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© David Pauwels-Eurométropole

WWW.PEZ-OFFSHORE.COM

CETTE INITIATIVE A REÇU LE SOUTIEN FINANCIER DU PROGRAMME INTERREG IVA FRANCE-WALLONIE-VLAANDEREN ET DE L’EUROMÉTROPOLE LILLE-KORTRIJK-TOURNAI DANS LE CADRE DU PROJET 300 ANS DE FRONTIÈRE.


THIERRY VERBEKE

PIRATER LE RÉEL /// P.E.Z. Notre siècle est le premier sans terra incognita, sans une frontière. La nationalité est le principe suprême qui gouverne le monde – pas un récif des mers du Sud ne peut être laissé ouvert, pas une vallée lointaine, pas même la Lune et les planètes. C’est l’apothéose du «gangstérisme territorial». Pas un seul centimètre carré sur Terre qui ne soit taxé et policé… en théorie. HAKIM BEY – TAZ (1991)

P.E.Z (paradise Economic Zone) est un paradis fiscal de proximité, situé sur l’ancien poste frontière de Rekkem-Ferrain autoroute E17/A22.

En savoir + http://thierry.verbeke.free.fr/ P.E.Z. sur Facebook / https://www.facebook.com/p ages/PEZ/607249856023227? fref=ts

T

hierry Verbeke est un artiste militant. Engagé dans le réel, il poursuit des problématiques liées au monde du travail, aux libertés et aux droits fondamentaux, à l’économie et à ce que je nommerais « le grand vent des communicants ». Il produit un art de la contestation pacifique, invitant au soulèvement (à une prise de conscience collective) plutôt qu’à la révolution. Ainsi, il fabrique des banderoles à partir de bleus d’ouvriers (Bleus de Chauffe) ; en réponse au prétendu recul du chômage en France, il se fait recruteur de chômeurs pour que l’A.N.P.E puisse rester en activité (ANPE Concept Car) ; avec l’aide de couturières, il réalise un drapeau de pirate en patchwork (United Color). L’absurdité des actions et des slogans renvoie à l’absurdité de notre système et à ses stratégies de communication. L’artiste souligne un abrutissement généralisé, orchestré par l’Etat et le marché, relayé par la publicité et les médias. Un abrutissement ayant pour objectif d’asservir le consommateur au détriment de l’éveil du citoyen. C’est en ce sens que son travail m’apparaît comme une matérialisation de la pensée du poète anarchiste Hakim Bey, et notamment de la TAZ (zone autonome temporaire). La TAZ est comme une insurrection sans engagement direct contre l’État, une opération de guérilla qui libère une zone (de terrain, de temps, d’imagination) puis se dissout, avant que l’État ne l’écrase, pour se reformer ailleurs dans le temps ou l’espace. Puisque l’État est

davantage concerné par la Simulation que par la substance, la TAZ peut « occuper » ces zones clandestinement et poursuivre en paix relative ses objectifs festifs pendant quelque temps.

P.E.Z. / CASH, PÈSE, OSEILLE, FLOUZE, FRAÎCHE Sur le modèle de la TAZ, théorisée par Hakim Bey, mais aussi à partir de sources plurielles comme la micronation de la principauté de Sealand au RoyaumeUni ou encore le roman La République de Mek-Ouyes de Jacques Jouet, Thierry Verbeke imagine le P.E.Z. : Paradise Economic Zone. Un « paradis » installé sur la frontière entre la France et la Belgique, pensé comme un espace critique et politique. Le P.E.Z. recèle une double lecture. Il fait d’abord référence aux zones de non droit, aux paradis où tout est encore possible, où tout reste à inventer. En ce sens, le P.E.Z. représente un espace de liberté totale. Pourtant, il peut également être associé aux paradis fiscaux, des zones où la fiscalité nulle ou avantageuse, qui attirent les fortunes mondiales. Des zones où le profit est roi. Un rapport de l’O.C.D.E. indique qu’il « n’existe pas de critère unique,


P.E.Z (paradise Economic Zone) remercie particulièrement l’association Nord Artistes et sa présidente Isabel Guérin ainsi que François Goarin et Séverine Flahault. Merci au Café le National et aux habitants de Rekkem, pour leur accueil. Mes remerciements vont aussi à Francis Verbeke, Zoé Lheureux, Georges, Jean-jacques, David Lafrance et Christelle Billot. Sans oublier, Ronan Le Régent (iCare) et Eric Rigollaud, pour le design graphique et leur soutien indéfectible. Enfin un grand merci aux entreprises qui ont collaboré à ce projet : Become, Bisman, DécoFactory, Delcatrans BVBA, Doublet, Point Made, et T.V.M.C.

Cicéro Imprimeurs Bureau d’Art et de Recherche éditions Dépot légal octobre 2014 ISBN 979-10-93064-01-7

clair et objectif permettant d’identifier un pays comme étant un paradis fiscal ». C’est à partir de ce flou que Thierry Verbeke décide d’installer un container pensé comme un module d’accueil et de vente. Signalé par un palmier et grimé de panneaux aux couleurs criardes et aux slogans aguicheurs (OFFSHORE – YOU WIN – TAX HEAVEN), le module promet des avantages, la réussite et le profit. L’artiste s’approprie un mode de communication normé, incisif (voire agressif) pour inciter le visiteur à implanter son siège social au sein du P.E.Z. Une manière pour lui de questionner le statut trouble des paradis fiscaux et de dénoncer l’inaction politique. P.E.Z. traduit aussi l’impuissance des Etats face au marché financier.

RED ZONE Non loin du container, est planté un drapeau hors norme. Entre deux mats s’étire un drapeau hybride où les couleurs de la France rejoignent celles de la Belgique et vice-versa. Les deux pays sont réunis par une couleur commune, une zone rouge est mise en avant. Une fois de plus, Thierry Verbeke explore la binarité de l’objet. La zone rouge est en effet dotée d’une lecture double, elle peut à la fois signifier l’amitié franco-belge, l’étroite relation qui lie les deux pays (linguistiques, économiques, culturelles, historiques), mais aussi les tensions et les incompréhensions. Ces dernières sont notamment dues aux affirmations identitaires. La zone rouge incarne la relation qu’entretient Thierry Verbeke avec la frontière, une relation qui oscille entre malaise et attachement. En ce sens, l’espace de la frontière, matérialisée par l’artiste au moyen d’une

large ligne en pointillés noirs, traduit les échanges, les passages et les crispations expérimentés au quotidien d’un bord à l’autre. Avec dérision, humour et un sens critique aiguisé, Thierry Verbeke cultive l’ambiguïté en traitant de la complexité des liens franco-belges. Via deux symboles forts, les drapeaux et le paradis fiscal, il parvient à soulever les points épineux : l’évasion fiscale, qui, même si elle est condamnée par la communauté internationale, perdure ; la langue, vecteur de tensions identitaires et politiques ; l’économie locale entre la région Nord et le nord de la Belgique. Par le biais de ses dispositifs artistiques, Thierry Verbeke pointe du doigt l’indifférence, les contradictions, les injustices générées par notre société où l’individu a perdu sa place. Il construit une réflexion du soulèvement au moyen d’actions et d’interventions publiques. Ses œuvres confrontent le regardeur à un réel teinté d’hypocrisie, d’aveuglement et d’ironie. L’artiste nous invite à ne plus subir, mais à redevenir acteurs du réel.

JULIE CRENN


FEUILLETON PAR THIERRY VERBEKE

16/04/14

Enfant, j’habitais avec ma sœur et mes parents dans un petit village du nord de la France. L’offre commerciale y était restreinte et se composait en tout et pour tout d’une boulangerie, d’une boucherie et d’une droguerie. Le dimanche après-midi, nous participions parfois à la grande transhumance des frontaliers, qui allaient se ravitailler en tabac, essence et divers alcools, de l’autre côté de la frontière. Les taxes plus faibles qu’en France sur ces produits et la convivialité des commerçants belges faisaient de ce voyage un moment de détente familial et lucratif. Pour s’y rendre, il fallait emprunter une longue route nationale, au bout de laquelle je voyais apparaître la guérite du poste frontière qui marquait la séparation entre les deux pays. Je demandais alors souvent, si l’on pouvait avoir un pied en France et un pied en Belgique, ou être dans une zone neutre ni française ni belge en marchant à l’emplacement exact de la ligne pointillé de la frontière. Échapper aux taxes a toujours été un sport pour les frontaliers, encouragés par le manque d’harmonisation entre les pays. Cette petite « fraude » a changé d’échelle et ne se limite plus aujourd’hui à une cartouche de cigarettes, la mondialisation et internet ont amplifié le phénomène. En tapant « paradis fiscal » dans google, vous trouvez facilement de nombreux cabinets d’avocats spécialisés dans ce qu’on appelle poliment « l’optimisation fiscale ». Contrairement aux discours successifs des politiques, les paradis fiscaux existent toujours. L’attitude de l’état à ce sujet relève de la schizophrénie. Ce dernier prétend lutter contre ces paradis fiscaux tout en participant au capital de grandes entreprises ayant

recours à ce type de services. On peut citer pour exemple pour la France : EADS (Airbus group depuis le 1er janvier 2014), avec ses 43 filiales paradisiaques, 18 pour GDF Suez et 3 pour France télécom. C’est en réponse à cette conjoncture, que PEZ a vu le jour sous la forme d’un projet protéiforme, (installation dans l’espace public, site internet 1, édition). En résumé, PEZ est un paradis fiscal de proximité fictionnel sur une zone de 600 m2, à cheval entre la France et la Belgique. Cette proposition manie l’humour et l’absurdité pour évoquer une tentation liée à l’idée même de frontière, celle de la fraude fiscale. Les lignes qui vont suivre ont pour but de raconter « mes aventures » et mes rencontres dans le plus petit paradis fiscal au monde. 1 – www.pez-offshore.com

18/04/14

L’INAUGURATION Le montage du projet PEZ n’a pas été une mince affaire. Outre les problèmes techniques liés au drapeau et son implantation sur un site complètement ouvert et venteux, il a fallu s’assurer de la solidité du reste de l’installation. Complètement novice en matière d’œuvre dans l’espace public, j’ai dû troquer ma casquette d’artiste contre un casque de chef de chantier et passer 70% de mon temps à coordonner les différentes entreprises. Le premier geste symbolique a été de délimiter sur le sol du parking de l’ancienne douane, une zone en pointillé de 6M de large sur 100M de long. C’est cette zone qui constitue le territoire actuel de PEZ. De l’autre côté de la route, j’ai fait poser deux solides blocs de béton de 2T2 chacun, surmontés de mâts en acier galvanisé. Ce sont ces mâts qui supportent les tensions importantes engendrées par les 25 sandows rouges qui relient le début


du drapeau français, au début du drapeau belge. Sur la zone, j’ai construit un panneau de chantier de 3M50 de haut sur 2M de large annonçant l’implantation prochaine de PEZ (Paradise Economic Zone). On peut y lire l’inscription suivante : « Domiciliation du siège social de votre entreprise dans une zone autonome ». Enfin, l’entreprise Delcatrans est venue déposer un container qui, après customisation, aura pour fonction de servir de bureau à la zone PEZ. Voilà où j’en suis de mon intervention ce 18 avril, jour de l’inauguration de la zone, que je rebaptise vernissage de chantier. Le carton mentionne le début des festivités pour 17h. C’est un peu tôt pour un français, mais, François, mon interlocuteur à l’agence Eurométropole m’explique qu’en Belgique, on quitte le travail le vendredi dès 16h alors va pour 17h. A l’heure dite, il y a du monde sous le chapiteau dressé pour la circonstance. J’y fais entre autre la connaissance d’un ambassadeur français venu pour la circonstance. Il est charmant et sa présence est comme une reconnaissance officielle de mon territoire par le pays voisin. Nous échangeons quelques mots au sujet d’un livre d’Umberto Eco intitulé « Le jour d’avant » qui raconte l’histoire d’un marin qui s’échoue sur une île traversée par un méridien particulier : la ligne de changement de date. Plus tard, vers 19h30, arrivent les premiers français. Avec les reliques du buffet, j’improvise pour eux un vernissage à l’intérieur du container. Au total, une centaine de personnes étaient présentes ce jour.

le message qu’il m’envoie via le formulaire de demande d’informations ainsi que ma réponse : You have a new message: Via: http://www.pez-offshore.com/ Message Details: Nom : xxxxxx Email : xxxxxxxxxx@hotmail.be Sujet : création société les armatueurs Message : Bonjour, je voudrais créer une société chargée de vendre des armes de pacotille. Est-il possible de nommer comme administrateur une autre société, offshore celle-là, domiciliée sur la Lys, entre Comines-France et Comines-Belgique ? Nous pouvons proposer à vos clients une expérience hors-pair : fournisseurs de la guerre des prix, guerre et paix, va-t’en-guerre, bataille du rail. En ce moment, rabais important sur la fleur au fusil. Bien à vous. Les armatueurs. Sent on: 22 April, 2014

22/04/14

Le site pez-offshore.com est en ligne depuis une semaine. Je l’ai conçu en m’inspirant des sites « concurrents » trouvés lors de mes recherches Internet. En première lecture, il semble faire la promotion des paradis fiscaux en général et de PEZ en particulier. Je dis souvent, quand je dois le décrire, qu’il est « fourré » comme un gâteau à la crème. En effet, un lecteur attentif trouvera sur ce site des liens critiques, sous des dehors prosélyte. La personne qui me contacte aujourd’hui, n’a pas dû en percevoir toutes les subtilités. Voici

Bonjour cher xxxxxxx xxxx, tout d’abord, merci pour cette proposition de collaboration très intéressante, nous sommes malheureusement dans l’incapacité d’y répondre. En effet, la zone PEZ (Paradise Economic Zone) est un projet artistique fictionnel. Réalisé par l’artiste Thierry Verbeke, il a pour but d’évoquer une tentation liée à l’idée même de frontière, celle de la fraude fiscale. En ce qui concerne la domiciliation du siège social de votre société vous trouverez sur le site www.pezoffshore.com, ou tout aussi facilement en faisant une recherche sur Internet,

une liste de cabinets d’avocats qui ne seront pas regardants et qui seront très certainement ravis de vous proposer leurs services. Pour information, la zone PEZ est implantée dans le prolongement de la Paradijsstraat (rue du Paradis) sur l’ancienne aire de douane de Rekkem-Ferrain. Nous aurons le plaisir de vous y rencontrer prochainement si vous le souhaitez. Pour plus de sécurité, veuillez nous prévenir de votre visite par mail. Cordialement, PEZ

23/04/14

Ce matin, des articles de presse mentionnaient des chutes d’arbres et de fortes précipitations dans la région de Menin. Un peu inquiet, je décide donc de me rendre sur la zone PEZ. En arrivant, je cherche le drapeau des yeux. Quelques centaines de mètres avant la frontière, il apparaît enfin, toujours debout. Je me félicite d’avoir utilisé des sandows dans sa conception, leur élasticité semble efficace pour lutter contre les fortes bourrasques qui règnent sur le parking. Face à la zone PEZ, les travaux avancent ; le premier poste de douane est entièrement rasé ; à l’endroit où il se trouvait, il ne reste que de petits monticules, classés par matériaux. Je décide de ne pas ouvrir le bureau / container et de partir en exploration de proximité pour découvrir l’environnement de PEZ. Après une petite visite au patron du café « National », je pousse un peu plus loin dans la Paradijstraat. J’y découvre un petit village


où tout est paradisiaque, (le nom de tous les établissements comporte une référence directe au paradis : la friterie du paradis, le café du paradis, l’école du paradis.). Je dois bien avouer que l’école du paradis, avec ses jeux extérieurs, et son enclos pour moutons, qui jouxte la cour de récréation, me fait bonne impression. Pour finir, je découvre une église de facture moderne, avec tout autour des prés dans lesquels broutent des vaches noires et blanches. Il est probable que l’aspect bucolique de l’ensemble soit redevable au nom de la rue du paradis. Je me demande quel aurait été l’impact visuel sur l’ensemble si celle-ci avait été baptisée rue de l’enfer.

24/04/14

Seulement 20 Km séparent la ville de Lille, où je suis né de ce morceau de Belgique. Tout y est semblable, mais en même temps très différent. La langue néerlandaise, que l’on entend partout renforce ce sentiment « d’exotisme » et me donne l’impression d’avoir fait un long voyage. Subitement, je me rappelle un passage du livre « À rebours » de Huysmans dans lequel le personnage principal « des Eisseintes » projette de partir pour l’Angleterre. Pour attendre agréablement le départ du train, il se rend dans une taverne. Les spécialités culinaires anglaises et la présence des Britanniques de passage lui donnent l’impression de saisir l’essence du pays qu’il s’apprêtait à visiter. Pour ne pas être déçu, par la réalité, il décide de retrouver son domicile et d’annuler son excursion. De retour chez lui, il ressent « l’éreintement physique et la fatigue morale d’un homme qui rejoint son chez soi, après un long et périlleux voyage. » Il est 18 heures et le soleil commence à se voiler. Je fais une dernière photo d’un assemblage de vélos rouillés, qui tient de la sculpture d’art brut, et je décide moi aussi de rejoindre « mon chez moi ».

Belgique, une friterie qui annonçait comme argument publicitaire « french fries ». « La France, ce n’est pas le pays des frites, vous, votre spécialité c’est les mitraillettes1 ». Pour ne pas rentrer dans en conflit avec lui, je déclare que les meilleures frites du monde sont belges. La réalité est plus complexe, j’ai toujours pensé que les meilleures frites du monde étaient celles de ma mère, qui ironie de la situation se nomme Odile Lafrance.

25/05/14

En arrivant sur la zone PEZ, je remarque une femme, la soixantaine, qui promène son chien tout en jetant un œil intrigué au panneau de chantier annonçant la création prochaine d’un paradis fiscal. J’engage alors la discussion avec elle. Elle s’appelle Béatrice et son chien Bob. D’après ce que je comprends, elle habite ici depuis son enfance. Elle se plaint d’un sentiment d’exclusion qu’elle ressent de la part des Flamands à l’encontre des Français. Selon elle, cela n’a pas toujours été le cas. Elle se souvient de son enfance heureuse, où les deux communautés de la frontière vivaient en bonne intelligence. Je lui parle du drapeau et de la dualité de sa signification, à la fois réunion mais également tension. Elle acquiesce en me disant que j’ai su rendre compte de la réalité frontalière. Elle me quitte après m’avoir parlé d’une rue qui jouxte la rue du paradis, au bout de laquelle la dernière maison est en France et l’avant-dernière en Belgique. En remontant la Paradijstraat, je découvre que la sculpture de vélo, qui trônait fièrement à côté du café « Le National », aujourd’hui n’est plus. Les locataires du terrain, dans le souci de faire place nette, ont décidé de s’en débarrasser. Je ne suis pas le seul à regretter sa présence ; un coq, sans doute amateur d’art brut, tourne autour des reliques désormais au sol. Rien n’est permanent, moi aussi, à la fin du mois de septembre, j’aurai démonté la zone PEZ et rendu le parking à son état originel. Je rentre me réchauffer au café, entre 18 et 20 heures, la bière n’y coûte qu’un euro et la friterie voisine offre ses excédents aux clients du café avant la fermeture. Le patron raconte qu’il a vu récemment, en

1 - Baguette en français

30/04/14

L’habillage du container commence, j’ai livré les panneaux de bois et les bastaings ce matin et dans la foulée, j’ai mis une première couche de peinture. Aujourd’hui, la météo est très clémente sur la zone PEZ. Le parking a des allures de bord de mer balayé par le vent. Une mouette qui passe par là s’y trompe aussi, elle arpente le parking avant de se rendre compte de sa méprise et de s’envoler pour rejoindre la mer distante de quelques dizaines de kilomètres à vol d’oiseau. J’ai quitté la maison avec un sweat et une veste et me voici en tee-shirt en train de peindre à l’abri du container. Au milieu d’une pause « séchage de peinture », j’entends un camion qui s’approche, s’arrête dans un grand coup de frein. À ma grande surprise, quelqu’un descend du camion et hurle mon nom. C’est Zoé, une de mes anciennes élèves, devenue depuis une jeune femme qui me rend visite sur la zone PEZ. En voilà une qui se moque bien des frontières. Avec son ami Adam d’origine polonaise, elle part en auto-stop pour un périple de 1500 km qui va les mener d’Amsterdam à Cracovie, en passant par Berlin et Poznan. Elle me parle d’une association « Trans Euro Stop », qui propose de découvrir l’Europe sous la forme d’un rallye en autostop. Elle veut bien sûr voyager pas cher, mais surtout découvrir nos pays voisins par le biais de ses habitants et s’enrichir de toute cette diversité. Il est l’heure pour eux de continuer leur voyage, j’envie un peu leur jeunesse et la liberté qu’ils affichent. J’aimerais bien les suivre et traverser avec eux les frontières. Je les regarde s’éloigner


avec leurs sacs à dos, jusqu’à ce qu’il ne soit plus que deux petites tâches colorées sur le parking. Je prends une photo et je retourne à ma peinture. En fin d’après-midi, je ferme le container pour me rendre dans ce qui devient mon « quartier général ». Je veux bien sûr parler du café « National ». J’y fais la rencontre de Gerda, une femme d’une cinquantaine d’années, très intriguée par mon activité d’écriture. Elle aussi est en train d’écrire à la terrasse du café. Depuis l’âge de 7 ans, elle noircit, de sa petite écriture fine, de nombreux carnets de poésies de son invention. Tous ces carnets remplissent désormais une grande malle de voyage et les rayons d’une étagère. Elle trouve une grande satisfaction dans l’écriture, mais avoue souffrir du regard des autres, qui la juge différente. Nous échangeons quelques impressions sur nos deux pays. Pour ma part, les belges me semblent plus ouverts, plus spontanés que les français. Je prends l’exemple de notre discussion sans façon qui aurait été plus difficile à engager à la terrasse d’un café français. À ce moment, elle me demande mon bloc pour y inscrire un dicton en flamand : « Het gras zal etgel groenen hyraan de andere ken ven de heuvel », qu’on pourrait traduire par l’herbe est toujours plus verte dans le jardin d’à côté. Elle se lève en me disant qu’elle est heureuse d’avoir rencontré une personne qui, comme elle, s’adonne à l’écriture à la terrasse des cafés. Si une troisième personne s’installe pour écrire sur la terrasse, Il faudra débaptiser le « National » pour le rebaptiser : « Café littéraire ».

26/05/14

Après une longue pause, je reprends le cours de mes aventures sur la zone PEZ. La customisation du container-bureau prend fin et ceci malgré le temps dégradé et les nombreuses intempéries. Avec l’aide de mon père, je viens d’installer le palmier sur le toit. Immédiatement, j’ai vu la curiosité et l’interrogation poindre dans le regard des riverains et des camionneurs. La satisfaction de voir le projet avancer m’a changé les idées. Hier, c’était les élections européennes et la victoire du Front National m’a filé un sale

coup au moral comme au physique. Après une nuit agitée, je me suis réveillé ce matin avec un nerf coincé dans le dos. Je me suis dit que l’expression « en avoir plein le dos » prenait tout son sens. Comme à de nombreuses reprises par le passé, j’ai l’impression d’être rattrapé par l’actualité. Parler de frontières, en ce moment, et des paradis fiscaux n’est pas neutre. La télévision française a fait l’impasse des résultats électoraux en Belgique, c’est donc sur internet que j’apprends la victoire du NVA, parti conservateur indépendantiste, qui revendique l’indépendance de la Flandre. De ce coté de la frontière aussi, rien ne va plus. Aujourd’hui, le drapeau de la zone PEZ qui symbolisait la réunion et les tensions qui peuvent exister entre les deux communautés, penche du côté de la tension. Comme pour confirmer, cette idée, mon père me fait remarquer la présence d’un camion qui vient de s’arrêter de l’autre côté de PEZ. Il s’agit d’un camion de l’entreprise « Kopal », spécialisée

en clôture, qui porte le slogan : « Good Fences make good Neighbours ». Tout est dit malheureusement.

3/6/14

Il me reste l’intérieur du container à aménager ; avec les restes des panneaux, je construis un petit bureau/comptoir et j’en profite pour ranger l’intérieur du container. PEZ pourra bientôt accueillir dignement ses clients. Je débarrasse les derniers morceaux de bastaings, ferme les portes du container et je prends une pause « pils » bien méritée au « National ». Depuis ma première visite, je suis intrigué par une sorte de boîte aux lettres collective, accrochée entre le comptoir et la porte des toilettes. De fabrication artisanale en bois, celle-ci est divisée en casiers avec pour chacun une fente et un nom. L’ensemble porte l’inscription : « De Grenzespaarders ». Renseignements pris auprès du patron, il s’agit d’une sorte de tire-


lire. Chaque mois, on doit y glisser une enveloppe contenant de l’argent, et à la fin de l’année, on récupère la somme totale. D’après lui, c’est une pratique courante en Belgique. Les taux d’intérêts très bas, pratiqués par les banques, rendraient cette forme d’épargne intéressante. J’imagine surtout, que c’est un moyen de faire de l’épargne conviviale. Déposer l’argent du mois permet de boire un verre avec ses amis et l’ouverture finale des enveloppes doit donner lieu à des tournées générales et autres réjouissances. Bien avant la zone PEZ, la rue du Paradis comptait donc déjà sa banque privée.

arme pour montrer son désaccord envers la société en général et envers mon paradis fiscal de proximité en particulier.

8/06/14

23/06/14

Le dimanche venu, c’est l’affluence autour de la zone PEZ. Les camions, interdits de circulation, se massent autour du container. Les routiers privatisent l’espace du parking tout comme moi. Les remorques y sont disposées côte à côte, de façon à offrir une zone à l’abri du vent et des regards. À l’arrière des camions, se trouve un compartiment, qui cache un réchaud et une tablette, autour de laquelle on prépare le repas. Avec le réfrigérateur et la télévision de la cabine, le camion de transport permet presque de vivre en autonomie. Tous les pays européens sont représentés et chacun semble vivre en harmonie avec son voisin. Seule ombre au tableau, le côté du container à l’abri des regards, possède un terrible pouvoir d’attraction sur les vessies et avec l’augmentation des températures, l’atmosphère devient vite irrespirable. Je soupçonne une forte proportion chez les routiers, d’individus hostiles aux paradis fiscaux. Parmi eux se cachent peut être de dangereux criminels, schizophrènes. Ces derniers, non contents d’être les chevilles ouvrières de la libre circulation des biens et des marchandises semblent malgré tout hostiles à la société capitaliste. Cette version des faits apporterait une signification politique, aux nombreuses bouteilles remplies d’urine jetées tels des cocktails Molotov par la fenêtre des camions sur le bord des routes. Décidément, plus j’y réfléchis et plus je me dis que le routier protestataire a trouvé, dans son urine, une

24/06/14

Aujourd’hui, j’ai posé la moquette et appliqué la dernière couche de peinture au comptoir du container. Je suis prêt à accueillir le public. En attendant d’avoir des visites, je décide d’aller à la rencontre des habitants au café, qui, je dois bien le reconnaître, draine plus de visiteurs que la zone PEZ. J’y fais la connaissance de Gino, intrigué par la présence d’un palmier au-dessus du container. Je lui parle du projet, des paradis fiscaux, de la rue du Paradis, qui avant d’être coupée par l’autoroute passait à l’emplacement actuel de la zone PEZ. La discussion dévie sur les avantages respectifs de la France et de la Belgique, en matière de taxation. Gino travaille pour une entreprise qui fabrique et pose de l’enrobée. Les routes c’est son affaire, il m’apprend que l’E17 s’appelait autrefois E3. (E pour route Européenne ) Selon lui, le parking de Rekkem est au centre de l’Europe, une sorte de noeud, par lequel transitent les marchandises en partance vers la France, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas. Il évoque également l’ambiance qui régnait sur la zone à l’époque du poste de douane, l’emploi généré par cette activité, mais aussi la corruption de certains douaniers qui prélevaient leur cote part sur les marchandises. Je ris avec lui quand il évoque le souvenir d’un douanier corrompu, rentrant chez lui, l’arrière de la voiture remplie jusqu’au plafond de moules de Hollande et de choux fleur de Bretagne.

Je profite de ma présence sur la zone pour mettre au calme, loin des sollicitations de mon domicile, de l’ordre dans les notes que je consigne dans un grand bloc. Un calme tout relatif puisque depuis que j’ai ouvert les portes du container ce matin, pas moins de 9 routiers sont venus se renseigner sur l’Euro vignette. La confusion tient sans doute au panneau TAX HEAVEN qui orne le container. Me voici donc obligé d’expliquer dans un anglais approximatif « there is no Tax here. You’re not in Belguim, you’re not in France. PEZ is a paradise economic zone. Euro vignette is on the left behind the trucks ». Après avoir créé la monnaie PEZ, je réfléchis à l’opportunité de rendre obligatoire l’achat d’une PEZ TAX pour pouvoir traverser la zone. J’abandonne l’idée en pensant que cette mesure serait, pour employer une expression à la mode chez les opposants à la taxation, « contre-productive ». Il y aurait certainement des petits malins qui, pour ne pas remplir les caisses de PEZ, ne passeraient plus par la zone et éviteraient le parking. Il me faudrait alors prolonger la signalétique au sol sur les voies de l’autoroute, installer des guérites et embaucher du personnel pour collecter la taxe. Il me faudrait également composer avec l’administration qui gère l’autoroute. Non, décidément, ce n’est pas une bonne idée. Il faut savoir modérer ses ambitions, et « ne pas tuer la poule ». Je m’apprête à fermer le container, lorsque je reçois la visite d’une personne qui se présente comme photographe et qui me demande si je l’autorise à prendre quelques clichés. Il trouve le projet très amusant et me promet de poster les images sur la page facebook de PEZ. Après son départ, je me dis, qu’à défaut de vignette PEZ, je pourrai peut-être monnayer auprès des touristes ou des jeunes mariés, la prise de vue sous le palmier.


30/06/14

Cet après-midi, je m’ennuie un peu sur la zone PEZ. Il me vient alors une idée, et si je répertoriais les noms des camions qui passent devant moi. La circulation très dense rend la tâche ardue. S’engage alors une course entre mon clavier d’ordinateur et les camions. Comme j’ai une dextérité de frappe toute relative, j’en rate certains, mais au bout de 15 minutes, la liste est impressionnante : VEARVEKE SCHENKER HARTOG &BIKKER DE RIJKE MAERSK MARKATRANS BEENS TABAKNATIE MEEUS EUTRACO BUFFET METRO VOESTENEK MARYSON WALTER VUYSTEKE JAGDFELD HUNGARIA AZURA KAZEMIER DEWITTE CHARLET CERBARA VERVAEKE OTEIZA EUCON UASC HANS RUUMPOL VERVAEKE UASC MAERSK CABAY SAINT-GOBAIN BRUHN ATL VAN HEUGTEN DACHSER VOESTENEK AUBRYWABERER’S BALTRANSA COPANEX MAERSK MAERSK DELCATRANS P&O FERRYMASTERS MAERSK DAN CARGO TEMSPED TRAFUCO VERSELELAGA LÉZIER FOSSEUX FAYOLLE-LÉGUÉ D’HAENENS BUYSMETAL STT DIACARB VULSTEKE HEPPNER BRABANTIA SCHENKER WABERER’S BUZZATI DRAFIL BELLEKENS UASC PAUWELS-BIL MAES DSV HRECA ROOS VELLTRANS DEPAEUW MARCHAND SICAL DOUNOR ZANDBERGEN’S CMA CGM LKW WALTER RHENUS REINING SAMAGRO GRIMONPREZ VULSTEKE BOMEX AQUILA KÂSSBOHRER ERTEL POLSPED NIKELLI DENEKS SCANROAD LE TORC’H BERNARDI Par l’utilisation de mots dont la consonance évoque différents pays, cette longue liste me fait penser à l’esperanto. Sans jamais avoir essayé de l’apprendre, j’aime beaucoup l’idée, de créer une langue simple d’apprentissage qui serait comprise par tous. En ces temps de repli sur ce que certains appellent une « identité nationale », le besoin de personnalité telle que Ludwik Lejzer Zamenhof, (créateur de l’Esperanto), se fait cruellement ressentir. Alors bien sûr, certains pourront dire que cette langue universelle existe déjà et qu’il s’agit de l’Anglais, mais l’avantage de l’esperanto, c’est que cette langue appartient à tous sans mettre en avant la supériorité d’une nation en particulier.

14/07/2014

Après une semaine pluvieuse, le soleil a repris sa place. En France, quelques drapeaux tricolores ornent aujourd’hui les façades des maisons. Je n’ai jamais aimé les revendications patriotiques j’ai toujours eu l’impression que brandir un drapeau, est une bravade et une exclusion de tous les autres. Rien de pacifique ne peut provenir de ces tissus et de ceux qui les agitent. Je suis en voiture quand tout à coup la radio diffuse le titre « le freak c’est chic », je souris en pensant que cela ferait phonétiquement un bon hymne national pour la zone PEZ. En parlant de drapeau, je suis en train de réaliser avec l’aide du 240 à Lille1 un drapeau de pirate en patchwork. Ce travail peut être considéré comme la suite d’une série intitulée « réintroduire du politique dans le quotidien ». Il me semble que l’utilisation de cet art minoritaire qu’est le patchwork, dans son côté participatif, permet de recharger la signification aujourd’hui dévoyée du pavillon à tête

de mort. Début 2015, il flottera sur la façade du BPS 22 à Charleroi, un espace que l’on pourrait qualifier de zone libre. La zone PEZ quant à elle, continue de vivre sa vie , je prends des rendez-vous pour accompagner les visites. A l’heure où j’écris ces lignes, je dois stopper le récit de mes aventures. Les textes doivent partir en traduction pour l’édition prévue en septembre et le travail de mise en page avec mon ami Éric, va bientôt commencer.

1 - association de recyclage textile basée sur le don citoyen. Le 240 organise des cours de couture, de tissage, et propose des actions culturelles en relation avec les déchets textiles dans un esprit éco-citoyen : www.recyclagetextile240.jimdo.com


À CONTES D’AUTEUR


1 _ Franck Lepage, L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu…, Éditions du Cerisier, Cuesmes, 2007, p. 88. 2 _ La zone épouse les contours d’un tronçon de la bien nommée rue du Paradis, partant de Menin pour butter sur l’aire de stationnement et retrouver son parcours de l’autre côté de l’autoroute.

S

elon d’aucuns, l’art contemporain serait comme la cristallisation symbolique du capitalisme néolibéral, puisque capable de produire de la valeur avec tout et en particulier avec rien. Offerts aux jeux spéculatifs, objets trouvés, gestes du quotidien et cogitations mentales, « fabriquent de la valeur sans fabriquer de richesse (…) c’est-à-dire sans travail humain »1. Agitations boursières au moindre souffle neuf, surenchère des cotes à chaque appel d’air, obsolescence programmée de toute trouvaille, même la plus hardie : la soif insatiable de nouveauté et la dématérialisation des supports à l’œuvre dans l’art contemporain seraient l’expression culturelle de l’inanité productive du CAC 40. Un peu hâtif, somme toute, mais à creuser. En tout état de cause, nous sommes ici face à un processus inverse : dans un contexte de virtualisation

de l’économie et de labilité des flux financiers, de surmédiatisation de notre rapport au réel et de difficulté croissante à nous le représenter, le projet PEZ de Thierry Verbeke s’attache à concrétiser des réalités au demeurant intangibles. Qu’est-ce qu’un paradis fiscal ? Qu’est-ce qui le détermine et le rend possible ? L’opacité du secret bancaire et l’existence d’une frontière aussi perméable aux transits pécuniaires qu’elle est hermétique aux législations fiscales. Qu’est ce qu’une société offshore sinon une boîte aux lettres, un entête ? D’où les éléments composant, in situ, la Paradise Economic Zone : d’abord, un tracé délimitant une zone2. Un territoire enclavé sur l’ancienne aire de douane de Rekkem-Ferrain, aujourd’hui simple parking pour poids lourds, régulièrement visité par les coqs du village mitoyen (Menin). Sur cette bande frontalière reconfigurée, un container coiffé d’un palmier, des affichages


Du reste, le double drapeau planté par Thierry Verbeke – dont l’installation succède directement au démantèlement du poste de douane – réaffirme la réalité de la frontière franco-belge dont le valeureux franchissement, rappelons-le, a permis à quelques fortunés d’échapper à l’implacable voracité fiscale républicaine. À cet égard encore, l’entreprise de Thierry Verbeke tend à matérialiser l’intrication de réalités échappant à la perception : évasion fiscale, tensions frontalières, désirs de rapprochement, tentations de l’éloignement…

publicitaires et un placard invitant le chaland à domicilier le siège social de sa société dans ce « paradis fiscal de proximité ». Ce campement financier vêtu d’un décorum de zoning commercial offre une image perceptible des caprices transitoires de l’ingénierie fiscale.

QUAND LE ROUGE FOUT L’CAMP Devant cet aménagement, une visée permet de zoomer sur un dispositif longeant le bitume, sur l’autre rive de l’autoroute : un double drapeau – belge et français – tendu à plusieurs mètres de haut. Bleu – blanc – rouge – jaune – noir : le rouge central est le rouge commun, celui du sang versé pour abattre l’Ancien Régime, celui de la fierté indépendantiste brabançonne. Ce rouge rassemble, unit les deux terres. Il s’étire également, à la limite du déchirement, exprimant de la sorte les tensions qui traversent les communautés frontalières du fait, entre autres, des pathétiques joutes linguistiques livrées dans le Royaume. L’Europe a dissipé l’activité douanière aux frontières nationales, mais, conjointement, les rivalités interrégionales se sont avivées et les Régions présentement privilégiées (Catalogne, Flandre, Lombardie…) entendent bien décramponner les flancsmous de la Croissance.

PARADISE NOW Fiction traduisant une part du réel, PEZ habite également une réalité territorialisée avec laquelle elle interagit temporairement. Son créateur-directeur-animateur est en effet devenu un acteur du site, suscitant questions et discussions, renseignant les routiers sur l’achat des vignettes, sillonnant le village, discutant au bistrot (le National, tout un programme…). Observant beaucoup également et documentant l’insolite des situations, le trafic autoroutier, la manière dont hommes et bêtes habitent les lieux : les cantines improvisées par les routiers sur le parking, le séjour des coqs, vraisemblablement peu investis de leurs connotations symboliques et linguistiques… Image à connotations multiples, PEZ s’offre également comme un territoire d’expériences, d’échanges et d’observations. Un outil de lecture par ailleurs, un support de réflexion et de formulation. L’initiative atteste donc à nos yeux, qu’à l’inverse de ce que d’aucuns prétendent, certaines pratiques artistiques demeurent aptes à poser des indices permettant de mettre le monde en perspective, de le questionner, d’en modifier la perception autant que l’horizon.

LAURENT COURTENS


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THIERRY VERBEKE

DE WERKELIJKHEID PLAGIËREN / P.E.Z. “Onze eeuw is de eerste zonder terra incognita, zonder grens. Nationaliteit is het hoogste principe van de wereldheerschappij - geen enkel stukje Zuidzeerots mag onbezet blijven, niet één afgelegen vallei, zelfs niet de maan en de planeten. Dat is de apotheose van het “territoriale gangsterdom”. Geen enkele vierkante centimeter op de Aarde blijft buiten de greep van politie of belasting... althans in theorie.” HAKIM BEY – TAZ (1991)

T

hierry Verbeke is een militante kunstenaar. Hij is betrokken bij de werkelijkheid en legt in zijn werk een link met de werkgelegenheidsproblematiek, de fundamentele rechten en vrijheden, de economie en hetgeen ik zou omschrijven als “le grand vent des communicants”. Hij maakt kunst als vreedzaam protest, kunst die oproept tot opstand (collectieve bewustwording) en niet tot revolutie. Zo maakt hij vlaggen met overalls van arbeiders (Bleus de Chauffe) ; als antwoord op de zogenaamde daling van de werkloosheid in Frankrijk, laat hij werklozen aanwerven opdat het A.N.P.E (Franse werkgelegenheidsdienst) operationeel kan blijven (ANPE Concept Car) ; met de hulp van naaisters maakt hij een piratenvlag in patchwork (United Color). De absurde acties en slogans verwijzen naar de absurditeit van ons systeem en naar de gehanteerde communicatiestrategieën. De kunstenaar legt de nadruk op een veralgemeende afstomping, georkestreerd door de Staat en de markt, en overgebracht via de reclame en de media. Een afstomping die tot doel heeft de consument te domineren ten koste van de bewustwording van de burgers. In dat opzicht beschouw ik zijn werk als een materialisatie van de filosofie van de anarchistische dichter Hakim Bey en meer bepaald van de TAZ (Temporary Autonomous Zone). “De TAZ is een opstand die zich niet direct met de Staat inlaat, een guerrilla-operatie die een (geografisch,

in de tijd, of denkbeeldig) gebied bevrijdt en zich dan ontbindt om elders/ooit weer te verschijnen, voordat de Staat haar kan verpletteren. Omdat de Staat zich voornamelijk bezighoudt met Simulatie en niet met inhoud, kan de TAZ deze gebieden clandestien “bezetten” en er vrij lang in relatieve vrede haar feestelijke doeleinden nastreven.”

P.E.Z. / CASH, POEN, GELD, CENTEN, DUITEN Op basis van het TAZ-model, theoretisch gefundeerd door Hakim Bey, maar ook op basis van verschillende bronnen zoals het Prinsdom Sealand (micronatie) in het Verenigd Koninkrijk of de roman La République de Mek-Ouyes van Jacques Jouet, heeft Thierry Verbeke het P.E.Z. : Paradise Economic Zone bedacht. Een “paradijs” gevestigd op de grens tussen Frankrijk en België, ontworpen als een kritische en politieke ruimte. Het P.E.Z. kan op twee manieren worden geïnterpreteerd. Het verwijst enerzijds naar de no-go-zones, naar de paradijzen waar alles nog mogelijk is, waar alles nog moet worden uitgevonden. In dat opzicht staat het P.E.Z. voor een ruimte waar totale vrijheid heerst. Het kan anderzijds verwijzen naar de belastingparadijzen,


P.E.Z (paradise Economic Zone) est un paradis fiscal de proximité, situé sur l’ancien poste frontière de Rekkem-Ferrain autoroute E17/A22. En savoir + http://thierry.verbeke.free. fr/ P.E.Z. sur Facebook / https://www.facebook.com /pages/PEZ/60724985602 3227?fref=ts

gebieden waar geen of zeer voordelige belastingwetten bestaan en die de grote fortuinen van de wereld aantrekken. Gebieden waar het enkel draait om winst. Een rapport van de OESO stelt dat er geen uniek, duidelijk en objectief criterium bestaat om een land te kwalificeren als belastingparadijs. Het is vanuit die onduidelijkheid dat Thierry Verbeke een container wil installeren, ontworpen als een onthaal- en verkoopmodule. De module, die opvalt door een palmboom en opgeluisterd is met panelen in schreeuwerige kleuren en met uitdagende slogans (OFFSHORE - YOU WIN - TAX HEAVEN), belooft niets anders dan voordelen, succes en winst. De kunstenaar hanteert een genormeerde, scherpe (en zelfs agressieve) communicatie om de bezoeker aan te sporen zijn maatschappelijke zetel binnen het P.E.Z. te vestigen. Op die manier wil hij het onduidelijke statuut van de belastingparadijzen in vraag stellen en de politieke inertie aan de kaak stellen. P.E.Z. symboliseert ook de onmacht van de Staten ten aanzien van de financiële markt.

RED ZONE Niet ver van de container is er een bovenmaatse vlag geplant. Tussen twee vlaggenstokken wappert een gemengde vlag met de kleuren van Frankrijk en België. Beide landen zijn verenigd door een gemeenschappelijke kleur ; een rode strook springt in het oog. Eens te meer gaat Thierry Verbeke dieper in op het tweeledige karakter van het object. De rode zone kan immers op twee manieren worden geïnterpreteerd : ze kan verwijzen naar de vriendschap tussen Frankrijk en België, de

nauwe relatie die beide landen bindt (op taalkundig, economisch, cultureel en historisch vlak), maar ook naar de spanningen en het onbegrip die het gevolg zijn van de respectieve bevestigingen van de eigen identiteit. De rode zone symboliseert de band die Thierry Verbeke heeft met de grens, een relatie die schommelt tussen een gevoel van onbehagen en een gevoel van verbondenheid. In dat opzicht staat de ruimte van de grens door de kunstenaar gematerialiseerd d.m.v. een brede zwarte stippellijn - symbool voor de dagelijkse uitwisselingen, passages en spanningen tussen beide landen. Met spot, humor en een scherpe kritische geest cultiveert Thierry Verbeke de ambiguïteit door de complexiteit van de Frans-Belgische relaties bespreekbaar te maken. Door middel van twee sterke symbolen - de vlaggen en het belastingparadijs - gooit hij verschillende netelige kwesties op tafel : de belastingontwijking, die blijft voortbestaan, ook al wordt die door de internationale gemeenschap veroordeeld ; de taal, die aan de basis ligt van identitaire en politieke spanningen ; de lokale economie tussen de Franse Région du Nord en Noord-België. Met zijn artistieke installaties stelt Thierry Verbeke de onverschilligheid aan de kaak, alsook de tegenstellingen en onrechtvaardigheden die worden voortgebracht door onze samenleving waarin het individu zijn plaats verloren heeft. Hij zet de bezoeker aan om na te denken over de opstand door middel van publieke acties en interventies. Zijn werk confronteert de toeschouwer met een realiteit die gekleurd is met hypocrisie, verblinding en ironie. De kunstenaar nodigt ons uit om niet langer te ondergaan, maar om opnieuw actoren van de werkelijkheid te worden. JULIE CRENN


FEUILLETON

16/04/2014

Ik kom uit een klein Noord-Frans dorpje waar ik met mijn ouders en zus woonde. Veel winkels waren er niet. Niet veel meer dan een bakker, een slager en een kleine supermarkt. Tabak, benzine en alcohol gingen we op zondagmiddag over de schreve halen. De grens oversteken om bij de Belgen taksen te ontduiken, was met stip de belangrijkste en meest lucratieve zondagse familie uitstap. Op het einde van de lange Rijksweg naar België kon je de wachtpost van de douane tussen Frankrijk en België zien. Als kind zat ik al met vragen over de grens : als je op de stippellijn van de grens liep, was je dan in België of in Frankrijk? Of in geen van beide? Of nog : kon ik met één voet in Frankrijk staan en met de andere in België? Taksen ontduiken is sowieso van oudsher altijd al de favoriete sport van de grensbewoners geweest. Makkelijk zat met twee zulke verschillende landen zonder fiscale afspraken. Kleine, onschuldige “fraude” kon je het noemen, te bedekken met de mantel der liefde. Vandaag steekt een ander soort fraude de kop op. Het gaat tegenwoordig niet meer om een simpele slof sigaretten. De globalisering en het internet hebben het fenomeen fiscale fraude van schaal veranderd. Tik maar eens “belastingparadijs” in in Google. Je zal zien : er verschijnt een waslijst advocatenkantoren waar je terecht kan voor wat ze nu met een mooi woord “fiscale optimalisatie” noemen. Politici beloven paal en perk te stellen aan het fenomeen maar ze bestaan wel degelijk nog steeds : de fiscale paradijzen. De overheid is nogal hypocriet op dat vlak. Ze gaan zogezegd de strijd aan met de belastingparadijzen maar tegelijk participeren ze in grote onder-

nemingen die maar al te vaak handig gebruik maken van “fiscale optimalisatie”. Wil je voorbeelden voor Frankrijk? EADS (op 1 januari 2014 Airbus Group geworden) heeft maar liefst 43 paradijselijke filialen. GDF SUEZ telt er 18 en France Télécom 3. In deze context moet je het ontstaan van PEZ zien. PEZ is een groot kunstproject : een installatie in de openbare ruimte, een website1 en een publicatie. In het kort: PEZ is het fictieve belastingparadijs dat zich uitstrekt op een site van 600m² tussen Frankrijk en België. Humor en absurditeit rond het concept “grens” en fiscale fraude. Ontdek “mijn avonturen” en mijn ontmoetingen in het kleinste belastingparadijs van de wereld. 1 _ www.pez-offshore.com

18/04/2014 DE INHULDIGING

Het heeft flink wat voeten in de aarde gehad om het PEZ-Project op te zetten. Het is eerst en vooral een technisch huzarenstukje geweest om de vlag te installeren op zo’n volledig open site waar het vaak hevig waait. Vervolgens moesten we er ook voor zorgen dat de rest van de installatie stevig genoeg was. Met niet de minste ervaring met de installatie van kunstwerken in de openbare ruimte heb ik mijn kunstenaarspet een tijdlang geruild voor een veiligheidshelm. 70% van de tijd was ik in de weer met de coördinatie. De stippellijn waarmee we het parkeerterrein van de oude douanepost hebben afgebakend was onze eerste symbolische daad. Deze zone van 6 bij 100 meter werd het grondgebied van PEZ. Aan de andere kant van de weg liet ik twee uit de kluiten gewassen betonblokken van elk 2,2 ton aanrukken. Op deze blokken


kwamen palen van verzinkt staal. Palen om de grote spanning op te vangen van de 25 rode elastische kabels die de Franse met de Belgische vlag verbinden. Een groot werfpaneel van 3,50 bij 2 meter kondigt de installatie van PEZ (Paradise Economic Zone) aan. De tekst op het paneel luidt : “Domiciliëring van uw maatschappelijke zetel in een autonome zone”. En als laatste heeft het bedrijf Delcatrans er een container neergepoot die na de nodige customization dienst zal doen als het kantoor van PEZ. Tot zover de stand van zaken op deze 18e april, dag van de inhuldiging van de zone, die nu voor even vernissage van de werf wordt. Festiviteiten vanaf 17u, zo staat het op de uitnodiging. Een beetje vroeg voor een Fransman maar François, mijn man bij Eurometropool, verzekert mij dat de Belgen op vrijdag maar tot 16u werken. En inderdaad, om 17u is er al volk in onze speciale partytent. Ik ontmoet er zelfs een Franse ambassadeur, speciaal voor de inhuldiging naar hier gekomen. De aanwezigheid van deze vriendelijke man lijkt wel een officiële erkenning van mijn territorium door het buurland. We raken aan de praat en hebben het over Umberto Eco’s “Het eiland van de vorige dag”. Het boek over een matroos die strandt op een eiland dat op een heel bijzondere meridiaan ligt: de datumgrens. De eerste Fransen druppelen binnen tegen 19h30. Met wat overblijft van het buffet ontvang ik hen in de container. Een 100-tal mensen heeft de inhuldiging bijgewoond vandaag.

22/04/2014

We zijn nu een weekje online met www.pezoffshore.com. Voor het ontwerp van de website ben ik gaan spieken bij mijn “concullega’s” die mijn pad waren gekruist tijdens mijn internetresearch voor het project. Als je er oppervlakkig naar kijkt, zou je kunnen denken dat de site belastingparadijzen in het algemeen en PEZ in het bijzonder promoot. Maar je moet de site bekijken als een gevulde slagroomtaart met onder de oppervlakte kritische links voor de aandachtige bezoeker. Vandaag werd ik gecontacteerd door iemand

die het niet goed gesnapt heeft. Hij stuurde mij het volgende bericht via de contactpagina : You have a new message : Via : http://www.pez-offshore.com/ Message Details : Naam : xxxxxx E-mail : xxxxxxxxxx@hotmail.be Onderwerp : Oprichting van de onderneming Les armatueurs Bericht : Hallo, ik wil graag een onderneming oprichten die waardeloze wapens verkoopt. Kan ik als bestuurder een andere onderneming oprichten? U begrijpt wel een offshore onderneming gevestigd aan de Leie tussen het Franse en het Belgische Comines? Wij bieden uw klanten een uitzonderlijke ervaring : leveranciers van de prijzenoorlog, oorlog en vrede, oorlogsstokers, … Nu in de aanbieding : bloemen in de geweerlopen. Met vriendelijke groeten, Les armatueurs. Sent on : 22 April, 2014 Beste xxxxxxxx, hartelijk dank voor uw uitermate interessant samenwerkingsvoorstel. Wij kunnen helaas niet op uw vraag ingaan. PEZ (Paradise Economic Zone) is een fictieve zone in het kader van een kunstproject door kunstenaar Thierry Verbeke. Het project tast de verleiding af die het concept “grens” en fiscale fraude delen. Voor de domiciliëring van uw maatschappelijke zetel vindt u op onze site www.pezoffshore.com (of simpelweg op Google) een lijst advocatenkantoren die de regels met graagte aan hun laars lappen en u met plezier hun diensten zullen aanbieden. Mocht het u interesseren, PEZ ligt in het verlengde van de Paradijsstraat (Rue du

Paradis) op de voormalige douanesite Rekkem-Ferrain. We ontvangen u binnenkort met veel plezier als u dat wenst. Gelieve ons wel per mail op de hoogte te brengen van uw bezoek en dat om veiligheidsredenen. Met hartelijke groeten, PEZ

23/04/2014

In de krant vanmorgen : omgewaaide bomen en hevige neerslag in de streek van Menen. Ik ben er niet gerust in en trek naar PEZ. Ik zoek de vlag die mijn landmark is. Gelukkig zie ik van op een 100-tal meter dat de vlag er nog staat. Gelukkig heb ik die elastische kabels gebruikt. Ze doen meer dan hun werk met die hevige rukwinden op de site. Tegenover PEZ vorderen de werken goed. De eerste douanepost is al volledig tegen de vlakte gegaan. Wat rest, is gesorteerd puin. Ik ga vandaag niet naar het kantoor/de container. In de plaats ga ik op verkenning in de omgeving van PEZ. Ik spring even binnen in café “National” en wandel verder de Paradijsstraat in. Het blijkt een paradijselijk dorp (alle zaken zijn vernoemd naar het paradijs : frituur ‘t Paradijs, café ‘t Paradijs, de school ‘t Paradijs). Ik ben onder de indruk van het schooltje : buiten speeltuigen, een weide met schapen vlak naast de speelplaats. Op het einde van de straat staat tot slot een moderne kerk omgeven door weides met grazende zwart-wit gevlekte koeien. Het idyllische van het dorp heeft ongetwijfeld vooral met de naam te maken : Paradijsstraat. Ik vraag mij af hoe het eruitgezien zou hebben als de naam Hellestraat was geweest.


werk wegdoen met de opkuis van het terrein. En ik ben niet de enige die dit jammer vindt : een haan – ongetwijfeld een art brut-liefhebber – scharrelt rond tussen de relikwieën op de grond. Niets blijft. Hetzelfde lot is mij beschoren eind september als ik PEZ heb afgebroken en het parkeerterrein in zijn oorspronkelijke staat heb teruggegeven. Tijd om mij wat te gaan verwarmen in het café. Een pintje kost er tussen 6 en 8 maar 1 euro. En na de sluitingstijd van het frietkraam in de buurt kan je er de overschotjes van de frituur krijgen. De cafébaas vertelt mij over een reclame van een Belgisch frietkraam voor “French fries”. “Frankrijk is helemaal het land niet van de frieten, jullie hebben alleen jullie mitraillette”1. Ik ga niet met hem in discussie en bevestig hem in zijn overtuiging dat de beste frieten van de wereld uit België komen. Hmmm, de werkelijkheid is complexer. De beste frieten van de wereld waren die van mijn moeder, die – o ironie – Odile Lafrance heette. 1 _ Baguette met vlees, frieten en saus

30/04/2014 24/05/2014

Ik ben geboren in Rijsel op amper 20 km van dit stukje België. Alles lijkt er op mekaar én is toch tegelijk anders. Overal hoor je Nederlands, wat de plaats iets “exotisch” geeft, alsof ik er een lange reis op heb zitten. Het doet me denken aan het boek van Huysmans “Tegen de keer”. Het hoofdpersonage Des Esseintes wil naar Engeland en wacht op de trein. Tijdens het wachten gaat hij een taverne binnen waar hij een kaart vol Engelse specialiteiten ziet en zich plots te midden van Britten op doorreis bevindt. Hij krijgt het gevoel dat hij de essentie van zijn reisbestemming al heeft geproefd en hij keert naar huis terug. Zo kan de werkelijkheid hem niet meer ontgoochelen. Eenmaal thuis is hij uitgeput en mentaal moe als had hij een lange en zware reis gemaakt. Het is 6 uur en de avond valt. Nog een laatste foto van een montage met verroeste fietsen ; een art-brut-sculptuur lijkt het wel. Ik keer naar huis terug.

25/04/2014

Ik arriveer in PEZ en ik zie een dame van rond de 60 haar hond uitlaten. Ze bekijkt nieuwsgierig het werfpaneel over de oprichting van het belastingparadijs. Ik spreek haar aan. Zij heet Béatrice, de hond Bob. Ze woont hier al van kleinsaf. Ze denkt dat de Fransen door de Vlamingen worden uitgesloten. Dat was vroeger niet zo. Vroeger leefden beide gemeenschappen in harmonie met mekaar. Ik wijs haar de vlag met haar dubbele betekenis : hereniging aan de ene kant, spanning aan de andere. De dame knikt en zegt dat ik het grensgebied goed begrepen heb. Voor we uit mekaar gaan, wijst ze mij op een straat grenzend aan de Paradijsstraat. In die straat is het laatste huis Frans grondgebied, het voorlaatste Belgisch. Ik loop de Paradijsstraat weer in en merk dat de fietssculptuur die naast het café “National” stond, is verdwenen. Blijkbaar wilden de huurders van de grond het kunst-

We gaan de container aankleden. Ik heb vanmorgen de houten panelen en de planken meegebracht en meteen al een eerste verflaag aangebracht. Heel mild weertje in PEZ vandaag. Een fris briesje… Het lijkt wel alsof we aan zee zijn. Zo denkt ook een meeuw die de parking oploopt om vervolgens haar vergissing in te zien en weg te vliegen richting zee, in vogelvlucht enkele tientallen kilometer verderop. Toen ik thuis vertrok, was het met sweater en jas en zie mij hier nu bezig : ik schilder in t-shirt in de schaduw van de container ! Ik pauzeer een momentje zodat de verf kan drogen. Er nadert een vrachtwagen die vlakbij bruusk remt. Iemand stapt uit en roept (tot mijn verbazing) mijn naam. Het blijkt Zoë, een van mijn oud-studentes, nu een jonge dame, die mij in PEZ een bezoekje komt brengen. Zij trekt zich in alle geval niks van grenzen aan. Zij en haar Poolse vriend Adam zijn lifters en maken een rondreis van 1500 km, van Amsterdam over Berlijn en Poznàn tot Krakau. Ze vertelt me over “Trans


Euro Stop”, een vereniging die liftrally’s organiseert om Europa te ontdekken. Ze wil graag goedkoop kunnen reizen maar eigenlijk wil ze vooral onze buurlanden ontdekken, mensen ontmoeten en ervaringen opdoen. Het is tijd om hun reis voort te zetten. Ik benijd hun jeugd en hun vrijheid. Wat zou ik hen graag volgen en samen met hen grenzen oversteken. Ze stappen weg, rugzak op de rug, tot ze nog maar twee kleine gekleurde stippen aan de horizon zijn. Ik neem een foto en zet mij terug aan het schilderen. In de late namiddag hou ik het voor bekeken, ik sluit de container en ik ga richting wat mijn “hoofdkwartier” zal worden. Ik bedoel hier natuurlijk het café “National”. Ik ontmoet er Gerda, een vijftiger, met bijzondere interesse in mijn schrijfsels. Ook zij zit te schrijven op het terras van het café. Schrijven doet ze al sinds haar zevende. Ontelbare schriftjes vol eigen gedichten. Met haar schriftjes zou je een grote reiskoffer en zelfs de schappen van een boekenkast kunnen vullen. Ze vindt veel voldoening in het schrijven maar kan niet goed verdragen dat de mensen haar aanstaren omdat ze vinden dat ze “anders” is. We wisselen wat indrukken uit over onze landen. Belgen zijn in mijn ogen opener en spontaner dan Fransen. Zoals dit ongedwongen gesprek bijvoorbeeld ; dat zou je veel minder snel hebben op het terras van een Frans café. Ze vraagt mij of ze in mijn schrift een Vlaams spreekwoord mag opschrijven : “Het gras is altijd groener aan de overkant”. Ze is blij dat ze vandaag een even gepassioneerde collega-caféterrasjes-schrijver heeft leren kennen. Nog iemand erbij en we moeten van café “National” café “littéraire” maken.

26/05/2014

Na een lange tussenpauze werk ik verder in PEZ. Ondanks het slechte weer heb ik de container nu quasi volledig afgewerkt. Mijn vader heeft mij net nog geholpen een palmboom op het dak te zetten. Direct zijn er de nieuwsgierige en verbaasde blikken van de buurtbewoners en vrachtwagenchauffeurs. Het geeft mij voldoening dat het project vordert en het verzet tegelijk mijn gedachten. De overwinning van het Front National in de

Europese verkiezingen van gisteren ligt zwaar op mijn maag. Ik heb er zelfs niet goed van geslapen en ben wakker geworden met rugpijn. Ook nu weer lijk ik door de feiten achterhaald. Belgische verkiezingsresultaten verneem je niet op de Franse televisie en dus ben ik via het internet op de hoogte van de overwinning van de N-VA, een conservatieve onafhankelijkheidspartij. Mijn vlag, symbool voor hereniging en spanning tussen beide gemeenschappen, heeft vandaag jammergenoeg vooral de tweede betekenis. Mijn vader bevestigt dit en wijst mij op een vrachtwagen aan de andere kant van PEZ. “Kopal” staat er op de vrachtwagen, gespecialiseerd in poorten en omheiningen. Slogan : “Good Fences make good Neighbours”. Tja……

03/06/2014

Nu moet ik alleen nog de binnenkant van de container inrichten. Met de panelen die ik overheb maak ik een klein bureau annex toonbank. Tegelijk ruim ik de container op. PEZ zal haar klanten in stijl ontvangen. Als alles is opgeruimd, sluit ik de container en trakteer ik mezelf op een welverdiend pintje in café “National”. Al van in het begin trekt een soort collectieve brievenbus hier mijn aandacht. Ergens tussen toog en toilet hangt een artisanale, houten brievenbus onderverdeeld in vakjes met elk een gleuf en een naam. Op de brievenbus staat : “De Grenzespaarders”. “Dit is een soort spaarpot”, verduidelijkt de patron. Elke maand stop je er een enveloppe met geld in en op het einde van het jaar krijg je het volledige bedrag. Het is, volgens de patron, een zeer courante praktijk in België. Kan inderdaad een interessante manier van sparen worden met de huidige rentevoeten. Maar in mijn ogen vooral een leuke manier van sparen.


De maandelijkse enveloppe is een ideale gelegenheid voor een glas met de vrienden en de uitbetaling op het einde van het jaar gaat ongetwijfeld gepaard met rondjes geven en ander fijns. Zo zie je maar, lang voor PEZ had de Paradijsstraat al haar eigen privébank.

08/06/2014

Het is zondag en erg druk op PEZ. Vrachtwagens mogen Frankrijk niet in op zondag en staan opeengepakt rond de container. Eigenlijk doen de vrachtwagens hetzelfde als ik : ze privatiseren de parking. Afgeschermd van de wind en uit het zicht, staan de aanhangwagens zij aan zij en creëren zo hun eigen zone. Achter de vrachtwagens een kookhoekje en een tafeltje om te koken en te eten. Met koelkast en tv in de cabine is de vrachtwagen bijna een rijdende flat geworden. Heel Europa samen op de parking, fijn in harmonie met mekaar. Enig minpuntje : de zijkant van mijn container staat uit het zicht en trekt enorm veel wildplassers aan. Dat gecombineerd met de hogere temperaturen, maakt de lucht al snel verstikkend. Vrachtwagenchauffeurs zijn volgens mij geen fans van belastingparadijzen. Misschien zitten er wel gevaarlijke, schizofrene criminelen tussen, gefrustreerd omdat ze fungeren als centrale spil van het vrij verkeer van goederen en dus gekant tegen de kapitalistische samenleving. Als dat zo was, dan zouden de vele flessen urine, die als molotovcocktails uit het raam worden gegooid een politieke betekenis krijgen. Hoe meer ik erover nadenk, hoe meer ik denk dat het nog klopt ook. De protesterende vrachtwagenchauffeur heeft in zijn urine een wapen gevonden tegen de samenleving in het algemeen én tegen mijn belastingparadijs in het bijzonder.

23/06/2014

Vandaag heb ik de vloerbekleding gelegd en het laatste likje verf op de toonbank van mijn container aangebracht. Ik ben klaar voor het publiek. De eerste bezoekers laten echter op zich wachten en daarom zoek ik wat gezelschap bij de dorpsbewoners in het café dat – eerlijk is eerlijk – meer volk trekt dan PEZ. Ik leer er Gino kennen. Hij is gefascineerd door de palmboom bovenop de container. Ik neem hem mee in mijn verhaal over het project, de belastingparadijzen en de Paradijsstraat die, voordat de autoweg ze in tweeën sneed, dwars door de PEZ-zone liep. Ons gesprek komt op de belastingvoordelen in zowel Frankrijk als België. Gino werkt in de asfalt, wegen zijn dus zijn ding. Zo verneem ik van mijn vriend dat de E17 vroeger de E3 was (E voor Europese weg). Voor hem ligt de parking van Rekkem in het centrum van Europa : het is het knooppunt waarlangs goederen met bestemming Frankrijk, Duitsland, België en Nederland passeren. Hij vertelt mij over de sfeer van de vroegere douaneposten, over de jobs hier, maar ook over corrupte douaniers die een en ander achterhielden. Ik moet glimlachen als ik denk aan de corrupte douanier op weg naar huis, zijn wagen vol Nederlandse mosselen en Bretoense bloemkool.

24/06/2014

In PEZ kan ik in alle rust – ver van alle beslommeringen aan het thuisfront – mijn schrijfsels ordenen. De rust is relatief want ik heb vandaag al 9 vrachtwagenchauffeurs voor een Eurovignet over de vloer gehad in de container. Ze zijn waarschijnlijk in de war

omdat ik op de container TAX HEAVEN heb geschreven. In mijn beste Engels probeer ik het uit te leggen : “There is no Tax here. You’re not in Belgium, you’re not in France. PEZ is a paradise economic zone. Eurovignet is on the left behind the truck”. Ik zou voor PEZ een munteenheid kunnen bedenken en dan PEZ TAX heffen om door de zone te rijden. Neen, dat zou pas “contraproductief” zijn, om het met een populaire term bij de tegenstanders van de belasting te zeggen. Er zouden zeker slimmeriken zijn die PEZ en de parking speciaal daarvoor zouden vermijden. Kwestie van de PEZ-kas niet te moeten spekken. Ik zou in dat geval de grondmarkeringen op de autowegen moeten doortrekken, cabines installeren en personeel inzetten voor de inning. Oh ja, en dan zou ik nog moeten samenwerken met een snelwegbeheerder. Neen, slecht idee. Ambities moet je op tijd bijsturen om zo “de kip met de gouden eieren” niet te slachten. Net als ik de container wil afsluiten, komt een fotograaf mij vragen of hij enkele foto’s mag nemen. Hij is enthousiast over mijn project en gaat de foto’s op de Facebookpagina van PEZ posten. Als ik geen PEZ-vignet kan maken, dan zou ik misschien nog toeristen of pasgehuwden geld kunnen vragen voor een foto onder de palmboom.

30/06/2014 Vanmiddag slaat de verveling toe in PEZ. Om de tijd te verdrijven, besluit ik alle namen van de vrachtwagens die passeren, op te schrijven. Niet makkelijk met het drukke verkeer hier. Ik ga een ware worsteling aan met het toetsenbord en de vrachtwagens. Dactylo was nooit mijn sterkste vak, ik mis dus een aantal vrachtwagens. En toch, na een kwartiertje heb ik een indrukwekkende lijst vergaard : VERVAEKE SCHENKER HARTOG &BIKKER DE RIJKE MAERSK MARKATRANS BEENS TABAKNATIE MEEUS EUTRACO BUFFET METRO VOESTENEK MARYSON WALTER VUYSTEKE JAGDFELD HUNGARIA AZURA KAZEMIER DEWITTE CHARLET CERBARA VERVAEKE OTEIZA EUCON UASC HANS RUUMPOL VERVA-


EKE UASC MAERSK CABAY SAINT-GOBAIN BRUHN ATL VAN HEUGTEN DACHSER VOESTENEK AUBRYWABERER’S BALTRANSA COPANEX MAERSK MAERSK DELCATRANS P&O FERRYMASTERS MAERSK DAN CARGO TEMSPED TRAFUCO VERSELE-LAGA LÉZIER FOSSEUX FAYOLLE-LÉGUÉ D’HAENENS BUYSMETAL STT DIACARB VULSTEKE HEPPNER BRABANTIA SCHENKER WABERER’S BUZZATI DRAFIL BELLEKENS UASC PAUWELS-BIL MAES DSV HRECA ROOS VELLTRANS DEPAEUW MARCHAND SICAL DOUNOR ZANDBERGEN’S CMA CGM LKW WALTER RHENUS REINING SAMAGRO GRIMONPREZ VULSTEKE BOMEX AQUILA KÂSSBOHRER ERTEL POLSPED NIKELLI DENEKS SCANROAD LE TORC’H BERNARDI. Het bonte allegaartje van internationale klanken en namen dat de lijst is geworden, doet mij aan het Esperanto denken. Ik heb nooit Esperanto geleerd maar ik ben wel te vinden voor het idee van een eenvoudige taal die iedereen begrijpt. En zeker in deze tijden waarin de “nationale identiteit” weer hoogtij viert, is er nood aan figuren zoals Ludwik Lejzer Zamenhof (de bedenker van het Esperanto). Volgens sommigen bestaat de universele taal al, het Engels. Maar zo zie ik dat niet. Het grote voordeel van het Esperanto is dat de taal van iedereen is zonder dat er sprake is van de superioriteit van één bepaalde natie.

14/07/2014 Na de regen van de laatste dagen is de zon nu opnieuw van de partij. Overal in Frankrijk zijn gevels getooid met de Franse driekleur. Ikzelf hou niet zo van dat patriottische trekje. Zwaaien met een vlag is voor mij een teken van provocatie en uitsluiting. In de wagen is “Le freak c’est chic” op de radio. Eigenlijk zou dit, fonetisch gezien, nog een passend volkslied voor PEZ zijn. Nu we het toch over vlaggen hebben. Samen met “Le 240” uit Rijsel1 werk ik aan een piratenvlag in patchwork. Het is het vervolg van een reeks met de titel “herinvoering van de politiek in het dagelijkse leven”. De combinatie van minderheidskunst (patchwork) en participatie moet aan de ontspoorde betekenis

van de vlag met doodskop een nieuwe invulling geven. Begin 2015 wappert deze vlag aan de gevel van het BPS 22 in Charleroi, een ruimte die vrije zone wordt. PEZ blijft haar eigen leven leiden. Ik maak afspraken voor rondleidingen. Hier stopt het relaas van mijn avonturen. Alles gaat nu naar de vertaler voor publicatie in september. Mijn goede vriend Eric start binnenkort met de lay-out. 1 - Vereniging die zich op basis van giften inzet voor de recyclage van textiel. “Le 240” organiseert naai- en weeflessen en engageert zich in culturele activiteiten rond textielafval in het kader van ecologisch burgerschap. www.recyclagetextile240.jimdo.com

THIERRY VERBEKE


VOOR REKENING VAN DE AUTEUR


V

olgens sommigen zou hedendaagse kunst de symbolische kristallisatie zijn van het neoliberale kapitalisme, aangezien ze, vertrekkende van alles en vooral van niets, in staat is waarde te creëren. Gevonden voorwerpen, dagdagelijkse handelingen en mentale overpeinzingen, onderhevig aan speculatieve spelletjes, “fabriceren waarde zonder rijkdom te fabriceren (…) dat wil zeggen zonder menselijke arbeid”1. Onrust op de beurs bij elk nieuw idee, beursnoteringen die de hoogte inschieten bij de minste prikkel, de geplande veroudering van alle vondsten, zelfs de meest gewaagde : de onstilbare honger naar nieuwigheden en de dematerialisering van de dragers die worden gebruikt in de hedendaagse kunst zouden de culturele uitdrukking zijn van de productieve ijdelheid van de CAC 40. Dat is misschien een beetje kort door de bocht, maar het is iets dat verder moet worden uitgediept.

1 _ Franck Lepage, L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu…, Éditions du Cerisier, Cuesmes, 2007, p. 88. 2 _ De zone volgt de contouren van een stuk van de Paradijsstraat, die start in Menen, onderbroken wordt door het parkeerterrein en haar traject vervolgt aan de andere kant van de autosnelweg.

We hebben hier hoe dan ook te maken met een omgekeerd proces : in een context van virtualisering van de economie en van labiliteit van de financiële stromen, van overvloedige media-aandacht van onze verhouding met de realiteit en van toenemende moeilijkheden om ons die realiteit voor te stellen, wil het project PEZ van Thierry Verbeke werkelijkheden - die trouwens onaantastbaar zijn - concretiseren. Wat is een belastingparadijs? Waardoor wordt dat bepaald en wat maakt dit mogelijk? De ondoorzichtigheid van het bankgeheim en het bestaan van een grens die even doorlatend is voor geldverkeer als hermetisch afgesloten voor fiscale wetgevingen. Wat anders is een offshore-onderneming dan een brievenbus, een opschrift? Vandaar de elementen die, in situ, de Paradise Economic Zone vormen : eerst en vooral een tracé dat een bepaalde zone afbakent2. Een ingesloten territorium op de voormalige douanesite van Rekkem-Ferrain, die vandaag gewoon dienst doet als parking voor vrachtwagens en


Lombardije, …) willen zich ontdoen van de slechte leerlingen van de klas. De dubbele vlag geplant door Thierry Verbeke – geïnstalleerd onmiddellijk na de ontmanteling van de douanepost – herbevestigt de realiteit van de FransBelgische grens waarvan de dappere overschrijding laten we dit niet vergeten - enkele welgestelden de kans heeft geboden te ontsnappen aan de meedogenloze fiscale inhaligheid van de Republiek. In dat opzicht wil de installatie van Thierry Verbeke de verstrengeling van realiteiten die aan de perceptie ontsnappen, belichamen : belastingontwijking, spanningen aan de grens, het verlangen om toenadering te zoeken, de verleiding om afstand te nemen…

regelmatig het bezoek krijgt van de hanen uit het naburige dorp (Menen). Op deze geherconfigureerde grensstrook : een container met een palmboom op het dak, reclameaffiches en een bord dat de klant uitnodigt om de maatschappelijke zetel van zijn vennootschap te vestigen in dit “nabijgelegen belastingparadijs”. Dit financiële kamp, in een decorum van een winkelzone, is een tastbaar beeld van de vergankelijke grillen van de fiscale engineering.

WANNEER HET ROOD VERVAAGT De aandacht wordt getrokken door een installatie aan de andere kant van de autosnelweg : een dubbele vlag – de Belgische en de Franse – die op enkele meters hoogte opgehangen is. Blauw – wit – rood – geel – zwart : het centrale rood is het gemeenschappelijke rood, het rood van het bloed dat werd vergoten om het ancien régime omver te werpen, het rood van de Brabantse naar onafhankelijkheid strevende trots. Dit rood verenigt de twee landen. De vlag wordt uitgerekt, scheurt net niet, en drukt op die manier de spanningen uit die in de grensgemeenschappen leven, onder meer door het pathetische taalkundige steekspel dat in het Koninkrijk wordt gehouden. Europa heeft de douaneactiviteiten aan de landsgrenzen verjaagd, maar tezelfdertijd is de interregionale rivaliteit opgeflakkerd en de thans bevoorrechte regio’s (Catalonië, Vlaanderen,

PARADISE NOW PEZ, een fictieve zone die de werkelijkheid gedeeltelijk weergeeft, bevindt zich eveneens in een geterritorialiseerde realiteit waarmee ze tijdelijk interageert. Haar schepper-directeur-bezieler is immers een protagonist van de site geworden, die vragen en discussies opwekt, die de vrachtwagenchauffeurs inlichtingen verstrekt over de aankoop van vignetten, die door het dorp wandelt, die op café gesprekken aangaat (Le National, een druk programma…). Die eveneens veel observeert en ongewone situaties documenteert, het snelwegverkeer, de manier waarop mannen en dieren zich deze plaatsen toe-eigenen : de geïmproviseerde kantines die door de vrachtwagenchauffeurs op de parking worden ingericht, het verblijf van de hanen, die waarschijnlijk niet op de hoogte zijn van hun symbolische en taalkundige connotaties… PEZ, een metafoor met velerlei connotaties, biedt zich ook aan als een ervarings-, uitwisselings- en observatiezone. Een instrument om de werkelijkheid te interpreteren, een reflectie- en formuleringstool. Het initiatief bewijst dus, in onze ogen, dat bepaalde artistieke praktijken, in tegenstelling tot hetgeen sommigen beweren, geschikt blijven om aanwijzingen te geven die toelaten de wereld in perspectief te plaatsen, in vraag te stellen, de perceptie ervan te wijzigen, en de perceptie van en blik op de wereld te wijzigen.

LAURENT COURTENS


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Edition pez  

Expérience de paradis fiscal de proximité sur la ligne frontière entre la France et la Belgique

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