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U N I V E R S I T É DE CARTHAGE ÉCOLE NATIONALE D’ARCHITECTURE ET D ’URBA NI S M E M É M O I R E D’ARCHITECTURE

On ne peut restaurer, ou mieux : conserver, qu’à condition de transformer. Il faut actualiser la signification du monument, éclairer le témoignage du passé d’un nouveau jour qui le rende perceptible par une sensibilité de notre époque. Ce sont parfois des éléments nouveaux qui mettent en valeur ceux du passé.

RE C Y CLE RIE L A

Maheu-Viennot

mars 2016 LA

M É M O I R E D’ARCHITECTURE

YA S M I N E HARZALLAH

R E C Y CLE RIE

E s s a i d e reconversion d’un patrimoine c o l o n i a l e n e s p a c e d e récupération d e s i g n

D I R E C T E U R DE MÉMOIRE: KARIM C H A A B A N E E T U D I A N T E : YASMINE HARZALLAH s e s s i o n MARS 2016


RE C Y CLE RIE L A


SOM MAI R E


M I E

S O M M A I R E Sommaire Remerciement Avant-propos Introduction Problématique Méthodologie

FA C E A : V I L L E , V I E E T R E C Y C L A G E . C h a p i t r e I : C O R P S U R B A I N , C O R P S V I V A N T. 1. La Ville Est Un Organisme Vivant. 1.1. Mémoire De La Ville. 1.2. Régénération Du Tissu Urbain. 1.3. La Caixa Forum. 2. Patrimoine, Mémoire De La Ville. 2.1. Naissance Du Patrimoine. 2 . 2 . P a t r i m o i n e C o l o n i a l D e Tu n i s . Un long chemin vers la reconnaissance. 2.3. Tissu Colonial, Tissu Fragile.

C h a p i t r e I I : R E C Y C L A G E , D E L’ E S PA C E A L ’ O B J E T. 1 . R e c y c l a g e D e L’ e s p a c e . 1 . 1 . N o t i o n D e R e c y c l a g e D e L’ e s p a c e . 1 . 2 . L’ É t o i l e D u N o r d . 2 . R e c y c l a g e D e L’ o b j e t . 2.1. Intérêt Économique. 2.2. Ressourceries. 2.3. Upcycling. 3. Espace De Recyclage. 3.1. I Am Recycled.

FA C E B : L A R E C Y C L E R I E . C h a p i t r e I : C O N T E X T E D E L’ I N T E R V E N T I O N 1. Le site de l’intervention. 1.1. Analyse du site d’intervention. 1.2. 1.3.

Etat des lieux de l’immeuble Azerm. Entre Deux Et Autre Dualités.

Chapitre II : LE PROJET 1. Concepts et fonctionnement 1.1. Principes de fonctionnement. 1.2. Concepts et idées 2. Éléments graphiques

Ta b l e D e s F i g u r e s . Bibliographie. 7


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Je remercie Mr Karim CHAABENE pour ses précieux conseils, ainsi que tous les professeurs qui ont contribué à ma formation. Je dédie ce mémoire à ma famille, à mes amis, à Mahmoud et à tous les amoureux de le la ville de Tunis.


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Le Temps n’est pas une succession de points qui se suivent, mais une multitude d’images qui se superposent et qui continuent à exister simultanément. Le Passé n’est pas écrasé par le Présent à chaque moment, il continue à Être dans le Présent. De là, on peut décrire le patrimoine architectural comme étant le passé de nos villes contemporaines. L’existence de ce patrimoine est essentielle à l’existence de la ville. Le patrimoine est présent et on ne peut l’effacer, il contribue à chaque moment à donner du sens à la ville d’aujourd’hui.

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INTRO DUC TION


ON

INTRODUCTION

La richesse historique de la Tunisie a sculpté dans sa capitale des paysages urbains complexes, très différents et pourtant très condensés dans l’espace. Nous rencontrons dans les mêmes perspectives de rues un mélange inouï de styles et d’époques qui font de Tunis un livre d’histoire à ciel ouvert. Mais l’architecture produite aujourd’hui dans nos villes accentue de plus en plus la rupture entre vieux et neuf. Les objets architecturaux contemporains sont des objets isolés qui créent un déséquilibre dans le tissu urbain. C’est le cas par exemple de l’avenue Habib Bourguiba ou du quartier de La Fayette. Suite à des interventions urbaines et architecturales, ces lieux ont vu se greffer des entités certes essentielles pour le fonctionnement de la ville (échangeurs, parkings, centre commerciaux..), mais qui au final font perdre la cohérence nécessaire entre les différents composant de la ville. Le réinvestissement des lieux chargés d’histoire serait donc une solution pour rendre possible une communication entre patrimoine architectural et architecture contemporaine. L’une des missions de l’architecte aujourd’hui consisterait à surpasser l’idée d’un patrimoine fragile et intouchable, pour en faire un outil qui affirme l’identité de la ville. Ce regard nouveau sur le patrimoine architectural est le centre de réflexion autour duquel s’articulent ce mémoire et le projet proposé. Il s’agit de revoir l’ancien, de le comprendre, d’en saisir le fonctionnement pour pouvoir le réadapter aux conditions nouvelles, aux utilisations nouvelles, à la ville nouvelle. En somme, à l’homme nouveau. 11


PRO BLE M A


O E A

P R O B L É M AT I Q U E L’ARCHITECTURE, TÉMOIN DU VÉCU DE L’HOMME. Autre que ses moyens d’expression artistique et son savoir faire et technicité, l’architecture renvoie à tout un mode de vie et d’occupation de l’espace. Elle constitue donc une richesse inestimable qui permet de comprendre les phénomènes sociaux, culturels, économiques et politiques d’un groupement humain donné. D’ici est née la notion de patrimoine architectural. Et l’on saisi alors l’importance qu’on accorde et les moyens mis en œuvre afin de sacraliser l’architecture. LE PATRIMOINE, OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT. Les centres urbains anciens, lieux de concentration des bâtiments patrimoniaux, sont souvent perçus comme obstacle au développement. En effet, on évoque ici la question de la densité urbaine en tant que préoccupation majeure de la société contemporaine. Les bâtiments historiques, ne répondant pas aux normes et aux besoins actuels sont abandonnés. Ce sont donc des zones sensibles du tissu urbain puisqu’ils ne présentent pas les taux de densités voulues. Ceci vient du fait que, contrairement à l’époque moderne où tout était possible (conquête du monde, besoin incessant de production, étalement urbain), aujourd’hui, il s’agit de gagner en densité en optimisant l’exploitation de l’espace; afin d’économiser en énergie, en temps et en moyens. Les édifices anciens, ne répondant plus aux normes, sont donc laissés à l’abandon ou détruits pour obtenir des terrains vides qui feront l’objet de nouveaux projets plus adéquats à la situation et aux demandes actuelles. LE PATRIMOINE, OUTIL DU PROGRÈS Or reste la valeur historique et humaine de ces édifices. Reste donc cette capacité de l’architecture à exprimer ce qu’était le monde à une époque révolue. Nous nous attachons à ces pierres, à ces moulures, à ces fers forgés. Nous leur donnons d’autres significations. Un couloir devient un lieu de rencontre, une fenêtre se transforme en espace de méditation… Ces portes et ces escaliers racontent des histoires. Des histoires de personnes, de familles, de quartiers. Ces murs et ces fenêtres racontent la ville. Plus qu’un espace fonctionnel, l’architecture est vécu, mémoires, lieux. Il est préférable, compte tenu de la raréfaction des terrains libres en milieu urbain, de recréer avec l’existant, d’imaginer une nouvelle ville qui se superpose et qui s’entremêle à l’ancienne, plutôt que de juxtaposer l’ancien au nouveau. Il s’agit de recycler la ville tout comme on recycle nos objets. Le rôle de l’architecte contemporain réside dans la préservation du patrimoine historique dans l’optique de la revitalisation de la ville, la mise en valeur de son identité historique et le déplacement du patrimoine de la notion d’obstacle au progrès vers la notion d’outil de celui ci. Nous pourrions donc nous demander comment intervenir sur le patrimoine architectural pour répondre à un besoin nouveau sans pour autant altérer son identité? Comment faire du patrimoine architectural un projet durable? 13


M É THO D O LOGIE


É O O E

Ce mémoire, intitulé LA RECYCLERIE : essai de reconversion d’un patrimoine colonial en espace de récupération design, se présente en deux grandes parties distinctes : La FACE A ; qui présentera l’aspect théorique de mon mémoire, et la FACE B, qui concernera la mise en pratique des idées retenues dans la première face. La FACE A : VILLE, VIE ET RECYCLAGE , se divise à son tour en deux chapitres : Le premier, intitulé I.CORPS URBAIN, CORPS VIVANT, où dans un premier temps (1: La ville est un organisme vivant) nous essayerons de définir la ville en tant qu’entité; sa nature, et son évolution. Puis dans un deuxième temps (2: Patrimoine, mémoire de la ville), nous nous attarderons sur la trace même de cette évolution qu’est le patrimoine. Dans le deuxième chapitre intitulé II.RECYCLAGE, DE L’ESPACE A L’OBJET, nous nous pencherons sur le concept de recyclage, et ses manifestation à diverses échelles ( Espace, objet ). Nous évoquerons aussi une sélection de références pour illustrer différentes applications du concept de recyclage sur l’objet et sur l’espace. Dans la FACE B, intitulé simplement LA RECYCLERIE , nous présenterons un essai d’application des concepts traités dans la face A sur un terrain réel. Dans la première partie I.CONTEXTE DE L’INTERVENTION, nous présenterons le site choisi à travers une analyse. Dans la deuxième partie II.LE PROJET, nous présenterons une réponse architecturale sur la base de ce qui a été étudié dans les chapitres précédents. C’est à dire le recyclage de la ville, de l’espace et de l’objet.

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FAC


CE A VILLE, VIE ET RECYCLAGE.


CHAPITRE I : CORPS URBAIN, CORPS VIVANT.


1.LA VILLE EST UN ORGANISME VIVANT.


1. 1.

mémoire

de

la

ville.

«Tunis est tout sauf une ville musée. C’est un organisme vivant»1

VILLE = SOCIETE + ARCHITECTURE

L’une des métaphores les plus utilisées lorsqu’on parle de la ville consiste à la comparer à un corps vivant. Le cœur de la ville désigne son centre, l’artère renvoi aux grandes voies qui la desservent, la circulation des voitures fait penser à la circulation sanguine, les poumons d’une ville sont ses parcs et espaces verts. Les voies de métros et les égouts sont souvent assimilés aux entrailles de la ville. Dans son livre «Le Ventre de Paris», Émile Zola décrit le marché des Halles comme l’estomac géant de la ville de Paris.2 Cette métaphore de la ville corps vivant puise tout son sens dans la volonté de l’homme de créer un espace «humanisé» dans lequel il peut se reconnaitre, puiser son passé et s’identifier à ses semblables. Tous les êtres vivants ont une mémoire. Cette capacité à retenir l’information est indispensable à la survie des individus et des espèces. Parallèlement, et à une toute autre échelle, toutes les villes ont une mémoire, et donc une capacité à retenir l’information, parfois pour des milliers d’années. Nous évoquons ici l’importance de l’architecture en tant que production humaine.

Figure 1: Illustration de NAWLZ, Citybrain, qui fait le rapprochement entre ville et cerveau

La ville a depuis toujours eu la même fonction : Permettre à l’humain de vivre en société. C’est donc la combinaison de l’architecture et de la société qui fait la ville. C’est un organisme vivant qui grandit, se transforme, vieilli et disparaît… La ville est le reflet de l’homme jusque dans sa structure et ses composants de base, à savoir l’architecture. JEAN TARDIEU, écrivain et poète français avait dit à propos de la ressemblance entre l’image de la ville et l’image du cerveau : « Quand je me représente l’aspect physique du cerveau humain tel qu’on le voit sur les planches d’anatomie des plus courantes, une image s’impose à moi qui a tous les défauts et toutes les 1- Charles Bilias, «Tunis, l’orient de la Modernité». P:11. 2- Rocío Peñalta Catalán, « La ville en tant que corps : métaphores corporelles de l’espace urbain », TRANS- [Online], 11 | 2011, en ligne depuis 08 Février 2011. URL : http://trans.revues. org/454 ; DOI : 10.4000/trans.454. Dans ce travail, Catalán décrit avec beaucoup de détails les références littéraires utilisant la métaphore corporelle pour décrire la ville.

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qualités d’une métaphore, sa puérilité et son pouvoir de suggestion, sa simplicité et ses ruses, c’est que l’aspect du cerveau me fait irrésistiblement penser au plan d’une grande ville. L’un et l’autre suggèrent des cheminements. Il y a des rues dans le cerveau comme dans une cité. Des lieux de promenade et de flânerie, avec beaucoup de replis et de détours, souvent déroutants, des carrefours pour faire halte et pour s’orienter, des élargissements et des tassements, des avenues et des sentiers cachés.»3 TARDIEU relève la ressemblance de la projection d’une ville à un cerveau, c’est qu’en réalité les lignes sinueuses que l’on voit sur la représentation d’un cerveau nous font penser à des rues qui créent des quartiers et des régions, le tout prenant la forme d’une ville.

LE CERVEAU

LA VILLE

Figure 2: Scanner de neurones.1

Figure 3: Image satellite .1

Figure 4: Scanner de neurones.2

Figure 5: Image satellite .2

Figure 6: Scanner de neurones.3

Figure 7: Image satellite .3

Cette analogie prend une plus grande ampleur quand on compare les images obtenues par scanner de réseaux neuronaux et des images satellite de grandes villes. Les images de gauche (fig1,3,5) représentent des scanners de réseaux neuronaux humains. Les images de droite (fig2,4,6) sont des images satellites de grandes agglomérations urbaines. Dans la même vision et comme pour illustrer les dires de TARDIEU, l’artiste YARON STEINBERG a crée une installation géante en carton nommée « THE BRAIN/CITY PROJECT, INSTALLATION OF MY BRAIN AS I IMAGINED IT TO BE ». L’objet représente des centaines de petites boites illuminées qui font penser à des petites maisons. 3 - Jean TARDIEU, poète et ecrivain français. Extrait de son livre autobiographique « On Vient Chercher Monsieur Jean», aux édition Gallimard, 1990. Page15.

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L’installation renvoie irrésistiblement à l’image de la ville hyper compacte. Comme dans une médina vue de loin, les petites boites en carton, font penser à des centaines de foyers. Ces mêmes foyers se divisant en plusieurs chambres et ainsi de suite. On peut retrouver cette image dans des zones de la ville très urbanisée. (fig5) La métaphore de la ville cerveau n’est pas que poétique en un sens. En effet, l’installation renvoie aussi à l’aptitude de la ville à conserver l’information. C’est la mémoire. Figure 8: Yaron STEINBERG: Vue d’ensemble de l’installation Brain/City

Figure 9: Yaron STEINBERG: Brain/city project

Pour faire l’analogie, on peut assimiler les composants de la ville aux cellules du cerveau. Le réseau neuronal est au cerveau ce que les réseaux de voiries sont à la ville. Cette analogie a été le sujet de recherche de MARK CHANGIZI. En effet, le chercheur a mis en évidence la ressemblance dans le processus de développement du cerveau et celui de la ville. Il dit à ce sujet : « La sélection naturelle a passivement guidé l’évolution des cerveaux mammifères à travers le temps, tout comme les politiciens et entrepreneurs ont indirectement contribué à la formation des petites et grandes cités. Il semble que ces deux mains invisibles soient arrivées à une conclusion similaire : les cerveaux et les cités, lorsqu’ils grandissent, ont besoin d’une densité d’interconnexions similaires pour fonctionner de manière optimale »4 . L’auteur évoque dans sa recherche la possibilité d’optimiser l’infrastructure des villes en la comparant à la structure du cerveau afin de pouvoir relever les problèmes liés à la circulation.

Figure 10: Détail en carton de l’installation Brain/City Porject

Il est évident que chez l’humain, la mémoire n’est pas une entité isolée et définie dans le cerveau: La mémoire est l’ensemble des informations qui parcourent le réseau des neurones et qui font de la personne ce qu’elle est: Ce cumul d’expériences et d’informations déforme, reconstruit, renforce et détruit à chaque moment le schéma neuronal, la structure même du cerveau humain; forgeant ainsi son identité, une structure propre à chaque individu.

Au même titre, dans la ville, des fragments de la vie sont «cristallisés», mémorisés dans la pierre; témoignages d’une Figure 11: Vue d’ensemble sur la médina de époque qui sera ensuite revue, réinterprétée et ré-exploitée Tunis sous plusieurs formes.

4- Mark A. Changizi et Marc Destefano sont affiliés au Department de sciences cognitives, Rensselaer Polytechnic Institute, Troy, New York. Essai : «Common Scaling Laws for City Highway Systems and the Mammalian Neocortex» (www.changizi.com/citybrain. pdf) qui explique les similarités entre les résaux neuronals et les connexions d’autoroutes dans les villes.

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LA VILLE A UNE MÉMOIRE A l’échelle urbaine, nous pouvons parler de l’architecture comme vecteur d’information. Témoin du vécu de la ville, les bâtiments et édifices y sont uniques, propres à cette ville. Leurs combinaisons créent les rues, les avenues, les quartiers... C’est l’identité de la ville. C’est ce qui permet par exemple de différencier les rues de Paris des rues de Rio. En 1985 OLIVER SACKS, neurologue d’origine anglaise, dit à ce sujet : « Chacun d’entre nous est une biographie, une histoire, un récit singulier, qui s’élabore en permanence. »5. Il rajoute dans le même contexte que : « Biologiquement, physiologiquement, nous ne sommes pas tellement différents les uns les autres ; historiquement, en tant que récit – chacun d’entre nous est unique. »6 Ceci explique que l’identité n’est pas seulement héritée, elle est acquise avec le temps. C’est le cumul d’expériences qui sculpte nos personnalités comme nos villes. A l’échelle de l’architecture, on parle partout de portes, de fenêtres, de murs et de toits. Or ce sont les possibilités infinies de combinaisons de ces différents éléments qui créent le cachet unique de chaque maison, de chaque ville, de chaque pays et de chaque civilisation. SACKS dit aussi: « Un homme a besoin de ce récit intérieur continu pour conserver son identité, le soi qui le constitue.» 7 Ce qui peut être traduit par : Un individu sans histoire n’est rien. Une société, de même... La ville est un cerveau, et ses bâtiments portent en eux les milliers d’informations qui la définissent. De cette idée on comprend l’intérêt porté à l’égard des édifices anciens. Ces informations sont de plus en plus rares et d’autant plus précieuses. La conservation du patrimoine architectural dans les villes s’impose comme une conséquence évidente. 5- Oliver SACKS. tiré de son livre «L’Homme Qui Prenait Sa Femme Pour Un Chapau» , (The Man Who Mistook His Wife for a Hat) livre publié en1985 par Oliver Sacks, neurologue d’origine anglaise. Ce livre a inspiré Micheal Nyman pour un opéra du même nom en 1986 , ainsi que le film «Momento»,en 2000,de Christopher Nolan dont le personnage princiale souffre de perte de la mémoire. 6- Idem 7- Idem

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1. 2.

la régénération du tissu urbain

Comme tout organisme vivant, la ville a ses maux. Elle doit se régénérer8 et se renforcer. Les pathologies de la ville sont souvent liées au vieillissement du tissu urbain. Ce sont les tissus anciens, dans la ville comme dans le corps vivant, qui doivent être remplacés. Cette régénération se fait à travers des mécanismes internes d’une manière progressive et par étapes successives. Comme un vide qui se remplit, la régénération urbaine est une réparation du tissu quasi-spontanée, naturelle, dans laquelle l’homme, par ses interventions et rectifications joue le rôle de catalyseur. L’intervention consciente du concepteur en devient un effort de recherche et prévision des éventuels maux, et des potentielles évolutions des villes; en essayant de maîtriser au mieux les outils de régénération et d’évolution de la ville En plus de ce vieillissement du tissu urbain, l’un des problèmes majeurs auquel est confrontée la ville aujourd’hui est l’étalement urbain: Plus la ville grandit et s’étale dans l’espace, plus elle consomme d’énergie épuisant les ressources de son environnement direct. Vu que les taux d’urbanisation9 ne cessent d’augmenter, il fallait repenser une nouvelle forme d’urbanisme qui permet d’une part de densifier la ville et d’autre part de sauver ses tissus historiques. L’une de ces formes d’urbanisme consiste à reconstruire la ville sur la ville. Imaginer une nouvelle cité qui se superpose et s’entremêle à l’ancienne. Il s’agit de recycler les bâtiments anciens, de réinvestir l’existant pour y créer de nouvelles opportunités de développement. Planifiée entre autre pour les quartiers historiques, cette opération est appelée régénération ou renouvellement urbain : « Le renouvellement urbain est, en urbanisme, une forme d’évolution de la ville qui désigne l’action de reconstruction de la ville sur elle-même et de recyclage de ses ressources bâties et foncières. Celle-ci vise en particulier à traiter 8- Régénérer; (Le suj. désigne un être vivant, un organisme ou une de ses parties) Reconstituer un tissu, un organe, une partie détruite naturellement ou accidentellement. 9- En Tunisie en 2006, le taux de population urbaine est de 65 % alors qu’il était de 50 % en 1975 et de 40 % en 1956, ce qui représente une croissance annuelle moyenne de 3,5 %.

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les problèmes sociaux, économiques, urbanistiques, architecturaux de certains quartiers anciens ou dégradés, ainsi qu’à susciter de nouvelles évolutions de développement notamment économiques, et à développer les solidarités à l’échelle de l’agglomération (meilleure répartition des populations défavorisées, au travers de l’habitat social notamment). » 10 BUTS DE LA RÉGÉNÉRATION URBAINE : REDYNAMISER les tissus historique à travers l’implantation de nouvelles fonctions. INSCRIRE DANS UN CADRE DURABLE les tissus anciens par la réhabilitation énergétique. DENSIFIER LA VILLE par la création de nouveaux espaces de vie sans exploiter de nouvelles ressources foncières. AFFIRMER L’IDENTITÉ DE LA VILLE à travers la sauvegarde du patrimoine bâti et sa remise en valeur. Pour une fois, écologie et intérêt économique se retrouvent sur la même longueur d’onde. Le renouvellement urbain réuni les intérêts des écologistes soucieux de la protection de l’environnement et des grands investisseurs soucieux du bon retour sur investissement: D’une part, le renouvellement urbain permet de limiter l’étalement de la ville, et d’inscrire les quartiers anciens dans un cadre durable par la réhabilitation énergétique. En effet, la régénération d’anciens tissus urbains conduit automatiquement à introduire les nouvelles technologies dans les bâtiments et ainsi de réduire la pollution et la consommation d’énergie. De plus, cette opération permet de créer de nouveaux espaces de vie sans démolition ni exploitation de terrains vierges. D’autre part, dans notre système capitaliste, les investisseurs voient de plus en plus l’impossibilité de l’architecture moderne (contemporaine) de créer des lieux aussi attractifs que les centre villes anciens. Il est donc très intéressant d’investir dans des projets au sein même des centres historiques de la ville. Le régénération urbaine permet donc la remise en valeur du patrimoine bâti et la sauvegarde de l’identité de la ville, la remise à niveau de l’infrastructure des anciens quartiers, la mixité sociale par l’implantation de nouvelles fonctions dans ces quartiers et enfin la revitalisation de ces tissus historiques souvent laissés à l’abandon. 10-Définition du renouvellement urbain : https://fr.wikipedia.org/wiki/Renouvellement_urbain

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OUTILS DE LA RÉGÉNÉRATION URBAINE : Pour le concepteur, les outils de la régénération urbaine ne peuvent pas réellement être casés dans des définitions fixes. Toute intervention est unique car aucun bâtiment n’est identique à un autre. Ces outils partagent cependant des critères commun : travailler sur un environnement préexistant et dégradé qu’il faut soigner tout en exploitant ses qualités. Partant de cette idée, on peut classer ces outils en ponctuation,révélation ou prolongement

PONCTUATION

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A IST

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a . LA PONCTUATION : C’est le fait de couronner un bâtiment ancien. C’est une intervention contemporaine qui signe la réintégration de l’édifice dans le paysage urbain actuel par la superposition d’une nouvelle strate de temps. Cette extension en hauteur est une occasion de repenser le bâtiment formellement et fonctionnellement. Le geste qui peut être purement esthétique redonne au bâtiment un coup de jeune et par la même occasion une symbolique nouvelle. La nouvelle partie montre, met en valeur, révèle, indique, la partie ancienne. Comme le dit Alexandra Georgescu Paquin11 dans sa thèse, la ponctuation agit comme un indexe pointé vers le bâtiment ancien. Exemple: L’opéra De Lyon, France Par Jean Nouvel

Figure 16: Schématisation de la ponctuation. Illustration par l’auteur

Figure 12: L’opéra de Lyon avant l’in-

Figure 13: L’opéra de Lyon tervention. Le bâtiment a été construit après intervention débutée en en 1827 1993

Exemple: Caixa Forum, Espagne Par Herzog Et De Meuron

Figure 14: Centrale d’électricité bâtie en 1900 à Madrid

Figure 15: Centre culturel et

social La CaixaForum réalisé en 2008

11- Alexandra Georgescu Paquin «Actualiser Le Patrimoine Par L’architecture Contemporaine» - Presses de l’Université du Québec- chap4 : p156

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b . LA PROLONGATION : Intervention sur un édifice en vue de l’agrandir. Elle se manifeste sous forme d’une annexe, une extension du bâtiment, et toujours en continuité avec l’existant. La prolongation est une extension en vue de l’actualisation PROLONGATION du bâtiment, elle peut suivre le langage architectural de l’existant comme elle peut s’exprimer dans un langage contemporain le tout maintenant une cohérence formelle et fonctionnelle. Exemple : École De Musique De Louviers, France Par Bruno Decaris, Agnès Pontremoli, Pierre Tisserand

EX

Le monastère a été construit en 1659. Il a été reconverti en prison et tribunal en 1789 puis en école de musique en 1990. Un volume additionné en 2012 est recouvert de panneaux miroitant donnant l’illusion de la continuité du bâtiment.

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N TA

DIT

T

Figure 22: Schématisation de la prolongation. Illustration par l’auteur.

Figure 18: La reconversion du couvent en école de musique date de 2012.

Figure 17: Extension de l’école de musique de Louviers

c . LA RÉVÉLATION : Ce type d’intervention sur le patrimoine est généralement dans le but de mettre en valeur. La révélation consiste, contrairement à la ponctuation et à la prolongation, à la remise de l’édifice objet de l’intervention dans le centre du champ visuel : lui redonner toute son importance en le révélant au monde qui l’entoure. Ceci est dû au fait que souvent, les bâtiments patrimoniaux sont des édifices cachés, soit par tous les nouveaux bâtiments qui les entourent, soit à cause de leur mauvais état qui les a rendu invisibles au fil du temps. La révélation est une intervention qui célèbre le patrimoine, qui le met en avant.

REVELATION

EX

IS

N TA

T

Exemple: Le Convent de Saint Francesc Santpedor, Espagne par David Closes la construction de l’église Saint Francesc date de 1729. Elle a été reconvertie en centre culturel en 2011. Mise à part la réhabilitation de l’édifice, l’intervention consistait à évider une partie de la façade pour réveler l’interieur de l’église.

Figure 20: Façade du couvent de

Saint Francesc

Figure 21: Schématisation de la révélation. Illustration par l’auteur

Figure 19: Le couvent de Saint

Francesc vue d’en haut 27

IO

N


C O N C L U S I O N Pour pouvoir s’identifier à la ville, l’homme a depuis longtemps eut recours à la métaphore corporelle pour décrire la cité. Par plusieurs similitudes, la ville peut être comparée à un cerveau où le réseau de voiries serait assimilé au réseau neuronal du cerveau. Cette ressemblance s’étend jusqu’à la capacité de la ville à retenir l’information, tout comme la mémoire chez l’être vivant. Pour une compréhension globale de la ville, il faut l’assimiler à un organisme en perpétuelle transformation. Un organisme qui a la capacité de communiquer et de retenir l’information. Pour la ville, l’architecture est le vecteur de l’information. C’est à travers ses bâtiments et édifices qu’on comprend le fonctionnement d’une ville et son identité. L’architecte joue le rôle de catalyseur dans le processus de transformation de la ville. En effet, comme tout organisme, la ville a ses maux : étalement urbain, vieillissement du tissus urbain ... Le processus de renouvellement urbain est progressif et continu. Mais c’est à l’architecte de planifier la régénération du tissu urbain, de penser une ville qui se superpose et qui entremêle à l’ancienne. Différents outils ont été développés pour la régénération urbaine tels que la ponctuation, le prolongement et la révélation.


2.PATRIMOINE, MÉMOIRE DE LA VILLE.


2.1.

naissance

du

patrimoine.

La sauvegarde des bâtiments à valeur historique doit passer par la classification des bâtiments en tant que patrimoine. Il a fallu du temps à l’humanité pour se rendre compte de la valeur historique de son héritage, identifier son époque et tracer une ligne entre celle-ci et ce qu’elle conviendra d’appeler son passé : «Notre approche face aux objets du passé est conditionnée par la conscience historique moderne développée par l’Europe occidentale qui a créé une rupture entre la continuité du monde traditionnel et la société moderne. De cette rupture, une division s’est produite entre passé et présent»12 La Renaissance est le contexte dans lequel l’idée du patrimoine a pris racine. Durant la Renaissance, il y a eu progrès technologique et les sociétés occidentales se voient franchir un cap après un moyen âge assez sombre pour l’Europe. C’est une période charnière puisque c’est durant le Quattrocento qu’il y a eut rupture avec le passé et prise de conscience du «temps». En effet, un nouveau regard est posé sur l’Antiquité: Il s’agit du modèle, de l’idéal. Les bâtisseurs de la Renaissance s’inspiraient de l’architecture grecque et romaine , et on pouvait voir encore à la Renaissance des monuments décrivant la même rigueur et les mêmes lois de construction antiques (exemple: Le Tempieto par BRAMENTE à Rome édifié en l’an 1502- fig 23,24). Cette révolution intellectuelle durant le Quattrocento a permis une prise de conscience de la double valeur historique et artistique des édifices de l’antiquité et des œuvres d’arts. C’est alors les prémisses de la protection du patrimoine. Pourtant il faudra attendre le siècle des lumières pour parler de conservation du patrimoine bâti. C’est avec le romantisme que cette marche vers le patrimoine débute, au XVIII siècle, entre autre avec JEAN JACQUES ROUSSEAU. Figure 23: Le Tempieto par BRAMENTE

à Rome

Figure 24: Plan et coupe du Tempieto

par BRAMENTE à Rome 30

Ce courant de pensée, qui favorise le retour vers la nature et une tendance à vouloir faire vivre le passé dans le présent, a accéléré le pas vers le désir de conserver les objets et les édifices historiques. Le siècle des Lumières est un contexte particulier puisque c’est une période qui a révolutionné la pensée et les sciences. Dans ce contexte, la conservation devient une activité scientifique. La réflexion concernant la conservation du patrimoine bâti s’est faite autour du débat des spécialistes divisés entre restaurateurs et anti-restaurateurs, dont les plus 12- Paul Philippot, Foreword. In: Jokilehto, Jukka, A history of architectural conservation, Butterworth-Heinemann series in conservation and museology, Oxford, UK, Butterworth-Heinemann, 1999. P. vi. Tiré de la thèse de Mathieu Tangy «Conserver ou restaurer ? La dialectique de l’œuvre architecturale» Avril 2012. Université de Montréal.


connus sont EUGÈNE VIOLLET-LE-DUC et JOHN RUSKIN. VIOLLET-LE-DUC, père fondateur du mouvement de restauration, a fait de cette pratique une discipline scientifique. A la manière des archéologues, il répertorie, fait des inventaires et analyse méthodiquement les monuments à restaurer. Avant-gardiste, VIOLLET-LE-DUC a depuis le début appelé à envisager des programmes nouveaux pour les édifices restaurés: «On ne peut négliger ce côté d’utilité pour se renfermer entièrement dans le rôle de restaurateur d’anciennes dispositions hors d’usage ». 13 Il a aussi été favorable à l’emploi de nouveaux matériaux de construction qui seraient plus adéquats à des bâtiments recevant du public, pour des raisons pratique et de sécurité. De ce côté, l’architecte a su répondre aux besoins nouveaux d’une société en adaptant les édifices anciens aux goûts du jour. Or VIOLLET-LE-DUC voulait, dans ses interventions sur le patrimoine en France, restituer l’image du monument. « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné.» 14 Cette restitution peut dépasser la réalité de l’objet d’intervention en question et en donner une version «améliorée». Selon Viollet-Le-Duc, lors d’une intervention sur le patrimoine, il fallait recomposer l’intégrité de l’image, se mettre à la place de l’architecte «primitif». C’est à dire revivre le même contexte historique et rebâtir avec les moyens actuels. Pour exemple, le château de Pierrefond (fig25,26). ` Cette vision de l’intervention sur le patrimoine, bien que reposant sur une analyse approfondie et une compréhension du monument à restaurer, reste très critiquée puisqu’elle déforme fortement l’information transmise. L’ image restituée perd en authenticité et fait de l’édifice restauré une version factice qui Figure 25: Château de Pierrefond avant la restauration revoie vers de fausses pistes. Le but premier de l’intervention sur le patrimoine étant de garder une trace authentique du passé. Il ne faut cependant pas oublier de situer VIOLLET-LE-DUC dans son contexte historique : La notion de patrimoine venait tout juste de faire son entrée en Europe et on n’hésitait toujours pas à raser d’anciennes églises pour en reconstruire d’autres plus grandes. VIOLLET-LE-DUC avait réussi à sauver plusieurs bâtiments de l’époque médiévale. Figure 26: Château de Pierrefond aprés

la restauration

13- Eugène Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 8.djvu/34 14- Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8, « Restauration »

31


Le protagoniste du mouvement anti-restauration quant à lui, JOHN RUSKIN, voit en toute intervention sur le patrimoine un sacrilège. En effet, selon lui, le patrimoine ne peut être qu’une propriété de la société car toute architecture a pour mission de transmettre à l’humanité les informations du passé. Ceci implique que les édifices doivent rester intacts au risque de les perdre. Il dit à ce sujet : « La conservation des monuments du passé n’est pas une simple question de convenance ou de sentiment. Nous n’avons pas le droit d’y toucher. Ils ne nous appartiennent pas.» 15 Cette idée du patrimoine en tant que témoin intouchable du passé garde bien sûr l’authenticité des édifices en empêchant toute addition. Mais, cette école de pensée fait de l’héritage architectural un tabou, un objet figé dans le temps qu’on ne peut en aucun cas réintégrer dans la ville même si l’occasion s’y présente. Le patrimoine est une information à transmettre. Selon RUSKIN, cette information ne doit pas être modifiée. Un bâtiment peut être tout au plus légèrement consolidé, entretenu, mais jamais modifié. Il faut laisser mourir les édifices et laisser la nature reprendre ses droits sur l’homme. Cette vision romantique du monde ne peut être applicable en réalité car une ville où s’entassent des bâtiments en ruine est une ville qui ne peut progresser. Dans la continuité de la pensée de RUSKIN, et si on imagine la ville suivant de telles recommandations, le tissu urbain courraitt vers la désintégration. Les bâtiments se videraient les uns après les autres, et on se retrouverait à arpenter des villes fantômes. Au nom de l’authenticité historique, RUSKIN prend une position très critiquable puisqu’il appelle à l’abandon de l’édifice lorsque celui ci n’est plus apte à accueillir des utilisateurs. Mais RUSKIN oublie que lorsqu’il n’y a pas vie, il n’y a plus transmission de l’information. La mort du bâtiment signe alors la mort de l’information.

15- Les sept lampes de l’architecture, John Ruskin (trad. George Elwall), éd. Denoël, 1987, p. 206

32


2.2.

patrimoine colonial de Tunis

un long chemin vers la reconnaissance. La notion de patrimoine, et particulièrement celle de sa protection a mis un certain temps à être étudiée et réglementée en Tunisie. L’aspect récent d’une partie de cet héritage, le patrimoine colonial, est certainement un élément important, mais qui demeure sans réel plan de protection par l’état. Évolution de la notion de patrimoine en Tunisie Sous l’empire ottoman (1574-1881), le système de Habous ou Waqf, une institution dérivée des lois islamiques, comblait le rôle de maintenance des propriétés en Tunisie. Les édifices n’étaient pas considérés comme patrimoine historique, mais plutôt comme héritage et patrimoine matériel à entretenir. Il n’y avait pas de code défini à l’époque pour réglementer le système de Hbous. Les les situations étaient traitées au cas par cas, selon les circonstances. «Le don d’une propriété individuelle à perpétuité pour le bien public et dans la possession de Dieu [...] La continuité des waqfs a essentiellement contribué à leurs survie, un entretien régulier et la réparation des bâtiments ont été prioritaires»16 Avec l’occupation Française,on instaura une nouvelle vision du patrimoine. Essentiellement fondée sur des canons esthétiques, Importée par l’état colonisateur, cette vision définissant les notions de patrimoine et de la préservation de l’héritage historique. En 1884, le protectorat mis en place une commission, la «commission de la Tunisie» à Paris, et l’année suivante une délégation a été envoyée pour cataloguer et inventorier les éléments archéologiques. Une administration fût mise en place pour gérer les monuments historiques, ainsi qu’une législation pour la protection de l’héritage, suivi de la fondation du musée de Bardo dans le palais du Bey. La vision du patrimoine du point de vue colonial fût pour le moins sélective : Le «service des antiquités, beaux-arts et monuments historiques», mis en place en 1885, et opérant sous l’égide du ministère de l’éducation Français, ne prenait en compte que l’héritage pré-islamique, particulièrement carthago-romain; le compromis étant l’acceptation tacite de la spécialisation des Habous dans cet héritage et sa gestion. Au cours des années 1920, l’interprétation de la notion de 16-Urban Heritage, Development and Sustainability: International Frameworks, National and Local Governence. Urban Concervation in the medina of Tunis. p59. (Sabri 2014: 2; see also Hakim 2008: 108-09)

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patrimoine a encore été revue. Vu l’intérêt économique des éléments historiques, les autorités politiques françaises ont commencé à adopter un discours qui met en avant l’histoire du pays. Par une image romancée de la colonie, les Français ont fait de la Tunisie une destination touristique phare pour les européen en quête d’exotisme. Tunis - et sa médina en particulier - s’est vue valorisée dans cette perspective, à travers un plan «d’embellissement», le plan Valensi, et une nouvelle législation étendant la protection des vestiges archéologiques à la majeure partie de la médina de Tunis.

Vers la reconnaissance du patrimoine colonial La Tunisie parvint à son indépendance en 1956. L’attitude visà-vis à l’héritage colonial à cette époque fût celle d’un rejet quasi complet; un point de vue défendu par le président Habib Bourguiba, qui considérait le passé - en général - comme restrictif, oppressif et caractérisé par des cycles d’invasion, de conflits et de colonisateurs opportunistes. Il trouvait «absurde de prôner leur héritage, vénérer un passé dans lequel ils étaient maîtres..., de se voir dans une histoire écrite par les autres, ou pire, s’identifier dans un héritage construit par les conquérants»17. Que ce soit pour le patrimoine «vivant» de la médina - à travers le démantèlement des Habous en juillet 1957 - ou l’héritage colonial, à l’époque simples vestiges d’une occupation récente, plusieurs bâtiments sont laissés à l’abandon et à la dégradation. En 1967, l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis par le maire de Tunis fût créé pour limiter la dégradation de l’ancienne cité; ainsi que l’Institut National d’Archéologie et d’Art (INAA). Le Service des Antiquités est toujours chargé de l’héritage Punique et Romain. Après l’ascension au pouvoir du nouveau Président Zine Abedine Ben Ali (Ancien Premier Ministre) en 1987, la conservation du patrimoine passa au premier plan de l’agenda politique. Ben Ali se présenta comme moteur de changement. La relation trouble entre l’état post-colonial et le passé fût réévaluée, et une nouvelle corrélation entre conservation de l’héritage culturel et croissance économique a été établie., La promotion du tourisme culturel est alors remise en avant. Ce discourt a permis au nouveau gouvernement de se présenter comme «enraciné dans l’histoire du pays et ouvert au monde» en présentant le pays comme trait-d’union entre orient et occident. Cette évolution du discours s’est traduite par l’élaboration 17-Urban Heritage, Development and Sustainability: International Frameworks, National and Local Governence. Urban Concervation in the medina of Tunis. p61. (Saidii 2008: 106 )

34


au cours des années 1990s d’une nouvelle législation pour la conservation de l’héritage (Code du Patrimoine, CdP) et le développement urbain (Code de l’Urbanisme, CU). C’est dans ce contexte que l’appropriation du passé a en quelque sorte légitimé l’indexation et la conservation de l’architecture coloniale du 19eme et 20eme siècle comme un héritage national. Sur le plan pratique, si cette approche du patrimoine semble donner une valeur à l’héritage architectural, elle l’a essentiellement réduit à une attraction, une valeur ajoutée dans une économie axée sur le tourisme culturel : sans offrir une politique globale de réintégration de ce patrimoine et parfois même sans prendre en considération le fait que, à la différence du patrimoine historique punique ou romain, la cité de Tunis, sa médina comme sa ville coloniale, sont un héritage «vivant», habité.

Figure 27: Concervation du patrimoine historique de Tunis. (source: Sophia Labadi,William Logan - Urban Heritage, Development and Sustainability: International Frameworks, National and Local Governence. figure 41. p60)

35


Richesse patrimoine colonial à Tunis.

Figure 28: Vue aérienne prise en 1938

sur la medina de Tunis

Figure 30: Vue aérienne prise en 1938

sur le centre ville de Tunis

Figure 29: Vue aérienne prise en 1938

sur le centre ville de Tunis (source: www.tunisiadailyphoto.com )

CENTRE VILLE COLONIAL DE TUNIS 36

L’histoire riche en rebondissements de la Tunisie a donné à sa capitale un cachet unique. La ville de Tunis a abrité tour à tour les carthaginois dans ses collines, les beys dans sa médina et les dirigeants français sous le protectorat dans sa ville de style européen. Toutes ces périodes ont donné naissance à une richesse architecturale incontestable. Tunis se distingue par son identité multiple. D‘un coté, la médina, offrant un paysage continu de façades très peu ornementées, de lignes sinueuses et de rues très étroites. Ce tissu est distingué par la reproduction au fil des années, des mêmes éléments architecturaux et de la même organisation spatiale. De l’autre coté, au voisinage de ce tissu arabo-musulman, s’est érigée la ville européenne à l’urbanisme régulier. Sous le protectorat français et dés 1881, la capitale voit naître un mode d’occupation de l’espace complètement nouveau. C’est alors qu’émergent différents styles qui témoignent d’un grand savoir-faire à l’image de l’architecture sur l’autre rive de la méditerranée. Cette liberté a créé une nouvelle dynamique dans le paysage urbain de la capitale. Mais bien que la ville européenne soit clairement dissociable de l’ancien tissu urbain de la médina, on remarque qu’il y a un apport architectural en continuité avec l’ancien et unique en son genre. En effet, plusieurs bâtiments coloniaux se voient flanqués d’éléments en référence à l’architecture typique de la médina. Selon Chiraz Mosbeh, Chercheur-Enseignante universitaire à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse, nous pouvons regrouper les productions constructives en 5 tendances artistiques selon différentes périodes :


-Le style éclectique (1881-1900), qui se ramifie par la suite en style art nouveau (1900-1920) -Le style art déco (1925-1940) -Le style néo-mauresque (1900-1930) -Le style moderniste (1943-1947).

Figure 31: Théâtre municipal: Art Nouveau.

Figure 32: Immeubles Art Nouveaux à Tunis.

Figure 33: Villa Azerm : Art Nouveau.

Figure 34: Synagoge de Tunis: Art Deco

Figure 35: Villa Yvonnes: style eclectique

37


2.3.

tissu

colonial,

tissu

fragile.

«Tunis est bien restée la même, car le génie du lieu est décidément plus fort que les vicissitudes de l’histoire. L’orient possède cette sagesse suprême, celle de faire cohabiter l’ancien et le moderne, l’ordre et le désordre, le continu et le discontinu, avec plus de liberté et de talent que ne peut se le permettre l’occident.»18 Dans cet extrait, Charles BILAS décrit la ville de Tunis aujourd’hui de manière très romancée. Il rapporte l’état chaotique de la ville mais y voit le génie de la société orientale. Comparé aux pays européens, l’orient, et Tunis notamment, ne possède pas le culte du «monument» et de la «chose bâtie». «Il existe sans doute ici une approche radicalement différente de l’espace urbain. La notion de monument, telle qu’on la considère usuellement en Europe, n’a sans doute pas cours sous ces cieux. Et si elle existe; elle ne revêt certainement pas la même forme. Le vécu vis-à-vis la «chose bâtie» qui synthétise le rêve de l’humanité figé dans la pierre, varie sans doute selon la notion que l’on se donne du déroulement du temps. On dit à juste titre que l’orient est avant tout contemplatif. Le temps serait ici comme un phénomène transitif, une succession d’états éphémères: aussitôt vécu aussitôt passés...»19 L’auteur explique que si le tissu urbain historiques court vers la désintégration à Tunis, c’est que culturellement, la notion de «monument» dans la société orientale est très différente de celle en occident. Bilas explique implicitement qu’il n’est pas commun dans la culture arabo-musulmane de sacraliser les «choses bâties» . Il souligne que L’architecture en orient n’existe que pour sa vocation utilitaire. L’auteur dit aussi: Figure 36: Façade détériorées, rajout d’une porte métallique à l’entrée. L’immeuble est abandonné.

«Si le tunisois est en fait très sensible à la richesse de son patrimoine, ses préoccupation par rapport à sa gestion sont principalement axées sur la nécessité du présent» 20 Bilas résume en quelques mots le comportement du Tunisois (et du Tunisien de manière générale) envers le patrimoine colonial. Il n’y a pas de doute quant à la valeur de ce patrimoine dans l’imaginaire du Tunisien, mais sa protection n’est pas une priorité en Tunisie, puisqu’ils sont encore exploités.

Figure 37: Façade mal entretenue d’un immeuble Rue de Marseille.

La vision de Bilas envers le patrimoine de Tunis est une vision orientaliste, très romancée et au final assez loin de la réalité de Tunis. Car si Bilas voit une sagesse chez les pays orientaux qui font cohabiter l’ancien et le moderne, l’ordre et le désordre… 18- « Tunis, l’orient de la modernité», Charles Bilas, architecte, auteur et peintre né à Tunis.introduction p011. 19-idem 20-idem

38


il ne mentionne pas les conditions de vie dans ces quartiers devenus insalubres. L’auteur oublie de mentionner le manque de moyens de l’état et les conditions de vie très difficiles dans ces tissus patrimoniaux vivants. Comme sur des cartes postales, Bilas brosse le portrait d’un Tunis étincelant de beauté, et voit dans le chaos de la ville une «sagesse orientale». Ce génie est en réalité une adaptation forcée des habitants aux conditions de vie dans les quartiers historiques ( médina ou ville européenne) . On ne devrait pas y voir de la sagesse, mais plutôt des faiblesse auxquelles il faut remédier. L’état chaotique décrit par Bilas découle de 3 principaux facteurs : . Abandon . Squat . Absence d’encadrement de l’état. a . L’ABANDON La cause première de la fragilisation du patrimoine architectural est le temps. Le processus naturel de vieillissement des matériaux fait que plusieurs bâtiments sont inexploitables au bout d’un certain temps. Le progrès, les besoins en matière de confort, d’économie d’énergie, la technologie et les nouveaux modes d’occupation des espaces sont difficilement applicables à des édifices anciens. Par conséquent, plusieurs bâtiments disparaissent. Pareil au processus de régénération cellulaire chez l’humain, la disparition des constructions est un phénomène « naturel » et qui permet à la ville de se réinventer. Or ce processus est très accéléré lorsqu’il n y a aucun entretien et que les bâtiments restent à l’abandon. Cette accélération atrophie la ville. b . LE SQUAT Dans la plupart des villes qui ont été colonisées, on voit émerger dans la période poste-coloniale des problèmes de propriété. Ces problèmes font obstacle à la volonté d’investir dans le patrimoine. A l’aube de l’indépendance de la Tunisie, la plupart des Européens propriétaires immobiliers ou fonciers à Tunis ont définitivement quitté le pays en abandonnant immeubles et villas. Là est apparu le phénomène du squat. Des personnes trouvent des locaux sans propriétaires et s’y installent. Des dizaines d’années plus tard, les propriétaires ne donnant plus signe de vie, le bien immobilier devient au vu de la société la propriété du squatteur ou de ses héritiers. Mais le squat est une forme d’occupation de l’espace qui peut avoir des répercussions désastreuses sur les lieux squattés. Le manque de conscience de la valeur historique des bâtiment et surtout le manque moyens matériels des squatteurs entraînent la détérioration du bâti. Souvent, des modifications architecturales peuvent à la longue bouleverser la lecture du paysage urbain.

Figure 38: Extension sur la Terrasse dans un Immeuble à LaFayette.

Figure 39: Villa coloniale abandonnée, place d’Afrique.

c . L’ABSENCE D’ENCADREMENT DE L’ÉTAT 39


La politique de gestion du patrimoine colonial à Tunis est presque inexistante. Ce qui a pour conséquences la dévalorisation de parcelles très importantes de la ville et la mise aux oubliettes d’une partie déterminante de l’histoire tunisienne. L’absence d’un plan d’aménagement concernant la réhabilitation du patrimoine colonial ainsi que l’absence d’un cahier des charges stricte pour organiser les nouvelles constructions dans le centre ville, créent un vide et entraînent des mutations importantes dans le cœur de Tunis. Les constructions nouvelles au centre ville sont généralement de style international; style qui ne prend pas en considération l’assise historique des lieux. Ceci entraîne la perte de l’éclectisme et transforme, à la longue, le centre ville en un prototype de ville sans identité. Le cas le plus le plus récent étant le siège de la banque BIAT qui fait face à la cathédrale de Tunis et juxtapose le théâtre municipal de Tunis. 60 ans déjà depuis l’indépendance de la Tunisie, le centre ville européen demeure pour le Tunisois une attraction principale de par son positionnement stratégique aux portes de la médina ainsi que les activités économiques, culturelles, sociales et même politiques qui s’y concentrent. Paradoxalement, ce centre ville souffre d’une absence évidente de remise en valeur. Cette situation va chercher ses causes dans le manque de moyens de l’état et l’absence d’organismes affectés à la conservation et à la réhabilitation des bâtiments de l’époque coloniale. Si depuis quelques années, une prise de conscience s’établit profondément quant à l’avenir du patrimoine architectural des médinas de Tunisie, il y a malgré tout une négligence incontestable du legs colonial, non moins important. Il y a de nos jours besoin d’encadrer les recherches dans le sens de la mise en valeur et de la réhabilitation de l’héritage colonial.

40


C

O

N

C

L

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O

N

Dans l’organisme vivant qu’est la ville, le patrimoine peut être défini comme la mémoire. L’évolution de la notion de patrimoine en Europe a permis aux sociétés occidentales de cultiver une mémoire collective et une identité commune ; un lien entre les différents individus d’une même société. A cause de l’abandon, du squat et surtout de l’absence d’encadrement de l’état, les bâtiments coloniaux de Tunis sont restés les mêmes après plus de 60ans. L’intervention sur le patrimoine reste une pratique peu courante. Mise à part quelques reconversions courageuses mais toujours timides, le cœur de la capitale est tourmenté à coup de démolitions et n’arrive plus à suivre le rythme avec lequel évolue la société. Une nouvelle vision du patrimoine colonial doit s’établir à Tunis. Ces tissu historique est surtout une opportunité de dépasser toutes les notions de «monument sacré», de patrimoine « figé » dans le temps, d’obstacle au développement, afin d’y voir de nouvelles opportunités de progrès économique et de liens sociaux et culturels. Il y a aujourd’hui un besoin urgent de réinvestir ce patrimoine pour le réintégrer à la ville. D’une part ceci permettra de conserver cet héritage et de transmettre l’information aux générations futures. D’autre part, la conservation et la réutilisation de bâtiments anciens s’inscrit automatiquement dans la vision d’une ville durable. Le besoin d’espace habitable en milieu urbain est un problème d’actualité. La conservation et le réinvestissement dans le créé est une solution qui permet aux villes de régénérer leurs tissus aux faibles densités sans en modifier la lecture. Cela permet aussi d’insérer de nouvelles fonctions, et par conséquent d’offrir de nouvelles opportunités de travail et une nouvelle dynamique urbaine et sociale (La reconversion des maisons anciennes en maisons d’hôtes par exemple). Mais surtout, la régénération permet de consolider le tissus ancien en introduisant toutes les nouvelles normes d’hygiène et d’habitat salubre. «La conservation du patrimoine architectural doit être considérée non pas comme un problème marginal mais comme objectif majeur de la planification urbaine et de l’aménagement du territoire. » 21

21-Déclaration

d’Amsterdam – 1975 41


CHAPITRE II : R E C Y C L A G E , DE L’ESPACE À L’OBJET.


1.RECYCLAGE DE L’ESPACE.


LA CAIXA FORUM HERZOG ET DE MEURON

Madrid, Espagne Commenditaire: CaixaForum Madrid Realisation : 2003-2008 Surface : 11.000 m2 Fonction : Centre culturel

Figure 40: Centre culturel La Caixa Forum, par Herzog et Demeuron.

La CaixaForum appartient au Social Works Foundation of La Caixa, le leader européen des banques d’épargnes. La fondation est dédiée à des programmes en art, musique, théâtre et littérature. La caixa forum est un centre culturel situé près des musées Prado, Reina Sofia et Thyssen-Bornemisza. C’est une reconversion et extension de la vieille centrale électrique de Madrid bâtie en 1900. La commission de l’héritage local de Madrid a refusé l’intervention sur ce bâtiment historique au début, puis a été favorable grâce aux mérites du projet sur le plan architectural et son impact social dans le quartier. Musée Prado

Musée Thyssen-Bornemisza

La Caixa Forum Musée Reina Sofia Banque d’Espagne

Palace Buenavista

Figure 41: Plan de l’environnement de la Caixa Foum paru dans la revue Abitare 481 (Revealing the Secrets Behind the Designs - http://www.mascontext.com/) 44


Ancienne centrale électrique de Madrid

panneau perforé en Corten

Le bâtiment « l é v i t e »

Figure 42: Schémas illustrant l’intervention d’Herzog et De meuron. Par l’auteur.

Figure 43: Place couverte et signalétique de la Caxia Forum.

Les architectes ont soulevé le bâtiment existant du sol pour créer une place publique ombragée et un point d’accès au projet. Dans les 3 premiers étages, il y a essentiellement un programme d’espaces sans fenêtres. Ces espaces incluent un hall au 1er étage, deux niveaux d’exposition, un café au dernier étage. Au sous-sol, des salles de classe et un auditorium . Le concept rappelle l’usage classique des pilotis par le Corbusier. Ici les moyens de support sont cachés : vus de l’extérieur, les trois noyaux semblent disparaître derrière la signalétique et les vitrages miroitant. Ce qui crée le sens de la tension en posant la masse imposante en maçonnerie du bâtiment sur «le vide». Les architectes ont commencé par démolir l’intérieur et la toiture originale du bâtiment. La suppression du soubassement du bâtiment ( en blocs de granit) crée la place couverte: une extension de l’espace public dans l’emprise du bâtiment. Par cette intervention, Herzog et De Meuron font dialoguer extérieur et intérieur, dedans et dehors. ¨Par la soustraction de la base des murs, ils créent un sousespace abrité et l’entrée de la Caixa Forum. L’addition de deux étages supérieurs recouverts de fonte rouillée, deux étages sousterrains et dédoublement de la hauteur originelle, la surface de l’ancien bâtiment est multipliée par 5 soit plus de 10.000m2 en totalité.

Figure 44: Entrée principale du bâtiment. 45


Les étages additionnés en haut du bâtiments abritent un restaurant et un café. L’intervention consiste à couronner le bâtiment d’un volume recouvert de panneau en corten ( fonte rouillée) perforé. Le choix de ce matériau explicite la volonté des architecte de créer un lien avec le temps, l’histoire du bâtiment. Cet écran de corten joue le rôle de moucharabieh et filtre la lumière du soleil pour créer une ambiance tamisée pendant la journée. Le soir, l’éclairage intérieur transforme le restaurant en phare urbain et met en valeur l’édifice historique

panneaux en corten plein panneaux en corten perforé structure limite de la nouvelle toiture

toiture d’origine (démolie) murs d’origine (restaurés) murs d’origine (démolis) circulation (noyau en béton armé) place publique circulation (noyau en béton armé) Figure 46: Restaurant au dernier étage et moucharbieh en Corten

extension souterraine Figure 45: Schemas structurel de la Caixa Forum. (http://breannacarlson.com/Structural-Analysis-Caixa-Forum)

Figure 47: Ambiance intérieure de l’espace d’exposition

Restaurant Espaces culturels Circulation verticale

Place couverte

Hall d’entrée Auditorium

Figure 48: Coupe transversale 46


Figure 52: Coupe transversale.

Figure 49: Plan Niveau 1

Figure 53: Vue d’ensemble de la Caixa Forum.

CONCLUSION

Figure 50: Plan Niveau -1

Avec ce couronnement, Herzog et De Meuron ont joué avec plusieurs notions contradictoires. On retrouve la massivité et la légèreté dans la surélévation du bâtiment en pierre ainsi que dans l’utilisation de la fonte perforée. La limite entre dedans et dehors disparaît avec l’extension de la placette publique dans l’enceinte du bâtiment. Un jardin vertical sur le mur mitoyen du bâtiment voisin vient renforcer cette tension. L’aspect massif de ce projet en a fait aujourd’hui une icône à Madrid. L’apport social et culturel est assuré par la création de cette place en relation étroite avec le bâtiment, ainsi que la transformation du mur mitoyen en jardin. L’intervention pause un regard nouveau sur la notion de parc urbain et de place urbaine. L’espace public gagne à inclure une fonction culturelle. Les expositions artistiques, les performances musicales et autres rencontres publiques sont les moteurs des liens sociaux.

Figure 51: Plan Niveau 0 47


L’ É T O I L E D U N O R D Tunis, Tunisie. Réalisation : 2000 Surface : 2000 m2 Fonction : Café théâtre.

Figure 54: Scène de théâtre de l’Etoile du Nord.

Figure 55: Bâtiment industriel avant l’intervention.

Figure 56: 32 BIS, ancien siège de Philips à Tunis. 48

Figure 57: Espace d’exposition du 32 BIS.

En vent de fraicheur qui souffle dans le cœur de Tunis, L’Étoile du Nord s’imposait comme l’icône de la jeunesse Tunisoise « branchée ». Unique reconversion d’un bâtiment industriel dans la capitale jusqu’en 2014 (apparition du café Whatever saloon et de l’espace d’exposition d’art contemporain 32 BIS figures 46 et 47), ce café théâtre a vu le jour en l’an 2000. Le bâtiment existant était un hangar qui servait de parking. L’espace divisé en deux grandes parties offre un cyber café à l’entrée suivi d’une grande salle aménagée en scène de théâtre et café. Ces fonctions ont attiré lycéens, étudiants et artistes. Par son orientation vers un public jeune et en s’impliquant dans la promotion de la scène artistique et culturelle de Tunis, ce café théâtre a redonné vie au lieu qu’il occupe et a créé une toute nouvelle dynamique dans


le quartier. Sous une charpente métallique, toute la surface s’étend sur un seul niveau et est divisée en deux espaces créant les deux parties du café. Le propriétaire a opté pour une intervention minimaliste sur l’architecture du bâtiment. Les murs en brique sont sauvegardés et repeints. La structure métallique d’origine a été remise en état, et les panneaux en tôle ondulée ont été gardés;

1-LE CYBER CAFÉ :

Dans cet espace, l’aspect industriel est mis en avant, en référence à l’histoire du bâtiment. On y a disposé des tables et des chaises en métal, des luminaires industriels, et des conduits d’aération visibles. Un coin bibliothèque a été réservé au fond de la salle, ainsi qu’un comptoir pour les ordinateurs. Cette partie ouvre sur la rue par une baie vitrée.

SALLE DE SPECTACLE

SALLE DE SPECTACLE CYBER CAFÉ

SCÈNE

SERVICE W.C

CYBER C A F É

Plan RDC de l’Etoile du Nord.

Figure 58: Le Cyber café.

Figure 59: Entrée de l’Etoile du Nord.

Figure 60: Façade sur rue .

Figure 61: Coin bibliothèque.

2 – LE CAFÉ THÉÂTRE :

Toute cette partie du bâtiment est une mise en scène, comme un théâtre dans un théâtre. Les parties hautes des murs et les deux pans de la toiture sont peints en noir. Par cette intervention, les architectes éliminent les «obstacles» visuels en créant une boite noire dont les limites sont invisibles. Dans cette boite, des poteaux lumineux d’extérieur et un trottoir en autobloquants ont été mis en place, le sol est simplement couvert d’une épaisse couche de ciment peint en noir. Des conduits d’aération géants sont accrochés au plafond. L’ambiance générale fait référence au théâtre de rue, on se retrouve simultanément à l’extérieur et à l’intérieur.

Figure 62: Espace théâtre du café.

Figure 63: Luminaires urbains.

Figure 64: Aménagement de la salle de spectacle : la disparition de l’architecture et la mise en valeur de la scène. Illustrations par l’auteur.


2.RECYCLAGE DE L’OBJET.


2.1.

intérêt

économique

DÉFINITION : Le déchet est par définition ce qui est perdu dans l’emploi d’une matière ou après son emploi. Le déchet est inévitable et l’acte de jeter fait partie du quotidien de tous. Le recyclage est un procédé de conversion de déchets en matériaux réutilisables qui évite le gaspillage de matériaux potentiellement utiles.

Figure 65: Logo RECYCLAGE

Le recyclage permet de : -Réduire la consommation de matières premières. -Réduire la consommation d’énergie. -Réduire la pollution atmosphérique (gaz a effet de serre émis lors de l’incinération) et la pollution de l’eau (mise en décharge). Le recyclage est un élément clé de la réduction des déchets et est le troisième volet du traitement des déchets : «Réduire , Réutiliser et Recycler». L’EXPLOITATION DES DÉCHETS SE CLASSIFIE EN 3 TYPES : -Extraction de la matière première : Les récupérateurs collectent les déchets pour en extraire la matière première. Cette matière première est ensuite ré-exploitée ou revendue aux industries pour fabriquer de nouveaux objets. -Restauration des objets : Certains objets en fin de vie sont récupérables et peuvent être restaurés pour reprendre leur utilité primaire, voire même acquérir une plus grande valeur marchande. Ce sont généralement des ateliers de réparation et des boutiques de vente d’objets de seconde main. -Détournement d’objets : Certains artistes/artisans se spécialisent dans la récupération d’objet dans le but d’en détourner la fonction. ETAPES DU RECYCLAGE : -Le ramassage : Les récupérateurs récupèrent les déchets directement auprès des foyers, dans les bennes communautaires ou dans les décharges publiques. Ces récupérateurs peuvent être payés par l’état en tant que prestataires de service ( évacuation des déchets de la ville) ou par les sociétés de recyclage qui rachètent les déchets. - Le tri : Cette étape permet de séparer la matière récupérable 51


du déchet qui sera définitivement jeté. Le tri peut s’effectuer en même temps que le ramassage ou une fois que les objets ont été revendus à un intermédiaire. - La valorisation : La valorisation peut être un simple nettoyage ou réparation de l’objet, comme elle peut consister en une transformation de la totalité d’un objet ou d’une de ces parties pour la réutiliser autrement. -La revente : La revente peut se faire dans la rue par le récupérateur lui-même, de façon organisée dans une boutique, ou bien auprès d’industries dans le cas des matériaux bruts. INTÉRÊT ÉCONOMIQUE DU RECYCLAGE À TRAVERS L’HISTOIRE. Ramasser les déchets, les trier, les valoriser... Voilà une problématique très actuelle ! C’est pourtant un très vieux métier. Depuis des siècles, «Fabriquer du neuf avec du vieux» est une pratique courante. Dès l’Age de bronze, le métal est refondu pour une réutilisation perpétuelle. On situe l’apparition de cette pratique en Gaule romaine, 100ans avant JC avec la découverte de dépôts d’objets en bronze dans la région du Rhône. Le recyclage du papier a été enregistré la première fois en 1031 au Japon, où des magasins vendaient du papier repulpé. En Bretagne, la poussière et les cendres de feux de bois et du charbon étaient collectés et recyclés en matériau de base pour la fabrication de briques. C’est au 19ème siècle, avec les débuts de l’industrialisation, que le recyclage a connu son apogée. Le métier, connu au début sous le nom de «chiffonnier» n’a pas disparu, mais a évolué pour devenir ce qu’on appelle aujourd’hui «récupérateur», en arabe: «barbecha». L’industrialisation a stimulé la demande pour les matériaux à prix abordable; les métaux ferreux récupérés étaient très convoités. Les chemins de fer achetaient et vendaient de la ferraille depuis le 19ème siècle, et les industries de l’acier et de l’automobile font de même au 20ème siècle. On recycle abondamment les métaux ferreux dès les années 1960 avec l’invention du convertisseur Kaldo qui a permis à plusieurs ferrailleurs de faire fortune. Beaucoup d’autres produits ont été collectés, traités et revendus par les chiffonniers et autres récupérateurs qui parcourent les décharges et les rues des villes à la recherche de restes de machines, de casseroles, de bouteilles, de boites de conserve et toute autre source de métal ou de plastique. Ces récupérateurs ont profité de la montée en puissance de la consommation pour réintroduire les déchets dans le cycle de production. 52


Le principal moteur de ces types de recyclage était l’avantage économique pour les industriels à acheter de la matière première recyclée au lieu de l’acquérir vierge. Pour les localités, le recyclage permettait de remédier à un manque d’élimination des déchets publics dans des zones de plus en plus densément peuplées. En 1970, un logo est crée pour marquer les produits recyclables et les produits issus de matériaux recyclés. Ce logo sensibilise progressivement la société à la protection de l’environnement. Il est aujourd’hui un symbole de l’écologie. Le recyclage se banalise et on assiste aujourd’hui à un changement de paradigme vis-à-vis de la consommation des produits. La protection de l’environnement est une affaire de la société et tout le monde peut y participer. Une prise de conscience s’installe et définit le produit recyclé comme «meilleur», déplaçant l’acte de consommer dans un cadre durable. Un investissement considérable en matière de recyclage a eu lieu dans les années 1970, en raison de la hausse des coûts de l’énergie. La production d’aluminium recyclé fait gagner 95% d’énergie par rapport à la production d’aluminium vierge. Le verre, le papier et les métaux sont moins spectaculaires mais de très importantes économies d’énergie sont assurées par le recyclage de ces matières. Aujourd’hui, la récupération sélective des déchets ménagers se développe dans le but de faciliter l’industrialisation du recyclage. Les années 2000 ont vu une forte augmentation des ventes d’appareils électroniques ainsi qu’une croissance de la production de déchets issus de ces appareils. En 2002, les déchets électroniques ont augmenté plus rapidement que tout autre type de déchets dans l’Union Européenne. Les gouvernements se mobilisent pour encadrer ces diverses activités qui entourent le recyclage. En 2014, l’Union européenne possède environ 50% de la part mondiale des industries de déchets et de recyclage, avec plus de 60.000 entreprises employant 500.000 personnes, avec un chiffre d’affaires de 24 milliards €.22 Le recyclage suit cependant l’organisation mondiale de la consommation. Dans les pays en développement, et en l’absence de textes de lois qui régissent les activités du recyclage, c’est la récupération informelle qui permet de recycler une partie des déchets. Un encadrement de ces activités serait pourtant bénéfique à la situation de ces pays vu l’intérêt économique que représente le recyclage.

22- Recyclage - www.en.wikipedia.org/recycling

53


LE DÉCHET EN TUNISIE Le magazine électrnique Inkyfada a publié un article complet concernant la situation des déchets en Tunisie. L’article innocente «l’éboueur gréviste qui ne fait pas bien son boulot» et affirme la responsabilité de l’État dans la situation actuelle, en mentionnant tout un parcours de mauvaise politique de gestion pré et post-révolution. L’article accuse aussi la société de voir le métier d’éboueur comme étant un métier «dévalorisé et dévalorisant» alors qu’il s’agit d’un élément indispensable à la survie de la ville. On y mentionne aussi les récupérateurs, les barbechas: «Ils sont souvent stigmatisés alors qu’ils représentent une part importante de l’économie des déchets. Ce sont eux qui font fonctionner une bonne partie du recyclage par exemple»23 La gestion des déchets en Tunisie doit obligatoirement passer par la société civile. Aujourd’hui plus que jamais, il s’agit de rendre compte de la responsabilité de chacun. Tunisie Recyclage24 est une association crée en 2012 qui oeuvre justement dans la réduction des déchets de la ville de Tunis en remettant le citoyen dans le rôle d’acteur dans la société.

Figure 66: Chiffres clés de la gestion des déchets en Tunisie, graphiques de l’article Poubelles, les points noirs de la Tunisie. INKYFADA

23 Inkyfada - Ahmed Elleuch Directeur General de VIVERDIS et Coordinateur mandaté par GIZ-SWEEP NET Project pour le programme d’intégration des Berbechas. Ecrit par Lilia Blaise - Poubelles, les points noirs de la Tunisie. http://www.Inkifada.com/ 24 Site officiel de l’association Tunisie Recyclage : http://www.tunisierecyclage.org/

54


2.2.

r e s s o u r c e r i e s

«Les Ressourceries, ou Recycleries, sont des établissements ayant pour objectif principal de favoriser le réemploi ou la réutilisation de certains matériaux considérés comme des déchets. Ces installations proposent une solution aux collectivités et aux entreprises pour l’élimination de déchets tels que les encombrants et les DIB25. D’un point de vue historique, cette démarche suit celle entamée par des structures comme Emmaüs.»26 Les Ateliers de la Bergerette situés à Beauvais en France, inventent pour la première le mot «Recyclerie» en 1984. Le terme «Ressourcerie» quant à lui est crée en 1997, au Québec, où l’état crée un réseau de collecte et de valorisation des déchets baptisé «Ressourceries» du Québec. Ces ressourceries appliquent le principe des 3RV: Réduction à la source, Réemploi / Réutilisation, Recyclage et Valorisation. Que ce soit des recycleries ou des ressourceries, le principe fondamental consiste à valoriser le déchet. Dans un soucis de recyclage et de surcyclage, certains pays ont vu naître des centres de récupération et de valorisation des déchets pour revendre des objets de réemploi et réutilisation.

Figure 67: Affiche d’événement des Ateliers de la Bergerette (Beauvais). (http:// picardieverte.ateliers-bergerette.org/)

Appelées Ressourceries dans plusieurs pays francophones, et bénéficiant d’un cadre législatif régulant leur fonctionnement, ces centres participent à l’établissement d’une économie durable et ce à tous les niveaux du processus. En limitant d’abord le gaspillage, et en favorisant le réemploi dans un premier temps et le recyclage dans un second, les Ressourceries récupèrent des centaines de tonnes de déchets consistant principalement en meubles, vêtements et appareils électroménagers.

Figure 68: stock de la ressourcerie EkoDeco. Dunkerque. France. (http://www. homemygod.fr/eco-deko/

Ces déchets seront alors traités, réparés, réemployés ou recyclés. La vie de ces objets usagés est ainsi rallongée, ils sont ensuite remis en vente, souvent à but non lucratif. Les Ressourceries participent à résoudre plusieurs problèmes économiques, sociaux et environnementaux actuels. En effet, les réseaux de ressourceries participent à réinsertion des chômeurs dans la vie professionnelle, à la diminution de la consommation des matières première et à la valorisation du déchet dans une optique d’économie équitable et de développement durable. 25 - DIB : Déchet Industriel Banal.

Figure 69: Atelier de valorisation dans la ressourcerie Eko-Deco. Dunkerque. France. (http://www.homemygod.fr/ eco-deko/

26 - Définition Ressourcerie par l’association Cercle Recyclage. http://www.cercle-recyclage. asso.fr/publi/vade/chap5/fiche58.htm

55


«Les ressourceries ont fait apparaître un nouveau profil d’emploi, les «valoristes», dont les fonctions peuvent être multiples : assurer le bon fonctionnement de la ressourcerie, effectuer les opérations de réparation ou de démantèlement, conseiller les clients ou encore assurer la collecte des encombrants en porteà-porte ou en déchetterie.»27

R e s s o u r c e r i e s impact social

- Création d’emplois - Réinsertion des personnes en difficultés - Valorisation des métiers liés à l’environnement (récupérateurs, chiffoniers, férailleurs) - Fonctionnement participatif, création de liens sociaux et affirmation de la citoyenneté. - Valorisation des métiers manuels (artisanat) - Aide aux personnes dans le besoin.

impact environmental

- Sensibilisation des individus et des collectivité à la situation du déchet. - Limitation de l’exploitation des ressources naturelles - Valorisation de déchets - Réduction des taux d’enfouissement et d’incinération de déchets - Réduction de la pollution de l’air, de la terre et de l’eau

impact Èconomique

- Création de ressources à partir de déchets - Réduction du coût de fabrication de produits - Redistribution des richesses - Création d’emplois - Réinsertion des déchets dans le cercle économique. - Transparence économique

Figure 70: Schéma des impacts sociaux, environnementaux et économiques des ressourceries. Par l’auteur.

EXEMPLE D’AMÉNAGEMENT DE L’ESPACE DANS UNE RESSOURCERIE

Figure 71: Exemple d’un plan de ressourcerie. Ressouceries , Greenstocker, Gribouille moi la terre, Eco fabrik. Delphine Goodbody. http://dgoodbody.free.fr/?p=224

27 - Définition Ressourcerie par l’association Cercle Recyclage. http://www.cercle-recyclage. asso.fr/publi/vade/chap5/fiche58.htm

56


2.3.

u

p

c

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c

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i

n

g

L’Upcycling ou le surcyclage est le processus de récupération d’objets et de matériaux usagés afin de les transformer en matériaux ou produits de qualité ou d’utilité supérieure. En plus des bénéfices écologiques de la réutilisation, les produits du surcyclage sont mieux finis, plus sains et ont généralement une meilleure qualité environnementale. On recycle donc « par le haut »28. Le concept de upcycling a été mentionné pour la première fois par Gunter Pauli, dans son livre intitulé «THE UPCYCLING» publié en 1996. Il a ensuite été repris par William McDonough et Michael Braungart dans leur ouvrage Cradle to Cradle: Remaking the Way We Make Things paru en 2002. Le surcyclage est défini comme valorisation de tous les aspects du déchet afin de lui donner une nouvelle vie utile. L’Upcycling se réfère à la réutilisation d’un objet dans façon nouvelle sans dégrader la matière dont il est fait, par opposition au recyclage qui implique généralement de fondre le matériau d’origine et d’en faire quelque chose d’autre, en utilisant plus d’énergie.

Figure 72: Logo Upcycling

Figure 73: Tissu en fils de plastique.

Les pays en développement sont précurseurs dans la pratique de surcyclage. La transformation de vieux pulls tricotés en tapis était une pratique très courante par exemple. Bien que cette pratique s’exerçait plus par nécessité que par soucis de protection de l’environnement, il s’agit aujourd’hui de retrouver ces réflexes pour faire face à la surconsommation et à la surproduction de déchets. Dans une démarche éco-responsable, la coopérative Le Gafreh 29 ouvre en 2003, au Burkina Faso, un centre de tissage artisanal qui forme et emploie prés d’une centaine de femmes dans le besoin. Comme dans plusieurs pays en Afrique, les sacs plastiques sont la principale cause de pollution. Ces déchets constituent la matière première du centre de tissage. D’abord collectés, lavés et désinfectés ils sont ensuite découpés et filés en bobines (figure 56). Souples et résistants, ces fils de plastiques sont finalement retissés et transformés en de nouveaux produits.

Figure 74: Centre de tissage artisanal Le Gafreh. Etape de découpage des sacs plastique pour le tissage.

En Tunisie, à Nefta, un atelier d’artisans baptisé «El Mensej», se spécialise dans la transformation de friperies en tapis (margoum ou klim en arabe). Les vêtements en laine sont 28 - Le surcyclage : https//www.fr.Wikipedia.com/surcyclage/ 29 - Recyclage et tissage au Burkina Faso. www.maisondexceptions.com/recyclage-et-tissage-au-burkina-faso/

Figure 75: Atelier artisanal el Mensej à Nefta. Le métier à Tisser. 57


upcy

c le Figure 76: Emballages plastiques transformés en sac à dos par TerraCycle.

Figure 77: Sac à dos à partir de chambres à air de pneus par Cyclus.

upcy

c le Figure 78: Sac à main en Tuyau d’incendie par E&KO

d’abord détricoté pour obtenir des pelotes de laine, et sont ensuite retissées sur le métier à tisser (le mensej) pour obtenir des tapis. Le concept d’Upcycling connait une croissance importante dans le monde et séduit de plus en plus de personnes. De plus en plus de communautés s’organisent sur des sites internet et des réseaux sociaux pour faciliter le partage de solutions de surcyclage à faire à la maison. Le nombre de produits sur Etsy ou Pinterest marquée avec le mot «upcycled» est passé d’environ 7900 en Janvier 2010 à près de 30 000 un an plus tard, soit une augmentation de 275%. En Avril 2013, ce nombre se situait à 263 685, une augmentation supplémentaire de 879%.30 Plusieurs sociétés se créent aussi de par le globe dans cette même vision de réduction des déchets. L’upcycling est aujourd’hui en plein essor, ce qui reflète un intérêt accru dans les produits respectueux de l’environnement. Un nombre croissant d’entreprises se spécialisent dans l’upcycling bien que la tendance est encore à ses débuts TerraCycle31, entreprise américaine fondée en l’an 2000, met en œuvre des réseaux de ramassage et crée des solution de recyclage et de surcyclage dans l’optique d’éliminer le concept même de déchet. Crée par le jeune diplômé Tom Szaky, l’entreprise transforme les sachets de boisson en sacs à dos et les emballages de biscuits en trousses ou en cerfs-volants. Les produits sont très abordables et souvent distribués aux nécessiteux. De grandes entreprises comme Kraft et General Mills sponsorisent les stocks de déchets de la TerraCycle. L’entreprise colombienne Cyclus32 produit des portefeuilles à partir de chambres à air usées. La société britannique Elvis&KresseOrganisation (E&KO)33 utilise des déchets industriels pour fabriquer de nouveaux produits de luxe, comme transformer les tuyaux d’incendie en sacs, ceintures, portefeuilles et boutons de manchette. James Henrit, cofondateur de E&KO dit qu’ils évitent les «matériaux vierges,» au lieu desquels ils optent pour la ferraille, toile à voile et autre textiles usagés. Garbarage34, un magasin de design à Vienne en Autriche, permet aux clients de choisir les matériaux de leur futur produits en donnant accès à leurs rayons de déchets. Ils offrent ainsi un produit unique et personnalisable à leurs clients. 30 - Chiffres receuillis sur en.Wikipedia.com/ Upcycling , article en anglais. 31 - TerraCycle, Etats-Unis d’Amérique. Http://www.TerraCycle.com/ 32 - Cyclus, Colombie. www.e-shopcyclus.com/. 33 - Elvis & Kresse, Londres - Angleterre http://elvisandkresse.com/

Figure 79: Escalator transformé en banc par Garbarage 58

34 - Garbarage, Vienne - Autriche http://www.gabarage.at/


En Tunisie, quelques personnes adhère au concept de Upcycling et œuvrent dans le domaine de la revalorisation du déchet : HAMADI BEN NEYA «J’étais ferrailleur et donc j’ai toujours baigné dans ma matière de prédilection. J’ai commencé à bricoler pour mon plaisir, puis mon ami Noutayel Belkadhi m’a poussé à aller plus loin. Ma première sculpture était un insecte futuriste. Après j’ai créé en fonction de ce qui me passait par la tête, et du coup de cœur pour un morceau de ferraille qui peut m’inspirer particulièrement.»35 D’abord ferrailleur, Hamadi Ben Neya est aujourd’hui sculpteur et fournisseur d’accessoires de cinéma et télévision. Il est connu pour ses sculptures à partir de pièces en métal récupérées chez les ferrailleurs, dans les souks et chez les particuliers.

Figure 80: Hamadi Ben Neya, sculpteur Tunisien. (photo de Karim Kamoun)

BERMILL BY SAMIR. Samir H, originaire de Sousse, se spécialise dans le design industriel. Son travail est connu en Europe et aux Etats-Unis. Il a une prédilection pour les barils, «bermill» en arabe, d’où le nom de la ligne de meubles qu’il crée. L’artiste en fabrique des tables, des rangements, des luminaires, etc. (https://bermill.wordpress.com/)

Figure 81: Sculpture de Hamadi Ben Neya.

Figure 82: Table amovible. Bermill By Samir.

35-Propos de Hamadi Ben Neya receuillis par Isabelle Enault sur le site (www. lepetitjournal.com/tunis) : RENCONTRE - Hamadi Ben Neya, passion sculpture.

Figure 83: Logo Bermill by Samir.

Figure 84: Lustre Bermill By Samir.

Figure 85: Bibliothèque.

Figure 86: Lampe Bermill.

59


C O N C L U S I O N Le recyclage présente un très grand interêt économique puisqu’il permet de : -Réduire la consommation de matières premières. -Réduire la consommation d’énergie. -Réduire la pollution atmosphérique (gaz a effet de serre émis lors de l’incinération) et la pollution de l’eau (mise en décharge). C’est pourquoi plusieurs pays développés ont mis en place une politique qui prône le recyclage et la valorisation des déchets a travers la réglementation des centres de recyclage et l’instauration d’un réseau d’établissements publics et privés de valorisation de déchets comme le réseau de ressourceries du Québec. Le réemploi et le surcyclage sont des pratiques qui existent déjà en Tunisie. Vu l’intérêt économique que présente de telles pratiques, il serait judicieux de créer un projet qui pourrait encadrer et fructifier ces travaux.

60


3.ESPACES DE RECYCLAGE.


I AM

RECYCLED PKMN

ARCHITECTS

Arrasate, Gipuzkoa, Espagne Commenditaire: Grupo Emaus Bidasoa Realisation : 2014 Surface : 2568 m2 Fonction : Centre de recyclage

Figure 87: I AM RECYCLED, vue intérieure de l’espace de vente.

Le collectif d’architectes PKMN réimagine une usine de métallurgie datant de 1928 en un centre écologique, exposant ainsi un héritage industriel propre à l’histoire de la région Basque.

Figure 88: Structure existante en béton armé.

Figure 89: Concept du projet par PKMN architects. 62

L’édifice de 2568m2, situé à Arrasate en Espagne, appartenait à Alan Steel Asset Managment (ASAM), une industrie de métal. Aujourd’hui sous la gestion de Grupo Emaus Bidasoa, le bâtiment accueille plusieurs activités : Un centre de recyclage, une surface de vente de produit de seconde main, des ateliers de récupération, des bureaux et des salles de classes. Le but de PKMN était de mettre à jour l’activité du bâtiment et de lui créer une image contemporaine, tout en préservant la structure en béton armé existante. Cette intervention devait être complètement réversible et aussi «low cost » pour adhérer à l’éthique


écologique de la compagnie Emmaüs. Le processus évolutif décrit par les architectes pour cette RECONVERSION se passe en deux phases:

PHASE 1 :UPGRADE KIT ET SUPERGRAPHICS (GRAPHISME GÉANT) Les kits d’upgrade sont des moyens d’optimisation des nouveaux usages des espaces dont les principes se fondent sur:

-L’intervention minimale sur le bâtiment existant. -La réduction du bâtiment à une ossature structurelle et une enveloppe extérieure consolidée. -L’ajustement de certains éléments architectoniques aux réglementations actuelles.` La première partie des travaux a déjà été effectuée entre 2013 et 2014. Le bâtiment maintenant dénommé « I am Recycled » a d’abord été réduit à sa structure de base et à sa toiture. Les fenêtres, les skydômes et les parterres ont été réparés. Les architectes ont ajouté des murs amovibles préfabriqués en béton, un nouvel escalier ainsi qu’un système d’éclairage industriel. Les supergraphiques en couleur verte ont été introduits en référence au Grupo Emaus et au recyclage. A l’extérieur, la façade affiche un symbole de recyclage géant qui couvre la hauteur du bâtiment, fenêtres incluses. A l’intérieur du bâtiment, dans les espaces de vente et d’exposition, les murs sont laissés bruts jusqu’à hauteur de 2m afin de mettre en valeur les produits recyclés. Les parties hautes des murs ainsi que le plafond ont été peints en vert révélant les éléments structuraux préexistants comme les poutres et les tuyaux autrefois connectés aux machines de découpe de métal.

Figure 93: Graphiques géant mur et plafond verts.

Figure 90: Graphique géant sur la façade principale.

Figure 91: Espace d’exposition du projet.

Figure 92: Palettes recyclées pour l’exposition 63


PHASE 2 : CONSTRUIRE CONSTRUCTION

RÉAFFECTATION DANS UNE

La seconde phase, en réalisation actuellement, s’articule autour du concept de «construire dans le construit». Des bureaux, des salles de classes et des espaces de rencontres sont en train d’être mis en place. Ces sous-espaces sont réalisés à partir d’éléments préfabriqués servant normalement pour les structures de serres. La création de sous-espaces assure une économie en énergie, une correction acoustique, la présence de lumière naturelle à l’intérieur du bâtiment mais surtout elle facilite la gestion du volume existant et les grands espaces alloués à l’exposition et au stockage. A partir de recyclage de palettes, les espaces ont été aménagés avec des meubles d’exposition, de socles, d’étagères… Les tubes de métal (existant dans le bâtiment) sont exploités pour le système d’éclairage ainsi que pour accrocher un faux plafond dans le showroom. En tout, PKMN estime que l’utilisation de l’énergie renouvelable et d’un système d’air conditionné efficace pourra réduire les dépenses de ce bâtiment de 50% à 80%.

Figure 94: Maquette des espaces intérieurs. Utilisation de structures métalliques préfabriquées

Figure 95: Ateliers et Espaces de stockage et rayonnage

Figure 96: PLAN RDC - I AM RECYCLED - PKMN ARCHITECTS

64


Figure 97: ELEVATIONS - I AM RECYCLED - PKMN ARCHITECTS

Figure 98: COUPES - I AM RECYCLED - PKMN ARCHITECTS

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L’espace tout comme l’objet, peut être recyclé. Le projet I AM RECYCLED présente les deux aspects du recyclage et met l’accent sur la réutilisation d’un bâtiment existant en créant des spatialités intéressantes à moindre frais et un programme axé sur le réemploi et le recyclage. Le nom I AM RECYCLED renvoit vers la reconversion du bâtiment et le produit qui y est vendu.

65


FAC


CE B

LA RECYCLERIE.


CHAPITRE I : CORPS URBAIN, CORPS VIVANT.


1.CONTEXTE DE L’INTERVENTION


1.1.

contexte

de

l’intervention.

Le site se situe en plein centre ville de Tunis, Avenue de Carthage. Il s’agit d’une parcelle sur laquelle existent deux immeubles de l’époque coloniale. L’avenue de Carthage est connue pour ses nombreux magasins de ventre de pièces de rechange, quincailleries et autres garages. La plupart des constructions sur cette avenue datent de la période coloniale et post-coloniale, ce sont des immeubles d’habitation avec des commerces au rez-de-chaussée. L’avenue de Carthage a gardé une façade urbaine presque intacte, mais les boutiques au rez de chaussée et les nouvelles constructions menacent clairement son identité.

Figure 99: Vue panoramique sur l’Avenue de Carthage depuis le toit d’un immeuble. 70


AV E N U E

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CARTHAGE BARCELONE

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71


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Figure 101: Immeuble Azerm. Magasin de roulement et café au RDC

Figure 100: Vue depuis le toit sur la station Barcelone.

Figure 113: Structure méta

Figure 102: Façade sur impasse de Carthage.

Figure 103: Impasse de Carthage

Figure 114: Modélisation du bâti existant.

Figure 104: Avenue de Carthage

Figure 105: Magasin de vente de roulement.

ORIENTATION

N

74

V O I R I E S VOIE PRINCIPALE VOIE SECONDAIRE IMPASSE

Figure 106: Entrée de stoc


allique de l’atelier.

Figure 112: Structure métallique de l’atelier.

Figure 111: Parking situé sur l’îlot voisin

Figure 110: Impasse .

Figure 109: Façade de l’immeuble de rapport situé sur le même îlot

ck du magasin

Figure 107: Façades en désharmonie. Cafés sur le trottoirs et vitrines de magasins.

Figure 108: Le RDC de cet immeuble a été complètement défiguré.

E TAT D U B Â T I B O N E TAT E TAT M OY E N M A U VA I S E TAT

75


1.2.

état des lieux de l’immeuble Azerm.

Figure 115: Escaliers de l’immeuble Azerm.

Figure 116: Détail du gardecorps.

Figure 118: Le calepinage s’est décollé dans le halle d’entrée.

Figure 119: Détail de la porte d’entrée.

Figure 117: La structure portante des escaliers est fragilisée. Présence d’humidité sur les murs.

Figure 120: L’enduit a été repris mais n’a pas été fini. La dalle à Voussettes est usée et doit être consolidé.

Figure 121: Les armatures sont apparentes et rouillées. 76

Figure 122: La rampe d’escaliers n’est plus sécurisée.


IMMEUBLE A Z E R M 53, AV.CARTHAGE.TUNIS.

Figure 123: Façade de l’immeuble Bigot.

Figure 125: Loggia en arc surbaissé de l’immeuble Bigot

Figure 124: Façade de l’immeuble Azerm.

Figure 126:Loggia en arc surbaissé de l’Immeuble Azerm

« Si l’édifice [l’immeuble Azerm] , daté de 1906, revendique résolument le style Art Nouveau, il décline toutefois le motif de l’arcade et ses multiples variantes sur le mode le plus insolite: en plein cintre, en anse de panier, surbaissé ou bien outrepassé, son auteur n’aura négligé aucune des formes qu’il est possible de lui faire prendre. Et, ultime prodige à son actif, il réalise ce édifiant catalogue sur trois étages seulement! L’ensemble n’en arrive pas moins à rester rigoureux dans son principe»36 L’immeuble Azerm est situé au 53, Avenue de Carthage. Son architecte d’origine italienne n’a pas été identifié. Construit en 1906, il est caractérisé par ces décors en plâtre de style Art Nouveau plaqués sur des constructions orthogonales. Il s’agit d’un pastiche d’un célèbre immeuble réalisé par Jules Lavirotte à Paris en 1900 Cet immeuble, bien que moins riche que l’original de Lavirotte, reste un des édifices phare de style Art Nouveau à Tunis. Chiraz Mosbeh le décrit comme «L’immeuble le plus original de la ville»37.

IMMEUBLE B I G O T 29, AV.RAPP. PARIS. Figure 127: Fenêtre en arc outrepassé. Immeuble Bigot

Figure 128: Fenêtre en arc outrepassé. Immeuble Azerm

Situé au 29, avenue Rapp à Paris, l’immeuble Lavirotte ou “immeuble Bigot” est construit en 1900 par l’architecte Jules Lavirotte pour le compte du sculpteur Alexendre Bigot. Le bâtiment s’élève sur 6 étages, ce qui offre une grande surface au sculpteur pour exposer son travail. La façade est un emblème du style art nouveau et a remporté en 1901 le concours de façades de la ville de Paris. L’immeuble a été classé monument historique en 1964. 36 - Charles Bilas, du livre «Tunis, l’orient de la modernité». (Les immeubles Art nouveau dans les quartiers),page 160.

Figure 129: Porte d’entrée de l’immeuble Bigot

Figure 130: Porte d’entrée de l’immeuble Azerm.

37-Chiraz Mosbeh, «Tunis sous le soleil de l’Art nouveau». La presse Magazine n°1102. Novembre 2008.

77


Fer forgé style Art Nouveau remplacé par un mur en maçonnerie. La texture d’origine sur les deux façades du bâtiment ont été remplacées par un enduit lisse. Les colonnes dans l’ouverture des fenêtres ont disparu

Figure 131: Modifications subies par l’immeuble Azerm.

L’aspect du rezde-chaussée a été complètement modifié. Des moulures et des fenêtres on disparu ainsi que la texture d’origine. Actuellement, le rez-de-chaussée abrite un café et une boutique de ventre de pièces de rechange.

PLAN 1er ÉTAGE

Figure 132: Façade Est. Dessin de l’architecte. «Épiphanie d’un délaissé»- Mémoire d’architecture de Nader Khlifi, ENAU. 2012. 78


Figure 133: Façade Sud. Dessin de l’architecte. «Épiphanie d’un délaissé»- Mémoire d’architecture de Nader Khlifi, ENAU. 2012.

Figure 134: Plan du premier étage. Dessin de l’architecte. «Épiphanie d’un délaissé»Mémoire d’architecture de Nader Khlifi, ENAU. 2012.

FAÇADE SUD

FAÇADE EST

79


ÉTAT INITIAL DE LA FAÇADE DE L’ I M M E U B L E A Z E R M

Figure 135: Reproduction de la façade originale. ( par l’auteur)

O R G A N I S AT I O N SPATIALE ACTUELLE AU RDC DE L’IMMEUBLE AZERM

Figure 136: Relevé du RDC de l’immeuble Azerm ( par l’auteur)


ORGANISATION SPATIALE INITIALE DE L’IMMEUBLE AZERM.

Figure 138: Reproduction du plan étage original ( par l’auteur)

Figure 137: Reproduction du plan original du RDC (par l’auteur)


PLAN MASSES DES BÂTIMENTS EXISTANTS.

Figure 139: Relevé des bâtiments existants sur l’îlot. (par l’auteur)

FAÇADE SUR L’AVENUE DE CARTHAGE À L’ÉTAT ACTUEL

Figure 140: relevé de la façade sur rue de l’îlot. (par l’auteur)


PLAN RDC ACTUEL DES BÂTIMENTS EXISTANTS.

Figure 141: Relevé des RDC des bâtiments existants. (par l’auteur)


1.3.

l’entre

deux.

ENTRE VIEUX ET NEUF L’intervention sur le patrimoine (dans notre cas, une reconversion) s’inscrit idéalement dans la vision de la ville durable. En effet, la reconversion ou recyclage du bâtiment conjugue deux temps de l’architecture : Le passé du bâtiment (c’est à dire son vécu et son utilité) et son présent (c’est à dire sa valeur historique et l’information qu’il transmet aujourd’hui). La reconversion permet donc un dialogue entre ces deux temps, une connexion entre un vécu passé et un vécu présent. Il y a dans le fait d’habiter une architecture ancienne une charge émotionnelle qui enrichit l’espace. La reconversion vient dans ces espaces, épais de leurs temps, réinventer une vie.

ENTRE DEUX BÂTIMENTS

Figure 142: Fenêtre poisson.

Figure 143: Chambres sur le toits. Imm Azerm

Le contexte choisi se présente sous forme d’un vide entre deux immeubles coloniaux. Une épaisseur invisible. Les murs mitoyens, aveugles, hauts de 4 étages laissent imaginer qu’à une certaine époque, on prévoyait une rangée d’immeuble dans les mêmes proportions. Mais ce qu’on voit aujourd’hui, ce sont ces deux bâtiments à 4 étages et des ateliers de réparation de voiture entre les deux.. Et ces deux murs mitoyens qui laissent rêveur. Dans le cadre de la reconversion, ce vide serait une connexion, et ces murs non pas des limites, mais une liaison.

ENTRE PASSÉ, PRÉSENT ET FUTUR

La reconversion est une réinterprétation d’un édifice en vue de lui redonner vie. Il ne s’agit pas de transformer l’édifice en un objet méconnaissable. Il s’agit de faire dialoguer deux visions du même bâtiment, deux langages architecturaux, deux époques différentes. Entre le vieux et le neuf, il faut trouver une harmonie, une entente. Cette harmonie ne se traduit pas avec l’utilisation du même vocabulaire architectural. La reconversion ne veut pas dire qu’il faut refaire ce qui a été fait avant: L’harmonie réside plutôt dans la subtilité des détails qu’on rajoute, dans les nouvelles connexions qu’on crée, dans la façon dont les fonctions sont distribuées dans l’espace. Dans le dialogue entre le vieux et le neuf, l’emploi de matériaux nouveaux est non seulement recommandé (afin de faire la part entre ce qui fait partie du bâtiment originel et ce qui a été rajouté lors de l’intervention), tout en veillant à créer une harmonie et un équilibre.

Figure 144: Escaliers de l’immeuble Azerm. 84


S

Y

N

T

H

È

S

E

-Les immeubles choisis ont une valeur historique et esthétique : L’immeuble Azerm est un exemple rare d’Art Nouveau Tunisien. En effet, l’utilisation du plâtre blanc sur les façades et l’application de la couleur bleue sur les menuiseries rappelle l’architecture de Sidi Bou Said. L’originalité de cette architecture présente un grand avantage lors d’une intervention. -Le site d’intervention se trouve à proximité de l’avenue Habib Bourguiba, prés de la station Barclone, et aux portes de la médina. Il est cependant assez loin des embouteillages de l’avenue Habib Bourguiba. -L’îlot étudié se trouve sur L’avenue de Carthage où le flux de passant est assez important pendant la journée. Il y a donc un intérêt économique qui peut être exploité par une intervention et l’injection d’une fonction commerciale dans le projet. Et un intérêt social exploitable à travers la création d’une place publique. -L’Avenue de Carthage comporte plusieurs ateliers de vente de pièces de rechange. Il y a donc présence de plusieurs point de fourniture en déchets recyclables. Ces déchets peuvent être exploités à travers la création d’un centre de valorisation de déchets. -L’état délabré de ces immeubles est une autre raison qui justifie l’intervention

85


CHAPITRE II : LE PROJET.

86


1.CONCEPTS ET FONCTIONNEMENT.


1.1

principes de fonctionnement.

Mon mémoire s’intitule La RECYCLERIE. Il s’agit de la reconversion de deux immeubles coloniaux (dont l’immeuble Azerm : un des rares bâtiments de style art nouveau à Tunis. Sa façade est protégée depuis 2010) situés au centre ville de Tunis, Av. De Carthage. Le recyclage est le thème central de ce mémoire. Le recyclage de la ville, de l’architecture et de l’objet. La reconversion visera à transformer les bâtiments concernés en un centre de recyclage et de récupération de vieux meubles. Le fonctionnement de cette “usine à recycler” est basé sur le travail en commun entre designers et artisans. -La RECYCLERIE est un espace de travail et d’échange destiné aux jeunes diplômés fraîchement sortis de nos nombreuses écoles d’art et de design, ainsi qu’aux artisans qui continuent tant bien que mal à exercer leurs métiers mais qui se voient de plus en plus mis à l’écart. -La RECYCLERIE est donc une plateforme qui servira de tremplin aux jeunes artistes afin de les lancer dans la vie professionnelle. -La RECYCLERIE offrira à ses utilisateurs des ateliers de travail individuels, des ateliers de travail en commun, des espaces de réflexion, des espaces de détente et de loisir ainsi que des lieux d’apprentissage. Mais surtout, la RECYCLERIE offrira un grand espace dédié à l’exposition et à la vente des objets fabriqués par les artisans et les designers. Le projet comportera un auditorium, un café culturel et des espaces d’exposition intérieurs et extérieurs tous destinés à plébisciter le travail de ces artistes. Dans cette reconversion, il est important de signaler que les immeubles à reconvertir et qui sont d’une grande valeur architecturale seront remis en valeur et réintégrés dans la ville par le changement de leur vocation d’immeuble d’habitation à bâtiment recevant du public. Ceci aura pour conséquence la transformation de ces deux immeubles, presque invisibles dans leur état actuel, en icône du design et ainsi promouvoir le patrimoine architectural de Tunis en le rendant public.

88


LE RECYCLCAGE DE L’ARCHITECTURE

Figure 146: Schéma du recyclage de l’architecture au recyclage de l’objet. Les particulier peuvent vendre leurs objets encombrants à la recyclerie.

LA RePONSE DE LA VILLE EST DANS LA VILLE La Ville

La Recyclerie

Figure 147: Schéma le la vie du déchet

Objet collecté

Ateliers Designers

Ateliers Artisans

Objet surcyclé.

Nouvelle vie du déchet

Figure 148: Schéma du voyage de la matière dans la recyclerie

89


LES QUATRE RÔLES DE LA RECYCLERIE La collecte : La Recyclerie collabore étroitement avec les déchetteries, les ferrailleurs et les récupérateurs locaux afin de s'approvisionner en matière première. Cet établissement permet aussi au particuliers de déposer les objets dont ils n'ont plus besoin ou de les collecter à domicile. La valorisation : Les objets collectés, sont triés puis passent par les ateliers de design et d'artisanat pour être récupérés, transformés ou simplement réparés. Dans ces ateliers, la créativités des uns et la connaissance en matériaux des autres permettra d'engendrer du bénéfice, de compléter la formation des designers et d'aider à réduire les déchets. La revente : La mise à disposition d'espaces d'exposition permettra de revendre les objets et de révéler le talent des artistes tunisiens au public. La sensibilisation : La Recyclerie comprendre un espace réservé à la vie associative qui entoure la réduction des déchets, ainsi que des programmes d'animation et de sensibilisation à la protection de l'environnement tout au long de l'année. AVANTAGES DE RECRÉATION D’ATELIERS D’ARTISANS ET DE DESIGNERS Que ce soit des artisans ou des designers (diplômés des différentes écoles de beaux arts et d’arts et métiers), ces artistes ne trouvent pas de soutient de l’état. En effet, le produit artisanal Tunisien était destiné majoritairement aux touristes. Ces touristes ayant quitté le pays pour des contrées plus sécurisées, l’artisan se retrouve aujourd’hui incapable de vivre confortablement. Le designer quant à lui (design produit, meubles, vêtement) , après quelques années d’études et un diplôme , se confronte à une réalité où il faut de l’expérience pour pouvoir pratiquer en dehors des institutions d’enseignement. L’absence d’encadrement des diplômés des écoles d’art engendre un grand déséquilibre et beaucoup de ces diplômés se retrouvent aujourd’hui à pratiquer dans des domaines complètement différents de leurs formations. Créer des ateliers pour accueillir ces professionnels leur offrira une opportunité d’acquérir de l’expérience en travaillant ensemble ( artisanat + design) .


1.2

concepts

et

idées

Figure 149: Schéma de transformation de la matière.

PROGRAMME DE L A R ECYCL ER IE • Boutique • Café culturel • Siège d’association pour le recyclage • Auditorium • Salle de cours • Espace de travail • Ateliers de design • Ateliers d’artisanat : Ateliers d’assemblage, Laboratoire d’expérimentation, Ateliers de menuiserie, de forge, de tissage, de peinture. • Bureaux • Administrations • Salles d’exposition • Espace d’exposition extérieurs • Dépôts • Espaces de stockage • Parking

Figure 150: Schémas de fonctionnement du projet. 91


Figure 151: distribution des circuits visiteur/employĂŠs.

Existant

92

Existant


D’après le programme,deux entités sont clairement dissociable: la zone d’exposition et la zone de travail. Une connexion visuelle entre ces deux entités génère une dynamique qui peut se voir depuis la placette publique. Dans la zone de travail, un vide sur la hauteur du bâtiment permettra de stocker différents matériaux et ainsi faciliter leur accès depuis les ateliers . Dans la zone d’exposition, qui donne sur l’avenue de Carthage, un auditorium viendra sculpter l’espace de transition entre les deux immeubles. Cette grande salle d’exposition changera au fil des jours avec les produits des ateliers de recyclages et de récupération.

93


TENSION : ENTRE VIEUX ET NEUF E N T R E D E U X B ÂT I M E N T S ENTRE PA S S É ET P R É S E N T.

Figure 152: Le projet doit creer un lien entre les deux bâtiments

EXPERIMENTATION FORMELLE DU PROJET: Depuis le début, il s’agissait de créer un lien entre les deux bâtiments à travers un rythme. J’ai d’abord opté pour des éléments signalétiques: des portiques tout au long de la façade, pour d’abord, exprimer la tension existant entre les deux édifices, ensuite , pour signaler la présence de la recyclerie , et enfin, pour créer une continuité de la façade urbaine.

Une autre proposition consistait à aligner des verticales sur le long de la façade pour créer un rythme. J’ai voulu créer cette alternance entre plein et vide, opaque et transparent pour exprimer la tension. En effet, avec ces verticales, lorsqu’on est face au bâtiment, celui ci laisse entrevoir ce qu’il y a à l’interieur, il est transparent. Plus on avance dans la rue, plus le bâtiment devient opaque. 94


Une des proposition était de dessiner des lignes horizontales en façade pour renforcer les liens. Une sorte de matérialisation des flux entre les deux bâtiments.

Recherche de spatialités interieures.

Figure 153: Recherche formelle du projet.

AUTRES EXPERIMENTATIONS FORMELLES : Le corten est un acier recyclé, ce qui en fait un choix idéal pour un projet axé sur le recyclage.

95


96


2 . E L E M E N T S GRAPHIQUES

97


Figure 154: RDC de la RECYCLERIE. (par l’auteur)

98


99


Figure 155: 1er étage de la RECYCLERIE (par l’auteur) 100


101


Figure 156: Vue sur la façade principale de la recyclerie. (par l’auteur)

Figure 157: <Sans lien d'intersection> (par l’auteur)

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Figure 158: Croquis vue aérienne de la Recyclerie (par l’auteur)

103


CONCLUSION GÉNÉRALE Le projet est né de trois volontés conjointes : - D’une part, une volonté de réinvestir le patrimoine colonial de Tunis et d'en faire une priorité de l'état, vu l’intérêt économique et environnemental que pourrait présenter une intervention sur cette partie de la ville. Le recyclage de ces bâtiments serait la manière la plus optimale de réinventer la ville tout en préservant son identité. C'est aussi une manière de réadapter les anciennes constructions aux demandes de la société contemporaine. -D'autre part, la volonté de mettre en place un projet capable d'accueillir des artisans et designers; des corps de métiers qui se complètent mais qui ne se croisent presque pas. Mais surtout, des métiers qui n'arrivent plus à engendrer assez de bénéfices à leurs pratiquants. -Finalement, la volonté de sensibiliser la société au problème des déchets en Tunisie et créer une alternative au méthodes classiques de gestion des ordures que sont l’incinération ou l’enfouissement ( des procédés très polluants )

La recyclerie permet de créer la rencontre de ces trois objectifs : Le défi de la recyclerie consiste à recycler son contenant et son contenu.

104


105


TABLE Figure 1: Illustration de NAWLZ, Citybrain, qui fait le rapprochement entre ville et cerveau source : ( http://nawlz.deviantart.com) page : 20 Figure 2: Scanner de neurones.1 source : (http://infinity-imagined.tumblr.com/ ) page : 21 Figure 3: Image satellite .1 source : (http://infinity-imagined.tumblr.com/ ) page : 21 Figure 4: Scanner de neurones.2 source : (http://infinity-imagined.tumblr.com/ ) page : 21 Figure 5: Image satellite .2 source : ( http://infinity-imagined.tumblr.com/) page : 21 Figure 6: Scanner de neurones.3 source : ( http://infinity-imagined.tumblr.com/) page : 21 Figure 5: Image satellite .2 source : ( http://infinity-imagined.tumblr.com/) page : 21 Figure 7: Image satellite .3 source : (http://infinity-imagined.tumblr.com/ ) page : 21 Figure 8: Yaron STEINBERG: Vue d’ensemble de l’installation Brain/City source:(www.digitalartistdaily.com/) page : 22 Figure 9: Yaron STEINBERG: Brain/city project source : ( www.digitalartistdaily.com) page : 22 Figure 10: Détail en carton de l’installation Brain/City Porject source : (www.digitalartistdaily.com/ ) page : 22 Figure 11: Vue d’ensemble sur la médina de Tunis source : ( https://www.flickr.com/photos/iancowe/) page : 22 Figure 16: Schématisation de la ponctuation. Illustration par l’auteur source : (Auteur ) page : 26 Figure 12: L’opéra de Lyon avant l’intervention. Le bâtiment a été construit en 1827. source : ( www.lyon-photos.com) page : 26 Figure 14: Centrale d’électricité bâtie en 1900 à Madridsource : source : (http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/ ) page : 26 Figure 13: L’opéra de Lyon après intervention débutée en 1993 source : ( www.rue89lyon.fr) page : 26 Figure 15: Centre culturel et social La CaixaForum réalisé en 2008 source : (http://www.madrid.es/ ) page : 26 Figure 17: Extension de l’école de musique de Louviers source : ( http://www.archdaily.com/359050/) page : 27 Figure 18: La reconversion du couvent en école de musique date de 2012. source : (http://www.archdaily.com/251389/) page : 27 Figure 19: Le couvent de Saint Francesc vue d’en haut source : ( http://www.archdaily.com/251389/ ) page : 27 Figure 20: Façade du couvent de Saint Francesc source : (http://www.archdaily.com/359050/) page : 27 Figure 21: Schématisation de la révélation. Illustration par l’auteur source : ( auteur ) page : 27 Figure 22: Schématisation de la prolongation. Illustration par l’auteur. 106

DE

FIGURES

source : ( auteur ) page : 27 Figure 23: Le Tempieto par BRAMENTE à Rome source : (http://hoolawhoop.blogspot.com/2011/05/bramantes-tempietto.html) page : 30 Figure 24: Plan et coupe du Tempieto par BRAMENTE à Rome source : ( http://hoolawhoop.blogspot.com/2011/05/) page : 30 Figure 25: Château de Pierrefond avant la restauration source : ( http://blog.pinsonnais.org/post/2009/04/06/) page : 31 Figure 26: Château de Pierrefond aprés la restauration source : (http://blog.pinsonnais.org/post/2009/04/06/ ) page : 31 Figure 27: Concervation du patrimoine historique de Tunis. source: (Sophia Labadi,William Logan - Urban Heritage, Development and Sustainability: International Frameworks, National and Local Governence. figure 41. p60) page : 35 Figure 28: Vue aérienne prise en 1938 sur la medina de Tunis source : ( source: www.tunisiadailyphoto.com) page : 36 Figure 30: Vue aérienne prise en 1938 sur le centre ville de Tunis source : (www.tunisiadailyphoto.com ) page : 36 Figure 29: Vue aérienne prise en 1938 sur le centre ville de Tunis source : (source: www.tunisiadailyphoto.com ) page : 36 Figure 31: Théâtre municipal: Art Nouveau. source : (www.vision-monumentale.com/photo/art/default/2613861-3687923.jpg?v=1294955073)page :37 Figure 32: Immeubles Art Nouveaux à Tunis. source : (auteur ) page : 37 Figure 33: Villa Azerm : Art Nouveau. source : ( auteur) page : 37 Figure 34: Synagoge de Tunis: Art Deco source : (http://www.yadvashem.org/yv/en/education/ newsletter/25/algeria_marocco.asp ) page : 37 Figure 35: Villa Yvonnes: style eclectique source: (patrimoinearchitectural.blogspot.com) page : 37 Figure 36: Façade détériorées, rajout d’une porte métallique à l’entrée. L’immeuble est abandonné. source : ( auteur ) page : 38 Figure 37: Façade mal entretenue d’un immeuble Rue de Marseille. source : ( auteur ) page : 38 Figure 38: Extension sur la Terrasse dans un Immeuble à LaFayette. source : ( auteur ) page : 39 Figure 39: Villa coloniale abandonnée, place d’Afrique. source : ( auteur ) page : 39 Figure 40: Centre culturel La Caixa Forum, par Herzog et Demeuron. source : ( http://www.constructalia.com/portugues_br/ galeria_de_projetos/espanha/caixaforum_madrid#.VrbCCzbhCRs) page : 44


Figure 41: Plan de l’environnement de la Caixa Foum paru dans la revue Abitare 481 source : ( http://www.constructalia.com/portugues_br/galeria_de_projetos/espanha/caixaforum_madrid#.VrbCCzbhCRs) page : 44 Figure 42: Schémas illustrant l’intervention d’Herzog et De meuron. Par l’auteur. source : (auteur ) page : 45 Figure 43: Place couverte et signalétique de la Caxia Forum. source : ( https://archileeg.wordpress.com/category/caixa-forum-2/) page : 45 Figure 44: Entrée principale du bâtiment. source : (www.constructalia.com/case_studies/spain/ caixaforum_madrid#.VrbDYjbhCRs ) page : 45 Figure 45: Schemas structurel de la Caixa Forum. source : ( http://breannacarlson.com/Structural-Analysis-Caixa-Forum) page : 46 Figure 48: Coupe transversale source : (http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/ ) page : 46 Figure 46: Restaurant au dernier étage source : (http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/ ) page : 46 Figure 47: Ambiance intérieure de l’espace d’exposition source : (http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/ ) page : 46 Figure 49: Plan Niveau 1 source : (http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/ ) page : 47 Figure 50: Plan Niveau -1 source : ( http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/) page : 47 Figure 51: Plan Niveau 0 source : (http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/) page : 47 Figure 52: Coupe transversale. source : (http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/ ) page : 47 Figure 53: Vue d’ensemble de la Caixa Forum. source : (http://www.arcspace.com/features/herzog--demeuron/caixa-forum/ ) page : 47 Figure 54: Scène de théâtre de l’Etoile du Nord. source : ( auteur ) page : 48 Figure 55: Bâtiment industriel avant l’intervention. source : (http://www.etoiledunord.org/ ) page : 48 Figure 56: 32 BIS, ancien siège de Philips à Tunis. source : (https://www.Facebook.com/32BIS /) page : 48 Figure 57: Espace d’exposition du 32 BIS. source : (https://www.Facebook.com/32BIS / ) page : 48 Figure 58: Le Cyber café. source : (http://www.etoiledunord.org/ ) page : 49 Figure 60: Façade sur rue . source : ( http://www.etoiledunord.org/) page : 49 Figure 62: Espace théâtre du café. source : ( auteur ) page : 49 Figure 64: Aménagement de la salle de spectacle : la disparition de l’architecture et la mise en valeur de la scène. source : (auteur ) page : 49 Figure 59: Entrée de l’Etoile du Nord. source : ( http://www.etoiledunord.org/) page : 49 Figure 61: Coin bibliothèque. source : ( http://www.etoiledunord.org/) page : 49

Figure 63: Luminaires urbains. source : (auteur ) page : 49 Figure 65: Logo RECYCLAGE source : (Wikipedia.fr.com/recyclage ) page : 51 Figure 66: Chiffres clés de la gestion des déchets en Tunisie, graphiques de l’article Poubelles, les points noirs de la Tunisie.INKYFADA source : (http://www.INKYFADA.com ) page : 54 Figure 67: Affiche d’événement des Ateliers de la Bergerette. source : ( http://picardieverte.ateliers-bergerette.org/) page : 55 Figure 68: stock de la ressourcerie Eko-Deco. Dunkerque. France. source : ( http://www.homemygod.fr/eco-deko/) page : 55 Figure 69: Atelier de valorisation dans la ressourcerie Eko-Deco. Dunkerque. France. source : ( (http://www.homemygod.fr/eco-deko/) page : 55 Figure 71: Exemple d’un plan de ressourcerie. Ressouceries , Greenstocker, Gribouille moi la terre, Eco fabrik. Delphine Goodbody. source : (http://dgoodbody.free.fr/?p=224 ) page : 56 Figure 70: Schéma des impacts sociaux, environnementaux et économiques des ressourceries. Par l’auteur. source : (auteur ) page : 56 Figure 72: Logo Upcycling source : (http://www.wikipedia.en.com/upcycling ) page : 57 Figure 73: Tissu en fils de plastique. source : (http://tissusetartisansdumonde.fr/en/gafreh/ ) page : 57 Figure 74: Centre de tissage artisanal Le Gafreh. Etape de découpage ... source : (http://tissusetartisansdumonde.fr/en/gafreh/ ) page : 57 Figure 75: Atelier artisanal el Mensej à Nefta. Le métier à Tisser. source : ( http://www.a-mag.co/tag/equipe-el-mensej/) page : 57 Figure 76: Emballages plastiques transformés en sac à dos par TerraCycle. source : (www.terracycle.com) page : 58 Figure 77: Sac à dos à partir de chambres à air de pneus par Cyclus. source : ( www.e-shopcyclus.com/) page : 58 Figure 78: Sac à main en Tuyau d’incendie par E&KO source : ( www.elvisandkresse.com) page : 58 Figure 79: Escalator transformé en banc par Garbarage source : ( www.gabarage.at/) page : 58 Figure 80: Hamadi Ben Neya, sculpteur Tunisien. (photo de Karim Kamoun) source : (http://www.facebook.com/hamadibenney ) page : 59 Figure 81: Sculpture de Hamadi Ben Neya. source : ( http://www.facebook.com/hamadibenney) page : 59 Figure 82: Table amovible. Bermill By Samir. source : (https://bermill.wordpress.com/ ) page : 59 Figure 83: Logo Bermill by Samir. source : (https://bermill.wordpress.com/ ) page : 59 Figure 85: Bibliothèque. 107


source : ( https://bermill.wordpress.com/) page : 59 Figure 84: Lustre Bermill By Samir. source : ( https://bermill.wordpress.com/) page : 59 Figure 86: Lampe Bermill. source : ( https://bermill.wordpress.com/) page : 59 Figure 87: I AM RECYCLED, vue intérieure de l’espace de vente. source:( www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures) page : 62 Figure 88: Structure existante en béton armé. source : (http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures ) page : 62 Figure 89: Concept du projet par PKMN architects. source : (http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures ) page : 62 Figure 93: Graphiques géant mur et plafond verts. source : ( http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures) page : 63 Figure 90: Graphique géant sur la façade principale. source : ( http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures) page : 63 Figure 91: Espace d’exposition du projet. source : (http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures ) page : 63 Figure 92: Palettes recyclées pour l’exposition source : (http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures ) page : 63 Figure 96: PLAN RDC - I AM RECYCLED source : (http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures ) page : 64 Figure 94: Maquette des espaces intérieurs.... source : (http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures ) page : 64 Figure 95: Ateliers et Espaces de stockage et ... . source : ( http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures) page : 64 Figure 97: ELEVATIONS - I AM RECYCLED - page : 65 Figure 98: COUPES - I AM RECYCLED source : ( http://www.archdaily.com/519078/i-am-recycled-pkmn-architectures) page : 65 Figure 99: Vue panoramique sur l’Avenue de Carthage depuis le toit d’un immeuble. source : ( auteur) page : 71 Figure 101: Immeuble Azerm. Magasin de roulement et café au RDC source : ( auteur) page : 74 Figure 102: Façade sur impasse de Carthage. source : (auteur ) page : 74 Figure 103: Impasse de Carthage source : ( auteur) page : 74 Figure 104: Avenue de Carthage source : (auteur ) page : 74 Figure 100: Vue depuis le toit sur la station Barcelone. source : ( auteur) page : 74 Figure 105: Magasin de vente de roulement. source : (auteur ) page : 74 Figure 114: Modélisation du bâti existant. source : (auteur ) page : 75 Figure 113: Structure métallique de l’atelier. source : ( auteur) page : 75 Figure 106: Entrée de stock du magasin source : ( auteur) page : 75 Figure 112: Structure métallique de l’atelier. 108

source : (auteur ) page : 75 Figure 107: Façades en désharmonie. Cafés sur le trottoirs et vitrines de magasins. source : (auteur ) page : 75 Figure 111: Parking situé sur l’îlot voisin source : (auteur ) page : 75 Figure 110: Impasse . source : (auteur ) page : 75 Figure 109: Façade de l’immeuble de rapport situé sur le même îlot source : ( auteur ) page : 75 Figure 108: Le RDC de cet immeuble a été complètement défiguré. source : (auteur ) page : 75 Figure 115: Façade de l’immeuble Bigot. source : ( https://www.flickr.com/photos/monceau/ with/8678555314/) page : 76 Figure 117: Loggia en arc surbaissé de l’immeuble Bigot source : (https://www.flickr.com/photos/monceau/ with/8678555314/ ) page : 76 Figure 119: Fenêtre en arc outrepassé. Immeuble Bigot source : ( https://www.flickr.com/photos/monceau/ with/8678555314/) page : 76 Figure 121: Porte d’entrée de l’immeuble Bigot source : https://www.flickr.com/photos/monceau/ with/8678555314/ ( ) page : 76 Figure 116: Façade de l’immeuble Azerm. source : (auteur) page : 76 Figure 118: Loggia en arc surbaissé source : ( auteur) page : 76 Figure 120: Fenêtre en arc outrepassé. source : (auteur ) page : 76 Figure 122: Porte d’entrée de l’immeuble Azerm. source : ( auteur) page : 76 Figure 125: La structure portante des escaliers est fragilisée. Présence d’humidité sur les murs. source : (auteur ) page : 77 Figure 128: L’enduit a été repris mais n’a pas été fini. source : (auteur ) page : 77 Figure 129: Les armatures source : ( auteur) page : 77 Figure 123: Escaliers de l’immeuble Azerm. source : ( auteur) page : 77 Figure 126: Le calepinage s’est décollé dans le halle d’entrée. source : (auteur ) page : 77 Figure 130: La rampe d’escaliers n’est plus sécurisée. source : ( auteur) page : 77 Figure 124: Détail du garde-corps. source : (auteur ) page : 77 Figure 127: Détail de la porte d’entrée. source : ( auteur) page : 77 Figure 131: Modifications subies par l’immeuble Azerm. source : (auteur ) page : 80 Figure 132: Façade Est. Dessin de l’architecte. source:(«Épiphanie d’un délaissé»- Mémoire d’architecture de Nader Khlifi, ENAU. 2012. ) page : 80 Figure 133: Façade Sud.Dessin de l’architecte. source :(«Épiphanie d’un délaissé»- Mémoire d’architecture de Nader Khlifi, ENAU. 2012. )page : 81


Figure 134: Plan du premier étage. source : ( «Épiphanie d’un délaissé»- Mémoire d’architecture de Nader Khlifi, ENAU. 2012. ) page : 81 Figure 135: Fenêtre poisson. source : ( auteur) page : 84 Figure 136: Chambres sur le toits. Imm Azerm source : ( auteur) page : 84 Figure 137: Escaliers de l’immeuble Azerm. source : (auteur ) page : 84 Figure 139: Schéma du recyclage de l’architecture au recyclage de l’objet.. source : (auteur ) page : 89 Figure 140: Schéma le la vie du déchet source : ( auteur) page : 89 Figure 141: Schéma du voyage de la matière dans la recyclerie source : ( auteur) page : 89 Figure 142: Schéma de transformation de la matière. source : (auteur ) page : 90 Figure 143: Schémas de fonctionnement du projet. source : ( auteur) page : 90 Figure 144: distribution des circuits visiteur/employés. source : ( auteur) page : 91 Figure 145: Le projet doit creer un lien entre les deux bâtiments source : ( auteur) page : 94 Figure 146: Recherche formelle du projet. source : ( auteur) page : 95

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BIBLIOGRAPHIE LIVRES - Charles Bilas, «Tunis, l’orient de la Modernité». - Oliver SACKS, «L’Homme Qui Prenait Sa Femme Pour Un Chapau» , (The Man Who Mistook His Wife for a Hat) -- Jean TARDIEU, « On Vient Chercher Monsieur Jean», aux édition Gallimard, 1990. REVUES - Rocío Peñalta Catalán, « La ville en tant que corps : métaphores corporelles de l’espace urbain », TRANS- [Online], 11 | 2011, en ligne depuis 08 Février 2011. URL : http:// trans.revues.org/454 ; DOI : 10.4000/trans.454. ARTICLES : - Mark A. Changizi et Marc Destefano . Essai : «Common Scaling Laws for City Highway Systems and the Mammalian Neocortex» (www.changizi.com/citybrain.pdf) -Inkyfada . Ecrit par Lilia Blaise - Poubelles, les points noirs de la Tunisie -Chiraz Mosbeh, «Tunis sous le soleil de l’Art nouveau». La presse Magazine n°1102. Novembre 2008. - Déclaration d’Amsterdam - 1975 -Communication de Ons Sakji -Patrimoine et reconversion . Unité de recherche : Patrimoine Architectural et Environnemental : connaissance, compréhension, conservation - ENAU. -Raja Aouali, architecte expert de la réhabilitation à l’A.R.R.U. - Rehabilitation De L’habitat Ancien Et Regeneration Urbaine Des Centres Historiques - D. iagnostics et recommandations THESES ET MEMOIRES : - Alexandra Georgescu Paquin «Actualiser Le Patrimoine Par L’architecture Contemporaine» - Presses de l’Université du Québec. - Mathieu Tangy «Conserver ou restaurer ? La dialectique de l’œuvre architecturale» Avril 2012. Université de Montréal. -Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle -John Ruskin, Les s sept lampes de l’architecture, John Ruskin (trad. George Elwall) -Sophia Labadi,William Logan , Urban Heritage, Development and Sustainability: International Frameworks, National and Local Governence. -Sandra Pelletier, Le recyclage urbain, une solution pour intensifier les villes. Ecole de Design de Nantes. 2014. -Bouaynaya Nizar, Reconversion de la maison ESSVIK en un pavillon de la ville de TunisENAU - 2006 -Le parc urbain de la petite Sicile. Larbi Marwen. ENAU 2012. SITES WEB : www.en.Wikipedia.org www.archdaily.com www.pinterest.com www.Inkyfada.com www.tunisierecyclage.org www.cercle-recyclage.asso.fr www.tunisierecyclage.org www.TerraCycle.com elvisandkresse.com www.gabarage.at www.lepetitjournal.com/tunis

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La RECYCLERIE - Mémoire d'architecture Yasmine Harzallah  

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