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Strasbourg

Le champ des possibles

Automne 2020


kosmo.lu / Photo : Alexis Delon

Nouveau. À découvrir quai Zorn.

13 quai Zorn 67000 Strasbourg Tél. 03 90 23 06 84 ww.poliform-alsace.fr


édito. Par Sylvia Dubost

Cette image fut l’objet d’un vrai désaccord à la rédaction. Et même d’un débat, n’ayons pas peur des mots. Le nouvel ensemble place de l’Étoile, photographié sur la couverture et dans la série mode, serait Le champ des possibles ? Vraiment ? Ce serait ça, la ville qu’on veut ? — Les couleurs, les perspectives, les lignes et les ouvertures… Il faut le voir comme un paysage graphique. — Une parcelle ultra-dense, coincée entre route et autoroute, sans un brin d’herbe et sans balcon, après le confinement qu’on vient de traverser ? Ce serait donc ça, le monde d’après ? — En photo, on peut parfois assumer un décor sans en faire un sujet. Ce béton, qui s’ouvre vers le ciel et donne une sensation d’envol, nous raconte d’une certaine manière la ville et ses possibles. Cet envol, après ces longs mois difficiles, c’est exactement ce dont on a envie et besoin. La beauté guérit, nous disait tout récemment et très justement un architecte. Cette beauté, où réside-t-elle ? Dans l’intention ou dans l’image ? Dans la façade ou dans le projet ? Tout ce qu’on espère, c’est que demain, à Strasbourg et ailleurs, il n’y ait pas que de belles façades, mais de vrais espaces.

Zut magazine

2020—21 Prochaines parutions

Oberrhein n° 11 novembre

Lorraine n° 16 décembre

Strasbourg n° 46 décembre

zut-magazine.com

Haguenau et alentours n° 8 décembre


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Zut team Directeur de la publication & de la rédaction Bruno Chibane Administration et gestion Gwenaëlle Lecointe assistée de Solène Lauth Rédaction en chef Sylvia Dubost Rédaction en chef Cahier La Table Cécile Becker Directeur artistique Hugues François — Brokism Directrice artistique Cahier Le Style Myriam Commot-Delon Soutien graphique Diane Maffet Séverine Voegeli Chargée de projets & développement Léonor Anstett Commercialisation

Contributeurs Rédacteurs Cécile Becker, Valérie Bisson, Myriam Commot-Delon, Sylvia Dubost, Martin Lelièvre, Déborah Liss, JiBé Mathieu, Corinne Maix, Antoine Ponza, Philippe Schweyer, Fabrice Voné Styliste Myriam Commot-Delon

Jésus s. Baptista Pascal Bastien Alexis Delon / Preview Hugues François Simon Pagès Christophe Urbain Sandro Weltin Illustratrices

Relectures Léonor Anstett Fabrice Voné

Léonor Anstett 06 87 33 24 20

Emmanuel Van Hecke / preview.fr

Olivia Chansana 06 23 75 04 06 Philippe Schweyer 06 22 44 68 67 contact@chicmedias.com ou prenom.nom@chicmedias.com

Tirage : 9000 exemplaires Dépôt légal : octobre 2020 SIRET : 509 169 280 00047 ISSN : 1969-0789

Impression Ott imprimeurs Parc d’activités « L es Pins » 67319 Wasselonne Cedex Diffusion Novéa 4, rue de Haguenau 67000 Strasbourg Abonnements abonnement@chicmedias.com

Mona Leuleu Nadia Diz Grana

Retouche numérique

Bruno Chibane 06 08 07 99 45

chicmedias 37, rue du Fossé des Treize 67000 Strasbourg +33 (0)3 67 08 20 87 www.chicmedias.com Sàrl au capital de 47 057 euros

Photographes

& développement

Sophie Beau 06 66 68 68 96

Ce magazine trimestriel est édité par

Mannequin Anaïs / www.upmodels.fr Coiffure Alexandre Lesmes avila-coiffure.com Make-up Julie Gless julieglessmaquilleuse.com Stagiaires Diane Maffet Ysé Rieffel

Crédits couverture Robe et casaque Isabel Marant, bottes Casadei et sac Celine, le tout chez Ultima. Colliers Éric Humbert. Photo Alexis Delon / Preview Réalisation | Myriam Commot-Delon Mannequin Anaïs / Upmodels Maquillage Julie Gless Coiffure Gregory Alcudia Post-prod Emmanuel Van Hecke / Preview Lieu : Îlot Saint-Urbain, ZAC Étoile. Architectes : LAN - architectes associés : TOA Studio Photo / Preview 28, rue du Général de Gaulle 67205 Oberhausbergen www.preview.fr


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10 C  hronique Tout va bien, par Philippe Schweyer 12 L  e choix de la rédaction 14 C  arte blanche Le champ des possibles, par l’illustratrice Mona Leu-Leu 16 T  u viens de Stras, toi ? Olivier Babinet 20 S  trasbourg vu par − Gaël et Geoffrey Baccus − Albane Pillaire − Fatima Riahi − Lilian Andriuzzi − Maud Repiquet 30 P  andémie, ce que tu nous fais. Penser l’incertain, avec le sociologue David Le Breton, les psychiatres et psycha­ nalystes Jean-Richard Freymann et Guillaume Riedlin et le philosophe Jean-Luc Nancy.

La Cité 38 Société Refaire culture Les stratégies des acteurs culturels en temps de crise, et ce qu’elles pourraient annoncer pour demain. 44 A  rchitecture Les maisons de nos rêves Trois architectes, trois maisons, pour revisiter nos façons d’habiter. 46 Littérature Alain Giorgetti La nuit nous serons semblables à nous-mêmes : un premier roman et un bouleversant et élégiaque récit de migration.

48 R  eportage Wagon souk Reportage dans ce lieu artistique, solidaire et alternatif installé dans le Parc Gruber à Koenigshoffen. 50 I nstant Flash — Un apéro avec Gustave Kervern. — Une soirée avec Cléa Vincent. 54 L  ’actu 68 L  a tribu Les boxeurs et boxeuses de Panza Gym. 72 E  scapade Les écolodges de Bleu Minuit dans le Parc Naturel des Vosges du Nord.


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Le Style 74 L  a mode 7e ciel 88 M  ode + design Porosités 90 À  suivre Nos crushes sur insta. 92 D  esign Savoir-faire, sincérité et audace. 96 L  ’actu 98 P  ortrait Atelier Boketto La nouvelle garde de la chapellerie à Strasbourg. 100 T  endance Nouvel Hair Fini les franchises ? Les coiffeurs s’affranchissent pour suivre les nouvelles envies.

106 L  ’objet culte Classique de Jean Paul Gaultier, par Estelle Pietrzyck.

La Table 110 L  e produit Le raisin 112 R  eportage Covid, et après ? Quel bilan ? Que garder ? Où en est le moral ? Tableau choral chez  les restau­rateurs strasbourgeois. 116 L  es nouveaux lieux — Tai Kin — La grosse baloche — Utopie — Yamas — Massala

122 L  e classique Au petit Tonnelier 124 L  e portrait Hussam Khodary de Damasquino 126 L  ’actu 129 S  hopping Sélection pour urbains gourmets


© Christophe Raynaud de Lage

Spectacles

L’autre saison

Mithridate

Andromaque à l’infini

CRÉATION AU TNS

SPECTACLE GRATUIT

Jean Racine | Éric Vigner

Jean Racine | Gwenaël Morin

7 | 19 nov

4 | 7 nov | TNS 10 | 14 nov | Théâtre de Hautepierre

Les Serpents

Marie NDiaye * | Jacques Vincey

* Artiste associée au TNS

25 nov | 4 déc

mauvaise

debbie tucker green | Sébastien Derrey

26 nov | 5 déc

Phèdre !

Jean Racine | François Gremaud

8 | 18 déc

TNS Théâtre National de Strasbourg 03 88 24 88 24 | tns.fr | #tns2021


Chronique.

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Tout va bien, par Philippe Schweyer

J’étais en train de me faire couler un bain chaud, quand mon téléphone a sonné. C’était un ami que je n’avais pas vu depuis le début du confinement. En l’entendant, j’ai compris combien il m’avait manqué pendant tout ce temps. Ça me faisait un bien fou de l’entendre crier dans son téléphone : – Qu’est-ce que tu deviens ? – Je bosse… – Viens boire un verre ! – J’allais prendre un bain. – Tu bosses ou tu nages ? – C’est pas un temps pour sortir. – Qu’est-ce qu’il a le temps ? On s’en fiche du temps… L’amitié est plus importante que le temps ! - Je sais… - Tu prendras ton bain un autre jour. J’ai envie de savoir si tu es toujours le même. Je ne savais pas dire non. J’ai vidé l’eau de la baignoire et j’ai enfilé mon vieil imper pour le rejoindre dans un bar où nous avions nos habitudes. Arrivé en bas de l’escalier, je me suis rendu compte que j’avais oublié mon masque. J’ai remonté les marches quatre à quatre en soufflant comme un bœuf. En arrivant devant le bar, je transpirais légèrement. Mon ami a fait un mouvement de recul : – T’as pas l’air en forme. – C’est rien. – T’es sûr que ça va ? Je me suis essuyé le front d’un revers de manche. – Tout va bien.

– Tu m’as manqué. Ça fait des mois que je bosse depuis chez moi. J’en ai marre de la visio ! J’ai besoin de toucher mes amis. – Moi aussi j’ai envie de te toucher, mais je fais attention. – À force d’être prudent, on va tous crever d’un manque de chaleur humaine. Sans mes amis, je suis comme une plante privée de soleil. – On n’a pas le choix. – Je veux vivre normalement ! J’ai besoin de voir la bouche des femmes que je croise dans la rue. – Sois patient. – J’ai envie de voir des beaux sourires, de faire des câlins, de te prendre dans les bras… – Tout le monde a besoin de câlins. – Tu te rends compte que ça fait des mois que je n’ai plus serré une main… Serrer une main ce n’est pas rien. - Tout le monde a besoin de serrer des mains. Mais si c’est pour être malade comme un chien, je préfère garder mes mains dans mes poches. Un jour ou l’autre, on pourra à nouveau se serrer la main et s’embrasser comme au bon vieux temps, arrête de flipper. – Je t’admire. – C’est la première fois que tu me dis ça. – Le monde est en train de muter et tu restes flegmatique… – Quoi qu’il arrive, tu seras toujours mon ami. – Et alors ? – Alors, tout va bien.


L’Œil de Huysmans

02.10.2020 – 17.01.2021

MUSÉE D’ART MODERNE ET CONTEMPORAIN Une exposition organisée par les Musées de la Ville de Strasbourg et les musées d’Orsay et de l’Orangerie, Paris, avec le concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.

#OeilHuysmans

Giovanni Boldini, Le comte Robert de Montesquiou (1855-1921), écrivain, 1897. Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Photo : H. Lewandowski. Graphisme : R. Aginako

Manet, Degas, Moreau…


Le choix de

Illustration Raphaëlle Garcia

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Zut.

Charles Delcourt, Isle of Eigg, Babsie Dog, 2016

Cécile Becker

Sylvia Dubost

« La sexualité me passionne à plusieurs égards. Là, s’expriment notre rapport au corps, aux autres, aux peurs, à notre histoire, au plaisir bien sûr. Le sujet est ainsi inépuisable et quel plaisir (justement) de le voir investigué localement. Raphaëlle Garcia, Laura Fix et Émilie Fux ont monté Radio Clito, un podcast plutôt centré sur la sexualité féminine jamais excluant, qui réunit plusieurs formats : micro-trottoirs, interviews ou tables rondes alimentées par des expert·e·s ou passionné·e·s du cru, la dernière traite des sextoys. Spontané. Frais. »

« Et si le champ des possibles, c’était juste là, dans cette petite île des Hébrides (c’est au large de l’Écosse) que les habitants ont acheté il y a une vingtaine d’années pour y développer un modèle d’autogestion citoyenne dans le respect total de leur environnement ? Ça y ressemble en tout cas. Sur ce territoire autonome en énergie depuis 2008, les jeunes reviennent et il n’y a pas d’Amish à l’horizon. Le photographe Charles Delcourt témoigne dans son reportage que le monde d’après est possible. Et, sauf le climat (quoique, on en reparlera dans quelques années…), il fait plutôt envie. »

Radio Clito Sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts…

Isle of Eigg, exposition jusqu’au 8 novembre à La Chambre www.la-chambre.org


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Hugues François

Myriam Commot-Delon

« Je n’y connais rien à l’architecture, mais l’exposition Archi Beau me parle. D’abord parce que le principe est ludique : il s’agit de réinterpréter le livre d’artiste Altlas of Forms de Eric Tabuchi à travers des collages, des jeux de construction, des affiches… Ensuite parce que, réuni par le collectif Les Rhubarbus, il n’y a que du beau monde : Laurent Moreau, le collectif Terrains Vagues, Anne Laval, Violaine Leroy… Des illustrateurs, des plasticiens, des designers que je trouve vraiment cool ! »

« L’art comme expérimentation ? Le mouvement d’art Fluxus en a fait son mantra dans les années 60, l’incubateur de projet Fluxus l’expérimente aujourd’hui en accompagnant sur le territoire du Grand Est des projets artistiques et culturels. Grâce à cette initiative, les recherches de tissages en biomatériaux de Rose Ekmé (ex-étudiante à la HEAR) vont pouvoir se poursuivre dans son propre atelier. C’est en cherchant des solutions écologiques, novatrices et circulaires, et en accompagnant les artistes et chercheurs, que nous ferons évoluer la filière textile. Il y a tant de ressources à exploiter et de déchets à  valoriser ! »

Archi Beau, exposition jusqu’au 13 décembre Les Halles du Scilt 15b, rue Principale Schiltigheim

www.fluxus-incubateur.fr


Carte blanche

Le champ des possibles, par Mona Leu-Leu Elle est graphiste, ingénieure papier et illustratrice – notamment pour la presse. Inutile de dire que Mona Leu-Leu est fana d’édition. Après un diplôme à l’ESAD d’Orléans, elle rejoint les bancs de la HEAR à Strasbourg, dont elle sort diplômée en 2016. Fissa, elle sort son premier album jeunesse. Comme pour cette carte blanche, elle aime peindre à la gouache et « composer des gammes aux couleurs vibrantes ». Elle planche actuellement sur sa première BD et conçoit des livres pop-up d’artistes… monaleuleu.com

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Hallali, scènes de chasses

Livre inédit

Tomi Ungerer

En vente exclusive

chicmedias éditions

Argentoratum — 1999

22€

La Vitrine chicmedias 14, rue Sainte-Hélène — Strasbourg E-shop : www.chicmedias.com


Olivier Babinet Tu viens de Stras, toi ?

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Par Cécile Becker Photo Pascal Bastien

C’est qui, lui ? Réalisateur, il nous avait séduit avec Swagger. Ce documentaire, né après l’animation d’ateliers cinéma au collège Debussy d’Aulnay-sous-Bois, raconte les espoirs, les passions, le quotidien parfois drôle, parfois bouleversant, souvent poétique de 11 ados. On le connaît aussi pour sa série Le Bidule (Canal +, 1999). Il a récemment sorti Poissonsexe, un ovni dystopique qui parle d’amour. Son parcours strasbourgeois « J’ai vécu à Strasbourg jusqu’à mes 18 ans, avant de m’installer à Paris. J’ai détesté l’école maternelle, [école Sainte-Madeleine, ndlr] ma mère m’avait fait porter une chemise à fleurs et j’avais les cheveux longs. Beaucoup se sont moqué, des filles m’ont fait manger du sapin dans la cour… En primaire, j’ai été chef de bande, j’étais assez bagarreur. J’ai d’ailleurs deux dents cassées de cette époque-là. » Le collège « Il y avait des mecs assez durs au collège Foch. J’étais dans une classe à horaires aménagés et j’allais donc aussi au conservatoire. Je côtoyais la bourgeoisie d’un côté, le quartier de l’autre. On achetait des bières et des chips à la station

essence – le seul endroit où on vendait de l’alcool aux mineurs –, à côté de l’ambassade américaine je crois. On faisait semblant d’aller se coucher et traînait jusqu’à 4-5h du matin au Contades, avant d’aller à l’école. » La castagne « Avec mon copain Laurent, on faisait le mur et les 400 coups. On piquait des auto-radios, on cassait tout ce qu’on pouvait casser, on faisait des petits cambriolages… On s’en est aussi beaucoup pris à notre collège. Et puis, le lycée est arrivé : les skinheads et les gens du GUD, je ne peux pas supporter ça. Je me baladais avec une batte de baseball. Tous mes copains se sont fait casser la gueule et se sont radicalisés. Moi, j’ai appris à courir vite. » Le départ « À Paris, j’ai gardé mes copains de Strasbourg. On a décidé de mettre toute cette violence et cette rage dans la musique et les films. Je faisais de la batterie, du punk, on créait des espèces de clips, des romans photos, des courts métrages… On s’est mis à écrire une série, c’était Le Bidule. » Un héritage « J’ai longtemps voulu faire un film sur mon adolescence à Strasbourg, raconter ça, ce sentiment qu’on a d’échapper au monde des adultes. Un copain me disait que Swagger était un film sur mon adolescence… Je regarde aussi les choses d’un regard de provincial, d’étranger, ça me sert beaucoup. » Ce qui lui reste ici ? « Les parents de ma compagne vivent à l’Esplanade, et j’ai toujours quelques amis ici. Je reviens régulièrement et vais toujours voir la Cathédrale, j’en suis fasciné depuis que je suis petit. Je suis toujours plus détendu quand j’arrive ici. »


STRASBOURG 2 rue Emile Mathis 03 88 753 753

HAGUENAU 110 route de Strasbourg 03 88 06 17 17

OBERNAI 1 rue des Ateliers 03 88 338 338

w w w. l e s p a c e h . f r


Panier culture

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Par Cécile Becker Photo Hugues François

Uani Violaine Leroy — Les secrets transmis sont aussi lourds que de petites pierres portées dans les poches. Découverts et laissés par des autochtones vivant dans le « village perdu des sommets », ils invitent notre aventurière à se taire, à chercher au fond d’elle-même et à lâcher prise. Une histoire (brillamment illustrée par Violaine Leroy) de rencontres et d’écoute, pour les petits, mais qui touche grandement les grands. lapasteque.com

Une année Léontine Soulier — Un coffret de 12 illustrations en édition limitée (50 ex.) comme une éphéméride. À chaque mois son dessin, réalisé aux crayons de couleurs et avec quelques touches d’aquarelle. Des corps, des scènes fantastiques, des petits cocons à contempler ou accrocher. Disponible Au Générateur 8, rue Sainte-Madeleine leontinesoulier.com

Sarajevo, vingt ans après Sophie Dupressoir

Fleurs plantées par Philippe Dominique Ané

— 20 ans après le siège de 1992-1995, la photographe strasbourgeoise s’est régulièrement rendue à Sarajevo, durement marquée par la guerre. Ce livre montre les cicatrices laissées sur les paysages urbains et sur les habitants, exsangues, parfois en perte d’identité. Portrait sensible d’une ville. www.soufflecourt.com

— Philippe pour Philippe Pascal, chanteur du groupe Marquis de Sade, disparu le 12 septembre 2019. Dominique Ané, pour Dominique A, auteur-compositeur-interprète, qui livre ici un récit plein de pudeur et d’admiration pour Philippe Pascal. Petites musiques qui reviennent, rendez-vous manqués, chagrin et surtout… aura d’une amitié et d’un homme fascinant. mediapop-editions.fr

KNMD The Med Trips — Kayo and Nakre Making Dinars, c’est un hommage à la culture méditerranéenne à base de samples chinés par Nakre et de beats et rythmes fabriqués par Kayo. Un retour aux sources, un voyage sonore, des paysages fantasmés. Résultat : des instrumentaux extrêmement bien produits mêlant hiphop et musiques du monde. Ça laisse rêveur. weareknmd.bandcamp.com


Ils vivent, travaillent, créent et sortent à Strasbourg. Les hommes et les femmes qui font vibrer la ville nous font découvrir leur lieu préféré.

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Réalisation Sophie Beau et Olivia Chansana Photos Jésus s. Baptista

Strasbourg vu par

Albane Pillaire 41 ans Directrice générale Strasbourg Événements

Où ? Espace détente de Strasbourg Événements / PMC

« Ce lieu est en quelque sorte la tour de contrôle du palais et j’aime venir ici pour admirer le va-et-vient des exposants et des visiteurs.…C’est un peu le cœur du palais, d’où on peut déterminer l'ambiance générale de la journée. Et puis cette perspective qui relie l'ancien et le nouveau palais est très belle : une grande réussite architecturale ! »

Actu ?

ST-ART, foire européenne d’art contemporain et de design, du 27 au 29 novembre. www.strasbourg-events.com

Zut à qui ou à quoi ?

« Au brouillard, à la grisaille, et à la Covid ! » Étole en cachemire et manteau chez Ipsae


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Maud Repiquet 33 ans Administratrice aux Percussions de Strasbourg

Où ? Pont Saint-Thomas

« En arrivant tout droit de Hyères-lesPalmiers dans le Var, j’ai été en premier lieu séduite par la végétation de Strasbourg, plus que par sa belle pierre. Ce saule pleureur dégage des airs mystérieux, féériques, voire exotiques, et participe grandement au charme de la ville ! »

Actu ?

Concert Timelessness de Thierry De Mey le 4 novembre au Théâtre de Hautepierre www.percussionsdestrasbourg.com

Zut à qui ou à quoi ?

« À Zoom parce que c’est mieux de se voir en vrai ! » Blazer long à manches ¾ Tagliatore chez Revenge Hom


46 rue des Hallebardes 67000 Strasbourg | 03 88 32 43 05 | www.eric-humbert.com Sur rendez-vous mercredi et vendredi


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Gaël et Geoffroy Baccus 38 et 35 ans Créateurs de la société Grinta ! Studio

Où ? Les Ponts couverts

« Ce lieu nous rappelle notre enfance. C’est ici que nous nous retrouvions tous les deux pour faire du roller, construire des cabanes et rêver à notre avenir. Il y a une véritable énergie créative avec le MAMCS juste à côté… Cela nous inspirait vraiment. Nous nous imaginions créer des tas de choses et même monter notre entreprise. Grinta est née ici, en quelque sorte »

Actu ?

La société s’appelle dorénavant Grinta ! Studio (l’expres­sion est utilisée par les sportifs et désigne la motivation, la poigne). www.grinta-studio.fr

Zut à qui ou à quoi ?

« À 2020 et à l’année prochaine ! » Gaël : Worker jacket en velours côtelé Maison Labiche, bonnet Carhartt / Geoffroy : Sweatshirt Maison Labiche Le tout chez Curieux


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Fatima Riahi 53 ans

Directrice de l’association Les Jardins de la Montagne verte

Où ? Avenue Jean-Baptiste Pigalle à l’Elsau

« Je vis juste en face depuis quatre ans et j’adore me balader dans cette allée de platanes ! L’Elsau est un quartier qui gagne à être connu car c'est une véritable pépite verte. Peu de gens le savent mais il y a beaucoup de parcs et une véritable vie de quartier qui me plaît beaucoup. Il y fait bon vivre, contrairement à l’image négative qu’on peut en avoir. »

Actu ?

Nouvelles plantations de plantes médicinales et aromatiques, et peut-être même de l'élevage…

Zut à qui ou à quoi ?

« À l’immobilisme et à l’indécision ! » Pull Paul Smith, pantalon en jersey et manteau Mason’s chez Algorithme La Loggia


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* habiter les lieux

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Lilian Andriuzzi 54 ans Œnologue à la Cave du Roi Dagobert

Où ? Passerelle Ducrot

« Situé entre deux rives, séparant la Neustadt du reste de Strasbourg, ce lieu de passage vers les quartiers de l’Orangerie et des XV a participé pour moi au déclic : je suis tombé éperdument amoureux de Strasbourg, de l’Alsace et de son riesling ! »

Actu

La gamme de vins naturels Trebogad s’étend avec le fameux millésime 2019 et un millésime 2020 à venir très prometteur ! www.cave-dagobert.com

Zut à qui ou à quoi ? « Aux climatosceptiques ! »

Blazer laine et cachemire et col roulé pure laine, le tout Tagliatore chez Revenge Hom


“POUR CULTIVER MES IDÉES, C’EST LE BON PLANT !” CÉLINE : PONT COUVERTS


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Pandémie. Ce que tu nous fais En ces temps de crise sanitaire, Zut tente de prendre de la hauteur pour penser l’incertain. Interrogés tour à tour, le sociologue David Le Breton, les psychiatres et psy­ chanalystes Jean-Richard Freymann et Guillaume Riedlin, et le philosophe Jean-Luc Nancy observent ses effets sur le corps social et intime, son impact sur notre Humanité. Propos recueillis par Cécile Becker

————  L’apparition du Covid-19

David Le Breton  « Le surgissement de cet évé-

nement inouï, à l’échelle planétaire, a surpris aussi bien les gouvernements que les médecins, et nous a tous plongés dans un sentiment d’inquiétante étrangeté. Nous avons tous été sidérés par la pandémie alors même que nous l’avions vue venir. On voyait monter doucement le nombre de morts sans trop y croire : c’était impossible dans le monde d’aujourd’hui que l’on en soit réduit au confinement. C’est l’urgence de l’inouï et de l’impensable qui nous a frappés. »

Jean-Luc Nancy  « La contagion n’est possible

que lorsqu’il y a contact et connexion. Dans le cadre de la mondialisation, elle n’a donc rien d’étonnant. L’Occident a ce problème qu’il n’a jamais voulu avoir d’histoire ; ce n’est pas comme si un jour, subitement, c’était arrivé. Le processus qui nous a amené à faire le monde tel qu’il est aujourd’hui est aussi ancien que le capitalisme. Derrière l’émergence de cette pandémie, il y a toute l’histoire des progrès techniques et des conquêtes qui nous parlent de l’ère anthropocène [celle où les activités humaines ont une incidence sur l’écosystème global, ndlr]. Le virus est partout, au même titre que l’électricité : on ne peut se passer d’électricité, ce n’est donc peut-être pas possible de nous passer de virus... C’est le revers de la communication entre les pays et les Hommes. Historiquement, on peut se rendre compte du rôle des échanges commerciaux, touristiques et

techniques dans l’expansion des épidémies, et ce rôle est très présent dans la conscience européenne. J’ai ainsi retrouvé un texte de Kant, une lettre ouverte à des médecins, où il comprend que l“influenza”, donc très probablement la grippe, provient de Saint-Pétersbourg. La leçon la plus forte de tout ça, c’est que non seulement nous sommes une seule humanité mais que cette humanité a créé un réseau, dans lequel elle s’est enveloppée, qui est devenu plus fort qu’elle. »

————  L’individuel et le collectif

Jean-Richard Freymann  « La question poli­ tique et analytique de l’engagement – et plus particulièrement celle du corps médical – ne s’était jamais posée avec autant d’acuité. » Guillaume Riedlin  « Le début de cette crise résonne avec le tiraillement entre se préserver ou se sacrifier. Les discours étaient contradictoires : nous appelions la population à se préserver quand, dans le même temps, les soignants étaient invités à se sacrifier. La question du champ d’honneur s’est posée à l’hôpital. Il y a les déserteurs et ceux pour qui le sacrifice a un sens. Dans un deuxième temps, il y a eu les histoires individuelles de chacun : « Qu’est-ce qui j’y mets ? » « Qu’est-ce que je suis dans tout ça ? » « À quel endroit va mon engagement ? » « Qu’estce qui fait que je me sois retranché ou sacrifié ? » D.L.B  « Il y avait une nécessité à se protéger mutuellement qui imposait un certain nombre de


Photo : Pascal Bastien

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Photos : Sandro Weltin

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Derrière l’émergence de cette pandémie, il y a toute l’histoire des progrès techniques et des conquêtes qui nous parlent de l’ère anthropocène. Jean-Luc Nancy, philosophe

règles pénibles, mais il en allait aussi du ralentissement voire de l’élimination de la pandémie. Il s’agissait de protéger nos proches et nous-même. Il y avait aussi ce désir que tout s’arrête en jouant le jeu de l’effort collectif, planétaire même. » J-R.F  « L’individuel et le collectif ont été noués. Et surtout les fantasmes d’im­mortalité des êtres parlants ont été démontés. »

————  Les privations de libertés

D.L.B « Brusquement, tout nous a été r­ etiré et

notre univers a été fait de privations, de contraintes, qui ne nous ont néanmoins pas fait entrer dans un monde de dictature, il faut tout de même le rappeler. » G.R  « Cette période, c’est aussi la force des mots. La moitié de la planète a été confinée sous ordres ou sous conseils. Il y a eu quelques phrases, quelques prises de positions, deux ou trois interventions télévisées et d’un seul coup, tout le monde a obéi à un discours. Il faudra que l’on tire le bilan de tout cela : acceptons-nous de voir nos libertés supprimées ou nos libertés ne seraient-elles pas plus importantes que le risque de mourir ? » J-L.N  « On parle à mon sens surtout de liberté de circulation. Mais il faut dire que nous parlons surtout de libertés très formelles et, au fond, en termes marxistes classiques, très bourgeoises. Depuis que la philosophie se casse la tête sur la notion de liberté – depuis qu’elle a cessé d’être la qualité particulière des hommes par opposition aux esclaves, aux femmes, aux étrangers, etc. –, la liberté est devenue une supposée propriété absolue, et en même temps, un mystère complet. La

liberté de l’autre limite la mienne. On est libre de faire ce qu’on nous autorise à faire, finalement. Spinoza dit que l’homme n’est pas libre, il n’y a que Dieu qui l’est. Il n’y a de vraies libertés que dans un rapport à quelque chose de plus grand que l’individu. La liberté de Kant, qui paraît être le père de la liberté moderne, c’est d’obéir à l’impératif catégorique : traiter chaque personne comme une fin et pas simplement comme un moyen. Est-ce que dans nos sociétés, on traite chacun comme une fin ? Il n’y qu’à regarder les formes du management moderne pour le comprendre. C’est l’hypocrisie parfaite : faire comme si on traitait le salarié comme une fin alors qu’il devient un moyen de gagner de l’argent. La liberté, en tout cas kantienne, n’est pas réductible au bon vouloir. »

————  La solidarité et l’individualisme

J-L.N  « Il y a toujours eu des solidarités qui

peuvent venir d’un égoïsme bien compris. On a peut-être intérêt à aider pour juguler la contagion et ne pas être atteint soi-même. Mais le sens que l’on met derrière l’engagement ou la solidarité est différent pour chacun, c’est le propre du langage et de sa capacité d’abstraction. Dans l’idée même de société, il y a celle de la séparation : parce que pour que la société existe, il faut bien qu’elle puisse aussi se dissoudre. La nature humaine n’est pas « bonne » ou « méchante », elle est duelle, ambivalente, c’est la condition du vivant. L’individu se forme comme instance détachée et personnelle ayant sa sphère d’intérêts et de légitimités et ne peut donc que s’opposer


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à l’autre. Dans nos sociétés plus anciennes, il y avait des solidarités dans les villages qui étaient plus constantes, parce qu’il n’y avait pas encore autant « l’individu ». Aujourd’hui, c’est un rapport d’individu à individu qui prime. »

————  Les générations à venir

J-R.F  « Il y aura des conséquences sur les gé-

Les entretiens ont été réalisés à différents moments de la pandémie et sont consultables en intégralité sur le site Internet de Zut. David Le Breton — le 20.05 Jean-Richard Freymann et Guillaume Riedlin — le 04.06 Jean-Luc Nancy — le 25.08

à la nécessité de porter un masque, à la distance physique. Ce n’est pas agréable quand on se balade dans les rues de Strasbourg de voir tous ces gens masqués. Parce que le bonheur qu’on a de marcher dans la ville, c’est aussi de s’attarder sur les visages. »

————  La résilience ou la fin d’un cycle ?

nérations à venir. Nous pouvons déjà constater que les petits enfants ont été positionnés comme des menaces pour leurs grands-parents. Cette crise a remis en cause les assises de nos sociétés, nous avons créé de nouveaux mythes. » D.L.B  « Quand on a mis les enfants à deux mètres les uns à côté des autres, à se laver les mains et qu’on leur a demandé de ne pas se toucher, j’ai un peu peur, si ce n’est pas bien expliqué, que les gamins intègrent que l’autre est un danger. Ce sont des mesures qui doivent absolument être accompagnées par les parents et par les enseignants pour bien expliquer que c’est provisoire. Si on n’a pas été suffisamment pédagogue, j’ai peur que ça ne laisse des traces sur les enfants qui pourront devenir hypocondriaques et/ou très méfiants. Cette question est vraiment propre aux tout-petits (2-3 ans), car en grandissant les contacts physiques s’éloignent. Pour les plus grands et les adultes, je ne pense pas que la crise sanitaire impactera le lien social qui est déjà détérioré par d’autres artifices. »

J-L.N  « Nous survivons en principe à nos morts.

————  Les conséquences sur « nous »

————  Plus de liens, plus de proximité, plus de nature

J-R.F  « D’un point de vue psychique, nous ne

savons pas encore complètement quelles seront les conséquences du confinement. Par contre, nous constatons déjà une accélération. Certains patients ont accéléré très rapidement. Il a fallu les freiner parce que tout d’un coup, ils abordaient des points qu’ils n’avaient jamais abordés. Ce moment a par exemple pu faire écho à des traumas. Beaucoup de personnes ont fait un retour dans leurs pulsions agressives et de mort. Ce qui me frappe le plus, c’est que le confinement a été assez bien supporté, le déconfinement quant à lui a été une mine à angoisses. La violence a été réprimée, les pulsions agressives ont dû être contenues. Je pense que l’après-coup du confinement, c’est que nous allons tomber dans un monde d’une violence inouïe. » D.L.B  « Je ne crois pas que cela laisse des traces dans les rites de sociabilité qui sont les nôtres. Dans l’immédiat, on s’accommode à contrecœur

Ceux qui ne survivent pas à la perte d’un proche, par exemple, ont été si touchés qu’ils ne s’en remettent pas, ils en sont devenus « malades ». Alors, on pourrait dire qu’une population qui ne « survit » pas à une épidémie est une population qui ne va pas bien. Mais la vie reprend toujours parce que le désir de vivre est très fort. La question est la suivante : la vie reprend-elle à fond ou est-ce que ça atteint une certaine ­vitalité humaine ? On peut raisonnablement penser que l’on viendra à bout de ce virus à moins qu’il n’y ait quantité de mutations : l’interconnexion mondiale elle-même rendrait-elle le virus inarrêtable ? Alors, peut-être que ça correspondrait à l’idée que l’humanité, notre civilisation, aurait peut-être fini son temps ? La situation nous oblige à penser cela. On sortirait du régime des fins du monde fantasmées et on arriverait dans un face à face avec notre propre fin possible. Pourquoi tout devrait toujours continuer ? Nos vies individuelles s’arrêtent, pourquoi pas le reste ? »

J-L.N  « Tout ça traduit une certaine lassitude

de la vie telle qu’on la connaît : du travail en ville, des obligations diverses et variées, de la soumission au système du travail, des transports… Mais le confinement a aussi vu émerger un besoin de proximité qui annonce le déclin des grandes surfaces : ici ou là, on a vu des quartiers revivre. Même si on ne va pas reconstituer une économique antérieure à celle de l’industrialisation, tout ça ne peut être qu’un signe. L’homme a besoin de sensible, de sens, de signes justement ; et notre civilisation tourne à l’absence de signes. Elle est bourrée de signaux : c’est vert, c’est rouge, c’est positif, c’est négatif, mais quelque part, le sens a été perdu. Tout ce que cette période signifie, c’est que nous recherchons du sens. »


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La vie ne te fera pas de cadeaux. Si tu veux une vie, vole-la. Lou-Andreas Salomé

La Cité.


La cité — Le dossier 

Cela ne fait pas de doute : depuis des mois, malgré une situation extrêmement difficile, les acteurs de la Culture ont fait preuve d’inventivité, de souplesse, de pugnacité et de conviction. Où en sont-ils ? Leurs stratégies pourraient-elles poser les bases d’une nouvelle place de la Culture dans la Cité ? On peut toujours rêver… en tout cas, s’en inspirer.

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Par Sylvia Dubost Illustration Nadia Diz Grana

Refaire culture

Rappelez-vous le confinement, il y a s­ eulement quelques mois. Jamais nous n’avons eu a ­ utant envie et besoin de culture. Paradoxalement, j­amais la culture n’a été dans une situation aussi ­difficile. Ses acteurs ont pourtant tout fait pour étancher notre soif, malgré la fermeture et réouverture tardive des lieux accueillant du public. Ils ont aussi tout fait pour soutenir les artistes, en ont profité pour toucher d’autres spectateurs. En clair, ils étaient plus que jamais à leur place dans la Cité. Voici un court panorama, non-exhaustif évidemment, de leurs situations, de leurs actions et de leurs envies pour demain, que la crise a en partie nourries. Si pour certains elle est une catastrophe, pour d’autres – notamment ceux dont les subventions constituent l’essentiel du budget –, elle est aussi l’occasion d’explorer de nouvelles pistes.

Joëlle Smadja

Directrice de Pole-Sud « Certains ont décidé de tout changer, d’autres de ne rien changer, nous, nous sommes un peu au milieu. » Certes, il y a eu, comme dans toutes les salles, les annulations-reprogrammations-réannulations qui ont coûté beaucoup de temps et d’énergie aux équipes. Et ce n’est pas fini. Avec 44 spectacles, la saison est plus chargée que d’habi-

tude, certaines représentations seront sans doute annulées, ne serait-ce que parce que des artistes étrangers ne pourront se déplacer. Aussi et surtout, le confinement a été une période d’intense réflexion, sur la façon d’aider les artistes, de leur permettre de répéter, d’accueillir le public. Joëlle a alors demandé à 14 compagnons, chorégraphes et interprètes installés dans la région, de proposer pour l’ouverture de saison des formats qui fassent sens au regard de la situation. Programme(s) commun(s) articule une série de résidences, où plusieurs artistes viennent travailler en studio (ne pas pouvoir créer serait pour eux une catastrophe pour les saisons à venir) et des temps de présentation au public. Ce fut aussi l’occasion de revoir la place de ces artistes au cœur du théâtre, alors qu’ils sont souvent en situation de « dépendance » à l’institution. Le ­matin de la conférence de presse, justement, toute l’équipe a fait une séance de stretching avec le chorégraphe en résidence, déjeune désormais avec les artistes tous les midis. Et toujours dans un souci de meilleure compréhension, ceux-ci seront invités à assister à des rendez-vous avec les tutelles. — Programme(s) commun(s) Épisode nuit, le 16.10 — Our Daily Performance de Giuseppe Chico & Barbara Matijevic, les 3 et 4.11 www.pole-sud.fr


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La cité — Le dossier 

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Gaël Chaillat

Comédien, performer, metteur en scène intermittent Avec sa compagnie Les Châteaux en l’air, qui intervient dans l’espace public avec les habitants, Gaël Chaillat n’a pas travaillé depuis six mois. « Il y a des gens qui bossent, ça dépend de ce que tu fais. Il y a eu les appels de la Ville et la Région, mais nous n’avons pas de répertoire, donc pas de ­possibilité pour nous. » Une création au Maillon, un projet sur le Danube en avril et juin sont tombés à l’eau. Étonnamment (ou pas), la c­ ommunication avec les interlocuteurs – tutelles, salles de théâtre – a été plus facile et agréable, car « tout le monde était là ». La compagnie doit organiser des ateliers à partir de novembre, mais le nombre de participants est limité à 10 personnes… « Ce n’est pas ce qu’on a envie de faire, mais on ne peut pas s’arrêter… alors on fait les choses à moitié et on en perd un peu le goût… » Le plus difficile c’est de ne pas pouvoir se projeter, et d’être replié sur soi… Pour lui, le circuit court serait une piste à creuser également dans le domaine culturel, « pour retrouver le rapport social aux gens qui nous entourent. Peutêtre que notre boulot c’est de créer une dynamique de rencontre entre les gens. » Pour ne pas oublier que le théâtre est un espace public, et que celui-ci « se réduit partout comme peau de chagrin ». Facebook : deschateaux.enlair

Marie Linden

Directrice générale de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg L’effectif de l’orchestre compte 110 m ­ usiciens. Impossible aujourd’hui pour lui de jouer en formation complète : la distance entre les musiciens ne peut être respectée. « On peut ­aller jusqu’à 60-70 musiciens, donc on ne peut pas jouer tout le répertoire post-romantique. Mais ces concerts, on les reporte, on n’est pas embarrassé. » Marie Linden est philosophe. Jouer en plus petite formation permet aussi de sortir plus aisément de la salle Érasme au PMC. Les contraintes sanitaires rejoignent alors les préoccupations d’aller au-devant de nouveaux publics (ces soi-disant « non-publics »). 25 concerts ont lieu cette saison à la Cité de la Musique et de la Danse, à l­ ’Opéra, à l’Espace Django… souvent en configuration musique de chambre. Si la mission première de l’OPS est de jouer le répertoire symphonique et lyrique, au niveau local comme international,

cette saison « c’est le rôle social qui sera accru ». « On a besoin de rassemblement autour d’artistes qui apportent du sens, de l’émotion, du plaisir et du bonheur. Le numérique a eu un rôle fondamental pendant le confinement, nous avons nous-même fait beaucoup de propositions, mais personne ne pourra faire croire qu’il peut se substituer au spectacle vivant. » — Les dimanches matin de l’orchestre La liberté baroque (Bach, Haendel), le 11.10 à la Cité de la Musique et de la Danse — Midi de l’orchestre – Les couleurs des sentiments (Saint-Saëns, Bertrand, Causson), le 16.11 à l’Opéra du Rhin — Le violon de Ravel avec Renaud Capuçon, les 19 et 20.11 au PMC www.philharmonique.strasbourg.eu

Stéphane Libs

Directeur des cinémas Star et Star Saint-Exupéry Sévèrement impactés par la situation, comme toutes les salles obscures, les cinémas Star ont perdu plus de 50% de leurs spectateurs cette a­ nnée. Les aides annoncées par Roselyne Bachelot le 23 septembre sont vitales. Mais au-delà de la conjoncture, les cinémas font face à un changement structurel. « 80% des salles françaises sont dépendantes du marché américain et chinois, explique Stéphane Libs. Aujourd’hui, les films qui ne veulent pas prendre le risque de sortir en salles – et vu les entrées, c’est compréhensible – peuvent se faire racheter par Netflix, Amazon, OCS ou Disney+… Grâce au coronavirus, l’utilisation des plateformes a grandi. On peut presque dire que la naissance d’un film se fait autant sur une plateforme qu’au cinéma. Nous, on pourrait s’en sortir avec les films prévus cet automne, mais comme les 80% autres ne pourront pas continuer à vivre s’il n’y a pas de sorties de films américains et de remise au chômage partiel [c’est aujourd’hui le cas jusqu’à la fin de l’année, ndlr], c’est tout le marché qui va s’arrêter… » www.cinema-star.com


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On a besoin de rassemblement autour d’artistes qui apportent du sens, de l’émotion, du plaisir et du bonheur. Marie Linden

Chantal Regairaz

Secrétaire générale du Théâtre national de Strasbourg On avait envie de revenir sur la Traversée de l’été, saison estivale que le TNS a programmé à la demande du Ministère. Des brigades contemporaines qui faisaient entendre des textes sur les places comme dans des Ehpad, des ateliers de pratiques artistiques, des visites du théâtre, des répétitions publiques, etc. La programmation, qui n’aurait jamais eu lieu autrement, a repris des formats existants, en a inventé d’autres, et a touché un public qui ne répond d’habitude pas présent… « C’est sûr qu’il y a une disponibilité des publics dans l’été », confirme Chantal ­Regairaz, mais ce n’est pas la seule raison du succès. Les gens avaient envie de sortir, les spectacles étaient gratuits, les partenaires disponibles. « Julien Gaillard [l’un des auteurs à avoir mené des ateliers, ndlr] a relevé que si le théâtre restait ouvert sans le cyclope qu’est la représentation [qui canalise toutes les énergies, ndlr], cela crée un autre rapport avec le public. » Un rapport qui n’est pas celui de la consommation, et que permet ce temps… où l’on a du temps. « La Covid aura rendu visible l’intérêt que porte la population à des actes de création. Il faut aussi garder en tête les pratiques numériques. Tout cela va certainement faire naître d’autres choses. » — Le Père, texte Stéphanie Chaillou, mise en scène Julien Gosselin, du 7 au 15.10 — Mithridate, texte Racine, mise en scène Éric Vigner, du 7 au 19.11 — Les Serpents, texte Marie Ndiaye, mise en scène Jacques Vincey, du 25.11 au 4.12 www.tns.fr

Jean-François Mugnier

Coordinateur du Syndicat Potentiel C’est sans doute le plus détendu de tous. « Se réinventer », le mot d’ordre c­ ontemporain, le Syndicat connaît. « On a déjà eu une suite de crises depuis la vente de l’immeuble en 2016 [il était alors installé rue des Couples, nldr], rappelle Jean-François Mugnier. On a mis beaucoup ­d’énergie à retaper le nouveau lieu à nos frais, il a fallu payer un loyer plus cher, et se poser un tas de questions sur la façon de se positionner dans l’espace et ­d’interagir avec un nouveau quartier [le Neudorf, ndlr]. » Quand la Covid est arrivée, ça leur a limite fait des vacances… Ils avaient déjà rompu avec l’exposition comme format principal : « On ­organise des rencontres entre artistes et chercheurs, des workshops, des RDV autour de projections vidéo, des lectures-performances, une résidence de co-création dans le quartier des Écrivains à Schiltigheim, où les artistes font un projet avec des personnes rencontrées sur place. » À venir, une exposition dans les porte-affiches des boutiques du quartier (qui marche même en cas de confinement). Et la situation des artistes ? « On sait que ¾ d’entre eux sont dans une grande précarité et une pluriactivité. Pour eux, la situation est difficile, mais je pense qu’ils ont plus de capacités que les salariés à développer des formes d’autonomie et à résister. » Et de rappeler qu’il y a eu « pas mal de ­dispositifs pour essayer de les aider, même si les critères ne sont pas toujours adaptés. Des artistes ont bénéficié de l’aide du Frac, qui a pris dans son budget pour des résidences à domicile. L’Eurométropole a voté 200 000€ pour des acquisitions d’œuvres qui vont atterrir à l’Artothèque et au MAMCS. » — Espaces affectifs, promenade extime en différé avec Cynthia Montier, jusqu’au 31.10, également dans l’espace public — Exposition Odylus, en résidence sociale et artistique contemporaine, jusqu’au 24.10 — Collectif topoi, exposition/activations urbaines, jusqu’au 24.10 syndicatpotentiel.free.fr


La cité — Le dossier 

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Pierre Chaput

Directeur de l’Espace Django Comme beaucoup, l’équipe s’est échinée au printemps à garder le lien avec publics, artistes, partenaires, grâce aux médias numériques, avant de privilégier une programmation en extérieur. « On a développé ce qu’on faisait, puisqu’on considère la salle comme la base arrière d’un projet au sein du Neuhof. On a donc repris les déambulations et les raids, les concerts aux fenêtres, la fresque participative. » Et accueilli une dizaine d’artistes en résidence dans la salle, un peu plus que d’habitude. « On a aussi fait trois concerts captés, on s’est essayé aux concerts numériques. Cela permet au public de voir un concert et aux artistes d’avoir un document filmé, de relier les besoins des uns aux envies des autres. » Depuis septembre, la salle accueille environ 150 personnes assises au lieu de 400 debout. Un choc qu’elle peut encaisser car la subvention constitue 80% de son budget (contrairement à La Laiterie, où la proportion est inversée). Ici comme ailleurs, on attend quand même des pouvoirs publics un peu de visibilité, pour pouvoir s’organiser. « Mais c’est difficile… Les acteurs musicaux sont particulièrement pénali-

La Laiterie La situation est particulière­ ment compliquée pour la salle rock, qui accueille essentiellement des concerts debout – toujours interdits –, et fonctionne avec 75% de budget propre. Face à l’absence de visibilité sur les conditions sanitaires, elle a choisi de programmer malgré tout. Sur le site Internet, un festival de concerts annulés ou reportés, et quelques concerts assis, par des artistes qui assument ce choix. La jauge passe alors de 870 places – un nombre déjà insuffisant pour pallier le prix d’achat des concerts de plus en plus élevé – à environ 150. Une partie de l’équipe est d’ailleurs toujours au chômage partiel. Coup dur pour une salle qui programmait parfois quatre concerts par semaine…

sés, il faut qu’on nous dise si toute la saison ce sera assis-masqués. » Point positif : « Avec les autres acteurs culturels, on ne s’est jamais autant parlé. Pourquoi ne pas réfléchir plus largement ensemble à des stratégies voire des politiques culturelles. C’est encore un peu tôt car on est dans la gestion du court terme. Mais il faut réfléchir à la façon de faire de cette crise une chance. » Et de replacer la culture au centre de tout. « Après la Culture pour tous, la Culture par tous, il faudrait la culture partout. On y pense déjà dans les lieux éducatifs et médico-­ sociaux, on pourrait avoir des lieux de permanences artistiques dans des logements, des bureaux, dans les entreprises. Les acteurs privés pourraient se saisir de la culture par d’autres biais que par le mécénat, en accueillant par exemple pendant un an, un artiste associé dans leur entreprise. » — Quartier libre : Django Blind Test, le 22.10 — CinéDjango : Miraï, ma petite sœur, le 8.11 à 17h30 — Concert Laake – Orchstraa, le 19.11 www.espacedjango.eu

Des tarifs à la baisse La crise économique ayant impacté tout le monde, Le Maillon et le TJP ont choisi de revoir leurs tarifs à la baisse. Le tarif plein est désormais à 12€ dans les deux salles, à 8€ seulement pour le tarif réduit au TJP et le dernière minute au Maillon. Certaines autres salles regrettent l’absence de concertation sur cette question. « On aurait pu faire une tarification commune, pense Chantal Regairaz, secrétaire générale du TNS, ç’aurait été un geste fort. »


Place de Bordeaux - FR67082 Strasbourg Cedex Tél. +33 (0)3 88 37 67 67 info@strasbourg-events.com

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Pour leur 20e édition, les Journées de l’architecture se sont donné pour thème Fait maison. Un sujet qui résonne avec la conscience aiguë que nous avons prise, confinement oblige, des espaces que nous habitons, de la façon dont ils influent sur nos vies, de notre désir d’habiter autrement. Trois architectes, invités des JA, présentent des maisons qui pourraient nous inspirer. La Cité—Architecture 

Propos recueillis par Sylvia Dubost

La maison de nos rêves Le choix de Benjamin Dubreu 3

Le choix d’Anne-Sophie Kehr 2

C’est quoi ces maisons ? Le programme des Case Study Houses a vu le jour en Californie à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’initiative d’une revue d’archi­ tecture. Portée par de jeunes architectes, cette démarche avait pour objectif de démontrer qu’il était possible de concevoir et de construire des maisons destinées aux ménages américains des années cinquante, à partir de principes modernes : espaces ouverts, économie de matériaux, relation au paysage, techniques constructives innovantes… Une vingtaine de maisons ont été réalisées. L’objectif de la reproductibilité a été manqué, puisque toutes sont restées à l’état de pièce unique, mais chacune constitue une représentation iconique de la maison moderne. Comment pourrait-on s’en inspirer ? Elles montrent qu’il est possible de modifier nos façons de concevoir et de construire, de travailler à réduire l’épaisseur de la matière. Les Case Study Houses recherchaient une nouvelle expérience du confort, un monde plus ouvert, et nous pouvons encore nous en inspirer pour trouver à concilier le respect de nos environnements avec le plaisir d’habiter.

C’est quoi cette maison ? « C’est une relique laissée sur un pinacle après que les mers se soient apaisées », dixit John Hejduk, architecte, dans le magazine DOMUS en 1980. Pourquoi ce choix ? Parce que la villa Malaparte est mythique et expressément moderne à la fois. Parce que l’Antique se mêlant à un certain dépouillement rationaliste et à la force du site, elle prend des ­allures de théâtre grec niché dans le paysage. Parce que les incertitudes amoureuses de Brigitte Bardot et Michel Piccoli ont été saisies sur son toit, par Jean-Luc Godard sur la musique de Georges Delerue en 1963. Parce qu’elle a pris les traits de Curzio Malaparte : rebelle, romantique et solitaire. Comment pourrait-on s’en inspirer ici et maintenant ? Si, selon Frank Lloyd Wright, l’architecture doit rendre le paysage plus beau qu’il ne l’était avant qu’elle ne soit bâtie, elle doit surtout en être une résultante évidente. La villa Malaparte nous révèle cette dialectique indispensable entre architecture et site, entre concept et topographie. Le projet se révèle par le site, et doit révéler le site : ce dialogue nous rappelle surtout que l’archi­tecte doit être un topophile*.   Architecte : Adalberto Libera 1938-1943 Punta Masullo, Capri, Italie

Case Study Houses

Architectes : Richard Neutra, Raphael Soriano, Craig Ellwood, Pierre Koenig et Eero Saarinen, Charles et Ray Eames Entre 1945 et 1966 Côte Ouest des États-Unis

Villa Malaparte

*dérivé de topophilie : mot inventé par Gaston Bachelard, qui signifie l’amitié du lieu.

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Ces maisons seront présentées dans le cadre des Maison-visites des Journées de l’architecture Les 1er, 14 et 27 octobre de 12h30 à 13h30 au 5e Lieu, place du Château Journée de l’architecture 140 manifestations dans 25 villes entre Alsace, Bade-Wurtemberg et Suisse Jusqu’au 31 octobre Tout le programme sur www.m-ea.eu 1

Le choix de Xavier Génot 1

Sef Haos

Architecture vernaculaire Vanuatu (Pacifique sud) Xavier Génot coordonne la préparation et la réponse du secteur abri/logement pour la Croix Rouge

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Maison de Charles & Ray Eames

C’est quoi cette maison ? Au Vanuatu [le pays le plus soumis aux aléas climatiques, ndlr], une maison est en fait un jardin avec plusieurs bâtiments : des chambres et la cuisine. Celle-ci est construite pour résister aux cyclones, dans une essence de bois plus solide, les poutres s’enfoncent profondément dans le sol, la toiture tressée gère des pressions et dépressions du vent et la fumée du feu sèche le bois et tue les parasites. C’est une combinaison de savoirs ancestraux et modernes. Pourquoi ce choix ? En 2015, le cyclone Pam fut l’un des plus gros jamais enregistrés, avec des vents à 300 km/h. Il a impacté 170 000 personnes, et fait « seulement » 13 morts. Nous avons cherché à comprendre pourquoi. Lorsque le cyclone arrive, toute la famille (parfois 40 personnes) se ­réfugie dans cette Sef Haos. Les plus fragiles se couchent à terre et les hommes retiennent la structure, parfois pendant 8h. Les chambres peuvent être détruites, ce n’est pas important… Comment pourrait-on s’en inspirer ? Cela a changé mon regard sur ma pratique et sur notre société. Cette Sef Haos pose beaucoup de questions sur la passation du savoir, l’accès aux ressources, la façon dont on aborde l’habitat en tant qu’individu, famille et communauté, dont on s’adapte ensemble à un changement, sur nos priorités pour faire face à ce qui nous attend, sur ce qu’est la vraie résilience dont on parle beaucoup…

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Sorti en janvier, La nuit nous serons semblables à nous-mêmes est le premier roman du Strasbourgeois Alain Giorgetti. Un bouleversant et élégiaque récit de migration, troué de souvenirs, d’autant plus puissant qu’il est porté par un enfant. Un matin d’août, nous l’avons rencontré pour discuter littérature et politique. La Cité—Littérature 

Par Antoine Ponza / Photo Pascal Bastien

Écrire pour lutter contre l’oubli

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Alain Giorgetti, La Nuit nous serons semblables à nous-mêmes, Alma (2020)

Quel est votre parcours de lecteur et d’écrivain ? Après la mort de mon père, je suis retourné vivre chez ma mère, je me suis enfermé dans ma chambre et j’ai passé mes journées à lire. J’allais à la bibliothèque, à Villerupt, à côté de chez moi [il s’est depuis installé à Strasbourg, ndlr]. J’empruntais tout, dans l’ordre alphabétique comme l’autodidacte de La Nausée de Sartre. Aristote était classé dans les romans ! Sur place, je consultais les encyclopédies pour vérifier les notes que j’avais prises. C’est ça l’autodidacte : un abîme devant, un abîme derrière. Encore maintenant, je rame en lisant des auteurs pas faciles. Je me force, car c’est comme ça que j’ai réussi à monter d’un degré, comme dit Paul Éluard [Poésie ininterrompue, ndlr]. Tout de suite, j’ai écrit à mon tour de manière empirique. Je suis un bricoleur, je dessine, j’ai aussi réalisé un documentaire qui parle de chez moi : la maison, les anciens mineurs de fer, au passé et au présent. Mon père est d’une ancienne génération, celle qui a travaillé toute sa vie, tout le temps, comme une bête de somme, comme les immigrés d’aujourd’hui. Il a commencé comme garçon de ferme à douze ans, n’a jamais été malade. Il est mort la veille de sa retraite, dont il n’a jamais touché un centime. La Méditerranée a une place importante dans votre livre. J’allais en vacances voir la mer quand j’étais petit. J’ai des amis en Italie, je suis allé beaucoup en Grèce. La Méditerranée, c’est mare nostrum [notre mer, ndlr], tout vient de là ou presque. Mais au départ, mon histoire devait se passer en Chine, où il y a des mouvements migratoires énormes, car le sujet, c’est avant tout les migrations. Ce mot n’apparaît pas car il trop connoté, comme le mot de migrants, que je déteste. Je lui ai choisi un synonyme : pérégrin. Les pérégrins étaient les étrangers de la Rome antique pour lesquels il n’y avait pas de législation. C’est un phénomène anthropologique complexe et très banal, qui traverse toutes les couches de la société. Ça nous traverse tous, tous les jours. On le sait, mais peut-être pas assez, on l’oublie. Pour moi, écrire, c’est lutter contre l’oubli. Tous les migrants ne sont pas traités de la même manière. Il y a les bons et les mauvais. Un ancien président vient de l’immigration hongroise, cela me fait rire que son nom soit celui d’un marais aux alentours de Budapest. Il nous a fait beaucoup de mal et continue d’ailleurs, en conseillant le président actuel qui fait beaucoup de mal aussi. Derrière, il y a des hommes, des femmes, des enfants,

ce que Michel ­Foucault appelait « la vie des hommes infâmes » [Les Cahiers du chemin, ndlr]. Mes grands-parents ont été mis dans des baraques en bois, sans même de l’eau pour se laver ! La façon dont les institutions européennes et les ministres des nations concernées, dites démocratiques, traitent la question migratoire est un scandale absolu. En Libye, des gens vivent dans des camps qui sont proches des camps de concentration, où les enfants sont malmenés et les femmes violées, tous passent par les mains de vendeurs d’esclaves. Je dois aux émissions bouleversantes d’Omar Ouahmane et Sonia Kronlund sur France Culture certains des traits donnés à mes personnages. Le roman parle donc des « invisibles » ? J’ai ressenti la même révolte avec l’apparition de ce terme. J’ai envie de dire à ceux qui l’emploient : c’est vous qui ne les avez pas vus avant ! La matrice du roman, c’est l’Illiade et l’Odyssée, et l’Énéide. Ce sont des histoires d’amour, de guerre, de famille. On a souvent comparé les voyageurs migrants d’aujourd’hui à Ulysse mais je trouve qu’ils sont plus proches d’Énée. Enée est le rescapé du massacre de Troie. Il vient de la pointe avancée de ce qu’on n’appelait pas encore l’Asie et débarque sur le continent européen. Virgile dit explicitement que les Troyens émigrés sont appelés à construire des villes, on est dans l’histoire contemporaine ! Quand je me promène dans la rue, que je vois les travaux et les ouvriers, je vois l’Énéide. C’est à la fois un point de vue de romancier et de citoyen. En lisant, on a permanence un pied sur chaque rive, celles de la vie et de la mort. Oui. Il y a un poème lyrique qui court au long du livre, qui est le mouvement d’aller et venue des vagues. C’est le principe narratif, une alternance permanente : prolepse, analepse, passé, présent, ici et là-bas, la tête qui rentre dans l’eau, qui ressort. S’il y avait une forme à donner à ce poème secret, ce serait l’élégie, c’est-à-dire rendre honneur aux morts. Mais je parle aussi des vivants et le lyrisme du poème n’est pas du maniérisme. C’est une façon d’arrêter le cours du temps, de le saisir. Le lyrisme rend justice au sujet parce que c’est lourd, cela met en branle tout ce qu’on vit aujourd’hui, hier et demain. Parfois j’entends des expressions comme « j’écris à l’os » ou « mon sujet ne souffrait pas d’adjectifs », celles qui font écrivain. Je ne me pose pas ces questions, en tout cas elles ne sont pas déterminantes. Je voulais simplement écrire un beau livre. J’ai essayé de faire en sorte qu’il y ait beaucoup de nuances, que ce ne soit pas un livre caricatural, mais un livre politique, un sac, une boîte de Pandore, une mer…


Au printemps de l’année dernière, un nouveau lieu artistique, solidaire et alternatif a ouvert dans le Parc Gruber à Koenigshoffen. Le Wagon Souk, cofondé par deux artistes, est un espace autogéré dédié à l’accueil et à l’accompagnement de projets solidaires, citoyens, interculturels et artistiques. La volonté est claire : faire art et société autrement, par et pour les gens. La Cité—Reportage 

Texte et photos Martin Lelièvre

Horizons

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Wagon Souk Parc Gruber 91, route des Romains Facebook : LeWagonSouk * L’Hôtel de la Rue Occupé par des militants du droit au logement, l’ancien siège de la brasserie Gruber, propriété de la Ville de Strasbourg, héberge environ 150 personnes sans-abri.

En s’enfonçant dans le parc Gruber, on entraperçoit l’entrée d’un petit tunnel. Son entrée est gardée par une épaisse forêt en pot. L’un des fondateurs du lieu, Zaï Mo, et son ami Ali sont en train de préparer le dispensaire de plantes qui aura lieu dimanche. Ils récupèrent celles que leurs propriétaires ont jeté à la benne pour leur redonner une nouvelle vie. « Ali est à l’origine du dispensaire, c’est un habitant de l’Hôtel de la Rue* », explique Zaï Mo. « Ali traîne souvent dans les jardins partagés. Il a vraiment la main verte, il adore ça. On est en train de voir pour qu’il puisse tenir ce projet tout seul. » Autonomiser des personnes sans-papiers et travailler avec elles en valorisant leur savoir-faire, c’est l’essence du projet du Wagon Souk, où se croisent écologie, solidarité, antiracisme, féminisme et anticapitalisme. Récup’, prix libres et solidarité Le dispensaire n’est qu’une de ses nombreuses activités. Une des premières participantes, c’est Adama, alias Mama Souk. Cette maman sénégalaise, accompagnée par l’association depuis sa création ou presque, tient une cantine solidaire africaine. Au menu : mafé et bissap, avec beaucoup d’ingrédients de récupération ou provenant de dons. On trouve aussi un salon de coiffure, une friperie solidaire en partenariat avec Oxfam, une laverie solidaire, une recyclerie ­d’électroménager, un bar café associatif… ou encore des s­oirées jeux, des ateliers divers et des concerts. La liste est longue et devrait s’allonger. « On veut ­lancer une bibliothèque décoloniale et antiraciste à la ­rentrée, et relancer les cours de FLE (Français Langue Étrangère) », s’enthousiasme Hélène Humbert, membre cofondatrice. Cette artiste illustratrice de profession travaille bénévolement et presque à temps plein avec son compagnon Zaï Mo pour faire tenir le Wagon Souk sur de bons rails.

« Économiquement, ce n’est pas viable, précise ce dernier, mais si c’était une préoccupation majeure, on ne se serait pas lancés. Tant que ça fonctionne, on continue. » Le local est loué et l’autogestion se fait en bonne intelligence. « Ça nous permet de sortir des sentiers battus, de ne plus être contraints par des dossiers de subventions et de travailler sur un autre rythme. » L’argent vient de dons et de fonds personnels des fondateurs, mais surtout de l’organisation d’événements culturels ou de la location de la salle. « On va vers plus de participatif, explique Zaï. Chacun amène sa compétence, on construit ensemble, on soutient, on valorise au lieu d’imposer des solutions. » Participer et pas consommer Le 15 août dernier, l’association Cantine Social Club organisait un événement festif avec près d’une dizaine d’ateliers/concerts participatifs, du jeu-vidéo au hip-hop en passant par la peinture et le jonglage. « Zaï est tunisien et je suis franco-capverdienne, raconte Hélène. On a constaté que le milieu associatif, artistique et culturel, notamment à Strasbourg, est très blanc. Il y a peu d’espaces festifs, conviviaux, de rencontres, d’échange, où les personnes racisées peuvent se sentir vraiment à l’aise. On voulait créer ça. » Pour ces deux artistes, l’art doit être DANS la société. « Souvent le milieu artistique me dit que je fais du social ! Ce n’est pas incompatible », continue Zaï. Il a envie de partager des histoires humaines. « J’ai découvert l’art en rencontrant des gens farfelus, pas à travers des livres d’histoire de l’art, les beaux-arts, les musées… » L’art comme passerelle et lien social : un beau voyage pour le Wagon Souk et ses participants.


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Un apéro avec Gustave Kervern. Agitateur du Groland, réalisateur et comédien

Par Cécile Becker Photo Jésus s. Baptista


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Il faut que je vous explique. « Un apéro avec », c’est une formule que je voulais tenter depuis longtemps… Parce que chez Zut, boire des coups est une passion jamais démentie, et parce que l’apéro c’est aussi l’occasion d’aller ailleurs, de sortir du cycle de la promo… Je suis le premier ? Oui… Tu commences avec du lourd ! Ça me paraissait logique quand j’ai vu que vous aviez sorti un recueil d’interviews sur l’ivresse Petits moments d’ivresse [conçu avec sa compagne Stéphanie Pillonca, éditions Le Cherche Midi]. Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’ivresse ? L’ivresse, c’est quand même le lieu où l’on vainc un peu sa timidité. Le problème, c’est qu’on passe de timide à honteux assez facilement. Mais oui… Le plaisir du vin, boire et manger… Du fromage sans vin, je trouve ça inutile. Pour moi, c’est une histoire de gastronomie. Je suis fasciné par les étiquettes qui cachent toute une symbolique : le terroir, la terre du vigneron… C’est presque de l’œnologie ça… J’aurais bien aimé prendre des cours d’œnologie, mais je ne suis pas très studieux et je n’ai aucune mémoire, c’est fou… Par exemple je lis un livre, deux jours après, je l’ai oublié… On croit que je n’ai pas de culture mais en fait, je n’ai juste aucune mémoire. Propos recueillis au Café des Sports le 22 août, dans le cadre de l’avantpremière d’Effacer l’historique, aux cinémas Star Il a bu : un verre de Granite, Lucas Rieffel. Pinot blanc. Une merveille, soit dit en passant. La journaliste a bu : rien, elle était trop stressée. Qui a réglé la note ? Zut.

Parler d’ivresse, c’est un bon prétexte pour parler d’amitié. Vous aimez boire des coups avec Benoît Delépine, il me semble [ensemble, ils ont réalisé neuf longs métrages] ? Vous écrivez sous influence ? Ça peut être une espèce de détonateur. Mais c’est surtout le plaisir de se retrouver. C’est un moment qui éveille la complicité. Aujourd’hui, on essaye de boire modérément, de choisir une bonne bouteille. Ce qui est drôle, c’est qu’on ne travaille jamais devant un bureau, ça ne nous est jamais arrivé. C’est toujours au restaurant, dans le métro ou dans un taxi. Je viens de me rendre compte de ça en t’en parlant… C’est quand même dingue ! En fait, pour nous, le plus important c’est de trouver l’idée… L’envie plutôt. Et ça, ça se passe en mangeant.

Il y a toujours ce côté bande chez vous, le Groland, cette troupe de potes qui vous suit et qui apparaît dans vos films : Houellebecq, Poelvoorde… C’est indispensable à la création ? Non, pas pour créer. Je dis souvent : on ne fait pas du cinéma, on fait table d’hôtes. On adore retrouver nos potes, parce qu’en plus, on ne les voit jamais. Sur Effacer l’historique, par exemple, on a fait venir Yolande [Moreau, ndlr], parce qu’on adore Yolande et son compagnon – son mari ? Je ne sais plus – et manger avec eux. Ce sont des bons vivants aussi. On fait presque des séquences pour les retrouver. Bon, là, il se trouve qu’elle a été coupée au montage… Quand on reçoit Benoît Poelvoorde sur un film, on sait que les soirées vont être compliquées, mais c’est tellement génial ! On forme une sorte de bande de pirates qui ont une autre vision de la vie. On n’est pas arrivistes, un peu déglingués… C’est une communauté d’esprit. Et puis, il y a aussi les gens pas connus. Un jour, j’ai rencontré Marius en faisant un reportage sur Roland-Garros, il habite Marseille et ne vit avec rien, il a zéro thune. Et ce mec-là, je l’ai présenté à Benoît et on essaye toujours de le mettre dans les films. Il vient quatre jours, on lui paye des bons repas. On aime bien les gueules cassées, les mecs un peu dingues. Enfin tu vois… L’amitié justement. C’est une manière de se rassembler. J’aime bien cette idée de communauté d’esprit… C’est assez rare aujourd’hui, non ? Effectivement. Pour nous, le salut vient des gens qui ont une communauté d’esprit. C’est aussi pour ça que j’ai toujours aimé les surréalistes, les dadaïstes… des mouvements qui n’existent plus maintenant. Il n’y a plus de mouvements comme ça, enfin c’est dingue quoi ! Comme si l’individualisme dans les arts avait remporté le morceau… Un individualisme forcené. Vos films sont toujours très ancrés au réel, au quotidien, aux tracas qui semblent petits mais qui racontent beaucoup. Pourquoi ? Généralement quand on arrive quelque part, dans une maison, on ne touche pas au décor. J’adore les intérieurs des gens, ils racontent comment les gens vivent, comment ils communiquent (ou pas) entre eux. Pour Effacer l’historique, on a rencontré les gens du quartier où on a filmé. C’est beau de rencontrer ces gens-là. Ils sont vachement attachants. C’est une mine d’or. J’avais l’idée d’un programme court où les gens raconteraient un genre de CV express. Je trouve que les gens ont souvent des vies extraordinaires : des ruptures amoureuses de fou, des ruptures de travail... Chaque vie, même assez banale, est toujours incroyable…


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Cléa Vincent À l’os. Autrice, compositrice, interprète et infatigable Par Cécile Becker Photo Christophe Urbain

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Propos recueillis le 10 septembre dans le cadre d’un concert privé dans un jardin de Strasbourg

Les canettes de bière qui s’explosent sur le sol. Les tirelires en ferraille où se battent quelques pièces de monnaie. La « billetterie » improvisée sur une chaise en plastique. L’herbe qui colle aux cuisses et les capuches sur la tête. Ça fleure une époque révolue – fanzines, free parties, concerts sauvages – qui reviendrait au galop, restrictions sanitaires obligent. Nous étions peu nombreux, peut-être une trentaine. Le masque bien plaqué sur le nez. En plein air, dans un jardin particulier. Tout et tous excités à l’idée de regarder la musique se faire en live, comme si c’était chose illégale… Étrange, non ? Cléa Vincent trépignait de ne pas pouvoir jouer, de ne pas pouvoir défendre in real life son dernier album Tropi-Cléa 2, sorti en plein confinement. Elle a alors dégainé son téléphone et appelé son amie autrice, compositrice et interprète Laure Briard – toutes deux sur le label Midnight Special Records – et a organisé ce Garden Tour presque sous le manteau (à Strasbourg, Claire Faravarjoo a partagé l’affiche). « Je me suis dit, si je n’ai pas d’agenda, je vais péter un plomb… Jauge limitée, distance, plein air… on a tout pris en compte. En deux jours, la mini tournée était bouclée, on a trouvé dix dates. On a compris que les gens étaient en manque, qu’ils avaient envie de revoir les artistes. » Au prix de quelques concessions (un cachet divisé par deux, un live en solo plutôt qu’en quartet), elle dit avoir renoué avec le plaisir de la musique, « c’est super important ». « J’ai l’impression d’être revenue à mes racines : le solo c’est sûr qu’on est vachement plus à nu, c’est moins impressionnant, plus funambulesque. On est plus dans l’intimité, la fragilité, la

douceur, plus dans l’échange », dira-t-elle. On entendra tout : les blagues, les ratés aussi. On assistera à tout : les apartés, les rires, la gêne parfois. Cette complicité, presque un privilège, est induite par le format. Les barrières sautent, le rapport à la scène est autre, dépouillé. On est à l’os. « Je crois que je n’aime pas du tout les scènes hautes, ça crée une distance physique. Dans ce que tu projettes, tu es moins en direct, les choses t’échappent. » De tout ça, on gardera l’image de sourires vissés sur les visages. De tout ça, elle gardera l’envie de « rester vivante et d’inventer, à voir jusqu’où l’étau se resserre ». La preuve : les bars et restaurants parisiens fermant à 22h (au 2 octobre), elle a proposé de jouer dans un café à l’heure du petit-déjeuner. « On trouvera toujours des moyens de jouer. La question, c’est de retrouver de l’humanité dans toutes ces interdictions. » Amen.


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Le chantier de l’Union Sociale cet été Photo : Pierre Frigeni

Les collections du Musée de l’Œuvre Notre-Dame prêtes à déménager – Photo : Christophe Urbain

Les collections des Musées déménagent Cet hiver, une partie des services des Musées de la Ville de Strasbourg entame son déménagement vers le nouveau quartier de la Coop, au Port du Rhin. Le bâtiment de l’Union Sociale, un entrepôt de plus de 8000m2 restauré par Alexandre Chemetoff, accueillera le Pôle d’études et de conservation des Musées. Son objet : conserver les œuvres, les identifier, les restaurer, les conditionner et les documenter. On y trouvera donc une grande partie des réserves des musées (celles, entre autres, du Musée alsacien, du Musée historique et du MAMCS). C’est par là aussi que transiteront les œuvres qui entrent et sortent dans le cadre de prêts (entre 500 et 600 pièces par an). Elles feront d’abord un petit séjour en chambre d’anoxie (pour détruire les parasites) , puis dans l'espace de mise en quarantaine. Les services techniques s'installeront aussi ici. Ils fabriquent socles et mobilier d’exposition, cadres et éclairages, s’occupent de la peinture des espaces et des supports. Dans un 3e étage ajouté au bâtiment existant, l’Union Sociale accueillera aussi le service documentation et l’atelier photo, ainsi qu’une salle de consultation pour les chercheurs et étudiants.

Une vitrine au rez-de-chaussée présentera dans une « réserve témoin » des pièces des collections, comme des statues du musée de l’Œuvre Notre-Dame. En attendant leur installation, elle sera investie par une bande dessinée de Matthias Picard sur les métiers des musées. Juste en face, Le Trait d’union, espace de médiation installé dans un container, accueille le grand public et les scolaires, pour faire découvrir les métiers et les gestes de ces acteurs de l’ombre. Après une phase de « dégazage » du bâtiment, les premières collections devraient quant à elles arriver au printemps 2021. (D.L.) www.musees-strasbourg.eu


pour tous et tous les jours

Christo et Jeanne-Claude

Collection Würth

12 juillet 2020 > 20 octobre 2021

The Gates, Project for Central Park, New York City 1979-2005 – 2002 – Inv. 7501 – Photo : Wolfgang Volz – © Christo

Entrée libre


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Jérémy Gobé, Corail Artefact, sculpture © Jérémy Gobé

ST-ART Le monde change… et l’art contemporain également. Les artistes s’emparent depuis longtemps de problématiques comme le développement durable, l’environnement, le réchauffement climatique… Les artistes Vaughn Bell, Jérémy Gobé, Ha Cha Youn, Clay Apenouvon, Ackroyd & Harvey, Luc Lapayre par exemple, auxquels la directrice artistique Patricia Houg dédie l’exposition Futurae, au cœur de la Foire, avec des installations de grande dimension. Le ton est donc donné. Pour le reste, on y retrouvera comme d’habitude (et en ce moment, on aime retrouver ses habitudes…) près d’une centaine d’exposants, dont des galeries locales, nationales et internationales, auxquelles la Foire a offert cette année une remise sur le montant des stands, pour soutenir un secteur particulièrement fragilisé par la situation. Un soutien indispensable pour que la Foire européenne d’art contemporain et de design, qui célèbre cette année son 25e anniversaire, puisse proposer le meilleur panorama de la création contemporaine. (F.V.) Foire européenne d’art contemporain et de design 27.11.20 → 29.11.20 (vernissage le 26) Parc des Expositions www.st-art.com


4 impasse Kiefer 57 Strasbourg — Neuhof espacedjango.eu #espacedjango

SEPT. — DÉC.20

Les Enfants du Platzspitz de Pierre Monnard et World Taxi de Philipp Majer

Augenblick Difficile de passer à côté de l’affiche imaginée par Mickaël Dard – accessoirement collaborateur de chicmedias – pour la 16e édition du festival Augenblick, qui défend le film d’auteur en langue germanique de ce côté-ci du Rhin. Six longs-métrages seront en compétition au cœur d’une programmation particulièrement dense. À noter aussi la présence, en tant qu’invitée d’honneur, d’Hanna Schygulla, l’égérie de R.W. Fassbinder, qui participera à un échange avec le public au Star Saint-Exupéry (le 4 novembre) à la veille d’un ciné-concert avec la chanteuse italienne Etta Scollo. Ce sera aussi l’occasion de revoir quelques chefs d’œuvre sur grand écran, comme Le Mariage de Maria Braun. On apprécie aussi la riche programmation jeune public, pour lui ouvrir les yeux mais aussi les oreilles à la langue de Goethe. (F.V.) Festival 03.11.20 → 20.11.20 Dans une quarantaine de cinémas en Alsace www.festival-augenblick.fr

PLUS QU’UNE SALLE DE CONCERT !


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Visuels : Manon Debaye et Marion Duval

Mini Central Vapeur Bon, ben voilà, ce satané virus nous aura coupé de notre festival de l’illustration préféré : Central Vapeur, initialement prévu du 19 au 29 mars. En plus que cette année, ç’aurait été le déferlement d’événements appétissants pour fêter les 10 années d’existence de cette association qui défend l’illustration, la bande dessinée et le dessin à Strasbourg and beyond (et qui mériterait d’ailleurs plus d’attention de la part de nos chères institutions…). Mais concentrons-nous plutôt sur les quelques événements reportés. Le dialogue de dessins entre Frédérique Bertrand et Manon Debaye et leur histoire de sororité brillamment dessinée aura lieu dans la salle d’expo du Grand Garage à la Coop. Marion Duval et les dessins tirés de son album Toi-Même seront exposés sur le quai des Bateliers. Enfin, et surtout, le Salon

des indépendants, temps idéal pour refaire sa collection de bouquins, de sérigraphies et d’impressions en tout genre, est déplacé au Garage et « réduit » à sa dimension régionale. Mais enfin bon, il y a largement de quoi faire : les Éditions 2024, Zad Kokar (illustrateur et musicien) et ses amis, les éditions Pratique, le fanzine de bande dessinée L’Équinoxe, la revue Gros Gris ou le collectif BanBan, et de belles brouettes d’autrices et auteurs, d’illustratrices et d’illustrateurs… On y va, et plutôt deux fois qu’une. (C.B.) Festival 31.10.20 01.11.20 Grand Garage (Coop) + quai des Bateliers www.centralvapeur.org


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Georg Melchior Kraus, Portrait de Johann Wolfgang von Goethe, 1775-1776, Huile sur toile, Goethe National Museum Weimar © Sparkassen-Kulturstiftung Hessen-Thüringe

Photo de répétition : Klara Beck

Goethe à Strasbourg, l’éveil d’un génie

Samson et Dalila

Il y a 250 ans, Johann Wolfgang von Goethe posait ses valises et son cartable à Strasbourg. Pour boucler, entre avril 1770 et août 1771, ses études de droit entamées une paire d’année plus tôt à Leipzig. « Un séjour qui constituera un laboratoire de sa pensée », d’après Paul Lang, directeur des Musées de la Ville de Strasbourg. Justement, la galerie Heitz revient sur cet épisode fondateur pour l’auteur de Faust, au travers de 120 documents variés : objets, estampes, correspondances et manuscrits, dont beaucoup proviennent du très riche fonds de la BNU. (F.V.)

Samson, on le sait tous, c’est le héros à l’opulente chevelure, qui contenait toute sa force et que son amante Dalila coupa, le faisant tomber et son peuple avec lui. On dit que l’humanité raconte toujours les mêmes histoires, et celles où la ruse triomphe de la force l’ont de tout temps aidé à vivre. Samson et Dalila est une fable universelle, mise en musique par Camille Saint-Saëns en 1877. Un chef d’œuvre de l’art lyrique français, trop rarement donné, placé ici sous la direction musicale de Ariane Matiakh. La metteure en scène Marie-Eve Signeyrole situe cette histoire biblique dans le contexte moderne des révolutions urbaines. Parce que le propre de la fable, c’est d’avoir toujours et encore des choses à nous dire. (S.D.)

(1770-1771)

Exposition 20.11.20 22.02.21 Galerie Heitz | Palais Rohan www.musees.strasbourg.eu

Opéra 16.10.20 28.10.20 Opéra national du Rhin www.onr.fr


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Photo Simon Gosselin

Le Père Autant le dire tout le go, nous sommes de grands admirateurs de Julien Gosselin. Artiste associé au TNS, le metteur en scène nous avait habitué à de grandes fresques littéraires et politiques, où texte, vidéo et comédiens exceptionnels ouvrent un monde et plongent dans les recoins le plus sombres de nos âmes et notre civilisation. Avant un ambitieux Dekalog en février, il propose ici une forme plus intime, et offre au magnétique Laurent Sauvage, lui aussi artiste associé, un rôle à sa mesure. Adaptation du roman L’Homme incertain de Stéphanie Chaillou, Le Père raconte le destin d’un homme aux rêves de jeunesse anéantis par la faillite de son exploitation

agricole. Il revient sur son histoire, celle d’un monde profondément transformé par la politique agricole commune et raconte très simplement « l’échec, la difficulté d’une vie avec une puissance et une douceur infinie » (Julien Gosselin). (S.D.) 07.10.20 15.10.20 Théâtre national de Strasbourg www.tns.fr


02.10

Exposition Diplômé·es Art-Objet 2020 Ven., sam. et dim., 14 h – 18 h

01.11

20/21

CHLOÉ BOULESTREAU, PIERRE BOYER, MAHÉ CABEL, AURÉLIE-VICTOIRE CELANIE, VALENTINE COTTE, AUGUSTIN JANS, ZOÉ JOLICLERCQ, JULIETTE MÊME, DAVY TOUSSAINT

POLE-SUD.FR +33 (0)3 88 39 23 40    1 rue de Bourgogne - F 67100 Strasbourg

© Illustration : Valentine Cotte — conception graphique : Jean Laniau

La Chaufferie 5 rue de la Manufacture des Tabacs – Strasbourg lachaufferie.hear.fr


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Visuels : Big Sisters - Photos : Erwan Fichou

Sisters ! Théâtre ouvert sur la ville, théâtre ouvert sur le monde. Tout au fil de la saison, le Maillon offre plusieurs focus thématiques, et le premier se penche sur la sororité. Droit des femmes ici et dans le monde, mobilisations et activismes, trois spectacles incitent à réfléchir à la pluralité des situations, des modes d’actions, des voix et des voies. On n’oublie pas que c’est avant tout une programmation artistique, et que la forme est d’ores et déjà un point de vue. Learning Feminism from Rwanda de Flinn Works est un spectacle-conférence qui interroge aussi bien sur les potentialités du virtuel dans une salle de conférence que sur les leçons que l’Occident

pourrait tirer du Rwanda en matière d’égalité hommes-femmes. Dans Mailles, Dorothée Munyaneza, autre artiste rwandaise, signe une chorégraphie polyphonique sur les marques que les politiques laissent au quotidien. Enfin, Big Sisters du plasticien Théo Mercier et du chorégraphe Steven Michel creuse la question du genre à travers un rituel sabbatique pour quatre danseuses. (S.D.) 17.11.20 → 28.11.20 Maillon www.maillon.eu


Opéra

samson yours, et dalila virginia Danse

 NOUVELLE PRODUCTION  GIL HARUSH

ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG ORCHESTRE NATIONAL

CHORÉGRAPHIE • GIL HARUSH CAMILLE SAINTSAËNS DIRECTION MUSICALE • THOMAS HERZOG

DIRECTION MUSICALE ARIANE MATIAKH

DEUX MILLE VINGT

MULHOUSE / LA FILATURE

6 > EN 9 FÉVRIER MISE SCÈNE2020 MARIE„EVE SIGNEYROLE STRASBOURG / OPÉRA 18 > 21 FÉVRIER 2020

DEUX MILLE VINGT ET UN MARKO LETONJA

informations et réservations sur philharmonique.strasbourg.eu

OPERANATIONALDURHIN.EU

© GRÉGORY MASSAT

DIRECTION MUSICALE

ballet

Chœur de l’Opéra national du Rhin

de l'opéra nationalde Mulhouse Orchestre symphonique du rhin STRASBOURG / OPÉRA 16 > 28 OCTOBRE 2020 MULHOUSE / LA FILATURE 6 & 8 NOVEMBRE 2020


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Christo et Jeanne-Claude, Valley Curtain, Rifle, Colorado 1970-72, 1972, Collection Würth - Photo : Wolfgang Volz © Christo

Christo et Jeanne-Claude Concomitamment à l’expo du Centre Pompidou consacrée l’un des couples de créateurs les plus importants du XXe siècle, celui qui a emballé le monde entier, le musée Würth déballe la plus grande collection d’œuvres de Christo et Jeanne-Claude sur le plan mondial. Le collectionneur et industriel Reinhold Würth vouait effectivement une grande admiration et témoignait d’une grande fidélité à ce travail si singulier, qui réussit la prouesse de faire ressentir l’art – contemporain qui plus est, à tort considéré par le public comme difficile – au plus grand nombre. Décédé quelques semaines avant l’ouverture de l’exposition, l’artiste d’origine roumaine et sa complice et compagne JeanneClaude sont entrés dans l’imaginaire collectif. L’exposition rend hommage à leur parcours

et s’attache à montrer le travail derrière ces projets si spectaculaires. « L’œuvre d’art ce n’est pas l’objet, mais le processus », disait Christo. Chacune nécessite des années d’élaboration, que retracent les nombreux croquis et archives. L’exposition témoigne aussi de l’amitié qui les liait à leur collectionneur, et propose une approche à la fois artistique et intime de ce couple résolument hors normes. (S.D.) Exposition 20.10.21 Musée Würth | Erstein www.musee-wurth.fr


MAILLON

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SUPERPOSITION

ARK

FOUR FOR

COPRODUCTION / CRÉATION IN SITU

LE BRUIT DES LOUPS

BROS /// R E P O R T É ///

COPRODUCTION

Romeo Castellucci

PREMIÈRE FRANÇAISE / COPRODUCTION

ALLEE DER KOSMONAUTEN

Sasha Waltz & Guests

LE ROMAN D’ANTOINE DOINEL

d’après François Truffaut Antoine Laubin COPRODUCTION

BANDES

Camille Dagen & Emma Depoid / CRÉATION COPRODUCTION

Étienne Saglio

LES PROMESSES DE L’INCERTITUDE Marc Oosterhoff

KIND

Peeping Tom

NE PAS FINIR COMME ROMÉO ET JULIETTE Métilde Weyergans & Samuel Hercule

SORORITÉ ET MOBILISATIONS FÉMINISTES AUJOURD’HUI

COPRODUCTION

L’OISEAU-LIGNES

SISTERS!

Percussions de Strasbourg

LEARNING FEMINISM FROM RWANDA Flinn Works

PREMIÈRE FRANÇAISE / COPRODUCTION

Chloé Moglia & Marielle Chatain

MAILLES

ORATORIUM

BIG SISTERS

She She Pop PREMIÈRE FRANÇAISE

Festival du cinéma

Alexander Vantournhout

LAMENTA

PREMIÈRE FRANÇAISE /

festival-augenblick.fr

SCREWS

T E M P S F O RTS

Koen Augustijnen & Rosalba Torres Guerrero

Photographie : Meller Marcovicz Digne, BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais Graphisme :  Mickael Dard

COPRODUCTION

THE SHADOW WHOSE PREY THE HUNTER BECOMES /// R E P O R T É /// Bruce Gladwin / Back to Back Theatre

03—20.11.20

Quarantine

Halory Goerger

Dorothée Munyaneza Théo Mercier & Steven Michel

L’ÉTANG

Robert Walser / Gisèle Vienne COPRODUCTION

FOREVER

Tabea Martin

FALAISE

Baro d’evel

STRANGER Emke Idema

BAJAZET

LES NARRATIONS DU FUTUR FARM FATALE Philippe Quesne

FORCES DE LA NATURE Ivana Müller

PREMIÈRE FRANÇAISE

En considérant Le Théâtre et la peste — Racine / Artaud Frank Castorf COPRODUCTION

HIDING SHADOWS

_JEANNE_DARK_

Marion Siéfert COPRODUCTION

Marguerite Bordat & Pierre Meunier

NEW CREATION

LES MERVEILLES

Bruno Beltrão

COPRODUCTION / PREMIÈRE FRANÇAISE

CONCERT À TABLE Claire Diterzi & Stéphane Garin

Une manifestation organisée par le RECIT

maillon.eu

20 Ryoji Ikeda

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germanophone

Théâtre de Strasbourg Scène européenne

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Dans les cinémas indépendants d’Alsace

Augenblick

Renaud Herbin & Tim Spooner

TERAIROFEU

Clédat & Petitpierre

TEXTE M.

Hubert Colas

percussions destrasbourg.com

Concert Timelessness 04.11.2020


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Photos Gilles Kempf

Gorge Bleue : 2e livraison

Nos secrets sont poétiques

Née il y a tout juste un an, la maison d’édition strasbourgeoise indépendante fait son retour. Par souci économique et écologique, mais aussi par volonté de ne publier que des textes en lesquels elle croit, Marie Marchal souhaite n’éditer que trois livres par an. Des livres tournés vers l’universel et le collectif, qui abordent des préoccupations contemporaines. Avec Le silence qui cache la forêt, En Arden et Pas de bougie bougie suivi de Shakesqueer : La Requête, les trois autrices de l’année font la part belle à la fiction tout en mettant en lumière des thèmes sociétaux comme le féminisme, l’écologie ou encore les violences policières. Les voix des femmes se font entendre à travers les héroïnes qui nous amènent au cœur de l’espace public, entre revendications, injustices et espoirs. (Y.R.)

Difficile de résumer le nouveau projet de la compagnie L’Astrolabe sans le trahir. Ça ne veut pas dire que c’est compliqué, ça veut simplement dire que c’est mieux de le voir, car c’est tout l’enjeu de son travail, depuis 15 ans. « Comment cerner ce qui trouble notre perception, qui rend soudainement étrange ce qui jusqu’ici nous paraissait familier ? Quel regard et quelle écoute adopter afin que cette étrangeté devienne un matériau poétique à partager ? » Pour Christophe Greilsammer, le metteur en scène, il est beaucoup question de poésie et toujours de dispositif. Ici, il dit les poèmes de Stéphane Nowak avec sa complice Stéphanie Félix, accompagnés par le duo Encore. Ensemble, ils cherchent à creuser la question de l’illusion et du secret. (S.D.)

Romans disponibles en pré-commande www.gorgebleue.fr Lancement le 4.11, 18h librairie Gutenberg

Performance 16.10.20 17.10.20 | 18h Syndicat Potentiel syndicatpotentiel.free.fr Entrée libre sur réservation : compagnie.lastrolabe@gmail.com


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www.chicmedias.com et avec son soutien financier

Conception-réalisation : Le Cnam en Grand Est - CBan

(édition 2011)


Alors que la boxe trouve place dans de nouveaux repaires branchés, l’institution strasbourgeoise Panza Gym tient le cap depuis plus de 35 ans. Sous l’égide de son fondateur, l’autodidacte et multiple champion du monde André Panza, ici on prône une boxe « inclusive », plus proche de l’école de vie que de celle de combat. Le seul dogme de cette salle est le respect entre les combattant.e.s, quel que soit le profil et l’origine. Rencontre. La Cité—Portraits 

Photos Christophe Urbain

La tribu

Ronni / 29 ans Brigadier militaire Ce militaire allemand récemment installé à Strasbourg pratique la boxe depuis 12 ans. Avec trois entraînements par semaine chez Panza, il se rêve en champion de kick-boxing amateur, et pourquoi pas pro !

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Mélina / 31 ans Technicienne de maintenance et sapeuse-pompière volontaire Elle a mis les gants il y a 5 ans et a déjà tout d’une championne. Mordue de ce sport pour sa pratique et son état d’esprit, cette boxeuse en amateur a déjà remporté un championnat dans sa catégorie en 2019. La tribu Panza est devenue une famille et un exemple avec qui elle lutte contre les stéréotypes de genre.


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La Cité—Portraits 

Stéphanie / 41 ans Prof de sport et multiple championne du monde de boxe anglaise professionnelle Tombée dans la boxe depuis l’adolescence et coachée par Panza himself, le palmarès de la championne est impressionnant. Plusieurs fois blessée mais jamais KO, cette athlète professionnelle excelle dans plusieurs disciplines. Un autre de ses combats : la médiatisation de la boxe féminine.

Nazir / 28 ans Livreur Boxeur en herbe mais avec pour objectif de devenir champion de kick-boxing, ce jeune Afghan a débuté la boxe à son arrivée à Strasbourg, il y a tout juste un an. La panoplie technique complète l’aidera peut-être à atteindre son rêve !


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Parce qu’il faut parfois quitter la ville pour mieux la retrouver… Fugue dans le Parc Régional des Vosges du Nord, pour une nuit au vert et sous les étoiles dans trois nouveaux écolodges. La Cité—Escapade 

Par Corinne Maix / Photo Christoph De Barry

Sous les étoiles

Dans le pittoresque village d’Obersteinbach, le jardin de l’hôtel-restaurant Anthon réserve une jolie surprise. Abrités derrière des haies de rondins, la Petite-Ourse, Le Lièvre et le Lynx invi­tent à se reconnecter à la nature. Pour Hélène Trautmann et Stéphane Reverre, citadins aux carrières professionnelles bien remplies à l’initiative de ces trois écolodges de luxe, ce rêve de cabane est parti d’une nuit à la belle étoile, tout près d’ici. « Nous avons présenté notre projet de cabane à Rita JacobBauer, la directrice du Parc, et nous partagions la même philosophie : développer l’offre touristique de ce territoire, en respectant des critères de développement durable. » Ce rêve a trouvé sa place dans le jardin de l’hôtel de la famille Flaig, qui avait déjà proposé des nuits insolites dans des bulles mais se sent plus à l’aise avec cette proposition plus en cohérence avec l’esprit du lieu (et de la forêt). Bâtis essentiellement en bois et en matériaux biosourcés par un Compagnon du Devoir, les lodges offrent un intérieur à la fois contemporain et chaleureux. Depuis la terrasse, une lunette télescopique permet d’observer les constellations ;

un toit et de larges baies vitrés vous immergent dans le paysage. « On imaginait une clientèle urbaine, en quête de reconnexion à la nature », raconte Hélène, mais l’idée d’un séjour au vert séduit plus largement. Hélène conseille volontiers ses coups de cœur des alentours. « Dans le village, nous avons des passionnés qui proposent des balades à cheval, un jardin écologique, une chèvrerie, des cours de cuisine… Il est aussi possible de jouer au golf à Bitche, de sillonner la région en vélo électriques, de pêcher, de participer à un bain de forêt ou de faire un escape game au Four à Chaux… » Sans compter les sentiers à randonner, les châteaux-forts et lieux de mémoire à visiter, les paysages paisibles à admirer. De quoi remplir ses journées, avant de profiter du sauna installé au milieu du jardin, de réserver un massage aux huiles essentielles ou de se glisser dans le bain de Patagonie avec un décor grandeur nature. Bleu Minuit à Obersteinbach 06 30 24 68 95 www.bleu-minuit.com

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STRASBOURG

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22 Rue De La Mésange

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03 88 23 08 08


Le studio photo Preview accueille l’e-galeriste Tianggê avec une sélection de mobilier du 20e siècle.

28, rue du Général de Gaulle 67205 Oberhausbergen 03 90 20 59 59 www.preview.fr

Lundi—Vendredi 9h —12h / 14h —18h


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Entre un petit mouchoir et une ville, il y a un lien, car le mouchoir est dans la poche de la femme qui vit dans la ville. Tout se touche. André Courrèges, extrait de La Robe, essai psychanalytique sur le vêtement de Eugénie Lemoine-Luccioni, éditions du Seuil, 1983

Le Style.


Robe Drea en faux cuir et casaque Carola en piqué de coton Isabel Marant, bottes en daim Casadei et sac Boston Celine chez Ultima. Portés ensemble, un collier sautoir en perles de Tahiti et multirangs en perles et labradorites, bague en or et perle de Tahiti, Éric Humbert.


SEPT IEME CIEL

Photos Alexis Delon / Preview | www.preview.fr Réalisation | Myriam Commot-Delon Mannequin Anaïs | www.upmodels.fr Maquillage Julie Gless | www.julieglessmaquilleuse.com Coiffure Gregory Alcudia | www.la-fabrik.art Post-prod Emmanuel Van Hecke  / Preview Lieu : Îlot Saint-Urbain, ZAC Étoile. Architectes : LAN - architectes associés : TOA


Manteau Allover Logo A-shape en laine et cachemire, legging en jersey de coton stretch, sac Hourglass et escarpins Drapy, le tout Balenciaga chez Ultima. Bague Pistil en or blanc pavÊ de trois brillants Éric Humbert.


Manteau cape à capuche en lainage oversize Isabel Benenato, pantalon masculin en velours, sac et bottines à talons bayadères Paul Smith, le tout chez Algorithme La Loggia. Lunettes Clément Lunetier.


À droite : Manteau Cam en laine et cachemire, blouse Bold en crêpe de Chine, pantalon en gabardine et sac pochette, le tout Joseph chez Marbre. Chapeau feutre Atelier Boketto. Collier en perles baroques et bague en or blanc, brillants et perles australiennes Éric Humbert. Ci-dessus : Pendentif Galaxie en grenat Spessartite, brillants et deux ors 18 carats Éric Humbert.


Gilet Purdie en maille tweedée, jupe-culotte et sac Iris Vanessa Bruno, chemise en popeline Aspesi chez Marbre. Sautoir en or et nacre, bague Givre en dentelle d’or jaune, perles Keshi de Tahiti et brillants Éric Humbert. Page de droite Bottines Carly Clergerie chez Ultima bis.


Duffle-coat en lainage chiné et pantalon en drap de laine Ipsae. Escarpins Balenciaga chez Ultima. Lunettes Marie en mélamine blanche Clément Lunetier.


Nos vies, pendant cette période si singulière, ont plus que jamais besoin d’être escortées de pièces avec un supplément d’âme, qu’elles soient récentes ou vintage. Alors pour adoucir la rentrée, voici quelques objets garantis « anti-blues du citadin », vu par quatre Strasbourgeois contemplatifs nous expliquant la raison de leur émoi. Le Style—Mode + design 

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Par Myriam Commot-Delon

Porosités

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© achp adagp

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Par Samuel Messer et Benoit Guyard de l’e-shop les Woodcutters. Pourquoi ce tabouret et pas un autre ? « Ce tabouret nous fascine par son aspect brut, massif et ses contrastes géométriques. Une certaine dureté dans le design, compensé par un sentiment de calme et d’extrême simplicité. »  — Tabouret AML Stool, design Andreas Martin Löf Arkitekter (2018), disponibles en pin et en wengé, Frama www.leswoodcutters.fr

2— Les vases Découpage des Frères Bouroullec Par Édith Wildy de l’Atelier Galerie Fou du Roi

En quoi cette nouvelle exploration formelle du vase est-elle représentative de notre époque ? « Les arrangements forment un équilibre fragile, les couleurs et les couches convergent jusqu’à ce qu’une nouvelle harmonie émerge des contrastes… ce que dit Ronan Bouroullec des derniers vases qu’il a conçus avec son frère Erwan ne peut que faire écho avec ce que nous défendons à la galerie. On a, plus que jamais, besoin de poésie chez soi et de beau design non conventionnel, ayant du sens et l’empreinte de la main ! » — Vases Découpage en argile teinte à la main, design Ronan et Erwan Bouroullec (2020), disponibles dans trois versions : Barre, Disque et Feuille, Vitra www.fouduroi.eu

Photo Alexis Delon / Preview

1— Le tabouret AML du label danois Frama

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3— Le parfum Rōzu d’Aesop

4— Les bijoux Rosa Maria

Par Martine Roth du 7, Parfumerie d’Auteurs

Par Bernard et Patricia Bonneau du concept store Algorithme La Loggia

Faire du répertoire de l’architecte et designer française Charlotte Perriand une senteur florale complexe et sans distinction de genre : n’est-ce pas l’idée la plus moderne de la saison ? « C’est une rose « hors du commun », comme son inspiratrice ! Une rose terreuse, presque clandestine, dissimulée par la fraîcheur du shiso [plante aromatique originaire du Japon, ndlr]. Elle évoque ses influences nippones, les montagnes où elle aimait se ressourcer, le bois de gaïac, le papier, les épices, un voile de fumée mais aussi son parfum, un vétiver qu’elle avait volé aux hommes et dont elle aimait s’envelopper. » — Eau de parfum Rōzu par Barnabé Fillion, 50 ml, Aesop www.le7parfumerie.fr

Qu’est-ce qui vous émeut dans le travail de la créatrice libanaise Rosy Abourous ? « Son inspiration antique et moderne à la fois, qu’elle joue avec les volumes à fond ou avec les quartz aux infinies nuances. Mais aussi son extrême gentillesse, qui nous touche d’autant plus après les récents événements qui ont touché Beyrouth. Une esthétique brute et délicate, qui s’associe à merveille avec Rick Owens ou Isabel Benenato. » — Bague disque en cuivre brossé et trio de bagues serties de quartz, Rosa Maria www.algorithmelaloggia.com


Le Style—Mode + design

À suivre @celinewach

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Bag crush pour la maroquinerie de luxe Atelier Céline Wach.

Son parcours ? —— Après un Bachelor Mode à Paris et un master à New York, ­Céline Wach a enchaîné avec des stages chez Alexander Wang et Diane von Fürstenberg avant de consacrer ses deux dernières années à peaufiner minutieusement sa première collection. On scrolle ? —— Sur ses petites obsessions (fashion, food, cars and travel) et sa maîtrise des codes minimalistes, mâtinés d’un petit twist sexy sportswear. Et ses sacs ? —— Ultra-calibrés et intemporels, comme les chemises masculines qu’elle affectionne. « Des boîtes à trésors » conçues pour se porter de différentes manières ou à mixer entre elles. Son modèle phare, l’Icône, se décline en version XS, à glisser le jour (pour le soir) dans le cabas Lionne (aussi pratique au bureau qu’en week-end). Ses références ? —— Le cuir, sa matière de prédilection, provient de la prestigieuse tannerie alsacienne Haas et la fabrication est confiée à une manufacture italienne au savoir-faire réputé. Des petits + ? —— Des produits ajoutés (pochons personnalisables, sangles amovibles, masques, sweat...), sans oublier sa signature, un CW dessiné à quatre mains avec son père artiste et viticulteur en Alsace. Son actu ? —— Un corner chez Yannick Kraemer Prestige - 13, rue de la Mésange. Prise de rendez-vous en ligne conseillée sur www ateliercelinewach.com.

@theomnot @muhna_officiel Aux commandes : Théo Senesane, un hyper créatif surdoué des aiguilles qui développe sa jeune marque Muhna en parallèle de ses études. C’est perché, excentrique et d’une énergie dingue… On attend la suite avec impatience !

@pourjethro Pour les irrésistibles sacs de la famille Manguele, tricotés en Trapilho, un fil zéro déchet, issu du recyclage des lisières de tissu. @theomnot

@pourjethro / photo : @beupsss


Joseph Paul Smith Aspesi Alberto Biani Laura Urbinati Vanessa Bruno Pierre Louis Mascia Piazza Sempione Gran Sasso Lener Cordier Jean’s 7 for all mankind Trussardi et Closed

14, quai des Bateliers Strasbourg 03 88 35 28 85

Photo : Laura Urbinati

Une nouvelle histoire‌


S’entourer d’objets pétris de savoir-faire et sensibles aux enjeux de notre époque, privilégier la qualité à la quantité : une gageure ? Qu’importe le budget, d’une cuisine sophistiquée à un meuble vintage passé de mains en mains, c’est l’émotion qui doit nous habiter. Le Style—Mode + design 

Par Myriam Commot-Delon

Félicité

Kitchen Miniki ?

Double Jeu

La table Kraft de Mobilier de France cumule tous les bons points : de la simplicité dans les lignes, un combo naturel de matériaux (avec le chêne et l’acier) et un plateau extensible. Efficace. Mobilier de France 6, rue du Chemin Vert / Lampertheim www.mobilierdefrance.com

Decoburo, diffuseur de mobilier contemporain, est désormais revendeur exclusif pour la France de l’éditeur allemand Miniki, un concept de cuisine monolithique de haute qualité destiné aux petits espaces. Avec son approche minimaliste, Miniki Slimline (1) a tout d’une grande avec son luxe discret en stratifié compact et ses faux airs d’enfilade contemporaine. Une versatilité qui comblera aussi bien les particuliers à la recherche d’une esthétique Less is more que les architectes les plus exigeants. À l’instar du studio suédois Skälsö (2), qui en a fait la pièce maitresse d’un bunker réhabilité en maison de vacances sur l’île de Gotland. Decoburo 4, Le Schlossberg / Zellenberg (68) www.decoburo-store.com www.miniki.eu

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Préceptes

Le designer français Jean-Marie Massaud, fidèle collaborateur de Poliform, nous bluffe avec ses dernières créations pleines de justesse. Son dogme ? Toujours placer l’homme et son environnement naturel au cœur de ses créations, à l’image de Poliform et de leur flagship store strasbourgeois où l’on peut découvrir l’éventail de leurs collections, de l’univers de la cuisine à celui de la chambre. Un autre partenaire français de la firme italienne ? La société Créa-Diffusion, spécialiste mosellan de la résine Corian®, l’un des matériaux de référence en matière de design et de luxe. Poliform Alsace 13, quai Zorn www.poliform-alsace.fr

Photo Alexis Delon / Preview

Lounge chair Kay Lounge, design Jean-Marie Massaud, Poliform

Cuisine Poliform, plan de travail en Corian®, Créa-Diffusion


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Photo Alexis Delon / Preview

Le Style—Mode + design 

Photo Alexis Delon / Preview

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Un peu de tenue

1— « Sous quel manteau trouble dérober nos troubles mentaux », écrivait Robert Desnos en 1930 dans son recueil de poèmes Corps et biens. Et la mode de renchérir : avec un manteau à carreaux ! Manteau à double boutonnage, pull et pantalon, le tout made in Italy, Ipsae. Chapeau en feutre, Boketto. Lunettes rondes, collection Parche, en compression de grains de café provenant du torréfacteur strasbourgeois Omnino, Clément Lunetier.

Flash/Broc

2— Le nouveau spot à chine ? Au studio Preview, partenaire de Zut, où l’e-galeriste Tianggê, spécialisé en design du XXe siècle, présente désormais une sélection de son mobilier vintage. Studio Preview / Showroom Tianggê 28, rue du Général de Gaulle à Oberhausbergen Lundi — vendredi 9h-12h / 14h-18h www.preview.fr - www.tiangge.fr

New Age

3— Cet automne, deux luminaires aux techniques anciennes nous mettent en émoi. Chez Fontana Arte, la suspension cage Pinecone (1) réhabilite la technique du verre soufflé grâce à la designeuse Paola Navone ; chez Foscarini, la création italo-niponne Kurage (2) est un dôme de papier washi posé sur un piétement gracile, née de la collaboration entre Luca Nichetto et le studio Nendo. Salustra 91, route des Romains 03 88 30 41 81 www.salustra.fr


CHAQUE 1ER SAMEDI DU MOIS

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Culotté On peut avoir un savoir-faire quasi centenaire et être de son temps. Récemment installée rue de la Mésange, Maison ­Lejaby démontre une fois de plus qu’en France, on ne badine pas avec la lingerie féminine. Entre renouveau esthétique et démarche body positive, on adore leurs dessous « green attitude » et leur nouvelle ligne Pas de deux en fibres recyclées. Maison Lejaby 13, rue de la Mésange www.maisonlejaby.com

Bulle d’oxygène Immersif et inspirant, Tchungle est le nouveau QG green du centre-ville. Qui ? Deux jeunes trentenaires, qui ont tout plaqué pour ouvrir leur jungle urbaine. Jennifer Rein, ex-architecte, est devenue la gardienne des ficus et Stéphane Baumgartner, qui évoluait dans la protection sociale et dans le domaine bancaire, s’est spécialisé en domptage de cactus. Leur green mood ? Les plantes vertes en pot ou en terrarium. Ça tombe bien, les Strasbourgeois confinés rêvaient d’un bain de nature et s’y pressent pour créer leur nouveau jardin intérieur. Le plus ? Un grand choix de cache-pots dans l’air du temps pour habiller vos nouvelles amies. Tchungle 20, rue de la Division Leclerc www.tchungle.fr


Pour voyager en Thaïlande sans quitter Strasbourg

55, Presqu'île André-Malraux · Strasbourg

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Lun. — Dim. 11:30 → 23:00

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S’offrir un chapeau fait main est l’un de ces petits luxes auquel on ne pensait peut-être pas… Julie Rudloff n’imaginait pas qu’elle deviendrait, avec Atelier Boketto, la seule chapelière à ne faire que du sur-mesure dans la capitale alsacienne. Le Style—Artisan.e 

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Par Myriam Commot-Delon

Couvre-cheffe reinement. » Il fallut ensuite apprendre les savoir-faire, ce qu’elle fit en prenant assidument des cours le week-end. Un business plan et un déménagement plus tard, c’est cet été, dans un atelier partagé de la Krutenau, qu’elle a installé Atelier Boketto, armée de sa cloche à vapeur, de ses cônes en feutre et de ses formes de bois. C’est d’ailleurs le feutre qu’elle affectionne le plus, cette matière souple, pensée pour durer, qui se travaille à l’instinct, s’étire et se façonne d’un geste caressant mais ferme. Même si elle sait que la paille fera de jolis canotiers cet été. Il paraît que nous enturbanner est aussi de son ressort. Ses turbans ont le bon volume et ça tombe bien, les filles d’aujourd’hui les adorent, tout comme le bob qu’elle travaille dans les chutes des divins velours côtelés de la société alsacienne Velcorex. Un autre mot japonais intraduisible qui lui irait comme un gant ? L’irigaï, qui signifie « la raison de se lever le matin ». Facile lorsqu’on porte son feutre fétiche sur sa tête.

Photos : Auriane Perez

Atelier Îlot – Boketto 8, place des Bateliers www.atelierboketto.com

Mais comment en arrive-t-on à rejoindre la nouvelle garde de la chapellerie ? Chez Julie, 28 ans, la vocation est certainement née alors qu’elle regardait distraitement au loin. Au Japon, cet état d’âme où le regard se perd, parfois d’ennui, a un nom : ­Boketto. Pour elle, ce n’était pas encore le nom de sa marque de couvre-chefs, juste une petite voix qui lui a fait comprendre que son épanouissement était peut-être ailleurs qu’à Montréal, où elle travaillait pour un prestigieux cabinet d’audit. Il faut tout de même quelques bonnes raisons pour laisser derrière soi une carrière toute tracée, et revenir en Alsace s’y installer en tant que chapelière. La première fut de se rendre compte qu’elle n’était pas la même lorsqu’elle était chapeautée : « Un de mes seuls plaisirs était de porter mon chapeau préféré quand j’allais et partais du bureau. Je le trouvais beaucoup plus stylé et pratique qu’un para­pluie. Mais surtout, un sentiment feel good m’habitait quand je le portais : je me sentais étrangement plus singulière et confiante. La journée pouvait commencer et se terminer se-


Tchungle jardinerie

• urbaine

La première jardinerie urbaine au cœur de Strasbourg Plantes d’intérieur | Terrariums | Cactus | Pots et cache-pots | Décoration | Ateliers

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20 rue de la Division Leclerc 67000 Strasbourg du mardi au samedi de 10h à 19h

Sans titre-4 1

26/08/2020 17:34

Ipsae 35, quai des Bateliers Strasbourg 03 88 52 13 55


Ils reçoivent près d’un million de clients chaque jour. À côté des grandes franchises, les coiffeurs se réinventent et imaginent de nouvelles façons de travailler, en phase avec leurs aspirations de liberté et des nouvelles attentes de la clientèle. Rencontre avec quelques Strasbourgeois qui suivent leur propre voie.

Le Style—Artisan.e 

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Par Corinne Maix

Giovanni Francesco Barbieri dit Le Guerchin, Samson et Dalila, 1654 (détail), Musée des Beaux-Arts de Strasbourg Extrait de Le Cabinet de L’Amateur, N°8. De main de maîtres, éloge de la main en peinture, édition Musées de Strasbourg

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Photo : DR / Photo : Henri Vogt / Photo : DR

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Avila 1 69, rue des GrandesArcades à Strasbourg 03 88 23 05 43 booking.wavy.pro/avila L’actu : ouverture d’un corner Curieux? / Curieuse? cet automne au salon La Fabrik 2 4, rue d’Eschau à Strasbourg 07 62 12 89 40 www.la-fabrik.art Hédonie 3 4, Cour Féodale à Bischoffsheim 06 11 99 23 52 www.hédonie.fr

À la pointe Alexandre Lesmes est un pionnier dans l’univers de la coiffure. Il y a 16 ans, il a eu l’intuition de créer à Strasbourg un nouveau modèle à destination de coiffeurs surdoués à forte personnalité. « Avila, c’est une plateforme de services pour coiffeurs indépendants. Ils louent un fauteuil, bénéficient des produits et des espaces communs, de la notoriété du salon, d’un logiciel de prise de rendez-vous et de facturation… en échange, ils versent une commission calculée sur leur chiffre d’affaires. » Une rampe de lancement intéressante, mais aussi une nouvelle façon de s’épanouir dans son métier, sans la pression de la rentabilité. Huit coiffeurs se partagent le bel espace loft qui domine la rue des Grandes Arcades. « Notre métier est très corporatif, très hiérarchisé et très dévalorisé en termes de salaires », regrette Alexandre. Difficile de dépasser le salaire minimum, d’échapper aux coupes à la chaîne et à un management parfois autoritaire. De quoi faire naître des envies de liberté chez les plus fortes personnalités et les talents en manque de reconnaissance. « Travailler sur une plateforme d’indépendants, c’est un vrai pas vers la liberté ! D’ailleurs certains ont créé ensuite leur propre salon », se réjouit-il. « J’ai pensé ce modèle d’abord pour mieux rémunérer et valoriser ce grand métier. Ici, la relation est très personnalisée, elle démarre souvent en parlant de musique ou de voyage. » Nouvelles stars Pour caster ses coiffeurs, Alexandre d’Avila cible des personnalités différentes, pour coiffer tout le monde, sans élitisme. Chacun imprime sa marque dans son espace et développe son propre univers culturel, inspiré de mode, de musique, de design, d’art... « Il y a une dynamique très positive dans le groupe, nous ne sommes pas dans un rapport de concurrence, mais de stimulation. » Peut-on voir dans ces nouvelles plateformes de coworking une forme d’ubérisation de la coiffure ? Alexandre s’en défend : pas de soumission, la liberté de définir ses prestations, ses prix et de fixer ses rendez-vous, une rémunération motivante… « On est plutôt dans la starisation de l’indépendant ! J’espère que ce modèle sera encore beaucoup copié, car il renouvelle le métier de coiffeur. » Électrons libres Grégory Alcudia est un ancien d’Avila, qui fut pour lui un excellent tremplin pour faire sa clientèle et oser lancer son propre salon. Il y a un an, il ouvre La Fabrik, dans un atelier fraîchement réhabilité de Neudorf. Originalité du lieu : c’est aussi l’appartement qu’il partage avec Stéphane Linder, restaurateur d’art. Il reçoit ses clients chez lui, comme des amis, et a su créer

avec eux une relation privilégiée. Beaucoup de familles viennent se faire coiffer en tribu ; l’un boit un thé sur la terrasse, pendant que Greg finit la coupe des enfants. Maïli dispense à l’étage des rites de bien-être et de détente ramenés de ses voyages. Il n’est pas rare de combiner les deux rendez-vous pour s’offrir un vrai temps pour soi. Greg apprécie chaque jour de travailler seul, dans cet univers personnel. « Je ne vois pas travailler derrière une vitrine, dans un univers stéréotypé. Ici, j’ai gagné en sérénité. » Toujours en quête de perfectionnement, il consacre un vrai budget à sa formation. « J’aime me remettre en question, essayer de nouvelles coupes, d’ailleurs mes clients le savent : on ne fait jamais exactement la même coupe deux fois de suite. Parfois, on a envie de tout bousculer, d’autres fois de jouer la sécurité, mais cela commence toujours par une discussion approfondie. » Ce mode de fonctionnement convient bien à ce passionné d’art, qui a aussi la photo dans sa vie. Julie Gless, une autre indépendante, a fait le choix de faire migrer son salon, Hédonie, à la campagne. Un changement de vie personnelle et professionnelle qui s’inscrivait dans sa vision assez naturelle de la coiffure. Installée à Bischoffsheim depuis 18 mois, elle a choisi sa maison en fonction de son activité. Le salon et l’espace bien-être occupent le rez-de-chaussée dans une ambiance très féminine… « Dans mon salon de la rue Sainte Madeleine, j’ai vu trop de clientes manger vite fait un sandwich pendant que je leur coupais les cheveux. Une séance chez le coiffeur doit être un moment pour soi ! Celles qui m’ont suivie adhèrent à ce concept et combinent souvent une coupe et un soin bien-être. » Julie travaille ici comme elle l’entend : une cliente à la fois, une vraie discussion pour trouver le bon style, du temps pour expliquer comment prendre soin de ses boucles (c’est sa spécialité) ou appliquer une coloration naturelle aux ingrédients végétaux pour un respect total des cheveux. Tous trois le constatent, la crise sanitaire nous a redonné envie de prendre soin de nous, de nous faire plaisir, de nous accorder du temps. Des attentes qui profitent au développement de salons indépendants plus intimes. Sur un marché très atomisé, où les coiffeurs à domicile tirent également leur épingle du jeu, l’imagination et la diversification constituent plus qu’une minivague : une tendance d’avenir.


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Nouvel hair / Shortlist

Une flopée de coiffeurs indépendants essaime aujourd’hui à Strasbourg dans des lieux de travail hors cadre. Une lame de fond qui prouve qu’il y a d’autres façons de dynamiser une ville qu’en ayant pignon sur rue et en payant des loyers prohibitifs.

Par Myriam Commot-Delon

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Le + underground James le barbier 4

Le + groove Cut & Spin 5

Le + jet lag Chambre Numéro 6

Le + sophistiqué Upstairs 7

Où ? Rue Jacques Kablé,

Où ? 100m2 en souplex avec

Où ? La 201 de l’hôtel

Où ? Un atelier capillaire

un lieu de vie aux influences londoniennes et berlinoises. Qui ? James, tout court. Un créatif aussi passionné de cyclisme que de coiffure, formateur et directeur artistique pour la marque Tigi, qui partage son appartement entre activité professionnelle et repaire familial. On y va pour ? Sa maîtrise des coupes anglo-­saxonnes et de l’art du rasage, dans un cadre ultrafriendly. james-barbier.fr

patio végétalisé aux Contades. Qui ? Phong Ha Trieu. Ce passionné de vinyles mixe ses découvertes musicales avec ses prestations coiffures destinées aux tribus contemporaines, kids compris. Il définit d’ailleurs lui-même ce lieu atypique d’espace de partage. On y va pour ? La nail artist Jordane Kieffer (jeudi et vendredi), les horaires tardifs jusqu’à 21h (mercredi, jeudi et vendredi) et en octobre, l’exposition des collages Billboards de Marc Trichot, sans oublier un corner ouvert pour accueillir le travail de jeunes artistes. cutandspin.fr

Graffalgar, dans le quartier gare. Qui ? Esther Sanchez. Sous son regard et ses ciseaux, la transformation totale n’est jamais loin et c’est pile ce que recherche sa clientèle cosmopolite en s’offrant ce tête à tête. Première indépendante à s’installer au Graf, elle a pu choisir la seule chambre parentale, profitant de ce double espace pour exposer ses amis artistes. On y va pour ? L’expérience unique et les voisins d’Esther : à ce jour, une naturopathe, une réflexologue plantaire, le vestiaire vintage de Poulet Fripes dans la 203 et la tatoueuse Laura Cheyenne. Message subliminal : à quand la venue d’une nail artist ? @chambrenumero graffalgar-hotel-strasbourg.fr

avec vue plongeante sur la Place Gutenberg. Qui ? Sébastien Rick. Ce directeur artistique dont la réputation n’est plus à faire est d’une précision sans faille. Son savoir-faire et ses coupes affilées électrisent une clientèle indéfectible, tout comme les coiffeurs en formation, friands de ses masterclasses. On y va pour ? Sa team rapprochée, Louise et Thomas (qui est également barbier), le respect apporté à l’environnement dans le blanchiment du linge, et le choix de cosmétiques premiums comme Shu Uemura ou les iconiques produits américains Oribe. upstairs-atelier.com


Levità text by Beppe Finessi

Levità — Levità ovvero sentirsi lievi, come una brezza delicata, leggeri come una piuma, tenui ma non certo flebili, esili ma non fragili, sempre tutt’altro che grevi. — Depuis 1966 — Levità, come dire quella sensazione magica, quella consapevolezza luminosa, di chi d’un fiato, con facilità e armonia, corre una spanna sopra terra, forte di una sana energia, baciato da una grazia evidente. Quella di chi ha saputo librarsi, agile e fiero, in una condizione di personale equilibrio, di spontanea e al contempo consapevole misura. “Io la maturità me la sono sentita quando ho alleggerito”, confidava la grande Carla Accardi, distillando in una frase la ricetta perfetta per un fare libero che non ha bisogno di alzare la voce, né di mostrare i muscoli.

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Le + frenchy NEED 8

Le + holistique Extatic 9

Le + boudoir Le cuBe 10

Où ? Un grand appartement

Où ? Un vaste appartement de

Où ? Un écrin de coiffure

haussmannien au pied de la Cathédrale. Qui ? Frédérique Lacroux, David Baehr, et six collaborateurs. La première est championne de France de coiffure artistique et le second, champion international et d’Europe, par ailleurs formateur et représentant pour l’Est de la France des soins capillaires Davines, marque chouchou des néo-coiffeurs. On y va pour ? La déco cosy, voulue « comme à la maison » avec des pièces dédiées aux différents services : perruques et compléments capillaires, comptoir à chignons et coiffages rapides (comptez de 10 à 20 min). needcoiffeurcreateur.com

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Le Style—Design

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Mon objet culte. Le parfum Classique de Jean Paul Gaultier par Estelle Pietrzyk Par Valérie Bisson

En 1993, Jean Paul Gaultier sort son premier parfum, Classique, une caresse de poudre de riz associée à la puissance du gingembre. La même année, Estelle Pietrzyk reçoit en cadeau une boîte de conserve. « Pour une adolescente, ce ­coffret qui ne disait pas ce qu’il contenait et ce flacon qui ne ressemblait pas à un flacon fut une surprise enthousiasmante. L’idée de la femme que ce parfum véhiculait était plaisante et astucieuse. » Jean Paul Gaultier a voulu une femme universelle, voluptueuse, libre et audacieuse – citant au passage Elsa Schiaparelli et Andy Warhol – protégée par un écrin peu banal, une metal can pop art : « C’est un flacon sensuel. Les courbes du verre poli, le parfum couleur champagne rosé : c’est un objet pour les femmes qui n’évoque pas la femme-objet. Ce fut d’autant plus marquant qu’à une époque où Kate Moss triomphait, une autre idée de la féminité était soudain possible. » Avec sa vision singulière de la mode, ­Gaultier réinterprète les codes et les détourne avec humour, crée un dialogue entre style populaire et univers du luxe, fait défiler de « vraies personnes ». « Gaultier, c’est une certaine idée de la création. Les choses ne sont pas déconnectées les unes des autres, et dans le mélange, rien n’est “rangé“. Quand l’imaginaire s’associe à l’élégance, l’humour et la sincérité, c’est merveilleux ! Rien ne naît de rien, il faut rendre modestement hommage et s’ancrer dans le présent, alors c’est une réussite. » Pour elle, cet objet charrie aussi d’une certaine idée du design : « J’ai choisi un objet du quotidien et facilement accessible ; mes échanges avec Joana Vasconcelos [l’artiste portugaise travaille sur l’ordinaire, et a exposé au MAMCS en 2018, ndlr] ont modifié ma vision du design. Ce parfum est un objet très dessiné, que tout le monde peut avoir chez soi. »

Estelle Pietrzyk est directrice du Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg depuis 2008. Diplômée de l’IEP de Toulouse, puis formée à l’Institut national du patrimoine, elle fut la première conservatrice du Musée Soulages de Rodez.


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On oublie toujours que le paysan est le « père nourricier de l’humanité », c’est le titre qu’il a et il n’y a aucune fonction comparable à celle-là. Or, aujourd’hui […], la paysannerie est en danger à peu près partout. Elle a beaucoup de mal à survivre. Je voudrais qu’il y ait une « exception paysanne » oui, un peu comme il y a une « exception culturelle  ». Michel Serres, philosophe et historien des sciences Émission Le Sens des choses, France Culture

La Table.


Toute l’année, il clapote dans nos verres. En septembre, c’est le temps des vendanges : il est sur toutes les bouches, sous les sécateurs, avant de finir dans les cuves pour débuter sa macération puis sa fermentation. Ne lui lâchons pas la grappe. Notre professeur ? Éric Kamm, vigneron nature, chez qui nous avons récolté nos deux chapelets. La Table – Le produit 

Par Cécile Becker Photo Alexis Delon / Preview

Le raisin

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Domaine Jean-Louis et Éric Kamm 59, rue du Maréchal Foch Dambach-la-Ville www.vins-kamm.fr

Il faut avant tout comprendre que le raisin de cuve a peu de choses à voir avec le raisin de table. Ce dernier a aussi ses cépages, le plus commun étant l’Alphonse-Lavallée, le plus connu, le chasselas. Les grains du raisin de table sont plus charnus et la grappe bien plus fournie. Logique : pour avoir du « croquant », la ­quantité de pulpe est plus importante. À l’inverse, une grappe qui deviendra « sang du christ » est moins impressionnante. Plus petite, ses grains ont un ratio peau-pulpe plus élevé pour concentrer les arômes. La peau est plus dure, colle au palais, l’acidité est plus présente, mais la typicité du ­terroir et du cépage ressort déjà.

les aromatiques. Éric Kamm complète : « Pour faire rêver les gens, j’ai envie de dire que ça se sent dans le raisin, mais en réalité, c’est lors de la fermentation que le terroir ressort le plus et à la dégustation qu’il se dégage. » Le granite incarne la salinité, des saveurs légèrement épicées, quand l’argile est plus riche et lourd, les alluvions font en théorie ressortir plus de finesse. Quand sait-on que le raisin est prêt à être récolté ? « Il faut que le pépin soit entièrement brun. Si la pulpe reste encore un peu accrochée, il faudra attendre un peu avant de vendanger. On fait aussi des prélèvements de maturité qu’on envoie au labo pour calculer le taux d’acidité et ton taux de sucre. » Quand l’équilibre est là : vamos !

What about le sol ? Tout est déjà dans les sols. Mettre les mains et le nez dans les terres pour en saisir les subtilités est éclairant. « Il faut que ta terre sente la forêt et pas le renfermé, qu’elle soit aérée. Il faut favoriser le vivant, l’humus, créer une énergie en gratouillant tous les jours, un peu pour ne pas bouleverser l’écosystème. » Trop ou pas assez de soleil, trop de froid, trop ou pas assez de pluie : les grappes réagissent rapidement au moindre changement. Quand de nombreux vignerons font le choix de laisser une couverture végétale vivre entre leurs rangs, Éric, lui, laboure une fois par an pour ­laisser respirer sa terre. Sur les parcelles voisines conventionnelles, régulièrement arrosées de saloperies (soyons clairs), le sol est quasiment de couleur grise, très compact, presque mort. Et leurs grappes « en super-perfusion » paraissent clairement boostées. Notons qu’en Alsace, on compte environ 310 ­domaines viticoles bio, soit 7,8% des viticulteurs et 15,9% du vignoble, ce qui reste relativement peu alors même que l’Alsace est la région viticole la plus bio.

Le regard du vigneron Éric Kamm est un partisan du moindre effort (de la moindre contrainte serait plus juste). Sa philosophie, c’est que la nature fait très bien son boulot toute seule, à condition qu’on sache l’observer, la toucher, la sentir et intervenir lorsque c’est nécessaire. Son truc, comme beaucoup de vigneron nature, c’est la sensibilité et l’instinct. Prendre des notes pour mémoriser les éléments qui joueront sur son raisin ? Très peu pour lui. « Je n’ai jamais aimé ce qui est protocolaire. C’est comme quand je fais la cuisine, je ne respecte rien. » Ces 7 hectares que son père a cultivés avant lui ont tout changé : « Le vin nature m’a i­mmensément­sauvé, cette énergie-là c’est une porte de sortie vers plus d’équilibre, dira-t-il. Le travail de la terre te donne une temporalité. J’ai aussi envie de vivre, et ce n’est pas parce que t’y passes plus de temps que c’est meilleur. Il faut vivre simplement et se rappeler que demain, t’es plus rien. Un jour, tout peut s’arrêter, autant en profiter. »

L’importance du terroir Chez Kamm, on trouve du gewurztraminer, du riesling, quelques pieds de sylvaner (par principe, pour conserver la diversité des cépages dans le terroir), du pinot gris et, bien sûr, le grand cru Frankstein, appellation typique de Dambachla-ville, trésor de subtilité et de tension. À Dambach, on compte sur les terres d’argile, de granite et d’alluvions. Le facteur sol a un impact fort sur l’expression du terroir, autant que la météo ou le ­relief. « Plus on est en haut de coteaux, plus la roche mère du terroir s’exprime », en l’occurrence le granite. La pluie se charge de faire descendre les argiles. Et ces minéraux-là jouent sur le raisin et


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Au Phonograph’, rue de l’Arc-en-ciel à Strasbourg


C’était un samedi. Le 14 mars, aux alentours de 20h. Édouard Philippe annonçait la fermeture de tous les lieux recevant du public et qualifiés de « non-indispensables ». Quatre heures plus tard, bars, clubs et restaurants baissaient leurs rideaux pour un temps indéterminé, les commerces de bouche se sont ajustés. Après une saison estivale en demi-teinte et la menace d’une « seconde vague » : quel bilan ? Que garder ? Où en est le moral ? Tableau choral. La Table—Le dossier 

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Par Cécile Becker / Photo Jésus S. Baptista

Le déconfiturement Non essentiel. L’expression a de quoi faire réfléchir. En listant les commerces pouvant rester ouverts en temps de confinement, le gouvernement a organisé un ravitaillement autorisé. Sémantiquement, les lieux de culture et de convivialité sont du jour au lendemain devenus « non essentiels ». Boulangeries, supermarchés et autres ­commerces de bouche ont globalement pu continuer à fonctionner, dans des conditions qui ont évolué au fur et à mesure du confinement – on ne cessera de penser aux caissières et caissiers, livreuses et livreurs qui ont gonflé les rangs de cette fameuse première ligne, au départ, sans protection. Bars, restaurants et clubs ont, eux, mis la clé sous la porte avant, parfois, de proposer des produits à emporter ou en livraison. Reste que certains restaurateurs et tenanciers de bars n’étaient pas forcément préparés à une fermeture, même si elle paraissait inévitable. Au Botaniste, ils ont été « abasourdis par l’annonce, tombée en plein service ». Chez Diabolo Poivre (les restaurants La Hache, La Corde à Linge, Calmos, Tzatzi, Square Delicatessen et East Canteen), les établissements ont été fermés avant l’annonce du gouvernement, « une question de considération par rapport à nos employés surtout », explique Gilles Egloff, l’un des deux fondateurs du groupe. « Mais je reconnais que l’annonce a rendu le truc plus sérieux. Je bosse depuis 20 ans et jamais je n’aurais pu m’imaginer ça. Mais en même temps, savoir que ça concernait tout le monde a été une forme de soulagement. Économiquement, on n’était plus seuls. » Il aura fallu attendre, encore, avant que les premières aides ne soient communiquées : chômage partiel, report de charges, des assureurs plus francs-tireurs que d’autres, des propriétaires plus souples que d’autres qui ont par exemple décidé de reporter

ou d’annuler des loyers, des conditions de prêts plus souples... « Heureusement que l’État a pris le relais, ça nous a permis d’envisager la période avec un tout petit peu plus de sérénité », témoigne Benoît Hecker, caviste chez Oenosphère. Certains bars et restaurants ont fermé net, comme Tzatzi ou Les Funambules, jusqu’au 2 juin, date de la réouverture officielle. D’autres ont attendu quelques semaines avant d’envisager les premières solu­ tions. Chaque situation est particulière, et de savants calculs sont intervenus dans ce choix. Au Botaniste, il a surtout été question de ne pas s’ennuyer : « Quand tu ne t’arrêtes jamais, un stop brutal, ça rend la période très austère. On avait envie de participer à un truc. » Des liens plus intimes Et le truc, justement, c’est qu’avec la fermeture des marchés alimentaires et les rayonnages des supermarchés parfois désespérément vides, des solutions alternatives ont peu à peu émergé. « Notre démarche, explique-t-on au Botaniste, c’était avant tout de soutenir les petits producteurs avec lesquels on travaille. » Et particulièrement ceux qui, ne disposant pas de la structure et des ressources nécessaires, n’ont pas pu proposer de drive ou de livraisons pour palier leurs pertes, comme l’ont fait Le Jardin de Marthe ou L’Îlot de la Meinau. On a ainsi pu retrouver des paniers de fruits et de légumes de saison au Botaniste ou au Bistrot d’Antoine, qui ont fait partie des premiers à proposer des plats à emporter et de la petite épicerie. Une idée lumineuse, qui en plus de renforcer les liens entre professionnels, a permis aux clients de lever le voile sur le contenu de leurs assiettes. « Clairement, le rapport a été approfondi avec les clients, les relations ont été


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La Table—Le dossier 

J’ai pu prendre le temps de ­discuter avec des clients dont je ne connaissais pas le nom, j’ai eu de nouveaux clients aussi – que je ne revois plus aujourd’hui, pour la plupart, mais c’est le jeu. Jean Walch

plus intimes, s’enthousiasme l’équipe du Botaniste. On nous a posé beaucoup de questions sur les produits, les gens se sont vraiment intéressés. » Même son de cloche chez le caviste Jean Walch (Au fil du vin libre), qui n’a pas chômé en proposant ses vins à la livraison ou à emporter : « J’ai pu prendre le temps de ­discuter avec des clients dont je ne connaissais pas le nom, j’ai eu de nouveaux clients aussi – que je ne revois plus aujourd’hui, pour la plupart, mais c’est le jeu. » Certes, ces actions n’ont pas épongé les pertes, mais le confinement aura eu cette vertu de mettre en avant les circuits courts et de rapprocher les commerçants et producteurs de leurs clients. Tous les lieux n’ont en revanche pas été logés à la même enseigne. Notamment les bars – sans même évoquer les clubs qui restent aujourd’hui fermés… Alexandre Bureau, aka « Rob », figure du Phonograph’ et d’autres adresses dont Le Diable Bleu, le FAT et le Café Lové, n’a pas pu « réinventer la pluie » : quelques cocktails ou bières à emporter et au FAT, des planchettes et une proposition plus étendue de vins. À l’heure de la réouverture, ils ont peut-être agrémenté leurs cartes de nouveaux produits, mais pas de grandes révolutions dans les fonctionnements. Si ce n’est celle de la distance entre les tables qui a drastiquement réduit le nombre de couverts ou de places assises à l’intérieur. Autre constat : dans certains établissements, les gérants préfèrent garder leurs employés au chômage partiel, assurant le service eux-mêmes ou en équipe très réduite. Résultat : la fatigue commence à se faire sentir. « Le bilan, et surtout pour les bars, est compliqué à faire, pour l’instant on se préoccupe de servir le peu de clients qui viennent, mais financièrement, il y aura, c’est sûr, un sérieux problème de marge, prévoit Rob. Et encore, nous, on a les reins solides. Pour les plus petits, qu’est-ce que ça va donner ? Au Diable Bleu, la terrasse nous a fait passer un meilleur été et nous permet aujourd’hui d’anticiper l’automne. »

Et maintenant ? L’automne. Avec le retour du froid, les terrasses qui ont heureusement pour la plupart été étendues – pour celles et ceux qui ont la chance de pouvoir en disposer – vont peu à peu disparaître. Et c’est là que le bât blesse, d’autant qu’on ne sait pas si Strasbourg, comme Marseille, verra ses bars et restaurants fermer à nouveau. Et puis, la situation crée de nouvelles routines. « En intérieur, on est obligé de refouler des clients, poursuit Rob. Ces mêmes clients, faut pas se leurrer, vont aller ailleurs ou faire la fête chez eux. Est-ce qu’ils reviendront ? » Mystère. Côté consommateurs, les anciennes habitudes reviennent au galop, certains petits producteurs ont le sentiment d’avoir été une roue de secours. Au Botaniste, on témoigne : « Il y a eu un élan de ­solidarité, beaucoup de bienveillance. Il aura fallu quelques semaines pour que les no-show recommencent [les réservations ne sont pas honorées, ndlr]. » Le nombre de couverts étant déjà réduit, la venue des clients est précieuse. Et puis, philosophiquement, il s’est sans doute passé quelque chose. « J’ai gambergé, c’est clair, nous confie Jean Walch, le caviste. Je relativise beaucoup plus. Je suis plus sélectif dans mes produits pour être en cohérence avec le travail des vignerons et j’ai réduit mes horaires d’ouverture. Parce que je crois qu’il faut qu’on se pose vraiment la question du temps. Le ralentissement est nécessaire. C’est complètement aberrant d’être dans le « consommer mieux », dans le respect des producteurs, et de rester dans cette course à l’échalote, de tout vouloir tout de suite et maintenant… » Ce fameux monde d’après, qui a sans doute déjà disparu, nécessitera, c’est sûr, que l’on revoit des modes de fonctionnement encore bien ancrés et qu’on se pose justement la question de « l’essentiel ».


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Tai Kin

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55, presqu’île Malraux 03 88 31 53 24 www.taikin.fr

Photos Jésus s. Baptista

La Table Les nouveaux lieux

Street food healthy

Gotty Merzisen s’aventure du côté de l’Asie avec un concept de cuisine dans l’air du temps : le Tai Kin. Quoique copieux, les plats colorés ne viendront pas aggraver votre taux de cholestérol. La cuisine, à base de produits frais – sauf pour les crevettes, bien sûr – est ouverte et apprêtée minute, sautée au wok pour assurer fraîcheur et croquant. Si l’ingrédient majeur (bœuf, poulet, crevette ou tofu) est fréquemment au choix, 70% des plats maison auront pour base le riz. Chaud-froid, salé-sucré ou franchement épicé tel le Tai Red Curry aux piments oiseaux, on goûtera dans des bols en fibres de canne biodégradables, les saveurs incontournables de l’Asie.

C’est pas chinois !

Tai Kin, le nom du restaurant, vient d’une juxtaposition des mots Tai, qui englobe les populations de langue Thaï, et Kin, qui signifie littéralement « manger » en thaïlandais. Le pays est d’ailleurs l’inspiration revendiquée de ce fast food zen, même si la carte s’offre des incursions du côté de la Corée ou du Japon avec le Udon

Tai, plat à base de nouilles au froment ou du Viet Nam, berceau du bò bún servi dans les règles, avec deux nems de poulet.

Sunset en prime

Le spot du restaurant sur la presqu’île Malraux, offre sans doute le plus beau coucher de soleil de toute la ville. Que ce soit sur la terrasse sans visà-vis ou derrière les larges baies vitrées. La déco dépouillée mais chaleureuse fait la part belle au bois et à l’acier rehaussés ici et là de touches de vert apportées par les murs végétalisés. Maintenant, si vous préférez votre canapé, optez pour le Clic & Collect via le site. Ou faites-vous livrer.

Un éléphant ne trompe pas forcément

Au mur de l’une des salles, un éléphant rigolard est l’œuvre du graffeur Dan23. L’animal très présent en Thaïlande est aussi l’emblème élu du Tai Kin. Sa trompe levée serait signe de chance, bonheur et prospérité. Un bon début, non ? (J.M.)


La Grosse Baloche

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Photos Jésus S. Baptista

7, rue des Orphelins 09 87 32 24 34

La Grosse… quoi ?

Avant, le lieu s’appelait « La Grosse Bertha », ils ont gardé les initiales, LGB, et ont trouvé… Baloche. Oui, mesdames et messieurs. « Parce qu’il faut avoir une sacrée paire de c******* pour ouvrir en plein Covid. » Parce que Renaud le chantait dans sa chanson Baston : « Allons au baloche », au bal. Parce que cette définition trouvée sur les Internets : « Fête au cours de laquelle les autochtones s’imbibent de gnôle comme des éponges, avant d’aller s’essorer au bas d’un réverbère pour mieux se remplir à nouveau. »

C’est qui ?

Ils sont six : Anne-Sophie, Sylvain, JD, Pim, Alex et Régis. Régis, le créateur de la Binchstub, voulait faire autre chose que la tarte flambée et ouvrir « un vrai bar de quartier ». Alex, le responsable de ce haut lieu de l’apéro. Une équipe olé-olé, surtout fan de bonnes choses. On trouve ici presskopf, pâté de campagne, saucisse fermière, cornichons, pains au raisin et croissants, le tout fait maison. Mais aussi du (bon) vin nature (Rohrer, Achillée…), bio ou en biodynamie et la bière Perle, dont Régis est fan depuis (très) longtemps.

Des frichtis

Haut lieu de l’apéro donc, mais pas seulement puisque le lieu est ouvert de 8h à 23h sauf le dimanche midi (pour le moment) et le lundi. L’idée, c’est de pouvoir y grignoter un p’tit queq’chose à toute heure de la journée et de le partager. Mais attention, ici, on bannit l’expression « tapas alsaciennes » et on préfère « frichtis » ou « cochonneries ». Os à moelle, grumbeerekiechle, fingers de boudin, croquettes de munster, parmentier de jarret laqué au Picon, planchettes et, quand même… des mini tartes-flambées. Bref, des classiques des fermes-auberges. Le tout à tarif doux. Et au déjeuner : une salade ou un plat du jour.

On aime

Le petit-déj’ bien-nommé le « Balochard » : leverwurst (saucisse de foie à tartiner), café au lait, viennoiserie, jus d’oranges pressées et… schnaps. Une référence au café-schnaps du matin des ouvriers du coin, qui plaira aussi aux assoiffé·e·s des afters. On aime s’imaginer ce nouveau bar comme un lieu de brassage où l’on croisera papy Gérard et son journal, la bobo d’à côté, les workaholic en goguette, les alcooliques tout court, etc. (C.B.)


Utopie

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10, petite rue des Dentelles restaurantutopiestrasbourg.fr

Photos Christophe Urbain

La Table Les nouveaux lieux

Une petite larme, pas de regrets

Revenir sans y retrouver les surprises du Comptoir à manger, ça nous a fait tout drôle. Une nostalgie (presque) oubliée grâce à la sympathie des deux hôte·sse·s. De l’ancienne adresse, Tristan Weinling (en cuisine) et Camille Besson (en salle, aux vins) ont conservé le principe – un menu unique –, et un peu de déco. Le duo a ouvert juste après le confinement avec l’intention d’accueillir les gens « comme à la maison ».

les bras chargés de trésors, les copains apportent des délices de leur jardin, Tristan compose. Le résultat : des éléments simples mais une cuisine contemporaine qui taquine franchement l’ailleurs.

Dans l’assiette

Elle a étudié le management hôtelier à Paris et Bruxelles, a travaillé à Tenerife ou au Pays de Galles, autant en restauration que dans ­l’hôtellerie. Il a fait le lycée hôtelier à Illkirch, a travaillé aux côtés de Juan Arbelaez, Paul Legras et Pierre Gagnaire, dont il garde une vision : « Quelque chose de l’instinct. Je suis de la team « pas de recette », je cuisine, j’essaye, je perfectionne au fur et à mesure. »

Ce midi-là et en plein été – Tristan, dans un souci de transparence, nous dira que le soir, la cuisine est plus à leur image et se décline en 6 temps –, nous aurons eu des beignets de poireaux en entrée, relevés par de la crème de raifort elle-même twistée par une pluie de mimolette en entrée. En plat, une truite dont la cuisson nous a épatée, et, en dessert, un flan pâtissier façon pastéis de nata, compotée pommes et muscade. On a surtout retenu une grande finesse et un soin tout particulier à l’équilibre des goûts. À Utopie, la fourchette doit se saisir de tous les éléments dans l’assiette pour en saisir la complexité.

Une cuisine voyageuse

Aller plus loin

Leur parcours

Tout part de l’aliment, sourcé en circuit court, viennent s’y ajouter des sauces, des assaisonnements, des épices et herbes aromatiques détonantes, apportés par leurs proches. Le grandpère de Tristan torréfie lui-même ses épices, les parents profitent de leurs voyages pour revenir

Après le rush de l’ouverture, elle et il n’attendent que de pouvoir visiter plus de productrices et producteurs du coin. Leur rêve ? Avoir leur propre four à pain et faire leur propre levain. Seul petit bémol : la carte des vins, encore un peu timide. (C.B.)


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La Table Les nouveaux lieux

Yamas

Le Massala

4, rue du Bain-aux-Roses 06 64 92 10 50

2, rue du Parc à Schiltigheim 03 88 19 61 29

Photo Christophe Urbain

Photo DR

Fast and (vraiment) good

India Song

On avait découvert ce petit restaurant juste avant le confinement : les saveurs de la street food grecque, et plus particulièrement, le ­souvlaki – « le jambon-beurre des Grecs », précise Adélaïde Tsoukalas, maîtresse de ses lieux aux côtés de son mari, Georges, originaire du Péloponnèse.

Une pluie de souvlaki

Le souvlaki, ce sont des morceaux de viande grillés en brochettes. Volaille ou porc – de la ferme Alsalin à Ostheim, incroyablement fondant –, ils sont servis sur assiette ou, dans une version plus populaire, enroulés dans un pain pita avec un ballet de frites, de tomates, d’oignons et de feta.

Du changement

Depuis le déconfinement, quelques changements : Yamas a développé une partie traiteur (miam la moussaka) et une gamme de mezedakia (le dakos, vous connaissez ?), source directement ses trésors en Grèce (thé glacé, bières artisanales, loukoums, origan, huile d’olive…), les produits frais restant locaux, et a upgradé son service. Mais le tout reste délicieux, original, cuisiné et servi avec une grande sympathie. (C.B.)

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Connaît-on vraiment la cuisine indienne ? À cette question, Florence Shivekar (qui nous éblouissait déjà avec ses recettes publiées sur sa page Insta­ gram @so_asianflow), en cuisine de ce tout nouveau restaurant, est formelle : non ! Après avoir passé 20 ans en Inde à creuser ses secrets auprès de sa bellemère, elle a ouvert son restaurant avec son mari (ils se sont associés au patron du restaurant Namasté).

Son truc ?

« Proposer une carte complètement différente de ce qu’on peut trouver dans les autres restaurants indiens. » Traverser l’Inde d’est en ouest et du nord au sud pour découvrir l’étendue des saveurs.

Dans l’assiette

La typique Bombay salade (concombre, arachides torréfiées, noix de coco, feuille de curry…), le chicken handi (poulet cuit dans une sauce à l’étouffée), un large choix de grillades (poulet tandoori, paneer…) et d’accompagnements (lemon rice, massala naan…) et bien sûr, tout pour les végétariens. Bientôt, des thali (sorte de mezze dressé dans des bols) et des horaires étendues l’après-midi pour être « en mode » street-food. (C.B.)


Comptoir alsacien Produits fermiers

de 8h à 23h

7 rue des Orphelins à Strasbourg

et le dimanche

09 87 32 24 34

de 17h à 23h

lagrossebaloche@gmail.com

Du mardi au samedi

Artisan avec passion depuis 1919

10, rue de la Division Leclerc Strasbourg | 03 88 15 19 30 www.boulangeriewoerle.com


En juin dernier, Vincent Jungmann a fêté les 25 ans de son établissement, Au Petit Tonnelier. Artiste et restaurateur, le chef d’entreprise avisé se déclare heureux d’aller travailler. La Table—Le classique 

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Par JiBé Mathieu / Photo Jésus s. Baptista

Une cuisine qui parle au cœur Bientôt 49 ans, même s’il ne les fait pas. De quoi donner tort à Henri Salvador : oui, le travail c’est la santé ! Car bon sang, il n’a pas chômé ! Ce Mosellan issu d’une famille modeste a très tôt intégré la valeur du mot travail. Si ses prédispositions pour la peinture lui ont d’abord fait envisager des études artistiques, ses parents l’en ont dissuadé. La vie de bohème et ses incertitudes, très peu pour eux… « Sans doute ont-ils bien fait », reconnaît-il, magnanime. Ce sera donc la restauration, ce qui n’est pas pour lui déplaire. « Je me souviens de l’ambiance festive qui régnait dans les restaurants. Les gens allaient et venaient. C’étaient des lieux de vie qui m’attiraient. » Vincent entre en préapprentissage alors qu’il n’a pas 14 ans. Poursuit sa jeune route à l’Auberge du Kochersberg, à Landersheim, avant d’aller faire un tour du côté de Saint-Tropez, au Byblos. Là-bas, le champagne coule à flot. Mais le jeune homme se lasse vite de ces relations superficielles. Et puis, « la pluie me manquait. Il en faut, pour apprécier le soleil, vous ne trouvez pas ? » Retour en Alsace, donc. À Landersheim derechef. Puis au Ysehuet, quai Mullenheim, avant qu’associé à Christiane Funaro, femme du métier plus capée aujourd’hui décédée, Vincent Jungmann n’ouvre Au Petit Tonnelier. Il a 22 ans. Une histoire de nuances Pendant dix ans, il travaillera d’arrache-pied. Sept jours sur sept. S’enquillant les courses au Marché Gare, raccompagnant après minuit ses tous derniers clients. « À l’époque, on se couchait à pas d’heure. On travaillait plus, mais on n’était pas stressé. Les gens avaient deux heures pour déjeuner. Ils buvaient du vin. Fumaient dans le restaurant. Aujourd’hui, avec Internet, les gens sont tout le temps dans le now ! »

Au bout d’une décade, les premiers travaux d’envergure apportent une touche plus personnelle au restaurant. Stylé. Tout en sobriété. Le chic sans l’esbroufe. Quand sa nature d’artiste reprend le dessus, Vincent Jungmann explique : « Les lignes sont droites, les couleurs, pas plus de trois : noir, blanc et rouge. Au-delà, l’œil se perd. » Il n’y a qu’en vitrine que notre homme se lâche un peu. Change de décor au gré des échanges avec ses amis commerçants. Cette fois, ce sera le jaune. Nuance canari. Installation d’objets hétéroclites en provenance de chez Curieux ?, le concept-store du quai Kellermann. Au mur, les tableaux grands formats sont de lui. « Au début, je n’osais pas. » Sa production du moment, plus colorée qu’à l’accoutumée, est née durant le confinement. « Ce qui me plaît en peignant, c’est de transformer la tension qui est en nous. J’ai trouvé intéressant de constater que la période a fait surgir des couleurs. C’était la première fois que j’étais synchronisé à la plupart des gens. Dans ce métier, on est souvent décalé. » Pour Vincent, peinture et cuisine relèvent d’une même nature. Rapport au côté artistique, bien sûr. « Je trouve un peu dommage qu’on réduise la chose à du commerce en oubliant le côté humain. » Nous y voilà. Des plats signature Au départ, formé en salle, Vincent Jungmann a réappris la cuisine pour élaborer sa première carte. Une carte dont l’on retrouve encore bon nombre de plats, 25 ans après – l’œuf mollet au foie gras, l’incontournable tartare de bœuf au couteau, l’onglet au munster ou le cordon bleu de poulet… Des classiques venant s’intercaler avec des plats plus saisonniers telle que la bruschetta, le risotto de pâtes orzo ou ce parmentier de confit de canard. Une cuisine juste et précise, sans être


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alambiquée. Entièrement faite maison, hormis les glaces et le pain. La carte des vins est à l’avenant. Réduite au juste nécessaire. Composée de flacons bien choisis par des amis sommeliers. Le tout servi à un tarif abordable. Des plats à moins de 20€ sauf pour le filet de bar et le diamant de bœuf qui dépassent un peu. « La table doit rester ouverte. Pour l’étudiant comme pour le parlementaire. »

Au Petit Tonnelier 16, rue des Tonneliers 03 88 32 53 54 www.aupetittonnelier.com

Des choses qui restent Lorsqu’on l’interroge sur le secret de cette mystérieuse longévité dans une ville où les enseignes défilent et changent de main, Vincent marque un temps. Confesse ne pas connaître la martingale. « Les gens disent souvent que c’est régulier. On est dans un monde qui a perdu ses repères. Bien sûr, la cuisine est bonne, mais ce n’est pas non plus gastronomique. C’est une cuisine faite maison, dans l’esprit bistrot. Je pense qu’on a trouvé le bon équilibre. » Foi d’habitué, composante, à la louche, de 80% de la clientèle. Vincent Jungmann se souvient de ce couple qui à ses débuts venait avec son bébé dans une poussette. « Aujourd’hui, ce bébé a 25 ans. Il vient manger avec sa femme et ses enfants. » « Et puis, c’est rassurant d’avoir affaire toujours aux mêmes personnes », poursuit notre homme, sans doute le plus ancien restaurateur indépendant de la Grande-Île. Regardez l’équipe. Une belle histoire de fidélité, là aussi. Claire, la serveuse, à son poste depuis 25 ans. Michael, son second, dans la maison depuis 11 ans. Sans oublier Juan et Jean-Benoît, les chefs de cuisine, Thomas, le commis, Ricardo, le plongeur, et Julian, en extra. Des personnes avec lesquelles Vincent se sent bien. « Je fonctionne avec le cœur. Je ne pense pas qu’aux sous. Dans ce métier, on fait souvent beaucoup d’heures et on est mal payé. Dans mon restaurant, j’ai mis en place l’inverse. Ici, l’équipe travaille quatre jours par semaine, les salaires sont bons. Du coup, j’ai zéro arrêt maladie depuis quatre ans. Ils viennent avec le moral et sont très impliqués. Franchement, c’est top ! C’est un peu comme une famille, je les adore. » Bien sûr, la conjoncture n’est pas sans l’inquiéter. Après l’attentat en 2018, les Gilets jaunes, voici maintenant ce virus qui vide les rues et donc les établissements. D’autant plus que les restaurateurs sont montrés du doigt. « On est comme sur un bateau qui tangue sans cesse, sans que l’on sache trop où l’on va. » Mais, philosophe, Vincent Jungmann temporise : « On apprend plus dans les périodes difficiles. Je me dis toujours : serre les dents, lorsque ce sera fini tu en sortiras grandi. »


Hussam Khodary vient de Syrie. Arrivé en France il y a cinq ans, il a ouvert son restaurant, le Damasquino. Sa cuisine traditionnelle syrienne et sa grande sociabilité lui ont permis de s’installer comme il l’entendait en France, à Strasbourg. Rencontre entre plats maisons et bonne humeur solidaire. La Table—Le portrait 

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Propos recueillis par Martin Lelievre / Photos Simon Pagès

Comme à Damas

« Strasbourg ressemble beaucoup à Damas, se souvient Hussam, père de famille de 43 ans aux yeux pétillants. Les ruelles pavées et l’attitude des gens me rappellent ma ville. » Inauguré fin juin, le Damasquino marche bien. Le restaurant et son chef semblent s’être intégrés à la vie du quartier gare, malgré une période compliquée pour la restauration. Lors de notre entretien, un s­ amedi midi férié dans la très passante rue du Maire Kuss, le restaurant ne désemplit pas. Le chef, seul en cuisine, termine son service en retard, à cause de l’affluence, avec une commande pour 12 personnes à emporter, sans lésiner sur les plaisanteries. Le Refugee Food Festival comme point de bascule « Il était cadre hospitalier en Syrie », raconte un de ses proches amis, Thomas Chandesris, expliquant sa reconversion professionnelle. « Ici, on lui proposait une formation d’aide-soignant, mais ça ne l’intéressait pas. Comme il adorait cuisiner, il s’est dit qu’il pourrait se rediriger vers ça. » Après des expériences comme traiteur et dans un restaurant à la Réunion, Hussam ­Khodary revient en métropole : « J’avais fait une première demande d’asile refusée à Nancy. J’ai pris le premier train le moins cher, c’était pour Stras­bourg. » Il est contacté par le Refugee Food Festival (RFF) à Strasbourg, qui donne le tablier à des personnes réfugiées en France et participe avec succès à plusieurs éditions. « C’était un point de bascule de ma vie », se souvient-il avec un brin de mélancolie. Sans garantie de trouver du travail suite au RFF, il réussit pourtant à se faire connaître et trouve un CDI au restaurant Al Diwan.


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Il y travaille pendant un an et demi et accumule de l’expérience. Pour Laura Suffissais, coordinatrice de l’association Stamtish, porteuse du RFF à Strasbourg, Hussam Khodary « est un exemple d’espoir, notamment pour des personnes dans des procédures administratives très longues et aux diplômes non-reconnus en France ». Déterminé, Hussam vise l’ouverture de sa propre entreprise, envisageant d’abord un food truck. L’expérience, les rencontres et le hasard le font débuter comme traiteur avant de lancer le Damasquino. Le partage comme point d’honneur Au premier abord, Hussam « ne parle pas beaucoup, raconte son amie Laura. C’est une personne très rigoureuse, mais qui aime partager. Il fait découvrir ses plats avec plaisir via des dégustations. » Après nous avoir servi un thé, H ­ ussam explique de manière très pédagogue à ses derniers clients comment manger ses plats et quelles saveurs y associer. Les clients écoutent, et reviennent. « Un jour, un acteur célèbre est venu manger chez moi, je lui ai dit qu’il fallait mettre des cornichons dans les sandwichs falafel alors qu’il n’aimait pas ça. Il est revenu plusieurs fois dans la semaine. » Mais on ne croise pas que des stars dans le restaurant d’Hussam Khodary. À deux pas de la gare, les visiteurs sont divers. Le restaurant fait partie du Carillon, un réseau de commerces solidaires offrant des services ou des plats aux personnes dans le besoin. Une dame visiblement en situation de précarité s’installe à côté de nous en terrasse pour discuter et demander des cigarettes. Elle repart avec une cannette de soda offerte.

La cuisine comme point de rupture Selon ses mots, Hussam était plus timide en Syrie. La cuisine lui aurait aussi permis de s’affirmer. « J’aime bien le sourire des gens après un repas. Ici, les gens te disent directement si c’est bon, et s’ils vont revenir ou non. C’est clair et franc. Ça me donne de l’énergie. » Laura Suffissais de Stamtish se souvient : « À un moment, il prenait des ardoises, parce que ça se faisait en Syrie. Je lui ai expliqué qu’ici on ne fonctionnait pas tous comme ça, mais il a décidé que ça devait être comme à Damas ! » « Comme à Damas », Hussam autorise ses voisins à venir avec leurs propres assiettes. « En France, on me dit que ça fait “zéro déchet”, mais en fait, c’est comme quand j’étais enfant ! » En Syrie, selon lui, on mesure la qualité d’un plat à sa ressemblance à un plat de restaurant. « Ici en France, c’est l’inverse ! Plus ça ressemble à du fait maison, mieux c’est. Ici, même la décoration est faite maison ! C’est ma femme qui a fait ça pendant le confinement », se targue-t-il en montrant les murs. La suite ? Hussam espère pouvoir rentrer un jour. « On ne sait pas quand on pourra y retourner… dans cinq, dix, quinze ans ? On peut aussi construire des choses ici ! Je réfléchis à ce que je pourrais y faire quand je rentre, alors je prends des idées ! » Damasquino 3, rue du Maire Kuss 03 67 98 89 33


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L’équipe à Jojo En pré-vente sur mediapop-editions.fr En librairies à partir du 20 novembre

Jojo, vous ne la connaissez peut-être pas. Il fut un temps pas si lointain où l’autrice, photographe et cuisinière Johanna Kauffman alimentait encore son blog « Je ne suis pas une courge ». Avant, pendant et après, elle a servi sa cuisine simple, originale et malicieuse dans tous les lieux possibles et (in)imaginables : des restaurants, sous les rames du métro, sur des parkings, dans des centres d’art, dans un salon de coiffure, dans son salon – la légende raconte qu’il déborderait de tables et de chaises –, sur sa couette, dans le couloir d’une fac, etc. Bref, elle a été cantinière de cinéma, cuisto en restaurant, en entreprise ou tout-terrain. Dans ce livre, méli-mélo de récits, recettes et astuces, on retrouve son écriture enlevée et poétique, ses recettes franchement pimpantes et des petits plus qui changent tout. Mais surtout, et c’est rarement le cas dans un monde perfusé

à Top Chef et aux stories food, on verse là dans une désacralisation et une déculpabilisation rafraîchissantes. Non, nous n’avons pas toutes et tous les moyens de manger bio, local et éthique. Non, la table n’incarne pas forcément le partage et la gastronomie cocorico, on peut tout aussi bien manger à même le sol et avec les doigts, tiens, et du salé après le sucré et nourrir un rapport très personnel à la chose qui se mange ou se boit. Parce que c’est aussi ça la cuisine : un truc de l’instant, un truc de l’envie, un truc de plaisir, un truc spontané. (C.B.)


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Rhétorique Raffinée Des plats bistronomiques à Strasbourg

Le Banquet des Sophistes Photo Marc Guenard

En verre et contre tout Salon Brut(es) Les 7 et 8 novembre à Motoco à Mulhouse www.salonbrutes.fr

Il faut faire preuve de ténacité et croiser les doigts très fort pour organiser un salon en temps de Covid. Si tout se passe « bien », le salon des vins natures Brut(es) aura lieu à Motoco, mais sera cette année dans son plus simple appareil : pas de fioriture (pas de banquet, malheureusement), tout pour le vin. Il y aura donc une cinquantaine de vignerons, une majorité d’Alsace (on citera Bruno Schueller, Patrick Meyer, Pierre Frick, Les Raisins Sociaux, Kumpf et Meyer…), quelques autres de France et de Navarre (les Ratapoil du Jura, ou les gouleyants jaja de Daniel Sage…), de rares incursions du côté de l’Allemagne et de la Suisse, e basta. De la petite restauration, de la musique, de la distance physique sans lésiner sur le plaisir. Tout ça pour ne pas oublier que les vignerons aussi, ont besoin de soutien. On fonce ! (C.B.)

5 rue d’Austertliz 67000 Strasbourg

03.88.68.59.67

www.le-banquet.com


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Photos Jésus s. Baptista

Un Verdict sans appel

L’eau à la bouche

Le Verdict | 7, rue du Fossé des Treize www.le-verdict.fr

Perles de Saveurs | 9, rue des Dentelles www.perlesdesaveurs.fr

Un bar qui suggère un piano, une banquette immense où on a juste envie de s’étaler pour contempler la remarquable vinothèque, une lumière feutrée – surtout au moment du dîner – et des volutes de jazz qui tournent en boucle… Le Verdict – dont la spécialité est l’onglet à l’échalote qui se décline aussi bien avec une sauce au foie gras qu’aux cèpes – dispose depuis cet été d’un cadre à la hauteur de sa réputation. « Tout a été fait sur-mesure », indique Warren Mbouba. Le gérant de l’établissement a sollicité son entourage (sa belle-sœur a imaginé les chaises) et les Gentlemen Designers pour opérer ce lifting. Raffiné jusqu’au bout des ongles puisqu’on y sert le cognac « à la française », c’est-à-dire à l’aide d’une pipette. Le tout à deux pas à peine du Tribunal de Grande Instance. Alors, verdict ? Au top. (F.V.)

C’est une de nos adresses préférées, nichée dans la petite et jolie cour de Rathsamhausen (lire Zut N° 43) au cœur de la Petite France. Depuis 2012, Régis et Magali Gutapfel veillent à la destinée de Perles de Saveurs. À la sortie du confinement, le restaurant gastronomique a repensé sa formule du midi qui change désormais toutes les semaines en épousant le rythme des saisons et des produits sélectionnés le matin même sur le marché. Cet automne, on aura aperçu un cromesquis de brie de Meaux, un marbré de foie de canard et ses raisins nacrés, viennoise de veau et sa crème de graines de moutarde, une tartelette amandine aux pommes et une crème glacée de noix… Du terroir, du réconfortant, quelques aventures déstructurées et, également, un excellent rapport qualité-prix puisque la formule entrée/plat ou plat/dessert est à partir de 20€. (F.V.)


4— Plus un vendredi sans elle ! Miche de pain façonnée à la main avec de la farine de khorasan complet, du levain de blé sur meule de pierre, du sésame et du sel (de l’île de Batz ou de Guérande). Un bijou. La Boul’Ange (tout bio) 4, rue de la Brigade Alsace-Lorraine @la_boulange_strasbourg

La Table—Le shopping 

Préciosités automnales Par Myriam Commot-Delon / Photo Alexis Delon / Preview

1— Provenant de l’île de Lombok en Indonésie, un plat en terre non émaillée Sasak, l’une des ethnies les plus marginalisées du pays (majoritairement des femmes). Plusieurs modèles disponibles en boutique et en ligne. Artisans du Monde 24, rue de la Division Leclerc artisansdumonde.org

2— Précieuses au beurre, roupettes d’agneau… vous saurez enfin cuisiner les bonbons grâce au petit dernier de cette délicieuse collection : Les couilles, dix façons de les préparer par Laetitia Visse, Éditions de l’Épure. 3 — Tout l’univers des fruits et légumes par le chef étoilé de The Kitchen : Le Végétal par William Ledeuil, Éditions de La Martinière. Les deux en vente à la Librairie Quai des Brumes 120, Grand’Rue quaidesbrumes.com

129 5— Sans caféine, avec des notes complexes et sucrées, l’Amacha est une infusion japonaise de feuilles d’hortensia. Infusion Buddha Amacha, Les Jardins de Gaïa. 6— Trois ingrédients, pas plus ! Des noisettes bio du Piémont, de l’huile de noix de Grenoble et du miel de la vallée de la Bruche. Pâte à tartiner artisanale Parfaim, K-lität Alsace  — Les deux en vente chez Ar’Tisane, l’adorable nid bien infusé d’Aline, où s’approvisionner en thés de Gaïa (choix en vrac XXL), dénicher des céramiques d’artisanes locales et d’autres produits d’ici. Ar’Tisane 18, rue de la Division Leclerc  @ar_tisane_strasbourg

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Réalisées par des graphistes, dessinateurs, plasticiens et photographes.

Un seul amour et pour toujours Retrouvez ces 11 couvertures à La Vitrine

C’est le seul lieu où on peut trouver les 11 déclinaisons de couvertures de notre magazine Un seul amour et pour toujours consacré à 40 ans de passion autour du Racing Club de Strasbourg. On y trouve aussi des affiches, sérigraphies, cartes postales, tirages photos, tee-shirts, tote bag… inspirés de l’univers de notre hors-série.

Hors-série inédit consacré à 40 ans de passion autour du Racing Club de Strasbourg 252 photos 65 illustrations 113 entretiens 15 reportages

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131 UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

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Photo Christoph de Barry

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Photo Christophe Urbain

Illustration Pierre Caroff

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UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

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Illustration Restez Vivants

UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

47 €

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Photo Christoph de Barry

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UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

Illustration Grégoire Carlé

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UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

Illustration Mickaël Dard

UN SEUL AMOUR ET POUR TOUJOURS

Photo Alexis Delon — Preview

436 pages 47 € En vente en kiosque et librairies, mais pas que.

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Liste complète des points de vente sur shop.chicmedias.com

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Illustration Timothée Ostermann

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Artwork Mathieu Wernert

La Vitrine

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Collage Nadia Diz Grana

14, rue Sainte-Hélène, Strasbourg 03 67 08 20 87 www.chicmedias.com

Lun. 14h à 19h Mar. Sam. 10h à 12h30 14h à 19h


* Loft en duplex inversé dans un ancien entrepôt, en vente sur espaces-atypiques.com

ESPACES ATYPIQUES ALSACE

31, avenue des Vosges, 67000 Strasbourg – T. +33 3 88 52 27 94 – alsace@espaces-atypiques.com

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