L'Humour des Notes by Zut

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L’HUMOUR DES NOTES

30 ANS DE FESTIVAL

Contributeurs

Directeur de la publication

Bruno Chibane

Administration — Gestion Gwenaëlle Lecointe

Rédaction en chef Fabrice Voné

Direction artistique Séverine Voegeli

Coordination Léonor Anstett

Rédacteurs

Robin Schmidt, Fabrice Voné

Photographes

Christoph de Barry, Myriam Bastian, Loïc Becker, Auriane Lagas, Didier Pallagès, Philippe Praliaud, Emmanuel Viverge, Mehdi Wehrlé

Couverture

Emmanuel Viverge

Relecture

Manon Landreau, Léonor Anstett

Stagiaire

Nicolas Feig

Ce hors-série du magazine Zut est édité par

Chicmedias

37, rue du Fossé des Treize 67000 Strasbourg +33 (0)3 67 08 20 87

SàRL au capital de 47 057 euros

sommaire

4  « LE PUBLIC A RÉPONDU »

Entretien avec Vincent Lehoux, adjoint en charge des actions culturelles à la Ville de Haguenau.

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L’ILLUSTRE PALACE

Retour sur le spectacle XXL de clôture du festival.

8  L’ÎLE AUX ENFANTS

Bienvenue au Village des Enfants où on bichonne le public de demain.

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L’HUMOUR DES NOTES EN CHIFFRES

12 LE CRMA DANS LE GRAND BAIN

Les musiques actuelles ont trouvé leur place sous le chapiteau du QG.

14 BONNE NOTE EN ÉCO(LOGIE)

La 30 e édition de L’Humour des  Notes s’est déroulée sous le signe de l’écoresponsabilité.

16 CHEFS D’ORCHESTRE

Entretien croisé entre Daniel Chapelle, l’initiateur de L’Humour des Notes en 1991, et Éric Wolff, son successeur.

20 GROOM SERVICE

Les Grooms ont grandi avec L’Humour des Notes.

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PLANTER LE DÉCOR

Focus sur l’association Bâtisseurs d’Instants en charge d’une scénographie durable.

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ILS FONT LE FESTIVAL

L’Humour des Notes vu par Guillaume Hamann, Mireille Weber, Robert Barduc, Philippe Patis et son épouse, Guy Hémonet, Danielle et Jean-Marie Lecot, François et Tatiana Bihl, Fabrice et Sabine Flon, Hamoud Bouabdellah.

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FAIRE ENSEMBLE

L’École Municipale de Musique et Danse ainsi que l’Orchestre Symphonique de Haguenau ont été mis à contribution pour la 30e édition.

34 MÉMOIRE DU FESTIVAL

Retour en images sur 30 ans de festival.

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UNE PLACE POUR L’ÉMERGENCE

L’Humour des Notes comme tremplin aux jeunes compagnies. Exemple avec Schaëtzele.

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NOTE DE FIN

Après 40 ans de carrière, Zic Zazou a fait ses adieux. Retour sur la longue histoire d’amitié entre la compagnie et Haguenau.

46 QUAND LE FESTIVAL S’AFFICHE

Tirage : 1 000 exemplaires

Dépôt légal : décembre 2022 SIRET : 50916928000047 ISSN : 2261-7140

Impression

Ott imprimeurs

Parc d’activités « Les Pins » 67319 Wasselonne Cedex

Ce magazine est entièrement conçu, réalisé et imprimé en Alsace

Remerciements

Auriane Lagas, Mathilde Briant, Catherine Leininger, Charlotte Schwartz et Éric Wolff du Relais Culturel de Haguenau.

« La culture est proche d’une façon d’être, d’un coup de foudre, d’une fête toujours inachevée du bonheur »

Jean D’Ormesson

Depuis sa création en 1991, le festival de L’Humour des Notes s’est imposé comme l’un des rendez-vous culturels majeurs à Haguenau. Un événement qui témoigne de la place singulière que la municipalité de Haguenau consacre à la culture.

Chaque année, durant la semaine de l’Ascension et le week-end qui précède, L’Humour des Notes invite le public à se laisser surprendre et émouvoir au Théâtre et dans les rues de Haguenau, avec des représentations mêlant humour, musique et originalité.

Lieu de partage, d’émotion et de vie depuis 30 ans, le Festival de L’Humour des Notes fait preuve d’une créativité foisonnante et contribue indéniablement au rayonnement et à l’attractivité de notre ville. En soutenant l’originalité et l’authenticité de ce « Festival d’Envergure », la Ville de Haguenau lui permet d’aller toujours plus loin dans l’audace et de vous faire vivre une expérience culturelle fascinante en plein cœur de la ville.

Par leur action, nos partenaires institutionnels et privés, nos sponsors et mécènes participent pleinement à la réussite de ce festival. Chaque édition est un nouveau défi que nous ne pourrions relever sans leurs précieuses contributions. Ces partenaires concourent inéluctablement au succès et à la continuité de ce festival, lui permettant de faire émerger la magie de l’émotion.

Adjoint en charge des actions culturelles à la Ville de Haguenau, Vincent Lehoux se félicite du succès généré par L’Humour des Notes en rassemblant 50 000 personnes durant neuf jours lors de cette 30 e édition. L’élu ambitionne de faire de ce rendez-vous « un festival de référence dans le Grand Est ».

Toute la région de Haguenau s’est retrouvée impliquée »

«

PAR FABRICE VONÉ — PHOTO CHRISTOPH DE BARRY

Quel bilan dressez-vous de cette 30e édition de L’Humour des Notes ?

C’est inespéré et inattendu à la fois. On avait vraiment envie de renouer avec le public, de déconfiner les esprits et d’être un antidote à cet enfermement psychologique que les gens ont subi pendant deux ans. On s’était dit que L’Humour des Notes, ce serait la meilleure façon d’aller au contact du public, avec des spectacles de rue et des artistes qui avaient envie de partage, on allait enfin pouvoir vivre des moments forts. Dès le démarrage, on s’est vite rendu compte qu’il y avait beaucoup de public y compris dans les nouveaux espaces qu’on avait expérimentés durant la pandémie, il nous fallait alors des endroits délimités qui permettaient de comptabiliser les gens tout en gardant des distances sanitaires… En fait, les gens ont parfaitement repéré ces nouveaux lieux, et là où on attendait seulement 300 personnes, dans des cours d’école par exemple, on en a eu le double… Au départ on visait 40 000 spectateurs sur l’ensemble du festival et aujourd’hui, on est certain d’en avoir eu au moins 50 000. L’information sur les lieux, les plans détaillés, le web, tout cela a parfaitement fonctionné. L’Humour des Notes c’est aussi une manifestation très participative, où on associe autant les enfants que les adultes, depuis la parade inaugurale, jusqu’au spectacle de clôture Cristal Palace, toute la région de Haguenau s’est retrouvée impliquée avec les écoles de musique et de danse du territoire. Nos orchestres aussi, comme le Symphonique de Haguenau… Alors qu’il n’y avait plus eu d’évènement d’envergure depuis deux ans, qu’en Alsace du Nord, il y avait des salles de spectacles qui étaient un peu sinistrées et je ne parle pas des cinémas. Au théâtre de Haguenau, c’était complet tous les soirs. On avait cinq soirées pendant le festival. Les trois premières, les gens ont fini par applaudir debout. À mon niveau, je suis content.

Était-ce si compliqué que le public renoue avec le spectacle vivant ?

Oui, après toutes ces restrictions très techniques, on recommençait à peine à tester la densité humaine dans un espace urbain. À Haguenau, à cette époque nous n’étions pas encore revenus à des jauges de plusieurs milliers de personnes, côte à côte, et de plus dans une ambiance bon enfant.  C’était quand même une sorte d’interrogation. Le public allait-il l’accepter ? J’avais quand même observé, ces deux dernières années, que le comportement des gens avait changé après cette longue période d’isolement... Pour finir, attirer 50 000 personnes dans une ville de 35 000 habitants et constater que ça se passe aussi bien, c’est plutôt agré able.

Voyez-vous déjà des pistes pour la suite de ce festival ?

Nous avons progressé sur les partenariats, même si on peut encore mieux faire. Pour que ce festival s’inscrive durablement dans un territoire élargi, il faut que les entreprises et les commerçants s’investissent à nos c ôtés. Cela peut faire grandir L’Humour des Notes afin qu’il devienne le festival de référence dans le Grand Est.

Au fil des années, L’Humour des Notes est devenu un rendez-vous pluridisciplinaire mêlant aussi bien le cirque à la danse contemporaine, aux musiques actuelles...

En fait, on ne s’éloigne pas tellement de l’ADN d’origine. Ce qui a changé avec les années, c’est que nous sommes sortis dans la rue pour nous adresser à tout le monde, y compris à des publics éloignés de la culture. Nous avons aussi soutenu les musiques actuelles avec la scène du QG. Je souhaite donner de la visibilité à des groupes locaux qui ont du talent. Pour cela L’Humour des Notes est un joli marchepied.

Où se situe l’enjeu au niveau culturel pour une ville comme Haguenau ?

On peut toujours se poser la question du regard que l’on porte sur nous, Outre-Forêt ou depuis Strasbourg. Mais on peut aussi inverser la proposition et se demander comment on grandit sur un territoire et comment on noue des liens vers l’extérieur… En rayonnant, notre image et notre notoriété deviennent plus lisibles pour des métropoles qui peuvent nous sembler assez éloignées au départ.

Que peut-on vous souhaiter pour les trente prochaines années ?

Pour Daniel Chapelle [fondateur de L’Humour des Notes en 1991, ndlr] , c’est un petit miracle que ce festival qu’il avait créé il y a 30 ans soit toujours là aujourd’hui. Je crois beaucoup à la transmission entre générations. Au bout de 30 ans, les enfants qui venaient aux premières éditions sont devenus des adultes et reviennent avec leurs propres enfants. Pour moi, c’est la plus belle des récompenses.

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Spectacle de clôture du festival, Cristal Palace a réuni presque 6 000 curieux sur le parking de la Vieille-Île. Un show XXL, avec des musiciens perchés sur un lustre de 12 mètres de diamètre et à plus de 30 mètres de hauteur, qui se  réinvente avec les acteurs locaux à chaque nouvelle date. Rencontre avec Rémi Allaigre, directeur artistique de la compagnie.

L’illustre Palace

Transe Express ne fait pas les choses à moitié. Trois scènes et un lustre de 12 mètres de diamètre étaient installés pour Cristal Palace, un spectacle perché à plus de 30 mètres de hauteur, clou de L’Humour des Notes cette année. Un show grandeur nature qui nécessitait que toute l’équipe — composée de 27 personnes — mette « la main à la pâte », confie Rémi Allaigre, directeur artistique de Transe Express. Au-delà d’une simple mise en place des imposantes structures ainsi que la mobilisation d’une grue sur le parking de la Vieille-Île, la troupe devait aussi s’accorder et répéter avec les artistes locaux. À chaque date, huit danseurs sont recrutés sur place, de même que quelques «  complices  », mêlés incognito au public, «  qui servent le champagne pendant le French cancan ». Lors des premiers repérages pour Cristal Palace, l’Orchestre Symphonique de Haguenau avait attiré l’attention de Transe Express. « Ça a fait tilt, c’était le choix logique pour nous accompagner en musique », explique Rémi Allaigre. Après quelques appels avec Eric Wolff —  directeur du festival — l’orchestre et la compagnie échangeaient les partitions à connaître.

L’Orchestre Symphonique de Haguenau dans la danse

Le jour J, au lendemain d’une répétition générale comprenant également des élèves de l’École Municipale de Musique et Danse de Haguenau, tout le monde s’était retrouvé disséminé sur les trois scènes et aux alentours.

Un spectacle participatif, qui se réinvente à chaque stop en s’appuyant sur le maillage culturel local. De cette aventure en Alsace du Nord, Rémi Allaigre conserve un « émouvant » souvenir. La participation de l’Orchestre Symphonique de Haguenau a aussi bien « touché le public » que les artistes. « C’était un vrai apport à notre répertoire musical. » Il complimente aussi l’équipe organisatrice et le « bel accompagnement » dont elle a fait preuve, côté technique comme côté humain.

Pour le directeur artistique de la troupe, L’Humour des Notes tire son épingle du jeu grâce à sa « belle programmation » depuis 30 ans. Trente ans de plus, on y croit ? Rémi Allaigre tient en tout cas à ce que « les grosses formes de spectacles comme Cristal Palace perdurent ». L’objectif est de « rassembler les individus de toutes générations » pour que les gens « viennent, se rencontrent, dansent  ». Selon lui, le plus important est que la ville de Haguenau « continue d’être investie par des propositions fédératrices ». Comme quoi, prendre de la hauteur permet aussi de se retrouver de façon simple et conviviale.

FOCUS — CRISTAL PALACE
PAR
FOCUS
6 — 7

Depuis sept ans, le square Vieille-Île en face de la Médiathèque accueille le Village des enfants durant L’Humour des Notes. Un espace qui ne cesse de se réinventer, histoire de bichonner le public de demain.

L’île aux enfants

C’est un coin de verdure avec des transats à l’ombre dont l’inclinaison permet de garder un œil ouvert sur sa progéniture. Bienvenue au Village des enfants qui s’est installé en 2014 sur le site qu’occupait l’ancien hôpital de Haguenau. Un espace barriéré qui évolue continuellement durant les neuf jours de L’Humour des Notes avec une programmation intergénérationnelle.

L’un des chapiteaux accueille des spectacles pour les familles et les écoles sur le temps scolaire avec trois propositions artistiques différentes. Non loin de là, une tente reçoit la Médiathèque ou des jeux de société et des livres. La librairie La Marge a aussi convié des illustrateurs et illustratrices pour des ateliers gratuits tandis que le service des Musées propose des animations autour des masques. Sur l’herbe, des carrousels à propulsion parentale, de curieux instruments de musiques et d’étonnants jeux en accès libre.

« On a des parents qui nous disent que leurs enfants pourraient revenir tous les jours, indique Catherine Leininger, directrice adjointe du Relais Culturel. D’autres ne viennent que pour jouer et sont supercontents. La seule présence du chapiteau marque l’approche de l’été pour la plupart d’entre eux. »

Pour cette 30 e édition de L’Humour des Notes, un second chapiteau a été érigé sur le square : le Pist’Ô Mômes. « On y développe

les pratiques amateurs, par des répétitions, de l’éveil musical ou des restitutions de choses qui ont pu être faites pendant l’année », dévoile Catherine Leininger.

Le groupe d’élèves de danseurs hip hop du centre socioculturel Robert Schuman accompagnés de Boogie Style Connexion ont ainsi pu se produire devant 250 personnes. Idem pour la représentation donnée par l’atelier Graines de Cirque. « Pour nous, c’est super car on attire des gens qui ne seraient peut-être pas venus sur le festival. » Mais l’éducation par l’art et la culture n’empêche pas la solidarité. À l’image de la buvette du Village des enfants tenue par les bénévoles du Centre socioculturel du Langensand, présente depuis plusieurs années pour financer ses projets et actions à l’étranger.

FOCUS — VILLAGE DES ENFANTS FOCUS
Le spectacle À la dérive proposé par la compagnie La Rustine s’est déroulé sous le Chapit’Ô du Village des Enfants.
8 — 9

L’HUMOUR DES NOTES

en chiffres

+ de 700

ont été programmées par les organisateurs du festival pour 1300 représentations depuis 1991

et

conviés à la dernière édition auxquels s’est ajouté le poney figurant dans le spectacle Deux minutes

spectateurs propositions artistiques artistes décentralisés sites

05

comme le Gros Chêne, l’Antenne Les Pins, Kaltenhouse, Schweighouse-sur-Moder et Brumath

lieux
places ont afflué en masse à ce 30 e anniversaire de L’Humour des Notes 50 000
se sont déroulés
des
22
les spectacles de L’Humour
Notes en 2022
250
10 — 11 + de + de sur les 180 événements proposés en 2022 90% bénévoles en 2022 le spectaculaire show de clôture 6 000 16 par Le Refuge avec L’Humoriste, sa cuvée spéciale pour cette édition anniversaire 1 200 actuelles se sont produits au QG sous le chapiteau du CRMA 70 50 investis en 2022 de spectacles gratuits partenaires spectateurs réunis pour Cristal Palace, groupes de musiques litres de bière brassés 442 et plus de 1 000 repas générés par l’accueil des artistes et des professionnels du spectacle en 2022 nuitées d’hôtel

Depuis quelques années, les musiques actuelles ont trouvé toute leur place au sein de L’Humour des Notes. En se posant sous le chapiteau du QG tenu par le Centre de Ressources des Musiques Actuelles Bas-Rhin Nord (CRMA).

Le CRMA dans le grand bain

L’endroit est bucolique. Avec ses chaises et tables colorées, son chapiteau, sa pelouse, ses arbres et ses cocktails servis par le Comptoir des Loges. Bienvenue au QG de L’Humour des Notes, point de ralliement des festivaliers et des artistes lorsque le rideau tombe sur les différentes scènes de Haguenau. Un espace confié au Centre de Ressources des Musiques Actuelles Bas-Rhin Nord (CRMA), émanation du réseau Jack, qui en a profité pour programmer 16 artistes du territoire durant les neuf jours de l’événement.

« C’est notre temps fort », souligne Émile Fichter, chargé de mission d’accompagnement de la structure qui gère également Les Bains Rock, des studios de répétition, en compagnie de Noé Serre, le régisseur. Partenaire du Relais culturel de Haguneau de longue date, le duo a ainsi programmé des « petites formules » sans se limiter dans les genres musicaux entre rockabilly, dub, blues touareg, folk, electro… Le public lui aussi se mélange, ce qui n’est pas pour déplaire à Émile. « On rencontre des gens qui ne viennent jamais à nos concerts. Même s’ils n’ont pas forcément le réflexe d’aller devant la scène, on se rend compte qu’ils écoutent attentivement, indique-t-il. On est à Haguenau, ce n’est peut-être pas aussi naturel pour les gens que d’avoir des concerts comme ça en plein air. »

Le Millénium dans le viseur Durant L’Humour des Notes, ce quartier général a fait office de « vitrine » pour le CRMA. « Cela nous fait connaître », apprécie Émile dont les actions englobent également l’accompagnement des groupes émergents, l’organisation de formations et d’ateliers, la prévention des risques auditifs…

Une vitrine aux airs de test dans l’optique de la nouvelle orientation du Millénium, un ancien cinéma de 280 places désormais destiné aux musiques actuelles. « On est partie prenante de ce projet car on connait le paysage musical du territoire », affirme-t-on du côté du CRMA Bas-Rhin Nord. Quelques artistes ont déjà effectué des résidences à proximité de la place Robert-Schuman. L’opération caritative « Les rockeurs ont du cœur » y a également ses habitudes au moment de Noël où les concerts s’accompagnent de distribution de jouets aux familles dans le besoin. Un endroit tout trouvé afin que les musiques actuelles disposent prochainement de leur quartier général à Haguenau.

Au QG, le blues fusion touareg de Mossa & Zoya a fait voyager le public de la France au Mali. →

PAR FABRICE VONÉ — PHOTOS AURIANE LAGAS
FOCUS FOCUS — CRMA
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La 30 e édition de L’Humour des Notes s’est déroulée sous le signe de l’ écoresponsabilité. Signataire d’une charte d’engagement encadrée par Éco-Manifestations Alsace, l’évènement haguenovien s’est inscrit dans une démarche de développement durable.

Bonne note en éco(logie)

Tout en nature, le festival organisait une Journée en Forêt d’Exception le jeudi de l’Ascension. Spectacles et ateliers ont été présentés au Gros Chêne, à Haguenau, drainant un millier de personnes dans ce cadre verdoyant. En marge des animations, c’était aussi l’occasion de sensibiliser le public aux enjeux environnementaux et aux gestes quotidiens à privilégier. Le tout, encadré par la « green team » de bénévoles présente. Pour s’y rendre, suivez le cortège ! Un trajet matinal et balisé en vélo avait été mis en place depuis la gare ainsi que des lignes de bus régulières, en partenariat avec RITMO, le réseau de transport local. En échange de réductions et de tickets gratuits pour les spectacles programmés au Théâtre, le covoiturage était aussi encouragé. Une délocalisation ponctuelle des festivités, qui correspond à l’engagement de L’Humour des Notes dans une démarche durable.

L’objectif était clair : réduire les émissions carbone issues des transports, qui représentent 75% du total rejeté, selon Éco-Manifestations Alsace. En effet, les organisateurs sont signataires d’une charte prédéfinie par cette association de conseil. Après le Pelpass à Strasbourg et le Forum du Livre à Saint-Louis, ils épaulaient les organisateurs du festival. En amont, des conseils ont été émis afin d’organiser un évènement toujours plus solidaire et attractif, qui respecte les accords de la charte des éco-manifestations. Gestion des déchets, encouragement

des mobilités douces, partenariats avec des prestataires locaux, communication digitale… Tout avait été réfléchi pour que cette édition se déroule dans le respect de l’environnement et du territoire.

L’engagement de L’Humour des Notes s’invitait jusque dans les assiettes du public, des artistes et techniciens. Les associations La Graine et Le Fruitier, partenaires, proposaient une restauration bio et locale. Un plaisir pour les papilles, comme pour la planète. Au-delà d’une dimension simplement écoresponsable, le festival se voulait solidaire. En association avec Tôt ou T’Art, pour la démocratisation de la culture, étaient proposés des tarifs bas pour permettre à tout ceux qui le souhaitaient d’en profiter.

Niveau communication, l’utilisation de supports papier a été drastiquement réduite en faveur du digital, moins polluant. Et en interne, une « green team » a été déployée, chargée d’accompagner et de sensibiliser les festivaliers. Histoire de penser vert et réutiliser toutes ces pistes de travail pour la 31e édition à venir, encore plus respectueuse.

FOCUS
FOCUS — ÉCORESPONSABILITÉ
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Chefs d’orchestre

En 30 ans, L’Humour des Notes n’a connu que deux directeurs : Daniel Chapelle*, l’initiateur de ce festival imaginé en 1991, et Éric Wolff, son successeur depuis près de dix ans, évoquent les secrets de cette longévité.

Que symbolise 30 ans pour un festival tel L’Humour des Notes ?

Daniel Chapelle 30 ans, c’est inespéré. C’est un bonheur incroyable car en le créant, en 1991, on était parti pour deux, voire trois éditions. Finalement, le public a adhéré, il s’est approprié le festival qui s’est développé au point de prendre une autre dimension avec Éric. Mais c’est aussi trente ans de bonheur pour le public, de joies partagées, de surprises et de découvertes. C’est aussi ça le but du festival. Éric Wolff Si j’ai amené ma touche personnelle, je n’ai fait que développer tout le boulot que Daniel avait effectué. Le plus difficile dans ce genre de projets, c’est de démarrer puis de durer au moins les vingt premières années. Cela veut dire convaincre, être accompagné aussi bien par des élus que des artistes. Lorsque j’ai pris ce poste de directeur du festival, il y avait déjà une base bien solide. Et, à partir de là, on peut rêver. Auparavant, je venais en tant que spectateur puis programmateur pour lui « piquer » des spectacles que je faisais dans d’autres salles. Mais ce n’est pas la même chose d’être dedans et de continuer à se réinventer. Je crois que j’ai la chance que les graines, que Daniel a plantées, ont bien poussé. Il a réussi à les arroser régulièrement et on continue à faire grandir ce festival.

Daniel, pouvez-vous nous rappeler dans quel contexte surgit cet événement en 1991 à Haguenau ?

D. C. Gérard Traband, qui était adjoint au maire en charge de la culture et président du Relais Culturel, m’avait passé une commande. Il souhaitait un événement festif, à la fois populaire, original, de qualité et il

ajoutait systématiquement le terme « pas trop cher ». Même si c’était une question annexe, il fallait rester dans les clous au niveau financier. J’ai fait jouer mes neurones, je naviguais déjà un peu dans l’univers de l’humour musical et j’ai rassemblé quelques groupes pour la première édition. Finalement, la sauce a pris. En 1994, j’ai ouvert le festival aux spectacles de rue qu’Éric a développé de façon plus conséquente. Je m’étais aussi tourné vers quelques groupes des pays voisins comme l’Allemagne et la Belgique. L’Humour des Notes a vite pris une belle dimension.

Comment définiriez-vous L’Humour des Notes ? E. W. C’est un festival de musique et d’humour mais pas que. C’est un festival qui est en train de devenir pluridisciplinaire puisqu’on y met du cirque, du théâtre, de la danse contemporaine, mais c’est avant tout un festival familial pour le public le plus large possible dans lequel il va pouvoir trouver plein de formes de spectacle vivant sur une journée. C’est cela qui m’intéresse. Il y a une colonne vertébrale qui est l’humour musical que l’on retrouve tous les soirs au Théâtre de Haguenau mais aussi dans la rue à certains endroits. À partir de là, il y a eu des bourgeons et des ramifications qui commencent à se consolider. C’est avant tout un festival de la bonne humeur, pas un festival qui se veut élitiste, on n’est pas là-dedans.

D. C. C’est aussi une manière d’intéresser le public au spectacle vivant et même au théâtre. Il y a des gens qui, via L’Humour des Notes, ont ensuite pris des abonnements pour la saison théâtrale. Parce que le spectacle vivant les a captivés. Ce n’est pas que des formes élitistes, bien au contraire. On aborde tous les

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genres musicaux et parfois tout est mélangé. Cette transversalité a permis d’élargir le public et le propos artistique en général

L’Humour des Notes comme moyen d’amener les gens à la culture, cela doit encore être d’actualité par rapport à la pandémie ?

E. W. On a eu énormément de monde cette année [50 000 spectateurs, ndlr]. On a senti un public qui avait besoin de se marrer, besoin de poésie et besoin de ressentir des émotions de manière collective. C’est ce que je trouve touchant. Et ce que vient de dire Daniel est extrêmement important parce que le travail qu’on mène ici est un travail qui est parallèle à ce qu’on fait pendant la saison. On est dans des vases communicants. L’autre soir, on avait un spectacle en rue de très grande qualité, gratuit et ouvert à tous. J’étais extrêmement touché et heureux de voir des gens, qui ne viendraient peut-être jamais au théâtre, s’asseyent et prennent du plaisir devant le spectacle. Peut-être qu’un jour, ils vont aller au théâtre le mardi soir ou le samedi en se disant que ce n’est pas uniquement réservé à une élite ou à des sachants. C’est notre défi. On voit bien que partout en France, les gens qui vont au théâtre sont plutôt des publics vieillissants, qui ont été des grands militants de la culture. On a perdu ce public et il faut trouver des solutions pour qu’on puisse refaire du théâtre ensemble. On n’est pas forcément là pour regarder son nombril, on est là pour faire une mission de service public à tous les niveaux. L’important, c’est de se dire qu’on est essentiels alors qu’on a eu tendance à nous dire qu’on ne l’était pas. On est essentiels !

D. C. Le signe le plus marquant, c’est que les gens ont retrouvé très facilement le chemin de Haguenau après cette séquence dramatique du Covid qui a fait perdre beaucoup de public. Ce qui n’est pas le cas partout. Il y a beaucoup de structures dites un peu plus élitistes, un peu plus intellos, qui ont perdu entre 30 et 40% de leur auditoire et là je pense que tu fais le plein. Avec un public qui démarrait au quart de tour, signifiant qu’il avait à nouveau envie de partager l’enthousiasme du spectacle vivant.

Outre cette mission de service public, y a-t-il d’autres objectifs à L’Humour des Notes en terme de rayonnement, de développement de la création artistique ou de retombées économiques ?

E. W. Cela va de pair avec le cadre d’une stratégie d’attractivité du territoire. Culturellement parlant, à tort ou peut-être à raison, on a pu imaginer que la culture n’existait plus à la sortie de Vendenheim. Daniel a vécu cela et a bataillé pendant des années avec brio. L’idée c’est de montrer qu’il y a une stratégie culturelle sur ce territoire du nord de l’Alsace. C’est important car c’est un facteur d’attractivité touristique, mais aussi pour les entreprises. Quand une entreprise veut attirer ses cadres, elle a envie d’avoir des écoles, des gymnases mais aussi une offre culturelle de la même qualité qu’on pourrait trouver à Paris ou à Lyon. C’est d’ailleurs ce qu’on programme. Économiquement parlant, avec L’Humour des Notes, on fait vivre les hôtels, les restaurants, les boulangeries et les glaciers pendant dix jours. Économiquement, on produit quelque chose. C’est important car on découvre que la culture est un acteur économique du territoire. C’est rarement mis en avant parce que, quelque part, les directeurs et les programmateurs ont tendance à se dire qu’on n’est pas là pour ça. Alors que ce n’est pas vrai, on le fait. Pour cette dernière édition, lorsqu’un de nos partenaires injecte un euro, cela peut lui en rapporter deux. C’est quantifiable.

D. C. Dès le départ, je m’étais acharné à trouver des partenaires. Il y en a qui m’ont fait confiance, comme l’Électricité de Strasbourg, alors qu’on ne se connaissait pas. On avait fait une soirée où ils avaient invité les maires du canton. À la première édition, une dizaine d’élus avaient répondu présent. L’année d’après, ils se sont battus pour avoir des places. Les maires sont des relais et cela a permis d’étendre le champ des partenaires.

E. W. Complètement et on en engrange chaque année davantage.

ENTRETIEN CROISÉ
c’est
se dire qu’on est essentiel
tendance
On est
L’important,
de
alors qu’on a eu
à nous dire qu’on ne l’était pas.
essentiel !
Éric Wolff

Dans le cadre de cette 30e édition, il y a eu quelques nouveautés comme la Journée en Forêt. Comment imagine-t-on le festival de demain ?

E. W. Pour l’année prochaine, c’est quasiment plié car on a toujours une année d’avance. C’est vrai qu’on teste des choses comme cette Journée en Forêt [qui a eu lieu à l’aire du Gros Chêne le jeudi de l’Ascension, ndlr]. Par contre, je ne sais pas si on va continuer sur les très gros spectacles comme Cristal Palace. Car sans les partenaires, on n’aurait pas pu le faire puisque cela mobilise beaucoup de choses au niveau technique. Mais j’ai envie de garder le deuxième chapiteau [la Pist’Ô Mômes destinée aux ateliers et animations pour les jeunes de la ville, ndlr] au Village des Enfants comme celui avec le CRMA et les musiques actuelles. Il y a des endroits où je n’ai pas complètement tout exploré. J’ai encore plein d’idées.

D. C. L’essentiel, c’est que ce festival perdure. On peut faire confiance à Éric pour continuer à le développer et continuer à donner du plaisir au public. Pour moi, c’est un acquis.

Justement, quelle est la direction à donner à ce festival pour qu’il perdure ?

E. W. On est passé par toutes les phases de réflexion. En se disant qu’on pouvait réduire le festival à cinq jours par exemple. Finalement, toutes les compagnies saluent le fait que L’Humour des Notes se déroule sur neuf jours, cela leur laisse le temps de s’installer. Il y a plein de festivals qui se tiennent sur deux ou trois jours, où on a l’impression d’être au supermarché avec une quinzaine de spectacles au quotidien qu’on n’arrive pas à voir. Ce qui m’intéresse aussi, et cela peut répondre à la question économique, c’est que notre public arrive à voir quatre

spectacles par jour. Cela signifie que ça laisse du temps aux gens, de se poser, de faire des jeux en famille, ça leur permet de manger un morceau, de se balader et éventuellement d’aller se baigner au Nautiland. En préparant ce festival, je me disais être arrivé à un niveau de ma vie où je sais où il faut aller pour programmer. Je peux prendre des risques sur certaines choses comme la danse contemporaine mais ce que j’ai envie, c’est de faire en sorte que le public se sente dans un temps autre. On peut voir un spectacle, se retrouver entre nous, boire une bière, manger une glace, faire du manège… Programmer quinze spectacles, c’est assez facile. Je fais cinq à six festivals dans l’année, je vois à peu près 250 à 300 spectacles. Tu coches, tu fais tes calculs mais il n’y a pas que ça qui m’excite. Il faut encore que les gens puissent se poser, pique-niquer, voir un spectacle et revenir. Ce qui m’a touché dans Cristal Palace, c’était de le réaliser avec les gens de la ville, c’est top. Les gens participent à une histoire. Il y a du récit, c’est romanesque et ça ancre les choses. Je veux que les Haguenoviennes, les Haguenoviens, et tous ceux du territoire, soient fiers de ce festival comme ceux qui viennent d’Aurillac ou de Chalonsur-Saône [où se tiennent deux des plus importants festivals de théâtre de rue, ndlr]. Pour cela, ça mettra peut-être encore 30 ans [rires].

D. C. C’est vrai que l’implication dans la ville est très importante. Les gens se sont appropriés le festival, c’est leur festival. Voilà, continuons ensemble.

* Daniel Chapelle préside aujourd’hui la compagnie de théâtre Les Méridiens ainsi que Cadence, pole ressources pour les pratiques musicales en amateur.

18 — 19
L’essentiel, c’est que ce festival perdure. On peut faire confiance à Éric pour continuer à le développer et continuer à donner du plaisir au public. Pour moi, c’est un acquis.

Fidèles parmi les fidèles, Les Grooms ont grandi avec L’Humour des Notes. Un festival chevillé au cœur de cette fanfare théâtrale à l’image des nombreuses anecdotes découlant de leurs multiples venues à Haguenau.

Groom service

Qui ne connait pas Les Grooms à Haguenau ? Créée en 1984, la vénérable fanfare théâtrale est une habituée de L’Humour des Notes où elle s’est produite à plusieurs occasions. Mais c’est en 1997, dans le cadre du Carnaval, que les six musiciens composant le noyau dur de la troupe se sont aventurés pour la première fois en Alsace du Nord. « C’est nous qui menions le cortège, se souvient Christophe Rappoport, trompettiste des Grooms. À un moment, une voiture passe devant nous. On décide de tous monter à l’intérieur, quelque chose qu’on fait souvent lors de nos déambulations. Je m’installe à l’avant à côté du conducteur à qui je dis d’accélérer. Tout cela sans savoir que mon collègue s’était mis dans le coffre qui était ouvert. Comme il était en train de jouer, il ne s’accrochait pas vraiment et s’est donc retrouvé par terre avec son saxophone. Heureusement, il n’avait rien du tout mais on a eu chaud ce jour-là. »

Le tour du monde au départ de Haguenau

Si l’histoire des Grooms avec Haguenau a démarré sur les chapeaux de roues, elle doit beaucoup à Daniel Chapelle, le fondateur de L’Humour des Notes. « Il a été hyper fidèle avec nous », loue le musicien. Voire plus, comme lors des résidences ayant débouché sur les créations de La tétralogie de 4 sous en 2002, coproduit avec le prestigieux Barbican Centre de Londres, puis Le bonheur est dans le chant en 2011. « Daniel insistait pour avoir la premi è re, c’était son truc. Ces deux spectacles créés à Haguenau sont ensuite partis dans le monde entier. Quelque part, cela nous a porté chance », enchaîne le musicien. Les Grooms

étaient aussi présents lors de l’inauguration du Relais Culturel. « En tout, on est venu huit fois. Chaque coin de la ville nous rappelle des souvenirs à l’image d’un abribus sur lequel on était monté ou encore une fontaine où on avait joué les pieds dans l’eau », poursuit-il. Des amitiés se sont aussi nouées avec l’équipe organisatrice de L’Humour des Notes et la population puisque celle-ci est souvent mise à contribution par les artistes. Ce fut le cas, en 2011, avec la Chorale de Haguenau. « À chaque fois, à la fin des spectacles, on mange tous ensemble autour d’un banquet très joyeux qui rappelle Astérix », détaille Christophe Rappoport.

La résurrection de Gianni Skicki

La participation des Grooms à la 30 e édition de L’Humour des Notes avec Gianni Skicki, sorte d’hommage déguisé à Johnny Halliday, est aussi à ranger dans la catégorie « belle histoire » pour la compagnie basée à Lerné, en Touraine, dans un village ayant beaucoup inspiré François Rabelais. « On avait créé ce spectacle en 2019 juste avant le confinement, se remémore Christophe Rappoport. Il avait été très peu joué avant qu’on décide de l’abandonner. Mais Éric Wolff (l’actuel directeur du festival, ndlr) a insisté pour qu’on le reprenne. Aujourd’hui, grâce à Haguenau, ce spectacle reprend vie. » Une opérette de rue à laquelle s’est joint Gérard, un pasteur à la retraite également bénévole du festival bas-rhinois, qui s’est retrouvé embarqué dans Gianni Skicki en jouant le rôle d’un caméraman. Preuve que, trente ans plus tard, l’idylle entre L’Humour des Notes et les Grooms est toujours au beau fixe.

FOCUS FOCUS — LES GROOMS
20 — 21

L’association Bâtisseurs d’Instants s’est chargée de la création d’une scénographie durable pour le festival L’Humour des Notes. Son objectif ? Donner une seconde vie aux objets tout en nous invitant à « repenser l’espace public », d’après Nicolas Houdin, directeur artistique de la structure strasbourgeoise.

Planter le décor

« Recycler, reprendre, requestionner », telle est la devise des Bâtisseurs d’Instants, association fondée en 2003. Pour cette 30 e édition de L’Humour des Notes, elle s’est vue confier la création d’une scénographie durable et upcyclée [réalisée avec de la récupération, ndlr]. À la demande des organisateurs est née une signalétique décorative, toute en volumes. Ces œuvres, réparties entre les lieux de spectacles et le centre-ville, ont étoffé l’identité visuelle du festival de Haguenau. Avant que le monde se confine en 2020, l’équipe de L’Humour des Notes proposait déjà à Nicolas Houdin (directeur artistique des Bâtisseurs d’Instants) de réaliser une scénographie à ciel ouvert pour le festival. D’emblée, il a proposé d’utiliser des objets de récupération, pour « questionner le beau dans le quotidien et la manière dont on le vit, le consomme ». En les détournant de leur « utilité » primaire, il leur a façonné une seconde vie, qui s’inscrit dans une démarche durable. Un engagement qui « correspond à celui du festival », signataire d’une charte en faveur de l’écoresponsabilité proposée par Éco-Manifestations Alsace. Selon Nicolas Houdin, c’était surtout l’occasion de revoir notre conception de l’objet, « au coeur de la société de consommation », et de prouver que l’on peut « changer sa fonction ». À chaque nouvelle

édition s’ajoutent de nouvelles créations, qui enrichissent le tableau d’une scénographie globale. Sans perdre jamais de vue le recyclage et la « création d’un univers » particulier.

Cette année, Bâtisseurs d’Instants s’est chargé de la construction d’une structure en bois pour le Village des Enfants, en favorisant notamment le circuit court et le bois local. Dans son ensemble, la scénographie du festival était aussi le fruit d’un travail fait main dans la main avec les acteurs éducatifs locaux. Au travers d’un « mode d’emploi » et d’ateliers proposés par Nicolas Houdin, les écoles et les centres socio-culturels de Haguenau ont pu s’approprier l’esthétique du festival et participer à la création de cette signalétique singulière et réutilisable pour les éditions à venir. Le directeur artistique s’attelle aujourd’hui à la scénographie du magasin Emmaüs à Bischheim, du mobilier à la signalétique murale. Reste maintenant à faire le bilan des créations et de commencer doucement à réfléchir aux additions à considérer pour la 31e édition du festival.

L'arche a été construite pour l'édition d'octobre 2021. Pour les 30 ans, les nouvelles créations étaient les théières-carillons place Guntz et les moulins à vents réalisés avec les écoles de Haguenau.

FOCUS FOCUS — BÂTISSEURS D’INSTANTS
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Guillaume Hamann

Directeur de l’École Municipale de Musique et Danse de Haguenau (EMMDH)

Que représentait cette 30e édition à vos yeux ? Une fête, un renouveau culturel après ces deux années de Covid. On a pu ressortir, voir et applaudir les artistes qui nous ont tellement manqué.

Qu’est-ce qui singularise ce festival ? Un évènement culturel au sein de la ville, pour l’ensemble de ses habitants et au-delà. Il y en a pour tout le monde et chacun peut y trouver un temps pour s’évader, rêver, profiter et partager. Le vivre ensemble !

Comment définiriez-vous L’Humour des Notes en trois mots ? Émotions, culture et partage.

Comment imaginez-vous le festival dans 10, 20… 30 ans ? Un festival reconnu en France et au-delà des frontières, car il le mérite. Il est porté par l’équipe du Relais Culturel et son directeur, Éric Wolff, avec une véritable ferveur et une politique culturelle ambitieuse, appuyés par des bénévoles très impliqués qui font de L’Humour des Notes un moment essentiel.

Mireille Weber

Directrice de l’Office de Tourisme du Pays de Haguenau, Forêt et Terre de potiers

Que représentait cette 30e édition ? Je suis très attachée à ce festival depuis 1996, date de prise de mes fonctions dans la collectivité. Je suis fière que cet évènement se soit inscrit dans le paysage culturel haguenovien et qu’il fasse rayonner la ville en attirant chaque année de plus en plus de festivaliers.

Quel est votre meilleur souvenir de l’Humour des Notes ? Le super final de Cristal Palace : quel honneur d’accueillir un si grand spectacle à Haguenau avec en toile de scène l’Église Saint-Georges illuminée. Le souvenir des regards de la

foule tournés vers ce lustre monumental suspendu dans le vide et qui virevoltait au-dessus de nos têtes dans un rythme endiablé tout en invitant le public à la danse !

Comment imaginez-vous le festival dans 10, 20… 30 ans ? Que la notoriété de L’Humour des Notes aille séduire davantage de publics au-delà de notre région et que ce rendez-vous s’inscrive parmi les manifestations les plus importantes du spectacle vivant contemporain en France. Que notre festival pluridisciplinaire garde sa spontanéité et sa fraîcheur.

24 — 25

Robert Barduc

Chef d’équipe logistique et manifestations à la Direction des interventions urbaines et du cadre de vie à la Ville de Haguenau

Comment se caractérise votre engagement en faveur de L’Humour des Notes ?

Avec l’aide de mon équipe, nous nous occupons de la distribution de courriers d’informations aux riverains, de l’affichage dans toute la ville, de montages de podiums et de chapiteaux, de transport de matériels et de la mise à disposition de machinistes en renfort du personnel du Relais Culturel.

Que représentait cette 30e édition ?

Un grand bol d’air après plus de deux années d’évènements annulés ou « bridés » suite aux différentes restrictions dues à la situation sanitaire.

Comment définiriez-vous L’Humour des Notes en trois mots ? Convivialité, couleurs et Haguenau.

Comment imaginez-vous le festival dans 10, 20… 30 ans ?

La formule est très bonne. À l’avenir, je me vois tout simplement faire découvrir ce festival à mon enfant qui était encore trop jeune cette année.

Philippe et Esther Patis

Festivaliers depuis plus de 10 ans, originaires de Weyersheim

Que représentait cette 30e édition ?

C’est dans la continuité des années pré cé dentes. Ça a fait plus de 10 ans que nous venons, c’est toujours un moment exceptionnel dans les rues. C’est un rendez-vous qui nous tient à cœur. À chaque fois, on revient, on retrouve de nouvelles choses et on passe de bons moments.

Qu’est-ce qui singularise cette manifestation ?

On est toujours surpris et on repart toujours avec des étoiles plein les yeux.

Comment définiriez-vous L’Humour des Notes en trois mots ? Intense, varié, multicolore.

Comment imaginez-vous le festival dans 10, 20… 30 ans ?

Je ne sais pas si on peut faire plus exceptionnel que ce que l ’on vit l à : autant de gens, l ’envie de se rencontrer, les échanges, du lien entre les personnes. Dans 30 ans, il y aura toujours les m ê mes ingr é dients.

26 — 27 I L S FONT LE FESTIV A L

Guy Hémonet

Co-fondateur du restaurant associatif La Graine

Comment se caractérise votre engagement en faveur de l’Humour des Notes ?

La Graine collabore avec le festival depuis l’arrivée d’Éric Wolff, en 2013, qui nous a sollicités pour prendre en charge l’alimentation des artistes. Il s’est tourné vers nous car nous sommes une structure associative engagée dans le bio, la solidarité et le développement durable. Avant la Covid-19, nous servions 6 à 800 repas midi et soir, et cette année, nous atteignons plus de 1 500 repas par jour.

Notre cuisinière prépare les repas et s’appuie sur l’aide précieuse des bénévoles, en cuisine et en salle.

Votre meilleur souvenir de L’Humour des Notes ?

Lorsqu’entre minuit et 3 h du matin, les bénévoles de La Graine profitaient parfois d’une « troisième mi-temps » avec les artistes, après les services et les spectacles. Ils nous offraient alors des improvisations et des concerts pour nous seuls ! On a pu vivre des moments hors du temps ! Une vraie récompense de notre bénévolat.

Danielle et Jean-Marie Lecot Bénévoles

Comment se caractérise votre engagement en faveur de L’Humour des Notes ?

Par le plaisir de participer activement et bénévolement au bon déroulement de festival.

Quel est votre rôle ?

De proposer un service de renseignement souriant et compétent qui permet au public de tout âge de profiter des multiples opportunités de se faire plaisir.

Que représentait cette 30e édition ?

Le retour à une joie de vivre et à celle du partage qui avaient bien besoin de s’exprimer.

Comment définiriez-vous L’Humour des Notes en trois mots ?  Rires, partages, ensemble.

Votre meilleur souvenir ?

L’ovation à la fin du spectacle de Cristal Palace, montrant que les spectateurs avaient été unanimement enthousiasmés par le délire technique, musical et artistique.

I L S FONT LE FESTIV A L
28 — 29

François et Tatiana Bihl

Gérants du restaurant

Le Comptoir des Loges

Que représentait cette 30e édition ? Une première pour nous qui avons repris la gérance du Comptoir des Loges au printemps dernier. Nous avons trouvé cette effervescence incroyable !

Comment se caractérise votre engagement en faveur de L’Humour des Notes ?

En tant que QG, nous nous sommes mis au service de l’équipe des organisateurs du festival pour créer lieu de vie dédié aux musiques actuelles sur le festival.

Votre meilleur souvenir ? Il y en a plusieurs. Nous avons beaucoup apprécié le concert de Gimbel Oh Fatch dédié au jeune public et aux familles ainsi que le concert de JJH Potter, qui

a dû se replier à l’intérieur en raison de la météo, ce qui a créé une ambiance très intimiste. Nous avons aussi beaucoup aimé le dernier soir où nous avions accueilli toute l’équipe organisatrice et les bénévoles pour clôturer le festival, un vrai moment de communion.

Comment définiriez-vous L’Humour des Notes en trois mots ? Joie, convivialité, intensité.

Comment imaginez-vous le festival dans 10, 20... 30 ans ?

On lui souhaite de grandir encore. Ce n’est pas seulement de la musique, c’est aussi beaucoup d’humour, une ambiance, c’est un tout !

Hamoud Bouabdellah

Coordinateur jeunesse, évènements, ateliers sportifs et culturels du Centre socio-culturel du Langensand

Comment se caractérise votre engagement ?

Nous sommes présents depuis plusieurs anné es pour contribuer à faire vivre le Village des enfants. Nous proposons une buvette solidaire qui permet de se restaurer, tout en aidant au financement d’un projet humanitaire porté par des volontaires de notre association. Nous contribuons aussi à la promotion du  festival via notre WebTV, ce qui permet de mettre en avant les jeunes du quartier Saint-Joseph.

Que représentait cette 30e édition ?

Une date symbolique qui démontre l’évolution du festival au fil du temps,

ainsi que son adaptation aux souhaits et demandes des festivaliers, tout comme des partenaires qui sont chaque année plus nombreux. Ce festival est une superbe occasion d’amener de la culture et du spectacle vers les gens, et notamment des personnes qui n’ont parfois pas les codes ou sont juste éloignées de ce genre de manifestations.

Qu’est-ce qui singularise L’Humour des Notes ?

Avant tout le public familial et l’offre impressionnante de spectacles proposés en seulement 10 jours. C’est un vrai shoot de culture, de spectacle et d’humour !

30 — 31 I L S FONT LE FESTIV A L

La réussite et la longévité de L’Humour des Notes tient aussi à l’implication des élèves de l’École Municipale de Musique et Danse ainsi qu’à l’Orchestre Symphonique de Haguenau. Deux structures mises à contribution pour la 30 e édition du festival.

Faire ensemble

En arrivant sur le parking de la Vieille-Île pour les répétitions de Cristal Palace , à la veille du gigantesque spectacle de clôture de L’Humour des Notes, Agnès Lindecker n’a pu s’empêcher de lever les yeux au ciel. En direction du lustre géant de 12 mètres de haut, suspendu à près de 30 mètres de hauteur, sur lequel les musiciens de la compagnie Transe Express sont en train de s’exercer. « Je ne tiens pas à monter là-haut », s’exclame la professeure de violoncelle à la Maison de la Musique et Danse de Haguenau. Mais l’idée de jouer sous un petit chapiteau avec l’Orchestre Symphonique, dirigé par Marc Haas, dans le cadre de ce bal au clair de lustre suffit à son enthousiasme. En début d’année, la compagnie avait sollicité les ensembles de la ville et leurs enseignants pour les associer à Cristal Palace. « On nous a transmis les partitions qu’on a déchiffrées et travaillées pendant près de deux mois , raconte Agnès Lindecker. Cela nous a permis de découvrir un autre monde en nous faisant sortir de notre zone de confort qui consiste à jouer de la musique classique. Ça va booster les élèves et faire découvrir au public qu’on participe aussi à des choses plus modernes  » Une implication haguenovienne validée par Rémi Allaigre, directeur artistique de Transe Express : « C’était une plus-value sur notre répertoire musical. Ce spectacle, on l’a joué une quarantaine de fois, et ça a touché tout le monde d’entendre le rajout des cordes de l’orchestre sur six morceaux. Cette participation a été émouvante sur le plan musical. » Des danseurs et des des comédiens amateurs issus des ateliers théâtre du Relais Culturel avaient aussi pris part au spectacle.

Favoriser l’émergence des vocations

« La rencontre avec les artistes est super enrichissante, ça motive à la fois les élèves et les équipes », témoigne Guillaume Hamann, directeur

de l’École municipale de Musique et Danse de Haguenau qui concerne 750 élèves et 33 enseignants. Cette année, ses jeunes pousses ont été mobilisées dès la parade d’ouverture au cours d’une déambulation entre la Halle aux Houblons jusqu’au Village des enfants. À cette occasion, la compagnie La Chose Publique avait composé un morceau spécifique pour L’Humour des Notes qui fut travaillé de longue date par les apprentis musiciens. Ceux de l’École de musique de La Muse à Schweighouse-sur-Moder et de l’École des Arts de Bischwiller s’étaient aussi greffés au projet.

D’autres ont travaillé avec Sophie la Harpiste, en vue d’un spectacle burlesque occasionnant plusieurs allers-retours de l’artiste en Alsace du Nord. « Elle est régulièrement venue pour faire travailler des groupes d’enfants aussi bien sur la mise en scène, les costumes, la musique. Ils ont été dans une attitude de jeu scénique et d’humour qu’ils n’ont pas forcément l’habitude d’avoir dans un contexte plus traditionnel », poursuit Guillaume Hamann.

L’installation du chapiteau La Pist’Ô Mômes au cœur du Village des enfants a favorisé les échanges et les diverses restitutions. Avec, à terme, l’ambition de générer des vocations. « Avec Éric Wolff [directeur du festival, ndlr], on est dans l’idée de susciter l’envie et de dynamiser une ville en fédérant les associations locales et toutes les forces vives du territoire », énumère le directeur de l’École de Musique et Danse de Haguenau. Surtout après les deux dernières années marquées par les restrictions liées à la pandémie. « On ressent à nouveau un engouement pour partager des choses, pour faire de la musique et de la danse ensemble », conclut-il comme si L’Humour des Notes, du haut de ses 30 ans, retrouvait une seconde jeunesse.

PAR FABRICE VONÉ ET ROBIN SCHMIDT — PHOTOS EMMANUEL VIVERGE ET MYRIAM BASTIAN
FOCUS FOCUS — PROJETS PARTICIPATIFS
32 — 33

Mémoire du

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festival

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1 — 1991 : Création du festival L’Humour des Notes autour du rire et de la musique. Le groupe Chanson Plus Bifluorée est venu à plusieurs reprises au Théâtre. © Didier Pallagès

2 — 1994 : Le Festival, initialement biannuel, revient désormais tous les ans autour du week-end de l’Ascension. © DR

3 — 2005 : Le Théâtre de Haguenau, fermé pendant 1 an et demi de travaux, est inauguré le 28 avril avec le Festival L’Humour des Notes. © DR

4 — 2009 : Le spectacle L’Odyssée des Saltimbanques marque les esprits avec une adaptation de L’Odyssée d’Homère. © Philippe Praliaud

5 — 2010 : Le Théâtre accueille un spectacle insolite et trash Auto auto ! Baby you can play my car. © DR

34 — 35 PORTFOLIO
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1 — 2011 : L’opérette Au temps des croisades de la Compagnie Au Temps des Brigands s’invite au Festival pour sa 20 e édition. © Emmanuel Viverge

2 — 2014 : Création du Village des Enfants. © DR

3 — 2015 : Le Festival met à l’honneur le spectacle de rue le mardi et mercredi soir en centre-ville avec une proposition gratuite et ouverte à tous. © Mehdi Wehrle

4 — 2016 : Les artistes ne sont pas que humains ! Le chapiteau du Village des Enfants accueille la compagnie EquiNote. © Emmanuel Viverge

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1 — 2017 : Les notes de musique résonnent dans toute la ville avec les déambulations.

© Emmanuel Viverge

2 — 2018 : Les spectacles circulent sur le territoire, ici au quartier des Pins de Haguenau. © DR

3 — 2019 : Les Commandos Percu enflamment le parvis de la Médiathèque. © Myriam Bastian

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1 — 2019 : Petits et grands partagent des spectacles plein d’émotion et de complicité sous le chapiteau du Village des Enfants.

© Emmanuel Viverge

2 — 2020 : Le Festival s’adapte au contexte sanitaire.

© Emmanuel Viverge

3 — 2021 : Le public retrouve le chemin du Théâtre après une période de fermeture due à la pandémie.

© Emmanuel Viverge 3

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PORTFOLIO

L’Humour des Notes peut également servir de tremplin aux jeunes compagnies. Exemple avec Schaëtzele dont c’était la première représentation en Alsace.

Une place pour l’émergence

Toujours se méfier des apparences. A fortiori dans le spectacle vivant où le personnage clownesque de Schäetzele, incarné par Charlène Ploner, a le chic de brouiller les pistes. Derrière son accordéon, sa contrebasse et son costume traditionnel, la fondatrice de la compagnie Le Pays de ma tête « œuvre à l’ouverture des frontières musicales » à partir de « la vision d’une petite fille non alsacienne ».

En effet, Charlène est née à Verdun en 1978. Elle apprend la musique à l’âge de 7 ans et passe ses vacances à Fouchy chez ses grands-parents dans une ferme pourvue d’une fontaine, non loin d’une rivière, entourée de sapins et de myrtilles. L’été, ils l’emmènent aux Nuits de Saint-Gilles à Saint-Pierre-Bois. Un show son et lumière avec de nombreux figurants « qui me faisait vraiment rêver. » Puis elle assiste à La Tragédie comique d’Êve Bonfanti et Yves Hunstad qui l’incitera plus tard à « vouloir faire ce métier ».

Une prémonition qui se réalise en 2010 avec la naissance de la compagnie de Charlène Ploner. Curieusement, ce n’est que cette année, à l’occasion de L’Humour des Notes, que Schäetzele a franchi les Vosges pour la première fois avec ce spectacle un rien autobiographique qui mêle choucroute, makrouts, bretzels et  cornes de gazelle. « Être invitée en Alsace et dans un festival qui draine beaucoup de monde pour jouer deux fois dans la rue, cela m’a mis la pression, raconte-t-elle. C’était

plus fort que dans une bibliothèque ou une petite salle. » Le samedi, dans la cour de l’Espace Saint-Martin, le public de Haguenau a joué le jeu. En participant, chantant et en achetant les disques de l’artiste à la fin. Le festival lui a également permis de rencontrer d’autre compagnies. « Cela peut déboucher sur d’autres spectacles ou de futures collaborations », poursuit-elle. D’ici là, elle aura présenté au Festival international de théâtre de rue à Aurillac sa nouvelle création intitulée Oplat’Cha . Et, malgré son intonation, cela n’a rien à voir avec de l’alsacien.

PAR FABRICE VONÉ — PHOTO EMMANUEL VIVERGE
FOCUS FOCUS — SCHÄETZELE
42 — 43

La compagnie Zic Zazou a séduit le public pour une des dernières dates de sa tournée intitulée Ze End. Retour sur cette longue histoire d’amitié avec le festival en compagnie de Michel Berte, musicien et manager de la troupe.

Note de fin

Ze end ou pas ? Après quarante ans de carrière, Zic Zazou s’est produit au Théâtre de Haguenau pour un final en apothéose. Par hasard, la dernière date de leur tournée Ze End coïncidait avec cette 30 e édition. Pour la compagnie picarde qui est arrivée « gonflée à bloc » à l’aube de sa révérence, L’Humour des Notes n’a rien d’inconnu. « Nous sommes déjà venus trois fois pour jouer dans les rues de Haguenau », explique Michel Berte. Sur un total de huit représentations en Alsace du Nord pour cette troupe de neuf musiciens-comédiens.

On croirait presque à une histoire d’amour entre eux et les organisateurs. « S’il n’y avait qu’un festival en France où nous devions passer, ce serait celui-ci », affirme le musicien et manager de la compagnie. Cette association a ouvert de nouveaux horizons à la fanfare, qui a tapé dans l’oeil des programmateurs locaux. « On a beaucoup tourné dans l’Est de la France après L’Humour des Notes ». Au-delà d’une expérience professionnelle, c’était aussi une aventure humaine pour les organisateurs et les compagnies invitées.

« Trente ans, c’est un bel âge »

Pour Michel Berte, sa plus belle rencontre reste Daniel Chapelle — le fondateur du festival — qui s’est retrouvé sur scène, le 24 mai dernier, à la fin de leur performance et à l’invitation des fanfarons. «  Après

le spectacle, il y avait beaucoup d’émotion  ». S’enchaînent alors d’autres anecdotes, notamment à propos d’une création commune avec l’Orchestre d’Harmonie de Haguenau, sur proposition de Daniel Chapelle. De beaux « souvenirs de restaurants » refont surface, entre deux éclats de rire. « De le vraie bouffe alsacienne, comme une sorte de banquet d’après-concert, ça c’est un bon souvenir ! »

Trêve de nostalgie, qu’en est-il du temps qui passe ? L’Humour des Notes, les membres de Zic Zazou l’ont vu « vivre, survivre et grandir ». Michel Berte en salue la longévité, preuve d’une organisation et d’un programme de qualité. « Trente ans, c’est un bel âge ». À l’heure où les festivals se font et se défont, le monolithe de Haguenau fait bloc. Et d’ici 30 ans ? « J’espère qu’il sera encore là , confie-t-il. Ce serait un bon signe pour la culture ». Preuve aussi que le public serait toujours au rendez-vous et que des subventions soutiendraient encore de tels évènements. Pour Michel Berte, c’est un « désir de rire avec le public » que défend sa troupe. C’est ça, le vrai espoir des festivals. Largement de quoi perdurer 30 ans de plus.

PAR ROBIN SCHMIDT — PHOTO AURIANE LAGAS
FOCUS — ZIC ZAZOU FOCUS
44 — 45

Quand le festival s’affiche

1993 1997 1996 1994 1998 1995 1999 QUAND LE FESTIVAL S'AFFICHE
1991
46 — 47 2004 2000 2006 2005 2001 2007 2002 2008 2003 2009 2010
L'HUMOUR DES NOTES WWW.HUMOUR-DES-NOTES.COM 30 AVRIL > 8 MAI 2016 25e ÉDITION FESTIVAL 03 88 73 30 54 Licences N°1–1075980, N°2–1075978, N°3–1075979 FESTIVAL EN SALLE ET DANS LA RUE 03 88 73 30 54 www.HUMoUr-DEs-NotEs.coM DU 2 AU 11 MAI 2013 HAGUENAU Mit deutschen Texten 22 FESTIVAL L' HU M O U R D E S N O T E S WW W HU M O U R - D E S - N O T E S CO M 2020 FESTIVAL L’HUMOUR DES NOTES DU 23 MAI AU 1 ER JUIN 2014 WWW.HUMOUR-DES-NOTES.COM 03 88 73 50 34 L’HUMOUR DES NOTES 2015 1 24E ÉDITION FESTIVAL L’HUMOUR DES NOTES DU 9 AU 17 MAI 2015 WWW.HUMOUR-DES-NOTES.COM 03 88 73 30 54 FESTIVAL L' HU MOUR DES NOTES WW W. HU MOUR-DES-NOTES.COM 5 > 13 MAI 2019 Licences N°1–1075980, N°2–1075978, N°3–1075979 FESTIVAL L'HUMOUR DES NOTES WWW.HUMOUR-DES-NOTES.COM 20 > 28 MAI 2017 03 88 73 30 54 l’humour des notes DU 30 AVRIL AU 8 MAI 2016 Licences n°1–1075980, n°2–1075978, n°3–1075979. SPECTACLES AU THÉÂTRE EN SOIRÉE Les Swinging Poules, Blønd and blŌnd and blŎnd, Les Sea Girls, Troppe Arie (Italie), d’umore (Espagne) Bade SPECTACLES GRATUITS DANS LA RUE Théâtre de rue, cirque, fanfares et spectacles en journée samedi 7 mai Concert d’OLDELAf suivi de l’after de Vladimir Pierre-Étienne 25 VILLAGE DES ENFANTS spectacles gratuits voir en famille, animations, instruments géants et concert rock pour Cachée cirque équestre sous chapiteau (payant) 26e ÉDITION les Partenaires du festival haguenau, l’ami hebdo, spectacles, Bkn, station service, ainsi que tous les autres médias, français et allemands, qui se font l’écho du festival. PLUS DE 100 REPRÉSENTATIONS 50 COMPAGNIES 180 ARTISTES… ET VOUS ! 2019 2018 2020 2021 2011 2015 2012 2016 2013 2017 2014 QUAND LE FESTIVAL S'AFFICHE
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