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zyvamusic.com ı Novembre / Décembre 2013 #29

LE MAG MUSICAL

GRATUIT

Ne pas jeter sur la voie publique

dj fly lyonnais et Champion !

arnaud rebotini I am legion tachka Zoom sur : CHARLIE AND THE SOAP OPERA / DJ PERRINE / ALLIGATOR Chroniques : the dillinger escape plan / rjd2 / fumuj / ty segal Du son à l’image : Metallica’s Through The Never + Actualités locales, Concerts coup de cœur...


SOMMAIRE

Ce magazine est imprimé avec des encres végétales sur du papier blanchi sans chlore. Ce magazine a été imprimé par une entreprise Imprim’Vert certifiée ISO 141 qui intègre le management environnemental dans sa politique globale.

Keskiss pass dans l’coin ? p. 4 à 6 Discussion : Tachka p. 7 à 9 Zoom sur le local p. 11 & 13 Discussion : Arnaud Rebotini p. 14 à 16 Concerts Coups de cœur p. 18 Sortie CD p. 19 Chroniques CD p. 21 à 23 Chroniques Live p. 24 & 25 Discussion : Dj Fly p. 26 à 27 Discussion : I Am Legion p. 30 à 32 Du son à l’image p. 34

Novembre / Décembre 2013 | Edité à 20.000 exemplaires

1000 Points fixes dans la région Rhône-Alpes Rédacteurs en chef : Anthony Dreano redaction@zyvamusic.com Directeur de publication : Hedi Mekki Responsable commercial : Gabriel Perez commercial@zyvamusic.com Rédacteurs : Jagunk, Yoch, Anto, Philippe “Pippo” Jawor, Alizée, Kymmo, Thomas Guillot, Teddy, Gab, Etienne, David, Sarah, Germain, Léo, Margot. Photographe : Kymmo www.kymmo.com Maquette et graphisme : David Honegger Chargé de communication / Presse : Nicolas Tourancheau & Margot Roulin communication@zyvamusic.com Photo de couverture : Kymmo Bureau / adresse postale : 6 Grande rue de Saint Clair - 69300 Caluire et Cuire Imprimerie : Pure Impression Zyva 2004 : Tous droits de reproduction réservés pour tous pays. Aucun élé-

ment de ce magazine ne peut être reproduit d’aucune manière que ce soit, ni par quelque moyen que ce soit, y compris mécanique et électronique, online ou offline, sans l’autorisation écrite de l’association Zyva.

Passionnés de musique, vous souhaitez partager notre aventure, pour nous contacter : contact@zyvamusic.com Retrouvez les numéros précédents et les points de dépôt du magazine en téléchargement sur zyvamusic.com/mag Remerciements pour ce numéro : Sandrine Bruneton (le fil, Arthur Lorella (les abattoirs, Charlie and the Soap opéra (rémi, julian, alex), Kora (Ulisse Prod, Simon Carrignon (seconde lecture), Line Heimroth, Dead (médiatone), JB (custom 77), Marie Zambardi (Ckel Prod), Nina Irrmann (Ephélide), Laurent Pierson (Les Derniers Couchés), Charline Pouzet (Arachnée), Line Heimroth (Bizarre),Val (La Stickerie), Elodie Pommier (Eldorado & Co), Stéphane Viard, François Arquillière (Transbordeur), Benjamin Kohler & Benjamin petit (Marché gare), Mélanie Collet (Le periscope), Dj Fly, Islah Abelin, Nicolas Laborderie, Netta Marguilies (Netta communication), Sidney Krauch, Marie Neyret, Perrine Mekki, Florence Damon-Bernard, Fanélie Viallon, Blaise Diop, Marianne Balleyguier, Romain Gentis, Clémentine Bouchié, Marine Nicolas, Thomas Bouttier, Antoine Chaléat, Sylvain Vignal, Maxime Lance, et tous les bénévoles.

EDITO I

l est de ces structures qui semblent faire partie du décor, être actives depuis toujours et à jamais. Mais leur destin est beaucoup plus fragile qu’il n’y parait. Je vous parle bien sûr de l’association Hadra et du Festival Rocktambule, l’une essuyant un déficit de 150 000€, l’autre contraint d’annuler sa 19ème édition. Un coup dur pour les Grenoblois qui voient deux acteurs culturels majeurs soudainement en difficulté. Comment cela a pu arriver, sachant que l’un organise le plus grand festival Transe français, et l’autre est fort de 19 ans d’expérience ? Sachant que tous deux rayonnent bien au-délà des limites de l’Isère ? Les raisons sont multiples, mais l’accumulation des contraintes et le manque de volonté politique à soutenir durablement les musiques actuelles seraient à retenir. Bien sûr des actions de soutien vont être organisées mais rien ne garantit que demain ne sera pas le tour d’un autre acteur, ou même votre petit Zyva. Alors que vous dire sinon de continuer à vous rendre aux concerts, quels que soient vos goûts et le plus souvent possible ? Sans vous, tout cela n’a pas de sens. De notre côté, ces deux derniers mois, nous avons rencontré Noisia et Foreign Beggars, regroupés dans leur formation I Am Legion au Transbordeur, Dj Fly pour une bière en bas des pentes, Arnaud Rebotini autour d’un plateau de fromage et Tachka, jeune lyonnaise qui sort son premier EP. Des personnalités qui ne manquent pas de choses à raconter à des curieux comme vous et nous. Anthony Dreano

N’oubliez pas de nous écrire : contact@zyvamusic.com

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Nickel Pressing par Kymmo

SKISS PASS DANS L’COIN

L’actualité Musicale en Rhône-AlpES

Afterglow !

Premier EP et grosse soirée de lancement pour les rockeurs lyonnais d’Afterglow. Tout juste sorti des studios de la Casa Musicale ils présenteront leur 4 titres et plus encore lors d’un concert le 16 novembre à la Marquise avec en 1ère partie Aurelia Sun. + d’infos : www.afterglow.fr

HASTE 10ème

Festival éléctrique Le Festival Les Guitares fête sa 25ème édition et il sera de nouveau présent dans toute la région Lyonnaise mais également à Bourgen-Bresse, du 15 novembre au 15 décembre. La thématique de l’événement laisse la place à une programmation forcément éclectique allant du blues-rock puissant d’Ana Popovic au big band de Kord, du rock celtique de Michael Jones aux recherches acoustiques d’Hugues Kolp sans oublier la pop de Raul Paz ou de Melissa Laveaux (photo). Les sons acoustiques ne seront pas en reste, en témoignent le flamenco engagé ou incandescent de Rocio Marquez et de Paquete, les accents world, la musique trad de Gabriel Yacoub, les guitares 6 et 12 cordes de Misja Fitzerald Michel. En tout cas c’est plus de 40 manifestations qui auront lieu pendant ce mois de festivités. Festival les Oreilles en Pointe !

Zoom sur les soirées Haste avec la 10ème qui aura lieu le 15 novembre au Transbordeur. Pour cet anniversaire les organisateurs proposent un plateau aux airs de techno underground comme ils le disent eux mêmes. Seront invités Untold (photo), fondateur du label Hemlock venu tout droit d’Angleterre, le francais Low Jack, Mush le manager du label Sharivari et pour finir un duo lyonnais se formera pour la première fois : P.I.L.A.R et Opti. + d’infos : www.transbordeur.fr

Habitants des communes de l’Ondaine (au sud de St-Etienne pour les non-initiés) vous avez de nouveau droit cette année et pour la 23ème fois à votre festival Les Oreilles en Pointe du 7 au 23 novembre. L’événement fait la part belle à la Chanson en traversant tous les styles pouvant s’y rapprocher en France. De la déjantée Brigitte Fontaine, au Rappeur devenu de plus en plus chanteur Oxmo Puccino, aux rockeurs d’Eiffel en passant par les plus classiques JeanLouis Murat ou autre Jane Birkin. L’Ondaine étant une terre de découverte, des dizaines de groupes et chanteurs moins reconnus seront présents, parmi eux : Amélie Les Crayons, Daran, Lo’Jo, Zaza Fournier ou encore l’artiste Grenobloise qui a sorti son deuxième album : Peau (photo). + d’infos : www.oreillesenpointe.com

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Kymmo

Le Beaujolais prend de l’ampleur ! Le Festival Nouvelles Voix en Beaujolais grossit d’année en année. Explorant comme toujours le domaine de la chanson de façon très large, il se déroulera du 19 au 23 novembre à Villefranche-sur-Saône et ses alentours. Trois grosses têtes d’affiches qui rempliront à coup sur seront en vue cette année : la révélation Woodkid, le groupe à la mode du moment FAUVE et le trio belge Puggy. Pour le reste on trouvera pêle-mêle : Catfish, Sophie Maurin, Maissiat, Barcella, Darko, Pegase, Victor et Taïni & Strongs (photo). Petit coup de coeur pour finir avec Erotic Market qui seront en concert gratuit le 22 novembre au Théâtre de Villefranche. + d’infos : theatredevillefranche.asso.fr

Les 6 et 7 décembre au Transbordeur aura lieu l’édition 2013 d’Elekt’Rhône orgnisé par le BDE de l’EMLyon. Deux grosses soirées donc avec Digitalism, Madeon, Worakls, Salm, Klingande, Pyramid, Alesia, Waek et Le Crayon. A noter que cette année les bénéfices de la soirée seront reversés au Sidaction. + d’infos : www.elektrhone.fr Forro de Rebeca

Telerama Dub Festival à St-Etienne Telerama a son festival de Dub itinérant depuis maintenant 11 ans. Chaque année il passe faire un tour dans notre région. Cette fois ce sera au Fil de St-Etienne pour la seule date de la région le 30 novembre. Pour cette nuit 100% Dub vous aurez droit au Stand High Patrol Sound System porté par la voix de Pupajim qui seront là pour vous faire danser avec leur mélange de Dub, de Hip Hop et de Bass music le tout donnant un style à part : le “Dubadub” ! Autres gros noms de la soirée, la rencontre entre les britanniques de Vibronics et les lyonnais de Brain Damage. Pour le reste on aura droit à Mc Taiwan, un des confrères des Chinese Man qui présentera son projet en solo mais également les 3 Dj de l’Entourloop (The Architect, Fisto et Sperka) qui balanceront leur sauce entre Hip Hop et Reggae ou encore le Khoe-Wa Dub System. Pour finir un projet bien à part, l’Original Soundtrack Dub issu du collectif Bangarang qui présente un mélange de musique de film et de Dub Steppa. + d’infos : www.le-fil.com

Petit zoom sur le Forro de Rebeca, ce trio lyonnais qui officie dans la musique brésilienne. Le groupe ne s’arrête pas aux frontières brésiliennes puisqu’il y intègre des instruments traditionnels venus du reste du monde pour donner naissance à une musique festive. Ajoutez à cela l’énergie des deux chanteurs, on ne peut que vous conseiller de les voir sur scène. Cela tombe bien puisqu’ils seront le 13 novembre à Bourg-en-Bresse, le 15 à l’Ampérage de Grenoble, le 16 à la MJC Ô Totem de Rilleux et le 13 décembre au 6ème Continent de Lyon. + d’infos : www.forroderebeca.com Battle of The Bands

Guess What : le studio nomade Nous tenions à vous faire partager cette initiative authentique, qui propose aux musiciens une nouvelle manière d’immortaliser leur musique. Un autocar, transformé et pimpé en studio d’enregistrement nomade !  Le bus se déplace directement chez vous, ou dans un lieu convenu et met à disposition tout l’attirail nécessaire pour enregistrer des maquettes ou des albums professionnels, en utilisant l’intérieur du bus comme une super cabine de prise de son. “Parce que vous n’êtes pas des produits de consommation mais des artistes : des Êtres Humains doués d’un certain talent” déclarent les créateurs du projet, originaires d’Ardèche. + d’infos : www.gwstudio.fr

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Amateurs de Rock, si vous voulez voire des groupes locaux s’affronter dans des Battles, c’est à l’Ayers Rock Boat de Lyon qu’il faut vous rendre tous les mardi jusqu’au 18 mars. Le gagnant de ces 4 mois de concerts se verra offrir un voyage de 7 jours à Los Angeles pour l’enregistrement d’un EP. Les inscriptions sont possibles jusqu’au 29 décembre ! + d’infos : facebook Ayers Rock Boat

KESKISS PASS DANS L’COIN ?

Elekt’Rhône


SKISS PASS DANS L’COIN

Nemo NebBia 1er EP

Une SMAC de plus !

Kymmo

En juin dernier une nouvelle SMAC (Scène de Musiques Actuelles) nommée La Cordonnerie a vu le jour à Romans près de Valence. Couplé au Conservatoire et à un Auditorium, le complexe porte le nom de Cité de la Musique. La SMAC propose donc de son côté une programmation musicale, des studios d’enregistrement et une scène pour les groupes amateurs. Et on peut dire qu’elle commence fort avec la venue du groupe de The Jim Jones Revue et Up Night le 23 novembre, puis des rappeurs marseillais IAM (photo) le 27 novembre. Le lendemain place à une ambiance Pop Rock avec Sallie Ford & The Sound Outside et H-Burns en 1ère partie. En décembre quatre concerts pour quatre ambiances : Electro Hip Hop le 5 avec Deluxe et Family Cheap, Chanson Pop le 13 avec Barbara Carlotti et Gontard, Chants Traditionnels en Francoprovencal le 15 et enfin une soirée electro 100% Girly le 20. Une bien belle programmation pour une nouvelle salle qui devrait bien s’implanter dans le paysage de la Drôme. + d’infos : www.citemusique-romans.com

Le rappeur Grenoblois Nemo Nebbia viens de sortir son premier EP 6 titres fin octobre “En Direct du Brouillard” et en téléchargement gratuit. Certains le connaissent déjà puisqu’il officiait au sein du groupe La Moza avec son acolyte Boosta. Le beatmaker Raistlin est toujours là pour balancer ses prods et Nemo Nebbia s’occupe des textes en solo. Rap conscient ? Rap Underground ? Peu importe, cet EP n’est qu’une preuve de plus que le Rap n’est pas mort en France... loin de là ! + d’infos : https://nemonebbia. bandcamp.com Application OneTous

La Gale en Rhône-Alpes !

Ne vous inquiétez pas on ne parle pas ici de la maladie mais bien d’une Rappeuse suisse qui va de plus en plus faire parler d’elle. La Gale donc, c’est l’énergie d’une Keny Arkana avec des textes sombres qui se rapprochent plus d’une certaine Casey. Il n’est donc pas surprenant de l’avoir vu collaborer avec les rappeurs de la Rumeur, Hamé et Ekoué. Leur série télé “De l’Encre” où elle interprète le rôle de Nejma, personnage principal, lui a offert un rôle sur mesure, celui d’une rappeuse dans le milieu du Rap Buisness. Entre deux albums elle continue les concerts et vient nous rendre visite au Fil de St-Etienne le 9 novembre en compagnie de Kacem Wapalek et d’Eska Crew. + d’infos : http://www.vitesserecords.com Le Métronome dans le tempo ! Le Métronome, bar associatif situé rue Leynaud, en plein cœur des pentes de la Croix Rousse, annonce une bonne nouvelle  : après avoir fermé ses portes la veille de la Fête de la musique sur décision municipale, nous avons le plaisir de communiquer la réouverture du lieu le 9 novembre. Cela traduit le retour des scènes ouvertes tous les soirs, les petits concerts gratuits, le “Tronome”, petit punch maison, les rencontres entre artistes, musiciens, et peuplades éparses et diverses.  Un endroit bien connu des locaux qui viennent y passer leurs soirées à la bien, entre musique et bons délires. Le Métronome, 22 bis rue René Leynaud, 69001 Lyon

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La nouvelle application pratique qui devrait se greffer sur vos smartphones s’appelle OneTous. Le principe est simple : vous quittez le boulot, vous avez envie de sortir mais pas la moindre idée d’où aller. En quelques secondes, retrouvez les événements intéressants autour de votre géolocalisation : théâtre, ciné, bowling, barbecue et concerts bien entendu. L’application est gratuite et propose un service de réservation en ligne avec de nombreux bons plans. + d’infos : www.onetous.com Soirées Get Wet au DV1 Line Up, l’émission consacrée aux musiques électroniques diffusée sur Radio Pluriel, lance un nouveau rendez-vous aux adeptes de gros son  : un vendredi tous les deux mois, le DV1 accueillera désormais les soirées Get Wet. Pour la première session, prévue le 22 novembre, Line Up invite Sable Sheep. Le jeune producteur allemand est sorti de l’ombre dès son premier EP et a déjà été programmé au Sonar (Barcelone), à l’ADE (Pays-Bas) et de nombreux clubs réputés. Une valeur sûre qui sera épaulée par Georges Cauld pour le warm-up.


DISCUSSION

Tachka Chez l’artiste, Villeurbanne Le 04/10/2013 Par Sarah

T

achka vous ne la connaissez pas encore ? Voilà une jolie petite pépite lyonnaise qui se fait doucement, mais sûrement, sa place sur la scène locale. C’est pour la sortie de son tout premier EP “Silent Opera”que Zyva a décidé de la rencontrer pour en savoir plus sur cette jeune franco-danoise et sur son univers musical très intimiste.

ZYVA : Comment s’est passée ta soirée de showcase pour la sortie de ton EP “Silent Opera”au studio Mikrokosm ? Natacha : Ça s’est bien passé, c’était une soirée que j’attendais quand même pas mal, parce que c’était le jour de la sortie en digital et en physique. Tout était le même jour et je voulais vraiment faire quelque chose de particulier, qui me ressemblait aussi et ça a été possible parce que je l’ai fait au studio Microkosm, donc en terrain connu. Du coup ça m’a permis de gérer de A à Z l’organisation, de créer une atmosphère qui se prêtait bien au type de musique que je fais, donc quelque chose qui reste intimiste même s’il y a du monde en fait. Et c’est bien, parce qu’il y avait du monde ! (rires) Et puis avec les invités aussi ça m’a permis de faire quelque chose d’un peu différent de ce que je fais d’habitude, d’improviser différemment. J’improvise en temps normal mais toute seule et à plusieurs c’est pas la même chose non plus. Donc c’était bien cool ouais !

N. : En fait il y a trois morceaux sur les quatre qui ont vraiment été arrangés à trois : Benoit, Simon et moi. Sur certains morceaux j’avais des idées très claires de ce que je voulais, mais par contre après pour mettre ça en forme c’est un autre travail, et à ce stade là j’avais besoin de travailler avec des personnes comme Simon et Benoit qui ont vraiment permis de concrétiser ce que j’avais en tête. Simon est plus spécialisé dans l’arrangement de cordes, de cuivres, d’instruments orchestraux, et il a pu m’aider sur Pumpkin Pie par exemple, où j’avais vraiment une image très nette de ce que je voulais. Pour Waving from Mars et Waltz, j’avais aussi une idée assez claire de ce que je voulais, donc là on a travaillé tous les trois, et Silent Opera c’est un peu la chanson où tout le monde à fait ce qu’il voulait dessus. Et c’est finalement de l’impro qui a bien réussi, en mixant, en choisissant des bouts et en en supprimant d’autres. On a pas eu du tout la même approche pour Silent Opera que pour les autres, c’était sympa ! (rires)

Z. : Cool ! Parce que c’est là-bas que t’as enregistré l’EP ? N. : Ouais c’est ça ! Pendant 6 jours j’étais là-bas, en sachant que Benoit Bel, qui gère les studios, était coarrangeur sur le projet avec Simon Meuret qui est maintenant sur Paris, mais qui était là aussi pour l’occasion mais en tant que saxophoniste et guitariste du coup.

Z. : Et l’année dernière t’as gagné le TNT Festival c’est ça ? Le prix c’est 20 jours de studio mais c’était pas ceux-là alors ?! N. : Non, ça c’est prévu pour mars prochain, parce que je savais pas au moment où je me suis inscrite au concours du TNT que j’allais être sélectionnée d’une et de deux j’avais déjà prévu mon enregistrement. Et du coup c’est bien que ce soit qu’en mars prochain parce que là avec 20 jours de studio on vise plutôt l’album, ça va demander du travail en amont, et puis de travailler la préprod avec les mêmes personnes pour arriver à quelque

Z. : Il y a pas mal de gens qui ont gravité autour de cet EP alors ?! Vous avez bien travaillé les arrangements !

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“Je ne me précipite pas tant que ça, je me dis que ça va se faire en son temps.” chose qui soit juste, et dans la continuité de ce qui a été fait avec l’EP. Bon ce sera deux studios différents mais ça on va essayer de bien se préparer en amont pour qu’il y ait une homogénéité dans le CD. Z. : Du coup retravailler avec les mêmes arrangeurs... N. : Oui, avec Simon et Benoit. Ça marchait bien, y a pas de raison pour que je cherche d’autres personnes (rires). Z. : Comment ça se passe pour toi sur scène, t’es toute seule, accompagnée ? N. : Sur scène je suis essentiellement seule, je l’ai été pendant pas mal de temps. Des fois y a des duos qui se sont fait... Z. : Avec un contrebassiste j’ai vu. N. : Ouais, bon après ça a pas duré pour diverses raisons. Là maintenant j’ai bien envie de travailler une formule de groupe, parce que pour certaines scènes je me dis que ce serait quand même plus sympa. Vraiment sympa pour moi de pouvoir développer le côté improvisation que j’aime énormément mais avec d’autres musiciens. Et par exemple pour des scènes comme dans les festivals, si ce sont des scènes que je vais être amenée à faire, je trouve que c’est plus facile de convaincre un public à plusieurs que tout seul. Parce qu’il y a un truc que je retiens à travers mon expérience de la musique que je fais, c’est qu’il faut un cadre calme et un public attentif pour vraiment l’apprécier, parce que si on écoute que d’une oreille c’est pas agréable et s’en est presque agaçant. Y a des fois où le texte est énormément mis en avant et du coup si on écoute qu’à moitié le texte et à moitié la musique ça devient juste

pas très intéressant. En tout cas pour la version live, sur l’EP c’est bien plus orchestré, mais en live c’est quand même piano voix, ou guitare voix donc plus épuré. Z. : Du coup toi tu fais de la guitare et du piano, t’as commencé lequel en premier ? N. : On avait un piano chez mes parents, donc j’ai commencé à pianoter vite fait quand j’étais petite, vers dix ans j’ai commencé à prendre des cours, j’en ai pris pendant dix ans environ. Et puis après je me suis mise à la guitare vers mes quinze, seize ans parce que j’avais envie d’essayer autre chose aussi. Du coup la guitare j’en ai fait pendant un temps, suivi d’une période où je suis revenue plus vers le piano. Y a un peu des périodes en fait, c’est selon l’inspiration. Passé un temps où je composais énormément au piano et après plus du tout, complètement lâché, et là ça revient vers le piano, qui est pour moi l’instrument qui me ressemble le plus. En terme de structure, de tonalité c’est celui qui correspond vraiment à mon idée de la musique. Après la guitare je peux me permettre moins de chose parce que j’en ai une moins bonne connaissance que du piano. Mais après j’aime les deux quand même (rires). Z. : Et là pour l’instant c’est toi qui fais tes démarches pour les concerts, t’es seule aussi de ce côté là ? Pas encore de soutient ? N. : Non, du coup je suis en recherche un peu. Y a beaucoup de musiciens, qui font des études professionnelles dans la musique, moi ça a pas été mon cas, j’ai fait des études universitaire, j’ai fait un Master 2 en littérature anglophone, ça n’a absolument rien à voir avec le monde de la musique. Mes contacts dans ce milieu là je les créer un peu tous les jours, et comme je marche du coup beaucoup à l’affecte je pourrais pas

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“J’aime ceux qui ont plusieurs facettes donc qui proposent des choses différentes sur l’album et sur scène.” Z. : C’est sûr ! Et du coup en parlant de ça, t’as participé il y a quinze jours (le 25/09) aussi à la soirée “French Kiss”des Salmon Fischers au Club Transbo ?! N. : ouais, ils m’ont proposé il y a quelques temps, et comme je les connaissais je me suis dit que ça serai sympa, et du coup on a reprit une de leur chanson et le chanteur Robin m’a embarqué sur la reprise Laisse tomber les filles (rires), qui n’est pas dans mon répertoire habituelle, mais bon je me suis dit que ça pouvait être sympa à faire aussi ! Et puis c’était surtout une bonne soirée, il y avait pleins d’autres chouettes artistes qui étaient invités aussi, c’était sympa de faire partie de tout ce beau monde. C’est vrai qu’il y avait une bonne énergie, un public assez enthousiaste, ça faisait plaisir à voir ! Et puis vue que je suis tout le temps en tant que musicienne chanteuse, c’est aussi drôle de se retrouver en étant que chanteuse, c’est particulier. J’ai un groupe à côté aussi où je suis que chanteuse, et c’est un autre travail en fait. Tachka sur scène avec les Salmon Fisher au Club Transbo. Photo par Kymmo. me voir travailler avec une personne sans la connaître un minimum et m’assurer qu’on soit sur la même longueur d’onde. Les démarches j’en fais mais je démarche pas tout le monde non plus parce que j’ai pas envie de me retrouver dans quelque chose qui me plait pas, et je me dis que pour l’instant en étant seul je risque pas grand chose... Je risque que justement il ne se passe pas grand chose pour l’instant. Après j’aimerais bien travailler avec un tourneur, un manageur, mais dans ce cas là ce serait trouver chaussure à son pied. Mais bon après c’est comme ça que je marche aussi, je me précipite pas tant que ça, je me dis que ça va se faire en son temps. Z. : Et puis l’EP va favoriser ça aussi ! N. : Oui voilà aussi, c’est pour ça que j’avais beaucoup d’espérance autour de l’EP parce que c’est le premier enregistrement qui me représente vraiment qui va être mis sur le net. Parce que tout ce qu’il y avait avant c’est pas pareil, j’avais des vidéos de concerts mais qui étaient pas de très bonne qualité non plus. Là je vais avoir aussi une série de vidéos qui va sortir justement sur la soirée de sortie d’EP, qui vont être de bonnes qualités et qui vont représenter aussi du coup une autre partie de ce que je fais, mais sur scène, ce qui est vraiment différent de ce qu’il y a sur l’EP. Je me fie à ce que j’aime voir chez les artistes. J’aime ceux qui ont plusieurs facettes donc qui proposent des choses différentes sur l’album et sur scène. Je trouve que c’est ça qui fait que l’on continue de s’intéresser à quelqu’un parce qu’on sait jamais ce qui va sortir de son chapeau (rires).

Z. : C’est quoi ce groupe, c’est quoi comme délire ? N. : C’est essentiellement rock, des fois ça touche au post-rock, des fois au punk, des fois au blues aussi. Du coup c’est très éclectique comme set-list. Là pour l’instant on attend que le projet soit vraiment finalisé pour le lancer parce qu’on a pas envie de se louper non plus. Ça sera aussi intéressant pour moi d’être dans un rôle complètement différent et dans un style de musique qui n’a complètement rien à voir avec Tachka. C’est un autre travail, même si Tachka c’est un projet super important pour moi car il est très personnel. Quand on fait tout on a aussi un comportement de maman qui couve son projet et on peut pas le laisser partir, et ça prend du temps pour le partager avec d’autres personnes. Mais du coup on a pas la même attitude de travail avec des personnes avec qui on fait partager son projet et des personnes avec qui on créer quelque chose de nouveau en fait. Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait vous représenter vous et/ou votre musique : Grizzly Bear - Fine For Now

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Silent Opera http://tachka.bandcamp.com


ZOOM SUR LE LOCAL

Par Anto

DJ PErRINE À

16 ans, Perrine faisait déjà le tour des bars d’Avignon avec sa bouille d’ange en espérant décrocher des dates. Déterminée, elle s’est lancée après s’être fait remballer au pub en bas de chez elle : “J’amenais toujours plein de CD au DJ. Je le faisais chier pour qu’il les passe et un jour il en a eu marre de moi : il m’a dit que je n’avais qu’à jouer à sa place.” Et ça commence comme ça. Au début, elle mixe sur ordinateur car elle n’a pas les moyens de faire autrement, même si elle glane déjà les vinyles dans les brocantes près de chez elle : elle fait ses armes sur du Rock et de la New Wave avant d’être happée par la Techno. En fac de Droit, elle commence à jouer régulièrement et se décide à investir dans les galettes  : “Ça a un coût mais... Je suis nulle en informatique, quand ça buggait je perdais tous mes moyens et je me suis dit que ça ne pouvait plus m’arriver avec des vinyles.” Un objet qui l’a toujours attirée. Installée à Lyon depuis deux ans, où elle termine des études d’art, elle s’est discrètement imposée sur la scène locale et multiplie les dates un peu partout, de Bordeaux à Berlin. Une ville qu’elle affectionne sans tomber dans l’effet de mode : “Il faut créer notre propre personnalité à Lyon et non pas copier tout ce qu’on voit à côté. J’en ai marre d’entendre Berlin, Berlin, Berlin. J’adore Lyon, j’y ai rencontré plein de gens et on a le terrain assez libre pour faire plein de choses. Les gens sont très cultivés musicalement, on peut passer des tracks pointues” Ce qu’elle ne se prive pas de faire lors de soirées lyonnaises. Perrine a partagé la scène avec Losoul et Trus’me au Transbordeur, la prochaine rencontre se fera au Dv1 le 9 novembre en compagnie de Juliette de chez Henry Klein et avec Cuthead au Terminal, le 15 novembre. Quant aux prods, ce n’est pas pour tout de suite : “Pour l’instant c’est encore au stade de test, j’essaie de voir un peu ce que je peux faire et ce que j’aime bien faire aussi : je prends mon temps.” Et nous on attend.

“J’écoute beaucoup de folk, du hip-hop ou des trucs un peu expérimentaux. J’arrive pas à écouter de la techno chez moi, faut que je laisse mes oreilles se reposer un peu. (rires)”

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Charlie

and the soap opera

E

n écoutant un album de Charlie and The Soap Opéra, tout porterait à croire qu’il s’agit des piliers de la soul funk des années 70/80. Mais non ! Cette formation musicale est composée d’une bande de jeunes lyonnais, copains avant tout, qui vient de sortir son premier EP,  aidée par les internautes vía la plateforme de financement solidaire Ulule. Pour aller plus loin, Zyva les a rencontrés autour d’une verveine chaude, à Caluire. Formé en 2011, le groupe propose un son oldschool riche et chaleureux, organisé autour du chanteur/pianiste Charlie, qui, avec son chapeau haut de forme et ses lunettes noires, semble sortir d’un bouquin de Roald Dahl. Le Willy Wonka du Funk ? Pourquoi pas !

Par Gab

énergie communicative : “Viens, mets toi bien, et laisse toi aller !” comme ils disent. Après avoir bossé dur sur la réalisation de l’EP, le groupe ne se repose pas sur ses lauriers. En recherche permanente, leur son évolue “on ne revendique pas une soul funk bloquée dans les années 70, 80. Ça tend à se moderniser, en travaillant sur des sons plus modernes, des samples…” Précisent Alex et Julian, respectivement batteur et guitariste. La formation sera au Transbordeur pour présenter officiellement la sortie de leur EP, en première partie de Féfé, le soir du 7 Novembre.

Comme tous les personnages du Funk, un peu psychédéliques, on essaie de s’avancer vers ça ! Tout cet univers de groupes américains comme Zapp & Rogers … Retrouvez la discussion complète sur www.zyvamusic.com + d’infos : www.catso.fr

D’autant plus que leur son se déguste aussi facilement que des tablettes de chocolat, car on y retrouve la chaleur, la douceur et l’énergie de ce groove à l’ancienne. Rempli de bonne vibes, il déploie un sentiment de bonne humeur traversant la chair et les os. Charlie raconte les petites histoires du quotidien en musique,  ses textes révélant ses rêves inassouvis, sa romance passionnée, et son

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ZOOM SUR LE LOCAL

Alligator

L

isa Duroux est lyonnaise. Elizabeth Hargrett est américaine. Elles se sont rencontrées à Atlanta et évoluent maintenant dans la ville de Lyon. L’une joue de la basse, l’autre de la batterie et les deux jeunes femmes chantent en chœur. La preuve que la

See you later

mondialisation a du bon. On peut aussi les retrouver respectivement dans Réveille et les Frustros mais c’est de cette formation dont on attendait le plus. Alligator fait de l’indie pop artisanale et un brin punk, coincé entre un Mansfield.tya qui sature ou du Deerhoof acoustique. Pour sortir leur premier album “Runners”, elles ont d’abord choisi de le séparer en deux. Les cinq premiers morceaux qui composent la face A avaient déjà été enregistrés en 2011 pour leur démo et ressortent ici inaltérées. La face B, enregistrée à la toute fin 2012, est forcément plus propre et plus mature

Basse resolution

I

l y a quelques semaines, en ces mêmes pages, on tirait le portrait de Nailitch, trublion de la petite scène tech house lyonnaise. Séduits par le travail du loustic, nous en avons profité pour reluquer le çrew au sein duquel il a élu domicile : le collectif Basse Resolution. L’équipe embrasse des disciplines différentes et pourtant intimement liées. En son sein, de la musique bien sur, mais aussi du graphisme et de la photo. S’inspirant largement de l’univers des comics et de la bande dessinée, Pedre et Bazyle profilent les contours de l’univers BR avec panache, tandis que l’art de la photographie est réservé aux

demoiselles Marion Nigoggoshian et Mathilde Perrin. Une seule mère nourrit ce terreau artistique : la musique électronique, matrice de la passion qui anime chaque membre du collectif. Mojo, le manager de la team, est aussi DJ et producteur, comme ses potes Canza, Nicolas Rifo, Nailitch (dont l’album est prévu pour l’année prochaine) et Mayday!. Pour orchestrer tout ce monde, il y a Eloïs, le président, grand chef de l’administration, épaulé par Marwan, trésorier, et Stan, à la com. Voguant sur les deep ondes de la techno et de la house, ces adeptes du do it yourself écument les salles lyonnaises pour y faire leurs armes. De plus en plus suivis par des fidèles, ils jouissent de l’engouement grandissant d’un public assoiffé de techno et de teufs en après-midi. Soucieuse de se faire une place dans un milieu déjà bondé, l’équipe a su créer des liens avec d’autres structures en charge de notre animation nocturne, comme Elektrosystem, XLR Jouissivevents, Ed’n Legs et Propagang,

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Par Thomas Guillot

dans la gestion du son. Qu’on se rassure, le produit fini assure quand même une certaine cohérence entre les deux parties. Enregistré les deux fois à Grrrnd Zero Gerland avec le renfort de François Virot, on reste du début jusqu’à la fin en présence d’un beau disque de pop DIY à la production minimaliste. Le résultat n’est pas aussi rêche que l’on pourrait se l’imaginer avec ses mélodies presque enfantines et son ambiance mélancolique. On vous invite bien évidemment à aller les voir dans les plus petites salles de la ville et de la région. + d’infos : wearealligator.bandcamp.com

Par Alizée Photos : Mathilde Perrin

avec qui ils continueront d’organiser des évènements ces prochains mois. L’occasion pour eux de nous présenter Caro, duo composé de Canza et de Romain Roudié, autre lyonnais amateur de basses. Une collection de T-shirts réalisée par des étudiants en art, en graphisme et en textile est également prévue pour la fin de l’année, et devrait être dispo dans un mystérieux shop aux soussols d’Héritage Store. En attendant leur prochaine date, on vous conseille d’aller faire un tour sur leur site internet, vous y trouverez de quoi vous chauffer les oreilles ! + d’infos : www.basseresolution.com

Une partie de l’équipe de Basse Résolution.


DISCUSSION

Transbordeur, Lyon Le 27/09/2013 Par Thomas Guillot Dessin par Melissa Dreano

Arnaud Rebotini P

our la première des soirées Don’t Mess With Us parrainée par Arnaud Rebotini, on a pu voir les japonais exubérants de Polysics et les lyonnais de Spitzer pour un DJ set très eighties. On a retrouvé le grand rital dans la cantine du Transbordeur en train de tailler le bout de gras avec sa première partie et des mecs de l’équipe du Transbordeur. Devant un plateau de fromage, on a donc parlé de clubs, des soirées à venir, de musique indie, des kids et du futur de Black Strobe. Jusqu’à ce que l’ancien disquaire de chez Rough Trade à l’immense culture musicale se réveille. Au grand dam du journaliste peu consciencieux qui se fait gentiment reprendre pour son utilisation de concepts éculés. C’est l’heure de la leçon. ZYVA : C’est une soirée régulière c’est ça ? Arnaud Rebotini : Il y en aura quatre dans l’année. La prochaine c’est le 13 décembre. Z. : Et après en 2014 ? A.R. : On n’a pas fixé encore les dates. Z. : Vous avez participé à la programmation de celle-ci ? A.R. : Non pas vraiment. Ils m’ont proposé le plateau et ça allait tout à fait. Entre gens de bon goût, on n’a même pas eu besoin de se parler. Spitzer, on avait déjà joué ensemble. Polysics c’est la première fois mais c’est très bien comme choix. Là on parlait du prochain plateau,

“Ils m’ont proposé le plateau et ça allait tout à fait. Entre gens de bon goût, on n’a même pas eu besoin de se parler.”

donc il y a quelques noms qui circulent. On va pas le dire parce qu’on n’est pas encore sûr. Z. : Donc vous connaissiez les jeunes gens de Spitzer ? A.R. : On avait joué ensemble je ne sais plus où... Spitzer : En Normandie, à Eu. A.R. : à Eu ouais c’est ça. Le cadre était super sympa. C’était une bonne soirée. On s’était rencontrés là, on avait parlé musique et plein de choses qu’on a en commun. Ils m’ont proposé de tourner dans leur clip mais ça n’a pas pu se faire. C’était moi qui n’étais pas trop dispo, c’était compliqué. Z. : On voit bien qu’il y a un thème rock/électro même plus années 80, synthétiseur et compagnie. Les prochaines soirées vont être pareilles ou on va partir dans une autre direction ? A.R. : Oui on va rester sur ce concept là. C’est à dire de la musique indie - on va dire ça comme ça - un peu dansante et avec, suivant l’heure, on pourra jouer plus techno sans que ce soit de la techno forcément trop

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“Depeche Mode c’est un groupe de rock ou de musique électronique ?”

Laurent Chanez

d’écriture de chansons. C’est toujours un petit peu long de faire un disque.

club. La vraie techno qui peut autant s’écouter à la maison qu’en club. On ne fait pas une soirée où tu vas prendre de l’ecstasy pour faire la fête, on est dans un délire un peu plus musical. Z. : C’est la première fois que vous le faites à Lyon mais vous avez déjà fait ce genre de soirée à Paris ? A.R. : À l’époque du Pulp, c’était un peu le même concept qu’ici. On prend un club, on fait des lives pour essayer de sortir un peu du carcan du DJ set classique, qui déroule deux heures de musique pure. C’est un truc qu’on retrouve aussi chez des gens comme Soulwax. Le Transbordeur [NDLR : probablement David Fontaine] : Nous, on avait aussi cette envie là du côté Transbo de développer la programmation du club en nocturne mais on reste une salle de concert, de live et de Rock’n’Roll. Ça fait partie de l’ADN de la salle, on avait aussi envie de remettre un peu de ça dans la nuit. Du coup, on a pensé à Arnaud. Ça s’est fait assez naturellement. Il chattait avec Cyril [NDLR : Cyril Bonnin, directeur du Transbordeur] qui est producteur ici quand moi j’ai reçu la programmation pour Polysics. A.R. : L’occasion fait le larron. Z. : Là vous faites un DJ set ? Vous allez faire un live ? A.R. : Normalement à la quatrième on fera un live. Z. : Tout seul ou en formation Black Strobe ? A.R. : Moi pour l’instant mais il y aura sûrement une date en plus avec Black Strobe. Comme la date de sortie de l’album de Black Strobe n’est pas déterminée et qu’il y aura sûrement une tournée, on ne sait pas si ça pourra se caler dans une soirée ou pas. Z. : Ça fait sept ans qu’il n’y a pas eu d’album de Black Strobe. C’était dur de se remettre dans ce genre de configuration ? A.R. : J’étais parti au départ pour faire un seul album solo et refaire Black Strobe après. En fait, j’ai fait deux albums solos. J’étais bien parti avec les synthés et puis j’avais besoin d’avoir plus envie de refaire Black Strobe, de mûrir le projet, de repartir dans une dynamique

Z. : Vous êtes tout seul à la composition pour Black Strobe ? A.R. : Je suis tout seul mais après il y a le guitariste du groupe Mathieu Zub, qui fait Museum que je produis sur le label, il fait un peu ses parties de guitare, tout ce qui est un peu solo mais sinon tout le reste c’est moi. Z. : Ce sera instrumental ou il y aura un peu de chant ? A.R. : Que du chant. Il n’y aura pas d’instru sur l’album. Z. : C’est vrai que ça fait déjà deux disques instrumentaux... A.R. : Oui enfin sur le dernier il y avait quand même deux-trois petites voix de-ci, de-là. Là on a un album entièrement chanson. Enfin “chanson”, il y a quand même un morceau de huit minutes. Z. : Vous faites de la musique électronique, vous écoutez du rock, on imagine bien que vous voyez pas ça comme un antagonisme, comment vous pourriez décrire cette espèce de symbiose que vous utilisez à chaque fois ? A.R. : Je sais pas c’est un vieux truc. C’est marrant qu’il y ait encore ces questions, surtout venant de toi qui es assez jeune. C’est un fantasme que vous avez hérité des années 80 : “le rock et la musique électronique, ça va pas ensemble”. La dance et le rock pas trop. Mais Depeche Mode c’est un groupe de rock ou de musique électronique ? Z. : On pourra jamais deviner exactement. A.R. : Ben voilà tu vois. Nitzer Ebb, D.A.F., c’est du rock ou de la musique électronique ? Il y en a plein d’autre. Yan Wagner, que j’ai produit, c’est du rock ou de la musique électronique ? Spitzer : Radiohead aussi. A.R. : Ouais voilà. Et Autechre ? C’est du rock ? De la musique électronique ? C’est de la dance ? Il y a un vieux truc que je dis depuis Rough Trade. Le monde se divise en deux, enfin se divisait en deux puisque c’est un truc qui a maintenant disparu. Dans ceux qui se reconnaissent un peu dans la musique électronique, t’as ceux qui viennent de la disco-mobile, de la dance, qui arrivent pour faire un truc plus underground et tu as ceux qui viennent de la musique indie. Des gens qui ne se sentent pas forcément très concernés par le côté danse mais

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A.R. : J’ai toujours eu l’impression que ça a été un fantasme. New Order, Blue Monday, c’est des mecs qui faisaient Joy Division trois ans avant. Après les choses qui ont changées c’est surtout internet et la façon de consommer la musique. Z. : Vous avez votre propre label, vous sortez vos disques dessus, vous avez d’autres signatures ? A.R. : Pour le moment, je signe que des gens qui sont internes à Black Strobe et qui me proposent des morceaux. Mathieu le guitariste je lui file un coup de main pour produire, il a quelques synthés.

Kymmo

Z. : Comment vous préparez vos DJ set d’ailleurs ? C’est réfléchi ou c’est plutôt sur le moment ? A.R. : J’ai une idée de ce que je vais faire et je peux moduler suivant comment ça se passe avec les gens, comment ça accroche.

“Maintenant les kids ils doivent écouter Gesaffelstein, les Black Keys, Foals et Slayer. Ils ont tout ça sur leur téléphone et mélangent tout.” qui sont attirés par ces parties instrumentales un peu psychés. Cette sorte de transe qu’on peut avoir dans la musique électronique. Après qu’on me pose encore cette question en 2013... [Inaudible tentative de défense de l’intervieweur] A.R. : On en parlait encore dans la voiture avec Cyril. Tu vois les kids maintenant, contrairement à nous dans les années 90, s’il y avait un mec qui aimait Slayer, il aimait tout juste Metallica. Il aimait Death à la rigueur. Maintenant les kids ils doivent écouter Gesaffelstein, les Black Keys, Foals et Slayer. Ils ont tout ça sur leur téléphone et mélangent tout. Et après, ils vont avoir un DJ set de je-sais-pas-qui qu’ils auront téléchargé.

Z. : Parce que là ce soir c’est la première, on ne sait pas vraiment comment ça va se passer. Si ça se trouve il y aura personne, si ça se trouve il y aura du monde. A.R. : On sait qu’il y aura du monde parce qu’il y a un peu de préventes. Après ça va dépendre du public, s’il y a une vibe un peu techno, un peu acid, je vais jouer des trucs comme ça. Si ça peut être plus musical, si j’ai un public plus rock je jouerai des trucs un peu plus rock. On regarde les gens, on voit ce qui se passe pour leur faire plaisir et se faire plaisir. Z. : C’est un truc qui m’a toujours fasciné dans la musique électronique : la manière dont un DJ, sans même jouer sa propre musique, va réussir à influencer le public. Je ne sais pas comment vous faites. A.R. : Tu le sens. Après il y a des trucs qui marchent un peu sur tout le monde suivant les heures. Le public, si tu lui mets un truc qu’il n’a pas envie d’entendre, il va te le faire sentir… Après t’as une ambiance de merde et tu rames avec trois disques mortels. Alors que si t’avais pas mis le truc qu’il ne fallait pas mettre, tout serait passé facilement. Titre d’un morceau d’un autre artiste qui te représente toi ou ta musique : Depeche Mode – Behind The Wheel [Shep Pettibone Remix] On va plutôt prendre un morceau qui représente la soirée. Un magnifique morceau mélancolique et extrêmement dansant, qui est une sorte de tube quand même, qui reste tout à fait d’actualité alors qu’il a pratiquement trente ans.

Z. : Donc du coup, c’est agréable de faire de la musique à cette époque ? Je sais bien qu’on peut mélanger la musique électronique et le rock mais c’était juste pour savoir comment on est passé du tout segmenté au tout éclectique.

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Concerts coups de cœur savage reposte

Biffy clyro LYON 12/11 Suede + Teleman (PopRock) Le Transbordeur / 33€ / 19h

13/11 Mondogift + Bavoog Avers (Hip-Hop) Le Marché Gare / 12€ / 20h30 14/11 Half Moon Run (Rock) Ninkasi Kao / 27€ / 19h30 15/11 London Grammar (Art Rock) Le Sucre / 13€ / 19h30

19/11 Metz + Savage Riposte (Noise Punk/Garage Punk) Le Marché Gare / 15€ / 20h30

20/11 Blackie (Hip-Hop) + PCKRZ (Rap électro) Le Kraspek Mysik / 6€ / 20h30 20/11 Pendentif (Pop) La Marquise / 10€ / 20h 22/11 Biga Ranx (Reggae) Ninkasi Kao / 17€ / 19h 22/11 Kadebostany (Pop) Au Sucre / 13€ / 19h30 05/12 L’Animalerie + Dj Fly (Hiphop) Le sucre / nc 08/12 Biffy Clyro (Rock) Le Transbordeur / 27€ / 19h

Photos : Kymmo

Dagoba

salmon fisher 10/12 Mount Kimbie (Electro) Le Sucre / 16€ / 19h30 12/12 Cheveu (Rock Indé) Le Marché Gare / 14€ / 20h30

GRENOBLE 09/11 Radium + Adrenokrome + La Pinaille + Dje + Kayro (Techno Hardcore) Le Drak’Art / 14€ / 23h 22/11 Concert de Soutien : Solid’Art (Hip-Hop) L’Ampérage / 10€ / 19h 23/11 Gyspy Sound System (Gypsy Balkan) + Tactical Groove Orbit (Electro Balkan) + B.S.P Crew (Balkan Beat/Electro Swing) Le Prunier Sauvage / 10€ / 21h 19/12 Von Pariahs (Rock) La Bobine / 8€ / 20h30 19/12 Psykick Lyrikah (Rap) L’Ampérage

ANNECY 20/11 Crazy Dogs + Sexual Machete (Rock/Hard Rock’n’Roll) Le Brise Glace / 14€ / 21h 14/12 Giedré + les Chrétiens des Alpes (chanson) Le Brise Glace / 17€ / 21h

20/12 Rien + GaBlé (Rock/Flok/ Pop) Le Fil / 8€ / 20h30

14€ / 21h

BOURG-ENBRESSE 20/11 Mondogift + Horus Qa (Rap/Electro) La Tannerie / 5€ / 19h

BOURGOIN JALLIEU

22/11 Satyricon + Chthonic (Black Métal) La Tannerie /

15/11 Les Monstroplantes + Mondogift (Electro HipHop) Les Abattoirs / 13€

AUBENAS

/ 20h30

22/11 Bombay Show Pig + Who The Bitch + Shibuya Impakt (Rock) Les Abattoirs / 14€ / 20h30 13/12 Tranche de Live : Charlie & The Soap Opera (Funk) + Macadams (Rock) + Salmon Fishers (Pop) Les Abattoirs / Entrée Libre

/ 20h30

ST - ETIENNE

19/12 Dagoba + Nightshade (Métal) Le Brin de Zinc /

CHAMBERY 16/11 Walter + Les Kiwis Flambeurs (Reggae) Le Brin de Zinc / 6€ / 21h

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25€ / 20h30

07/12 Don Cavalli + Cat Fish (Folk / Blues) Le Bournot 14€ / 21h

13/12 Festival Images et paroles d’Afriques : Mamani Keita + Marc Minelli (Rock / Trad’) Le Bournot / 12€ / 21h

Romans 23/11 Jim Jones Revue + Sugar Kid (Rock) La Cordonnerie / 14€ / 21h 05/12 Deluxe + Family Cheap (Hip-hop / Funk) La Cordennerie / 14€ / 21h


Sorties d’albums Novembre

06/11 BOT’OX “Sans dormir”

A PERFECT CIRCLE “Three Sixty”

04/11 CONNAN MOCKASIN “Caramel” THE YOUNG KNIVES “Sick octave” LOS CAMPESINOS! “No blues” MONTEVIDEO “Personal space” THE VAN JETS “Halo” AVISHAI COHEN “Almah” TINIE TEMPAH “Demonstration” CLARA MOTO “Blue Distance” EMINEM “The Marshall Mathers LP 2” LA HONDA “I See Stars” DAVID BOWIE “The New Day (Collectors Edition)” M.I.A “Matangi” MIDLAKE “Antiphon”

11/11 KEANE “The best of Keane” CATE LE BON “Mug museum” MAZES “Better ghost” STORNOWAY “You don’t know anything” LA RUMEUR “Les inédits 2” CASSEURS FLOWTERS “Casseur Flowters” IAM “Dernier album” DISIZ “Transe-lucide” GIPSY KINGS “Savor Flamenco” MARIAM THE BELIEVER “Blood Donation” GRIZZLY BEAR “Shields Expended” THE KILLERS “Direct Hits”

25/11 ERIC CLAPTON “Give Me Strength : The ‘74/’75 Recordings” NEIL YOUNG “Live At The Cellar Door” SOUNDGARDEN “Screaming Life/Foop”

05/11 RED KITE “Songs for cow” DREAM THEATER “Live at luna park” THE MELVINS “Tres cabrones” DRAG THE RIVER “Drag The River” CUT COPY “Free your mind” LUSCIOUS JACKSON “Magic Hour”

12/11 MIDLAKE “Antiphon” 14/11 KADEBOSTANY “Pop collection”

Decembre 02/12 DEAR READER “We Followed Every Sound (Live With Deutsches Filmorchester Babelsberg)” 09/12 TOY “Join the dots” 13/12 JAMES VINCENT MCMORROW “Postr tropical”

18/11 JAKE BUGG “Shangri la” BLOOD ORANGE “Cupid deluxe” BEACHWOOD SPARKS “Desert skies”

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Chroniques d’albums astoria dogs | We want this/our music to be beautiful, not realistic | Label : Dam le chien

toxic avenger | romance and cigarettes

Ce quatuor nous vient de Nantes, mais ses membres ne sont clairement pas à l’ouest ! Les quatre membres d’Astoria Dogs font partie de ceux qui ont été bercés trop près de la Manche, et dont les oreilles ont vite échoué en Albion. Après un premier EP en 2012, “The Fall”, porté par l’entraînant 1996, le groupe revient avec ce titre à rallonge qui vient annoncer la couleur : le quatuor veut que sa musique soit belle. Le résultat : cinq titres – et un petit bonus – dont les influences britanniques ne sont pas à aller chercher bien loin. Sur ce premier titre qui évoque un hooliganisme purement anglais – London Derby – on entend pourtant plus résonner les accords de Manchester, tendance duo de frères terribles au nom de boisson aux fruits. Popularity, plus pop, fera penser à du Bloc Party et rappellera donc plus aisément cette belle ville de Londres. Les trois derniers titres, Collapsing star, Endless et Abortion blues ont des influences moins marquées. L’ambiance se fait plus sombre, les textes plus mélancoliques, mais le son reste pertinent. L’EP sort en fanfare le 7 novembre, lors d’une soirée au Ferrailleur, le Transbo nantais. Pour ceux que la Loire-Atlantique ne motive pas, il reste le soundcloud du groupe, en attendant de les voir par ici.

Simon Delacroix – la véritable identité de Toxic Avenger – on l’a vraiment connu avec “Angst”, son précédent album : un très bon CD qui a gagné sa visibilité grâce à un duo avec Orelsan et la musique d’une pub télé pour un véhicule tout-terrain. Là n’est pas le propos, parlons du présent et de ce “Romance and Cigarettes” annoncé de longue date par le principal intéressé. Pour l’occasion, Toxic a collaboré avec de nombreux artistes, dont Dax Riders, l’un des pionniers de la French Touch. Cette influence très 80’s se ressent sur la majorité des titres (Let me go, subtile référence à You’re under arrest de Gainsbourg, 1987) et l’hommage est même assumé jusqu’au bout quand Simone Elle est Bonne – la compagne de monsieur à la ville – reprend le Bette Davis eyes de Kim Carnes (1982). Le titre comme ça ne vous dit peut-être rien, mais allez y jeter une oreille, vous l’aurez certainement déjà entendu. Pour autant, cet album ne se complaît pas dans le passé : il vise clairement le futur, grâce à des featurings d’une efficacité rare. Notons entre autre la présence de Disiz ; le lyonnais 2080 avec Lexicon  ; José Reis Fontao, le chanteur de Stuck in the Sound, mais également celle, plus surprenante, de Merwan Rim, qui prouve qu’on peut s’en sortir plus qu’honorablement après avoir enchaîné les comédies musicales !

Philippe “Pippo”Jawor

Label : Roy Music

Philippe “Pippo”Jawor

ArCtict monkeys | AM | Label : Domino Peu de groupes peuvent se targuer d’avoir réussi à entreprendre avec succès un virage musical de l’ampleur de celui réalisé par les Arctic Monkeys lors de la sortie de Humbug en 2009. Coutumiers des mélodies rock alternatives empreintes de candeur et de fougue, les petits gars de Sheffield avaient alors décidé d’évoluer en terrain plus sombre, mélangeant subtilement pop et stoner. Cette évolution sonore sera confirmée par l’album “Suck It And See”, paru deux ans plus tard. Pour “AM”, cinquième album des Arctic Monkeys, Alex Turner et sa bande semblaient décidés à tourner une nouvelle page en s’orientant vers un univers résolument plus rock, comme pouvait en témoigner le premier extrait R U Mine ? Si certains morceaux tels que Do I Wanna Know ? ou Arabella, confirment cette hypothèse, on ne peut pas en dire autant du reste de l’album. À défaut du rock hargneux attendu, ce “AM” surprend par la multiplicité des genres qui le compose. Rock, pop, soul, r’n’b... autant d’influences qui rendent ce cinquième album extrêmement riche. Si ce mélange est effectivement à la fois surprenant et intéressant, on ne peut tout de même s’empêcher d’être nostalgique d’une époque où les Arctic Monkeys semblaient mettre plus de rage et de cœur dans ses compositions. Toutefois, “AM” reste un bon album résultant d’une prise de risque conséquente, et rien que ça, ça mérite d’être salué.

Germain

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chvrches | The Bones of What You Believe

midnight ravers | le triomphe du chaos

Label : Glassnote

Label : Irfan

Dès la première seconde de The mother we share premier morceau du premier album de Chvrches, on est envahi par une crise de jeunisme sans équivalent. Un sentiment d’innocence jamais remis en cause par la troublante apparence angélique de Lauren Mayberry dont le point fort est incontestablement cette voix désespérément pure et son léger accent scottish qui résonne sous un déluge de synthétiseurs. Le groupe de Glasgow attire notre attention avec un truc vieux comme le monde : deux vétérans de la prolifique scène indépendante de la ville (The Twilight Sad, Aereogramme) s’associent avec une chanteuse charismatique pour révolutionner l’Electro-pop. Une démarche déjà bien rodée par Metric, Garbage et toute la scène Synthpop de Grande Bretagne de 1982 à nos jours. Le disque confirme en tout cas que le mariage de l’Indie Pop et de la Dance Music, amorcé avec M83 et Passion Pit, est maintenant consacré. Il n’y a pas grand chose de plus épique sur le disque que la montée de Tether si ce n’est peut-être l’exubérance club de Science/Visions. On peut aussi rajouter une poignée de tubes imparables (Gun, Lies, Recover) qui mériteraient sûrement plus qu’une simple mention. The Bones of What You Believe est un recueil d’hymnes à l’instant présent qui semblent avoir été enregistrés dans une urgence jamais feinte. On aime sûrement plus que de raison mais que voulez-vous avec ces gens-là on ne pense pas, on danse. Thomas Guillot

Dominique Peter a lâché ses compères d’High Tone le temps de deux voyages en Afrique, à Bamako plus exactement. Lors de son second voyage, il débarque au Humble Ark, le studio de Mandjul, collaborateur de Tiken Jah Fakoly et Salif Keita pour ne citer qu’eux. Là, ensemble, ils enregistrent chanteurs et musiciens locaux, que Dom’ arrange ensuite avec ses machines. La kora (sorte de luth, se jouant cordes pincées) et la flûte mandingue apportent leur virtuosité et rythmiques parfois déroutantes. Les montées Dub en arrière plan fonctionnent bien, la batterie est juste et certaines voix sont époustouflantes… Quand aux clips, ce sont de vraies œuvres d’art, grâce au superbe trait d’Emmanuel Prost. Les huit titres du “Triomphe du Chaos” enchaînent ballades mélodieuses, Dub psychédélique et arrythmique, à la manière d’un bon vieux groove Afrobeat. Dommage que ce soit assez inégal. Chaque morceau porte une idée originale, voire expérimentale ; mais le tout manque de cohérence. On aurait aimé un roman, on a une succession de petits contes. Léo

TY segall | sleeper | Label : Drag City / Modulor Pourquoi les rockeurs énervés finissent toujours par faire les meilleurs morceaux acoustiques ? A la surprise de tous, Ty Segall le surbooké du garage rock (environ trois albums par an) a sorti à la toute fin du mois d’août une collection de folk songs exemptes de toutes saillies électriques (sauf une fois au chalet). Le résultat va au delà de toutes les espérances. Sans se départir de l’ambiance psyché dans laquelle il baigne depuis le début de sa carrière, le jeune gourou de la nouvelle scène garage de San Francisco fait la part belle à la guitare acoustique. Le chanteur se donne corps et âme à la country-folk pas chère. L’alliance parfaite entre les arrangements typiquement américains et l’enregistrement au fin fond de la salle de bain. On peut parfaitement entendre le corps de l’instrument résonner à chaque fois qu’il frôle une corde. On pourrait croire que le résultat sonnerait apaisé ou ne serait-ce qu’un peu plus calme, mais non. Ty Segall n’a jamais été aussi inquiétant et bouleversant. Avec sa voix se rapprochant de plus en plus d’un John Lennon d’outre tombe, Sleeper est une belle expérience traumatisante. Un excellent album jusque dans son application DIY. Le pendant prolétaire psychotique de One Foot In The Grave l’album culte de Beck.

i am un chien !! | the dogtape | Label : It’s Record Quand on évoque I Am Un Chien!!, on se sent forcément obligé de trouver toutes sortes de métaphores se rapprochant de près ou de loin à la race canine, surtout quand ils sortent une Dog Tape (ou mixtape). Mais je vous le promets, je me restreindrai pour cette fois. C’est donc 3 ans après leur 2ème EP que les Parisiens reviennent avec une sélection de morceaux tout aussi parfaits les uns que les autres. Après une intro surprenante, ils tapent fort avec le titre I Like Them, un mélange de grosses guitares, de batteries saccadées et d’Electro. Un titre qui sent fortement l’influence de Prodigy. Dj Pone (TTC, Svinkels, Birdy Nam Nam...) arrive sur le 3ème titre pour accompagner le duo. Do It est un single en puissance : entêtant, surprenant, et tellement... bon ! Mais le Dj de Meaux n’est pas le seul invité de l’album. On retrouve aussi d’anciennes connaissances, comme Club Cheval (voir le ZYVA de Septembre / Octobre 2012) avec un titre d’apparence plus Electro que les précédents, et bien sûr un ou deux hennissements parci par-là. Mais surtout, comme pour I Like Them, on a ce mélange de guitare et d’esprit clubbing crade. On notera aussi le titre Smoke The Herb où I Am Un Chien!! s’abandonne dans les méandres d’une voix Ragga et des beats plus Drum’n’bass/Breakbeat. On dirait du très bon Freestyler. Je ne saurai donc que trop vous conseiller cette très bonne mixtape gratuite, pour les fans bien sûr, mais aussi pour tous ceux dont les oreilles peuvent apprécier leur “Pop Kaïra”, comme ils disent. Jagunk

Thomas Guillot

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Feloche | Silbo | Label : Ya Basta Records

RJD2 | more is than isn’t

Feloche est un espèce de punk vagabond à la plume poétique qui joue de la mandoline, parle le Silbo (langue sifflée de l’île de la Goméra) et vit à Paris. On peut retrouver ce savant métissage dans ce dernier album qui recèle de nombreux trésors rapportés de voyages. On passe de l’île de la Gomera à New-York avec Roxanne Shanté, figure féminine du hip-hop. On se perd dans les Balkans avec Rona Hartner (chanteuse franco-roumaine) sur la chanson Mythologie, qui évoque la Grèce. Puis il nous plonge dans la littérature Russe avec Je ne mange pas 6 jours aux sonorités électro savoureuses. Rien ne lui semble impossible et le drôle d’oiseau fait même jouer un orchestre de mandoline sur le titre A la légère. On aime L’origine aux aspirations plus rock ou encore Pax Optika “une chanson de graphiste” comme il le dit luimême. C’est avec humour, poésie et folie que Feloche nous invite à le suivre dans son univers haut en couleur, alors ouvrez la porte au voyageur et laissez-le vous transporter hors les murs. Sarah

Apparu dans les années 2000, RJD2 a su prouver depuis qu’il était capable de modeler à sa guise un Hip Hop riche comme une symphonie et suave comme un tube Funk Soul de l’ère Motown. “More Is Than Isn’t” son 5ème album ne rompt pas avec les traditions. Encore une fois le jeune musicien, devenu papa, nous délivre une grande démonstration de son talent en coordonnant à la perfection samples imparables et rythmiques en avalanche. Les claviers fournissent la touche rétro nostalgique parfois explosive, parfois psychédélique et les lignes de basse sont plus groovy que jamais. Ce dénominateur commun dans le travail de RJD2 pourrait à lui seul expliquer son succès. Le DJ toujours capable de conter de grandioses histoires à travers ses compositions instrumentales sait aussi comment surprendre son audience au détour d’un couplet. Comme souvent il a choisi de collaborer avec quelques voix connues pour enrichir certains titres. On retiendra notamment le très classe See You Leave en featuring avec STS (The Roots). En tissant sa toile entre les univers qu’il affectionne, et en puisant dans la musique la plus évocatrice qui soit, on suit chaque titre comme un film qui se déroulerait dans le subconscient de l’artiste. Si James Bond était cool, ou black, il écouterait cet album en boucle. Les 16 titres s’enchaînent et s’imbriquent comme un mash-up des meilleures scènes d’Hollywood. Les cascades, les émotions, tout y est. Teddy

danny brown | old | Label : Fools Gold Ce que Danny Brown a de plus que les autres gangsters ? Un cœur sensible et un esprit intelligent. Son histoire de dealer du ghetto de Détroit ne s’arrangera pas avec le succès, l’argent ou les filles et il le sait. Son mal est profondément ancré en lui  : fuyant son passé, il exploite son temps à écrire et à se détruire le cerveau pour stopper ses pensées. C’est ce qu’il raconte dans ce troisième album, son premier à ne pas être autoproduit (ce qui ne l’empêche pas de le partager gratuitement sur la toile). Ses paroles sont crues et il ne fantasme pas sur sa réussite : il raconte les putes, les junkies et toute la merde qu’il a vu. Torturé, cramé, hanté par son passé, Danny Brown est authentique et provocateur. Mais l’album ne s’arrête pas à l’histoire qu’il raconte ; le son est tout aussi intéressant. Après ces deux premières sorties, des hordes d’internautes attendaient ce CD le pouce en l’air et le rappeur, malgré la pression, a su proposer quelque chose d’aussi accessible que profondément underground. Side B (Dope Song), aussi épique que psychotique, Torture, et ses sub basses balourdes, Dip le hit beat de l’album : chacun des titres explore les chemins de traverse entre Bass Music et Hip-Hop avec style. Il faut dire que Brown n’a pas eu de mal à s’entourer  : A$ap Rocky, Freddie Gibbs, Scrufizzer, Purity Ring (dont on aurait pu se passer) et d’autres ont répondu présent pour l’assister derrière le mic mais aussi Rustie, SKYWLKR, A-Trak et Dark E. Freaker à la production. Danny Brown ne s’éparpille pas pour autant, évoluant sans peine dans ces ambiances malsaines et ces évocations souillées qui font l’homogénéité de son art. Et s’il fallait un argument de plus, ce serait son flow démentiel. Anto

| Label : RJ’s Electrical Connections

fumuj | fumuj | Label : indé Fumuj nous revient en cette fin d’année 2013 avec “Fumuj”, album éponyme, qui n’a rien d’un retour aux sources. Le virage Rock/ Noise est maintenant pleinement assumé, notamment avec l’arrivée du batteur de The Sleeppers, Fred Girard. Romain Pasquier migre donc aux machines, assurant des sonorités électro bien vite supplantées par les embardées hardcore de la guitare (I pledge allegiance). Et c’est ce qu’on pourrait regretter dans ce nouvel album : une saturation un peu trop présente, surlignée par une batterie qui préfère souvent la dureté et l’énergie rocailleuses à la souplesse du Hip-Hop. Le flow de MC Miscellaneous reste cependant très présent, comme sur Breathless ou Aroma, et invite plusieurs voix, dont Shanti D (High Tone, OBF Sound System…) à se joindre à la partie. Si ce tournant Noise sombre et agressif peut rendre nostalgique des envolées Dub/Trip-Hop de leurs deux premiers albums, les tourangeaux nous livrent, dans la lignée de “Drop a Three”, quelques très beaux morceaux, comme l’excellent   Zombies. Dernier bémol avec Flower Fable, à la mélancolie touchante et aux bonnes parts de chant, mais qui semble assez formaté pour la promo. Les premières dates arrivent dans la foulée de la sortie de l’album, le 12 novembre, et là, Fumuj devrait, à son habitude, nous servir un spectacle sonore et visuel de haute facture. Léo

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live reports Shout out louds + pethrol + yeast

S

oirée pop ce soir au Marché Gare avec le retour à Lyon des suédois de Shout Out Louds, trois ans après leur dernier passage ici même. Avant de découvrir sur scène leur nouvel album, Optica, place à deux groupes lyonnais : Yeast, ex Yeasty kids, et Pethrol. Les premiers viennent nous présenter les titres de leur futur EP prévu pour novembre prochain. Toujours aussi pop et avec une pointe d’électro, les quatre lyonnais font danser le Marché Gare avec succès ! Puis le duo batterie/machines Pethrol investit la scène, en jouant des titres bien plus trip-hop. Beaucoup d’effervescence autour de

Marché gare | LYON | 09/10/2013 Texte & photos par kymmo

ce duo, un live vraiment bien construit et très efficace, à suivre avec attention ! Lorsque Shout Out Louds débarque, même s’il y a moins de monde présent que lors de leur dernière venue, l’enthousiasme du public est bien là! Le concert de ce soir fait bien sûr la part belle au dernier opus du combo Suedois, avec quelques excellents titres comme Sugar, 14th of July ou encore Chasing The Sinking Sun. Le groupe commence son set plutôt en douceur, puis au fil du concert, il se déride un peu et lance vraiment les hostilités avec quelques titres plus anciens, comme Fall Hard ou Impossible. Après une dizaine de titres, voici déjà l’heure du rappel avec deux morceaux incontournables, Walls suivi de Please Please Please, de quoi bien finir cette soirée !

Swing at the Top #3 :

Le SUCRE | LYON | 03/10/2013 Texte & photos par kymmo

Born Ruffians + Griefjoy À l’occasion de la biennale d’art contemporain, l’agence Vinaigrette et Grolsch nous emmène au Sucre pour une soirée riche en émotions. Au programme une expoconcert, huit artistes, le tout autour de la musique, de l’art et de la gastronomie. Le rendez-vous est donc donné sur le nouveau rooftop Lyonnais à partir de 19h pour commencer la soirée en douceur et ainsi découvrir les différentes œuvres dispersées sur le lieu. Niveau son on commence à se mettre dans le bain doucement avec le mix soul de Magic Faby, puis Charles V se lance pour un mix plus électro. Après presque 2h30 de Warm-up, place au groupe qui fait le buzz en ce moment, Griefjoy ! Très attendus après la sortie récente de leur excellent premier album, les quatre Niçois nous présentent sur scène tous leurs nouveaux titres oscillants entre pop efficace et électro léchée.

Le groupe met le feu au Sucre et on se rend vite compte de leur potentiel sur scène et en studio notamment avec des titres comme Taste me ou encore Touch Ground. Une bonne heure de concert s’est écoulée, le quatuor laisse place à la pop brillante des canadiens de Born Ruffians. Mené d’une main de maître par un Luke Lalonde en grande forme, Born Ruffians nous balance une grande partie des titres de leur troisième album, Birthmarks. Malgré un public un peu moins présent, l’ambiance est bien là et la pop malicieuse des quatre canadiens fait vite virevolter le Sucre. Après ces deux excellents lives, pour ceux qui ont encore un peu de force, un dernier petit retour de Charles V conclu la soirée.

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Le SUCRE | LYON | 09/10/2013 Texte par anto / photo par Sidney Krauch

KINK + mush + actress C

e n’est pas la première fois que le Bulgare vient à Lyon à l’initiative de Ed’n’Legs : ça fait même un an jour pour jour. Le public n’a pas fait défaut et s’est déplacé en masse, au Sucre cette fois, pour un live mémorable. Chauffée par un très bon set vinyle de Mush, patron du label stéphanois Sharivari, la salle était plus que prête à accueillir Kink. Dès le passage de relais, il annonce la couleur : potards en main, il improvise sur le dernier titre de Mush avec une aisance bluffante. Le live qui s’en suit ne dément pas la réputation du Bulgare  : il module les sons comme un athlète surferait sur une

vague. Et s’il est parfois dépassé par la puissance de ses machines, ses écarts sont le zeste d’imperfection qui humanisent sa musique mécanique et font toute sa poésie. Le sourire jusqu’aux oreilles, Kink transpire la bonne humeur et inspire la sympathie. Partageur, il tend même ses contrôleurs au premier rang qui se rue pour participer au show : une fois leurs doigts sur les boutons, les sons s’affolent et Kink, en maître du jeu, improvise et harmonise le tout. Hochant le haut du corps synchro sur le beat, il semble prendre un vrai plaisir à être là et réinvente chacun de ses morceaux sur le moment, multipliant les expérimentations. L’artiste propose un véritable échange et fait voyager d’une influence à l’autre, avec des touches de Dub, de Bass Music, de House et de Techno. Cette performance marquante prend fin avec Actress : le jeune producteur avant-gardiste joue une carte encore plus expérimentale, sans aucun doute moins dansante, mais tout aussi intéressante.

Club Transbo | LYON | 29/09/2013 Texte & photos par kymmo

The Dillinger Escape Plan

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our être sûr de repartir du bon pied lundi matin, tapons dans le lourd avec les Américains de Dillinger Escape Plan! Pour faire monter la pression tout doucement, place aux Australiens de Circles et à leur métal moderne et efficace. Mais la vraie découverte de la soirée arrive juste après avec le combo Anglais de Post-rock instrumental : Maybeshewill. La musique du groupe mêle allègrement claviers, sons électroniques et guitares électriques acérées et se caractérise par une grande complexité technique et mélodique, leur donnant une certaine ampleur sur scène. Après ce petit réveil dominical fort agréable, place aux choses sérieuses, le club Transbo est plein à craquer et le devant de scène est plus que dense, tout le monde est dans les starting

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blocks, prêts à sauter dans tout les sens dès les premières notes de guitare. Ca y est les lumières s’éteignent, les stroboscopes se mettent en route et la bande de Greg Puciato déboule sur la scène du club pour tout retourner. Les Américains viennent nous présenter leur nouvel opus “One of us is the killer”. Toujours aussi inclassable, leur musique est à la fois violente, technique et indomptable, entre hardcore et mathrock. La foule se délecte des nouveaux titres de Dillinger Escape Plan et se déchaîne tout au long du set. Comme à son habitude, le groupe nous gratifie d’une prestation scénique très intense sans cesse étoffée par Greg Puciato et Ben Weinman. Le second passant même une grande partie de concert dans le public avec sa guitare, rendant fou tout le public lyonnais.


DISCUSSION

DJ FLY

Au Vox, Lyon 11/10/2013. Par Anto / Photos : Kymmo

F

ly est passé de petit DJ lyonnais à star internationale en un rien de temps. Cette année, il décroche pour la seconde fois le titre de champion du monde au DMC, la compétition qui a révélé Birdy Nam Nam et C2C. Aujourd’hui, il n’a plus rien à prouver et compte partager sa passion à travers le live, mais aussi ses futures sorties. ZYVA : Commençons par le commencement : comment as-tu rencontré l’univers du scratch ? Dj Fly : Ma première approche ça a été à travers le mouvement hip-hop. J’ai commencé dans cette discipline en tant que graffeur, et j’ai vite rencontré les autres graffeurs du coin, dont un qui avait des platines vinyles et scratchouillait un peu. J’ai testé et depuis... j’ai pas lâché  ! C’était en 98, j’avais 15 ans. C’était mon petit hobby après l’école. Le scratch au début c’est quand même assez complexe mais dès que tu arrives à faire deux trois trucs ça devient intéressant et tu commences à prendre du plaisir. En bossant la technique, au fur et à mesure, je me suis impliqué de plus en plus. En 2000 j’ai enfin investi dans des vrais platines, les légendes Technics MK2. Et là j’ai commencé à m’orienter personnellement : j’avais le choix entre un parcours sportif, ou me mettre à fond dans le Djing. J’ai choisi la deuxième option ! Z. : Tes débuts c’était où ? F. : Au départ, j’étais DJ résident dans un petit pub sur Lyon. C’était ma première expérience en tant que DJ de “boîte de nuit”  et je faisais un peu tout et n’importe quoi ! Mon cœur était déjà hip-hop, mais c’était un petit peu compliqué car c’était une boîte généraliste. Mais bon, je jouais le jeu, c’était une belle opportunité – j’avais 17 ans donc c’était un peu limite niveau légal ! Ça été une très bonne expérience et suite à ça je me suis construit un réseau autour du hip-hop, j’ai commencé à faire des soirées plus ciblées. En parallèle, je bossais tout le temps le scratch – enfin, la technique, scratch et passe-

passe – dans le but de faire les DMC que je regardais en vidéo en boucle chez moi pour apprendre. À l’époque, y avait pas internet, c’était pas si facile que ça ! Z. : DMC que tu as remporté plusieurs fois depuis ! F. : Ouais  ! J’ai commencé les premières compèt’ en 2004, avec la coupe de France : par équipe avec Scratch Bandits Crew et en individuel dans un format de battle. Bon le battle, je ne sais plus combien j’ai terminé, j’étais pas dernier quoi... mais avec Scratch Bandits Crew on a gagné la coupe de France. Suite à ça il y a eu les championnats de France, je crois que j’ai fais 5e la première fois. D’année en année, j’ai commencé à gravir, à gratter un peu des places. En 2006 j’ai fait vice-champion de France derrière Netik qui était champion du monde : là je me suis dit que c’était quand même cool ! Puis 2007 j’ai décroché mon premier titre : c’était ma carte d’entrée pour les championnats du monde, c’était émouvant, c’était un rêve qui se réalisait ! Surtout que ça se passait à Nantes et il y avait pFel des C2C. Lui est de Nantes, il avait son public et je l’ai battu... de pas grand chose, mais c’était un bel exploit ! Enfin, en 2008 je refais champion de France et j’emporte le championnat du monde ! À partir de là... bah quand t’es champion du monde les portes s’ouvrent à l’international donc... Z. : T’as beaucoup tourné ? Ouais ! Pas mal en Asie - enfin, surtout la Chine - et aussi beaucoup en Europe. Puis le Canada et les États-Unis.

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Z. : Sacré expérience ! F. : Oui, surtout quand tu t’y attends pas ! Je parle pas du titre de champion mais vraiment l’après : il y a toute l’étape où on construit, on est concentré sur notre show et on pense pas à l’après. Je pouvais pas me dire “qu’est-ce que je vais faire après si je suis champion du monde”... J’étais concentré sur l’objectif et je me disais “on verra bien !”. Du coup tout m’est tombé sur les épaules après ! Je veux dire que passer de petit DJ à Lyon à champion international d’un coup ça fait un gros chamboulement et il y a de l’appréhension sur comment ça se passera à l’étranger. Au final c’est que des bonnes expériences. Avec du recul je me rend compte de la chance que j’ai de vivre de cette passion  ! Je voyage pour cette passion et je suis payé pour le faire... c’est quand même super cool ! Z. : Qu’est ce qui s’est passé ensuite ? F. : Comme j’avais pas mal de propositions solo, forcément, j’ai mis un petit peu le crew de côté même si on bosse toujours ensemble : je suis sur leur album, ils sont sur l’EP. J’ai donc continué à mixer à faire mes trucs jusqu’à ce que je rencontre l’Animalerie, entre autres Oster et Anto...

“le truc qui est cool avec l’Animalerie c’est qu’il y a une ouverture musicale qui ne s’arrête pas juste au hip-hop, ils peuvent rapper sur de l’électro ou de la drum.” Z. : ... Qui est dans ton clip d’ailleurs ! (rires) F. : Exactement ! Le BACqueu ! (rires) Le coup de cœur s’est fait rapidement avec Anto du fait... bah qu’il vienne du mouvement graffiti comme moi. Et puis, musicalement, je me retrouvais comme quand j’écoutais des disques de rap français à l’époque, en 98. Je retrouvais cette sensation et aujourd’hui je prend énormément plaisir à jouer avec lui parce que ça me renvoie indirectement ce que j’ai pu écouter, à une certaine atmosphère. En plus, j’avais un peu décroché tu vois, j’étais parti un peu sur le réseau electro – ce que je continue à faire – mais en même temps le truc qui est cool avec l’Animalerie c’est qu’il y a une ouverture musicale qui ne s’arrête pas juste au hip-hop, ils peuvent rapper sur de l’électro ou de la drum. Sur tout et n’importe quoi en fait ! C’est l’accroche qui fait qu’on prend énormément de plaisir à faire du son et ils commencent à avoir une reconnaissance là dessus. Donc je continue ces projets avec eux et je commence à faire pas mal de showcases, ou jury pour d’autres championnats. Z. : Avec Sennheiser (marque d’équipement audio) ? F. : Ouais. Bah Sennheiser c’est un sponsoring qui m’a

vraiment aidé au niveau matériel, déjà. Et puis ils m’ont permis d’avoir de la visibilité au niveau international en organisant des événements. C’est vrai que la suite du championnat du monde c’est aussi une porte qui s’ouvre pour les marques. C’est quand même important, c’est un peu le Père Noël quand t’es DJ. Je vais pas dire que t’as tout le matos que tu veux mais... à travers le matériel qu’ils me donnent – parce que c’est que du matériel au final– je sens un vrai support, ils sont à mon écoute. Par exemple quand je leur dis que j’aimerais bien un truc, genre un casque comme ci ou comme ça, ils me font “oui t’inquiète pas”. Tu as le casque, tu l’essayes et tu dis ce que t’en penses : pour eux c’est important aussi que je fasse un retour derrière. Z. : C’est cool  ! Et du coup rebelotte pour les DMC cette année. Pourquoi ? 2013 F. : De 2008 à 2011, j’ai fais - Champion du Monde DMC beaucoup showcases, beau- Champion de France DMC coup de choses et l’envie me reprenait de faire les DMC. Ça 2012 me démangeait, je savais pas - Elu “World’s Greatest DJ trop s’il fallait que j’y retourne, Performance” parce qu’après le titre de cham- 2008 pion du monde de 2008 j’ai - Champion du Monde DMC pas remis le couvert, j’ai pas - Champion de France DMC défendu mon titre. C’est vrai 2007 que c’était un peu compliqué, - 3ème au Championnat du j’étais beaucoup sollicité  : il y Monde DMC avait les tournées, les shows... - Champion de France DMC Je pouvais pas être concentré, - Vainqueur de la coupe de ça demande quand même de France DMC en catégorie beat la préparation. Mais en 2013 juggling rebelotte ! Au départ j’étais pro- - Vainqueur de la coupe de grammé pour faire jury là bas. Et France DMC 2007 en catégopuis à partir de juin je commen- rie battle çais vraiment à me dire que je 2006 voulais arriver avec un truc neuf, - Vainqueur de la coupe de parce que j’aime bien me réac- France DMC en catégorie beat tualiser. Donc j’ai commencé à juggling bosser sur un truc plus person- - Vainqueur de la coupe de nel, pas forcément technique… France DMC en catégorie enfin si quand même technique battle mais en essayant d’appuyer le - Vice-champion de France côté musical pour qu’à la fois DMC les geeks du scratch kiffent mais aussi qu’un mec lambda puisse s’y retrouver. J’ai montré ce que j’ai fais à des potes sur internet, des potes qui sont un peu actuels, à jour sur le réseaux turntablism, parce que... je me posais des questions ! Au bout de 5 ans est-ce que je suis encore dans le game ? Est-ce que je suis encore au niveau ? Et eux ils m’ont dit “tu devrais faire le championnat”. Donc voilà, beaucoup de doute, j’ai hésité... Je partais pour gagner déjà, pas “tranquille on réessaie”. Et avec le but d’apporter quelque chose de nouveau, de pas faire du réchauffé. Du coup trois jours avant je me suis motivé et je l’ai fait !

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Palmares


“Je vais avoir des choses à raconter à mes enfants ! Au final tous ces titres c’est une forme de reconnaissance. C’est se dire que le travail paie.” Z. : Et ça a marché ! F. : J’ai gagné. À savoir qu’en 2011, j’ai gagné le titre de Greatest DMC Performer... Z. : Décerné par le public ? F. : C’est ça, c’est le public qui décide du meilleur show de l’histoire du DMC toutes catégories confondues. Y’avait à la fois des C2C, Birdy Nam Nam... et voilà sur le coup je m’en rendais pas compte mais avec du recul je me dis quand même, devant Q-Bert, devant Craze ! Après c’est un peu compliqué de juger entre une équipe et un solo, et même des époques : c’est pas les même influences, il y a d’autres techniques. Mais bon j’ai gagné c’est cool ! Z. : Ça te fait quoi tout ça, ça change quoi, outre les portes qui s’ouvrent au niveau pro ? F. : Je vais avoir des choses à raconter à mes enfants ! Au final tous ces titres c’est une forme de reconnaissance. C’est se dire que le travail paie. Toute l’énergie que j’ai fourni et … je vais pas dire les sacrifices mais plutôt les concessions que j’ai faites pour cette passion, au final ça a porté. Va dire à tes parents quand t’es gamin que tu veux faire DJ... “C’est pas un métier ça !” (rires) Y a des périodes de doutes forcément. Mais c’est très vite devenu une passion et j’avais envie d’approfondir le plus loin possible - jusqu’à ce que ça me soûle ou autre chose – mais il y a un vraiment un côté passionnel. C’est cool et en même temps ces trophées, pour les gens qui m’ont accompagné dans cette démarche, mes proches, ma famille, bah ils peuvent s’y retrouver aussi et assister à cette évolution. C’est du partage en fait ! Z. : On te cache pas que nous on est fan de tes mixtapes. Subway Connection entre autres, avec le son du métro au début. Y a en a de nouvelles de prévues ? F. : Ah c’est cool ça ! Bah c’est pas encore abouti, c’est pas sorti, mais y a un album de prévu pour le printemps 2014 je pense. Je veux taffer dessus mais pas faire comme tout le monde et remettre les tracks de l’EP – ou alors peut-être juste Les Pentes parce que symboliquement... c’est un morceau que j’ai fait avec le cœur et qui en plus marche. Sinon pour les mixtapes, il y aura une spéciale Animalerie qui devrait sortir rapidement, à la cool. Et puis d’autres mix. C’est sûr, je continuerai à en faire quoiqu’il en soit ! Ça demande du temps surtout depuis que je suis champion. Je me plains pas hein, c’est le retour des choses, c’est que du bonheur !

Z. : Je me demandais d’ailleurs comment tu bosses, comment tu produis ? F. : Y a eu plein d’évolutions. Au départ ma première approche c’était quand je travaillais avec Scracth Bandit Crew : chacun apportait son petit grain et je commençais sur des logiciels standards, Acid Pro, Reason et des trucs comme ça. Là je travaille essentiellement avec Ableton tout en touchant un peu à tout. Mais à partir du moment où - du moins je le vois comme ça - tu as des bases de productions sur un logiciel, si tu changes tu dois réapprendre à t’en servir et il y a une frustration à ne pas pouvoir retranscrire une idée sur le moment. Pour faire basique : tu veux monter le son et tu trouves pas comment. Alors je reste sur ce que je connais ! Z. : Sur scène il y a une part de live, d’improvisation ? F. : Il y a deux aspects : les Dj sets et les lives. Les lives, je joue mes compos - comme les Birdy ou C2C sauf que je suis tout seul, c’est un petit peu plus complexe ! (rires) Et sur les Dj sets, comme en général tu passes le son des autres, je me fais bien chier à faire des enchaînement rythmiques - c’est la base du Djing - mais aussi harmoniques. Et pour ça je fais ce qu’on appelle les ReEdit : c’est à dire que je retravaille les morceaux, l’intro par exemple, de manière à pouvoir l’enchaîner le plus fluide possible. Donc je travaille beaucoup là dessus, quitte à re-scracther des éléments, comme sur Down The Road de C2C où je rejoue l’intro à la platine. En plus

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c’est des copains, c’est marrant. Et en fait ça amène une dimension de live, de créa’ technique sur un morceau que tout le monde connaît en gros. Sur mon live, avec mes compos, là forcément tout est ré-édité et je vais pouvoir scratcher la basse, les voix, et créer via la table de mix des éléments. Tout le set se fait comme ça et ça dure une heure.

un soir où je mixais et il y avait Sidney de H.I.P H.O.P., j’avais joué un set très electro – en une heure j’avais passé aucun son de rap [...] il me fait “franchement c’est une des soirées les plus hip-hop que j’ai passé !” Z. : Du coup si on veut te voir à Lyon c’est pour quand ? F. : Il y a le 5 décembre au Sucre. À la base on devait faire une release party pour l’EP, mais bon ça sera un peu éloigné. Il y aura l’Animalerie, Scratch Bandit Crew et a priori Chip des Gourmets. Ça devrait être une très bonne soirée, dans un bon esprit. Z. : Tu peux m’en dire un peu plus sur cet EP ? Y a Les pentes dessus tu disais ? F. : Oui ! En fait, c’est un EP qui regroupe beaucoup de styles différents  : le morceau Insolite est hip-hop electro et je scratch sur la voix d’Anto, y a des morceaux avec une influence dubstep/trap, il y a Les pentes qui est hip-hop mais avec plus d’émotion, y a un morceau qui s’appelle Keep On... Enfin voilà, il y a plein de styles. Ça a été compliqué de le ranger en rayon d’ailleurs, finalement on l’a mis dans Electro, je crois que c’est un peu le fourre-tout en ce moment dans les bacs. Mais bon ça correspond à ce que j’écoute et mes influences, j’ai du mal à rester que sur un style de musique. Quand je commençais c’était que hip-hop dans ma tête mais au fur et à mesure, avec des échanges et peut-être la maturité aussi, je me suis vraiment ouvert musicalement. J’écoute de tout - pas TOUT mais bien DE tout. Et ça se ressent en live comme en Dj Set, ça peut passer des Bérus à des trucs plus vénères ou du RJD2. Y a pas de frontières. Ça m’avait fait plaisir, il y a quelques années, un soir où je mixais et il y avait Sidney de H.I.P H.O.P., j’avais joué un set très electro – en une heure j’avais passé aucun son de rap - et Sidney est venu me voir à la fin et il me fait “franchement c’est une des soirées les plus hip-hop que j’ai passé !”. C’est l’énergie en fait. En soi je suis un Dj hip hop, mais dans l’énergie, dans le partage.

F. : Ouais ! En 2008, il y avait une date programmée au Transbo, avec DJ Premier et Dj Q-Bert. Je devais faire une petite prestation et entre deux j’apprends que j’étais champion du monde. Et il y a eu l’opportunité de faire une session scratch avec Q-Bert. Donc je vais le voir la veille à l’hôtel et je lui propose de venir scracther chez moi, il me dit “pas de soucis je fais une petite sieste”. Et il débarque ! Q-Bert à la maison ! Qui est quand même un tueur en scratch. C’est lui qui a inventé quasiment toutes les techniques de scratch que ce soit old school ou actuel : il a fait vraiment du bien à la scratch music ! Et du coup on s’est fait une grosse session. C’est quelqu’un de très généreux, dans le partage. Il est pas arrivé en envoyant toute la purée d’un coup genre “je suis le meilleur, regarde”. Je l’ai trouvé très simple et très humble. On scratchouillait et on discutait, à tel point qu’à un moment j’avais l’impression que c’était mon pote d’enfance. Je voulais envoyer mes meilleurs trucs et je me suis vite rendu compte qu’en fait il y avait rien à prouver. C’était vraiment du partage, c’est une rencontre qui m’a marquée ! Après y en a eu plein d’autres des bonnes expériences, des scènes comme Place des Terreaux pour De La Soul... Symboliquement c’était cool, c’est à la maison et puis c’était blindé de monde ! Z. : Tu as dis par rapport à Q-Bert que t’avais rien à prouver, juste à partager. T’en es pas là finalement aujourd’hui ? F. : Si, je pense qu’aujourd’hui je vraiment envie de partager ma passion, ma musique. Parce que ça dégage des émotions. Après y a des gens qui sont pas réceptifs, on peut pas aller contre mais si je peux toucher les gens à travers ce que je fais c’est génial. Me sentir soutenu, ça me pousse énormément à être productif et à donner encore plus que ce que je reçois. C’est aussi ce que je ressens sur scène ou même à travers les réseaux sociaux : j’ai envie d’être généreux quoi ! Le titre d’un groupe ou d’un artiste qui pourrait vous représenter vous ou votre musique : La BO de Léon, de Eric Serra Une musique de film forcément, parce que j’en écoute beaucoup, et c’est aussi le sample de Les Pentes.

Z. : En parlant de partage, t’as partagé pas mal de scènes avec d’autres artistes : y a un souvenir marquant en particulier que tu veux nous raconter ?

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Insolite EP + d’infos : www.osterlapwass.fr


Frederieck Bosch

DISCUSSION

Transbordeur, Lyon Le 04/10/2013 Par Etienne

C

’était sans doute l’événement de la rentrée pour beaucoup d’entre nous : la venue d’I Am Legion, réunissant les producteurs hollandais de Noisia et les gangsters londoniens de Foreign Beggars, a marqué les esprits. Au sommet de leur gloire, ils nous ont parlé d’eux, de leurs projets et du kiffe interdimensionnel que représente leur aventure.

Z : Vous n’en êtes pas à votre premier passage en France ou au Transbordeur. Quelle est votre vision de la scène Bass et du public français ? OV : C’est fou mec. Je sais qu’il y a une bonne scène drum’n’bass à Lyon depuis un moment. Je sais qu’ils sont au fait de la bass music underground. J’adore jouer en France, ça fait 2 ans qu’on vient jouer ici et les concerts ont été déments. Thijs : Carrément, pareil pour nous. Il y a genre un an, on a joué à une soirée Totaal Rez avec Funtcase et Joker, c’était cool. Martijn : On a toujours eu un bon accueil et on s’est souvent croisés en étant bookés sur les mêmes festivals. Thijs : C’est génial qu’on puisse faire un show intégral ensemble et que nous ayons fait cet album. Plutôt que de faire un set Noisia et un set Foreign Beggars. Cosmo : C’est le premier live de I Am Legion en France, d’ailleurs ! Z : Vous venez de passer par l’Apolo à Barcelone et le Rock Hall au Luxembourg : comment ça s’est passé ? Thijs : Bien, on était dans un endroit fou au Luxembourg mais c’était pas surchargé. OV : L’environnement du Rock Hall était très pro... Comme ici. Cosmo : Ouais, c’est le plus simple pour l’instant... Z : Pourquoi ? Vous avez souvent des galères ? OV : Je veux pas en parler. Thijs : C’est la première fois que l’on fait partie de l’organisation sur un live. On amène nos propres lumières, nos vidéoprojecteurs... On est pas trop expérimentés dans ce domaine et on doit faire en sorte que ça s’adapte au lieu, qui change tous les soirs. On passe genre trois heures la dessus. Mais cette fois c’était plus facile.

OV : Ouais on a encore du taff. Z : Vous voyez des possibilités d’améliorer le show au fil de la tournée ? Cosmo : Non, le show est construit et ne bouge pas. Mais on doit quand même prendre certaines choses en considération selon la configuration de la scène. Thijs : Ouais la musique est impec, ce qui change c’est l’installation : où accrocher les projos, combien de lumières on peut utiliser... Z : Ça ne vous manque pas un peu les set-ups plus simples ? Cosmo : Non, on adore ça. Je dirais pas que plus c’est gros mieux c’est, mais on a fait un album et trouvé une manière de le présenter aux gens dans un format live. C’est vraiment cool d’avoir une équipe qui se dédie vraiment à ça. Au final l’univers qu’on a voulu faire passer est totalement retranscrit. Thijs : Ouais, c’est vraiment bien de pouvoir contrôler l’aspect visuel en plus de la musique. OV : Il y a de la mode aussi, ce qu’on porte sur scène a été créé tout spécialement par Vinti Andrews (http:// vintiandrews.com) Cosmo : J’ai pas encore vu d’images de nos lives mais j’adorerais voir à quoi ça ressemble de l’autre côté. Martjin : On filme ce soir, ça va être cool. Moi ce que j’aime, c’est l’équilibre qui règne, tout le monde fait son truc et on ne se marche pas dessus. Z : D’ailleurs quel rôle a chacun sur scène ? Visiblement OV et Cosmo sont au mic - et vous ? Martijn : Thijs joue le gros de la musique, il applique les effets aux pistes principales, Nick s’occupe du visuel en contrôlant les écrans et les lumières sur scène. Et moi je rajoute des couches de son en gros, du clavier, soutenir

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les vocaux... On a 4, parfois 5, micros sur scène.

Joris CLP

Z : L’album a été conçu avec ce show en tête ou c’est quelque chose que vous avez conçu plus tard ? Cosmo : Non, on a juste été en studio, on a enregistré, on s’est amusé, on a expérimenté... Au début on était même pas sûrs de faire un album. Nick : Au bout d’un moment on commençait à avoir un tas de musiques... OV : Il y a aussi des trucs qu’on fait en live que j’m’attendais pas à faire. Nick : Ensuite on a pensé à la tournée - on a fait tout l’album à l’exception d’un son, “Stresses Part 1”. Martijn : C’est plutôt bizarre d’ailleurs, il défonce ! Cosmo : Ouais, il est fou on pourrait le mettre.

Cosmo : C’est une citation de la Bible. On le prend comme “we are legion”, on apporte quelque chose de différent.

“On pensait que ce serait plus intéressant de s’intéresser à l’univers des autres et voir ce qui peut en sortir.”

Z : L’album a mis cinq ans à voir le jour, comment il sonne pour vous aujourd’hui ? OV : On en est très fier. Bien qu’on ait enregistré pendant longtemps on a terminé la plupart des sons lors des derniers mois. Je suis content du résultat, un bon mélange de musique électronique et de hip-hop - du moins celui qu’on aime. Thijs : Si on devait refaire un album ensemble, je pense que les sons se ressembleraient, avec la même ambiance générale. OV : En plus profond. Beaucoup plus. Avec des gros lyrics. Parce que la musique qu’on fait est intègre, on fait ça parce que c’est ce qu’on aime. On pense que ça marche sur le dancefloor et sur une scène. On a créé quelque chose que seul FB et Noisia peuvent vous faire voir. Il commence à y avoir du challenge, le prochain album devrait être plus profond. Z : Comment sommes-nous cencé considérer I Am Legion ? C’est un groupe, une collaboration ? OV : C’est un groupe ! Martijn : On ne dit pas qu’on VA faire un autre album. Mais vu la tournure que les choses prennent c’est très vraisemblable qu’on refasse des choses ensemble. Et le fait que nous ayons désormais un nom commun facilitera les choses ! Mais on ne va pas arrêter de travailler avec d’autres gens. OV : La prochaine étape c’est probablement un album pour Foreign Beggars mais rien de décidé encore. Thijs : Et nous, on a un album à sortir avec Calyx & Teebee ainsi qu’un remix pour Black Sun Empire. Z : “I AM LEGION”, une manière de dire que vous êtes un plus gros groupe maintenant ?

Z : Comment vos compétences complémentaires interviennent dans votre processus de création ? Nick : On travaille chaque partie ensemble en studio, pas comme si on préparait un son et qu’on mettait des lyrics dessus. On pensait que ce serait plus intéressant de s’intéresser à l’univers des autres et voir ce qui peut en sortir. C’est pas juste une question de vocaux et

de beat, je pense. Martijn : Mais ça reste vrai qu’on ne peut pas générer de lyrics avec nos ordinateurs. C’est un dialecte totalement différent. OV : C’est juste des vibes. Z : DJ Nonames (DJ des Foreign Beggars) vous suit sur cette tournée malgré qu’il soit le grand absent de I Am Legion. OV : Foreign Beggars existe toujours et I Am Legion c’est autre chose. Il est avec nous sur cette tournée et a l’opportunité de jouer à presque toutes les représentations. On est ensemble dans le bus, on rigole bien. Z : Vous avez l’air de passer du bon temps jusque là. OV : Totalement. On a déjà tourné ensemble au cours des dix dernières années et ça a toujours été solide. Mais là avec cette tournée européenne c’est incroyable. On a notre PROPRE putain de bus, sérieux. À nous. C’est plaisant. Thijs : On peut dormir dedans, c’est beaucoup mieux que de se réveiller à l’aéroport, entrer et sortir des hôtels etc. On dort ensemble pendant trois semaines, c’est confortable. Cosmo : Ça me plaît mais ce que j’aime par dessus tout c’est le format. On présente un truc qu’on a fait ensemble et dans son intégralité. J’ai pas l’impression qu’on fasse un show mais plutôt qu’on fait une démonstration de ce qu’on fait, en le présentant d’une certaine manière. Parfois j’ai même envie de tout arrêter et de m’épandre sur l’amour que je porte à un beat. Martijn : Oui, avec ce format il y a une notion de vision de groupe. Z : Comment le live a-t-il été accueilli jusqu’ici ? Cosmo : Très bien. Le public répond différemment que lorsque l’on joue un set de Foreign Beggars, avec ce format on obtient une autre attention.

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Noor One

“Les gens voulaient vraiment entendre nos nouveaux sons, pas juste s’éclater.” Z : Vous pensez que c’est plus simple de jouer en Angleterre, où le rap et la bass music sont plus reconnus ? Cosmo : Ouais mais d’un autre côté il s’y passe tellement de trucs ! Là-bas les gens vont voir un show. Thijs : En Angleterre, ça fait aussi parti d’une culture mainstream en mouvement. Ce n’est pas quelque chose d’underground où les gens adorent découvrir les derniers sons. Ce sont surtout des gens qui sortent, boivent, se droguent et essaient de passer un bon moment. Mais il y a des gens que ça intéresse, qui regardent le show. Thijs : Tout à fait, et à Londres la foule était en majorité de cette seconde catégorie. Les gens voulaient vraiment entendre nos nouveaux sons, pas juste s’éclater. Nos deux autres shows étaient dans des plus grands clubs, avec des DJs drum’n’bass et dubstep. Les gens étaient surtout là pour faire la fête. Bien qu’on ait fait le même live ils ont adoré. C’est agréable de jouer un live que les gens undergrounds aimeront et sur lequel on puisse s’amuser et sauter en l’air. Martijn : Dans la plupart des soirées, on a réalisé qu’il n’y avait rien de bien intéressant à regarder sur scène à part un DJ appuyant sur play. Alors les gens ont besoin de danser, de s’éclater. Devant notre show tu n’es pas vraiment obligé de danser, tu as des choses à voir aussi.

2006-2007, on était sur scène et le public nous regardait ! On posait des sons dubstep et grime dans nos sets. Au moment où notre set montait en pression le public nous regardait mollement... Puis au cours de festivals on a eu l’occasion de jouer sur des plus gros systèmes sons et les gens ont commencé à devenir cinglés. Je pense que ça a mis un moment avant que les gens comprennent ce qu’on faisait, mais maintenant c’est clair. Maintenant ils comprennent. Cosmo : Oui ça a pris du temps mais maintenant les gens comprennent qu’ils sont là pour faire la fête. Maintenant ils attendent le moment où ça part et ça tape comme jamais. Fou ! Le titre d’un groupe ou d’un artiste qui pourrait vous représenter vous ou votre musique : Prodigy - Smack My bitch Up Ça pourrait être Cannibal Corpse ou John Frusciante mais Prodigy ça nous correspond à tous !

Z : Et le public français ? Quel est son attitude face à votre son ? OV : Quand on a commencé à faire des shows ici, vers

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I am Legion

Label : Division Recordings

iamlegion.co.uk


through the never :

metallica

D

se lance dans la 3D

ans la série “j’ai adoré mais j’ai rien pigé”, on vous présente “Metallica : Through The Never”, film presque nickel qui aurait voulu proposer un combo parfait entre captation de concert et pure fiction. Le groupe de heavy métal a choisi la 3D et les effets spéciaux et l’expérience est assez réussie. Sans compter que la réalisation a été confiée à Nimrod Antal (Machete, Predators…) spécialiste de l’horreur. Ça s’annonçait bien.

Metallica n’a plus rien à prouver et ne se contente pas d’un projet banal malgré sa notoriété. Through The Never en est la preuve : le groupe choisit d’aller plus loin en ajoutant une dimension cinématographique à son projet. Et chose étonnante : il y eu très peu de communication autour de cette œuvre, quasiment seules des annonces sur les réseaux sociaux. De nombreux fans ont loupé l’info et se sont retrouvés penauds devant leurs cinés, le film n’ayant été programmé qu’une petite semaine. Mais même si c’est une belle surprise musicale, il reste cependant un peu décevant sur le plan cinématographique. L’histoire de base présente un jeune garçon, Trip, chargé de faire toutes sortes de courses pour la grande famille Metallica. Avec sa camionnette rouillée, il est envoyé remplir une tâche supposée simple : rapporter un mystérieux objet indispensable au bon déroulement du concert. Les scènes sont

courtes et plutôt rares, mais cependant suffisantes pour comprendre l’ambiance, faisant écho avec les chansons interprétées. Dans ces moments là c’est l’anarchie et le chaos. Un rapport étroit et réducteur entre métal et fin du monde ? Peu importe, parce que franchement, c’est long  ! L’histoire traîne des pieds, encore et encore, nous laissant légèrement sur notre fin. Frustrant. Côté concert, les captations proposées ont été tournées au Canada lors de deux lives à Vancouver et Edmonton, en 2012. C’est à ce moment là qu’on se prend une bonne grosse claque. Du pur Metallica, avec solo à n’en plus finir et jeux de scène hallucinants. Pour la petite anecdote, pas moins de 24 caméras ont été utilisées pour l’enregistrement des shows. Le groupe a les moyens de faire les choses bien et ne s’en prive pas  : statue de 10m de haut, cercueils en apesanteur, scène à 360 degrés et

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sol ensanglanté… Tout y est pour apprécier l’atmosphère. Les grands classiques font résonance aux images captivantes et on se surprend à taper du pied en rythme. L’envie nous prendrait même de crier, sauter et secouer la tête avec le public. C’est simple : pour peu que le spectateur ait choppé la place centrale de son ciné, la 3D vous téléporte dans un monde parallèle. Les musiciens, filmés sous toutes les coutures, sont devant nous plus vivants et plus proche que jamais. On a l’impression d’être de minuscules insectes voyeurs face aux géants du groupe  : de la dynamite en boite. Parce que finalement voila le coup de maître  : Metallica offre à ses fans un moment privilégié, une opportunité de vivre leur musique autrement. On en ressort en ayant l’impression d’avoir regardé un clip mortel. Sans queue ni tête mais mortel !

DU SON A L’IMAGE

Par Margot Photo par Kymmo


Jeux

Sauras-tu les retrouver les 7 diffĂŠrences ?

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ZYVA MAGAZINE #29  

Discussions avec : Dj Fly, Arnaud Rebotini, I Am Legion, Tachka

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