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COMBAT

POUR LA PAIX

COMBAT

POUR LA VIE


Photographie prise au moment de l’insurrection de Paris dans le secteur des Batignolles. Des résistants fêtent leur victoire sur un camion pris à l’ennemi. Coll. Musée de la Résistance nationale Champigny-sur-Marne

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COMBAT

POUR LA PAIX

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POUR LA VIE

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Une réalisation de la Municipalité de Villepinte en collaboration avec l’Association républicaine des anciens combattants ( ARAC ) Avec la participation des institutions suivantes : Le Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne (MRN) La Fédération nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP) Le Service des Archives départementales de Seine-Saint-Denis Le Musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin, Ville de Paris La Bibliothèque Nationale de France La Société d’Etudes Historiques de Tremblay-en-France (SEHT) Le Centre Hospitalier intercommunal (CHI) Robert-Ballanger Le Service des Archives municipales de Villepinte L’Association des Amis d’Henri Barbusse L’Association « Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui » (CRHA) La Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) Le Comité national du village de l’Amitié VAN CANH

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« Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent » Lucie Aubrac

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es communes, premier maillon territorial de notre pays, ont toutes subi, à un degré ou à un autre, les conséquences des guerres du XXème siècle. Villepinte ne déroge pas à la règle, mais connaît des évènements qui anticipent de manière presque prémonitoire l’histoire de notre pays. La montée du fascisme avec la présence provocatrice des Croix de feu en 1935 à Villepinte dans une ferme face à la mairie ; la barbarie nazie avec le massacre – l’un des premiers en France – au Vert-Galant, près du canal de l’Ourcq, de civils non combattants par les forces allemandes ; la violence de notre dernier conflit de décolonisation avec la mort tragique de Pierre Audat, la première victime du contingent au premier jour de la guerre d’Algérie, le 1er novembre 1954. Autant de faits, souvent méconnus des Villepintois eux-mêmes, qui font partie de leur histoire, de notre histoire nationale. Ville d’histoire, ville de mémoire, ville ouverte sur le monde et ses cultures, Villepinte avait toute les raisons de s’associer à l’Arac dont la philosophie des fondateurs était « guerre à la guerre », pour continuer le combat pour la paix et pour la vie.

Nelly Roland Iriberry Maire de Villepinte 1ère Vice-présidente de Terres de France

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es conflits ont traversé le XXème siècle et marqué le pays : à chaque fois, il en est sorti transformé. Les femmes, qui avaient massivement remplacé à l’usine les hommes partis au front pendant la Première Guerre mondiale, resteront dans le monde du travail à l’issue de la guerre. La victoire sur le nazisme permettra, à la Libération, des avancées sociales sans précédents, échafaudées dans la clandestinité sous la botte nazie, par des hommes décidés et téméraires qui, dans l’adversité, pensaient déjà à une société future, plus juste et débarrassée de la guerre. La fin de la guerre d’Algérie ouvrira la voie à la politique étrangère du général de Gaulle d’indépendance à l’égard des Etats-Unis et de promotion du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes… L’histoire envahit notre quotidien, parfois même à notre insu. C'est pourquoi les rappels au passé sont souvent des boussoles pour l’avenir. Cette collaboration entre l’ARAC et la Municipalité de Villepinte est une contribution au nécessaire travail de mémoire et un hommage à celles et ceux qui ont lutté et sont tombés dans les combats pour la liberté, la justice et la paix. « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » écrit Aimé Césaire. Puisse ce croisement entre une mémoire nationale et locale œuvrer au fameux triptyque du témoignage de Raymond Aubrac : « Résister, reconstruire, transmettre ».

Paul Markides Vice-président national de l’ARAC Chargé de la mémoire, de l’histoire et de la citoyenneté

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Première Guerre mondiale La crise de la première mondialisation

La Première Guerre mondiale a éclaté au moment où les puissances coloniales avaient pratiquement terminé de se partager le monde.

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e qui exacerba les contradictions, c’est que certaines avaient conquis la place dominante aux dépens de leurs concurrentes, au moment même où le développement des idées démocratiques rendait plus insupportable qu'auparavant la contradiction entre le principe d'égalité de tous les êtres humains et la pratique d'un pouvoir de plus en plus concentré aux mains d'une petite minorité d'un nombre restreint de pays. Cette violence issue des colonies, à laquelle tant d'officiers, de soldats, de fonctionnaires s'étaient habitués, allait être « rapatriée » en Europe au cours de la Première Guerre mondiale. L'idéologie dominante y faisait alors du darwinisme social, de la lutte de tous contre tous, le fondement du « progrès » technique et national. La guerre de 1914-18 opposa au début les « vieilles puissances » coloniales dominantes de l'Entente (GrandeBretagne et France) aux empires centraux ayant pour centre le Reich allemand. D'un côté, des puissances relativement démocratiques dominant la grande majorité des populations asservies de la planète auxquelles se joignirent des Etats faibles, comme la Serbie ou des puissances affaiblies comme la 8


Russie qui se sentaient avant tout menacées par le voisinage d'un impérialisme allemand dynamique. De l’autre côté, un Reich allemand de constitution récente mais doté d'une industrie vigoureuse, qui se sentait corseté dans sa Weltpolitik (politique mondiale) et qui sut trouver l'appui d'empires en décadence (Autriche, empire ottoman). D'autres Etats allaient trouver au cours de ce conflit des opportunités leur permettant de renforcer leur influence dans les affaires mondiales (Etats-Unis d'Amérique, Japon), ou tout au moins de s'assurer d’avantages locaux (Italie). La guerre mit en marche des masses d'êtres humains traités le plus souvent pire que du bétail, combattants des tranchées, travailleurs forcés, populations coloniales, femmes. On a particulièrement en mémoire les hécatombes massives de Verdun, de Przemysl, de Gallipoli, des Dardanelles. On doit rappeler le rationnement, la misère quotidienne, l'exploitation impitoyable des ouvriers et des femmes. On doit aussi rappeler les promesses de libération faites à certains peuples et qui ne furent que très rarement tenues, en Europe centrale, au Moyen-Orient, en Chine, sans parler des colonies qui avaient pourtant participé à l'effort de guerre des puissances

1917 - Une distribution de soupe à l’arrière du front. 10


Avril 1917 - Accueillis gaiement par les enfants d’un village libéré, les soldats britanniques les montent sur leurs vélos.

victorieuses. Pendant la guerre, de nombreux actes d'insoumission ou de grèves furent toujours très sévèrement réprimés. La Russie fut finalement le « maillon faible » qui céda le premier, ouvrant pour presque un siècle à l'humanité étonnée, l'image d'un peuple qui proclamait son désir de bâtir une société débarrassée du pouvoir de l'argent accaparé par une élite restreinte.

C’était pendant la Première Guerre mondiale que s’étaient généralisées les répressions de masse, l'exacerbation des passions nationalistes extrêmes qui enfantèrent la frustration des vaincus. Tout le vingtième siècle, qui avait réellement commencé en 1914, allait être marqué par le combat entre « le camp de la paix » et les impérialismes.

Pendant la Première Guerre mondiale, le château de Picpus est transformé en camp de repos pour les soldats du Front puis, en sanatorium pour les soldats gazés. Le peintre Fernand Léger, l’un des promoteurs du cubisme, s’y fera soigner en 1917. 11


Eugène Criqui Combattant, champion du monde et Villepintois Eugène Criqui est une figure tout à la fois combattante et sportive, méconnue et pourtant éminente de Villepinte. Né dans la capitale, à Belleville, le 15 août 1893, il est considéré comme un vrai « titi parisien ». En 1910, il passe boxeur professionnel mais sa carrière est interrompue par la Première Guerre mondiale. Mobilisé, il se distingue au combat mais il est gravement blessé au visage. Il en garde des séquelles puisqu’on le pourvoit d’une « mâchoire de fer », attribut qui deviendra rapidement son surnom sportif lorsqu’il remontera sur le ring. En attendant, c’est ce qu’on appelle une « gueule cassée » qui est élevée au grade d’officier de la Légion d’honneur et qui collectionne les décorations : croix de guerre militaire, croix des combattants, croix d’officier du dévouement social, médaille militaire. Après la guerre, il reprend sa carrière sportive et devient notre deuxième champion du monde de boxe, l’un de nos plus grands dans cette discipline au même titre que Georges Carpentier ou Marcel Cerdan. Champion de France en 1921, d’Europe en 1922, il gagne le titre mondial des « poids plumes » par KO à New-York, le 2 juin 1923. Considéré comme le roi du KO, il se fracture la main lors de son dernier match le 19 mars 1928 à Paris et met un terme à une carrière prestigieuse. En 1944, il est membre du Comité de Libération de Villepinte comme en atteste sa signature sur un procès verbal. Il vivra pendant plusieurs années avenue Edouard-Branly à Villepinte et s’éteint, aveugle, le 3 juillet 1977 à Noisy-le-Grand. En sa mémoire, son nom a été donné à un stade et à une aire de jeu de la commune. Eugène Criqui est un Villepintois qui, après avoir été héros de la Première Guerre mondiale, devient un champion d’exception et préfigure de manière emblématique le formidable réservoir de sportifs talentueux que constitue Villepinte. 12


Eugène Criqui devient champion du monde des poids plumes contre Johnny Kilbane à New-York en 1923. 13


Les tirailleurs sénégalais Genèse d’une appellation Dès la conquête de l’Algérie (1830) et de l’Afrique du nord, des bataillons indigènes sont créés, composés d’abord de tirailleurs algériens puis marocains et tunisiens, qui prendront, en fonction des époques, de multiples dénominations : zouaves, saphis, tabors ou goumiers. Le qualificatif ne surgit que quelques années après. En 1857, pour grossir les troupes de l’Armée coloniale, Louis Faidherbe, gouverneur général d’Afrique, crée un corps d’Africains, volontaires ou enrôlés de force, qui porte le nom du pays où il prit naissance : le Sénégal. Le terme « tirailleurs sénégalais » devient ainsi progressivement une appellation générique s’appliquant ensuite à tous les combattants de l’Afrique subsaharienne. La Troisième République poursuivit la construction de l’Armée coloniale avec la constitution de tirailleurs annamites, tonkinois, malgaches. Au début du XXème siècle, le général Mangin théorisa dans un livre « La force noire » susceptible de constituer un inépuisable réservoir d’hommes et de ressources notamment face

Prisonnier allemand aidant un tirailleur blessé. 14


à la puissance et la démographie allemandes. Les troupes coloniales ignorent tout des enjeux auxquels elles sont mêlées mais obéissent par devoir et contribuent pour une part importante à notre puissance militaire. Si quelques indigènes apparaissent dans les conflits du XIXème siècle (guerre de Crimée 185456 ; intervention au Mexique 1862-67 ; guerre franco-allemande 1870-71), c’est au cours de la Première Guerre mondiale qu’ils font irruption massive sur les champs de bataille. En 1914, ils représentent dans l’armée française 100 000 hommes, conscrits et volontaires. A la fin de la guerre, ils sont beaucoup plus nombreux. Parmi eux, on dénombrera 75 000 victimes ou disparus. En outre, les colonies fournissent 200 000 travailleurs pour remplacer les hommes partis au front. C’est ainsi la première fois, au XXème siècle que des populations issues de nos colonies participent directement au devenir de la métropole et à notre histoire nationale.

Séance d’habillage des tirailleurs sénégalais nouvellement recrutés. 15


Naissance du fascisme Le fascisme international

Dans un article du journal périodique japonais « Kaizo », Henri Barbusse donne son analyse sur ce qu’était le fascisme à son époque. Aujourd’hui, 80 ans plus tard, rien n’est à changer de ce texte rapproché de la situation actuelle. Extraits.

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u’est-ce exactement que le fascisme ? Nul ne peut contester que de nos jours, et dans les institutions actuelles, tout ce qui est fait d’essentiel est plus ou moins conduit par les grands détenteurs du capital. Si le capitalisme, c’est à dire la main mise de l’oligarchie de l’argent sur les choses sociales, a toujours plus ou moins conduit les affaires humaines, cette emprise est arrivée aujourd’hui à toute sa plénitude. Ce ne sont pas seulement les capitalistes américains qui l’affirment, ce sont tous les économistes et tous les observateurs, à quelque opinion ou à quelque caste qu’ils appartiennent.

Henri Barbusse, 1873-1935, « poilu », écrivain, prix Goncourt, est l’un des promoteurs de l’antifascisme et co-fondateur de l’ARAC. 16

Or partout, le capitaliste a suscité le fascisme. Il l’a mis sur pied et lui a donné l’élan. Le fascisme sort du capitalisme. Il en est la résultante logique, le produit organique. C’est l’armée qu’il jette dans la lutte sociale pour maintenir coûte que coûte ce qu’il appelle ses droits et ce que nous appelons, seulement, ses profits. Le fascisme est en somme la réaction suprême et brutale, et poussée dans ses extrêmes conséquences, de l’ordre ancien contre un ordre nouveau. En conséquence de ses principes constitutifs, le fascisme a deux buts, l’un politique :


Le Perthus, 1939 : la République espagnole agonise et les réfugiés républicains arrivent massivement à la frontière française.

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l’accaparement de l’Etat, l’autre, économique : l’exploitation du travail est sa raison d’être. Le déchaînement fasciste tend à faire rentrer dans l’ordre, selon l’expression consacrée, la masse immense des producteurs, des travailleurs des villes et des champs, qui sont en réalité la substance même et la force vitale de la société. C’est qu’à notre époque, les yeux des masses ont commencé à s’ouvrir, elles ont com6 fevrier 1934 : les ligues fascistes tentent un coup de force à Paris. mencé à s’étonner de cette anomalie prodigieuse : ceux qui font tout ne sont rien, et la multitude qui produit et peine, est jetée dans des guerres, pour les intérêts, contraires aux siens, d’une minorité de profiteurs. Ayant commencé à ouvrir les yeux et à s’étonner, les travailleurs ont commencé à s’organiser, à s’unir pour résister à un destin inique. Donc, le vrai fait social est celui-ci : il y avait un prolétariat exploité et inconscient depuis des siècles, et voici qu’il devient conscient. On peut même dire que la guerre des classes n’est pas quelque chose de nouveau qui est survenu de notre temps, mais plutôt quelque chose que l’on s’est mis à discerner et à comprendre. La guerre des classes a en réalité toujours existé du fait de l’oppression de la majorité par une minorité privilégiée. C’est pourquoi le deuxième but du fascisme est l’accaparement de l’Etat. Il s’agit de maintenir, en l’aggravant, le vieux régime dictatorial d’oppression, enchevêtré étroitement avec le nationalisme et l’impérialisme ; il s’agit de faire triompher, comme par le passé, le principe de la concurrence à outrance et de la lutte, du chacun pour soi, aussi bien entre les individus qu’entre les nations ; il s’agit d’imposer la continuation du règne de la loi de guerre et de destruction. Selon les pays où il opère, le fascisme est plus ou moins fort et en conséquence plus ou moins cynique. Partout, en proportion de sa réussite matérielle, il bénéficie déjà soit de la complicité, soit de la complaisance des gouvernements constitués. Partout il fait montre, tout du moins à ses débuts, de la même hypocrisie. Il ne dit pas : je suis le fascisme, il dit : « je suis le parti de l’ordre », ce qui est le plus commode de tous les mensonges démagogiques, ou bien il 18


dit : « Je suis républicain national patriote » ou bien il arbore quelque autre étiquette. Il prend toutes sortes de noms différents. Il nous éberlue avec des mots. Il forme beaucoup de catégories, mais au fond de tout cela, c’est la même espèce d’hommes. Nous voyons le fascisme camouflé en associations patriotiques ou en associations sportives…

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Sans doute, en France, le fascisme n’a-t-il pas osé encore relever complètement la tête. Mais il suffit peut-être de peu de choses pour qu’il se décide à le faire s’il continue à jouir d’une impunité et d’une tolérance scandaleuses. Et cette éventualité de coup de force est d’autant plus menaçante que le fascisme multiforme entretient perfidement la confusion dans l’opinion publique sur les vrais buts de son organisation anti-prolétarienne et impérialiste puisqu’il lui met même, ce qui est un comble, un masque tricolore de démocratie.

La réponse aux évènements du 6 février 1934 : le rassemblement antifasciste place de la République du 12 février 1934 à Paris. 19


Les Croix de feu à Villepinte Fascisme et antifascisme En octobre 1935, Villepinte fut le théâtre d’une bataille aux proportions inhabituelles et occupa pendant une semaine les titres de la presse nationale.

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A cette époque, Villepinte n’est qu’un tranquille petit bourg rural. Pourtant, ce 6 octobre 1935, plusieurs véhicules, dont un autocar, se dirigent vers la ferme alors située sur l’actuel site de la résidence Pétronille, pour personnes âgées. Cette agitation apparaît comme un nouveau rassemblement paramilitaire des troupes du colonel de La Rocque, une provocation fasciste dans ce qui est en train de devenir la banlieue rouge.

Les Croix de feu, une organisation anti-parlementaire, paramilitaire et fascisante.

Les Croix de feu du colonel de La Rocque sont un groupe fascisant de « combat » organisé sur un mode paramilitaire dont le coup d’éclat avec des ligues d’extrême droite est, le 6 février 1934, une tentative de coup de force aux abords de l’Assemblée nationale. Celle-ci est déjouée mais dans un contexte de montée des fascismes en Europe, la menace est réelle. Dans les mois qui suivent cette opération factieuse, les Croix de feu multiplient les concentrations et les démonstrations de force. Ils ont des bases au Vieux Pays. Et, en ce jour d’automne, il se sont donnés massivement rendez-vous chez un de leurs membres, M. Dejaiffe, propriétaire d’une ferme à 20


Villepinte – Intérieur de la ferme Taveau qui devint celle de M. Servier puis de M. Dejaiffe.

Villepinte face à la mairie... Très vite, les militants socialistes et communistes, alertés, mobilisent leurs forces. « Les Croix de feu sont à peine arrivés et installés que les maires communistes de Villepinte, Sevran, Aulnay, Blanc-Mesnil, Tremblay-lès-Gonesse et Livry-Gargan font retentir les sirènes de leurs municipalités » écrit Danielle Tartakowsky, une historienne qui s’est penchée sur cet épisode. Bientôt, trois à quatre cents militants antifascistes se retrouvent sur la place. Les insultes fusent rapidement suivies de jets de pierres, de pavés et de tessons de bouteilles en direction de la ferme. L’arrivée des Croix de feu retardataires avive la tension. M. Dambel, le maire de Villepinte, sollicite les pompiers pour diriger leur pompe sur la ferme. Le commissaire, qui tente de les en empêcher, est blessé à la tête. Lorsque les gendarmes tentent de lui porter secours, les premiers coups de feu éclatent. Les Croix de feu sont assiégés dans leur ferme. Seule l’arrivée de nouveaux gardes mobiles permettra leur sortie. Le lendemain, les journaux recensent une quinzaine de blessés dans les deux camps. A la suite de ces incidents, le préfet suspend le maire et son adjoint pour un mois. Le maire réplique en portant plainte contre la formation d’un attroupement armé sur sa commune, en violation d’une loi du 9 juin 1848. Cet épisode villepintois préfigure de manière prémonitoire le combat à mort entre le fascisme et l’antifascisme qui va bientôt embraser toute l’Europe. 21


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En haut au centre : entrée d’une voiture des Croix de feu dans la ferme sous la lance à eau des pompiers. En bas à gauche : M.Vantomme, le commissaire de Pontoise blessé à la tête. En bas au centre : mobilisation des militants antifascistes. A droite : la seule photo publique du maire de l’époque, Emile Dambel. En haut, à droite et à gauche : extraits du journal L’Humanité et du Petit Parisien daté du 7 octobre 1935. 22


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Un Villepintois témoigne Roger Gérard avait 19 ans, il n’a pas oublié : « En octobre 1935, lorsque les Croix de feu sont venus à Villepinte, je me souviens que la sirène a sonné, j’ai pris mon vélo et je suis monté voir ce qui se passait. On croyait tous qu’il y avait le feu mais en fait c’étaient les Croix de feu qui attaquaient la Mairie. J’ai vu la scène, les bagarres de loin et ensuite les gendarmes sont arrivés et ce fut le cessez-le-feu ». 23


La nature du fascisme Le fascisme, ses conséquences et ses émules

La définition du fascisme fait l’objet de débats historiographiques toujours ouverts et fortement polémiques, notamment autour des questions suivantes : y a-t-il un ou des fascismes ? Peut-on définir ainsi uniquement le fascisme italien et le nazisme, ou bien peut-on employer cette définition pour d’autres régimes ?

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oit-on qualifier de fascistes uniquement les régimes ou bien peut-on y inclure également les mouvements politiques, mais aussi culturels qui s'en réclament ? Certains historiens reconnaissent la définition de fascisme uniquement pour l'Italie. Ils contestent toute recherche d'une grille d'analyse visant à une définition générale du fascisme, se bornant ainsi à en souligner seulement les différences. Il serait impossible ici de se rendre compte de ce débat extrêmement dense. Nous avons donc choisi d'exposer le point de vue d'un éminent historien italien du fascisme, Enzo Collotti (...). Il propose d'aborder le phénomène d'un point de vue comparatif, ce qui permet de définir les différences mais aussi les ressemblances entre les régimes.

Guerre d’Espagne, Guadarrama, arrivée de renforts dans le camp républicain. 24

Cette approche éviterait, selon lui, de tomber dans la définition chère à Renzo De Felice, historien révisionniste italien, qui nierait en réalité l'existence même du phénomène du fascisme, le réduisant « à un pur accident de l'histoire ». Il reconnaît le rôle majeur joué par la guerre de 14-18 dans l'émergence du fascisme (...). La perte d'un statut social et de la sécurité, la crise de confiance envers les anciennes couches moyennes, l’apparition incertaine d'une


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L’Action Française du 3 février 1934 : les appels à la sédition de la presse d’extrême droite ne sont pas sans effet dans la rue.


nouvelle couche moyenne et d’une nouvelle forme de bureaucratisation, filles de la guerre. (...) Tous ces faits politiques et culturels unifient la petite et la moyenne bourgeoisie européenne des villes et des campagnes, pas toujours de façon directe, mais autour de mouvements nationalistes, fascistes, « ces derniers s'opposant aux résidus des vieux états libéraux et aux perspectives ouvertes par des régimes démocratiques et contre le socialisme et le bolchévisme. ». Pour Enzo Colotti, bien qu’il faille exclure l’idée d’une origine sociale unique du fascisme, on ne peut nier que « partout, dans les régimes et les mouvements qui soutiennent les régimes autoritaires tendanciellement tournés vers le fascisme, leur caractéristique principale est celle de trouver leur consensus essentiellement parmi les couches moyennes urbaines ou rurales, en fonction des contextes sociaux et nationaux » (…) « Le rôle de l’élément prolétarien ou sous-prolétarien est demeuré tout à fait marginal ». Collotti insiste également sur l'impossibilité de séparer l'analyse du fascisme de celle des rapports de force à l'échelle internationale et de la prise en considération de son caractère intrinsèquement impérialiste. Il souligne à cet effet son influence avant même l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale par « une fascisation de l'Europe, ou si l'on veut, d'une européanisation du fascisme ». Il cite également la recherche de l'histoManifestation devant l’Hôtel de Ville de Paris rien Borejsza sur la propagande et la réception du fascisme italien en Europe centrale et sud-orientale. Cette mise au point nous semble d'autant plus nécessaire que la contrefaçon de l'histoire du fascisme atteint, en Italie, des sommets inégalés. Il est question d'une véritable réhabilitation du fascisme italien et d'une relecture édulcorée tant de l'antisémitisme que des crimes coloniaux. 26


Selon l'historien Angelo del Boca : « Il s'agit de la plus vaste et sournoise offensive visant l'effacement de la mémoire historique et le total refoulement des crimes commis en Italie, en Afrique, dans les Balkans, en Union Soviétique. Plus précisément, il s'agit d'une tentative de réécriture de l'histoire contemporaine en Italie et en Europe, en relativisant les horreurs du nazisme et de la solution finale, en dédouanant le fascisme et sa classe dirigeante, en délégitimant la Résistance et en diabolisant le communisme ». Nous allons laisser cette question ouverte mais ferons en revanche référence aux caractères propres à ces types de mouvements, partis ou gouvernements. Cela tant par le biais des influences du fascisme sur ceuxci que sur leurs tentatives d’émulation des fascismes déjà cités. Nous aborderons certains aspects des phénomènes fascistes et de l’antisémitisme sujets à débats ou controverses. Chacun des auteurs analyse le phénomène fasciste au sein d’un pays ou d’une aire géographique européenne, mettant en lumière le fonctionnement du ou des fascismes et de leurs émules et les mesures antisémites spécifiques qui y ont été adoptées. A ce titre peut-on parler de « fascisme français » ? Ou bien celui-ci n’est-il que l’expression de quelques ligues ultra-minoritaires ou d’une politique de collaboration avec l’Allemagne, force d’occupation ? Peut-on parler de fascisme en Europe orientale, où le fascisme n’est pas parvenu à conquérir le pouvoir ? lors de la campagne électorale de 1936.

Qu'en est-il de l'antisémitisme sous le régime mussolinien ? Est-il une simple conséquence de l'alliance avec l'Allemagne nazie ? Enfin, si l'on veut comprendre les mécanismes et les effets du fascisme, il est également indispensable d'aborder tant ses effets visibles qu'invisibles. Nous avons choisi d'aborder la question de l'Allemagne par la remarquable analyse linguistique de Victor Klemperer sur la langue du troisième Reich (LTI) présentée par Sonia Combes. 27


Les Républicains résistent aux franquistes à Guadarrama.

Cette analyse nous permet de saisir comment l'organisation et la mise en place de la propagande nazie imprègnent tous les aspects de la société et de la vie quotidienne. Le langage finit par façonner les esprits, par induire même les opposants à s'approprier la langue du troisième Reich par un mécanisme de mimétisme et d'appropriation des codes linguistiques du régime nazi. Il serait d'ailleurs intéressant de rappeler également le remarquable ouvrage de Charlotte Berard « Rêver sous le troisième Reich ». Les deux ouvrages mettent à nu l'impact de l'idéologie nazie sur l’inconscient individuel et collectif. Elle cite le cas saisissant d'une jeune allemande « métisse » rêvant constamment de la mort, souhaitée, de sa propre mère juive, afin de se débarrasser du poids écrasant des lois raciales et de leurs conséquences. L'auteure nous met en garde contre la tentation d’en tirer des conclusions hâtives, visant à analyser ses rêves comme l'expression d'une haine latente contre sa propre mère, issue de l’inconscient de la jeune femme, cela compte tenu du clivage produit par l'existence, dans l'état, de contraintes politiques réelles. Elle nous invite, au contraire, à saisir : « à quelle extrémité peut conduire l'immixtion du public dans le domaine du privé, comment l'être humain peut réagir dans les zones sombres de son intimité quand il lui devient trop difficile, du fait des autorités supérieures, d'aimer son prochain ; et même son tout prochain, voire de vivre avec lui ». 28


AndrĂŠ Malraux et combattants volontaires : mobilisations pour la RĂŠpublique espagnole. 29


La carte militaire du Tsar Nicolas II Le secret d’un Villepintois Cette carte d’état-major militaire, document unique et stratégique, datant d’avant 1915 et utilisée par le Tsar Nicolas II pendant la Première Guerre mondiale, a traversé la montée des fascismes et le tourbillon de la guerre grâce à un Villepintois, René Magne.

La carte militaire du Tsar a traversé la guerre, la clandestinité, la Résistance, l’arrestation de René Magne et se trouve encore en sa possession plus de 70 ans après.

« J’ai reçu cette carte militaire des mains du chef d’état-major du Tsar Nicolas II le 31 décembre 1939. C’était un document rare et précieux recherché par tous les services secrets d’Europe » explique-t-il. Pour comprendre cette histoire, il faut savoir que nombre de Russes blancs qui avaient 30


fui la révolution soviétique choisirent souvent de la rallier face à la montée en puissance du nazisme menaçant directement l’Union soviétique qui restait malgré tout leur patrie d’origine. Certains rejoindraient les réseaux d’espionnage antinazis comme ceux de l’Orchestre rouge, dont l’histoire a été racontée par l’écrivain Gilles Perrault. René Magne fréquentait alors les milieux russes en exil et commença à apprendre cette langue. Il hérita de cette fameuse carte à la Saint-Sylvestre, il y a plus de 70 ans avec le grade de général, des mains du dernier chef d’Etat major du Tsar. La consigne qui lui a été donnée était de la cacher et de ne jamais la donner à la police : « Il ne voulait pas que cette carte serve à attaquer son pays » expique René Magne. La mission n’allait pas de soi au moment où la peste brune s’abattait sur l’Europe. En France, le camp conservateur disait préférer « plutôt Hitler que le Front populaire » et le général français Weygand attaquait les positions soviétiques. La carte traverse tous les rebondissements de la vie de M. Magne : le camp de Gurs, la prison, la clandestinité, la Résistance. Elle le suit jusqu’à Villepinte où il s’installe en 1976. Aujourd’hui, plus de 70 ans après, il en parle et l’ambition de restituer ce document d’histoire à l’Etat russe, son propriétaire légitime, ne l’a jamais quitté. Mais il tient à ce que cette restitution se déroule dans un cadre officiel, entre gouvernements, en reconnaissance de la valeur du document, des risques qu’il a encourus et de la mission accomplie. « Si on m’avait pris avec cette carte sur moi pendant la guerre, je ne serais plus là pour en parler », conclut-il. Aujourd’hui, la Municipalité de Villepinte appuie sa démarche.

Résistant, membre du Comité local de Libération de la Seine, René Magne a fait signer sa carte par tous les grands responsables de la Résistance : Henri Rol-Tanguy, André Tollet (président du Comité parisien de Libération), Auguste Gillot (membre du CNR, futur maire de Saint-Denis à la Libération), Maurice Kriegel-Valrimont, Louis Blésy, Gaston Roulaud, (maire de Drancy à la libération).

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Le combat antifasciste La naissance de l’antifascisme

La mobilisation antifasciste se développe progressivement avec la montée des régimes autoritaires en Europe.

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’avènement des régimes autoritaires en Europe et la tentative putschiste des ligues fascistes, le 6 février 1934, va révéler l’ampleur de la menace antiparlementaire en France. En 1932 et 1933, Henri Barbusse et Romain Rolland lancent le mouvement Amsterdam - Pleyel qui jette les bases de l’antifascisme en France. En 1934, un Comité de vigilance des intellectuels antifascistes se constitue. Ces regroupements préparent l’union des forces de gauche et la victoire du Front populaire en mai 1936. Mais la lutte antifasciste prend encore de l’ampleur avec la guerre d’Espagne (1936-1939) et les mobilisations antifranquistes. La solidarité est immense, des volontaires venus du monde entier s’engageant pour aller combattre aux côtés des Républicains espagnols. C’est ainsi que les Brigades internationales sont créées, parmi lesquelles s’engagent plus de 9 000 volontaires français. Elles comptent plus de 32 000 combattants dont André Malraux, Arthur Koestler, Ernest Hemingway, John Dos Passos et Georges Orwell — tous écrivains — seront les figures les plus emblématiques.

Guerre d’Espagne, jan. / fév. 1939 Col d’Ares : réfugiés à la frontiére franco-espagnole. 32

Les six portraits qui suivent sont tous ceux de combattants volontaires de la guerre d’Espagne. Trois d’entre eux, Jean Hemmen, Louis BlésyGranville et « Paco » sont attachés, pour des raisons diverses, à ce secteur de notre département. Ils seront tous également, à partir de 1940, dans la clandestinité, des résistants emblématiques au régime de Vichy et à l’occupant nazi.


Guerre d’Espagne, Pujarda en février 1939 : le gouvernement se replie en Catalogne et la capitale de la Cerdagne est bombardée par les franquistes.

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Louis Blésy Le colonel « Granville » Né le 26 juillet 1910 à Béziers, il s’installe à Gennevilliers en 1924 et c’est à Sevran qu’il s’éteint le 7 juin 2004. Issu d’une famille ouvrière de quatre enfants, il rentre très tôt dans le monde du travail et obtient rapidement des responsabilités syndicales et politiques qui lui valent d’être régulièrement licencié par ses employeurs. C’est à cette époque qu’il crée la colonie de Granville avec Jean-Pierre Timbaud, héros de la Résistance, fusillé le 22 octobre 1941 par les nazis à Châteaubriant avec 26 de ses camarades. « Granville », son surnom de résistant, n’est autre que le nom de cette colonie. Pendant la guerre d’Espagne, il fait partie, dans les Brigades internationales, de ces 32 000 étrangers venus de 50 pays pour défendre la République menacée par le coup d’Etat franquiste. Il intègre la 14ème brigade, au nom prestigieux de la « Marseillaise », celle de Jean Hemmen et d’Henri Rol-Tanguy. Mobilisé en 1939 et fait prisonnier, il réussira à s’évader après deux tentatives infructueuses. Il rentre dans la Résistance et gravit tous les échelons jusqu’au commandement militaire de la région de Provence, non sans contribuer activement à la libération de Marseille. Après guerre, il reviendra à sa mission d’éducateur. Il prend, pendant une quinzaine d’années, la direction de la Villette-aux-Aulnes, une maison d’enfants de déportés, de fusillés et de victimes de guerre avant de s’installer à Sevran pour sa retraite. Louis Blésy est un grand résistant honoré et reconnu : Compagnon de la Libération, Commandeur de la Légion d’honneur, Croix de guerre, Médaillé des Evadés, etc. Louis Blésy, tout comme Rol-Tanguy, c’est un destin hors du commun de volontaire des Brigades internationales, de grand résistant et de chef FFI.

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Henri Rol-Tanguy La figure de la libération de Paris Né le 12 juin 1908, ouvrier métallurgiste dès l’âge de 14 ans, il accède aux responsabilités syndicales en 1936. Marqué par la montée des fascismes, volontaire des Brigades internationales, membre de la 14ème brigade appelée « La Marseillaise », il emprunte le surnom de « Rol » à un compagnon d’armes tombé au combat en 1938. Mais blessé sur le front de l’Ebre, il revient en France. Mobilisé en septembre Henri Rol-Tanguy au centre, avec son état-major parisien, 1939, démobilisé en dans son « bunker » des sous-sols de Denfert-Rochereau, août 1940, il refuse la au moment de la libération de Paris. défaite et rentre dans l’action. Il participe à la mise en place de l’Organisation Spéciale (OS) chargée du sabotage et de l’action directe. Il échappe aux arrestations et occupera des responsabilités dans la Résistance jusqu’à la direction des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) de la région parisienne. C’est lui qui donne le signal de l’insurrection au peuple de Paris et organise largement la libération de la capitale. A ce titre, il assiste, à la Préfecture de police, à la reddition sans condition des forces allemandes du général Von Choltitz. Il finit sa carrière dans l’armée et meurt le 8 septembre 2002 à Paris. C’est un homme de conviction, emprunt d’humanité, qui évoquait volontiers « tant d’amis, de camarades tombés, torturés, déportés, fusillés ». Il a écrit une page singulière de l’histoire d’une France généreuse, libre et universelle aux côtés du général de Gaulle et du général Leclerc. 35


Jean Hemmen Brigadiste, résistant, fusillé au Mont-Valérien Né le 19 juillet 1910 à Paris, il grandit à Sevran, quitte l’école à 13 ans après le certificat d’études et travaille comme employé de banque. Il s’engage tôt dans l’action politique, remplit nombre d’actions militantes avant d’organiser une grève unitaire de mineurs dans le nord en 1931. En 1934, il séjourne en URSS au titre de l’Internationale communiste des jeunes. Il y rencontre son épouse, Paulette Kérihuel, secrétaire Jean Hemmen, en bas à droite, sur l’une des rares photos de lui. d’un dirigeant du Komintern, Dimitri Manouilski. Dès juillet 1936, il organise l’aide matérielle à l’Espagne républicaine où sa présence est signalée sur place le 10 août. Il s’engage comme volontaire et devient, en mars 1938, commissaire politique de la 14ème Brigade, « La Marseillaise », le prédécesseur d’Henri Rol-Tanguy à ce poste. Militant clandestin dès 1940, il a des responsabilités successives dans la Résistance : le commandement de la subdivision sud-ouest des FTP puis la coordination de la région parisienne début avril : « Il n’hésite pas à prendre des risques pour organiser la résistance, pour revenir à Sevran », rapporte sa nièce, Denise Albert, qui le voit peu avant son arrestation, en avril 1942 à Paris. Torturé, inscrit sur la liste des otages, il est fusillé le 11 août 1942 au Mont-Valérien après trois mois de secret. En 1946, il est intégré, à titre posthume, dans l’armée régulière comme chef de bataillon et décoré de la Médaille de la Résistance, de la croix de combattant volontaire de la Résistance et de la médaille de l’internement pour fait de Résistance. Une rue porte désormais son nom à Sevran ; l’une de ses nièces y habite. 36


Pierre Georges Le colonel « Fabien » Figure emblématique de la Résistance, il présente le parcours exemplaire de toute une génération combattante. Né le 21 janvier 1919, entré très jeune dans le monde du travail, militant à 14 ans, il triche sur son âge (17 ans) pour pouvoir s’enrôler dans les Brigades internationales en Espagne. Blessé à trois reprises et victime d’une pneumonie, il revient en France en juin 1938 pour reprendre un travail d’ouvrier aux établissements Breguet. Pendant l’occupation, en représailles à l’arrestation et à l’exécution de deux camarades, il effectue lui-même ce qui est considéré comme le premier attentat meurtrier contre les nazis en exécutant un officier allemand, l’aspirant Moser, le 21 août 1941 au métro Barbès-Rochechouart.

« Fabien » : un gamin combattant en Espagne.

Il organise, en 1942, l’un des premiers maquis FTP sous le nom de guerre de « Fabien ». Grièvement blessé, arrêté par la police française, livré aux Allemands, interrogé, torturé, il finit par s’évader à nouveau du fort de Romainville et reprend sa place dans l’organisation de maquis. Il participe à la libération de Paris et formera une brigade de 500 hommes rattachée à la division Patton qui devient le 151ème régiment d’infanterie de l’armée de De Lattre pour combattre dans l’est de la France puis en Allemagne. Il est tué à Habsheim, près de Mulhouse, le 27 décembre 1944, dans une explosion aux circonstances mal établies. Il n’avait pas encore 26 ans. Il demeure la figure fulgurante de la Résistance et d’une jeunesse engagée dans le combat antifasciste. Une avenue honore aujourd’hui sa mémoire à Villepinte. Dans la clandestinité, les hommes de l’ombre se font faire des faux papiers. Ici Pierre Georges déguisé en curé s’appelle Paul-Louis Grandjean. 37


Le dernier guérillero Paco, entre l’histoire et la légende L’histoire méconnue de Paco fait aujourd’hui partie de la mémoire locale… et de la littérature. Fils d’Espagnols pauvres, Paco, né en 1910, rejoint en 1919, avec le reste de sa famille, son père installé en France depuis quatre ans. De bonne heure, Paco exerce le métier de tailleur de pierre et s’engage syndicalement, politiquement. Puis dès 1936, lorsqu’éclate la guerre civile, dans la solidarité avec la République espagnole. Plus encore : il s’enrôle en 1937, dans les Brigades internationales, laissant son épouse et sa fille de neuf mois. Il combat sur tous les fronts mais à la fin de la guerre, il est arrêté. Son identité étant ignorée, il échappe à la mort et se retrouve en liberté surveillée mais choisit de rester : Paco est un résistant qui ne renonce pas. Il travaille, sa femme et sa fille le rejoignent, son fils naît sur place. Couverture de bon père de famille : il est en même temps agent de liaison pour les guérillas antifranquistes qui apparaissent. En 1946, la répression est terrible. Son contact, Rafael Crespo, est arrêté, torturé mais ne parle pas. Ce n’est que contraint sous la pression des évènements qu’il revient clandestinement en 1947, avec sa famille, s’installer en France. Il reprend son métier et comme c’est un rebelle, multiplie les licenciements et les patrons… Le révolté est même exclu de son parti pour être rentré en France sans autorisation. Et coup de grâce : à 76 ans, la France lui refusera une nouvelle fois la nationalité française ! Cette histoire, c’est Didier Daeninckx, journaliste municipal de Villepinte à la fin des années 70, qui l’a fait connaître dans un recueil de nouvelles paru en 2000. Et ce surnom de « Paco », c’est celui de Francisco Asensi, le père du député de Villepinte qui a succédé à Robert Ballanger, en 1981. Didier Daeninckx, journaliste municipal en 1978, devenu écrivain, a signé de nombreux polars historiques. 38


Lise London Figure des résistances antifranquiste, antinazie, antistalinienne Veuve d’Artur London, auteur et héros de L’Aveu, incarné au cinéma par Yves Montand, Lise London, la dernière femme volontaire des Brigades internationales s’est éteinte le 31 mars 2012. Née le 15 février 1916, Elisabeth Ricol est une fille d’Espagnols pauvres venus s’installer en France au début du XXème siècle. Elle est volontaire des Brigades internationales en Espagne pour combattre le franquisme et la démocratie menacée. Elle s’engage dans la Résistance pendant l’occupation pour combattre le nazisme. Le 1er août 1942, rue Daguerre à Paris, elle monte sur une table devant un magasin pour interpeller la foule : coup d’éclat de la Résistance en plein cœur d’une capitale occupée. Elle lutte pour survivre dans les camps de Ravensbrück et de Buchenwald où elle est envoyée après son arrestation. Elle résiste au stalinisme enfin, lorsque son mari, rencontré à Moscou en 1934, brigadiste comme elle en Espagne, devenu vice-ministre en Tchécoslovaquie, est accusé de complot contre l’Etat et condamné lors des procès de Prague, en 1951. Alors soutenu par Raymond Aubrac, elle ne croit pas longtemps à sa culpabilité et le titre du livre qui sortira de leur histoire, repris au cinéma par Costa Gavras, « L’Aveu » symbolisera la dénonciation du stalinisme. Tout en conservant les idéaux antifascistes de sa jeunesse, elle appela sans répit les jeunes générations à douter, à « garder les yeux ouverts ». Femme de courage contre les franquistes, les nazis, les staliniens, face aux épreuves des amies, comme Danièle Casanova, torturées, exécutées, gazées, elle laisse le sentiment d’une infaillible volonté de vivre et de lutter. Résistante emblématique, restée jusqu’au bout femme de conviction, d’action et de volonté, elle aura traversé en combattante toutes les tragédies du siècle. C’est parce qu’elle symbolise une irréductible force de vie que son nom a été choisi pour la première crèche de Villepinte, ouverte en septembre 2012. 39


Le printemps 1940 L'armée française au combat…

Le 3 septembre 1939, l'ensemble des Parlementaires français élus au printemps 1936 vote les crédits de guerre pour contrer le 3ème Reich dont les troupes viennent d'envahir la Pologne.

L

e régime hitlérien pourrait être pris entre deux feux. Mais, le gouvernement Daladier et l'état-major français refusent toute opération militaire sur le front ouest. La « drôle de guerre » commence, laissant la possibilité à Hitler d'envahir la Pologne, de reconstituer ses troupes et de les transférer sur le front ouest. Le 10 mai 1940, la Wehrmacht envahit la Belgique et les Pays-Bas ; le 22 juin, la France signe l'armistice. En six semaines, l'armée française a été bousculée, disloquée, défaite, vaincue… Elle était pourtant considérée comme la plus forte d'Europe !

Le chasseur Henri Hautebon, tué au combat sur la rive nord du canal, à Villepinte, le 13 juin 1940. 40

En mai 1940, les forces franco-britanniques auxquelles s'ajoutent celles de la Belgique et des PaysBas, mettent en ligne autant de troupes que la Wehrmacht, plus de tanks et autant d'avions si on compte la Royal Air Force (RAF), basée en Angleterre. Les chars et les canons antichars français sont plus performants que ceux des Allemands. Pourtant, l'armée hitlérienne attaquant la Belgique et les PaysBas le 10 mai, désarticulera les Français en perçant les Ardennes vers Sedan. Puis, fonçant vers la Manche qu'elle atteindra le 20 mai, elle encerclera les meilleures troupes françaises en action en Belgique et aux Pays-Bas, les forçant à un repli sur Dunkerque


Des soldats allemands posent sous la Tour Eiffel. Après l’armistice, Hitler ira discrètement visiter le tombeau de Napoléon qu’il admirait.


Exode des populations civiles en juillet 1940.

où beaucoup embarqueront vers l'Angleterre entre le 25 mai et le 3 juin 1940. L'état-major français, dirigé par Weygand, n'organisera aucune contre-attaque réelle pour briser la mince ligne de front établie sur la Somme par les Allemands. Les armées alliées ne se seraient pas battues ! À Bodange, le 10 mai, 50 Belges contiennent pendant 48 heures plus de 3 000 Allemands, retardant leur percée vers la Meuse… Deux jours plus tard, à Hannut, les blindés français remportent la première bataille de chars en détruisant 164 tanks allemands. Ce succès, puis celui des blindés de Charles de Gaulle à Montcornet le 17 mai 1940, attestent de la qualité du matériel français et de la volonté de certains officiers et soldats. Rappelons aussi les combats autour de Lille et plus encore la résistance acharnée aux abords de Dunkerque qui permettront l'embarquement de plus de 338 000 combattants 42


britanniques et français. N'oublions pas non plus qu'à Amiens, sur la Somme, la Wehrmacht mettra plus de 15 jours – du 24 mai au 9 juin 1940 – pour s'emparer de la ville et des ponts. Ces actions exaspérèrent souvent les chefs allemands qui s'en prennent aux populations civiles comme à Aubigny-en-Artois (98 victimes), à Villepinte ou près de Chartres. C'est à cette occasion que le préfet Jean Moulin refusera de faire porter la responsabilité de ces massacres à des soldats sénégalais malgré les pressions allemandes. Environ 80 000 victimes militaires dans le camp allié furent comptabilisées durant ces six semaines de combat ; 27 000 à 50 000 tués du côté allemand. Le Haut Commandement allemand a toujours cherché à sous-estimer ses pertes. Tout ceci atteste de la violence des combats, de l'engagement d'une partie des troupes françaises et, en contrepoint, du choix des « élites » et de l'état-major français prompts, comme le prouvent les comptes-rendus des réunions franco-britanniques, à envisager des opérations contre l'Union Soviétique plutôt que de faire la guerre à l'Allemagne nazie.

14 juin 1940 : les troupes allemandes sont au repos dans Paris déclarée ville ouverte. Ce même jour, des soldats allemands fusillent des civils non-combattants à Villepinte. 43


Les exécutions sommaires du Vert-Galant Un prélude local à Oradour-sur-Glane Le 13 juin 1940, lorsque les forces allemandes arrivent en direction du Canal de l’Ourcq, les troupes françaises étaient virtuellement défaites. Paris était déjà déclarée ville ouverte et quatre jours plus tard, le Maréchal Pétain annonçait à la radio sa demande d’armistice. Les nazis pensent alors que toute résistance sérieuse a cessé. Les envahisseurs paraissent tenir leur revanche sur l’issue de la Première Guerre mondiale avec un sentiment de supériorité que personne ne semble alors en mesure d’arrêter. Or, la résistance du 24ème Bataillon de Chasseurs Alpins devant le pont de l’avenue du Chemin de fer surprend le commandement allemand. Le 13 juin, à Villepinte pendant 24 heures, la défense du Canal de l’Ourcq constitue la ligne de front de la résistance à l’envahisseur, une résistance farouche, l’une des plus fortes des cinq semaines de guerre qui viennent de se dérouler. Mais le rapport de force est tel que cette résistance ne pouvait durer bien longtemps.

Le capitaine Georges Gillot, 2ème à gauche sur le cliché, peu avant les combats du 13 juin 1940 sur le canal de l’Ourcq. 44

Dans leur soif de domination, les forces nazies contrariées par cette résistance s’en


prennent alors à la population civile. Elles choisissent la terreur. Dans la nuit du 13 juin, de nombreux civils qui n’avaient nullement pris part aux combats sont arrêtés. Arrachés à leurs domiciles en pleine nuit, certains sont emmenés encore en pyjama. Rassemblés sur la place de la gare du Vert-Galant, ils sont triés par un Officier supérieur qui en choisit 15 pour le peloton d’exécution. Ils sont exécutés en deux groupes, pour Exécution sommaire de combattants des l’exemple, sur la berge du Forces françaises de l’Intérieur (FFI) au printemps 1944. Canal et en face de la gare. L’un d’entre eux, laissé pour mort, survivra à ses blessures. Dix autres otages, qui croyaient subir le même traitement, furent finalement déportés en Allemagne. Le commandement nazi a frappé arbitrairement pour montrer, avant même ce qu’il pensait être la fin de la guerre, que toute résistance était inutile. Il a pris bien soin de n’écarter de la répression aucune des villes où l’on s’était battu. Ainsi, parmi les fusillés, il y a un habitant de Villeparisis, un de Mitry-Mory, trois de Tremblay-lès-Gonnesse. Mais avec dix victimes, c’est Villepinte qui paya le plus lourd tribut à l’ignominie. Avec cet acte de barbarie pure, les nazis signeront à Villepinte l’une des premières pages des innombrables sauvageries qu’ils commettront jusqu’à Oradour-sur-Glane, la plus tristement célèbre dans notre pays. Cette résistance était connue mais moins le massacre qui en à été la conséquence. Hervé Revel, le président de la Société d’études historiques de Tremblay-en-France a eu le mérite de réarticuler les deux événements. Ces dates du 13 et du 14 juin appartiennent à la mémoire villepintoise mais s’inscrivent dans la grande histoire parce que cet évènement l’anticipe de manière tragiquement prémonitoire. 45


Les 15 otages fusillés Les otages sont des civils qui n’avaient nullement pris part aux combats mais qui habitaient aux alentours. Arrêtés chez eux, parfois en pleine nuit, arrachés à leur famille, regroupés, quinze d’entre eux furent sélectionnés par les officiers allemands pour être envoyés au peloton d’exécution. Il s’agissait d’exercer une terreur, de montrer, avant même la signature de l’armistice, que toute résistance était inutile et se payait au prix fort. Au mépris des trois premières conventions de Genève, les nazis montrent qu’ils ne font aucun cas des prisonniers et de la vie humaine. BEAUGRAND Adrien Villepinte, avenue Henri IV. 44 ans, typographe, père de deux enfants. La plupart des victimes habitaient un périmètre réduit. BŒUF Clothaire, Georges Villeparisis, avenue de la République. 44 ans, employé des Postes. BONTEMPS Paul, Gaston Villepinte, avenue de la Gare. 39 ans, tôlier. L’avenue de la gare compta trois victimes. CHAUVET Marcel Mitry-Mory, avenue de Navarre. 22 ans, peintre en lettres. Monsieur Chauvet est le plus jeune des otages suppliciés. En général, les hommes en âge de porter les armes étaient mobilisés. DESBREE Léon, Joseph Villepinte, avenue Sully, 80 ans menuisier. Monsieur Desbrée était le doyen des otages fusillés. DESCOMBE Jean Villepinte, avenue Blanqui, 55 ans, manœuvre. 46


DIDIER Gaston Tremblay-lès-Gonesse, boulevard Ch. Vaillant. 52 ans, employé à la Compagnie d’assurance urbaine. « Mon père était sur le pas de la porte en train de parler avec un voisin. (…) C’est alors qu’un Allemand est arrivé. Il leur a dit de le suivre mais il s’est retourné vers ma mère en disant : les femmes à la maison ! Mon père est parti avec l’Allemand et le voisin, et au bout de la rue, ils ont tourné à droite. On n’a rien su de la journée. On a bien entendu tirer mais les gens disaient qu’ils tiraient sur les chiens » a témoigné sa fille ultérieurement. EVAIN Léon Villepinte, avenue des Nymphes. 60 ans, manœuvre. « Il était un père tellement attentif ! Tellement gentil ! » a témoigne sa petite fille à la SEHT.

GUIFFARD Gaston Villepinte, avenue Massenet. 40 ans, charbonnier. Il décide d’aller chercher du pain après la fusillade. Mal lui en pris. L’un de ses fils a été très marqué par l’événement qui avait fait de lui un orphelin. Il a longtemps assisté aux cérémonies bien qu’il habitât en province.

LARSONNIER Achille Villepinte, avenue Massenet. 63 ans, manœuvre. Il est voisin de Gaston Guiffard. 47


MASSON André Tremblay-lès-Gonesses, avenue de Villeparisis. 59 ans, gérant. M. Masson habitait avenue de Villeparisis qui est devenue après guerre avenue Pierre Colongo, nom d’un résistant tremblaysien tombé au combat. ROCHE Auguste Villepinte, avenue de la Gare. 43 ans, artiste de cirque. ROCHE Alexandre Villepinte, avenue de la Gare. 42 ans, artiste de cirque. Les frères Roche faisaient partie de la grande famille du cirque. C’étaient des artistes de music-hall et des acrobates qui travaillaient avec leurs femmes. Ils donnaient des cours de gymnastique au patronage laïque. Ils étaient très populaires dans le quartier du Vert-Galant. Ils sont morts comme ils ont toujours vécu, étroitement soudés l’un à l’autre. ZANON Joseph Villepinte, avenue Branly. 32 ans. Il est de nationalité italienne comme son ami Albert Zechetti. ZECHETTI Albert Tenancier d’un café « Au père tranquille », à Villepinte, de nationalité italienne, il est fusillé avec les autres mais survécut à cet épisode : il reçoit une rafale de mitraillette dans le ventre, fait le mort pour éviter le coup de grâce et lorsque les Allemands abandonnent leur charnier, il rentre chez lui et survivra mutilé à cette exécution.

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Les victimes civiles Quatre personnes trouvent la mort par accident et sont des victimes civiles indirectes des combats du canal de l’Ourcq. Comme les otages, ce sont des civils non-combattants mais mortellement touchés au moment du feu. SAVAR Juliette Tremblay-lès-Gonesse, chemin du Loup. Agée de 39 ans, sortie de chez elle avec son mari et un soldat français blessé par un soldat allemand, elle est touchée par une rafale de mitraillette tirée volontairement. Le soldat succomba, son mari également touché dut être amputé d’une jambe et ne lui survécut que 18 mois. Juliette Savar est la seule victime civile à apparaître sur la stèle commémorative des fusillés bien qu’elle n’ait pas fait partie des otages. Les trois autres victimes ne sont pas mentionnées. PERNAUD Marie Tremblay-lès-Gonesse, avenue Pasteur. Agée de 57 ans, elle est mortellement touchée par un éclat d’obus, le 13 juin 1940. C’est Pierre Colongo, un de ses voisins et futur résistant, tombé le 27 août 1944 les armes à la main, qui signe son acte de décès. COQUERELLE Léopold Tremblay-lès-Gonesse, avenue Mozart. Agé de 65 ans, il est mortellement touché par un éclat d’obus, le 13 juin 1940. Comme Marie Pernaud, c’est une victime collatérale des combats. DESAIN Charles Tremblay-lès-Gonesse, boulevard Ch. Vaillant. Agé de 45 ans, c’est un ancien combattant de 1914 - 1918. Mutilé de guerre, il était dehors sur son perron et les nazis l’auraient tué délibérément après un échange de gestes et de paroles. 49


Georges Burger Otage civil villepintois et dernier témoin Lorsque le 13 juin 1940, l’armée allemande essuie une forte résistance sur le Canal de l’Ourcq au niveau de la gare du Vert-Galant par des soldats français, pourtant en déroute, elle se venge sauvagement sur la population civile. « Ils ont organisé une première rafle le matin en fouillant les maisons de la rive droite du canal aux alentours de la gare. Ils en ont sélectionné 15 qu’ils ont fusillés aussitôt ; parmi eux, il y avait deux artistes de music-hall, les frères Roche. Certains étaient encore en pyjama », confie Georges Burger au journal municipal de Villepinte lors de sa dernière interview, en juin 2009. L’après-midi, ils organisent une deuxième rafle. Dix personnes sont de nouveau choisies, parmi lesquelles Georges qui, du haut de ses 16 ans, était l’un des plus jeunes du groupe. « Nous sommes restés toute une nuit sous le contrôle des mitrailleuses », raconte-t-il. A l’époque, le secteur était constitué de bois et de champs. « Demain, c’est pour nous », pensa-t-il en son for intérieur. En réalité, ce deuxième groupe fut emmené en Allemagne en passant par Drancy. Une partie s’effectua en train, avec des descentes en pleine nuit, des chiens, des lampes.

Georges Burger, lors de sa dernière interview pour le magazine municipal, en mai 2009.

« Nous étions en juin, il faisait très chaud, nous manquions d’eau et de nourriture ». Pourtant, il ne fallait pas sortir du rang : « A Persant-Beaumont, ils ont abattu l’un d’entre nous qui s’était laissé tenter par un cerisier rempli de ses fruits magnifiques. C’était la première fois que je voyais 50


de mes yeux mourir un homme ». En Allemagne, il arrive au camp de Hemer en Westphalie. Il a le numéro 39019. « Nous sommes humiliés, insultés, brimés, battus. C’est dur mais ce n’est qu’un camp d’internement, ce n’est pas encore un camp de la mort ». Il y laissera des séquelles physiques mais Georges est un dur à cuire. Il assiste, là encore, à l’exécution sauvage d’un prisonnier revenant des latrines trop lentement pour l’appel, au goût des geôliers. En décembre 1940, il est intégré dans une famille allemande et contraint de travailler pour l’économie allemande. Lors d’une permission, il décide de se cacher pour ne pas retourner en Allemagne. Et il assistera régulièrement, après guerre, aux cérémonies organisées en souvenir de ce massacre. Georges Burger est mort le 5 janvier 2010. C’était le dernier témoin et l’ultime survivant de ce tragique évènement.

En décembre 1940, Georges Burger est contraint de travailler, comme des milliers de Français, pour l’économie allemande. 51


La répression

Les prisonniers, les camps, la déportation

A l’origine des camps de concentration, il y a d’abord l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933. Sa politique dictatoriale était fondée sur le racisme, sur l’idée de la supériorité aryenne, de l’extermination des Juifs et de tous ses adversaires, même les aryens : communistes, socialistes, chrétiens, syndicalistes et autres.

D

Dans les camps de concentration, les hommes emmitouflés survivent à l’hiver comme ils peuvent. 52

ès leur arrivée au pouvoir, les nazis ouvrirent des camps de concentration et des dizaines de milliers d’Allemands en furent les premières victimes. Plus de 32 000 furent condamnés à mort et exécutés. En mai 1940, la guerre est déclenchée, des centaines de villes sont écrasées sous les bombes, et très vite c’est l’invasion avec ses images d’exode. Pendant quatre ans, les nazis occupent et pillent le pays. Face à l’occupation, de nombreuses prises de conscience se font jour et sont parfois suivies d’actes : le rejet de Pétain supposé sauver le pays, l’écoute clandestine de Radio Londres, le camouflage d’enfants et de personnes d’origine juive, la diffusion de propagande, les sabotages et actions armées contre l’occupant comme l’assassinat le 21 août à la station de métro Barbès-Rochechouart d’un officier allemand par Pierre Georges, le colonel « Fabien », le refus de partir au Service du travail obligatoire (STO)... Bien évidemment, l’occupant ne reste pas sans réagir. Il pourchasse les résistants qu’il qualifie de « bandits », de « terroristes » et n’hésite pas, lorsqu’il s’en empare à les torturer, les fusiller ou


Les prisonniers qui ne sont pas gazés à leur arrivée sont entassés dans des baraquements. Les conditions de survie sont inimaginables.


Après l’armistice, les nazis transformèrent la cité de la Muette en camp de regroupement et de transit. De fait, plus de 90 % des Juifs envoyés dans les camps de la mort passèrent par Drancy.

les déporter. Et la répression est terrible : le 22 octobre 1941, 27 otages sont fusillés à Châteaubriant dont un lycéen de 17 ans, Guy Môquet ; le 24 octobre 1941, 50 otages sont assassinés à Souges ; le 15 décembre 1941, 100 otages sont fusillés au Mont-Valérien, parmi lesquels le journaliste Gabriel Péri. A Arras, 218 résistants sont passés par les armes et les représailles sanglantes ne cesseront plus les années suivantes.

Le mémorial de Drancy En 1976, le sculpteur francoisraélien, Shelomo Selinger, lui-même rescapé de la mort, gagne le concours international pour ce projet de mémorial. Né en 1928 en Pologne, déporté enfant avec ses parents qui sont éliminés, il est sauvé quasi-mourant, en 1945, sur une pile de cadavres, par un médecin militaire soviétique lors de la libération de son camp. Il fait les Beaux-Arts à Paris et devient un sculpteur internationalement reconnu.

Les Allemands introduisent des mesures racistes en France, contraignant les personnes d’origine juive, y compris les enfants, au port de l’étoile jaune. Bientôt, ils les déportent. De mars 1942 à août 1944, 62 608 juifs partent du camp de Drancy vers les fours crématoires. Les 16 et 17 juillet des milliers de juifs parisiens, hommes, femmes, enfants, vieillards sont arrêtés par la police française et parqués dans des conditions atroces dans l’ancien vélodrome d’hiver. Sur 12 884 arrêtés et déportés, 800 seulement ont survécu. En France, les camps comme ceux de Drancy ou de Gurs sont généralement des centres de transit. Les prisonniers n’y restent pas. Ils sont fusillés en France ou sont envoyés dans des camps en Allemagne ou en Pologne 54


vers ce qui sera souvent leur destination finale. En Allemagne, les camps de concentration nazis sont l’instrument d’un massacre conscient, médité, scientifiquement organisé, méthodiquement planifié. Ils n’ont aucune rationalité économique et deviennent même, avec sa montée en puissance, un système fou au sens propre puisque, comme le fait remarquer un historien, Pierre Vidal-Naquet, les nazis vont parfois jusqu’à privilégier le passage des trains de déportés sur leurs propres convois utiles, hommes et marchandises. Rien n’arrête cette folie meurtrière, pas même la perspective de la défaite. Paris est sur le point d’être libérée mais les internés, entassés à Drancy, continuent à être envoyés en Allemagne. Faisant de la déportation et de l’extermination une industrie de masse, le nazisme donne une forme inédite et barbare aux camps de concentration. La première fois que sont créés des camps, par les Espagnols pendant la guerre d’indépendance à Cuba (1895-1898) ou par les Britanniques, en Afrique du sud, pendant la guerre des Boers (1899-1902), ceux-ci n’ont rien de comparable avec la dimension qu’ils prendront, au cœur du système nazi, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le camp de Drancy vu de l’intérieur pendant l’occupation. 55


Un petit Vélodrome d’hiver à Sevran L’école Victor-Hugo au cœur d’une rafle locale de Juifs La rafle parisienne de Juifs, conduits au Vélodrome d’hiver à partir du 16 juillet 1942, s’est poursuivie par de nombreuses arrestations locales. Celle du 26 octobre 1942, à l’école Victor-Hugo de Sevran, regroupe des Juifs arrêtés à Sevran, Tremblay, Aulnay, Livry-Gargan, Villepinte et ailleurs. Denise Albert raconte. « Je travaillais à Paris et André Crétier, avec lequel je formais un triangle vient me chercher à la gare et me dit Denise, tu sais pas ce qui est arrivé cet après-midi ? Des Juifs ont été arrêtés, acheminés en train à la gare et conduits à pied jusqu’à l’école Victor-Hugo. Nous y sommes allés le soir. Devant l’école, il y avait une mitrailleuse et il y avait des soldats dans la cour de l’école. On a entendu crier les hommes, les femmes, les enfants. Eux sont restés nuits et jours dehors sur les cailloux sans manger. Le soir vers 10 heures, avec André Crétier, on essayait de leur lancer à manger. On faisait avec les moyens du bord. Il n’y avait pas grand-chose à manger. Certains gardes leur transmettaient la nourriture mais d’autres la rejetaient. La mère et la grand-mère d’une amie, Paulette Vieillefond, membre avec nous des Jeunes Filles de France, faisaient des soupes avec ce qu’elles trouvaient. Ils étaient 84. Il y avait tous les âges... La plus vieille, l’horlogère de Freinville que je connaissais, avait 80 ans. La plus jeune avait un an et demi. Quand les Après guerre, Denise Albert a longtemps réclamé une plaque pour cette école. Sa famille, les Descoins, avait caché un Juif, Victor Perlaps, pendant l’occupation. 56


camions bâchés sont arrivés, la gosse pleurait dans les bras de sa mère, ils hurlaient, je les entends encore. On est tous partis, on ne pouvait pas les entendre. Le 29 octobre, ils ont été emmenés à Drancy, une destination provisoire avant d’être envoyés, le 11 novembre au camp d’extermination d’Auschwitz. De Drancy, ils sont partis à 745 et aucun n’est revenu. Comment veux-tu que cela ne marque pas ? Quand je raconte cela devant les gens, ils n’en reviennent pas. Moi, j’ai réclamé une plaque à tous les maires de Sevran mais j’ai attendu plus de 60 ans avant qu’on en mette une ».

Les déportés Villepintois de l’école Victor-Hugo Hofmann Itta, 23 ans Leibu Dwora, 46 ans Malack Léon, 6 ans Malack Robert, 15 ans Malack Berthe, 10 ans Malack Claudine, 13 ans Malack Fradja, 36 ans Vernick Ida, 59 ans

La rafle « suprise » et méconnue du 20 août 1941, un an avant celle du Vélodrome d’hiver du 16 juillet 1942, envoie 2 894 Juifs vers le camp de Drancy qui venait d’ouvrir ses portes. 57


Le camp de Gurs René Magne raconte « Le camp de Gurs, c’était un camp extrêmement important parce qu’il avait une capacité de 25 000 personnes. C’était le plus grand camp organisé de France », commence René Magne. « Le 21 juin 1940, nous arrivions au camp de Gurs après avoir été internés au camp des Grous, à côté d’Orléans. C’est là qu’on retrouve François Arri, futur élu villepintois ; il était vraiment bébé parce que pendant l’hiver, pour qu’il ne meure pas de froid, il était protégé par les mères qui, à tour de rôle, le prenaient sur elles pour le réchauffer et qu’il ne soit pas malade. L’ensemble du terrain était un ancien marécage. A Villepinte, le 27 mai 2012 : chaque fois qu’il y avait la pluie ou des orages, on avait René Magne lors d’un les pieds dans l’eau, c’était un véritable cloaque. Donc hommage à Jean Moulin nous avons été internés et logés dans ces baraquements où il n’y avait pas de lits. C’était à même le plancher, par terre, on nous a donné de la paille. Je sais qu’à côté de moi, il y avait le futur maire de Montreuil-sous-Bois, Daniel Renoult qui était un ethnologue et professeur, une personnalité. A côté de moi, il y avait un autre jeune communiste qui s’appelait Rodier. Tous deux, nous étions de chaque côté de Daniel Renoult avec mission de le veiller. On nous a donné des semblants de gamelles, je ne sais même pas si nous avions des couverts, c’était scandaleux. La vie s’est organisée à l’intérieur du camp de telle manière qu’il fallait absolument qu’on s’occupe l’esprit et qu’on ne se laisse pas aller à l’abandon moral et physique. On avait organisé, selon la capacité des cadres qui étaient avec nous, différents cours. On assistait aux différents cours que chacun pouvait donner, Daniel Renoult donnait ses cours et on avait facilement une dizaine ou une quinzaine de camarades de valeur puisqu’on avait avec nous plusieurs élus, plusieurs maires. Nous avions beaucoup de jeunes 58


avec nous. Nous avions notamment Jacques Georges, le frère du colonel Fabien. Je me suis évadé du camp de Gurs, le 29 septembre 1940, avec deux autres camarades sur ordre du comité de résistance du camp pour tenter de rétablir la liaison avec la résistance extérieure. Cela veut dire que dans notre esprit, la Résistance était déjà née ». Carte d’interné politique de René Magne.

Camp de Gurs : les nourrissons étaient internés avec leurs parents. 59


Deux Villepintois au camp de Gurs Entre l’histoire et la mémoire Le camp de Gurs, dans les Pyrénées-Atlantique, « honte de la France » selon le mot de Robert Badinter, est le lieu symbolique et tragique de l’internement politique en France. Appelé centre d’hébergement, il sera en réalité un camp d’internement pour les réfugiés espagnols après la victoire du franquisme en 1939. Le gouvernement y enferme ensuite tous les « indésirables », exilés allemands persécutés par le régime nazi, émigrés de tous les pays, suspects politiques, antimunichois, communistes dont on avait interdit le parti en 1939. Il sera, pendant l’occupation, un lieu de rétention et de transit pour tous les Juifs que le régime antisémite de Vichy livre à l’occupant nazi.

François Arri et René Magne,Villepintois de générations différentes, y ont été emprisonnés en même temps à cette époque. Ils ne se connaissaient pas. Plus tard, en 1977, ils ont tous deux été maires-adjoints au sein de la même équipe municipale. En avril 2008, lors de la commémoration du souvenir de la Déportation, invité par Jean Porta, président de la section locale de l’ARAC, René Magne a tenu à rappeler cet épisode douloureux.Villepinte peut encore compter, plus de 70 ans après, deux anciens prisonniers vivants du camp de Gurs. 60


Vues du camp de Gurs. 61


Dessins du camp de Gurs Quelques-uns des nombreux dessins inédits du camp réalisés par M. Sagette, dessinateur à La Vie Ouvrière et lui-même interné au camp de Gurs. L’auteur les a remis après guerre à René Magne qui les a conservés depuis. Ils n’ont jamais été publiés.

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Daniel Renoult, le futur maire de Montreuil (1945-1958) pendant sa détention au camp de Gurs.


René Magne, dit « Papou » selon le mot de Daniel Renoult.

Lecture collective en présence de René Magne (avec la barbe) et de Jacques Georges, le frère du colonel « Fabien » (avec le foulard sur la tête).

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La Résistance et la Libération Les actions des grandes figures de la Résistance sont soutenues par le travail quotidien et anonyme des résistants qui ont œuvré dans l’ombre, localement, à la lutte contre l’envahisseur nazi et pour la libération du pays.

Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain demande l’armistice qui sera signé le 22 juin. Le 18 juin, alors que sonne l’heure de la défaite, que tous les repères s’écroulent et que peu nombreux sont ceux qui croient le combat encore possible, le général de Gaulle, à contre-courant de la résignation générale, contre sa famille politique qui, pour l’essentiel, rallie Pétain, appelle à continuer la guerre avec lui. De ce jour, grâce à cet appel, Charles de Gaulle personnifie, pour l’histoire et pour le monde, l’esprit de résistance. 64


L’arrivée des chars américains à Villepinte le 29 août 1944.


N

otre secteur a compté son lot d’histoires de résistance parfois héroïques, parfois plus modestes, mais toujours utiles. Certains résistants ne sont pas d’ici mais ils sont venus s’installer, ou ont agi ici, comme René Magne ou Jean Salaün. D’autres, comme Denise Albert et Antoine Cusino, sont voisins. Les époux Aubrac ne sont pas originaires du secteur mais ils sont dans la mémoire villepintoise pour être venus inaugurer ensemble, en 2006, une école baptisée Lucie-Aubrac.

A la Libération, un char américain immobilisé face à l’hôpital Robert-Ballanger de Villepinte.

Les troupes issues de l’empire colonial français ont joué un rôle essentiel, souvent méconnu dans la libération du pays. Mohammed Ben Bella, le futur chef d’Etat algérien, en est l’exemple le plus emblématique en recevant, au mois d’avril 1944, la médaille militaire des mains du général de Gaulle pour sa participation à la bataille de Monte Cassino en Italie. Les enfants et les petits-enfants de ces combattants, héritiers de cette contribution essentielle à la victoire sur le nazisme se sont souvent installés en France et nombre d’entre eux n’ont jamais caché la fierté qu’ils éprouvaient de l’engagement de leurs parents dans la libération du pays. 66


La libération de Villepinte survient le 29 août 1944. Ce jour-là, les soldats américains contrôlent la ville et récupèrent des forces, ici au Vieux-Pays.

Villepinte : colonne de prisonniers allemands sous la garde des troupes américaines. 67


L’hôpital Robert-Ballanger Un passé méconnu Dès l’origine, le projet d’hôpital concerne plusieurs communes : Aulnay-sous-Bois, Blanc-Mesnil, Sevran, Tremblay-lès-Gonnesse et Villepinte. C’est à Villepinte que s’engage sa construction, à partir de 1934, sur un terrain concédé à la commune par son maire, M. Dauvergne, exploitant agricole et grand propriétaire terrien. En 1939, il est à peine terminé que survient la guerre. Il est réquisitionné en juillet 1940 par les nazis qui le transforment en

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Les troupes américaines devant l’hôpital rendent hommage à Roosevelt, mort le 12 avril 1945.

l’une des plus grandes casernes de la région parisienne et ajoutent plusieurs blockhaus autour du bâtiment central. Elle prend le nom de caserne Von Tirpitz. Le 28 août 1942, une femme tire des coups de feu et blesse un garde posté à l’entrée. En représailles, neuf Juifs sont arrêtés et déportés. A la Libération, les forces nordaméricaines succèdent aux troupes allemandes dans ces locaux et les utilisent à leur tour comme centre d’hébergement. En 1946, lorsqu’ils sont libérés, ceux-ci nécessitent d’importants travaux. L’hôpital, prévu avantguerre, n’ouvrira finalement ses portes que 20 ans plus tard, en 1955. Il prendra le nom du député Robert Ballanger, après son décès en Robert Ballanger, député communiste de Villepinte de 1945 à 1981 : son nom janvier 1981. Aujourd’hui, il s’engage dans a été donné à l’hôpital et à la route une nouvelle extension et couvre un bassin de départementale qui traverse Villepinte. population de 450 000 personnes. 69


René Magne et Denise Albert L’énergie vivante de la Résistance René Magne, Villepintois et Denise Albert, Sevranaise, nés respectivement en 1921 et 1922 sont d’anciens résistants animés tous deux par une infatigable énergie de vie. C’est en 1976 que René Magne s’installe définitivement à Villepinte après y avoir fréquemment séjourné. Il est élevé par sa mère, fille de l’assistance publique, qui travaille dans les années 30 pour le milieu des Russes blancs en exil dont il recueillera la carte d’Etat Major ayant appartenu au Tsar Nicolas II. En 1938, il est embauché chez Farman, un fabricant d’avions. Mais, face à la répression des organisations antimunichoises, en raison de ses engagements, il ne tarde pas à entrer en clandestinité. Il est arrêté le 17 avril 1940 et incarcéré à la prison de la santé, au secret. Devant l’avancée allemande, il est transféré, en juin, au camp de Gurs dont il s’évade sur ordre du comité du camp, le 29 septembre 1940. Repris le 2 octobre près de la frontière espagnole en zone occupée, il est détenu à la prison de Fontevrauld jusqu’au 2 juillet 1941, date à laquelle il est envoyé à la prison militaire de Périgueux. Atteint par la tuberculose, il est envoyé au sanatorium de la prison. Les excès de radiation qu’il y subit en guise de « traitement » lui laisseront des séquelles définitives. Mais loin de le faire renoncer, les épreuves de la guerre le renforcent. Lorsqu’il est libéré en avril 1942, il met ses talents de dessinateur au service de la Résistance jusqu’à la fin de la guerre malgré les aléas de sa santé : fabrication de tampons, de faux papiers et toutes sortes de documents indispensables aux combattants de l’ombre. A la Libération, 70


Drancy, qu’il a vu se transformer au cours de la guerre en centre de transit pour les Juifs, est sa première terre d’élection. Bénéficiant d’une dérogation en raison de son âge (inférieur aux 25 ans requis pour être éligible), il est au Conseil municipal provisoire de Drancy, l’un des plus jeunes élus de France. Plus tard, à Villepinte, il continue inlassablement à œuvrer au bien public. Longtemps, il intervient dans les écoles pour transmettre l’histoire de la Résistance. Il agit dans la vie publique comme maire-adjoint au Conseil municipal de Villepinte (1977-1983) et comme élu au Conseil régional (1992 - 1998). Il milite activement pour l’environnement en participant à la fondation de Génération écologie, à la création des Amis du Parc de la Poudrerie. Il est, en faveur de la cité Condorcet de Villepinte, à l’initiative de la première expérience d’énergie solaire dans le département. Comme dépositaire d’une mémoire rare, il est naturellement membre de l’ARAC, de l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance), de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes) et de l’Amicale du camp de Gurs. René Magne est, à Villepinte, la dernière figure emblématique d’une page déterminante de notre histoire nationale.

C

’est en 1923 que Denise Albert arrive à Sevran. Arrière-petite-fille d’un mégissier, membre de la 1ère Internationale de Marx, Communard, fusillé par les Versaillais en 1871, elle est aussi la nièce de Jean Hemmen, résistant, fusillé au Mont -Valérien, ancien combattant de l’Espagne républicaine, ami de Rol-Tanguy et de Louis Blésy-Granville. Elle ne faillira pas à la tradition familiale. En 1936, elle collecte pour les Républicains espagnols à travers le Secours rouge (ancêtre du Secours populaire) et témoigne sur la création des Jeunes Filles de France constituée de 71


personnalités comme Danièle Casanova, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Nina Asensi, la mère de l’actuel député de la circonscription. En février 1940, lorsqu’elle revient de sanatorium, Maurice Nilès, le futur député-maire de Drancy, lui propose de créer un « triangle » sur Sevran, premier échelon de base de la Résistance qui commence à s’organiser. Membre de ce triangle avec Roger Le Maner et André Crétier, elle fait partie de ces soldats de l’ombre sans uniforme, à l’insu même de sa propre famille, en vertu des règles de cloisonnement. Denise voit tomber de nombreux camarades, parfois physiquement, comme Auguste Crétier, dont les noms parsèment aujourd’hui les rues de Sevran. Son partenaire de triangle, Roger Le Maner, dénoncé, arrêté, meurt dans les camps. Le 12 décembre 1943, son père disparaît carbonisé au phosphore dans les décombres d’un bombardement sur son lieu de travail. Employée d’une entreprise d’énergie privée « Eclairage Central et Force Motrice » (ECFM) et cégétiste de cœur, elle ne compte plus, à la Libération, les réunions passées aux côtés de Marcel Paul, ministre du général de Gaulle, parfois jusqu’à tard le soir, pour mettre en place le statut des agents de la régie publique EDFGDF créée en 1946. Aujourd’hui, elle intervient à la demande dans les classes pour raconter la Résistance et est restée longtemps la dernière à emmener tous les ans des dizaines d’élèves au Mont-Valérien rendre hommage avec elle aux martyrs du combat antinazi. Cette femme toute faite d’énergie, qu’on a surpris en train de « faire la grille » à près de 90 ans parce qu’elle avait oublié ses clés, est devenue présidente de l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance) de Sevran, de Tremblay-en-France, de Villepinte après la mort de Louis 72


Blésy. Si les années passent, elle n’a rien perdu de sa gouaille et n’oublie jamais de vous rappeler qu’elle a mangé des limaces vivantes (test de la tuberculose) et qu’elle a horreur des « je me la gobe » (prétentieux). Elle essaie modestement d’être fidèle au mot d’un camarade de militance, Guy Môquet (voir page 75) et n’hésite pas à affirmer : « Un homme vaut par ce qu’il est non par ce qu’il a ».

Denise Albert, les décorations, la simplicité Denise Albert a reçu de nombreuses distinctions. Elle les accepte mais n’en fait pas grand cas. En 2004, elle en reçoit une du Conseil général de Seine-Saint-Denis pour le 60ème anniversaire de la Libération avec André Crétier, membre du triangle qu’elle formait avec lui et Roger Le Maner, dénoncé, arrêté et mort en déportation. Si elle a porté exceptionnellement ses décorations lors des obsèques de Louis Blésy, elle reste derrière, avec le public, pour les commémorations et ne porte jamais ce qu’elle appelle « sa batterie de cuisine » car ce qu’elle a fait n’est rien d’autre que « normal » et même s’il ne faut pas l’oublier, « tout cela c’est du passé ». En 2004, Maurice Kriegel-Valrimont (19142006) figure nationale de la Résistance était venu tout spécialement lui remettre cette médaille, en présence du députémaire de Tremblay-en-France. Maurice Kriegel-Valrimont avait été, pendant la Résistance, l’un des trois dirigeants du COMAC, Comité d’action militaire créé par le CNR. 73


Rencontre de militantes Denise Albert et Danièle Mitterrand Danièle Mitterrand, l’épouse de l’ancien chef d’Etat, s’est rendue à Sevran le 6 décembre 2006 en toute simplicité pour remettre des livres et des vêtements à des jeunes de la ville. Une occasion de rencontrer Denise Albert. Danièle Miterrand s’est montrée particulièrement émue et touchée quand Denise Albert lui a rappelé qu’elle n’ignorait rien du rôle que sa famille avait joué en hébergeant une résistante, Bertie Albrecht, pendant l’occupation. « Une vraie militante » commente Denise Albert en regardant la photo de Danièle Mitterrand.

Bertie Albrecht Bertie Albrecht, alors compagne d’Henri Frenay, le fondateur du réseau de résistance « Combat », a été arrêtée et torturée le 28 mai 1943, peu après avoir quitté le domicile de la famille Gouze-Renal (famille de Danièle Mitterrand). Elle s’est donnée la mort par pendaison trois jours plus tard pour échapper à la torture alors qu’on l’a longtemps crue décapitée par les nazis.

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Guy Môquet Acquitté mais fusillé « Je vais mourir avec mes 26 camarades mais nous sommes courageux ». Ainsi commence la dernière lettre de Guy Môquet à Odette. A 17 ans, il est, après Henri Fertet, le plus jeune fusillé français par les nazis. Lycéen, condisciple de Gilles Deleuze, fils du député Prosper Môquet, député communiste déchu et déjà emprisonné après l’interdiction de son parti, lui-même militant et propagandiste antifasciste, il est arrêté le 13 octobre 1940 sur dénonciation. Jugé et acquitté, il est pourtant maintenu en détention et transféré en mai 1941 parmi d’autres, au camp de Choisel à Châteaubriant. Il y rencontre Odette Lecland, future épouse de Maurice Nilès qui deviendra après-guerre, maire de Drancy pendant 37 ans. Ils se voient, se parlent, développent l’un vers l’autre un sentiment mutuel tout en restant séparés par la barrière de leurs camps respectifs. Le 20 octobre 1941, Karl Hotz, un officier allemand, est abattu à Nantes par un commando de résistants. Sélectionné malgré son âge parmi les 27 prisonniers de ce camp pour le peloton d’exécution, il est exécuté le 22 en représailles après lui avoir écrit regretter « de ne pas avoir eu ce que tu m’as promis ». Le choc et l’émotion face à cette vengeance collective sont immenses. L’exécution d’un gamin se révèlera à double tranchant pour l’occupant. De Gaulle et Roosevelt y feront référence. Dès 1944, Aragon écrira la Rose et le Réséda, et après-guerre, son nom sera donné à une station de métro, à de nombreuses rues, dont une à Villepinte. La légende prend corps. Transformé par l’histoire en victime symbolique de l’ignominie nazie, il écrit, juste avant son exécution, pour la postérité sur une planche de son baraquement : « Les copains, vous qui restez soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir ». « Les filles et les garçons, nous étions séparés par une barrière. Guy avait du talent et était un peu poète. On parlait des films et des événements à travers la barrière. Je lui avais promis que quand on leur échapperait, on irait ensemble au cinéma. » Odette Nilès - Septembre 2012. 75


La fabrication de faux papiers Lorsqu’il est libéré, en avril 1942, René Magne met ses talents de dessinateur au service de la Résistance jusqu’à la fin de la guerre : fabrication de tampons, de faux papiers et toutes sortes de documents indispensables aux combattants de l’ombre.

Travail de recherche pour le Front national.

Faux laissez-passer vierge fourni par la Résistance permettant de circuler la nuit en région parisienne.

Empreinte de tampon, subtilisée par une résistante, employée comme femme de ménage et confiée à la Résistance. 76


Croquis réalisé par des résistants permettant la réalisation d’un faux tampon pour la Dordogne.

Maquette d’une commande pour la gendarmerie.

Le cachet est indispensable aux réseaux de résistance pour permettre à ses agents de pénétrer dans le Pas-de-Calais classé « zone rouge ». 77


Le vrai Front national Une création de la Résistance Le premier et le vrai « Front national » est l’organisation de résistance au nazisme créée dans la clandestinité. Son nom complet est « Front national pour la libération et l’indépendance de la France ». Il est fondé par le Parti communiste le 15 mai 1941, avant l’attaque allemande contre l’URSS et ouvert à tous ceux qui veulent lutter contre l’occupant. Il chapeaute tous les mouvements de son obédience, organise la lutte armée, les groupes de FTPF (Francstireurs et partisans français), produit de la contre-propagande, fabrique des faux papiers, publie des journaux, prépare les actions de sabotage. Apparu dans la clandestinité et pendant l’occupation, ce nom n’a pu être protégé et c’est par un détournement de langage et de sens qu’il a été récupéré par une organisation politique qui se situe aux antipodes des valeurs portées par la Résistance. Les FTP-MOI, groupe de combattants exclusivement composé de travailleurs étrangers et dirigé la dernière année par un Arménien, Missak Manouchian, en est un exemple. Ces étrangers combattants qui ont payé le prix du sang pour la libération de leurs pays d’adoption, auraient été expulsés du territoire français au regard des critères du mouvement politique qui usurpe aujourd’hui le nom d’une organisation de la Résistance. Cette affiche, placardée dans les principales villes de France, et objet de propagande nazie est devenue un symbole de résistance. Aragon en a fait un poème, Léo Ferré l’a chanté et « l’Affiche rouge » est passée à la postérité. 78


Antoine Cusino Tombé dans l’action à Villepinte Antoine Cusino est un jeune sergent FTPF (Francstireurs et partisans français) résistant actif et engagé quand il entreprend de récupérer de l’essence, un combustible rare et précieux pendant la guerre. Celle-ci doit être livrée sur un poste de la route des Petits Ponts qui mène à la mairie de Villepinte. Le 18 août 1944, il part avec six hommes et reste, avec l’un d’eux, en surveillance près du camion. A peine arrivés, une auto mitrailleuse allemande surgit. Son équipier file donner l’alerte alors qu’il reste seul face à l’ennemi avec un revolver à barillet qu’il faut tourner à la main pour engager la balle. Il est braqué par les fusils et entraîné à la station de la voie ferrée de Rivecourt, à Villepinte. Face à la menace, il chante la « Marseillaise ». On lui tire dans les pieds, puis dans les jambes. Il s’écroule à genoux. On lui tire dans les mains avant de lui donner le coup de grâce. Un assassinat de sang froid ! Antoine Cusino était dans sa vingtième année. La Résistance récupéra son corps et une garde d’honneur le veilla jusqu’à ses obsèques, le 22 août 1944, qui donnèrent lieu à une manifestation de défi à l’occupant. Antoine Cusino était Tremblaysien, mais dans la lutte à mort contre le nazisme, il n’avait pas hésité à venir se battre à Villepinte où il est tombé en martyr.

Son corps est ramené au domicile de ses parents. Ils organisent des obsèques qui constituent un moment de défi à l’occupant.

Aujourd’hui, il existe donc deux rues Antoine Cusino : une à Tremblay-en-France et une à Villepinte. 79


Lucie Aubrac La force irréductible de l’antifascisme Toute la vie de Lucie Aubrac, née le 26 juin 1912, montre une femme faite d’une volonté tenace. Après avoir renoncé à l’internat de l’Ecole normale, à 20 ans, elle monte à Paris et réussit son baccalauréat puis son agrégation tout en travaillant et en militant. Nommée à Strasbourg, elle rencontre Raymond Samuel qui devient son mari. Commence une extraordinaire histoire d’amour et de vie qui écrira une page épique de la Résistance. En 1939, elle renonce à une bourse d’étude aux Etats-Unis parce que la guerre éclate. Lorsque la France est occupée, ils refusent le défaitisme et rentrent tous deux immédiatement dans la Résistance. Son mari est arrêté à trois reprises ; à chaque fois, elle agit pour sa libération. Elle n’hésite pas à rencontrer Klaus Barbie, le tortionnaire de Jean Moulin et, bien qu’elle soit enceinte, participe elle-même à l’évasion de Raymond Aubrac. Après bien des péripéties, ils gagnent l’Angleterre puis participent aux opérations de restauration de la République française. A la Le couple Aubrac dans ses jeunes années… Libération, Lucie Aubrac, modestement, reprend son poste d’enseignante et l’heure, de la retraite venue, continue de défendre dans ses conférences, ses idéaux antifascistes et antiracistes. Elle est venue à Villepinte, en juin 2006, pour l’une de ses dernières apparitions publiques, inaugurer une école à son nom. Dans un échange avec les enfants, elle profite de l’occasion pour redire son horreur de la guerre. Elle s’éteint moins d’un an après, le 14 mars 2007, mais la force de son engagement est un exemple pour les générations futures. 80


Raymond Aubrac Une vie d’engagement Né le 31 juillet 1914, le jour de l’assassinat de Jean Jaurès, Raymond Aubrac, Samuel de son vrai nom, forme avec Lucie, un couple emblématique de l’histoire de la Résistance. Diplômé des Ponts et Chaussées et de Harvard aux Etats-Unis, il co-fonde avec Emmanuel d’Astier de la Vigerie le mouvement de résistance Libération-sud et s’apprêtait à occuper une haute fonction dans la résistance avant son arrestation, celle du général Delestraint. Il est spectaculairement libéré à l’initiative de sa femme pendant l’occupation et siègera à l’Assemble consultative d’Alger. Connue est la confiance dont il bénéficie de la part des personnalités célèbres : Jean Moulin, De Gaulle, Hô Chi Minh. Moins connue est la diversité de ses fonctions, de ses missions, de ses rencontres dans la fidélité à ses engagements antifascistes et anticolonialistes. De commissaire de la République à Marseille au Fonds alimentaire mondial (FAO), de Mendès…et en juin 2006 à Villepinte, fidèle à lui même, pour l’une France à Henry Kisde ses dernières apparitions publiques. singer en passant par le Vatican, de la reconnaissance de la Chine à la paix au Vietnam, de la paix au Proche-Orient au travail de mémoire, Raymond Aubrac a été un pont, un relais, toute sa vie durant, au service de la paix et de la justice. Il a fait à Villepinte l’honneur de sa présence aux côtés de sa femme le 6 juin 2006. Il s’est éteint le 10 avril 2012. La Ville a décidé de lui rendre hommage en donnant son nom à la maison de quartier des Mousseaux. 81


Roger Salaün Le premier à entrer dans Villepinte occupée Né le 23 septembre 1914, passionné d’arts, mobilisé en 1939, résistant, arrêté en 1942, libéré sous caution comme pupille de la Nation et revenu à la Résistance, il devient jeune adjudant des FTPF (Francs-tireurs et partisans français). Roger Salaün n’est pas Villepintois mais il réalise le premier une action déterminante dans Villepinte occupée. Le 29 août 1944, les forces américaines progressent en direction de Villepinte. Mais tous les Allemands n’ont pas évacué la ville et une dizaine de personnes, dont le maire, sont menacées d’une exécution sauvage analogue à celle du 14 juin 1940. Avec toutes les précautions possibles, Roger Salaün, pourtant blessé au genou par un éclat d’obus, se dirige, en compagnie d’un homme, vers la ferme Bataille qui, selon M. Godier, devait encore être occupée par des Allemands. Il ouvre brusquement la porte, met en joue cinq Allemands qu’il fait prisonnier et remettra au Poste de commandement de Bobigny où ils seront interrogés. Villepinte est alors libérée et les troupes américaines arriveront dans la journée.

Pour son action dans la libération de Villepinte, Roger Salaün a été reçu, honoré et décoré par la Municipalité le 3 septembre 2000. 82

Après avoir mené plusieurs actions dans des communes de la Seine-Saint-Denis, il opère jusqu’à Crépy-en-Valois où il ajoute encore quatre prisonniers à son actif. Beaucoup plus tard, en 1993, il témoignera dans une émission de la Marche du Siècle, de Jean-Marie Cavada. En septembre 2000, il est reçu, médaillé et honoré par la Municipalité à l’occasion de l’anniversaire de la libération de Villepinte.


Les troupes coloniales Un rôle déterminant A la fin de l’année 1945, les troupes coloniales, originaires du Maghreb et d’Afrique noire, sous le commandement de Jean de Lattre de Tassigny, constituent plus de la moitié des 550 000 hommes de l’armée de la France libre. En 1940, un soldat colonial fait prisonnier par la Wehrmacht, considéré comme « sous homme » par le racisme nazi a tôt fait d’être exposé à l’exécution sommaire. Dès juin 1940, la France est occupée. Il incombe à l’Empire colonial de fournir l’effort pour reconstituer l’armée française. Les populations africaines colonisées constituent donc un des viviers de la nouvelle armée française. C’est ainsi qu’en 1943, une troupe de Tabors marocains encadrée par des officiers Le général de Gaulle passe en revue des français participe au débarquement en unités marocaines en Grande-Bretagne. Sicile au sein de l’armée du général Patton. En août 1944, les troupes coloniales constituent la moitié des forces qui débarquent en Provence et s’illustrent au combat. Des fusiliers marocains et des tirailleurs africains comptent aussi parmi les soldats de la 2ème DB du général Leclerc qui libère Paris. A la fin de l’année 1944, la 2ème division d’infanterie marocaine est la première unité française à franchir le Rhin. Après la démobilisation, les pensions des soldats coloniaux restent inférieures du tiers ou de moitié à celles de leurs compagnons d’armes européens, décalage qui s’accentue à partir de 1959 lorsque le général de Gaulle cristallise leurs pensions. Récemment le film, « Indigènes » a rappelé le rôle des combattants coloniaux dans la libération du pays et a aidé au déblocage de leurs pensions, exigé par le mouvement combattant. Que ce soit lors de la Première ou de la Seconde Guerre mondiale, les grands-parents et les arrièregrands-parents de l’immigration post-coloniale ont largement contribué aux combats de la victoire. 83


Le CNR, la paix, l’Unesco Les jours heureux, un programme pour l’avenir

Il y a un peu plus de 68 ans, en mars 1944, le Conseil national de la Résistance publiait son programme sous le titre : « les Jours Heureux ».

M

algré le temps passé depuis, il reste toujours d’actualité. C’est un texte étonnant. Sûrement parce que ceux qui l’ont écrit l’ont fait au péril de leur vie, dans la clandestinité, et que cette œuvre collective a été rédigée et signée à l’unanimité par les représentants des principaux mouvements de résistance, partis politiques et syndicats.

Avec Jean Moulin, l’homme qui avait été, à Londres, auprès du général de Gaulle, chercher et obtenir l’approbation de sa mission d’unificateur, puis inspirés par son exemple, après son arrestation, les membres du CNR ont su réaliser son programme et anticiper ensemble la reconstruction de la France avec l’objectif d’établir une société nouvelle, un monde meilleur animé de l’esprit de la Résistance, et assurer à chacun et à tous une vie sociale satisfaisante basée sur la primauté de l’intérêt général et le respect des Droits de l’homme. C’est sur la base de ce programme que furent instaurées, après la Libération, les structures sociales nouvelles de notre pays contre lesquelles, malheureusement, nombre de gouvernements successifs ont engagé un travail de démolition. 84


Libération de Paris. Défilé de véhicules de la 2ème Division blindée du général Leclerc sur les Champs-Élysées, le 26 août 1944.


Ce programme, c’est la création de la Sécurité sociale qui permet à chacun de cotiser selon ses moyens et d’être soigné selon ses besoins. C’est faire en sorte que les personnes âgées, après une vie de labeur, puissent toucher une retraite décente. C’est la démocratisation de la vie en faisant des syndicats des partenaires sociaux à part entière. C’est offrir aux citoyennes et citoyens un vrai service public avec une vraie fonction publique. C’est construire une presse libre pour que le peuple ne soit plus soumis à des flots de propagande comme c’était le cas sous le régime vichyste. C’est écarter les grandes féodalités économiques et financières de la maîtrise de l’économie. Chacun peut constater, aujourd’hui, quelles mutilations ce programme a subi hier, comme il continue d’en subir aujourd’hui. C’est pourquoi il faut le faire connaître aux générations nouvelles afin que les uns et les autres lui assurent, par les formes d’action qui leur conviennent, sa remise en fonction adaptée aux circonstances d’aujourd’hui pour assurer à notre peuple « les jours heureux » auxquels il a droit.

Du 20 novembre 1945 au 10 octobre 1946, le Tribunal de Nuremberg qui jugea les criminels nazis, pose les prémices d’une justice internationale. 86


Jean Moulin La figure tutélaire de la résistance intérieure Né le 20 juin 1899, Jean Moulin entre très tôt, dès 1917, au cabinet du Préfet de l’Hérault et entame ce qui s’annonce comme une brillante carrière administrative… Mais sa rencontre avec Pierre Cot, député de Savoie, est déterminante. Il est nommé chef de son cabinet en 1932 lorsqu’il devient ministre. Après la victoire du Front populaire en 1936, il retrouve Pierre Cot au Ministère de l’Air, participe à la création d’Air France et organise les livraisons d’avions français aux Républicains espagnols. Lorsque les Allemands arrivent à Chartres, le 17 juin 1940, Jean Moulin est Préfet d’Eureet-Loir. Il est alors amené à l’Hôtel de France où les Allemands lui ordonnent de signer une déclaration accusant les tirailleurs sénégalais d’avoir commis des viols et des crimes sur des civils. Jean Moulin refuse de signer un document qui « déshonorerait l’armée française ». Violemment frappé, il ne cède pas. Enfermé dans un réduit pour la nuit et décidé à maintenir son refus de signer, il se tranche la gorge. Sauvé in extremis, Jean Moulin reprend son poste mais est révoqué le 23 novembre 1940 par le gouvernement de Vichy. Il rejoint alors à Londres, le général de Gaulle, qui le reçoit longuement et revient en France avec le titre de représentant du chef de la France libre et la mission d’établir l’unité de la Résistance. Dans la clandestinité, il organise la liaison entre Londres et la Résistance. Il met en place les organes centraux de la Résistance, notamment le Comité général d’études qui va élaborer les structures politiques, économiques et administratives de la France d’après la Libération. Marquées par leur caractère social, elles sont la base du programme du Conseil national de la Résistance (CNR). 87


L’aboutissement de l’action de Jean Moulin se produit le 27 mai 1943 avec la première réunion du CNR dans Paris occupé, sous sa présidence, dans un appartement du 48 rue du Four dans le 6ème arrondissement en présence de huit mouvements de résistance, six partis politiques et deux syndicats. Fort de ce soutien, le général de Gaulle crée le Comité français de libération nationale (CFLN). Mais Jean Moulin est arrêté moins d’un mois après, le 21 juin, à Caluire, lors d’une réunion de réorganisation de la Résistance. Il est très vite identifié, subit les pires tortures mais ne parle pas. C’est officiellement durant son transfert en Allemagne qu’il meurt, le 8 juillet 1943. En se taisant jusqu’au bout, il fera preuve d’un courage extraordinaire. Il est incinéré au Père Lachaise sur ordre de l’occupant mais le rapatriement de ses cendres au Panthéon en 1964 donne lieu à un hommage officiel et à un discours mémorable d’André Malraux.

Jean Moulin à Châteaulin en tenue de sous-préfet à une cérémonie au monument aux morts. 88


Le CNR Les hommes de l’ombre au grand jour Ces hommes qui ont poursuivi l’œuvre de Jean Moulin l’ont fait dans la clandestinité, au péril de leur vie parce qu’ils ont imaginé une société plus libre, plus juste et plus fraternelle. Leur projet a largement inspiré les avancées sociales de la Libération dont nous continuons de bénéficier aujourd’hui.

De gauche à droite, au fond : Jacques Debû-Bridel (Fédération républicaine), Pierre Villon (FN), Robert Chambeiron (secrétaire), Pascal Copeau (Libération-Sud), Jacques Lecompte-Boinet (CDLR), André Mutter (CDLL), Jean-Pierre Levy (Franc-Tireur), Pierre Meunier (secrétaire). Au premier plan : Gaston Tessier (CFTC), Joseph Laniel (Alliance démocratique), Georges Bidault (président, démocrate-chrétien), Henri Ribière (Libération-nord), Daniel Mayer (CAS), Paul Bastid (Parti radical), Auguste Gillot (PC), Louis Saillant (CGT). 89


L’UNESCO, la paix, la non-violence Une organisation dédiée à l’éducation, la science et la culture A contre-courant de la marchandisation généralisée promue par l’OMC (Organisation mondiale du commerce), la démarche de l’Unesco est de défendre le principe d’un statut particulier aux « produits de l’esprit ». En faisant adopter, en novembre 2001, une « Déclaration universelle sur la diversité culturelle » suivie ultérieurement d’une Convention pour lui donner force de loi, l’Unesco réussit à élever la diversité culturelle au rang de « patrimoine commun de l’humanité » comme les sites qu’elle classe partout dans le monde. La « diversité en dialogue », au cœur de ce texte qui engage les signataires, prend ainsi à contre-pied la thèse de Samuel Huntington sur l’inéluctabilité du choc des cultures. L’Unesco mène de nombreuses actions. Parmi ses diverses initiatives, elle agit avec les écoles : plus de 65 000 dans le monde lui sont associées. En juin 2001, une manifestation internationale est organisée en direction de la jeunesse. Villepinte y est présente à travers l’un de ses établissements scolaires, le collège Jean-Jaurès.

L’UNESCO « Les guerres prennent naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doit être élevée la défense de la paix ». Ainsi, se résume l’idée majeure de l’Unesco, organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture dont le siège est à Paris et qui a été fondée le 4 novembre 1946.

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Le collège Jean-Jaurès à l’honneur Une jeune Villepintoise représente l’Europe Dans le cadre des clubs UNESCO, 500 jeunes en provenance de 60 pays et des cinq continents se sont retrouvés à Saint-Malo, en juin 2001, pour lancer un appel à la paix et à la fraternité sportive. Une déclaration a été lue par un jeune de chaque continent. C’est Charlène Massolin, une élève du collège Jean-Jaurès, qui a représenté l’Europe à la tribune.

Respecter

Rejeter

Libérer

Ecouter

Préserver

Réinventer

toutes les vies

la violence

ma générosité

pour se comprendre

la planète

la solidarité

« Une rencontre avec des jeunes de 60 pays s’est déroulée à SaintMalo et Dinard du 12 au 17 juin 2001. Et pour la cérémonie de clôture, onze jeunes ont du rédiger l’Appel de la jeunesse et cinq d’entre eux sont montés sur le podium pour lire l’Appel représentant leur continent. Ils sont passés à la télévision et même sur CNN, la plus grande chaîne américaine ». Journal du collège Jean-Jaurès, oct-nov. 2001. 91


La lutte contre le colonialisme Combattre trois cents ans de gangrène…

L

e trafic des Noirs, déportés d’Afrique et vendus comme esclaves en Amérique, la colonisation d’immenses territoires outre Atlantique ont gangréné notre société. Le colonialisme va profiter aux riches armateurs, aux commerçants, aux financiers spéculateurs, aux trafiquants en tous genres. Les conquêtes et l’encadrement des colonies seront faits par l’armée, avant tout des jeunes soldats venus des campagnes ou des quartiers ouvriers, formatés par une idéologie raciste ou xénophobe. Le colonialisme se fonde sur une idée scandaleuse et scientifiquement fausse selon laquelle certaines races seraient supéVenu à Paris en 1946 négocier l’indépendance du rieures à d’autres et « la race Vietnam, Hô Chi Minh a été accueilli et hébergé chez blanche » serait supérieure à la le couple Aubrac à Soisy-sous-Montmorency. race noire, à la race jaune, à la race arabe… Avant 1914, Jean Jaurès fut le premier dirigeant ouvrier à combattre le colonialisme, revivifiant l’anticolonialisme né avec Las Casas au 16ème siècle. En 1925, les jeunes communistes s’opposèrent à l’envoi de 400 000 soldats dans le Rif. Après la victoire sur le 3ème Reich et le Japon racistes, les peuples colonisés veulent être libres. En France, des forces politiques refusèrent ou retardèrent ce désir de liberté, haine et mépris de l’autre étant mis à l’honneur ! L’inauguration le 2 juin 2012, à Villepinte d’un monument dédié à la fin de la guerre d’Algérie, a pour objectif de rendre hommage aux victimes des deux côtés de la Méditerranée et de tourner définitivement la page du colonialisme. 92


Le Villepintois Pierre Audat Premier appelé tué de la guerre d’Algérie Le 1er novembre 1954, à 3 heures du matin, à Batna, dans les Aurès, (Algérie) le soldat Pierre Audat et le lieutenant Eugène Cochet montent la garde devant leur caserne lorsque brutalement, des tirs éclatent dans leur direction. Jusqu’à ce jour, c’était la paix et ils tomberont tous les deux dans ce que les autorités s’obstinèrent longtemps à désigner comme les « évènements d’Algérie ». Si les journalistes et les historiens n’ont pas hésité à parler rapidement de « guerre d’Algérie » pour qualifier un conflit qui s’enlisait, les gouvernements ont longtemps minimisé la réalité. Seule la loi du 18 octobre 1999 permet désormais de qualifier officiellement les combats qui se déroulèrent entre 1954 et 1962 comme ceux de la guerre d’Algérie. Dans le courant du mois d’octobre 1954, le Front de libération nationale (FLN) qui venait de se constituer avait décidé de lancer, le jour de la Toussaint, la lutte armée jusqu’à l’indépendance. Cette date du 1er novembre 1954, qu’on appelle L’affiche réalisée par la Municipalité de Villepinte pour la première victime du contingent de ce qui allait devenir la guerre d’Algérie. 94


également la « Toussaint rouge », est restée comme le premier jour de la guerre qui conduira, après huit années de combats et de drames, à la République algérienne, le 25 septembre 1962. Pierre Audat est un jeune Villepintois qui aurait eu 21 ans deux semaines après sa mort. C’était un appelé du contingent. Sa mort suscita beaucoup d’émotion dans la commune, comme en témoigne l’affiche réalisée par la Municipalité. « Nous avons été très touchés par les marques de sympathie de la population », écrivent ses parents dans une lettre adressée au maire. Plus de 40 ans après, le Conseil municipal par une délibération en date du 11 avril 1996, a décidé d’attribuer son nom à une voie communale. Aujourd’hui, Pierre Audat repose au cimetière de Villepinte. Cette victime fait de Villepinte la première commune touchée par les combats de la guerre d’Algérie.

Pierre Audat à Batna, quelques jours avant sa mort : « un jeune homme pondéré, facile à vivre, bien intégré et aimé de toute l’équipe », écriront ses compagnons d’armes. 95


Les luttes d’aujourd’hui Les enjeux de l’histoire

L’interprétation de l’histoire est souvent déterminante dans les confrontations du présent et explique, longtemps après, la passion des batailles mémorielles.

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n 2005, un Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire se constitue autour de l’historien Gérard Noiriel sur le modèle du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes qui s’était créé en 1934. Dans un texte fondateur, il précise que « la connaissance de l’histoire et l’évaluation politique du passé sont deux choses nécessaires dans une société démocratique mais qui ne peuvent être confondues ». Il prend position face à des historiens regroupés par Pierre Nora qui, dans un appel intitulé « Liberté pour l’histoire », avaient vivement critiqué l’adoption des lois mémorielles. A leur façon, d’anciens résistants ont choisi d’intervenir eux aussi sur la scène publique. Le 8 mars 2004, pour le 50ème anniversaire de la publication du programme du Conseil national de la Résistance, les survivants rendent public un texte appelant les jeunes à continuer de résister. Autre lieu, autre action : en 2008, une association est créée, Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui (CRHA), avec pour objectif d’inscrire les luttes actuelles dans le droit fil de celles de la Résistance. Un rassemblement annuel est maintenant organisé au mois de mai sur ce lieu symbolique de la Résistance que représente le plateau des Glières en Haute-Savoie. Par le nombre de lieux mémoriels, de cérémonies et de commémorations qui existent, le travail de mémoire et la culture de la paix sont deux orientations essentielles de l’identité de Villepinte.

Une seule date pour tous les morts Le 28 février 2012, une loi fixait au 11 novembre le jour de la commémoration de tous les morts pour la France quel que soit le conflit. Vouloir confondre les situations historiques, c’est gommer les spécificités, mêler des moments historiques distincts, laisser penser que tout se vaut. A l’heure où d’aucuns déplorent la disparition des dates et des chronologies dans l’enseignement de l’histoire, le regroupement des dates et des commémorations représente un nouvel obstacle au nécessaire travail de mémoire. Ne prépare-t-on pas ainsi une remise en cause des commémorations mémorielles ? 96


Le plateau des Glières, en Haute-Savoie, qui a vécu une page héroïque de la Résistance est devenu un haut-lieu de commémoration. Un monument national de la Résistance, œuvre du sculpteur Émile Gilioli, y a été érigé et inauguré par André Malraux en 1973.


Les batailles mémorielles Une solide tradition nationale L’attachement du peuple français à l’histoire est connue. Rares sont les rues ou les équipements qui ne portent un nom de personnage public. Les lois mémorielles en sont un autre signe. Certaines ne sont pas sans provoquer des réactions passionnelles. Celle du 23 février 2005 portant sur les Français rapatriés a provoqué la multiplication des prises de positions. Lors de sa présentation, elle propose implicitement une relecture du colonialisme, au détour d’un article, en imposant que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du nord ». Les nostalgiques de l’Empire colonial trouvent en la circonstance quelques relais parlementaires efficaces. Le paradoxe, c’est que, en pensant à l’Afrique du nord, ils posent une bombe sur un maillon faible de notre mémoire : les populations d’outre-mer qui avaient justement obtenu, au terme d’une longue et ancienne exigence, le vote de la loi Taubira. Les pétitions et prises de position autour de cette loi sont nombreuses et au mois de décembre 2005, la polémique s’emballe. A l’appel d’universitaires, sous le titre « Colonisation : non à l’enseignement d’une histoire officielle » fait écho un autre intitulé « Liberté pour l’histoire » qui réclame pas moins que l’abrogation de quatre lois mémorielles ! Finalement, l’article 4 suscite une telle levée de boucliers qu’il est retiré avant la promulgation de cette loi. Mais la multiplication des réactions provoquées par cette loi est aussi un symptôme des passions françaises pour l’histoire.

Les lois mémorielles La loi Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe. La loi du 29 janvier 2001 tendant à la reconnaissance du génocide arménien de 1915. La loi Taubira du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crimes contre l’humanité. La loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. La loi du 28 février 2012 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France. 98


Le travail de mémoire Des lieux et des équipements à Villepinte La Ville a engagé un travail de mémoire et de dénominations en puisant dans le riche patrimoine des combats porteurs de sens contre le racisme, pour la liberté, la paix et la justice. Elle a choisi des lieux et des équipements qui étaient dépourvus de noms pour éviter toute polémique sur la concurrence des mémoires.

Le 10 mai 2009 Inauguration de l’esplanade et de la stèle Aimé-Césaire Pour rendre hommage à l’immense poète disparu un an plus tôt, le pourfendeur du colonialisme et chantre de la négritude, une stèle Aimé-Césaire a été inaugurée le 10 mai 2009 en présence d’un certain nombre de personnalités : la chanteuse Lynnsha, l’écrivain Claude Ribbe et Jacques Césaire, son fils. L’écrivain Claude Ribbe a fait remarquer dans son intervention que « si toutes les communes de France prenaient ce type d’initiative, les mentalités évolueraient plus vite ». Son fils n’a pas souhaité intervenir mais a été marqué par cet hommage rendu à son père : « Je suis ému de cette manifestation comme il l’aurait été lui-même s’il avait été présent » a-t-il commenté.

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Le 2 juin 2012 Inauguration de la stèle dédiée à la fin de la guerre d’Algérie Pour tourner la page de la guerre, rendre hommage à la mémoire de victimes des deux côtés de la Méditerranée et ouvrir la page de l’avenir, une stèle réalisée par l’artiste Valérie Abélanski, a été inaugurée le 2 juin 2012. Hélène Erlingsen Creste et Mohammed Zerouki, auteurs du livre « Nos pères ennemis », invités par la Municipalité et tous les deux enfants de combattants dans des camps opposés, tombés pour des patriotismes différents, sont intervenus de manière très émouvante. « Enfants, nous avons tous les deux perdu nos pères pour une guerre injuste, imbécile et cruelle. Nous avons fait le pari de dire dans ce livre comment nous avons grandi sans nos parents » a souligné Hélène Erlingsen Creste. « Nous avons écrit un message de paix » a complété dans son intervention Mohammed Zerouki. Villepinte pourra s’enorgueillir d’héberger une stèle dédiée à la paix et à l’amitié entre les deux peuples.

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Le 13 octobre 2012 Inauguration de la crèche « Lise-London » La construction d’une crèche municipale à Villepinte, dans une des villes les plus jeunes du département, était une réalisation devenue indispensable, prioritaire et urgente. Ouverte en septembre 2012, elle a été inaugurée officiellement le 13 octobre 2012, en présence des enfants London et de Claire Rol-Tanguy, représentant les Amis des combattants en Espagne républicaine (l’ACER). Pour favoriser le travail de mémoire, la Municipalité lui a donné le nom de Lise London, disparue peu de temps auparavant, le 31 mars 2012. « Elle en aurait été très honorée, a commenté son fils Gérard, présent à la cérémonie. Cela permettra aux plus jeunes de s’interroger sur ce nom et de s’intéresser à la lutte et à l’histoire de toute une génération» a-t-il conclu.

Un nouvel équipement jeunesse Le point d’accueil quartier Raymond Aubrac La Municipalité a souhaité honorer la mémoire de Raymond Aubrac, décédé le 10 avril 2012. Pour rendre hommage à l’homme de résistance, de médiation, de paix qu’il représente et parce qu’il avait fait l’honneur de sa présence à Villepinte au côté de sa femme en juin 2006, le Conseil municipal, par une délibération en date du 4 juillet 2012, a décidé de donner son nom au PAQ-CLO Les Mousseaux, équipement livré en 2013. 101


Les nouveaux résistants Citoyens résistants d’hier et d’aujourdhui CRHA : c’est le nom d’une association créée en 2008 avec les parrainages de Raymond Aubrac et Stéphane Hessel, anciens résistants. Elle est issue des rassemblements citoyens de 2007, 2008 et 2009 sur le plateau des Glières, haut lieu d’une page héroïque de la résistance aux nazis. Elle est, pour ses promoteurs, une réaction aux tentatives de récupération des idéaux du Conseil national de la Résistance, notamment celle de l’ancien président de la République, venu à trois reprises sur ce site accompagné par force

Le CNR, cible de la contre-réforme « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. Le gouvernement s’y emploie. » (4 octobre 2007) Denis Kessler, vice président du Medef, 1998 - 2002. 102

journalistes pour une opération de communication alors que dans le même temps, le gouvernement s’emploie à démanteler ses réalisations, comme en témoignent les propos de Denis Kessler, ci-contre.

Appel à la jeunesse Le 8 mars 2004, pour le 60ème anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance, un appel d’anciens résistants était lancé aux jeunes générations pour « une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous ». Appel qui conclut que « créer c’est résister et résister, c’est créer ».


L’ARAC L’association d’Henri Barbusse L’ARAC fut fondée en novembre 1917 durant la Première Guerre mondiale par des combattants de ce conflit. « Guerre à la guerre » fut le mot d’ordre qui inspira ses fondateurs. Les fondateurs étaient l’écrivain Henri Barbusse, qui en fut le premier président, Paul Vaillant-Couturier et Raymond Lefèvre, tous deux jeunes avocats et Georges Bruyère, un ouvrier. Tous les quatre sortaient du front ; seul Henri Barbusse avait été démobilisé à la suite de ses problèmes de santé, les trois autres étaient encore sous les drapeaux. Ils avaient découvert Henri Barbusse par son livre « Le feu », qui avait obtenu le prix Goncourt en novembre 1916, et étaient venus le rencontrer en juin 1917 dans son appartement parisien. Ils décidèrent de créer l’ARAC qui fut déclarée en novembre 1917. Ils fixèrent quatre principaux objectifs à l’association : l Obtenir par une loi, le droit à réparation pour tous les anciens combattants et victimes de guerre pour les préjudices qu’ils ont subis. Une fois obtenue, veiller à son application et à son extension si nécessaire. l Rassembler les Anciens Combattants, les hommes, les femmes et les jeunes dans l’action pour la solidarité entre les peuples, contre la guerre, pour la paix et contre le fascisme. l Cultiver la mémoire historique dans un esprit de vérité auprès des populations et notamment auprès des générations nouvelles. l Promouvoir les idéaux républicains de liberté, d’égalité, de fraternité et de démocratie réelle et lutter contre le colonialisme, la xénophobie et le racisme. L’ARAC depuis plusieurs années, accueille toutes les personnes qui partagent sa volonté d’action pour atteindre ses objectifs. Ainsi s’explique la suite de son titre : « et des combattants pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix ». Villepinte compte une section active de cette association nationale, dont le président est Jean Porta. 103


La tragédie de « l’agent orange » La solidarité contre le crime Trois générations après, les effets de la guerre du Vietnam continuent à détruire des vies. L’ARAC s’est engagée dans la solidarité avec les victimes. Le Vietnam a subi sans discontinuité plus de 35 ans de guerres successivement menées par le Japon, la France et les Etats-Unis. Il a reçu quatre fois la quantité de bombes lancées pendant la Seconde Guerre mondiale et les Etats-Unis ont déversé plus de 80 millions de litres de défoliants hautement toxiques sur trois millions d’hectares, soit 10% du territoire vietnamien. L’agent orange, l’herbicide le plus employé, contient la très dangereuse dioxine. Plus de 35 ans après, les bombardements continuent à montrer leurs terribles effets : cancer, mongolisme, retards mentaux et difformité à la naissance. La Croix Rouge estime à trois millions le nombre de victimes de ce poison dont 150 000 à la naissance.

Les pensionnaires du village de l’Amitié. 104


Le village de l’Amitié Depuis 1998, le village de l’Amitié Van Canh au Vietnam accueille enfants et adultes souffrant des effets à long terme de la dioxine. C’est un projet international qui rassemble des comités nationaux d’Allemagne, du Canada, des EtatsUnis, du Japon et de la France. Le comité français est présidé par l’ARAC qui a reçu en 2001, le prix des Droits de l’homme de la République française pour son action de solidarité au Vietnam.

La baie d’Ha-Long Le Vietnam n’est pas qu’une terre de souffrance. Parmi une dizaine au Vietnam, la baie d’Ha-Long est un site classé au patrimoine mondial de l’humanité et l’un des plus connus au monde. Située dans le golfe du Tonkin, elle est composée d’environ 1 600 îles et îlots qui offrent un paysage marin spectaculaire de piliers calcaires. ARAC : Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre et des combattants pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix ARAC : 2 place du Méridien – 94800 Villejuif Tél. : 01 42 11 11 11 – Email : reveil-des-combattants@wanadoo.fr 105


Les célébrations et les commémorations àVillepinte On célèbre généralement les victoires et les faits d’armes ainsi que des personnages qui marquent l’histoire pour l’exemplarité de leurs engagements ou de leurs qualités. On commémore le souvenir des drames, des souffrances et des pertes humaines entraînées par les conflits pour ne pas les oublier. Mais au fur et à mesure que les conflits s’éloignent, l’accent est mis davantage sur la commémoration des souffrances et sur le souvenir dû aux victimes, au point que des chefs de gouvernement allemands, Helmut Kohl et Angela Merkel, ont pu se retrouver, l’un le 22 septembre1984 à Verdun et l’autre sur la tombe du soldat inconnu le 11 novembre 2009 à Paris, pour commémorer l’armistice de 1918. La Municipalité de Villepinte se veut une ville de mémoire et d’histoire.

Le 19 mars 1962 Jour de la proclamation du cessez-le-feu en Algérie. Une cérémonie au monument aux morts rend hommage tous les ans aux victimes de cette guerre. En 2012, la Municipalité a donné cette date pour nom à un parc et le 2 juin de la même année, elle y a inauguré une stèle.

Tous les derniers dimanches d’avril Anniversaire de la libération des camps de la mort. A Villepinte, une cérémonie se déroule square des Déportés, devant la fresque tous les derniers dimanches du mois d’avril.

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8 mai 1945 Anniversaire de la réddition sans condition de l’armée nazie. Tous les ans, Villepinte célèbre la victoire sur le nazisme devant la plaque de la déportation au cimetière communal.

10 mai Commémoration de l’abolition de l’esclavage. Depuis 2006, cette date est inscrite à l’agenda des célébrations nationales. Villepinte participe à cette commémoration au cours d’une cérémonie officielle et d’activités culturelles. La cérémonie se déroule successivement rue ToussaintLouverture, square Victor Schoelcher et esplanade AiméCésaire.

27 mai 1943 Première réunion du Conseil national de la Résistance sous la présidence de Jean Moulin. Villepinte commémore ce jour tous les ans au Mémorial Jean Moulin sur la place qui porte son nom.

14 juin 1940 Exécution d’otages civils non-combattants. La Ville commémore tous les ans l’anniversaire de ce massacre local par une cérémonie devant le monument aux Victimes civiles, place de la Gare et rend également hommage aux soldats tombés ce même jour le long du canal de l’Ourcq.

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18 juin 1940 Appel du 18 juin 1940. A Londres, le général de Gaulle appelle à continuer la guerre avec lui. Villepinte commémore cet acte devant la plaque qui lui est dédiée.

16 juillet 1942 Rafle du Vélodrome d’hiver. Arrestation et regroupement au Vélodrome d’hiver de 13 152 Juifs dont 4 115 enfants. Villepinte commémore l’anniversaire de cet évènement au square des Déportés.

29 août 1944 Libération de Villepinte. Villepinte a été libérée le 29 août mais la cérémonie se déroule généralement le premier dimanche de septembre en différents lieux, respectivement devant la plaque du général Leclerc (place Degeyter), square de la Libération (place de la gare), devant la plaque Antoine Cusino à l’école Langevin, et au Monument aux morts du cimetière.

11 novembre 1918 Armistice du 11 novembre 1918. Villepinte commémore cet anniversaire au carré militaire et au Monument aux morts du cimetière.

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Sources documentaires et photographiques Chapitre 1 Première Guerre mondiale Une : Des résistants fêtent leur victoire sur un camion pris à l’ennemi au moment de l’insurrection de Paris dans le quartier des Batignolles, Coll. Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne. P. 8 : La vie des tranchées, Le Miroir, 17 juin 1917, n°186, Coll. Archives municipales de Villepinte, NC. P. 9 : Soldats à cheval avec les masques à gaz : les attaques au gaz sont une caractéristique de la Première Guerre mondiale, Le Miroir, 4 mars 1917, n° 171, Coll. Archives municipales de Villepinte, NC. P. 10 : Scène de la vie quotidienne des troupes, distribution de soupe aux soldats, Le Miroir, 13 mai 1917, n° 181, Coll. Archives municipales, NC. P. 11 : A leur arrivée, les soldats britanniques sont accueillis par les enfants qui profitent de leurs vélos, Le Miroir, 15 avril 1917, n° 177, Coll. Archives municipales, NC ; Soldats au repos devant le Sanatorium de Villepinte, Coll. privée Michel Ulloa. P. 12 et 13 : Eugène Criqui, photos : Archives municipales de Villepinte, NC. P. 14 : prisonnier allemand aidant un tirailleur blessé, Le Miroir, 13 mai 1917, n° 181, Coll. Archives municipales de Villepinte, NC. P. 15 : Images de tirailleurs sénégalais, Le Miroir, 12 mai 1918, n° 233, Coll. Archives municipales de Villepinte. Chapitre 2 : Naissance du fascisme P. 16 : Ecrivain, prix Goncourt pour son roman-témoignage sur la condition du soldat pendant la Première Guerre mondiale, il est avec Romain Rolland, l’un des promoteurs de l’antifascisme, et co-fondateur de l’ARAC. Il dispose d’une avenue à Villepinte. Coll. de l’association « Les Amis d’Henri Barbusse ». P. 17 : Guerre d’Espagne, Le Perthus, les réfugiés républicains arrivent à la frontière, 1939, PH ESP 03 C (04), BDIC. P. 18 : Barricade, scène de la tentative factieuse du 6 février 1934 à Paris, Mémoire d’Humanité, Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, DR. P. 19 : vue d’ensemble de la place de la République lors de la manifestation antifasciste du 12 février 1934, Mémoire d’Humanité, Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, DR. P. 20 : Défilé des Croix de feu, L’Humanité 26 octobre 1935, Coll. Archives départementales de la Seine-Saint-Denis. P. 21 : Ferme Taveau, carte postale, Archives municipales de Villepinte. P. 22 : Manchette de L’Humanité du 7 octobre 1935, Coll. Archives départementales de SeineSaint-Denis ; photos de Villepinte et du commissaire de Pontoise, « Les agressions : Villepinte », 6 octobre 1935, in La dissolution des Croix de feu, Publications L.P., numéro spécial, décembre 1935, Coll. MRN de Champigny-sur-Marne. Page 23 : Manchette du quotidien Le Petit parisien, 7 oct. 1935, Coll. Bibliothèque Nationale de France, Gallica ; photo Emile Dambel, maire de Villepinte, L’Humanité du 16 octobre 1935, Coll. Archives départementales de Seine-Saint-Denis. Il faut noter qu’il n’existe aucune photo d’Emile Dambel, maire de Villepinte, dans les archives municipales. P 23 : Manchette « Notre camarade Dambel Maire de Villepinte doit bénéficier d’un non lieu », L’Humanité, 19 oct. 1935, Coll. Archives départementales de la Seine-Saint-Denis ; photo de Roger Gérard, témoin des évènements et toujours Villepintois aujourd’hui, service communication de Villepinte, 2012. 110 110


Chapitre 3 : La nature du fascisme P. 24 Guerre d’Espagne, Guadarrama. Les forces gouvernementales reçoivent des renforts transportés par camions. Des troupes fraîches viennent relever les soldats et les miliciens. PH ESP 03 B (78) BDIC. P. 25 : Une de L’Action Française « A bas le régime abject », 3 février 1934, Mémoire d’Humanité, Archives départementales de la Seine-Saint-Denis ; Sur le journal L’Action Française, photo de barricade à Paris le jour de la tentative du coup de force antiparlementaire, 6 février 1934, Mémoire d’Humanité, Coll. Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, DR. P. 26 et 27 : Manifestation, (sur les panneaux électoraux figure le nom de Marcel Bucard), avril 1936, Coll. MRN, Fonds des entreprises de presse du boulevard Poissonnière. P. 28 : Guerre d’Espagne - Guadarrama au nord de Madrid, la Garde civile de la police, les soldats, les travailleurs, les femmes manœuvrent pour repousser les franquistes qui ont atteint les montagnes de Guadarrama dans leur marche vers Madrid, Keystone, PH ESP 03 B (94) BDIC. P. 29 : Guerre d’Espagne, André Malraux pendant un meeting antifasciste, PH ESP 03 A (30), BDIC ; Guerre d’Espagne, ouvriers madrilènes volontaires de l’armée républicaine partant pour le front, Keystone, PH ESP 03 B (104) BDIC. P. 30 : Photo de René Magne avec planisphère, archives privées, René Magne. P. 31 : Carte de résistant de René Magne, membre du Comité local de Libération de la Seine, archives privées, René Magne. Chapitre 4 : Le combat antifasciste P. 32 : Guerre d’Espagne, col d’Arès, janvier ou février 1939. Fugitifs espagnols à la frontière franco-espagnole, PH ESP 03 C (03), BDIC. P. 33 : Guerre d’Espagne, Pujarda, à la frontière, 11 février 1939. La retraite gouvernementale de Catalogne. La capitale de Cerdagne bombardée par les nationalistes. La photo représente un photographe en action surplombant le théâtre des évènements. Keystone, PH ESP 03B (05), BDIC. Page 34 : Louis Blésy, Coll. MRN. P.. 35 : Henri Rol-Tanguy à la libération de Paris, dans les soussols de Denfert-Rochereau servant de quartier général à l’état-major FFI. Coll. MRN, Fonds Raymond Leibovici. P. 36 : photos de Jean Hemmen, archives privées, Denise Albert. P. 37 : photos de Pierre Georges, le colonel « Fabien » à l’époque de la guerre d’Espagne et faux papiers de Pierre Georges déguisé en curé pendant la Résistance, Coll. MRN, Fonds Monique Georges. P 38 : Photo de Francisco Asensi, capture d’écran, archives privées, Didier Daeninckx ; photo de Didier Daeninckx. P. 39 : photo d’identité judiciaire de Lise London prise avant son transfert à la Petite Roquette, DR. Chapitre 5 : Le printemps 1940 P. 40 : Le chasseur Henri Hautebon, soldat du 24ème RCA tué au combat près du canal de l’Ourcq le 13 juin 1940, Coll. de la SEHT (Société d’Etudes Historiques de Tremblay-en-France). P. 41 : Légende de Daniel Leduc, l’auteur de ce cliché clandestin : « Les Fritz se font photographier sous la Tour Eiffel. C’est moins dangereux qu’au troisième étage. Vue prise le 4 mai 1941 à 14h45. » Coll. MRN, Fonds Daniel Leduc. P. 42 : Exode des populations civiles en juillet 1940, Coll. MRN. P. 43 : Soldats allemands au repos après leur 111 111


entrée dans Paris, in revue Signal n°9, 10 août 1940. P. 44 : Les hommes du capitaine Gillot qui vont combattre les Allemands sur le canal de l’Ourcq, Coll. de la SEHT. P. 45 : Exécution de combattants FFI, le 25 mai 1944 à Lantilly en Côte d’Or, Coll. MRN. Les fusillés de Villepinte étaient eux des civils non combattants. P. 47, 48 : Photos des fusillés, Gaston Didier, Gaston Guiffard, André Masson, Albert Zechetti, Coll. SEHT. P. 49 : Photo Léopold Coquerelle, Coll. SEHT ; photo de Juliette Savar cliché SEHT, d’après l’orignal des archives de la famille Savar. P. 50 : Photo de Georges Burger, service communication de Villepinte, 2009. P. 51 : Carte de prisonnier de M. Burger en Allemagne, archives privées, Georges Burger. Chapitre 6 : La répression P. 52 et 53 : Camp de concentration en Allemagne, in « La Déportation »1ère édition, 1965, préface de Louis Martin-Chauffier, ouvrage collectif de la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP) remanié en 1995, Coll. FNDIRP, Paris. P. 54 : Photo du mémorial de Drancy, service communication de Villepinte, 2012 ; photo de Shelomo Selinger dans son atelier de travail, Selinger/ GNU, Creative Communs Paternité (CC) 3.0. 2008. P. 55 : Intérieur du camp de Drancy, in « La Déportation », op. cité, Coll. FNDRIP. P. 56 : Photo de Denise Albert devant la plaque de l’école Victor Hugo à Sevran, service communication de Villepinte, 2010. P. 57 : La rafle de juifs par la police française du 20 août 1941 est moins connue que celle du Vélodrome d’hiver mais elle envoie pour la première fois les personnes arrêtées à la cité de la Muette à Drancy transformé camp de regroupement et de transit, Archives fédérales allemandes, Bundesarchiv Bild 183-b10816 / CC-BY-NC-SA, 2008. P. 58 : René Magne le 27 mai 2012 à Villepinte, lors de la commémoration du 27 mai 1943, première réunion du Conseil national de la Résistance, service communication de Villepinte. P. 59 : Carte d’interné politique de René Magne, archives privées, René Magne ; nourrissons au camp de Gurs, in « La Déportation », op. cité, Coll. FNDIRP. P. 60 : René Magne et François Arri avec Jean Porta, conseiller municipal délégué, lors de la commémoration du souvenir de la Déportation, service communication de Villepinte, 2008. P. 61 : Vues du camp de Gurs : en haut, en bas, à gauche et au milieu photos Coll. MRN, Fonds de l’AVER (Amicale des Anciens Volontaires de l’Espagne Républicaine) ; en bas à droite, vue générale du camp de Gurs, photo du dossier « camp de Gurs », Coll. FNDIRP. P. 62 et 63 : Dessins du camp de Gurs par M. Sagette, dessinateur à la Vie Ouvrière avant guerre, cahier remis à René Magne après guerre, inédits jusqu’à présent, archives privées, René Magne. Chapitre 7 : La Résistance et la Libération P. 64 : L’appel du général De Gaulle, Coll. FNDIRP. P. 65 : Un char américain à Villepinte, Coll. de l’association ARCHIVES, Fonds Godier. P. 66 : Un char américain devant la caserne Tirpitz non

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visible sur le cliché. Coll. ARCHIVES, Fonds Godier. P. 67 : Les soldats américains au repos au Vieux pays à Villepinte ; groupe de prisonniers allemands sous le contrôle des soldats américains, Coll. ARCHIVES, Fonds Godier. P. 68 : Vues de l’hôpital Ballanger après guerre, archives du Centre Hospitalier Intercommunal Robert-Ballanger. P. 69 : Les troupes américaines rendent hommage à Franklin D. Roosevelt devant lacaserne Tirpitz qui est devenue, après le départ des soldats allemands, leur centre d’hébergement, archives du CHI Robert-Ballanger ; en bas à droite le député Robert Ballanger, DR. P. 70 et 71 : René Magne et Denise Albert, service communication de Villepinte, 2009. P. 72 : Denise Albert avec l’accordéon de son mari, archives privées, Denise Albert. P. 73 : Denise Albert reçoit, en 2004 la médaille du Conseil général, en présence de Maurice Kriegel-Valrimont dirigeant national de la Résistance et de François Asensi, député de la circonscription, archives privées, Denise Albert. P. 74 : Denise Albert et Danièle Mitterrand lors de sa venue à Sevran, archive privées, Denise Albert, service communication de Sevran, 2006 ; Photo de Bertie Albrecht, Coll. MRN. P. 75 : Photo de Guy Môquet, Coll. MRN, Fonds de la famille Saffray-Môquet ; photo d’Odette Nilès, archives privées, Odette Nilès. P. 76 et 77 : Ebauches et échantillons de faux papiers, archives privées, René Magne. P. 78 : Carte d’adhérent du Front national de René Magne, archives privées, René Magne ; « l’Affiche rouge » est une affiche de propagande officielle placardée en France dans le contexte de la condamnation à mort, le 21 février 1944, de 23 membres des FTP-MOI de la région parisienne dont Missak Manouchian, Coll. MRN. P. 79 : Photos d’Antoine Cusino et de ses obsèques, Archives municipales de Villepinte. P. 80 : Lucie et Raymond Aubrac, Coll. famille Aubrac DR. P. 81 : le couple Aubrac, le 6 juin 2006, à Villepinte, pour l’inauguration de l’école Lucie Aubrac, service communication de Villepinte, 2006. P. 82 : photo de Roger Salaün, archives privées, Roger Salaün ; Roger Salaün et René Magne, pour la commémoration de la libération de Villepinte, le 3 septembre 2000, service communication de Villepinte, 2000. P. 83 : Le général de Gaulle passe en revue des unités marocaines en Grande Bretagne, coll. MRN, DR. Chapitre 8 : Le CNR, la paix, l’Unesco P. 84 : Brochure du Conseil national de la Résistance (CNR) intitulé « Les jours heureux », édité par Libération Z.S. 1944, Coll. MRN. P. 85 : les Parisiens rassemblés sur les Champs-Élysées regardant passer les blindés de la 2ème DB avec des banderoles « Vive De Gaulle » le 26 août 1944, le half-track Kichi-Kichi avec à son bord l’adjudant-chef Destray, Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis, fasc.la55001, Jack Downey / CC, 2010. P. 86 : Le tribunal de Nuremberg jugeant les criminels nazis, Bundesarchiv Bild 183-H 27798 CC-BY-SA. P. 87 et P. 88 : Jean Moulin en tenue de civil à Montpellier et Jean Moulin en tenue de souspréfet lors d’une commémoration au monument aux morts à Châteaulin, Collection Escoffier-Dubois, Musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin, Ville de Paris. P. 89 : Le Conseil national de la Résistance à la libération (CNR), Coll. MRN. P. 90 : Manifeste 2000, pour une culture de la paix et de la non-violence, support édité par l’Unesco. P. 91 : Appel de la jeunesse du monde à la fraternité sportive, à Saint-Malo, en juin 2001, archives privées, Charlène Massolin. 113


Chapitre 9 : La Lutte contre le colonialisme P. 92 : Hô Chi Minh est hébergé dans la famille Aubrac à Soisy-sous-Montmorency lorsqu’il vient à Paris négocier l’indépendance du Vietnam. Sur la photo, il tient dans ses mains leur fille, Elisabeth, Paul Durand, septembre 1946, CCP 3.0. 2009. P. 93 : Image de l’administration coloniale française au Cameroun, Le Miroir, 23 septembre 1917, n° 200, Coll. Archives municipales de Villepinte, NC. P. 94 : Photo de Pierre Audat, archives privées, Danièle Brédillon ; affiche réalisée par la Municipalité en 1954 pour la mort de Pierre Audat, Archives municipales de Villepinte, NC. P. 95 : Photo de Pierre Audat, archives privées, Danièle Brédillon. Chapitre 10 : Les luttes d’aujourd’hui P. 97 : Plateau des Gliérres, Yann Forget, GNU, CC, 2007 ; Le monument dédié à la résistance du maquis des Glières, CRHA, (Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui), Vincent Lucas. P. 99 : Stèle Aimé-Césaire inaugurée en 2009 en présence notamment de Mme Roland Iriberry (Maire), de Jacques Césaire (fils), Claude Ribbe (écrivain), Lynnsha (chanteuse), service communication de Villepinte, 2009. P. 100 : Inauguration de la stèle dédiée à la fin de la guerre d’Algérie, en présence notamment de Mme Roland Iriberry (Maire), M. Asensi (Député), Mme Erlingsen-Creste et M. Zerouki (auteurs et témoins), service communication, 2012 ; Inauguration de la crèche « Lise-London », le 13 octobre 2012, en présence de Mme Roland Iriberry (Maire), de Françoise London-Daix et Gérard London (enfants), Bally Bagayoko (vice-président du Conseil général ), Mme Hubert (maire-adjointe), service communication, 2012. P. 101 : Raymond Aubrac, à la tribune du rassemblement des Glières, CRHA, Vincent Lucas, 2009. P. 102 : Prises de parole lors du rassemblement des Glières, CRHA, Vincent Lucas, 2009. P. 103 : Photo d’Henri Barbusse, Coll. de l’association « Les amis d’Henri Barbusse ». P. 104 : Photo des pensionnaires du Village de l’Amitié au Vietnam qui accueille et soigne les victimes de « l’agent orange », archives du Comité national du Village de l’Amitié. Page 105 : La baie d’Ha-Long, archives privées, famille Vaunois ; le Village de l’Amitié au Vietnam, Coll. archives du Comité national du Village de l’Amitié. Les célébrations à Villepinte P. 106 : Stèle dédiée à la fin de la guerre d’Algérie ; fresque du square des Déportés, service communication. P. 107 : Le maire de Villepinte à la cérémonie des fusillés civils avec, à ses côtés, un membre du Conseil municipal des enfants, service communication, 2008 P. 108 : Plaque du souvenir de la déportation, cimetière de Villepinte ; Stèle Aimé Césaire ; Mémorial Jean Moulin sur la place Jean Moulin ; Plaque à la mémoire des fusillés civils de Villepinte, service communication. P. 109 : Plaque dédiée à l’appel du général de Gaulle ; square des Déportés ; Plaque dédiée à la mémoire du général Leclerc ; Monument aux morts du cimetière de Villepinte, service communication de Villepinte.

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Sommaire 8 12 14 16 20 24 30 32 34 35 36 37 38 39 40 44 46 49 50 52 56 58 60 62 64 68 70

Première Guerre mondiale Eugène Criqui Les Tirailleurs indigènes et la première guerre mondiale Naissance du fascisme Les Croix de feu à Villepinte La nature du fascisme La carte militaire du Tsar Nicolas II Le combat antifasciste Louis Blésy Henri Rol-Tanguy Jean Hemmen Pierre Georges Le dernier guérillero Lise London Le printemps 1940 Les exécutions sommaires du Vert-Galant Les 15 otages fusillés Les victimes civiles Georges Burger La répression Un petit Vélodrome d’hiver à Sevran Le camp de Gurs Deux Villepintois au camp de Gurs Dessins du camps de Gurs La Résistance et la Libération L’hôpital Robert-Ballanger René Magne et Denise Albert 115


74 75 76 78 79 80 81 82 83 84 87 89 90 91 92 94 96 98 99 102 103 104 105 106 110 115 118 117

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Rencontre de militantes Guy Môquet La fabrication de faux papiers Le vrai Front national Antoine Cusino Lucie Aubrac Raymond Aubrac Roger Salaün Les troupes coloniales Le CNR, la paix, l’Unesco Jean Moulin Le CNR L’UNESCO, la paix, la non-violence Le collège Jean-Jaurès à l’honneur La lutte contre le colonialisme Le Villepintois Pierre Audat Les luttes d’aujourd’hui Les batailles mémorielles Le travail de mémoire Les nouveaux résistants L’ARAC La tragédie de « l’agent orange » Le village de l’amitié La baie d’Ha-Long. Les célébrations et les commémorations à Villepinte Sources documentaires et photographiques Sommaire Remerciements Notes


Remerciements René Magne, Denise Albert et Odette Nilès témoins d’une page d’histoire nationale, pour l’ouverture de leurs archives personnelles et leurs témoignages. Au familles Aubrac, Blésy, Escoffier-Dubois, London, Rol-Tanguy, Saffray-Môquet, pour leurs autorisations. Madame Danièle Brédillon, nièce de Pierre Audat pour les photos de son oncle. Bruno Drweski, Ludmila Acone et Pierre Outerrick pour leurs contributions. Jean Porta, conseiller municipal délégué de Villepinte pour ses orientations. Lucienne Lebon, pour les photos de l’association ARCHIVES. Guy Krivopissko, Céline Heytens, Xavier Aumage, Charles Riondet, conservateur et documentalistes du Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne pour leur assistance. Danièle Baron, documentaliste de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes Hervé Revel, président de la Société d’Etudes Historiques de Tremblay-en-France. Séverine Maréchal, documentaliste du Musée Jean-Moulin. Caroline Fieschi et Cyril Burté, documentalistes de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine. Maxime Courban et Joël Clesse, documentalistes du service des Archives départementales de la Seine-Saint-Denis. Céline Roulx et le service des Archives municipales. Michel Ulloa, pour l’accès à son fonds de cartes postales de Villepinte. Roger Salaün, combattant de la libération de Villepinte. Roger Gérard, témoin villepintois. Didier Daeninckx, écrivain. Charlène Massolin, villepintoise. Et les secteurs communication, infographie et reprographie de la mairie de Villepinte : Olivier Charolles, Pascale Decressac, Valérie Favrol, Caroline Garret, Fiona Imbratta, Sophie Puch-Herrantz, Flore-Anne Morgant, Claude Vitale, Guillaume Puch-Herrantz, Valérie Maisse et Michel Maisse.

Edition : Mairie de Villepinte Conception / réalisation : Service communication de la mairie de Villepinte - ARAC Rédaction, documentation, coordination : Fabien Augier, Paul Markides Contributions : Bruno Drweski, Ludmila Acone, Pierre Outerrick Entretiens : Fabien Augier Photos : Fabien Augier, Caroline Garret, le service communication avec la participation de Anne-Leïla Ollivier et Adeline Capaldi Conception et réalisation graphique : Claude Vitale Administration : Valérie Favrol Impression : Direct impression 117


Notes

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C

eux qui vivent, ce sont ceux qui luttent, écrit Victor Hugo. Les combats du siècle dernier sont représentatifs de cette lutte permanente pour la vie, la liberté et la justice. Les hommes et les femmes qui les ont menés, connus ou anonymes, à Villepinte ou au delà, ont combattu dans l’adversité avec, le plus souvent, de la conviction, de l’optimisme et une volonté inébranlable. En choisissant d’agir sur le cours des évènements, ils incarnent l’esprit de résistance qui est le mouvement même de la vie. La Municipalité de Villepinte et l’ARAC se sont associées à travers cette publication au croisement de l’histoire nationale du siècle dernier et de la mémoire locale pour œuvrer au développement de la culture de la paix. Ce recueil se veut également un hommage à l’esprit de résistance, rappelé en 2004 par l’appel des survivants de la Résistance pour lequel créer, c’est résister et résister, c’est créer.


Combat pour la paix, combat pour la vie  

Ouvrage historique sur l'histoire de Villepinte publié par la Municipalité en collaboration avec l'ARAC (Association Républicaine des Ancien...

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