Zut Strasbourg n°49

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Strasbourg Printemps 2022

Pour de beau


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2022 Prochaines parutions zut–magazine.com

Haguenau et alentours n° 10 fin avril

Hors-série Esch2022 début mai

Hors-série Artisanat n° 4 mi mai

Strasbourg n°50 fin juin


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Les dernières publications

01— Panorama de la musique populaire, Vincent Vanoli | chicmedias éditions 02— ZUT Hors-série, Un seul amour et pour toujours #2 Racing : une passion sans limites 03— Novo, le magazine culturel du Grand Est #64 04— ZUT Strasbourg, magazine trimestriel lifestyle 100% local #49 05— ZAP, Zone d’Architecture Possible, magazine pour l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg #5


Retrouvez toutes nos parutions à La Vitrine

14, rue Sainte-Hélène - Strasbourg shop.chicmedias.com

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06— ZUT Haguenau et alentours / Alsace du Nord, le journal #10 07— PDR, le journal du Port du Rhin #2 08— Smoke, Christophe Meyer | chicmedias éditions 09— Manège Maubeuge, scène nationale, la gazette 10— iTAK, festival transfrontalier - Manège Maubeuge, le programme 11— Arbre ne dit mots, il les chuchote..., Marc Paul Baise | chicmedias éditions

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Zut team Directeur de la publication & de la rédaction Bruno Chibane Administration et gestion Gwenaëlle Lecointe Rédaction en chef Cahier La Cité Sylvia Dubost Rédaction en chef Cahier La Table Cécile Becker Directrice artistique et rédaction en chef Cahier Le Style Myriam Commot-Delon Directeur artistique brokism

Contributeurs Rédacteurs Adèle Augé, Nathalie Bach, Cécile Becker, Célia Blaess, Lucie Chevron, Emmanuel Dosda, Myriam Commot-Delon, Sylvia Dubost, Tatiana Geiselmann, Caroline Lévy, Déborah Liss, JiBé Mathieu, Emma Schneider, Fabrice Voné, Ludivine Weiss Styliste Myriam Commot-Delon

Ce magazine trimestriel est édité par chicmedias 37, rue du Fossé des Treize 67000 Strasbourg +33 (0)3 67 08 20 87 www.chicmedias.com Sàrl au capital de 47 057 euros Tirage : 9000 exemplaires Dépôt légal : avril 2022 SIRET : 509 169 280 00047 ISSN : 1969-0789

Photographes Jésus s. Baptista, Pascal Bastien, Klara Beck, Christoph de Barry, Alexis Delon / Preview, brokism, Thomas Lang, Grégory Massat, Simon Pagès, Christophe Urbain

Ce magazine est entièrement conçu, réalisé et imprimé en Alsace

Manon Debaye

Impression Ott imprimeurs Parc d’activités « Les Pins » 67319 Wasselonne Cedex

Graphisme Séverine Voegeli

Relectures

Diffusion Novéa et Zut Team

Chargée de projets & développement Léonor Anstett

Retouche numérique

Coordination Fabrice Voné

Chargée du développement digital & culture Adèle Augé Commercialisation Léonor Anstett 06 87 33 24 20 Célia Blaess 06 74 62 31 50 Bruno Chibane 06 08 07 99 45 Philippe Schweyer 06 22 44 68 67 Anne Walter 06 65 30 27 34

contact@chicmedias.com ou prenom.nom@chicmedias.com

Illustratreur

Léonor Anstett, Manon Landreau

Abonnements abonnement@chicmedias.com

Emmanuel Van Hecke / Preview Mannequins Irina / Up Models www.upmodels.fr Aziliz Coiffure Alexandre Lesmes / Avila @avilacoiffure Make-up Sophie Renier Stagiaires Bettina Chibane Tanguy Clory Mathilde Koch Manon Landreau Ludivine Weiss

Crédits couverture Photos | Alexis Delon / Preview Mannequin Irina | www.upmodels.fr Studio Photo / Preview 28, rue du Général de Gaulle 67205 Oberhausbergen www.preview.fr


L’économie sociale, le futur de l’Europe Social Economy, the future of Europe | Die Sozialwirtschaft, die Zukunft Europas

Des solutions au service des personnes et de la planète

SOLUTIONS FOR PEOPLE AND THE PLANET | LÖSUNGEN FÜR DIE MENSCHEN UND DEN PLANETEN

economiesociale-futur.eu

MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DES FINANCES ET DE LA RELANCE


Sommaire

12 Tu viens de Stras, toi ? Rachel Lang 14 Éclairer les ténèbres Entretien avec l’écrivaine Fatou Diome 18 Papier culture 20 L’actu Galerie East 22 Strasbourg vu par — Bertrand Gillig — Sacha Vilmar — Jennifer Rein et ­Stéphane Baumgartner — Margaux Lagleize — Ilektra Skouri et ­Matthieu Chaton 30 La tribu Les accros du crossfit

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37 La Cité 38 Le dossier Où est le beau ? 44 Éducation artistique L’enfance de l’art Reportage au cours de ­l’atelier de pratique ­artistique proposé par l’OPS 48 Scènes Lâcher prise Rencontre avec le magicien Étienne Saglio 50 Le métier Les métiers de l’ombre #4 Claude Mathia, régisseur général des Percussions de Strasbourg 52 Culture L’empire des sens Ce printemps, prenons le temps de ressentir les beautés que nous ­révèlent les artistes

60 neue vague Le Troisième Souffle pour L’Odyssée 62 L’actu La Pokop 64 Instant Flash Un apéro avec Alex Lutz


Signature architecturale - Performances énergétiques - Prestations exclusives

PRÉSERVÉ ET SI PROCHE DE TOUT Dans un cadre exceptionnel, situé au coeur d’un espace remarquablement boisé (arbres centenaires) les appartements AERIS se démarquent par leurs généreuses surfaces, prolongées de terrasses exceptionnelles et des prestations exclusives. La griffe nature des architectes Denu & Paradon « La nature est un marqueur fort pour AERIS. C’est pourquoi nous avons travaillé l’implantation, mais aussi la végétalisation de la résidence. Ainsi, l’ajout d’un jardin de pleine terre au cœur de la résidence permet d’instaurer une continuité visuelle entre le front d’arbres et l’espace boisé. Au final, la végétation couvre plus de la moitié de la parcelle d’un hectare. » Christian Paradon Le Parlement européen, le Parc Expo et le quartier d’affaires Archipel Wacken sont à 10 minutes à pied seulement. La cathédrale et la Place Kléber, sont accessibles en 15 minutes à vélo. Les écoles maternelles, primaires et collège se situent à proximité, sur le chemin de l’hôpital de la Robertsau. Le parc de l’Orangerie est à 8 minutes à vélo grace à la piste cyclable au pied de la résidence. DENU & PARADON ARCHITECTES

0800 40 04 62 aeris-strasbourg.fr


Sommaire

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67 Le Style

96 La Table

119 L’Escapade

68 Mode C’est comme ça

97 Le produit L’asperge Blanche ou verte, chaque printemps, elle passe à l’offensive

au Pont Corbeau 120 L’entretien L’heure de la (re)connexion Avec Laurent S ­ inger, directeur du Parc de ­Sainte-Croix

76 Joaillerie L’œil qui brille Pleins feux sur la maison Arthus Bertrand 78 Accessoires La fine fleur des sacs 80 Mode Madame rêve

99 Le dossier Le beau avant le bon À table comme dans l’assiette, c’est l’épure qui prime

125 Le dodo L’aventure à la Robinson au Pays de Sarrebourg

104 Le questionnaire Les stylistes culinaires passent à table

128 L’adresse Le Cheval Blanc à Lembach

88 Beauté Action, réaction

106 Les nouveaux lieux La Planque Glaz Restaurant Bazar(t) TurboBao

130 L’actu Mon petit Strasbourg GR53

90 Mode homme L’élégance discrète

110 La bonne adresse L’âme à table

92 Design

112 Le test Anatomie du croissant La team Zut se penche sur l’ami du petit-déjeuner

86 Portrait Nesibe Yavuz, créatrice de bijoux avec Sibé ­Collective

114 L’actu Au Sanglier Maman est en haut 116 Le QG de Caroline Gomes


13, rue du Vingt-Deux Novembre, Strasbourg www.homecontemporainstrasbourg.fr |

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Tu viens Rachel Lang

de Stras, toi ?

Par Caroline Lévy Photo Christophe Urbain

C’est qui, elle ? Scénariste et réalisatrice, Rachel Lang a fait de son Alsace natale son premier terrain d’expérimentation cinématographique. Entre ses courts et longs métrages, dont le dernier sélectionné au Festival de Cannes, la cinéaste de 38 ans envisage toujours Strasbourg comme une terre refuge propice au tournage. Son parcours strasbourgeois. « Née à Stras­ bourg, j’ai grandi à Bœrsch. Dès l’âge de 7 ans, je venais déjà chaque semaine au conservatoire pour jouer de la flûte traversière ! Après une scolarité au lycée Fustel de Coulanges et des études de philo à l’université Marc-Bloch, j’ai rejoint la Belgique pour suivre une école de cinéma. » Son circuit. « Ce que je préfère c’est me déplacer à Strasbourg en multipliant les moyens de transport ! À pied, en roller, à vélo ou en tram. Tout est optimisé pour faciliter la mobilité et profiter pleinement de la ville. Je n’ai jamais retrouvé cette habitude ailleurs… »

Son QG. « La Schloss, que j’ai arpenté par habitude des années avec ma sempiternelle tisane au citron ! Par hasard, ma cheffe opératrice du son habite en face, c’est un super prétexte pour y retourner quand je suis de passage à Strasbourg ! »

Son rituel de l’époque. « Alors étudiante, j’allais chaque semaine acheter mes harengs à la crème à Kehl ! Je m’y rendais en roller et c’était un vrai kif. Une routine devenue mon activité sportive hebdo. »

Sa gourmandise. « Le Melfor ! J’en ramène dès que je peux. Mais les knacks et le munster sont de loin mes préférences en matière de gastronomie locale. Enfin, après la tarte aux quetsches de ma mère ! »

Son ancrage. « J’ai tourné plusieurs courts métrages à Strasbourg et tenté quelques expérimentations avant mes études de ciné. Mon film Baden Baden a quant à lui été tourné ici dans son intégralité. On y distingue le quartier de ­l’Esplanade et ses tours géométriques ou encore le MAMCS lors d’une expo de Clément ­C ogitore. Ce retour aux sources était comme ­organique. »

Ce qui lui reste ici ? « Ma famille. Je suis aussi marraine du nouveau projet du cinéma municipal (lire aussi page 61), que j’ai d’ailleurs fréquenté quand j’étais jeune. » Son projet alsacien. « Après le film d’espionnage que je suis en train d’écrire, je compte bien me lancer dans une comédie de Noël qui sera forcément tournée... à Strasbourg ! À suivre. »

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Avril | Juin Les spectacles

L’autre saison

Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste

Troupe Avenir #6

Julie de Lespinasse

Faust

Jean Racine, Antonin Artaud | Frank Castorf 6 | 10 avril

Spectacle d’après Changer : méthode Édouard Louis | Jérémy Lirola, Laure Werckmann 22 avril à 20 h | 23 avril à 16 h | Salle Koltès Goethe | Ivan Márquez

CRÉATION AU TNS

Julie de Lespinasse | Christine Letailleur * 25 avril | 5 mai

FaustIn and Out

Les Serpents

Sallinger

Mont Vérité

26 | 30 avril | Espace Grüber | Horaires sur tns.fr

Marie NDiaye * | Jacques Vincey 27 avril | 5 mai

Elfriede Jelinek | Ivan Márquez Bernard-Marie Koltès | Mathilde Waeber SPECTACLES DE L’ÉCOLE DU TNS

Pascal Rambert * 17 | 25 mai

Rencontre avec Marie NDiaye*

Ils nous ont oubliés (La Plâtrière)

Visites guidées du TNS

Superstructure

Sonia Chiambretto | Hubert Colas 8 | 15 juin

14 | 15 mai | Horaires sur tns.fr

Présentation de la Saison 22-23

Lun 20 juin | 20 h | Salle Koltès * Artistes associé·e·s au TNS

TNS Théâtre National de Strasbourg 03 88 24 88 24 | tns.fr | #tns2122

© Jean-Louis Fernandez

Thomas Bernhard | Séverine Chavrier 3 | 11 juin

Ven 6 mai | 19 h | Salle Koltès


Éclairer Propos recueillis par Sylvia Dubost Photos Thomas Lang

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les ténèbres Son dernier livre, sorti au début du printemps, elle le voit comme « une contribution » en cette période électorale et troublante. Avec son franc-parler, son verbe haut, sa plume alerte et surtout ses valeurs humanistes, l’écrivaine stras­ bourgeoise Fatou Diome y fait la chasse aux loups qui sèment la peur et la haine.

Quelle époque vivons-nous ? Nous vivons l’époque où les loups voudraient décréter le crépuscule. Mais je trouve qu’il fait encore beau ! Qui sont ces loups ? Ceux qui font dire à Marianne des choses qui ne se trouvent pas dans sa Constitution, et que je ne retrouve pas chez ceux qui m’accueillent. Ces loups-là inquiètent tous les Français qui ne pensent pas comme eux. Ils inquiètent aussi les enfants adoptifs de Marianne, dont je suis. Sont-ils de plus en plus nombreux, ou hurlent-ils de plus en plus forts ? Je ne sais pas s’ils sont plus nombreux, mais je pense qu’on a banalisé ce qu’ils disent. Certains médias leur déroulent le tapis rouge, ce qui m’inquiète car quand on ne s’insurge pas contre une idéologie comme celle-là, on lui prête main forte. Cela signifie-t-il qu’ils ont déjà gagné ? Non, car je ne m’avoue pas vaincue [rires]. Et je sais que je ne suis pas la seule. Non, ils n’ont pas gagné ! Ils se galvanisent, c’est tout. Pourtant, on a l’impression qu’ils décident des thèmes du débat politique… Je ne crois pas qu’ils soient les vainqueurs du combat politique, je pense que leurs opposants ne sont pas assez déterminés. C’est pour ça que je dis dans le livre que les loups comptent sur notre démission, pas sur leurs propres forces. Ils savent qu’ils ne sont pas majoritaires. Je ne veux pas de cette démission-là. Pourquoi le pays a-t-il démissionné ? Je me pose cette question… Est-ce qu’être élu est plus important que d’être fidèle à ses idées ? On peut aussi dire que certains partis ont quitté leur terrain pour dériver vers la droite ou la droite de la droite. Le fameux débat sur l’identité nationale, je l’ai encore en travers de la gorge. Et la déchéance de nationalité, le seul fait qu’elle soit proposée par le parti socialiste… je suis encore estomaquée. Quand on prône certaines idées d’extrême-droite, on ne peut plus les combattre, car on vous rappellera toujours les intersections que vous avez eues avec son programme. On se fragilise tout seul en allant sur son terrain.

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Dans votre livre, vous revenez en arrière et refaites un voyage à travers la France que vous habitez depuis que vous êtes arrivée, en 1994, et vous nous rappelez, car on l’avait presque oublié, qu’en 1995, Jacques Chirac avait mené campagne sur le thème de « la fracture sociale ». Qu’est-il arrivé à ce sujet ? Un sujet qui me semble nettement plus important… Il lui est arrivé l’identité nationale de M. Sarkozy, le Front National au 2e tour en 2002, les attentats qui ont fait que l’angoisse a gagné toute la population. Et malheureusement, certains politiciens ont instrumentalisé ce drame pour légitimer leur xénophobie. Ils ont mis tous les musulmans dans le même sac. Je ne suis d’aucune chapelle, j’aimerais juste qu’on applique la laïcité telle que la Constitution l’a sagement prévue pour accorder la liberté de conscience à tous, et la cohabitation pacifique. Et qu’on se préoccupe à nouveau de cette fracture sociale ? Oui. Parce que les gens frustrés qui vont vers les extrêmes, c’est quoi d’abord leur problème ? J’ai rarement vu des gens épanouis verser dans la haine. Il faudrait qu’on s’occupe de la pauvreté, des injustices sociales, des déséquilibres entre les classes sociales. Où en sommes-nous socialement, dans ce pays, et que visons-nous ? Comment y parvenir ? Ça suffit pour écrire un programme politique. Ça suffit pour rêver d’un meilleur lendemain pour nous tous, quelque chose de rassurant. Et l’autre qui voulait créer un ministère de la remigration… Ça n’existe pas les blancs, les noirs, moi je ne suis pas noire, je suis chocolat, vous n’êtes pas blanche, blanc c’est le papier sur lequel j’écris. Nous sommes toujours incapables de mettre le doigt sur ce que nous sommes, car ce que nous sommes est une abstraction. Ce que nous sommes, c’est une idée de l’être humain, des valeurs humanistes, et c’est ce qui a toujours accompagné l’être humain quel que soit son pays. Nous aspirons tous à la même chose.


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Questionnaire bonus

Vous relevez aussi qu’il n’y a plus de possibilité de nuance, c’est le règne du « soit tu es avec moi, soit contre moi ». La complexité n’est plus de mise ? C’est ce qui est inquiétant. Pour un auteur, c’est très difficile à admettre. On développe ses idées, quitte à se planter, l’important c’est d’être fidèle à une démarche, à une analyse, un rapport au monde. Maintenant, dès qu’il y a un point de vue sur la table, dès qu’on cherche à nuancer, on est soupçonné de ne plus être assez clair dans ses positionnements, dès qu’on n’est pas dans le point de vue majoritaire, on est jugé coupable de quelque chose. C’est du terrorisme intellectuel.

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? L’envie de me dire que ça sera mieux que la veille. Quelles lectures vous accompagnent ? Stieg Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Mais il n’est pas le seul, je lui fais plein de rivalités. Je relis L’Œuvre au noir de Yourcenar autant que je peux, et les Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme de Schiller. Je relis souvent des poèmes de Senghor parce que son regard m’apaise. C’est un homme inscrit dans le dialogue. Je relis parfois Sembène Ousmane car lui ne méprise pas ce qu’il appelle la société de la marge. Il disait que les belles idées qui grandissent les sociétés naissent toujours à la marge. Et comme j’ai eu la chance de le rencontrer, avec l’animisme je le convoque. Mais parmi tous ceux-là, il y a celui qui m’accompagne le plus, c’est mon grand-père maternel. J’ai toujours sa voix au creux de l’oreille. Quelles autres figures convoquez-vous ? J’aime bien penser à Martin Luther King, surtout quand je pense aux faux bergers, ces gens qui vous traitent en victime pour mieux vous inculquer la haine. Il disait : « Que notre soif de justice ne nous pousse pas à boire à la coupe de la haine. » Il faut le répéter à toute personne qui lutte. À quoi ne renoncerez-vous jamais ? À ma liberté, parce qu’elle a été âprement gagnée. Pour ça, aussi je suis une tête de mule. Et pour être libre, il suffit d’avoir une plume, et du papier !

Ce que nous sommes est une abstraction, une idée de l’être humain.

Sommes-nous gouvernés par la peur ? La peur est l’argument politique de ceux qui n’ont pas d’argument. Dites-leur qu’ils sont au bord du précipice, que quelqu’un va les pousser, et ils gonfleront les rangs des haineux. La grande majorité des personnes venues d’ailleurs aiment et respectent ce pays. À Strasbourg, je suis restée plus longtemps que dans n’importe quelle ville au monde. Pour moi, c’est simple, vivre dans un pays et ne pas l’aimer c’est une haine de soimême, c’est un manque d’intégrité morale visà-vis de soi-même. Si personne ne vous force à rester, c’est qu’il y a des choses que vous aimez. Alors dites-le, assumez-le ! On ne parle des banlieues que quand il y a un drame ou des élections. Des musulmans aussi. Et le regard médiatique les renvoie toujours à un ailleurs. Immigré de 2e, 3e génération, c’est un non-sens linguistique, je le dis depuis 20 ans ! L’immigré, c’est celui qui prend sa petite valise, qui quitte le lopin de terre ancestral pour aller ailleurs. Mais une fois installé ailleurs, ses enfants ne peuvent pas hériter de son statut, ils n’ont quitté aucune terre ! Culturellement, leur pays et leurs espoirs sont ici, tout ce en quoi ils croient est européen.

L’universel est-il encore un concept envisageable ? C’est le seul concept possible si on veut vivre dans la paix. Quand je croise un être humain, la seule chose qui m’intéresse c’est ce qu’il aime et qui le touche. C’est plus intéressant que de connaître l’adresse exacte de son berceau. Son berceau, je m’en moque comme de sa tombe. Ce qui est intéressant c’est ce que nous faisons entre le berceau et la tombe. Or, entre les deux, nous ne cessons d’évoluer et d’apprendre. Une partie de la société rejette ce concept, inventé par les mâles blancs occidentaux. Mais c’est quoi, les mâles blancs ? Quand on parle comme ça, on perd la compassion. Ces notions renvoient à une question de puissance, et à chaque fois qu’on pensera que l’autre est plus puissant que soi, on perd la compassion qu’on lui doit en tant que frère ou sœur. Même le mâle blanc puissant qui prend la décision peut être fragile, car la fragilité est inscrite dans la vie de tout être humain. Même nos chefs d’État ont parfois le blues et la larme à l’œil. En tout cas, j’aime le croire. Pourquoi s’est-on laissé faire par les loups ? Je ne pense pas qu’on s’est laissé faire, on a cru qu’ils ne pourraient pas se revigorer. Et on a cru qu’ils ne pourraient pas reprendre éhontément leurs thèses pourries. On leur a accordé le bénéfice du doute quant à leur niveau de civilisation, sur la possibilité de s’adapter à une époque qui répugne à la haine, après les deux guerres mondiales. Le problème, c’est qu’un loup reste un loup. Peut-être que la longue période de paix nous a endormis… Nous avons pensé que notre société était trop mature pour tomber dans ce vice. Avons-nous manqué de vigilance ? Peut-être que nous avons été trop confiants en notre démocratie.


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Est-ce aussi parce que Marianne, en tout cas ceux qui gouvernent et sont censés assurer l’application de ses valeurs, n’ont pas assez pris en leur sein les plus faibles ? Ceux qui gouvernent aiment bien la condescendance. Je pense notamment aux populations immigrées. On s’en fout qu’on veille sur nous, on veut qu’on nous respecte. C’est différent. On ne cherche pas un reste de pain, on cherche les mêmes droits, une vraie considération mutuelle. Certains partis ont pensé que les adoptés de Marianne voteraient toujours dans la même direction et que c’était acquis. Non, ce n’est pas acquis, aujourd’hui il y a même des noirs au ­Rassemblement National. C’est une honte. Même le serpent à sonnettes a son noir talisman. Comment est-ce possible ? Cette France ouverte et généreuse que vous rêvez, elle est là mais elle pourrait faire mieux. Que faut-il pour y arriver ? Mais elle agit ! Mon grand-père disait toujours : « Même quand ton cheval avance bien, encourage-le ! » Cette république, on ne lui demande pas de faire mieux parce qu’on méprise ce qu’elle fait, qu’on la regarde de haut ou qu’on n’est pas reconnaissant, on lui demande de faire mieux car on a confiance en elle. Parce que ses lois ­dessinent la ligne de mire. Nous faudrait-il une nouvelle période de Lumières ? Elle est là, elle n’est jamais partie. Après ­Montesquieu, personne ne peut enterrer la lumière. Les livres sont là, dans les bibliothèques, n’importe qui peut se cultiver la tête. Il y a des bibliothèques partout, c’est un grenier universel de savoir. Montesquieu y a laissé ce qu’il pouvait, Senghor, Steinbeck, Yourcenar, Voltaire, Derrida… des tas d’autres ont laissé ce qu’ils pouvaient. Si on faisait une veillée, on pourrait citer des noms pendant des mois sans terminer. Les phares sont là, devant nous, simplement il y a des gens qui foncent dans les fourrés parce qu’ils sont volontaires. Ce sont les loups. Encore faut-il les lire, ces livres… Et pas en faire seulement des symboles qu’on met à l’honneur de temps en temps, ça doit être une pensée courante, partagée. Quand Montesquieu appelle à l’éducation pour lutter contre les pré­ jugés, cette pensée sera toujours à la mode. Que peut la littérature ? Absolument rien du tout, à part rêver [rires].

Pourtant, vous écrivez beaucoup de livres ! J’écris pour ne pas payer les vacances des psys à Saint-Domingue ! J’écris parce que je suis consciente de mon impuissance. En France, on connaît le fou du roi : à défaut de pouvoir décider, on peut se moquer du roi. C’est ce que je fais. C’est juste une contribution. Je ne sais pas si la littérature peut changer quelque chose dans la vie politique, ici et maintenant, mais je suis sûre qu’elle améliore les humains. Peut-être que c’est plus long… Après Les Misérables, la société française a changé, après Les Raisins de la colère de Steinbeck, le regard sur les agriculteurs a changé, après Le Docker noir d’Ousmane Sembène, la vie des dockers à Marseille s’est améliorée. Quand les humains se réveillent sur leur propre condition, ils peuvent l’améliorer. Je suis sûre que je ne suis pas la même après chacune de mes lectures. La littérature nous donne une petite lampe torche, cette petite bougie dans les ténèbres. Et il suffit d’une seule bougie pour vous aider à échapper aux loups.

Fatou Diome, Marianne face aux faussaires, Albin Michel Entretien réalisé en partenariat avec ­Radio en Construction. Podcast à retrouver sur le site de Zut


Papier

Sayanora Muchacho Hicks & Figuri

Attention joyau ! Le deuxième album concocté par Pierre Walter expire la beauté. ­A rtisan de l’intime rafistolé, sa voix profonde creuse le sillon d’une musique cotonneuse, limite ouatée. Opus idéal du dimanche matin, loué par ­Télérama comme l’un des mystères les mieux conservés de ce côté-ci des Vosges mais pas que… Il y a chez ce méticuleux garçon comme un soupçon de Damon Albarn, notamment dans le sens où il serait encore loin d’avoir tout révélé. En attendant, Sayanora Muchacho ainsi que l’ensemble du catalogue d’Herzfeld, son label, sont disponibles à La Vitrine Chicmedias (14 rue Sainte-­ Hélène à Strasbourg). hrzfld.com

culture 18

Par Fabrice Voné Photo brokism

ein mann ohne feind KG

Achtung pochette ! Quelque part entre Aphex Twin et les frères Bogdanov, le monde de celui qui ne nous appartiendra bientôt plus retiendra sans doute à jamais cette effigie du Duc de Sausheim, homme-­ ventilateur mouliné à la prothèse pour cet album signé chez October Tone et Médiapop pour le vinyle. Un must d’electro-­ shoegaze à écouter sous les bombes avant la fin du monde. mediapop-records.fr

Sam Shepard & Johnny Dark - Correspondance 1972-2011

Constatant l’absence de traduction française de la ­correspondance sur une période de 40 ans entre Sam Shepard et son confident, Johnny Dark, Dominique Falkner s’est lancé dans l’aventure. Où le duo partage aussi bien son amour de la littérature que leurs errances à travers des itinéraires bis plus ou moins opiacés et alcoolisés. mediapop-editions.fr

Panorama de la musique populaire Vincent Vanoli

À la une ! Journal dessiné aux airs de discothèque idéale, à la fois foutraque et sentimental, le volumineux Panorama de la musique populaire de Vincent Vanoli est à caser entre les encyclopédies, les fanzines photocopiés, les cassettes enregistrées et les disques oubliés. Un ouvrage riche en images — 340 vignettes en noir et blanc — assorti d’un récit labyrinthique. Comme un passage obligé pour ce prolifique auteur de bandes dessinées. shop.chicmedias.com

Les années Lithium Langue Pendue

Alerte bible ! Renaud Sachet s’est penché sur le label Lithium à qui on doit notamment Dominique A, Diabologum, Mendelson et une certaine idée de la musique chantée en français entre 1990 et 2004. Soit un ouvrage, conçu comme un fanzine, avec une tonne de témoignages et une discographie commentée. Un travail remarquable qui trouvera son prolongement lors d’une résidence d’anciennes figures du label (Michel Cloup, Pascal Bouaziz, Françoiz Breut…) à Colmar avec restitution le 29 avril au Grillen et le lendemain à Metz. languependue.com


MAILLON .eu Théâtre de Strasbourg Scène européenne

mai 18 19 20 21

20:30 20:30 20:30 20:30

photo © JulieMasson

me je ve sa

FESTIVAL

EXTRADANSE 27 AVRIL > 19 MAI 2022

ÉTIENNE ROCHEFORT > BUGGING

LIA RODRIGUES > FÚRIA

EZIO SCHIAVULLI

> HERES : NEL NOME DEL FIGLIO

VOLMIR CORDEIRO > TROTTOIR

ANNA-MARIJA ADOMAITYTE

Théâtre, musique Suisse

Christoph Marthaler

coproduction

SARAH CERNEAUX > EITHER WAY

MARCO DA SILVA FERREIRA & JORGE JÁCOME > SIRI

CATHERINE DIVERRÈS > ÉCHO

POLE-SUD.FR /

+33 (0)3 88 39 23 40 1 rue de Bourgogne - 67100 Strasbourg

DESIGN : SIGNELAZER.COM / © FERNANDA TAFNER

AUCUNE IDÉE

> WORKPIECE


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Stéven Riff propose un dialogue entre art contemporain et art décoratif à la galerie East. Photos Christoph de Barry

Galerie East Un grand espace baigné de lumière, de larges verrières comme plafond, c’est le lieu qu’ont choisi d’investir Stéven Riff et ses deux associés, Marie Munhoven et Eady East, pour donner naissance à leur galerie. Dans ses grandes lignes, le projet est d’établir un dialogue entre art contemporain et art décoratif. « On veut mener cette double programmation de front, c’est quelque chose d’assez spécifique à la galerie. Moi je viens de l’art contemporain mais j’ai toujours été intéressé par les arts décoratifs », ­explique Stéven Riff. « C’est la raison pour ­laquelle on a divisé l’espace quand on a repris le lieu, il y a une partie sur fond vert et une partie sur fond blanc. On ne voulait pas cloisonner, il fallait que ça puisse se rencontrer. » Alors pourquoi revenir à Strasbourg quand on a ouvert des galeries à Paris ou Istanbul ? « Strasbourg a beaucoup évolué, le monde culturel et l’offre auprès des galeries a énormément changé aussi. Il y a une nouvelle dynamique et une nouvelle génération qui vient à l’art contemporain par des voies différentes. Il y a une vraie curiosité, avec une école fantastique (la HEAR, ndlr) qui forme une nouvelle scène dont plusieurs artistes sont présentés à la galerie. » Parmi eux, il y a Marius Pons de Vincent, exposé le mois dernier avec un premier volet

dédié à son travail d’huile sur bois. Le second, visible ce mois-ci, est consacré à son travail de peinture sous verre. « L’idée c’est de ne pas faire un one shot lorsqu’on accompagne un artiste, mais de pouvoir montrer de manière assez large un travail et de s’inscrire dans la durée avec eux. » Du côté des arts décoratifs, il s’agit pour l’instant de pièces plus historiques comme des tapis et des tapisseries. L’objectif pour East est de proposer quatre à cinq doubles expositions par an, avec des artistes locaux et internationaux. Si ce n’est déjà fait, ce lieu est à découvrir rapidement ! (L.W.) 12, rue du Faubourg-de-Pierre galerieeast.com


O FOL N

18.03 – 03.07.2022 MUSÉE TOMI UNGERER — CENTRE INTERNATIONAL DE L’ILLUSTRATION

Exposition organisée en partenariat avec la Fondation Folon

Jean-Michel Folon, Projet de couverture pour The New Yorker, s.d. © Fondation Folon / ADAGP, Paris, 2022. Graphisme : Rebeka Aginako

un rêveur engagé


Ils vivent, travaillent, créent et sortent à Strasbourg. Les femmes et les hommes qui font vibrer la ville nous font découvrir leur lieu préféré. Propos recueillis par Caroline Lévy, Célia Blaess et Adèle Augé Photos Jésus s.Baptista

Strasbourg vu par

Bertrand Gillig 57 ans Galeriste

Où ? Salle des maquettes, Le 5e lieu

« Je suis un citadin et j’aime Strasbourg, classée UNESCO pour ses quartiers allemands. J’habite près de ce magnifique immeuble art nouveau et ma galerie se trouve juste à côté. »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut à la spéculation sur les NFT dans l’art. »

Actu ?

Une exposition autour de quatre artistes sur la thématique de l’architecture. À partir du 29 avril au 11, rue Oberlin. Également un roman Mont Venturi, sorti au mois de février et disponible en librairies. bertrandgillig.fr Veste Corneliani et chemise Van Laack chez Dome.

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Sacha Vilmar 25 ans Directeur artistique du festival DémoStraTif

Où ? L’Oiseau Rare

« C’est l’une de mes librairies préférées à Strasbourg, la sélection des ouvrages y est toujours surprenante. C’est aussi la librairie partenaire du festival Démostratif. Et leur jus de citron au gingembre est délicieux. »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut à la stupidité de la binarité des genres, à l’esprit de sérieux et à l’ordre établi. »

Actu ?

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La cinquième édition de DémoStraTif, le festival qui met en valeur les jeunes artistes. Du 31 mai au 4 juin sur le campus Esplanade et dans la Krutenau. demostratif.fr Veste et tee-shirt Tagliatore chez Revenge Hom.


Andrea’s – Canada Goose – Canali –Corneliani Fedeli – Gimo’s – Gran Sasso – Hiltl – Lubiam Moorer – PT Torino– Santoni – Schneiders Tramarossa – VanLack

Prêt-à-porter masculin haut de gamme.

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Jennifer Rein et Stéphane Baumgartner 31 ans et 34 ans

Co-gérants de Tchungle

Où ? Le Platane du quai de Turckheim

« C’est le lieu de notre rencontre. Et tout simplement le démarrage de notre histoire ! »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut aux gelées d’avril ! Les jardiniers nous comprendront… »

Actu ?

La présence d’un corner Tchungle aux Galeries Lafayette, pour retrouver un condensé de leurs deux jardineries (Tchungle et Tchungle Atelier), jusque fin avril. tchungle.com Jennifer : kimono Pierre-Louis Mascia et écharpe Lovat & Green chez Marbre. Jean perso. Stéphane : chemise Eton et veste Tagliatore chez Revenge Hom. Pantalon perso.

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Illustration 3D non contractuelle.

APPARTEMENTS NEUFS

NIEDERHAUSBERGEN

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LE PARC

BLAESHEIM

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Margaux Lagleize 33 ans Comédienne

Où ? Place d’Austerlitz

« Cette place est un petit monde en soi, de la séance d’écriture matinale à la discussion qui s’éternise en sortie de bar. J’aime regarder les gens et me dire que même si je crois parfois avoir fait le tour de notre ville, je ne connais encore personne. »

Zut à qui ou à quoi ?

« Plutôt que Zut, je préfère dire oui ! Oui à la douceur, oui à la gentillesse... Ça fait un peu Miss France, mais j’assume ! »

Actu ?

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Stand-up le 24 avril aux Savons d’Hélène, les 27 avril et 8 mai au Local. Spectacle d’improvisation avec la compagnie Banana Impro, le 22 avril à la salle du Münsterhof. Veste blazer et pantalon carotte High.


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Ilektra Skouri et Matthieu Chaton 32 et 40 ans

Propriétaires de Poupadou

Où ? Restaurant La Victoire

« Réglés à l’heure grecque, nous avons l’habitude de sortir tard pour diner. Cet emblématique restaurant strasbourgeois a longtemps été notre point de chute après 21h. Convivial et réunissant une clientèle très métissée. »

Zut à qui ou à quoi ?

Actu ?

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Développement des produits artisanaux à l’épicerie grecque Poupadou : céramique, bijoux, etc. Participation au Street Bouche Corner le 29 mai, place de Zurich. poupadou.com Matthieu : blazer et t-shirt Paul Smith. Ilektra : tailleur et chemisier Paul Smith, le tout chez Algorithme.

« Zut au manque de vacances ! »

strasbourg vu par


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Jean-Marc, 74 ans Rhumatologue

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« Je pratique le crossfit depuis cinq ans à raison de quatre fois par semaine. Mon objectif : garder la jeunesse et regarder la jeunesse ! À partir d’un certain âge, on ne cherche plus vraiment la performance. Ici, je m’oxygène. Ça m’oblige à quitter tôt le travail. Je continue à m’entraîner comme avec mon cabinet, tant que j’ai la santé ! »

La tribu. Par Caroline Lévy Photos Christophe urbain


La performance et le dépassement de soi comme seuls objectifs ? C’est du moins le discours officiel de celles et ceux qui ont fait du crossfit leur sport passion. Malgré les clichés avant-après qui contaminent la toile, prônant une pratique assidue pour un résultat optimal et l’assurance d’un corps sculpté, la recherche du beau n’est pas l’ultime vocation du crossfit devenu discipline bien malgré lui ! Apparu dans les années 70 aux USA, il est d’abord l’apanage des pompiers et policiers, avant de se démocratiser. En France, il faut attendre 2012 pour découvrir les bienfaits de ce sport ultra-physique mêlant fitness, gym, cardio et haltérophilie, qui compte désormais une communauté d’adhérents soudés dans l’effort. Et même si la performance se la joue perso, c’est dans le collectif qu’elle se construit. Qu’ils soient compétiteurs ou simple pratiquants, tous revendiquent une appartenance à cette « secte » du bien-être dirigée par des coachs investis qui prêchent un sport santé ! Rencontre avec une poignée d’adeptes de CrossFit 67, une box sans chichi et sans miroir, qui se veut inclusive avant tout.

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Marc, 35 ans Architecte, dessinateur et photographe

Marc-Antoine, 37 ans Ingénieur réseau

« J’ai pratiqué le foot pendant 25 ans et j’avais envie d’autre chose. Le crossfit permet d’être plus complet et d’être plus libre grâce à l’amplitude horaire. La recherche esthétique est une conséquence positive mais ce n’est pas l’objectif premier. J’ai envie de boire et manger sans calculer. On se voit d’ailleurs beaucoup en dehors, on a créé des liens. C’est une vraie communauté ! »

« On aime avant tout la performance et se challenger. Ça me permet de me défouler et de me vider la tête. Le sens du collectif est primordial contrairement à une salle de sport où on pratique avec son casque ! Dans cette box, on se donne des tips, c’est plus communautaire. Je n’aurais pas rencontré ces personnes en dehors, parce qu’on vient d’horizons très variés. Il m’arrive de ramener des collègues pour leur montrer qu’on est loin des clichés d’Instagram. Ici, pas de miroir, rien que du travail ! »


Anais, 32 ans Conseillère clientèle en banque

Emma, 19 ans Étudiante en médecine

« Je me suis lancée dans la discipline en 2017 alors que je faisais du judo et du fitness. Aujourd’hui, je viens six fois par semaine pour m’entraîner pour mes compétitions nationales. Mon physique est la conséquence de mon sport mais je n’ai pas cherché à me muscler. J’aime mon corps, même si parfois ce n’est pas toujours évident, car les remarques sont pesantes en dehors du milieu du crossfit, surtout en tant que femme. »

« J’ai commencé la musculation il y a quatre ans, mais le power lifting seulement depuis quelques mois. Aussi appelée force athlétique, cette discipline est différence du crossfit, c’est une sorte d’haltérophilie découpée en trois mouvements. Au départ, j’ai commencé par la musculation pour sculpter mon corps, mais aujourd’hui, c’est un outil pour atteindre mon objectif : aller aux championnats d’Europe et du monde dans la catégorie junior. Avec l’équipe, on est un peu comme une famille, on s’encourage et se motive. On est tous unis par la même passion et ça nous soude. Ce sport est pratiqué par 90% d’hommes et quand on est une femme, c’est remarqué et soutenu. »

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Une nouvelle histoire…

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crédit ©Jérôme Dorkel / Ville et Eurométropole de Strasbourg / Adobe Stock

E D E I V EN ? R I T R O S . Z E R T N E


La beauté est quelque chose d’animal, le beau est quelque chose

de céleste. Joseph Joubert

La Cité.


Le beau : un concept apparemment d’un autre temps. Pourtant, la recherche de la beauté n’est-elle pas ce qui caractérise l’homme et ses productions ? Mais alors, où est-il passé ou en quoi s’est-il transformé ? Nous avons pisté plusieurs « experts » pour tenter de retrouver sa trace. Ils nous éclairent sur le sens qu’ils lui donnent, chacun dans son domaine. Où il est question de regard, d’attention, d’émotion, de surprise. La Cité—Le dossier

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Propos recueillis par Sylvia Dubost

Où est le beau? Didier Laroche Archéologue, architecte, enseignant à l’École nationale supérieure d’architecture de Strasbourg « À l’école, beau est un mot tabou. Ça fait un peu beauf de parler du beau ! Il y a une sorte de consensus autour du fait que ce n’est pas définissable et relatif. Ce n’est pas un critère, donc on parle d’autre chose. C’est maintenant évident mais cela ne l’était pas toujours. En tant qu’historien, ce qui est intéressant c’est de savoir si le beau existe, sur quels critères il repose et ce qui a changé. Dans les époques anciennes et notamment les périodes classiques, on cherchait à définir le beau. Vitruve* dit que l’architecture repose sur trois qualités : la commodité (la justesse par rapport à l’usage), la solidité et la venustas, la beauté. Mais il parle surtout de la beauté, qui passe par plusieurs notions et surtout par l’harmonie. Il y a des livres entiers de Vitruve consacrés aux proportions qu’il faut donner aux choses. Jusqu’au xixe siècle, les architectes s’en sont souciés et cela et a complètement disparu : on vit dans un monde qui n’a plus de proportions. Avec le maniérisme, des artistes comme Michel-Ange et Le Bernin ont essayé d’introduire le mouvement, l’irrégulier, ce qui déroge

à la règle. On savait que la beauté s’appuyait sur des règles canoniques, et on savait aussi que ça faisait un art académique et froid, d’où l’idée de rajouter quelque chose qui fait la différence, qui provoque l’émotion, donne l’idée d’une vibration. On aura le même phénomène dans les années 1920-1930, avec des artistes comme Picasso. Et c’est la même chose en architecture. Dans La complexité et les contradictions de l’architecture, qui a été une bible pour les architectes, ­Robert Venturi montre pourquoi les bâtiments les plus intéressants ont toujours un petit quelque chose de différent. Même ceux de Mies van der Rohe. Car il n’y a rien de plus barbant que la symétrie. » « Avant les choses étaient belles car on pouvait expliquer leur composition. Maintenant non. Les références sont 50 fois plus éclectiques. La définition est impossible, il y a autant de beautés que d’individus. À l’école, on essaye de donner aux étudiants la compétence, les outils pour qu’ils puissent réaliser ce qu’ils veulent. On devrait leur donner aussi à comprendre les différents systèmes de beauté. En tout cas, chacun la recherche quand même. Mais c’est votre histoire personnelle, on ne vous jugera pas là-dessus. » * Vitruve, architecte romain du Ier siècle avant JC. Penseur et codificateur, son traité en dix livres De architectura a servi de référence pendant de nombreux siècles.


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De haut en bas et de gauche à droite — Alice Pernão et Audrey Becker dans Annonciation, chorégraphie d’Angelin Preljocaj, BOnR 2021 Photo : Agathe Poupeney. — Cruche indienne rapportée par Morgane Lozahic « Les objets cabossés par la vie me touchent. » — Villa Stein de Le Corbusier (1927-1928), dessinée selon le principe du tracé régulateur, proportions entre deux dimensions. — Centre culturel Heydar-Aliyev de Zaha Hadid à Bakou (2007), ou « le mouvement introduit en ­architecture, jusque-là statique » (Didier Laroche). — Shell de Kelly Weiss, huile sur toile, 2019 « Les gestes et matériaux employés tiennent à la fois de la peinture en bâtiment et de la peinture dite « beaux-arts ». Je cherche ainsi à leur donner une ­présence et une consistance trouble. »


La Cité—Le dossier

Philippe Obliger Botaniste et plasticien « Le beau, c’est abstrait, il n’y a rien pour le qualifier que la subjectivité, et j’ai toujours su que c’était un couple avec le laid. Une partie détermine l’autre, selon les critères du temps et le formatage des sociétés. Nous sommes par exemple formatés pour trouver beau le ciel bleu et trouver beau un arbre… On a intérêt, car on n’a que ça ! Je cultive le beau car j’ai une attirance pour ce qui est agréable à l’œil et provoque des sentiments. Botaniste de formation, j’ai d’abord été confronté à une autre sorte de vivant : celle du végétal, qu’on s’use à comprendre si on ne fait pas de biologie. Je trouve beau qu’il arrive à s’ériger avec très peu de tissus, sans système nerveux, et surtout sans centre de décision. Les arbres peuvent monter à plus de 100 mètres, y envoyer de l’eau sans moteur. Le tout en vivant parfois allègrement jusqu’à 400 ans. En comparaison, on est une espèce ratée. Je collectionne les œuvres d’art brut et d’art primitif. Il n’y pas d’intention derrière, pas d’inf luence esthétique. Le geste, l’histoire qui a amené à l’objet, le personnage sont aussi intéressants que ce qui est fabriqué. Ces objets ne sont pas fabriqués dans un atelier d’artiste, mais au final ils sont plus extraordinaires. Je les trouve plus beaux. Il y a quelque chose de factice dans l’art contemporain. Cela va pour moi de pair avec ce que j’ai dans le jardin : ce qui compte c’est les formes, les couleurs. Cela ne m’empêche pas d’avoir le culot de faire de la création. Il faut avoir un sacré culot pour prétendre trouver un élément de beauté dans ce qu’on fait ! » @philippeobliger Jardin-musée de l’Outre-Forêt à Schwabwiller

Alice Pernão Danseuse au Ballet de l’Opéra national du Rhin « Dans notre travail, on est toujours à la recherche du beau, dans les mouvements ou des thématiques qui touchent le public. Chaque jour, on commence par une heure et demie d’entraînement technique, où on cherche à rendre chaque mouvement le plus beau possible, même les petits pas. On recherche les bonnes lignes, les bons angles pour le public, et ce sera différent pour chacun. Avec le contemporain, c’est vrai que parfois, ce n’est plus le même beau que dans le ballet classique : on cherche plutôt à transmettre quelque chose. Ce serait plus un sentiment, quelque chose qui reste, auquel on pense encore pendant plusieurs jours.

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J’ai fait dix ans d’école de danse, on a beaucoup de règles : où placer le poids, le talon… Jusqu’à la fin de la carrière, on ne finit pas de chercher. Mêmes les plus belles et plus beaux danseurs du monde peuvent toujours améliorer quelque chose. Cela donne une motivation, mais physiquement et mentalement c’est difficile. On fait quand même des trucs que le corps n’est pas prêt à faire, et parfois on se blesse. Et se voir dans le miroir tous les jours, ne pas aimer ce qu’on fait… On cherche la perfection et elle n’existe pas ! » Alice Pernão dansera dans West Side Story, une production de l’OnR, à l’Opéra de Strasbourg du 29 mai au 10 juin www.onr.fr

Kelly Weiss Plasticienne « Pendant les études, le beau était au départ presque un mot tabou. On apprend plutôt la justesse, par rapport au contexte, à l’environnement, une conscience par rapport au travail. En ce moment, je dirais que revient un peu une forme d’appétence pour la technique, pour la forme, l’idée qu’il est important que la chose ait une première accroche esthétique. On a longtemps été complexés en peinture car c’était désuet, alors il fallait que ce soit très référencé. Je vois beaucoup d’amis qui maintenant ont des démarches libres, comme un pied de nez, un retour à une certaine spontanéité. Quant à moi, j’ai grandi en zone industrielle. Les graffitis, les portes rouillés, les bâches des camions, ce sont des surfaces qui m’interpellaient, et je les recopie en peinture. Je crée des formes qui font écho à un quotidien, le subliment – ou l’inverse – et nous incitent à le ­regarder ­d ifféremment. Je peins aussi sur les murs en même temps que sur la toile, parfois je les ponce pour faire réapparaître les surfaces. C’est de l’ordre de l’ordinaire, sublimé parce que dans des espaces d’exposition. Je suis à l’opposé de la virtuosité, je recherche l’authenticité, l’impression qu’on peut lire le geste. Le beau c’est quoi ? C’est une forme de sincérité à une démarche, à un support, à des outils, des matériaux. Et ça a beaucoup à voir avec le geste. Il y a un côté émotionnel aussi, que je voudrais donner à lire. Quand on parle de la peinture abstraite, on a l’impression que c’est de l’ordre du systémique, mais il n’y a pas que ça. Ce sont aussi des surfaces sensibles. Il faut s’approcher pour le voir. » Atelier au 8c rue de Chalon-sur-Saône


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Morgane Lozahic Céramiste / atelier Bouillons « À partir du moment où on rentre en école d’art, on a forcément une sensibilité à ce sujet : les belles choses. On cherche ensuite comment créer des récits. Cela passe par le visuel, la courbe d’un bol, quelque chose d’agréable pour les yeux, pour le toucher. Pour nous, la beauté réside dans tout le process. Elle n’est pas forcément tout de suite visible et demande du travail. On aime raconter comment on a récolté la terre pour cette céramique, les plantes pour cette teinture, quelles personnes nous ont aidé à le fabriquer. Quelque chose de beau a une âme, même les objets abîmés vont me raconter quelque chose de leur histoire. Le tout est de pouvoir le rendre visible, de pouvoir le partager, et de toucher des consciences. Notamment sur nos modes de consommation et de fabrication. L’atelier Bouillons est né de l’envie de créer de belles choses, de manière artisanale et à échelle raisonnable. Les formes imparfaites, c’est ce qui nous rassemble depuis le début. Elles nous touchent, on leur trouve plus d’identité, comme un corps. L’imperfection va créer une pièce qui a quelque

chose à elle. D’ailleurs, la perfection, je ne sais pas trop ce que ce serait, sans doute quelque chose de produit en série, qui n’a pas d’odeur. Comme une fleur en plastique comparée à une vraie fleur. » bouillons-atelier.fr @bouillons.atelier

David Le Breton Anthropologue « Je crois que je définirais la beauté comme ce qui nous arrête, ça peut être un arbre, un visage, un lac… C’est le surgissement du sacré dans la vie familière, un moment qui se détache des autres. Je distingue évidemment le sacré de la religion, le sacré reste très intime, très personnel. C’est ce qui fait qu’on est soudain dans un sentiment d’arrachement à soi, une forme de transcendance profane. Il n’y a pas de dieux mais quelque chose qui se déroule sous nos yeux, c’est un peu cosmique et personnel. La beauté est aussi toujours subjective. Je relaterais cette anecdote de Roland Barthes discutant avec un fermier, lui disant qu’il trou-


La Cité—Le dossier

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Certains philosophes argumentent pour montrer que la beauté est une propriété objective des choses et non un sentiment. Alessandro Arbo

vait les collines belles. Et le fermier lui répond : « Vous voulez dire qu’elles produisent bien ? » Pour un esthète parisien, c’est beau parce qu’il n’a pas ça sous les yeux tous les jours. Pour un fermier, c’est beau parce que productif. Les parents sont émerveillés devant des enfants que d’autres trouvent infernaux, et dans les relations amoureuses, on se demande parfois : « Mais qu’est-ce qu’elle lui trouve ? » Il n’y aucune objectivité de la beauté, c’est un sentiment. Elle est dans le regard qu’on pose sur le monde. Je dirais aussi que la beauté nous surprend d’avantage qu’on la recherche. On peut voir un visage qui nous touche, une lumière qui nous surprend : le mouvement de la vie ordinaire s’arrête alors dans l’émerveillement. Si on voyage hors des sentiers battus, on va être confronté à de nombreux paysages, des sourires. Et si quelque chose nous surprend dans la ville que l’on connaît par cœur, cela va profondément nous marquer. Un des moments de beauté à Strasbourg, pour moi, c’est la floraison des tilleuls. Ça pour moi, c’est la beauté, un moment de transcendance. Aussi la neige qui tombe, on est toujours bouleversé. La beauté exige une attention au monde. On ne peut pas être prosterné devant son portable. Ça c’est l’anti-beauté, la profanation. J’ajouterais enfin à ma définition que la beauté est ce qui nous donne un sentiment de gratitude. » À lire : David Le Breton, Sourire. Une anthropologie de l’énigmatique, éd. Métailié, paru le 1er avril.

Alessandro Arbo Philosophe, professeur d’esthétique à l’Université de Strasbourg « Ce qu’on imagine sous l’adjectif ­d ’esthétique dans le langage commun, c’est ce qui a trait à la beauté et ses caractères connexes : la grâce, l’élégance… La discipline philosophique, née au xviiie avec le philosophe allemand Baumgarten,

regroupe quant à elle une multiplicité de points d’intérêts : la théorie de la sensibilité, la philosophie de l’art, la réflexion sur le goût et, bien ­entendu, le beau et la beauté. Or, l’art n’a pas forcément vocation à poursuivre un idéal de ­beauté et on peut penser aux caractères ­réalistes de la sculpture de la Rome antique, au sublime ­romantique ou aux avant-gardes au xxe siècle, où il y a eu des détours visiblement provocateurs. Les philosophes se sont surtout employés à expliquer ces formes d’expression, éventuellement à perfectionner le projet d’une esthétique conçue comme une théorie de la perception orientée sur l’expérience. Par ailleurs, si on part du principe que la beauté est entièrement relative et subjective, il semble impossible de formuler un discours cohérent à son propos. Ainsi, à partir de Kant, certains philosophes ont cherché à fonder le jugement esthétique sur une subjectivité transcendantale. D’autres, depuis 20-30 ans, argumentent en revanche pour montrer que la beauté est en quelque sorte une propriété objective des choses et non un sentiment. Il y a de bonnes raisons de penser, en effet, que le jugement de beauté n’est pas fondé sur des réactions subjectives. Dans le livre Real Beauty (1997), Eddy Zemach a défendu l’idée d’une beauté réelle. Roger Scruton s’est également demandé ce qui rend un objet beau, dans l’art comme dans la nature. En effet, l’aspiration à la beauté est une constante propre à toute culture. Prenons une œuvre de Mozart sur laquelle il y a consensus pour la qualifier de chef d’œuvre : pourrait-on dire que, dans une culture différente de la nôtre, elle ne serait pas vue comme belle ? Si nous sommes tentés de répondre par l’affirmative, il resterait encore une question : pourquoi ? Est-ce parce que la beauté est subjective ? Ne serait-il pas plus raisonnable d’affirmer que l’œuvre est objectivement belle et que ce qui manque, à quelqu’un qui ne la verrait pas comme telle, ce sont les dispositions susceptibles de lui faire ­reconnaître sa beauté ? »


création graphique Atelier 25, photo © EChristophe Raynaud de Lage

LA FILATURE

Scène nationale de Mulhouse

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Les lieux culturels font bien plus que de présenter des œuvres. Leurs actions en direction des publics sont une part essentielle de leur travail, même si elles sont sans doute la moins visible. Il s’agit d’encourager une familiarité avec l’art… entre autres choses, comme on a pu le constater lors d’un atelier de pratique artistique proposé par l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Par Sylvia Dubost / Photos Pascal Bastien La Cité—Éducation artistique

L’enfance de l’art

Rentrer dans une salle de concert, ou dans ­n’importe quel lieu culturel, ça peut être impressionnant. D’ailleurs, c’est souvent le premier frein à leur fréquentation, avant l’intérêt pour le sujet. Au Palais de la Musique et des Congrès, où habite l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, on a aménagé avec la salle Marie Jaëll un endroit plutôt intime pour les pratiques artistiques et autres actions culturelles. Ce matin-là, une classe de CM1 de l’école Marcelle-Cahn des Poteries s’y essayera à l’instrumentarium Baschet, une série de sculptures sonores sur lequel on en apprendra davantage un peu plus tard…

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En entrant, les 21 élèves ne laissent pas paraître grand-chose, mais on voit bien dans leurs yeux que c’est un moment à part. Deux d’entre eux sont déjà venus (avec leur enseignant de CE1, apprendra-t-on), pour tous les autres, c’est la première fois. « Vous êtes rentrés dans la grande maison de l’orchestre. » Karen Nonnenmacher, la musicienne intervenante de l’OPS, qui anime cet atelier et tous les autres, en remet une petite couche. Puis rentre tout de suite dans le vif du sujet. « D’ailleurs, c’est quoi un orchestre ? » En fait, les élèves ne sont pas intimidés du tout, ils sont surtout excités. La forêt de doigts levés atteste qu’en plus d’être disciplinés, ils sont au taquet sur le sujet. Pendant l’introduction de Karen, ils ont réponse à toutes les questions. Ils savent déjà tout sur le chef d’orchestre, connaissent les familles d’instruments et Mozart, qu’il existe des ciné-concerts. Et c’est nous qui sommes impressionnés. On sent que leur enseignant, Idris ­Meziane, les a bien préparés. « On fait de la musique à l’école, confirme-t-il, cette année ils ont appris la différence entre tempo, rythme et pulsation, les quatre paramètres du son… » On n’a pas souvenir de ça lors de nos années d’école élémentaire… « Pourquoi décide-t-on d’aller au concert ? », continue Karen. « Pour s’amuser. » « Parce que ça fait plaisir d’écouter de la musique. » « Pour découvrir de nouveaux sons. » Pas mal. « Pour essayer de sortir des habitudes. » « Pour écouter de la bonne musique jouée par des professionnels. » Bien joué. Une élève déterminée gardera même le doigt levé pendant cinq bonnes minutes, ce qui en dit autant sur sa condition physique que sur son enthousiasme. « Maintenant, c’est vous les musiciens. » « Ouuuaaaaais ! » Évidemment. Karen a ses troupes bien en main, et on sent que la séance est rodée. Pas question de se laisser déborder. Même s’il n’est pas nécessaire d’apprendre la musique pour faire résonner ces drôles d’instruments imaginés par les frères Baschet pour les enfants des écoles, la rigueur reste de mise. « Quand on est musicien, il y a une chose qui est importante, c’est la façon dont on se tient. » Mais avant de jouer, petite démo des instruments, qu’on frappe, frotte, fait vibrer pour en tirer de


Les élèves de CM1 de l’école Marcelle-Cahn découvrent l’instrumentarium Baschet.


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Karen Nonnenmacher, musicienne ­i ntervenante de l’OPS.

drôles de sonorités. « Han c’est trop stylé ! » « Et celui-là, écoutez bien, dites-moi si vous voyez l’arcen-ciel… » « Moi je l’ai vu ! » « Et là, on va voir si vous voyagez. » « J’ai vu un singe ! » « Moi un tigre qui me poursuit ! » Avant que ça ne se dissipe trop dans les rangs, on passe à la pratique. Et on s’installe, deux enfants par instrument. « Quel bel orchestre ! » commente l’enseignant. « On va tous jouer en même temps ? » « Oui, mais on va mettre plein de règles ! » précise Karen. Il faut apprendre à manier les tiges, à bien les prendre en main, à taper rapidement mais doucement, à faire des crescendo… et surtout, à démarrer et s’arrêter en même temps… Un sacré challenge. Jouer ensemble, c’est aussi apprendre à écouter les autres, à regarder, se concentrer. Entre théorie et pratique, l’atelier d’une heure est particulièrement dense. « C’est très très bien les enfants, les félicite Karen après un crescendo maîtrisé et un arrêt synchronisé. Dans un orchestre, il se passe la même chose. Il faut être super concentrés, et vous avez été super concentrés. » C’est vrai. Et du côté des élèves ? Évidemment, l’enthousiasme est général. « Mais

bon, ça fait mal aux genoux quand même. » « Moi t’façon, j’aime pas la musique. » Soit. Et maintenant ? Idris Meziane donne à ses élèves le programme de l’après-midi : « On écrira ce qu’on a ressenti dans le cahier de musique. » Et à nous, il explique que dans ces ateliers, il y a « plein d’angles d’attaques, plein d’apprentissages, plein de compétences transversales, toujours dans le plaisir. » Si celui-ci est le seul que la classe fera avec l’OPS (la liste d’attente est longue), il en a prévu plein d’autres, dans tous les domaines : sciences, sport, arts, et notamment un projet dans le cadre de l’exposition Marcelle Cahn au MAMCS (lire page 53). « Tout ce qui n’est pas une priorité dans les textes officiels mais l’est dans la vie et donne du sens aux maths et au français », résume l’enseignant. « Fréquenter des œuvres, en parler, écouter les autres, c’est de l’intelligence sensible, c’est quelque chose d’important. Vraiment. Et dans l’acte de produire, les élèves montrent un potentiel génialissime. » Ce n’est pas nous qu’il faut convaincre. philharmonique.strasbourg.eu


STRASBOURG — NEUHOF espacedjango.eu

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MOJO SAPIENS — BAKA TRIO — TÉKLÉMEK — MAU NHF ORCHESTRA #2 — CIE DOUNYA — CONCERTS AUX FENÊTRES DÉAMBULATIONS AVEC LE BALLET DE L’ONR CONCERT À LA BONNE HEURE AVEC L’OPS — FESTIVAL DU LIVRE AUDIO BLINDTEST — CINÉDJANGO...

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Retrouvez l’ensemble de la programmation sur espacedjango.eu

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06/04/2022 17:37

marcelle cahn en quête d’espace

Du 29 avril au 31 juillet 2022

MUSÉE D’ART MODERNE ET CONTEMPORAIN Exposition organisée en partenariat avec le Musée d’art moderne et contemporain Saint-Étienne Métropole (MAMC+)

Marcelle Cahn, Femme et voilier, vers 1926-1927. MAMCS, Strasbourg. Photo : Musées de Strasbourg, Angèle Plisson. Graphisme : Rebeka Aginako


Chef de file de la magie nouvelle, Étienne Saglio crée sur scène des images fortes et envoûtantes, et cherche à perforer la frontière entre réel et imaginaire. Propos recueillis par Sylvia Dubost La Cité—Scènes

Lâcher prise

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Le Bruit des loups 09.06 → 12.06 Maillon maillon.eu Photo : Prisma Laval

Avec sa compagnie Monstre(s), Étienne Saglio croise jonglage, manipulation d’objets et magie pour créer un univers mystérieux et poétique, où la féerie fait irruption dans le quotidien. Dans Le Bruit des loups, il s’aventure à nouveau à la lisière de nos mondes intérieurs. Dans un quotidien devenu trop propre, un homme s’occupe de son ficus quand une souris s’immisce dans sa vie. La nature se rappelle à lui et l’emporte lors d’un voyage au clair de lune dans une forêt ensorcelante. Pour Étienne Saglio, figure majeure de la magie nouvelle, « si la nature quitte notre imaginaire, elle quitte nos vies ». Pourquoi avons-nous perdu ce lien avec la nature, si présente lorsqu’on est enfant, dans nos jeux, nos contes, nos rêves ? Et particulièrement avec la forêt, l’endroit le plus fascinant et le plus terrifiant, qui a gravé dans notre ADN et dans notre imaginaire collectif à la fois la liberté et la peur. Le bestiaire fantastique qu’il déploie, où l’on retrouve tous les arché­types des contes, nous invite à nous demander ce que sont devenus ces territoires et ces personnages, et ce que cela dit des adultes que nous sommes devenus. Le nom de votre compagnie est Monstre(s) : pourquoi ? Ce nom vient de mon premier spectacle, Le Soir des monstres. J’aime l’idée qu’on ait une idée première assez claire de ce que c’est qu’un monstre, et que plus on essaye de le définir, plus il va nous échapper, devenir multiple. Cela symbolise mon travail : je pars d’archétypes, d’un imaginaire commun, pour progressivement me diriger vers des choses plus personnelles et plus complexes. Votre travail pourrait se caractériser par la création sur scène d’images très fortes. Êtes-vous d’accord avec cela ? Complètement ! Je travaille en images. Je les laisse vivre dans ma tête, je m’y balade, je dessine en permanence, et dès que j’essaye quelque chose, je mets tout de suite de la musique, un costume. J’essaye toujours d’être dans des images. Et je me suis rendu compte que plus une image m’émeut, plus elle va résonner chez les gens. Donc je cherche toujours mon émotion. Que cherchez-vous à provoquer chez les spectateurs ? Le choc esthétique peut-il être le point de départ d’une réflexion ? La sidération et le fait de ne pas comprendre ce qui se passe sur scène, ça c’est la magie, et c’est mon outil premier. C’est une façon d’être dans le sensible plutôt que dans le rationnel. Je cherche à ce que les gens quittent le réel, cela permet d’entrer vraiment en profondeur dans les histoires.

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Cherchez-vous à transformer le réel ou à le déplacer ? Les frontières entre réel et irréel, entre l’inanimé et l’animé, nous semblent claires mais elles sont discutables. Pour les médecins par exemple, la frontière entre mort et vivant n’est pas très nette. Ce qui m’intéresse c’est de travailler ces frontières. La mienne est complètement poreuse, et si elle est percée de partout, alors l’irréel peut faire irruption dans le réel, et inversement. Et ça devient magique. On vous considère comme le chef de file de la magie nouvelle : vous reconnaissez-vous dans ce mouvement ? Tout à fait ! La magie nouvelle, c’est replacer la magie comme un langage artistique, pas juste une distraction. Un peu comme la BD il y a 30 ou 40 ans : maintenant on peut tout faire, alors qu’on pensait que ce n’était pas possible. Pour raconter le monde, ça a plein d’avantages ! Est-ce qu’on peut parler de tout, à travers la magie ? Je pense que oui. Chaque artiste va s’emparer des sujets qui le touchent. J’ai parlé de la mort, de nos angoisses, de nos imaginaires… Quel est pour vous le fondement de la magie ? C’est bouger la frontière. Au cirque aussi, on n’arrête pas de la repousser, avec la magie on va un peu plus loin. Mais il faut rester près du réel, sinon on arrive dans le virtuel, et c’est un autre travail. Je dirais que je travaille sur le degré d’acceptation du spectateur, qui ne se rend pas compte que sa frontière à lui se décale, que le seuil n’est plus le même à la fin du spectacle.


La Cité—Le métier

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Par Ludivine Weiss / Photos Klara Beck

Les métiers de l’ombre 4 Claude Mathia, régisseur général des Percussions de Strasbourg Qui ? Claude Mathia est, avec Laurent

Fournaise, l’un des deux régisseurs généraux des Percussions de Strasbourg, formation pionnière et mondialement reconnue de musique contemporaine. L’ensemble actuellement en tournée, sa mission est de coordonner la partie technique des événements : matériel, personnel et temps de montage nécessaires, adaptation des plans de scène et de lumière… Pourtant il y a 22 ans, lorsqu’il a commencé, il passait le plus clair de son temps non pas devant ses mails, comme aujourd’hui, mais à réparer les instruments. Aujourd’hui, les musiciens s’en chargent personnellement. Reste une constante dans le geste : celui de « soulever des caisses et les pousser, ça je le fais toujours et encore. » Des qualités pour y arriver ? « Il faut connaître le monde des percussions, qui comprend un éventail très large d’instruments.

Aux dernières nouvelles, on en avait 500 ici. Quand j’ai commencé, j’en ai découvert beaucoup. La base, c’est de se familiariser, parce qu’on peut vite s’y perdre. » Dans la salle de l’instrumentarium, Claude Mathia évoque avec passion ses débuts avec le Sixxen de Iannis Xenakis (instrument métallique de 19 hauteurs de son, conçu spécialement pour les Percussions de Strasbourg, en 1979), le fonctionnement des tables de Francesco Filidei (qu’on croirait sorties d’une salle à manger) ou la différence entre le son indéterminé d’un tam-tam et celui, plus précis, du gong balinais. Il aime ? « Créer un spectacle. Créer des univers. La musique contemporaine peut paraître un peu compliquée et j’ai toujours trouvé qu’il fallait y mettre un peu de lumière. Ce qui me plaît le plus, c’est d’arriver à produire une certaine atmosphère. » Il apprécie aussi les tournées et les voyages.

« On rencontre des tas de gens. J’ai vu plein de pays et donc plein de façons de faire. Partir en vacances est totalement différent que de travailler avec les locaux. C’est quelque chose qui m’a beaucoup apporté dans la vie et qui me plaît encore aujourd’hui. » Un souvenir ? Fondées il y a 60 ans, les Percussions de Strasbourg en sont aujourd’hui à la quatrième génération de musiciens. « Lorsque les nouveaux sont arrivés, ils ont dû reformer une équipe rapidement et ont réussi le challenge. J’étais épaté et avec François Papirer, l’un des musiciens restants de l’ancienne équipe, on était vraiment contents. » Concert des ateliers Percustra 08.06 | Théâtre de Hautepierre percussionsdestrasbourg.com


www. pelpass.net

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26 — 29 MAI 2022

JARDIN DES DEUX RIVES STRASBOURG


Admirer, trembler, s’élever. Ce printemps, prenons le temps de ressentir les beautés que nous révèlent les artistes. Qu’elles soient organiques et sauvages, ou composées et référencées, elles convoquent toujours la surprise et la sidération. La Cité—Culture

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Par Nathalie Bach, Lucie Chevron, Emmanuel Dosda, Sylvia Dubost et Fabrice Voné

L’empire des sens Georgia O’Keeffe, Black Mesa Landscape, New Mexico / Out of Marie’s II, 1930 © Georgia O’Keeffe Museum, 2021, Prolitteris


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— Arts Georgia O’Keeffe

« Quand je suis arrivée au Nouveau-Mexique, c’était chez moi. C’est devenu mon pays immé­ diatement. Je n’avais rien vu de tel avant, et ce paysage m’allait parfaitement. C’est peut-être quelque chose dans l’air qui est tout simplement différent. Le ciel est différent, les étoiles sont différentes, le vent est différent. » Dans cet État qu’elle visite pour la première fois en 1929 avant de s’y installer définitivement en 1940, Georgia O’Keeffe étanche sa soif d’espace et de lumière. Et atteint l’apothéose de son expérience picturale. Élevée dans une ferme du Wisconsin, dans le Midwest américain, puis familière du Lac George dans l’état de New York où elle passe ses étés, elle n’a cessé de peindre la nature, des paysages infinis aux éléments les plus fragiles. « On prend rarement le temps de voir vraiment une fleur. Je l’ai peinte assez grande pour que d’autres voient ce que je vois. » Cette attention au détail, à la perception et aux sensations qu’elle génère, fait de la peinture de Georgia O’Keeffe une expérience presque méditative, en tout cas spirituelle. Ses tableaux deviennent à leur tour des paysages dans lesquels se plonger et se perdre. Même lorsqu’ils penchent vers l’abstraction, que la réalité se dissout pour ne conserver que l’expérience sensible, ils sont toujours ancrés dans ce qui s’offre à nous. À sa manière très américaine (par ses sujets et sa fidélité à une certaine figuration que l’Europe rejette alors), Georgia O’Keffe trace néanmoins une voie singulière et inclassable, et ouvre la possibilité d’un nouveau rapport à la nature. Pas étonnant que sa peinture connaisse aujourd’hui un vrai engouement, comme le prouve, après celle du Centre Pompidou, cette riche exposition rétrospective. (S.D.) -> 22.05 Fondation Beyeler | Riehen / Bâle fondationbeyeler.ch

— Arts Marcelle Cahn. En quête d’espace

Exactes contemporaines, Georgia O’Keeffe et Marcelle Cahn sont nées et décédées à dix ans d’écart. Deux artistes de leur temps et de leur continent : l’approche de l’une est aussi européenne que l’autre est américaine. Parcourir l’œuvre de Marcelle Cahn, c’est en effet retracer l’histoire de la peinture européenne du xxe siècle. Tout au long de sa carrière, c’est-à-dire pendant une soixantaine d’années, elle a exploré tous les possibles de l’art contemporain tout en cultivant, en secret, une pratique de la figuration, qu’elle

Marcelle Cahn, Composition non-figurative, collage, 1976. MAMCS Photo : Mathieu Bertola

voit comme une récréation nécessaire. Née à Strasbourg en 1895 dans une famille à la solide culture classique, ses peintures sont d’abord de tendance expressionniste, puis cubiste, avant de prendre un tournant abstrait, d’abord courbe et très coloré, puis géométrique et tempéré. Elle se sera aussi essayée au monochrome, à la sculpture articulée et au collage, qu’elle pratique beaucoup à la fin de sa vie, par goût mais aussi par manque de moyens. Navigant entre France et Allemagne, elle fréquente, dans les années 30, tous les grands ­artistes de son temps : Fernand Léger, Amédée Ozenfant, Ossip Zadkine puis, grâce à ­M ichel ­Seuphor qui l’invite dans le groupe Cercle et C ­ arré, Hans Arp, Sophie Taeuber-Arp, Piet M ­ ondrian, ­Vassily Kandinsky… Elle est pourtant restée dans l’ombre de ses contemporains. Si son œuvre est présente dans les collections des musées, notamment au centre Pompidou et à Strasbourg, elle n’a que peu été montrée. L’exposition du MAMCS, également présentée au MAMC+ (Saint-Étienne) et au musée des Beaux-Arts de Rennes, est ainsi la première grande rétrospective consacrée à cette artiste à la fois rigoureuse et exubérante, à la personnalité attachante et à l’œuvre multiple, qui témoigne d’un appétit jamais rassasié pour l’expérimentation. (S.D.) 29.04 -> 31.07 Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg musees.strasbourg.eu


Photo Jean-Louis Fernandez

— Théâtre Les Serpents Propos recueillis par Nathalie Bach

Les Serpents de Marie NDiaye siffleront au-­dessus de nos têtes au Théâtre national de Strasbourg. Conte cruel et inoubliable d’une des auteures décidément les plus puissantes de sa génération.

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Il s’agit d’un infanticide commis par le père, avec la complicité plus ou moins passive de la grand-mère… Cette pièce a été publiée en 2004. C’est drôle, avec le temps, cette complicité m’apparait moins terrible, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je décris rarement une scène directement, je la fais souvent raconter par un ou une protagoniste. Ce n’est pas intentionnel, mais il peut y avoir un effet de chœur, je veux dire un chœur de déploration, qui raconte ce qu’il s’est passé. Ce qui implique aussi que le récit soit sujet au doute parce que quand un fait est rapporté, quand il sort de la mémoire de celui qui parle, sans qu’on l’ait sous les yeux, qu’en est-il de sa véracité ?

Quel a été le déclencheur de cette pièce ? À l’époque, nous habitions en Gironde, dans un village. Nous étions entourés de plantations de maïs, comme cernés. J’aimais imaginer le fait de se perdre dans ces maïs, je trouvais ça beau et inquiétant. Je crois que c’est cette géographie, cette vision des champs qui peuvent nous avaler qui a déclenché l’écriture. L’histoire est venue après, comme par entraînement.

Tout de même, il fallait l’inventer, cette histoire… Tout à coup, en vous parlant, et vraiment ça sort de mon inconscient, me revient que j’ai écrit cette pièce en arrivant en Gironde puisque nous avons quasiment dû fuir notre village de Normandie où nous habitions avec nos enfants, tout jeunes à l’époque. Nous avions quitté ce village après avoir fait éclater l’affaire de l’instituteur de CP, qui était un criminel violeur d’enfants. Il a été jugé deux ans plus tard et condamné à quinze ans de prison. Et tout à coup, je me demande si cette histoire de petit garçon sacrifié avec l’ogre dans la maison n’aurait pas été inspirée par cet évènement. C’est curieux de relater cette histoire, ça ne m’a jamais traversé l’esprit avant et maintenant que je vous le dis ça me semble presque évident. Mise en scène Jacques Vincey 27.04 -> 05.05 TNS

Une histoire d’ogre ? En l’occurrence, un ogre invisible. Je suis souvent inspirée par les contes, ils me fascinent depuis toujours.

Le dernier numéro de Parages, la revue du TNS, est entièrement consacré à Marie NDiaye tns.fr

« On ne revient jamais, quand on vient de gagner, sur le lieu où s’est livrée la bataille, car sait-on ce qui nous attend, tapi dans l’ombre ? » C’est une réplique des Serpents, une phrase clé peut-être ? À tel point que je trouve que c’est une clé presque trop claire [rires] et qui pourrait résumer à elle seule la pièce. Elle aurait même pu en être le titre si elle n’était si longue et intraduisible !


Fùria de Lia Rodrigues

— Danse Festival Extradanse

JEUDI 28 ET VENDREDI 29 AVRIL 20H PALAIS DE LA MUSIQUE ET DES CONGRÈS

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L’Arlésienne, Suite n°1

TOMASI

Concerto pour trompette

DEBUSSY Images

DIRECTION

AZIZ SHOKHAKIMOV TROMPETTE

GÁBOR BOLDOCZKI

ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG ORCHESTRE NATIONAL

philharmonique.strasbourg.eu

©MARCO BORGGREVE - N°2-1124641 / N°3-1124642

Nouvelle édition pour Extradanse, le temps fort annuel orchestré par Pole-Sud. Au menu, une programmation au carrefour de la violence et de la résilience, de la terreur et de la beauté. À travers huit écritures chorégraphiques contemporaines, c’est la beauté de l’être humain dans toute sa diversité autant que ses pires tourments qui nous sont révélés. Avec Bugging (les 27 et 29 avril), Étienne Rochefort met à l’honneur les danses urbaines, reflets et effets d’un monde en déchéance. Breakdance, popping, hip-hop, freestyle, house, krump, voguing, twerk, toutes sont à la fois un cri d’espoir pour l’avenir et traversées des fêlures du temps passé et présent. De son côté, Lia Rodrigues rend hommage aux êtres marginalisés, corps minorés et souvent exclus. Sa pièce Fùria (les 3 et 4 mai), en intensifiant les stigmates, convoque par une énergie dévastatrice et un élan de liberté, la beauté invisibilisé de ces individus à la marge. Dans une approche similaire, Trottoir de Volmir Cordeiro (le 10 mai) interroge le concept de « corps exposé », lieu de surgissement des « existences, des rébellions, des manifestations, des représentations ». Corps contrôlé ou qui contrôle, corps qui se performe, que l’on surexpose ou que l’on efface, corps qui travaille, corps différent… Un hymne aux différences et une critique des politiques contemporaines. (L.C.) 25.04 -> 19.05 Pole-Sud pole-sud.fr


La Cité—Culture

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— Théâtre Le Témoin Propos recueillis par Lucie Chevron

Le Strasbourgeois Cyril Balny et la compagnie La Récidive nous plongent dans les méandres de la mémoire, recueil de nos souvenirs et oublis, pour en faire surgir la toute première image. La scénographie de cette nouvelle création vient rompre avec l’habituel cube noir. Quel rôle donnez-vous à cet espace ? Ce lieu blanc, immaculé, presque surexposé, c’est celui de la mémoire vierge. C’est un peu la catastrophe des débuts, qui va poser deux questions : comment apparaît la première image ? Qu’est-ce que c’est que de commencer ? Dans cette mémoire vierge, quelle est la place de l’acteur ? Le dispositif est analogue à celui d’un peintre. Comme le peintre va mettre sa toile sur le chevalet, disposer ses couleurs pour enfin se demander où et comment poser la première touche, je vais chercher à créer, chez le spectateur, les circonstances du surgissement de la toute pre­ mière image. Les conditions sont réunies pour qu’il alimente et nourrisse cette mémoire vierge, afin qu’elle devienne une toile de projection. En parlant, en donnant des suppositions, je ne fais que de construire des images dans l’esprit du spectateur. Alors, comment « commencer » ? Cette question, c’est toute la tragédie de la pièce. On voudrait bien commencer les choses. Mais en réalité, on les commence avant même de les rendre visibles, à partir du moment où on y Le Témoin

pense. Ça, ça nous échappe. Et à vouloir faire la meilleure ou la plus belle image, celle qu’on s’imagine, on se dirige inévitablement vers la catastrophe, vers l’échec. Alors, on efface, on gomme, on oublie, pour recommencer. Est-ce qu’on pourrait parler d’expérience sensorielle ? Dans nos autres productions, on amène ce travail par l’univers plastique, les sons, les lumières, etc. Dans Le Témoin, il y a quelque chose de plus brut. Par ce trajet menant l’acteur vers l’échec du surgissement de cette première image, on est dans une forme d’empathie, dans un univers sensible. Et malgré tout, il y a une recherche d’esthétisme ? Contrairement à nos autres créations dans lesquelles on investit beaucoup la scénographie, ici, le jeu est de travailler une forme de précarité. Mais dans un même temps, il y a une grosse densité de rapports plastiques qui n’apparaît pas dans un rapport esthétisant, dans une recherche du beau, mais d’une façon très active. Cet esthétisme, le spectateur se le crée lui-même, dans son imaginaire. 03.05 -> 06.05 TAPS Laiterie taps.strasbourg.eu

— Arts de la rue L’Humour des Notes

Un lustre pour trente bougies ! Le festival L’Humour des Notes à Haguenau promet une édition XXL à l’occasion de son 30e anniversaire. La compagnie Transe Express, réputée pour ses créations aériennes et musicales, animera ­Cristal Palace - Bal au clair de lustre sur le parking de la Vieille Île. Autre temps fort, Zic Zazou tirera sa révérence avec Ze End, épilogue d’une longue carrière entamée au début des années 1980 sous la forme d’une fanfare rock. En dehors des spectacles programmés au Théâtre de Haguenau, le village des enfants posera son chapiteau en face de la médiathèque, la scène du Comptoir des Loges accueillera des concerts de groupes locaux et plus d’une trentaine de spectacles seront joués hors les murs. Aussi bien dans les communes avoisinantes que dans la Forêt Indivise de Haguenau à l’aire du Gros-Chêne. La programmation complète de cette 30e édition, qui draine 250 artistes pour 400 000 festivaliers sur neuf jours, sera dévoilée fin avril. (F.V.) 21.05 -> 29 .05 Haguenau humour-des-notes.com



La Cité—Culture

1 — Courtney Barnett — DR 2 — Dowdelin — Photo : Jp Gimenez 3 — L’atelier de Jamilla Wallentin au Bastion 14 — Photo : Alex Flores

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— Musique Courtney Barnett

Sortir les poubelles devant sa maison individuelle, passer la tondeuse dans l’allée, jouer de la guitare en sa chambrette adolescente, regarder les enfants du lotissement faire leurs premiers tours de quartier à bicyclette ou observer de jeunes mamans se promener derrière leurs poussettes : tels sont actuellement les plaisirs simples de Courtney Barnett. La bonne copine de Kurt Vile, coqueluche rock indé du nouveau millénaire, a débranché sa guitare pour un troisième disque à écouter en boucle. Un album de confinement, forcément apaisé, invitant à s’extraire d’un monde qui a entre-temps repris sa course folle, en plus violent. L’artiste australienne à frange s’apprête à livrer en live les pages de son pamphlet de velours pour un nécessaire droit à la paresse. Prenons notre temps, en toute intimité et avec nonchalance, en compagnie de Courtney. (E.D.) 19.06 | La Laiterie artefact.org

— Musique Dowdelin

Comment ne pas dodeliner de la tête, et plus si affinités, sur la musique de Dowdelin ? La recette de ce cocktail antillais, coloré, sucré et fortement dosé ? Une bonne rasade de chant en créole (l’artiste d’origine martiniquaise Olivya) et une grande lichée de tonalités électroniques (le producteur lyonnais David Kiledjian), le tout shaké avec des soupçons de sensualité soul, jazz

hybride, percussions des îles et hip-hop twisté et zouké. Une belle odyssée carnavalesque à vivre dans le cadre du festival Contre-Temps, pour une soirée où Dowdelin partagera l’affiche avec Ko Shin Moon. Cette formation hexagonale navigue à vue entre dub du désert, techno-bouzouki et danse du ventre electro. Dalida en transe sur le dance floor ! (E.D.) 17.06 | Espace Django espacedjango.eu contre-temps.net

— Arts Ateliers Ouverts

Comme à chaque belle saison, les artistes ouvrent leur antre aux visiteurs curieux et esthètes, avides de connaître l’envers du décor, de découvrir les secrets de fabrication et les sources d’inspiration de ceux qui ont fait de la recherche du beau, quel qu’il soit, leur moteur et leur métier. En ville comme au vert, 150 ateliers et 500 artistes lèvent le voile pendant deux week-ends, offrant un moment de rencontre aussi privilégié qu’éphémère. À partir du 15 avril, on se laisse guider par le site pour établir ses parcours à sa guise, en fonction de la localisation des ateliers et des médiums des artistes. L’occasion peut-être de s’offrir une escapade à la journée en dehors de la ville, à la découverte d’ateliers moins fréquentés, puisque la manifestation se déploie dans toute l’Alsace. (S.D.) 14-15.05 + 21-22.05 Strasbourg et Alsace ateliers-ouverts.net



La Cité

neue vague L’association Le Troisième Souffle reprend le cinéma L’Odyssée, qui deviendra le Cosmos. Propos recueillis par Sylvia Dubost / Photo Christophe Urbain

Qui êtes-vous ? Un collectif de 14 personnes d’ici et de partout (tous milieux culturels confondus) réuni autour de l’association Le Troisième Souffle pour ­penser et porter le projet du cinéma municipal de Strasbourg. Nous y avons travaillé pendant plus d’un an avant d’être choisis par la Ville comme nouveaux délégataires. Qu’est-ce qui vous rassemble ? L’amour du cinéma. L’envie de porter un projet ouvert qui emporte tout le monde. La conviction qu’aujourd’hui, les propositions culturelles totales et multiples font la différence : en l’occurrence faire des salles des lieux de croisements, de vie, de création, de réflexion et non plus seulement de diffusion. Le goût des bonnes choses, à voir ou à manger. Pourquoi « Le Troisième Souffle » ? On avait Jean-Pierre Melville en tête, l’idée de trouver le deuxième souffle pour L’Odyssée, mais le nom était déjà pris par une société de prod’, alors on est passés au troisième. Pourquoi L’Odyssée ? C’est un lieu qui nous fait rêver. Diriger un lieu culturel, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Le diriger collectivement et avec les gens que ce lieu concerne. On a tendance à oublier qu’un lieu est surtout défini par celles et ceux qui y viennent. Cela signifie aussi mobiliser des gens qui ne pensent et ne font pas comme nous pour l’enrichir.

Diriger un cinéma aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie ? Aujourd’hui, diffuser des films ne suffit plus pour encourager les gens à sortir de chez eux. Il s’agit de placer le cinéma au centre mais de l’accompagner par toutes sortes de propositions culturelles, événementielles et pédagogiques, et pas seulement dans les murs. Penser un lieu comme un festival, finalement. Quelles sont les valeurs qui vous guident ? Autour du cinéma : la curiosité, la recherche, l’émotion, la transmission. Sinon, l’écoute, la rencontre, la générosité, la conscience de l’environnement. La construction d’un monde plus beau et plus vivant, même si ça fait cucul la praline… À quoi ressemblera L’Odyssée demain ? À un film qu’on aime : il racontera le monde d’aujourd’hui et il s’y passera plein de choses. Et maintenant, qu’allez-vous faire ? Créer la coopérative qui gèrera le cinéma et réunira spectateurs, salariés, partenaires, collectivités, le bar et nous, membres fondateurs. Et préfigurer le lieu : des premiers événements devraient voir le jour cet été… Le cinéma sera transformé avant réouverture. Début des travaux le 9 avril, ouverture prévue fin 2022. RDV dans le n°50 de Zut pour en savoir plus sur le futur lieu et le projet culturel.


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L’équipe du futur Cosmos (de gauche à droite)

Maud Repiquet, administratrice des ­Percussions de Strasbourg, vice-­présidente du Troisième Souffle Alice Bourcereau, caissière aux cinémas Star et artiste pluridisciplinaire Jonathan Metz, chargé de production de l’association Pelpass Fabien Texier, directeur de l’association Central ­Vapeur, président de ­l ’association Garage Coop, membre fondateur du ­Troisième Souffle

Catherine Mueller, co-­directrice de La Chambre Cécile Becker, journaliste indépendante (et rédac’chef de notre rubrique La Table), secrétaire du Troisième Souffle, future secrétaire générale. Pierre Glista, responsable de salle au restaurant In Vino Veritas, futur gérant du bar du cinéma Laëlien Lecerf, saisonnier-vigneron, ancien responsable de salle au Café des Sports, futur gérant du bar du cinéma

Etienne Hunsinger, ­administrateur de la compagnie Gisèle Vienne, membre fondateur et trésorier du Troisième Souffle. Futur directeur d’exploitation. Adrien Moerlen, directeur artistique et graphiste du studio Le Futur Till Zimmermann, traducteur, membre fondateur et président du Troisième Souffle Noémie Flecher, fondatrice du studio nojo Adèle Lhoutellier, ­secrétaire générale du TJP-CDN Strasbourg Grand Est Joël Therin, fondateur du studio nojo


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Photo Manu Grimm

Photo Catherine Schroder

La Pokop La Pokop, salle de spectacles Paul Collomp 19, rue du Jura www.lapokop.fr Rencontre de toutes les danses & Finale nationale Danse avec ton Crous 2022, semaine du 9 mai Festival de rencontres scéniques DémoStraTif, du 31 mai au 4 juin Les Ruines de Gaëlle Hubert / ARTUS - Théâtre universitaire de Strasbourg, du 8 au 11 juin

Dans la cité universitaire Paul Appell, l’ancien gymnase Paul Collomp s’est métamorphosé en salle de spectacle. Et monter ce projet fut presque un combat. D’ailleurs, avant les travaux, on a retrouvé dans cet équipement sportif, obsolète depuis les années 90, des vieux tracts pour ­A rlette Laguiller. L’idée d’une salle culturelle était depuis 2013 dans les cartons du Service universitaire de l’action culturelle (SUAC) et du Service culturel du Crous, qui portent aujroud’hui collégialement La Pokop – comme la figure de style l’apocope. Aujourd’hui, elle intègre enfin 204 sièges rouge vif, un gradin rétractable (pour 500 places debout), un agréable rapport salle/ scène et un hall d’accueil de 110 m2. Conçue par le cabinet d’architectes strasbourgeois Weber & Keiling, elle offre un lieu de diffusion et d’expérimentation aux étudiants ou jeunes professionnels. Sylvain Diaz, directeur du SUAC et membre de l’équipe artistique (avec Juliette Lacladère et Violette Doire), évoque un vide à combler dans

une université riche en formations artistiques et une ville où abondent les associations culturelles. En septembre, la nouvelle Salle de la Table ronde (bâtiment le Patio) fermée depuis plus de dix ans, va rouvrir pour accueillir répétitions ou formations et ainsi renforcer les actions de La Pokop. Si le trio à la tête du comité de programmation compte défendre l’émergence, il convie également « des créateurs qui ont plus de bouteille pour générer des dialogues entre artistes confirmés et en devenir. Nous souhaitons instaurer des relations au long cours pour favoriser la découverte d’un geste artistique ». Résidence des compagnies Marino Vanna et L’Harmonie Communale, orga­nisation du tremplin musical étudiant Pul­ sations ou carte blanche offerte à Sacha Vilmar & Anette Gillard, la structure universitaire s’apprête notamment à accueillir le festival de rencontres scéniques DémoStraTif. Kop ou Pokop ? (E.D.)


S E L B A T I V É IN RÉVOLTES 31.05 ↘ 2022 04.06

#5 DÉMOSTRATIF S RT A FESTIVAL DES GENTS ER SCÉNIQUES ÉM

STRASBOURG → CAMPUS ESPLANADE & KRUTENAU → ÉVÉNEMENTS GRATUITS → DEMOSTRATIF.FR


La Cité—Instant Flash

Un apéro avec Alex Lutz Metteur en scène, comédien, auteur et réalisateur préoccupé par l’humain.

Par Cécile Becker Photo Jésus s. Baptista

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Ça vous évoque quoi d’être ici, au bar du Théâtre national de Strasbourg ? Les fois où j’y suis allé à l’époque de Martinelli [Jean-Louis, directeur du TNS de 1993 à 2000], avec des acteurs qui m’ont formé en tant que spectateur : Sylvie Milhaud, Alain Fromager, Charles Berling… L’année des treize lunes est le premier spectacle que je suis venu voir. Je me souviens de l’Andromaque avec Sylvie Milhaud, à se damner, d’un concours loupé avec brio. Je n’ai jamais réussi l’ombre d’un concours – comme j’avais déjà ma compagnie, je montais déjà des projets, les autres choses arrivaient en bout de course… Il a bu Une limonade La journaliste a bu Un vin blanc catalan : Xarel·lo vermell, Tanca Els Ulls, domaine Celler del Cesc, 2020 Qui a réglé la note L’UGC Ciné Cité Propos recueillis le 1er avril au Cafoutche, dans le cadre de l’avant-première d’À l’ombre des filles d’Étienne Comar, à l’UGC Ciné Cité

Arrivez-vous toujours à être spectateur ? C’est une question très intéressante parce que c’est fondamental. Plus vous avancez dans un métier qui vous passionne, plus il est chronophage, et plus on est de mauvais élèves. Même si j’essaye, il y a beaucoup de choses qui m’échappent. Je rêverais de me dégager un an pour faire des expos et me plonger dans toutes les lectures laissées de côté. Dans tout ce que vous faites, il y a un attachement au côté « social ». Vous sentez-vous du côté du peuple ? Je me sens du peuple, tout le monde est du peuple, je ne crois pas que des gens n’y soient pas. C’est le grand malentendu de l’humanité… L’oligarque, pour citer un mot à la mode, comme celui qui est en bas de l’échelle, peinent à se réconcilier : c’est le grand sujet du théâtre et du cinéma. Je suis un être humain avec sa grille de défauts, de malentendus, de trébuchements, d’erreurs, de certitudes et d’incertitudes. Le grand malheur, c’est que tout le monde essaye en permanence de s’extraire de cette humanité pour être autre chose, pour échapper à ce qu’il est ou à ce qu’il doit devenir, parce qu’elle est lourde cette humanité, elle est merveilleuse mais c’est dur. Je me situerais plus du côté de l’universalisme, avec conscience. Mais j’aime notre espèce. Sans réserve ? Je suis fatigué, agacé mais pas misanthrope. La guerre en Ukraine, les femmes violées, les populations déplacées, les frontières… on en est toujours là. Notre espèce est incroyable : le beau et le mal incarnés. Ce que j’aime c’est l’inutilité qui devient utile : faire une pièce, un film, créer... Je suis émerveillé que dans une grotte il y ait eu des dessins alors que le premier souci était de ne pas se faire bouffer par des trucs avec des dents aussi grosses que tes jambes… Il y a du beau, il faut faire l’effort de le voir.

Ce sont les nuances qui vous intéressent ? Si je dois incarner un salopard, je vais aller chercher ce que je peux y mettre de secrets constituants une casserole probable. On est tous constitués de ça, de paradoxes. Et cet hymne prononcé à tout-va : s’affirmer, être une meilleure version de soi, vous en pensez quoi ? C’est ce que je déteste dans cette époque, ce leurre très américain… Leur rapport à la psychanalyse mélange Lacan, ma belle-sœur et le yoga… Ce truc de « toi, toi, toi, affirme-toi », c’est pas comme ça qu’on vit avec les autres. Être avec l’autre suppose des compromis, et ce n’est pas forcément une annulation de soi. C’est un effort, de l’attention. Je m’en suis rendu compte lors d’une crise d’angoisse énorme sur scène. Un trou insurmontable, grosse fatigue, palpitations. Je sors de scène, blanc comme un cul avec des idées convoquées autour du moi, moi, moi. Et puis, alors que le pompier me tendait du sucre et que ça ne servait à rien, j’ai pensé au public : deux bonnes femmes devant qui ont payé 75€ chacune, d’autres qui ont fait 25 bornes, un anniversaire, ça m’a décentré et fait remonter sur scène. L’empathie pour bien faire votre métier ? J’aime beaucoup cette phrase de Françoise Sagan, que j’adore, sur l’imagination, où elle dit que c’est pour elle la plus grande vertu. Dans son bégaiement habituel, elle explique : « Avec de l’imagination, je peux me dire : « il avait une voix bizarre tout à l’heure, il lui est peut-être arrivé quelque chose, je vais lui téléphoner. » Ça, ça me rétame la gueule d’émotion. C’est d’une simplicité absolue mais nos métiers nécessitent au moins ça. Il est méchant, ben pourquoi ? C’est l’exercice qu’on doit faire sur scène : mettre de l’imagination, de la complexité, de l’asymétrie, de la couleur et de la nuance. C’est tout ce qu’on a à faire.


Photo Studio

28, rue du Général de Gaulle 67205 Oberhausbergen 03 90 20 59 59 www.preview.fr

Tirages Art print en série limitée disponibles ici �


La beauté du vêtement,

comme la beauté de la vie, vient toujours de la liberté. Oscar Wilde, Aphorismes

Le Style.


Photos Alexis Delon / Preview Réalisation Myriam Commot-Delon

Mannequin Irina upmodels.fr Make-up artist Sophie Renier sophierenier.com Coiffure Alexandre Lesmes / Avila 69, rue des Grandes Arcades 03 88 23 05 43 @avilacoiffure Post-prod Emmanuel Van Hecke Preview www.preview.fr

Blouse à col lavallière et jupe courte Elisabeth Franchi chez Algorithme La Loggia.

cest comme ça

Quand elle arrive au rendez-vous, si une fille a une allure folle, qui va se plaindre qu’elle est en retard ? Personne. L’attrape-cœurs, J. D. Salinger


Robe courte en coton rose papaye Isabel Marant chez Ultima.



Manteau en lin et lurex Tagliatore et pantalon Berwich chez Revenge Hom. Sandales en nylon matelassé Elena Iachi chez Ultima. Collier Ethiopian’s Dream en or jaune, opale et diamants Éric Humbert.




Veste longue en lin et laine, pull et short en coton à poches plissées en satin, sac enveloppe Griffin en cuir matelassé, le tout Rick Owens chez Algorithme La Loggia.


Manteau en lin ciré, pantalon en coton et lin à effet texturé Ipsae. Chapeau Red Valentino chez Ultima. Mules Robert Clergerie By Chufy chez Ultima Bis.


Pleins feux sur la maison Arthus Bertrand et ses collections à haute valeur patrimoniale et sentimentale. De l’art des médailles honorifiques aux codes signatures des récentes lignes joaillières scandées avec acuité depuis deux ans par Camille Toupet, sa directrice artistique. Rencontre. Par Myriam Commot-Delon Le Style—Joaillerie

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L’œil qui brille

Combien de rubans épinglés aux revers d’une veste, et combien de trophées et de bagues de promesses portées, avant que Camille Toupet ne se plonge dans les passionnantes archives d’Arthus Bertrand et n’imprime sa signature joaillière ? Une ­p etite incursion dans son CV cadencé s’impose. Après avoir fait ses classes mode à Esmod, et marketing au FIT à New York, puis développé l’accessoire chez Loewe et Rochas, ce fut l’ouverture en 2000 à Paris de son propre studio de création, avec une envie chevillée au corps : se spécialiser en haute joaillerie. En résulte moult collaborations et best-sellers à succès, de S ­ eventies chez Dinh Van, un simple anneau de porte-clé détourné de la plus poétique des manières, à Monogram Galea chez Louis Vuitton, un délicat travail sur le souvenir et l’effacement, ou encore Galea, le redesign du premier bijou de Baccarat, jusqu’à des pièces d’exception pour Boucheron et Mikimoto. Aujourd’hui, chez Arthus Bertrand, l’exercice est tout aussi ciselé mais son rôle y est plus holistique : « Je travaille aussi bien sur l’ensemble des collections que sur les vitrines, la communication, le merchandising. Mon rôle consiste à définir une identité artistique sur l’ensemble de ce que la marque émet comme signes. Je donne le ton. »

C’est avec cette liberté d’action périphérique qu’elle a pu redéfinir le statut de joaillier de cette maison, réputée pour son savoir-faire de médailleur et d’orfèvre, précieuse passeuse de récompenses honorifiques et de témoignages de sentiments. N’y a t-il pas le monde entier, entre une toute petite médaille de naissance et la croix de la Légion d’honneur ? « Arthus Bertrand n’est pas seulement une maison de joaillerie, ils ont différents métiers associés qui donnent finalement un patrimoine assez différent de ce que l’on peut trouver chez Boucheron, Van Cleef ou autres. C’est très intéressant de se dire : «Comment je vais le transposer en bijoux ?» En bijoux féminins de surcroit. Arthus peut parfois avoir ­aussi une connotation masculine, l’important était de vraiment réussir à faire de la joaillerie féminine, qui donne envie et soit bien faite ». Et leurs valeurs ne transigent ni sur la fabrication – 100% artisanale et française, dans les ateliers à Saumur – ni sur l’éthique : « On ne travaille qu’avec des fournisseurs certifiés RJC. Dans le milieu de la joaillerie c’est quelque chose de très important, on a des niveaux d’exigence, que ce soit pour la traçabilité des pierres, de l'or recyclé et le respect des matières premières et des humains, autant de piliers de la politique RSE de la maison. C’est important et très réel ! »

Dès lors, on peut aisément comprendre sa délectation à s’immerger dans ce patrimoine inédit et élaborer de nouvelles créations joaillières : « Nous avons une formidable chambre des matrices, des pépites vraiment extraordinaires… Aujourd’hui, la première phase de travail est passée, c’est-àdire mettre en place un certain nombre de lignes de joailleries, ou d’autres en argent et vermeil qui se finalisent. De même que développer un nouvel intérêt pour la médaille, qui ne soit pas uniquement classique et religieuse. La médaille est aujourd’hui très à la mode, on est très légitimes dans ce domaine. » La sélection qui suit le prouve, pile dans le goût de l’époque. Quant à leur solaire boutique strasbourgeoise, nichée elle aussi depuis deux ans au cœur du quartier historique, quand on découvre que la façade de cette belle bâtisse de style rococo fut reconstruite en 1751 par un orfèvre et s’orne au rez-de-chaussée de mascarons représentant des allégories, l’un des thèmes de prédilection de la maison, on se plait à croire que les hasards, comme les rubans, ça crée des liens. Arthus Bertrand 18, rue du Dôme 09 70 97 02 77 arthusbertrand.com


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Photos : Isabelle Bonjean / Yannick Le Merlus

D’or et déjà Sur les rails de nos envies, ces trois collections ultra-médaillées

1— Comédie. Un joyeux mix d’acrobaties aériennes à composer à l’envi sur une chaine faisant écho à l’agrès des saltimbanques. Un discret tintinnabulement de médailles de taille et de symboles variés estampés sur or, argent ou vermeil, azimutant aussi des bracelets et des boucles d’oreilles. 2 — Enlacé. Attention, futur nouveau classique, et risque élevé de désirabilité inspiré par le ruban d’honneur enlacé. On s’enchainerait sans résistance à la bague Ruban Enlacé en or jaune et diamants, certainement le début d’un long « revenez-y », où les bagues se mixeraient aux manchettes, l’or à l’argent, cette association tant décriée, aujourd’hui devenue l’acmé du bon goût.

3— Les allégories d’Arthus Bertrand. Des médailles précieuses et joaillières s’inspirant de l’allégorie La Renommée du sculpteur Charles Pillet - qui fut 1er prix de Rome et l’un de leurs collaborateurs historiques aujourd’hui une médaille XXL rééditée à l’identique, en argent. La pièce qui nous aimante ? Le médaillon Gaïa Rose, en émail grand feu, or jaune et diamant, unissant la feuille de laurier et la texture « gros-grain » du ruban, deux symboles chers à la maison et source d’inspiration majeure.


Le Style—Accessoires

La fine fleur des sacs Et si leur faire porter le bouquet était le nouveau fashion statement de ce printemps ? Par Myriam Commot-Delon Photo Alexis Delon / Preview

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un apéro avec… 6 4

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Pochettes en faille de soie La Doublej chez Marbre. Sac Ava en veau Celine chez Ultima. Cabas Knot me up en raphia et taffetas Red Valentino chez Ultima. Mini cabas en lin gansé de cuir de crocodile orange à bandoulière amovible Revenge Hom. Boite cuir Triomphe en veau Celine chez Ultima. Sac Charly Bag en python Claris Virot chez Algorithme La Loggia.

—— Sélection de fleurs de saison et de cueillette par la fleuriste Jeanne Osswald de chez Ronsard. 10, rue du Renard Prêchant ronsard-fleuriste.com


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Kimono en soie, pull oversize en viscose eco friendly et pantalon large Ipsae. Mules Chloé chez Ultima. Boucles d’oreilles étoiles en or blanc et brillants Éric Humbert.


Chemisier en soie Dolce & Gabbana, pantalon en lin Zimmermann et sandales en satin Jimmy Choo chez Ultima. Collier Bora Bora, collier Fil et boucles d’oreilles étoiles, le tout en or blanc et brillants Éric Humbert.


Robe caftan en soie La DoubleJ chez Marbre. Collier Bora Bora, collier Fil et boucles d’oreilles étoiles, le tout en or blanc et brillants Éric Humbert.


Chemise Rosso35 et jupe-culotte en popeline de coton Pierre-Louis Mascia chez Marbre. Boucles d’oreilles étoiles en or blanc et brillants et bague Eole en or blanc et saphir Éric Humbert.


Les inclinaisons et les intérêts de chaque individu sont liés à leur histoire. Ceux de Nesibe Yavuz, jeune créatrice alsacienne d’origine turque, oscillent entre son goût de l’autre, le beau inattendu et son envie de créer un espace de rencontres avec d’autres artisan·e·s de sa génération au sein de sa marque de bijoux Sibé Collective. Par Myriam Commot-Delon Le Style—Portrait

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Dans ce goût-là Amatrice de design et d’art, Nesibe, la trentaine à peine, affectionne tout particulièrement de se laisser guider par sa double origine, mais aussi par l’imperfection et le « beau » qui surgit là où on ne l’attend pas. À l’instar de son virage professionnel, qu’elle évoque avec la fierté de celles et ceux qui ont eu le courage de tout balayer d’un revers de main pour réaliser leurs rêves. « Après avoir présenté le barreau de Strasbourg, j’ai finalement été rattrapée par ma fibre artistique et j’ai suivi des cours de stylisme à Istanbul, fait un stage formateur chez Dice Kayek et enchainé plusieurs jobs dans la mode avant de créer Sibé Collective en 2020. Au final, ce diplôme de juriste, l’éducation de mes parents et mon parcours scolaire puis universitaire (à Strasbourg, de l’institution La Providence au lycée international des Pontonniers, ndlr) m’ont donné une rigueur, une conscience écologique et une curiosité très utile pour initier ma marque ». Un slash de cultures qu’elle cultive aujourd’hui en faisant fabriquer ses bijoux en argent par un artisan stambouliote, mais en veillant toujours à rester à Istanbul le plus longtemps possible pour limiter au maximum son empreinte carbone. Son ADN ? Ne garder que l’essentiel, tout comme ses artistes préférés : Brancusi, Calder, Barbara Hepworth, Jean Arp ou l’œuvre dessinée au pinceau de Matisse découverte au tout début de ses études : « C’est fou, avec juste quelques lignes, il évoque un visage ! C’est cette extrême simplicité linéaire que je recherche à atteindre quand je dessine mes bijoux ». Sans oublier une attirance récurrente pour le daté élégant, qu’elle photographie quotidiennement pour nourrir son feed instagram : « J’aime capturer les détails inattendus qui m’en évoquent d’autres, comme l’élégance des personnes âgées issues de milieux modestes ou de l’immigration. De simples passants photographiés le plus souvent de dos et dont j’étudie avec attention les camaïeux de leurs tenues. D’ailleurs, je m’habille un peu à leur manière ! ». Un goût pour l’extrinsèque qu’on retrouve également dans ses rencontres

1— Collier-vase Hypnos, fil d’argent 925 ou plaqué or, Sibé Collective x Morgane Pasqualini Céramique 2— Photographie issue de son compte instagram personnel : @sibeyni 3— Boucle d’oreille Fleur, fil d’argent 925 ou argent plaqué or 4— Photographie personnelle 5— Portrait de Nesibe Yavuz portant les boucles d’oreilles The Lovers

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ou ses lectures : du collier Hypnos, sa première collaboration – une interprétation d’un des vases phares de la céramiste Morgane Pasqualini – jusqu’aux contours stylisés de sa collection Fleur, inspirés du poème Élévation de Charles Baudelaire dont on citera ici les derniers vers : « Celui dont les pensers, / comme des alouettes, / Vers les cieux le matin prennent un libre essor, / - Qui plane sur la vie, et comprend sans effort / Le langage des fleurs et des choses muettes ! » Porter à ses lobes un poème, beau, non ? sibecollective.com @sibecollective

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TAGLIATORE ETON TRANSIT JOHN SMEDLEY

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Adieu peau flagada, manque d’énergie et taille en trop. Joëlle Estienne-Gstalder, thérapeute de la maison de beauté Ollisane, nous explique pourquoi une approche holistique de l’esthétique est la pierre angulaire du « beau-être ». Le Style—Beauté

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Par Myriam Commot-Delon

Action, réaction

D’où l’importance de bien adapter sa routine beauté ? Oui, en ciblant précisément les besoins afin de redonner de l’autonomie à notre peau pour qu’elle s’auto-régénère. D’où l’importance d’un accompagnement à 360°, avec un diagnostic dermo-cosmétique approfondi pour bien cibler chaque problématique. C’est ce que nous appliquons au salon avec notre méthodologie de beauté globale et l’utilisation de produits fortement dosés en actifs comme ceux de chez Bio­ logique Recherche. Donc si la peau fait partie d’un tout, nos kilos superflus aussi ? En tant que naturopathe, je préconise un rééqui­ librage alimentaire, n’oublions pas que nous avons de grandes capacités d’auto-guérison

quand les besoins du corps sont satisfaits et pour qu’une perte de poids soit durable, il faut commencer par comprendre les causes pour pouvoir mieux traiter les conséquences. C’est le principe de la physiosystémie et de nos cures minceur et anti-âge qui prennent en compte tous les segments de terrains qui abiment les résultats. Et ils sont beaucoup plus longs à obtenir, voire inexistants, si on ne tient pas compte de la nutrition, du sommeil, du système digestif, vasculaire, hormonal et émotionnel. Mais encore faut-il accepter ses défauts et les aimer ! Cela fait partie du concept de beauté holistique, il faut partager des émotions positives pour être en harmonie avec son miroir ; et quand notre parcours de soins atteint ses limites, c’est au tour des chirurgiens esthétiques avec lesquels nous collaborons de prendre le relais. Sinon, de façon plus générale, prendre soin de soi est tout simplement un formidable anti-stress, surtout dans la période anxiogène que nous vivons aujourd’hui ! Ollisane Maison de Beauté 32, Avenue Léon Dacheux 03 88 39 28 34 ollisane.fr

Photo Alexis Delon / Modèle Anzhelika – Upmodels

Jouer collectif, c’est la clé pour être en symbiose avec notre écosystème cutané ? La peau et le corps expriment ce qu’on ne peut formuler avec des mots, et les complications qui en résultent reflètent souvent nos difficultés avec le monde extérieur et parfois certains conflits enfouis et non exprimés. Notre peau « parle », elle nous envoie des signaux de communication pour nous alerter, c’est ce que nous nous efforçons de déterminer avec la cornéothérapie, un traitement anti-âge qui restaure la couche cornée de l’intérieur vers l’extérieur et qui fait office de garde-corps.


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Parfums

PAUL SMITH RICK OWENS MASNADA ELISABETTA FRANCHI ALLUDE RRD IVI MASON’S PARAJUMPERS BARBOUR PHILIPPE MODEL PREMIATA SABOT YOUYOU CLARIS VIROT IBELIV BLEU DE CHAUFFE VERNIS ECO KURE BAZAAR COSMÉTIQUES BIO ABSOLUTION SECRID HISTOIRE DE PARFUMS LUBIN BIJOUX CATHERINE MICHIELS ET ROSA MARIA… MONTRES FOB KOBJA

23 & 24 avril 2022

Samedi 23 avril de 10 h à 19 h Dimanche 24 avril de 10 h à 18 h ANIMATIONS SUR LE MONDE DU PARFUM

avec des intervenants experts et créateurs de parfums

VENTE DE PARFUMS ET BOUGIES LALIQUE à des prix exceptionnels

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VENTE DE VINS DE BORDEAUX

MARCHÉ AUX PLANTES

PETITE RESTAURATION

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Le Style—Mode homme

L’élégance discrète

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3 boutiques qui rhabillent (bien) les hommes. Par Myriam Commot-Delon

Dome Le nouvel écrin

Revenge Hom La prescription

Bonne Gueule L’ouverture

25 ans, un bel âge pour écrire un nouveau chapitre, déjà amorcé en 2020 par Jean Koehlhoeffer et son fils Quentin lors du lancement de leur e-boutique. Des courbes de bois sombre nervuré aux murs crayeux et kaki escortés de douillets fauteuils bouclette, l’actuel agencement intérieur ennoblit leur vestiaire masculin exigeant, de Canali à Corneliani en passant par Canada Goose ou Santoni. Un classique d’été twisté ? La chemise en voile de coton Fedeli, d’une exquise légèreté. Le chic ultime ? Leur service sur-mesure, un luxe à s’offrir au moins une fois dans sa vie.

L’offensive solaire du QG préféré du gentleman cool et raffiné ? Injecter dans son dressing ce costume Tagliatore en laine d’été et soie d’une irrésistible nuance caramel doré. Avec ? N’oublions pas qu’un classique adore être bousculé, mais qu’une maille légère lui ira divinement.

De l’expertise mode du blog Bonne Gueule à la communauté de style créée par ses deux fondateurs, jusqu’à une cinquième boutique physique dévoilée ce printemps à Strasbourg, ce sont 15 années d’une réussite atypique, revendiquant des vêtements écoresponsables où le moins est synonyme de mieux. On commence par ? Leur impeccable chino 4 pinces (qu’on prend une taille au-dessus).

24, rue du Vieux Marché aux Grains boutique-dome.fr

4, rue du Fossé des Tailleurs revenge-hom.com

33, rue du Vieux Marché aux Poissons bonnegueule.fr


Ipsae 35, quai des Bateliers Strasbourg 03 88 52 13 55


Le Style—Mode+Design

L’antidote

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Optimiste et vibrante, la palette chromatique de ce printemps, c’est elle. Par Myriam Commot-Delon

#STANDWITHUKRAINE

Sous Influence Entre lignes symboliques, teintes azur et blé mûr, notre sélection hommage au peuple ukrainien.

1— Inspirée du domaine de l’aviation, cette monture Clément Lunetier s’inspire des rêves d’enfance de leur designer Ben.D. Lunettes Concept L – Stratus, série limitée faite main en Alsace, en mélamine et branches en inox palladium mat.

2— Aussi responsable que confortable, le fauteuil Cubic de Steven Wittouck pour l’éditeur belge Moca se décline en tissu et cuir, avec ou sans accoudoirs. 3— Avec son piétement central se jouant de la gravité, la Table Element du designer Tokujin Yoshioka pour Desalto matérialise d’un trait le lien entre le ciel, la terre et l’Homme.

Boutique Clément Lunetier 50, rue de Zurich clementlunetier.com

4— Dans l’iconique système USM Haller et son nuancier de 14 teintes, je demande le RAL 1004 et le 5010, deux des teintes emblématiques de l’éditeur suisse. decoburo 4, le Schlossberg à Zellenberg 03 89 21 72 00 decoburo-store.com

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MICRO-TENDANCE

Vous pouvez me faire un dégradé ? C’est tout vu, cette saison, l’ombré hair n’est pas qu’une tendance capillaire. Pour ne rien voir Paravent Privacy en fils de viscose et piétement aluminium du designer strasbourgeois Teddy Moissant. teddy-moissant.com Pour bien voir Lunettes en acétate de cellulose Andy Wolf chez Optique des 4 Vents à Schiltigheim 37, route de Bischwiller optiquedes4vents.fr

1— La réédition

Reprenant le design du brevet d’origine (1993), la Moon se rhabille cette saison d’un motif marbre sérigraphié (blanc, noir et rose), Moon 25th Anniversary par Slamp Creative Departement Salustra 91, route des Romains salustra.fr

2— L’original

Lampe Moon chez l’e-galeriste alsacien (une paire de disponible) Tianggê tiangge.fr

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2 — Photo Alexis Delon / Preview

ICONIQUE La lampe Moon de Slamp Quand les années 90 azimutent aussi nos intérieurs.

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La nouvelle appli utile pour TOUT et TOUT le monde, et SURTOUT pour TOUT savoir de TOUTES les sorties ! Une application de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg : agenda, bus et tram en temps réel, infos trafic, affluence des piscines, notifications, signalements…

strasapp.eu

welcome byzance

Agend


Le geste juste.

La juste cuisson.

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Le juste assaisonnement. On s’en rapproche peu à peu, grâce à une grande discipline et un long entraînement. Sans doute, les artistes poursuivent-ils une quête semblable. Pour un cuisinier, en tout cas, c’est

une obsession de tous les instants. Alain Ducasse

La Table.


Pour Marcel Proust, les asperges laissent une essence précieuse, jouant leurs en transformant son pot de chambre en les traquer, les voilà les belles asperges. Cécile Becker / Alexis Delon / Preview

. Il nous fallait

Myriam Commot-Delon

Les asperges

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Ferme Riedinger Vente à la ferme, à Hoerdt ou sur les marchés de Schiltigheim (jeudi), Neudorf (mardi et samedi), Cronenbourg (mardi et samedi). ferme-riedinger.com

Au printemps, elle abonde les étals et lance le début de l’offensive : blanche ou verte ? Les plus précieux (bobos ?, dont nous nous assumons volontiers) préférant sa version sauvage, toute fine et délicate, les autres l’adorant lorsque, blanche, son chapeau tire au pourpre. L’asperge ravit les palais, chacun y allant de sa petite recette doublant malheureusement la traditionnelle asperge blanche-mayo servie au milieu de la table familiale. Bardes de la beauté culinaire slow life sur Instagram, le couple Social Food l’acoquine d’œufs mimosa, la fait flotter dans un bouillon bien bombé de katsuobushi et algues kombu ou encore, la fiche dans le blanc d’œufs au plat, lui adjoignant la douceur de petits pois. Pour Thierry Riedinger, maraîcher, de la ferme familiale à Hoerdt (depuis cinq générations, tout de même), on n’est pas loin du sacrilège : « Depuis quelques années, on voit apparaître toutes sortes de nouvelles recettes. Elles sont mangées sous différentes formes : on les marie avec du saumon, par exemple. C’est pas mon truc, c’est dénaturer l’asperge, le mieux, c’est à l’ancienne. » Et à l’ancienne, c’est comme la mangeaient les agriculteurs : « On fait cuire l’asperge coupée sur 4 centimètres dans l’eau salée, il faut qu’elle soit al dente, et on utilise l’eau de cuisson pour faire une béchamel. On fait des crêpes grand-mère [à l’alsacienne, bien plus épaisses, ndlr] et on nappe la crêpe avec une louche de béchamel. C’est trop bon. » Thierry raconte aussi une autre recette, de celle qui réchauffe les corps au retour des champs, basée sur un bœuf bourguignon-tagliatelles dont la sauce, brune, serait mélangée à cette béchamel d’asperges. À l’écouter, il ne jurerait presque que par la blanche – même si, dans sa ferme, on trouve l’asperge sous toutes ses formes –, de quoi redonner ses lettres de noblesse à cette belle couleur nacrée cachant un goût plus doux que sa consœur verte. En parlant de noblesse, l’asperge fut réintroduite après sa disparition au Moyen Âge par Louis XIV. Elle devient même « un légume royal » dont on parfait la culture dans les jardins pour pouvoir la déguster dès le mois de décembre… Madame de Pompadour, favorite de Louis XV, se gargarisant de toutes sortes d’aliments qu’elle pense aphrodisiaques, compare même une belle botte d’asperges juteuse à la bagatelle. De belles « pointes d’amour ». Probablement leur forme phallique.

Asperges d’Alsace Sur le site Nouvelles Gastronomiques, D ­ aniel Zenner, grand spécialiste des plantes et herbes, raconte l’épopée de ce légume qu’il connaissait encore sous le nom de « Géante de Horbourg » lorsqu’il était enfant. Une variété ancienne locale désormais disparue, envahie par les asperges hollandaises alors que, déjà, l’asperge alsacienne se laissait déborder par les semis d’asperges d’Argenteuil (la variété apparaît en 1750 : une asperge blanche au bourgeon pourpre). Aujourd’hui, on trouve de multiples variétés. Si, techniquement, il suffirait de laisser l’asperge totalement sortir de terre pour que la photo­ synthèse l’habille de couleur verte – alors que la blanche est cueillie dès qu’elle sort du sol –, en réalité, ce sont deux variétés différentes pour favoriser la diversité des cultures. Thierry Riedinger explique : « Pour la blanche, on crée des buttes de 30 cm de terre, dès qu’elle pointe, on la récolte. Pour les vertes, le sol n’est pas butté et l’asperge est coupée au ras du sol. » Magie de cette culture : l’asperge, lorsqu’elle est gorgée d’eau et de soleil pousse en quelques jours, « elle prend entre 5 et 10 cm en une journée » et sa racine, en griffe, produit plusieurs asperges et ce, potentiellement sur une dizaine d’années. Celles de cette année nous sont promises goûteuses vu la pluie tombée l’été dernier. Comme une quarantaine de producteurs indépendants, Thierry fait partie de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace et respecte un cahier des charges strict. Mais pour lui, bien sûr, « la meilleure, elle est à Hoerdt », l’asperge aimant particulièrement barboter dans des sols sableux. Gage de qualité ? Sa fraîcheur. « On frotte la botte, si ça grince, c’est que l’asperge est fraîche. » Et son odeur aussi… Quand l’acheter et la manger ? « Quand vous ne portez plus de doudoune ! » Pipikipu L’asperge parfume les urines. La faute de l’acide asparagusique (aucun autre légume n’en contient), qui, une fois digéré se transforme en composés soufrés, comme le méthanethiol qu’on retrouve à un taux 1 000 fois plus élevé après la consommation d’asperges. De nombreuses recherches ont été menées (étonnamment…) et nous apprennent que certaines personnes ne sécrètent pas ce méthanethiol (leur urine ne sent donc pas l’asperge) mais peuvent le sentir chez les autres, ou que certains la sécrètent mais ne la sentent pas par le truchement de la génétique et d’une anosmie. L’odeur de pipi d’asperge participe-t-elle au plaisir de la manger ? Vous avez deux heures.


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L’art de la table. Ces dernières années, à table, comme dans l’assiette, c’est l’épure qui prime. Exit l’opulence, les nappes et les chichis, bonjour les ustensiles chinés, la céramique du coin et la simplicité. Élégante sans être clinquante, la table célèbre enfin le produit, juste le produit. Par JiBé Mathieu et Cécile Becker / Photos Christophe Urbain La Table—Le dossier

Le beau avant le bon

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La Table—Le dossier Inventaire à la Prévert des objets perdus (de gauche à droite)

En haut • Pince à sucre • Cuillère pour bébé en os • Pousse purée • Pic à pickles • Cuillère à absinthe • Couteau à pamplemousse En bas • Cuillère à mœlle • Hatelet (pic à viande garni de fruits ou de légumes) • Pince à côtelettes d’agneau • Épluche orange • Cuillère à médicaments • Fourchette à sardines • Pic à fruits secs

Sur la table Pour Pascal Obrecht, enseignant « l’art et la manière de servir à table » au lycée hôtelier Alexandre-Dumas, Meilleur Ouvrier de France depuis 2007, les arts de la table englobent tout ce qui touche aux sens : de la vue, le plus évident avec l’accueil et le décor, jusqu’au toucher – songez au grain d’une nappe ou au buvant d’un verre – en passant par l’olfactif avec la décoration florale… ou sonore. Le professionnel de se remémorer ce chef étoilé ayant fait concevoir sur mesure des tables en pierre de lave. D’abord appréciées pour leur aspect brut, elles ont finalement été nappées après s’être révélées, à l’usage, beaucoup trop… bruyantes ! « Dresser une table… » Au Moyen Âge, l’expression signifiait littéralement poser une planche sur des tréteaux. On vous parle là d’un temps où chaque convive était muni de son propre couteau – la fourchette n’ayant quitté la cuisine pour s’inviter à table qu’à la Renaissance avec Catherine de Médicis – et où l’assiette était un tranchoir, autrement dit, une épaisse tranche de pain imbibée de sucs à la fin du repas ! « Les restaurants tels que nous les connaissons se sont développés après la Révolution. Jusqu’à il y a 30 ans, le dressage était relativement uniforme. » Et d’inspiration avant tout bourgeoise. Tout le contraire d’aujourd’hui où piqués par la concurrence, les restaurants rivalisent d’inventivité pour livrer leur version du beau avant même l’arrivée de

l’assiette : tables de bois brut ou, au choix, recouvertes de nappes plongeantes, mais aussi de chemin de tables ou de sets… Des codes unanimement bousculés côté vaisselle : couverts disposés dans une boîte chez Umami, assiettes réalisées par des artisans céramistes… ou côté service avec le retour, dans certains établissements, de la découpe voire de la cuisson en salle. « Aux Semailles à La Wantzenau, j’ai assisté à la cuisson d’une langoustine sur un galet du Rhin. » Chaque nouveauté, aussitôt colportée par les réseaux sociaux, devient d’autant plus éphémère qu’elle est immédiatement copiée. Aujourd’hui, toutes les tendances cohabitent et s’interpénètrent, cherchant à susciter la curiosité. « J’ai déjà vu des restaurants où l’épure était telle qu’il n’y avait qu’une serviette sur la table. » Pour Pascal Obrecht, dresser revient à faire une table agréable à l’œil, mais aussi pragmatique. « Les couverts en argent ont peu à peu quitté les tables lorsque les restaurateurs se sont aperçus qu’ils disparaissaient avec le client ! » Il suffit d’un simple coup d’œil sur sa collection personnelle pour aussitôt le déplorer. Tant les orfèvres par leur talent, mariaient l’utile et le beau.


L’assiette de de:ja

Échalote confite dans sa propre peau au four, puis cuite sur un barbecue Binchotan. L’échalote est ensuite laquée d’huile de colza et accompagnée d’une crème glacée noisettes du Piémont et échalotes. On verse ensuite une sauce miso montée comme un beurre blanc.

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La Table—Le dossier

L’assiette du Buerehiesel

Compression de poireau brûlé, grosses coques marinières, mousseline de poireaux iodée et vinaigrette à la mandarine mikan.


R I S T O R A N T E

PIZZA

Dans l’assiette de de:ja La construction David Degoursy et Jeanne Satori construisent leur dressage en même temps que leur recette, pour eux, l’un ne va pas sans l’autre. L’idée est davantage de se concentrer sur le produit et d’une certaine manière, de faire disparaître tout le travail en cuisine. Les assiettes sont achetées en fonction des plats et dressages. Leur truc « On aime les plats en mono-texture et les produits dont les couleurs sont très proches. On recherche la pureté, la neutralité. En général, les aliments ont la même hauteur et sont traités de la manière la plus brute possible. En fait, le dressage annonce l’harmonie des saveurs que l’on recherche en bouche. On se considère plus comme des passeurs de produit mettant en valeur le travail des paysans. Il nous arrive tout de même de dérouter nos clients avec quelques éléments, par exemple en amuse-bouches, où tout est déconstruit. »

P I Z Z E R I A

Notre avis

& CUCiNA iTALiANA

Chez de:ja, l’esthétique se vit jusqu’au bout des ongles. Leur dressage est construit en symbiose avec le décor du restaurant, minimaliste, et est même raccord avec la manière dont le couple s’habille : cols mao, sobriété et camaïeu de couleurs… 1, rue Schimper deja-restaurant.com

Dans l’assiette du Buerehiesel La construction Ici, les assiettes sont le fruit d’une réflexion collective. Éric Westermann, le chef, et le trio de tête Fabrice, François et Paul. « Moi, je suis juste l’empêcheur de tourner en rond », précise Éric. Pour eux, c’est d’abord le goût, l’assaisonnement et la cuisson. Le dressage est donc une étape pour « mettre en scène » et doit renseigner sur le goût. Leur truc « Je vais être bien plus marqué par le goût que par l’apparence. Les wagons d’herbes, les germes… bon… À trop vouloir compliquer, on perd le sens. J’écarte le cinéma pour aller à l’essentiel. Mais ce n’est pas minimal non plus, on se donne du mal, on s’applique sur les détails. Le but étant de concilier toutes les composantes d’une assiette. »

Notre avis La brigade qui s’active en cuisine donne le ton. Le dressage vient servir le plat et doit aller droit au but. Il y a aussi un aspect pratique : pas de décorum inutile, c’est la cuisine qui compte et l’aspect pratique des ustensiles et assiettes. Un ballet bien rôdé célébrant une éloquente élégance. 4, parc de l’Orangerie buerehiesel.fr

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En gastronomie, si le beau est subjectif, certains canons sont inévitables et s’affichent goulûment sur les réseaux sociaux. Chantres de cette beauté, les stylistes culinaires s’emploient à mettre en scène la table pour nous faire saliver. La Table—Le questionnaire

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Propos recueillis par Cécile Becker

Pour le bon Emmanuel Stemper

Chef à domicile, styliste et photographe culinaire Quel rapport entretenez-vous avec la beauté ? Pour cette réponse, c’est le cuisinier qui parle... Le premier contact que l’on a avec un plat est visuel. Au restaurant lorsque l’assiette arrive, ou pour choisir un restaurant, un menu à emporter, c’est le visuel qui va donner envie d’aller plus loin. Ce visuel doit donc être beau, donner envie de découvrir une recette, un produit, la cuisine d’un chef. La beauté est vraiment primordiale dans mon travail. Qu’est-ce qui fait la beauté d’un plat ? Je dirais la lisibilité : que l’on sache où l’on va, ce que l’on mange. Mais surtout, que l’on puisse admirer la justesse de cuisson d’un poisson ou d’une viande et même d’un légume. Un plat est beau lorsqu’il est élégant et appétant au premier regard. Comment photographie-t-on la beauté culinaire ? Tout dépend quel est le sujet. Mais globalement je dirais qu’il faut se focaliser dessus en le mettant en scène sans y ajouter d’artifices qui n’ont rien à voir avec le sujet.

Photo Emmanuel Stemper

En gastronomie, qu’est-ce qui est laid ? C’est à nouveau le cuisinier qui parle... Des traces de doigts, des coulures sur les bords d’assiettes et des sauces liquides qui coulent partout dans l’assiette. Un symbole de la beauté en cuisine ? Trois grands chefs me viennent tout de suite à l’esprit : Alexandre Mazzia, Jean-François Piège et Anne-Sophie Pic. emmanuelstemper.com


Photo Nis & For

Morgane Cintas Styliste culinaire et décoratrice

choix ! Du bon ! Des conseils ! goût ! On veut : du local ! Du ! Du choix ! Du bon ! Des con ! Du goût ! On veut : du loca Du bio ! Du choix ! Du bon ! conseils ! Du goût ! On veut : local ! Du bio ! Du choix ! Du ! Des conseils ! Du goût ! On v : du local ! Du bio ! Du choix Du bon ! Des conseils ! Du goû On veut : du local ! Du bio ! D choix ! Du bon ! Des conseils ! goût ! On veut : du local ! Du ! Du choix ! Du bon ! Des con ! Du goût ! On veut : du loca Du bio ! Du choix ! Du bon ! conseils ! Du goût !

Qu’est-ce qui fait la beauté d’une table ? Une belle table raconte une histoire. Qu’elle soit conviviale ou intimiste, sans chichis ou tirée à quatre épingles, finalement c’est l’envie d’y être qui prédomine. J’aime recevoir et mettre les petits plats dans les grands. Une nappe en lin, un bouquet de fleurs, une vaisselle fine ou dépareillée, c’est tout autant d’éléments qui me rappellent ce que j’aime dans ces moments-là, tous différents : les saisons qui défilent, une tablée qui s’éternise, des éclats de rire ou des instants suspendus. La vie quoi. Comment met-on en scène une table ? Ici encore, il s’agit de créer un univers autour du plat, de raconter son histoire, de rendre curieuse la personne qui verra ces images. Pour les construire, il faudra composer, doser, saupoudrer et parfois même tricher ! Quelques miettes, une main qui attrape un biscuit, une cuillère sale. J’ai une vraie attirance pour le côté réaliste qu’il est possible d’amener à la photo. La personne qui visualise la photo doit avoir envie de rejoindre la scène.

Les tendances culinaires fixent-elles un standard de la beauté ? Je dirais plutôt que ce sont les standards de beauté qui inf luencent les tendances culinaires actuelles, et non l’inverse. Ceci étant dit, dans l’art culinaire, il y a quelque chose de plus intemporel que dans la mode par exemple. Par le simple fait que la notion de beau est intimement liée à la notion d’appétissant, un sentiment plutôt instinctif. morgane-cintas.com

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La Table—Les nouveaux lieux

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Photo Simon Pagès

La Planque 22 bis, rue des Balayeurs @la.planque.strasbourg

Un ordi l’après-midi, un demi le soir Leur objectif, c’était de créer un lieu « où on se sent bien » et c’est réussi. La Planque, nouvelle adresse de la Krutenau, tenue par le duo ­R aphaëlle Franceschetti et Alexis Moisson est un salon de thé-café-bar-restaurant un peu hybride. L’après-midi, on se pose en terrasse avec son ordi ou un bouquin, pour déguster un brookie (contraction de brownie et de cookie) maison trempé dans un expresso bio torréfié en Alsace. Une fois qu’on a fait le plein d’UV, on se replie (ou pas) à l’intérieur, au milieu des poutres, des chaises dépareillées et des plantes vertes, pour boire des coups et grignoter quelques « planquettes », version déchaînée de la planchette. Pickles et focaccia Les « planquettes », ce sont les planches préparées par Rapha selon l’inspiration du jour. « On voulait sortir du traditionnel charcut’ fromage », explique la Strasbourgeoise d’adoption. À la place donc, des tartinades maison, des petits palets de chèvre frais d’un producteur local, des

pickles colorés, concoctés à partir de légumes de l’Îlot de la Meinau, une boîte de sardines, un saucisson ou des tranches de focaccia tout juste sorties du four. Pour faire glisser le tout, une pinte de bière alsacienne, ou un verre de vin nature, bio ou conventionnel, selon la sélection du moment. Musique, tricot et expos Si la carte change régulièrement, c’est aussi le cas des animations. Blind-test toutes les deux semaines, quizz, repair café, café-tricot, D ­ J-set, vide-dressing, les deux trentenaires sont ouverts à toutes les propositions. « L’idée, c’est simplement que ce soit un lieu animé et un lieu d’échanges. » Un lieu sans chichi surtout, où se retrouvent toutes les générations dans un joyeux brouhaha. Et un « bouillon de culture », comme le proclame le slogan, avec des expos qui tapissent régulièrement les murs, un clin d’œil au passé de graphistes du couple, à la tête du studio Capitaine Bowie. (T.G.)


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La Table—Les nouveaux lieux

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Restaurant Bazar(t) / Photo Jésus s. Baptista

Glaz

68, rue de Zurich facebook.com/HelloGlaz Passion, quand tu nous tiens ! On ne plaisante pas avec les noms de familles. C’est un principe. Point ! Mais bon, ouvrir un restaurant en plein covid… Faut quand même, hein, Laure Maso, non ? Et bien même pas ! Car la cuisine, Laure la vit tout le temps, dans tous les sens. Élaborant des recettes pour l’édition, l’agroalimentaire bio ou le stylisme culinaire… Glaz est l’aboutissement d’une maturation, une mise en musique des idées qui lui « trottent dans la tête » depuis longtemps. Bon, beau mais pas bobo. L’adresse de taille modeste est chaleureuse, boisée, accueillante. Que ce soit sur les tabourets ou à table entre amis. « C’est la troisième fois qu’on vient ! On est bien ! » assure ce couple à l’accent croate. De saison, fait maison et selon inspiration. Ici, pas de carte fixe. Laure se laisse guider par son instinct et les produits de ses partenaires, qu’elle a sélectionnés un à un. Plats, sandwichs, salades

façon poke bowl ou planchettes, les assiettes et bols chinés servent d’écrin à une cuisine de caractère, belle et colorée, inspirée d’ici ou de ses voyages. Une cuisine goûteuse et saine qui change chaque jour selon l’inspiration et le moment puisque petit-déj’, planchettes et pauses sucrées vous attendent à tout moment. Glaz, c’est pas du verre. Mais une nuance de vert. Entre le bleu et le gris. Qui nous arrive de Bretagne pour évoquer l’océan. Et son bon air iodé. (J.M.)

Restaurant Bazar(t) 9, rue du Renard-Prêchant 03 88 51 09 35

C’est mieux à deux. Ce métier, Grégory l’a quitté voilà 14 ans pour étoffer sa feuille de route. Le Bazar(t) renoue avec ses premiers amours et débauche le sien : Fanny, décoratrice d’intérieur, qui a tout plaqué pour une nouvelle vie. C’est pas beau ça ?

Franc et chaleureux. Bien que formé en cuisine, Grégory préfère s’aboucher avec un chef doué. Se laissant le champ libre pour déambuler entre les tables avec sa compagne, parler bonne chère et vins avec les clients et les copains. On passe à table ? Les suggestions varient selon l’arrivage. Les plats, faits maison à partir de produits de saisons, sont twistés à l’instar de la cocotte Octopussy : lard fumé et tentacules de calamars ou des œufs de poisson volant avec l’œuf parfait. Bistronomique et bon. Mention spéciale pour les menus à l’aveugle. Les vins d’ailleurs, ils sont d’ici ? Oui, tendance bio ou nature. Et alsaciens aux deux tiers. La bière Bendorf est du coin. Greg y tient. C’est quoi ce Bazar(t) ? On se calme, ce n’est pas une faute… Le t se tient en embuscade pour faire place à l’art. Les cimaises sont là pour ça. Ça viendra, un peu de patience ! (J.M.)


TurboBao 15, rue des Frères turbobaostrasbourg.com

De Munich à Strasbourg Après nous avoir fait saliver (et même baver) lors des dernières éditions du Street Bouche festival, l’enseigne munichoise pose définitivement ses valises derrière la cathédrale. « C’est le tout premier vrai resto qu’on ouvre. Même en Allemagne, il n’y en a pas », précise Nina Seyers, manageuse de la petite gargote fuchsia. Il faut dire que les Strasbourgeois sont presque devenus fétichistes de ces baos multicolores. Carnivores, végés et vegans À la base, le bao est un incontournable de la street-food taïwanaise. Sorte de sandwich au pain ultra moelleux, il est traditionnellement dégusté pour le réveillon du Nouvel An. Plus il est garni, plus les bourses (et les estomacs) le seront aussi. Les Strasbourgeois devraient donc faire fortune cette année, car les baos de la rue des Frères débordent de garniture. Pour devenir millionnaire, optez pour le Porkbelly, le plus tradi, avec sa poitrine de porc caramélisée, sa sauce à la mangue et ses pousses de betterave.

Pour les végétariens, il y a l’option tofu frit, avec kimchi et cubes d’ananas. Et pour les vegans, on prépare ses papilles à un feu d’artifice pimenté, avec l’option aubergine braisée. La quête de l’umami Toutes les recettes ont été élaborées par Pedrag, dit Peach, le chef munichois parti s’immerger dans les arrières cuisines taïwanaises pour percer le secret du réconfortant sandwich. Les buns non plus n’ont pas été une mince affaire. Confectionnés à partir de pâte de blé levée, ils doivent être cuits à la vapeur pour développer leur texture aérienne et garder leur effet céruse. Tout un challenge. Les garnitures, elles, sont une réinterprétation des recettes traditionnelles, adaptées aux goûts occidentaux et préparées à partir d’ingrédients frais, gourmands, et si possible locaux. (T.G.)

20 Grand’Rue Strasbourg 13A Route de Vienne Strasbourg Ouvert 7j/7 de 11h45 à 22h www.veliciousburger.com


Mue salutaire pour l’établissement de la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, mythique Mauresse puis corner d’Au Brasseur. La maison a recentré ses fondamentaux pour servir avec talent des produits d’ici inspirés d’ailleurs. Attention, ça va se savoir. Par JiBé Mathieu / Photo Jésus s. Baptista La Table—La bonne adresse

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Supplément d’âme en passant à table L’âme à table 7, rue du Vieux-Marché-aux-Poissons 03 88 23 00 69 Mar. → sam. / midi + soir Plat du jour à 14 € (mar. → ven.) Formule autour de 24 €

Joffrey Schlatter, chef de cuisine gouailleur, sait de quoi il parle. Après avoir bourlingué d’étoilé en étoilé, l’appel de son épouse Nora, directrice générale d’une grappe d’adresses strasbourgeoises, l’aura conduit à se poser. La fin de l’ère covid est jugée propice à réorienter la cuisine du P’tit Brass et Joffrey est son homme. Ses conditions : rien d’alambiqué mais de la qualité. En salle comme en cuisine. Avec lui, pas de sous vide. Joffrey pratique une cuisine brute de saisons. « 95% de nos produits sont alsaciens », explique Pierre Sohm maître d’hôtel, autre âme de la maison. « Nous mettons nos producteurs en avant, on n’hésite pas à en parler aux clients… » Acte deux : s’entourer d’une équipe de battants : Pierre donc, vieux complice en costume à la classe bonhomme. Et puis Maxime, sommelier expert ès quilles biodynamiques, mais aussi M ­ anon, pâtissière aux doigts de fée. Si le chef se défend de livrer une cuisine gastronomique, tout y conduit. Mais sans chichi ! Pour les amuse-bouches alambiqués, il faudra repasser : à l’apéro, c’est saucisson-cornichons. La carte se livre sur une ardoise réduite dont

les propositions copinent au fil des semaines avec les suggestions du moment. Côté légumes, ­Joffrey fait son marché en plein champ, n’hésitant pas à embarquer ses jeunes pousses, ­Valérian et Simon, au contact des maraîchers. Et si le poisson n’a rien d’alsacien, le chef privilégie petits bateaux et pêche de ligne, même par mauvais temps. Après, vient le talent. « Je n’aime pas qu’on s’ennuie », résume le chef qui mélange goûts et textures avec audace et justesse. À ­essayer : le Terre/Mer « âme à façon », avec son foie gras poêlé de la ferme de la Plume d’Or, son tartare d’huîtres pochées aux pommes et céleri ou le boudin snacké sans peau additionné d’un carpaccio de Saint-Jacques, navets, jus de coques et salicornes... « Une cuisine française inventive aux portions généreuses mais aux prix contenus », résume notre homme. Les clients apprécient ce retour à l’art authentique du bien manger. À fond de train, Joffrey rêve de pousser le curseur un cran plus loin, dénicher une vaisselle made in Alsace, réintroduire la cuisine en salle… Mais chaque chose en son temps.


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Feuilletage, croustillance, équilibre gras/sucre… Le croissant, trésor des boulangeries-pâtisseries, incarne la belle gourmandise. Si tous les éléments sont réunis, esthétiquement et gustativement, c’est la promesse d’une épiphanie. Par Cécile Becker / Photos brokism La Table—Le test

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Anatomie du croissant 01 → TOP 3

D’emblée, on note : ce croissant est esthétiquement sublime avec un très beau feuilletage. On aime beaucoup d’ailleurs, le très fin feuilletage qui s’éplume lorsqu’on saisit le croissant et amplifie la gourmandise. Un croissant bio, pas trop beurré, un équilibre et une finesse rare des saveurs. —— 1,40€ La Boulange, 4, rue de la Brigade Alsace-Lorraine

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Un très joli croissant, une légère odeur de beurre promettant un bel équilibre, une texture aérienne donc peu de mâche mais un fondant et un croustillant notoire. —— 1,30€ Ôjourd’hui 11, rue de la Brigade Alsace-Lorraine

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Ça hume le bon beurre, un croissant aéré et croustillant, un beau feuilletage. Valeur sûre. —— 1,10€/kg Au Pain de mon grand-père 58, rue de la Krutenau

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Un croissant qui incarne le classique de la viennoiserie : croustillant, moelleux, un tout petit peu plus sucré que ses confrères. —— 1,10€ Le Fournil d'Austerlitz 4, rue d'Austerlitz

Conclusion Bien sûr, tout est subjectif. Mais sur le coup des croissants, les meilleurs ont été élus à l’unanimité. Ce qui fait la différence, c’est bien l’alvéolage, le croustillant et la teneur en beurre.

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Magnifique esthétique. Le glaçage sucré vient vernir cette beauté et donne à ce croissant un fort goût de sucre. La mie est dense et imbibée. Presque une pâtisserie plus qu’une viennoiserie. Pur beurre AOP, très gourmand. —— 0,60 cts pour la version mini Pauline 56, avenue de la Forêt-Noire

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Une bonne odeur de terroir, une enveloppe un peu friable, presque sableuse pour une viennoiserie assez typique. La différence : un moelleux optimal et un petit goût presque grillé. —— 1,20€ Christian 12, rue de l’Outre

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Un croissant très aéré, assez classique, pour un goût authentique. —— 1,15€ Boulangerie Hanss 24, rue Saint-Marc

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La maison ne déroge pas à sa réputation gourmande : le poids de ce croissant en dit long. Beaucoup de matière, croustillant, un cœur moelleux et compact. —— 1€ La Maison du Kougelhopf 11, rue du Dôme

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On prend toujours un met bien industriel pour remettre nos papilles à zéro. Arrièregoût amer, goût de beurre industriel. C’était prévisible : nul. —— 0,65 cts U Express Grand’Rue 5, Grand'Rue

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C’est la surprise du classement que nous mettrons sur le compte de notre ignorance. Un feuilletage unique, un ratio croustillant/moelleux exceptionnel. Des croissants tout doux et « trop mignons », comme ceux que nous rapportait notre grand-mère. Tout est préparé depuis 1968 dans leur labo au sous-sol.—— 1€ Snack Michel 20, avenue de la Marseillaise

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Un mini format très léger, un goût de viennoiserie bien fraîche, une odeur de brioche. Parfait pour les petites faims. —— 1€ Stein 29, rue du Vieux-Marché-aux-Poissons 55, boulevard Clémenceau

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Nous étions curieux de cette boulangerie qui a remporté le prix du Croissant d’Or 2017. Un croissant généreux, riche (léger glaçage), un beau croquant et un superbe équilibre —— 1,05€ Boulangerie Ravau 7, rue de Lausanne

Ceux qu’on a ratés Après sondage auprès de certains Strasbourgeois, deux adresses que nous n’avons pas pu visiter sortent du lot : la boulangerie-pâtisserie Rémy Batt au Neudorf qui nous a été citée une bonne dizaine de fois (certains se déplacent même du centre-ville pour acheter leurs viennoiseries) et les croissants d’Amande et Cannelle dont on nous vante le feuilletage. Enfin ceux de Sébastien, qui, le jour où nous sommes passés, a été dévalisé.


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Photo Christophe Urbain

Photo Jésus s.Baptista

Le nouveau départ du Sanglier

Sans lactose et sans faille

Changement de propriétaire rue du Sanglier, pour le restaurant éponyme : le chef Warren Mboumba l’a rouvert au mois de mars, avec une toute nouvelle équipe et après avoir revisité la déco. « On reste sur une inspiration alsacienne, mais tout ce que vous voyez là, des lumières à la peinture, c’est neuf », précise-t-il. Il amène avec lui son plat signature, l’onglet de bœuf à l’échalote, que les clients du Verdict (l’autre restaurant du chef) connaissent bien. La carte est dédiée à la cuisine française et alsacienne : les tartes flambées côtoient la choucroute et autres filets de sandre au riesling, sans oublier les escargots en entrée ! Ou plutôt les « snails », indiqués sur le menu qu’on trouve aussi en anglais, comme pour faire revenir plus vite les touristes. « C’est un peu calme en ce moment, mais on n’est pas inquiet. C’est maintenant que la saison commence vraiment », se réjouit Warren Mboumba. (D.L.)

Au cœur du quartier des Contades, Sandra ­Himmler a ouvert en décembre 2021 une enseigne aux allures de Brooklyn version minimaliste, néon blanc et bois clair. La cuisinière de formation, passionnée de pâtisserie, varie chaque semaine son menu fusion haut en couleurs : avec le saumon sauce yuzu, la tchoutchouka ou encore les spaetzles à l’ail des ours, elle « essaye vraiment de faire voyager les gens pour qu’ils puissent revenir sans se lasser ». Le goût exquis de ses pâtisseries ne trahit pas leur particularité : elles sont sans lactose. Sandra avait « enchaîné les essais » de choux garnis, de tartes aux fruits de la passion et de crémeux banane lors du premier confinement, et s’était « rendue compte qu’[elle] pouvait faire des choses très goûteuses » en remplaçant le lait et le beurre par des produits végétaux. Et ça plaît : « Les débuts sont prometteurs », constate-t-elle au regard de la fidélité des premiers clients et des avis dithyrambiques sur sa page Facebook. (D.L.)

Au Sanglier 11, rue du Sanglier 03 88 32 64 59

Maman est en haut 11, rue Schwendi facebook.com/Mamanestenhautstrasbourg


Citadines eurométropole Des salles de réunion nouvelle génération en Intelligence Artificielle pour des événements professionnels d’envergure Citadines Eurométropole Strasbourg dispose d’un espace modulable de 400 m², divisibles en 4 salles de réunions, associé à des solutions Smart Meetings. Cette solution digitale permet aux entreprises de tout gérer en ligne, des éclairages jusqu’aux équipements audiovisuels, pour des séminaires et des événements professionnels réussis. De plus, les participants pourront s’accorder une pause détente dans le foyer ou sur l’une des agréables terrasses privatives, mais aussi profiter d’un repas gastronomique dans le restaurant Braise by Substance. Du service de restauration à l’assistance technique, l’équipe événementielle de l’établissement accompagne les entreprises à travers des forfaits tout compris et des offres sur mesure.

La nouvelle adresse incontournable de Strasbourg ! Situé au cœur du quartier d’Oberhausbergen, l’unique appart’hôtel haut de gamme de Strasbourg a ouvert ses portes il y a quelques mois. Si ses 166 studios et appartements design apportent le confort d’un hôtel 4 étoiles à leurs occupants, Citadines Eurométropole Strasbourg propose également de nombreuses prestations ouvertes à tous, que l’on soit résident ou non. Avec un restaurant gastronomique, un bar lounge, un spa by Sothys, une salle de fitness et un espace premium pour les séminaires et événements professionnels, Citadines Eurométropole Strasbourg constitue désormais un lieu incontournable de la capitale européenne !

Profitez d’un moment de détente dans un havre de bien-être de 400 m² Accessible de 9h à 21h, l’espace bien-être du Citadines Eurométropole Strasbourg propose un univers moderne aux notes minérales et végétales propice à la détente et à la relaxation pour déconnecter du quotidien. Une piscine chauffée aux pierres naturelles, un sauna et un hammam en luminothérapie, des cabines de soins lumineuses à la décoration végétale et un centre de fitness permettent à la clientèle de l’établissement de vivre une expérience unique de détente. Le spa by Sothys offre quant à lui des soins de prestige et des massages pour vivre un moment d’exception et de lâcher prise bien mérités.

Vivez un moment gastronomique au restaurant Braise par Substance ! Le restaurant Braise par Substance accueille les clients de l’appart’hôtel et saura séduire la clientèle locale avec sa carte gourmande signée par le chef Valérian Privat, passé par les plus grandes maisons, dont la Tour d’Argent, avant de revenir en Alsace. Les plats sont tous composés d’ingrédients locaux, faisant la part belle aux produits de saison. Pour les accompagner, ce restaurant gastronomique offre l’une des plus belles caves d’Alsace contenant plus de 250 références : des bouteilles soigneusement choisies, à la hauteur des créations culinaires de son chef talentueux. Partagez un after-work ou regardez un match entre amis au bar lounge Mur végétal et arbre intérieur… Le bar lounge du Citadines Eurométropole Strasbourg invite à se mettre au vert ! Dans cet espace ouvert et lumineux, les canapés forment d’accueillants salons et les tables hautes sont idéales pour une séance de travail ou une pause-café. Sa carte bistro invite à faire honneur aux traditions locales en dégustant une délicieuse flammekueche avec une bière d’Alsace tout en profitant d’un match de foot ou de rugby entre amis.

www.discoverasr.com

Baignée de lumière grâce à sa verrière, la salle peut accueillir jusqu’à 120 convives dans un cadre luxueux et contemporain. Une grande terrasse ombragée de 155 m² permet aussi de profiter d’un repas raffiné tout en profitant du beau temps. Ouvert 7j/7, Braise par Substance est le restaurant idéal pour un déjeuner d’affaires, un dîner romantique ou encore un repas en famille.

Alors, n’hésitez plus… Toute l’équipe de Citadines Eurométropole Strasbourg vous attend !


La Table—La fine gueule

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Caroline Gomes Au Pont Corbeau Par Cécile Becker Photo Christophe Urbain

Qui ? Caroline Gomes est en charge de l’ar-

tisanat pour la Ville et l’­Eurométropole de Strasbourg. Très investie dans la défense du terroir et la mise en avant des belles choses bien faites, ses choix personnels sont également dictés par la convivialité, le goût et la générosité. Son choix « On va manger où ? » À cette question, Caroline Gomes répond « naturellement » le Pont Corbeau, selon elle « la plus parisienne des winstub » pour la proximité entre les tables et « l’état d’esprit bistrot » qui y règne.

Ce qu’elle aime « Quand on arrive ici, on se

sent reconnus et on est presque sûrs de croiser quelqu’un qu’on connaît, ce qui est gage de qualité. On s’attend à manger de bons produits alsaciens et la promesse est tenue. La gastronomie de terroir, il faut la revendiquer et la porter. Et puis, il y a une régularité dans la cuisine, ce qui est signe de restaurateurs qui respectent leurs clients. Ses produits phares « La choucroute, très très bonne. Et les suggestions qui me tentent toujours. »

Les trucs en plus « La cave à vins, excep-

tionnelle, avec des vins de garde à des prix tout à fait accessibles. Cette cave respire le terroir alsacien qui est unique au monde et on se fait conseiller avec sincérité, avec un vrai plaisir. C’est aussi un des rares restaurants à être ouvert le dimanche et un peu plus tard le soir. » Au Pont Corbeau 21, quai Saint-Nicolas aupontcorbeau.fr


Gourmandises, bien-être et détente

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DU NORD

ROCHER DU HOHENFELS AUX ABORDS DES RUINES DU CHÂTEAU

Yvon Meyer


Les belles nuits font les beaux jours. Eugène Scribe

L’escapade.

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L’ESCAPADE

LE PAYS DE SARREBOURG

L’entretien

Ce lieu, il l’a vu naître et grandir auprès d’un père visionnaire et passionné, ayant pour ambition de transformer, dans les années 1980, une exploitation agricole abandonnée en école de la biodiversité. Quarante ans plus tard, le Parc animalier de Sainte-Croix est une référence pour la préservation de la faune et des espèces menacées en accueillant plus de 350 000 visiteurs par an. Rencontre avec Laurent Singer, président du site mosellan. Par Emma Schneider / Photos Grégory Massat

L’heure de la (re)connexion

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Sainte-Croix est le premier parc animalier écolabellisé d’Europe pour son offre de séjours natures. Que représente ce label ? C’est une visibilité. Mais ce n’est qu’une petite brique dans tout ce qu’on fait et ce qu’on veut faire. Respecter notre environnement fait partie de notre ADN. On est parti d’une exploitation de ferme traditionnelle pour la transformer et créer une biodiversité complètement folle. Pouvoir accueillir à la fois les animaux dans leurs grands espaces, mais aussi toute la faune sauvage, c’est quelque chose qu’on veut continuer à développer. On a passé beaucoup de messages de sensibilisation, d’éducation et aujourd’hui on veut être de plus en plus démonstratifs dans nos actions. On a, par exemple, une politique du tri des déchets pour essayer d’atteindre le zéro %. Notre désir est de devenir une sorte de boîte à idées, une start-up de l’écologie au sens large, d’aller au-delà du concept central. Sainte-Croix reste un parc animalier mais on veut avoir un spectre beaucoup plus large. Tout ce qu’on a créé jusqu’ici nous sert à voir plus loin et on est en train de décider le parc dans 5, 10, 20 ans. Quel est le rôle du Parc dans les actions de conservation et les programmes de réintroduction ? On a une mission d’éducation, de sensibilisation, de pédagogie avec notamment les groupes scolaires que nous accueillons. On a aussi une mission de recherche sur la biodiversité, le bienêtre des animaux, mais surtout une mission de conservation. On a un certain nombre de programmes européens pour les espèces menacées. L’objectif est d’élever les animaux qui correspondent au bon ADN, à la bonne souche et à la bonne technique d’élevage pour leur donner toutes les chances de reconquérir le sauvage. Nous le faisons avec le bison d’Europe, les chevaux de Przewalski, les chouettes de l’Oural. Récemment, on a élevé huit vautours qui sont partis en Bulgarie. À Sainte-Croix, nous sommes les coordinateurs d’une petite tortue qui s’appelle la tortue cistude.

Laurent Singer président du Parc animalier SainteCroix

Afin d’offrir au public la possibilité d’agir concrètement, vous avez créé un fond de dotation intitulé Sainte-Croix Biodiversité. Comment fonctionne-t-il ? Nous proposons symboliquement aux visiteurs de parrainer des animaux, l’objectif étant que les fonds aillent vers d’autres associations. On peut aussi bien participer à un programme sur le panda roux ou le gibbon que travailler avec le Conservatoire d’espaces naturels pour réintroduire l’écrevisse des torrents au pays de Bitche. On met en place beaucoup d’actions de conservation, que ce soit en direct ou en soutien des associations. La permaculture, l’agroforesterie et le maraîchage sont des sujets qui vous intéressent pour les années à venir ? L’animal reste central mais ce ne sera plus le seul sujet à Sainte-Croix. L’agriculture fait partie de nos projets ainsi que le fait d’avoir un rôle moteur dans la région. Le bien manger est essentiel. Nous commençons modestement notre premier potager sur 1 600 m 2. Un pôle agriculture, au sens végétal, permaculture et production, verra le jour. Vu le nombre de visiteurs, le rêve absolu d’être autosuffisant est très difficile


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LE PAYS DE SARREBOURG

à tenir et ce n’est pas obligatoirement le but. Le but est, une nouvelle fois, d’essayer d’être exemplaire et de faire travailler l’ensemble du territoire dans cette direction. Créer une forme de qualité, de label de filière courte, comme peut le faire le Puy du Fou, et que tout ce qu’on consomme ici proviennent de producteurs locaux. On a appelé ce projet La Ferme des vents en référence à M ­ iyazaki. Nous nous sommes inspirés de la Ferme du Bec Hellouin en Normandie. On a envie d’avoir notre propre miel, notre pain, nos légumes, nos œufs. Cette production sera destinée aux gens qui dorment sur site ou qui viennent nous visiter à la journée. À la marge, les hébergés pourraient repartir avec un panier de légumes de saison à la fin de leur séjour.

L’entretien

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Comment sont choisies les espèces représentées au Parc de Sainte-Croix ? Elles viennent systématiquement de parcs zoologiques, il n’y a jamais de prélèvement en milieu naturel. Malheureusement, il existe encore dans le monde entier des trafics concernant la faune exotique. Notre premier critère est d’accueillir des animaux de la faune patrimoniale. Nous avons une petite zone de biodiversité mondiale qui comprend le gibbon, parce que c’est une espèce menacée à l’état sauvage et qui fait partie d’un programme européen dans lequel on s’inscrit. Un de nos autres critères est de nous intéresser aux animaux qui ont un besoin conservatoire et qui sont en danger. Après il y a des espèces symboliques comme le loup, qui n’est plus en voie de disparition mais qui est pour nous un ambassadeur formidable de la biodiversité. Nous accueillons 30 000 scolaires par an, il est essentiel qu’ils puissent avoir une rencontre directe, les yeux dans les yeux, avec les animaux pour parler des problématiques de cette planète qui part en vrille.


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Parc animalier de Sainte-Croix Rhodes 03 87 03 92 05 parcsaintecroix.com

Depuis 2010, le Parc propose à ses visiteurs des séjours immersifs. Au départ, quatre lodges ont été installés, aujourd’hui ils sont dix fois plus. Nous avons répartis 46 lodges sur plus de 100 hectares avec la volonté qu’ils soient intégrés dans la nature et qu’ils aient le moins d’impact possible. Nous avons cherché la meilleure cohabitation possible entre les animaux et les hébergements. Si vous dormez avec les loups, vous n’aurez pas la garantie de les voir car le territoire est vaste. Globalement, ils sont tellement curieux qu’ils viendront vous voir, mais ce n’est pas quelque chose qu’on peut assurer. On fera encore quelques hébergements mais de façon modérée.

Comment expliquez-vous ce succès ? Nous avons eu la volonté de partager avec le public cette chance d’être sur site de nuit, à un moment où il se passe énormément de choses. Ici, les visiteurs se coupent de tout. Il n’y a pas de télé, c’est une reconnexion complète. La nuit, c’est tout juste si on ne se perd pas dans le parc pour retrouver son hébergement. On écoute les bruits, on observe les animaux, c’est un lieu unique pour le faire.


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LE PAYS DE SARREBOURG

Un havre de paix au milieu d’étangs et d’un élevage d’ânes. Bienvenue aux Gîtes Robin’Son à Foulcrey en Moselle. Par Emma Schneider Photos Grégory Massat

L’aventure à la Robinson

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Les Gîtes Robin’Son Domaine de Haussonville à Foulcrey 06 23 16 14 14 gites-robinson.fr

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Classique de la littérature, le nom de Robinson Crusoé s’est depuis décliné sous bien des formes. Si le récit de Daniel Defoe narre la con­struction d’un héros confronté à l’épreuve du naufrage et de la solitude, trois siècles plus tard, les gîtes éponymes situés à Foulcrey en Lorraine, offrent une parenthèse en marge du quotidien. Il ne s’agit plus forcément de partir à l’autre bout du monde pour déconnecter, juste de prendre congé des autres dans un quotidien rythmé par les interactions virtuelles. Aux gîtes Robin’Son, Laure et Robin élèvent des ânesses, et fabriquent des produits cosmétiques dans leur propre savonnerie avant de les vendre dans la boutique située sur le site mais aussi sur les foires, les marchés et internet. Quant au bout du monde, ils l’ont amené chez eux en installant quatre cabanons sur pilotis en pleine nature sur leurs huit hectares d’étangs. Au milieu de ce cadre entre terre et eau, le temps s’est arrêté. L’endroit dégage une atmosphère apaisante, qui nous ramène au présent et rappelle l’existence de nos cinq sens. Un chemin forestier mène aux différents cabanons, le soleil filtre entre les feuilles, La Cabane au Ponton apparaît.. On y accède via un vaste ponton serpentant à travers l’étang et au bout duquel une terrasse où trônent des transats et une grande table invitent au farniente. À l’horizon, le caba­ non Les Naufragés semble perdu sur un îlot sauvage, ce dernier ayant la spécificité de n’être accessible qu’en barque. Les intérieurs sont tout

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en bois et rondins, simple mais cosy, confortable et chaleureux. Pour vivre l’aventure nature à son paroxysme, le gîte possède l’électricité mais pas l’eau courante : les visiteurs disposent donc de toilettes sèches et d’une petite réserve d’eau. Des lampes frontales sont fournies pour les déplacements nocturnes. Pour les douches, les toilettes « traditionnelles » et la cuisine il faut se rendre à La Source, un lieu aménagé avec tout le nécessaire de vaisselle, frigo, canapés et jeux de société... Un barbecue à disposition permet d’offrir l’odeur chaleureuse des grillades. Au fil de la journée, les couleurs flamboyantes chatouillent les yeux jusqu’au sublime coucher de soleil dont les contrastes se reflètent sur la surface miroitante de l’étang. Au petit matin, après une nuit apaisée, les petits-­déjeuners (compris dans le prix de la nuitée) ont été déposés sur le ponton dans une corbeille en osier. Au menu : jus de pomme artisanal, pains au chocolat, mirabelles, nectarines, pain de campagne frais, confitures aux multiples saveurs ainsi que du miel. Le tout fait maison. Laure et Robin tiennent à chouchouter leurs hôtes, et à mettre en avant leurs produits artisanaux. À moins d’une heure de Strasbourg, les gîtes Robin’Son ont réussi le pari de nous reconnecter à l’essentiel.


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À voir, à faire aux alentours Le parcours Chagall « Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier de couleurs d’amour et d’espoir ». L’artiste emblématique Marc Chagall est à l’honneur au musée du Pays de Sarrebourg à travers un parcours poétique et architectural qui révèle des œuvres grandioses. De la Chapelle des Cordeliers au musée, en faisant un détour par le jardin, deux pièces maîtresses s’imposent : l’impressionnant vitrail de 12 mètres de haut et 900 kilos, intitulé « La Paix » ainsi que la plus grande tapisserie de l’artiste. Le musée abrite également des collections archéologiques et historiques, des faïences et porcelaines du xviiie siècle, de l’art ancien et contemporain. Rue de la Paix à Sarrebourg 03 87 08 08 68 sarrebourg.fr

Le train forestier d’Abreschviller À la lisière de grandes forêts dominées par le massif du Donon, le pittoresque train forestier d’Abreschviller, invite à 1h30 de balade à la découverte des richesses de la vallée de la Sarre Rouge. Tracté par une authentique locomotive à vapeur datant de 1906, le train embarque les passagers pour 12 km de parcours au fil de paysages pittoresques, rythmé par le son du sifflet. Un arrêt est prévu afin de visiter une scierie à haut-fer. 2, place Norbert Prévôt à Abreschviller 03 87 03 71 45 train-abreschviller.fr

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Une maison de famille deux étoiles Michelin enrichie d’un hôtel spa. Bienvenue au Cheval Blanc à Lembach, chez Carole et Pascal Bastian. Par JiBé Matthieu Photos Grégory Massat

L’excellence à tous les étages Le Cheval Blanc 4 rue de Wissembourg à Lembach 03 88 94 41 86 au-cheval-blanc.fr

Qu’est-ce qui distingue un deux étoiles Michelin d’un autre ? Un cadre, des produits sublimés mais surtout des femmes et des hommes. Celles et ceux qui vous ouvrent la porte, toujours attentifs et souriants, travaillant d’un effort conjugué dans l’ombre d’immenses cuisines pour faire d’un séjour bref ou prolongé un moment inoubliable. Ainsi de Carole et Pascal Bastian, duo de quadras ayant su donner à cette maison une décontraction chaleureuse sans contrevenir aux codes de l’hospitalité de haute volée. Au cœur de Lembach, la bâtisse en impose dès la façade. À l’intérieur, de hauts murs de moellons larges et sûrs. Des poutres jusqu’à la monumentale cheminée de grès qui orne la salle à manger nimbée de lumière chaude, tout pourrait intimider le visiteur. « Les bâtiments datent de 1720, explique Pascal Bastian, à l’origine, il s’agissait d’un relais de poste. » Jusqu’au début des années 2000, Le Cheval Blanc est associé au nom de la famille Mischler qui l’exploite depuis quatre générations. Fernand Mischler, ancien président des maîtres cuisiniers de France, cofondateur des Étoiles d’Alsace, avait repris l’affaire en 1964 et élevé sa table jusqu’aux deux macarons Michelin, imprégnant déjà les lieux de cet esprit d’exigence propre aux grandes maisons.


Depuis leur retour en terre natale, le couple a en projet de reprendre « un petit restaurant » s’amuse rétrospectivement Pascal. « Mais bon, là, c’était trop grand, cela faisait peur… » assure Carole en écho. Surtout qu’ils n’ont pas un sou vaillant et que Pascal, malgré un parcours bien étoffé, n’a jamais été chef. Mais Fernand Mischler sait se montrer persuasif et patient. « Il a beaucoup fait pour nous faciliter la reprise ». Si bien qu’en mai 2008, Le Cheval Blanc change de main et décroche sa première étoile en mars de l’année suivante. La deuxième arrive en 2015. « C’était le 31 janvier, se souvient Carole. Ce jour-là, on inaugurait le spa. À 22 heures, le Michelin appelle… » Imaginez la liesse. La fierté qui s’empare des équipes. « Je ne me lève pas tous les matins en pensant aux étoiles, assure Pascal. Nous sommes animés du souci de bien faire. Et de faire encore mieux. Nous ne voulons pas décevoir les clients. D’autant plus qu’ils sont fidèles ». Car Le Cheval Blanc est une maison familiale, où l’on vient fêter communion, mariages et anniversaires. En famille le dimanche, par tablée de douze à Noël. Certains depuis 30 ans. Cela dit, la deuxième étoile leur a apporté une clientèle plus internationale. « Avant, nous avions des Allemands,

des Belges, des Suisses… Depuis, il y a des Italiens, des Anglais, même des Américains et des Asiatiques. » À l’heure du recentrage sur le local, le paradigme s’est inversé. Si cela fait sens au yeux de Pascal Bastian, il prévient : « Tout ce qui est local n’est pas forcément bon. Et se limiter à un périmètre de 30 km autour du restaurant reviendrait à priver les Alsaciens de homard et de bar ». Si la déco du restaurant est cossue, encore affinée en 2012 avec dans l’idée de mettre les belles pièces comme la cheminée en valeur, l’établissement est aussi passé de six chambres à douze, puis à 21 en 2015. Date aussi de l’adjonction d’un chaleureux spa comprenant piscine, sauna, hammam, jacuzzi et salles de soins. Si le restaurant et sa cuisine demeurent toujours le premier produit d’appel, le spa est aussi là pour rassurer la clientèle exigeante qui s’inquièterait de savoir quoi faire à Lembach un jour de pluie ! « C’est surtout la piscine qui constitue un critère de choix, même si beaucoup n’en profitent pas ». Alors on ne fait pas comme eux : on lâche prise et on profite.

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Mon petit Strasbourg Depuis le début de l’année, Strasbourg se redécouvre. Par le biais de vidéos et de podcasts mensuels assurés par notre collaboratrice Caroline Lévy et proposés par l’Office de Tourisme de Strasbourg et sa région pour des itinéraires à vélo en marge des circuits habituels. La dernière vidéo en date nous emmène au Musée Adolf-Michaelis, au Bunker comestible (champignonnière bio et inclusive gérée par C’cité) pour finir sur la Presqu’île André Malraux. Les podcasts convient des personnalités locales telles la harpiste Anja Linder, le comédien Tom Dingler, la cheffe Marion Goettlé pour des échanges intimistes ayant trait à leur relation à la capitale européenne. (F.V.) visitstrasbourg.fr/ mon-petit-strasbourg

Le design s’invite sur le GR 53 Le GR 53 qui traverse en diagonale le Parc naturel régional des Vosges du Nord vient de se doter de six cabanes de la gamme ÜTE, fabriquées à Lupstein. Ces nano-habitats de 5 m 2, ornés d’un liseré rouge qui renvoie au Rectangle rouge de l’itinéraire balisé par le Club Vosgien depuis 1897, ont été disposés entre Rott et La Petite Pierre. Ils servent à la fois d’abris pour les randonneurs tout en leur offrant des vues optimales sur la beauté des paysages ainsi que des renseignements sur les alentours. Une aire de bivouac comprenant toilettes sèches et pièce à feu a également vu le jour à Climbach tandis que le site du Parc naturel régional dédié à la randonnée a fait peau neuve avec de nouveaux parcours et un maximum d’informations utiles. (F.V.) parc-vosges-nord.fr


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