrons, dans un souci de fraternité. Tant il est vrai que « la liberté se gagne, l’égalité se distribue et la fraternité s’apprend ! »

12

LE MUTUALISTE 143

Marie-Aleth Grard, présidente d’ATD Quart Monde : Fondé en 1957, c’est un mouvement international non gouvernemental et sans affiliation religieuse ou politique. Son but : éradiquer la grande pauvreté et permettre à tous et toutes de vivre en égale dignité. L’épidémie de Covid a eu un impact particulièrement sur les plus pauvres. Et ce n’est que le début, on peut s’attendre à ce que cela dure sur les prochaines années. En matière de santé d’abord, le recours aux soins est plus compliqué ; pour l’éducation, les jeunes sont plus pénalisés que les autres milieux sociaux ; en ce qui concerne le logement, on a connu 3 000 relogés pour un temps, il reste 4 millions de personnes mal logées ou même à la rue… Les actions d’ATD Quart Monde visent à éradiquer la grande pauvreté, avec le concours des personnes concernées ellesmêmes. Car les mesures ne bénéficient à ceux à qui elles sont destinées que si on les écoute soigneusement. Nous agissons dans le domaine des droits fondamentaux pour montrer ce qu’il est possible de réaliser. Nous procédons par expérimentations. Avec les gens concernés, et des partenaires. Un exemple, le cas des Territoires zéro chômeurs de longue durée, lancés pour démontrer que nul n’est inemployable ; et qu’un chômeur coûte plus cher à indemniser qu’à employer en contrat à durée indéterminée (CDI).

Alain Noël

©Shutterstock


Audiogramme : comment se déroule ce test de l’audition ? L’audiogramme permet de déceler une perte auditive et son niveau. Découvrez les étapes de cet examen et ce que ses résultats révèlent.

L

’audiogramme est un test réalisé après un interrogatoire et un examen des conduits auditifs externes et des tympans avec un otoscope, le plus souvent par un ORL et parfois par un médecin généraliste. Il comprend un test d’audiométrie tonale et un test d’audiométrie vocale, réalisés en cabine ou dans une pièce insonorisée, car les bruits de l’environnement perturbent les résultats. Cette évaluation de l’audition dure entre 45 et 60 minutes et les résultats se présentent sous la forme de graphiques.

Test d’audiométrie tonale « L’audiométrie tonale liminaire est l’examen de référence pour définir le niveau de surdité », explique le professeur Frédéric Venail, chirurgien oto-rhino laryngologue et responsable de l’équipe médicale Otologie et neuro-otologie au CHU de Montpellier. « Ce test consiste à envoyer des sons à différentes fréquences, avec un audiomètre, pour voir à partir de quelle intensité la tonalité est perçue. Il se fait déjà avec un casque, en conduction aérienne (le son chemine dans l’air via le tympan et les osselets pour atteindre l’oreille interne) pour mesurer à partir de quelle intensité la tonalité est perçue. Ce test est également effectué en conduction osseuse. Cela consiste à réaliser une vibration derrière l’oreille, directement dans l’oreille moyenne, sans passer par le tympan et les osselets, afin de déterminer des seuils auditifs », décrit le spécialiste. Les résultats sont présentés sur des courbes. Cette méthode permet également de rechercher si la courbe audiométrique est évocatrice d’une maladie et s’il existe une asymétrie d’audition entre les deux oreilles, qui témoigne également d’une pathologie. « Lorsque les courbes de conduction aérienne et de conduction osseuse se superposent, cela signifie que la surdité ne vient pas des osselets et du tympan, mais de l’oreille interne. Si

elles ne se superposent pas, le problème auditif vient du tympan ou des osselets », explique le Pr Venail.

Test d’audiométrie vocale « Dans la majorité des cas, le test d’audiométrie tonale liminaire est complété par une audiométrie vocale, informe le médecin ORL. Nous mesurons l’intelligibilité uniquement en conduction aérienne avec un casque, en faisant écouter à la personne, à différentes intensités sonores, une liste de mots qu’elle doit répéter. » Le résultat du test d’audiométrie vocale donne lieu également à la réalisation d’une courbe. Lorsque l’audiométrie vocale ne correspond pas à l’audiométrie tonale, une lésion au niveau des voies nerveuses auditives ou du cerveau peut être suspectée. « Aujourd’hui, l’audiométrie vocale peut être effectuée en ajoutant du bruit, afin de se rapprocher des conditions de la vie réelle, les personnes souffrant de surdité étant d’abord gênées dans un environnement bruyant, indique le Pr Venail. Nous pouvons définir quel niveau de bruit altère la compréhension de la parole, en découvrant à partir de quand la personne ne peut répéter que la moitié des mots entendus. » Tous ces tests permettent de définir le niveau de surdité et d’en apprécier le mécanisme (problème provenant de l’oreille interne ou de l’oreille moyenne). Pour trouver la cause de la surdité, il faut réaliser des examens complémentaires. Anne-Sophie Glover-Bondeau

LES SEUILS DE SURDITÉ DÉFINIS PAR L’AUDIOGRAMME À partir de l’audiogramme tonal, est calculée la perte auditive moyenne sur différentes fréquences. Au-delà de 30 décibels de perte auditive, on parle de surdité. En ce qui concerne l’audiogramme vocal, si l’intelligibilité des mots est de 50 % à une intensité supérieure à 30 décibels, on considère également qu’il y a une surdité.

©Shutterstock

13


DOSSIER

Comprendre le métabolisme, un système complexe Le métabolisme, souvent évoqué à l’occasion d’un régime amaigrissant ou d’un entraînement de musculation par exemple, est en réalité mal connu. Les scientifiques eux-mêmes découvrent encore de nouvelles implications du métabolisme sur l’organisme. Voici quelques clés pour mieux comprendre ce processus et de quelle façon on peut agir dessus pour être en meilleure forme. Dossier réalisé par Isabelle Coston

Vaste sujet que le métabolisme. Ce terme désigne l’ensemble des réactions chimiques qui s’opèrent continuellement dans l’organisme pour le maintenir en vie. Il recouvre avant tout un processus qui a lieu au sein de chaque cellule afin qu’elle puisse produire de nouvelles molécules ou bien qu’elle en dégrade. La cellule peut ainsi grandir et se multiplier. Le métabolisme comprend en réalité deux types d’actions opposées : le catabolisme et l’anabolisme. Le premier permet d’extraire l’énergie des nutriments, par dégradation des molécules énergétiques (glucides, lipides, etc.), le second de synthétiser les constituants nécessaires à la structure et au bon fonctionnement des cellules.

Repos ou activité : deux formes de métabolisme On distingue également deux formes de métabolisme : le métabolisme basal et le métabolisme en activité. Le premier se contente d’assurer les fonctions vitales : respiration, battements cardiaques, activité cérébrale, digestion,

14

LE MUTUALISTE 143

renouvellement cellulaire, etc. Il correspond à la dépense énergétique de l’organisme au repos, à jeun et dans des conditions thermiques neutres qui n’occasionnent pas une dépense calorique supplémentaire pour maintenir la température corporelle. Le métabolisme basal constitue environ 60 % de la dépense énergétique totale en moyenne. Il représentera une part plus élevée chez une personne sédentaire (près de 70 %) que chez un individu sportif (45 à 50 %) et il est généralement moins élevé chez la femme que chez l’homme. Il varie aussi en fonction de caractéristiques telles que la taille, l’âge, le poids, la masse musculaire et certains facteurs génétiques. Le métabolisme actif, lui, correspond aux mécanismes nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme pendant l’effort. Il dépend donc du degré d’activité.

Estimer ses besoins caloriques Il est possible de calculer son métabolisme de base et d’estimer ainsi le nombre de calories nécessaires chaque jour à l’organisme pour assurer ses fonctions vitales lorsqu’il est au repos. Il existe pour cela plusieurs formules. Attention, il ne s’agit pas d’une science exacte mais plutôt d’un repère pouvant aider à contrôler sa prise poids et à rester en bonne santé. Il ne faut pas oublier non plus qu’en cas de fortes chaleurs, de froid intense et lors d’efforts physiques, les besoins en calories sont augmentés afin de fournir au corps l’énergie dont il a besoin pour s’adapter à la situation.


LE SYNDROME MÉTABOLIQUE :

UN RISQUE À NE PAS NÉGLIGER

La méthode Oxford : 14,2 x poids (en kg) + 593. Selon cette formule, une personne pesant 60 kg aura donc besoin d’absorber au minimum 1 445 calories par jour. La méthode de Harris et Benedict : pour une femme : (9,740 x poids en kg) + (172,9 x taille en m) – (4,737 x âge) + 667,051 pour un homme : (13,707 x poids en kg) + (492,3 x taille en m) – (6,673 x âge) + 77,607 Selon cette formule qui tient compte du sexe, de la taille et de l’âge, une femme âgée de 29 ans, mesurant 1,61 m et pesant 60 kg (9,740 x 60) + (172,9 x 1,61) - (4,737 x 29) + 667,051 aura besoin de 1 392 calories par jour pour assurer son métabolisme de base.

Peut-on agir sur son métabolisme ? « Booster son métabolisme », autrement dit accélérer la transformation des nutriments en énergie afin de brûler davantage de graisses, est-il juste un fantasme des adeptes des régimes amaigrissants ou bien une réelle possibilité ? Attention, adopter un régime trop strict produira l’effet contraire au but recherché. Un apport calorique trop faible, associé à une activité physique trop intense, aura

Aussi appelé syndrome X ou syndrome de la bedaine, le syndrome métabolique n’est pas à proprement parler une maladie mais plutôt une association d’anomalies liées à un excès de graisse abdominale, qui augmente considérablement le risque de diabète de type 2, de maladies cardiaques et d’accident vasculaire cérébral (AVC). Selon la Fédération internationale du diabète (FID), une personne en est atteinte lorsqu’elle présente un tour de taille supérieur à 94 cm chez les hommes et 80 cm chez les femmes et au moins deux des facteurs suivants : • un taux élevé de triglycérides : égal ou supérieur à 1,7 mmol/L, l’équivalent de 150 mg/dL ; • un faible taux de cholestérol HDL : inférieur à 1,03 mmol/L ou 40 mg/dL chez un homme et à 1,29 mmol/L ou 50 mg/dL chez une femme ; • une hypertension artérielle (HTA) : supérieure ou égale à 130 mmHg pour la pression artérielle systolique et à 85 mmHg pour la pression artérielle diastolique ; • un taux élevé de glycémie veineuse à jeun : égale ou supérieure à 5,6 mmol/L (100 mg/L). Dans le cadre de l’étude internationale Monica, coordonnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), trois centres français (Inserm de Lille, de Toulouse et le laboratoire universitaire d’épidémiologie de Strasbourg) ont estimé la prévalence de ce syndrome en France à 22,5 % chez les hommes et 18,5 % chez les femmes.

15 Photos : @Shutterstock


DOSSIER

VRAI-FAUX

SUR LE MÉTABOLISME Le métabolisme correspond à une succession de réactions biochimiques dans une cellule. Vrai. Ce terme désigne l’ensemble des transformations biochimiques qui se déroulent dans une cellule.

ectomorphe prend difficilement du poids, malgré des apports caloriques élevés.

Les aliments riches en glucides sont ceux qui procurent une plus grande sensation de satiété. Faux. Ce sont les aliments riches en fibres ou en protéines qui Passé la quarantaine, apportent la meilleure le métabolisme ralentit. Faux. Il n’y a pas de changement sensation de satiété. marquant du métabolisme à la Un métabolisme trop lent quarantaine, c’est à partir de peut se signaler par une 60 ans qu’il devient plus lent. grande fatigue. Pour vraiment augmenter Vrai. Une fatigue chronique malgré des nuits de sommeil sa masse musculaire, suffisamment longues peut être il faut effectuer des exercices de musculation le signe d’un ralentissement du métabolisme. Difficulté à tous les jours. perdre du poids, ongles et Faux. Pour se reconstruire, le muscle a besoin de moments de cheveux cassants, peau sèche et extrémités souvent froides récupération. Il est donc conseillé de s’entraîner un jour doivent aussi alerter. sur deux. Une personne de type ectomorphe est une personne qui a un métabolisme « rapide ». Vrai. Contrairement à un individu dit endomorphe (au métabolisme « lent »), un

pour conséquence de ralentir le métabolisme, en mettant le corps en mode survie. Cela risque de dérégler l’organisme et le pousser à faire des réserves de graisse. Pour accélérer un métabolisme trop lent, il faut adopter les mêmes principes que les bodybuilders, grands spécialistes de la « prise de masse musculaire », à savoir fractionner ses rations alimentaires (quatre ou cinq repas au lieu de trois) et les prendre à heures régulières, privilégier les protéines (en quantité raisonnable,

16

LE MUTUALISTE 143

cependant) qui demandent plus d’énergie pour être synthétisées, limiter les graisses et les sucres et, par-dessus tout, éliminer les aliments transformés (graisses trans). Il est conseillé aussi de bien s’hydrater.

Éviter que la « mécanique » ne se dérègle Il faut donc bien comprendre le rôle de l’alimentation et de l’activité physique dans la balance énergétique et connaître les principaux nutriments intervenant dans le processus métabolique (glucides, lipides, protéines, vitamines, acides aminés, etc.). Mais avant tout, la régularité est primordiale pour favoriser le métabolisme et rester en bonne santé. Des repas équilibrés, pris à heures fixes, des nuits de sommeil suffisantes, de 7 heures en moyenne, avec des couchers et des levers à la même heure tous les jours, une bonne hygiène de vie, sans excès (tabagisme, alcool, etc.) et, bien sûr, une activité physique quotidienne comprenant au moins une demi-heure de marche rapide, au minimum cinq fois par semaine, sont des facteurs essentiels pour un bon fonctionnement métabolique. Ce dernier dépend aussi beaucoup de l’activité de la thyroïde, car c’est elle qui contrôle la vitesse des transformations chimiques dans l’organisme (métabolisme de base). Un métabolisme ralenti, et par conséquent une tendance à brûler moins rapidement les graisses, peut être le signe d’une hypothyroïdie. À l’inverse,


RÉPARTITION

DES DÉPENSES ÉNERGÉTIQUES Cette répartition peut varier en fonction de la masse corporelle, du rapport masse musculaire et masse grasse du corps, ainsi que du degré d’activité physique.

60 %

Métabolisme de base

10 %

Régulation thermique (thermogenèse)

une hyperthyroïdie entraîne une production excessive d’hormones thyroïdiennes, se traduisant alors par une accélération de la majorité des fonctions de l’organisme : accélération du rythme cardiaque, amaigrissement, anxiété ou fatigue chronique.

Les effets de l’âge sur le métabolisme Hormis les dérèglements thyroïdiens, l’âge est un facteur qui modifie le métabolisme. Mais, contrairement à certaines idées reçues, les différentes périodes métaboliques de la vie ne coïncident pas avec les étapes majeures comme la puberté ou la ménopause chez les femmes. Une étude internationale, publiée en août 2021 dans la revue Science, en mesurant les dépenses énergétiques de près de 6 500 personnes âgées de 8 jours à 95 ans, sur quarante ans, a identifié quatre périodes de la vie. Elle a montré que le métabolisme des bébés, jusqu’à l’âge de 1 an, consommait 50 % d’énergie en plus que les adultes, proportionnellement à leur taille. Après cette première année, au cours de laquelle le bébé connaît une forte activité cellulaire et triple son poids de naissance, le niveau du métabolisme humain décroît lentement – d’environ 3 % par an – jusqu’à l’âge de 20 ans. La puberté, avec ses bouleversements hormonaux et son impressionnante poussée de croissance, n’y change rien. La prise de poids de la trentaine pour certains ou de la quarantaine pour d’autres n’aurait rien à voir avec un quelconque changement du métabolisme, qui a bon dos ! La cause serait plutôt à chercher du côté du manque d’activité physique et d’une alimentation trop riche ou déséquilibrée. Entre

5%

Digestion (thermogenèse postprandiale)

25 %

Activité physique

QU’EST-CE QUE LA THERMOGENÈSE ? L’organisme a besoin de conserver une température constante en dépit des variations de l’environnement. Il produit pour cela de la chaleur en brûlant des graisses (lipides), c’est la thermogenèse. Celle-ci intervient aussi dans la digestion (thermogenèse postprandiale). Le métabolisme de base, l’activité physique et la thermogenèse sont les trois principaux composants de la dépense énergétique (voir schéma ci-dessus).

20 et 60 ans, le niveau des dépenses énergétiques est stable. Même les femmes enceintes n’ont pas beaucoup plus de besoins énergétiques. Après 60 ans, en revanche, le niveau du métabolisme commence à décroître d’environ 0,7 % par an. Le vieillissement des organes (cœur, foie, reins, etc.), qui consomment alors moins d’énergie, expliquerait le ralentissement du métabolisme et l’augmentation de l’incidence des maladies chroniques à partir de cet âge. Il faut cependant attendre l’âge de 90 ans pour voir les dépenses énergétiques chuter de 26 %, toujours selon les résultats de l’étude. Cela dit, le constat reste le même : quand une personne grossit, c’est parce qu’elle absorbe plus de calories qu’elle n’en dépense.■

17 Photos : @Shutterstock


INNOVATION

Dernières inventions pour mieux voir Des solutions innovantes permettent de contrôler et d’améliorer notre vue. Détails et avis d’un ophtalmologue. Des verres pour freiner la myopie En 2050, 50 % de la population mondiale sera myope, en raison notamment de l’utilisation des écrans par les enfants, trop peu exposés à la lumière du jour. Des verres correcteurs permettent de prévenir l’élongation de l’œil à l’origine de cette pathologie et d’ainsi freiner de plus de 60 % sa progression chez les plus jeunes, selon les études de fabricants. « Avec ces verres de freination, la myopie d’un enfant évolue beaucoup moins malgré les facteurs environnementaux actuels : au lieu de 5 dioptries, les enfants n’en perdent que 2,5, par exemple. Ils sont prescrits en fonction des facteurs de risque. Un enfant issu d’une famille de myopes, et qui sort peu, peut se voir conseiller ces verres, contrairement à un adolescent sans parents myopes et qui joue au football toute la journée », explique Arnaud Sauer, professeur d’ophtalmologie au CHU de Strasbourg. Seule limite : il faut porter ces verres durant une grande partie de la journée. « Les études concernant ces verres sont basées sur dix à douze heures de port par jour durant cinq à sept jours par semaine », précise le professeur.

Des lentilles de nuit pour corriger l’œil myope Autre innovation, l’orthokératologie consiste à porter des lentilles rigides pendant la nuit pour freiner l’évolution de la myopie, tout en évitant d’en porter pendant la journée. Si cette technique fondée sur la modification transitoire de la courbure de l’œil n’est pas nouvelle, elle a progressé ces dernières années. Elle est particulièrement adaptée aux petites et moyennes myopies. « L’orthokératologie est intéressante pour les personnes qui ne doivent pas porter de lentilles durant la journée comme ceux exerçant certains

18

LE MUTUALISTE 143

métiers exposés à la poussière (boulangers, ouvriers du bâtiment, etc.). Les dernières études révèlent aussi que ces lentilles freinent la myopie mais uniquement durant le temps de port : à l’arrêt du port, un rattrapage de la myopie se produit (effet rebond). Autre limite, cette technique ne fonctionne pas pour les myopies importantes. Le risque infectieux demeure plus élevé avec ces lentilles de nuit et un certain inconfort est possible, mais le matériau est bien plus performant aujourd’hui », détaille l’ophtalmologue.

Des applications pour dépister Venue des États-Unis, l’application GlassesOff propose 12 minutes d’exercices visuels à réaliser un jour sur deux pendant trois mois, pour corriger la presbytie. Une autre application à l’état de prototype, Peek Vision, promet de déceler les cataractes, de contrôler la rétine, de tester l’acuité visuelle et la perception des couleurs. Développée par deux ophtalmologues, elle semble pleine de promesses, parfois un peu vaines pour le Pr Sauer. « Ces applications peuvent être utiles en termes de dépistage, pour permettre aux patients de réaliser qu’ils ont des troubles de la vision, surtout quand elles sont associées à l’intelligence artificielle. Le versant thérapeutique me semble en revanche survendu. Comme le yoga des yeux, certaines applications peuvent être efficaces au début de la presbytie ou en cas de fatigue oculaire, mais quand la presbytie est installée, elles semblent moins indiquées », explique-t-il.

Un jeu vidéo pour surveiller la DMLA OdySight, jeu gratuit pour smartphones et tablettes, s’adresse aux patients souffrant de maladies chroniques de la rétine, comme la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ou la rétinopathie diabétique. Il leur permet de tester leur acuité visuelle tous les trois ou quatre jours, pendant un quart d’heure. Les résultats sont transmis à leur ophtalmologue qui peut, en cas de besoin, leur proposer un rendez-vous rapidement. « Cet outil de dépistage est intéressant, d’autant qu’il utilise notamment la grille d’Amsler des professionnels. Il est ludique et permet de faire un prédiagnostic rapide », conclut le professeur Sauer.

Violaine Chatal

@Shutterstock


SPORT

Lancez-vous dans la course d’orientation Surtout pratiquée dans le milieu scolaire, la course d’orientation a pourtant des adeptes de tous âges. En individuel, en famille, en loisir ou en compétition, ce sport est un formidable moyen de pratiquer une activité physique en plein air, tout en faisant fonctionner son cerveau.

C

arte et boussole en main, les coureurs s’élancent à la recherche de la première balise. Leur but est de choisir le meilleur itinéraire entre les différents points à valider pour boucler le parcours le plus rapidement possible. Voilà pour le principe de la course d’orientation. « C’est le sport nature par excellence qui se pratique en forêt, en campagne ou dans les parcs », explique Audrey Duquenne, chargée de communication de la Fédération française de la course d’orientation (FFCO), même si « de plus en plus de parcours sont proposés en ville », ajoute-t-elle.

Accessible de 7 à 77 ans La course d’orientation demeure un sport méconnu, « pourtant il existe des clubs partout en France et la fédération compte plus de 10 000 licenciés », constate Audrey Duquenne. Tout le monde peut pratiquer, seul ou en équipe. « Pour les tout-petits, des “circuits ficelles” sont proposés, indique-t-elle. Ils doivent suivre un fil qui mène aux différentes balises, jusqu’à l’arrivée. Les compétitions sont quant à elles accessibles à partir de 10 ans et on peut ensuite continuer jusqu’à l’âge de 80 ans ou plus. »

Comment s’équiper pour pratiquer ? Pour se lancer dans la course d’orientation, pas besoin de gros matériels. Il suffit d’avoir une tenue adaptée : des chaussures de sport, pour marcher ou courir facilement, et un pantalon, pour protéger ses jambes s’il faut se déplacer dans la végétation. Et bien sûr, munissez-vous de votre carte, « de préférence en version papier », conseille Audrey Duquenne, chargée de communication de la FFCO. Si la course se déroule en forêt, prenez également une boussole avec vous, mais elle n’est pas forcément nécessaire pour les courses d’orientations d’initiation ou dédiées aux familles.

Plusieurs formats de compétition existent en individuel : le sprint en quinze minutes, le plus spectaculaire et rapide, qui se déroule souvent en milieu urbain, la version de trente minutes, la durée standard, et la plus longue d’une heure et demie environ. Les balises sont matérialisées par des piquets avec une toile orange et blanche. Les orienteurs – c’est ainsi que l’on appelle les compétiteurs – sont munis d’un « doigt électronique » qui leur permet de valider leur passage. En loisir, les balises sont souvent plus rudimentaires ; elles sont munies de pinces qui permettent de poinçonner une feuille de papier. À l’arrivée, les organisateurs vérifient les enregistrements. Gare à celui qui oublie une balise : il est alors « poste manquant », c’est-à-dire disqualifié.

Un sport d’origine militaire La course d’orientation est née dans les pays scandinaves. « À l’origine, c’était un sport militaire qui servait d’entraînement pour apprendre à se repérer, raconte Audrey Duquenne. Il est ensuite importé en France, toujours par les militaires, dans les années 1960 et, en 1970, la FFCO est créée. » Ce sport, qui demande de courir ou de marcher à une allure soutenue, permet de renforcer les membres inférieurs. Relevant de l’endurance, il améliore également les performances cardiovasculaires et la capacité respiratoire. Et en plus d’être bon pour le corps, il est aussi bon pour l’esprit. Il fait travailler la mémoire et la réflexion pour trouver le meilleur itinéraire. Mais c’est aussi une activité ludique à partager en famille. « Il y a, un peu partout sur le territoire, des parcours permanents thématiques qui proposent des énigmes à résoudre à chaque balise, qui permettent de s’intéresser au patrimoine ou encore à la faune ou à la flore locales, signale Audrey Duquenne. Pour les enfants et même pour les adultes, c’est un bon moyen d’apprendre et de s’amuser tout en ayant une activité physique. » Pour trouver les parcours proches de chez vous, rendez-vous sur Ffcorientation.fr et cliquez sur « Où pratiquer ? ».

Léa Vandeputte

©Photogractif

19


LOISIRS/CULTURE

Trieste

en toutes lettres

1

Mystérieux destin que celui de cette ville frontière aux multiples influences latines, slaves, germaniques. Longtemps débouché maritime de l’empire austro-hongrois, elle devient italienne à la fin la Première Guerre mondiale.

20

LE MUTUALISTE 143

Au nord-est de l’Italie, Trieste reste une ville méconnue, réservée, drapée dans son passé glorieux. Loin des hordes débridées qui déferlent sur sa flamboyante voisine, Venise, elle se mérite. Et la récompense est à la hauteur ! Il flotte à Trieste une atmosphère unique, à laquelle les ombres des grands écrivains qui s’y sont pressés ne sont pas étrangères : Italo Svevo, James Joyce, Umberto Saba… Jules Verne y situe le premier chapitre d’un de ses Voyages extraordinaires et sa description précise de la ville laisse penser qu’il y séjourna quelque temps. Stendhal, nommé consul de France en 1830, n’aimait pas la ville, balayée, l’hiver, par les rafales de la bora, l’équivalent de notre mistral, vent glacial

à décorner les cocus. Dans sa correspondance, il évoque les « trois magnifiques rues alignées le long de la mer ; des maisons énormes, fort hautes et à trois étages seulement ». Dans Venises, son livre testament, Paul Morand livre sa dernière confession et sa volonté d’être enterré à Trieste : « Là, j’irai gésir, après ce long accident que fut ma vie… » Les premières impressions se concentrent sur l’architecture de la ville, les monuments imposants, héritage de la période autrichienne dont elle a gardé la trace. L’immense piazza dell’Unita d’Italia, l’une des plus grandes d’Europe parmi les places faisant face à la mer : emblématique à plus d’un titre, elle est encadrée de superbes bâtisses, à commencer


par l’hôtel de ville, édifié en 1875. Doté d’une tour centrale agrémentée d’une horloge, il fait face à la fontaine des Quatre continents, qui célèbre la grandeur de la ville. C’est depuis son balcon que Mussolini a annoncé à son peuple l’instauration de lois fascistes en 1938. Presque aussi impressionnant, le siège prestigieux de style néogrec de la compagnie d’assurances Assicurazioni generali, premier groupe à vocation internationale créé en 1831 : conçu par Eugenio Geiringer, il est caractérisé par un avant-corps central constitué d’une colonnade soutenant les balcons du premier étage. L’entrée se présente comme un grand hall comportant quatre majestueuses colonnes de calcaire. Pour mémoire, Trieste doit sa bonne fortune à Marie-Thérèse d’Autriche, qui lui accorde le statut très recherché de port franc, dès 1719. Des privilèges et des facilités qui ne manqueront pas d’attirer tout ce que la région compte de commerçants grecs, arméniens, allemands, juifs, illyriens, etc., encouragés à s’y installer, mettant fin à l’hégémonie des marchands de Venise sur la mer Adriatique. Entre parenthèses, rappelons que Generali compta, parmi ses employés, un certain Franz Kafka, qui n’y restera que dix mois. Mais c’était dans son agence de Prague…

2

Pour faire bonne mesure, une autre compagnie d’assurances non moins célèbre, la Lloyd, fait appel à un célèbre architecte viennois, Heinrich von Ferstel, pour construire un somptueux palais sur cette même place en 1880. Ce dernier est aujourd’hui le siège de la présidence du conseil régional de la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne. Mais c’est l’ancien palais du gouverneur qui remporte la palme. On le doit à un architecte viennois, Emil Artmann. À certaines heures de la journée, le revêtement en mosaïque de verre de Murano qui recouvre la partie supérieure de l’édifice scintille sous les rayons du soleil, offrant une vue magnifique sur le port et le golfe de Trieste. Il est aujourd’hui le siège de la préfecture. Il est doté de prestigieux salons de réception destinés à accueillir des invités de marque. On ne peut visiter ses intérieurs qu’à certaines occasions. Il faut déambuler dans la ville jusqu’au Grand Canal aménagé au milieu du XVIIIe siècle. Au détour de la balade, jolies façades et barques colorées se succèdent et on découvre à portée de main les statues de pierre représentant les écrivains célèbres, figés dans une posture inattendue. Pèlerinage incontournable pour les amoureux de livres, la célébrissime Libreria Antiquaria de l’écrivain Umberto Saba, restée dans « son jus » depuis sa mort en 1957 (pour combien de temps ?). Dans cette échoppe bourrée de vieux bouquins empoussiérés, sont passées les plus illustres personnalités de l’époque. Mais il est temps de faire une pause après cette longue flânerie, l’occasion de s’imprégner de l’esprit inimitable de cette ville hors du temps dans l’un des cafés triestins, si emblématiques qu’ils constitueraient presque à eux seuls un but de promenade. Le plus célèbre, le San Marco, est le QG de l’écrivain Claudio Magris, qui y a sa table attitrée.

Inauguré en 1912, il a toujours été le lieu de rencontre des intellectuels de Trieste. Il a fait peau neuve en 1997, mais a conservé la décoration primitive inspirée par l’Art Nouveau, moulures au plafond, mobilier en marqueterie, masques peints et médaillons suspendus aux murs, tables en marbre avec pieds de fonte. Le coin librairie offre une sélection d’ouvrages sur Trieste et sa région.

3

Sur la place d’Italia, le Delli Specchi – café des Miroirs – est le café de la bonne bourgeoisie, qui s’y presse autant pour voir que pour être vue. Son immense terrasse accueille les clients été comme hiver. À l’intérieur, fauteuils et canapés revêtus de velours rouge se reflètent dans les miroirs qui habillent les murs. Enfin l’Antico Caffè Tommaseo est le rendez-vous des hommes politiques et des business men. Ne vous contentez pas de demander un simple espresso, au risque de paraître ignare ! Pourquoi pas un cappuccino, un macchiato, ou encore un corretto, voire un freddo : autant de concentrés d’italianité ! Denise Cabelli et Françoise Janin

Pour en savoir plus : www.italia.it 1-Le Grand Canal de Trieste 2-Façade du palais du gouverneur 3-Place d'Italia

Photos : ©Fabrice Gallina/Massimo Crivellari

21


Aimé Césaire est l’une des grandes voix de la littérature, de la poésie et de la politique de l’espace caribéen. Il voit le jour le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, au nord de la Martinique. « Je suis né dans une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri, des dizaines de rats. » Il est le petit-fils du premier instituteur noir en Martinique. Particulièrement brillant à l’école, il obtient une bourse et part poursuivre ses études à Paris, où il est reçu à l’École normale supérieure. Il se lie d’amitié avec le futur poète et président sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ensemble, ils fondent une revue, L’Étudiant noir, afin de dénoncer l’idéologie colonialiste et promouvoir l’Afrique et sa culture. C’est dans ces pages qu’apparaît pour la première fois le terme de négritude. En 1939, revenu à Fort-de-France pour y enseigner la littérature, il croise l’écrivain surréaliste André Breton et lui fait lire son Cahier d’un retour au pays natal. Breton est bouleversé. Dès lors, Césaire est lancé, et il écrit sans relâche. Dans ses poèmes révoltés comme « Soleil cou coupé », il exalte l’homme noir. En 1950, il publie son Discours sur le colonialisme dans lequel il fait le procès d’une Europe indéfendable pour avoir colonisé le monde au nom de la civilisation. Ses pièces de théâtre sont autant de pamphlets contre l’esclavage et la colonisation. Dans La Tragédie du roi Christophe, qui relate l’épopée de Haïti, rare pays à s’être libéré de l’esclavage, il s’interroge sur la nature du pouvoir, avec en toile de fond l’idée phare de toute son œuvre : la négritude. Césaire veut restituer la mémoire de son peuple, lui rendre sa dignité. Sa vision est celle d’un humaniste qui défend tous les damnés de la terre. « Je suis de la race de ceux qu’on opprime », dit-il. De son credo poétique, il va tirer un engagement politique. Devenu communiste, il est élu député de Martinique. En 1946, il obtient que la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, et La Réunion deviennent des départements d’outre-mer. Plus tard, en désaccord douloureux avec le Parti communiste, il rompra avec celui-ci pour fonder le PPM, le Parti progressiste martiniquais. Réélu député de Martinique pendant près d’un demi-siècle, il condamnera sans relâche le colonialisme et le racisme et ne cessera d’exalter, tout au long de son œuvre littéraire et militante, un monde où l’homme, enfin dégagé de toutes les oppressions et de toutes les humiliations, pourrait bâtir avec son semblable un monde où le mot fraternité aurait enfin tout son sens. Il continuera de défendre jusqu’à sa mort, en 2008, la langue française, la poésie, la négritude dans la grande tradition des Lumières.

AIMÉ CÉSAIRE

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »

INSTANT POÉTIQUE

22

Bernard Montini

Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l’Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de

LE MUTUALISTE 143

pestilences. Car il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie, que nous n’avons rien à faire au monde, que nous parasitons le monde qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde mais l’œuvre de l’homme vient seulement de commencer et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur et aucune race ne possède le monopole de la

beauté, de l’intelligence, de la force et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu’a fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite.

Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal

Photo : @Jean Baptiste Devaux


LOISIRS CULTURE

Résister et rebondir « Résilience », c’est le mot qu’a choisi Stéphane Jacquot pour intituler son livre. Mot-valise, trop souvent employé à toutes les sauces : on a eu le « plan national de relance et de résilience (PNNR) » du gouvernement, dont l’objectif est de « renforcer l’efficacité des investissements et le potentiel de croissance de l’économie française », une opération « Résilience » menée par l’armée française dans le contexte de la pandémie de Covid-19, et même, en Auvergne, un festival Résilience, avec DJ, spectacles, buvette et snacking… Par bonheur, le sous-titre, « Quand la fragilité devient une force » introduit le lecteur dans l’intimité et le vécu de l’auteur, dont l’histoire personnelle chaotique et les étapes qui

ont jalonné sa résilience mériteraient de figurer au programme de l’Éducation nationale. Oui, les épreuves peuvent se transformer en forces. Oui, les drames, les traumatismes, peuvent être surmontés. Fort de sa pulsion de vie et de sa force intérieure, Stéphane Jacquot revient de loin et son message résonne en chacun de nous, pour le meilleur. Prolongement de son expérience, l’Association nationale de la justice réparatrice, qu’il a fondée en 2010 pour lutter contre la récidive et donner la priorité à la réinsertion. Avec, en écho, la célèbre formule : « Sauver une vie, c’est sauver l’humanité toute entière. »

D.C.

Résilience, Quand la fragilité devient une force, Stéphane Jacquot, éditions du Cerf, 2022.

Tutelle, curatelle, etc. : guide pratique sur la tutelle, la curatelle, l’habilitation familiale et autres mesures… Ce guide juridique et pratique apporte des réponses concrètes aux questions que se posent les professionnels et les familles en matière de protection juridique des personnes majeures. Les professionnels du secteur social et médico-social, ainsi que le corps médical, trouveront là un éclairage précieux sur les personnes majeures protégées. Que recouvre chaque mesure de protection ? Qu’est-ce qu’un tuteur ou un curateur professionnel ? Selon le domaine, qui doit faire quoi ? Qui peut prendre une décision ? Le tuteur, le curateur, le médecin, la famille, le juge des tutelles ? Les familles qui s’inquiètent pour un proche (parent âgé, enfant majeur handicapé, notamment) trouveront là tous les renseignements utiles.

Comment agir pour aider ce proche ? Faut-il demander une mesure de protection juridique ? Comment s’y prendre ? Si j’accepte d’être tuteur ou curateur, quel sera mon rôle en pratique ? En serai-je capable ? Quant aux professionnels de la protection juridique des majeurs, ils trouveront dans ce guide une synthèse complète et à jour de toutes les facettes de leur métier : c’est un vade-mecum indispensable pour eux. En résumé, ce guide pratique présente la protection des adultes majeurs et indique la mise en œuvre, les enjeux et le fonctionnement de la tutelle, de la curatelle et de l’habilitation familiale. Avec les références des formulaires officiels et des modèles de courriers. À jour de la loi Justice

de 2019, de l’ordonnance Santé et Social de 2020 et de la loi Bioéthique de 2021. ©Electre 2022 Tutelle, curatelle, etc., Guide pratique sur la tutelle, la curatelle, l’habilitation familiale et autres mesures…, Gérard Amable et Véronique Bonpain, éditions du Puits fleuri, 2021.

23


COLLECTION D’ÉTÉ À PARTIR DE

59 €

MISE À LA VUE OFFERTE SUR TOUTES LES MARQUES SOLAIRES.*

*Offre valable pour l’achat d’une monture d’un montant minimum de 59 € TTC équipée de 2 verres organiques unifocaux 1.5 teintés durcis (-6/+4 cyl.2) jusqu’au 31/12/2022 sur présentation d’une ordonnance valide. Non cumulable avec tout autre avantage ou promotion en cours. Ce dispositif médical est un produit de santé réglementé qui porte au titre cette réglementation le marquage CE. Demandez conseil à votre opticien. Crédit photo : Getty Images. Photos non contractuelles. Visaudio SAS au capital social variable - RCS PARIS 492 361 597. Juillet 2022.

Centre de santé René-Laborie ESPACE OPTIQUE

ESPACE AUDITION

27, rue de Turbigo - 75002 Paris Ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 19h et le samedi de 9h30 à 18h Tel : 01 40 28 33 13 Courriel : optique@umen-mutuelles.fr

5, rue de Palestro - 75002 Paris Sur rendez-vous Tel : 01 40 28 33 17 Courriel : audition@umen-mutuelles.fr

Vos centres dʼoptique et dʼaudition seront fermés du 30 juillet au 21 août 2022.

GESTION DES RETOURS PARIS CPCE

LA POSTE

DISPENSE DE TIMBRAGE

UMEN

5 RUE DE PALESTRO

75002 PARIS