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Common Good Forum/Bridge-Builder#11

Bridge- Builder 


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B-B#11, 2015

. OIKOS & LOGOS . . BIEN COMMUN ET TERRITOIRE

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Common Good Forum/Bridge-Builder#11

 

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Common Good Forum/Bridge-Builder#11

BRIDGE-BUILDER Bridge-Builder est un outil d’interface facilitant la discussion ouverte ou l’expression d’idées, requis par la philosophie du Bien commun : une Expérience ! Un Processus délibératif et éthique ! Il vise à rassembler des Penseurs et Praticiens afin de favoriser des propositions innovantes de gouvernance des Communs : 1° En facilitant l’échange d’information et de bonnes pratiques, et en construisant des synergies entre les organisations de la société civile et les décideurs. 2° En valorisant les acteurs et la visibilité des politiques innovantes des acteurs locaux au plan international.

BRIDGE-BUILDER Bridge-Builder is a medium of open discussion or expression of ideas, required by the philosophy of the Common Good: an Experience ! A Deliberative and Ethical Process!


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It brings together Thinkers and Practitioners for Innovative-Commons-Based Solution: 1. To facilitate exchange of information and best practices and build synergy between civil society organisations with decision-makers. 2. To raise the profile and the visibility of innovative policy, 3 thinking and practices of local actors on the global scene.

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Common Good Forum/Bridge-Builder #11

EDITORIAL 


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Ce Bridge-Builder #11 représente une nouvelle occasion de rassembler des acteurs capables de partager leurs Expériences, leurs parcours ou visions différentes pour réactualiser la pensée du Bien commun. Des personnalités francophones, mais aussi des correspondants anglophones, partagent ici leurs expériences du territoire. Bridge-Builder constitue en effet un outil d’interface facilitant la discussion ouverte ou l’expression d’idées, requis par la philosophie du Bien commun : une Expérience, un Processus délibératif et éthique ! Différents prismes proposés par la pensée du Bien commun (cf. Introduction) facilite la compréhension des nouveaux enjeux liés au territoire. Ce Bridge-Builder #11 vise ainsi à rassembler des Penseurs et Praticiens afin de favoriser le partage de propositions pour une bonne gouvernance des communs, de penser l’avenir du territoire, et surtout la place de la personne dans la communauté. En effet, la Cité n’est ni une communauté de lieu, ni le territoire national qui existerait en vue d’éviter les injustices mutuelles ou de pratiquer l’échange. C’est davantage en vue des belles actions ou de l’épanouissement des citoyens, et non du seul vivre-ensemble (suzên), que la communauté politique est instituée. Les Hommes se voient réunis par un choix - proairésis - de vie commune, assurée et consolidée par la référence à un même passé mythique, à des héros communs, à des rites et des lois intégrées progressivement et partagées. Le territoire naît de la vie et de la pratique sociale, il fait sens. On opposera ainsi les territoires qui évoquent une communauté de vie, aux espaces (regroupement de communes ou création de districts par exemple). En ce sens, reconsidérons la chose publique et l’économie, celle-ci qui doit revenir à son sens étymologique, « Oïkos », le foyer, la maison commune, et « Nomos », la loi.

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" " " Violaine Hacker
 Common Good Forum www.commongoodforum.eu violaine.hacker@commongoodforum.eu

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OIKOS & LOGOS ?

" Dans ce Bridge-Builder #11, le territoire est perçu à l’aune de la pensée du Bien commun, c’est-à-dire autour de trois ensembles inter-reliés (cf. Introduction générale de Violaine Hacker) : 1. Les ressources matérielles oui immatérielles, tels les biens publics ou autres biens mis en commun." 2. La communauté du bien, considérée comme le caractère effectif de l’accès de chacun aux biens communs, tels les services publics. 3. Le bien du bien commun qui pose la question essentielle du bonheur dans la cité, et de l’équilibre de la relation entre la personne et la communauté. La confrontation des Expériences nous permet de nous poser quelques bonnes questions - au-delà de vérités arrêtées. Il s’agit ensuite de pouvoir s’adapter de façon pragmatique à chaque territoire. Pr Pierre Calame aborde le territoire en considérant que l’économie doit revenir à son sens étymologique, « oïkos », le foyer, la maison commune, et « nomos », la loi. Camille Favier propose alors un cas concret de gestion des communs par une communauté associant les secteurs privé et public. Dr Chansigaud nous apporte un éclairage à la fois culturel et historique pour nous rappeler les différentes perceptions culturelles quant aux relations à la Nature. En ce sens, la place de la personne dans la communauté - au- delà de l’espace - ne doit pas être négligé. L’exposé du Dr Chinta Mani Yogi nous éclaire alors sur le rôle de l’éducation dans un tel contexte global pour assurer la paix et l’harmonie. Enfin, les expériences d’urbanistes (Brigitte Bariol, Nathalie Cecutti) mais aussi de passionnés des biens communs (Romain Lalande, Michel Briand) aide à imaginer le Bien commun sur le territoire, ce qui permet par exemple de monter des projets solidaires (Basma Tliba) favorables à l’épanouissement de la personne dans la communauté.

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Bridge-Builder #11, 2015

Crédits Photos :
 Julien Bellanger, Crucific JeanLuc, Hartmut Tobies, Chris Sardega, unsplash, picjumbo, s t o c kexc h a n g e , p i xa b a y, comp- fight, photopin, morguefile, gratisography.

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Introduction Violaine Hacker

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Bridge-Builder

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Thinkers

43

Practitioners

70

"News

Pierre Calame, Camille Favier

Dr Chansigaud, Dr Chinta Mani Yogi

Brigitte Bariol, Nathalie Cecutti, Romain Lalande, Basma Tliba, MichelBriand, Adam Parsons, Rakesh Makwana

Partenariats, Chartes sociales


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PARTICIPANTS " " " " "



Pierre Calame





Camille Favier

Dr Chansigaud

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Dr Chinta Mani Yogi





Brigitte Bariol

Nathalie Cecutti

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Romain Lalande





Basma Tliba

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Adam Parson 7



Rakesh Makwana

Michel Briand


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BIEN COMMUN Le Bien commun ne renvoie pas seulement à une finalité, - ce qui reviendrait seulement à penser 'pour' le Bien commun. Cette philosophie se concentre surtout sur le processus de délibération éthique - penser ‘par’ le Bien commun. Celui-ci doit permettre de gouverner des ressources mises en commun - les biens communs, en conciliant épanouissement de la Personne et utilité sociale au sein de la Communauté.

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BIEN COMMUN & TERRITOIRE LE BIEN COMMUN, COMME CONSTRUIT TERRITORIAL Par Violaine Hacker, Common Good Forum
 " Bien commun et biens communs

" Le matériel et le spirituel "

Depuis l’Antiquité, la notion de Bien commun repose sur une vision à la fois matérielle et spirituelle. Elle désigne certes des modes de propriété, mais aussi les choix d’organisation socio-politique favorables à l'harmonie collective.

Thomas d’Aquin (XIIIe) a en effet proposé, dans sa notion philosophique de bonum communis, une lecture spiri9

tuelle. Il avait réétudié la pensée d’Aristote qui, contrairement à Platon, considérait que la communauté des biens générait plus de différends que l'appropriation privée. La cité grecque impliquait en effet davantage la reconnaissance de la pluralité de ses membres. Le Stagirite élargissait alors la notion de Bien commun à la recherche de la vie vertueuse, où chacun avait un rôle défini dans la communauté.

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En ce sens, la Cité n’est ni une communauté de lieu, ni le territoire national qui existerait en vue d’éviter les injustices mutuelles ou de pratiquer l’échange. C’est davantage en vue des belles actions ou de l’épanouissement des citoyens, et non du seul vivre-ensemble (suzên), que la communauté politique est instituée. Les Hommes se voient réunis par un choix - proairésis de vie commune, assurée et consolidée par la référence à un même passé mythique, à des héros communs, à des rites et des lois intégrées progressivement et partagées. Le territoire naît de la vie et de la pratique sociale, il fait sens.

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On opposera ainsi les territoires qui évoquent une communauté de vie, aux espaces (regroupement de communes ou création de districts par exemple). L’aspect matériel doit, sur une base concrète, permettre d'atteindre la réalisation de cet objectif d’ordre plus spirituel. On conserve ainsi actuellement du droit romain l’aspect matériel desdits


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biens communs, ces ressources telles que 
 l’eau ou le savoir.

Sur ce fondement, divers courants de pensée ont réinterprété l’opposition originelle entre visions matérielle et spirituelle. Un corpus pluridisciplinaire propose une analyse dynamique qui repose sur un équilibre entre réalisme politique et idéalisme éthique. La notion de Bien commun permet surtout d’aborder de manière systémique la durabilité spatiale, de sortir d’une approche essentiellement centrée sur les questions techniques, et d’intégrer une vision plus phénoménologique et sociale. L’Homme n’est plus considéré comme un simple individu - homoeconomicus isolé et rationnel, mais plutôt comme une personne, un être communautaire doué d’affect, de spiritualité et d’imagination.

isme juridique) qui fixe de façon statique des interdits (violation des droits fondamentaux) et des possibilités (égalité des chances dans la diversité des talents).

Ce qui importe dans la pensée du Bien commun, ce n’est pas tant le contenu du discours que le processus dans lequel il s’inscrit. Penser par le Bien commun ne représente surtout pas une injonction, une conduite à suivre, ou une livraison de solutions. Il pose

" Un objet, un processus, une finalité "

Le Bien commun ne renvoie pas seulement à une finalité, - ce qui reviendrait seulement à penser 'pour' le Bien commun. Cette philosophie se concentre surtout sur le processus de délibération éthique - penser ‘par’ le Bien commun. Celui-ci doit permettre de gouverner des ressources mises en commun - les biens communs, en conciliant épanouissement de la Personne et utilité sociale au sein de la Communauté.

La notion de Bien commun désigne en premier lieu une expérience (praxis) fondée sur une délibération éthique permanente. Cette notion ne propose donc pas une vision statique ou prédéterminée, mais suppose davantage la recherche de consensus ou de projets qui sont à penser, à imaginer. Comprendre la gouvernance des communs suppose de tenir compte de la diversité des  situations, des choix collectifs et des mécanismes de  changement, en  particulier dans un contexte global-local.

Ce travail procède plus de la dynamique créatrice de l’imagineur que de la pure logique déductive. Le Bien commun n’est pas du seul ordre du bien et du mal, ou de la notion de morale de droits de l’Homme (libéral10

plutôt des problèmes qui supposent l’affirmation des capacités de l’Homme à évaluer les situations, et les conduites à tenir en tant qu’expression du désir, - au-delà de tout dogmatisme ou relativisme. Que serait un bien commun défini par une seule personne ou un groupe de personnes, sinon une tyrannie.

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La pensée complexe et phénoménologique du Bien commun suppose en effet de prendre en compte l'expérience humaine, la culture, les mécanismes de changement.

En ce sens, la gouvernance des ressources n’est pas comprise seulement sous l’angle matériel, mais demande que l’on tienne compte de l’aspect spirituel de la personne et que l’on opte pour une lecture

spatiale (le lien global-local

en particulier), et temporelle

(pour imaginer la création

et la transmission,

et penser le changement).


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Les
 biens communs ne seront pas ici considérés uniquement sous l'angle uniquement matériel, mais surtout sous l'angle des possibilités des personnes dans les communautés de les gérer, afin de considérer le bien commun comme un construit territorial.

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A. Le bien de la communauté, ou les ressources matérielles ou immatérielles, tels les biens publics ou autres biens mis en commun.

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L’histoire du droit nous renseigne sur cet inconscient collectif qui nous pousse aujourd’hui à réétudier la chose commune, ou les communs (commons, en anglais) via les nouvelles pratiques sociales alternatives sur le territoire.

" 1° Fondements juridiques et politiques "

Les biens communs sont ici étudiés sous l’angle matériel, sur le fondement du droit romain qui différenciait les personnes des choses (res), celles-ci dont l’appropriation pose question. Les Institutes (Justinien) distinguent alors :

• les choses sacrées, propriété des dieux ;

• les choses publiques, qui appartiennent à l’Etat ou à la cité ;

• les choses privées, propriété des personnes, qui sont organisées par le droit privé;

• et enfin les choses communes, comme la mer.

La théorie classique du droit (Domat) distinguera ensuite :

• la chose publique (res publica) : la chose qui appartient à tous et ne peut appartenir à personne en particulier, ou res communis, la chose commune ; en droit américain, (Doctrine de la fiducie publique), des biens publics peuvent être mis sous la garde de l’État mais non sous sa propriété

• et la chose qui n’appartient à personne en particulier, mais pourrait appartenir à quelqu’un, ou res nullius, chose de personne, tels la mer, chose commune, et les poissons, chose de personne.

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On retrouve aussi cette distinction au XIXe siècle, en droit français, avec la désignation du domaine public, ou des biens du public «  être moral et collectif  » du patrimoine des états particuliers.

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Au XXème siècle, les notions de bien public, bien commun, bien public mondial ou local sont utilisées à nouveau, dans une approche fondamentalement économique, pour les questions de développement ou de régulation de la mondialisation. Les biens publics devraient alors bénéficier à tous. Personne ne pourrait en être exclu. La consommation par l’un n’empêcherait pas la consommation par l’autre.

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En effet, le terme de biens communs apparaît lors du Sommet de la Terre de l’ONU en 1992 à Rio, avec l’apparition de la société civile dans le processus de décision, notamment par la Charte de la Terre. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a proposé en 1992 un rapport théorique sur le sujet, avec un approche du « bien commun mondial » intégrant la propriété intellectuelle.

" 2° Le Mouvement des Communs " a. Critique de la tragédie des Communs "

Les biens communs représentent aussi une vision - adoptée par divers courants plus ou moins proches, regroupant tantôt des environnementalistes tantôt des adeptes du logiciel libre par exemple - , dans un sens proche des res communis et res nullius des romains.

Ils cherchent à protéger les ressources matérielles ou immatérielles qui sont dites rivales et non-exclusives (deux critères retenus par l’analyse économique néo-classique (Peter Samuelson, 1954)).

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Les biens communs représentent aussi une vision - adoptée par divers courants plus ou moins proches, regroupant tantôt des environnementalistes tantôt des adeptes du logiciel libre par exemple - , dans un sens proche des res communis et res nullius des romains.

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Ils cherchent à protéger les ressources matérielles ou immatérielles qui sont dites rivales et non-exclusives (deux critères retenus par l’analyse économique néo-classique (Peter Samuelson, 1954)). L’individu ne semble alors en effet pas apte à prendre en compte l’intérêt collectif. Garett Hardin - dans la Tragédie des Communs, 1945 - avait au préalable déjà recommandé la privatisation. Cette vision de l’homoeconomicus, considéré comme isolé et purement rationnel dans l’analyse néoclassique, est corroborée en psychologie expérimentale par le jeu du dilemme du prisonnier.

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Le prix nobel d’économie (2009), le Dr Elinor Ostrom critiquera ce courant de pensée, regrettant qu’il propose une approche « par la ressource », et non par les mécanismes de changement décisionnel dans la communauté. En effet, cette néo-institutionnaliste déplore une telle vision de l’individu. Ils semblent isolés, ne pas communiquer entre eux, ne pas avoir de relations préalables, ni d’histoire ou de culture partagées. Enfin, l’homoeconomicus n’aurait-il pas la capacité à nouer des liens de confiance, ou à partager ses savoirs ? Ces individus n’auraient-ils pas de futur commun ?

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b. Du mythe fondateur au Temps des Communs

" La Magna Carta "

On retrouve en toile de fond du mouvement des Commoners un mythe fondateur tiré du Moyen Âge, dans le cadre du régime féodal, où les biens banaux (ou biens communaux) représentent des biens gérés 12

en commun par les occupants du domaine seigneurial. La notion recouvre des équipements comme le four banal, mais aussi des droits d’usage comme le droit de pacage sur les terrains banaux.

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Le concept central de la coutume féodale n’est pas celui de la propriété, mais celui d’obligations réciproques. La Grande Charte, accompagnée de la Charte des Forêts, signée par le roi anglais Jean sans Terre en 1215, assurait ainsi un accès partagé aux ressources naturelles. Or à la fin du Moyen Âge, le domaine d'application de la propriété privée se développe. Les lois légiférant sur l'enclosure des pâturages en Angleterre ou le vol de bois en Prusse participent de cette logique contraire à la communalité des biens, ce qui permit aux rois d’Angleterre, à partir du XIème siècle, de s’approprier une partie des forêts de barons pour la chasse ou pour leur usage et leur loisir personnel au détriment des barons et des Commoneurs.

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Les moyens de subsistance des Commoneurs furent menacés et des luttes sociales âpres et prolongées en résultèrent. La Magna Carta et la Charte des Forêts, mettent fin à ces rébellions et explicitent les droits coutumiers. En 1225 la Charte des Forêts accorde les droits traditionnels des Commoneurs même sur les terres et les forêts royales.

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Au XVIIème siècle, avec la montée du capitalisme, l’interdiction de clôturer les terres agricoles inscrite dans la Magna Carta fut contestée au Parlement. Les riches gentilshommes campagnards et des négociants fortunés multiplièrent les enclosures, la terre clôturée valant deux à trois fois celle qui ne l’était pas. La position du Parlement, opposé aux enclosures, n’empêcha plus leurs pratiques. L’intérêt privé prévalait contre la justice, car la violence ou l’intimidation étaient courantes. L’ordre social en fut bouleversé.


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Les Commoners

1° Le paradigme personnaliste

Au XXIème siècle, les ‘Commoners’ (de Commons, en anglais) se retrouvent dans cette volonté de protéger à la fois ces ressources, mais aussi de proposer un certain modèle de société, avec souvent en toile de fond la Magna Carta.

a. La personne Notons que la période médiévale de la Magna Carta s’appuyait sur un appareil logique et conceptuel hérité des Grecs, axé sur la classe et la généralité de l’individu. Les communs étaient donc largement perçus à l’aune de la ressource, et moins de perceptions ou désirs des individus dans leur communauté.

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Ils promeuvent les activités des communautés qui s’organisent et se régulent pour protéger et faire fructifier des ressources matérielles ou immatérielles, en particulier situées dans une zone intermédiaire entre Etat et marché. Zones urbaines transformées en jardins partagés par les habitants, savoirs versés dans l’encyclopédie Wikipedia par des millions d’internautes, cartographie OpenStreetMap nourries par les utilisateurs, savoirs traditionnels, logiciels libres, science ouverte, publications en libre accès, pédibus scolaires, système d’irrigation agricole partagé, semences libres, contenus éducatifs ouverts, échanges de savoirs, justice participative...

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Les initiatives fleurissent qui inventent des manières créatives et solidaires de générer, gérer et partager des ressources. Les communs ou autre mode de gouvernance jadis alternatifs apparaissent maintenant comme source d’alternatives.

" B. Le bien du bien commun "

Il pose la question essentielle du bonheur dans la cité, et de l’équilibre de la relation entre la personne et la communauté (paradigme personnaliste). Une relation trop forte aboutirait au totalitarisme avec la fusion de l’individu dans une communauté monolithique. A contrario, une relation trop faible conduirait à l’atomisation du corps social.

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Or la notion de personne1 - contrairement à ce paradigme individualiste, qui perdure d’ailleurs pendant la Renaissance et chez les Libéraux, envisage plutôt que : - les humains existent les uns par les autres, - et tout au long de leur vie, - grâce à leurs relations, - et selon un processus de création réciproque et continue.

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La personne est pensée en conciliant sa propre unité et la diversité qui la caractérise aussi. Ce paradigme propose une vision dynamique de la personne portée par des aspects plus spirituels qu’immédiatement matériels. Elle n’est pas un objet statique, au sens où un humain serait considéré uniquement par son statut ou son apparence : être fonctionnaire, voisin, malade, héritier, enseignant, enfant, adulte, catholique, socialiste par exemple.

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Paul Ricœur invite ainsi à se montrer sensible à l’événement, plutôt qu’à se retrancher derrière des certitudes toutes faites. Enfin, la notion de Personne permet de trouver un juste milieu entre totalitarisme communautaire et idéologie individualiste. Le matérialisme de Marx trouve là ses limites, dans la mesure où il considérait que la réalisation du Bien commun ne devait pas être attendue des personnes, mais simplement du développement de la société industrielle. "

La Personne, coll. Penser par le Bien commun, Common Good Forum, 2015.

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b. Des identités d’actions!

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Le bien commun est un construit territorial et mobilise des identités d’action fournies aux acteurs qui ne sont pas réduits à des identités monolithes. Les acteurs n’ont pas de projets d’action univoques et stables. L’identité d’action varie en fonction de la position de l’acteur dans la scène, et indépendamment de la compétence et de l’autorité de l’acteur en cause. Ces identités s’affrontent, dans la durée et dans l’espace, dans des arènes où s’expriment les prétentions, et où se nouent des relations d’échange. Chaque acteur peut aussi revêtir une apparence protéiforme. Ses identités se superposent sans que l’une l’emporte de façon définitive sur l’autre. En ce sens, le caractère mouvant des coalitions répond à la labilité des identités engagées en situation.

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A la diversité des qualifications et la multiplicité des identités mobilisées dans les échanges, s’ajoute une possibilité de changement des acteurs eux-mêmes en fonction d’événements ou d’interrelations, ce qui conduit à requalifier la situation. Le contexte peut aussi avoir des incidences sur les identités des acteurs en présence.Toute référence au Bien commun est d’abord un construit indissociable du contexte dans lequel il est invoqué. Il s’agit donc de se démarquer ici d’approches qui réduisent la confrontation d’identités d’action à un processus homogène d’opposition.

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L’expression territorialisée de l’intérêt général s’accomplit par de échanges hétérogènes. En effet, toute définition situationnelle représente un enjeu au regard duquel deux types d’interactions principales se déploient : des échanges sur la qualification et des échanges sur la pondération des éléments en situation. Les qualifications et les identités multiples dans ses arènes créent autant de relation de liaisons que d’opposition à différents niveaux : l’exposé des prétentions de 14

chacun et leur justification en cercle restreint (arène locale), la recherche d’alliances et d’arguments complémentaires (mobilisation de soutiens directs), l’implication publique (présentation et mobilisation élargie), la mise en discussion technique (mobilisation d’experts), la résolution par avancée de réponses censées résoudre les tensions, la confrontation sur les choix et la formalisation des décisions, et enfin la mise en jugement par réalisation ou demande d’évaluation.

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Les possibilités de formulation et de formalisation d’un accord sur le contenu territorialité de l’intérêt général dépendent du changement relationnel dans le réseau d’acteurs concernés. Il n’y a production durable d’un nouveau bien commun que lorsqu’il y a changement de la relation entre les acteurs impliqués. Les arènes de choix sont ainsi des lieux de processus d’apprentissage. Les identités d’action en sont pas modifiées, et les divergences peuvent persister.

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Cependant, elles se voient contournées ou canalisés via un nouveau chaînage d’intérêts et de positions, où chacun conserve sa spécificité tout en ayant acquis un nouveau mode d’échange avec les autres. Par exemple, une nouvelle reconfiguration peut apparaître quand de nouveaux acteurs entrent ou sortent de l’arène, ou qu’est décidée une prise en compte d’une cause plus large ou oblique par rapport aux précédentes, qui autorise le dépassement des affrontements directs d’intérêts.

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Le résultat organise un changement relationnel entre des positions à l’intérieur d’un système de relation stable. Il en ressort un changement de positions à l’intérieur d’un jeu local (éventuellement soustendu par des enjeux globaux), et solidifié ensuite par des actions de valorisation et de diffusion.

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3° De nouveaux défis pour la personne

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Dans cette perspective, la gouvernance des biens communs renvoie à de nouveaux défis si l’on prend en compte différents aspects, comme par exemple :

• le temporel : tenir compte des enjeux de transmission aux nouvelles générations, mais aussi de possibilités de création ex nihilo par la personne dans des communautés, comme dans celles des biohackerspaces ou des fablabs par exemple.

• le spatial : la personne évolue dans sa communauté, voire hors de celle-ci, et peut aussi appartenir à plusieurs communautés. Elle se situe dans un contexte à la fois global et local, ce qui la pousse à gérer encore davantage de complexité, et de devoir participer au quotidien à la délibération éthique.

• l’intersubjectivité : la personne évolue aussi dans une société dite de réseaux, elles-même souvent influencée par les pratiques collaboratives. Elle peut alors chercher à échanger avec des semblables (le « pair-à-pair  »), ou avec des personnes différentes pour bénéficier de biens ou de services dont elles ne disposent pas (société du partage). Elle est aussi confrontée à des choix identitaires plus compliquées et récurrents, face à l’information soutenue, les possibilités de connections sociales nombreuses, et aux valeurs.

• la tension créatrice : la notion de Personne - au contraire de celle d’individu -, renvoie à un besoin, une tâche et une tension continuellement créatrice. Il s’agit de renouer avec l'homme dit concret, pour en faire un être responsable, c'est-à-dire capable de réponse. Cette vision s’oppose ainsi aux mécanismes sociaux, politiques et économiques, tels des Structures, qui préside-

raient seuls aux destinées des hommes (lecture marxiste), ou encore à l'idéalisme et le rationalisme abstraits qui ont détaché l'homme de la nature et de ses communautés immédiates. On retrouve cette vision de la création dans la gouvernance des biens immatériels, avec par exemple la gestion libre du savoir via l’Open Science (science ouverte), qui touche l'ensemble de la démarche savante, de la formulation de questions et d'hypothèses à la diffusion des résultats de recherche2.

• La dimension relationnelle incarnée dans l’expérience : contrairement au libéralisme juridique qui cherche à protéger l’individu dans la société par le droit (l’Homme étant un « loup pour l’homme », Thomas Hobbes), le paradigme personnaliste ne considère pas la personne comme isolée, mais située dans sa relation : à la nature, avec les autres hommes (la principale relation), et enfin avec les existences spirituelles. Cette perspective interroge ainsi par exemple sur les relations avec les biens communs de l’environnement. Quelle relation a-t-on à la nature compte tenu de sa culture ou religion : du respect ou de la compassion (ce qui prohibe alors la chasse, par exemple). Cette dimension interpelle aussi sur les relations de confiance et de réciprocité3, par exemple dans l’économie du partage ou dans le cadre du logiciel libre.

! 3° Une délibération éthique !

Le Bien commun renvoie à la mise en pratique permanente de principes, euxmêmes forgés par notre histoire, nos valeurs, et qui sont devenus non-négociables et intangibles.

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« La Technologie comme outil », Bridge-Builder #9, Common Good Forum, 2014 : http://issuu.com/violainehacker/docs/ publication_201408_interactif-2 3

Elinor Ostrom, James Walker, Trust and Reciprocity. Interdisciplinary Lessons for Experimental Research, Russell Sage, 2003.

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a. Bien commun, intérêt général et morale

Le Bien commun se distingue ainsi des notions plus figées que seraient la morale ou l’intérêt général.

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• Alors que l’approche par l’intérêt général valorise une approche substantielle (définissant d’entrée les buts poursuivis et les moyens de les atteindre), au contraire, l’approche par la pensée du Bien commun valorise le processus. La définition du Bien commun est toujours à construire, et ne se résume pas à un contenu donnée d’avance. Elle valorise le construit, indissociable du contexte dans lequel il est invoqué, en se fondant sur la mobilisation d’identités d’action multiples, à la disposition des différents acteurs. La complexification contemporaine de l’action publique a profondément transformé le type d’intervention et les contextes d’action de l’administration, - et en particulier le développement de politiques procédurales (mise en place d’instruments de connaissance, de délibération et de décision peu finalisées a priori). Elles instituent une construction localisée et plurielle de l’action collective. Cette action procédurale (ou nodalité, par opposition à autorité) vise l’organisation de dispositifs territoriaux destinés à assurer des interactions cadrées, des modes de travail en commun, et la formulation d’accords collectifs. Le bien commun localisé se construit alors par étape, ce qui peut permettre de garantir une meilleur cohérence et une bonne légitimité aux décisions. Les normes pragmatiques sont territorialisées, et prennent en compte les spécificités locales des enjeux et des acteurs. L’approche par la pensée du Bien commun recherche une confrontation des intérêts locaux car elle vise à ajuster les points de vue en présence. Il s’agit d’instaurer des structures de coopération sur la définition des enjeux lo16

!

caux, les méthodes de travail et les décisions à prendre.

• La pensée du Bien commun s’intéresse davantage au processus de délibération éthique, de choix collectifs, de conciliation entre l’épanouissement de la personne et l’utilité sociale. Elle laisse la personne faire des choix. En ce sens, la morale commande, l’éthique recommande. La pensée du Bien commun tient ainsi compte des phénomènes de contradictions sociales et de la complexité de la décision. Par exemple, lors du développement des projets urbains, les habitants souhaitent des rues piétonnes, mais veulent pouvoir circuler librement en voiture et jusqu’à la porte de leur logement ! Au-delà de l’intérêt général ou de principes moraux, la concertation devient ainsi un moyen d’identifier les jeux d’acteurs.

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Ces « arènes de choix collectifs » peuvent désigner des entités collectives imbriquées, du micro au macro, telles qu’une famille, une entreprise, une communauté d’usagers jusqu’aux «  arènes de choix constitutionnels  » d’une nation ou d’un groupe de nations. Elles représentent l’organisation d’un lieu qui permette, en temps réel, d’élaborer et exécuter les choix collectifs.

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Elinor Ostrom a bien démontré que le fonctionnement de l’action collective ne suivait pas les hypothèses habituelles en économie (rationalité et information parfaite des acteurs). En effet, les acteurs, en situation réelle, font des choix plus appropriés en termes de gain collectif que les prédictions du choix rationnel.

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Cette situation s’explique d’aborde par l’importance de l’inter-connaissance qui permet un engagement mutuel, mais aussi par la capacité d’innovation ou d’adaptation des acteurs qui permet de faire évoluer les règles et d’augmenter le gain collectif.


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C. La communauté du bien

2° Les capabilités

La communauté de bien est considérée comme le caractère effectif de l’accès de chacun aux biens communs, tels les services publics.

Amartya Sen, contribuant au dépassement de l’opposition construite par Isaïah Berlin, distingue ainsi les « libertés négatives  » et les «  libertés positives  » : avoir simplement la possibilité de faire ou pouvoir effectivement faire, en fonction de ses capacités effectives.

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1° Le caractère effectif de l’accès aux biens communs

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Le bien mis en commun n’est pas toujours la communauté de tous. Par exemple, le public cible peut se voir évincer par un public mieux instruit, aux marges de la cible, qui sait mieux tirer partie des opportunités administratives (loi de Gresham). Cet état peut se voir amplifier si les procédures administratives impose des coûts de transaction à la population cible (procédures absconses, langage hermétique, la paperasserie, anonymat).

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Par exemple, un accès aux soins de santé peut sembler accessible à tous, grâce à un système de sécurité sociale performant. Toutefois, de facto, l’accès peut sembler plus délicat, car il n’est pas réellement assuré ou efficient pour ces personnes : problématique des transports, ou du temps, ou de la compréhension (connaissances insuffisantes, ou cultures mal adaptées), par exemple.

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L’abandon de la posture positiviste pour une posture évolutionniste implique l’abandon d’une vision de l’Etat soit accoucheur des lois de l’histoire et où la liberté de l’acteur est niée (l’Etat maximal), soit gestionnaire des échecs du marché (l’Etat minimal).

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Se pose alors la question de la finalité et de la légitimité de l’action de l’Etat : cette question centrale, au cœur de la philosophie politique classique, est celle du bien commun. Comment favoriser un Etat capable d’action intentionnelle ?

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Beaucoup de dispositifs publics offrent « la capacité juridique de faire » (au sens de la liberté négative, soit «  ne pas être empêché de »). Ils ne reposent pas sur la capacité effective sur un plan pratique et cognitif des populations cibles. Une politique publique doit donc nécessairement agir dans le domaine de la liberté positive.

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Une « capabilité » ou « capacité » ou « liberté substantielle  » désigne la possibilité effective qu’un individu a de choisir diverses combinaisons de fonctionnements, via une évaluation de la liberté dont il jouit effectivement. Si les fonctionnements de la personne reflètent ainsi les caractéristiques de la personne : ce qu’elle fait ou est, les capabilités de fonctionner reflètent ce qu’une personne peut faire ou peut être. Les capabilités, au contraire, sont des notions de liberté, dans le sens positif. De quelles opportunités réelles disposez-vous au regard de la vie que vous pouvez mener ?

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En définissant la capabilité comme la liberté positive de choisir la vie que l’on souhaite mener, A. Sen insiste ainsi sur le fait que l’individu doit être en mesure d’opérer un choix. La liberté à l’œuvre dans la notion de capabilité met ainsi en avant à la fois la potentialité qu’a un individu de choisir et l’accès à ces choix, et corrélativement les droits qui lui sont liés sur un territoire.

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BRIDGE-BUILDER

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BRIDGE-BUILDER LES COMMUNS TERRITORIAUX ! Par Pierre Calame Fondation pour le Progrès de l’Homme (FPH) ! L'attribution du prix Nobel d'économie à Elinor Ostrom a fait naître un engouement impressionnant pour la gestion des « communs ». Comme c'est souvent le cas, cet engouement résulte de facteurs étrangers à la gestion commune de territoires par une communauté, qui a fait l'objet des travaux du prix Nobel.

Et le succès du concept, voire sa fécondité, tient, paradoxalement, à son caractère flou qui permet de rattacher à la gestion des « communs » des processus de coopération et de gestion collective qui n'ont, en apparence en tout cas, que peu de rapports avec la gestion collective d'un territoire.

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Des exemples, comme celui des fogharas Il faut noter, dans la plupart des cas, le lien organique entre un commun et un territoire. Qu'il s'agisse de la gestion communautaire d'un territoire ou de la gestion de l'eau, comme dans le cas des fogharas - terme arabe pour désigner la gestion de l'eau dans de nombreuses régions sud désertiques, les fogharas étant des canaux de circulation souterraine de l'eau pour en réduire l'évaporation et bénéficier du maximum de la ressource pour irriguer les jardins d'un oasis -, les communs traditionnels sont fermement ancrés dans un territoire et une communauté. Territoire et communauté sont les deux conditions indissociables de la gestion de ces « communs » traditionnels. L'exploitation en commun d'une ressource à long terme implique en effet l'établissement de règles de réciprocité très précises, excluant tout « passager clandestin » susceptible de bénéficier de la ressource sans avoir pris part à sa gestion, une gouvernance souvent confiée aux anciens ou, dans le cas des fogharas, à des instances spécialisées, et une attention sourcilleuse aux conditions dans lesquelles chacun tire bénéfice de cette œuvre commune. J'avais, à ce sujet, découvert au Mali, il y a plus de vingt ans un « transfert technologique » auquel un anthropologue n'aurait sans doute pas songé :


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des émigrés, de retour de France où ils avaient travaillé dans l'industrie auto- mobile, avaient introduit les méthodes de pointage apprises à Citroën pour la gestion du temps de travail dans les périmètres irrigués !

Dans le domaine de la gestion de l'eau, par exemple dans la pentapole du Mzab, dans le sud algérien, l'immigration d'une population allogène, en affaiblissant l'idée de communauté, a irrémédiablement compromis le système multi-séculaire de gestion du « commun ». Impasse des modes de pensée

Dans une société comme la nôtre, où il ne subsiste guère de communautés fermées de ce type, d'où peut bien venir cet intérêt renouvelé pour les communs, et en particulier pour les communs territoriaux ? La raison fondamentale, selon moi, résulte de l'impasse des modes de pensée qui ont prévalu tout au long du XXe siècle, selon lesquels on ne considérait que deux catégories de biens et de services : ceux qui relevaient du marché et ceux qui relevaient de la gestion publique.

Or cette dualité appauvrit à l’extrême la compréhension du fonctionnement d'une société complexe. Elle est en outre profondément in- adaptée à la gestion d'un très grand nombre de biens et de services qui ne relèvent convenablement ni du jeu du marché, ni d'une gestion publique classique. L'intérêt renouvelé pour ce vaste « tiers secteur » de la gouvernance des biens et services rejoint d'ailleurs une évolution beau- coup plus large de la gouvernance : là où, traditionnellement, on identifiait, du moins en France, gestion publique et bien public, on en vient au contraire à considérer que le bien public ne peut être que le résultat de la co- opération de différents types d'acteurs, - diversité elle aussi rétive 20

à un classement binaire « acteur privé » et « acteur public ». L'idée, notamment à l'échelle des territoires, que le bien public est le fruit d'une coproduction s'impose elle aussi progressivement. C'est une des raisons pour lesquelles l'attention s'est déplacée de la gestion publique locale à la gouvernance territoriale, ouvrant des perspectives bien plus larges Trois points de vue pour penser les communs territoriaux Pour approfondir la question des « communs territoriaux » nous allons procéder en trois étapes.

Première étape, pour éviter tout romantisme qui ferait de la gestion des communs le re- mède universel aux maux de la société, nous rappellerons qu'il existe déjà de très nombreux communs territoriaux et que beaucoup fonctionnent mal. Puis, dans une seconde étape, nous explorerons la diversité des biens et services qui ne relèvent légitimement ni du marché ni de la gestion publique pure, et qui à ce titre forment la grande catégorie des « communs ». Enfin, dans une troisième étape, nous examinerons les différents communs particulièrement intéressants pour un territoire.

1° Repenser les fondations

Observons donc tout d'abord que les communs peuplent déjà nos territoires. Le concept de commun existe déjà en droit ro- main, distinct du bien public.

C'est le res communis omnium, un bien commun à une communauté. Quatre figures traditionnelles des communs méritent que l'on s'y attarde : les copropriétés ; les syndicats de riverains ; les associations ; l'économie sociale et solidaire.

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a. Les copropriétés Les copropriétés peuplent nos villes. La législation abondante, qui règle leur gestion, en particulier le rôle prépondérant du syndic et les règles relatives aux conditions de majorité pour la prise de décision, nous rappelle que la gestion des parties communes et la nécessité de l'entretien à long terme du patrimoine commun sont rarement des longs fleuves tranquilles.

Dans beaucoup de villes françaises, de grands immeubles en copropriété construits dans les années 60 sont devenus littérale- ment ingérables au point que la collectivité publique est un jour ou l'autre contrainte de s'en mêler, y compris dans les cas extrêmes pour procéder à l'expropriation et à la démolition. Cette dégradation se produit souvent quand la communauté initiale de copropriétaires – même si cette communauté n'a pas la réalité sociale que l'on retrouve dans les sociétés traditionnelles pour la gestion des communs – s'est progressivement délitée, au gré des déménagements et des décès, pour laisser place à des propriétaires non occupants ou à de nouveaux propriétaires.

A l'inverse, on assiste partout dans le monde à la montée des quartiers riches clos de grilles (« gated communities ») et disposant d'un gardiennage privé : la gestion de ce territoire commun se fait par mise à distance du reste de la société ; pas exactement ce à quoi rêvent les promoteurs des communs !..

b. Les syndicats de riverains

Autre exemple de gestion des communs aboutissant à une déshérence, les syndicats de riverains des rivières non navigables non flottables, supposés entretenir le cours de la rivière. Composés autrefois de paysans vivant une solidarité objective autour du cours d'eau, ces syndicats se révèlent souvent incapables, lorsque cette communauté se délite, d'assurer un entre21

tien régulier. Il est fréquent là aussi que des collectivités publiques doivent s'y substituer.

c. Associations et secteur de l’Economie sociale et solidaire

Les associations et l'économie sociale et solidaire sont d'autres figures, en général plus positives, de la gestion des communs territoriaux. Qu'il s'agisse de gérer des équipements sportifs, des crèches familiales, des écoles à pédagogie active, des maisons de retraite ou des circuits courts d'alimentation renforçant les liens entre producteurs et consommateurs, autant de situations où une communauté se constitue pour gérer un dis- positif ou un équipement au bénéfice de tous ses membres. Les Etats Généraux de l'économie sociale et solidaire tenus en 2013 ont confirmé le lien intime entre ces formes d'économie collaborative et les territoires. Certes, notamment dans la banque et l'assurance, l'économie sociale a, au fil du temps, donné naissance à des acteurs de taille nationale ou internationale; mais la distance prise progressivement vis-à-vis de l'enracinement territorial, y compris dans des structures de type fédéral, conduit à une forme de banalisation de la structure, le lien entre gestion d'un commun et communauté se trouvant progressivement distendu.

2° L’oeconomie et la différenciation des biens et services

Seconde étape, intéressons nous maintenant aux différentes catégories de biens et de services et en particulier à ceux, les plus nombreux et peut être les plus porteurs d'avenir, qui, par leur nature, ne relèvent logiquement ni d'une gestion par le marché ni d'une gestion par l'action publique pure.

Dans mon livre Essai sur l'oeconomie (publié en 2009 par les Editions Charles Léopold Mayer ou téléchargeable gratuitement sur www.eclm.fr), j'ai proposé d'avo-


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ir recours au « test du partage » pour classer les biens et services en quatre catégories :

• ceux qui se détruisent en se partageant, comme les écosystèmes ;

• ceux qui se divisent en se partageant mais dont la quantité totale ne dépend pas avant tout de la créativité humaine, comme l'eau, la terre ou l'énergie fossile même si cette créativité est indispensable pour entretenir le bien à long terme ou l'acheminer jus- qu'aux utilisateurs ;

• les biens qui se divisent en sa partageant et dont la quantité est déterminée avant tout par la créativité et le travail humain, comme la plupart des biens industriels et des services à la personne ;

• les biens et services enfin qui se multiplient en se partageant.

J’ai montré que seule la troisième catégorie relevait légitimement d'une gestion par le marché. Les trois autres relèvent soit de l'action publique, soit d'une gestion par une communauté bénéficiaire, soit encore d'un mélange des deux.

La gestion des écosystèmes ou des paysages, par exemple, implique la coordination entre un grand nombre d'acteurs, y compris la puissance publique. Il en va de même de la gestion des terroirs agricoles, de l'eau et des ressources naturelles.

et services, ceux qui se multiplient en se partageant. Ca tombe sous le sens : si l'objectif de l'oeconomie est d'assurer le bien être de tous dans le respect des limites de la planète, ceci n'est possible qu'avec les biens qui se multi- plient en se partageant, en particulier tout ce qui relève de la connaissance, de la technologie, de l'expérience. C'est une nouvelle variété de commun. La modalité la plus légitime de gestion de ces biens et services de quatrième catégorie est la mutualisation. L’exemple des monnaies locales Un cas particulièrement intéressant est celui des monnaies locales. Définir une monnaie ainsi que la communauté qui admet cette monnaie comme le moyen de développer ses échanges internes et de ce fait de se renforcer sont, dès l'origine des sociétés humaines, deux démarches complémentaires. Là aussi, il est tout à fait possible, comme dans le cas du WIR suisse, qui depuis près d’un siècle sert à renforcer les échanges entre les petites et moyennes entreprises, de définir une telle communauté et de la doter d'une monnaie sans implication d'un territoire et d'autorités publiques. Dans ce cas, le sentiment communautaire est suffisamment fort pour se passer d'un support territorial.

La gestion optimale des flux de matières et d'énergies, à travers les symbioses industrielles (le déchet d'une activité est la matière première de l'autre) ou à travers l'économie circulaire implique de la même manière une coopération entre de multiples acteurs : l'action publique en est rarement totalement absente, mais elle n'a pas le monopole de sa conception et de sa conduite.

Mais, dans la majorité des cas récents, la monnaie locale ou régionale ne prend une véritable ampleur que dans la mesure où elle correspond à un territoire donné et où les autorités locales s'impliquent également dans sa gestion, comme par exemple dans le cas anglais de Bristol, ne serait-ce que parce qu'une telle monnaie ne change d'échelle qu'en pouvant être utilisée pour une partie du paiement des impôts locaux ou de la rémunération des fonctionnaires.

Les développements les plus prometteurs concernent la dernière catégorie de biens

Avec Internet, de multiples formes de désintermédiation apparaissent, dans la

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banque, l'échange de logements, l'autopartage, les centres d'auto-production et d’auto-réparation. Il serait toutefois abusif de considérer ces modalités nouvelles d'économie comme relevant de la gestion des communs. Il est rare jusqu'à présent que ces formes nouvelles donnent naissance à une communauté soucieuse de gérer à long terme un bien ou un service en commun. 3° Comprendre les régimes de gouvernance Troisième étape, l'examen des différents communs particulièrement intéressants pour un territoire. Trois niveaux doivent être considérés :

a. Les communs sur un territoire

b. Le commun du territoire

c. Le commun des territoires.

! a. Les communs sur un territoire L'évocation des différentes catégories de biens et services a montré que la plupart de ceux qui ne relevaient pas du marché étaient territorialisés, ouvrant un nouveau champ pour la gouvernance territoriale. Celle-ci ne peut plus se limiter à la gestion publique. L'art de la gouvernance territoriale peut se définir comme l'art de concevoir des régimes de gouvernance adaptés aux différents types de biens et services. La place manque ici pour développer ce concept de régime de gouvernance. Dans l'Essai sur l’oeconomie, j'ai développé cette philosophie des régimes de gouvernance. Si le classement en quatre catégories en est le principal guide, au sein de chaque catégorie, il existe de nombreuses différences conduisant à des 23

régimes eux-mêmes différents. On ne gère pas de la même manière l'eau, la terre et l'énergie fossile, même s'il s'agit dans les trois cas de biens de seconde catégorie. Néanmoins, on retrouvera fréquemment deux caractéristiques communes à ces régimes : une gouvernance à multi-niveaux et l'organisation de la coopération entre acteurs. b. Le commun d’un territoire Qu'entend-t-on, ensuite par le commun d'un territoire ? Cela implique d'abord de comprendre ce qu'est un territoire. Ce n'est pas seulement, ce n'est pas avant tout, un terroir délimité par des frontières administrativo-politiques ou géographiques. C'est avant tout une communauté humaine qui se définit par des systèmes de relations. Un territoire, dans le monde d'aujourd'hui, se définit par des « nœuds » dans des systèmes de relation qui vont du local au mondial. Or ce sont aussi des systèmes de relations qui définissent des communautés.

Un des enjeux majeurs de la transition vers des sociétés durables est d'instaurer le territoire en « acteurs collectifs », car ce niveau territorial est le mieux à même d'appréhender simultanément les trois dimensions sociale, économique et écologique de la société.

Or la construction d'un acteur collectif est le fruit d'un processus de développement des relations et des coopérations. Comme tout acteur collectif, un territoire peut être caractérisé par les capitaux dont il dispose. On songe naturellement au capital naturel – la richesse des écosystèmes – au capital matériel – bâtiments, réseaux, machines – au capital humain – l'addition des compétences de ces différents membres. Mais, à s'en tenir à ces trois capitaux, on passerait à côté de l’essentiel : le capital immatériel.


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Ce capital immatériel des territoires, qui est aussi à la base des districts industriels d'Emilie Romagne en Italie, est un facteur déterminant de la résilience des territoires. Rien n'est plus frappant en effet que les différences de réaction entre deux territoires confrontés à une même crise : l'un, faute de capital immatériel, se trouve laminé ; l'autre, bénéficiant de longues traditions de coopération, est en mesure de faire de cette crise une opportunité.

Le capital immatériel Il est véritablement caractéristique du territoire, partie inhérente de sa culture, fruit de longs apprentissages de construction des relations, de dépassements des antagonismes, d'habitudes de coopération.

La région Pays de Loire a mené il y a deux ou trois ans une étude sur les initiatives d'économie sociale et solidaire inspirées par l'idée de transition vers des sociétés durables. L'étude se voulait défense et illustration de l'économie sociale et solidaire et de son potentiel à créer des emplois. Or dans la plupart des cas, ont été mises en évidence des initiatives « mixtes », associant des structures d'économie sociale et solidaire avec des entreprises classiques et des collectivités territoriales.

En réalité, l'étude a mis en évidence le fait que le souci d'aller vers des sociétés durables donne naissance à une floraison de formes nouvelles de coopération, à une densification locale du système de relations. On est typiquement dans une démarche de renforcement du capital immatériel du territoire. La même observation peut être faite à propos des Pôles territoriaux de coopération économique, récemment consacrés par la loi sur l'économie sociale et solidaire. L'analyse de ces différents pôles montre là aussi qu'il ne s'agit pas seulement de renforcer les liens entre différentes structures de l'économie sociale et solidaire sur un territoire, mais plus généralement de développer des pratiques nouvelles de coopération.

Or, si ces traditions de coopération se construisent souvent lentement, elles ont aussi une durée de vie longue. Un bel exemple en est fourni par la Pologne. Celle-ci, avant la seconde guerre mondiale, avait une forte tradition coopérative. Celle-ci a été en apparence abolie par quarante ans de régime communiste. Et pourtant, dès la chute du mur de Berlin, on a vu cette tradition renaître subitement de ses cendres.

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Développer le capital immatériel est par excellence LE commun d'un territoire.
 
 c. Le commun des territoires

Dernière dimension, le commun des territoires. Aucun territoire n'est exactement semblable à aucun autres, et ce qui a réussi dans l'un peut échouer dans l'autre. On connaît les limites des tentatives un peu naïves de copier « les meilleures pratiques ». Pour une simple et bonne raison : une pratique est avant tout le résultat d’un processus, et vouloir la copier sans chercher à faire naître, ailleurs, un processus de même nature est souvent voué à l’échec.

L’expérience L'expérience, bien qui se multiplie en se partageant ; un tel système d'échanges est véritablement le commun des territoires. C'est une aventure difficile et de longue haleine, en raison d'abord de la difficulté à élaborer des récits d'expériences transmissibles, en raison ensuite, du champ très vaste de l'action territoriale. Rien n'est plus riche que l'échange d'expériences. Rien n'est plus difficile aussi. Car passer du vécu à sa narration, trier dans une histoire ce qui relève de facteurs conjoncturels et ce qui relève de facteurs structurels ne peut se faire que par comparaison avec d'autres situations.


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Au moment où, pour les raisons déjà invoquées, les territoires deviennent les acteurs centraux de la transition vers des sociétés durables, la mise en place d'un système international d'échange d'expériences est devenue une priorité. L’exemple de Citego Nous avons néanmoins entrepris cette aventure en mettant en place un site ressources dédié à cet échange international d'expériences, le site CITEGO – Cités, Territoires, Gouvernance – www.citego.info. L’oeconomie Constatant l’impasse du paradigme économique actuel, il démontre que l’économie doit revenir à son sens étymologique, « oïkos », le foyer, la maison commune, et « nomos », la loi. Revenir à l’œconomie, c’est avoir une vision économique plus large, qui recouvre à la fois l’art de l’organisation des échanges matériels et immatériels des êtres humains entre eux, des sociétés entre elles et de l’humanité avec la bio- sphère. Pierre Calame explore ces questions dans un esprit de réflexion ouverte. Il démontre qu’il est possible aujourd’hui d’assurer à la société la maîtrise collective et démocratique de son propre destin.



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BRIDGE-BUILDER ACTEURS PRIVES ET PUBLICS SUR UN TERRITOIRE Echange entre Violaine Hacker et Camille Favier ! Violaine Hacker et Camille Favier ont pu échanger lors d’un congrès et partager leurs visions à la fois théorique et pratique de la gouvernance des communs. De cette belle rencontre, naît cet article, qui propose :

1° Un rappel synthétique de la gouvernance des communs vue par Dr Elinor Ostrom, et quelques concepts clés qu’elle propose.

2° L’analyse de Camille d’un village de montagne en Moselle, où se sont constitués des lieux de discussion et de négociation pour gouverner le territoire en impliquant l’ensemble des Parties prenantes, et en tenant compte du patrimoine matériel et immatériel.

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Définition globale des notions

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• La gouvernance des communs peut être abordée sous de multiples angles. Ici, on retrouve les préoccupations de Dr Elinor Ostrom (sociologie politique, analyse néo-institutionnelle). En premier lieu, elle a analysé des ressources d’eau (étude micro-locale). Elle en a produit des conclusions après des années de recherche.

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Elle a considéré que, face à des problèmes de coordination (ou à des échecs de marché), laisser les parties concernées élaborer par eux-mêmes un arrangement entre elles (sous format associatif par exemple) pouvait conduire à de meilleurs résultats que de recourir à une intervention publique. Elle ne dé-légitime pas cependant la place du marché ou de l’Etat.

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1° Elinor Ostrom commence par insister sur le caractère « configurationnel et non séparable  » des règles. Il faut considérer des systèmes de règles qui ne se contentent pas d’agir sur les comportements, mais qui « affectent directement  » ce qu’elle appelle une «  situation d’action ». Elle insiste de même sur la très grande diversité des règles mises en lumière dans les analyses empiriques des organisations collectives, ce qui justifie une analyse approfondie des types de règles. La diversité institutionnelle est donc importante à considérer dans le cadre de la Charte de la Terre qui propose à al fois une vision globale, et laisse place à la diversité locale.

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2° Elinor Ostrom analyse aussi la prise en compte non pas simplement des règles qui régissent les conditions d’accès et d’usage d’une ressource (les règles « opérationnelles  », qui définissent un régime de propriété), mais 27

aussi les procédures qui sont mises en place pour pouvoir, face à des dysfonctionnements ou des conflits, modifier ces règles (les règles « de choix coll e c t i f s  » e t d e «  c h o i x constitutionnels »).

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Son analyse « multi-niveau » (« gouvernance polycentrique  ») implique une prise en compte de complémentarités institutionnelles.

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• Des arènes d’action Partant de la notion d’« arènes d’action  » (action arena) comme cadre premier d’analyse des institutions, elle prend en considération le fait qu’un « commun » ne peut pas, en règle générale, être compris comme un système isolé relevant uniquement de ses propres règles et normes.

Il est toujours inséré dans des environnements – et notamment des environnements marchands, et des environnements publics  – qui conditionnent ses caractères et son fonctionnement (liens horizontaux).

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Elle insiste surtout sur l’importance des liens verticaux, c’est-à-dire sur l’existence de différents niveaux d’analyse des institutions. Elle prend en considération trois types de règles pouvant se rencontrer à des échelles micro et macro imbriquées : celles organisationnelles, celles de choix collectifs, et celles constitutionnelles.

! • Arènes constitutionnelles :

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on retrouve souvent dans la pensée institutionnelle (en droit public) et dans la pensée néo-institutionnelle (sociologie politique, par exemple chez Elinor Ostrom), un intérêt pour étudier les lieux de décision, les mécanismes de changement, et les endroits dédiés à la résolution de la conflictualité.


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Les « arènes de choix collectifs » peuvent ainsi désigner des entités collectives imbriquées, du micro au macro, telles qu’une famille, une entreprise, une communauté d’usagers jusqu’aux «  arènes de choix constitutionnels  » d’une nation ou d’un groupe de nations. Ces arènes représentent l’organisation d’un lieu qui permettra, en temps réel, d’élaborer et exécuter les choix collectifs. Dr Elinor Ostrom a bien démontré que le fonctionnement de l’action collective ne suivait pas les hypothèses habituelles proposées dans de nombreux courants en économie (rationalité et information parfaite des acteurs). En effet, les acteurs, en situation réelle, font des choix plus appropriés en termes de gain collectif que les prédictions du choix rationnel. Cette situation s’explique par l’importance de l’inter-connaissance, de l’intersubjectivité, qui permet un engagement mutuel, et par la capacité d’innovation ou d’adaptation des acteurs, qui permet de faire évoluer les règles et d’augmenter le gain collectif.

Voir : Jean-Pierre Chanteau et Agnès Labrousse, L’institutionnalisme méthodologique d’Elinor Ostrom : quelques enjeux et controverses, Revue de la régulation, 14  |  2e semestre / Autumn 2013 : Autour d’Ostrom : communs, droits de propriété et institutionnalisme méthodologique

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• La culture, fonction globale de la vie personnelle

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La culture n’est pas seulement un secteur de la vie matérielle. Elle désigne plutôt une fonction globale de la vie personnelle. Elle ne renvoie pas ici un secteur tel que l’art dramatique ou les arts plastiques, mais davantage le processus qui gouverne les liens sociaux.

En ce sens, la culture ne renvoie pas une forme d’entassement du savoir, mais plutôt à une transformation progressive du sujet, qui potentiellement l’amène à davantage de potentialités.

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La culture ne se fabrique, ni ne s’impose. Elle s’inscrit dans un mouvement de transcendance et de recherche de dépassement. Dans le cas contraire, elle confondrait universalité et totalité arrêtée. Elle devient alors système. Il n’existe donc pas une culture (avec un « homme cultivé  ») à l’égard de laquelle toutes autres activités seraient incultes. Il existe autant de cultures diverses que d’activité.

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La gouvernance des communs et les arènes d’action : un village de montagne en Moselle : de l’environnement à la culture Au creux d’une vallée, entouré de pentes couvertes de forêts, le village de Schorbach semble être cerné par les arbres. Pourtant, au détour d’un virage, on découvre une tâche de lumières : une prairie, pâturée par des bovins rustiques. Plus loin, des travaux de défrichements sont en cours, ouvrant la vue et ensoleillant le village. Ces ouvertures ne sont pas le fruit du hasard : elles traduisent le travail mené depuis plus de 10 ans par les habitants, afin de lutter contre la fermeture des paysages. En effet, comme la plupart des communes rurales depuis les années 50, Schorbach a subit l’exode rural de plein fouet, et a vu son nombre d’agriculteurs chuter  : à l’heure actuelle, il ne reste qu’un seul éleveur à mi-temps sur la commune (double actif). En conséquence, les terrains les plus difficiles à exploiter (en pente, humides, au foncier morcelé...) ont été abandonnés par l’agriculture, au profit de l’intensification des terres plus productives. On retrouve ce schéma dans quasiment toutes les communes rurales françaises, mais il est particulièrement visible à Schorbach, où le taux de boisement à atteint 82% de la surface communale. Les prés et cultures délaissés, n’étant plus entretenus, se sont rapidement boisés, avec des conséquences négatives pour les habitants  : 29

moins d’ensoleillement, des paysages uniformes et fermés qui limitent la perspective.

Les habitants et la mairie de Schorbach se préoccupent de longue date de cette fermeture des milieux, et se sont investis tôt dans des politiques de réglementation des boisements : une trentaine de châtaigniers y ont été plantés; l’exploitant s’est vu octroyer deux années de location gratuite dont il bénéficie sur cinq ans avec une prime MAET en contrepartie de son engagement à n y pratiquer aucun épandage d’engrais  et donc de pratiquer l’élevage extensif sur le périmètre. Le site du parc est le RINNERBRUNNEN. L’ADASEA de la Moselle s’est aussi impliquée dans l’affaire et nous a  mis à disposition un technicien de grande qualité pour le montage des dossiers financiers surtout. Après plusieurs années de réflexion, un projet ambition de reconquête du paysage a été lancé en 2007, avec la procédure de création d’une Association Foncière Pastorale autorisée (AFPa).

Création d’arènes d’action Des procédures ont été mises en œuvre pour déterminer une vision commune et proposer des règles de gouvernance au sein du village.

Une AFPa permet à un groupement de propriétaires de se réunir pour gérer en commun leurs terres. Grâce à la force du collectif, des projets ambitieux peuvent êtres mis en place sur les entités foncières ainsi formées.

Ce statut a été privilégié, car il présente de nombreux avantages :

Les propriétaires restent propriétaires de leurs terrains (droit d’hy-


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pothéquer et de vendre) : seule la gestion en est déléguée à l’AFPa  : c’est donc une gestion collective de bien privés

La procédure d’AFPa est soumise à enquête publique, et à une procédure d’enquête auprès des propriétaires : il faut l’accord de plus de la majorité des propriétaires représentant plus des 2/3 de la surfaces. Si ces conditions sont réunies, l’AFPa est créée. Cette procédure permet de lever les minorités de blocage

Le statut d’AFPa permet d’accéder à des subventions pour la mise en place des travaux

Une fois la décision de mettre en place une AFPa, une étude foncière a été réalisée, ainsi qu’une enquête informelle visant à connaître l’avis des propriétaires vis à vis du projet.

Un périmètre a fini par être établi, l’enquête publique lancée, et la création de l’AFPa approuvée par arrêté préfectoral par presque 70% des propriétaires.

Toutefois, cette procédure reste délicate dans les faits, car malgré une majorité en faveur du projet, certains propriétaires y sont opposés. Ces derniers, réticents à faire abattre les arbres sur leurs parcelles, se sentent dépossédé de leurs biens et sont souvent très virulents à l’égard de l’AFPa. La gestion des conflits reste un enjeux majeur pour la réussite de l’opération et la grande difficulté de la mise en place d’une AFPa.

L’implication de la mairie dans l’AFPa

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Le projet d’AFPa a été lancé par la mairie, car cela nécessite un budget de départ conséquent (pour l’envoi par de nombreux courriers aux propriétaires, pour certains avec accusé de réception, et pour l’organisation de réunion). Cela se traduit une implication forte de la commune dans la gestion de son patrimoine paysager. L’AFPa s’en toutefois rapidement émancipé puisqu’elle est gérée par une assemblée générale, constitué des propriétaires concernés, qui transfert à un bureau la prise en charge des décisions courantes. Toutefois, dans la pratique, plusieurs membres du bureau de l’AFPa sont également présents au conseil municipal, et le travail se fait en partenariat informel.

La mairie puis l’AFPa ont été accompagnées administrativement et techniquement tout au long de la procédure de création et de travaux par l’Association Mosellane d’Economie Montagnarde (AMEM –voie encadré).

L’implication de la population Les travaux de déboisements ont donc démarrés à l’automne 2007 sur 15 hectares à proximité immédiate du village. La population s’est largement investie dans ce projet, puisque l’ensemble des travaux ont été réalisés par des propriétaires bénévoles : débroussaillage des sous-bois, abattage des arbres, exportation des grumes et rémanents…

Un agriculteur d’un village voisin passé un broyeur sur toute la surface pour détruire les souches, et à semé un mélange de graines de prairies.

Les bénévoles se sont à nouveau mis au travail afin de poser les clôtures et d’installer les abreuvoirs, puis les terrains ont été mis à disposition du dernier éleveur de la


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commune à travers un bail rural. Celui-ci a eu la tâche d’entretenir le terrain ainsi réhabilité, grâce au pâturage de ses animaux et à un débroussaillage complémentaire. Grâce à un investissement conséquent de l’éleveur, les objectifs ont été atteints.

Conscient du travail que cela demande et du peu de valeur alimentaire que fournira le terrain au début, l’AFPa n’a pas demandé de loyer les 2 (ou 3 ?) premières années.

Au-delà de la réouverture du paysage, les propriétaires et habitants de Schorbach sont également sensibles à une certaine préservation de l’environnement sur leur commune.

En conséquence :

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Le terrain n’a pas été complètement déboisé : des haies, bosquets et arbres isolés ont été préservé (15% du boisement initial), pour ombrager les futures vaches au pâturage, diversifier le paysage et servir d’abris aux animaux sauvages ;

Des nichoirs ont été posés dans certains de ces arbres afin d’accueillir des oiseaux ;

Un cours d’eau qui traverse une parcelle a été aménagé pour que les bêtes puissent traverser et boire sans mettre les pattes dans l’eau, ce qui dégraderait les berges et la qualité de l’eau ;

Le semi de graines de prairies comprend des fleurs mellifère afin d’accueillir des abeilles. Des

ruches ont été implantées dans le parc ;

Le déboisement à mis à jours d’anciens vergers, malheureusement abandonnés depuis trop longtemps pour être réhabilités. D’autres ont été plantes pour les remplacer ;

En signant le bail, l’agriculteur s’engage à n’utiliser aucun pesticide ni engrais chimique sur le parc de l’AFPa. Cet engagement n’a aucune valeur juridique, mais s’il le rompt, l’éleveur s’expose à la désapprobation des habitants. Il s’agit donc plus d’un contrat moral, qui traduit bien le fait que les propriétaires et habitants du village se sentent concernés par la gestion de leur paysage, en commun.

Prise en compte du territoire et de la volonté de la population (et donc de la « diversité locale ») A noter toutefois que cette prise en compte de l’environnement correspond à la vision des propriétaires et des habitants de Schorbach, et ne correspond pas systématiquement avec une gestion conservatoire idéale pour l’environnement. Par exemple, pour maximiser la biodiversité, une gestion conservatoire aurait gardé davantage de boisements, et surtout des zones de fruticées (friches) qui abritent de nombreuses espèces. Pour les membres de l’AFPa, cette gestion va à l’encontre de leur volonté de paysage «  propre  » et entretenu et n’est pas envisageable.

Au terme des travaux, la gestion en commun de ces terrains a atteint ses objectifs, puisque qu’une ouverture de taille consé-


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quente a été pratiquée dans la forêt, de façon concertée et en suscitant l’adhésion du village. Il a donc été décidé en 2013 de proposer une extension de cette AFPA.

provenant de 3 agriculteurs différents (dont celui déjà installer sur le premier parc) ne viennent se charger pâturer les terrains.

Le projet était cette fois bien plus conséquent, puisqu’il concernait plus de 30 ha, en 5 entités. Pour l’une d’entre elle en partie toujours en prairies, un accord de gestion a été trouvé avec le propriétaire. Pour une autre (Rinnnerbruinnen), il s’agit d’un terrain entretenu depuis plusieurs années par le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, dans le cadre d’un programme de gestion écologique des friches. Schorbach étant sortie du Parc en 2013, l’AFPa repris la gestion de cette parcelle et trouvé un agriculteur pour l’exploiter dans sa continuité.

Les travaux de reconquête paysagère prennent donc de l’ampleur et devraient permettre aux villageois de gagner en ensoleillement, et d’avoir à nouveau vue sur des espaces agricoles.

Pour les 3 autres (Garsten, Derenberg et Hungst), des travaux de déboisement importants sont nécessaires. L’équipe de bénévoles, majoritairement retraités, ayant pris de l’âge depuis les derniers travaux, il a choisi de faire appel à une entreprise, par marché d’appel d’offre. Un exploitant de bois d’une commune voisine a été retenu.

Une gouvernance multi-niveaux Des aides ont été demandées à la commune, le Département, la Région et le Massif des Vosges pour financer cette opération, dont le montant total prévisionnel s’élève à 165 000 €.

Les travaux forestiers ont commencés l’hiver 2013-2014, et devront se terminer au printemps 2015 par un semi d’herbe. La pose des clôtures par un prestataire est ensuite prévue, avant que 3 troupeaux,

!

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En s’assemblant entre propriétaires, les habitants de Schorbach ont pu dessiner le paysage autour de leur village selon leur volonté, et rendre des terres en friches à l’activité agricole. La procédure de l’AFPa, en donnant un cadre légal, en reconnaissant l’utilité publique du projet, à apporté une légitimité au projet et à permis de dépasser les minorités de blocages. L’association a également donné une visibilité au projet au niveau des institutions publiques, permettant une reconnaissance et l’apport d’aides financières.

De l’émergence de l’idée au lâcher des vaches dans le Parc, c’est toute une chaîne d’acteur qui s’est mobilisée, guidée par la volonté des Schorbachois. Elus, propriétaires, habitants, techniciens, forestiers se sont succédés, chacun apportant sa pierre à l’édifice jusqu’à l’aboutissement du projet.

Au-delà de la réhabilitation paysagère, la réouverture a permis de retrouver « le paysage d’antan  », celui où les habitants vivaient des ressources du village, en travaillant la terre. Ce que recherchent les Schorbachois à travers ce projet est aussi immatériel  : c’est le sentiment d’agir, au niveau local, afin de préserver ensemble un patrimoine commun.



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 Schorbach : une histoire marquée par la guerre Située entre la frontière allemande et la ligne Maginot, le village de Schorbach a été évacué dès le début de la seconde guerre mondiale. Les habitants ont été déplacés en Charente, puis dans le Saulnois. Lorsqu’ils sont revenus, après la Libération, ils ont trouvé leur vilL'AMEM a pour mission  d'engager des aclage rasé à 90% par les combats. La longue reconstruction qui s’est ensuivie a marqué les tions dans l'intérêt du développement économique et social du territoire et de valoriser décennies suivantes. les paysages et la biodiversité.

Acteur historique du développement agricole et des opérations de restauration paysagère et du cadre de vie, l'AMEM propose d'agir avec une grande transversalité sur le développement rural, notamment par le biais de l'agriculture : foncier, mesures agro-environ-

! L’Association Mosellane d'Economie Montagnarde (AMEM) est une association de loi 1908 qui couvre, depuis 1979, un territoire de  65 communes du Massif des Vosges.

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THINKERS

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THINKERS TERRITOIRE, NATURE & CULTURE Valérie Chansigaud, Chercheuse, C.N.R.S. La nature des uns n’est pas celle des autres, ou comment comprendre les différences culturelles Dans un lumineux texte de 1866, Du sentiment de la nature dans les so- ciétés modernes, le grand géographe français Élisée Reclus (1830-1905) s’interrogeait sur les différences de perception et d’amour de la nature entre les peuples français, allemand et anglais. Reclus avait vécu en Allemagne et au Royaume-Uni et disposait des connaissances nécessaires pour un tel exercice. Il y détaille la passion pour l’activité physique des Britanniques notamment l’alpinisme car ceux-ci sont parmi

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premiers à s’être attaqués aux cimes alpines. Pour Reclus, il s’agit d’un mélange d’amour, de goût pour le risque, d’orgueil mal placé. En comparaison, les Allemands lui paraissent moins audacieux, mais plus réfléchis et, surtout, plus attachés à une démarche que concilie l’amour de la nature – marquée par l’importance donnée à la sensibilité et à l’art – et l’étude précise et détaillée de cette nature. Alexander von Humboldt (1769-1859) illustre parfaitement cette alliance harmonieuse entre l’héritage du Romantisme et l’esprit analytique des Lumières. Dans tous ses écrits, le célèbre savant prussien souligne que l’étude systématique et quantifiée de la nature n’est que la première partie de son programme scientifique, la seconde consiste à prendre le temps d’être sensible à ses émotions, notamment face aux paysages grandioses.

Reclus dresse un portrait très différent des Français : «  plus sociables que les Allemands et les Anglais, ils supportent plus difficilement la solitude ou même l'interruption temporaire de leurs relations habituelles. […] ils redoutent instinctivement la nature sauvage où l’homme ne trouve d’autres compagnons que les arbres, les rochers et les torrents  ». Il poursuit en soulignant que la nature que les Français comprennent et qu’ils aiment le plus à regarder, est celle qui montre les «  marques de l’industrie de ses semblables  », car ainsi «  la nature, façonnée par le travail, s’est humanisée pour ainsi dire, et le spectateur aime à s’y retrouver lui-même dans l’œuvre commune  ». Reclus cite Châteaubriand qui n’aimait pas les montagnes et qui avait écrit dans son Voyage au Mont-Blanc de 1806 que  : «  ces lourdes masses ne sont point en harmonie avec les facultés de l’homme et la faiblesse de ses organes  » et que les montagnes ne participaient à un beau paysage que de loin « lorsqu’au fond d’un horizon vaporeux [les monts] s’arrondissent et se colorent dans une lumière fluide et dorée ».

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L’analyse de Reclus est loin d’être isolée. Ainsi Stendhal regrettait, dans les Mémoires d’un touriste de 1854, que « par malheur il n’y a pas de hautes montagnes auprès de Paris : si le ciel eût donné à ce pays un lac et une montagne passables, la littérature française serait bien autrement pittoresque  ». Édouard Droz (1855-1923) affirme lui aussi, dans son court essai Sur le sentiment de la nature dans la littérature française de 1897, le manque d’intérêt des Français pour la nature  : «  Si Robinson Crusoé avait été français, il serait mort d’ennui. Au contraire un Anglais ou un Américain s’enfonce dans une solitude où il ne pourra entretenir aucun être vivant. Quand il aura construit son home, il saura mieux que nous se contenter de la nature comme amie ».

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La différence d’intérêt pour la nature entre Français, Allemands, Britanniques et Américains est parfaitement repérable dans de nombreux domaines. Le premier exemple est celui de la littérature sur la nature (ou Nature writing), un genre d’ouvrage apparu à la fin du XVIIIe siècle. The Natural History of Selborne (1789) de Gilbert White (1720-1793), paru en 1789, peut être considéré comme l’une des pierres fondatrices de ces ouvrages, non pas parce qu’il est le premier du genre, mais à cause de son immense succès avec plus de 200 éditions différentes depuis sa première parution (ce qui en fait le livre de langue anglaise le plus lu après la Bible et Shakespeare). Le projet de White est simple : décrire minutieusement la nature autour de chez lui. La qualité littéraire de l’ouvrage est réelle sans qu’elle réduise pour autant l’exactitude naturaliste. Ce type d’œuvre se caractérise par son sujet central, la nature, par la précision du propos et par l’absence de fiction. Certains des ouvrages des auteurs les plus célèbres (John Burroughs ou Rachel Carson, par exemple) se sont vendus à des centaines de milliers d’exemplaires, signe de la passion suscitée par cette littérature.


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On peine à trouver des ouvrages similaires en France mais, même si certains auteurs accordent une grande place à la nature (on peut penser à l’œuvre de George Sand par exemple), elle est toujours le décor d’une trame narrative et fictive. Seul Jean-Henri Fabre (1823-1915) réussit, dans ses Souvenirs entomologiques, à conjuguer description de la nature et qualité littéraire, mais Fabre constitue un exemple unique et atypique.

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Une autre indication de la relation très particulière des Français à la nature est repérable dans l’histoire de l’écologie et de l’éthologie, car du moins avant les années 1970, ces disciplines ne comptent aucun scientifique français. L’écologie n’est enseignée en France qu’après la Seconde Guerre mondiale et se limite alors à quelques universités. Les raisons du désintérêt pour l’écologie sont complexes : la passion française pour le néolamarckisme a été probablement un frein ; le goût pour les systèmes philosophiques conduit à un certain mépris pour l’observation de terrain, pourtant à la base de l’écologie, etc.

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L’histoire de la protection de la nature fournit un dernier exemple. Plusieurs études réalisées au début du XXe siècle affirment que si l’on parle beaucoup de la protection de la nature en France, elle n’est que rarement mise en pratique. Les effectifs des mouvements de protection des oiseaux confirment ce jugement : à la veille de la Première Guerre mondiale, les sociétés allemandes comptent plus de 80  000 membres, les sociétés britanniques environ 70 000 membres et les sociétés américaines – un décompte difficile à cause du grand nombre de structures – certainement plus de 100 000. En France, la Ligue pour la protection des oiseaux (créée en 1912), ne compte seulement que quelques dizaines de membres !

L’historien peine à expliquer les causes de ces différences d’un pays à l’autre. Cette tâche est d’autant plus difficile que l’on observe le même jeu de diffé37

rences dans la perception et l’intérêt pour la nature d’une région à une autre. Ainsi, les populations du midi de la France se sont opposées, avec efficacité, depuis les années 1850 à la protection des oiseaux, tandis que d’autres régions, certaines limitrophes, montraient une réelle mobilisation pour cette question.

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Il faut bien voir que la question des différences culturelles est essentielle pour mettre en place une protection efficace de la nature et des ressources naturelles. Le mouvement de protection de la nature en Europe se heurte dès ses débuts à l’impossible entente entre les peuples : ce qui est considéré comme essentiel ici (en termes de protection des espaces ou des espèces, de régulation de la chasse ou des pratiques agricoles, etc.) est jugé comme inacceptable là. Très tôt, on observe qu’un processus de «  réalisme  » prévaut dans les discussions internationales aboutissant à la signature de traités ou de conventions ad minima, comme la Convention Designed to Ensure the Conservation of Various Species of Wild Animals in Africa Which Are Useful to Man or Inoffensive de 1900 ou la Convention internationale pour la protection de tous les oiseaux qui rendent service à l’agriculture de 1902. Mais ces textes, pourtant le fruit de décennies de discussions, ne sont jamais vraiment appliqués.

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Il est facile de fournir des explications à ces variations culturelles, mais dès qu’on les examine attentivement, on découvre leur imprécision. Ainsi, on a souvent avancé une explication de nature religieuse : le protestantisme conduirait ainsi à un intérêt plus grand pour la nature que le catholicisme. Mais comment alors expliquer que l’Autriche ou la Hongrie, à majorité catholique, se soient engagées dès le milieu du XIXe siècle en faveur de la protection de la nature, à la même époque que d’autres régions germanophones et protestantes  ? Une autre explication se base sur le caractère rural de la France,


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par rapport à l’Allemagne ou l’Angleterre, bien plus industrielle ou urbaine. Mais quel est le facteur qui serait actif : la distance à la nature permise par les villes  ? l’intérêt pour la régulation sociale typique de centres urbains densément peuplés  ? le développement d’une classe aisée disposant du temps et des connaissances pour s’intéresser à la question de la nature  ? l’importance des mouvements réformistes et moraux issus de la société civile et urbaine ?

!

On voit dès lors la richesse et l’importance de l’étude historique des différences culturelles dans l’intérêt pour la nature.

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Ce type de recherche est loin d’être un simple jeu d’érudition car il permet de mettre en lumière la complexité des situations, de mieux comprendre comment se formalise la relation à la nature, d’étudier de la façon dont les échanges culturels s’établissent, comme les concepts se transforment lorsqu’ils changent de pays, etc.

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Or, toutes ces questions sont au cœur des questions environnementales contemporaines.

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THINKERS EDUCATION FOR HARMONY

These are a few fundamental questions which we all have to think seriously about; if we do not get the right answer at the right time, then we will spoil our lives and our society too. Needless to say, the world is deteriorating, as we have not yet addressed these issues within education.

(from a Ghandian Perspective)

However, the modern education system has become superficial and materialistic; it focuses more on physical things, and the results appear to be destructive. Today, people are becoming more negative: suicide cases are increasing, violence is on the rise, egoism is damaging relationships, and environmental exploitation is a pressing matter.

By Dr. Chinta Mani Yogi, NĂŠpal What is Education? * Is education only for success or peacefulness?

* Is education for only knowing the world or for knowing ourselves?

* Is education about competing with others or cooperating with others?

* Should education be only book-based or life-based?

* * Is education only training or awakening?

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!

What is the root of these problems which we experience in our day to day lives? I think they are the consequences of imbalanced human attitudes. The modern education system has addressed the physical issues, but has not embraced the spiritual aspects of human life.

! Education for Peace !

* Why are we divided as a society and as individuals? * Why are we not at peace in spite of our physical comforts? * Is education only an Art of Living, or is it the Art of Life? * Should education be mindcentered or heart-centered? * Is peace to be achieved


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or practiced?

!Modern development is threatening the peaceful coexistence of humanity. Our minds are sharp but not balanced; our quality of living is high but life is still hollow and artificial; our bodies are healthy but our souls are crying; we are advancing intellectually but lagging spiritually. Many worrying questions have arisen from the modern education system.

In ancient times education was balanced, as it placed emphasis on four human achievements: Purusartha- dharma, artha, kam, and mokshya, meaning ethics, prosperity, sexual relationship and liberation. The ultimate purpose of education was to produce a rounded, holistic human being. The teachers played the role of sadhus; they were referred to as aacharya or guru. They were role models for how students ought to live their lives.

Most achievement is external, but peace is realised from inside; it cannot be bought, but can only be grown from within. Therefore, education should nurture the seeds of peace in children from a young age. How could one exist without peace? So the Vedas say, “Shantireva Shanti” (‘May there be peace in peace’), and the Geeta also says, ''Ashantasya Kut Sukham?'' (‘How can a restless person have true comfort or joy in life?’).

The Geeta says, ''Gyanat shanti anantaram'', meaning that one can only have peace through wisdom, or peace as an outcome of wisdom. Therefore, we must ask ourselves what we are providing our students with: knowledge or wisdom? Are we only teaching them how to make a living, or are we giving them the tools with which to face life's various challenges?

Education for Harmony

* Why do we harm others?

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* Do we live productively or beautifully?

* Can one exist in isolation?

* Can we have harmony without humanity?

* Is education about information or personal transformation?

It is evident that modern life has become like a blind race; we are all running, but we do not know where the finish line is. We feel no guilt in exploiting others in order to achieve our goals. We have forgotten that the most important goals are reached when we work in a spirit of unity and not individually. After all, we are social beings, and we need to develop an environment of mutual cooperation in order to grow together.

The Vedant philosophy speaks of adwait, meaning ‘non dualism’. We all are manifestations of the same supreme consciousness, or Brahman; we all have the same spirit or quantum energy. The Vedas also say ''Ekam Sat Vipra Bahudha Vadanti'' - there is only one truth or ultimate reality - but that the intellectuals (pundits) address it differently.

The Upanishad says ''Saha na-vavatu saha nau bhunaktu saha veeryam karavavahai...” - ''let us live together, let us eat together, let us strengthen ourselves together, let us enlighten ourselves together, let us not be jealous of each other''. In spite of our awareness of this message of togetherness, we are trying to isolate ourselves from each other. Although we talk about the idea of ‘global family’, in reality we are teaching our children to be isolated and distinct from others from a very early age. How sad!

Modern education is producing machines, and we are losing sight of human values. The greatest enemy of man is man himself, and the world is becoming a more threatening place in which to live. The ancient vedic message ''Vasudhaiva Kutum-


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bakam'' (‘global family’) is merely a slogan and not a part of our daily lives.

Gandhi's Thoughts on Ethics in Education 

Throughout his life, Gandhi practiced what he preached, as he believed that his life was his message. He would always find the time to pray, as it was in prayer that he found inspiration, healing, and the strength with which to live through the turbulent times in his life.

Gandhi’s prayer ''Sab ko Sammati De Bhagavan'' teaches that we should nurture wisdom and the right attitude within ourselves. We need both sammati and mati - goodness of heart for truth of mind: mati, our logical faculty, is nothing without sammati, the goodness without which we cannot attain the truth. The Vedas also say, ''Pragyanam Bramha..... Satyam Gyanam Anantam Bramha.... Rite Gyanat Na Mukti...”.

Gandhi did not discriminate on the basis of caste, colour or creed. He highlighted the issues of Dalits, or ‘untouchables’, by giving them a new name - Harijan - meaning that they too are the children of Hari (God). He strove to educate Harijans because it was illiteracy which suppressed them. He made an ethical appeal to the government and all stakeholders to offer education to Harijans in order to bring them into mainstream society.

Gandhi had great respect for the teachings of the Geeta. He followed the teachings through both the highs and lows of his life – he said that the Geeta was his mother (geeta mata). The Geeta is a source of great wisdom of Eastern philosophy. But how can we embrace this wisdom in our modern education system? How can we instill positive ethics within our youngsters? How can we enlighten our so called intellectuals, who have been blinded by their imbalanced modern education? We can achieve this by bringing 41

the message of the Geeta into practice in our daily lives. Therefore, a school’s ethos ought to have the teachings of the Geeta at its core.

Gandhi was assured in his proclamation “my message is my life” because there was always consistency between his words and actions in his highly moral life. Neeti Vachan also says - ''Gyanam Bhar Kriya Vina'' - knowledge is useless if it is not used in our own lives. We should use our knowledge to develop selfless, openminded people, devoted to ''truth, love, peace, selfless service and non-violence.''

There are two main ways of changing the society: Political Revolution (PR) and Social Reformation (SR). Gandhi chose the path of SR: PR can sometimes be destructive, but SR is always constructive; PR can be fast but is not always sustainable; PR can be attractive but is not always holistic; PR is mainly based on power, but SR is based on people. PR can change the system, but SR can change the attitude. Therefore, we need an education system which encourages our youngsters to have a holistic view of development.

Satyagraha was the motto of Gandhi’s life. Once he was told, “Gandhi-ji, you are great, as you are fighting against the Britons”. He replied very peacefully, ''I am not fighting against anyone, but I am fighting only for the truth”. 

Gandhi gave a new model of leadership: servant leadership. A true leader should lead his or herself before leading others. He or she should be a true example for his or her followers and friends, and should have compassion for all humanity.

Once, some people came to meet Gandhi with newspapers. They said to him, ''Look Gandhi-ji, how many Hindus have been killed?'' The next day, another group of people came and shouted, ''Look, how


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many Muslims have been killed?'' Gandhi said to them, ''Stop talking nonsense. Do not ask how many Hindus or Muslims have been killed, but rather ask “how many people have been killed?”

Gandhi followed the eastern living style. He had lived a tyagmaya jeevan, meaning a simple life of renunciation. Although he was educated in England and brought up in a high class Brahmin family, and initially had aspirations of fortune, he changed his way of life in favour of simplicity and became known as Mahatma - a ‘great soul’. He used to say, ''Need can be fulfilled, but greed never''. Simplicity is the foundation of spirituality. However, the modern education system is making people more prone to temptation and selfishness. When Gandhi was told, ''Oh Gandhi-ji, you are great, as you are fighting for India's freedom'', Gandhi would reply, ''Actually, I am fighting for my own freedom.'' In fact, education's ultimate purpose is freedom, and only freedom (mukti) – “Sa Vidya Ya Vimuktaye”.

Just as the light of sun is equal for all, developing every individual should be the main aim of education. All individuals should get the chance to awaken themselves through education. We have a famous saying ''Tamaso ma jyotir-gamaya”, meaning “May we lead our lives towards true light and away from darkness”. Egoism, hatred, jealousy, and negativity are the darkness which spoil our lives. The Charkha (the hand-making of fabric) was one of the strongest tools that Gandhi had to change individual lives, as all could become autonomous through labour. However, today we must question what we want: bigger or better? If a Charkha also can make a positive sustainable change in the society, then why do we call for huge economic industrial revolution? 

! !

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Conclusion

People who are illiterate struggle in their daily lives and worry for their survival, but people who are educated and successful are also deeply troubled, as their hearts are crying for a peaceful, harmonious life. Our modern society is lacks balance. The Geeta says, ''Samata.... Samatwam Yoga Uchyate'', and Guru Gorakhnath says, ''Sahajai Rahiba''. It is only possible to achieve this through the effective application of Values Based Education or Ethics in Education, or by reviving our ancient Gurukul education system.

Progress is needed for contemporary human society, but what use is progress if it is not grounded in peacefulness? Education is unavoidable, what kind of education do we seek to promote? How will we enjoy life if education disconnects us from our roots, families and values?

Gandhi's philosophy regarding social issues, global challenges, life, and education can provide peaceful solutions to many pressing issues which are damaging human society. We undoubtedly need development, but this must be an environmentally-friendly development. We need education for all but this should be life-friendly education. We need science and technology, but with conscience and spirituality.

 

Dr. Chinta Mani Yogi
 Founding Principal - Hindu VidyaPeethNepal (HVP)
 Founding Chairperson - Shanti Sewa Ashram (SSA)
 Patron - Youth Society for Peace ( YSP)
 Founder - Society for Value Education (SVE)
 Chairperson- Nepal Inter-faith Movement (NIM) Co-ordinator- GNRC-Nepal
 PO Box: 6807, Kathmandu,Nepal; Ph. 00977-1-5527924 /5006125 www.cmyogi.org ; www.hvpnepal.org;  www.peaceservicenepal.org.np; www.childrenspeacehome.org



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PRATICIENS

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PRATICIENS BIEN COMMUN & AGENCES D’URBANISME Par Brigitte Bariol, FNAU, Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme En Novembre 2014 la Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme (FNAU) à organisé à Paris sa 35e rencontre annuelle sous le titre « A la recherche du bien commun territorial ».

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L’approche par les communs a encore peu « percolé  » dans l’action territoriale et la FNAU a souhaité questionner l’action urbaine sous l’angle des communs, dont la philosophie fait écho à l’ADN partenarial des agences d’urbanisme. Elles sont effet des outils d’ingénierie publique qui réunissent des collectivités de

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toutes échelles : intercommunalités et communes, régions et départements, mais aussi l’Etat, divers acteurs de l’aménagement du territoire aussi divers que les universités, les chambres consulaires, les acteurs de l’énergie, du foncier…. avec pour objectif de conduire en commun des missions d’observation et de prospective et de produire des politiques partagées sur l’urbanisme et le développement territorial durable.

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Les agences d’urbanisme travaillent sur des « communs territoriaux  » aussi variés que les espaces publics d’une ville, la mutation des campus universitaires dans la ville, la valorisation de patrimoines urbains et naturels ou des trames vertes et bleues sur de grands territoires, ou encore l’évolution des système de mobilité

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Ainsi l’agence d’urbanisme de Bordeaux a-t-telle récemment animé un « grenelle des mobilités » qui a ras- semblé tous les acteurs : entreprises, usagers, gestionnaires de réseaux pour travailler de manière collaborative à formaliser des solutions innovantes qui n’auraient pas émergé dans une approche strictement institutionnelle.

Sont en émergence de nouveaux systèmes de construction des projets mais aussi de nouveaux modèles économiques de l’action territoriale, fondés sur des partenariats 4P « partenariat public privé et population  » car l’action des individus dans les processus de décisions et de gestion est devenue un enjeu-clef. La 35e rencontre de la FNAU a aussi montré tout le rôle d’un «  capital territorial immatériel  » (relations de confiance entre les acteurs, systèmes de coopération….) dans l’attractivité et la résilience des territoires. Le réseau des agences d’urbanisme est aujourd’hui convaincu que l’action publique peut être renouvelée par les processus de «  bien commun » : un beau chantier de réflexion pour conduire le changement.

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PRATICIENS LA VILLE ELEMENTAIRE Par Nathalie Cecutti, architecte et urbaniste de l'Etat, spécialiste ministé- rielle en "Habitat, Aménagement, Villes et Terri- toires »

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La ville élémentaire : quel retour vers le futur ?

Le concept de ville élémentaire propose une vision de la pensée du Bien commun.

On peut comprendre aisément ce que signifie ce concept de "ville élémentaire" quand on le rat- tache à ce qui fonde la ville de tous temps : un espace vivant d'interrelations humaines, érigé stratégiquement dans un site naturel

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propice au développement des activités humaines et bénéficiant des ressources nécessaires à sa survie en relation avec sa région proche. 


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Les « éléments »

Plus précisément, qu'entend-on par "éléments" lorsqu'on s'intéresse à la ville ?


 A l'évidence, l'"eau" et l'"air" se comprennent naturellement, et leur traitement renvoie à l'assainissement, l'épuration, la préservation, mesures d'autant plus importantes qu'il faudra remédier aux pollutions occasionnées et éviter d'en produire de nouvelles.

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Quant à la "terre", il se manifeste par l'espace bâti et l'espace naturel, dont on perçoit le déséquilibre urbain au détriment du second. On sous-estime pour ce dernier le rôle majeur dans l'atténuation des effets du changement climatique, outre ses fonctions de support à la biodiversité et de récréation vitale pour les citadins.

Enfin, relativement au "feu", ce sont tous les aspects énergétiques qu'il s'agit de considérer, aussi bien en termes de flux (transports, activités, habitats,...) que dans l'approvisionnement, les échanges, et les déperditions énergétiques en tant que telles - et notamment avec la montée en puissance de la smart-city. ! Force est de constater qu'aujourd'hui, si l'on déploie des instruments et des actions de dépollution, de restauration, de préservation, - inscrits par exemple dans le récent Plan National Santé Environnement - ceux-ci semblent encore insuffisants au regard des efforts consacrés aux domaines de l'énergie pour plus d'efficacité et de sobriété. La ville par et pour les hommes! Retrouver la ville pour les hommes, "où il fait bon vivre" - comme on a coutume de le prononcer dans di- vers cénacles - sera le grand défi de ce siècle, et passera inévitablement par le rééquilibrage de tous ces éléments, en agissant de manière massive, à la hauteur et dans la réversibilité de la croissance "inconsciente" et effrénée des villes depuis le XIXème siècle.

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PRATICIEN VOULOIR, SAVOIR, POUVOIR COPRODUIRE LE TERRITOIRE ! Par Romain Lalande, Coopaxis ! Les Pôles Territoriaux de Coopération Économique 
 La loi de l’Économie Sociale et Solidaire du 31 Juillet 2014 définit un concept nouveau : les Pôles Territoriaux de Coopération Économiques (PTCE). Le développement de ces pôles, qui trouvent leur origines dans les nombreux projets de coopération observés à l’échelon local, est porté par un inter-réseau national1 depuis 2011. Ce travail collectif a permis un appel à projet porté par trois ministères en 2013 qui aboutira au financement de l’émergence et du développement de 23 de ces pôles. Si les (biens) communs n'apparaissent pas explicitement dans cette définition lé-

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gislative, ils peuvent en devenir un élément central.

Les PTCE ont vocation à regrouper les parties-prenantes du territoire (collectivités, acteurs de l'ESS, entreprises, citoyens) afin de favoriser leur action collective. Bien qu'ils s'organisent chacun autour d'une thématique qui leur est propre, les PTCE portent l'ambition de faire évoluer les postures des acteurs au niveau local.

Ainsi, ils font vivre quotidiennement des pratiques du faire-ensemble qui permettent de susciter davantage de transversalité entre les services d'une structure en interne, et de réduire les silos qui cloisonnent les acteurs entre eux. Globalement il s'agit de faciliter les liens entre l'ensemble des usagers du territoire pour le construire collectivement.


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Naissance de CoopAxis A Tours, peu de liens et de projets collectifs existaient entre acteurs du numériques. D’autre part les autres acteurs s'approprient encore peu le numérique et ses usages. Ce constat est notamment partagé par la CAE Artefacts (coopérative culturelle et numérique), le Cré-sol (réseau d'acteurs de l'économie solidaire) et Nékoé (pôle d'innovation par le service). Profitant de l'appel à projet national PTCE lancé en 2013, ils s'associent à des collectivités, associations, entreprises et chercheurs pour construire ensemble le projet de PTCE CoopAxis.

CoopAxis a pour vocation de permettre l’émergence, l'accompagnement et le développement de projets d'innovation sociale sur son territoire d'intervention en s'appuyant sur des coopérations durables et sur des outils du numérique ouverts et accessibles. Pour cela, des infrastructures sont développées collectivement au service de tous et reliées par l’intermédiaire de CoopAxis (InfoLab, LivingLab, Financement Participatif, FabLab,...). Il faut comprendre ce pôle comme un écosystème communiquant et non comme une structure centralisée qui porterait des dispositifs. Le numérique n’y est pas considéré seulement comme une filière porteuse de développement économique local, mais surtout comme un fait social total. Omniprésent dans notre société, le numérique constitue un élément de culture générale que chacun doit s'approprier s'il ne souhaite pas en être un simple consommateur, sujet d'un monde qu'il ne maîtrise pas. CoopAxis et les communs

Notre 21e siècle redistribue les cartes, particulièrement en terme de circulation de l'information et des connaissances. Il devient de plus en plus simple de s'organiser en grand nombre et de dupliquer les savoirs pour un coût qui tend vers zéro. 49

Nous ne pouvons dès lors plus attendre passivement qu'une grande organisation centralisée s'implante localement en promettant une création immédiate et importante d'emploi.

L'avenir appartient désormais aux multiples structures de taille moindre qui sauront tirer profit du numérique, d'une part, pour s'organiser collectivement de manière distribuée et, d'autre part, pour assurer le partage des connaissances qu'ils produisent. Licences libres, innovation sociale ouverte, développement du pouvoir d'agir, sont un échantillon des modes de faire que partagent les acteurs de CoopAxis et que nous pouvons relier à la notion de communs.

Si le terme de « communs  » n'est réellement appréhendé que par une minorité au sein du pôle, de nombreuses réalités opérationnelles s'y retrouvent pleinement (en terme de processus à l’œuvre et de finalité poursuivie).

Les deux premiers axes prioritaires de CoopAxis ont vocation à penser le territoire comme un commun géré collectivement par l'ensemble de ceux qui en ont l'usage. Il s'agit ici de constituer le capital immatériel du territoire en augmentant durablement les capacités et l'habitude des acteurs à coopérer par des projets collectifs impliquant chacun (collectivités, citoyens, entreprises, ...). L’enjeu est de permettre plus de transversalité et de pouvoir d'agir en brisant les silos pour finalement aboutir à un territoire co-produit.

Les trois derniers axes s’intéressent à la production et à la mise à disposition de communs de la connaissance. CoopAxis s'attache à permettre la production de connaissances et leur transmission en documentant au maximum (sous licence ouverte) de ses réalisations. De plus, l'OpenData est accompagné localement en fournissant aux détenteurs de données des opportunités d'usages concrètes qui donnent à voir l'intérêt de cette ouverture.


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En évoluant dans cet environnement, les projets (et leurs porteurs) soutenus par CoopAxis sont mis en situation d'usage et de production de communs et seront plus à même d'adopter des pratiques qui y contribuent.

Vers des représentations partagées De par sa complexité, il n’est pas évident de construire un discours clair sur le projet qui permette à d'autres de le comprendre et donc de se l'approprier. Cette année a donc surtout permis de resserrer les liens entre les acteurs déjà impliqués, notamment à travers différents groupes de travail ou projets collectifs.

Certains membres ont eu des difficultés à s'impliquer, du fait du manque de représentation réellement partagée du projet. La communauté qui devait être un préalable à ce projet collectif n'était finalement pas suffisamment constituée et la réponse à l'AAP est peut être intervenue prématurément. Toutefois, les financements obtenus ont permis de rémunérer des contributions qui étaient jusque là bénévoles, L’énergie des acteurs qui portaient ces contributions se seraient certainement essoufflée sans cela. Ici, le frein à la participation n'est donc pas financier, mais bien culturel.

L'identité, les pratiques et les valeurs que porte CoopAxis doivent aujourd'hui être mieux appropriées par ses membres, et mieux comprises de l’extérieur. Nous constatons que le numérique est encore trop largement perçu comme une filière alors qu’il constitue une véritable révolution systémique un enjeu transversal. La question des communs est également observable sous cet angle : elle n'est portée que par quelques personnes, alors même que chacun en produit. Un élément déterminant pour 2015 sera la formalisation et l’appropriation des éléments définissant CoopAxis.

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Un travail précisant et clarifiant l’apport de CoopAxis sera bientôt restitué et permettra d’améliorer la représentation partagée des enjeux. Certains projets accompagnés fin 2014 font d'ailleurs intervenir de nouvelles structures, ce qui laisse présager une meilleure lisibilité du projet (interne/ externe) en 2015.

La contribution des individus et sa rétribution Pour animer l'éco-système, de nombreuses compétences, très diverses, étaient nécessaires : plusieurs mi-temps ont été imaginés (coordination, lien avec les acteurs politique de la ville, ...). Pour les salariés, l'équilibre entre plusieurs activités est parfois difficile à trouver et le bénévolat n'est jamais bien loin du fait de leur forte implication et de la proximité entre leurs missions salariés et leurs engagements annexes. Une réflexions approfondie en terme de gestion des ressources humaine est ici primordiale pour assurer de bonnes conditions de travail dans un contexte où il ne faut pas laisser le projet collectif prendre le pas sur l'individu qui y contribue.

La contribution de CoopAxis aux communs est en partie financée, mais une large part des contributions (alimentation du wiki, . . .) restent bénévoles. Si nous percevons la gestion du territoire en commun et le partage des connaissances comme un moteur de résilience locale, les modèles économiques associés restent à trouver. Nous l'observons lorsque du temps bénévole est dédié à la documentation des projets, mais également quand nous abordons l'OpenData avec certains producteurs de données dont les modèles économiques reposent largement sur l'accaparement de données pourtant financées par des fonds publics. L'enjeu est d'imaginer ensemble d'autres manières de rétribuer la production de valeur, l'utilisation d'unités d'échanges inter-entreprises (Barter) et le développement de


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nouveaux services autour des données pourraient être des pistes.

Du changement de pratiques au changement de posture Au delà des entreprises, c'est également les collectivités, et notamment celles qui financent l'Innovation Sociale qui doivent ré-interroger leurs pratiques. Un fort intérêt pour CoopAxis s'est traduit par différents financements publics. En revanche, pour rendre compte des résultats produits grâce à ces financements, les indicateurs retenus et les modes d'évaluation n'ont pas évolué. Si l'acteur public souhaite voir son territoire innover, il devient alors indispensable qu'il construise à son tour des modèles d’évaluation qui prennent compte de l'utilité sociale et de la production de communs. C'est un chantier qui 'il sera plus évident de lancer dans le cadre d'un PTCE que dans un autre cadre puisque les collectivités n'y sont pas présentes en tant que prescripteurs, mais bien en tant qu'acteurs.

Au sein de CoopAxis, si chacun a une place à prendre, les collectivités et les structures « d'action sociale » (centres sociaux, . . .) peinent à y prendre part. Les 51

collectivités ont tendance à être considérées, et à se considérer, comme de simple prescripteurs alors qu'il faudrait tendre vers une forme de co-production d'égal à égal. Dans le cadre de groupes de travail autour de la FrenchTech à Tours, ces postures sont entrain d'évoluer mais c'est un processus long qui ne peut pas être accéléré. Pour Concernant les acteurs sociaux, leur faible participation tient surtout au fait qu'ils ne perçoivent pas le potentiel des usages numérique dans leur quotidien : un mi-temps est dédié à un travail de médiation sur le sujet qui commence à porter ses fruits.

Globalement, les collectivités soutiennent le projet et y perçoivent un fort potentiel d'innovation et de développement économique local. Suite aux élections municipales, nous craignions une remise en question du soutien qui nous était acquis, mais les sujets que nous traitons semblent dépasser les barrières politiques. L'enjeu sera maintenant de dépasser également les barrières culturelles (ces fameux silos) pour aller vers la constitution d'une communauté apprenante. Cette communauté s'appuierait sur une circulation efficace de l'information et des connaissances qui et permettrait à chacun d'avoir conscience des autres et de l'écosystème dans lequel il évolue



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En guise de conclusion Pour demain, l'enjeu est localement de continuer la structuration de CoopAxis en améliorant la lisibilité du projet pour que chacun se l'approprie et que la place des communs soit reconnue et affichée collectivement. Il est également vital que les communautés apprenantes qui tentent de se constituer localement se relient au sein d'une communauté nationale qui dépasse les seuls PTCE financés en 2013. Les pratiques concrètes de l’ensemble des enjeux relevant des projets de coopération et les connaissances qu’elles produisent gagneraient à être partagées (pratiques collaboratives, nouveaux indicateurs d'évaluation, . . .).

Le numérique est un levier qui facilitera l’émergence d'une telle communauté, encore fautil qu'un intérêt pour sa constitution émerge . . . C'est ce qui devra nous occuper en 2015 !

La démarche d'InfoLab Une démarche d'InfoLab s'appuie sur l'ouverture des données afin de permettre leur usage par le plus grand nombre (citoyens, travailleurs sociaux, entreprises, . . .). Cet usage augmente le pouvoir d'agir localement et est garant d'actions plus efficaces puisque construite sur la base de l'ensemble des connaissances disponibles sur le territoire.

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Plus d'informations : http://www.pratiquescollaboratives.net/Mieux-comprendre-pourmieux-agir-en-Region-Centre.html?lang=fr

L'observatoire des usages numériques Suite à un accompagnement à la mise en place d'outils collaboratifs et à leurs usages auprès d'acteurs de l'emploi de l'agglomération de Tours, la réalisation d'une étude en 2013 (http://savoirscom1.comptoir.net/ _media/id37_-_dla_pcv_201312_-_etude_diagnostique.pdf) a débouché sur un observatoire des usages numériques. Le travail de cet observatoire est notamment donné à voir via un wiki dédié (en perpét u e l l e c o n s t r u c t i o n ) : h t t p : / / savoirscom1.comptoir.net/ .

Le crowdfunding local En partenariat avec des acteurs de l'accompagnement en région Centre, une plateforme de locale de financement participatif est en construction. Elle est pensée comme un outil géré collectivement par les acteurs de l'accompagnement. Plus d'informations : https://wiki.coopaxis.fr/projets/crowdfunding_local .

La cartographie participative avec OpenStreetMap (OSM) Dans le cadre de plusieurs projets, la contribution et l'accompagnement à l'usage d'OSM sert de médiateur pour remplir d'autres objectifs (usages numériques, mobilité, remobilisation,…). Nous pouvons par exemple retrouver le SaniKart (http://funlab.fr/funwiki/doku.php?id=projets:sanikart), qui consiste en la modélisation en 3D des données ajoutées sur OSM pour l'intégrer à un moteur de jeu vidéo et pouvoir jouer « dans son quartier » ; ou encore les cartoparties (http://www.cc37.org/premiere-cartopartie-osm/) organisées avec le collectif cycliste 37 en partenariat avec collectivités et entreprises.


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TERRITOIRE, COMMUNAUTES ! NUMERIQUES !

POST ALIO HUIC SIVE

or practiced? Our quality of living is high but life is still holl o w and artificial; our bodies a r e healthy but our souls are crying; we are advancing intellectually but lagging spiritually. Many worrying questions have arisen from the modern education system.

In ancient times education was balanced, as it placed emphasis on four human achievements: Purusartha- dharma, artha, kam, and mokshya, meaning ethics, prosperity, sexual relationship and liberation. The ultimate purpose of education was to produce a rounded, holistic human being. The teachers played the role of sadhus; they were referred to as aacharya or guru. They were role models for how students ought to live their lives.

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Most achievement is external, but peace is realised from inside; it cannot be bought, but can only be grown from within. Therefore, education should nurture the seeds of peace in children from a young age. How could one exist without peace?

• les biens qui se divisent en sa partageant et dont la quantité est déterminée avant tout par la créativité et le travail

So the Vedas say, “Shantirev a Shanti” (‘May there be peac e i n peace’), and the Geeta also says, ''Ashan- tasya Kut Sukham?'' (‘How can a restless person have true comfort or joy in life?’). The Geeta says, ''Gyanat shanti anantaram'', meaning that one can only have peace through wisdom, or peace as an outcome of wisdom. Therefore, we must ask ourselves what we are providing our students with: knowledge or wisdom? Are we only teaching them how to make a living, or are we giving them the tools with which to face life's various challenges?

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Education for Harmony

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* Why do we harm others? * Do we live productively or beau-

tifully? * Can one exist in isolation? * Can we have harmony without humanity? * Is education about information or personal transformation?daily lives.-

sable pour entretenir le bien à long terme ou l'acheminer jusqu'aux utilisateurs ;


humain, comme la plupart des biens industriels et des services à la personne ;

• les biens et services enfin qui se multiplient en se partageant.


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Il est également vital que les communautés apprenantes qui tentent de se constituer localement se relient au sein d'une communauté nationale qui dépasse les seuls PTCE financés en 2013.

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PRATICIEN MOUVEMENT DES COMMUNS ET TERRITOIRE Par Michel Briand, Acteur des réseaux coopératifs

Les communs sont une question émergente. L'école nous a appris à cacher notre copie et à travailler seul plutôt que de co-produire et partager. L'innovation ouverte et réutilisable est encore rare dans la culture des services publics. Les cours des universités sont presque tous fermés à clé derrière des intranet, l'accès aux publications scientifiques est hors de prix.

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Communs et territoires,
 du parcours au pays de Brest au changement d'échelle ?

La diffusion de nos usages du numérique, où un objet numérique peut facilement être copié et diffusé à coût très faible redonne vie cette question un peu oubliée des communs. En trois ans nombre de collectivités se sont ouverts à l'open data, la majorité des cours en ligne de FUN sont réutilisables, l'innovation ouverte des brevets réutilisables gagne le monde des entreprises. Plus dune centaine de fablab se sont créés et développent un culture des fabrications en commun.

Ce que j'aime particulièrement dans l'émergence de ce mouvement des « communs », c'est que chacun-e peut se sentir concerné-e : en choisissant d'uti-

Tout autour de nous dès que l'on y prête un peu attention, les jardins partagés, les recycleries, les tiers lieux, les amap, les coopératives d'énergies

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liser des logiciels libres, wikipedia, en élargissant les droits d'usage de son blog, en mettant une photo sur la médiathèque commons, en réalisant une veille partagée, en interpellant sa collectivité ou son établissement sur la signification du »toute réutilisation interdite» présent sur la plupart des sites publics. Les communs numériques sont tout autour de nous à portée de main.

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UNE BIBLIOTHEQUE COLLABORATIVE ! http://www.intercoop.info/index.php/Autour_des_pratiques_collaboratives ! !

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Les communs numériques au pays de Brest

renouvelables, témoignent de la richesse et de la diversité de ce mouvement des communs en émergence.

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Les centaines de personnes qui font vivre les jardins partagés d'une agglomération n'ont pas conscience d'être parte prenante d'un même mouvement que les développeurs du logiciel libre ou les contributeurs des cartes ouvertes d'Open Street Map, mais au fil des mois les initiatives de « foire à la bidouille  » qui rassemblent les acteurs d'un faire soi-même partagé, les rencontres des territoires en transition, d'alternatiba contribuent à relier les acteurs du Libre, Solidaires et durables autour de valeurs de partage et de coopération.

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Dans un article où je présente la démarche contributive mise en œuvre comme élu local (1995- 2014), la question des communs n'est pas apparue immédiatement. Le réseau des points d'accès publics (105 lieux ouverts en 12 ans), l'appel à projet annuel (qui accompagne une quarantaine d'envies de faire), les sites participatifs qui rendent publics les initiatives, nous ont d'abord appris un « faire avec  », une «  attention à  », un «  donner à voir  » qui créent un climat de confiance et facilitent le pouvoir d'agir.

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L'apprentissage du libre et des pratiques collaboratives

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La notion de communs s'appuie sur une littérature riche (voir une biblio) : nombre de revues ont publié des dossiers, des colloques comme celui des agences d'urbanisme ont mis ce sujet en avant, réactualisant les travaux d'Elionor Ostrom. Le travail de réseaux d'acteurs comme Savoirs com 1, d'association comme Vecam, de projets comme la P2P foundationou Remix the commons formalise et fait connaître les concepts et enjeux autour des communs.

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Mais les communs sont aussi des réalités qui se développent localement sur nos territoires et c'est cette dimension des communs en proximité que je vais décrire ici.

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Je m'appuierai sur des exemples au pays de Brest où j'ai participé à la mise en place d'une politique publique autour des communs numériques en essayant de relier aux initiatives qui vont se concrétiser cet automne dans la quinzaine du « temps des communs  » pour poser la question d'un changement d’échelle.

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Ces trois approches ont été le sous bassement du premier projet collaboratif : le CD bureau libre, compilation de logiciels de bureautique. Plusieurs dizaines de personnes se sont impliquées pour choisir les outils, créer le graphisme, collecter les tutoriaux, réaliser l'installateur et produire en 3 mois un produit simple d'installation, diffusé sur plusieurs années à 300 000 exemplaires en Bretagne et ailleurs. Démarré sous une licence qui permet la réutilisation dans usage commercial (CC by sa NC) nous avons retiré cette restriction pour permettre à des associations de revendre (à 1 € !) des CD pour alimenter un petit fond associatif. Et comme l'exprime Laurent Marsault d'Outils Réseaux, ce fut pour beaucoup d'entre nous une expérience irréversible de coopération.

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L'apprentissage des communs

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C'est sur le terreau des réseaux de l'accès public de proximité, des projets et du choix partagé du logiciel libre qu'est né le second projet collaboratif structurant : wiki-brest. A l'image de wikipedia nous


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avons voulu ouvrir un espace d'écriture collaborative mettant en commun le patrimoine et le vivre ensemble au pays de Brest.

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« Histoires de lieux, de personnes, de travail, géographie, tranches de vie, chansons, articles encyclopédiques, Wiki Brest c'est une écriture qui relie habitante-s, journaux de quartiers, associations, artistes, bibliothécaires, enseignants... et vous invite à écrire ».

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Partis d'une page vide, nous avons collecté des textes avec le souci d'une écriture ouverte à tous : recettes de cuisine, petites anecdotes. Les centaines d'articles ont été organisés en portails, pour les équipements de quartier qui racontent leur histoire, les journaux de quartier qui publient des dizaines de numéros anciens. Cette écriture collaborative qui met en communs ne va pas de soi et le succès de wiki-brest tient beaucoup à l'animation, des ateliers, wiki-journées, wiki-contoirs.

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Wiki-brest a montré la nécessité d'une large information sur les droits d'auteur et l'élargissement des libertés d'usage. Que peut-on mettre en ligne ? Sous quelle licence ? Tout cela est loin d'être évident. De cette sensibilisation, sont nées les semaines « Brest en biens communs » organisées en octobre 2009 et 2011 qui associent des dizaines de partenaires autour d e l a v u l g a r i s a t i o n d e s «  b i e n s communs  «  Un petit événement, devenu en 2013 « Villes en biens communs »et qui va s'élargir en « Temps des communs » en octobre 2015.

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Avec wiki-brest nous avons aussi appris et diffusé l'usage des wikis qui partagent les informations. Pour chaque projet, chaque rencontre, nous ouvrons un espace ouvert qu'il s'agisse du « Forum des usages coopératifs  », du «  Centre de ressources de l'accès public au pays de Brest  »des études de l'économie sociale et solidaire ou des textes publiés par le service.

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Un apprentissage des pratiques collaboratives

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Le travail en réseau, la coopération ne sont pas des habiletés apprises à l'école, transmises par la famille ou mises en œuvre dans l'activité associative ou professionnelle. Les formations-action « animacoop » d'une centaine d'heures sur 15 semaines, réalisées avec l'association Outils Réseaux apportent l'outil méthodologique qui outille les acteurs de l'innovation sociale au pays de Brest. Former une centaine de personnes est petit mais cela maille déjà le territoire avec des acteurs ayant une culture commune de la coopération et du partage, grains de fertilisation d'un grand nombre de projets «  en communs ».

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Le temps des communs

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La diffusion des communs doit beaucoup par des associations comme l'hébergeur associatif Infini et la Maison du Libre qui popularisent le logiciel libre et font de l'hébergent de services numériques (listes, blogs, wikis ..) un commun du territoire.

Cette culture de la coopération et du partage est ce qui dynamise « doc@brest  » réseau coopératif de170 documentalistes brestoises qui auto-organise ateliers de formation, copy-party , biblioremix, ou grainothèque. Les communs ce sont aussi les dizaines de sites contributifs, publics, associatifs ou autour de l'éducation dont les contenus sont réutilisables et qui fonctionnent en réseau local et interrégional tel a-brest, eco-sol-brest, Brest-ouvert, le médiablog, coopératif , le wiki-débrouillard ...

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L'exemple des Fabriques du Ponant ateliers de fabrication d'objets sont exemplaires de cette émergence d'une culture du partage et de la coopération avec ces Open Bidouille Camp qui accueillent plus d'un millier de personnes dans une foire du faire soi-même entièrement auto orga-


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nisée, rendant compte d'un mouvement de société autour du Do It Youself, des circuits courts et de la consommation collaborative.

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Communs et territoires comment élargir ce mouvement ?

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Cette petite histoire locale témoigne d'un élargissement du mouvement des communs que l'on retrouve aussi dans d'autres territoires. C'est ce temps des communs organisé par ANIS à Lille, le projet de Maison des communs à Montpellier, le tout récent festival du Domaine public à Paris, le programme de coopération (PTCE) rapprochant économie sociale et solidaire et communs à Tours, le réseau des Tiers lieux Open source et les rencontres de St Etienne, le collectif autour des communs à Lyon, le réseau des acteurs autour de La serre et duFablab à Toulouse les dizaines de collectifs locaux autour des fablab, des cartes ouvertes, du logiciel libre, de wikipedia ..

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La question qui se pose aujourd'hui est celle du passage à l'échelle. Des événements comme le temps des communs vont permettre que des centaines d'initiatives soient données à voir et s'enrichissent les uns des autres pour élargir les territoires concernés

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Mais comment favoriser une diffusion en proximité qui concerne le tissu associatif, les élus ; les acteurs du service public ?

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Localement, les réseaux coopératifs territoriaux sont une piste puisque l'exemple des documentalistes à Brest et Rennes montrent qu'il est possible d'associer un grand nombre des acteurs d'une profession.

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La dynamique de mise en réseau initiée autour de Bretagne Creative nous montre 58

le long cheminpourrelier les acteurs des innovations sociales. Etre en attention aux initiatives, donner à voir, construire l'indispensable confiance en soi ne sont pas des ingrédients habituels des politiques publiques encore trop souvent en prescription.

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La prise de conscience d'une société plus contributive où les transformations sociales sont tout autant portés par les acteurs eux-mêmes que par les élus et décideurs est un long chemin.Et cette coopération n'est pas non plus dans la culture de nombre de professions. Cette question rejoint les propositions du Conseil National du Numérique autour de la littératie numérique pour une e-inclusion ou une éducation ouverte et créative.

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Les premiers pas du réseau coopératif « prof@brest  » initié en décembre nous renvoie au temps long du changement de culture qu'impliquent les pratiques de partage et de coopération. En un an le site contributif « Innovation pédagogique » n'a publié qu'une centaine d'initiatives dans l'enseignement supérieur francophone, alors que les 40 collectées à Telecom Bretagne pouvait laisser espérer des centaines. Amener les personnes à donner à voir et partager, en créant des communs est un long chemin. Pour prof@brest, l'ouverture à l'automne d'un tiers lieux au lycée Vauban pour les acteurs de l'éducation est une piste pour faire vivre cette culture de la coopération.

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L'appropriation des questions des communs par les réseaux comme Colibris, les territoires en transitions, les tiers lieux open source, les fablab les réseaux du développement durable comme Bruded, les ptis debs sont une autre piste pour s'ancrer localement.

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La publication des savoir faire sous forme de codes sources ou recettes libres de nos avoir-faire (sur Movilab, Imagination for people, au pays de Brest sur Bretagne


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Creative) est aussi un outil pour faciliter la diffusion et la production de communs. Les projets de systèmes interopérables en cours à la co-routine à Lille ou avec Multibao et Outils Réseaux à Montpellier vont aussi permettre de développer des synergies en croisant les productions de communs de différents réseaux.

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Mais la question reste ouverte d'une diffusion en proximité des personnes, et en particulier de toutes ces celles en difficulté sociale ou isolées, souvent éloignées de ces questions. Cette interpellation soulevée aux Roumics de Lille renvoie aux chemins à inventer avec les acteurs déjà présents en médiation des habitants. Et c'est, à mon avis, l'un des enjeux du prochain temps des communs : regarder le comment faire pour que les communs soient une réalité dans une commune rurale ou un quartier politique de la ville.

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Quelle médiation avec les travailleurs sociaux, les acteurs du service public, la associations d'insertion, pour que jardins partagés, recyclerie, lieux d'accès publics participent à cette émergence des communs ?

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Comment développer un pouvoir d'agir qui implique largement les habitants ?


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PRATICIEN CREER DU LIEN SUR LE TERRITOIRE DE ! MONTREUIL

nal, sur mesure et à forte valeur humaine : Le Rallye Solidaire ! Sur une journée ou plus, nous sensibilisons les participants aux questions d'actualités, et les défis permettent de consolider les valeurs humaines en répondant aux besoins des associations, tout ça dans un carnet de route pas comme les autres !

Par Basma Tliba, Pari Osé ! Pensez Pari Osé, donnez du solidaire à votre événement !

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Pari Osé est une coopérative (Scop) qui créé, promeut et organise des événements avec une forte dimension solidaire abordant une thématique sociale touchant à l'inclusion de toutes et de tous dans la société. Le cœur de nos actions est la création de lien entre les besoins de solidarité des associations et les envies de s’engager en interne (team building – congrès – séminaire – comité d'entreprise) et au niveau grand public (forum – salon – festival – territoire – formation – ateliers). Toujours dans un but de créer du lien, nous vous proposons un concept origi60

Chaque année, la Ville de Montreuil soutient la Semaine de la Solidarité Internationale (SSI) et organise sur son territoire des actions pendant la 3ème semaine de novembre.

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Cette année, la Ville a fait appel à Pari Osé afin d’ajouter à sa 17ème édition une nouvelle dimension et de proposer à ses citoyens une activité ludique pour marquer la journée de clôture. Pour cela, nous avons créé le rallye “Montreuil Ose dire hOUIt” afin de faire des participants, de réels ambassadeurs de la campagne “8 fois oui” lancée pour promouvoir les Objectifs du Millénaire pour le Développement en 2000 par l’ONU, et ainsi sensibiliser les Montreuillois à la solidarité internationale.

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A l’aide d’un carnet de route, les équipes sont invitées à répondre à des questions abordant ces OMDs ainsi que des questions plus larges sur la solidarité internationale et les diverses actions menées par les ONG locales.


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stand de Pari Osé, où ils ont tous été invités à prendre la parole sur l’engagement de chacun pour rendre ce monde meilleur. Chaque enfant, âgé de 5 à 12 ans a pris le temps de s’exprimer, seul ou en groupe, et n’a pas reculé devant ce challenge!

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Afin de renforcer le caractère coopératif de cette action, chaque question à été écrite en collaboration avec les ONG présentes pour la clôture de cette SSI par comme les autres.

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En ce samedi 22 novembre 2014, les équipes se forment peu à peu sur la place principale de la Ville de Montreuil. Des groupes d’enfants et des familles sont ainsi partis à la rencontre des ONG afin de trouver les réponses à leurs questions et ne se sont plus contentés de seulement passer devant ces stands sans oser entrer en contact avec les personnes présentes. Les équipes ont donc parcouru cette place en partant également à la découverte des différentes animations et expositions proposées par des acteurs locaux. Jean Louis et Barak ont par exemple éveillé leur curiosité en levant les yeux vers les arbres où étaient suspendues des photos de citoyens et ont ainsi éveillé leur curiosité quant aux définitions de chacun sur la solidarité. (voir photo) De plus, les participants ont dû relever un défi, participer à un clip vidéo réalisé sur le 61

Ce tournage a rassemblé de nombreux moments magiques face à la sincérité de ces enfants. Une petite fille à d’ailleurs surpris l’assemblée en décidant de prendre possession de ce moment afin d’exprimer son engagement, en nous expliquant ainsi que l’école est importante, et que chaque enfant doit étudier sérieusement afin de faire un bon travail dans le futur et faire évoluer notre société. Un autre enfant, alors seulement âgé de 5 ans, a tenu à participer mais ne sachant pas lire, à décidé d’apprendre par coeur une phrase et de lui aussi relever ce défi pour son équipe !

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Ce clip vidéo sera prochainement diffusé sur les canaux de la Ville de Montreuil ainsi que sur ceux de Pari Osé, en mettant au


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dans les arbres. La maman prend d’ailleurs le temps de leur expliquer la signification de chaque phrase, car ils ne souhaitent pas recopier n’importe laquelle…”

coeur de cette action l’engagement du jeune public montreuillois.

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Au défi clip vidéo avec en fond l’exposition des 8 OMD : Zaina exprime l’importance de l’accès à l’éducation primaire pour tous…”c’est notre avenir qui est en jeu..”

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Basma TLIBA : basma@pariose.com/

Fondatrice de Pari Osé

http://www.pariose.com/

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L’objectif de ce rallye était de sensibiliser les jeunes citoyens de Montreuil à la solidairité internationale. C’est pour nous une mission accomplie, lorsqu’à la remise des carnets de route on interroge une jeune fille de 8 ans afin de savoir si elle s’est bien amusée, et qu’elle nous répond avec son innocence et sa sincérité “Oui mais j’ai appris plein de choses!” De plus, ce rallye solidaire est allé au delà d’une belle rencontre entre les citoyens et les associations présentes. Des familles ont renforcé leur lien entre action locale et apprentissages ensemble. Il a également permis à de parfaits inconnus de s’allier en une même équipe, deux adultes et deux enfants, pour finalement arriver vainqueurs. 
 
 “Jean Louis et Barak viennent de se rencontrer et allient leurs forces afin de répondre attentivement à toutes les questions de leur carnet de route. Ici, ils lèvent les yeux et recopient une phrase qu’ils choisissent parmi les photos affichées 62


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CREER DU LIEN SUR LE TERRITOIRE L’objectif de ce rallye était de sensibiliser les jeunes citoyens de Montreuil à la solidairité internationale.

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PRATICIEN SHARING & TERRITORIES By Adam Parsons, Rajesh Makwana, STWR, Share The World Resources, UK. Given that a call for sharing is already a fundamental (if often unacknowledged) demand of engaged citizens and progressive organisations, there is every reason why we should embrace this common cause that unites us all.

! As many individuals and groups within the progressive community both recognise and proclaim, this is our greatest hope for bringing about world renewal and rehabilitation.

This report demonstrates how a call for sharing is central to the formation of this growing worldwide movement of global citizens. As more and more people begin to raise their voices for governments to put human needs and 64

ecological preservation before corporate greed and profit, the call for sharing is consistently at the heart of civil society demands for a better world. In fact, the principle of sharing is often central to efforts for progressive change in almost every field of endeavour. But this mutual concern is generally understood and couched in tacit terms, without acknowledging the versatility, commonality and wide applicability of sharing as a solution to the world’s problems. For illustrative purposes, the many causes, initiatives and movements highlighted in this report’s ‘mapping’ section are broadly grouped according to five main categories: social justice, environmental stewardship, global peace, participative democracy, and multi-issue movements. For each of the causes outlined that fall within these overarching themes, it is not difficult to see how most – if not all – are essentially founded on a demand for a more equitable sharing of wealth, power or resources either within countries or internationally. For this reason, we argue that sharing should be more widely promoted as a common cause that can potentially help connect the world’s peace, justice and environmental movements under a united call for change.

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How is the call for sharing expressed? In many ways the need for greater sharing in society is longstanding and selfevident, as there can be no social or economic justice when wealth and income inequalities continue to spiral out


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of control, increasingly to the benefit of the 1% (or indeed the 0.001%).[2] There is now an almost continuous and highprofile discussion on the need to tackle growing extremes of inequality, which is a debate that is often framed entirely – if not always explicitly – around the need for a just sharing of wealth and power across society as a whole. At the same time, advocacy for new development paradigms or economic alternatives is increasingly being framed and discussed in terms of sharing. This is most apparent in the international debate on climate change and sustainable develop ment, in which many policy analysts and civil society organisations (CSOs) are calling for ‘fair shares’ in a constrained world – in other words, for all people to have an equal right to share the Earth’s resources without transgressing the planet’s environmental limits.[3] Furthermore, some prominent CSOs - including Christian Aid, Oxfam International and Friends of the Earth - clearly espouse the principle of sharing as part of their organisational strategies and objectives, and call for dramatic changes in how power and resources are shared in order to transform our unjust world.[4]

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The renewed concept of the ‘commons’ has also fast become a well-recognised global movement of scholars and activists who frame all the most pressing issues of our time – from unsustainable growth to rising inequality – in terms of our need to cooperatively protect the shared resources of Earth.[5] On a more local and practical level, there is also a flourishing ‘sharing economy’ movement that is empowering people to share more in their everyday lives through the use of online platforms and sharing-oriented business models, as well as through gift economies and shared community projects.[6]

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In most other instances, however, the fundamental demand for sharing is implicitly discussed or inadvertently promoted in popular calls for change. For example, millions of people across the world are struggling for democracy and freedom in manifold ways, from people-led uprisings against corrupt governments to those who are actively participating in new democracy movements within communities and workplaces.

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But there can be no true form of democracy - and no securing of basic human rights for all - without a fairer sharing of political power and economic resources, as further outlined in the section of this report on participative democracy.

Similarly, the principle of sharing underlies many of the campaigns and initiatives for peaceful co-existence, whether it’s in terms of redirecting military spending towards essential public goods, or ending the scramble for scarce resources through cooperative international agreements. From both a historical and common sense perspective, it is clear that competition over resources causes conflict – and there is no sense in perpetuating an economic paradigm where all nations are pitted against each other to try and own what could easily be shared.[7]

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Yet the basic necessity of sharing is often not recognised as an underlying cause for all those who envision a more just and peaceful world without insecurity or deprivation. This is despite the fact that the mass protest movements that have swiftly emerged in recent years, including the Arab Spring demonstrations and Occupy movements, are also invariably connected by their implicit call for greater economic sharing across society, not least in their


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reaction to enormous and growing socioeconomic divisions.[8]  

Why advocate for sharing? Given that a call for sharing is already a fundamental (if often unacknowledged) demand of a diverse group of progressive individuals and organisations, there are a number of reasons why we should embrace this common cause and advocate more explicitly for sharing in our work and activities. In particular, a call for sharing holds the potential to connect disparate campaign groups, activists and social movements under a common theme and vision. Such a call represents the unity in diversity of global civil society and can provide an inclusive rallying platform, which may also help us to recognise that we are all ultimately fighting the same cause. It also offers a way of moving beyond separate silos and single-issue platforms, but without needing to abandon any existing focuses or campaign priorities.

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A call for sharing can also engage a much broader swathe of the public in campaign initiatives and movements for transformative change. Many people feel disconnected from political issues owing to their technical complexity, or else they feel overwhelmed by the enormity of the challenges that face us and ill equipped to take action. But everyone understands the human value of sharing, and by upholding this universal principle in a political context we can point the way towards an entirely new approach to economics – one that is integrally based on a fair and sustainable distribution of resources. In this way, the principle of sharing represents a valuable advocacy and educational tool that could help to generate widespread public engagement with critical global issues.

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In addition, a popular demand for governments to adopt the principle of sharing has radical implications for current economic and political arrangements, both within countries and internationally.

This is clear when we examine the influence of the neoliberal approach to economics that continues to dominate policy outcomes in both the Global North and South, and which is in many ways the antithesis of an economic approach based on egalitarian values and the fulfilment of long-established human rights. In an increasingly unequal and unsustainable world in which all governments need to drastically re-order their priorities, a call for sharing embodies the need for justice, democracy and sound environmental stewardship to guide policymaking at every level of society.

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Ultimately, only a collective demand for a fairer sharing of wealth, power and resources is likely to unify citizens across the world in a common cause. Unless individuals and organisations in different countries align their efforts in more concrete ways (a process that is already underway), it may remain impossible to overcome the vested interests and entrenched structures that maintain business-as-usual. While we face the eventual prospect of societal, economic and ecological collapse, there is no greater urgency for establishing a broad-based global movement that upholds the principle of sharing as a basic guide for restructuring our societies and tackling the multiple crises of the 21st century. In the end, this may represent our greatest hope for influencing economic reforms that are based on the needs of the world as a whole, and guided by basic human and ecological values.

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Recommendations This report seeks to demonstrate how a global movement for sharing is already in existence – even if it has yet to affirm its collective identity or purpose. If the case for promoting sharing as our common cause seems convincing, then it compels us to acknowledge that we are all part of this emerging movement that holds the same values and broad concerns, albeit in

a disparate and as yet uncoordinated form. The following recommendations outline how we can build upon this recognition and play a part in further strengthening and scaling up a united, all-inclusive and worldwide movement for sharing.

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1. Integrate the message of sharing into advocacy and campaigning activities

Based upon our recognition of the need to scale up diverse forms of sharing across the world, it is important to explore what sharing means to us personally and in relation to the issues we are working on. This will enable us to integrate the message of sharing into our campaigning efforts and activism, whenever it is appropriate to do so. We can all therefore help to build popular and persuasive frames around the need for greater sharing in our societies from the perspective of justice, sustainability, peace and democracy.[9] See the full report for some example ideas of how to frame various progressive endeavours in terms of sharing, which also serves as a valuable ‘meme’ that can be adopted and creatively played with in relation to the four key themes outlined in the report.

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2. Mobilise on collective platforms for sharing

Building effective people’s movements through collaborative processes is arguably the holy grail of civil society campaigning, and extremely difficult to achieve in practice and on a large scale.[10] But as the crises of inequality, global conflict and environmental breakdown become ever more real and urgent, there is great scope 67

for individuals and groups to mobilise for transformational change on collective platforms for sharing that bring together several campaign issues that may otherwise remain distinct and unconnected. The full report outlines some examples of how social movements, campaign groups and activists could coalesce their efforts in the creation of such a common cause for sharing.

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3. Sign and promote STWR’s global call for sharing

Without doubt, a dramatic shift in public debate is needed if the principle of sharing is to be understood as integral to any agenda for social justice, environmental stewardship, participatory democracy or peaceful co-existence. If you agree with the need to catalyse a global movement of citizens that embrace sharing as a common cause, please sign and promote the campaign statement below. By joining the global call, any individual or organisation can influence the development of this emerging theme and vision, and help spark public awareness and a wider debate on the importance of sharing in economic and political terms.

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To sign the statement, visit:

www.sharing.org/global-call



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LE MOUVEMENT DES COMMONERS ! Le temps des communs du 5 au 18 octobre 2015... et au-delà.


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Forts de la réussite de la dernière édition de « Villes en Biens Communs » à l’automne 2013, ses organisateurs ont imaginé pour 2015 un événement encore plus ambitieux, dans l’idée de toujours mieux populariser les communs comme levier majeur de la transition vers un monde durable.

Les dates retenues, du 5 au 18 octobre 2015, permettront de s’inscrire dans la continuité d’Alternatiba avec qui les liens apparaissent de plus en plus évidents.

Chaque ville, chaque territoire, chaque collectif local, désireux d’être partie prenante de ce nouveau « temps des communs » pourra, comme en 2013, inscrire librement des évènements dans le programme de la quinzaine. Toutes ces actions sont auto-gérées et organisées de manière décentralisées. Des collectifs locaux organisent un temps fort partagé le samedi 10 octobre, afin de pouvoir rendre le festival plus visible au plan national et francophone.

Le temps des communs, c’est aussi la volonté d’inscrire la floraison d’initiatives citoyennes dans un rendez-vous bisannuel pour ancrer l’idée des communs dans notre quotidien, accompagné d’un agenda des initiatives locales, d’une cartographie des ressources, de la collecte systématique des « recettes libres » ou de contenus pédagogiques sur les communs. En parallèle, des outils de communication seront proposés : conférence TEDx, conception d’un MOOC sur les communs. Ce MOOC aura vocation à être un outil d’éducation populaire plus qu’un cours académique. Imaginé sur le modèle d’ITy

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PA, connectiviste et rustique, il devrait permettre de partager les fondamentaux et la pédagogie des communs avec animateurs locaux du « temps des communs » et au delà en direction d’un large public citoyen et francophone.

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Le portage et le financement de chaque événement auto-organisé est laissé au soin du groupe local ou collectif à l’origine de l’événement. Chaque groupe ou collectif promeut son événement à travers la plateforme web commune. Le seul critère nécessaire pour figurer sur cette plateforme est le lien avec les communs.

Le travail de préparation, de communication et de coordination de l’événement est assuré par un collectif ouvert, composé de militants issu du réseau francophone des communs, avec l’appui logistique de l’association VECAM, elle même épaulée par un « conseil de bienveillance » constitué d’une demi-douzaine de personnes ou de structures impliquées dans le projet.

Des financements publics et privés sont sollicités assurer une coordination et la réalisation de matériel de communication pour faire connaître le festival au plus large public.

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 http://tempsdescommuns.org



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I. COMMON GOOD FORUM & DEUX CHARTES SOCIALES : 1° LA EARTH CHARTER INITIATIVE

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Common Good Forum s’associe à la Earth Charter initiative afin de faire connaître le processus ayant conduit à la rédaction de la charte de la terre. Elle constitue un excellent outil pour échanger entre praticiens et intellectuels sur divers sujets traitant les enjeux de développement durable. La Charte de la Terre est une déclaration de principes éthiques fondamentaux visant à construire une société globale juste, durable et pacifique au XXIème siècle. Elle cherche à inspirer chez tous les peuples un nouveau sens de l’interdépendance globale et de la responsabilité partagée pour le bien-être de ĺ’humanité, la grande communauté de la vie et des générations futures. C’est une vision d’espoir et un appel à l’action. La Charte de la Terre est particulièrement centrée sur la transition vers des modes de vie et de développement humain durables. C’est pourquoi l’intégrité écologique en est l ́ un des thèmes principaux. Cependant, la Charte de la Terre reconnaît également que les objectifs de protection écologique, d ́ élimination de la pauvreté, de développement économique équitable, de respect des droits humains, de démocratie et de paix sont interdépendants et indivisibles. Par conséquent, ce document offre un nouveau cadre éthique intégral et inclusif cherchant à orienter la transition vers un avenir durable.

La Charte de la Terre est le résultat d’un dialogue inter-culturel long d ́ une décennie à travers le monde au sujet d’objectifs

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communs et de valeurs partagées. Le projet de la Charte de la Terre débuta comme initiative des Nations-Unies mais s’est développé et est finalement devenu initiative de la société civile. En l’an 2000, le texte final fut adopté et la Commission de la Charte de la Terre, entité internationale indépendante, le fit connaître publiquement comme charte des peuples. La rédaction de la Charte de la Terre impliqua le processus le plus inclusif et participatif mais lié à la création d’une déclaration inter- nationale. Ce processus est la source première de sa légitimité en tant que cadre éthique directeur.

La légitimité du document a été renforcée davantage encore par le sou- tien de plus de 6000 organisations, parmi lesquelles de nombreux gouvernements et organisations internationales. A la lumière de cette légitimité, un nombre croissant de juristes internationaux reconnaît que la Charte de la Terre est en phase d’acquérir le statut de document de « soft law », norme juridique non contraignante. On considère que les textes composant ce cor- pus, tels que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, sont moralement mais non légalement contraignants, pour les gouvernements acceptant d ́ appliquer leurs principes. En général, ces documents conduisent au développement du droit international contraignant (« hard law »). Voir : http://commongoodearthcharter1.strikingly.com



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2° LA COMPASSION CHARTER

! Common Good forum s’associe à la Compassion Charter afin de faire connaître le processus ayant conduit à la rédactions de ce consensus et ces programmes. La Charte pour la Compassion constitue un excellent outil pour échanger entre praticiens et intellectuels sur divers sujets abordant l’altérité, la compassion et la philosophie du Bien commun dans plusieurs cultures et religions. La Charte de la compassion nous invite à traiter l’autre comme nous souhaitons nous-mêmes être traités, et à mettre en œuvre une forme de compassion active : à nous engager à développer une plus grande attention empathique, traiter l’autre dans un esprit d’équité, et soulager les souffrances. Découvrez la Charte de la compassion et signez-là ! En 2008, Karen Armstrong, spécialiste britannique de l’histoire des religions, est récompensée par TED (association américaine internationalement reconnue pour ses conférences de « partage d’idées qui valent la peine ») pour sa démarche. Dans son discours de remerciement, elle évoque son souhait de créer, lancer et diffuser une Charte de la compassion, afin de refaire de cette valeur une force éthique universelle. Avec le soutien de TED, son rêve devient réalité. Pendant l’automne 2008, des milliers de personnes de par le monde contribuent à la conception de la Charte, en envoyant leurs suggestions par internet. « ! Un « Conseil des consciences » se réunit ensuite pour élaborer la Charte sur la base de ces suggestions. Sa version finale est dévoilée le 12 novembre 2009. « !

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! ! ! Dans cette dynamique, Karen Armstrong publie Compassion – Manifeste révolutionnaire pour un monde meilleur (éditions Belfond). Ce livre n’est pas une incantation ni une présentation théorique de plus sur les vertus de la compassion, mais une explication argumentée de l’universalité de cette éthique, et une invitation pratique à la mettre en œuvre, pour nous et pour les autres. Compassion – Manifeste révolutionnaire pour un monde meilleur (Editions Belfond dans la collection L’Esprit d’ouverture) : ce livre n’est pas une incantation ni une présentation théorique de plus sur les vertus de la compassion, mais une explication argumentée de l’universalité de cette éthique, et une invitation pratique à la mettre en œuvre, pour nous et pour les autres. Voir : http://charterforcompassion.org

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II. COMMON GOOD FORUM & UNE CHARTE SOCIALE EUROPEENNE SUR LE GASPILLAGE ALIMENTAIRE

Ce travail a rassemblé les experts de l’analyse institutionnelle en droit et en science politique. Le livre sort au printemps 2015.

! 2° Présentation de la pensée du Bien commun et des valeurs, Société française de Prospective Common Good Forum - Violaine Hacker et Frédéric Coste - continue à participer aux travaux communs de la Commission Globale de la Société française de Prospective. En mars 2015, ils présenteront les enjeux globaux et la pensée du Bien commun, en utilisant diverses méthodes de sociologie politique sur l’analyse des valeurs.

! Common Good Forum s’associe à Passerelle, ONG spécialisée dans l’éducation au développement durable dans le cadre d’un projet européen. Ce projet porte sur le gaspillage alimentaire via l’éducation et la formation, mais aussi la concertation de Parties prenantes. Il s’agit d’aborder les pratiques permettant de protéger nos ressources et limiter le gâchis alimentaire, en insistant sur les en- jeux locaux et la citoyenneté locale. En plus des activités nationales, des forums européens permettront de proposer un cadre favorable à la délibération éthique, et ainsi de rédiger une charte sociale (soft law) européenne sur le sujet.

III. CONTRIBUTIONS SCIENTIFIQUES 1° Livre sur la pensée institutionnelle de Maurice Hauriou Common Good Forum a participé au livre collectif sur la pensée institutionnelle de Maurice Hauriou (droit public).

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3° Fiche d’orientation pour penser « par » le bien commun. Common Good Forum propose diverses fiches pour comprendre progressivement la pensée pluridisciplinaire du Bien commun. Voir en particulier celle sur la pensée du Bien commun et la Charte de la terre, et celle sur la notion de Personne. www.commongoodforum.eu


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IV. ATELIERS 1° Atelier-Débat : Chartes sociales et Education, mars 2015.

Osé s’est fixée le défi suivant : créer des échanges entre citoyens, associations, fédérations, entreprises et tout acteur appartenant ou non à l’Économie Sociale et Solidaire, afin de sensibiliser et de participer à ces enjeux mondiaux.

Persuadé que les sujets du rapport de l’homme à son environnement ne sont pas de l’unique ressort des spécialistes et passionnés, l'équipe Défions les Saisons organise pour petits et grands,experts et novices 4 événements solidaires au Numa à chaque changement de saison.

Leur mission : informer et sensibiliser de manière ludique, le grand public aux enjeux des ODD. Différentes thématiques y seront abordées, du développement durable à la lutte contre la pauvreté. Ateliers ludiques et conférences animeront l’événement afin que chacun, à son échelle, se sente concerné.

Quelle éducation pour le XXIème siècle, conférence de Common Good Forum, Cercle des Créatifs culturels, le 5 mars 2015. Peter Hesse (allemand, président d’une fondation internationale dédiée au développement de l’Ecole Montessori) échangera avec Violaine Hacker (Common Good Forum). Elle présentera la pensée du Bien commun (en particulier la notion de personne et celle de capabilités) et interrogera sur l’éducation à la pensée globale-locale (en utilisant les chartes sociales).

Avec « Défions les saisons ! », nous souhaitons fédérer les différentes communautés (institutions, entreprises, citoyens de la République, et associations), et permettre le partage d’informations, d’idées et d’initiatives sur les ODD. L’objectif principal reste néanmoins de sensibiliser et mobiliser autour des biens communs pour initier le grand public aux enjeux mondiaux et donner le pouvoir aux acteurs du changement.


2° Atelier-Développement durable

http://www.defionslessaisons.co/


Common Good Forum participe à l’événement Défions les Saisons le 21 mars 2015.

Pari Osé lance l’opération Défions les Saisons ! Le but ? Informer le grand public des projets sur les Objectifs pour le Développement Durable (ODD).
 COP21, OMD, ODD… Nous sommes tous concernés par ces enjeux mondiaux ! Pourtant, ils ne sont que trop peu connus du grand public… Face à ce constat, Pari 74

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MERCI ! THANK YOU! ! ! !

Merci à nos amis Bridge-Builders, Intellectuels et Praticiens de nous aider à penser par le Bien commun pour repenser le Territoire !

! Une confrontation des perceptions et Expériences, nécessaire pour penser par le Bien commun !

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! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! Common Good Forum www.commongoodforum.eu Twitter: @commongoodf www.facebook.com/commongood

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Bridge builder #11 Bien commun et territoire : Oikos & Logos  

Dans ce Bridge-Builder #11, le territoire est perçu à l’aune de la pensée du Bien commun, c’est-à-dire autour de trois ensembles inter-relié...