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L’ÉGLISE COMME LIEU DE CONCERT

Une terra incognita de l’histoire de la musique en France au xixe siècle Partant de ces interrogations, ce livre offre un premier complément aux nombreux travaux qui ont mis en lumière le rôle central de Paris dans la vie musicale européenne du xixe siècle1. Reconduisant le topos d’une déchristianisation de la France de cette période, l’historiographie a eu tendance à passer systématiquement sous silence l’importance des églises dans la vie musicale de la capitale. Pourtant, tout au long du siècle, les “fêtes musicales2” organisées dans les paroisses les plus riches de la capitale3 – Saint-Roch, Notre-Dame-de-Lorette, La Madeleine, Saint-Sulpice ou La Trinité –, mais aussi dans des églises plus modestes – comme Saint-Eustache ou Saint-Gervais –, ont compté au nombre des événements importants de la saison musicale parisienne. Certains temps forts du calendrier des paroisses – les principales célébrations religieuses de l’année, fêtes patronales, exercices de dévotion, prières publiques, inaugurations d’orgue, etc. – furent ainsi l’occasion d’une “musicalisation” exceptionnelle des sanctuaires. Fondées sur le recrutement de chanteurs et d’instrumentistes extérieurs aux bas chœurs des paroisses et sur l’exécution d’ouvrages musicaux de grande ampleur, annoncées et parfois longuement commentées dans la presse, ces solennités dans lesquelles la musique occupe une place absolument essentielle, quoiqu’elle soit presque toujours articulée à une action liturgique, attirent un public nombreux. Au regard de ce dynamisme musical, et en comparaison avec la richesse des publications concernant la période moderne, les travaux consacrés 1.  Citons, entre autres, ces travaux consacrés à l’édition musicale : Anik Devriès et François Lesure, Dictionnaire des éditeurs de musique français, vol. 2, De 1820 à 1914, Genève : Minkoff, 1988 ; à la facture instrumentale : Malou Haine, Les Facteurs d’ins‑ truments de musique à Paris au xixe siècle : des artisans face à l’industrialisation, Bruxelles : Éditions de l’Université, 1985 ; et au concert : Joël-Marie Fauquet, Les Sociétés de musique de chambre à Paris, de la Restauration à 1870, Paris : Aux amateurs de livres, 1986 et D. Kern Holoman, The Société des concerts du Conservatoire, 1828‑1967, Berkeley et Los Angeles : Univesity of California Press, 2004. 2.  L’expression est d’un usage courant dans les sources que j’ai consultées où elle désigne des solennités dans lesquelles la musique occupe une place essentielle. 3.  Sur les budgets des paroisses parisiennes au xixe siècle, voir Jean-Pierre Moisset, Les Biens de ce monde. Les finances de l’Église catholique au xixe siècle dans le diocèse de Paris (1802‑1905), Pessac : Presses universitaires de Bordeaux, 2004.

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