W-Fenec Mag#1

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EDITO

LE CHANGEMENT, C’EST MAINTENANT On savait que notre site n’est pas à la pointe de la modernité mais on sait tous mieux écrire que dessiner. On savait aussi que le lecteur lambda a besoin de paillettes pour poser ses yeux sur du contenu. On sait bien sûr qu’il faut sans cesse se remettre en question. On sait toujours tout. Mais cet été, on s’est posé une question : on fait quoi ? On arrête là ? Ou on change pour tenter de vivre un peu plus ? On a choisi d’essayer de changer, de passer à autre chose... Alors que les magazines papier disparaissent au profit d’un web éparpillé entre réseaux sociaux, blogs, sites officiels et quelques zines qui résistent encore, on a décidé de devenir un magazine. Tu retrouveras dans ce magazine virtuel (tu peux l’imprimer au bureau pour le lire dans les toilettes comme un vrai si tu veux), des chroniques, des interviews, des reviews de concerts, bref ce qui consitutait la moelle du w-fenec. Le changement, c’est maintenant et c’est à toi qui nous lis de nous donner raison. Et merci d’être là.

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Rédaction : Anthony, Aurelio, Cactus, Oli, Pooly, Ted Maquette : Keipoth & Ybig3000 (special guest) Photos : Dour : Oli Couverture : Keipoth Les Thugs : Julien Bosse Hyperdump : Klonosphere DR

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SOMMAIRE

SOMMAIRE 04 > Retour à Dour 16 > Hyperdump 18 > Les Thugs 21 > Les disques du mois

Bloc Party Future of the Left Eths Nyxtone Air Bag One Mental Architects Domino And The Ghosts Kap Bambino Motion City Soundtrack Zenzile A Failling Devotion Hugo Kant Espardillos Glass Cloud 36 > Concours klonosphere 37 > Il y a 10 ans 38 > En bref 42 > Dans l’ombre 44 > Jeux de l’été 45 > Abonnement

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REVIEW

DOUR L’édition 2012 du festival de Dour était portée par un slogan évocateur «Dour, c’est l’amour». Des bisous, des caresses et j’en passe auraient été certainement bien plus chouettes sous un soleil radieux. Raté ! Dour cru 2012 restera comme l’édition qui a connu peut-être la météo la plus pourrie de toutes. Les anciens jugeront. Pluies battantes et timides éclaircies ont rythmé nos (re)découvertes musicales pendant quatre jours

Jeudi 12juillet Notre grosse révélation de Dour 2008 a grandi : les Steak Number Eight ont désormais le droit de fumer et boire sur scène ! Ils reviennent à Dour pour ouvrir le festival et dès 13h20 ce jeudi, on est sur le plancher du Club Circuit Marquee pour suivre leur prestation. Le public n’a pas encore forcément terminé de monter sa tente et, à part pour faire venir consommer les métalleux sur le site, on se demande pourquoi avoir fait jouer les Flamands si tôt... Eux se moquent de l’horaire et envoient leur posthardcore avec un membre bonus sur scène : un artiste qui peint en direct des visages torturés et dont le travail est retransmis sur un écran derrière le groupe, les couleurs oscillent entre le rouge et le noir mais l’ambiance n’est pas franchement romantique. Les Belges ont fait des progrès depuis leurs débuts, notamment au chant et c’est donc avec un concert gras et gros que se lance l’édition 2012 de Dour... En traversant le festival de l’entrée à la zone presse, nous passons devant Kaer du groupe belge de hip-hop Starflam. Les racines latines de l’artiste en solo sont très influentes sur l’ensemble qui sied parfaitement à l’ambiance d’un festival même s’il ne s’agit aucunement d’une grande découverte. Du côté de la De Red Bull

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2O12 avec les conséquences qui s’imposent : plus de 35 000 personnes pataugeant dans la gadoue avec boue accrochée aux pieds, démarche de pingouin pour sauter de scène en scène (sept au total), planchers des chapiteaux au sol qui se désagrègent au fur et à mesure que le festival touche à sa fin. Bref, c’est peut-être aussi pour cette raison que Dour est si délectable car définitivement à part. Retour sur ces quatre journées assez folles en compagnie de deux petits fenecs courageux.

Elektropedia Balzaal, Murdock fait chapiteau comble pour sa dixième apparition à Dour. Un événement où la drum & bass et les odeurs d’herbe folle prennent toute leur importance. Trop de monde, nous filons voir ceux qui ont annoncé la fin de leur carrière et qui tenaient à passer de bons moments dans différents festivals chaleureux : La Ruda. Les Saumurois donnaient ainsi leur dernier concert belge sur la plaine de la Machine à Feu, le temps d’une éclaircie et avec le soleil sur leurs visages, le gang cuivré a joué quelques-uns de ses tubes et a

Black Box Revelation


quelque peu délaissé ses dernières compositions pour que le public garde la patate, même après leur départ. Un petit détour sur la scène de La Petite Maison Dans La Prairie pour faire connaissance avec les Norvégiens de Casiokids et leur electro-pop synthétique. Si leur nom circule depuis la fin des années 2000, nous n’avons pas vraiment regretté d’avoir loupé l’écoute de leurs trois albums tant leur show était quelconque. A Dour, le choix d’artistes est tel que nous n’hésitons pas à rejoindre la tente bondée qui reçoit peu après La Phaze. Avec beaucoup de son petit dernier Psalms and revolution, la bande à Damny fait jumper tout ce beau monde et n’oublie pas de placer quelques messages «politiques» jusqu’à «L’assaut final», histoire de tremper également les fringues de l’intérieur. Dan San faisait partie des groupes à ne pas manquer pour tous les fans de musique dite «indie folk», les Belges ont su mettre en sym-

REVIEW

Shaka Ponk

biose des parties vocales en chœurs avec une orchestration à cordes (guitares + violon) sans démériter. Parfait pour faire redescendre peu à peu la pression hautement tenue par La Phaze auparavant. Beau son granuleux, magnifique tenue de scène (sic), le duo Black Box Revelation emmerde les détails pour se consacrer sur l’essentiel : tempo, riff, solo. De bonnes idées mais qui sonnent parfois un peu creuses sur une Last Arena pas bouleversée par les compères belges. Dommage, car avec un peu de basse en plus et pourquoi pas une guitare rythmique, ça pourrait valoir le détour. Petite déception du côté de Great Mountain Fire qui, sous une grande tente et devant son joli décor, nous touche beaucoup moins que quelques heures auparavant quand ils jouaient unplugged côté «presse» dans une «Scène de bain» étriquée. Leur pop intimiste y résonnait plus vraie et directe que devant des milliers de personnes. Contrairement aux apparences, la bonne surprise du jour vient de la prestation de Shaka Ponk. Visuel énorme, lightshow exceptionnel, présence scénique hors norme, le combo sait honorer son public et séduit les plus sceptiques avec un concert lumineux, ultra carré et endiablé. Ça pulse, ça chauffe (y compris pour les zicos qui terminent tous torse (quasi) nu), ça danse, ça crie, ça slam. Ce gros travail en amont apporte un grand rayon de soleil sur l’instant. Retour dans un univers plus feutré avec un duo de chez Warp Records : Africa Hitech. Mark Pritchard et Steve Spacek nous ont concocté de l’électro aux variétés sonores les plus aventureuses. Une belle découverte durant laquelle sont apparus les premiers dealers de dope, cancer du festival lorsque la nuit se met à bouillir aux sons des musiques électroniques narcoleptiques (drum & bass et dubstep, au hasard...).

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REVIEW

Sur la grande scène et sous une forte pluie, les fringants Franz Ferdinand ont fait parler leur rock entrainant mais relativement passable. Pas vraiment surpris par cela mais assez vite ennuyant, nous nous dirigeons vers le Club Circuit Marquee où se produit Caribou. Le Canadien nous a offert une prestation idoine haute en couleur, tant dans le son (qui déconnait sérieusement au début) que dans les lights. Une fusion électro esthétique matinée de deep-house et de pop psyché. Classe ! Avant de se jeter dans les bras de Morphée, nous sommes passés en mode clubber le temps d’aller apprécier deux gros poids lourds de la drum & bass : Danny Byrd et le pionnier DJ Hype. Deux belles prestations entachées de ces MCs qui devraient sérieusement arrêter de babiller sur le set de leurs potes. Ce ne fut heureusement pas le cas avec le duo électro Nero, dernier concert de la journée sur la Last Arena. Le groupe bankable de MTA Records

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a très bien utilisé la largeur de la scène pour embraser le public avec un lightshow énorme et un dubstep aux basses foudroyantes. Pas si dégueulasse, comme les formes de leur chanteuse d’ailleurs. En somme, nous retiendrons de ce jeudi, une journée moyenne en terme de découverte où le métal et le rock en général manquait terriblement, la Cannibal Stage, scène réservée principalement à ce style, n’étant pas ouverte.

Vendredi 13 juillet Sur la Last Arena, la journée débute par le collectif hiphop américain Doomtree, auteur, entre autres, du célèbre mash-up Wugazi (album contenant des titres inspirés à la fois par Fugazi et Wu Tang Clan, pour ceux qui dorment au fond). La machine à flows s’exécute sans trop de difficulté, le groove est là, l’audience semble comblée, ce vendredi est lancé sur de bonnes bases. Le groove, mais funky cette fois-ci, se poursuit sur le Club Circuit Marquee avec le duo rock déjanté gascon The Inspector Cluzo. Les deux exWolfunkind savent mettre l’ambiance comme personne en alliant explosivité et humour. Pour preuve, on se souviendra des deux courageux badauds qui ont du danser de façon sensuelle sur scène à l’invitation du groupe. Notre curiosité nous a amené à jeter un coup d’œil sur le Klub Des Loosers pour voir si ce groupe (sic) était capable de tenir le live. L’auto-dérision de Fuzati, bien seul sur scène en compagnie de DJ Detect, n’a sensibilisé que les plus initiés. Pour les autres, il n’y avait absolument rien à voir. Immanquable en revanche en ce vendredi : Hanni El Khatib. Comme une révélation, sans véritablement être d’une originalité flagrante, le Californien d’origine palestinienne par son père et philippine par sa mère, a diffusé son garage


Headcharger

rock sur les planches de La Petite Maison Dans La Prairie. Un vrai bonheur pour les oreilles d’autant plus que l’artiste vivait réellement son truc, apparence comprise. Sur scène, HeadCharger est devenu une machine. Et si leurs simples riffs et sons n ’ ava i ent pas suffis pour capter Against Mee l’attention de la Cannibal Stage, les Normands se sont permis de reprendre «Communication breakdown» de Led Zeppelin. Ce morceau culte du groupe des seventies marque les esprits à la puissance du combo. Il n’y a pas de doute, les HeadCharger ont encore impressionné en Belgique. Des groupes de HxC, il y en a quelques-uns chaque an-

née sur le festival, certains se font remarquer, d’autres sont noyés dans la masse. Dans quelques jours, on aura peut-être déjà oublié ce nom : Your Demise. On passe. Le fait d’évoquer le nom de Roots Manuva à Dour pouvait faire frémir tous ceux qui connaissaient l’égérie hip-hop-ragga de Ninja Tunes. Pourtant, l’Anglais n’a pas été à la hauteur des espérances, tout du moins dès les premières chansons, avec un set un peu mollasson qui ne nous a pas vraiment donné envie d’aller plus loin. A tort ? Même si on avait lu la nouvelle de la transformation physique de l’ex-chanteur d’Against Me! Tom Gabel en chanteuse dénommée Laura Jane Grace, il nous faut quelques secondes pour percuter et confirmer qu’on ne s’est pas trompé de scène. Si la figure de proue du punk rock d’Against Me! a désormais une (petite) paire de seins, l’énergie n’a pas changé, elle est brute, directe, incendiaire. That’s rock n’ roll babe ! Architects n’a pas été la meilleure prestation métal de Dour (faut dire qu’il y avait du lourd) mais, objectivement parlant, les Anglais ont plutôt bien défendu leur art. Encore fallait-il y adhérer .

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REVIEW

Il y a des noms qui évoquent instantanément l’esprit des années 90, un son particulier, une ambiance, une façon d’en voyer des compos, une attitude face au star system... Parmi ces quelques noms, il y a Dinosaur Jr., ces vétérans sont, vingt ans après, comme des rescapés. Et ils n’ont pas changé grand chose depuis leurs plus belles années : toujours la même décontraction (vas-y que je me réaccorde sans couper mon son !), la même nonchalance quand il faut chanter, le même son granuleux qui écorche quelque peu les esgourdes et toujours le même plaisir d’entendre le trio décocher ses indie-pop songs. Grand classique en festival, les marionnettes aux flows acérés de Puppetmastaz font toujours un carton. Elles ne sont pas très jolies mais avec un set aussi bien ficelé,

Caliban

comment ne pas rester admiratif du travail de création et d’une réalisation parfaite pour les chanteurs/manipulateurs ? La prestation la plus violente de Dour fut évidente. Napalm Death a plus que bousillé les tympans des plus téméraires festivaliers. Que dire de plus? Trente

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ans de grindcore à leur actif, ça calme toujours autant ! Ministry s’est reformé (qui avait vraiment cru à leur fin ?) et tourne sans relâche pour promouvoir Relapse avec, pour lancer les hostilités, un «Ghouldiggers» qui permet de découvrir l’écran géant derrière Al Jourgensen et son imposant pied de micro. Arrivé une bière belge à la main, le leader industriel se promène sur scène, harangue la foule (pas si nombreuse finalement) et décoche ses refrains anti-système, anti-militariste, anti-Bush.... Le son a du mal à se mettre en place, les basses bouffant tout l’espace en début de live, mais l’ensemble s’améliore et le final est grandiose, le groupe enchaînant «N.W.O.», «Just one fix» et «Thieves». Après un tel show, il faut bien les quelques minutes que prend Godflesh pour terminer sa balance pour se remettre les oreilles d’aplomb. Le duo n’est en effet pas tout à fait prêt quand les fans d’indus déboulent en masse depuis la Last Arena. Justin Broadrick questionne donc le public ironiquement «Ministry a terminé ?», le temps de tomber la veste, le revoilà sur le devant de la scène armé de sa guitare, son bassiste et son ordinateur à ses côtés. L’air se sature de sons distordus, de samples, de cette batterie électronique qui sert de métronome et on plonge avec le duo au plus profond de leurs titres tortueux et torturés. Difficile d’aligner Godflesh et Battles en même temps, nous nous contentons donc de deux chansons de la bande de John Stanier. Trop peu pour se forger un avis définitif sur leur prestation même si on ressent toujours autant chez eux cette détermination à vouloir casser les barrières musicales. Chacun sait que Meshuggah la joue technique et rapide, que chacun de ses membres est simplement une grosse brutasse en


Samedi 14 juillet En ce jour de fête nationale française, nous débutons avec un groupe local avec l’accent qui va avec. Il s’agit des Dirty Fingers, combo Hardcore du «Black Land

REVIEW

ce qui concerne la maîtrise de son instrument. Ce que l’on sait moins, c’est que le light show qui va avec tout ça (une sorte de chaos organisé) est géré par un mec qui n’a rien automatisé et appuie sur environ dix boutons à la seconde pour suivre le rythme imposé par ses

Nada Surf

comparses. Pour le reste, tu te doutes bien qu’un live de Meshuggah, c’est une grosse démonstration de savoir(bien)-faire, une bonne droite qui met K.O. Pas évident alors pour The Experimental Tropic Blues Band de passer derrière, mais pourtant, dans un tout autre style (rock n’ roll sauvage), les Liégois donnent de leur personne pour remuer la foule. Les protégés de Jon Spencer envoient la sauce et s’en sortent bien au vu de l’heure tardive et de l’envahissement des DJ au quatre coins du site. Pour terminer cette journée de vendredi, deux grandes pointures du hip-hop alternatif américain réunies sous le nom de Blackstar font place sur la Last Arena. Mos Def et Talib Kweli nous plongent dans une ambiance beaucoup plus décontractée où se mêlent la poésie et l’art du phrasé. Parfait avant de rallier le campement, qui, à cette heure-ci, doit à peu près ressembler à une marre de boue difficilement praticable (ayons une pensée pour celui qui se lève pour pisser la nuit ou le matin...).

Crew». Les gaillards donnent tout ce qu’ils ont pour faire trembler la Cannibal Stage. Une belle prestation devant beaucoup de «potos» qui rappelle sans étonnement celles de ses confrères. N’oublions pas que la Belgique est une terre de Hardcore. La suite de notre programme est, pour ainsi dire, différente. Les Sunrockers font dans le reggae, style qui jusque là s’était fait rare. Ces Bruxellois ont gagné le droit de jouer à Dour grâce à un concours dont nous ignorions l’existence. Le groupe ne salit pas la réputation du courant en le mettant à sa sauce grâce à des racines jamaïcaines profondément ancrées. Nous filons vers La Petite Maison Dans La Prairie pour admirer la prestation magique de Poliça. Magique, car nous sommes véritablement tombés dessus un peu par hasard et qu’il fait partie des traditionnelles découvertes impromptues et géniales de ce festival un peu spécial. Mené par la voix prenante de Channy Leaneagh, elle-même accompagnée de deux batteries (on parle de cold-wave et de dream-pop raffinée, hein!) et un bas-

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siste, la musique de Poliça nous pénétre sans relâche grâce à un format insaisissable. Il parait que Bon Iver et Jay-Z sont dithyrambiques envers Poliça, nous voulons bien les croire après s’être pris cette petite baffe. Après (Oli)BaliMurphy, la Last Arena accueille un groupe que nous connaissons bien : Les Fils de Teuhpu. La fan-

Autre ambiance, autre style, Skarhead déploie sa force NYHC sous la tente de la Cannibal Stage devant un public encore un peu froid, ce qui visiblement agace Lord Ezec, le leader de la troupe, se demandant s’il ne s’était pas planté d’heure pour jouer. Nada Surf, eux, jouent à l’heure parfaite. Leur power-pop nous berce avant d’affronter la suite et leur set va piocher principalement sur leurs trois derniers albums même si le trio de Brooklyn, accompagné de membres de Calexico et Guided By Voices, nous offre quelques tubes dont le tant attendu «Popular».

fare parisienne a profité de l’apparition du soleil pour nous redonner un peu de baume au cœur. Leur humour, leur fougue, leur côté décalé et festif ont joué beaucoup en ce sens. C’est dingue à quel point ce groupe ne vieillit pas. François & The Atlas Mountains est ce genre d’artiste qui essaye de se démarquer par une configuration pop tropicale aérienne mais qui au fur et à mesure de l’avancée de son set nous plonge dans le «too much». Dommage !

La Cannibal Stage fait honneur au metalcore allemand ce soir avec ses deux fleurons qui enchaînent (avec le même backline), à savoir Caliban, qui joue en premier et séduit les métalleux avec un énorme son et une énergie communicative, et Heaven Shall Burn qui monte sur les planches avec la même recette et la même fougue en remettant le chapiteau sens dessus-dessous. C’est carré, ultra efficace et le public s’en accommode largement.

Nous retrouvons Do Or Die. Il ne doit pas rester beaucoup de scènes en Belgique qui ne les ont pas reçu. Et c’est ici durant ce concert «à la maison» que le combo a choisi de tourner les images de son prochain clip ; le public de la Cannibal Stage sort donc son plus beau mosh-pit, circle-pit et un wall of death des familles pour faire honneur à ses petits protégés qui envoient sévèrement. Encore des adieux... Même époque, même genre de musique festive, après La Ruda, ce sont les Marcel Et Son Orchestre qui quittent les scènes et disent au revoir (en costard) au public de Dour avec un best of live agrémenté de quelques-uns de leurs derniers titres... Le chapiteau est chaud bouillant, notamment sur les plus électriques des tubes comme «Les neurones à crêtes»,

Du côté du Club Circuit Marquee, nous apercevons rapidement The Pharcyde, un vieux de la vieille du hip-hop américain accompagné d’un live band et d’un DJ. On en smurferait presque mais comme on est pas vraiment du genre à faire les cons quand on «bosse», on se jette du côté

Punish Yourself

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«Brrr... (au début elle est froide)» (avec son traditionnel bateau gonflable), «Femme mure», «Où sont passées mes pantoufles ?» ou l’hymne ch’ti «62 méfie-te» !


Baroness

vraie bouffée d’air frais, ce songwriter à l’origine de The War On Drugs, groupe également programmé à Dour cette année, a montré tous ses talents de composition en compagnie de ses musiciens. Quelque part entre blues, psyché, indie-rock et americana, le natif de Philadelphie a enchanté la scène de La Petite Maison Dans La Prairie, que cela soit en groupe ou en solo. Chapeaux bas ! Le nu-jazz, sympathique à souhait, de Parov Stelar Band nous a permis de nous dandiner sous le chapiteau bondé de la Dance Hall en attendant la suite qui allait être beaucoup plus coriace. 2006, 2007, 2008, après avoir réussi un hat trick, les Punish Yourself avaient connu trois années sans Dour

! Et Dour s’était langui de Punish Yourself. Sans pour autant oublier combien les Toulousains étaient des fluo furieux qui assurent le show de A à Z (danseuse sexy, danseur au ruban, étincelles). On a le droit à toute la panoplie «habituelle» et en bonus à un demi strip-tease d’une demoiselle du public et surtout à un titre inédit à base de «zombies» ! Gageons qu’il ne faudra pas attendre trois nouvelles années avant de les revoir. Nous

REVIEW

de la Last Arena où le folkeux Bon Iver nous permet une petite respiration. Le bonhomme se cacherait presque derrière son décor, pas forcément à l’aise, la scène est trop grande pour lui et ses collègues. Ces ambiances intimistes auraient mérité une tente pleine à craquer. La rançon de la gloire est un prix cher à payer. Kurt Vile & The Violators font une nouvelle fois partie de ces excellentes formations inattendues du festival. Une

finissons la journée avec un autre illustre groupe de la scène hip-hop US que sont les Dilated Peoples qui méritaient peut-être une scène moins grandiloquente que la Last Arena pour que ce soit parfait. Dodo time !

Dimanche 15 juillet En ce dimanche, nous attaquons (déjà !) cette dernière journée sous la tente de la Cannibal Stage avec les Néerlandais de Textures, spécialisés en métal technique. Effectivement précis dans l’exécution, le combo n’a que 30 minutes pour faire ses preuves. Haut la main ! En ce jour, c’est sludge crasseux et post-hardcore au menu de la Petite Maison dans la Prairie, juste à l’opposé de la Cannibal Stage où jouent d’autres combos métalliques, nous aurons donc le plaisir de traverser plusieurs fois le site

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Crowbar

du festival sous la pluie et dans la boue profonde. Mais à chaque fois, ça vaudra le coup parce que si Red Fang commence à obtenir une petite notoriété sur le vieux continent, ce n’est pas pour rien. Son abrasif, grosse énergie, rythmes bien balancés, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Encore du bon sludge avec Ufomammut. Là, c’est plus délié et la lenteur de certains riffs n’a d’égal que leur lourdeur, collante et gluante comme la boue, la musique des Italiens sied à l’ambiance même s’ils ne sont certainement pas accoutumés à cette météo. C’est en habitué des lieux que Lofofora déboule et attaque son set au taquet, taquinant un peu les festivaliers claqués qui survivent à leur quatrième jour de concerts et de pataugeage intensif en milieu aquatico-merdeux. Monstre ordinaire a les honneurs de la set list même si la bande de Reuno nous sert tout de même quelques brûlots d’albums plus anciens. Le ciel est gris et ça ne dérange pas AmenRa qui, tout de noir vêtu, vient poser ses sombres attaques post-hardcore dans nos oreilles. Comme à leur habitude, le groupe est à l’unisson quand il envoie des coups de boule, son leader, dos au public, hurle son chant de rage, s’agite, vit intensément le live, sue, enlève son sweat et termine par arracher son T-

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Shirt... Même quand on déjà vu les Belges en concert, ça reste très impressionnant. Parmi les grandes références du jeu lourd, Crowbar a une belle place sur l’affiche du festival également. Depuis plus de vingt ans, ils trainent leurs accords lancinants ou tranchants à travers le monde et nous les déposent ce soir dans les oreilles. Nous avons beau être exténués, que c’est bon de se faire labourer le crâne par de telles ambiances ! Non, nous ne sommes jamais rassasiés. Le premier concert de la journée sur la Last Arena pour nous est aux antipodes des premiers car il s’agit de l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly et de son reggae aux messages engagés. Bien que souvent monotone, la musique du frère spirituel d’Alpha Blondy reste tout de même reconnaissable à la première note et n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de faire danser les foules. Le public de Dour a répondu à l’appel de l’African revolution. Au même moment et pas très loin, dans le chapiteau du Magic Sound System, Assassin a fait réviser ses «classiques» aux festivaliers par le biais de son leader Rockin’ Squat. Affuté et toujours plein d’énergie, l’enfant de la balle est toujours rattrapé par ses «bla-bla» intempestifs qui nuisent à la qualité de ses lives. Nous,


Le spectacle prend fin de la même manière que Suicide Silence : tout le monde sur scène, une image qui restera comme le bouquet final musical de cette édition 2012.

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on préfère largement quand les gars de Suicide Silence parlent car quand ils le font, ils provoquent toujours une réaction des festivaliers qui a des conséquences, que ce soit dans la fosse ou sur scène. Pour preuve, le dernier morceau s’est effectué avec la montée du public sur les planches portant le chanteur alors en pleine action. Un bordel sans encombre pour un des shows métal les plus impressionnants de ce festival. Pour nous remettre de nos émotions, quoi de mieux que d’aller à la rencontre du plus vieux groupe de cette édition, j’ai nommé The Skatalites. Les précurseurs du ska ont fait le job en mettant toute la Dance Hall (et même en dehors !) en mouvement. Respect ! Grandiose ! Qualité de son exceptionnelle, jeu de scène et jeu collectif énorme de facilité, en plus de leurs compositions excellentes, les Baroness communiquent leur joie de vivre et de faire de la musique. Assister à un de leur show est tout simplement un régal, même si leur nouvel album semble décevant pour certains d’entre vous qui liront ces lignes. C’est un grand nom du rock indé qui investit la Last Arena. The Flaming Lips en aura mis plein la vue aux festivaliers avec déguisements et confettis synonymes de grand n’importe quoi parfois, mais au final nous laisse un peu perplexe sur le fond. Un tube coincé entre des morceaux (très) moyens, face à ces atermoiements. Il n’en faudra pas moins pour allez (re)saluer les Suicidal Tendencies sous la Cannibal Stage à l’autre bout du site. A chaque fois, la bande de Mike Muir nous régale. Bien que leur show ne fasse pas dans l’originalité (c’est toujours un peu la même chose au final), les Californiens envoient sans concession leur punk hardcore teinté de heavy metal en pleine face pour notre plus grand bonheur. C’est toujours un grand plaisir de les revoir et de contempler la technique toujours impressionnante des musiciens (dont celle d’Eric Moore, leur imposant batteur).

Si, musicalement, ce cru 2012 du festival de Dour a été dans sa globalité une réussite (mais tout est discutable), nous pointerons du doigt les désagréments occasionnés par la météo et les conséquences qui, à l’heure où nous écrivons cet article, ne sont pas sans suite. Pour notre part, un fenec a mis trois heures à sortir du parking où seulement deux dépanneuses pointaient le bout de leur nez. Dans l’incapacité de faire avancer la voiture embourbée, nous voudrions saluer ces inconnus aux âmes charitables qui nous ont naturellement aidés à sortir notre véhicule, qui, lui, en a un pris un sérieux coup sur la gueule (antenne cassée, encrassage du moteur, couches de boues épaisses sous la carcasse et j’en passe) et nous a engendré des frais imprévus en sus. A cela, si vous ajoutez les risques continuels de chutes dus à l’état du sol glissant (nous avons vu des handicapés en chaise roulante se faire trainer difficilement sur le site !), il aurait presque fallu souscrire une assurance santé supplémentaire spécialement pour le festival puisque l’organisateur n’a pas daigné anticiper ou souhaité mettre les moyens nécessaires à la protection de ses festivaliers (la paille et les pompes n’ont servi à rien !). D’autres festivals de cette ampleur prévoient ce genre de choses, pourquoi pas Dour? Espérons qu’à l’avenir, ce genre de problèmes soient atténués efficacement et que les réactions reçues volent plus haut qu’un sempiternel «Ça fait parti des imprévus d’un festival !». http://www.dourfestival.be

Oli & Ted

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Gagne 2 places pour CONCOURS

TORCHE

à Paris au Divan du Monde le 20 septembre Les festivals d’été laissent peu à peu place aux concerts de la rentrée qui s’annoncent tonitruants à commencer par celui de Torche au Divan du Monde le 20 septembre à Paris. Un gros événement puisqu’il s’agit de la seule date française des Américains qui viendront défendre leur dernier rejeton, Harmonicraft. A ne pas louper ! Le W-Fenec en partenariat avec Speak Easy, donne une chance à deux personnes (toi?) de s’y rendre sans débourser en kopeck pour prendre une bonne dose de power-pop et de stoner. Pour ce faire, il te suffit de répondre à la question sur cette page et d’attendre le tirage au sort le 15 septembre. Bonne chance ! Attention, la date limite de participation est fixée au vendredi 14 septembre 2012.

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INTERVIEW

HYPERDUMP

Alors que le groupe bosse sur son clip, Ws, chanteur des Hyperdump répond à nos questions sur ledit clip mais également sur l’album, les concerts et le futur proche.

C’est difficile de jouer dans différents groupes ? Gérer les plannings pour les répét’, le studio, les concerts, ça ne doit pas être évident... Pour l’instant, il n’y a aucun souci de ce côté là, étant donné que les autres groupes de Holyv (guitare) et Sly (basse) n’ont, pour l’instant, pas d’actualité. De toute façon pour tous les membres du groupe, Hyperdump reste et restera une priorité. Dans les semaines à venir, il n’y a pas de concerts de prévus, à qui la faute ? C’est la faute à personne (rire) ! C’est un choix, on a préféré faire une petite pause de deux mois afin de nous concentrer sur la composition de notre deuxième album dont la sortie est prévu pour le printemps prochain. On prévoit aussi avant la fin de l’année de sortir un EP. Donc beaucoup de boulot qui justifie cette petite pause. Vous avez su attendre presque 2 ans pour sortir l’album dans de bonnes conditions, ça a du être très long, qu’est-ce qui vous a empêché de craquer et de faire de l’auto-prod comme beaucoup ?

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Avec le recul, je peux dire que deux ans ça passe super vite. En fait l’enregistrement de Rational pain a duré moins de quatre semaines mais réparti sur une année du fait que les disponibilités de chacun étaient assez difficiles à gérer. Ensuite nous avons pris notre temps avec Greg de Nowhere Record afin de trouver le son qui nous correspondait le plus. Après nous avons envoyé l’album à un maximum de label et nous avons attendu les réponses pour finalement tomber sur la proposition de Guillaume de Klone qui avait écouté notre album par l’intermédiaire de Sly (basse). Finalement nous n’avons pas vraiment le temps de penser à se mettre en autoprod... Si on lit les chroniques de votre album, certaines références reviennent souvent (Strapping Young Lad, Faith No More, Meshuggah, Gojira...), ça vous ennuie ou vous acceptez aisément ces sempiternelles comparaisons ? Quand tu sors ton premier album, je pense que tu ne peux échapper aux comparaisons. Et puis de toute façon ça aide le lecteur de la chronique d’avoir ce genre de points de repère. Nous n’avons pas la prétention d’inven-


L’actualité, c’est le tournage du clip de «Working men», vous pouvez nous en dire plus ? Le clip est terminé d’être monté, nous sortirons tout ça en septembre. Au départ nous avions l’idée de tourner une petite histoire autour du thème de la chanson avec des insertions de nous en train de jouer. Mais vu que la chanson est très courte (dans les 3 minutes) nous avons finalement renoncé à intégrer l’histoire pour finalement ne laisser que nous en train d’interpréter la chanson. Bon c’est pas très original mais le montage est bien nerveux et représente assez bien son caractère urgent. Je trouve que certaines idées de ce titre («Working men» donc) renvoie au «Give it away» des Red Hot Chili Peppers, j’ai tort ? Tu dois sûrement parler du passage «Give me work» dans la chanson. Ben ce n’est pas du tout intentionnel. Peut être que je devais écouter ce titre sans m’en rendre compte au moment où j’écrivais mes parties vocales pour cette chanson (rires) ! Les Red Hot, c’est un groupe dont la démarche et l’ouverture d’esprit vous a marqué ? Il y en a d’autres qui forment votre background commun ? Non pas du tout ! Désolé... A part les chansons qui passent à la radio, pour ma part je n’ai jamais écouté

un seul album de ce groupe. Par contre si il y a un groupe qui nous a vraiment influencé pour cet album c’est bien Strapping Young Lad. Dire le contraire serait mentir. On adore le fait que Devin Towsend passait à l’époque d’Ocean machine/Infinity/SYL/Terria d’un style de metal à un autre tout en gardant sa patte reconnaissable entre mille. C’est ce que nous avons voulu faire avec Rational pain.

Votre métal est moderne et universel, vous avez des plans pour attaquer les pays étrangers ? Pour les concerts, non pas encore. On essaie d’abord de se faire une petite place dans notre pays. Chaque chose en son temps. Je préfère qu’on ait un peu plus de bouteille avant de s’attaquer à l’étranger. On n’a surtout pas envie de passer pour des rigolos. Les concerts ici se passent super bien mais je sais que nous encore une marge de progression encore énorme concernant nos prestations donc on va encore attendre un peu. Sinon notre album a été chroniqué dans certains pays comme l’Allemagne, les States etc. Les retours sont plutôt positifs mais je pense notamment qu’en Allemagne, ils sont un peu perdu

avec notre musique. Ils ne savent pas trop comment nous décrire et ça, ça les emmerde profondément donc les notes s’en ressentent automatiquement... En tout cas on ne laisse personne indifférent. C’est le principal .

INTERVIEW

ter la poudre avec notre musique. Le but pour nous est juste d’écrire du Heavy Metal qui permet de s’éclater sur scène. Donc pour moi, le plus important n’est pas avec qui le chroniqueur nous rapproche le plus mais surtout est ce que nous avons écrit de bonnes chansons.

La vie du groupe en BD, c’est terminé ou ça pourrait reprendre ? Oui ça va reprendre mais pas tout de suite. Je me laisse un peu de recul pour raconter ce qu’il s’est passé dans le groupe pendant cette période. Mais tant que le groupe existera vous aurait droit à du «hyperdumpstory» ! Le site officiel est assez «pauvre», vous donnez la priorité aux réseaux sociaux et notamment à la page FaceBook ? A la base, cette page servait à présenter Rational pain. Maintenant que l’album est sorti depuis un certains temps le site va évoluer, on y travaille en tout cas. Donc en attendant on privilégie notre page facebook pour donner des infos. J’ai crée un compte twitter pour ceux que ça interresse c’est @ws_hyperdump ! Sans internet, le groupe n’aurait pas eu la même vie... Ca c’est certain ! Parce que c’est bien grâce à internet que nous sommes en train de nous faire connaître. Et c’est encore grâce à internet, que nous avons réussi à prendre contact avec Guillaume de Klone ainsi que par exemple vsGreg de Vs webzine, qui nous a pas mal poussé et a cru en nous bien avant la sortie de l’album. http://www.hyperdump.net

Oli

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LE DVD DU MOIS

LES THUGS Come on people (Crash Disques)

CD live du concert de Bordeaux, le DVD du concert capté chez eux à Angers et un autre DVD avec le gros documentaire «Come on people !» et bien entendu des bonus ! Par où commencer ? Le CD du concert de Bordeaux ? Allons-y ! Petit coup d’oeil à la setlist : elle fait la part belle aux années 90, celles de I.A.B.F., As happy as possible, Strike et Nineteen Something, on ajoute quelques oldies et on a de quoi faire un concert avec ce qu’il faut de rage, de sueur et d’idées engagées, en témoigne leur cultissime «Stop the war». Le son est très bon, on distingue bien le gras de la disto et les attaques sur les cymbales, c’est simple, on s’y croirait... en mieux ! Les Thugs ne perdent pas de temps en chemin si ce n’est pour annoncer quelques titres et remercier ceux qui le méritent, on a donc du son, du son et du son comme à la belle époque car les gaillards ne semblent pas avoir trop vieilli, en tout cas, ils ont toujours l’envie d’il y a 20 ans. Fin 1991 ou début 1992, je ne sais plus exactement, mais quand je découvre Nirvana, j’ai 14 ans. Je suis dans la cible et touché en plein coeur, je ne les verrais jamais en concert mais j’ai leur TShirt sur le dos et en bon teenager j’ingurgite tout ce qui approche ces génies. C’est via la presse que je découvre l’existence d’un groupe angevin qui enregistre à Seattle son album As happy as possible, on est en 1993 et c’est même le label culte Sub Pop qui le distribue aux Etats-Unis. Ces mecs vivent le rêve américain (même si la réalité est plus dure) et sont cités par Kurt himself. Les Thugs. Comment ne pas être marqué par leur musique à cette époque-là ? L’étiquette «grunge» leur est collée sur le dos alors qu’ils jouent leur punk rock crado depuis les années 80 et dans la foulée de Nirvana (ils sont invités par Cobain à jouer avec eux en 1994), ils atteignent le leur, se payant même le luxe d’aller chez Steve Albini, alors en pleine période Shellac et producteur d’In utero, enregistrer leur Strike en 1996. Le grunge passe puis trépasse. Rideau. Le groupe disparaît jusqu’aux 25 ans de Sub Pop, les frères Sourice et Thierry Méanard se reforment exceptionnellement pour deux dates à Seattle, en enquillent quelques autres en France, enregistrent les concerts et 4 ans plus tard nous offrent ce digipak comprenant le

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Le DVD 1 c’est donc le fameux concert d’Angers, le groupe entre en scène dans la lumière rouge et comme partout envoie ses fans au septième ciel dés le premier tube «As happy as possible». Caméra plan large fixe, caméra 3/4 face fixe, caméra de dos quasi fixe, seules deux caméras semblent avoir un cadreur qui donnent un peu d’action (mais aussi de flou avec un effet pas forcément heureux), avec l’incroyable faiblesse des jeux de lumières (du rouge et du blanc, même pas un peu de rosé pourtant spécialité de l’Anjou !), voilà les deux principaux défauts de ce live. On a l’impression que techniquement, c’est un concert capté dans une MJC en 1986. Les mecs sont punks, d’accord mais de là à faire de telles lights et de filmer avec des caméras de surveillance, c’est un peu trop old school... Ou alors ils ne prévoyaient pas de le sortir en DVD mais ça n’excuse tout de même pas l’absence de plan de feux. Pour le reste (et le plus important soit), Les Thugs envoient le bois durant 25 titres, 6 de plus que sur le CD (et oui, il y a plus de «place» sur un DVD !) et si «Stop the war» n’est étrangement pas dans la set-list, on a 7 autres titres dont leur reprise de «Moon over Marin» des Dead Kennedys.


La salle a encore assez d’énergie pour le rappel lancé avec «Allez les filles» et se terminera avec le très punk (et très vieux car c’est un des premiers titres enregistrés par le groupe) «You say why ?». Et comme si ça ne suffisait pas, le groupe a mis deux bonus dont des vidéos captées lors de l’enregistrement de Strike. Enfin, le DVD 2 offre en plat de résistance «Come on people» le documentaire tourné lors de leur «non reformation» (en 2008 donc) et sorti en 2010. 1h15 à passer avec Les Thugs depuis l’élaboration de la setlist jusqu’au concert de Seattle en passant par la redécouverte de leurs propres titres... Durant ce temps, le groupe nous parle de ses origines (depuis le local de répét’ d’IVG !), des premiers concerts (avec des images d’archives collector), nous fait vivre la mise en place du «non-reformation tour», les concerts «à la maison», leur retour à Seattle avec l’histoire de la signature chez Sub Pop et on apprend qui dit «come on people» mais aussi «too smart to be famous»... Pour accompagner ce docu on a en bonus les 7 clips ou plutôt compilations d’images

avec de la musique sont également disponibles mais également «Les Thugs aux tonnelles» un petit live dans un restau du Maine-et-Loire en septembre 2008 et «Les lendemains qui chantent» un mixage de plusieurs titres sur des images plutôt expérimentales entre reportage policier et théâtre contemporain en mode «air pogo». Fin 2012, j’ai 35 ans et je remercie Les Thugs pour ce Come on people ! parce que je rajeunis de 20 ans à chaque écoute... http://www.lesthugs.fr

Oli

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LES DISQUES DU MOIS

BLOC PARTY Four (French Kiss Records)

grunge détonante, contrebalancée par la voix toujours très haute de Kele Okereke, pour un résultat complètement décomplexé (sur «Team A» aussi) pour lequel on sent bien que les musiciens se sont lâchés et bien comme il faut.

Quatrième album pour les presque revenants de Bloc Party, dont on pensait assez légitimement que c’en était fini d’eux après un Intimacy qui avait laissé plus d’un inconditionnel du groupe fort perplexe quant à l’avenir du groupe, ce ajouté l’échappée solo (fort piteuse cela dit) de son leader vocal, Kele Okereke. Sans doute que les anglais avaient à coeur de laisser retomber le soufflé les entourant histoire de remettre la tête dedans un peu plus tard et jouer les phœnix avec ce nouveau disque, sobrement et très logiquement baptisé Four (après tout pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple). Et là, l’inattendu se produit...

Sans peur ni reproche, le groupe fait ce qu’il a toujours fait par le passé (et plutôt bien à l’époque) avec le très light mais cette fois un peu raté «Day 4» (dommage), avant de mettre les c.... sur la console de mixage, descendre dans l’arène du rock un R majuscule et des riffs de patrons pour envoyer du gros son sauvagement titiller les enceintes sur «Coliseum». On est surpris et plutôt agréablement par la tournure que prend ce Four et l’alternance des morceaux power-pop «dansants» («V.A.L.I.S», «The healing») avec ceux plus couillus (le diabolique et effréné «We’re not good people»), sans oublier de larguer quelques tubes au passage (le single évident qu’est «Truth») histoire de faire de Four LA jolie surprise discographique de l’été. http://blocparty.com Aurelio

N’y allons pas par quatre chemins, le groupe fait mieux que réussir la mise à feu de ce nouvel opus : enchaînant coup sur coup «So he begins to lie» et «3X3», soit deux titres outrageusement rock, survoltés même, qui atomisent les canons de la britpop pour lui faire conjuguer dans un même tube à essais la fièvre mélodique de Muse (mais en évidemment mille fois mieux...) et la tension incandescente des Strokes. Le tout passé à la moulinette Bloc Party 2.0, c’est carrément excellent. Et si la suite est parfois clairement en deçà de ce dont le groupe semble actuellement capable («Octopus», «Real talk»), sur un titre comme «Kettling», on découvre un quartet capable de délivrer un tube rock à la brutalité power-

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LES DISQUES DU MOIS

FUTURE OF THE LEFT The plot against common sense (Xtra Mile Recordings)

pour l’appliquer puis l’assaisonner bien comme il faut («Beneath the waves an ocean»), entre tornade électrique viscérale et expérimentations synthétiques (un «Cosmo’s leader» aux bizarreries vocales bienvenues). Mais les Gallois savent également rester un peu plus dans les clous avec des morceaux comme «City of exploded children» ou «Goals in slow motion», avant de bruyamment casser la baraque sur un «Camp Cappuccino» aussi provoquant qu’abrasif, un pur condensé d’exubérance high voltage tendue comme un string de cougar en visite dans un lycée militaire. Show devant.

Grosse sensation du rayon rock sauvage et incandescent de la dernière décennie écoulée, Future of the Left revient quelques années après le génial Travels with myself and another et seulement une poignée de semaines après un EP qui nous a honteusement échappé, Polymers are forever (merci la promo foireuse), avec ce The plot against common sense remonté comme une pendule. Là force est de constater que l’attente en valait la peine : quinze titres et que du lourd, du très lourd même. Du rock primal qui dégoupille les enceintes malgré une mise en route un peu ratée («Sheena is a t-shirt salesman»), de la grosse baffe bien clinquante qui fusille à tout va, doublée d’une jolie fessée destinée à faire rougeoyer l’arrière-train, ce troisième album est celui de la maturité formelle des FOTL. Car on n’a pas le temps de douter après ce semi ratage initial que le groupe propulse dans les tuyaux sa première torpille power-rock : «Failed olympic bid». Une basse qui ravage les conduits, un riffing sulfureux, un rock frondeur, foudroyant et robotique à la mélodie accrocheuse, de celle qui s’insinue dans la psyché pour ne jamais en sortir, un résultat tonitruant : Future of the Left vient de frapper (fort) et n’a pas fait semblant. Le groupe a une recette redoutable et ne se prive pas

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Vocalement, c’est toujours aussi fou et déjanté, punk dans l’esprit, assez «Mike Pattonesque» sur la forme même et d’une énergie brute, follement contaminatrice («Polymers are forever»). Toujours sur la corde raide et prêt à tous les excès rock’n’roll, en témoigne notamment le bien déglingué «Robocop 4 - fuck off Robocop « ou l’amusant «Sorry Dad, I was late for the riots». Parce qu’on l’a bien compris, The plot against common sens est un disque bouillonnant d’idée et de fougue rock ou punk (ou les deux en même temps) qui ne s’épargne aucune folie, selon les désirs, inspirations et petites trouvailles de ses géniteurs, des Future of the Left qui mettent une énorme intensité dans la majorité de leurs titres (le surpuissant «I’m the least of your problems») et malgré un ou deux petits ratés («A guide to men», «Anchor»), livrent ici un album aussi efficace que racé. Une œuvre personnelle dont le songwriting racé est un petit modèle du genre («Notes on achieving orbit») en est l’un de meilleurs exemples. Plutôt classe donc ce troisième Future of the Left, même s’il lui manque certainement ce petit «truc» en plus qui l’aurait littéralement transformé en véritable pépite du genre. Partie remise ? http://futureoftheleft.net Aurelio


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ETHS

III (Season of mist)

4 ans, c’est la durée moyenne qu’il faut attendre pour écouter un nouvel album d’Eths, mais comme à chaque fois jusque là, ça vaut le coup ! Le groupe ne laisse plus rien au hasard et s’ils ne la rejouent pas concept album à fond comme sur Tératologie, les Marseillais donnent pas mal dans le mystique avec ce III peuplé de déesses («Adonaï», «Proserpina»), de sorcière tribale (l’artwork) et de promesses de désolation («Harmaguedon», «Praedator») ou de dissection («Anatemnein») : Eths mêle donc le corps et l’esprit qui sont parmi ses thèmes favoris. En choisissant d’aller enregistrer avec Nordstrom (In Flames, Opeth, Arch Enemy, Septic Flesh...), Eths a choisi un producteur qui sait ce que «gros son» signifie sans pour autant négliger les parties douces et aériennes. L’écoute de III est donc un vrai plaisir pour quiconque aime se délecter du gros comme du beau son qui tranche dans le vif. Car plus que jamais, Candice varie son chant et si on la savait experte en hurlements sauvages, on la découvre très à l’aise au moment de sortir quelques mélodies ultra pop et celui qui ne la connaît pas aurait du mal à croire que c’est bien elle qui chante tout (excepté quelques choeurs). La demoiselle a également ajouté à son arc différentes cordes vocales

étrangères puisque le combo s’attaque désormais au monde entier. On a donc quatre titres en anglais («Adonaï», «Gravis venter»...) et même un peu d’allemand (si je ne m’abuse) sur «Proserpina». A noter que selon les éditions, certains titres sont en français, je chronique celle que le groupe m’a gentiment envoyée, elle est donc peut-être différente de celle que tu as (ou auras...). De son côté, Candice démontre que ça ne lui fait pas peur et passe d’un idiome à l’autre avec facilité et nous percute tout autant (si ce n’est plus en allemand) quelque soit son choix. Et pour percuter, on peut aussi faire confiance aux instruments car ça ne lambine pas quand il s’agit d’agresser, certaines parties comptent parmi les plus tranchantes jamais enregistrées par le groupe. Riffs tournoyants dans les chairs, matraquages d’accords, passages déliés tout en douceur sombre («Adonaï») avec par moments le renfort de l’orchestre philarmonique de Prague pour nous donner le vertige («Proserpina»), avant de mieux nous précipiter dans le gouffre (les échos en chute libre au dans «Hercolubus»). Toutes les qualités d’écriture du groupe sont réunies dans la pièce finale «Anatemnein», la version anglaise permet de s’affranchir des textes parfois obnubilant de Candice et de se concentrer sur la musicalité de son chant, la musique et les arrangements (les notes de piano sont toujours bien choisies), la partie finale sert à clore l’album et n’a pas forcément d’autre intérêt mais rappelle s’il le fallait qu’Eths n’est pas qu’une bande de zicos qui bourrine à tort et à travers. C’est donc en mettant en retrait ce qui a fait sa notoriété (les énormes growls de sa chanteuse) que le groupe passe un nouveau palier (même deux avec les titres en anglais), et pourtant, c’est certainement plus compliqué de chanter clairement et mélodieusement. Bref, Eths continue de nous impressionner. http://www.eths.net Oli

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LES DISQUES DU MOIS

NYXTONE Nyxtone (LP Prod)

La fête de la musique, c’est une bonne occasion de découvrir des groupes peu connus et de faire des connaissances, en 2008, Quentin (guitariste, chanteur) y croise Gwenn (guitariste), partageant des goûts, ils décident de monter un groupe et sont bientôt rejoints par PierreAlain (bassiste) et Pierre (batteur). C’est du côté d’Alençon qu’ils répètent, composent et préparent les petits concerts qu’ils donnent à travers la Normandie. Ils participent au Tremplin Valise & Rock 2011 et remportent les suffrages mais également des jours de studio à Caen. Début 2012, ils se posent donc quelques jours au studio Pickup (Kim Novak, Deluxe, Chocolate Donuts...) et enregistrent leur premier EP éponyme qui sort au mois de mai. Pop rock chanté en français, les Nyxtone ne jouent pas dans un registre évident mais avec des textes sympathiques et une musique bien écrite, les Normands s’en sortent avec les honneurs. Leur EP éponyme commence sur un ton grave avec un rapide zapping des actualités télévisées samplées. Rythmique binaire et ton toujours grave pour lancer «Terminal désertique», les instruments s’emballent et la tension refait son trou avec de jolis arrangements, sur le dernier élan, les guitares distordues se la jouent Pixies avant de laisser la place

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au «Silence». Plus simple, plus rock old school, la guitare fait une petite incartade mais c’est bien la basse qui domine cette histoire de procès rondement mené. Nyxtone n’a pas résisté à la tentation sur «Il faudrait», le groupe s’est en effet laissé aller à la facilité et en la jouant trop dans les clous, on se retrouve avec un arrière-goût étrange de «variéto rock made in France» qui plaît tant aux demoiselles et aux radios (BB Brunes, Renan Luce et autres gouffres artistiques). La barre est redressée dès «Un geste sur toi» aux textes lourds et au piano léger, Nyxtone a beau être un jeune combo, il fait preuve de beaucoup de maturité dans ses constructions et le choix des mots. Vient ensuite un des titres phare de l’EP : «Pantin», le chant de Quentin capte l’attention et surfe sur les lignes, l’efficace refrain peut être repris sans trop de difficulté, tout est bien dosé et j’imagine combien le titre doit fonctionner en live. «Interlude» option ORTF mixée avec George Orwell (celui de 1984) avec une surveillance futuriste des rues de Paris par des caméras, réécouter les actualités du passé permet d’envisager l’avenir, c’est justement le thème du dernier morceau «Imagines-tu ça ?» qui est assez pessimiste, comment imaginer que la technologie isole totalement les hommes ? Avec la technologie et la bêtise humaine dans le viseur, Nyxtone ne rate pas la mire grâce à un rock assis sur une base solide, un chant particulier et des textes réfléchis, ce premier EP est plein de promesses. http://www.nyxtone.com Oli


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AIR BAG ONE Summer killed us (Citizen Koum Records)

Voilà une nouvelle sensation, et une sensation, annoncée et digne de ce nom, ne débarque jamais les mains vides, au risque d’additionner à son teasing fulgurant une chute qui le serait tout autant. Après avoir attiré l’attention et attisé la curiosité grâce à des sessions studio live, c’est avec patience et un sens certain du perfectionnisme que Air Bag One arrive aujourd’hui, sûr de pérenniser sa frappe. Et il frappe fort ce trio. Ne vous attendez pas à avoir un premier essai commun dans les mains tant on va loin ici, en terme de production et d’arrangement. Air Bag One est le projet de Lori (chant/synthé/guitare), Jips (guitare/voix) et Cyprien (batterie/voix). Pas de power trio à véritablement parler, la formation s’étoffe sur CD comme sur scène d’une production fournie en arrangements divers et variés, gérés par bande en live. Finalement assez secrets, on ne sait pas grand chose du groupe, et chercher à leur sujet est plus désespérant qu’autre chose. On pourra, par déduction et recoupage, imaginer que le groupe est assez récent, formé il y a peut-être un an et demi, voire deux. Les infos filtrent au compte goutte, et ça n’est pas leur label qui nous en dira plus, vu que Citizen Koum Records, maison relativement inconnue, ne fait que suivre, sur les réseaux sociaux, les gentilles attentions des fans au sujet de leur groupe

fétiche. On l’aura compris, on joue l’économie et la retenue chic pour préserver. Stratégie assez idéale pour ces jeunes dandy. Summer killed us. Le premier mot qui compose ce titre est au fond la meilleur introduction à l’Ep. Rien de mieux pour qualifier le disque que sa condition fraîche et estivale. Tout n’est que séduction, voix enjôleuses et pop synthétique finement orchestrée. Les quatre titres, radio édit dans les formats, sont des tubes en devenir et pourraient facilement illustrer ce qu’il se fait en pop solaire depuis quelques temps. Nos trois jeunes hommes le font avec talent et inspiration. «2 days picnic», qui ouvre le bal, vagabonde quelque part entre les guitares de Twin Shadows, la voix de Two Doors Cinéma Club et un refrain à deux pas d’une production d’Empire Of The Sun. «Sweet England», le tube, dégage un climat très aquatique qui projette sur nos murs l’esprit du second opus de Foals, avec un refrain très syncopé à la «Blue blood» et une cascade de guitare staccato en guise de conclusion, qui n’est pas sans rappeler «After glow» du même album. Le titre éponyme de l’Ep est, avec une intro qui référence le titre 1901, d’inspiration plus Phoenix(ienne) alors que «Whatever you want» approche l’état d’hymne non loin du titre «Fader» des Temper Trap. Air Bag One ne se démarque pas d’une manière assez évidente de ses contemporains pour nous permettre de parler d’une véritable vague qui viendrait déferler sur ce milieu. Pour autant leur maîtrise du sujet accroche avec talent. J’attends avec un certain intérêt que le groupe se livre à la composition d’un format plus long. Une manière qu’ils auraient de confirmer qu’il ne font pas que surfer sur un courant mais qu’ils vont, dans l’avenir, bel et bien participer à leurs créations. En attendant je ne peux que vous conseiller de ne pas priver votre été d’un pareil ouvrage. http://airbagone.bandcamp.com Anthony

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MENTAL ARCHITECTS Celebrations (Domino Media Group)

inconnu au bataillon («since 2001» pourtant) même si le producteur du premier EP du trio de Sofia, Patience, communication, understanding, go !, se nomme Chris Common, batteur (encore un, tiens !) de These Arms Are Snakes. Bien entourés, les Mental Architects ont bénéficié de la patience d’Harris qui, bien avant l’enregistrement, a su s’imprégner de l’univers grosso-merdo mathrock des Sofiotes et apporter sa vision au projet pour rendre sa capture et sa performance optimale.

Originaire de Sofia en Bulgarie, les Mental Architects font leurs premières armes de concert courant 2001 mais ne sortent leur premier enregistrement studio qu’en 2010 avec l’EP Patience, Communication, Understanding, Go. produit, mixé et masterisé par Chris Common de These Arms Are Snakes. Les échos sont plus que positifs et le groupe passe donc à l’étape suivante, à savoir celle de l’album long-format pour lequel le trio s’attache cette fois les services d’Aaron Harris (ex-Isis). Lequel après les avoir découvert leur a en réalité proposé de produire leur album. Celui-ci a pour nom Celebrations, et c’est dans cette veine math-rock/noise/pop indie qui fait la marque de fabrique des architectes bulgares, qu’il sort en CD et digital au printemps 2012. Le petit nom de Mental Architects a fait du bruit dans Landerneau quand le petit monde de l’indé s’est aperçu que le producteur de leur premier album serait Aaron Harris, le batteur de feu Isis. Ce dernier n’en est pas à son premier essai dans ce rôle (notons sa collaboration avec, entre autres, Zozobra ou avec le joueur de tabla Aloke Dutta) et élargit même ses compétences au live en étant ingé-son pour les Melvins, The Jezabels ou Pelican et drum-tech pour les Deftones et Tool. Rien que ça ! Sauf que le sujet ici est bulgare et est, pour ainsi dire,

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Le résultat de ce travail commun s’intitule Celebrations, un album composé de huit titres plus ou moins longs dans lesquels les fans de rock instrumental vont trouver leur grasse pitance. Cette fresque sonore célèbre les joies d’un math-rock «easy-listening» sans véritable frasque, autant énergique qu’efficace, qui va puiser ses forces dans une base rock robuste charpentée de riffs incisifs et de mélodies habillant l’ensemble de fort belle manière. Plongeant tantôt aux confins de la noise et du post-rock, Mental Architects propose un vaste panel sonore dont les influences ne sont pas volées (And So I Watch You From A far, Battles, Adebisi Shank et Don Caballero). L’habileté technique dont fait preuve le trio fait son œuvre sans toutefois se démarquer des cadors du genre bien que le groupe joue ici sans contrefaçon. Les Bulgares s’offrent même sur leur galette les services du guitariste Joseph Andreoli de Giraffes ? Giraffes ! sur «When sound turns into a person he becomes one of us» (l’un des meilleurs morceaux du CD au groove imparable) et du claviériste d’Isis et de Red Sparowes, Bryant Clifford Meyer. Du beau monde, en comptant au passage la participation de James Plotkin de Khanate au mastering, pour des Celebrations de haute volée. Rock on ! http://www.mentalarchitectsband.com Ted


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DOMINO & THE GHOST With decay... and no compassion (Autoproduction)

Je ne vous cache pas avoir vécu l’écoute de cet Ep avec plus de scepticisme que de passion. Ma première discorde ? La charte graphique du projet. Vous savez ce qu’on dit, la première impression conditionne toujours le jugement... À ce niveau je ne dénigre pas le contenu, mais le fond/la forme allant de pair, autant bosser la chronologie.. Donc, je n’ai déjà pas pu (ou pas su) me retrouver dans cet artwork à tendance nocturne et urbaine, le Reflex en pose longue, terriblement GettyImage, déjà mille fois utilisée, tombée dans le bien commun et qui m’a directement fait penser au A weekend in the city des Bloc Party. Alors là où la référence n’est pas un problème, l’association avec ce blase, un peu «téléphoné» du frontman accompagné de ses fantômes, me remue légèrement : je n’ai pas pu faire taire l’impression un peu fade d’une identité peut être pas assez aboutie. Je dis bien peutêtre. Pourtant, le projet date de 2005. Si l’Ep n’a pas connu 7 années de gestations, le projet lui oui. On pourrait d’abord penser que 7 ans c’est bien, c’est le temps nécessaire pour réfléchir, peaufiner. Mais 7 ans c’est en réalité très compliqué. 7 ans c’est aussi le moyen de se priver d’une certaine urgence et d’une certaine fraîcheur. À l’écoute, il faut le reconnaître, le contenu est très bien engagé. Assurément, les personnes aux commandes

savent où elles veulent aller : La composition est calculée, rien n’est laissé au hasard et les arrangements sont efficaces. Mais il flotte comme un air d’académisme au pays du riff bien mineur, de la sauce stoner monocorde chromatique. La machinerie est enraillée et c’est fatal : ça ne mords pas vraiment et l’énergie me fait l’impression d’avoir été orchestrée et construite de toute pièce. Ici tout est imposé à l’auditeur. Pitié, suggérons un peu. C’est tellement plus efficace que de dicter une atmosphère avec une addition de ton sur ton, entre la basse sombre, lente et distordue, la voix sombre, murmurée, parlée tantôt poussée, la batterie sombre lourde et fournie et des guitares dans de sombres gimmicks caverneux. Le tout sur 4 titres. Cette équation à priori valable ne fait malheureusement pas le style. Il manque ce facteur indéfinissable, tant convoité, qui fait la différence, faisant basculer le tout et par le même temps, chavirer les cœurs. La production, assurée en partenariat avec Baptiste Bouchard (My Own Private Alaska, Agora Fidelio), est léchée, belle et sublime bien, d’une certaine manière les arrangements. Mais le résultat trop agréable, propre et calculé vient faire mentir «le brutal», «l’immédiat et violemment sincère», «Sans concessions, sans limites» pourtant annoncé : je n’ai rien d’écorché entre les oreilles. Il aurait peut être fallu imaginer une production plus à l’arrachée, plus urgente, amatrice peut être, qui aurait pu témoigner d’une vitesse et d’une brutalité véritablement spontanée, à l’image des Jesus Lizard pour le chapitre Noise/Rock, ou même plus récemment avec Femme Fatale le projet de Jessy F. Keller (Ex-Death From Above 1979). Juste pour l’approche, car il est clair qu’on ne touche pas à la même esthétique. Malgré tout, cet opus mérite largement qu’on se penche dessus, déjà pour le travail engagé et pour sa qualité de première parution. Avec le temps Domino & the Ghosts va encore affiner son propos et sa direction pour offrir des compositions et un style qui sera, j’imagine, de plus en plus personnel avec et grâce à des lives qui ne pourront qu’oeuvrer dans ce sens. http://dominoandtheghosts.bandcamp.com Anthony 27


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LES DISQUES DU MOIS

MOTION CITY SOUNDTRACK Go (Epitaph)

rupture un peu incongrue mais rapidement effacée par le potentiel «tubesque» de ce second titre qui démarre un peu mollement, n’impressionne pas vraiment, avant de finalement convaincre au fil des écoutes. Car il est là le petit «truc» en plus de Motion City Soundtrack : au début on se dit que ça ne casse pas des briques et puis finalement, morceau après morceau, une écoute en entraînant une autre, le groupe parvient à vampiriser les enceintes et l’auditoire avec.

Après un détour par la case major qui ne s’est pas particulièrement soldé par une réelle réussite (à tous points de vue, artistiques, humains, économiques...), revoici Motion City Soundtrack rentrant chez papa & maman en l’occurrence Epitaph, son label historique chez qui il a sorti tous ses albums studio à l’exception donc de l’épisode My dinosaur life paru chez Columbia (filiale de Sony). Et après quelques mois d’errance artistique (relative), le groupe livre avec Go un pur condensé de ce qu’il sait faire de mieux : des tubes power-pop-punk qui pulsent dans la tuyauterie, le tout étant bien teinté de surf-music californienne calibrée pour squatter les bandes-sons de blockbusters et autres shows TV estivaux de l’autre côté de l’Atlantique. Et le pire dans tout ça ? C’est que ça marche. Plutôt deux fois qu’une même. Preuve en est la mise à feu de l’album, «Circuits and wires», qui envoie une bonne dose de cool et de mélodie titillant l’épiderme de l’auditeur bien comme il faut pour le faire succomber à ses charmes. Le résultat est énergique, le voltage réglé juste ce qu’il faut pour faire cracher les enceintes et le tempo imprimé est suffisamment enlevé pour satelliser l’assistance. Le petit bémol intervient en fait dans l’enchaînement de ce titre inaugural avec le single «True romance», provoquant une

Il faut dire aussi que derrière la facilité sucrée de façade des singles les plus évidents de l’album, les natifs de Minneapolis parviennent à composer des morceaux aux charmes vénéneux : de «Son of a gun» et son gimmick rock inaugural doublé d’une mélodie taillée pour les stades, au supersonique «The worst is yet to come», titre gorgé d’arrangements synthétiques aussi abrasifs que ravageurs, en passant par la ballade pop «Everyone will die» et sa grandiloquence touchante, ou l’esprit retour vers le futur de la pop-punk song lycéenne «The coma kid». Et si Motion City Soundtrack se rate un peu avec le très inoffensif «Boxelder», c’est parce qu’il a encore en fait deux ou trois cartes maîtresses dans sa manche avec notamment LE tube de l’album : «Timelines». Là encore, c’est facile oui mais ça marche à tous les coups. Et comme il y a décidément trop peu de mauvais morceaux pour réellement balancer sur l’album (si «Bad idea» ennuie certes un peu, «Happy anniversary» est une vraie pépite), Go se révèle être, dans son genre : power-pop-rock dans l’âme, un bien joli disque. http://motioncitysoundtrack.com Aurelio

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KAP BAMBINO Devotion (Because Music)

Il y a comme un vent sauvage et primaire qui vient de me caresser la joue : voilà que le duo bordelais Kap Bambino, formé début 2000 par Caroline et Orion, associé depuis 3 ans au label Because Music (Metronomy, Klaxons, Late of the Pier...) nous dévoile Devotion, leur troisième album, conçu après 1 an et demi de vie et d’immersion dans un des ghettos de Londres. Il ne m’a même pas fallu 3 écoutes pour situer l’album, défaire les titres de leurs rangs et me les approprier, tant la majorité sont fort d’identité. Même si rien de révolutionnaire, je suis sur les genoux, conquis par l’alchimie et l’inspiration du duo. Si mes souvenirs sont bons, les choses n’ont finalement pas tellement bougé depuis le Zero life (2006). Les amoureux du genre devraient y trouver leur compte. Une sauvegarde sans concession de tout ce qui me parait cher à la formation : spontanéité, liberté, énergie, engagement musical. Devotion est plus charnu que ses prédécesseurs, mais ne s’embourgeoise pas pour autant. Plus ouvert, on ose des hymnes, des ritournelles comme l’illustre la dualité du titre «Résistance alpha» ou «Under tender», solaire comme un titre de Telefon Tel Aviv. L’opus est riche de compositions où on peut trouver aussi bien quelques airs bien épiques à grand renfort de Tape-Cul («Devotion», «Burning», «Next resurection»),

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d’hymnes adolescents («King cobra»), d’esthétique 8 bits. Mais du reste, j’entends toujours Melt Banana, Duchess Says avec la verve des Stooges. Le son est globalement froid avec une bonne partie des synths qui pourraient facilement peupler les rangs de Nine inch Nails. L’autre restante pourquoi pas ceux de M83. La voix saturée, pourtant un peu marque de fabrique du groupe est plus modérée, utilisée avec plus de parcimonie comme l’a expliqué Caroline dans Brain Magazine: «On utilisait un micro Fisher Price pour le premier album, Zero life, night vision. Mais comme les voix saturées sont devenues pas mal à la mode, on a voulu s’en défaire un peu. On est plutôt des aliens, on ne voulait pas tomber dans l’électro punk et faire la même chose que tout le monde». Il y a toujours une dose d’artistes, ambassadeurs locaux d’un style, d’une mouvance, qui, pour d’obscures raisons se défendent toujours d’en être. Mais quoi qu’il en soit : l’élan se veut furieux, la bourrasque qui porte tout ça est bien électronique. Concédons leur cependant qu’ils sont un peu plus que ça. Rien à voir Sexy Sushi qui n’appartiennent, selon leurs dires, à rien d’autre qu’au même paysage musical que Marcel et son Orchestre ou Patrick Sebastien. Comprenons que Kap Bambino dépasse l’idée du duo qui marche à l’énergie, emmené par une voix atypique : là où l’électro clash s’amuse des choses, balance et revendique, Kap Bambino cherche clairement l’état et la condition. Ils accomplissent le beau tour de force de ne pas se caricaturer, belle prouesse d’un genre hélas désormais assez vieux pour le permettre. http://www.kap-bambino.com Anthony


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ZENZILE Electric Soul (Yotanka)

: l’opus est entièrement chanté. D’une part par Jamika Ajalon : la tigresse américaine est toujours en place, sa voix nous captivant à travers son dub poetry mystique. D’autre part, par une nouvelle tête masculine qui décontenance par le caractère multiforme de sa voix : Jay Ree alterne au gré des morceaux flows hip-hop, vibrato reggae ou crooning soul avec un certain culot.

En juin dernier, Zenzile faisait écho de la sortie d’Electric soul, son huitième album si l’on omet de compter ses nombreux EP et ses divers side-projects, en mettant à l’écoute sur son site web un premier single nommé «Stay». Un titre d’une ingénuité évidente mais quelque peu décevant qui nous a permis de découvrir le petit nouveau de la bande, le chanteur Jérôme «Jay Ree» El Kady. Pas forcément le meilleur moyen de nous mettre l’eau à la bouche même si les Angevins promettaient un retour au dub originel, ce dub organique chéri par les puristes du son, abandonné par certains au profit de pérégrinations électroniques. L’écoute de cette nouvelle galette rassure parce que la promesse est tenue.

Mais la star et la surprise de cet Electric soul, c’est la participation du Jamaïcain Winston MacAnuff, dont la carrière fut relancée en France par le défunt label Makasound (Java, Curumin, Clinton Fearon), dans un registre totalement différent du sien habituellement. Avec «Magic number», Electric Dead (son autre nom) confine l’auditeur dans un univers lénifiant teinté d’une pointe de soul distinguée. Soulignons également que parmi ces neuf titres, «Over/Time» fait figure d’exception. Ce titre de plus de huit minutes se situe à la frontière du postrock et du spiritual jazz et vibre par une linéarité rythmique où chaque instrument (y compris les cordes de Jamika) s’exprime librement de manière discontinue. Ce nouvel album clôture sur «Man made machine», chanson soul-blues nostalgique et entêtant, histoire de venir équilibrer l’ensemble porté davantage sur le dub et de rappeler à l’auditeur que le titre de l’album n’est finalement pas si saugrenu. http://www.zenzile.com Ted

Au jeu de la signification du titre de l’album, on découvre assez vite qu’Electric soul n’a (presque) rien d’électrique et ne sonne pas vraiment comme un disque de soul bien que quelques tentatives le soient («Stay» et surtout la frémissante «Mad man machine»). Le constat est saisissant : Zenzile se métamorphose à chaque album. Une mutation qui nous a mené ces dernières années vers des contrées globalement rock voire pop et qui nous replonge aujourd’hui dans un milieu dub foncièrement familier (4 temps + basse lourde + skanks + effets machines) mais avec une exception et non des moindres

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A FAILING DEVOTION A Failing devotion (Autoproduction)

L’ensemble de locaux de répétition «chez Vanno» à Coudekerque-Branche («banlieue» de Dunkerque) héberge bon nombre de groupes dunkerquois dont A Failling Devotion qui agglomère en 2009 Max (chant), Fred (basse et chant), Rémi (batterie), Tophe et Alex (guitares). Après plusieurs concerts, ils passent à la vitesse supérieure et décident d’enregistrer une démo en plusieurs étapes, la batterie est captée à Lille, les grattes et le chant au Boss Hog studio et la basse «à la maison», c’est pas évident sur le papier mais si tu écoutes ce premier éponyme, tu n’y verras que du feu. Bien entendus, ils sont repérés par Thomas des 4 Ecluses qui leur permet de travailler la scène et d’ouvrir pour Black Bomb A, un groupe à ajouter à leur tableau de chasse qui compte également General Lee, Klone, Unswabbed et qui d’ici 2013 sera enrichi des noms de Punish Yourself, Tronckh, Primal Age ou Loudblast ! L’histoire d’A Failling Devotion ne fait que commencer mais elle est déjà belle ! Avec trois morceaux d’enregistrés, A Failing Devotion a décidé de frapper un grand coup : pour donner davantage de profondeur à leur maxi ils ont donc ajouté leur clip et un «Interlude» instrumental de grande classe qui sert de rampe de lancement au dernier titre «Catharsys», mais également de pause aérienne après deux

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compos dévastatrices. A Failing Devotion donne gracieusement dans le métal core et bénéficie pour cela de tous les atouts requis : chant gueulé très bien tenu, chant clair harmonieux, guitares lourdes et incisives, rythmiques en béton et surtout ce petit supplément qui fait que l’ensemble sonne et nous percute dès la première écoute. Il faut dire qu’avec «Destiny» on est dans direct le bain : gros riff, coups de massues répétés, petit gimmick, break et hurlement, la machine est lancée et une fois arrivé au refrain plus mélodieux avec un petit chant en écho bien senti, on sait qu’on est en présence d’un groupe qui domine parfaitement son sujet. Le solo ne fait que renforcer notre idée, pas de démesure, pas d’emballement, c’est puissant, maîtrisé, A Failing Devotion débute sa carrière là avec une compo que certains n’écriront jamais ! Choisi comme titre phare puisque clippé «Summer’s gone» est bon mais n’atteint pas les sommets de «Destiny», c’est plus convenu tout en étant très efficace, notamment encore grâce à la partie claire qui tranche avec le bourrinage en règle. Après l’interlude dont on a déjà parlé vient donc déjà le moment de la «Catharsys» qui démarre tambour battant et riff tournant, agressifs et véloces, les A Failing Devotion se font doux et charmeurs quelques instants plus tard, encore une fois, le chant clair donne des frissons et l’amalgame des différentes parties (mosh/yeux doux) est réalisée avec une facilité déconcertante. En bonus, le clip de «Summer’s gone» permet de découvrir quelque peu les membres du groupe en train de jouer le titre dans leur local, faute de moyen et de temps, ils n’ont pu faire mieux mais la qualité des prises de vue et du montage donnent une idée de la volonté de paraître pro à ce groupe amateur et tu l’auras compris très prometteur ! https://www.facebook.com/A-Failing-Devotion Oli


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HUGO KANT

I don’t want to be an emperor (Bellring) de cette catégorie de personnes ayant buché au conservatoire dès leur plus jeune âge puis grandit, entre autres, avec le jazz, la soul, la funk et l’électro à travers moult formations. Multi-instrumentiste, l’homme a plusieurs cordes à son arc dont celle d’arrangeur et de directeur artistique, quoi de plus logique alors que de le retrouver dans un projet solo.

En 2010, Quentin Le Roux, multi-instrumentiste, arrangeur et directeur artistique, fonde à Marseille le one-man band Hugo Kant. Ce pianiste de conservatoire n’en est pas à son premier fait d’arme puisque dès 1994, il participe à la genèse du groupe jazz-rock psychédélique Güs Weg Watergang. S’en suivront des aventures musicales fortement enrichissantes et diverses telles que Samenakoa, un brass band Jazz-funk-soul, Picture Shop, du Nu jazz-downtempo et la formation jazz-electro Nuestra Cosa, qui lui forge une patte artistique prononcée. Un premier 3 titres intitulé Searching London, sorti sur le label associatif Bellring, fait son apparition en mai 2011 suivi très peu de temps après du premier album, I don’t want to be an emperor dans lequel apparaît notamment Zé Mateo de Chinese Man. Sur scène, Quentin, en véritable chef d’orchestre (clavier, flute, bugle, clarinette et samples), est accompagné de ses copains de Nuestra Cosa à savoir Loïc Marmet à la batterie et Guillaume Cros à la guitare et à la basse.

En véritable maestro des temps modernes, Hugo Kant propose treize titres dans lesquels l’électronique rencontre l’acoustique à travers une multitude d’influences (et pas des plus dégueulasses !) tels que le nu-jazz («Thou shalt not kill», «5 for you and 5 for me»), l’electronica («This old tune), l’abstract hip-hop («The chord cracker») ou encore la musique classique («Nocturne», «Awakening»). Avec autant d’univers que d’humeurs, le Marseillais se lâche totalement et nous plonge dans son petit monde sonore teinté de samples puisés ici et là dans le cinéma classique (on reconnaît notamment le discours de Charlie Chaplin dans Le Dictateur sur le titre éponyme et un extrait de Le bon, la brute et le truand sur «5 for you and 5 for me») et dont les mélodies font mouches sur des rythmes qui, pour certaines chansons, sont plutôt très catchy. Un album sympathique à conseiller à celles et ceux qui sont sensibles aux artistes de la trempe de Mr Scruff, Wax Tailor, Chinese Man (Zé Mateo est d’ailleurs venu poser quelques scratchs sur la galette), The Herbaliser ou les excellents The Cinematic Orchestra et consorts. Nous, en tous cas, on est déjà plus que convaincu. http://hugokant.com Ted

A l’écoute d’I don’t want to be an emperor, on sent d’emblée le degré important de qualité et de soin apporté à sa conception, on devine alors de fait que le zig qui est derrière toute cette oeuvre est loin d’être un novice. Et comment ! Quentin Le Roux a.k.a. Hugo Kant fait partie

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ESPARDILLOS Coup de pompes (Autoproduction)

Espardillos est un duo parisien jouant ensemble depuis 1999, composé de (selon leur page facebook) Ross Geller (batterie) et Peter Petrelli (basse). Les influences sont à la fois cohérentes et éclatées (No Means No, Sabot, Don Caballero, Shellac, Chevreuil, Virago, Primus, The Jesus Lizard, Ruins, Sleeping People, Gâtechien, Belly Button, King Crimson, Tool, Mr Bungle, Praxis, Buckethead, Les Claypool, GoodBye Diana, Doppler) et cela donne un excellent album sorti en 2012 intitulé Coup de pompes. Et ouais. Encore un duo math-quelque chose... Oui, après Hella, Gâtechien, Pneu, Generic, Ed Wood Jr et j’en passe... C’est vrai que ça fait beaucoup. Mais force est de constater que tous ces groupes ont leurs raisons d’exister (la crise, les influences différentes, leur impact live...) et c’est encore le cas pour Espardillos (et non pas Espadrillos) et son Coup de pompes, un album totalement réussi. Alors, ce Coup de pompes ? Coup de pieds dans les couilles ou gros coup de fatigue ? On t’a déjà vendu la mèche du baril en préambule de la chronique mais ce sera la première mon général, tant que le groupe marque d’emblée les esprits avec son «math-rock» estival. Le premier titre, «Affreux beat» alterne les moments

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agressifs où la basse fait des taches un peu partout et d’autres plus chaloupés, qui caressent l’auditeur dans le sens du poil. Mais pas trop non plus hein... Sur ce coup de pompes, la formule basse/batterie ne semble pas connaître de limites tant Espardillos arrive à varier les attaques, le échanges et les palettes empruntées. Parfois, le dialogue se fait rond et presque doux, parfois c’est granuleux et le groupe vient chercher l’auditeur par la peau du dos. Dès le deuxième titre, «Au delà des broussailes», le groupe s’illustre encore une fois avec un titre à la fois percutant, et drôle... L’usage de la cowbell doit y être pour quelque chose. La neuvième piste s’intitule «On y reviendra, c’était formidable», oui pour nous aussi tant la formule duo semble connaitre une éternelle cure de jouvence créative sur ce disque et on est les premiers à s’en réjouir. Puis il faut dire ce qui est, le chroniqueur corrompu que je suis a été tout de suite charmé par le packaging DIY à base de tissus d’espadrilles. C’est plus que bien vu, tu peux même avoir la classe à la plage et l’écouter dans ton discman. Et ouais. http://espardillos.bandcamp.com Cactus


LES DISQUES DU MOIS

GLASS CLOUD The royal thousand (Basick Records)

la suite continue sa petite entreprise de démolition auditive. Si «Falling in style» joue un peu trop la carte de l’alternance chant clair/hurlements rageurs un peu facile, «Iron & wine» vient rapidement re-régler la mire et remettre l’église au milieu du village. Une puissance de feu dévastatrice, de la technique de pointe au service d’une précision redoutable et d’un songwriting béton, on encaisse et lorsque les américains livrent un petit interlude («Prelude for a ghost»), on sait déjà que ce n’est là qu’une respiration avant de se remettre à facturer du riffs Djent/Metal qui démonte dans quelques minutes.

Grosse, très grosse claque Djent/emo/hardcore métallique de premier choix, Glass Cloud, ce n’est autre que la dernière bombe à fragmentation sortie tout de l’usine Basick Records (Aliases, Skyharbor, Uneven Structure.... Un groupe composé d’ex-membres de Sky Eats Airplane, Of Mice and Men ou The Tony Danza Tap Dance Extravaganza, et qui dès le «White flag» inaugural entame les hostilités la fleur au fusil, sans forcer plus que ça mais en nourrissant déjà quelques jolies promesses pour la suite. Mélodie vs chant fugitivement écorché, puissance de feu très honorable, c’est là une mise en bouche bien sympathique mais on sent déjà que le groupe peut faire bien mieux s’il le veut, moyennant notamment d’une aisance technique largement supérieure à la moyenne. «If He dies, he dies» sort alors l’artillerie lourde et fait comprendre que, le couteau entre les dents, Glass Cloud a voulu et a donc fait. Mettant directement les c.. sur la console de mix, le groupe frappe très fort et balance un scud monstrueux en forme de déflagration sol-Air destinée à imposer le groupe auprès du public et accessoirement de ses contemporains, histoire de montre qu’il peut être un patron dans sa catégorie. Bref en deux titres, les auteurs de The royal thousand ont déjà marqué leur territoire et ce n’est pas tout à fait près de s’arrêter puisque

Sans surprise donc, c’est exactement ce qu’il se produit sur l’enchaînement «All along» / «She Is Well And Nothing Can Be Ill», que le groupe encastre dans les conduits auditifs en alternant tantôt calibré mélodie et tantôt passages plus déviant, voire aliénant, ne seraitce que ce par riffing carnassier qui semble littéralement dévorer la platine. Ce, avant que «Counting sheeps» ne pulvérise définitivement ce qu’il restait des tympans de l’auditeur après le passage des premiers titres de l’album. Un disque qui gagne alors en consistance ce qu’il perd en aisance mélodique passe-partout («Momentum»), oui, mais le résultat ne souffre guère de contestation, le premier album studio de Glass Cloud est d’une solidité à toute épreuve («From May to now»), un disque particulièrement bien ouvragé qui n’a certainement pas l’ambition de révolutionner l’histoire du gros son mais plus simplement de le bousculer juste ce qu’il faut pour se faire remarquer. Et ça, c’est clairement chose faite. Balèze. https://www.facebook.com/glasscloud Aurelio

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CONCOURS

Compilations Klonosphère 5 compilations à gagner

En 2004 déjà la Klonosphere avait sorti une compilation regroupant quelques uns de ses poulains, c’était une excellente initiative et une belle réussite mais si on compare cette compilation éponyme à celle de 2012, on voit le chemin parcouru par le collectif devenu label. Au revoir le côté roots, bienvenue dans le monde des pros ! Nos goûts sont assez proches de ceux de la Klonosphere, on pense qu’ils ont sous la main un paquet d’excellents groupes et il ne doit pas être évident d’en choisir 18 puis de choisir un titre qui les représente et enfin de faire en sorte que l’écoute de la compil se passe «en douceur» histoire que les différents styles ne rentrent pas en opposition. Au petit jeu de la sélection, il n’y a pas Hacride qui fait partie du collectif mais est signé sur un autre label, c’est donc un autre fer de lance de la Klonosphere qui fait l’entâme : Trepalium dont le nouvel album est fraîchement sorti, leur death technique et incisif met les oreilles d’aplomb, on est prêt pour plus d’une heure de musique ! Et il faut être attentif car ce ne sont pas forcément les compositions les plus simples ou «tubesques» qui sont mises en avant, la preuve avec «Six fingers in one hand she holds (part II)» en version edit d’Hypno5e ou le «Shattered species» (également édité) des Nojia même si pour eux comme pour Step In Fluid («Vicious connection») aucun titre n’est aisément abordablde !

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On ne va pas refaire l’article pour assurer les qualités de Memories of a Dead Man, Jenx, Hyperdump, Jumping Jack, Nephalokia, Dwail (qui place sa reprise des Beatles «Helter skelter») ou Klone pour ne dire que quelques mots sur des groupes dont on n’a pas encore beaucoup parlé (mais ça ne serait tarder pour certains !). Le chant guttural de Pictured et son style de jeu ravive les dernières années du siècle précédent avec le son d’aujourd’hui, The Mistaken Sons of Alabama font bien d’être accolés aux Jumping Jack puisqu’ils évoluent au rayon sludge/stoner avec une certaine facilité, WILD s’offre une nouvelle jeunesse même si j’accroche difficilement, tout comme pour Weaksaw qui bourrine à travers tout avec «Oil slick». Les Nami la jouent plus cool avec «The pattern» et permettent de souffler avant de prendre un shoot en pleine tronche de la tornade Noein... Pour terminer, on a le droit à une preprod du nouvel album de The Brutal Deceiver («Disclosed deception»), le son est déjà bon et à moins que tu ne supportes pas la brutalité métallique, tu ne seras pas déçu... Ce serait idiot de se passer de cette excellente compilation gratos datée à la romaine, alors si tu veux connaître quelques sensations fortes sans devoir patienter des plombes à faire la queue dans un parc de jeux, tu sais ce qu’il te reste à faire en la téléchargeant librement ou en tentant ta chance sur le site car on t’offre 5 exemplaires physiques de cette compilation !


IL Y A 10 ANS

FUNERAL FOR A FRIEND Between order and model (Mighty Atom Records)

va falloir compter avec Funeral For A Friend ! Entre rock et métal, le groupe propose une musique travaillée, à la fois mélodique et pugnace, rock et hard core, à des envolées riffiques suivent des cadences bien plus violentes, la voix garde une ligne aérienne ou s’éraille, hurle ou chuchote, au premier titre très sauvage, il est difficile de comparer le troisième («Juno») plus reposant, et pourtant c’est bel et bien le même combo.

Un paquet d’excellents premiers albums sortaient il y a 10 ans notamment ceux de 30 Seconds To Mars, L’Esprit Du Clan, Down to Earth ou Stereotypical Working Class ! Retour sur d’autres débuts, ceux d’un petit groupe anglais dont le label envoie la démo partout, même chez nous... La fameuse «nouvelle vague anglaise» ne finit pas de déferler entre rock-métal ténébreux et torturé (Cortizone, Vex Red, Thirst) et néo-émo (???) (Hundred Reasons, The Lost Prophets) et il nous faut ajouter Funeral For A Friend, plutôt avec les derniers cités. Ce groupe venu du Pays de Galles et qui se sent proche de Hundred Reasons, Boy Sets Fire ou Jimmy Eat World vient de sortir (26 août 2002) un premier maxi qui les place directement dans nos têtes pour longtemps... January Thirst split en décembre 2001, le groupe prend seulement un nouveau chanteur et change de nom pour FFAF. Sur le son de leur démo, ils sont signés chez Mighty Atom Records ... Le groupe a enregistré avec Joe Gibb (Jane’s Addiction, Catatonia) ce Between order and model en 3 jours ! Thursday, Sparta, Cave In, New End Original, ... les groupes «émo» se font de plus en plus entendre et il

En 4 titres, FFAF (pour les intimes) nous montre l’étendue de son talent, dans la clarté ou l’obscurité. Les voix chantées et hurlées se font face sur «Red is the new black» jusqu’à un break savoureux, dans l’esprit Hundred Reasons, les guitares s’amusent, s’entêtent, le double chant reprend et c’est déjà la fin du titre... Et des titres, il n’y en a que 4 sur ce maxi ! C’est son seul défaut... C’est trop court, et les délires de «The art of american football» avec ses effets sur les voix, les textes, ne nous font que le regretter davantage. Le rythme punk (ça bastonne basse/batterie du début à la fin !) est le plus excité des quatre, même s’il est moins violent et lourd que le premier titre «10:45 Amsterdam conversation». Bon, il ne nous reste qu’à écouter ce maxi en boucle pr en avoir plus... En attendant l’album, qui devrait sortir assez vite vu comment le groupe a été accueilli en Angleterre ! La vague continue de déferler, tant mieux ! Et puis, qui nous dit que c’est une vague ? A ce niveau-là, on peut parler de marée ! http://www.funeralforafriend.com Oli

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EN BREF MERINGUE, ALCOHOL AND US

THE REAL NELLY OLSON

SOBORNOST

Loud

Sweet little monster

(OSCL Records)

(Autoproduction)

Raw laws (Redrum records)

Après son premier album éponyme en 2009, Meringue, Alcohol and Us a sorti deux EPs chacune des deux années suivantes, début 2012, ils les ont regroupés, y ont ajouté quelques titres et voilà Loud, deuxième album ou séance de rattrapage pour ceux qui sont passés à côté des formats courts. Les titres sont toujours délicats, très épurés et finement arrangés par différents instruments qui ont en commun de tous apporter une certaine chaleur. Si au chant chacun garde de temps à autre son pré carré (pop folk suave pour Amandine et rock plus rauque pour les garçons), l’amalgame des chants féminins et masculins se fait presque toujours en douceur (les heurts de «Nature hates me» font exception). Loud est donc comme son nom ne l’indique pas, une légère brise musicale qui vient dorloter nos oreilles.

Capital sympathie plus que conséquent pour The Real Nelly Olson et son rock’n’roll sans prise de tête qui revient sur un long effort après deux EPs (Rockin’ ages et Never gettin’ old) où l’on constatait une nette marge de progression. Et confirmation il y a avec ce disque intitulé Sweet little monster ou sent que le groupe a pris pas mal d’assurance. On a là un album qui atteint ses objectifs assez aisément : les morceaux sont percutants, le chant de Kler est toujours aussi appréciable et expressif, le guitariste varie les attaques, ose se montrer plus (et parfois même un peu trop à mon gout... sans rancunes) démonstratifs, les refrains sont fédérateurs et la section rythmique n’est pas en reste... Que demander de plus ? Oui, un jolie artwork, on sait... Carrément appréciable toutefois.

Cactus Oli

Trio avignonais, les Sobornost prennent leur nom au russe avec l’idée d’un groupe partageant les mêmes idées. A l’écoute de leur première démo Raw laws, on devine qu’ils apprécient tous la rugosité, le rock composé dans le garage, l’énergie, la bière et les moustaches. Soutenus par le micro-label local fan de Shining Redrum records, ils sortent cet EP en septembre 2012. Il sonne certainement comme ils le voulaient à savoir brut de décoffrage, pour cela (et parce que ça coûte moins cher ?) ils ont enregistré live (au Passager du Zinc) avec Joe Welbers. Ce que Fred (au chant et à la guitare), Greg (à la basse) et Gael (au chant et à la batterie) gagnent en énergie, ils le perdent un peu en précision (le son de caisse claire, quelques passages chantés sur «Grab it», les reprises d’appui sur «Nobody killed Beauregard»). Ca laisse une belle marge de progression à un groupe qui a déjà de bonnes compos et un sens de l’esthétisme roots bien léché. Pok-H-Ponn !

Oli

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EN BREF

FILIAMOTSA

CATHERINE GRAINDORGE

COCKS ARQUETTE

Filiamotsa soufflant rhodes

The secret of us all

Cocks arquette

(Vand’Oeuvre)

(dEPOT214)

(OSCL Records)

Nous avions eu l’occasion de contempler par deux fois la prestation énergique et troublante du duo Nancéen Filiamotsa dont une première partie de We Insist ! où Anthony à la batterie et Émilie au violon électrique étaient accompagnés de trois nouvelles personnes, le saxophoniste Antoine Arlot, le tromboniste Youssef Essawabi et la claviériste Véronique Mougin. Cette formation passionnante a un nom (et devrait s’en faire un à l’avenir), Filiamotsa Soufflant Rhodes, et a depuis sorti un disque éponyme. Cette fixation sonore, portée par le Centre Culturel André Malraux - Scène Nationale de Vandœuvre-lès-Nancy, définit en cinq morceaux (dont certains sont des reprises revisitées du duo), le joyeux bordel sonore du quintet : improvisation bruitiste, psychédélisme ambiant et rock intrépide et tourmenté. Pas étonnant que cette bande ait partagé la scène avec Oxbow et Nosfell. A quand une première partie pour John Zorn ?

Actrice, altiste et violoniste émérite, Catherine Graindorge a déjà un joli palmarès musical à son actif (au sein de Moonson et Nox notamment) lorsque naît en elle le désir d’une échappée solo sous son propre nom. Elle livre ici un premier disque hypnotique et élégant, un recueil de photographies musicales dépeignant un univers atypique, fait de musique néo-classique à fleur de peau («Animal», «Extreme lengths») de mélodies graciles («Kayak», «Fragile») et de panoramas instrumentaux envoûtants aux atmosphères délicieusement mystérieuses («Ashes & soul», «Air», «In the distance».). Une constellation de petites créations évoquant Les Fragments de la Nuit voire par moments le collectif anglo-saxon Her Name Is Calla, The secret of us all est un disque précieux et ravissant, une ode à l’évasion musicale. Une petite merveille par la nouvelle muse de la scène indé d’outre-Quiévrain.

Cocks Arquette est un étrange projet rock (power) noise dont la densité sonore n’a d’égal que ça radicalité formelle. Un songwriting acéré comme une lame de rasoir et trois seuls vrais titres dépassant tous la dizaine de minutes (auxquels on ajoute 59 secondes d’une introduction - «Considerably fucked» - qui n’est là que pour plonger l’auditeur la tête la première dans ce maelström supersonique qu’est ce disque éponyme), le menu ici proposé commence sur une mise en bouche très noise («Pointlessly Vindictive») avant de basculer peu à peu vers quelque chose de tout aussi rock électrique et remuant, mais également considérablement plus drone, synthétique et en même temps d’une lourdeur post-noise flirtant avec les confins de la musique industrielle («This changes nothing «). Une véritable tornade qui joue avec les nerfs de l’auditeur jusqu’au final noise screamo écorché vif et tourmenté («Then leave»). Un disque radical et abrasif.

Aurelio Ted

Aurelio

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EN BREF

LE MINUS Make my day

PEACHES EN REGALIA B52 Cavale

VALSE NOOT Valse noot

(Autoproduction)

(Autoproduction)

(Autoproduction)

Après un EP (Rancour is a gift) qui nous avait enthousiasmé car totalement anachronique donc plutôt frais pour nos petites oreilles blasées et un premier album complètement passé inaperçu (The book of V, qui nous avait échappé), Le Minus revient avec un long effort de 9 titres. Au menu, toujours ce rock fusion imprégné par Fishbone, Living Colour, Primus et consorts. Un gros son et un album excellemment produit, une basse qui percute, des riffs efficaces mais cette fois-ci avec des relents néo-métal et des plans («Never forgive, never forget») qui piquent un peu les oreilles en 2012 même si je dois admettre que ces plans en question passent de mieux en mieux suivant le compteur d’écoutes. Je suis peut-être juste un gros con mais force est de constater que ces mecs là maitrisent leur sujet de A à Z(ob). Mention super bien quand même. A noter un artwork bien léché par Jouch (Phantom Status, Agora Fidelio, Naive) qui fait son petit effet lorsqu’on découvre le disque.

Après un EP éponyme assez appréciable quoiqu’un peu trop sage à notre goût, les Peaches En Regalia reviennent avec un deux titres aux accents de «hého, on est en train de bosser, patientez un peu avec ces deux titres...». C’est court mais c’est toujours un petit aperçu sympa. Et le verdict du coup est somme toute assez similaire à l’EP précédent : on a là une musique instrumentale pour laquelle l’influence d’un Dub Trio se fait encore ressentir notamment sur la première plage avec de gros grumeaux dub enivrants. Reste que le groupe maitrise son sujet sur le bout des doigts, et alors les morceaux brassent des idées à la pelle («Cavale»), le son est parfait et surtout, le plaisir d’écoutes est plus que présent. Ne faisons pas la fine bouche et laissons-les bosser après cette jolie mise en appétit.

Rock Noise Stoner Experimental, voilà comment se définissent les Valse Noot qui ne cachent pas leur amour pour The Melvins. Depuis Brest et novembre 2009, ils sont quatre (Vincent, Def, David et Flo) à créer des titres alambiqués repoussant chacun les limites du voisin, c’est en tout cas ce qui ressort de leur première démo éponyme, qui si elle s’écoute durant 25 minutes, ne contient que trois morceaux. Trois plages très différentes avec un côté équilibriste sous acide au bord de la falaise sur le premier, un chant mixant Mike Patton (Fantomas, Tomahawk...) à Serj Tankian (SOAD) et des éclats de rage sur le deuxième et pas mal d’expérimentations sonores et supersoniques sur le troisième. Bref, si les Valse Noot étaient une danse, ce ne serait certainement pas une valse plan plan mais plutôt une danse de Saint-Guy enragée !

Cactus

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Cactus Oli


EN BREF

MEREDITH Meredith

Dr. ACULA Nation

SPLEEPY SUN Spine hits

(Autoproduction)

(Victory Records)

(ATP Recordings)

Meredith est un duo parisien composé de Fred (guitare/voix) et Ben à la batterie. Ils se réclament de Dave Grohl (Nirvana, Foofighters), Barkmarket, Shannon Wright et Fugazi, ce qui n’est carrément pas pour nous déplaire. Du rock direct, sans fioritures, avec des riffs tenus et une voix pleine de reliefs, un songwriting de haute volée, c’est ce que nous offre le groupe sur ce premier 3 titres plus une intro en forme de morceau qui monte en puissance. Excellente mise en bouche. Concernant les 3 autres pistes, c’est le panard total. Notamment «Sister», le second titre qui est une sacré gifle à mettre à leur actif : le morceau, un peu agressif à la base, prend de la vigueur à la moitié du titre pour virer à la street-baston batterie/guitare. Delightul comme disent les english. Meredith n’est néanmmoins pas qu’un groupe de bourrins qui asticotent violemment leurs instruments, comme le démontre la dernière piste intitulé «Keep breathin», belle et tendue comme du Karaté. Excellente découverte.

Connu pour son sens de l’humour et le départ massif de ses membres en 2009, le combo New Yorkais revient avec un album plus «sérieux» les rapprochant un peu plus de leurs voisins Emmure (même style, même label - Victory Records, même ville...). On retrouve donc une bonne dose de destruction, un chant guttural, des incisions hardcore, quelques élans à la limite du black métal et aucun titre ne dépasse les 3 minutes 30. Avec Nation, Dr. Acula déroule ses riffs et matraque autant qu’il varie les rythmes sans ciller. C’est très efficace ça oui, mais ça n’apporte pas grand chose au genre, le fait de ne pas avoir remplacé leur clavier leur est donc préjudiciable car ils ont moins de profondeur et sont moins identifiables dans la masse. Ceci dit, les amateurs de deathcore pugnace sont gracieusement servis et ne feront pas forcément la fine bouche.

Après 2 albums on se faisait une joie de recevoir le dernier album de Sleepy Sun, groupe de rock psychédélique de San Francisco. Sauf que Rachel Fannan s’est barrée pour cause de divergences musicales mais aussi pour faire mumuse en solo et avec le super groupe Anywhere. Sauf (bis) que le groupe a réorienté sa musique vers quelque chose de plus anecdotique, on osera même lâcher le vilain mot de rock-critique «accessible» dans ce que ce terme a de mauvais. Il y a, en effet, plus de piquant («spine») sur un 1cm² de ma barbe que sur les 10 pistes de cet album qui ne comporte plus malheureusement que quelques résurgences opiacées ça et là. Ici, tout est léché au possible, les aspérités fumeuses que l’on pouvait entrevoir dans leur musique sont gommées, les mélodies sont belles mais ça ne décolle hélas que très rarement et c’est même souvent assez chiant. Allo Timothy ? Il te reste encore un peu de buvard pour les gars de Sleepy Sun ? Amateurs de musique de drogué, passez votre chemin.

Oli

Cactus Cactus

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DANS L’OMBRE

ALEX STEVENS Dour Festival

Chaque mois, tu retrouvera cette nouvelle rubrique qui permettra à un acteur de l’ombre d’être un peu dans la lumière, chaque interviewé répondra aux mêmes dix questions (et oui, on est fainéant !) qui te permettront de découvrir que les artistes ont besoin de nombreuses personnes pour pouvoir s’exprimer... Pour essuyer les plâtres, on a fait confiance à une

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vieille connaissance puisque si Alex Stevens est aujourd’hui un des responsables de la superbe programmation du festival de Dour, on le côtoie depuis la fondation du webzine nameless qui remonte à ... une semaine après celle du W-Fenec !


«Nameless». A 16 ans, j’ai créé mon premier webzine «Nameless». Je suis donc tombé dedans assez vite...

DANS L’OMBRE

Quelle est ta formation ? J’ai obtenu en 2005 un master en informatique, ce qui m’a pas mal formé côté organisation. Depuis 2000, je travaille avec Carlo Di Antonio (le fondateur du Festival de Dour) et qui m’a beaucoup appris en communication évènementielle et en booking d’artistes. Quel est ton métier ? Programmateur, programmeur, coordinateur, créateur, . Quelles sont tes activités dans le monde de la musique ? Principalement, je suis un des permanents qui organise le Festival de Dour toute l’année. On organise aussi Le Père Noël est un Rockeur. J’ai été aussi quelques années le Président de Court Circuit asbl. Ca rapporte ? J’ai travaillé longtemps comme bénévole pour le Festival de Dour. Mon aide chez Court-Circuit était aussi en tant que bénévole. J’ai maintenant un salaire normal chaque mois au Festival de Dour. Comment es-tu entré dans le monde du rock ? Sans doute à l’écoute de Nevermind de Nirvana. Ensuite, à 14 ans j’ai créé avec un pote une émission radio «Rock Attitude» qui changea ensuite de nom pour s’appeler

Une anecdote sympa à nous raconter ? Quand j’avais 16 ans, alors que je trainais dans les backstages d’un festival organisé par Carlo près de chez moi, il m’a pris par la peau du cou et m’a foutu dehors ! Ton coup de coeur musical du moment ? J’ai écouté 10 000 nouveaux trucs toute l’année pour préparer Dour 2012. Je fais une pause l’été où je me réécoute mes vieux classiques. Je cale pas mal sur les vieux Queens Of The Stone Age en ce moment. Là, c’est un vieil album d’Evil Superstars (Boogie children-r-us) qui tourne. Es-tu accro au web ? Complètement. Je me fais peur moi-même. A part le rock, tu as d’autres passions ? La photographie. Tu t’imagines dans 15 ans ? Oui... pareil que maintenant mais en mieux. Oli

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BONUX

L’ÉTÉ EST BIENTÔT TERMINÉ mais grâce à nous tu vas pouvoir t’occuper en rentrant AU BUREAU youpi, Voici une page de jeu ET TON horoscope et cela rien que pour toi.

I - SUDOKU - Niveau 0

(Pour plus de facilité tu peux le remplir toi même, on est sympa)

Bélier : Ton patron est un con, aujourd’hui tu vas enfin lui dire à la cafet’.

Taureau : Tu as des cornes parce que tu es cocu. Venge toi ! Gémeaux : Tu ne peux plus aller au travail à cause du prix de l’essence ? Fallait acheter une Prius.

Cancer : On pense à toi Jean-Luc Delarue

Lion : Alors comme ça tu ne nous as pas invité à ton anniv ? Vierge : Tu vas le rester encore longtemps. Par chance Youporn.com existe

II - CHESS

Balance : Tu sais bien qu’en prison on aime pas les balances. Attention dans les douches.

(Les blancs prennent les noirs en 26 coups)

Scorpion : Si t’en as marre de ce signe, dis-toi que ça aurait pu être morpion ! Sagittaire : Si le scorpion est dans ta lune, ça risque de piquer.

Verseau : Oui, merci il fait soif.

Capricorne : Mais t’as des cornes toi aussi ?

Poisson : Le vendredi, protège tes arrières.

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