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Real time!

city

Enjeux de l’utilisation des technologies numériques en temps réel dans le processus du projet urbain.

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Remerciements Je tiens á remercier Nancy Ottanavio pour ses conseils, son encadrementet ses encouragement tout au long de cette aventure. Je tiens également à remercier Alessia De Biase et Ilhyun Kim pour leurs approches pédagogiques innovantes qui m’auront permis tout au long de leurs séminaires de réaliser cet exercice de manière intensive, passionnée et ludique. Enfin un merci spécial à ma famille et mes amis Bellevillois qui n’auront cessé de m’encourager et de me soutenir.

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mémoire

real time ! city

Enjeux de l’utilisation des technologies numériques en temps réel dans le processus du projet urbain.

Valérie Mavoungou mémoire de fin d’études sous la direction d’Alessia DE BIASE et de Nancy OTTAVIANO

Séminaire Master Fabriquer et Représenter. Outils, recherches et actions pour les territoires d’aujourd’hui

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SOMMAIRE

INTRODUCTION

P.11

PARTIE I INNOVATION : LE TEMPS REEL ET LA VILLE I Hyper modernité et accélération temporelle dans la ville

1.1.1 1.1.2 1.1.3

P.23

Ville réticulaire: flux et réseaux Software City: internet et la ville Qu’est ce que le temps réel?

II Innover

P.25

1.2.1 Qu’est ce l’innovation ? 1.2.2 Le MIT Senseable City Lab : pionnier de la recherche pour l’avenir urbain PARTIE II REAL TIME CITY INSTRUMENT POLITIQUE ? DISPOSITIF ECONOMIQUE? I Fabriquer la ville: qui construit la Real Time City? 2.1.1 2.1.2 2.1.3

P.35

Commanditaires et sponsors: mécènes et partenaires financiers Economie numérique urbaine Alliances interdisciplinaires : laboratoires de recherches, municipalités et entreprises de télécommunication

II Les acteurs publics à la recherche de scénarios urbains innovants

P.43

1.2.1 Distribuer l’information dans la ville: ville multimédia 1.2.2/ Pouvoir et contrôle : scénarios et anticipation des flux des activités humaines 1.2.3/ Controverses: Cyber Sécurité dans la ville

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SOMMAIRE

PARTIE III INDIVIDU A TEMPS REEL I Subjectivisation de l’individu dans le récit collectif

3.1.1 3.1.2 3.1.3

P.55

Ville des individus 2.0 Living city : les technologie pour transcender le quotidien Augmented city : quel impact quand le virtuel se superpose au réel?

II Démocratie en temps réel

3.2.1 3.2.2

P.65

Société des big «datas» et urbanisme open-source Gouvernance digitale : un modèle possible?

PARTIE IV REAL TIME CITY ET ENVIRONNEMENT : BETTER, STRONGER, SMARTER ? I Enjeux face à la crise environnementale

4.1.1 4.1.2

La question énergétique De l’écran à la réalité construite

II Ville efficiente 4.2.1 Connectivité et mobilité 2.0 : la ville interface 4.2.2 Matérialité : nouveaux sens

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P.72

P.77


SOMMAIRE

PARTIE V LES FAISEURS DE VILLE SE METTENT AU NUMERIQUE: REPRESENTER ET COMMUNIQUER I Nouveaux processus de création

5.1.1 5.1.2

P.86

Nouvelles compétences : les cartes dynamiques Innover ou disparaître ?

II Manifestes et symboles P.92 5.2.1 Sémiologie références, analogies, et limites du langage numérique en temps réel 5.2.2 Déterminisme technologique : références, e-topia

CONCLUSION

P.101

BIBLIOGRAPHIE

P.105

ICONOGRAPHIE

P.115

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Introduction

Smart phone, tablettes tactiles, GPS intégrés, les technologies

numériques envahissent notre quotidien en accélérant notre perception temporelle. Depuis une cinquantaine d’année, des intellectuels, académiciens et artistes se sont intéressés aux conséquences de la révolution informatique comme nouvelle vision du monde et depuis peu, c’est son aspect immédiat, interactif, toujours plus proche de la vitesse de la lumière et d’une forme d’ubiquité augmentant la réalité, qui fascine, angoisse, décuple les fantasmes et demande ainsi à l’art, la culture et aux sciences de s’interroger sur ce que peut évoquer ce franchissement technologique. En qualité d’usager, l’arrivée des TIC (Technologies de l’information et de la communication) ont définitivement modifié mon rapport au temps et à l’espace mais c’est en mettant les pieds à Séoul, (Corée du Sud) en 2010 que j’ai eu un premier contact avec des manifestations numériques dans l’espace urbain, certains quartiers proposant aux citadins l’usage d’écrans tactiles et intéractifs gratuits, avec leurs lots d’applications ludiques: prendre des photos, lire le journal, envoyer des mails, écouter de la musique, jouer à des jeux vidéos, regarder des informations télévisées, s’informer sur le transport public, avec des cartes de métro et de bus, le tout regroupé en un seul médium.

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Ces écrans tactiles en forme de réverbères verti-

caux de 12 mètres de hauteur incorporent d’autres fonctions non anodines, telles que les feux pour piétons, les panneaux de signalisation pour automobilistes et bien entendu le service de vidéosurveillance omniprésent dans toute la ville. Aussi, dans le jeune et hyper moderne quartier de Gangnam, il est donc proposé aux usagers de vivre un moment de réalité augmentée dont le support prenait la forme d’un dispositif numérique appelé Média pôle1 mêlant ainsi art, technologie, aménagement urbains et surveillance, ayant pris forme via une campagne d’aménagement urbaine appelée «Design Street» lancée au printemps 2009 par le gouvernement métropolitain de la ville. Ce choix de la ville s’est inscrit dans une démarche politique ayant permis à Séoul d’emporter la désignation de ville du design par l’Unesco la démarquant ainsi d’autres mégapoles asiatiques en valorisant son industrie et son patrimoine technologique au service de la cité. En devenant une ville à caractère innovant, elle s’est créé un label très séduisant dans le contexte actuel qui promeut l’intégration du numérique comme valeur ajoutée à la qualité de vie d’un territoire urbain. Depuis lors je me suis aperçue que Séoul n’était pas la seule à convoiter l’utilisation des TIC en milieu urbain, je me suis donc intéressée au processus même de fabrication de ces dites villes innovantes, mais aussi et surtout des acteurs à l’origine des propositions techniques, politiques et éthiques impliquées.

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Photographie 1 Photographie, Gangnam Séoul, Source Ubiquitous City : Seoul, Corée du Sud (2009) Source www.koreainsider.com

Photographie 2 Photographie, Four young girls pose at a “media pole” on Gangnam Avenue. (2009) Source www.liftlab.com

1 Kwon Mee-yoo, Streets wear design, 2009 www.koreatimes. co.kr


Depuis moins d’une décennie et à l’échelle mondiale, des ins-

titutions de la recherche et de la technologie de pointe telles que le MIT soutenues des pouvoirs publics et des entreprises privées œuvrent en faveur de l’utilisation de nouvelles technologies de l’information et de la communication en temps réel comme dispositif innovant et compétitif de fabrication de la ville du 21ème siècle : la Real Time City. A travers la lecture de trois études de cas situées entre l’analyse et le projet, quels sont les enjeux qu’impliquent l’utilisation du numérique dans le processus même du projet urbain, d’un point de vue de la gouvernance, de la place de l’usager, du caractère durable de la ville? Qu’est ce qui fait que l’on parle d’innovation? En allant des productions visuelles vers les idées développées quelle relecture des intentions peut-on avoir? Quels sont les limites et les controverses qui découlent de la confrontation de ces représentations face à l’épreuve du passage au réel? Quel champs lexical symbolique est mis en exergue et de quelle manière les concepteurs et partenaires de cette Real Time City, telle qu’elle est nommée par les membres du MIT SenseableLab accompagnent-ils la promotion des idées qu’ils défendent? Etudes de cas Le premier cas étudié est le projet Real Time Rome réalisé en 2006 dont la deuxième phase WikiCity Rome s’effectue en 2007 les deux phases participant à la cartographie des habitudes de déplacement des usagers et des systèmes de transport à temps réel lors d’évènements importants. Ensuite vient le projet The Cloud rendu public en 2009, soit un projet architectural de mégastructure transparente, alimenté par des informations en temps réel répondant au concours du village olympique de Londres futur hôte des J.O en 2012. Enfin en 2010, Live Singapore initiative quinquennale du Senseable City Lab propose des modèles d’interfaces interactives représentant et communicant des informations en temps réel pour une utilisation durable des services de la ville et à posteriori d’anticipation des besoins qu’elle pourrait avoir.

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Date/ Lieu

2006-2007 Rome

Exposition

Biennale de Venise de 2006

Commanditaires

Telecom Italia

Evènements/ Applications directes

Phase 1 : Real Time Rome Finale Coupe du Monde de Football (Italie/ France 09/07/06) Concert Madonna (06/08/06) Phase 2 : Wiki City Rome Notta Bianca (Nuit Blanche 09/09/07)

Concepteurs

Phase 1: Real Time Rome (2006) MIT Senseable Lab Ville de Rome Telecom Italia (Plateforme innovante Lochness Sniffers) Atac (Rome public transportation authority) Samarcanda taxis Google Phase 2: Wiki City Rome (2007) MIT Senseable Lab Ville de Rome Telecom Italia (Plateforme innovante Lochness Sniffers) Trenitalia ( Filiale de Ferrivie dello Stato , entreprise ferroviaire publique italienne) Telespazio ( Entreprise internationale d’opérateurs de service de communications intégrées par satellite) SeatPagineGialle ( Agence de communication marketting italienne spécialisée dans le multimédia , Web et publicité)

Utilité

1/Connaître et communiquer les flux synchrones de transports en commun ( bus + metro) de piétons et de véhicules de la ville de Rome durant des Evènements importants à temps réel 2/Connaître l’intensité, la quantité du trafic des signaux de télécommunications (GPS , appels de téléphones mobiles anonymes) capturées par les stations de Telecom Italia à temps réel etretranscrits en Erlang ((langage codé à temps réel associé aux télécommunications) 3/Tester des Visualisations

Utilisateurs

Tout le monde

Echelle

Grille horizontale de 250m2 dans la ville historique et touristique de Rome

Indicateurs/ Unité mesurée

Intensité des signaux GPS et Radio et téléphones

Quantités visualisations

10 images


Real Time Rome Wiki City Rome

Photographie 3 .Photo de l’exposition Real Time Rome à la Biennale de Venise, (2006) Source : www.senseable.mit. edu

Figure 1 . Illustration de la connectivité entre les usagers et les transports en public dans le quartier de la Stazione Termini à . La visualisation montre l’évolution des positions de taxis indiquées en vecteurs jaunes et les densités relatives d’utilisateurs de téléphones mobiles en zones rouges calculés par algorithme. (2006) Source www. senseable.mit.edu

Figure 2 Illustration de l’occupation de certain quartiers de Rome lors d’évènements spéciaux (Concert de Madonna le 06/08/06). Le logiciel utilisé montre l’intensité de l’utilisation de téléphones mobiles à différents moments de la journée. La visualisation a été réalisée par concaténationd d’autres images 3D du traffic de la circulation dans des zones précis à Rome à différents moments. (2006) Source www.senseable.mit. edu

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Date/ Lieu

2009 Londres

Publication mediatique

Novembre 2009 lors de sa présélection pour le concours du village olympique aux J.O de Londres 2012

Commanditaires

Comité International Olympique de Londres 2012 Publicité gratuite par Google (sponsors hors étude) Budjet de 33 millions de $

Evènements/ Applications directes

Jeux Olympiques de Londres 2012

Concepteurs

Carlo Ratti (Architecte et Directeur du MIT Senseable Lab ) et son associé Walter Nicolino (Architecte et chercheur au MIT Senseable Lab) au sein de l’agence d’architecture carlorattiassociatti basée à Turin en Italie Alex Haw (Architecte et concepteur numérique de l’Agence Atmos spécialisée en expérimentations et installations sur l’art public et l’architecture à Londres) Schlaich Bergermann und Partner Joerg (Ingénieur expert en structures légères ) Studio FM Milano(Design graphique) GMJ (Experts en Visualisations) Arup (Ingénieurs) Agence Ter (Paysagistes) Tomas Saraceno (Artiste) Umberto Eco (Ecrivain)

Utilité

Parc vertical , pont d’observation, écran d’affichage des flux personnalisés des londonniens pendant les J.O Baromètre sensible des événements ayant lieu dans la ville en temps réel + consommation énergétique + trafic Internet

Utilisateurs

Tout le monde

Echelle

120 mètres de tours treillis + Sphères habitables en plastique ETFE( Ethylene tetrafluoroethylene) et interconnectées, elles même posées sur les tours et stabilisées par des câbles métalliques

Indicateurs/ Unité mesurée

Bits Intensité des écrans LED (Diode electroluminescente)

Quantités visualisations

100 slides de brochure


The Cloud

Image 1 .Perspective extérieure : vue aérienne: Le Cloud un nuage olympique (2009) Source www.raisethecloud. org

Image 2 Perspective extérieure : Le Cloud, un parc vertical (2009) Source www. raisethecloud.org

Image 3 Perspective extérieure de nuit : pont d’observation, écran d’affichage des flux personnalisés des londonniens pendant les J.O (2009) Source www. raisethecloud.org

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Date/ Lieu

2010, Singapour (projet quinquennal)

Exposition

Singapore Art Museum (SAM) (09/0411 au 01/05/11) Singapore Biennale 2011 (13.05311 au 15.05.11)

Commanditaires

NRF (National Research Foundationof Singapore )

Evènements/ Applications directes

Grand Prix automobile de Singapour (Formule 1) 2010

Concepteurs

MIT Senseable Lab SMART (Singapore-MIT Alliance for Research and Technology ) 1er centre de recherche du MIT à l’extérieur des Etat Unis en partenariat avec le NRF (National Research Foundationof Singapore ) en 2007 CENSAM (Le Centre de télédétection de l’environnement et de la modélisation ) LTA (Land Transport Authority de Singapour) IBM Smarter Planet (serveurs) + systemes software Changi Airport Aeroport de Singapour PSA Port de Singapour FM IRG Future Urban Mobility Comfort DelGro Singapore National Environment Agency Corporation Compagnie de transport Sing Tel Singapore Telecom SP Singapore Power Group is a leading energy utility company in the Asia Pacific

Utilité

1/ En cas d’évènement majeur, et grace aux téléphones portables dotés de «living maps» analyser l’impact direct dans les pratiques urbaines des habitants et utiliser ces données dans la gestion de la ville. 2/Afficher, divulguer des données réelles des exploitants de réseau de téléphonie cellulaire, de la flotte de taxis, des transports publics, maritimes et aéroportuaires à temps réel 3/ Créer une plateforme interactive de données à temps réel de la ville rechercher pour que les utilisateurs évaluent une stratégie de mobilité rapide.

Utilisateurs

Tout le monde

Echelle

Ville verticale et insulaire de 647,8 km2 et Premier port de conteneurs au monde donc un hub géant à l’échelle globale

Indicateurs/ Unité mesurée

Bits numériques de l’intensité des activités humaines

Quantités visualisations

6 visualisations réunie en une animation vidéo de 2 min.


Live singapore

Photographie 4. Photo de l’exposition Live Singapour au Singapore Art Museum (SAM) (09/0411 au 01/05/11) Source www.senseable.mit. edu

Figure 3 Carte isochronique de la circulation automobile au cours de la journée à Singapour. Les déformations sont proportionnelles au temps de déplacement, et relève des changements dans le cours d’une journée de weel end ou une journée en semaine. (2010) Source www. senseable.mit.edu

Figure 4 .Carte intéractive de la mobilité à singapour en taxi lorsqu’il pleut ( mousson) . En combinant des données pluviométrique, et les signaux téléphoniques des taxis en fonction de différents moments de la journée, l’utilisateur peut prévoir ( en jaune) son itininéraire. (2010) Source www.senseable.mit.edu

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1 Décrypter la ville d’aujourd’hui

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1.1. Hyper modernité et accélération temporelle dans la ville 1.1.1. Ville Réticulaire : flux et réseaux.

La ville contemporaine est une ville organisée en réseaux dont

2 Ascher François, Les Nouveaux Principes de l’Urbanisme, Editions de L’Aube poche essai , 2001 3 Deleuze Gilles, Félix Guattari, Rhizome, Paris, Editions de Minuit, 1976. 4 Castells Manuel, La société en réseau, tome 1, Paris, Editions Fayard, 1998 (1996) 5 Ascher François, Métapolis ou L’avenir des villes , Paris, Editions Odile Jacob, 1995 6 L’expression « Web 2.0 » désigne l’ensemble des techniques, des fonctionnalités et des usages du World Wide Web qui ont suivi la forme initiale du web1, en particulier les interfaces permettant aux internautes ayant peu de connaissances techniques de s’approprier les nouvelles fonctionnalités du web. Source Wikipédia.

la forme permet différentes possibilités d’interactions entre individus et différentes opportunités dépassant l’idée de frontière. On peut émettre l’hypothèse que la société hyper moderne à laquelle nous appartenons peut être représentée comme un échiquier dont la construction spatiale et sociale permet d’avantage de flexibilités, fluidités voire de porosités. Cet espace urbain réticulaire s’organise par une hétérogénéité de flux traversant la ville et matérialisant les divers déplacements physiques et invisibles de millions d’individus habitant les lieux. Mais qu’est ce cela implique? François Ascher dans Les nouveaux principes de l’urbanisme 2, parle d’une ville en mouvement inscrite dans une troisième modernité, permettant de nouveaux cosmopolitismes et s’adaptant aux exigences de la production, de la consommation et de l’ordre marchand, c’est la métapole, c’est la ville en mouvement, la ville des flux. Dans l’ouvrage Rhizome de Deleuze et Guattari, le désir est le moteur de fonctionnement des flux: consommer, bouger, communiquer 3. On peut dire que la ville est donc perçue comme un organisme en constante transformation, organisée en réseaux et structurée par des réseaux. Par ailleurs, Manuel Castells dans son ouvrage La société en réseaux 4, décrit opte pour le concept philosophique de flux traversant des réseaux afin de penser le temps, la connaissance ou la société, principe s’opposant dans une certaine mesure aux formes traditionnelles de la représentation. Autrement, il énonce l’avènement d’une culture virtuelle, traduction de la réalité par les systèmes de communication électroniques qui intègrent désormais toute expérience humaine, dans un même support multimédia. Aussi, le réseau devient un code culturel, et la vitesse des signaux nous informent de l’intensité des différents niveaux d’interactions humaines. Ce serait dans ces métapoles5, mégacités réticulaires, qu’apparaissent des centres d’innovations culturels, économiques et technologiques, devenant des nouveaux espaces de flux, des Ville 2.06, vivant au rythme de messages nerveux informatiques, et d’architecture du software depuis le développement du World Wide Web en 1992.

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Emma Mc Nally , Constellation en graphite de l’artiste C2 41.5 x 29.5 cm /16¼ x 11½ (2008 ) Source www.trinitycontemporary.com 24


1.1.2. Software city : société informationnelle et internet dans la ville

Dans cette ville 2.0, deux strates permettent aux différents flux

7 Picon Antoine , Une introduction à la culture numérique dans l’architecture, Birkhauser , 2010 8 Fantauzzo Damien , La révolution numérique» , Quand le monde bascule , Episode n°20, Film documentaire, Couleur, 2010

de circuler librement : _ le circuit d’échanges électroniques (micro-électroniques, télécommunications, transports à grande vitesse, traitements informatiques...) ; _ l’emplacement des fonctions stratégiques importantes (nœuds) et des échangeurs de communication (hubs) . La ville du software représente un nouveau terrain d’analyse permettant de comprendre la dynamique de la modernité. Cette ville intrinsèquement liée à la société informationnelle habite des espaces en constante évolution, eux même soumis à des mutations en temps réel. Dans son essai, Une introduction à la culture numérique dans l’architecture 7, A. Picon appuie le rôle que la société de l’information a occupé dans la transformation des pratiques, intégrant depuis quelques décennies le numérique toutes échelles confondues. En effet, l’information, inscrite dans la continuité historique de la société industrielle aura joué un rôle fondamental dans les bouleversements culturels depuis la fin du 19ème siècle. Les théories concernant les causes du développement de l’information diffèrent dans le rôle de la découverte de nouvelles technologies sur la nature même de la révolution informationnelle. De nombreux historiens focalisent sur le développement technologique lié à la préparation aux guerres des états nations ( de la première guerre mondiale à la guerre froide) comme principal moteur de recherche et de développement de toutes les inventions de communication et d’information : aussi les premières liaisons radio transatlantiques en 1901, la première radiodiffusion comme nouveau média de communication en masse, suivies du premier ordinateur entièrement électronique l’ ENIAC (Electronic Numerical Integrator Analyser and Computer ) en 1946, et de l’ARPA¬NET8 ancêtre d’internet et premier réseau développé au sein du département américain de la défense en 1969; auraient été réalisables à cause du contexte de la course à la supériorité technologique. Cependant d’autres historiens affirment que la société d’information a rendu possible l’ordinateur et non l’inverse car l’innovation technologique serait allée dans le sens d’un réel besoin de logistique performante de gestion, de stockage , et de diffusion des information auprès des administrations et des firmes multinationales en expansion. Dès lors le dispositif informationnel serait devenu indispensable à la notion de contrôle des comportements collectifs, de consommation, de déplacement, le développement technologique fabriquant de nouveaux outils de contrôle alimentant eux mêmes l’imagination des intellectuels et artistes avec une mosaïque de scénarios d’anticipation, de science fiction basé sur la peur de l’avènement d’espaces numérisés, et une paranoïa sur la question de la liberté et du contrôle.

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Comme le dit Patrick Olivier Picourt dans son essai La cité numérique9 la problématique urbaine des métropoles serait petit à petit devenue celle de la gestion critique des activités et individus y habitant tout en gardant l’illusion de liberté si chère à l’individu moderne du 20ème siècle. C’est donc dans ce contexte de société hybride, que la littérature et le cinéma se prêtant volontiers au jeu ont produit des œuvres cultes de dystopies alarmantes afin de s’interroger sur les limites du développement de la technologie au sein de la ville, avec par exemple Fareinheit 451 10de Ray Bradbury (1953) qui critique l’endoctrinement et la propagande des médiums télévisuels sur la liberté de pensée des citoyens, dictature assistée par des écrans et diverses robots anticipant ainsi la question de la limite des interfaces numériques dans l’équilibre des rapports humains.L’information et les connaissances actuelles en informatique web et télécommunication ont été pour la société postindustrielle un élément incontournable voire un réel changement de conception et de perception du monde, comme ce que l’imprimerie aura été à la Renaissance, la presse écrite au temps des Lumières. M.Foucault nomme cette nouvelle ère par un terme épistémologique, celui de l’hyper modernité11 et la révolution numérique qui relaie maintenant une société d’information à l’échelle globale par son caractère contemporain avec des impacts sur des disciplines et des appareils institutionnels toujours à la recherche de nouveaux dispositifs, quand G.Ayache , lui parle d’hyper-monde, d’hyper-information12 pour exprimer les mutations radicales contemporaines de l’association entre la mondialisation économique et le numérique. La course au contrôle et la diffusion des informations aura donné au dispositif informationnel un rôle incontournable, et c’est significativement à cause de cette recherche de communication dans un temps toujours plus court que nous sommes petit à petit entrés dans un monde de l’instantanéité via les médiums informationnels numériques avec leurs lots de dilutions des repères temporels, où le synchronique représente désormais un diktat de contrôle et d’efficacité.

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9 Picourt Patrick Olivier, La cité numérique ,Le cherche midi éditeur, 2001 10 Bradbury Ray, Fahren¬heit 451, Editions Denoël, Collections Présence du futur, 1955 11 Foucault Michel, Les Mots et les Choses (Une archéologie des sciences humaines), Editions Gallimart,1966 12 Ayache Gérard, La grande confusion, France Europe Éditions, 2006


1.1.2. Qu’est ce que le temps réel?

sent

L’information à temps réel développée d’abord dans le cadre de la

stantanée

place dans le contient s, éclairapour créer e les villes leurs haa diffusion tif n’existe s, et les canstruit, la m, Mono-

Archigram et les rémanifeste atique déannées 50, on du moontexte de elle et des ns. Pour le tive avec l’ a consomnérante se onstruites.

le disperse et instanta-

Image 5 Illustration d’ InsArchigram,Monographie, tant City par Pompidou Peter Cook, Centre Georges Archigram , (1969) Srouce 1994 Monographie, Centre Georges Pompidou, 1994 13 Zygmunt Baumant , Le coût humain de la mondialisation, Paris Hachette , 1999 14 Simmel Georg, Philosophie de l’argent, Berlin, PanVerlag, 1905 (1987) 15 Archigram , Monographie, Centre Georges Pompidou, 1994

défense territoriale dans les années 80 (application informatique ou plus généralement système pour lequel le respect des contraintes temporelles dans l’exécution des traitements est aussi important que le résultat de ces traitements, l’ordinateur calcule chaque donnée présentée à l’écran en l’actualisant instantanément) et maintenant vulgarisée à tous les niveaux de communications, est une transformation majeure dont la principale conséquence est l’accélération de la perception de l’espace temps qui en utilisant les TIC apporte une complexité supérieure dans le cadre de son utilisation. La communication synchronique se produit essentiellement par stimulus , langages codés ( qui simplifient l’information ) et c’est notre représentation du monde qui s’accélère en nous faisant directement entrer dans ce que Zygmunt Bauman appelle la modernité liquide13, soit une réalité software, légère, plus rapide, et plus fluide ou l’individu moderne et blasé décri par Georg Simmel dans son ouvrage Philosophie de l’argent14 atteint une seconde phase d’individuation, avec encore moins de contraintes ou de pressions sociales depuis la démocratisation d’internet celle nouvelle strate virtuelle se superposant à la réalité existante lui permettant de décupler ses expériences en occultant les limites physiques culturelles et temporelles auxquelles il est traditionnellement soumis. Le développement des villes et de leurs infrastructures s’accompagnent d’une réflexion sur la mobilité qui devant répondre à des contraintes d’efficacité intègre de plus en plus des dispositifs utilisant des technologies de calculs à temps réel, en afin de répondre à la gestion des flux humains évoluant au même au rythme des échanges électroniques. La notion de temps réel induit donc la naissance d’une «ville des médias» , modifiant expérience urbaine, en prenant en compte le poids des réseaux engendrés par des rencontres et affinités entre individus complètement indépendants de l’organisation spatiale ou de proximité géographique. Les enjeux se situent donc dans la compréhension du pouls de la ville, en terme de dynamisme, de changements de mode de vie, de mobilité, en gardant en tête que depuis le situationnisme des années 60 avec les projets dystopiques d’Instant city/ Plugin City d’Archigram 15 dont le contexte cynique de société de consommation et d’urbanisation exponentielle a tout de même permis une réflexion nouvelle sur la ville modulaire et itinérante, la notion de réseaux d’informations a fait du chemin, et les villes n’étant plus uniquement conçues comme de simple espaces physiques sont désormais le théâtre d’innovations qui prennent en compte d’autres réalités: une certaine esthétique de l’éphémère, de l’invisible, de l’évènement, où la temporalité caractéristique des TIC rythment aussi le quotidien des usagers. 27


.

1.2. Innover 1.2.1. Qu’est ce que l’innovation?

L’innovation issue des racines du mot latin « innovatio », si-

gnifie «changement ou encore renouvellement » 15. L’innovateur est donc «celui qui renouvelle». Cependant ce mot possède plusieurs sens tout en signifiant essentiellement le fait d’introduire quelque chose de nouveau dans un domaine afin de l’améliorer en s’assurant que l’appropriation de cette nouveauté se fasse de manière optimale. Dans le cas de l’innovation technologique numérique, dont avons vu plus haut que l’utilisation converge de plus en plus avec les disciplines architecturales, urbanistiques , et politiques, les principaux défis sont de trouver des démarches ou processus permettant d’intégrer le meilleur des connaissances issues du domaine informatique dans des produits ou services créatifs pour la satisfaction des individus et des villes. Cela implique une réelle intervention dans l’amélioration des processus d’intervention des disciplines liées au projet urbain. L’innovation diffère de l’invention ou de la découverte en ce sens qu’elle suppose un processus de mise en pratique, aboutissant à une utilisation effective, reposant sur trois piliers : la créativité (génération de nouveautés); la valeur (d’estime, d’usage et d’échange) et la socialisation (maîtrise de la conduite du changement). Qui, aujourd’hui, est à l’origine de l’innovation dans le domaine urbain ?

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15 Site du Centre National des ressources lexicales www.cnrtl.fr


1.2.2. Le MIT Senseable City Lab : pionnier de la recherche pour l’avenir urbain

Situé à l’intersection entre l’architecture, l’urbanisme, la sociolo-

16 Review and overview of Being Digital, by Elizabeth Murphy, 1996 17 www.carloratti.com 18 TED (Technology, Entertainment, Design) www.ted. com Conférences ayant pour mission la diffusion d’idées innovantes sur une variété de projets et initiatives tels que la science, les arts, la politique, les questions mondiales, l’architecture, la musique et plusieurs autres sphères de compétences. Des Prix TED sont accompagnés d’une bourse de 100 000$ et de « Vœux pour changer le monde ».

gie et l’interaction informatique, le MIT Senseable City Lab, traite de la relation entre les villes et les nouvelles technologies. Depuis l’arrivée d’internet au début des années 90, les chercheurs du Media Lab ont spéculé sur l’impact du numérique, alors en pleine implosion et sur sa potentielle utilisation dans la viabilité des villes. L’opinion publique dans ces années là affirmait que la distance créée par les médias numériques et Internet causerait la mort de l’urbanité avec la croissance continue de l’information personnelle, des télécommunications et de leur productions distribuées. Nicholas Negroponte fondateur et directeur du Media Lab a même écrit dans la revue Being Digital16, que la géographie du lieu où la révolution digitale aurait pris forme à un moment précis, importerait peu car il n’y aurait plus de dépendance quelconque entre le milieu urbain et l’outil numérique. En réalité, les villes n���ont jamais aussi bien prospéré que durant ces deux dernières décennies et la Chine est actuellement sur la route de la construction du tissu urbain le plus important que l’humanité ait jamais connu. Depuis 2008 plus de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain. Cependant nos villes ont changé de visage, désormais traversées par une nouvelle couche de capteurs, caméras et microcontrôleurs, elles se sont considérablement tournées vers les TIC, pour gérer les infrastructures, optimiser le transport, et surveiller l’environnement. De nouveaux réseaux d’appareils micro-électroniques et l’explosion de la téléphonie mobile dans le monde entier font désormais partie du paysage urbain, visible et invisible. C’est dans ce contexte, que le MIT SENSEable City Lab ( laboratoire inscrit au sein de la conception de la ville et du groupe de développement du département d’études urbaines et de la planification, en collaboration avec le MIT Media Lab) est créé en 2004 par son directeur Carlo Ratti, jeune et influant architecteingénieur Italien, possédant sa propre agence Carlorattiassociati, et faisant actuellement parti du conseil officiel de Design au près du gouvernement Italien, intervenant TED (Technology, Entertainment, Design)18, et délégué du forum de l’économie mondiale à Davos en 2009. Les 350 collaborateurs de ce laboratoire regroupant aujourd’hui plus de soixante disciplines différentes s’interrogent depuis huit ans sur les impacts des technologies numériques à l’échelle urbaine et en temps réel grâce à l’expérimentation et la manipulation de divers dispositifs existant à travers un peu plus de cinquante projets . Le discours officiel est bien entendu axé sur les possibilités de réduction des inefficacités de fonctionnement actuelles des systèmes urbains offertes par l’utilisation intelligente des TIC. 29


Photographie 5: Carlo Ratti directeur du MIT Senseable City Lab, Conférence TED (2011) Source visualnews.com

Image 6 : Illustration logo de la Real Time City, (2006) source www. senseable.mit.edu

Le positionnement de Carlo Ratti pour une architec-

ture augmentée, interactive et une ville à temps réelle s’appuie sur les possibilités de l’exploitation de la technologie pour changer l’environnement bâti alliant deux principaux discours extrêmement séduisants pour l’appareil politique et les entreprises leaders des télécommunications (principaux sponsors et collaborateurs) : l’innovation et le développement durable. En 2011 le financement du laboratoire a dépassé les 3 millions de dollars provenant de grandes entreprises internationales tels que Audi ou la SNCF, ou de grandes villes comme Copenhague ou Singapour.

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Image 7: Timeline des projets du Senseable City Lab , (Depuis 2004) Source : senseable mit.edu 31


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2 Real time city : intrument politique? dispositif ĂŠconomique?

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2.1/ Fabriquer la ville: qui construit la Real Time City? 2.1.1/ Commanditaires et sponsors: mécènes et partenaires financiers

L’université du MIT reçoit 600 millions de dollars annuellement

19 Musso Pierre, Le territoire aménagé par les réseaux, Editions de L’Aube datar , 2002 20 National Research Foundation of Singapore : www.nrf.gov.sg

en recherche, dont environ 70% proviennent du gouvernement fédéral des Etats-Unis, 15% de l’industrie et les 15 % restants de fondations et de gouvernements étrangers. L’université part de l’idée que les résultats de la recherche dans un domaine pourrait bénéficier à un secteur de l’industrie existante ou en créer un nouveau. Ce financement implique le fait que l’industrie commandite des recherches qui créent de nouvelles connaissances afin de résoudre des problèmes importants dans le secteur parrainé: c’est le principe de Recherche Développement par opposition à la Recherche Fondamentale. Le transfert de technologie entre le monde de la recherche et le marché se fait donc de manière fluide et très souvent, le MIT propose même des services en expertise aux entreprises avec lesquelles il collabore étroitement. Il existe donc un bureau au sein du l’université qui contribue à la création de start-ups par validation de brevets et les anciens étudiants du MIT génèrent eux même des revenus importants par la création d’entreprise autonomes qui portent les nouvelles idées qu’ils auront assimilé au sein de l’université. Pierre Musso, dans son essai Le territoire aménagé par les réseaux19, met en exergue l’idée que la «gouvernance du territoire passe par la maîtrise des réseaux». En effet et comme nous l’avons vu en amont il existe désormais une certaine volonté d’institutionnaliser les réseaux numériques comme des éléments incontournables à l’invention de la ville. Aussi, en accord avec le mode de fonctionnement interne du MIT, le Senseable City Lab travaille avec des opérateurs de télécommunications et des municipalités qui sont interessés par les enjeux les enjeux que représentent les TIC dans la planification urbaine. Pour que ce types d’initiatives prennent forme, des commanditaires publics ou privés financent des prestations auprès du milieu spécialisé, parrainant ainsi les dits projets. Dans le cas de Real Time Rome c’est la société de Télécom Italienne Telecom Italia qui a été le principal sponsor et partenaire du projet, dans le cas du Cloud c’est le Comité International Olympique de Londres 2012 qui a été à l’origine du concours auquel l’équipe de Carlo Ratti a répondu, et pour Live Singapore c’est le NRF (National Research Foundation of Singapore)20 fondation de recherche, d’innovation et de stratégies d’entreprise relevant du Cabinet du Premier ministre Singapourien, qui a essentiellement été le mécène et le principal partenraire de l’intervention. 35


2.1.2/ Economie numérique urbaine

L’ essor des nouvelles technologies de l’information et de com-

munication envahi tous les secteurs et dessine une industrie puissante en s’imposant comme un instrument incontournable en matière de conception, de production, et de promotion des produits et des services. En 2011, nous étions deux milliards d’internautes dans le monde et tous les mois plus de 40 millions de nouveaux utilisateurs de téléphones mobiles s’ajoutent au marché des consommateurs numériques, ceci confirme le fait qu’internet devient une puissante plate-forme de commerce ubiquitaire, de divertissement et de communication générant une industrie florissante. La ville numérique est donc lucrative et elle s’associe à des marchés qui sont appelés à une forte croissance de par l’attractivité des territoires intégrant les TIC, eux mêmes considérés comme des investissements d’avenir au niveau des infrastructures communicantes en milieu urbain , mais aussi par le développement de réseaux de services utiles et dans une optique prospective d’innovation. Nous avons vu que de nombreux organismes publics et privés se proposent de financer des prototypes ou des initiatives en milieu urbain avec pour principale contrainte, la question de l’innovation par l’utilisation de ces nouvelles technologies, avec en tête l’idée que tout soutien implique un bénéfice à la clef. Aussi, chacun des trois projets étudiés Real Time Rome, le Cloud, et Live Singapore, sont financés parce qu’ils s’inscrivent dans cette dynamique d’économie numérique et qu’en travaillant par exemple avec de grands opérateurs de télécommunication, il sont susceptibles de produire une rentabilité non seulement économique mais aussi stratégique puisqu’elle implique la création d’un dispositif offrant de nouvelles opportunités. Pour ce qui est de Londres, la ville s’est donné le défi de saisir l’opportunité des Jeux Olympiques pour catalyser le développement du numérique. En tant que pôle financier, Londres a beaucoup investi dans les infrastructures TIC pour se développer à l’international, en particulier dans sa partie ouest. Les télécommunications ont permis de lever la contrainte territoriale et géographique et de faciliter l’accès à de nombreuses entreprises aux marchés financiers.

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Aujourd’hui, une politique de rééquilibrage urbain (expérimen-

21 The Cloud project : www. raisethecloud.org 22 City Innovation Group : www.cityinnovationgroup. com

tations au sein des Living Labs Europe, un programme européen lancé en 2006 par la présidence finlandaise de la Communauté européenne ayant pour objectif de fédérer des initiatives locales, pour qu’elles puissent agir et développer leurs initiatives en réseaux des technologies de l’information. Le réequilibrage prend forme dans les quartier Est où se trouve le site du Village Olympique, constitué en majorité par des Docklands reconstruits depuis 1981 sur les anciens docks désaffectés de Londres. ces derniers rassemblent désormais les bureaux de plus de 700 entreprises, plusieurs dizaines de milliers de logements de luxe, les gratte-ciels les plus hauts d’Europe tels que la Shard of Glass Tower et d’importants équipements de loisirs. Pour cela Londres a accéléré ses investissements TIC (logiciels et dispositifs de sécurité) et consacre pour 2012 plus 400 millions d’euros à cet événement: • 306 millions d’euros pour les systèmes IT, • 94,5 millions d’euros pour les télécoms, • et 18,75 millions d’euros pour les applications internet. De plus, lors du Mobile World Congress, l’opérateur télécom Terra a annoncé que pour la première fois, qu’il couvrira les JO en direct via des appareils mobiles et des services multiplateformes. La couverture sera transmise en direct sur plusieurs écrans, en particulier par le PC, la télévision interactive et les dispositifs mobiles, grâce sa technologie « Couverture numérique multiplateforme ». C’est dans ce contexte de compétitivité numérique que le concours d’une tour monument de Londres avec un budget de 33 millions de dollars a été lancé et la réponse de l’équipe de Carlo Ratti semble s’en inspirer fortement. Malgré le fait que le projet n’ait pas été sélectionné, le Cloud bénéficie tout de même d’une publicité gratuite par Google ( sponsors hors étude) et continue de mener campagne auprès de l’opinion publique en organisant une collecte de fonds appelée raisethecloud 21 avec pour slogan «1 € pour 1 pixel», qui impliquerait une participation financière des potentiels usagers de l’édifice, créant un monument «crowd-sourcing» ( approvisionnement par la foule, ou par un grand nombre de personnes comme pour les entreprises Google et Wikipédia ) selon Carlo Ratti. Sur d’autres latitudes, des cabinets tels que cityinnovation22, en partie créés par d’anciens membres du Senseable City Lab voient le jour, en proposant par exemple des services liés à l’exploitation de ces nouvelles technologies (téléphones mobiles, plates-formes web, capteurs, GPS) en qualité d’expert-conseil au près d’entreprises qui recherchent une plus-value liée à l’innovation.

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En France la Caisse des dépôts propose un financement dédié

au développement des usages, services et contenus numériques innovants dans la ville. Les appels à projet sont complémentaires du programme « Véhicule du futur » des investissements d’avenir et qui couvre la thématique des infrastructures communicantes en milieu urbain; les projets validés pouvant recevoir une aide supérieure ou égale à 5 millions d’euros, ce qui n’est pas négligeable. De plus, l’organisme Paris-Ile de France Capitale Economique s’intéresse à la création d’un Ecosystème numérique en s’inspirant des meilleures expériences internationales afin de transformer selon leur slogan, la région capitale «ville Lumière» en «Smart City». En Septembre 2011 un dossier expliquant la nécessité de profiter du lancement du Grand Paris pour y inscrire les innovations technologiques les plus performantes , vient appuyer le fait que le numérique puisse devenir un thème fédérateur du développement territorial car il aurait la capacité «de fluidifier et simplifier, de créer de la valeur par des activités nouvelles, d’améliorer les services aux entreprises et aux citoyens, de moderniser l’économie et de répondre à la complexité de la gouvernance». 23 Les responsables de cet organisme se proposent de définir une stratégie numérique claire pour la ville de Paris, partagée par les acteurs de cet écosystème numérique (investisseurs, pouvoirs publics, entreprises privées, universitaires, ...) sensée redonner un coup de jeune à l’image de la ville et accroître les activités économiques. Comme nous pouvons le voir, les trois études de cas appartiennent à un contexte économique numérique en plein essor et leur promotion s’accompagne de bénéfices financiers importants, que ce soit dans la production matérielle des médiums par lesquels l’information sera diffusée ( Ecrans Led tactiles ...) ou dans les services qui seront eux même source d’une économie à part entière ( Publicité, applications ...) .

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23 Paris-Ile de France Capitale Economique: http://www.leprintempsdelentrepriseetducommerce. fr/presentation-paris-capitale-site-ccip-526.htm Créée il y a vingt ans par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, rassemble une centaine de grandes entreprises françaises et internationales, garantes de son indépendance.


2.1.3/ Alliances interdisciplinaires : laboratoires de recherches, municipalités et entreprises de télécommunication

En dehors de l’aspect financier

le Senseable City Lab tisse des alliances interdisciplinaires avec les différents corps de métiers participant à la fabrication de la ville et dans chacun des projets la liste des partenaires apporte des éclaircissements sur le mode d’intervention du laboratoire et sur la manière dont il procède pour récolter des informations, les diffuser et les matérialiser de manière physique. Pour le projet Real Time Rome en 2006, au sein même de l’université, une initiative interdisciplinaire appelée le MIT’s Center for Bits and Atoms enquête sur le lien entre informatique et sciences physiques. Cette convergence intellectuelle par de l’idée que les plus grands défis technologiques contemporains se trouvent à l’intersection de disciplines telles que la physique, l’ingénierie mécanique et l’architecture. En voulant éliminer les frontières intellectuelles ce centre qui inclue aussi le Senseable City Lab regroupe des disciplines universitaires et des industries qui sont à l’origine classiquement séparées. Aussi pour chacun des projets étudié le laboratoire de recherche, les chercheurs ont travaillé en étroite collaboration avec des industriels pour le financement mais aussi avec des autorités gouvernementales en produisant des programmes de sensibilisation, afin d’initier l’opinion publique à dialoguer d’avantage avec des conseillers scientifiques grâce aux médias populaires. Aussi, en plus des publications officielles. de nombreuses vidéos des projets sont disponibles sur la chaine Youtube du MIT , TED pour toucher un plus grand public. Pour l’analyse Real Time Rome, le Senseable City Lab s’est allié au mastodonte et principal sponsor Telecom Italia, et plus particulièrement avec la plateforme innovante du groupe, Lochness Sniffers (système développé pour estimer anonymement la localisation de terminaux mobiles en conversation dans une certaine zone) afin de récolter des données anonymes au près des centres opérateurs de l’entreprise. La municipalité Romaine a été également d’une grande aide et c’est avec des entreprises publiques de transport telles que Atac (Transport public de Rome ) puis Trenitalia ( Filiale de Ferrivie dello Stato, entreprise ferroviaire publique italienne) en 2007 que le projet a pu être réalisé. Pour ce qui était des informations concernant les transports privés, le laboratoire a travaillé avec la société Samarcanda taxis (qui avec plus de 100000 réservations par an est l’une des compagnie de taxi les plus importante de Rome ). D’autres partenaires privés tels que Telespazio ( Entreprise internationale d’opérateurs de service de communications intégrées par satellite) , SeatPagineGialle ( Agence de communication marketing italienne spécialisée dans le multimédia , Web et publicité) et Google ont aussi aidé à la récolte des informations et à leur exploitation sous format multimédia. 39


Image 7: Localisation géographique des équipes ayant participé à la conception du projet Cloud (2009) Source www.raisethecloud.org

Le projet The cloud, initié par Carlo Ratti et son associé Walter

Nicolino (aussi architecte et chercheur au MIT Senseable Lab) au sein de l’agence d’architecture carlorattiassociatti basée à Turin en Italie, part de l’idée même d’une collaboration interdisciplinaire reprenant le concept du cloud-computing (informatique en nuage). Ce dernier consiste à déporter sur des serveurs distants des stockages et des traitements informatiques traditionnellement localisés sur des serveurs locaux ou sur le poste de l’utilisateur, et ce concept a depuis lors rendu plus flexible différents composants du service informatique : Software as a Service (SaaS) : l’application est découpée en services ; Platform as a Service (PaaS) : la plate-forme est granulaire ; Infrastructure as a Service (IaaS) : l’infrastructure est virtualisée ; Data as a Service (DaaS) : les données sont fournies à un endroit précis. Les autres partenaires sont Alex Haw, architecte et concepteur numérique de l’Agence Atmos spécialisée en expérimentations et installations dans l’art public et l’architecture à Londres, GMJ experts en visualisations, Studio FM Milano pour le graphique, Arup et Schlaich Bergermann und Partner Joerg en ingénierie , l’agence Ter pour le paysagisme , Tomas Saraceno artiste architecte qui imagine des structures expérimentales sous forme de ballons ou plates-formes gonflables et l’écrivain Umberto Eco conseiller en philosophie et en sémiotique autour de la réflexion utopique de cette interprétation architecturale .

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Photographie 6: Thomas Saramento, Airport City,(2007) Source www.tomassaraceno. com

Photographie 7: Thomas Saramento, exposition Psycho Building, Hayward Gallery, Londres (2008) Source www.tomassaraceno.com

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Dans le cadre de Live Singapore, le Senseable Lab s’est asso-

cié à l’organisme le représentant sur le territoire Singapourien, le SMART (Singapore MIT Alliance for Research and Technology) soit le premier centre de recherche du MIT à l’extérieur des Etats Unis, appartenant aussi au groupe local FM IRG (Future Urban Mobility ) axé sur le développement des systèmes innovant de mobilité urbaine de Singapour. En s’alliant avec des organismes d’Etat tel que le NRF (National Research Foundation of Singapore) , le CENSAM (Centre de télédétection de l’environnement et de la modélisation à Singapour) , le NEA (National Environment Agency of Singapore) et LTA (Land Transport Authority de Singapour) le laboratoire a pu travailler dans des conditions favorables avec un champs libre sur un territoire insulaire et visé face aux TIC, sans compter le soutien de la gourvernance du la Cité-Etat. Comme pour les autres projets, Live Singapore, regroupe aussi des entreprises privées de services ou de télécommunication telles que Sing Tel Singapore Telecom, le Port de Singapour (PSA), l’aéroport de Singapour(Changi Airport), Comfort DelGro Singapore (puissante compagnie de transport ) ou encore IBM Smarter Planet pour leurs apport en systèmes software et serveurs. En France, c’est autour d’instituts de recherche technologique, sorte de «MIT» à la française que ce type d’initiative prend forme : Cap digital créé en 2006, prend de l’ampleur chaque année et rassemble aujourd’hui environ 600 adhérents, avec près de 1 100 projets expertisés dont 300 labellisés et financés pour un montant de 600 millions d’euros dans la région francilienne. Il existe au sein de ces communautés de recherche, Villes 2.0, créé par la Fing ( équipe d’entrepreneurs et d’experts des transformations numériques parmi lesquels on compte des grandes entreprises, des start-up, des laboratoires de recherche, des universités, des collectivités territoriales, des administrations, des associations), un institut numérique , sorte de brainstorming qui facilite depuis peu le transfert de la recherche aux entreprises. De ces alliances interdisciplinaires naissent des évènements permettant de montrer au grand public les avancées de la technologie en matière d’installation urbaine et le Senseable City Lab participent à de nombreux congrès, tel que le congrès mondial Smart City Exposition qui aura lieu en Novembre 2012 à Barcelone et qui discutera du futur des villes avec 51 pays représentés. En France, le débat prend aussi la forme d’un festival de création numérique Futur en Seine qui se tient à Paris et en Ile de France mettant en scène une rencontre entre professionnels, entreprises et grand public.

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24 Villes 2.0 http://fing. org/?-Villes-2-0- : Inventer et expérimenter ensemble la ville de demain. Mobilité, innovation, compétitivité, ville durable, cohésion, ville 24/24, surveillance, participation, vieillissement, travailler avec les comme instrument et catalyseur. 25 Festival Futur en Seine : www.futur-en-seine.fr Plus de 100 lieux à Paris et dans la région Ile de France, tester des technologies in situ et imaginer ensemble le Futur autour de cinq grands thèmes : le Futur de la Vie, le Futur de la Musique et de l’Image, le Futur de la Création, le Futur des Communications et le Futur de la Ville.


2.2/ Les acteurs publics à la recherche de scénarios urbains innovants 2.2.1/ Distribuer l’information dans la ville : ville multimédia

L’innovation est bien souvent rattachée à des valeurs que cha-

que intervention soutient dans son discours afin d’être validée par le milieu (expertise) et la société. Dans le cas de l’utilisation des TIC en temps réel dans le projet urbain, les notions de liberté et d’égalité reviennent très souvent comme de solides slogans appuyant la légitimité de leur utilisation. La Real Time City , véritable ville multimédia, s’inscrit dans un nouveau mode temporel accéléré dont l’un des motos principaux est celui de faciliter le quotidien des usagers en leur permettant d’avoir accès à des informations utiles en temps réel. Le discours promeut l’idée que le développement des TIC dans l’espace public faciliterait l’appropriation par les citadins des équipements publics grâce à la production de visualisations qui exposerait les dynamiques des villes étudiées. Aussi, la phase première du projet Real Time Rome s’appuie sur 10 visualisations, cartes en temps réel donnant aux utilisateurs une compréhension d’un environnement changeant toutes les heures. En interpolant la mobilité globale des personnes selon leur usage du téléphone mobile le Senseable City Lab s’exerce à visualiser de manière synchrone le flux de transport en commun, les piétons et la circulation des véhicules dans une grille horizontale de 250m2 de la ville historique à différents moments de la journée. En gros à la lecture de ces cartes, l’usager pourrait connaître le moyen le plus rapide pour accéder à un lieu donné en voiture, taxi ou bus. Le Cloud lui propose dans la réalisation de son projet une dimension informative via un procédé d’affichage spatial ( signalisation suspendue LED distribuée) intégré dans le monument même, et pouvant être vu de toutes directions, comprenant l’intérieur. C’est donc un bâtiment qui se veut contenir en lui même l’information en incitant les utilisateurs à absorber en quelque sorte ce qui serait diffusé. Enfin, Live Singapore en produisant quatre principales animations vidéos se donne le challenge de divulguer des données issues de l’exploitation des analyses en temps réel des informations provenant des réseaux cellulaires et de mettre l’accent sur l’accessibilité de ces données au près du public.

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2.2.2/ Pouvoir et contrôle : scénarios et anticipation des flux des activités humaines

L’utilisation de l’intelligence artificielle pour concevoir des systè-

mes urbains qui répondent et anticipent les tendances urbaines est un motif pour financer l’existence de ces projets. Il existe de réels enjeux politiques dans les innovations des techniques de planification de scénarios urbains. Selon A. Picon, le fait que la ville soit de en plus pensée en terme d’évènement , comme l’avaient imaginé les théories organiques du métabolisme japonais implique que ces évènements façonne une réalité urbaine évolutive. Les villes sont donc rythmées par des évènements tout comme la structure sociale qui est les créent : évènement pris en compte dans certaines villes en avance et proposant beaucoup de «happening» et ce manière permanente. Anticiper l’aspect spontané de la dynamique d’une ville suppose la création de politiques urbaines qui valorisent et intègrent l’utilisation des TIC. Ces villes qui font le choix de promouvoir les innovations des laboratoires tels que Senseable City Lab veulent en partie devenir des creusets technologiques, abritant en leur sein de véritables clusters ou pôles de compétitivité leur permettant de se démarquer d’autres régions ou tout simplement d’avoir une longueur d’avance en agissant sur la ville comme sur un système désormais contrôlable grâce aux nouveaux outils informatiques. Dans le cas des projets du Senseable City Lab, la participation des municipalités est incontournable et les villes de Rome, Londres et Singapour ont été politiquement favorables aux interventions du laboratoire. En effet, Carlo Ratti étant conseiller officiel en design au près du gouvernement Italie, l’accord tacite permettant l’utilisation des TIC dans l’idée de pouvoir proposer par la suite des services publics innovants à Rome paraît ici évident. La participation à des évènements officiels tels que la Biennale de Venise en 2006, où le projet est exposé au sein du pavillon du MIT , vient appuyé le caractère officiel de l’expérimentation et la deuxième phase WikiCity Rome veut répondre à l’occasion de La Notte Biance le 8 Septembre 2007, à deux questions fortes en sens : Comment les gens réagissent-ils envers cette nouvelle perspective sur leur propre ville alors qu’ils sont la détermination dynamique propre de la ville? Comment le fait d’avoir accès à des données en temps réel dans le contexte d’une éventuelle action peut modifier le processus la prise de décision sur la façon de faire sur différentes activités?

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Le laboratoire part de l’idée que la ville s’apparente au rhizome

27 Wikicity: Real-time location sensitive tools for the city ttp://senseable.mit.edu/ wikicity

de Deleuze et Guattari, où chaque partie est connectée aux autres parties du système où chaque connexion préférentielle modifie la structure globale du tout. «Looked upon in this way a city resembles what Deleuze and Guattari describe as a «rhizome» (Deleuze & Guattari, 1977). The rhizome is a philosophical network structure where every part is necessarily connected with every other part of the system. There are no preferential connections because every connection alters the overall network structure. As a consequence, the rhizome can not be plotted since the plotting action itself is part of the rhizome and thus in the very moment of plotting its structure, the structure changes»27. Dans le cas de Wiki City Rome le but est de comprendre et d’influencer à long terme les actions et les décisions des habitants grâce à l’outil de la cartographie en temps réel. Bien entendu le laboratoire insiste sur le fait que cette plate-forme distribuée et alimentée en temps profitera aussi aux usagers dans leur compréhension de l’état de la mobilité des transports et de l’énergie est louable, cependant cela peut être controversé car ce discours de transparence reste flou. En effet tout est basé sur une confiance aveugle qui voudrait que les informations récoltées qui se récoltent en partenariat avec des partenaires publics et privés répondent au paradigme d’une informatique urbaine plate-forme pour la création collective de la ville contemporaine. Présélectionné lors du concours pour le village olympique de Londres en 2012 lancé par la municipalité à la recherche d’un nouveau monument repère pour la ville, le Cloud s’est proposé d’ajouter à la fonction première du bâtiment à savoir un parc vertical et baromètre sensible des évènement ayant lieu dans la ville en temps réel. Ce bâtiment servirait donc de dispositif d’analyse et d’anticipation des flux humains de la ville. Le vainqueur du concours est l’artiste Anish Kapoor avec sa tour en acier déformée de 120 mètres (Hubble Bubble) mais le Cloud a tout de même reçu des éloges de la part du maire de Londres, Boris Johnson et l’équipeespère tout de même que l’édifice sera construit ultérieurement et dans un autre contexte.

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Image 8: Perspective de concours de la Hubble Bubble Tower d’Anish Kappor (2009) Source www.bbc.co.uk

Photographie 8:Photographie du chantier de la Hubble Bubble Tower d’Anish Kappor (2011) Source www.bbc.co.uk

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Live Singapore s’intéresse à la valeur des flux de données pour

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Figure 5: Illustrations des scenarios comportementaux dans la Wiki City Source (2007) www.senseable.mit. edu 1. Avant de courrir, Tom regarde la carte de Wiki City qui lui suggère des chemins à prendre en fonction de la qualité de l’air, du traffic, du calme et de sa condition physique. 2.La carte Wiki City 2 chemins en considérant la qulité de l’ai, la densité du traffic , et la condition physique de Tom en indiquand le temps qu’il lui faudra pour s’y rendre. 3. Tom choisit le chemin qu’il préfère pour la journée et laisse des suggestions pour les prochains joggers.

la planification urbaine et la gestion ainsi qu’aux potentielles modalités d’accessibilité aux citoyens. En effet elle a fondé son plan d’action TIC sur l’attraction de talents et de sociétés étrangères. Elle a mis en place des incitations fiscales particulièrement avantageuses, mais aussi organisé un écosystème très attrayant, qui peut accueillir l’ensemble des activités d’un groupe : de la conception de produits, aux activités de production . Ici, la ville de Singapour offre un contexte urbain propice au développement d’un système de contrôle et de gestion urbain à cause de son caractère insulaire, dotée d’une structure centralisée et autoritaire du régime lui permet de déployer avec succès une politique dirigiste dans un environnement international très compétitif. (L’opérateur SingTel est détenu majoritairement par le fond souverain de Singapour) .Comme dans les autres secteurs, la République est fortement engagée dans la production de biens et liés aux TIC ainsi qu’à leur utilisation ici, dans le cadre de projection urbaine. Le fait que les Bits soient étroitement liés à l’activité humaine, permet de s’intéresser sur les traces de ces dites activités et d’établir une ordonnance des histoires décrivant les choix, les préférences et les intérêts des consommateurs urbains des TIC. En utilisant un téléphone cellulaire , le Senseable Lab récupère les traces qui restent dans le temps et le laboratoire révèle les facettes complexes de la ville et les habitudes des habitants en détail et en temps réel. Ce projet est la phase avancée de la Real Time City, et plus récemment conçu, il vise au développement d’une plateforme réellement interactive qui permet de collecter, traiter et diffuser en temps réel des données qui proviennent de la ville. L’un des principal but est au sortir de cette expérimentation la construction d’une infrastructure évolutive et distribuée entre la plateforme et les fournisseurs d’applications sans affecter la performance globale du système. Dans le cadre de ce projet aussi, la municipalité soutient et finance même le processus de recherche, en utilisant pour principe l’amélioration de l’efficacité des services publics. Dans les trois cas aussi, les dispositifs incluent un système de contrôle et de sécurité ou de surveillance sur la ville. Nous savons aussi que les TIC ont permis notamment par la conception des Postes Centraux de Contrôle le développement de la vidéosurveillance (CCTV cameras) par utilisation de systèmes de caméras implantés dans les espaces publics en matérialisant la philosophie panoptique afin de prévenir la criminalité. Londres par exemple, est réputée comme étant la ville où la vidéosurveillance (tant publique que privée) est la plus importante et il paraît nécessaire de s’interroger sur les impacts d’une telle cyber sécurité dans la vie des usagers, qui si les dispositifs que nous avons décrit sont réellement validés et mis en œuvre, devront vivre avec des capteurs , GPS, données téléphoniques et autres gadgets récoltant des informations certes utiles mais aussi personnelles.

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Scenarios comportementaux , www.enseable.mit.edu 48

Figure 6: Illustrations des différents scénarios qui permettraient de nourrir le développement du système WikiCity, en identifiant l’attractivité de certains types de données, qui permettront la création de différentes applications.(2007) Source www.senseable.mit.ed


WikiCity

Figure 6. What data enables what scenarios?

Valeurs Environnementales Qualité de l’air Niveau de nuisance sonore Informations sur le chemin Pistes de course Lignes des transports publics Chemins piétons Position des véhivules Positions des véhicules des transports publics Localisation des cars d’ambulance Informations sur la densité Densité du traffic Places libres Densité des visiteurs dans les lieux touristiques Emplacement statiques Emplacement des sites Endroits à vue Centres médicaux Information sur le temps Programme d’évènements Temps d’ouverture des lieux Temps t’ouverture des centres médicaux Temps d’accès des lieux à vue

hierarchical, non-signifying system without a General and without an organizing memory or central automation, defined solely by a circulation of states” (Deleuze, Guattari, 1977). What is obtained is utopian freedom—liberation from the constraints of hierarchal systems. The concept of utopian freedom of movement supplied by Deleuze and Guattari has previously been employed by cyber theorists such as Wray (1998) as a means of explaining how users freely traverse digital space. this des analysis is intended to relate Figure 7: While Illustrations scenarios comportementaux dans la Wiki City Source (2007) Source www.senseable.mit.edu

to the Internet, it would seem that the concept of the nomadic Internet user extends naturally to explain the city dweller who, through the use of technologies such as WikiCity, enters, traverses, and leaves real and urban spaces. However, an essential part of the DeleuzeGuattari model of the rhizome is that utopian elements can exist only in tension with dystopian forces. The essence of the rhizome is that it exists in contention with arboreal (and, for Deleuze and Guattari, capitalist) interests that seek to curtail the

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2.2.3/ Controverses: cyber sécurité dans la ville

Pour le Senseable City Lab, l’objectif de partager des données

est positivement lié à la protection sociale, la cyber sécurité y étant intrinsèquement liée. Pourtant l’utilisation des données partagées constitue aussi, d’un certain point de vue, aussi une certaine violation de la vie privée des utilisateurs devenus des usagers capteurs malgré eux, même anonymement. La Real Time City est donc une ville où l’usager participe en s’informant en même temps qu’il produit lui-même de l’information , devenant tour à tour donnée, capteur et contributeur du système de contrôle et de partage. Les régulations de la ville comme la surveillance des pratiques sociales et maîtrise des flux sont donc fabriqués par les usagers ( Géo localisation par GPS intégrés ou smart phone). Si les données sont exploitées par des opérateurs directement lié au client, c’est la porte ouverte à une surveillance qui peut s’avérer dangereuse. Pour autant des applications de cyber sécurité urbaine utilisant des interfaces qui intègrent des mécanismes de surveillance ont déjà été déployés dans diverses villes. Par exemple, à Las Vegas le Metro Police Department fournit une plate-forme en ligne appelé Crime View Community 28 qui permet aux utilisateurs de naviguer avec des cartes interactives géo localisées qui leur permettent de rapporter des informations concernant un crime duquel ils auraient été témoins . Dans le cas des trois études du Senseable City Lab décrites ici, les données qui sont exploitées sont justifiées par un discours qui appuie un usage correctement éthique et une mise à distance des structures privées ou publiques qui chercheraient à les annexer. Faut il avoir une posture défensive face à ces pratiques ? Doit on se méfier des lacunes dans la réglementation du droit de l’exploitation numérique de nos données, des éventuelles pressions commerciales et des considérations de l’évolution des modèles de menace qui pourraient échapper à des contrôles éthiques législatifs, judiciaires et politiques pourtant nécessaires à la sécurité des usagers? Les modèles de technologie proposés ont ils des failles malgré la volonté d’amélioration des technologies informatiques pour résoudre le problème de confidentialité, en particulier des composants de données malgré la clause d’un anonymat considéré comme élément permettant le respect de la confidentialité ? Dans le cas de Wiki City Rome, les téléphones portables sont par exemple utilisés comme capteurs qui recueillent des informations sur les coordonnées des utilisateurs. Malgré une volonté éthique de bonne utilisation de ces données, que ce passerait il en cas d’urgence? Serait il possible que les gouvernements utilisent ces données ? Faut il inventer des juridictions semblables au CNIL 29, mais spécifiques intégrant la notion de vie privée liée à la localisation combien même les technologies ont toujours de l’avance sur les lois ? 50

28 Crime view community : Http://www.lvmpd.com/ crimeviewcommunity/wizard.asp 29 Commission nationale de l’informatique et des libertés www.cnil.fr: institution indépendante chargée de veiller au respect de l’identité humaine, de la vie privée et des libertés dans un monde numérique.


Les tours du Cloud sont sensées être des monu-

ments ponts d’observation de la ville en temps réel quand Live Singapore devrait être un outil de visualisation de ces dites données en milieu urbain. Quelle est la place de l’individu dans tout ces dispositifs qui semblent certes vouloir l’intégrer comme élément actif mais qui paradoxalement tend à l’enfermer dans des schémas de pratiques urbaines et de géo localisations à tout va , pouvant tout droit l’enfermer dans une prison à ciel ouvert et dont il serait le propre gardien? En jouant le jeu technologique Serions nous en train de devenir nos propres Big Brother, qui est cette indivdu 2.0 auquel le laboratoire du Senseable City Labne cesse de faire référence ?

Image 9 : Installation en temps réel de caméras de vidéosurveillance de la ville de Londres par l’artiste Stanza (2002 ) Source Stanza www. stanza.co.uk

Stanza www.stanza.co.uk Site de l’artiste Stanza dont les oeuvres ont remporté de prestigieux prix et ont été expéosées au niveau mondial ( Biennale de Venise , Tate Britain , Biennale de Sydney....) L’artiste est un expert en arts technologiques, réseaux en ligne, écrans tactiles, capteurs environnementaux , et oeuvres intéractives. Les thèmes récurrents de sa carrière sont le paysage urbain, la culture de surveillance, vie privée et aliénation dans la ville sous différents médiums.

Image 10 :Peinture sur toile «daytime london nightime» de l’artiste Stanza , 100 cm x 70 cm ,(2006) Source Stanza www.stanza.co.uk

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3 Individu à temps réel

Image 11: Oeuvre graphique d’Enrico Bonafede «Birth» 70mm x 100 (2010) Source www.cargocollective. com

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3.1/ Subjectivisation Individu dans le récit collectif 3.1.1/ Ville des individus 2.0

L’espace public existe par ce qu’en plus d’être un système so-

30 François Ascher, La Société hypermoderne. Ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organi sateurs, L’Aube, 2005 31 Latour B., Sciences Po, « Avoir ou ne pas avoir de ré¬seau : that’s the question » , Presses de l’Ecole des Mines, 2010, pp. 257- 268.

cio-politique collectif où se déroulent les activités humaines il réunit une collectivité et permet une relation citoyen-ville qui créé la dynamique d’une cité. Dans la ville contemporaine et réticulaire chaque individu possède son propre rapport au temps et à l’espace qu’il parcourt. Depuis l’arrivée des TIC téléphones portables et connexions internet urbaines les espaces et les lieux sont modifiés par les flux des personnes rattachés aux réseaux de télécommunication virtuels et instantanés. La ville software abrite en son sein des habitants dont les comportements se sont adaptés à la présence de TIC. Pour François Ascher, l’individu contemporain au contact de de ces nouvelles technologies de communication et d’information s’apparente à un homme nouveau, individu hypertexte30, individu hyper connecté au centre de différents réseaux et d’une variétés d’appartenances sociales qui le connecte numériquement à une toile encore plus grande d’individus. Cette nouvelle accessibilité accroit le nombre de déclinaisons de modes de vie qui sont plus flexibles et s’incèrent dans un contexte où l’individu devient le nouveau module de la société. Bruno Latour dans son essai « Avoir ou ne pas avoir de réseau : that’s the question »31 parle d’un acteur -réseau devenu hyper mobile et évoluant dans son contexte urbain en utilisant une quantité de gadgets technologiques informatiques lui donnant accès à une forme d’ubiquité numérique dont une hyper flexibilité lui permettant une personnalisation de son environnement qu’il appréhende, customise et expérimente de manière individuelle. Cet homme-nouveau auquel nous avons affaire est donc un individu pour qui jongler entre virtuel et réel n’est pas un obstacle, et dont la perception de l’espace public est de facto modifiée.

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Certains intellectuels tels que Fernand Braudel ont depuis la

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moitié du 20ème siècle énoncé la théorie que l’individu moderne issu de l’urbanisation des territoires de la société post- industrielle était entré dans un nouveau cycle identitaire devenant l’unité de mesure spatio-temporelle par excellence : «Le temps court ou temps individuel : à l’avant-plan. C’est l’histoire traditionnelle, à la dimension non de l’homme mais de l’individu, l’histoire événementielle [...]: une agitation de surface, les vagues que les marées soulèvent sur leur puissant mouvement. Une histoire à oscillations brèves, rapides, nerveuses. Autrement dit, à l’avant-scène s’actualise le temps des événements caractérisés par l’instantané et l’éphémère.» 32 Aussi, ce temps individuel caractériserait la mesure du temps court contemporain dans lequel l’homme nouveau peut fabriquer par son individualité une multitude d’évènements dont le tableau final se trouve fragmenté, et particulièrement défini par l’instantané et l’éphémère. On peut affirmer que l’implantation des TIC dans l’espace urbain ne ferait qu’appuyer cette réflexion surtout dans le contexte de la société contemporaine qui pérennise l’individuation. L’essai d’Olivier Chadoin, La ville des individu, rend hommage à l’œuvre de Norbert Elias et aux travaux de l’école de Chicago sur la sociologie et l’écologie urbaine; en s’interrogeant sur la relation entre le sujet citadin et l’objet ville et donc sur la transformation de l’équilibre nous-je opérée depuis un peu plus d’un siècle. Olivier Chadoin nous met en garde au sujet d’une trop grande individuation des citoyens qui entrainerait un manque de savoir vivre en collectivité, une perte des valeurs de partage dans la ville contemporaine la menant tout droit vers des scénarios d’émeutes, de tensions et d’absence d’urbanité. Il existe donc une ambivalence dans l’utilisation des nouveaux outils de la technologie numérique, trop souvent présentés comme des potentiels dispositifs d’optimisation des activités humaines collectives. De plus et paradoxalement, malgré l’existence d’une contreculture individuelle ayant permis la multiplication d’espaces de libertés informationnelles, temporelles et aujourd’hui spatiales il existe aussi une certaine aliénation des nouveaux médiums et services sur les citoyens-consommateurs que le philosophe Gilles Lipotevsky nomme l’ère de l’hyper consommation écranique, et plus cyniquement l’ère du vide 34 , surtout lorsqu’on sait que ces derniers peuvent desservir l’individu comme à Séoul où une publicité interactive dans l’espace public scanne les visages des passants pour adapter le slogan selon des socio types préenregistrés. Les projets du Senseable Lab semblent eux appuyer l’idée que grâce à l’utilisation des technologies numériques la revendication d’un rapport au temps et à l’espace individuel et les contraintes de gestion collective peuvent être surmontées, et ce en temps réel. La notion d’une Living City, ville en mouvement, ville permettant de transcender le quotidien des usagers, ville réconciliant le citoyen à la collectivité est mise en avant pour argumenter cette démarche. Utopie ou réalité?

32 Braudel Fernand, La longue durée, Annales. Economies, Sociétés, Civilisations. 13e année, N. 4, 1958. 33 Chadoin Olivier, La ville des individus, Editions L’Harmattan Villes et Entreprises, 2004 34 Lipovetsky Gilles, L’Ere du vide : Essais sur l’individualisme contemporain, Gallimard, Paris, 1983


Image 12: Hierarchie des distractions digitales de David McCandless, écrivain et designer londonien,(2009) www.informationisbeautiful.net La cartographie est bouleversée par les services de géolocalisation , des chercheurs cherchent à constituer une nouvelle forme de repérage dans l’espace, dynamique ou statique, basée sur Twitter ou Foursquare. Fabian Neuhaus, un doctorant qui a étudié la géographie de Paris, Londres, NewYork et Munich en fonction de tweets géolocalisés, récoltés sur plusieurs mois. Le tout est retranscrit dans le dénivelé du terrain, dont le relief dépend de l’utilisation du réseau social. « Les contours correspondent à la densité des tweets, expliquet-il sur son blog Urbantick, les montagnes s’élèvent au niveau des zones d’utilisation active, les escarpements débouchent sur des vallées calmes, qui débordent pour leur part sur des déserts de tweets ». Source urbantick. blogspot.com

Image 13: Tweetographie de Paris par Fabian Neuhaus,géographe (2010) Source urbantick.blogspot.com 57


3.1.2/ Living city : les technologies pour transcender le quotidien

Les médias numériques et mobiles ont sont à l’origine de nouvel-

les pratiques culturelles comme par exemple le «travail mobile» désormais possible grâce à l’existence de connexions Wifi-internet dans les espaces publics. Face à ces changements, on parle de plus en plus d’une ville hybride qui combine dans l’espace-temps des expériences physiques et virtuelles participant à la création d’un nouveau statut du citadin qui vit une forme d’ubiquité numérique et de néo-nomadisme , mobilité en trois dimensions ( physique, numérique et mentale) qui exacerbe l’autonomie des individus. Les technologies numériques incitent donc à plus de mobilité et même si elle paraissent «invisibles» elles ont autant de conséquences sur les us et coutumes que sur le tissu urbain. Dans un interview, dans le cadre du colloque international Métropolis à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine « Quand les architectes n’ont pas peur du vide », Paul Virilio a énoncé une théorie sur «le nouveau rapport entre les individus et l’espace, à savoir les trois V, Vide, Vitesse et Vif, où l’espace public fragmenté est rythmé par de nouvelles temporalités créant une sorte cyber ville superposée aux réseaux existants».35 Les architectes de la nouvelle génération seront contraints à jongler avec cette réalité . Dans In the Bubble36 de John Thackara, une réflexion du rôle des «designers» urbains est mise en exergue et il fait remarquer à plusieurs reprises que la vitesse n’est pas gratuite et que cette accélération des rythmes implique une logistique importante et lourde, nouvelle industrie, même si elle on ne la voit pas à l’œil nu . Le Senseable City lab part de l’idée simple que les technologies peuvent s’adapter aux modes de vie des citadins et les accompagner au quotidien et en temps réel afin d’améliorer ces dites expériences urbaines individuelles. Pour le projet Wiki City Rome, plusieurs scénarios d’application pour les personnes vivant à Rome ont été élaborées comme principaux produits/services nécessaires aux usagers : • • • •

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la sécurité l’interaction le confort la mobilité

35 Les Rendez-vous «MetRopoLis» Quand les architectes n’ont pas peur du vide colloque international VENDREDI 29 AVRIL 2011 http://www.citechaillot.fr/ data/auditorium_c49f4/categorie/209/metropolisbd_ bb937_30881_aa7b1.pdf 36 Thackara John, In the Bubble : Designing in a Complex World, Cambridge Mass, MIT Press , 2005


Associés à ces macro besoins, les chercheurs on identifié des méta fonctions différentes sous forme de questions pour chaque zone géographique afin de répondre aux besoins des usagers: • Santé: Comment les citadins entretiennent-il leur santé physique ou mentale et qu’est ce que cela représente pour eux? • Travail: Que font les personnes pour interagir avec leur environnement? Que produisent-ils ? • Rencontre / Communauté: Comment se traduit le plaisir de vivre ensemble au sein de la ville et comment se font les rencontres? Comment prennent-ils des rendez vous, où quand se rencontrent-ils? • Filtre/Sélection: Dans l’environnement urbain les citadins sont souvent confrontés à une quantité massive d’évènements susceptibles d’attirer leur attention. Quels stratégies utilisent-il pour filtrer leur attention et comment trouvent ils des évènements qui correspondent à leurs intérêts. • Education: En supposant que l’apprentissage n’est pas confinée à des bâtiments scolaires: à quelles occasions et dans quels autres lieux les citadins s’identifient élargissent-ils leur savoir? • Commercial: Quels sont les produits inclus par la société au sein de la sphère de les échanges commerciaux? Les éléments qui sont gratuits aujourd’hui pourraient devenir des produits ou des services marchands demain. Quels produits ou services? • Loisirs: Que font les citadins pour se distraire et s’amuser, et quel environnement favorise ces activités? • Orientation: Comment les citadins choisissent-ils leurs itinéraires à travers le milieu urbain paysage, et comment peuvent-ils s’adapter à des changements dans cet environnement? Comment s’appuient-ils sur des éléments de communication externe pour cette navigation, et à quel moment se remettent ils à leurs connaissances personnelles ? • Découverte: Un environnement urbain présente risques et des opportunités qui sont connus pour un citadin, mais il contient le potentiel de découvertes inattendues dans tous les aspects de la vie. Quels sont les éléments d’une ville qui contribuent à de nouvelles expériences urbaines? Quels sont les comportements que les gens adoptent pour découvrir de nouveaux aspects de leur environnement ?

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En analysant les comportements des usagers de téléphonie

mobiles les chercheurs examinent les intersections entre méta fonctions et caractéristiques technologiques les chercheurs identifient de nouveaux concepts pour la Wiki City, notamment en utilisant le système de contrôle en temps réel comme une métaphore de travail. Pour le laboratoire, cette ville pourrait devenir un véritable système de contrôle en temps réel pouvant être actionné par les managers officiels de la ville et ses habitants, une sorte d’intelligence collective des usagers. Dans le cas de la plateforme Live Singapore, comme l’utilisation de système se fera de manière synchronique entre plusieurs usagers, l’un des principaux défis du Senseable City Lab est la construction d’une infrastructure évolutive et distribuée qui répartit les charges entre la plateforme et les fournisseurs d’applications sans affecter la performance globale du système.La géo localisation en temps réel (GPS, WiFi-taches, antennes cellulaires, Bluetooth...) est une des méthodes utilisée afin de produire ces «cartes vivantes» , en partant du fait que les TIC sont des outils qui en rationalisant les choix personnels de leurs utilisateurs leur permettent paradoxalement plus de flexibilité.

Figure 8: Cartographie du nombre d’utilisateurs de téléphones cellulaires dans le nord-est de Romeà différentes heures de la journée. (200) Source : www.senseable.mit.edu

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De la même manière en Europe à l’occasion d’évènements po-

pulaires dans six grandes villes européennes, la Fête de la Musique et la nuit du réveillon en France , la nuit de la Saint-Jean en Pologne ou des matchs de Football en Espagne et Roumanie , et inspiré de l’initiative Real Time Rome, est né en 2008 le projet Urbanmobs37 développé par Orange Labs et faverNovel , qui vise à cartographier les émotions populaires, en représentant visuellement l’activité des téléphones mobiles. Malgré cet enthousiasme pour l’émergence de nouvelles opportunités technologiques liées à la géo localisation, sommes nous sûrs que ces pratiques lorsqu’elles sont exacerbées maintiennent en vie le caractère vibrant et riche et l’imprévisibilité de l’expérience urbaine? Même si ces système d’information peuvent résoudre des problèmes techniques est ce qu’au bout d’un moment les usagers ne se contenteront-ils pas d’aller d’un point A à un point B? L’idée de pouvoir retrouver une connaissance à un endroit donné par ce qu’elle aura utilisé un service comme aka-aki n’est-il pas réducteur de la liberté de l’anonymat que propose la grande ville? Dans le cas du Cloud, Google se propose de fournir du contenu pour les affichages numériques du Cloud, à l’aide de Google Trends, Google maps, et sa fonctionnalité de son réseau social Google Latitude afin de projeter par exemple un flux personnalisé agrégée et anonyme des recherches sur leurs moteurs de recherche effectuées par les Londoniens pendant les Jeux olympiques de donner« baromètre »en temps réel des intérêts de la ville et de l’humeur. D’autres réseaux sociaux comme facebook et twitter se sont portés volontaires dans le processus de diffusion d’informations des usagers en temps réel. Tous ces services de microblogages, d’informations brèves , de «gazouillis» participent à création d’une réalité augmentée qui superpose le virtuel au réel quels ont sont les impacts?

37 Urban mobs, www.urbanmobs.fr : Site répertoriant des projets issus d’une technologie développée par Orange Labs et FaberNovel, afin de créer une représentation visuelle de l’activité des téléphones mobiles et de suivre le «pouls» urbain composé de l’activité des foules et de leur mobilité.

Figure 9: Cartographie du pouls urbain de Paris ,du projet urban mobs d’Orange Labs et FaberNovel, (2008) www.urbanmobs.fr

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Figure 10 : Cartographies animée des points chauds de Singapour, à différentes heures de la journée (2010) Source www.senseable.mit.edu Dans le cas de Singapour, le Senseable City Lab propose de connaître les points chauds ou zones dynamiques par des aniations cartographiques de la ville en indiquant avec la taille et l’intensité des couleurs de la niveau d’utilisation du réseau cellulaire.

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3.1.3/ Augmented city : quel impact quand le virtuel se superpose au réel?

N

« ow we make our networks and our networks make us» (Mitchell William J. The Cybord and the Networked City, The MIT Press, 2003)

Photographie 9: Photographie de la fenêtre augmenté de Thierry Fournier (2011) Source : www.fenetre-augmentee.net

38 Eco Umberto , La Guerre du faux, Editions Grasset (1985) 39 Beaudrillard Jean, Simulacres et Simulation , Editions Galilée, (1981)

La réalité augmentée est rendue possible par superposition des modèles 2D ou 3D par des systèmes informatiques qui crée une perception de la réalité en temps réel. Les images de synthèse fusionnent avec celles du monde réel, et comme dit le philosophe Umberto Eco ces nouvelles pratiques génèrent une impression de «faux-authentique»38. Dans les années 1980 Jean Baubrillard parlait déjà d’«hyper réalité»39 par la façon d’interagir avec la réalité de manière consciente, et selon lui, le monde qui aurait été remplacé par une copie du monde, avec une recherche constante et aliénante de stimuli simulés. Il voyait les médias comme étant intrinsèquement de la non-communication, une qualité qui leur permettait déjà d’exercer un contrôle social sur les populations de masse. Ces critiques n’ont pas empêché une évolution croissante de la médiatisation de notre quotidien qui fait de plus appel à un fantasme vieux comme le monde, celui d’une réalité augmentée, sorte d’omniscience humaine, permettant à l’image de l’écran télévisuel regardée, la multiplication d’interfaces tactiles et personnalisables. La génération des smart-phones et tablettes numériques interactives sont totalement participatives de cette possibilité d’augmentation de la réalité. En étant hyperconnecté on peut très facilement recevoir instantanément des informations à temps réel . En France, des prototypes de projet telle que la fenêtre augmentée conçu par Thierry Fournier présentée au festival Futur en Seine 2011 et exposée au Centre Pompidou, du 17 au 26 juin 2011, voient le jour un peu partout dans le monde. Cette fenêtre augmentée propose un écran se comportant comme une fenêtre interactive cadrant le paysage avec une vidéo en temps réel et permettant à l’utilisateur de se déplacer intuitivement dans la fenêtre en temps réel, par le toucher. Ce prototype prend forme grâce à la participations d’usagers qui se déplaçant physiquement dans le paysage, ici un quartier de Paris cartographié par un site via des vidéos directement consultables sur la fenêtre, contribuent en utilisant une fois de plus la géo localisation pour transmettre des informations sensibles, artistiques, géographiques, architecturales, documentaires, et fictionnelles...

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Paul Virilio comme Guy Debord dans les années 70 avec la so-

ciété du spectacle, critique vivement la prolifération de ce type de prototypes , suspicion argumentée par le fait nous rentrerions dans une réalité où la narration et le vécu du «présent» , de «l’évènement» sans travail de digestion intellectuelle s’imposerait à nous de manière incontournable. Avec les projets du Senseable Lab nous sommes dans la «Ville Plugin» , cité ou l’utilisation des médias numériques optimisent, personnalisent ou étendent l’expérience urbaine assurent le relai avec les structures urbaines existantes. Celle ville augmentée proposerait des couches d’informations supplémentaires projetées sur ou au-dessus des environnements physiques comme dans le cas du Cloud, ou de Live Singapour version avancée de Real Time City, du fait de la participation de ses usagers qui augmentent eux même leur réalité.

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3.2/ Démocratie en temps réel 3.2.1/ Société des big «datas» et Urbanisme «Open Source»

L

40 Paes Vincent, «Le tsunami des données» 11 Janvier 2012, www.economieetsociete.com 41 Rifkin Jeremy., L’âge de l’accès : la nouvelle culture du capitalisme, La découverte, 2000 42 Data gov www.data.gov Site fournissant des descriptionsdes ensembles de données fédérales des Etats-Unis (métadonnées), l’information sur la façon d’accéder à des ensembles de données. 43 ParisData www.opendata. paris.fr ; Site de la politique Open Data de la Ville de Paris avec en libre accès l’ensemble des jeux de données publiés par les services de la Ville sous licence libre.

« ’hyperconnectivité contribue à une production massive d’informations. Les réseaux sociaux sont des foyers de production de données importants.» 40 Le «Tsunami de données» est un terme largement répandu qui décrit le sentiment de notre capacité à générer et stocker des informations de manière exponentielle depuis ces dix dernières années. La culture numérique est fondamentalement basée sur le fait que des individus et des organismes puissent librement avoir accès à des informations sur à peu près tout, le tout en temps réel, et en numérisant une grande partie de leur environnement analogique. La porosité et la transparence des données est une valeur mise en avant par les fervents partisans de l’âge de l’accès illimité comme dans l’ouvrage de Jérémy Rifkin qui estime que l’idée même de propriété paraîtra singulière d’ici quelques années. Selon lui, «Il y a plus de richesse dans l’usage que dans la propriété»41 , et dans une société ultramobile ce sera la disponibilité d’information plutôt que le volume de biens qui deviendra source de développement. De plus, l’identité de l’individu du 21ème siècle reposera moins sur le volume de ce qu’il produit et accumule que sur le nombre et l’intensité des expériences auxquelles il aura accès. «La nouvelle génération vit dans un monde de performance de type théâtrale plutôt que de définitions idéologiques et adoptera une éthique de joueurs plutôt que de producteurs». 41 En mai 2009, le gouvernement américain lance une initiative appelée Data.gov 42 dans lequel il rend public des données brutes qu’il met à disposition pour ses citoyens afin d’accroître leurs capacités à comprendre les informations générés et détenus par le gouvernement fédéral. Certains des objectifs de ce projet sont de stimuler la croissance économique et l’innovation, en y inscrivant la participation active des citoyens. Depuis lors plusieurs villes se sont inspirées de cette initiative (Londres, San Francisco, Singapour, Paris...)43 et de multiples applications d’Open Collaboration ont été créées sur la base des ensembles de données mis à disposition par ces plates-formes; par exemple un service à San Francisco appelé 3116 via Twitter permettant une interaction plus efficace et moderne entre l’Administration municipale et ses citoyens.

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Le Senseable city Lab propose de développer des outils en ligne

qui permettent d’avoir facilement accès à un partage d’information sur le même modèle que les application Open Data que nous avons vu. Cependant il prévoit aussi d’y associer des informations personnelles que les gens partagent par le biais de réseaux sociaux , sites, comme les brefs commentaires de Twitter et Facebook ou les photographies de sites comme Flickr, et une question demeure , est ce que Big Open Data ne deviendrait pas à son tour Big Brother? Et même si pour l’instant le laboratoire utilise des données anonymes, ou fournies par les Etats avec lesquels il collabore, on peut tout de même s’alarmer sur le risque que la technologie des TIC pourrait constituer si cette dernière tombait dans les mains de dispositifs politiques totalitaires. De même et selon les mots de Carlo Ratti, un Big business émerge de ces Big datas, et ce sont des entreprises telles que Bluenovation44 le leader français des services d’Open innovation, qui émergent et on peut imaginer que paradoxalement la logique du développement de l’Open Data, l’Open source et même l’Open urbanisme participerait d’avantage à la satisfaction d’intérêts privés au détriment d’interventions urbaines publiques. Relevons un instant le pari du Senseable City Lab, même si les innovations urbaines «Open Source» étaient principalement commanditées par le contribuable au détriment du secteur privé, pourrait-on réellement miser sur une gouvernance digitale pour la planification des villes?

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44 Bluenove: www.bluenove. com Leader français des services d’Open innovation


3.2.3/ Gouvernance digitale : un modèle possible?

L’appropriation par les collectivités publiques des TIC se décline

à plusieurs échelles : développement des outils de sécurité collective, amélioration de la circulation, gestion des crises, administration décentralisée des territoires, meilleure participation des citoyens à la vie démocratique locale. Autant dire que ces technologies sont perçues comme des opportunités de création de nouveaux espaces publics virtuels participatifs d’une construction d’une démocratie en réseau basée sur une intelligence informationnelle collective comme cela a pu être le cas été le cas lors des révolutions du printemps arabes qui se sont appuyées sur la capacité de la société en réseau à contrebalancer les forces de pouvoir et de contrôle. La question est de savoir si ces nouveaux outils peuvent accompagner les processus de concertation et de débat public , la e-gouvernance est-elle envisageable aujourd’hui et dans nos cas d’étude? Nous avons vu que les projets du Senseable City Lab ont à chaque fois bénéficié d’expositions officielles afin de toucher au maximum l’opinion publique : biennale de Venise de 2006 pour Real Time Rome , publication médiatique sur le web pour le Cloud et exposition au Singapore Art Museum et à la biennale de Singapour pour Live Singapour en 2011. Un certain nombre de dispositifs entrent donc en jeu avant d’imaginer une administration digitale et totalement ouverte au public comme instrument de gestion des territoires urbains. Afin de partager les recherches tournant autour du transfert technologique il doit y exister un véritable travail de fond du secteur. Peut être cela réside-t-il dans la façon dont sont communiqués les projets, surtout auprès de populations pour qui le langage numérique nécessiterait peut être un certain décryptage ? Dans le discours de ces politiques urbaines avant-gardistes, le rôle de la démocratie n’est plus à expliciter, il est omniprésent mais il parait encore difficile d’imaginer que le travail d’aménagement du territoire puisse prendre en compte et ce en temps réel les avis des riverains sur la construction de la ville.

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Image 11 : Schéma représentant les relations entre l’informatique omniprésente et l’innovation sociale. (2010 )Source www.senseable.mit.edu

Bien entendu

l’idée serait d’améliorer les prises de décisions des élus en faisant réellement participer la société civile, pourtant dans aucun des projets du SCL cela n’est vraiment réel pour l’instant, et même dans le cas de Singapour, cela reste une plateforme qui reçoit des flux de données, une sorte de bibliothèque et une autre question reste, savoir si ces données seront gratuitement mises à la disposition des usagers par les fournisseurs de ces informations. Est ce que les applications qui en découleront seront démocratisées et réellement accessibles alors que nous sommes encore freinés par un fossé, cette fracture numérique à l’origine de nouvelles formes d’inégalités? Est ce que la démocratie digitale sera pilotée par des entités publiques ou privées alors que pour l’instant celle-ci reste gérée par des groupes de recherche universitaire tels que le Senseable City Lab ou sa filère SMART? Finalement nous revenons à la question d’accessibilité, notion fondamentale pour la fabrication de cette Real Time City, alors en dehors de la gouvernance et de l’économie comment répondelle à la problématique de la ville durable qui bien entendu inclue non seulement la question environnementale mais aussi la dimension sociale de réduction des inégalités ?

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4 Real time city et environnement : better stronger, smarter?

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4.1/ Enjeux face à la crise environnementale 4.1.1/ La question énergétique

Les villes représentent 2% de la croûte terrestre, 50% de la popu-

lation mondiale, mais aussi 80 % des émissions de CO2 et 75% de la consommation énergétique. Les enjeux de l’urbanisme et de l’architecture face à la crise environnementale reposent sur quelques points essentiels : l’optimisation de la mobilité, la diminution de l’utilisation des ressources énergétique, la valorisation des énergies renouvelables, et enfin l’emploi de matériaux à empreinte écologique faible. Nous savons aujourd’hui que la ville représente un écosystème durable de part sa densité élevé et le partage des infrastructures par ses habitants, lorsque ces dernières sont efficaces. Des études telles que celle réalisée par la société privée de télécommunication suédoise Ericsson45, démontre que les villes les plus connectées d’un point de vue des TIC sont les mieux placées pour répondre à des enjeux concernant la gestion de l’environnement, des infrastructures, de la sécurité publique, de la qualité des soins de santé et de l’éducation. C’est une analyse qui montre un lien entre les investissements dans le domaine des TIC et le développement durable. Les villes les plus perforantes selon ce classement ( Singapour, Stockholm, Séoul, Londres et Paris ) seraient donc plus à même de gérer la crise environnementale et Singapour par exemple mène une politique dynamique d’innovation en matière d’e-santé et joue déjà un rôle pionnier dans la gestion des congestions autour de la mobilité au sein de son territoire insulaire. Dans le même état d’esprit, le Senseable City Lab mise sur la promotion des TIC comme moyen d’expansion du contrôle de l’Homme sur son environnement via la création d’interfaces électroniques intelligentes. Il s’inscrit totalement dans les théories de la cybernétique au secours de l’Homme issues des années 30 et on peut dire qu’il y a une sorte de revival de ces utopies et autres architectures paramétriques, dont Rem Koolhaas et ses mégastructures ou bâtiments intégrateurs, se fait l’un des héritiers les plus contemporains. Ce sont ici des propositions qui veulent urbaniser les outils numériques, pour arriver à des systèmes cybernétiques pouvant en aval être actionnés par des usagers avertis : c’est l’idée de la rétroaction.

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45 Rapport annuel de la compagnie Ericsson :www. slideshare.net/EricsonFrance/ericsson-annual-report2010


La première phase passe par une transformation des espaces

46 L’expression ville-machine fait référence au projet de la Ville contemporaine de trois millions d’habitants (1922) de Le Corbusier, projet théorique de ville de l’ère industrielle, densifiée en son centre par la juxtaposition de gratte-ciel ( Plan Voisin, 1925) et manifeste d’une nouvelle architecture rationnelle, fonctionnelle et systématique. 47 IBM Smarterplanet www.ibm.com/smarterplanet.com Site récapitulatif des innovations avant-gardistes et nouveaux services que propose le groupe IBM dans la conception de technologies reliées aux infrastructures nationales à travers le monde afin de créer des systèmes et processus intelligents interagissant avec la ville.

physiques en interfaces technologiques pouvant procéder à des algorithmes de calculs de différents paramètres liés à la ville : la consommation énergétique, la synchronisation des transports en commun etc... Le Senseable City Lab soutient le fait qu’en améliorant numériquement les domaines de planification des villes, des solutions naitront comme la possibilité de réduire l’empreinte carbone des bâtiments qui seront eux même perçus et conçus comme de réelles machines 44 dont il suffirait d’en comprendre le mode d’emploi. Les visualisations du projets Live Singapore s’inscrivent dans cette optique de convergence de données, en rendant compte par des animations , la consommation d’énergie dans certaines parties de la ville, ou encore en traçant les flux de personnes ou marchandises arrivant de l’extérieur, Singapour étant un carrefour central du réseau de transport international (hub). En effet le laboratoire s’intéresse non seulement au flux des personnes mais aussi à celui des objets en cherchant à établir une traçabilité de ces derniers pouvant nous éclairer sur la pollution que cela entraîne. Pour cela il travaille avec de puissants groupes tel que IBM, qui a créé sa section ville 2.0 appelée Smarter Planet47dans laquelle les chercheurs expérimentent la gestion automatisée de compteurs , capteurs et autres technologies de pointe pour l’adoption de réseaux intelligents, tels que des capteurs relevant la qualité de l’eau en temps réel, ou encore dans le cas de Singapour pout connaître la consommation d’énergie. Les scientifiques utilisent des logiciels leur permettent de prendre en compte des paramètres environnementaux tels que l’accès solaire (chemins solaires, la densité moyenne d’ombre, gain d’énergie solaire au moyen d’enveloppes solaires, le ciel à la carte des facteurs), la consommation d’énergie (surface-volume élevé et les zones passives / non-passive), la ventilation, le vent, l’accessibilité des piétons et la perception visuelle des espaces ouverts. L’utilisation de logiciels motorisés pour une gestion durable des systèmes semblent ouvrir de nouveaux horizons sur la planification urbaine, pourtant, ces outils technologiques sont-ils soutenables et donc économes en énergie fossiles, et ce jusque dans leur propre matérialité ?

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4.1.2/ De l’écran à la réalité construite

Les technologies numériques sont aujourd’hui écologiquement

Image 12: Croquis de la récupération cinétique de l’escalier du Cloud. (2009) Source : senseable.mit.edu

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coûteuses et consuméristes, pourtant les scientifiques du Senseable City Lab affirment que l’utilisation des TIC dans la planification urbaine aura moins d’impact écologique que les précédentes révolutions du fait de la légèreté et la performance des dispositifs créés. On parle tout de même de fibre optique traversant des océans, de capteurs en matériaux polluants ou encore d’écrans LED en guise d’enveloppe architecturale, alors comment passe t-on de l’écran à la réalité physique et quelles sont les réponses du Senseable City Lab concernant les traces de l’impact environnemental de leurs propres technologies ? Le Senseable City Lab expérimente un échange continu d’informations entre le développement des scénarios, la visualisation de données et le développement d’un prototype physique du système : produit ou service. Dans ces activités de conception ils essaient de gérer l’innovation et le service au même moment. Les visualisations des données qui sont recueillies dans le contexte urbain illustrent des scénarios et sont là pour stimuler l’intérêt du public, des médias et de la communauté scientifique afin d’ouvrir des opportunités pour passer de la phase de prototype au produit industriel et/ou architectural. Les analyses et projets du Senseable City Lab choisis font preuve d’une évolution dans le processus de recherche du laboratoire qui tend à matérialiser physiquement les dispositifs qu’il a créé. Pour ce qui est de l’empreinte écologique des procédés, les propositions du Senseable City Labrestent encore conceptuelles puisque pour l’instant seules des projections cartographiques à interfaces 2D statiques ou animées ont été le support physique de ces études. Cependant on peut tout de même discerner une volonté de passage de l’écran à la réalité construite, réalité qui tend jusqu’au manifeste à l’échelle architecturale avec le projet du Cloud. Ici le Senseable City Lab matérialise son parti pris par la projection d’un bâtiment intelligent à neutralité carbone fonctionnant grâce à l’énergie qu’il produit. En effet doté de panneaux photovoltaïques et autres capteurs solaires, il récupère sa propre énergie avec l’électricité regagnée sur les mouvements de freinage des ascenseurs inspirés des voitures hybrides ou encore l’escalier a énergie cinétique transformant l’énergie des visiteurs venus à pieds ou à vélo. Mais là encore, il est difficile de faire une évaluation car même si ces solutions durables restent un défi à relever, il reste qu’en cas d’imprévu une telle dépendance technologique parait difficile à résoudre, même si le laboratoire propose un cycle fermé dans la consommation d’énergie. Sachant que le Cloud est un bâtiment-écran à part entière, l’énergie produite par la récupération cinétique des usagers ou le mouvement des ascenseur est-elle réellement suffisante au bon fonctionnement de l’édifice? Est ce que ces technologies ne seront pas obsolètes au terme de quelques années?


Image 13 : Croquis des concepts énergétiques du Cloud (2009) Source www.raisethecloud.org

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Image 14 : Croquis des concepts énergétiques du Cloud (2009) Source www.raisethecloud.org

Figure 11 : Cartographie animée de la temprétaure de Singapour, (2010) Source www.senseable.mit.edu

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A Singapour et dans beaucoup de grandes villes tropicale, lorsque la température monte il en resulte une plus grande utilisation d’air conditionné, ce qui entraîne encore une augmentation des températures. Cette animation montre l’élévation de température estimée (en haut) et la consommation d’énergie (en bas) dans différentes parties de Singapour. Source senseable.mit.edu


4.2/ Ville efficiente

La ville durable se doit de réaliser ses objectifs avec une optimisation des moyens engagés, tout en cherchant des réponses face à la crise énergétique elle ne doit pas oublier les principes d’efficacité et de confort, c’est la ville efficiente, une ville qui trouve des solutions face aux problèmes de mobilité, une ville qui propose des innovations en vue d’améliorer l’urbanité des lieux.

4.2.1/ Connectivité et mobilité 2.0

La qualité de la mobilité dans la ville contemporaine qui met

en relation et permet la circulation de biens et personnes, inclue aussi la pertinence des informations des déplacements au sein du réseau même. Un transport efficace est essentiel à la compétitivité économique d’une ville, et les problèmes de congestion sévères sont connus pour être responsables d’une large part des émissions de CO2 que les autorités veulent espèrent réguler Les enjeux se situent désormais aussi bien dans la qualité des infrastructures permettant la mobilité mais aussi dans la coordination entre les services annexes qui tendent à s’adapter d’avantage aux besoins individuels. Au niveau politique, cela implique une coordination entre la ville, les autorités de transport régionales et nationales et les agences, les concepteurs et les fournisseurs de services de transport. La collaboration entre ces entités multiples est essentielle pour élaborer des stratégies cohérentes, des politiques cohérentes et mais aussi des protocoles qui assurent une exécution coordonnée. Cette planification à long terme des autorités nationales et internationales de transport inclue une amélioration de l’expérience de transport à la clientèle, sensée encourager une plus grande utilisation des services de transports publics. A Londres par exemple, la société de transport, qui a la responsabilité de tous les modes de transports publics au sein de la zone métropolitaine a développé une approche globale et intégré étalé sur durant 20 ans et fortement axée dans l’utilisation des TIC. Quels sont les solutions du Senseable Lab pour la mise en œuvre de transports intelligents? L’analyse Wiki City Rome durant La Notte Bianca produit des visualisations qui permettent aux chercheurs de savoir à l’occasion d’un évènement culturel aussi majeur les prises de décision des usagers au moment où ils ont la possibilité d’accès à des données en temps réel, et d’anticiper la synchronisation des transports en aval.

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Figure 12 : Carte dynamique des événements de la notta Bianca de Rome (2007) . Source senseable.mit.edu

Des trois études de cas, Live Singapore est le projet le plus abouti

en ce qui concerne la connectivité des principaux modes de transport et l’amélioration des services d’information aux voyageurs en temps réel. C’est la création de ces fameuses plate-formes offrant des gammes de services au clients intégrées à un transport multimodal qui proposent la transmission d’alarmes permettant aux usagers d’être informés par exemple sur la connectivité entre la disponibilité de taxis dans la ville lors de conditions climatiques extrêmes tels que les averses durant la mousson. Cette façon d’améliorer l’expérience des transports par le biais des services Web de planification de trajet, peut en effet aider les clients à optimiser leurs déplacements entre les différents modes, en augmentant l’efficacité de ces derniers. Ces services peuvent être fournis via des téléphones mobiles et autres appareils mobiles. De nombreux usagers des transports ont des comportements profondément ancrés en fonction de leurs perceptions de la commodité, la fiabilité et le coût des modes de transport alternatifs. Afin d’optimiser le réseau de transport et d’encourager le transfert modal, les villes ont besoin de modifier les attitudes des clients concernant le coût, la valeur et l’utilisation des systèmes de transport. Dans le cadre de Live Singapore, les données sont recueillies sur les déplacements des clients, les préférences et habitudes afin d’influencer plus efficacement les comportements grâce à des incitations. Pour cela, le Senseable City Lab collaboration travaille avec les institutions publiques de la ville de Singapour comme LTA (Land Transport Authority de Singapour) qui accueille près de 3 millions de personnes par jour dans ses services d’autobus et de train. 78

Carte dynamique des événements qui se produisaient dans la ville de Rome lors de la notta Bianca. Ils sont indiquées à l’emplacement correspondant sur ​​ la carte au moment de leur déroulement une superposition de couleurs scintillement illustre comment les Romains déménagent dans la ville (utilisation de téléphones portables) . Source senseable.mit.edu


Il faut garder en mémoire que les pouvoirs publics Singapouriens travaille aussi avec d’autres laboratoires de recherche tel que IBM Smarter Cities Research qui expérimente des réseaux de capteurs efficaces afin de prévoir et gérer l’utilisation des ressources naturelles et l’infrastructure physique - l’eau, les transports et l’énergie.

Carte isochronique de la circulation automobile au cours de la journée à Singapour. Les déformations sont proportionnelles au temps de déplacement, et relève des changements dans le cours d’une journée de week-end ou une journée en semaine. www.senseable.mit.edu

Figure 14 :Carte dynamique du flux de personnes et marchandises passant par Singapour, plus grand du monde port à conteneurs de transbordement et l’un des pôles les plus fréquentés de l’aéroport dans le monde) .(2010) Source senseable.mit.ed

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4.2.2/ Matérialité : nouveaux sens

Les nouveaux services issus de la volonté d’optimisation de la

mobilité ont une certaine matérialité qui nous fait basculer dans ce que le MIT appelle la ville plate-forme, ville interface, ville sensible transcendant le quotidien et apportant de nouvelles expériences visuelles. L’utilisation des médias numériques pour concevoir cette expérimentation alternative dit se baser sur une augmentation des sens humains, avec une apsiration à développer une dimension sensorielle au-delà de la prévalence de la vision et d’intégrer les autres sens acoustique, olfactif, et tactile dans les espaces urbains. Différents capteurs peuvent enregistrer en temps réel des informations sur l’environnement, et les mouvements, les processus et les identités des personnes et des objets qui convergent à créer une ville interactive. Le Senseable expérimente en mai 2009 en collaboration avec la ville de Florence, un nouveau type de mobilier urbain à l’image des Media Poles de Séoul, soit un abribus/interface multi usages appelé l’ Eye Stop dévoilé lors du festival Fiorentino Genio. Ce prototype entièrement tactile propose de vérifier l’information communautaire, la qualité de l’air local ou encore d’envoyer des e-mails. Au contact d’un doigt, les passagers peuvent obtenir le trajet le plus court de bus vers leur destination ou la position de tous les bus de la ville depuis il devient incandescent à différents niveaux d’intensité pour signaler la distance d’un autobus qui approche. Ce dispositif répond à la présence de voyageurs par un affichage graphique sensible s’adaptant au contact des usagers et chaque abribus s’adapte à son environnement (exposition au soleil) grâce à la présence de surfaces photovoltaïques. Cette architecture high-tech reste complexe pour les améliorations proposées en aval. Les analyses de Rome ne possédaient pas encore cet avancement de technique , mais pour ce qui est du Cloud et de Singapour, on peut imaginer que ce type de connaissance technologiques seraient déclinées pour insérer des interfaces sensibles. Pour l’instant il semblerait que l’aspect physique de la de Real Time City soit encore à l’état de prototype.

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Image14:Croquis du Concept de peau numérique (2009) source www.senseable.mit.


Déclinaisons des expériences possibles des usagers du numérique en temps réel dans l’espace public, source www.senseable.mit.edu/

Image 16 : Photo montage du concept de peau numérique de l’abribus Eye Stop du MIT Senseable City Lab, Enveloppe informationnelle ,(2009) source www.senseable.mit.edu

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Représentation 3D du prototype de l’abribus Eye Stop du MIT Senseable City Lab, source www.senseable.mit.edu

Image 18: Photo-montage de l’abribus Eye Stop du MIT Senseable City Lab (2009)

Image 19 : Photo-montahe de l’abribus Eye Stop du MIT Senseable City Lab, (2009) source www.senseable.mit.edu

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5 Les faiseurs de ville se mettent au numĂŠrique: reprĂŠsenter et communiquer

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5.1/ Nouveaux processus de création 5.1.1/ Nouvelles compétences : les cartes dynamiques

La question de la représentation des cartes intégrant les don-

nées récoltées en temps réel est à l’origine de nouvelles visualisations qui combinent représentations de l’espace géographique et informations chronologiques de la de la quantité de présence humaine. Ces cartes vivantes tentent de raconter des histoires urbaines qui jouent avec un certain imaginaire urbain, des cartographies cognitives qui brouillent d’avantage la limite entre réel et fiction. Ces cartes dynamiques permettent de collecter des données qui servent à évaluer et anticiper les mouvements humains qui l’accompagnent comme celui d’un organisme vivant, celui de la ville. Les modélisations des analyses et projets du MIT Senseable City Lab appartiennent beaucoup plus à la simulation, au diagramme, ou au graphe par une abstraction du territoire tel qu’il existe dans sa topographie qu’à la réalité physique des lieux, car cette dernière disparait petit à petit pour mettre en valeur , les mouvements des individus, l’imaginaire, et la trace des activités urbaines qui permettent de qualifier la ville. La superposition en transparence de ces représentations sur des cartes classiques offre un aperçu des différentes couches de la complexité des données observées permettant la naissance de nouveaux imaginaires donc de nouveaux processus de création urbaine qui ouvrent des possibles en matière d’intervention et d’interaction publique. Dans ces visualisations il existe une modification du regard du citadin face à son environnement et une volonté des acteurs urbains à percevoir et penser la ville autrement. Avec ces visualisations, les chercheurs peuvent montrer comment les utilisateurs se comportent et transmettre un sens fort du scénario. Ces expérimentations permettent par la suite de développer des produits ou services prototypes. L’espace cartographique de ces représentations se construit à partir de grilles au sol auxquelles sont rajoutées des entrées tel que le temps ( généralement en ordonnée) utilisant les technologies du numérique d’aujourd’hui. Les visuels dynamiques des empreintes numériques urbaines se déclinent en vue perspective 2D pour la représentation des flux de trafic ou vue perspective 3D pour représenter des concepts tels que le volume d’activité dans l’espace urbain (reliefs d’intensité de signaux).

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L’échelle à laquelle les données sont présentées dans ces visuali-

sations représente la sensibilité de l’information recueillie. Dans l’analyse Real Time Rome, la vue en perspective 3D donne un sens de l’émotion collective de la ville. Les visualisations montrent des pics dans le volume d’appels pendant les moments d’agitation comme lorsque l’Italie marque un but durant la Coupe du Monde, révélant ainsi le paysage émotionnel de la zone étudiée, soit une grille horizontale de 250m2 dans le centre historique de la ville. (Force des signaux de communications) L’enregistrement des activités humaines au détail utilise les TIC afin de simplifier l’analyse des données et dans le même temps élargir la sensibilisation sur les nouvelles façons de recueillir des informations et leur potentiel en termes de services et les connexions. Ces représentation ou «peaux numériques» des espaces urbains, essaient au maximum d’être un langage visuel simple et clair. Ils véhiculent la dynamique sociale d’une foule, qui sont des phénomènes réels, en utilisant les données informationnelles. Cependant, les données n’étant pas des outils d’analyse visuelle elles ne fournissent ces sources quantitatives ne donnent pas d’information sur l’aspect qualitatif de ce qu’elle expriment, ce qui représente une difficulté, les cartes n’ayant pas toujours un équilibre entre esthétique et fonctionnalité. Pour cela les chercheurs du SCL utilisent la couleur, la saturation et la luminosité pour augmenter l’impact esthétique et émotionnel des visualisations. En effet, ces cartographies jouant sur les émotions sont accompagnées de sons audio qui se calquent sur les éléments fluides ( flux de circulation des transports en commun ou piétons) tandis que les éléments stables accueillent l’utilisateur répéré spatialement par un curseur comme dans les applications Google Maps / Google Earth. Dans le projet du Cloud l’idée d’un affichage 3D informatif sur le ciel de Londres est la solution d’implantation physique du numérique dans la ville proposée par le Senseable City Lab. Même si le contenu des informations affichées est intéressant car révélateurs de données telles que la météo ou encore le trafic des transports en commun, le médium utilisé n’est pour autant pas très innovant en dehors du fait qu’il soit un peu plus dématérialisé que les panneaux d’affichage publiques que nous connaissons déjà. Live Singapore, utilise les mêmes processus de représentation que Rome, projection sur fond noir, intensité représentée par des couleurs et selon la saturation et la densité de chaque point de couleur projeté en ordonnée (usage du téléphone portable, consommation énergie par quartier).La différence se trouve dans le fait que ces visualisations là soient de l’ordre de 6 animations (environ 2 minutes) et non pas des projections statiques.

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Carte inspirée de l’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle, Source www.senseable.mit.edu

Figure 16 : Vue aérienne du niveau de bruit recueilli des vélos dans la Ville de Copenhaguepour le projet The Copenhagen Wheel (2009) Source www.senseable.mit.edu

Cartographie dynamique des données mobiles de transport en commun . Les lignes jaunes représentent les bus en temps réel et le rouge correspond à la densité de la population. septembre 2006 . Source www.senseable.mit.edu 88


a/ Visualisation de la connexion entre la structure de la ville et les mouvements des habitants d’Amsterdam.(GPS) 2003 b/ San Francisco, Cabspotting : retracer les mouvements des taxis en temps réel à travers la ville (GPS) c/ Real Time Rome; cartographie des appels téléphoniques sur la géographie de la ville lors des finales de la Coupe du monde de match et un concert de Madonna (2006) d/ UrbanMobs : visualisation de l’activité du réseau dans toute la ville du trafic cellulairede la Paros e/BioMapping par Christian Nold : cartographie utilisantune GSR (réponse galvanique de la peau) , soit un appareil pour mesurer comment les gens réagissent psychologiquement à différents domaines de la ville, (3D faite sur Google Earth) f/ Visualisations de données recueillies directement auprès des individus consentants est CamMobSense à Cambridge, Royaume-Uni: à des capteurs montés sur les piétons et les cyclistes, CamMobSense surveille la pollution dans la ville et les relais les données recueillies sur un site Web en temps réel.

Figure 18 : Différentes cartographies dynamiques possibles Source www.senseable.mit.edu

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Figure 19 : Différents niveaux d’information surveillées par des capteurs du MIT Senseable City Lab dans la Ville de Copenhaguepour le projet The Copenhagen Wheel ,(2009). Source www.senseable.mit.edu

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5.1.2/ Innover ou disparaître ? Ces systèmes technologiques finalement très lourds à faire fonctionner demandent des compétences techniques informatiques très poussées : formatage de données, codage de scripts, avant de commencer à produire des résultats exploitables. Est ce que la connaissance de ces techniques favorisent les démarches réflexives des acteurs à la fabrication de la ville? L’expertise spatiale demandée aux architectes et aux urbanistes les poussent aujourd’hui à réfléchir à un design adapté à l’âge de l’information. A chaque avancée tehcnologique se pose la question de l’innovation disciplinaires et comme le Bauhaus l’a fait en son temps avec la révolution industrielle, aujourd’hui l’utilisation des TIC ouvrent de nouveaux possibles. Certains s’orientent vers une architecture paramétrique calculée et projetée à l’aide de logiciels 3D, dans une sorte de convergence entre outil et l’objectif, et avec la conviction que la modélisation virtuelle est une métaphore de matérialité suffisamment crédible pour alléger les réflexions de faisabilité afin de rester concentré sur la production d’images. Ce type d’architecture a souvent été critiquée et assimilée à un caractère fortement ornemental que l’utilisation exacerbée de l’ordinateur a permis. Nous avons vu que pour le MIT Senseable Lab le parti pris est celui d’une architecture de l’information, comme un moyen de représentation spatiale des données récoltées , c’est l’idée du Cloud. Selon le laboratoire de recherche, certains concepteurs pourraient tout à fait choisir de poursuivre ce qu’ils font le mieux à savoir la conception des volumes physiques et des espaces quand d’autres auraient tout intérêt à s’adapter à des nouveaux processus de conception en incluant d’avantage des TIC. Mais sans pour autant prendre de parti, il reste assez évident que même si des acteurs de la ville d’aujourd’hui et de demain décident de ne pas suivre ce mouvement, ils doivent pour autant en connaître les tenants et les aboutissants, ne fusse que pour garder un avis critique, car les TIC aujourd’hui manifestes et symboles d’une société nouvelle, sont encore perçus comme vecteurs d’image et d’esthétique ne représentant pas vraiment la réalité s’il ne sont pas combinés avec des outils plus traditionnels tels que la maquette qui nous fait directement rentrer dans la matérialité.

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5.2/ Manifestes et symboles 5.2.1/ Sémiologie : références, analogies , et limites du langage numérique en temps réel

Imaginer c’est produire une image mentale. Les cartographies

dynamiques étudiées relient des notions multiples de l’espace urbain : l’espace public physique, émotions et espaces virtuels. «Pour vendre du rêve, il faut savoir gérer l’imaginaire de ses clients » Citation (Musso Pierre, Ponthou Laurent et Seuillet Eric, Fabriquer le Futur 2, L’imaginaire au service de l’innovation , Editions Village Mondial ,Collection Stratégie, 2007) . Ces expérimentations constituent ainsi une base de réflexion et de création s’appuyant sur des références de représentations antérieures comme l’imagerie médicale intrinsèquement liée au pouls et au système nerveux, qui fusionne différentes natures de médias. Ces représentations font appel à l’imaginaire afin de créer des images mentales de pratiques urbaines, qui cultivent les ambivalences de récits collectifs et individuels dans la production et dans l’anticipation des pratiques et usages devenant à elles toutes seules des éléments incontournables du processus de la création urbaine. Pourtant et ce même en devenant un outil de communication et de production spatiale cognitive, les visualisations des données massives de notre environnement récoltées par les laboratoires ne changent pas les exigences du projet urbain. Real Time Rome utilise des analogies de rythme proches du signal des électrocardiogrammes (rythme et fréquence du pouls de la ville) ainsi que celles de l’imagerie par résonance magnétique (IRM)sans en oublier le côté luminescent. Les projections publiques des visuels durant la Notta Bianca en 2007 ont été faites de nuit, et participent à créer un langage nocturne, mêlant la fascination et dématérialisant au maximum le contenu des informations. Il est facile de faire un parallèle avec les représentations perspectives 3D de nuit qui ont envahi un temps la production graphique des projets architecturaux et urbains au début du numérique jusqu’à ce qu’elles posent la problématique de la matérialité de ces dernières, et surtout du décalage entre ces images et les objets construits par la suite.

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Le projet du Cloud lui joue avec la métaphore d’une matérialité

légère qui «s’adapte « au contenu qu’elle abrite avec des références toujours autour de la transparence , de la perméabilité, d’où l’utilisation du nuage, vapeur , gouttes d’eau flottant dans les airs et dont la forme peut être modifiée par l’action du vent.... Les codes de couleurs bleu, blanc, gris, font un rappel à la translucidité de l’édifice, à son côté cristallin, dématérialisé par des sphères sensées être le manifeste formel de l’innovation de l’architecture informationnelle. Pourtant ces mêmes sphères sont peu différentes de références historiques datant du début du 20ème siècle avec les dômes géodésiques de Buckminster Fuller , la ville flottante de Yona Friedman, et pour sa structure en tour de turbine, des construction datant des années 1990/2000 telles que le Berlin Reichstag de Norman Foster ou encore la Killesberg Tower de Schlaich Bergermann un Partner. Serait ce anachronique pour une innovation sensée représenter l’architecture du 21 ème siècle? Même si le matériau principal à savoir le plastique ETFE (éthylène tétrafluoroéthylène) est lui innovant parce que semi-critallin, peu cher et véritable alternative au verre ,utilisé dans des projets comme l’Eden projet en 2005 (Cornouailles Royaume-Uni) , le Watercube en 2008 ( Beijing) ou les nombreuses installations artistiques en structure gonflables de Thomas Saramento, cela justifie t-il que l’on puisse réellement considéré ce projet innovant? Est ce que dans ce cas précis le projet architectural donc l’espace et la structure n’a t-il pas été secondaire à côté du discours sur l’information et des visuels résultant de ce parti pris? En France par exemple il est conseillé de ne pas trop divulguer dans la communication publique des images 3D représentant le projet futur au risque d’agrandir le décalage inévitable entre les images 3D peut être trop réalistes et les futurs édifices à construire, pourtant, dans le projet du Cloud le Sensable City Lab consacre une quinzaine de pages accueillant des perspectives très précises du futur édifice. Lorsqu’il est question de phase analytique comme pour Real Time Rome ou Live Singapore, cela n’est pas forcément un mal car on a bien vu que la communication des données doit s’appuyer sur un imaginaire pour parler de phénomènes immatériels. Le problème c’est le changement d’échelle : lorsqu’ on reste dans des cartes ça va mais quand on cherche la matérialité architecturale la matière résiste.

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Photographie 10: Buckminster Fuller, Dômes Géodésiques, (1948), Source arkinetblog.wordpress.com

Image 20: Montage de Yona Friedman, Cartoline postali (Venezia), Spacial City, mixed technique on paper. 20 x 30 cm (courtesy of Galleria Massimo Minini),(1969 + 2009) Source www.domusweb.it

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Photographie 11: Tour d’Observation de Killesberg de Shlaich Bergermann und Parter (2000) Source www.yale.edu

Photographie 12: Berlin Reichstag de Norman Foster,(1990), Source www.yale.edu

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THE CLOUD Date/Lieu

2009 Londres

Exposition

Présélection pour le concours du village olympique aux J.O de Londres 2012

Echelle

120 mètres de tours treillis + Sphères bulles en plastique interconnectées posées sur les tours et stabilisées par des câbles métalliques

Evènements/ Applications directes

Jeux Olympiques de Londres 2012

Concepteurs/ Partenaires

Architecte Carlo Ratti (Directeur du MIT Senseable Lab ) et associé Walter Nicolino (Architecte et chercheur au MIT Senseable Lab) Alex Haw (Architecte et concepteur numérique de l’Agence Atmos spécialisée en expérimentations et installations sur l’art public et l’architecture à Londres) Schlaich Bergermann und Partner Joerg (Ingénieur expert en structures légères ) Studio FM Milano(Design graphique) GMJ (Experts en Visualisations) Arup (Ingénieurs) Agence Ter (Paysagistes) Tomas Saraceno (Artiste) Umberto Eco (Ecrivain)

Utilité

Parc vertical , pont d’observation, écran d’affichage des flux personnalisés des londonniens pendant les J.O Baromètre sensible des événements ayant lieu dans la ville en temps réel + consommation énergétique + trafic Internet

Commanditaires/ Financements

Comité International Olympique de Londres 2012

Utilisateurs

Habitants de Londres + Visiteurs et touristes

Indicateurs/ Unité mesurée

Bits + Intensité des écrans LED (Diode electroluminescente)

Image 21 : Principes structurels des tours en turbines et fondations.(2009) source www.raisethecloud.

Quantités visualisations org

100 slides

200m 150m 100m 50m

120m

Plan du secteur de l’opération fenêtre augmentée, source

Image 22 : Echelle du Cloud dans le skyline de Londres. Valérie Mavoungou

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Image 23 : Principes structurel des sphères principales,(2009) source www.raisethecloud.org

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Structure du Water Cube, Beijing, 2008 Source www.raisethecloud.org

Eden project, Parc touristique et jardin composé de serres abritant des écosystèmes soutenables 2001 Source www.eden-project.net

Thomas Saramento, exposition à la Hayward gallery, Londres 2008. Source www.tomassaraceno.com

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Des étudiants de l’école d’architecture d’Oslo, ont par exemple

développé un projet de représentation de la connexion Wifi des lieux où ils étudient grâce à des techniques de récupération de données TIC permettant la recherche d’un design qui contribue à représenter ce que tout le monde connait mais dont la perception visuelle échappe et reste un mystère. Ce sont des projets conçus avec de nouveaux matériaux tels que les services, vidéos, animations, interfaces, logiciels ou connectivités... Le défi reste dans la convergence avec la réalité physique, car même si le fantasme de la société de l’information tend vers une dématérialisation des enveloppes architecturales, permettant un continuum entre intérieur , extérieur et information, il reste que les questions formelles, structurelles et tout simplement matérielles doivent être relevées et améliorées. On ne peut pas faire abstraction de ce qu’est véritablement l’essence de ces disciplines du projet urbain et architectural, qui demande certes une multitude de compétences et un renouvellement de ces dernières dans le but d’innover mais qui reste avant tout un art de bâtir .

Photographie 16 :Projet Making wifi visible d’étudiants de l’école d’Architecture d’Oslo, (2011) Source www. yourban.no

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5.2.3/Déterminisme technologique : e-topia et réalité

La ville informationnelle est basée sur des idéaux urbains qui

épousent le rythme d’une manière ou d’une autre les révolutions technologiques et des nouveaux modes de production. Le Senseable City Lab s’inscrit dans une tradition du MIT qui inclue le progrès comme dispositif d’amélioration de la société et de sa traduction spatiale : la ville. A la renaissance, le soucis de représentation se situait d’avantage dans la rationalisation de la ville et la cartographie était là pour représenter la géométrie finie d’un projet ou d’une utopie, au 19ème siècle la représentation était d’avantage axée sur les nouvelles infrastructures liées à la révolution industrielle et aux nouveaux réseaux traversant la ville tout en la reliant à d’autres entités territoriales et aujourd’hui les cartes dynamiques en liaisons avec des capteurs proposent de représenter des données spécifiques à un temps donné : c’est la ville numérique en temps réel. William Mitchell professeur d’architecture et en arts médiatiques et des sciences et doyen de l’Ecole d’architecture et de la planification du MIT parlait déjà dans les années 90 de la ville de bits informatiques48 qui engloberait lieux virtuels , physiques, liaisons de télécommunications , circulation des piétons et systèmes de transport motorisés. E-topia une autre de ses théorie prospectiviste est un lieu électronique qui renvoie à l’idée d’un pays utopique et imaginaire de Thomas More , entièrement desservi par voie électronique dans le contexte d’un monde hyper connecté. Dans son essai, W. Mitchell attire l’attention sur le fait qu’ en plus des avantages et des inconvénients des progrès technologiques, une perspective plus large, critique et axée sur l’action de la réalité émergente reste indispensable, les pixels occupant le même rôle que la pierre pour les Romains. Ici l’idéologie d’une culture où la technique numérique serait le principal vecteur de vérité est assez claire, et le discours s’articule entre savoir et culture pour la transmission d’une vision du monde. D’autre part des intellectuels tels que la sociologue et économiste américaine Saskia Sassen se sont intéressés au processus d’urbanisation de la technique afin d’échapper aux théories fatalistes de déterminisme technologique. Selon elle, la ville doit pouvoir être hackée contournée, car elle s’enferme dans des systèmes intelligents sensés la maîtriser totalement, c’est à la désurbanisation que l’on risque d’arriver parce que ces systèmes sont fermés. Bien entendu avec Live Singapore le SCL promet l’intervention des usagers dans la planification urbaine grâce aux technologies déployées, mais encore nous revenons à la question de la surveillance. Dans tous les cas il existe des dérives des ces villes numérisées en temps réel, et certains effets pernicieux comme la reconnaissance faciale qui peut devient un inconvénient dangereux, mais plus grande encore est la dérive d’en oublier la qualité de son matériaux principal: l’espace.

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48 Mitchell William J., City of bits, MIT Press, 1996 49 Mitchell William J. , Etopia, Editions MIT Press, 1999


Conclusion Temps réel, ville consommable, et l’espace dans tout ça?

L’étude des analyses et projets, Real Time Rome, le Cloud et

Live Singapore du MIT Senseable City Lab a permi d’aborder de multiples facettes de la construction d’une pensée contemporaine en vogue, celle de l’innovation urbaine passant par l’utilisation de nouvelles technologies d’information et de communication en temps réel, ainsi que les controverses que cette dernière entraîne aussi bien au niveau philosophique, politique, économique, éthique ou visuel. La ville numérique en temps réel, est une ville qui propose essentiellement des services et des applications prenant la forme de cartographies-multimédia qui ont se donnent pour défi d’augmenter la réalité des usagers dans le but de faciliter leur quotidien en s’aidant de la technologie informatique. Le temps est une des valeurs ajoutées à la perception et la compréhension des portions de tissu urbain analysés qui permet aux chercheurs du Senseable City Lab un travail d’anticipation et de réflexion sur les possibles que cette donnée engendre. Carlo Ratti dit s’inspirer du travail de collectifs de recherche d’architectes tels que Archigram, Archizoom ou encore Superstudio dont la méthode était de publier des idées , des théories ou des projets formels qui permettaient de faire avancer la réflexion disciplinaire. Ici les masses de données numériques récoltées permettent la narration d’histoires de la ville à moment t. Cependant cette dimension temporelle qui certes représente un aspect important de l’environnement urbain autrefois difficile à intégrer, éclipse légèrement la notion d’espace et de réalité des lieux qui semble se fondre dans un langage graphique jouant entre réel et imaginaire. Au niveau de la représentation, et avec l’usage du numérique en temps réel, la carte n’est plus une production visuelle figée, mais évolutive qui fait converger deux typologies sémiotiques, à savoir la carte comme instrument d’observation et la carte comme document graphique ludique et stimulateur d’un imaginaire à découvrir et à explorer. La manière d’exposer officiellement les visualisations des trois études de cas auprès du grand public renvoi à une forme de fascination, ces dernières étant exposées de nuit, sur fond noir avec des jeux de lumières qui nous plongent tout de suite dans un univers immatériel très proche des visuels captivants de l’imagerie spatiale dont la distance et l’abstraction séduit inexorablement .

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C’est un voyage à la frontière du fictif où l’absence de démarca-

tion entre espace et temps prend des allures d’hyper réalité sensorielle ( en tout cas visuelle, sonore et éventuellement tactile) en y incluant tant bien que mal les individus, leurs usages et leurs univers intérieurs, comme si l’objectif était de faire partager une expérience plutôt que de transmettre directement une information pertinente. On peut noter par exemple, que les échelles de ces cartographies sont encore techniquement laborieuses et elles restent difficiles à assimiler pour celui qui décrypte les documents produits et en sort avec des vues et des idées globales de l’ordre de l’ interprétations plutôt que du renseignement normé et quantitatif. Par ailleurs ces visualisations plastiquement irréprochables et aux intentions nobles et légitimes dans le sens où elles essaient d’inclure dans les prototypes créés tels que le Cloud, des notions philosophiques, d’innovation, de développement durable et de partage des connaissances, restent pour l’instant ancrées dans une sorte d’abstraction fascinatoire qui ne traduit pas encore cette ville interface et interactive dont le matériau de fabrication serait l’information. Pour autant ceci n’empêche d’ouvrir le débat, et de réaliser que nos villes faites de béton et d’asphalte, puissent être modelées dans un futur proche sur d’autres critères comme lors de l’intégration de paramètres innovants tels que ceux issus de la réflexion de la sociologie urbaine au début du siècle dernier. D’autre part, la Real Time City apporte des inquiétudes liées à la généralisation de la surveillance et à une forme d’appauvrissement du réel voire de l’aspect directement induit par d’éventuelles dérives d’interprétation de données récoltées par les TIC sur les activités humaines, qui enfermeraient les usagers dans des scénarios prédéfinis , sorte de prisons High Tech et invisibles. C’est la dystopie de la programmation informatique de la ville pour une meilleure gestion qui serait paradoxalement néfaste à l’expérience spontanée de l’espace urbain désormais contrôlé et orchestré en temps réel par de puissantes institutions. Pour ce qui est de la réalité concrète des propositions du Senseable City Lab à l’échelle architecturale et malgré le fait que pour le Cloud l’équipe de Carlo Ratti ait utilisé des matériaux innovants tels que l’ETFE supposé incarner les notions de flexibilité, légèreté , le fait qu’il y ait une focalisation sur cette enveloppe écranique et scintillante de LED en 2009 n’est pas vraiment une révolution formelle ou théorique et ne symbolise pas réellement le dit manifeste de l’architecture informationnelle.

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Nous avons vu que l’innovation demande une maîtrise du pro-

cessus de création et une mise en pratique effective des idées énoncées or dans ce cas les propositions formelles du Senseable City Lab sont loin de représenter les idéaux d’une architecture informationnelle et il semblerait que les productions issues de ces recherches restent des édifices analogiques sur lesquelles on aurait posé avec raffinement un écran digital, support de communication certes captivant mais plus proche du spectacle que de la réelle interaction voulue. Alors peut être que la recherche urbaine sur l’utilisation des TIC comme potentiel dispositif au projet urbain et architectural devrait en plus des visualisations analytiques et théâtrales produites, intégrer d’avantage des paramètres essentiels des concepts qu’elle énonce, comme la matérialité constructive ou encore la stratégie de mise en œuvre sensée intégrer à toutes les échelle, les contraintes écologiques, les réponses structurelles et le désir d’innovation. Enfin, le travail interdisciplinaire et l’ idée de l’avènement d’un open urbanisme est l’un des aspect les plus intéressants des productions du laboratoire, pour autant il reste important de donner d’avantage la parole à des gardes fous intellectuels comme stabilisateurs du processus de la fabrication de la ville, qui prendraient du recul et ouvrirait le débat sur chaque tentative d’innovation même lorsque celle ci serait soutenue des pouvoirs publics ou économiques. Aussi le fait que le débat sur l’innovation reste ouvert peut nous freiner face à un éventuel déterminisme technologique cynique, comme cela a déjà été le cas il y a moins d’ un demi siècle avec des projections urbaines basées sur l’hypermotorisation de la ville moderne issue d’utopies progressistes technologiques et malheureusement à l’origine d’échecs urbains comme le résultat d’une ville fragmentée dont la première conséquence a été une perte d’urbanité encore visible, et qu’on espère dans le meilleur des mondes possibles et imaginables éviter de reproduire.

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Bibliographie : A Agamben Giorgio, Qu’est-ce qu’un dispositif?, Rivages poche , Petite Bibliothèque, 2007 Agamben Giorgio, Qu’est-ce que le contemporain?, Rivages Poche, Petite Bibliothèque , 2008 Archigram , Monographie, Centre Georges Pompidou , 1994 Ascher François, Métapolis ou L’avenir des villes , Paris, Editions Odile Jacob, 1995 Ascher François, Les Nouveaux Principes de l’Urbanisme, Editions de L’Aube poche essai , 2001 Ascher François, La Société hypermoderne ; ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs, Éditions de l’Aube, 2001 (2005) Aubert Nicole, Le Culte de l’urgence, Editions Flammarion, 2003 Augé Marc, Non-lieux, anthropologie de la modernité , Paris, Editions Hachette, 1989 Augé Marc, Pour une anthropologie des mondes contemporains, Aubier, 1994 Augé Marc, Le temps en ruine, éditions Galilée, Paris, 2003 Ayache Gérard, La grande confusion, France Europe Éditions, 2006 B Beaudrillard Jean, Simulacres et Simulation , Editions Galilée, (1981) Bourdieu Pierre, Sur la télévision , Paris, Raisons d’agir, 1996 Bradbury Ray, Fahrenheit 451, Editions Denoël, Collections Présence du futur, 1955

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C Calvino Italo, Les Villes invisibles, (Le città invisibili) , Point,1972 ,(1996) Castells Manuel, La société en réseau, tome 1, Paris, Editions Fayard, 1998 (1996) Castells Manuel, L’ère de l’information. Tome 1, la société en réseaux, Editions Fayard, 2001 Chadoin Olivier, La ville des individus, Editions L’Harmattan Villes et Entreprises, 2004 D Debord, Guy, La Société du Spectacle, Editions Gallimard 1967 ( 1992) Deleuze Gilles, Félix Guattari, Rhizome, Paris, Editions de Minuit, 1976. Deleuze Gilles, Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie : mille plateaux , Paris, Editions de Minuit, collections Critique, 1980 Deleuze Gilles, L’image-mouvement. Cinéma 1, Editions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1983 Deleuze Gilles , L’image-temps. Cinéma 2, Editions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1985 E Eco Umberto , La Guerre du faux, Editions Grasset (1985) F Foucault Michel, Les Mots et les Choses (Une archéologie des sciences humaines), Editions Gallimart,1966 G H Hartmut Rosa , Accélération, Editions La Découverte, 2010 Henri Bergson, La Pensée et le Mouvant, PUF, Quadrige Grands Textes,1934 (2009) I

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Hernot, Yann, “La science-fiction. Entretien avec Pierre Bourdieu”, dans Science-Fiction, n° 5, 1985 Huxley Aldous, Retour au Meilleur des mondes, Editions Pocket , 1978 I J Jonas Olivier , Territoires numériques , Centre de documentation de l’urbanisme , Ministère de l’Equipement, 2001 K Kaplan Daniel, « Paysages de l ‘univers des technologies sans fil», Mobilités .net., 2004 Kerckhove Derrick de, L’intelligence des réseaux, Editions Odile Jacob, 1998 Koolhaas R., Junkspace .Repenser radicalement l’espace urbain, Editions Manuels Payot, 2011 Koolhaas R., Boeri S., Sanford K., Tazi N., Mutations, Editions Actar/Arc en rêve, 2000 L Laïdi Zaki , Le sacre du présent , Editions Flammarion, 2002 Lipovetsky Gilles, L’Ere du vide : Essais sur l’individualisme contemporain, Gallimard, Paris, 1983 M Meier Richard L., Croissance urbaine et théorie des communications, Paris, Coll. «Villes à venir» P.U.F, 1972 Merlin Pierre, Choay Françoise, Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement, Paris, Presses Universitaires de France -PUF, 2005 Mitchell William J., City of bits, MIT Press, 1996 Michell William J. , E-topia , Editions MIT Press, 1999 Musso Pierre, Le territoire aménagé par les réseaux, Editions de L’Aube datar , 2002

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Q R Rifkin Jeremy., L’âge de l’accès : la nouvelle culture du capitalisme, La découverte, 2000 S Sandoval Victor , La ville numérique , Editions Hermès, 2000 Sasken Sassia, La Ville globale. New York, Londres, Tokyo, Editions Descartes et Cie, 1998 (2001) Servan-Schreiber Jean-Louis , Trop vite !, Editions Albin Michel, 2010 Simmel Georg, Philosophie de l’argent, Berlin, Pan-Verlag, 1905 (1987) T Thackara John, In the Bubble : Designing in a Complex World, Cambridge Mass, MIT Press , 2005 U V Virilio Paul, La vitesse de la libération, Paris; Editions Galilée,1995 Virilio Paul, Cybermonde, la politique du pire, Textuel, 1996 Virilio Paul, Le Futurisme de l’instant, Editions Galilée, 2009 Virilio Paul, Le Grand Accélérateur, Editions Galilée, 2010 W Watcher Serge, La ville interactive, Paris, Editions L’Harmattan, 2007 (2010) X Y Z Zygmunt Baumant , Le coût humain de la mondialisation, Paris Hachette , 1999

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Mémoires : Le Minh, Architecture et villes face à la mondialisation , Séminaire master , Directrice d’études Alessia de Biase, Ecole Nationale Supérieure d’architecture , Les villes Fictives du Cyborg, 22 Février 2008 Sandrine Herbert , Ecole Nationale Supérieure de créations industrielle , La ville interface, Mars 2008

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Webographie: Wikipedia www.wikipedia.org Site Web français consacré à la vulgarisation informatique de la connaissance dont le contenu est apporté et amélioré par les visiteurs eux-mêmes. C’est un site basé sur la notion d’intelligence collective, participative , plus proche de la vérifiabilité par les nombreuses sources citées que de la vérité absolue au sens académique du terme. MIT (Massachusetts Institute of Technology) SENSEable City Laboratory, www.senseable.mit.edu Laboratoire de recherche sur la ville en temps réel et le déploiement croissant de capteurs et d’appareils électroniques portatifs afin d’étudier , nouvelle approche à l’étude de l’environnement bâti. (consulté le 10 avril 2010) Telecom Italia www.c5.telecomitalia.com Villes 2.0, http://fing.org/?-Villes-2-0Inventer et expérimenter ensemble la ville de demain. Mobilité, innovation, compétitivité, ville durable, cohésion, ville 24/24, surveillance, participation, vieillissement… la ville change, et vite. Les technologies en sont à la fois l’instrument et le catalyseur. TED (Technology, Entertainment, Design) www.ted.com Conférences ayant pour mission la diffusion d’idées innovantes sur une variété de projets et initiatives tels que la science, les arts, la politique, les questions mondiales, l’architecture, la musique et plusieurs autres sphères de compétences. Des Prix TED sont accompagnés d’une bourse de 100 000$ et de « Vœux pour changer le monde ». Urban mobs, www.urbanmobs.fr Site répertoriant des projets issus d’une technologie développée par Orange Labs et FaberNovel, afin de créer une représentation visuelle de l’activité des téléphones mobiles et de suivre le «pouls» urbain composé de l’activité des foules et de leur mobilité. Urbanscale , www.urbanscale.org Site mettant en exergue l’importance de l’Urban Computing et de l’informatique ubiquitaire sur la Ville. Le fondateur du site est l’ancien chef de la direction de conception pour service & User Interface Design à Nokia et enseignant en télécommunications interactives à la NYU ( New York University) Site du Centre National des ressources lexicales www.cnrtl.fr

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The Mobile city , www.themobilecity.nl Groupe de recherche indépendant qui étudie l’influence des technologies numériques sur la vie urbaine et les implications pour l’aménagement urbain. Il collabore avec les institutions, organisations et individus de différentes disciplines qui partagent ce même intérêt. London 2012 , www.london2012.com Site officiel des Jeux Olympiques et para-olympiques de Londres en 2012 Sentient City, www.sentientcity.net Site de l’Architectural League ( New York) sur l’exploration de la prolifération des impacts des technologies informatiques omniprésentes sur la ville et l’Architecture. Pachube, www.pachube.com Plateforme récoltant à temps réel de données par internet. Elle permet de gérer des millions de données par jour émanant de centaines d’individus à travers le monde. Cette infrastructure permet de créer des produits et services , du stockage au partage et à la découverte de la technologie des sensors à temps réel placés sur un objet distinct, en l’occurrence un bâtiment, afin d’en connaître l’empreinte écologique , l’énergie Equipe Réseaux , Savoirs et Territoires de l’ENS www.barthes. ens.fr Site de recherche de l’équipe de l’ENS, Réseaux , Savoirs & Territoires dont le but est d’analyser l’incidence d’internet sur la recompositions des identités. Bruno Latour : www.bruno-latour.fr Site du philosophe Bruno Latour , anthropologue, professeur à Science Po Paris chargée de la politique scientifique, ancien enseignant au CNAM puis à l’école des Mines où il avait rejoint le Centre de sociologie de l’innovation en 1982. Stanza www.stanza.co.uk Site de l’artiste Stanza dont les oeuvres ont remporté de prestigieux prix et ont été expéosées au niveau mondial ( Biennale de Venise , Tate Britain , Biennale de Sydney....) L’artiste est un expert en arts technologiques, réseaux en ligne, écrans tactiles, capteurs environnementaux , et oeuvres intéractives. Les thèmes récurrents de sa carrière sont le paysage urbain, la culture de surveillance, vie privée et aliénation dans la ville sous différents médiums.

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Smartcities www.smartcities.info Réseau d’innovation entre les gouvernements et les partenaires universitaires menant à l’excellence dans le domaine du développement et l’adoption de e-services dans la région de la mer du Nord. Urban Mobs www.urbanmobs.fr Site de la technologie développée par Orange Labs et faberNovel pour représenter l’activités des téléphones mobiles et de connaître les pouls urbain de la ville. InnovCity www.innovcity.fr Site d’information décryptant les inventions technologiques ou de services dans les municipalités du monde entier laboratoire d’idées et outil collaboratif. Le site offre aux collectivités et aux acheteurs publics du monde entier la possibilité de connaître et de partager leurs expériences sur les innovations urbaines dans tous les domaines de la ville. Il est soutenu par la mairie de Paris, la région Ile-de-France, l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris et la RATP. Le site est animé par le Laboratoire Paris Région Innovation, association dont l’objet est de transformer le territoire francilien en territoire d’expérimentation. Groupe Chronos www.groupechronos.org Chronos est un cabinet d’études et de prospective dont les travaux s’articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien. Sous la direction du sociologue Bruno Marzloff, Chronos a créé une plateforme d’échange, le Groupe Chronos, qui réunit des acteurs des transports, des intelligences, des médias et de la Ville. IBM Smarterplanet http://www.ibm.com/smarterplanet/us/ en/smarter_cities/overview/index.html Site récapitulatif des innovations avant-gardistes et nouveaux services que propose le groupe IBM dans la conception de technologies reliées aux infrastructures nationales à travers le monde afin de créer des systèmes et processus intelligents interagissant avec la ville. Rapport annuel de la compagnie Ericsson http://www.slideshare.net/EricssonFrance/ericsson-annualreport-2010 Cisco www.cisco.com Entreprise informatique américaine leader mondial des réseaux, elle vend du matériel informatique , spécialisée en interface, réseau de stockage, transmission sans fil, Télé présence, Télévision Ip, et centre de traitement des données.

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Smart city www.smartcity.fr Site du programme européen de recherche et de production artistique sur le thème de la ville créative et durable en explorant les nouvelles formes d’interventions dans l’espace urbain : micro urbanisme, installations audiovisuelles et performances dans l’espace public, jeux urbains, architectures éphémères ou interactives, art mobile, nouvelles cultures urbaines… Paris Pratique , Paris Numérique http://www.paris.fr/pratique/paris-pratique/paris-ville-numerique/p8627 Site d’information de la mairie de Paris sur les e-services disponibles aux citoyens ParisData www.opendata.paris.fr Site de la politique Open Data de la Ville de Paris avec en libre accès l’ensemble des jeux de données publiés par les services de la Ville sous licence libre. National Research Foundation of Singapore : www.nrf.gov.sg Paris-Ile de France Capitale Economique: http://www.leprintempsdelentrepriseetducommerce.fr/presentation-paris-capitale-site-ccip-526.htm Créée il y a vingt ans par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, rassemble une centaine de grandes entreprises françaises et internationales, garantes de son indépendance. Aka-aki www.aka-aki.com Réseau pour une utilisation de proximité permettant de savoir quels contacts sont à proximité physique immédiate, de parcourir leur profil, et de communiquer avec elles immédiatement ou en différé, grâce à la géo localisation.

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Films et Documentaires: Fantauzzo Damien , La révolution numérique» , Quand le monde bascule , Episode n°20, Film documentaire, Couleur, 2010 Huswit Gary, Urbanized ,Film Documentaire, Couleur, 85 Minutes, 2011 Paoli Stéphane, Paul Virilio Penser la vitesse , Arte France, Documentaire ,Couleurs, 90 minutes, 2008

Conférences , colloques et expositions : Deleuze Gille, Les cours de Gilles Deleuze , Anti-Œdipe et Milleplateaux Cours Vincennes,. Conférence du 16/11/1971 (consulté le 19 avril 2010) En ligne : www.webdeleuze.com Festival Futur en Seine : Futur l’ensemble des franciliens Du 14 au 24 juin 2011 : Plus de 100 lieux à Paris et dans la région Ile de France, tester des technologies in situ et imaginer ensemble le Futur autour de cinq grands thèmes : le Futur de la Vie, le Futur de la Musique et de l’Image, le Futur de la Création, le Futur des Communications et le Futur de la Ville. www.futur-en-seine.fr Les lundis du Grand Palais 3 octobre 2011: Cycle «Le virtuel, Le numérique : le savoir universel à portée de tous ?»Avec Adrienne Alix (directrice des programmes de Wikimedia France) ; Arnaud Beaufort (directeur général adjoint et directeur des services et des réseaux à la Bibliothèque Nationale de France) ; Martine Lemalet (directrice des Editions Le Manuscrit, leader de l’édition des livres numériques); Paul Mathias (philosophe) 10 octobre 2011 « Le virtuel est-il plus séduisant que le réel ?» Avec Thomas Gaon (psychologue clinicien et ethno méthodologue) ; Aude Mathey (consultante en communication culturelle et auteure) ; Tristan Schulmann (scénariste et réalisateur) et Yves Charles Zarka (philosophe, directeur de la revue Cités, PUF). 17 octobre 2011 : « Le numérique et les données personnelles : tous fichés ?» Avec Nicolas Arpagian (professeur à l’Ecole nationale supérieure de la police et auteur de La Cybersécurité - PUF, 2010) ; Stéphanie Lacour (chargée de recherche au CNRS) ; JeanMarc Manach (journaliste et blogueur) et Alexis Mons(directeur général délégué de Emakina.Fr) http://www.grandpalais.fr/ fr/Actualites/Les-lundis-du-Grand-Palais/p-1074-Saison-12011-2012.htm

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Paris 2030 18 novembre 2011 : www.paris2030.com Colloque international sur l’avenir des villes, avec Bertrand Delanoë et du maire de Rio de Janeiro en ouverture du colloque, 4 tables rondes de la journée accueilleront chercheurs français et internationaux et professionnels de la ville autour des thèmes suivants : ville cognitive, ville inclusive, ville réticulaire et ville créative. Anne Hidalgo, Première adjointe au maire de Paris chargée de l’urbanisme et de l’architecture, Jean-Louis Missika, adjoint au maire chargé de l’innovation, de la recherche et des universités, et l’architecte Bjarke Ingels viendront conclure les débats.

Iconographie Figures p 15 Figure 1 : Illustration de la connectivité entre les usagers et les transports en public dans le quartier de la Stazione Termini à . La visualisation montre l’évolution des positions de taxis indiquées en vecteurs jaunes et les densités relatives d’utilisateurs de téléphones mobiles en zones rouges calculés par algorithme. (2006) Source www.senseable.mit.edu p 15 Figure 2: Illustration de l’occupation de certain quartiers de Rome lors d’évènements spéciaux ( Concert de Madonna le 06/08/06). Le logiciel utilisé montre l’intensité de l’utilisation de téléphones mobiles à différents moments de la journée. La visualisation a été réalisée par concaténationd d’autres images 3D du traffic de la circulation dans des zones précis à Rome à différents moments. (2006) Source www.senseable.mit.edu p 19 Figure 3: Carte isochronique de la circulation automobile au cours de la journée à Singapour. Les déformations sont proportionnelles au temps de déplacement, et relève des changements dans le cours d’une journée de weel end ou une journée en semaine. (2010) Source www.senseable.mit.edu p 19 Figure 4 Carte intéractive de la mobilité à singapour en taxi lorsqu’il pleut ( mousson) . En combinant des données pluviométrique, et les signaux téléphoniques des taxis en fonction de différents moments de la journée, l’utilisateur peut prévoir ( en jaune ) son itininéraire. (2010) Source www.senseable.mit.edu p 47 Figure 5: Illustrations des scenarios comportementaux dans la Wiki City Source (2007)Source www.senseable.mit.edu

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p 48 Figure 6: Illustrations des différents scénarios qui permettraient de nourrir le développement du système WikiCity, en identifiant l’attractivité de certains types de données, qui permettront la création de différentes applications.(2007)Source www.senseable.mit.edu p 49 Figure 7: Illustrations des scenarios comportementaux dans la Wiki City Source (2007) Source www.senseable.mit.edu p 60 Figure 8: Cartographie du nombre d’utilisateurs de téléphones cellulaires dans le nord-est de Rome à différentes heures de la journée. (2006) Source : www.senseable.mit.edu p 61 Figure 9: Cartographie du pouls urbain de Paris ,du projet urban mobs d’Orange Labs et FaberNovel, (2008) www.urbanmobs.fr p 62 Figure 10 : Cartographies animée des points chauds de Singapour, (2010) Source www.senseable.mit.edu p 76 Figure 11 : Cartographie animée de la temprétaure de Singapour, (2010) Source www.senseable.mit.edu p 78 Figure 12 : Carte dynamique des événements de la notta Bianca de Rome (2007) . Source www.senseable.mit.edu p 79 Figure 13 : Carte isochronique de la circulation automobile au cours de la journée à Singapour. Les déformations sont proportionnelles au temps de déplacement, et relève des changements dans le cours d’une journée de week-end ou une journée en semaine. (2010) www.senseable.mit.edu p 79 Figure 14 : Carte dynamique du flux de personnes et marchandises passant par Singapour, plus grand du monde port à conteneurs de transbordement et l’un des pôles les plus fréquentés de l’aéroport dans le monde) .(2010) Source www.senseable. mit.edu p 88 Figure 15 : Carte inspirée de l’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (2006) Source www.senseable.mit.edu p 88 Figure 16 : Vue aérienne du niveau de bruit recueilli des vélos dans la Ville de Copenhaguepour le projet The Copenhagen Wheel (2009) Source www.senseable.mit.edu

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p 88 Figure 17 : Cartographie dynamique des données mobiles de transport en commun . Les lignes jaunes représentent les bus en temps réel et le rouge correspond à la densité de la population. (2006) . Source www.senseable.mit.edu p 89 Figure 18 : Différentes cartographies dynamiques possibles Source www.senseable.mit.edu p 90 Figure 19 : Différents niveaux d’information surveillées par des capteurs du MIT Senseable City Lab dans la Ville de Copenhaguepour le projet The Copenhagen Wheel ,(2009). Source www.senseable.mit.edu Photographie p 12 Photographie 1 : Gangnam Séoul, Source Ubiquitous City : Seoul, Corée du Sud , (2009) Source www.koreainsider.com p 12 Photographie 2: Four young girls pose at a “media pole” on Gangnam Avenue.(2009) Source www.liftlab.com p18 Photographie 3: Exposition Real Time Rome à la Biennale de Venise, (2006) Source : www.senseable.mit.edu p 19 Photographie 4: Exposition Live Singapour au Singapore Art Museum (SAM) (2011) Source www.senseable.mit.edu p 30 Photographie 5: Carlo Ratti directeur du MIT Senseable City Lab, Conférence TED Source www.visualnews.com p 41 Photographie 6: Thomas Saramento, Airport City,(2007) Source www.tomassaraceno.com p 41 Photographie 7: Thomas Saramento, exposition Psycho Building, Hayward Gallery, Londres (2008) Source www.tomassaraceno.com p 46 Photographie 8: Chantier de la Hubble Bubble Tower d’Anish Kappor (2011) Source www.bbc.co.uk p 63 Photographie 9: Photographie de la fenêtre augmenté de Thierry Fournier (2011) Source : www.fenetre-augmentee.net p 94 Photographie 10: Buckminster Fuller, Dômes Géodésiques, (1948), Source www.arkinetblog.wordpress.com

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p 95 Photographie 11: Tour d’Observation de Killesberg de Shlaich Bergermann und Parter (2000) Source www.yale.edu p 95 Photographie 12: Berlin Reichstag de Norman Foster,(1990), Source www.yale.edu p 98 Photographie 13:Structure du Water Cube, Beijing, 2008 Source www.raisethecloud.org p 98 Photographie 14:Eden project, Parc touristique et jardin composé de serres abritant des écosystèmes soutenables (2001) Source www.eden-project.net p 98 Photographie 15:Thomas Saramento, exposition à la Hayward gallery, Londres (2008) Source www.tomassaraceno. com p 99 Photographie 16 :Projet Making wifi visible d’étudiants de l’école d’Architecture d’Oslo, (2011) Source www.yourban.no Images p 17 Image 1 :Perspective extérieure : vue aérienne: Le Cloud un nuage olympique (2009) Source www.raisethecloud.org p 17 Image 2 :Perspective extérieure : Le Cloud, un parc vertical (2009) Source www.raisethecloud.org p 17 Image 3 :Perspective extérieure de nuit : pont d’observation, écran d’affichage des flux personnalisés des londonniens pendant les J.O (2009) Source www.raisethecloud.org p 26 Image 4 : Emma Mc Nally , Constellation en graphite de l’artiste C2 41.5 x 29.5 cm /16¼ x 11½ in (2008) Source www. trinitycontemporary.com p 27 Image 5 : Illustration d’ Instant City par Peter Cook Archigram , (1969) Source Monographie, Centre Georges Pompidou, (1994) p 30 Image 6: Timeline des projets du Senseable City Lab , (Depuis 2004) Source : www.senseable.mit.edu

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p 40 Image 7: Localisation géographique des équipes ayant participé à la conception du projet Cloud (2009) Source www.raisethecloud.org p 46 Image 8: Perspective de concours de la Hubble Bubble Tower d’Anish Kappor (2009) Source www.bbc.co.uk p 51 Image 9 : Installation en temps réel de caméras de vidéosurveillance de la ville de Londres par l’artiste Stanza (2002 )Source Stanza www.stanza.co.uk p 51 Image 10: Peinture sur toile «daytime london nightime» de l’artiste Stanza , 100 cm x 70 cm ,(2006) Source Stanza www. stanza.co.uk p 53 Image 11: Oeuvre graphique d’Enrico Bonafede «Birth» 70mm x 100 (2010) Source www.cargocollective.com p 57 Image 12: Hierarchie des distractions digitales de David McCandless, écrivain et designer londonien,(2009) www.informationisbeautiful.net p 57 Image 13: Tweetographie de Paris par Fabian Neuhaus,géographe (2010) Source p urbantick.blogspot.com p 68 Image 11 : Schéma représentant les relations entre l’informatique omniprésente et l’innovation sociale. (2010 ) Source www.senseable.mit.edu p 74 Image 12: Croquis de la récupération cinétique de l’escalier du Cloud. (2009) Source : www.senseable.mit.edu p 76 Image 13 : Croquis des concepts énergétiques du Cloud Source (2009) www.raisethecloud.org p 80 Image 14 : Croquis du Concept de peau numérique (2009) source www.senseable.mit.edu p 81 Image 15 : Schéma des déclinaisons des expériences possibles des usagers du numérique en temps réel dans l’espace public (2009) source www.senseable.mit.edu p 81 Image 16 : Photo montage du concept de peau numérique de l’abribus Eye Stop du MIT Senseable City Lab, Enveloppe informationnelle ,(2009) source www.senseable.mit.edu

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p 82 Image 17: Représentation 3D du prototype de l’abribus Eye Stop du MIT Senseable City Lab (2009) source www.senseable. mit.edu p 82 Image 18: Photo-montage de l’abribus Eye Stop du MIT Senseable City Lab (2009) source www.senseable.mit.edu p 82 Image 19 : Photo-montahe de l’abribus Eye Stop du MIT Senseable City Lab, (2009) source www.senseable.mit.edu p 94 Image 20: Montage de Yona Friedman, Cartoline postali (Venezia), 2009, mixed technique on paper. 20 x 30 cm (courtesy of Galleria Massimo Minini), Source www.domusweb.it p 96 Image 21 : Principes structurels des tours en turbines et fondations.(2009) source www.raisethecloud.org p 96 Image 22 : Echelle du Cloud dans le skyline de Londres. Valérie Mavoungou p 97 Image 23 : Structure des sphères principales,(2009) source www.raisethecloud.org

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"Real time city" . Mémoire de Master par Valérie Mavoungou. Février 2012