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V iRAÇÃO Ano 5 · no 38 · Fevereiro de 2008 R$ 5,00 · www.revistaviracao.org.br

Changement,

attitude et audace des jeunes APOIO:

INTERVIEW Lázaro Ramos parle sur racisme

QUILOMBO Les jeunes en lute pour mantenir leur racine

Spéciale

Conscience

noire


MAPA da

QUE FIGURA Cartão virtual no portal da Vira: www.revistaviracao.org.br Clara Nunes Conseil Editorial Cecília Garcez, Ismar de Oliveira et Izabel Leão (Groupe de Communication et Education – ECA/USP), Immaculada Lopez, João Pedro Baresi, Mara Luquet, Marcus Fucks et Valdênia Paulino

Directeur Paulo Pereira Lima

RG

Equipe Pédagogique Aparecida Jurado, Auro Lescher, Isabel Santos, Márcia Cunha et Vera Lion

Editeurs Cristina Uchôa (cris@revistaviracao.com.br) Juliana Rocha Barroso (juliana@revistaviracao.com.br) Rédaction Nathalie Vilarrubia et Thiago Rafael Tomaz Secrétaire de rédaction Pilar Oliva Coordination et révision Helena Oliveira Silva – Unicef Collaborateurs Ana Bispo, Ana Paula Lisboa, Bernardete Toneto, Carol Lemos, Cícera Gianini, Douglas Lima, Douglas Martins, Eder D. Mendes, Ernesto Zaneti, Fernanda Pompeu, Flávia Peret, Gardene Leão de Castro, Gustavo Barreto, Iara Cavalcante, Immaculada Lopez, Isabel Coutinho, Izabel Leão, Ivo Sousa, Jaqueline Fernandes, Joelma Ambrósio, Lentini, Mabel Botelli, Marana Borges, Marcelo Amorim, Márcio Baraldi, Maria Lúcia da Silva, Mariana Franco Ramos, Nanete Neves, Natália Forcat, Nilton Lopes, Novaes, Osny Luz, Paloma Klisys, Pedro Henrique Silva, Rafael Stemberg, Raika Julie Moisés, Renata Souza, Scheilla Gumes, Stela Guedes Caputo, Sérgio Rizzo, Severino Francisco, Taluana Brisa, Tiago Eloy Zaidan, Ubirajara Barbosa, Uiara Leão, Vânia Medeiros et Vanessa Sant’Anna Consultant Marketing Thomas Steward Projet Graphique IDENTITÀ Adriana Toledo Bergamaschi Marta Mendonça de Almeida Phototype Numérique SANT’ANA Birô Impression Editora Referência Journaliste Responsable Paulo Pereira Lima – MTB 27.300 Divulgation Equipe Viração Courriel Rédaction et Abonnement redacao@revistaviracao.com.br assinatura@revistaviracao.com.br PRIX DE L’ABONNEMENT ANNUEL Nouvel abonnement R$ Réabonnement R$ De collaboration R$ Etranger US$

40,00 35,00 50,00 35,00

• RACISME SUR INTERNET 06 Avec l’illusion de l’anonymat, des Brésiliens utilisent Internet pour propager la haine raciale • QUILOMBOS 08 L’Unicef lance une étude sur les communautés noires du Maranhão • UNE HISTOIRE D’AMOUR 09 Vous sortiriez avec un noir ou une noire? • LA COULEUR DU PECHE 10 Les feuilletons réservent des quotas aux noirs dans des rôles stéréotypés • PRESSE NOIRE 11 Les médias inventent le monde de la fantaisie raciale • LES MIENS SONT CREPUS, ET ALORS ? 12 Les jeunes noirs assument leurs cheveux • SANTE NOIRE 14 Connaissez les maladies qui frappent davantage les noirs • LE TERRAIN DES PREJUGES 16 Les joueurs doivent affronter la célébrité, mais aussi les préjugés • CHRONOLOGIE 18

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Foto de Ricardo Teles

Accompagnez les conquêtes des noirs au Brésil • BRESIL-AFRIQUE 20 Afor-brésiliens et Brésliens discutent d’actions pour combattre le racisme dans diverses sphères • ACTIONS AFFIRMATIVES 22 Elles créent des opportunités et incitent les noirs du Brésil à remplacer les discours par des attitudes • RELIGIONS AFRO-BRESILIENNES 26 Les enfants qui pratiquent le candomblé sont victimes de préjugés à l’école • TRAVAIL 27 Les nombres de blancs et de noirs dans les emplois sont différents FAIS VOIR 4 • DIDÁCTIQUES ? 28 Les manuels et les professeurs STATUT DE L’ENFANT démontrent les carences ET DE L’ADOLESCENT 17 de l’enseignement de l’histoire et de la culture afro DANS LES SALLES 30 • ESTIME DE SOI 32 QUEL PERSONNAGE! 31 Penchez-vous sur la vôtre, dans un test exclusif conçu pour ce numéro spécial de Vira JEUX DE MOTS 34 LA BANDE DE VIRA 35


L

ValeBIS

e 20 novembre peut, au Brésil, être célébré à deux titres. Depuis 1695, le pays a de fortes raisons pour attirer l’attention sur cette date. L’assassinat du leader noir quilombola Zumbi dos Palmares, il y a 311 ans, a marqué ce jour comme une occasion particulière de réflexion, pour que tout le Brésil, sur les obstacles que la discrimination et les préjugés raciaux imposent encore à la citoyenneté de près de la moitié de la population brésilienne. Dans le monde, on fête le 20 novembre l’anniversaire de la Convention relative aux Droits de l’Enfant. Un document important ratifié par 192 pays, qui défend la survie, le développement, la participation et la protection de chaque enfant et de chaque adolescent, comme principe fort et transversal de non-discrimination. Il définit l’obligation fondamentale des pays qu’est le respect des droits de chaque enfant, sans distinction quelconque. Ainsi, rien de mieux au Brésil que de réfléchir tous les 20 novembre sur la situation et l’affirmation des droits de nos enfants et de nos adolescents noirs. Ils représentent près de 30 millions de citoyens. Ce sont les principales victimes des inégalités sociales. Dans les espaces urbains, par exemple, nous voyons la lutte des adolescents et de leurs familles contre la violence policière. Une violence dont soufrent quotidiennement les adolescents noirs et les habitants des communautés populaires. Près de deux adolescents tués sur trois sont noirs. Ces derniers sont abordés et fouillés par la police trois fois plus souvent que les adolescents blancs. L’UNICEF est fier de célébrer, avec la Revue VIRAÇÃO, cette édition spéciale sur le racisme. Elle constitue l’occasion de discuter avec les adolescents et les jeunes d’un thème qui fait encore l’objet de résistances. Nous espérons entamer, avec cette édition, une conversation franche qui unisse la défense des droits de l’Enfant à la lutte noire, entamée par Zumbi, d’affirmation de l’identité et de garantie des droits de chaque citoyen. Marie-Pierre Poirrier Représentante de l’UNICEF au Brésil

VIRAÇÃO Est publiée mensuellement à São Paulo (SP) par le Projet Viração de l’Association de Soutien aux Filles et Garçons de la Région Sé de São Paulo, CNPJ (MF) 74.121.880/0003-52; Inscription pour l’Etat : 116.773.830.119; Inscription Municipale : 3.308.838-1

SERVICE LECTEUR Rua Augusta, 1239 – Conj.11/12 – Consolação 01305-100 – São Paulo – SP Tel./Fax: (11) 3237-4091 / 3567-8687 / 9946-6188 HORAIRES DE RÉCEPTION de 9h à 13h et de 14h à 18h COURRIEL RÉDACTION ET ABONNEMENT redacao@revistaviracao.org.br assinatura@revistaviracao.org.br

QUI SOMMES-NOUS

V

iração est un projet social d’édu-communication, à but non lucratif, créé en mars 2003 et affilié à l’Association de Soutien aux Garçons et Filles de la Région Sé. Il bénéficie de l’appui institutionnel de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (Unesco), du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) et de l’Agence d’Information des Droits de l’Enfance (Andi). Outre l’édition de la revue, il propose des cours et des ateliers de formation en communication populaire réalisés pour des jeunes, par des jeunes et avec des jeunes dans des écoles, des groupes et des communautés de tout le Brésil. Pour préparer les revues imprimée et électronique (www.revistaviracao.com.br), nous bénéficions de la participation des conseils éditoriaux jeunes de 17 capitales, qui rassemblent des représentants d’écoles publiques et privées, de projets et de mouvements sociaux. Parmi les récompenses reçues durant ces trois ans et demi, citons le Prix de valorisation des Initiatives Culturelles, du Secrétariat de la Culture de la Municipalité de São Paulo, le Prix Don Mario Pasini Comunicatore, à Rome (Italie) et le Prix Cidadania Mundial, octroyé par la Communauté Bahá’í. Plus encore : dans le classement de l’Andi, Viração est en tête des revues destinées aux jeunes. Participez vous aussi à ce projet. Reportez-vous aux courriels ci-dessous. PAULO PEREIRA LIMA Directeur de la Revue Viração – MTB 27.300 Connaissez les 18 Virajovens dans les capitales bresiliennes: • Belém (PA) – pa@revistaviracao.org.br • Belo Horizonte (MG) – mg@revistaviracao.org.br • Brasília (DF) – df@revistaviracao.org.br • Campo Grande (MS) – ms@revistaviracao.org.br • Curitiba (PR) – pr@revistaviracao.org.br • Fortaleza (CE) – ce@revistaviracao.org.br • Goiânia (GO) – go@revistaviracao.org.br • João Pessoa (PB) – pb@revistaviracao.org.br • Maceió (AL) – al@revistaviracao.org.br • Manaus (AM) – am@revistaviracao.org.br • Natal (RN) – rn@revistaviracao.org.br • Porto Alegre (RS) – rs@revistaviracao.org.br • Recife (PE) – pe@revistaviracao.org.br • Rio de Janeiro (RJ) – rj@revistaviracao.org.br • Salvador (BA) – ba@revistaviracao.org.br • São Luís (MA) – ma@revistaviracao.org.br • São Paulo (SP) – sp@revistaviracao.org.br • Vitória (ES) – es@revistaviracao.org.br

Apoio Institucional


Conscience et pratique

contre le racisme Cristiane dos Santos

CRISTIANE CONCEIÇÃO, KAREN KRSNA et TÁSSIA BATISTA, de Virajovem Salvador (BA)*

Cristiane dos Santos

ELIENILSON REIS, dynamiseur culturel de la communauté de Marechal Rondom “Je me promène ici dans les quartiers chics de Salvador, ils me regardent de travers, ils me discriminent, mais ils ne m’empêchent pas de marcher. Le racisme ici est déguisé, mais nous avons des préjugés et ceci est un fait. Je travaille pour le Projet Escola Aberta (Ecole Ouverte), avec des enfants, j’expérimente le théâtre et ils abordent cette thématique, car ce travail incite à la discussion contre les préjugés et pour lutter, il faut des discussions, principalement dans les écoles.”

Ka re n

“Nous, les Guerreiros da Paz (Guerriers de la Paix), nous faisons des ateliers de théâtre avec les enfants, en préservant la culture de l’enfance à travers le théâtre, les contes et la sensibilisation des parents sur le thème de la culture de l’enfance. Cette action est liée à la lutte contre le racisme, parce qu’on cherche à apprendre à l’enfant, dès son plus jeune âge, à se reconnaître en tant que membre de sa race et à ne pas être effrayé en découvrant son identité, autrement dit, à amortir les préjugés, à montrer que nous ne sommes pas de petits mulâtres. Et ainsi, à ne pas dénier notre culture, parce que la réalité, c’est que nous vivons dans une société pleine de préjugés.”

Kr sn a

ROMILSON FREITAS, 18 ans

Kr sn a

“A travers la danse, le chant, les musiques, car tout ceci est lié à notre race et à nos ancêtres. Donc, nous nous reconnaissons en tant que noirs et nous apprenons à valoriser notre culture. Et quand nous nous retrouvons dehors, nous disons que oui, nous sommes noirs, et que nous en sommes fiers, car notre histoire est très belle.”

Comment l’art-éducation aide-t-elle à combattre le racisme?

Ka re n

MABEL DANTAS, 14 ans, du groupe Band’Erê

L

a bande de Virajovem de Salvador (BA) est allée examiner les actions qui ont contribué à la lutte contre le racisme dans la ville à la plus forte population noire du Brésil, avec 80% d’habitants de descendance africaine. Les études du Département Intersyndical de Statistique et d’Etudes Socioéconomiques (Dieese) montrent que les hommes noirs de Bahia gagnent 47% du salaire des hommes non-noirs. La situation des femmes noires est encore pire : elles reçoivent de 28% à 47% du salaire payé aux hommes blancs. La discrimination atteint aussi l’enfance et la jeunesse noire. Dans la région métropolitaine de Salvador, par exemple, environ 53,6% des jeunes noirs se consacrent exclusivement aux études, alors que chez les blancs, ce chiffre s’élève à 72,3%.

HILDELITA BARBOSA, 22 ans, est coordinatrice du projet Band’Erê depuis deux ans “Le principal est de travailler avec les enfants et les jeunes, pour qu’ils puissent aller au devant de toute forme de discrimination, aussi bien raciale que religieuse. Je pense que nous réussissons à leur donner une ligne de défense. Parce que nous sommes égaux puisque nous sommes humains. Cette conscience aide aussi à l’insertion sur le marché du travail, qui est pour nous très importante.”

Karen Krsna

ADENILTON NASCIMENTO, 18 ans, du groupe communautaire Conseil des Habitants de la Baixa da Paz

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ViRAÇÃO

“Cette histoire de racisme, je pense que c’est une chose très bête et inutile, car, malgré nos races, nous sommes des Brésiliens convaincus, et tous les Brésiliens sont noirs. Il y a un sang qui coule dans nos veines et ce sang n’est ni blanc ni métisse, il est noir. Et aujourd’hui, je suis une personne très heureuse, car je suis un noir épanoui. Et si un jour quelqu’un me critique, et me traite de noir, je vais regarder cette personne et je vais lui dire : oui, je suis noir, et je suis très fier de ma couleur et de ma race.”


LUANA DANDARA, 20 ans, de la communauté Liberdade

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“J’essaie de ne pas reproduire le racisme au quotidien, par exemple, je dis à chaque enfant comme il est beau et je renforce toujours les traits qu’il renie car, généralement, c’est l’héritage des afro-descendants. Parfois, je sens que je joue le rôle de l’ennuyeuse, car je ne peux pas entendre une phrase que je considère raciste sans en demander la raison.”

Karen Krsna

Le racisme se manifeste dans les attitudes et les rapports que nous adoptons tous les jours. C’est pourquoi cela vaut la peine de se demander quelles actions de lutte contre la discrimination raciale ont eu des résultats pour l’exercice du respect de la diversité humaine, dans chaque ville, dans la communauté, à l’école, à la maison, en vous-même. Une expérience importante est celle de l’Observatoire de la Discrimination LUÍSA ARAÚJO, 24 ans Raciale et de Genre, implanté par le Secrétariat Municipal de Reparação “L’important est d’être une source d’informations pour créer, pour le prochain carnaval, des stratégies qui amé(Semur). Durant le Carnaval de liorent les services publics, améliorer le problème des 2007, l’Observatoire a recensé 128 vendeurs ambulants, des « cordeiros » – ce carnaval incidents impliquant des victimes encore, nous avons observé des femmes (certaines afro-descendantes, liés à la viomême enceintes), des enfants et des adolescents tralence policière, au travail des vaillant pour les groupes de carnaval. Qu’est-ce que cela a enfants et aux difficultés des à voir avec la discrimination ? Il suffit de se rappeler que groupes carnavalesques afros, ceux qui travaillent durant le carnaval appartiennent en entre autres. grande majorité à la population des quartiers périphériques, avec moins de pouvoir d’achat, pour la plupart des noires et des noirs.”

A VOIR

ADRIANO SANTOS FERREIRA, 13 ans, du groupe Band’Erê

Ka re n

Kr sn a

“On ne peut ni insulter, ni frapper les gens. Nous devons respecter père et mère, ainsi que les plus vieux et les membres de notre famille. Je suis très fier d’être noir.”

Karen Krsna

POUR COMPRENDRE

ALEF SANTOS FERREIRA, 14 ans, du groupe Band’Erê “Je pense que tous ceux qui sont racistes doivent nous respecter comme un blanc. Car, de nos jours, beaucoup de blanc ne respectent pas les noirs.”

Band’Erê est une école de percussion, de chant, de danse et de formation intégrale à la citoyenneté, un projet d’Ilê Ayê. Elle comporte quatre groupes d’enfants et d’adolescents qui reçoivent des leçons d’histoire afro-brésilienne, d’interprétation et de langages, de rythmes musicaux, de chant, de danse et de santé corporelle. Guerreiros da Paz est un groupe d’habitants de Nova Constituinte, une banlieue ferroviaire de Salvador, qui réunit tous les jours des enfants du quartier pour jouer, apprendre, fêter des anniversaires et d’autres activités.

Bonecas negras, cadê? (Où sont les poupées noires ?), de Maria Zilá Teixeira de Matos (Editions Maza, 2004) Racismos Contemporâneos (Racismes Contemporains), coordonné par Ashoka Empreendedores Sociais et Takano Cidadania (Edition Takano, 2003) Negro – Reconstruindo nossa história (Noirs – Reconstruire notre histoire), Nancy Caruso Ventura (Edition Noovha América, 2003)

Vista a minha pele (Porte ma peau), réalisation Joel Zito (2003) Dans ce court-métrage, l’histoire s’inverse : les noirs forment la classe dominante tandis que les blancs figurent comme les ex-esclaves. C’est une parodie divertissante de la réalité brésilienne, qui constitue un matériel utile pour la réflexion sur le racisme et les préjugés en salle de classe. La seconde partie de la vidéo présente des témoignages d’éducateurs et de spécialistes en relations raciales, centrés sur les liens entre éducation et racisme

*Membre d’un des 18 Conseils Editoriaux Jeunes de Vira dispersés dans le pays. (ba@revistaviracao.org.br)

A PORTÉE de MAIN • Ilê Aiê – www.ileaiye.org.br • ABADFAL – www.abadfal.org • SEMUR – www.reparacao.ba.gov.br • Dialogues Contre le Racisme – www.dialogoscontraoracismo.org.br • Mundo Negro – www.mundonegro.com.br ViRAÇÃO

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L’enfant de la Troupe

CHRONOLOGIE

S

es débuts sur les planches remontent à 1993 avec Ó Pai, Ó (Ô Père, Ô), qui allait être adapté 14 ans plus tard au cinéma. Depuis lors, le natif de Bahia a participé à plus de 15 spectacles, dont la ViRAÇÃO pièce au succès public et critique

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“Je ne crois pas dans ghetto, je trouve que les gens ont que ètre dans tout chant, non seulement dans le bidonville”

La police l’a déjà arrêté en lui pointant une arme sur la tempe. Il a déjà été abordé alors qu’il retirait de l’argent à un distributeur automatique. Il a aussi été suivi par les agents de sécurité au supermarché. Ces situations font partie du quotidien de nombreux jeunes noirs au Brésil et il en va de même pour l’acteur Lázaro Ramos, originaire de Bahia. Il a reçu Virajovem Rio de Janeiro dans son appartement pour discuter de la discrimination qui persiste encore dans notre société. “Il existe une loi qui nous protège et à chaque fois que nous nous sentons méprisés, nous devons l’utiliser”, prévient l’acteur

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GALERA REPÓRTER

ALESSANDRO BARREIRAS, GABRIEL SOARES, JAQUELINE MORAIS, RENATA SOUZA et SILAS BARBOSA, de Virajovem Rio de Janeiro (RJ)*

Ó Pai, Ó Mamãe Não Pode Saber

Pourquoi avez-vous choisi la carrière d’acteur ? ’ai commencé à faire du théâtre à l’âge de 10 ans et je n’avais ja mais assisté à une pièce de théâtre, car dans ma famille, il n’y avait pas cette culture d’emmener les enfants au théâtre, ni l’argent pour acheter les billets. Mais au collège, quand il y avait un contrôle, je proposais toujours de jouer une pièce au lieu de passer l’examen. J’étais un peu timide et c’était ma façon de communiquer. A vrai dire, j’ai commencé à faire du théâtre pour pouvoir réussir à communiquer avec les gens. Je n’arrivais pas à dire les choses à la maison, je n’arrivais pas à dire à mon père que je l’aimais. Et, quand je faisais du théâtre, j’arrivais à dire tout ce que je voulais, mais en faisant semblant que j’étais quelqu’un d’autre. Cela a duré de l’âge de 10 ans jusqu’à environ 15 ans, sauf que pendant cette période, ma mère est tombée malade et j’ai dû gagner immédiatement de l’argent. J’ai donc commencé à apprendre la Pathologie, en parallèle avec le théâtre, parce que dans le collège où j’allais, il y avait aussi un cours de théâtre, où ne pouvaient aller que ceux qui étaient scolarisés dans ce collège ou qui y suivaient des cours. Il y avait un cours de Dessin Industriel et un autre de Pathologie Clinique. Comme je ne savais même pas dessiner une lettre, j’ai décidé de faire Pathologie.

J

Pathologie Clinique, vraiment ? – J’ai commencé à travailler dans un hôpital public de Salvador. J’ai travaillé pendant trois ans en tant que

A Máquina (La Machine), de João Falcão, qui a fait fureur sur l’axe Rio-São Paulo et l’a amené à quitter Salvador pour Rio de Janeiro. Il a aussi participé à la pièce Mamãe Não Pode Saber (Maman Ne Peut Pas Savoir), toujours sous la direction de João Falcão.


Et qu’avez-vous fait? – Ils m’ont mis dans un groupe d’adolescents nommé Parque São Bartolomeu, où ne n’ai même pas supporté de rester une semaine, parce que je pensais qu’à 15 ans, cela ne m’intéressait pas du tout de discuter du fait que la mère ne laissait pas sa fille rentrer tard chez elle, ou encore les petites querelles, enfin, cela ressemblait au feuilleton Malhação. J’ai dit : mon Dieu, je n’ai rien à voir avec cela, laisse-moi rester dans le groupe d’adultes, je promets que je me tiendrai bien. Jusqu’à ce qu’ils me laissent rester dans la Troupe, et là, cela a été une grande école.

En 2000, Lázaro donne la réplique à Murilo Benício et Penélope Cruz dans O Sabor da Paixão (Amour, Piments et Bossa Nova), une comédie de la réalisatrice vénézuélienne Fina Torres.

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Parlez-nous un peu de la Troupe. – C’est un groupe formé par des acteurs noirs, qui discute de questions liées à la population noire et qui veut ouvrir un marché du travail. Ce groupe m’a fait devenir ce que je suis aujourd’hui, la Troupe a parié sur moi, elle m’a ouvert les portes. Quand j’y suis entré, j’ai dû me débrouiller, j’ai

Lázaro Ramos recebe de braços abertos a galera do Virajovem do Rio de Janeiro

Virajovem Rio de Janeiro

technicien de laboratoire, je faisais des examens de sang, de selles et d’urine, jusqu’à ce que la Troupe de Théâtre Olodum apparaisse. Mes amis de mon cours de théâtre étaient déjà au courant de l’existence de ce groupe, mais je ne savais pas de quoi il s’agissait et j’ai décidé de m’inscrire au test. Je suis allé m’inscrire et j’ai été enchanté, car j’y ai rencontré, pour la première fois, une troupe de théâtre qui parlait de choses auxquelles je croyais, des personnes qui me ressemblaient beaucoup physiquement, autrement dit des noirs et avec un langage très populaire. Ils ressemblaient à ceux de ma famille, ils parlaient des mêmes choses que dans ma famille, ils avaient mes désirs et ceux de ma famille. J’ai donc voulu à tout prix entrer dans la troupe, j’ai réussi le test, mais comme je n’avais que 15 ans, ils ne m’ont pas permis de rester dans le groupe, car c’était un groupe uniquement pour les adultes.

dû apprendre, être très appliqué et avoir du talent pour être acteur.

Votre personnage du feuilleton Duas Caras (Deux Visages) habite dans la favela et sort avec une fille de famille aisée, ce qui pose un grand problème car les familles des deux jeunes ne s’acceptent pas. Cela arrive-t-il vraiment dans la société ? – Et comment. Bien sûr que dans le feuilleton, les personnages sont rehaussés pour faire de l’audience, pour qu’on suive l’histoire avec davantage de curiosité, mais cela arrive, et souvent. Par exemple, je regardais l’autre jour le film A Negação do Brasil (La Négation du Brésil), de Joel Zito, où Zezé Mota forme un couple romantique avec Marcos Paulo. Et Zezé raconte que le public a commencé à envoyer des lettres demandant ce qu’il arrivait à Marcos Paulo, car il était obligé d’embrasser cette noire, cela s’est passé à cette époque. Zózimo Bubul a été le premier noir à être l’un des personnages principaux d’un feuilleton, le couple qu’il jouait avec Leila Diniz ne s’est jamais embrassé dans le feuilleton et elle est apparue enceinte. Aujourd’hui, je pense que grâce à la lutte de nombreuses personnes, grâce à des références positives comme Milton Gonçalves et Joaquim Barbosa, pour ne parler que du secteur artistique, il existe une jeunesse avec un es-

prit plus ouvert. Mais il reste l’autre génération qui est encore pleine de préjugés et qui ne comprend pas la direction prise par le monde. On parle de racisme, de préjugés, uniquement comme d’un élément social mais je pense que deux autres facteurs doivent être fortement pris en compte : le psychologique et le culturel. Psychologique, parce que vous devez avoir une très grande force mentale pour réussir à soutenir une relation entre des personnes de deux univers différents. Et culturel, car toute notre culture est faite au travers de l’exclusion.

Pouvez-vous mieux expliquer ? – Les livres d’Histoire du Brésil ne présentent la population noire qu’en tant qu’esclaves, ils ne racontent pas leurs contributions à l’architecture ou à la culture, par exemple. Autrement dit, un enfant qui lit tous les jours les livres d’histoire finit par n’avoir aucune référence sur les noirs. Heureusement, il existe une loi obligeant les écoles à raconter l’histoire de la population afro-descendante du Brésil, car c’est très important. Mais il y a, malgré tout, toute une génération qui ne connaît pas la contribution apportée au pays par leurs semblables. Et, statistiquement parlant, vous observez que la « reine des tout-petits » est encore une femme aux traits aryens, c’est encore Xuxa. On me peut pas se leurrer que nous sommes très heureux d’avoir la femme la plus belle du monde, mais en y réfléchissant bien, cette femme la plus belle est Gisele Bündchen, qui a des caractéristiques aryennes. Dans les concours de beauté, le plus beau est rarement un

L’acteur a également écrit le scénario de la pièce Paparutas (2002), un texte théâtral du livre O Teatro de cabo a rabo (Le théâtre de Fond en Comble).

Lázaro a réalisé en 2006 le documentaire Zózimo Bulbul et réalise actuellement le programme Espelho (Miroir), de la chaîne Canal Brasil. ViRAÇÃO

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noir, il y a parfois cette noire qui est plus belle et ils mettent Taís Araújo, parce qu’elle est déjà célèbre. Je dis cela car de nombreux noirs n’ont pas la possibilité d’exprimer leur talent, leur intelligence et toute leur capacité. C’est un frein pour le Brésil, nous avons besoin de potentialiser ce pays.

– Je pense que oui. Et ceci est le fruit d’une pression que la société exerce depuis longtemps. Et la société dont je parle est celle des mouvements noirs, des artistes noirs qui protestent. Gilberto Gil a dit cette phrase excellente : “Le peuple sait ce qu’il veut, simplement il ne veut pas ce qu’il ne sait pas”. Quand la télévision a commencé à donner des rôles principaux à des acteurs noirs dans Da cor do pecado (De la couleur du péché), Cidade de Deus (Cité de Dieu), Cidade dos homens (Cité des hommes), Cobras e Lagartos (Serpents et Lézards), le public s’est exprimé pour dire : je veux voir ces personnes, je veux voir ces visage, je m’identifie à eux. Et la télévision, ne vous y trompez pas, c’est l’argent, c’est l’audience, autrement dit, la télévision a compris que le petit noir rapporte de l’argent, fait de l’audience, alors mettons-en un peu plus.

Dans cette optique, celle de l’accès à la connaissance, que pensezvous de la politique des quotas? – Je suis pour. Je ne pense pas que cela soit la mesure idéale, car il serait mieux que le pays ait la capacité, l’intelligence, d’inclure tous ses habitants. Je ne parle pas seulement des noirs, je parle des noirs, des blancs, des femmes, des indiens, je pense que ce serait un bon pays s’il avait cette capacité. Qu’on n’ait pas besoin d’une loi qui impose à une institution d’éducation d’inclure d’autres personnes pour rendre cette université plus diverse, avec davantage de talents à potentialiser. Je suis le fruit des quotas et je dois pour cette raison être en leur faveur, car auparavant je faisais du théâtre au collège et je n’avais pas de place sur le marché du travail, je n’avais pas d’endroit où apprendre, je n’avais pas d’argent pour m’inscrire dans une faculté et pouvoir exercer une autre profession qui me rapporte de l’argent, comme ce fut le cas pour la Pathologie Clinique. J’ai eu besoin de la Troupe de Théâtre Olodum. Mais sans ce groupe, je travaillerais peut-être encore à l’hôpital comme technicien de laboratoire et je ne serais pas en train de divertir les gens et d’apporter les réflexions que j’apporte.

Mais ils sont toujours pauvres ! – Je pense qu’ils ne savent pas comment s’y prendre. Parce qu’ils en ont mis si peu, et toujours dans des rôles subalternes ou nuls, que maintenant qu’ils les incluent, ils sont en train d’apprendre. Je pense que Duas Caras (Deux Visages) est déjà le fruit d’un apprentissage d’Agnaldo Silva, puisqu’il a fait un pas très important, il a inclus plusieurs noirs, avec une famille et des histoires importantes dans la dramaturgie. Avez-vous déjà été victime du racisme, aussi bien dans la vie art artistique que dans la vie quotidienne ? – Dans ma vie quotidienne, beaucoup. J’ai déjà été arrêté par la police avec une arme sur la tempe. Ils ont ouvert ma voiture et m’ont demandé ce que je faisais là, dans cette voiture. J’ai déjà été abordé par la police alors que je retirais de l’argent au distributeur automatique, et le type m’a de-

PRIX

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Il a été nominé 4 fois au Grand Prix Cinéma Brésil de Meilleur Acteur, pour Madame Satã (2002), O Homem que Copiava (L’Homme ViRAÇÃO qui Copiait, 2003), Meu Tio Matou

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Joel Zito pose bien la question des noirs dans les moyens de communication, de la façon dont le noir est représenté à la télévision. Dans l’histoire de la télévision, le noir a toujours un rôle secondaire et interprète des professions subalternes. C’est en train de changer ?

Meu Tio Matou um Cara

mandé ce que je faisais là, j’ai dit : je retire de l’argent de mon compte, pourquoi ? Et il a dit : parce que vous êtes assez suspect, là, avec cette casquette. J’ai déjà été suivi par des agents de sécurité au supermarché. Dans le milieu scolaire, vous vous sentez assez différent. Je suis allé dans une école privée, avec très peu de noirs, dans ma salle de classe il y avait moi et Marisa, nous étions deux seulement. Pendant mon adolescence, je suis sorti avec très peu de filles, j’étais dans une école privée, où la majorité était blanche. Et dans le domaine affectif, j’étais seulement le meilleur ami de beaucoup de monde, mais flirter vraiment avec une fille, je ne l’ai jamais fait. J’ai commencé à le faire quand je suis allé à l’école publique, où il y avait davantage de gens à l’esprit ouvert. Dans le champ professionnel, je me sens un peu protégé parce que je suis venu de la Troupe. Et après Madame Satã, j’ai suscité un grand respect. Les gens ont commencé à me considérer comme un bon acteur et à investir dans ma personne.

A propos du film Madame Satã, le mode de vie des noirs brésiliens subsiste encore aujourd’hui ? – A l’époque de Madame Satã, il n’y avait pas l’intromission, l’interférence si grande du trafic. Si Madame Satã vivait aujourd’hui, il serait probablement impliqué dans le trafic et je pense que cela transformerait brutalement les choses. Madame Satã a une caractéristique qui demeure, je connais plusieurs personnes qui, comme lui, sont des survivants et qui utilisent le peu de moyens qu’ils ont pour survivre. Dans son cas, celui d’un type qui a quitté le Pernambuco et qui est arrivé à Rio de Janeiro sans avoir rien à faire, il n’avait qu’une ressource, son corps, qu’il a utilisé pour survivre, soit en luttant dans la capoeira, soit avec la sexualité. Ou encore en câlinant, en s’occupant des gens et en regroupant les prostituées, et même en adoptant des enfants. Autrement dit, il consti-

um Cara (Mon Oncle a Tué un Type, 2004) et Cidade Baixa (Bahia, Ville Basse, 2005). Il a remporté le prix pour Madame Satã, une interprétation qui lui a aussi valu des prix internationaux en Espagne, en Equateur et au Pérou.


la société voie les noirs d’une autre manière ? – J’espère que oui. Je ne veux pas être toujours l’exception, que tous les rôles soient seulement pour Lázaro Ramos. Je veux que Sidney Sampaio soit l’un des personnages principaux de plusieurs films et feuilletons. Je ne veux pas être unique, mon désir, c���est celui-là. Je ne veux pas être une île, mais un continent entier et voir plusieurs autres semblables à moi avec les mêmes chances.

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Vous pensez que le fait de travailler de cette façon, en devenant une référence, contribue à ce que

mons une famille. J’espère que nous produirons beaucoup, parce que nous investissons dans nous-mêmes, en construisant notre histoire.

Pouvez-vous laisser un message pour les jeunes noirs des communautés et des quilombos ? – Il existe une loi qui nous protège et à chaque fois que nous nous sentons méprisés, nous devons l’utiliser. Mais je pense qu’il existe une attitude face à la vie, qui vient de ma famille, qui a été très importante pour moi. Alors je le dis aux parents. Vous devez dire tout le temps que votre fils est beau, intelligent et capable. Cela, je l’entendais tous les jours chez moi. Il faut encourager votre enfant. Nous, les jeunes, nous devons avoir conscience que nous avons des droits. Nous devons marcher la tête haute, occuper tous les espaces. Je ne crois pas aux ghettos, je pense que nous devons être partout, pas seulement dans la favela. Je suis né dans un quartier humLázaro em Madame Satã, uma atuação reconhecida ble, mais je vais aussi bien dans des endroits humbles qu’à Etes-vous impliqué dans des proLeblon, parce que tous les lieux m’apjets sociaux ? partiennent. Nous devons sentir que le – A Salvador, je suis partenaire d’une monde est à nous, comme il l’est efinstitution nommée Steve Biko, qui préfectivement. Et nous devons nous unir. pare aux concours d’entrée de l’université pour les Afro-descendants. Ici, je suis très lié à la Cufa (la Centrale UniQuels sont vos projets pour l’avenir? que des favelas), parce que l’équipe de – Poursui vre avec mon petit mon programme Espelho (Miroir), que groupe du programme Espelho. Je je présente et que je réalise sur la veux réaliser un long-métrage, j’y trachaîne Canal Brasil, est formée d’élèvaille. En vérité, je souhaite être enves du cours d’audiovisuel de la Cufa. trepreneur. Je veux aussi raconter C’est avec eux que je suis le plus lié. mes propres histoires, et pas seuleLes jeunes sont arrivés avec une pêment tomber amoureux des histoires che et un professionnalisme qui m’imdes autres et les raconter, je veux propressionnent toujours aujourd’hui. poser des histoires. Nous grandissons beaucoup ensemble. Personne n’est encore prêt. Je ne *Membres de l’un des 18 Conseils suis pas encore prêt comme réalisaEditoriaux Jeunes teur et comme présentateur. Les jeude Vira dispersés dans le pays. nes ont encore beaucoup à apprendre (rj@revistaviracao.org.br) et à acquérir. Mais cette année, nous avons beaucoup appris et nous for-

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Vous êtes au sommet des artistes noirs au Brésil. Comment vous sentez-vous lorsque vous transmettez votre culture à travers vos personnages, et quand vous constituez même une référence pour les autres ? Là-bas, à Cidade de Deus, tout le monde s’est décoloré la moustache à cause de Foguinho. – C’est tout ce que j’ai toujours voulu dans ma vie. J’ai toujours voulu être une référence, parce que cela m’a beaucoup manqué quand j’étais petit. Je voyais un film et je ne trouvais personne à qui m’identifier. Je pense que c’est vraiment la réalisation d’un rêve et je suis encore plus heureux car je n’ai eu besoin de renoncer à rien de ce que je suis et de ce en quoi je crois pour être une référence. Je continue à dire les mêmes choses, celles que j’ai toujours dites depuis la Troupe de Théâtre Olodum, je continue à penser les mêmes choses, je continue à fréquenter les mêmes personnes et je cherche à garder mon comportement de toujours. Je tâche de rester humble et bien que je sois un acteur, je ne suis pas meilleur que quiconque. Je cherche à utiliser l’espace que j’ai dans les médias, soit en donnant des interviews, soit à la télévision, soit encore dans les rôles que je choisis, pour transmettre des messages, et je pense que je suis privilégié car je peux le faire. Je connais d’autres personnes avec autant de talent que moi et avec cette même volonté d’être une référence, qui ne parviennent pas à percer, et moi je suis heureux car j’ai explosé.

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tuait sa propre famille. Il existe de nombreuses personnes dont je perçois qu’elles n’ont aucune ressource et qui, malgré tout, survivent et sont solidaires des autres. Dans les communautés, beaucoup s’unissent pour obtenir des choses. Cet aspect est très présent et positif.

Lázaro a déjà participé à 16 films, parmi lesquels Cinderela Baiana (Cendrillon Baiana, 1998), avec la danseuse Carla Peres, Carandiru (2003) et Cafundó (2005). O Homem que Copiava Saneamento Básico

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La vie au

En novembre, l’Unicef lance une étude sur la situation des enfants et des adolescents dans les communautés rurales du Maranhão. L’évasion scolaire est l’un des problèmes principaux

quilombo

Marcelo Amorim, de Virajovem São Luís (MA)

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ans les communautés de descendants des an ciens quilombos de l’Etat du Maranhão, certaines données sur les enfants et les adolescents sont préoccupantes, selon le rapport La situation des Enfants et des Adolescents dans les Peuples EAB Exclus – Communautés Issues ivo N u q r A de Quilombos du Maranhão. L’étude montre que plus de la moitié des enfants et des adolescents quittent l’école avant la fin du collège. Et même ceux qui continuent leur scolarité ne se sentent pas encouragés à terminer le lycée.

L’étude, commandée par le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef), a été réalisée entre août 2002 et avril 2003, dans les municipalités d’Itapecurú-Mirim (communautés de Santa Joana, Santa Maria dos Pretos et Morros) et Codó (communautés de Centro do Expedito, Barro Vermelho et Santo Antonio dos Pretos). Coordonnée par le professeur et docteur Carlos Benedito Rodrigues da Silva, du Groupe d’Etudes AfroBrésiliennes (NEAB) de l’Université Fédérale du Maranhão (UFMA), et par une équipe de chercheurs du NEAB et du Centre de Culture Noire du Maranhão, la recherche a impliqué les habitants des communautés noires. “Plus l’année scolaire est élevée, plus grand est le risque d’évasion”, précise le rapport. En général, les enfants et les adolescents quittent l’école en première. Sans compter ceux qui, dans la région, n’ont pas accès à l’école. Un enfant sur trois de 7 ans ou moins n’a jamais mis les pieds dans une salle de classe. Parmi ceux âgés de 7 à 17 ans, un sur huit n’a jamais été scolarisé. Le chemin de l’école est très difficile pour ces enfants.

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Au sens propre. En général, les écoles se trouvent très loin chez eux et rappelons qu’à l’intérieur du Maranhão, il n’existe pas de rues goudronnées ou, dans leurs cas, de routes facilitant les longues marches à pied. Pour les persévérants qui se rendent à l’école, les difficultés ne s’arrêtent pas là : les contenus ne tiennent en effet pas compte de la culture de ces enfants. Les professeurs, peu préparés, n’ont parfois pas les moyens minimum pour faire cours. Beaucoup de classes sont “multi-niveaux” : un seul professeur enseigne simultanément à des groupes de niveaux différents, rassemblés dans une même salle. Autrement dit, le “niveau d’apprentissage est très bas”, dénonce le rapport de l’Unicef. Qui plus est, la nécessité de travailler joue beaucoup dans l’abandon de l’école par les adolescents. “Beaucoup d’enfants et d’adolescents, même s’ils fréquentent l’école, doivent travailler AB aux champs pour aider leurs parents, ce NE o uiv Arq qui limite encore plus leurs possibilités d’éducation”, observe Carlos Benedito à propos de l’évasion scolaire. L’étude analyse aussi d’autres facteurs comme la faible résistance aux maladies, probablement due au manque général d’infrastructures de base dans la région. Soixante-dix pour cent des chefs de famille déclarent utiliser, comme toilettes, “la forêt”. Pour Carlos Benedito, la situation dans laquelle se trouvent ces jeunes est le résultat du manque de priorité du gouvernement vis-à-vis de ces populations historiquement discriminées. “Plus de cent ans après l’abolition de l’esclavage, les noirs sont encore loin de voir leurs droits reconnus.”

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A PORTÉE de MAIN Pour en savoir plus sur les anciens quilombos, voir page 31


A bas le

DE OLHO NO

racisme!

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Paloma Klisys Luiz Peres Lentini

Connaissez vos droits et vos devoirs, garantis par le Statut de l’Enfant et de l’Adolescent

L

sant les peines pour les crimes de e désir de domination, de contrôle et d’oppression racisme. Si, dans une situation quelconque, qui a engendré des absurdités historiques comme vous vous sentez contraints ou non respectés, souvenezl’esclavage, l’holocauste et l’apartheid, ainsi que des vous : selon la législation, refuser ou empêcher l’accès à groupes d’extermination spécialisés pour perpétrer des un établissement commercial, en se déniant à servir, à prengénocides et anéantir les personnes, fondés sur la fausse dre en charge ou à recevoir un client ou un acheteur ; refucroyance qu’il existe des races d’êtres humains supérieuser, dénier ou empêcher l’inscription ou l’entrée d’un élève res et d’autres inférieures, n’est pas un souvenir du millédans un établissement d’enseignement public ou privé, naire passé. En pleine aube du 21e siècle, l’intolérance et la quel que soit le niveau de cet établissement ; empêcher ou difficulté à gérer les différences constituent des grands défis refuser de servir un client dans un restaurant, un bar, une pour la construction d’une culture de paix. Malgré les nompâtisserie ou des lieux similaires ouverts au public ; blobreux progrès obtenus par la militance des participants du quer l’accès aux entrées sociales dans les édifices publics Mouvement Noir, du Mouvement GLBT, du Mouvement ou résidentiels et aux ascenseurs ou escaliers d’accès à des Femmes et d’autres groupes historiquement discrimices édifices ; empêcher l’accès ou l’utilisation des transnés, il serait hypocrite d’affirmer que le Brésil est un pays ports publics comme les avions, navires, bacs, bateaux, où le racisme n’existe pas. Il existe, c’est un crime, et il se autobus, trains, métros ou tout autre moyen de transport, révèle dans des situations de tous les jours ; c’est un compour des motifs de race, de couleur ou de croyance – sont portement qui peut être extrêmement subtil et violent et des crimes et vous n’êtres pas obligés de vous taire. qui doit être combattu. Il existe une série de mécanismes légaux, nationaux et internationaux, qui peuvent être des instruments utiles Paloma est écrivain, auteur de Drogas: dans cette bataille. La Déclaration Universelle des Droits Qual é o barato (Drogues : quel est le fun), et Do Avesso ao Direito (De l’Envers au Droit) de l’Homme soutient que tous les êtres humains peuvent invoquer les droits et les libertés: “sans distinction aucune de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou autre, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation”. • Sur le site YouTube (www.youtube.com), Le Statut de l’Enfant et de l’Adolescent réafvous pouvez trouver des vidéos réalisées firme le contenu de la Déclaration et garantit le par des personnes ordinaires qui parlent de ce sujet. droit à l’intégrité et le droit à la liberté, qui in• Regardez-en quelques-unes bien cluent le droit de tout enfant et adolescent à : intéressantes aux adresses suivantes: “participer à la vie familiale et communautaire, sans discrimination” (Art16). Il faut aussi citer www.youtube.com/watch?v=sLrWjhvCoW8 la Loi 9.459, qui a complété la Loi 7.716 définiswww.youtube.com/

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A PORTÉE de MAIN

watch?v=eSZAwgYL9TY&mode=related&search= ViRAÇÃO www.youtube.com/watch?v=I45gi2_NQpE

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Mes cheveux NILTON LOPES et VÂNIA MEDEIROS, de Virajovem Salvador (BA), NATHALIE VILARRUBIA, PILAR OLIVA et PAULO PEREIRA LIMA, de la Rédaction

Peu importe le style de coiffure afro, les jeunes veulent valoriser le naturel

ont la cote!

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lack power, rastafari, dreadlocks, tresses “nagô”. Vous devez vous demander : “Qu’est-ce que tout cela veut dire ?” Calme, se sont à peine des styles de coiffures afro qui deviennent populaires chez les jeunes et les adolescents noirs, mais qui séduisent aussi les blancs et se transforment en mode nationale. Ronald Assis, 18 ans, et Clécia Queiroz, 17 ans, de l’Etat de Bahia, sont dans le coup. “Cela fait trois ans que je fais des dreads et des tresses dans mes cheveux ; maintenant, je me suis mis au black”, dit Ronald, élève de première au lycée d’Etat Barros Barreto. Il a commencé à adopter le style afro parce qu’il a vu d’autres noirs l’utilisant à la télé. “A l’adolescence, ma famille me réprimait toujours, ma grand-mère disait que c’était ridicule. Pourquoi ridicule ? Parce que j’assume que mes cheveux sont durs, crépus, ou bien comment voudriez-vous les appeler ?”. A présent, Clécia, qui est en première au lycée Manoel Novais, ne jure que par les tresses. “J’en porte parce que je trouve ça beau. Si j’aimais ça, je ferais défriser mes cheveux sans aucun problème, mais je trouve que cela ne me va pas. J’ai plusieurs camarades qui portent des tresses et qui ne se considèrent pas comme noirs”, explique-telle. Dans la périphérie de São Paulo, d’autres jeunes se sont également mis à valoriser leurs cheveux au naturel. C’est le cas de Thyago Silveira, 23 ans, de Wiliam Goés, 20 ans, de Cristiane Marques, 21 ans, et de Sérgio Cordeiro de Oliveira, 24 ans, clients de la coiffeuse afro Mara Regina dos Santos,

POUR COMPRENDRE Pilar Oliva

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Black power : utilisé par les noirs des Etats-Unis pour valoriser l’esthétique noire Dreadlocks : tresses faites avec de la laine Rastafari : tresses faites avec de la cire d’abeille, utilisées par Bob Marley Tresses nagô : ou tresses « racines », faites au ras du cuir chevelu ViRAÇÃO


POUPÉE TRESSÉE Mara a commencé à faire des tresses sur ses poupées quand elle était petite. Plus tard, elle s’est mise à tresser les cheveux des jeunes de chez elle, et c’est ainsi qu’elle a découvert qu’elle aimait façonner les cheveux. Si bien qu’elle réalise aujourd’hui des défilés de tresses dans son salon, le Mara Fashion Tranças. “Je fais le défilé car je veux montrer mon travail, et aussi pour montrer à la société qu’il n’y a pas de le noir à qui les tresses ou le style afro va bien.” Un avis partagé par Alexandra Abrahão, qui tient un salon de coiffure dans le centre de São Paulo, fréquenté par nombre de jeunes blancs qui veulent suivre la mode afro-brésilienne. “Ce n’est pas parce que c’est une culture noire que les blancs ne peuvent pas en porter”, explique-t-elle. Très connue à Cidade de Deus et dans d’autres quartiers de Rio de Janeiro, la coiffeuse Nilza Ramos pense que la valorisation des cheveux afros va toujours continuer d’être à la mode. “Cette tendance va améliorer l’estime de soi des noirs, qui valorisent leurs cheveux au naturel”.

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Membres de un des 18 conseils éditoriaux jeunes de Vira dispersés dans tout le pays (ba@revistaviracao.org.br).

LA TÊTE EN PAIX

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epuis son enfance, la journaliste Neusa Baptista Pinto, 31 ans, était incommodée par les expressions chargées de préjugés qu’elle entendait à l’école : “mauvais cheveux, tête d’éponge, plumeau”.Transformer la cible de plaisanteries de très mauvais goût en personnage d’un livre qui fait réfléchir sur la beauté noire à partir des cheveux : c’est ce qu’elle s’est proposée de faire dans Cabelo Ruim? (Mauvais Cheveux ?), lancé en septembre dernier. Née à Lençóis Paulista (SP), Neuza habite aujourd’hui à Cuiabá (MT) et est membre de l’Institut des Femmes Noires, du Mato Grosso. Elle prend le sujet si au sérieux qu’elle a commencé un master du Programme de Troisième Cycle en Psychologie de l’Université Fédérale de Bahia, avec un projet de mémoire qui “traite des représentations sociales des cheveux chez les femmes noires”.

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connue dans la zone nord de la ville pour les tresses qu’elle réalise. “Le noir s’est identifié avec cette face qui a été obscurcie par la culture blanche”, proteste Thyago. Il affirme aussi que lorsqu’un noir assume ses cheveux au naturel, il se distingue alors dans de nombreux lieux, à commencer par l’école. D’un autre côté, William explique qu’il existe un fort rejet et que sa bande devient la cible de quolibets. Son frère, par exemple, a été tellement ridiculisé à l’école parce qu’il avait laissé ses cheveux pousser, qu’il a dû les couper.

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire le livre Cabelo Ruim? – L’histoire vient de ma propre expérience et de celle de personnes proches, frères et sœurs, collègues, qui ont rencontré ou rencontrent des préjugés liés à leurs cheveux crépus. Mais, à la différence de l’histoire du livre, où les trois petites filles entament un processus très positif d’acceptation de leurs cheveux, je n’ai pas vécu ce ‘retournement’ aussi tôt. J’en ai voulu à mes cheveux jusqu’à il y a peu de temps. Le livre sert à montrer à l’enfant qu’il peut être différent, que ses cheveux ne sont pas de mauvaise qualité. Si j’avais eu la chance de lire une histoire comme celle-ci quand j’étais enfant, peut-être aurais-je été plus heureuse. Quelle est l’expérience de racisme la plus marquante dont vous avez été victime? – Elles ont été nombreuses. Je viens de me rappeler de l’une d’elles. J’étais en CM2 ou en sixième et pendant le cours d’éducation physique, les enfants jouaient au ballon avant le début des exercices. Une camarade de classe s’est tournée vers moi et m’a dit : “Ne lance pas le ballon avec la tête, sinon tu vas le trouer !”.Tout le monde a éclaté de rire. Imaginez l’humiliation, devant tous les élèves... Que pensez-vous du fait que le style black devient une mode, suivie aussi par beaucoup de blancs? – Je trouve cela positif, mais avec des restrictions. Même si elle est portée par beaucoup, et même dans des programmes de télévision de forte audience, comme Malhação e Páginas da Vida, une mode est une mode. Aujourd’hui, le fait qu’ils deviennent une mode vide les cheveux de leur contenu politique. Le style black power a commencé à être utilisé à la fin des années 60 par les noirs américains avec une signification claire : celle de valoriser l’esthétique noire, de combattre et de dénoncer le racisme. D’un autre côté, des chanteurs comme Falcão du groupe O Rappa, Negra Li, Seu Jorge, Sandra de Sá rendent aussi le black power, les dreadlocks et les tresses plus ordinaires. Ceci est positif, car l’attitude de ces artistes est toujours associée à la fierté noire, à la critique sociale, à la politisation. ViRAÇÃO

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Les veines ouvertes du racisme Certaines maladies atteignent davantage la population noire, comme l’anémie falciforme, méconnue par les agents de santé eux-mêmes Paulo Pereira Lima, de la Rédaction

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es mains et les pieds enflés, des douleurs, fortes et fréquentes, dans les os. Ce sont quelques-uns des symptômes que Iara Cavalcante de Lima, 10 ans, a l’habitude de sentir quand surviennent les crises. “Ce qui me rend le plus triste à l’école, c’est quand je vois mes camarades courir, jouer à volonté, et que je ne peux pas participer”, explique la jeune fille, en CM1, qui adore le portugais et faire du yoga. Anderson Alves da Silva, 19 ans, souffre depuis plus longtemps. Et l’intensité des douleurs est si forte qu’elle ne diminue que sous l’effet de la morphine. “J’ai été pour la dernière fois à l’hôpital en septembre. J’y suis resté 16 jours”, raconte-t-il. Il est en Terminale et hésite entre tenter le concours pour devenir étudiant en Sciences Informatiques, ou en Administration. Iara et Anderson souffrent d’anémie falciforme, une maladie héréditaire incurable, qui touche davantage la population noire et provoque des altérations des globules rouges (ou hématies), qui prennent la forme de faucilles. D’où le nom de falciforme. Ces hématies défectueuses s’agglutinent et peuvent obstruer les artères, perturbant la circulation du sang. La maladie est mal connue, aussi bien par la population en général que par les professionnels de santé, un fait qui contribue au diagnostic tardif, à un traitement inadéquat et au fort taux de mortalité. Les chercheurs expliquent qu’une probable mutation génétique survenue en Afrique il y a des millions d’années pourrait être la cause de ce type d’anémie. Actuellement, on estime que la fréquence de l’anémie falciforme au Brésil est d’un habitant noir pour 1 500. Outre cette maladie, le glaucome et l’hypertension touchent également davantage les noirs. “La maladie de Iara n’a été diagnostiquée correctement que lorsqu’elle avait 3 ans. Avant, les médecins ont été jusqu’à dire qu’elle souffrait d’hépatite et d’autres maladies”, raconte sa mère, Vanda Bezerra Cavalcante. TOUT LE MONDE SE TROMPE “La prise en charge dans les postes de santé est terrible. Les agents de santé ne sont pas préparés, ils méconnaissent la maladie et ne lui donne pas l’attention méritée. C’est du racisme, parce que l’anémie falciforme attaque davantage les noirs”, proteste Vanda. C’est aussi de racisme que parle Anderson, qui s’est même vu qualifié de “drogué” par les infirmières quand il a eu besoin d’avoir recours à la morphine. “On passe très souvent par des situations difficiles. Et pensez qu’il y a beaucoup d’autres jeunes qui se plaignent de la façon dont on nous traite dans les hôpitaux”, dit ce dernier, qui travaille depuis plus d’un an comme bénévole à l’Association de l’Anémie Falciforme de l’Etat de São Paulo. Pionnière au Brésil et dans le monde, l’entité a été créée en 1997 et réunit aujourd’hui plus de 300 familles de São Paulo et d’autres Etats, comme le Minas

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Ilustração de Iara Cavalcante

LETTRE À VIRA Atibaia (SP), octobre 2006 Je m’appelle Iara Cavalcante de Lima, j’ai la thalassémie et l’anémie falciforme et j’ai 10 ans. Tout est devenu plus difficile quand mon père est mort, en janvier de cette année. Après, la Ière crise forte a eu lieu chez mon amie, maman a dû rentrer en courant de São Paulo, où elle travaillait. A cause de cela, ma mère est au chômage, sans emploi fixe. Je m’efforce de l’aider, en évitant les crises, mais c’est un peu inévitable... Vous savez, de voir les autres enfants jouer au football, au chat, sauter à la corde... j’ai envie de jouer moi aussi... parfois quelqu’un reste pour discuter avec moi, parfois je reste toute seule. Quand vient l’hiver, il est inévitable d’avoir des crises, à cause du froid. Alors je manque beaucoup l’école, sans mes bonnes notes j’aurais redoublé le CM1 à cause des absences. En novembre de l’année dernière, j’ai découvert une nécrose de l’os du fémur (usure de l’os du fémur), ce qui est courant chez les falciformes. J’ai dû avoir des béquilles et rester en fauteuil roulant jusqu’au mois d’août de cette année, mais à chaque fois que vient une crise de douleur dans la jambe, je retourne dans le fauteuil roulant. La plupart de mes camarades m’ont toujours aidé, mais j’ai aussi souffert de préjugés et de rejets...

Gerais, Bahia, le Maranhão et le Rio Grande do Sul. Selon sa fondatrice, l’infirmière Berenice Assumpção Kikuchi, “en plus de sortir la maladie et les malades de l’ombre, l’association propose un appui aux familles et travaille à la création de politiques publiques”. Comme l’inclusion de l’anémie falciforme dans le test du pied (un examen réalisé pendant la première de vie du bébé pour détecter certaines maladies génétiques), pratiquée depuis 1998 à São Paulo, et qui en 2001 a été adoptée par le Gouvernement Fédéral, grâce à la mobilisation organisée par l’association. “Le problème est qu’elle n’a été adoptée que dans douze Etats, dans le Sud et le Sud-Est. Il manque les régions où il y a le plus de noirs, comme le Nordeste, le Nord et le CentreOuest”, proteste Berenice, entrepre-

Mais malgré cela je considère que je suis très heureuse. J’aime écrire, j’ai même remporté un concours de rédaction de la ville de São Paulo! J’adore le théâtre, quand je serai grande je voudrais être actrice, si cela ne marche pas, écrivain, et si cela ne marche pas, professeur! J’adore aussi lire, mes camarades de l’école n’appelle “CDF” (tête de fer, appliquée, qui a des bonnes notes...)! J’aime aussi dessiner, apprendre, discuter, j’ai un million d’amis! J’adore jouer avec ma belle petite chienne, j’ai aussi déjà eu un petit ami, pour être ensemble, s’embrasser sur la joue et se donner la main! Tous les jours je remercie Dieu d’avoir une vie comme la mienne, cela pourrait être pire...

neuse sociale d’Ashoka, organisation qui investit dans des projets innovants. “Les critères utilisés ont surtout été politiques et même sous le gouvernement de Lula, qui a fait beaucoup pour la population noire, nous n’avons pas avancé sur cet aspect”, estime-t-elle. L’anémie falciforme n’est pas le seul exemple de racisme dans le domaine de la santé. Les résultats de l’étude Santé de la Population Noire : Contributions pour la Promotion de l’Equité, réalisé par la Fondation Nationale de Santé (Funasa) en 2004, démontrent que l’espérance de vie des noirs est, en moyenne, de six à huit ans plus faible que celle des blancs. Le sida tue trois fois plus de noirs que de blancs. Au Brésil, les femmes afro-descendantes de 15 à 49 ans meurent 2,7 fois plus des suites de l’accouchement que les femmes blanches dans la même tranche d’âge et dans une situation sociale identique. L’économiste Marcelo Paixão, professeur à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), qui a participé à l’étude, a été plus loin. En s’appuyant sur les données du Recensement 2000 de l’Institut Brésilien de Géographie et Statistique (IBGE), il a calculé que l’espérance de vie de la population blanche est de 73,99 ans, alors que celle des noirs est de 67,87 ans.

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A PORTÉE de MAIN Association de l’Anémie Falciforme de l’Etat de São Paulo – www.aafesp.org.br ViRAÇÃO

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Temps 17e siècle

Les routes de la traite Même si beaucoup enseignent que “les esclaves sont venus au Brésil au début de la colonisation”, il est important de rappeler que le 16e siècle n’a marqué que le début de la pratique consistant à amener des noirs pour le travail forcé au Brésil. La Traite a été un commerce très lucratif pour les marchands jusqu’au 19e siècle.

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Loi Áurea Cédant aux pressions des abolitionnistes et des industriels, qui défendaient de plus en plus l’emploi de travailleurs salariés (pour qu’ils puissent aussi payer les marchandises qu’ils voulaient vendre), la Princesse Isabel a signé en 1888 la Loi Áurea, qui interdisait officiellement la pratique de l’esclavage au Brésil.

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Début de la Traite des Esclaves vers le Brésil “Il était trainé par le « pombeiro » – le marchand d’esclaves africain – jusqu’à la plage, où il serait racheté en échange de tabac, d’eau-de-vie et de bibelots. Introduit dans le navire, il était couché au milieu de cent autres, pour occuper, d’une manière ou d’une autre, un espace exigu de sa taille, mangeant à peine, déféquant sur place, au milieu de la puanteur la plus horrible.”

Zumbi dos Palmares L’un des principaux leaders du mouvement noir contre l’esclavage, Zumbi (1655-1695) était un noir qui non seulement s’est enfui loin de ses “maîtres”, mais qui a aussi aidé à organiser la fuite de beaucoup d’autres esclaves, en faisant du Quilombo dos Palmares une sorte de quartier général de la lutte de résistance contre l’esclavage, et en aidant à créer et Fernanda Sucupira à protéger une communauté avec une bonne qualité de vie pour ceux qui avaient fui les propriétés blanches. Reprodução

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16e siècle

de

Loi du Sexagénaire Rusés, les seigneurs des sucreries enregistraient leurs esclaves comme s’ils étaient nés bien avant 1871, date de la Loi du Ventre Libre. On voyait à cette époque beaucoup de jeunes esclaves enregistrés comme s’ils avaient 50 ou 60 ans. Pour lutter contre cette fraude, les défenseurs de l’abolitionnisme ont encore réussi à faire approuver une nouvelle loi, celle du Sexagénaire (1885), qui accordait cette fois la liberté aux esclaves les plus vieux, à partir de 60 ou 65 ans, selon les cas. Les noirs vraiment âgés de plus de 60 étaient peu nombreux, car l’espérance de vie était faible – environ 30 ans, 40 ans au maximum.

IDPress

Convention Internationale sur l’Elimination Toutes les Formes de Discrimination Raciale Dans le monde, plus qu’au Brésil, les mouvements pour la dignité des noirs prenaient de l’ampleur. La question a été soumise à l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui a déclaré son engagement à promouvoir l’élimination de toutes les formes de discrimination à travers la signature, en 1966, d’une Convention Internationale. IDPress

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20e siècle Mouvement Noir Unifié Les militants du mouvement noir, exilés du Brésil en raison de leur implication dans d’autres mouvements contre la dictature militaire dans les années 70, sont revenus au pays après l’Amnistie et se sont unis pour former, en 1978, le Mouvement Noir Unifié (MNU).

Jesus Carlos

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Jour de la Conscience Noire Les mouvements noirs brésiliens ont obtenu en 1971 la création du jour de la Conscience Noire. Après de nombreuses discussions, les groupes ont fixé la date commémorative au 20 novembre, qui marque la mort du leader quilombola Zumbi dos Palmares, contrariant ceux qui souhaitaient choisir la date du 13 mai, qui célèbre la Loi Áurea.

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Loi des Quotas Le projet de loi qui institue des quotas ethniques pour l’accès aux universités brésiliennes commence à être discuté en 1999. La société s’implique dans un vif débat sur le sujet.

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résistance

19e siècle Reprodução

18e siècle

Mouvements Quilombolas Lettre d’Émancipation Farroupilha Tout comme la traite des es- Je documente qui permettait au proprié- Les « Gaúchos » ont été les claves, le mouvement de ré- taire d’un esclave céder de la liberté pour premiers à faire appel aux sistance et la non-acceptation lui – en pouvant tourner derrière. Il noirs pour composer leur de la condition de marchan- fonctionnanit comme une espèce troupe dans les batailles de dise a représenté une culture d’emancipation, enregistrée dans étude la Révolution Farroupilha qui a, elle aussi, duré des siè(1836-1844). Les “lanciers de notaire. cles. On ne parle généralenoirs” luttant aux côtés de Conjuração ment que de l’époque du l’Armée en maniant des lanBaiana Quilombo dos Palmares, au ces (les blancs ne leur don17e siècle, mais la pratique de Connue aussi naient pas d’armes à feu) fuir vers les quilombos a per- comme ont obtenu leur liberté après les combats, près d’un sisté jusqu’aux dernières an- Revolta de demi-siècle avant l’abolition de l’esclavage. nées de l’esclavage dans le Des tailleurs, pays, et même après son abo- s ‘est produits Loi Eusébio de Queiroz Reprodução lition. C’est pourquoi il existe dans SalvaLe mouvement abolitionniste a au moins négocié et aujourd’hui 2 228 communau- dor (BA), obtenu en 1850 d’en finir avec la venue de nouveaux tés quilombolas dans le pays, étant consdidér´´e plus important se esclaves noirs au Brésil, avec la Loi Eusébio de Queiroz. selon les relevés les plus ré- rebeller colonial après à Inconfidência. Reprodução cents divulgués en mai 2005 Loi des Terres par l’Université de Brasilia. Anticipant les changements qui allaient venir, le gouvernement Loi du Ventre Libre et l’élite se sont préparés pour ne pas avoir à partager les terres Sous la pression des abolitionnistes, le goudu pays : ils ont profité de la Loi desTerres (Loi 601/1850), qui ne vernement a accordé, par la Loi du Ventre Lipermettait à un individu de s’approprier d’un terrain quelconbre approuvée en 1871, la condition d’homme que que moyennant un cadastre légal. Cela a nuit aux couches libre aux noirs nés à partir de populaires et aux noirs libérés qui, Reprodução cette date. Malgré cela, le proà partir de cette date, même s’ils ne priétaire de la mère du bébé dépendaient d’aucun fazendeiro, ne pouvait encore obtenir que parviendraient plus à prendre posl’enfant reste sous sa dominasession de leur propre lopin de terre. tion jusqu’à l’âge de 21 ans. Les Guerre du Paraguay seigneurs des esclaves, qui se Ne disposant que d’un faible contingent dans son Armée de souciaient déjà peu de l’Etat de Terre, le Brésil a convoqué les noirs pour qu’ils combattent santé des noirs, ont commencé dans les Forces Armées officielles lors de la Guerre du Paraà ne se soucier pas même des guay (1864-1870), moyennant des promesses d’affranchisseconditions d’accouchement ment (lettre de libération). Environ 90 000 noirs sont morts des femmes noires – la mortadans les combats ; les autres en sont revenus et ont comlité infantile parmi les noirs a mencé à s’installer dans la périphérie de Rio de Janeiro. atteint 50% à cette époque. Foca Lisboa

Foca Lisboa

Fernanda Sucupira

Histoire de l’Afrique à l’Ecole Le Congrès National approuve la Loi 10639/2003 qui modifie le contenu du programme des écoles, en exigeant l’inclusion d’éléments de la culture afro et de l’histoire de l’Afrique et des afro-descendants dans les sujets traités en salle de classe.

21e siècle

Création du SEPPIR Par la Loi 10678/2003, le gouvernement fédéral crée le Secrétariat des Politiques de Promotion de l’Egalité Raciale (SEPPIR), un organe essentiel du gouvernement, comparable au Secrétariat des Droits de l’Homme, qui s’emploie à réduire les discriminations.

Agência Brasil

Statut de l’Egalité Raciale De même qu’il existe un Statut de l’Enfant et de l’Adolescent et un Statut de la Personne Agée, des parlementaires estiment nécessaire de créer un Statut de l’Egalité Raciale et le présente au Congrès National, comme Projet de Loi 3198/2000. Le texte prévoit des mesures de protection pour les groupes ethniques considérés comme vulnérables.

Démarcation des Terres Quilombolas Par le Décret 4887/ 2003, les descendants des peuples quilombolas obtiennent le droit de vivre sur les Fernanda Sucupira terres qu’ils occupent traditionnellement. Les terres commencent à être identifiées et démarquées, de la même manière que les terres indigènes – autrement dit, non sans de nombreuses disputes, même si la loi garantit le droit à un morceau de terre.

ViRAÇÃO

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ÉVINCÉS du petit écran

Dans un entretien à Vira, le cinéaste aborde la question raciale dans les feuilletons télévisés brésiliens et au cinéma

Virajovem Rio

GUSTAVO BARRETO et RENATA SOUZA, de Virajovem Rio (RJ)

Comment percevez-vous le racisme selon la vision du Brésilien? Comment prendre conscience de ce racisme? – La culture brésilienne, dans son inconscient, est profondément raciste. Au cinéma, pour lequel je travaille et auquel je me consacre de plus, ce qu’on appelle la subtilité du racisme brésilien s’appuie sur l’élément esthétique. C’est le problème qui subsiste et qui est le plus difficile à attaquer, parce qu’à la fin du 19e siècle, à la fin de l’esclavage, au moment où l’élite brésilienne a décidé de blanchir le Brésil, une idéologie du blanchissement a été créée. Comment cette politique de blanchissement se manifeste-t-elle aujourd’hui? – Essentiellement dans les médias. Le modèle européen demeure comme le processus de civilisation le plus avancé. Quand vous regardez la télévision ou le cinéma brésilien, vous voyez très clairement que le blanc est choisi pour incarner le modèle de beauté, le plus élégant. Ce n’est pas un hasard si la télévision brésilienne rechigne à offrir de bons rôles à des noirs et qu’il n’y a que deux ou trois ans que la Rede Globo a réussi, pour la première fois

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Divulgação

A

uteur du livre et du film A negação do Brasil (La Néga tion du Brésil), le cinéaste Joel Zito de Araújo soutient que la vraie histoire des noirs et de leur rôle actif dans les événements de l’histoire brésilienne sont généralement dissimulés à la télévision et au cinéma.

Di vu lg aç ão

en 50 ans de feuilletons télévisés, à donner un rôle de premier plan à une actrice noire. Ce n’est pas un hasard si cette chaîne a d’énormes difficultés à mettre des groupes familiaux noirs dans ses feuilletons télévisés. Il est naturel dans les feuilletons que les couples soient blancs. C’est la persistance de l’idée du blanchissement.

Comment le feuilleton télévisé traite-t-il l’histoire en ce qui concerne les noirs et la construction de cette vision? – Les éléments présents dans l’histoire, disons, “officielle”, racontée dans le feuilleton télévisé typique de 18 heures, sont montés à partir de certains archétypes fondamentaux de la société brésilienne. Le plus fondamental d’entre eux est l’archétype de la Princesse Isabel, des blancs en tant que sauveurs des noirs, comme dans le feuilleton actuel de 18 heures. C’est même transposé dans le présent. Si vous regardez Regina Duarte dans le feuilleton Páginas da Vida (Pages de la Vie), dans ses rapports avec son fils noir, elle est la Princesse Isabel. C’est la réaffirmation symbolique faite à travers une histoire dramaturgique, à un

moment où vous vous asseyez dans votre fauteuil pour vous détendre et vous divertir. Il est difficile de raconter l’histoire de l’Abolition à partir des héros noirs qui l’ont faite. Parce qu’elle a été le produit de quelques blancs qui étaient bien informés par l’Europe et qui n’acceptaient plus l’esclavage, qui étaient généreux et n’admettaient pas l’exploitation des noirs. Cependant, le feuilleton ne parle pas du nombre de quilombos présents au Brésil. Notre action vise à en finir avec cette idée qu’au Brésil, les blancs n’ont jamais été racistes. Ils ont au contraire toujours été racistes, ils continuent à être racistes. Le fait qu’ils nient qu’ils soient racistes ne signifie pas qu’ils ont cessé de l’être.

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*Membre d’un des 18 Conseils Editoriaux Jeunes de Vira dispersés dans le pays (rj@revistaviracao.org.br)


La presse a une couleur blanche Comment les moyens de communication traitent les Afro-brésiliens

Taluana Brisa Teodoro, Pilar Oliva, Bernardete Toneto et Douglas Lima dos Santos, de Virajovem São Paulo

“L

a presse est raciste dans ce qu’elle écrit, dit et mon tre.” Cette constatation au ton catégorique vient de quelqu’un qui connaît le sujet : le journaliste Juarez da Silva Xavier, directeur du cursus de Communication Sociale de l’Université Cidade de São Paulo. Juarez sait de quoi il parle. Il est l’un des rares docteurs noirs de l’Etat de São Paulo – il a obtenu son diplôme à l’Université de São Paulo (USP) – et représentant de l’Union des Noirs pour l’Egalité (Unegro) ; il connaît donc, en théorie et en pratique, les préjugés qui tâchent l’histoire de la presse brésilienne. “Dans un monde de faux-semblants, les médias des élites nient l’existence du racisme et manipulent les informations pour se maintenir au pouvoir, en même temps qu’ils ferment la porte des rédactions et des agences aux professionnels noirs”, affirme-t-il. Une rédaction ouverte aux noirs est celle de la revue Raça Brasil, publiée depuis 10 ans par la maison d’édition Símbolo. Copie « brésiliannisée » de la revue Ebony, aux Etats-Unis, Raça Brasil a fait bondir ses ventes en présentant des mannequins noirs en couverture et dans les reportages centrés principalement sur la beauté et le succès de la population afro-descendante. Raça Brasil est née dans le berceau de la publicité, après la publication des résultats de l’enquête Qual é o pente que te penteia? (Quel est le peigne qui te coiffe?), réalisée en 1997 par l’entreprise Grottera Comu-

nicação. L’échantillon étudié, couvrant 22 Etats, a révélé un grand marché de consommateurs, formé de noirs appartenant à 1,7 millions de familles, avec un haut niveau de scolarité (45% ayant achevé le lycée et 34% de niveau supérieur) et un revenu familial moyen légèrement supérieur à 2 000 dollars par mois. “L’idée initiale était de faire une revue pour stimuler l’estime de soi de la communauté nègre”, rappelle l’éditeur Fran Oliveira. Reportages et articles sur les comportements, informations générales et divertissement : Raça Brasil choisit d’aborder indirectement – et jamais en couverture – des thèmes comme le racisme et l’exclusion sociale. L’éditeur de la publication précise : “Le mot d’ordre de la revue est succès ”. Tous les lecteurs n’approuvent pas la réalité dorée montrée par Raça Brasil. “Je n’aime pas le style. C’est une revue pour la classe moyenne”, rétorque Jean Karlo Oliveira de Souza, 29 ans, de Cidade Tiradentes, dans la zone est de São Paulo. Un avis partagé par la chercheuse Marinildes Martins, qui travaille pour le Consortium Social de la Jeunesse Quilombola d’Alcântara, dans le Maranhão. Elle a étudié la représentation des noirs dans les médias. Dans sa recherche, présentée en septembre 2006 au 4e Congrès Brésilien des Chercheurs Noirs, à Salvador, Marinildes montre que Raça Brasil valorise l’image mais ne discute ni du racisme ni de la discrimination quotidienne. Autrement dit, même dans les médias ethniques, le Brésil est présenté comme un exemple de démocratie raciale. Vraiment?

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*Membre d’un des 18 Conseils Editoriaux Jeunes de Vira dispersés dans le pays (sp@revistaviracao.org.br)

Fotos: Arquivo Viração

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Les voix du quilombo Des adolescents et des jeunes de diverses communautés ont participé au Ier Quilombinho pour renforcer la culture de leurs ancêtres

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HELENA OLIVEIRA, de l’Unicef Brasilia BIANCA PYL, de la Rédaction


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atheus de Lima Marques a 12 ans et vit dans la Communauté Noire Paiol de Telha, près de la municipalité de Guarapuava, dans le Paraná, dans la région sud du Brésil. Il est sixième et doit parcourir tous les jours une longue distance pour aller à l’école. Il effectue ce trajet en autobus ; celui-ci qui vient chercher les enfants dans leur communauté et les emmène jusqu’à une école de la ville. “Paiol de Telha est un très bon endroit où habiter, mais il nous manque certaines choses, comme un poste de santé, un marché et surtout une école”, explique l’enfant. Tout comme dans la majorité des communautés quilombolas, celle où vit Matheus n’a ni école primaire ni collège. Adalmir José da Silva, 26 ans, parcourt tous les jours 84 kilomètres jusqu’à la faculté, où il est étudiant en Pédagogie. Il ne veut pas travailler pour le fazendeiro. Jocilene Valdeci Oliveira, 18 ans, n’accepte pas que les femmes ne puissent pas récolter la matière première pour confectionner leurs pièces artisanales. Tous deux vivent dans le quilombo Conceição das Crioulas, à Salgueiro (PE). Quant à Tânia Alves dos Santos, 22 ans, elle n’est pas d’accord avec la façon dont l’Histoire de son peuple est expliquée dans les écoles ; elle habite dans le quilombo Campinho da Independência, à Paraty (RJ). Ces quatre jeunes ont des revendications différentes, mais ils partagent la même lutte pour la terre de leurs ancêtres. C’est pour cela qu’ils ont participé, à Brasilia, au 1er Quilombinho – Rencontre Nationale des Enfants et des Adolescents Quilombolas, dont l’objectif était de divulguer les problèmes et d’exiger des solutions des pouvoirs publics. De l’avis d’Adalmir, le plus important dans la Rencontre a été l’espace accordé aux enfants, aux adolescents et aux jeunes pour raconter leur histoire. “Le plus précieux a été ce contact, qu’ils soient entendus par les représentants des pouvoirs publics.” Pour Tânia, c’est le fait d’exposer les différentes difficultés qui a primé. “Le Quilombinho nous a permis de voir les problèmes des autres communautés. Le plus impressionnant a été de voir les enfants en train

de parler, j’ai trouvé leur façon d’être intéressante. Je me suis aperçue que les problèmes sont variés, il y a des communautés qui n’ont pas d’école, d’autres n’ont pas l’eau potable”, précise Tânia. Elle explique que pour écrire la lettre, les enfants, les adolescents et les jeunes se sont répartis en groupes, chacun étant chargé d’un thème. Ce 1er Quilombinho a bénéficié de la participation de Matilde Ribeiro, ministre du Secrétariat Spécial des Politiques de Promotion de l’Egalité Raciale, Zulu Araújo, présidente de la Fondation Culturelle Palmares, Marie-Pierre Poirier, représentante du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) au Brésil, Johnny Martins, de la Coordination Nationale d’Articulation des Communautés Noires Rurales Quilombolas (Conaq), Carmem Oliveira, présidente du Conseil National des Droits de l’Enfant et de l’Adolescent (Conanda), et des représentants de divers ministères, des enfants et des adolescents quilombolas, ainsi que d’artistes et de personnalités. La programmation allait d’activités comme les ateliers de politiques publiques, d’éducation et de culture, de musique et de danse, jusqu’à des jeux, tous destinés à renforcer l’identité et la participation des enfants et des adolescents qui vivent dans les communautés issues des quilombos. Marie-Pierre Poirier rappelle qu’“encore en plein 21e siècle, dans

un pays avec un si grand potentiel, naître blanc ou noir ou indigène continue de déterminer les chances de chacun pour l’accès au travail, à la santé, à une bonne qualité de vie, à l’éducation, à la protection contre les abus et les violations des droits”. Préoccupée par les chiffres de l’exclusion sociale au Brésil, elle cite une étude réalisée à São Luís (MA), qui montre que la moitié des employées domestiques sont des jeunesfilles noires quilombolas qui sont parties de leurs communautés avant même d’achever leur scolarité. “Ces enfants ne peuvent plus continuer à rester invisibles aux yeux de la société”, affirme-t-elle. “Notre quête est en faveur de la justice sociale. J’affirme que nous sommes des descendants des Africains, et non d’esclaves.” Avec ces paroles, la ministre Matilde Ribeiro a retracé les progrès obtenus sous le gouvernement actuel dans le débat sur la question raciale, mais a admis qu’il y avait encore beaucoup à faire. Matheus de Lima Marques a l’intention de transmettre ce qu’il a appris lors du Ier Quilombinho “Ce que j’ai appris ici, je vais le ramener dans ma communauté et le transmettre aux autres personnes”, explique l’enfant qui rêve, un jour, de vivre en Afrique. “J’ai envie de connaître de près le peuple qui est à l’origine des noirs brésiliens”, poursuit-il. ViRAÇÃO

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Jeunes guerriers L

’un des principaux résultats du Ier Quilombinho est la Lettre des Adolescents et des Enfants Quilombolas, écrite par les enfants et les adolescents et qui a été remise aux représentants du gouvernement au Sénat Fédéral. La voici dans son intégralité: Nous, l’équipe de coordination et de mobilisation des enfants, des adolescents et des jeunes des Communautés Issues de Quilombos, nous sommes réunis en date du 3 juillet 2007, pour élaborer nos priorités, en représentant toutes les communautés qui ont participé au Ier Quilombinho – Rencontre Nationale des Enfants et des Adolescents Quilombolas. La rencontre a visé à l’intégration des communautés quilombolas et a bénéficié de la participation décisive de tous et de toutes à l’élaboration de propositions de politiques publiques tournées vers les besoins des communautés. Nous, adolescents et jeunes guerriers et guerrières, avons pour principal objectif de poursuivre ces projets, et ainsi, en tant que constructeurs d’idées et de savoirs, de rechercher notre identité et la préservation de notre histoire, ainsi que la consolidation des politiques publiques. Voici nos propositions et nos revendications d’enfants, d’adolescents et de jeunes pour améliorer la vie des personnes des communautés quilombolas. CITOYENNETE • Développement de partenariats entre le gouvernement municipal et les communautés pour la résolution des problèmes dans les domaines de: – Santé, et mettant en place des postes médicaux; – Education, en créant des écoles bien équipées et en garantissant la prise en charge des étudiants; – Assainissement de base, en promouvant des solutions simples pour l’eau de consommation, comme l’utilisation de filtres, et en stimulant des programmes de recherche auprès des universités pour diminuer le coût du traitement de l’eau courante. • Appui à l’approbation du Statut de l’Egalité Raciale; • Garantie par les pouvoirs publics de la résolution des crimes contre les enfants, les adolescents et les familles quilombolas; • Créer des mécanismes aux niveaux des municipalités et des Etats qui garantissent l’inscription à l’Etat-Civil des naissances de tous les enfants quilombola avant leur premier anniversaire; • Instrumentaliser les agents des pouvoirs publics aux niveaux de la Fédération et des Etats pour l’application de la Loi Antiracisme; DEVELOPPEMENT SOCIAL • Formation des professeurs du Programme d’Eradication du Travail des Enfants (PETI), en donnant la priorité à la formation de membres de la communauté, dans le but de promouvoir des activités socioéducatives et culturelles destinées au développement des enfants et des adolescents;

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• Surveillance et contrôle de la mise en place des programmes de transfert de revenu, de l’utilisation des ressources fiLegenda par les municipalités et de la mise en place des ponancières litiques proposées par le Gouvernement Fédéral, en vérifiant si les lignes directrices des programmes sont respectées; • Encouragement des activités culturelles, de protection de l’environnement et d’utilisation durable de la terre et des ressources naturelles; • Création et divulgation d’un organe central dans la sphère fédérale pour recueillir les dénonciations, les suggestions et les difficultés rencontrées par les communautés quilombolas; • Implantation par le gouvernement de politiques créées dans les communautés, avec un espace pour la participation de leurs membres à la définition des priorités et la garantie de leur présence lors des décisions; • Encourager la culture locale en cherchant à développer les connaissances et le sens critique des enfants, comme façon de prévenir des problèmes comme l’utilisation et l’abus de drogues et produits semblables, et la violence. Que les professeurs soient issus de la communauté elle-même, comme moyen effectif de garantir la transmission des savoirs traditionnels; • Elaboration d’un matériel didactique qui prenne en compte l’histoire, la culture et la religion des populations quilombolas; • Que le gouvernement accélère le processus de régularisation des terres quilombolas en appliquant le Décret 4887; POLITIQUES PUBLIQUES POUR LA JEUNESSE • Régularisation foncière • Avoir le droit de travailler la terre au profit de la commu-


nauté elle-même et non pour de grands hommes d’affaires ou fazendeiros. • Rester sur la terre et maintenir les liens familiaux. • Activités de sports et loisir • Moins de bureaucratie dans les politiques publiques qui existent déjà, pour que nous y ayons accès • Plus de soutien du gouvernement, en particulier pour le sport et la culture • Stimuler la participation juvénile quilombola • Faire parvenir les informations dans les quilombos via la Conaq ou les associations, par exemple. • Décentraliser les actions. • Accroître la qualité de l’éducation et élargir son accès SANTE • Développement de partenariats entre les gouvernements et les communautés • Valorisation des cercles juvéniles et appui gouvernemental de ces groupes • Formation de jeunes volontaires promoteurs de santé • Visites d’agents communautaires • Organisation de conférences d’information • Mise en place de radios et de journaux communautaires • Mise en place de politiques de prévention de l’alcoolisme et autres drogues • Accès aux médicaments et aux préservatifs • Accessibilité garantie par une bonne infrastructure de transport • Construction de postes médicaux et d’hôpitaux • Récupération et préservation de la culture quilombola; • Reconnaissance par les professionnels de santé des pratiques d’emploi des herbes médicinales, historiquement adoptées par les communautés quilombolas;

VIE FAMILIALE ET COMMUNAUTAIRE • Participation des membres des communautés quilombolas aux Conseils Municipaux Tutélaire et de l’Enfant et de l’Adolescent, avec des places garanties; • Stimuler l’accès à la culture, aux sports et au loisir; • Les Pouvoirs Publics, à travers les Conseils, doivent rechercher le dialogue avec les parents contre l’application des châtiments physiques et pour l’utilisation de nouvelles façons d’éduquer et de conseiller leurs enfants; • Appui financier du gouvernement aux familles qui adoptent/accueillent des enfants et des adolescents; • Assistance psychologique pour traiter de questions comme les drogues, la prostitution, la grossesse pendant l’adolescence, le manque d’estime de soi, la violence physique et morale, en répondant aux spécificités et aux demandes des communautés quilombolas; • Traitement plus digne de la part des Pouvoirs Publics et de leurs agents; • Conseiller et accompagner les enfants et les adolescents, en leur montrant l’importance de l’éducation, de la culture et des autres activités pour leur développement en tant qu’être humain et citoyen; • Implantation d’aires de loisir dans les écoles;

SPORT ET LOISIR • Amélioration des conditions de vie en général • Meilleure distribution de la terre • Accès aux machines et aux équipements • Plus de ressources pour le domaine du sport • Récupération de la culture sportive africaine • Elargissement de l’accès aux activités sportives afro-brésiliennes • Garantie du sport et des loisirs • Meilleure gestion des ressources du domaine sportif • Ressources adaptées pour les lieux adéquats • Elargissement des partenariats, en particulier au sein des ministères et des organes du gouvernement ENVIRONNEMENT • Solution pour le problème de l’eau potable dans les communautés • Trouver des solutions pour la situation des ordures • Organiser les questions de l’utilisation des matières premières pour l’artisanat • Législation sur la reforestation et les problèmes de pollution • Incorporation de la contribution et de l’histoire des communautés quilombolas dans les contenus de l’éducation à l’environnement;

• Création d’universités plus proches des communautés; • Faciliter l’accès et la le transport vers les hôpitaux et les écoles. RELIGION • Construction d’un espace culturel; • Garantie de la liberté de choix en matière de religion et non-discrimination; • Respect des règles de la communauté par les évangélisateurs externes.

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Les enfants du candomblé sont victimes de discriminations à l’école

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icardo Nery a aujourd’hui 18 ans et, à l’âge de deux ans, il était déjà chargé de convoquer les orixás dans le temple de sa grand-mère, Palmira de Iansã, situé dans la Baixada Fluminense, en périphérie de Rio de Janeiro. Comme lui, des milliers d’autres enfants et d’adolescents fréquentent les temples du candomblé. Tous ont au moins deux points communs. Le premier est la fierté d’appartenir au candomblé, une religion afro-descendante qui vénère les orixás (les divinités). La seconde est que presque tous, pour ne pas être discriminés à l’école, disent être catholiques. Ricardo a déjà été traité de “fils du Diable” par une professeur. Son amie Joyce dos Santos, elle aussi du candomblé, disait à l’âge de 13 ans : “Je suis fière de ma religion, mais à l’école je mens pour ne pas être discriminée par mes camarades et mes professeurs ; dans la rue, ils m’ont déjà montré du doigt en disant : ‘la macumba est une affaire de noir !’”. Le racisme dans notre société revêt de nombreuses facettes, et le pire est qu’elles se naturalisent. Le problème de la discrimination religieuse dont souffrent les pratiquants du candomblé, y compris les enfants adeptes, est ancien ; mais il a sans aucun doute été aggravé à Rio quand, en septembre 2000, en total désaccord avec la Loi des Lignes Directrices de Base (qui ne prévoit pas l’enseignement religieux confessionnel), le gouvernement de l’Etat a appliqué la Loi 3.459 et établi l’enseignement religieux confessionnel dans les écoles publiques. En janvier 2004, par concours, 500 professeurs

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STELA GUEDES CAPUTO

ont été embauchés. Aucun d’eux n’est du candomblé. Les préjugés sont officialisés dans le curriculum. La Coordination de l’Enseignement Religieux de Rio de Janeiro soutient que l’objectif est que des professeurs catholiques enseignent aux élèves catholiques et que des professeurs protestants enseignent aux élèves protestants, c’est pour cette raison que l’enseignement est confessionnel. Que l’école a-t-elle à gagner avec cette ségrégation? L’Etat de Rio de Janeiro défie la Constitution Fédérale qui détermine un Etat laïc, séparé des Eglises. Il officialise la discrimination religieuse et raciale car même si des enfants blancs pratiquent le candomblé, la religion dos orixás est une partie fondamentale des cultures afro-descendantes. Et de plus, il méprise et sabote l’effort réalisé par des milliers d’éducateurs et d’éducatrices en quête d’une éducation multiculturelle critique, qui respecte et célèbre la diversité de ce pays. Si nous nous taisons, au lieu de réussir à inverser la situation à Rio, nous laisserons la honte de cet Etat gagner de nouveaux adeptes.

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Stela Guedes Caputo est journaliste et docteur en Education. Elle étudie depuis 14 ans le quotidien des enfants qui pratiquent le candomblé à Rio de Janeiro et elle est membre du Groupe d’Etudes sur le Quotidien, l’Education et les Cultures de l’Université Catholique Pontificale de Rio (stelaguedescaputo@hotmail.com)

ricanca


“Ils veulent un noir moins noir” Sur le marché du travail, les noirs sont défavorisés par les critères de sélection de ceux qui occupent les postes de direction Cristina Uchôa, de la Rédaction

C

e n’est pas le fruit de l’imagination ni un délire de persécution. Il existe une grande différence entre le nombre de blancs et de noirs occupant un emploi dans les différents secteurs de la société. Selon certaines données de la dernière Enquête Nationale par Echantillon de Domiciles (PNAD) de l’Institut Brésilien de Géographie et Statistique (IBGE), le pourcentage de noirs et de métis parmi les personnes aujourd’hui en activité est de 42%, soit moins de la moitié de la population active. Les 58% restants sont blancs. “L’action du mouvement noir vise à changer cette situation de disparité sur le marché du travail. Mais la société brésilienne est raciste”, estime Maria Aparecida da Silva Bento, chercheuse au Centre d’Etudes des Relations de Travail et des Inégalités (Ceert), à São Paulo, qui promeut la sensibilisation des chefs d’entreprises pour l’inclusion des noirs sur le marché du travail. Cida, comme on l’appelle, ne s’exprime pas simplement pour récriminer cette attitude, mais aussi pour alerter sur la présence, dans le milieu de l’entreprise, d’un racisme qui influence la décision de celui qui embauche, et qui n’est même pas perçu. “Il est impressionnant de voir comment les moindres procédures sont imprégnées de racisme. C’est ce que nous appelons le racisme institutionnel. Il contamine toutes les règles, même celles qui n’ont pas été faites pour discriminer”, explique Cida. Le problème pointé par la chercheuse soulève une autre grande

discussion : à quel point l’accès à l’emploi est lié à l’éducation, et dans quelle mesure les noirs ont moins accès à l’école. Les données de l’IBGE sont frappantes : la majorité (54,5%) des noirs et des métis de plus de 10 ans ont fréquenté le système scolaire pendant au maximum sept ans, tandis qu’une majorité (plus de 61%) des blancs ont au moins huit ans de scolarité. Ces données ont en particulier été analysées par les chercheurs Ana Lúcia Sabóia et João Sabóia dans une étude achevée en octobre dernier, Blancs, Noirs et Métis sur le Marché du travail au Brésil – Une

étude sur les Inégalités. Mais le problème de la formation dépasse le seul accès à l’éducation. Selon Cida, dans le milieu de l’entreprise, la résistance à l’inclusion des noirs va audelà de l’exigence d’un minimum de compétence. Un profil culturel identique à celui que l’entreprise possède déjà est demandé. “C’est comme ce qui se passe pour les femmes : prenez une entreprise masculine qui commence à inclure des femmes ; ils vont embaucher la femme d’affaire la plus masculine, la plus impersonnelle... Un homme en jupe, parce que c’est le profil professionnel auquel ils sont habitués”, compare Cida. “Il en est de même avec les noirs. Ils doivent être le moins noir possible, il doit avoir des caractéristiques ‘blanches’ pour s’aligner sur le profil de l’entreprise”. Et de conclure : “ils veulent un noir le moins noir possible”.

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La plupart des manuels scolaires sont écrits par des blancs, consacrent peu de place à l’histoire des noirs et véhiculent beaucoup de préjugés

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MARANA BORGES, de São Paulo (SP)

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amila Ferreira, 16 ans, de São Paulo, ne se souvient plus très bien de la dernière fois où elle a entendu parler de l’histoire des noirs en salle de classe. “Cela doit être une ou deux fois par an”, dit-elle. Isabel da Silva, 13 ans, de l’Etat de Parnaiba, se plaint quant à elle du fait que dans les manuels scolaires, “nous apparaissons toujours comme des esclaves, avec des personnages dépréciatifs, sans notre vraie histoire de grandes réalisations”. Mais au fait, lla Loi 10.639, de janvier 2003, n’a-t-elle pas rendu obligatoire l’enseignement de l’Histoire et de la Culture Afro-brésilienne et Africaine ? Certes, mais elle se heurte à un problème apparemment simple : les manuels scolaires. Les deux élèves n’ont rencontré que peu de références – et même presque aucune – aux noirs dans les livres qu’elles utilisent à l’école. Et quand elles en trouvent, elles sont chargées de préjugés.

RACINES NOIRES Enseigner l’Histoire et la Culture de l’Afrique et des Afro-brésiliens est obligatoire depuis 2003. Le saviez-vous? Bel Santos Mayer*

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ous avez certainement déjà étudié la période coloniale, la traite négrière, l’histoire de l’esclavage au Brésil. Mais avez-vous déjà eu, ne serait-ce qu’une fois, une ou un professeur qui vous a raconté l’histoire de l’Afrique ? Qui vous a parlé des pyramides d’Egypte comme faisant partie de l’histoire africaine ? Qui vous a dit comment était le continent africain avant qu’on ne pille ses diamants et qu’on ne séquestre sa population ? Qui vous a parlé de la vie des Africaines et des Africains avant le contact avec l’univers européen ? L’une de ces éducatrices ou l’un de ces éducateurs a-t-il pris le temps de vous expliquer que l’Afrique est un continent et non un pays ? Vous a-t-il présenté les différences culturelles entre les divers peuples africains et comment ces cultures ont influencé notre faViRAÇÃO

çon de penser, de parler, de manger, de s’habiller, de danser, de participer? Il se peut que vous n’ayez jamais étudié la façon dont les noires et les noirs, africains ou nés au Brésil, ont fait face à l’esclavage. Seriez-vous capables de vous rappeler le nom d’un héros, d’un peintre, d’un poète ou d’un écrivain noir des siècles passés? L’histoire officielle a très souvent omis ou passé sous silence les diverses histoires de ceux qui ont été considérés comme des minorités. Ainsi, dans les livres scolaires, pendant des années, les plus de cinq siècles de présence des Africains au Brésil ont été réduits à quelques rares images de noirs en train de danser ou d’être fouettés et à des pièces de musée.


Projeto Olhares Cruzados

*Membre d’un des 18 Conseils Editoriaux Jeunes de Vira dispersés dans le pays (pb@revistaviracao.org.br)

Projeto Olhares Cruzados

Kabenguele Munanga, l’un des rares professeurs noirs de l’Université de São Paulo (USP), pose la question : “Avez-vous déjà vu un manuel scolaire montrer que l’Afrique est le berceau de l’humanité, que la civilisation égyptienne était noire ? L’Afrique est simplement considérée comme une tribu”. Une opinion partagée par Andréia Lisboa, du Ministère de l’Education (MEC): “Le noir est vu comme un esclave. Les livres ne parlent que de la période de l’esclavage, ils ne montrent pas comment fut son histoire avant et après la colonisation”. Sont exclus, par exemple, les mouvements noirs qui luttent pour la citoyenneté et la pratique des religions africaines et afro-brésiliennes. Ceci a également un impact négatif sur l’estime de soi des élèves afrodescendants, qui ne se reconnaissent pas dans les livres. Dans les écoles publiques, l’adoption des manuels se déroule de la façon suivante : le MEC évalue des centaines de livres, publie une liste de ceux qui ont été approuvés, et à partir de cette liste, les écoles choisissent celui qu’elles adopteront. Après la Loi 10.639, le ministère s’est mis à exiger que les manuels scolaires valorisent la culture afro-brésilienne. Mais il s’est heurté à un autre problème : la grande majorité des auteurs de manuels scolaires méconnaissent la culture noire. “Comment vontils élaborer un livre de qualité, si même les auteurs eux-mêmes ne sont pas préparés ?”, s’interroge Andréia. Les maisons d’éditions auraient besoin d’investir dans des auteurs spécialistes du sujet, y compris des auteurs noirs. “L’absence d’auteurs noirs influence aussi le contenu. Ce sont toujours des blancs qui parlent de l’histoire des noirs.” Et le problème ne s’arrête pas là. L’éducation est un réseau, tout est relié. Il ne suffit pas que les livres dispensent un contenu de qualité sur la culture afro-brésilienne et africaine. Le professeur doit aussi connaître le thème pour l’enseigner aux élèves. Le chemin est long, mais des initiatives voient déjà le jour dans tout le Brésil. L’une d’elles est le cours gratuit de formation en histoire et culture afro-brésilienne et africaine organisé par le MEC, qui a déjà impliqué plus de 25 000 éducateurs. A ce que l’on voit, nous avons encore beaucoup de pain sur la planche. Avec la collaboration de Niédja Ribeiro, de Virajovem João Pessoa (PB)

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Pourquoi conter à nouveau l’histoire? Il est courant de rencontrer des personnes recherchant l’origine de leur famille à partir de leur nom. Ils vont ainsi trouver un grandpère italien, une arrière-grand-mère espagnole… Quand les Africaines et les Africains ont été réduits en esclavage, leurs noms et leurs prénoms ont été changés : ils on perdu leur nom africain et ont reçu un nom portugais ou espagnol. C’est pour cela qu’il est aujourd’hui si difficile, pour les noires et les noirs, de récupérer leurs histoires individuelles. Il est bien difficile pour les “Santos”, “Silva”, “Pereira” de retrouver leurs ascendants. Pour garantir le droit de récupérer la mémoire, de construire une histoire collective et d’être fier d’être Brésilienne ou Brésilien, le président Lula a signé en 2003 la Loi 10.639. Cette loi modifie celle des Lignes Directrices et Bases de l’Education Brésilienne, et rend obligatoire l’enseignement de l’Histoire et (de la) Culture de l’Afrique et des Afrobrésiliens dans les écoles. A l’instar d’autres lois, quatre ans après, il reste beaucoup de résistances et de scepticisme de la part de ceux qui pensent que “la loi au Brésil

ne prend pas”. D’un côté, on trouve ceux qui ne font rien, en attendant que cette loi tombe dans l’oubli. De l’autre, cependant, il existe des secrétariats d’éducation qui réalisent des cours de formation pour les éducatrices et les éducateurs, qui créent et distribuent des bibliographies afro-brésiliennes dans les écoles, qui incluent des poupées noires dans les ludothèques ; les organisations des mouvements noirs établissent des partenariats avec le gouvernement et, dans le même temps, contrôlent et font pression pour que la loi soit appliquée. Connaître sa propre histoire est un droit ! Connaître l’histoire des autres est l’occasion d’en savoir plus sur nous-mêmes, pour comprendre et construire notre pays. Nous espérons que cette loi représentera un pas dans cette direction. *Bel Santos Mayer est pédagogue sociale, entrepreneuse sociale d’Ashoka et membre du Conseil Pédagogique de Vira ViRAÇÃO

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DANS LES SALLES

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SÉRGIO RIZZO, critique de cinéma

Racisme au cinéma

Fotos: Divulgação

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ans une société qui traite encore de manière voilée son racisme, comment doit-on réagir face à un film de fiction dont les acteurs sont majoritairement noirs? La mention de ce fait ou son simple rappel caractérisent-ils déjà une discrimination, puisque personne ne considérerait que la couleur blanche des personnages constitue une information importante? Le film en question, Filhas do Vento (Filles du Vent), a donné lieu à ce genre de discussion à l’époque de sa sortie dans les salles, en 2005 ; mais avant cela, en participant au Festival de Gramado de 2004, il avait déjà provoqué des débats sur le racisme au Brésil (et plus particulièrement dans les moyens de communication). Le jury de Gramado a récompensé le film par une moisson de prix, y compris pour ses six acteurs principaux, mais une interview de son président publiée dans un journal local aurait suggéré que c’était une décision politiquement correcte, comme si des acteurs noirs avec une carrière brillante comme Milton Gonçalves, Ruth de Souza et Léa Garcia ne pouvaient remporter de prix que s’ils étaient favorisés. Les acteurs primés ont menacé de rendre leurs trophées, mais, au pays de la « pizza », le président du jury a présenté ses excuses, allégué que ses propos avaient été mal interprétés et l’on en est resté là. Il est probable que le réalisateur de Filhas do Vento, Joel Zito Araújo, imaginait que ce type d’incident pouvait effectivement avoir lieu. Araújo a réalisé auparavant le documentaire A Negação do Brasil (La Négation du Brésil), vainqueur du prestigieux Festival É Tudo Verdade de 2001, et écrit un livre au titre éponyme sur le même thème, lancé à la même époque. Le livre et le film reposaient sur une étude sur la présence des noirs au cinéma et à la télévision, et sur la représentation emprunte de préjugés qui en a été faite au cours de l’histoire. Ils illustraient déjà cette thèse avec des images à la signification incontestable. Dans Filhas do Vento, il raconte avec poésie, autour d’un père autoritaire (Milton Gonçalves), la saga d’une famille du Minas Gerais. C’est un drame familial qui ne prétend pas discuter du racisme, mais il est clair qu’il est présent, surtout quand il présente une actrice de télévision (Ruth de Souza) qui rencontre des obstacles parce qu’elle est noire. Malgré tout, les temps ont changé. Le film Cidade de Deus (Cité de Dieu, 2002)

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ViRAÇÃO

a aussi été critiqué pour avoir cherché à expliquer les origines de la violence dans les favelas en en rajoutant une couche et en stigmatisant ses habitants, comme si tous étaient impliqués dans la tragédie du trafic de drogues, alors que les études indiquent que moins de deux pour cent de sa jeunesse est soldat du « morro », de la favela. Néanmoins, ce film a eu le mérite de permettre à beaucoup d’acteurs, jusqu’ici inexpérimentés et dont le travail était restreint au Groupe artistique local Nós do Morro, d’entamer des carrières prometteuses au cinéma et à la télévision. Lázaro Ramos est peut-être la meilleure incarnation des opportunités offertes aux acteurs noirs de la nouvelle génération. Dans Madame Satã (2002), son premier grand rôle, il interprète un personnage vrai de la nuit de Rio dont la trajectoire, entourée de préjugés, a permis de discuter de la façon dont se construit le discours raciste dans le pays. Dans O Homem que Copiava (L’homme qui Copiait, 2003) et Meu Tio Matou um Cara (Mon Oncle a Tué un Type, 2004), situés à Porto Alegre (RS), les personnages de Ramos s’insèrent dans un autre contexte, de classe moyenne, où la présence des noirs est traitée avec naturel. Qu’elle devienne également naturelle dans les images que nous consommons tous les jours au cinéma et à la télévision.

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QUEL PERSONNAGE!

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Ilustração de Novaes

Clara Nunes Fille d’Ogum et Iansã BRUNO PERES, de Virajovem Porto Alegre (RS)*

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ée dans le district de Cedro da Cachoeira (actuel Caetanópolis), dans le Minas Gerais, Clara Nunes est une référence à part, en terme de voix et de performance, lorsqu’on parle de samba brésilien. A 16 ans, orpheline, elle part pour Belo Horizonte et trouve un emploi dans une usine de tissus. En 1960, elle remporte dans cette ville le concours La Voix d’Or ABC; c’est à cette époque qu’elle commence à éveiller l’intérêt des maisons de disque, des radios, du public et des médias en général. A Rio de Janeiro, après ses premiers enregistrements de rythmes comme le boléro et la « samba-canção », elle opte résolument pour le « samba de raiz ». Clara a été l’interprète de grands noms de la musique brésilienne, Caetano Veloso, Dorival Caymmi, Dolores Duran et Chico Buarque, dont elle a aussi partagé la scène. L’admiration de ce dernier pour la chanteuse est évidente dans l’un de ses témoignages : “J’ai toujours été amoureux de la voix de Clara. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est le jour où je l’ai connue : la voix et l’apparence, une union parfaite. Je n’avais jamais rien vu de pareil. Elle était une personne merveilleuse, expressive”. Chico a également composé en son hommage l’un de ses plus grands succès, la chanson Morena de Angola. Dans un grand spectacle intitulé

O poeta, a moça e o violão (Le poète, la jeune-fille et la guitare), la majestueuse sambiste a ému le public de la ville de Salvador en chantant avec Toquinho et le poète Vinícius de Moraes. Poète, son grand amour, le compositeur Paulo César Pinheiro, l’était lui aussi. Ils se marièrent l’année où elle lançait son disque de plus grand succès, Claridade, en 1975. Plusieurs chansons ont été composées par Paulo, spécialement pour Clara. Beaucoup des paroles des chansons de Clara avaient pour thématique les éléments de l’Umbanda et du Candomblé, des religions qu’elle pratiquera avec le Spiritisme d’Alan Kardec. Ses costumes s’inspiraient aussi de ces religions, ainsi que de la culture africaine : de longues robes blanches, des colliers et des perles. Il est difficile d’évoquer la musique des années 1970, une époque où le samba était à l’honneur sur les radios (après le mouvement pour sa préservation dans les années 1960), sans penser à Clara Nunes, l’éternelle reine du samba qui, comme l’écrivait Paulo César dans les paroles de Mineira, est fille d’Ogum et de Iansã.

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*Membre d’un des 18 Conseils Editoriaux Jeunes de Vira dispersés dans le pays (rs@revistaviracao.com.br) ViRAÇÃO

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Attentif a l’estime de soi MARIA LÚCIA DA SILVA*

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ous vous présentons le schéma ci-dessous qui vise seulement à guider la réflexion sur l’estime de soi. Avoir une bonne ou une mauvaise estime de soi est lié aux conditions matérielles, émotionnelles, ainsi qu’au sentiment d’appartenance lié aux questions de genre, de race/ethnie et de classe sociale, entre autres.

ESTIME DE SOI

UNE PERSONNE AVEC UNE BONNE ESTIME DE SOI

Niveau énergétique : Force qui donne de l’élan à l’organisme face à la vie, le dotant d’une organisation et d’une direction pour ses fonctions et ses processus cognitifs, moteurs et émotionnels.

– Est connectée avec ellemême et avec le monde, dans une perspective plus large, intégrale et équilibrée, – S’emploie à se connaître, à savoir quel est son rôle dans le monde, – A conscience d’elle-même, de ses capacités, de ses possibilités et de ses limites, – Prend soin de son corps et fait attention à ses habitudes, – Exprime bien ses sentiments.

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– Ignore son potentiel, – Méconnaît ses vrais besoins, – Ignore ses motivations, ses croyances, ses valeurs, – Est fixée dans le futur ou dans le passé, – Montre des difficultés à vivre le moment présent, – A des conduites autodestructrices et/ ou dévalorisantes, – A du mal à exprimer ses sentiments, – Prend peu soin d’elle-même, – A peu confiance en elle, – A du mal à identifier ses talents et à vivre avec ses difficultés.

Niveau psychologique : Capacité à expérimenter l’existence, conscience de son propre potentiel, capacité réelle d’amour-propre inconditionnel et d’atteindre des objectifs, malgré les limites.

BASE = FAMILLE

PROFIL – Consciente, confiante, responsable, cohérente, expressive, rationnelle, harmonieuse, autonome, vraie, productive, persévérante, flexible.

UNE PERSONNE AVEC UNE MAUVAISE ESTIME DE SOI

PROFIL

– Les parents et/ou responsables sont les acteurs principaux, ils constituent un miroir à travers lequel nous regardons le monde ; ils façonnent notre façon d’être au travers des croyances, des valeurs et des coutumes ; ils définissent des stratégies pour notre rapport au monde.

– Inconsciente, méfiante, irresponsable, incohérente, inexpressive, irrationnelle, dispersée, dépendante, inconstante, rigide, timide, agressive.

CONTEXTE FAMILIAL

CONTEXTE FAMILIAL

– Les règles sont claires, elles peuvent être révisées et modifiées, – Disposition à rechercher ce qui est le mieux pour tous, – Communication ouverte, – Permission d’exprimer ses sentiments, – Interaction fondée sur l’amour et non sur le pouvoir, – Accueil des émotions de rage, tristesse, peur, etc., – Les objectifs familiaux permettent une croissance saine et l’expression des choix et des vocations.

– Absence de règles ou règles confuses, contradictoires ou fondées sur des stéréotypes, – On ne sait pas qui établit les critères des obligations et sur quoi ils reposent, – Les ordres sont arbitraires, capricieux et chacun intervient de manière indépendante, – Communication chaotique, – Rapports entre les membres fondés sur le pouvoir, – Etablissement de liens pervers, où chacun fait pression de façon à recevoir de l’attention et des encouragements, – Il se crée un réseau confus et intriqué, – Pas d’accueil des sentiments et des émotions.

ViRAÇÃO


Mudança, atitude e ousadia jovem

COUPON D’ABONNEMENT Natália

Forcat

PROPOSITION D’ACTIVITÉ

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ace au tableau ci-contre, qui donne une vision schématique de ce qu’est l’estime de soi, nous suggérons les activités suivantes : 1. Ecrivez quelle est l’image que vous avez de vous-même. 2. Ecrivez quelle est l’image que vous pensez de votre famille (parents, responsables, frères et sœurs) a de vous. 3. Comparez ces deux images et, s’il y a des différences, vérifiez. Allez leur demander quelle est l’image qu’ils ont de vous. 4. Lisez le tableau concernant le contexte familial. Identifiez si certains aspects de vos modes de relation méritent d’être discutés. Cela peut être une bonne occasion pour établir un dialogue sur des sujets dont vous n’avez éventuellement pas l’habitude de parler. 5. Faites cet exercice avec vos amis, vos professeurs, les personnes que vous connaissez. Enfin... ce peut être un moment pour vous connaître et en savoir plus sur vous-même. 6. A cette occasion, profitez-en pour percevoir si vous : – Vous sentez à l’aise lorsque l’on vous fait des compliments, – Avez l’habitude d’admettre les critiques et de reconnaître vos erreurs, – Réussissez à agir avec tranquillité et spontanéité, – Parvenez à gérer les sensations d’anxiété et d’insécurité si elles apparaissent.

Allez-y, ne perdez pas cette occasion. Vous allez voir comme vous sortirez renforcé(e) de cette expérience. Maria Lúcia da Silva, psychothérapeute et coordinatrice de l’Institut AMMA Psyché et Négritude, de São Paulo; graphique basé sur l’article Auto-estima, de Lic. Renny Yagosesky (www.monografias.com/trabajos16/autoestima/ autoestima.shtml)

annuel et réabonnement 10 éditions IL EST TRES FACILE DE VOUS ABONNER OU DE VOUS REABONNER A VOTRE REVUE VIRAÇÃO Il suffit de remplir le coupon au verso et de nous le renvoyer avec un reçu (ou une copie) de votre paiement. Pour le paiement, choisissez l’une des options suivantes : 1. CHEQUE NOMINAL et barré à l’ordre de PROJETO VIRAÇÃO 2. DEPOT INSTANTANE dans une des agences de la banque suivante, en tout point du Brésil: • BRADESCO – Agence 126-0 Compte courant 82330-9 au nom de Projet Viração OBS: le reçu du dépôt peu aussi être envoyé par fax. 3. MANDAT POSTAL à l’ordre de PROJETO VIRAÇÃO, Payable à l’Agence Augusta São Paulo (SP), code 72300078 4. BORDEREAU BANCAIRE (2,95 R$ de taxe bancaire)ViRAÇÃO

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DERRIÈRE LES MOTS par FERNANDA POMPEU

Ivo

Sou

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L

e poète Carlos Drummond de Andrade a vu juste en écrivant les vers : “Viens plus près et contemple les mots. Chacun a mille faces secrètes sous sa face neutre”. Les mots et les expressions ne poussent pas sur les arbres ; ils naissent dans la tête des individus et des communautés de toutes les époques. Ce qui nous intéresse ici est de tordre de cou à certaines expressions construites à partir de préjugés qui, comme nous le savons, sont les pères de la discrimination. Au Brésil, hormis la face visible du racisme contre les noirs, il existe aussi des facettes subtiles, glissantes. Parmi elles, figurent des expressions à l’air ingénu, mais qui ne sont pas neutres. Par exemple, pourquoi le marché illégal est-il connu son le nom de marché noir ? Pourquoi le change parallèle est-il aussi appelé change au noir ? Pourquoi une liste de personnes indésirables estelle baptisée liste noire ? Pourquoi quand les choses sont difficiles, dit-on au Brésil que la “chose est noire” ? Ou encore, lorsqu’on fait référence à un acte de diffamation, parle-t-on de “dénigrer” l’image d’un individu... Pourquoi une personne au bon cœur est-elle qualifiée au Brésil d’âme blanche ? Pourquoi la magie noire est-elle maléfique ? Le dictionnaire brésilien Houaiss note les origines des mots blanc et noir (negro en portugais). Blanc signifie brillant, limpide. En contrepartie, noir (negro) est ce qui a la peau sombre, ténébreuse. Il faut aussi observer l’origine et la signification du mot “mulâtre”, qui vient de mule, un animal stérile. Il existe des dizaines, peut-être des centaines de mots et d’expressions qui ont comme toile de fond les préjugés et les offenses raciales. Que faire ? Il nous faut cesser d’employer ces mots et ces expressions d’origine ou à connotation racistes, sexistes, homophobes, et encourager les autres pour qu’ils fassent de même. Ce qui n’est pas utilisé dans la vie de tous les jours finit au musée de la langue. Il est aussi certain que, pour savoir quels mots employer et quels mots éviter, il est nécessaire de mieux connaître l’histoire du Brésil et la langue portugaise. Des connaissances non seulement très utiles, mais aussi savoureuses.

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Fernanda Pompeu est écrivain (fernandapompeu@gmail.com)


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www.marciobaraldi.com.br

Márcio Baraldi


Vira Brasil

Veja quem faz a

pelo Associação Imagem Comunitária Belo Horizonte (MG) – www.aic.org.br

Universidade Popular – Belém (PA) www.unipop.org.br

Centro Cultural Bájò Ayò João Pessoa (PB)

Casa da Juventude Pe. Burnier Goiânia (GO) www.casadajuventude.org.br

Ciranda Curitiba (PR) – www.ciranda.org.br

Catavento – Fortaleza (CE) www.catavento.org.br

Companhia Terra-Mar Natal (RN) – www.ciaterramar.org.br

Centro de Referência Integral de Adolescentes Salvador (BA) – www.criando.org.br

Agência Uga-Uga – Manaus (AM) www.agenciaugauga.org.br

Diretório Acadêmico Freitas Neto Maceió (AL)

Fundação Athos Bulcão Brasília (DF) – www.fundathos.org.br

Girassolidário – Campo Grande (MS) www.girassolidario.org.br Jornal O Cidadão Rio de Janeiro (RJ)

Secretaria de Cidadania e Direitos Humanos – Vitória (ES)

Rede Sou de Atitude Maranhão São Luís (MA) – www.soudeatitude.org.br

Grupo Atitude – Porto Alegre (RS)


Revista Viração em francês - Edição 38 - Fevereiro/2008