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SAINT-MARTIN

SINT-MAARTEN

No 10 ao没t 2010

LADY LIBERTY

VICTOR SCHOELCHER

FREEDOM


The Saint-Martin Museum is open from 9:00 am to 1:00 pm and from 3:00 pm to 5:00 pm Le Musée est ouvert de 9h à 13h et de 15h à 17h

7, Rue Fichot - Marigot - Tél. : 0690 56 78 92 www.museesaintmartin.com


Distribue par: CARIBBEAN LIQUORS & TOBACCO B.V. 8 Buncamper Road - Phillipsburg - St. Maarten Tel: (599) 542 2140 - Fax: (599) 542 2241 Email: info@cltbv.com

SOMMAIRE SCHOELCHER - PERRINON, DESTINS CROISES CONTRE L’ESCLAVAGISME SCHOELCHER PERRINON, DESTINIES INTERWINED AGAINST SLAVERY

Pages 2 à 8

MARRONNAGE A SAINT MARTIN RUNAWAY SLAVE ON SAINT MARTIN

Pages 9 à13

HERITAGE Saint-Martin/Sint Maarten

Editeur : Association Archéologique Hope Estate BP 507, Marigot, 97150 Saint Martin 0690 56 78 92 E-mail : heritagesxm@live.fr Directeur de publication: C. Hénocq Rédaction : Christophe Hénocq Marc Pacanowski Photographies : Hervé Baïs / A.A.H.E. Service commercial : 0690 56 78 92 Maquette et Graphisme :

0690 40 89 43 Traduction : I. Fenoll Impression : PRIM Caraïbes 05 90 29 44 87 ISSN 2104-8932 www.museesaintmartin.e-monsite.com La reproduction même partielle de tout article, photo et publicité parus dans HERITAGE est interdite sauf accord. La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur est illicite (article L.122-4 du code de la propriété intellectuelle).

EDITO Le 21 juillet dernier, Grand Case était en fête. Depuis quelques années, le village a choisi de célébrer dignement la date anniversaire de Victor Schoelcher, député à l’Assemblée Nationale, défenseur des droits à l’émancipation des esclaves des colonies françaises. Il sera à l’origine du décret d’abolition immédiate de l’esclavage dans ces colonies le 27 avril 1848. Nous avons choisi ce mois-ci de nous attarder sur l’histoire de la vie de cet homme hors du commun, lié à François Auguste Perrinon, Saint Martinois d’adoption, qui a lui aussi contribué à l’émancipation. Une Liberté que nombre d’esclaves n’ont pas attendue. Beaucoup d’entre eux, ne supportant pas leur condition d’homme asservi et les mauvais traitements s’étaient déjà depuis longtemps rebellés en s’enfuyant dans les bois ou vers d’autres îles. Ces nègres marrons prirent parfois les armes pour reprendre leur Liberté. A Saint Martin aussi, plusieurs centaines d’esclaves réussirent à prendre la poudre d’escampette, notamment à bord d’embarcations de fortune qu’ils utilisaient pour rallier Anguilla. Une lutte sur le terrain indissociable des luttes politiques qui conduiront à la fin du 19ème siècle, à l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies des pays Européens. Dans un second article, nous vous proposons de découvrir l’ambiance qui régnait dans la colonie de Saint Martin quelques années seulement avant l’abolition définitive. A l’approche de la rentrée des classes, toute l’équipe d’Heritage souhaite à notre jeunesse une année scolaire fructueuse, un apprentissage régulier et une réussite sans faille. Bonne rentrée à tous ! C. Henocq

July 21st last, Grand Case was celebrating. For a few years already, the village has chosen to fittingly celebrate the anniversary date of Victor Schoelcher, the people’s representative in parliament, defender of rights during the emancipation of slaves in the French colonies. He was one of the founders of the decree immediately abolishing slavery in these colonies on April 27th, 1848. This month, we have chosen to take some time to relate the life history of this exceptional man, linked to François Auguste Perrinon, a SaintMartiner by adoption, who also contributed to the emancipation. A Freedom many slaves did not wait for. Many of them, no longer tolerating their condition of subservient men and bad treatments had long since revolted by fleeing to the woods or to other islands. These fugitive Negroes sometimes used weapons to recover their Freedom. On Saint-Martin too, several hundred slaves succeeded in fleeing, especially aboard makeshift boats that they used to reach Anguilla. This fight on land is inseparable from the political struggles leading to the abolition of slavery in all the European countries’ colonies at the end of the 19th century. In a second article, we propose you discover the atmosphere reigning over the Saint-Martin colony just a few years before the final abolition. Nearing the new school year, all the Heritage team wishes our youth a fruitful school year, regular learning and total success. A good return to school to you all !


SCHOELCHER – PERRINON, DESTINIES INTERWINED AGAINST SLAVERY

SCHOELCHER - PERRINON, DESTINS CROISÉS CONTRE L’ESCLAVAGISME

«Disons nous et disons à nos enfants que tant qu’il restera un esclave sur la surface de la Terre, l’asservissement de cet homme est une injure permanente faite à la race humaine toute entière». Cette phrase de Victor Schœlcher résume à elle seule le parcours et le combat de cet homme, hissé au rang de juste dans l’esprit de bon nombre d’Antillais. En 400 ans, l’esclavage aura fait 12 millions de morts, sans doute bien plus si on compte toutes les personnes jetées par-dessus bord ou mortes dans le fonds des cales des bateaux. Victor Schœlcher est un des opiniâtres défenseurs de la loi du 27 avril 1848, date à laquelle le gouvernement de la République française publie les décrets d’abolition Plan du navire négrier « Brookes » immédiate de l’esclavage dans les « Brookes » slave trade ship plan colonies françaises. Sont concernées: ce qu’on appelait alors les vieilles colonies héritées de l’Ancien Régime, dont l’économie repose encore sur les grandes plantations sucrières. Une première abolition de l’esclavage est votée par les députés de la Convention, le 4 février 1794, sous l’impulsion de l’abbé Henri

Portrait de l’abbé Grégoire Portrait of abbot Grégoire

Grégoire. Dès 1790, l’homme de religion devient président de 1801

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Concordat, départ de l’expédition de Saint-Domingue pour la reconquête de l’île Concordat in France, departure of the Santo Domingo expedition to re-conquer the island

la «Société des amis des Noirs» de Brissot de Warville, écrivain et chef de file des Girondins pendant la Révolution française, militant déjà pour la suppression de l’esclavage dans les Antilles. L’objectif de la loi est alors de calmer les révoltes dans les colonies. Le décret 2262 est ainsi rédigé : «La Convention déclare l’esclavage des nègres aboli dans toutes les colonies ; en conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français et jouiront de tous les droits assurés par la Constitution». Deux ans plus tôt, les représentants des colonies, en majorité des planteurs, avaient menacé de se séparer de la métropole si l’esclavage était abrogé. Sous la pression, toutefois, le 28 1802

Constitution de l’An X : Bonaparte consul «à vie», rétablissement de l’esclavage aux colonies françaises Year 10 Constitution: Bonaparte is consul “for life”, restoration of slavery in the French colonies

1804

“Let us awaken to the fact and tell our children that as long as a single slave remains on the Earth’s surface, the enslavement of this man will be a permanent shame brought to the entire human race”. This phrase pronounced by Victor Schoelcher summarizes in itself this man’s lifetime quest and fight, Schoelcher having been hoisted to the rank of just man in the minds of very many Antilleans. In 400 years, slavery killed 12 million people, undoubtedly many more if one takes into account all the persons thrown overboard or having died in the boat holds. Victor Schoelcher is one of the unrelenting defenders of the law of April 27th, 1848, date on which the French Republic government published the decrees immediately abolishing slavery in the French colonies. The targets were what were known as the old colonies, inherited from the Ancient Regime, whose economy still rested on the large sugar plantations.

La Société des amis des noirs – Février 1790 The Company of Friends of Black people February 1790 21 juil./july 1804

Haïti est la première nation noire à proclamer son indépendance Haiti is the first Black nation to proclaim its independence

21 oct.1805 2 dec.1805

Défaite à Trafalgar Naissance de V. SchœlDefeat at Trafalgar cher à Paris Victoire à Austerlitz Birth of V. Schoelcher Victory at Austerlitz in Paris

A first abolishment of slavery was voted by the National Committee representatives, February 4th, 1794, and proposed by Abbott Henri Gregoire. As of 1790, this man of religion became president of the “Company of the friends of Black people” founded by Brissot de Warville, a writer and leader of the Republican Girondist movement during the French Revolution, already a militant in favour of the abolition of slavery in the West Indies. At that time, the aim of the law is to quell revolts in the colonies. Decree 2262 was thus established : “The National Committee declares negro slavery abolished in all the colonies; consequently, it decrees that all men, without distinction of colour, domiciled in the colonies, are French citizens and 1806 La loi britannique interdit l’introduction de nouveaux esclaves dans les colonies conquises British law forbids the introduction of new slaves into the conquered colonies

21 nov. 1806 Début du blocus continental contre l’Angleterre Start of the continental blockade against England


mars 1792, l’Assemblée légiswill enjoy all the lative établit une égalité de droit rights set down entre tous les hommes libres... à by the Constitul’exception des esclaves. Perçu tion”. comme une demi-mesure, ce vote Two years earne satisfait pas, notamment en lier, the repreGuadeloupe, où la révolte monte, sentatives of the jusqu’à la violente nuit d’émeutes colonies, for the du 20 avril 1793. C’est finalement most part planquelques mois plus tard que la ters, had threatepremière abolition de l’esclavage ned to separate est signée. Saint-Domingue, dethe territory from venue Haïti aujourd’hui, se joint à that of Metrola fronde, poussant le commissaire politan France de la République Léger-Félicité should slavery be Sonthonax à proclamer la liberté abolished. Under des esclaves le 4 septembre 1793. pressure, howeAprès la restauration de l’esclaver, March 28th, vagisme par Napoléon Bonaparte 1792, the legisle 20 mai 1802, Henri Jean-Baplative Assembly tiste Grégoire milite encore pour established legal la liberté des hommes de couleur equality amongst jusqu’au congrès de Vienne de all free men… 1815, où il lance son fameux apto the exceppel anti-esclavagiste : «De la traite tion of slaves. et de l’esclavage des Noirs et des Interpreted as Blancs». Ce n’est que 158 ans a half-measure, après sa mort que ses cendres ont this vote was not été transférées au Panthéon, le 12 satisfying, espedécembre 1989, en même temps cially in Guadeque celles de Gaspard Monge et La 1° abolition de l’esclavage en 1794 loupe, in which Nicolas de Condorcet, à l’occasion The first abolition of slavery in 1794 revolt rose, up de la célébration du bicentenaire to the violent de la Révolution française. L’Eglise riques, pour une mission d’étude night of riots of catholique, par la voix du cardinal de l’esclavage aux Caraïbes et April 20th, 1793. Finally, several Lustiger, refuse de s’associer à cet des résultats de l’émancipation months later, the first abolishhommage. Victor Schœlcher a, de des esclaves dans les colonies anment of slavery was signed. Sanson côté, été inhumé au Panthéon, glaises, qui venait d’avoir lieu en to-Domingo, now known as Haiti, le 20 mai 1949, en même temps 1838. Il part ensuite vers l’Égypte, joined the insurrection, pushing que Félix Éboué. la Turquie et la Grèce, pour étudier the Commissioner of the RepuLes Britanniques abolissent la l’esclavage musulman, et conclut blic Leger-Felicite Sonthonax traite atlantique en 1807 et l’escla- sa tournée par la Gambie et le to proclaim the slaves’ freedom vage en 1833, suivis par les Amé- Sénégal. Ce sont justement ces September 4th, 1793. ricains. En France, les groupes de événements révolutionnaires de After slavery was restored by pression des riches février 1848 qui font Napoleon Bonaparte May 20th, planteurs empêchent revenir Schœlcher du 1802, Henri Jean-Baptiste Greles députés de voter Sénégal. goire still campaigned for coloula même loi. Il faut atred men’s freedom up until the tendre la Révolution Rencontre avec Vienna Congress in 1815, during de février 1848 pour Auguste Franwhich he pronounced his antique les abolitionnistes çois Perrinon slavery call: “Regarding Black puissent contourner Le 3 mars, il renand White trade and slavery”. l’opposition des plancontre François It was only 158 years after his teurs. Arago, ministre de death that his ashes were transSchœlcher effectue la Marine, membre ferred to the Pantheon, Decemune grande tournée influant de l’extrême ber 12th, 1989, at the same time pour étudier l’esgauche républicaine, as those of Gaspard Monge and clavage. Il visite le et le persuade d’aboNicolas de Condorcet, during the Mexique, Cuba et les lir immédiatement celebration of the bicentennial of États-Unis entre 1828 l’esclavage dans les the French Revolution. The Roet 1830, puis divers Edition contemporaine de colonies françaises. man Catholic Church, through the l’appel de l’abbé Grégoire, pays européens (AnLe principe de l’émanvoice of Cardinal Lustiger, refused gleterre, Irlande, Pays- préfacée par Aimé Césaire cipation des esclaves to take part in this tribute. Victor Contemporary edition Bas, Allemagne, Esof Abbot Gregoire’s call, est adopté par le GouSchoelcher, on his part, was bupagne, Italie), avant de prefaced by Aimé Césaire vernement provisoire ried in the Pantheon, May 30th, repartir pour les Améle 4 mars. Schœlcher 1807 Les Anglais renoncent à la traite des Noirs, les Français emboîteront le pas en 1818 The English stop trading Black people, the French follow suit in 1818

1812 Campagne de Russie, guerre entre les ÉtatsUnis et l’Angleterre Russian campaign, war between the United States and England

1814 Défaite de Leipzig, Napoléon déporté à l’île d’Elbe, Louis XVIII, roi de France Defeat at Leipzig, Napoleon deported to the Island of Elba, Louis 18th King of France

1815 Les Cent Jours (20 mars-20juin), défaite à Waterloo, Napoléon exilé à Sainte Hélène Début de la Restauration The Hundred Days (March 20th - June 20th) Napoleon’s return to Paris, defeat at Waterloo, Napoleon abdicates for the second time and is exiled to Saint Helen. Start of the Restauration Period

1818 Courtes études de V. Schœlcher au lycée Louis-le-Grand à Paris Short studies for V. Schoelcher at the Lycée Louis-le-Grand in Paris

1949, at the same time as Felix Eboué. The British abolished the Atlantic slave trade in 1807 and slavery in 1833, followed by the Americans. In France, pressure groups made up of rich planters kept the parliament members from voting the same law. It was only during the February 1848 Revolution that the abolitionists were able to by-pass the planters’ opposition. Schoelcher carried out a large tour in order to study slavery. He visited Mexico, Cuba and the United States between 1828 and 1830, then various European countries (England, Ireland, the Netherlands, Germany, Spain, Italy), before returning to the Americas, for a mission studying slavery in the Caribbean and the results of slaves having been freed in the English colonies, which had just taken place in 1838. He then left for Egypt, Turkey and Greece, to study Muslim slavery, and ended his tour with Gambia and Senegal. These revolutionary events of February 1848 were in fact the cause for his return from Senegal.

Livre écrit par Schœlcher au cours de ses voyages pour étudier l’esclavage. Bibliothèque Nationale de France. Book written by Schoelcher during his trips studying slavery. French National Library.

1821 Saint-Domingue s’affranchit de l’Espagne et proclame son indépendance Santo Domingo severs from Spain and proclaims its independence

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François Arago. Gravure de Sartain. François Arago. Engraving by Sartain.

est nommé sous-secrétaire d’Etat aux Colonies (jusqu’au 17 mai), et président de la Commission d’abolition de l’esclavage, qu’il dirige jusqu’au 21 juillet. C’est à cette époque que Victor Schœlcher fait la connaissance de François Auguste Perrinon, alors

1824

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Charles X, roi de France Charles Tenth, King of France

chef de bataillon de l’Artillerie de Marine à Paris. La lutte contre l’esclavagisme scelle leur amitié. Dans une brochure intitulée « Résultats d’expérience sur le travail des esclaves », Perrinon démontre que le travail libre est possible. Perrinon est membre de la Commission dirigée par Schœlcher. A la suite du décret d’abolition de l’esclavage, il est envoyé comme commissaire d’abolition, puis commissaire général à la Martinique, et remplace le Gouverneur, de juin à novembre 1848. Le décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises est signé par le Gouvernement provisoire le 27 avril 1848, libérant ainsi 250 000 esclaves noirs ou métis aux Antilles, à la Réunion et à Saint-Louis du Sénégal. Le gouvernement prévoit alors l’application du décret dans un délai de deux mois, mais il est devancé par les gouvernants des colonies et les planteurs, qui libèrent rapidement la majorité des esclaves. À Saint-Pierre, en Martinique, une insurrection éclate le 22 mai 1848,

1828

1829

Marc Schœlcher associe officiellement son fils Victor à son entreprise (fabrique, décoration et vente de porcelaines de luxe) Marc Schoelcher officially names his son Victor his associate in his business (manufacture, decoration and sale of luxury porcelain)

1830

Meeting with François Auguste Perrinon March 3rd, he met with Francois Arago, Navy Minister, and leading member of the far-left Republican Party, and convinced him of immediately abolishing slavery in the French colonies. The principle of slave freedom was adopted by the March 4th temporary Government. Schoelcher was named under-secretary of State for the Colonies (until May 17th), and president of the slavery abolishment Commission, that he led until July 21st. At this time, Victor Schoelcher met François Auguste Perrinon, then head of the Navy Artillery Battalion in Paris. The fight against slavery sealed their

friendship. In a pamphlet titled “Results of experiences on slaves’

V. Schoelcher et F. Auguste Perrinon vers 1847. Victor Schoelcher and François Auguste Perrinon towards 1847.

1833

1833

Journées des Trois Glorieuses (27, 28, Premier voyage de Schœlcher aux 29 juillet), Louis Philippe, roi de France, Amériques. Premiers contacts avec début de la monarchie de Juillet l’esclavage et les systèmes coloniaux Revolutionary days known as the “Three Schoelcher’s first trip to the Americas. Glorious Ones” (July 27th, 28th, 29th), First contacts with slavery and the Louis Philippe, king of France, start of the colonial systems July monarchy

Abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques Abolition of slavery in the British colonies

Publication de «De L’esclavage des noirs et de la législation coloniale». Publishing of “Of slavery of Black people and colonial legislation”


avant que les esclaves soient quell the insurrecinformés de l’existence du détion. As a reward, cret. Ces événements forcent the planters rele gouverneur à signer le jour ceived a set même l’abolition de l’esclavage. compensation. Ce sera fait en Guadeloupe le Immediately, they 27 mai, pour éteindre l’insurrecby-passed the tion. En guise de compensaslavery prohibition, les planteurs reçoivent une tion by importing indemnité forfaitaire. Immédia“contract laboutement, ils contournent l’interrers” from China diction de l’esclavage en faisant and India. This venir des « travailleurs sous was a new unscontrat » de Chine et d’Inde. Il peakable form s’agit d’un nouvel esclavage qui of slavery. The ne dit pas son nom. L’abolition abolishment rase traduit rapidement par un pidly produced a regain de l’activité économique surge of renewed dans les colonies. business in the Schœlcher est ensuite élu recolonies. présentant du peuple en GuaSchoelcher was deloupe et en Martinique, et then elected the choisit la représentation de la people’s repreMartinique, siège du «Gouversentative in GuaL’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, peinture de François Briard. nement général des Antilles Musée national du château de Versailles. deloupe and Marfrançaises». En Guadeloupe, The abolition of slavery in French colonies, painting by François Briard. Versailles castle national Museum. tinique, and chose son siège est occupé par son to represent Marfrançais. Enfin, il est à l’origine de work”, Perrinon shows that work suppléant, Louisy Mathieu, antinique, seat of the “French West la fondation du premier journal réin freedom is possible. Perrinon cien esclave. François Auguste is a member of the Commission Indies General Government”. In Perrinon est député à l’Assemblée publicain de Guadeloupe, «Le Proheaded by Schoelcher. Following Guadeloupe, his seat was occunationale législative en 1849 et grès», en 1849, et publie à Paris une série d’ouvrages ponctuels sur the slave abolishment decree, pied by his deputy, Louisy Ma1850. les événements politiques antillais. he was sent to Martinique as an thieu, a former slave. François Schœlcher écrit beaucoup et colabolishment commissioner, then Auguste Perrinon was a parlialabore à bon nombre de journaux Il fait sien le principe énoncé par as general commissioner, and re- mentary member at the National républicains parisiens, à «La Réplaces the Governor there, from Legislative Assembly in 1849 and forme» en particulier. Chacun de 1850. June to November 1848. ses voyages est l’occasion d’un The decree abolishing slavery in Schoelcher wrote abundantly and livre. Ses premiers ouvrages, the French colonies was signed cooperated with many republican «De l’esclavage des Noirs et de by the temporary Government Paris newspapers, “La Réforme” la législation coloniale» (1833) et April 27th, 1848, thus freeing especially. Each of his trips was «Abolition de l’esclavage; exa250,000 black or half-caste slaves the opportunity of writing a book. men critique du préjugé contre in the West Indies, on the island His first works, “Regarding Black la couleur des Africains et des of Reunion and in Saint-Louis in persons’ slavery and colonial lesang-mêlés» (1840) relatent les Senegal. The government then gislation” (1833) and “Abolishrapports sociaux qu’il observe aux planned to enforce the decree wi- ment of slavery: critical examiÉtats-Unis et dans les colonies euthin a two-month period, but it was nation of the prejudice against ropéennes des Caraïbes où sévit forestalled by the colonies’ gover- the colour of African natives and l’esclavage. Entre 1841 et 1847, nors and planters, who quickly half-castes” (1840) describe the Schœlcher publie : «Des colonies social relationships he observed freed most of the slaves. françaises, abolition immédiate At Saint-Pierre, on Martinique, a in the United States and in the de l’esclavage» (1842), ouvrage Arrêté portant abolition de l’esclavage revolt burst May 22nd, 1848, be- European colonies of the Caribà la Martinique. consacré à la Guadeloupe et à la fore the slaves were informed of bean in which slavery was carried Martinique, «Colonies étrangères Decree bearing the abolition of slavery the decree’s existence. These out. Between 1841 and 1847, in Martinique. et Haïti» (1842-1843) dans lequel events forced the governor to Schoelcher published: “Regarding il rend compte des premiers effets sign the abolishment of slavery the French colonies, immediate de l’abolition de l’esclavage dans l’abolitionniste britannique William Wilberforce : «La liberté est le printhat same day. This took place on abolishment of slavery” (1842), les colonies britanniques dans Guadeloupe May 27th, in order to work concerning Guadeloupe l’espoir de convaincre ses lecteurs cipe, l’esclavage, l’exception.»

1837 Victoria devient la reine de la Grande-Bretagne Victoria becomes Queen of Great Britain

1838 Peter Georges Dormoy maire de Saint Martin jusqu’en 1866 Peter Georges Dormoy Mayor of Saint Martin until 1866

1840

5 Jan. 1840

Début du ministère Guizot Ordonnance royale sur Start of the Guizot ministry l’instruction et le patronage des esclaves Royer Order regading the education and the patronage of slaves

1840 Publication de «Abolition de l’esclavage». Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlé Publishing of “Abolition of slavery”. Critical study of the prejudice against the colour of Africans and half-castes

1840 Second voyage de Schœlcher aux Caraïbes : Guadeloupe, Martinique, Jamaïque, Antigua, Dominique, St. Thomas, Haïti, Puerto Rico Schoelcher’s second trip to the Caribbean: Guadeloupe, Martinique, Jamaica, Antigua, Dominica, St Thomas, Haiti, Porto Rico

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Londres et Saint-Martin

L’engagement inébranlable de Victor Schœlcher pour repousser toutes les formes de domination et d’exploitation de l’homme par l’homme le pousse à participer aux soulèvements visant à faire échouer le coup d’Etat de Napoléon III, en 1852. La victoire de ce dernier le contraint à s’exiler à Londres. De son côté, François Auguste Perrinon, s’opposant également au coup d’Etat de Napoléon, regagne les Antilles et s’installe à Saint-Martin où il exploite des marais salants. Il refuse de prêter serment à Napoléon III en 1853, ce qui Portrait de Louisy Mathieu. lui vaut d’être rayé des Portrait of Louisy Mathieu. cadres de l’armée. Il meurt à Saint-Martin, le droits, un combat qu’il mène pen2 janvier 1861, où il est dant plus de 30 ans. Enfin, en tant enterré au cimetière de Marigot. A Londres, Schœlcher refuse à que sénateur, c’est lui qui institue plusieurs reprises l’amnistie qui lui l’école élémentaire gratuite et obliest proposée, affirmant n’accepter gatoire, lorsqu’il est rapporteur des aucune faveur d’un régime illégi- lois de 1881-1882. time et ne croyant nullement aux Fondateur du «Moniteur des copromesses données par un gou- lonies» en 1882, avec le député guadeloupéen Gaston Gervillevernement qu’il exècre. Après un exil de dix-huit ans, Réache, Schœlcher publie pluSchœlcher rentre à Paris, en 1870, sieurs ouvrages, recueil de ses et est de nouveau élu représentant derniers articles sur la législation de la Martinique à l’Assemblée du travail aux Antilles, «Polémique Nationale en 1871, puis sénateur coloniale» (1882-1886), et une inamovible de l’île en 1875. Schœl- «Vie de Toussaint Louverture» cher devient président de la Socié- (1889). té de secours mutuel des Créoles En 1876, alors âgé de 72 ans, Vicen 1874 et membre de la Société tor Schœlcher décide de se retirer pour l’amélioration du sort des dans sa maison de Houilles, en réfemmes en 1875. L’abolition de la gion parisienne. A partir de 1883, peine de mort est alors un autre n’ayant pas eu d’enfant, il comde ses combats. Il y consacre la mence à partager ses biens. Il fait plupart de son temps et de ses tra- don d’une collection d’œuvres d’Art vaux de sénateur. Avec Maria De- à la Guadeloupe. Il lègue toute une raismes, considérée comme une bibliothèque (10 000 volumes) à la apôtre de l’émancipation féminine, Martinique, cède ses instruments il préside, en 1881, le congrès an- de musique ramenés de ses différents voyages au Conservatoire ticlérical. Le respect du droit des femmes lui national de Musique de Paris, à qui tient également à cœur. Sa ren- il offre sa collection de livres sur contre, en 1843, avec une femme Haendel récupérée pendant son révolutionnaire, Flora Tristan, la exil londonien. Il s’éteint dix ans grand-mère de George Sand, est plus tard, le jour de Noël 1893. très importante à ses yeux. A ses côtés, il prend conscience de la Principes républicains condition des femmes et milite On doit également à Schœlcher avec elle pour la défense de leurs l’application de principes républi1842

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Publication de «Des colonies françaises». Abolition immédiate de l’esclavage Publishing of “of French colonies”. Immediate abolition of slavery

1842 Perrinon est nommé capitaine en premier, adjoint à la direction à la colonie de la Guadeloupe, échanges avec Victor Schœlcher Perrinon is named first captain, deputy to the director of the colony of Guadeloupe, exchanges with Victor Schoelcher

and Martinique, “Foreign colonies and Haiti” (1842-1843) in which he communicated the first effects of the abolishment of slavery in the British colonies in the hope of convincing his French readers. Finally, he started the first Guadeloupian republican newspaper, “Le Progrès” (“Progress”), in 1849, and published in Paris a series of periodic works regarding Antillean political events. He adopted the principle enounced by the British abolitionist William Wilberforce: “Freedom is the principle, slavery the exception.”

vement of Women’s fate company in 1875. The abolition of the death

London and Saint-Martin

The unrelenting engagement of Victor Schoelcher to reject all forms of domination and exploitation of man by man pushed him into taking part in the uprisings aimed at foiling Napoleon 3rd’s overthrow of Original de la couverture du livre de Victor Schoelcher, en 1842. the Government, in 1852. The latter’s victory obliged him to Original of the cover page of Victor Schoelcher’s book, in 1842. seek exile in London. François Auguste Perrinon, on his part, also opposing Napoleon 3rd’s go- sentence then became another of vernment overthrow, returned to his quests. He devoted most of his the West Indies and settled down time to it and most of his works as on Saint-Martin on which he ope- senator. With Maria Deraismes, rated salt ponds. He refused to considered an apostle of women’s swear allegiance to Napoleon 3rd emancipation, in 1881, he headed in 1853, entailing the loss of his the anticlerical congress. Respect of woarmy officer status. men’s rights was He died on Saintalso close to his Martin January 2nd, heart. His mee1861, where he was ting, in 1843, with buried in the Marigot a revolutionary wocemetery. man, Flora Tristan, In London, SchoelGeorge Sand’s cher refused the grandmother, was amnesty proposed very important in his to him several times, view. At her side, declaring accepting he became aware no favour from an of women’s living illegitimate regime conditions and camand totally unable to believe the promises Maria Deraismes, apôtre de paigned with her to l’émancipation féminine. defend their rights, made by a governMaria Deraismes, apostle of a combat he led for ment he loathed. women’s freedom. more than 30 years. After an eighteenFinally, as senator, year exile, Schoelcher returned to Paris, in 1870, he established free and obligatory and was again elected represen- elementary school, when he was tative of Martinique in Parliament law reporter from 1881 to 1882. in 1871, then irremovable senator Founder of the “Monitor of the of the island in 1875. Schoelcher colonies” in 1882, with the Guabecame president of the Creole deloupian parliamentary member mutual assistance company in Gaston Gerville-Reache, Schoel1874 and member of the impro- cher published several works, a

1843 Publication de «Colonies étrangères et Haïti». Résultats de l’émancipation anglaise. Coup d’œil sur l’état de la question d’affranchissement Publishing of “Foreign colonies and Haiti”. Results of English emancipation. Glance at the state of the matter of emancipation

1844 Publication de «De la pétition des ouvriers pour l’abolition immédiate de l’esclavage» Publishing of “Of the workers’ petition to immediately abolish slavery”

1844 Schœlcher voyage en Egypte, en Grèce et en Turquie Schoelcher travels to Egypt, to Greece and to Turkey


cains au profit des déshérités: couvrir et chauffer les wagons de troisième classe (qui, avant lui, laissaient les voyageurs à la merci des intempéries), imposer pour la même classe des salles fermées dans les paquebots (car les gens peu fortunés voyageaient sur le pont, sous des tentes), l’abolition de la bastonnade dans les bagnes et des châtiments corporels dans la Marine. Il milite également pour une instruction publique, laïque et obligatoire, pour un plus grand accès à la culture par la presse, les bibliothèques et les musées, pour la diminution des heures de travail, et, enfin, contre la peine de mort. Mais l’histoire retient surtout son action en tant qu’abolitionniste, signataire du décret d’émancipation des esclaves, homme politique

Flora Tristan, grand-mère de Georges Sand et révolutionnaire. Flora Tristan, Georges Sand’s grandmother and a revolutionary.

compendium of his last articles regarding the labour laws in the West Indies, “Colonial controversies” (1882-1886), and “Life of Toussaint Louverture” (1889). In 1876, then 72 years old, Victor Schoelcher decided to retire in his house at Houilles, in the Paris region. As of 1883, childless, he began to distribute his wealth. He donated a collection of art works to Guadeloupe. He left an entire library (10,000 books) to Martinique, transferred his musical instruments brought back from his various trips to the National Conservatory of Music in Paris, to which he offered his collection of books on Haendel recovered during his London exile. He dies ten years later, on Christmas Day 1893.

tary member and senator, the author of a master work regarding slave trade societies and the history of his century. Aimé Césaire described Schoelcher saying “he is not a wordy Don Quichotte having only his good conscience’s humming to oppose the world’s carryings on”. Several steles and monuments now pay tribute to him in many places of the world. A museum is devoted to him in Fessenheim, in Alsace (France), his father’s birth place, in which the mediathèque

Republican principles

Objets ethnographiques collectés par Victor Schoelcher dans la Caraïbe et confiés par le Muséee du Quai Branly au Muséee Schoelcher de Pointe-à-Pitre. Ethnographic objects collected by Victor Schoelcher in the Caribbean and entrusted by the Quai Branly Museum to the Pointe-à-Pitre Schoelcher Museum.

républicain, député et sénateur des Antilles, auteur d’une œuvre maîtresse sur les sociétés esclavagistes et l’histoire de son siècle. Aimé Césaire disait de Schœlcher qu’ « il n’est pas ce Don Quichotte verbeux qui n’a guère à opposer au cours du monde que le ronronnement de sa bonne conscience. » Plusieurs stèles et édifices lui rendent désormais hommage un peu partout. Un musée lui est consacré à Fessenheim, en Alsace, ville de naissance de son père, où la médiathèque porte également son 28 juin/june1844 Mission de Perrinon à St Martin, associé à Mery d’Arcy pour l’exploitation des salines de la Grande Case et de Bretagne Perrinon’s mission on St Martin, partners with Mery d’Arcy in the operation of the salt ponds of Grande Case and of Brittany

nom. Un musée retrace sa vie rue Peynier, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. La ville martiniquaise de Case Navire a changé de nom, en 1888, devenant la commune de Schœlcher, dont une statue s’élève à l’entrée du bourg, représentant l’abolitionniste brisant une chaîne d’esclave. Une statue de 1896 du sculpteur Louis-Ernest Barrias est édifiée sur la place Victor Hugo de Cayenne. Le plâtre original est conservé dans l’église de Bourbon-Lancy, en Saône-et-Loire. On ne compte plus les établissements scolaires portant le nom de Victor 1847

Publication de «Histoire de l’esclavage» pendant les deux dernières années Publishing of the “History of slavery” during the last two years

1847 Fondation du Liberia par des esclaves libérés Founding of Liberia by freed slaves

Schoelcher is also responsible for the enforcement of Republican principles to the benefit of the poorer persons: covering and heating third class wagons (which, before his doing, left their passengers at the mercy of the weather), imposed for the same class closed rooms in cruise ships (as persons with little means they travelled on the bridge, under tents), the abolition of beating in penal colonies and of corStatue de Victor Schoelcher à Schoelcher, poreal punishment en Martinique. in the Navy. He also campaigned in fa- Statue of Victor Schoelcher in Schoelcher, Martinique. vour of public, nonreligious, and obligatory educa- also bears his name. A museum tion, for larger access to culture recounts his life rue Peynier, at via the press, libraries and mu- Pointe-à-Pître, in Guadeloupe. In seums, for the decrease of work 1888, the Martinique town of Case hours and finally against the death Navire changed its name, becoming the commune of Schoelpenalty. But History remembers him es- cher, a statue of whom stands at pecially for his action as an abo- the town’s entrance, representing litionist, signatory of the decree the abolitionist breaking a slave’s freeing slaves, a Republican po- chain. An 1896 statue made by litician, a West Indies parliamen- the sculptor Louis-Ernest Barrias

mai/may 1847 publication d’un rapport intitulé “Résultat d’expériences sur le travail des esclaves à St Martin” Publishing of a report titled “Results of experiences regarding slave work on Saint Martin”

1848

24 fév./feb. 1848

Karl Marx et Friedrich Engels publient Le manifeste communiste, début de la ruée vers l’or en Californie Karl Marx and Friedrich Engels publish the Communist Manifest, start of the gold rush in California

3 mars/march 1848

Abdication de Louis Philippe, proclamation de la Seconde République, suffrage universel Abdication of Louis Philippe, proclamation of the Second Republic, public voting

V. Schœlcher rencontre François Arago, ministre de la Marine V. Schoelcher meets François Arago, Navy Minister

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Schœlcher, ou les rues commémoratives, comme à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Cayenne (Guyane), Paris (14e arrondissement), Anthony (92), Vigneux-sur-Seine (91), Cormontreuil (51) ou Quimperlé (29), … Un hommage pour l’éternité.

Photo ancienne de la statue de Victor Schoelcher, edfiée à Cayenne et sculptée par Barrias en 1896. Old photograph of the statue of Victor Schoelcher, erected in Cayenne and sculpted by Barrias in 1896.

stands on the Victor Hugo square in Cayenne. Its original plaster cast is kept in the church of BourbonLancy, in the French department

Victor Schoelcher au Panthéon

of Saone-et-Loire. The schools or commemorative streets bearing the name of Victor Schoelcher are innumerable, as in Pointe-à-Pître (Guadeloupe), Cayenne (French Guyana), Paris (14), Anthony (92), Vigneux-sur-Seine (91), Cormontreuil (51) or Quimperlé (29)… an eternal tribute. M. Pacanowski

Victor Schoelcher in the Pantheon

Le groupe dit du « Souvenir de Victor Schoelcher » soumet une proAs of 1938, the group known as “Souvenir of Victor Schoelcher” submitposition en ce sens, dès 1938, à Gaston Monnerville, alors secrétaire ted a proposal to this effect, to Gaston Monnerville, then Secretary of d’État aux colonies, qui l’accepte immédiatement. La deuxième guerre State for the colonies, who accepted it immediately. The Second World repoussera la réalisation de ce transfert. L’idée est reprise en 1948, au War set back the realization of this transfer. The idea was taken up moment des cérémonies du centeagain in 1948, during the ceremonies of the centennial of the naire de l’abolition de l’esclavage. abolishment of slavery. March 4th, the law project authorizing Le 4 mars, le projet de loi autorithe transfer to the Pantheon of Victor Schoelcher’s and Felix sant le transfert au Panthéon des Eboué’s ashes was adopted. June 28th, the Parliament, and cendres de Victor Schoelcher et de July 1st, the Republican Council unanimously approved this Félix Éboué est adopté. Le 28 juin, law. l’Assemblée nationale, et le 1er Gaston Monnerville then said: juillet, le Conseil de la République “From the height of the presiapprouvent à l’unanimité ce texte. dential seat, by reading out loud, Gaston Monnerville dira alors: this brief and clear legal text, «En lisant à haute voix, du haut which hallowed the immortality du fauteuil présidentiel, ce texte de Tombeau de Victor Shoelcher et de son père, of Schoelcher and Eboué, I was au Panthéon. loi, bref et clair, qui consacrait l’imdeeply moved. I saw, springing Victor Shoelcher and his father’s tomb, mortalité de Schoelcher et d’Éboué, up and rising around me, as in in the Panthéon. j’étais violemment ému. Je voyais a sudden resurrection, the innusurgir autour de moi, et monter, comme en une résurrection subite, la merable cohort of all these oppressed people who, for centuries, had cohorte innombrable de tous ces opprimés qui, pendant des siècles, suffered from servitude, and who, my voice having become theirs, were avaient souffert de la servitude, et qui, par ma voix devenue la leur, shouting at that very moment : Schoelcher has deeply deserved respect criaient en cet instant : Schoelcher a bien mérité de l’Humanité ». from Humanity.” La date du 20 mai 1949 est finalement retenue pour la cérémonie. La The date of May 20th, 1949 was finally set down for the ceremony. veille, le corps de Victor Schoelcher quitte le cimetière du Père-LaThe day before, the body of Victor Schoelcher left the Père Lachaise chaise, traverse Paris et rejoint la dépouille funèbre de Félix Éboué cemetery, crossed Paris and reached the Felix Eboué’s bodily remains sous l’arc de triomphe, avant d’être, toutes les deux, exposées au jarunder the Arc de Triumph, before both being exposed in the Jardin du din du Luxembourg où le public leur rend hommage. Le 20 mai, en Luxembourg Park, in which the public paid tribute to them. May 20th, présence du Président de la République, Vincent Auriol, et des plus in the presence of the President of the French Republic, Vincent Auriol, hautes personnalités de l’État, les cendres de Victor Schoelcher et de and of the highest State officials, the ashes of Victor Schoelcher and Félix Éboué prennent place dans une crypte auprès de celles de Jean Felix Eboué took their place in a crypt near those of Jean Jaures. In Jaurès. Pour respecter les dernières volontés de Victor Schoelcher, qui order to respect the last wishes of Victor Schoelcher, who had emitted avait émis le souhait de reposer auprès de son père, le corps de Marc the wish to rest beside his father, the body of Mark Schoelcher was also Schoelcher est également transféré au Panthéon. transferred to the Pantheon.

4 mars/march 1848

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Schœlcher est nommé sous-secrétaire d’Etat aux Colonies et président de la Commission d’abolition de l’esclavage Schoelcher is named Under-Secretary of State to the Colonies and president of the Commission of Abolition of Slavery

27 avril/april 1848 le gouvernement provisoire décrète l’abolition de l’esclavage en France et dans ses colonies The temporary government decrees the abolition of slavery in France and in its colonies

1848 Schœlcher élu représentant du peuple en Guadeloupe et en Martinique Schoelcher is elected people’s representative in Guadeloupe and in Martinique

22 août/august 1848 Perrinon est élu député et nommé représentant du gouvernement à la colonie de la Guadeloupe Perrinon is elected Member of Parliament and named government representative to the colony of Guadeloupe

juin/june 1849 Parution du premier numéro du premier journal scholchériste en Guadeloupe, le Progrès Publication of the first edition of Schoelcher’s first newspaper, “Progress”, in Guadeloupe


MARRONNAGE A SAINT MARTIN Si l’émancipation des esclaves tretien des esclaves, le régime disdans les colonies ne s’est officia- ciplinaire, Les heures de travail et lisée qu’après la lutte politique de de repos des noirs, l’exemption quelques députés de travail motivée défenseurs des sur l’âge, les inlibertés, ce sont firmités etc. L’insles esclaves euxtruction religieuse mêmes qui par et les mariages leur acharnement des esclaves ainsi à reconquérir une que l’exécution liberté dont on les des ordonnances avait privés depuis relatives au recenplusieurs générasement et aux aftions pousseront franchissements». les différents gouA Saint Martin, vernements Euroces inspections péens à décréter étaient dévolues l’abolition. Les plus au juge de paix et courageux ne manà son suppléant. quaient jamais une Les différents rapoccasion de fuir ports concernant Marronnage. Saint Martin sont Runaway slave. les plantations afin consignés dans de recouvrer leur liberté. Certains, dans les grandes «l’exposé général des résultats du îles réussissaient à s’enfuir et se patronage des esclaves dans les réfugier dans les régions inacces- colonies françaises» publié par le sibles, sur les sommets, dans la Ministère de la Marine et des Coforêt. Ces nègres marrons étaient lonies en juin 1844. Ces rapports impitoyablement poursuivis à l’aide nous apportent des indications de chiens. Lorsqu’ils étaient repris, précieuses sur le comportement ils étaient sévèrement punis ou des esclaves et des Maîtres de condamnés à mort. La révolution plantations de Saint Martin, nofrançaise et les révoltes de Saint tamment pour tout ce qui concerne Domingue soufflèrent un vent de le régime disciplinaire et les évaliberté dans les autres colonies de sions. En effet, grâce au combat la Caraïbe et eurent pour effet de mené entre autre par William Wilmultiplier les actes de marronnage. berforce et Thomas Clarkson, dès, Il existe peu de documentation his- le 28 août 1833, par le «Slavery torique permettant une description Abolition Act», les britanniques ont de la vie quotidienne des esclaves amorcé le processus d’émancipaayant travaillé dans les plantations tion dans l’empire tout entier. L’île de Saint Martin. Tout au plus trou- toute proche d’Anguilla accueille vons-nous des inventaires notariés les esclaves évadés de Saint Mardécrivant les propriétés incluant le tin comme des hommes libres, nombre d’esclaves travaillant dans obligeant les autorités Saint-Martiles anciennes sucreries, mais ces noises à organiser la surveillance données statistiques sont toujours des côtes, notamment face à Anguilla. très limitées. Quelques années avant l’abolition de l’esclavage en France, l’ordonnance Royale du 5 janvier 1840 signée par Louis Philippe impose aux maîtres des plantations l’obligation de délivrer à leurs esclaves une instruction religieuse et une instruction scolaire. Les procureurs généraux, procureurs du Roi et leurs substituts seront chargés d’inspecter les différentes colonies et de rapporter leurs observations concernant : «La nourriture et l’en2 dec. 1851 résistance de Schœlcher au coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte Schoelcher offers resistance to the government overthrow led by Napoleon Bonaparte

Un régime disciplinaire décrit comme Modéré «Dans trois tournées effectuées en juillet et août 1841, 17 habitations, comptant environ 3000 esclaves, ont été visitées; aucune résistance n’a été opposée par les colons aux inspections des deux magistrats, qui s’accordent, l’un et l’autre, à dire que les maîtres remplissent avec beaucoup d’humanité et de scrupule leurs obligations envers leurs esclaves.... Quant au régime

1852 Schœlcher quitte Bruxelles pour Londres. Début d’une longue amitié avec Victor Hugo Schoelcher leaves Brussels for London. Start of a long friendship with Victor Hugo

1860 Abraham Lincoln devient président des Etats-Unis Abraham Lincoln becomes President of the United States

1861 Guerre de Sécession aux Etats-Unis War of Secession in the United States

RUNAWAY SLAVE …. ON SAINT MARTIN If the emancipation of slaves in the colonies only became official after the political struggle of a few people’s representatives defending freedom, the slaves themselves through their insistence in winning back the freedom that had been taken from them for several generations pushed the various European governments to decreeing the abolition. The most courageous of them never missed an opportunity of fleeing the plantations to recover their freedom. Some, in the larger islands, managed to flee and take refuge in the inaccessible regions, on the summits, in the forest. These runaway slaves were mercilessly chased using dogs. When they were taken back, they were severely punished or condemned to death. The French Revolution and the Santo Domingo revolts blew a freedom breeze on the other Caribbean colonies and had the effect of multiplying slave’s escapes from their place of work. There is very little historical documentation providing a description of the daily life of slaves having worked on the plantations of Saint Martin. At the very most we find notaries’ inventories describing the properties including the number of slaves working in the old sugar factories, but this statistical data is always very limited. A few years before the abolition of slavery in France, the January 5th, 1840 Royal Order signed by Louis Philippe imposed upon plantation masters the obligation of delivering religious teaching and school education to their slaves. The general prosecutors, the King’s prosecutors and their deputies were in charge of inspecting the various colonies and reporting back their remarks concerning : “The food and upkeep of the slaves, the disciplinary system, the slaves’ work hours and rest hours; the exemption of work due to age, handicaps, etc. The slaves’ religious teaching and marriages as well as the execution of orders regarding census and emancipations”. On Saint Martin, these inspections were at1865 Lincoln proclame la fin de l’esclavage aux Etats-Unis. Abolition de l’esclavage aux Pays-Bas Lincoln proclaims the end of slavery in the United States. Abolition of slavery in Holland

tributed to the judge of the peace and to his deputy. The different re-

Louis-Philippe, roi des Français de 1830 à 1848 (Monarchie de Juillet), en 1841 par Franz Xavier Winterhalter. Louis-Philippe, king of the French from 1830 to 1848 (July Monarchy), in 1841 by Franz Xavier Winterhalter.

ports concerning Saint Martin are noted in the “general description of the results of slave patronage in the French colonies” published by the Navy and Colonies Ministry up to June 1844. These reports supply precious indications to us regarding the slaves’ behavior and that of the Saint Martin plantations Masters, especially regarding the disciplinary system and escapes. Indeed, thanks to the fight led amongst others by William Wilberforce and Thomas Clarkson, as of August 28th, 1833, by the “Slavery Abolition Act”, the British launched the emancipation process in the whole empire. The nearby island of Anguilla welcomed slaves fleeing from Saint Martin as free men, obliging the Saint-Martin authorities to set up watch along the coasts, especially those coasts facing Anguilla.

A disciplinary system described as Moderate “During three tours carried out in July and August 1841, 17 plantations, counting approximately 3000 slaves, were visited; no resistance was opposed by the settlers to the inspections by the two judges of the peace, who both agree on saying that the

1870 Guerre franco-prussienne, Napoléon III prisonnier à Sedan, proclamation de la Troisième République (4 septembre) Franco-Prussian war, Napoleon 3rd prisoner at Sedan, proclamation of the Third Republic (September 4th)

1870 Schœlcher rentre à Paris au mois d’août et accepte, en septembre, de prendre la tête d’une légion d’artillerie de la Garde Nationale Schoelcher returns to Paris in the month of August and accepts, in September, to head an artillery legion of the National Guard


disciplinaire, il n’y a nulle part à s’en plaindre; les coups de fouet sont rares; on met les délinquants en prison pendant quelques jours, ou on les frappe avec une houssine; et, lorsqu’il y a lieu de faire usage du fouet, le nombre des coups donnés est toujours au-dessous de 29. Le travail commence au jour et dure jusqu’à huit heures; il est repris à neuf heures jusqu’à midi, et enfin à deux heures jusqu’au coucher du soleil. Le même magistrat a constaté que la portion travaillante des ateliers était généralement bien faible, eu égard au nombre des esclaves, tant on a peur de leur déplaire. Et cependant, malgré cette tolérance, malgré tous les bons traitements des colons envers leurs noirs, ceux-ci, en général, sont tourmentés sans cesse du désir de s’évader. Au moment de son passage dans le quartier de la Grande-Case, en août 1841, le suppléant du juge de paix apprit de l’adjoint du maire: «Qu’il existait ou paraissait exister une grande fermentation parmi les ateliers de l’île; que sur quelques habitations, les noirs avaient déclaré ne vouloir rien faire; qu’ils désiraient la Liberté, et que, si on ne la leur donnait pas, ils sau-

William Wilberforce, abolitioniste Anglais, par Karl Anton Hickel. William Wilberforce, English abolitionist, by Karl Anton Hickel.

parlait de 150 esclaves qui devaient quitter l’île au premier jour, en cernant à cet effet les postes militaires, et en s’emparant des canots attachés sur le littoral de la Grande Case» ( Rapport du 3 septembre 1841) Dans un rapport subséquent, le juge de paix rappelle que l’île Saint Martin appartient, à peu près par moitié, à la France et à la Hollande, et que mœurs, langage, population, tout, dans cette localité, se ressent de l’origine anglaise. C’est un gage de l’influence que les doctrines de l’Angleterre, Avis de récompense pour un esclave marron publiée dans le Jamaica Mercury and Kingston Weekly Advertiser 1779. en matière Reward notice for a runaway slave published in the Jamaica d’émancipaMercury and Kingston Weekly Advertiser 1779. tion, pourront y exercer… raient bien la prendre. Les nègres de Partout le régime disciplinaire est Saint-Martin, ajoute le magistrat, modéré. Le fouet est remplacé par la sont en général très-paresseux et très- prison, sur un certain nombre d’hainsolents: on n’ose plus les punir; car, bitations; sur quelques autres, le châtiau moindre châtiment, l’esclave puni ment corporel est administré avec une s’évade en entraînant avec lui sa fa- baguette de tamarin: c’est un usage mille, s’il en a, ou ses camarades. On emprunté à quelques îles étrangères 1871

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L’Allemagne devient un empire avec le roi de Prusse à sa tête Germany becomes an Empire led by the King of Prussia

février/feb.1871 Insurrection de la Commune de Paris Revolt of the Paris Commune

masters fulfill their obligations towards their slaves with much humanity and scruples. As to the disciplinary system, no one is ever found to complain about it. Whipping is rare, the delinquents are imprisoned for a few days, or they are struck with a large riding crop and, when there is cause to use a whip, the number of blows struck is always below 29. Work begins at daybreak and lasts until eight o’clock; it is resumed at nine o’clock until noon, and finally at two o’clock in the afternoon until sunset. The same judge of the peace noted that the working number of slaves in the workshops was generally rather small, taking into consideration the number of slaves; such is the wish not to displease them. And nevertheless, in spite of this tolerance, in spite of the good treatments of the settlers towards their black people, the latter in general, are incessantly tormented by the wish to escape. During his passage in the Grande Case neighborhood, in August 1841, the judge of the peace deputy learned from the Mayor: “That there was or seemed to be a great stirring amongst the island workshops; that on a few plantations, the black people had declared not wanting to work, that they wanted their Freedom, and that, if they did not obtain it, they would know how to take it by force. The judge of the peace adds that the Saint-Martin Negroes are in general very lazy and very insolent; one no longer dares punish them; since subject to the smallest punishment, the punished slave flees taking with him his family, should he have one, or his friends. 150 slaves were mentioned as leaving the island the first day, by surrounding the military outposts, and using the crafts tied to the Grande Case shores” (Report dated September 3rd, 1841) In a subsequent report, the judge of the peace recalls that the island of Saint Martin belongs, for almost half to each, to France and to Holland, and that the moral standards or behavior, language, population, everything, in this location, stems from an English origin. This is a token of the influence that the English doctrines, in matter of emancipation, are able to exercise on it…

8 février/feb. 1871 Sous la Commune, Schœlcher est élu le représentant du peuple à Paris puis en avril en Guyane et à la Martinique, qu’il choisit de représenter à nouveau Under the Commune, Schoelcher is elected people’s representative in Paris then in April in French Guyana and in Martinique, which he chooses to represent again

10 mai/may 1871 Traité de Francfort, la France perd l’Alsace et la Lorraine Frankfurt Treaty, France loses the Alsace and Lorraine regions

Everywhere the disciplinary system is moderate. The whip is replaced by imprisonment, on a certain number of plantations, on a few others; corporeal punishment is administered with a tamarind lash: this is a practice borrowed from some surrounding islands. Though nothing indicates this to be an aggravation, orders have been given for them to be eliminated… (Report of the Judge of the Peace, January 5th, 1842)

Portrait de Thomas Clarkson, abolitionniste Anglais, par Carl Frederik von Breda. Portrait of Thomas Clarkson, English abolitionist, by Carl Frederik von Breda.

Escapes using the sea prepared at Anse Marcel The slaves work rather well, they seem happy, at least none of them complain. Rarely of the punishments. However, I would say, Governor, this tranquility, this zeal to work, seem to me to hide certain projects. Could this be because I’ve been informed that, again, slave gatherings (in certain numbers belonging to several rich plantations) have been continuing? That, again, two slaves influential amongst their fellow men and belonging to a plantation the workshop of which does not accomplish much, that these two slaves, already mentioned in my previous reports, had again led their colleagues, and, at night, had gone to a deserted place at Anse Marcelle, a half hour from the Anguilla canal, and there discussed new

18 mai/may 1871 Ecrasement de la Commune Crushing of the Commune

1874 Schœlcher est nommé président de la Société de Secours Mutuel des Créoles Schoelcher is named president of the Company of Creole Mutual Assistance


Serait ce, dis-je, tous ces propos, vrais ou mensongers, qui n’en circulent pas moins, qui me font voir de nouveaux désordres, de nouvelles évasions dans ce qui, au contraire, devrait contenter tout le monde, la tranquillité, le travail et l’obéissance à leur maître de la part des esclaves? Le fait est que plusieurs Châtiment d’un esclave évadé. propriétaires m’ont assuré Punishment of an escaped slave. qu’il régnait dans quelques ateliers de sourdes rumeurs; environnantes. Quoique rien n’inque le nom de M. Dormoy, dique qu’il constitue une aggravation, les mots liberté et retour de M. Dordes ordres ont été donnés pour qu’on moy, circulent d’atelier en atelier, du le supprimât… (Rapport du juge de moins parmi quelques-uns des plus paix, du 5 janvier 1842). considérables. Dans les circonstances où les colonies sont placées (SaintEvasions par la mer préMartin exceptionnellement), on doit parées à l’Anse Marcel tout accueillir, récits vrais ou faux, Les esclaves travaillent assez bien, ils et ne pas en tirer cependant d’autres paraissent contents, du moins nul ne conséquences que celles qu’elles mérise plaint. Rarement des punitions. tent d’avoir, se tenir sur ses gardes, et Cependant, vous le dirai-je, mon- voila tout. Que peut-on craindre? Les sieur le gouverneur, cette tranquillité, services de terre et de mer sont parce zèle pour le travail, me semblent faitement organisés et parfaitement cacher quelques projets. Serait-ce bien faits. On ne saurait donner trop parce que j’ai été prévenu que, de nouveau, les rassemblements d’esclaves (d’un certain nombre appartenant à plusieurs riches habitations) continuaient ? Que, de nouveau, deux esclaves influents parmi leurs camarades et appartenant à une habitation dont l’atelier ne fait pas grand chose, que ces deux esclaves, déjà Nègre marron en fuite. Peinture de Victor Landaluze. signalés par moi dans Runaway slave escaping. Painting by Victor Landaluze. mes précédents rapports, s’étaient de noud’éloges surtout à MM. les commanveau mis à la tête de leurs camarades, dants de mer, et MM. les habitants et, la nuit, se rendaient dans un lieu de cette dépendance doivent avoir désert des anses Marcelle, à une de- beaucoup de reconnaissance pour mi-heure du canal de l’Anguille, et là l’autorité supérieure, dont la biendiscouraient sur les moyens nouveaux veillante sollicitude s’étend d’une maà employer pour s’évader ? Serait- nière aussi efficace sur quelques-uns de ce aussi parce qu’il m’a été rapporté leurs intérêts les plus chers, la conserque les esclaves de certaines habita- vation de leurs esclaves. Les évasions tions n’attendaient que l’arrivée de n’ont plus lieu à Saint-Martin, je le M. Dormoy, le représentant de cette répète avec plaisir et reconnaissance, dépendance au conseil colonial, pour comme habitant de Saint-Martin, être libres, et que, s’ils ne l’étaient pas grâce aux services parfaitement orgails savaient ce qui leur restait à faire? 1875 Schœlcher est élu sénateur inamovible. Il adhère à la Société pour l’Amélioration du Sort des Femmes Schoelcher is elected irremovable senator. He enlists in the Company for the Improvement of Women’s Fate

1879 Guerre des Zoulous en Afrique du Sud Zulu war in South Africa

1880

1881

Schœlcher publie «L’esclavage au Sénégal». Il participe à cette époque aux congrès de la Ligue du Droit des femmes et aux Congrès anticléricaux Schoelcher publishes “Slavery in Senegal”. At this time he takes part in the Women’s Right League congress and in the anticlerical Congress

means of escape to use? Could it be because it was reported to me that the slaves of certain plantations were only waiting for the arrival of Mr. Dormoy, the representative of this dependency to the colonial council, to be free, and that, if they did not obtain this freedom, they knew what they would have to do to obtain it ? Could it be, say I, all these declarations, true or false, that nevertheless spread about the place, that let me see new disorders, new escapes in what, to the contrary, should satisfy everyone, the slaves’ tranquility, work and obedience to their master? The fact is that several owners have assured me that in certain workshops unvoiced rumors are spreading, that the name of Mr. Dormoy, the words freedom and return of Mr. Dormoy, spread from workshop to workshop, at least amongst some of the greater ones. In the circumstances in which the colonies are placed (Saint-Martin exceptionally), one must welcome all, true or false accounts, and however not draw from them any other consequences than those that deserve to be drawn, but to be on one’s guard, and that is all. What can fear us? The land and sea services are perfectly organized and perfectly set up. One should not serve too many compliments especially to the Gentlemen Commanders at Sea, and the inhabitants of this dependency must be particularly grateful to the higher authority, whose kindly solicitude extends in such an efficient manner over some of their dearest interests, the keeping of their slaves. Escapes no longer occur on Saint-Martin, I repeat it with pleasure and gratitude, as an inhabitant of Saint-Martin, thanks to the perfectly organized land and sea services.” (Report of the Judge of the Peace deputy of Saint-Martin, dated January 27th, 1842) Reinforcement of the coastal watch “There are no more escapes. They are no longer possible. The sea service has been perfectly organized. The military positions, spread out along the main shore locations, now ensure, with the sea service (much more es-

sential), the peace and safekeeping of the richness of this island’s inhabitants. The Dutch part of the island is comforted by this efficient system of protection. The continual presence,

Cimarrón, esclave marron. Cimarron, runaway slave.

in the Marigot bay, of one of the local Guadeloupian marine schooners; the frequent patrols of the island that it can make and in the foreign colonies neighboring this dependency; the barge and coast guard service so well carried out, that you have supplied as auxiliaries to the terrestrial military positions, everything, Governor, now concurs, as I said previously, to ensure the tranquility of this small country. It is now only lacking business”. (Saint-Martin judge of the peace deputy’s report dated March 31st, 1842) “But if humanity plays a large role in this behavior of the master regarding the slave, do not their interest and the proximity of the English island (not more than one hour’s trip away from Saint-Martin) play a part in the whole? The masters make no matter of concealing this… Moreover, it is a tacit agreement between them and their slaves… The latter seem to say to them: “Don’t make us works too much… give us all we need…; close your eyes on many things…, we will not leave you…; we will wait!!” You were

1882 Le tsar Alexandre II de Russie est assassiné par des révolutionnaires Tsar Alexander 2nd of Russia is assassinated by revolutionaries

Ministère Jules Ferry, Décret sur l’enseignement gratuit, laïc et obligatoire, signature de la Triple-Alliance entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie Ministry of Jules Ferry, Decree on free, non-religious and obligatory education, signature of the Triple Alliance between Germany, Austria-Hungary and Italy

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nisés de terre et de mer.» (Rapport contrat tacite entre ceux-ci et leurs du juge de paix suppléant de Saint- esclaves… Ces derniers ont l’air de Martin, du 27 janvier 1842.) leur dire: «Ne nous faites pas trop travailler…; donnez-nous tout ce Renforcement de dont nous avons besoin… ; fermez les la surveillance des côtes yeux sur bien des choses…, nous ne «Il n’y a plus d’évasions. Elles ne sont vous quitterons pas…; nous attenpas possibles. Le service de mer a été drons!!». Vous avez pu le voir et parfaitement organisé. Les postes mi- le savoir, monsieur le gouverneur, litaires, échelonnés sur les points prin- lors de votre visite a Saint-Martin, cipaux du littoral, concourent, avec le malgré tout le bien-être dont l’es-

Vue de l’Anse Marcel d’où les esclaves fuyaient vers Anguilla. View of Anse Marcel from which slaves fled towards Anguilla.

service de mer (bien plus essentiel), à assurer désormais la tranquillité et la conservation des fortunes des habitants de cette Ile. La partie hollandaise se ressent de ce système efficace de protection. La présence continuelle, sur la rade du Marigot, d’une des goélettes de la marine locale de la Guadeloupe; les tournées fréquentes qu’elle peut faire autour de l’ile et dans les colonies étrangères voisines de cette dépendance; le service si bien fait des barges ou gardes-côtes, que vous avez donnés comme auxiliaires aux postes militaires de terre, tout, monsieur le gouverneur, concourt maintenant, comme je le disais, à assurer la tranquillité de ce petit pays. Il ne lui manque plus que du commerce». (Rapport du juge de paix suppléant de Saint-Martin, du 31 mars 1842.) «Mais si l’humanité joue un grand rôle dans cette conduite du maître envers l’esclave, leur intérêt et le voisinage de l’île anglaise (à une heure tout au plus de trajet de SaintMartin) n’y entrent-ils pas pour quelque chose? Les maîtres ne s’en cachent pas… Au surplus, c’est un

clave de Saint-Martin jouissait, les maîtres, encore plus qu’eux, n’en désiraient pas moins vivement un nouvel Ordre de choses. Quoi qu’il en soit, et je le dis parce que je le sais, que cela m’est répété souvent, les habitants de Saint-Martin, partie française et hollandaise (du moins la majorité), appellent de tous leurs vœux un changement dans ce qui existe aujourd’hui, et sauf le travail de la culture de la canne, cette transformation sociale (à Saint-Martin) passera presque inaperçue… La population esclave de ce petit pays, soumise depuis plus de vingt ans au régime méthodiste, anglaise de mœurs, d’usage et de langage, parait plus préparée que les esclaves de nos autres Antilles au changement de condition projeté.» (Rapport du juge de paix suppléant, du 31 mai 1843). Nous n’avons à constater, depuis près de dix-huit mois, que la perte de trois esclaves du bateau caboteur «Athénais», mouillé en rade du Marigot, qui se sont évadés par une nuit obscure, dans le canot du bateau…

1882

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Schœlcher fonde à Paris, avec le député guadeloupéen Gaston Gerville-Réache, le journal «Le Moniteur des Colonies» In Paris, Schoelcher founds the newspaper “The Supervisor of the Colonies” with the Guadeloupian member of parliament Gaston Gerville-Reache

1885 Convention de Berlin, une demi-douzaine de pays européens se partagent l’Afrique Berlin Agreement, half a dozen European countries split up Africa

able to see it and know it, Governor, most recent attempts to escape. These during your visit to Saint-Martin, attempts were fortunately repressed in spite of all the well-being enjoyed by fortuitous circumstances: had by the slaves, even more than they they succeeded, 40 slaves would have did, the masters desired a new Order been lost. I think it useful, Governor, of things. Be as it may, and I say to explain these facts, even if briefly. this as I know it, since this is often I closely examined the slaves’ situarepeated to me, the inhabitants of tions, I spoke with them, and today Saint-Martin, French and Dutch I in no manner doubt that this poparts (at least for the most part), pulation is not universally in favor of all sincerely hope a change in the freedom in such a determined manpresent day situation, and except ner, and especially that it does not for the work in the sugar cane in- have an equally ardent need to shake dustry, this social transformation off the master’s Domination. This (on Saint-Martin) will be almost opinion is strong, as it arises from the imperceptible… The slave popula- facts. The slaves I saw in part untion of this small country, submitted veiled themselves from this hypocrisy for more than twenty years to the masking them ; and I recognized English Methodist system of moral that the young population wanted to standards, customs and language, be free ; that the older one, in which seems more prepared than the slaves I set middle aged individuals, could of our other West Indies to the pro- well wait for freedom for a long time jected change of status.” (Judge of yet, and would welcome it as a blesthe Peace Deputy report, May 31st, sing. For the former, it is a right, 1843) an overflowing desire, the hope of a We can only note, for almost long and happy future; it is a flateighteen months now, the loss of tering idea which is constantly used three slaves from the boat “Athé- on them; it is finally, the unavoidable nais”, anchored in the Marigot bay, influence of the emancipated islands. who escaped in the boat’s dinghy The half-heartedness of the others is during a dark night. The barges the effect of calm produced by age were carrying out their usual patrol; they were unable to see this small dinghy. As long as we have had, in the bay, the presence of one of the schooners of the local Guadeloupian station, we have never had to incur an escape”. (Judge of the Peace Deputy Report, January Fresque montrant la joie des esclaves affranchis 11th, 1843) à Phillipsburg. Damien Chance, le 29.06.2006. Painting showing the joy of emancipated slaves in Phillipsburg.

A young generation of slaves avid for freedom “I have the honor of describing to you the legal inspection of several plantations neighboring the main town of this district, carried out the 12th and 17th of this month. I particularly lent my attention to these plantations, as the slaves on several of these were the instigators of the 1889 Décision de célébration du 1er Mai. Naissance d’Adolph Hitler Decision to celebrate May 1st. Birth of Adolph Hitler

in all men; it is the uncertainty of the well-being that freedom might perhaps take away from them; but it is, above all, the effect of a lengthy subservience, the debasement of which alters even the most sensitive and most intimate portion of man’s inner possessions, independence and

1892 Schœlcher se retire définitivement à Houilles dans la banlieue de Paris Schoelcher definitely withdraws at Houilles in the Paris suburb

1893 Mort de Victor Schœlcher à Houilles Death of Victor Schoelcher at Houilles


Les barges faisaient leur ronde accoutumée; elles n’ont pu voir ce petit canot. Tant que nous avons eu la présence, sur rade, d’une des goélettes de la station locale de la Guadeloupe, nous n’avons jamais entendu palier d’aucune évasion». (Rapport du juge de paix suppléant de Saint-Martin, du 11 janvier 1843). Une jeune génération d’esclaves avide de liberté «J’ai l’honneur de vous rendre compte de l’inspection judiciaire faite, les 12 et 17 de ce mois, sur plusieurs habitations voisines du chef-lieu de ce canton. Je me suis porté de préférence sur ces habitations, parce que c’est de la part des esclaves de plusieurs d’entre elles qu’ont eu lieu les dernières tentatives d’évasion. Ces tentatives ont été heureusement réprimées par des circonstances fortuites: si elles se fussent accomplies, 40 esclaves eussent été perdus. Je ne crois pas inutile, monsieur le gouverneur, de m’expliquer, mais rapidement, sur ces faits. J’ai examiné de près les dispositions des esclaves, j’ai causé avec eux, et je ne mets nullement en doute aujourd’hui que cette population n’a pas universellement des idées de liberté aussi arrêtées, et surtout n’a pas un désir également ardent de secouer le Joug du maître. Cette opinion est forte, parce qu’elle sort des faits. Les esclaves que j’ai vus se sont en partie découverts de cette hypocrisie qui les masque; et j’ai reconnu que la jeune population voulait être libre; que la vieille, dans laquelle je comprends les individus de moyen âge, pourrait attendre longtemps encore la liberté, et la recevrait comme un bienfait. Pour les premiers, c’est un droit, un désir qui déborde, l’espoir d’un long et heureux avenir; c’est qu’ils ont grandi au milieu d’un relâchement de servitude toujours croissant; c’est une idée flatteuse dont ils sont constamment bercés; c’est enfin, l’influence inévitable des îles émancipées. La tiédeur des autres est l’effet du calme que l’âge produit chez tous les hommes; c’est l’incertitude d’un bien-être que la liberté leur refuserait peut-être; mais c’est, par-dessus tout, l’effet d’un long asservissement, dont la dégradation altère même ce que l’homme a de plus sensible et de plus intime, l’indépendance et les af1894 Alliance de la France et de la Russie Alliance of France and Russia

1898

fections. En effet, la première évasion projetée ne comptait que des individus dont le plus âgé n’avait pas vingtcinq ans; la seconde, qui se composait de quatorze personnes, se trouvait à peu près dans les mêmes conditions. Que vouliez-vous aller faire à Anguille, demandais-je au premier de ces jeunes gens ? «Chercher quelque chose de bon pour moi (something good for me) » me répondit-il. On voit par ces mots combien la liberté se dessine brillante à leur pensée. De ce que je viens de dire, il ne faudrait pas conclure qu’il y aurait à craindre de ces tentatives violentes, tumultueuses, qui pourraient compromettre la sureté; ce serait une erreur; seulement avec ce désir qui le tourmente, l’esclave a sans cesse l’œil ouvert; que la négligence lui offre une occasion de fuir, il en profitera. Le blocus que nous nous imposons nous-mêmes ne saurait être assez hermétique pour que le noir ne puisse se glisser quelquefois par des issues oubliées ou devant des sentinelles un moment endormies. Vous connaissez, monsieur le gouverneur, la petite distance qui nous sépare d’Anguille, et sur cette terre si rapprochée, on sait que sans cesse, aux yeux des esclaves, brille un phare de liberté inextinguible.» (Rapport du juge de paix de Saint-Martin, du 20 octobre 1843). On le voit à la lecture de ces rapports, la population toute entière de Saint Martin, maîtres, esclaves et libres entretenait au milieu du 19ème siècle une relation particulière. La petite taille de notre île et sa faible population avait conduit à un système esclavagiste décrit comme «modéré». La proximité de colonies où l’esclavage était aboli encourageait à l’évasion. Le 8 juillet 1846, soit près de deux ans avant la signature du décret d’Abolition en France, les propriétaires de plantations de Saint Martin adressèrent à la chambre des députés une pétition demandant l’émancipation de leurs esclaves. Leur objectif était d’interrompre le flux des départs clandestins vers les îles voisines d’Anguilla et de Saint Barthélémy, alors suédoise. Ces doléances restèrent lettre morte.

affections. Indeed the first projected escape only involved individuals the oldest of whom was not even twenty-five years old; the second escape group, made up of fourteen persons, was approximately of the same nature. What did you want to do on Anguilla, I asked to the first of these young people? “To look for something good for me” he answered. One can understand by these words how freedom seems brilliant in their

kade we are imposing ourselves cannot be sufficiently airtight to avoid the black individual sometimes being able to slip out using forgotten exits or past guards momentarily sleeping. You know, Governor, the small distance separating us from Anguilla, and on this land mass so close, one knows that incessantly, in the eyes of the slaves, an inextinguishable light of freedom shines.” (Saint-Martin Judge of the Peace Deputy Report, October 20th, 1843)

From what one can gather upon reading these reports, in the middle of the 19th century, the whole population of Saint-Martin, masters, slaves and freemen kept up a special relationship. The small size of our island and its small population had led to the slave trade system described as “moderate”. The proximity of the colonies in which slavery had been abolished encouraged esOriginal de la pétition des habitants de la partie française capes. July 8th, de l’ile St Martin à la chambre des députés - 8 juillet 1846. 1846, almost two Original of the petition of the inhabitants of the French side years before the of the island of St Martin to parliament - July 8th, 1846. signature of the Abolition decree in France, the mind. From what I have just said, plantation owners of Saint-Martin one should not conclude that violent, sent a petition to the members stormy attempts be feared, which of parliament requesting the emcould compromise security ; this ancipation of their slaves. Their would be an error; only with this aim was to stop the flow of illegal desire tormenting him, the slave is departures towards the neighboalways on the lookout; if negligence ring islands of Anguilla and Saintoffers him an occasion to escape, he Barthelemy, then Swedish. These requests remained unanswered.

will take advantage of it. The bloc-

C. Henocq 1899

1900

Affaire Dreyfus : Zola publie «J’accuse» dans l’Aurore, la guerre hispano-américaine fait perdre à l’Espagne ses dernières colonies (Cuba, Porto-Rico, les Philippines) Dreyfus affair: Zola publishes “J’accuse” in the newspaper The Aurora, the Hispano-American war entails for Spain the loss of its last colonies (Cuba; Puerto-Rico, the Philippines)

Guerre menée en Afrique du Sud par les Boërs contre la suzeraineté anglaise War led in South Africa by the Boers against the English sovereignty

Intervention des troupes françaises contre la révolte des Boxers en Chine The French troops intervene against the Boxer revolution in China

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collection de vĂŞtements en vente exclusive au MusĂŠe de Saint-Martin

ethnik tendancy

new fashion wear available only at Saint-Martin Museum

HERITAGE 10  

La revue patrimoniale mensuelle de l'île de Saint Martin/Sint Maarten The Saint Martin/Sint maarten island monthly heritage review

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