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Table ronde : les cent visages des mÊtiers verts / Le premier emploi de Thierry Martin / femmesau travail, Women on board Design your career

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Mon premier emploi MON PREMIER EMPLOI Après des études en sciences éco à Namur, je me suis retrouvé dans une des dernières levées pour le service militaire, en 93. J’ai opté pour l’objection de conscience et c’est par hasard que je me suis retrouvé dix-huit mois chez Aide Info Sida, une association de prévention et d’aide aux personnes où j’ai été amené à faire des recherches de sponsoring, à organiser des événements, notamment autour de la sortie du film Philadelphia. Je m’occupais aussi de la permanence téléphonique. Je

me suis même retrouvé en Russie pour former des professionnels de la santé sur la question du sida. Après mon objection, j’ai passé six mois dans une boîte qui éditait une revue sur le management. J’ai vite compris que je m’étais fourvoyé et ayant gardé des contacts avec Aide Info Sida, j’ai été engagé lors de la création de l’asbl Ex æquo, active dans le milieu homosexuel depuis 94, comme responsable des actions de prévention de terrain. MON PREMIER SALAIRE Environ 400 euros par mois comme

Thierry Martin, Directeur de la Plate-forme Prévention Sida

objecteur, ce qui me permettait de vivre à Bruxelles. Pour mon premier job comme salarié, je gagnais 1.250 euros, mais j’ai préféré accepter un mi-temps plutôt que de continuer dans une voie qui ne convenait absolument pas. MES PREMIERS ACQUIS PROFESSIONNELS Je me souviens de ce jeune de 18, 19 ans qui a débarqué à la permanence d’Aide Info Sida alors qu’il venait de découvrir sa séropositivité. J’en ai été profondément marqué. En réalité, toute ma carrière professionnelle a

PHOTO Pierre-Yves Thienpont

Dans un contexte où certains présentent le sida comme une forme de justice immanente, la Journée mondiale contre le Sida du 1er décembre rappelle les réalités de vie de millions de personnes concernées par ce virus. Pour la Plate-forme Prévention Sida et Thierry Martin, c’est l’occasion de taper sur le clou des gestes qui mettent à l’abri.

été orientée par ce choix d’objection de conscience qui, d’un licencié en sciences éco, m’a transformé en M. Préservatif. C’est un engagement dans lequel je me sens utile et la création de la plate-forme en 2000 m’a permis de mettre à profit tous les acquis engrangés jusque-là pour élaborer des stratégies de prévention en adéquation avec la sensibilité et la diversité des publics concernés. MA FIN DE CARRIÈRE RÊVÉE Je me vois peut-être mener un combat plus international, dans des pays où les gens meurent sans traitement, sans soins.

J’ai changé ma vie

Fabrice Collignon

MES CONSEILS AUX PLUS JEUNES Ce n’est pas directement en lien avec le premier emploi, mais si je peux attirer l’attention des plus jeunes sur la peur des séropositifs d’être rejetés sur leur lieu de travail. D’où un de nos slogans : « La seule chose qu’on peut attraper en travaillant avec une personne séropositive, c’est un fou rire de temps en temps ».  

Propos recueillis par Nathalie Cobbaut

Son parcours marqué de nombreux changements suit un fil conducteur très logique. Fabrice Collignon cherche à proposer des alternatives au modèle économique mondial. Les 10 ha de vigne que cet ingénieur commercial va planter en région liégeoise en sont une : « Un projet ambitieux, écologique et humain »… et sans doute un peu fou. Pour le porter, il fallait forcément un entrepreneur peu banal.

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In vino maturitas

On le dit d’un tempérament assez impatient. « Je suis un bélier, têtu et fonceur. » Fabrice Collignon vient d’annoncer à la presse son projet d’implantation de 10 ha de vignes sur les coteaux de la Citadelle (à Liège), qu’il lance notamment avec Romain Bévillard, viticulteur français recruté pour devenir le régisseur du domaine. « Nous voulons devenir le domaine viticole de référence en Wallonie et en Belgique. Un domaine connu pour sa qualité, son engagement social et son

souci de l’environnement, qui propose un modèle économique original grâce à une entreprise à finalité sociale. » En réalité, la société coopérative Le Vin de Liège n’est pas encore tout à fait créée, « mais des fois, il faut bousculer les choses », confie l’entrepreneur social. Il a d’ailleurs souvent appliqué cette stratégie apprise aux Hautes Etudes Commerciales de Liège : tirer d’abord, ajuster ensuite. « Pour ce projet de vin, nous avons bien entendu un plan financier très solide, cependant

Référencé par

Le harcèlement au travail en baisse Le groupe Sécurex vient de publier une étude aux résultats plutôt encourageants puisqu’ils montrent un (léger) recul du harcèlement au travail – même si les chiffres restent encore trop élevés. En 2010 en effet, 13 % des travailleurs affirment avoir été victimes de harcèlement moral, contre 14 % en 2009. Et parmi eux, 60 % affirment être harcelés moralement par leur supérieur, 28 % par un collègue, 21% par un groupe de collègues et 9 % par des externes (clients, fournisseurs, patients,…). C’est en matière de harcèlement sexuel que l’évolution est la plus positive. En 2010, 1 travailleur sur 100 affirme avoir été victime de harcèlement sexuel au travail, contre 2 % en 2009 et 5 % en 2008. A noter que dans un peu plus de la moitié des cas (52 %), les auteurs seraient des personnes extérieures à l’entreprise… www.securex.be

nous n’avons pas encore toutes les cartes en mains. » Mais il faut avancer. Il reste notamment au groupe de pilotage à réunir un capital d’un million d’euros avant de pouvoir déguster, si tout va comme prévu, les premières bouteilles en 2015. Etudiant, Fabrice Collignon n’était pas particulièrement militant. Sa « fibre sociale » s’est révélée plus tard, à travers les différents virages de sa vie professionnelle. « Au départ, j’ai fait des études techniques en électronique. En fin de secondaire, j’ai pris conscience que j’avais la capacité de suivre des études plus poussées, et j’ai bataillé ferme pour convaincre ma famille de m’inscrire à HEC. J’avais donc l’obligation de réussir. » L’ingénieur commercial a entamé une carrière de conseiller en organisation dans une mutualité, puis de directeur commercial dans une société privée du secteur médical. À la même époque, il a commencé à fréquenter les milieux altermondialistes. « C’est là que j’ai pris conscience du fait qu’il y avait peut-être d’autres valeurs à aller chercher que la carrière, même si elle est agréable. Je me suis alors dit que tout compte fait, ce serait pas mal de donner plus de sens à ma vie. » Il est d’abord allé voir ailleurs : au Burundi, puis au Tchad, avec Médecins Sans Frontières. Un an. Juste assez, selon lui, « pour remettre les choses à leur place en termes de vraies valeurs et d’abondance des biens. » Et aussi pour en conclure « qu’être sur place en tant que coopérant est un peu un emplâtre sur une jambe de bois. Le problème est en effet beaucoup plus large, dû à la mondialisation de l’économie. » À son retour, il a décidé de s’investir dans différentes associations altermondialistes, histoire « d’attaquer le mal à la racine ». Il a notamment

travaillé pour le Forum social de Belgique. « En très résumé, ce réseau altermondialiste met en contact les différentes associations et ONG pour qu’elles travaillent ensemble. » Le reste de son parcours est une construction d’expériences dans le monde associatif : avec les Tournières, asbl à finalité sociale active dans l’immobilier, puis la Bourrache, entreprise de formation par le travail qu’il a luimême créée. Celle-ci est (toujours) active dans le maraîchage. C’est là, à propos, qu’est née l’idée du vin. « J’ai un jour demandé à un des formateurs maraîchers pourquoi nous vendions si peu de légumes, et il m’a répondu que les terres étaient assez pauvres pour des légumes, mais qu’elles étaient plus adaptées pour des vignes. » Cette remarque n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. L’amateur de vin s’est débrouillé pour trouver des subsides et financer l’étude de faisabilité qui a confirmé le potentiel du Vin de Liège. Et pour terminer, Fabrice Collignon est devenu, en septembre 2010, le directeur de la Maison liégeoise, qui gère 3.900 logements sociaux à Liège et emploie une septantaine de personnes. « Maintenant, je pense que mes cycles d’engagement vont être plus longs. Je suis sur ces deux projets passionnants et prometteurs pour un certain temps. J’ai eu pas mal d’expériences dans ma vie, mais aujourd’hui, je sais qu’il va falloir être patient avant de récolter les fruits. Finalement, j’ai un peu l’impression de vivre ma vie à l’envers : souvent, les gens ont envie de changer à 40 ans. Moi, j’ai plutôt envie de bien prendre le temps de mener les deux projets jusqu’au bout. »  LILIANE FANELLO  www.vindeliege.be

Serge Dehaes


Table-ronde Les multiples visages des



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Il y a encore quelques mois, la croissance verte devait, au-delà de ses vertus écologiques, recréer de l’emploi, nous sortir de la crise, relancer l’Occident face aux pays émergents. Cependant, la transition vers un nouveau modèle respectueux de l’environnement sera longue et s’accompagnera de destructions, de créations et de mutations de métiers dont l’effet net en terme d’emplois reste incertain. Combien d’emplois verts aujourd’hui ? Combien d’emplois verts demain ? La Commission européenne a fixé l’objectif de 3 millions d’emplois « verts » à créer à l’horizon 2020. Dans le monde, les mesures de protection environnementales devraient créer 20 millions d’emplois d’ici à 2030. Dans une étude du Political Economy Research Institute de l’université du Massachusetts, citée par Tim Jackson dans Prospérité sans croissance (Ed. Etopia-De Boeck), les chercheurs ont calculé qu’investir 100 milliards de dollars sur deux ans dans le bâtiment, les transports en commun, les réseaux électriques intelligents, l’éolien, le solaire…, créeraient deux millions d’emplois. La même somme consacrée à l’industrie pétrolière en créerait 600.000. Mais ces chiffres, prometteurs, tardent à se concrétiser. En 2005, la Belgique comptait 77 000 emplois verts (équivalents temps plein), soit 40 % de plus qu’en 1995. La part de l’industrie de l’environnement dans l’emploi total est ainsi passée de 1,5 à 2 %. Aujourd’hui, ces données sont revues à la hausse. Dans une étude récente, la fédération des producteurs d’énergies renouvelables Edora, avance un potentiel de 15.000 emplois supplémentaires dans cette filière, d’ici 2020, rien que pour la Wallonie. « Entre 1991 et 2005, l’emploi dans le secteur des énergies renouvelables a augmenté de plus de 40 %. Depuis 2000, chaque année, l’emploi a cru de 7 % dans les secteurs verts », explique Noémie Laumont, secrétaire générale d’Edora. C’est un « formidable levier » pour de nouveaux emplois, explique-t-elle. Mais elle pointe « un immense besoin de formation professionnelle, sans laquelle l’emploi vert restera une belle idée sans réelle concrétisation ». La controverse ne s’arrête pas aux chiffres. Elle se fixe également sur la définition des « emplois verts ». Non seulement il ne s’agit pas forcément d’emplois « nouveaux », mais souvent d’« emplois sauvegardés, dont seules les missions évoluent », analyse Vincent Truyens, directeur de Green Recruitment, cabinet de conseil et de sélection spécialisé dans les métiers liés à l’environnement, le développement durable et les énergies renouvelables. De plus, « la formule « métiers verts » est galvaudée. Car un métier vert, c’est un métier dont l’activité change les modes de production et de consommation, en les rendant moins polluants et moins énergivores », explique Christophe Pestiaux, patron d’Ekowatt, une des plus grandes entreprises d’installation de panneaux photovoltaïques en Région wallonne. Dans cette logique, le métier d’architecte ou de maçon n’est vert « qu’à la condition de ne dessiner ou de ne construire que des bâtiments totalement écologiques. Or, en pratique, aucun emploi n’est encore vert. Tous ont un impact sur l’environnement ». Alors, les emplois verts sont-ils un mythe ou une réalité ? Pour Marc Lemaire, directeur du Groupe One et d’Ecores (bureau d’étude spécialisé dans le conseil et études en matière de développement durable), « ce n’est ni un mythe ni une réalité, mais une question complexe ! On ne parle pas de « métiers verts » mais de métiers de la croissance verte ».

Au lendemain d’une crise économique qui a détruit près d’une trentaine de millions d’emplois dans le monde, les métiers verts représenteront-ils l’eldorado espéré ? Références a réuni recruteurs, chefs d’entreprise et pros du terrain pour débattre de cet enjeu majeur. Bonne nouvelle : le secteur des métiers verts est en pleine croissance.

emplois verts

De quoi parle-t-on ? « Il n’existe pas de réelle définition de ce que sont les emplois verts », estime Marc Lemaire, qui préfère évoquer la « verdisation » des métiers. Et de tenter une autre approche : « De nouvelles activités vont se créer autour de métiers spécifiquement consacrés à l’environnement, des activités vont se « verdir » (construction et rénovation des bâtiments), et des activités vont se développer sans modification majeure de leur contenu (transports collectifs, traitement des déchets, dépollution). » Mais, précise-t-il « si le potentiel d’emplois est très significatif, il n’est pas de nature à résoudre le chômage de masse si les filières techniques spécialisées ne sont pas revalorisées ».

Création ou transformation ?

Selon l’OCDE, « la décarbonisation de l’économie aura un impact plus complexe que la création pure et simple d’emplois verts ». Il s’agit davantage de « réallocation ». Le directeur du cabinet Green Recruitment, Vincent Truyens, confirme : « Il y a peu de métiers nouveaux : les entreprises élargissent leurs prestations, intègrent de nouvelles technologies et les attentes nouvelles des clients. » Plombier qui installe des chauffe-eaux solaires, délégué à l’économie d’énergie dans une ville ou encore responsable social et environnement dans une entreprise, aujourd’hui, les professionnels verts recherchés ne sont plus uniquement des scientifiques et des techniciens mais des généralistes issus de tous les domaines professionnels. « Il y a une mutation des offres d’emploi, explique Vincent Truyens, mais il faut rendre motivants des métiers comme ceux dans le secteur de la valorisation des déchets. » Selon lui, « les compétences doivent être diversifiées et cela devrait rendre les emplois plus attractifs ». De fait, les préoccupations actuelles liées au développement durable et à la protection de l’environnement commencent à créer des besoins de compétences et des emplois. Prudence, toutefois. D’abord, même si ces métiers semblent neufs, « les recrutements concernent plutôt des profils confirmés ou de cadres », constate Vincent Truyens. Responsable du recrutement Energies Renouvelables chez SPE Luminus, Françoise Marbois insiste sur l’intérêt d’une double compétence. « Le secteur des énergies renouvelables en est très demandeur et le sera de plus en plus, indique-t-elle. Les employeurs exigent une compétence de base, comme un cursus d’ingénieur, mais aussi une technicité supplémentaire liée au domaine de la production d’énergie éolienne par exemple. » Concernant le niveau de qualification, ingénieurs et techniciens ont leur place dans ce secteur, qui compte des fonctions d’exploitation, mais aussi de gestion de projet.

Le manque de main-d’oeuvre se concentre tout de même actuellement sur les métiers techniques, comme les techniciens compétents dans la pose de panneaux photovoltaïques. Dans le photovoltaïque, l’heure est à l’embauche de commerciaux et d’installateurs, sur des profils croisant des compétences en bâtiment et en énergie. Et sur les métiers non techniques, où les postes sont bien plus rares. En outre, « il existe un décalage entre les formations et la demande du marché », estime Christophe Pestiaux. Or, les métiers verts sont très spécialisés. « Le traitement de l’eau, la gestion des déchets ou la haute qualité environnementale offrent des postes pour des profils de technicien ou d’ingénieur », poursuit Vincent Truyens.

Les activités en croissance, liées aux déchets électriques et électroniques, au compostage et à la valorisation des déchets en général, « dépendent de la mise en place de technologies toujours plus performantes. Et à ce titre, elle nécessitent de nouvelles compétences, génératrices d’emplois. » Le secteur de l’aménagement du territoire recrute, lui, des profils plutôt spécialisés en BTP pour des métiers liés à la « circulation douce » ou à l’écoconstruction. Les jeunes capables de réaliser des audits CO2 ont aussi leur chance. « De nombreux bureaux d’études recherchent des jeunes ingénieurs formés au management de projet, avec une spécialisation en énergies renouvelables », explique Vincent Truyens.

Solide bagage technique

L’oxygène des formations

Parmi les métiers en pointe, les ingénieurs réalisant des études d’impact sur l’environnement, les spécialistes des énergies renouvelables, les conseillers en aménagement durable, sans oublier les professionnels de l’eau et du retraitement des déchets, bénéficiant d’un regain d’intérêt. Vaste et protéiforme, le secteur des déchets, qui recouvre les déchets des ménages, des entreprises, de l’agriculture et de la construction, requiert forcément des compétences très variées. À moyen terme, les objectifs de la nouvelle directive européenne sur les déchets en matière de prévention et de recyclage devraient logiquement stimuler l’emploi. Les filières de valorisation des déchets industriels étant déjà bien développées (ils sont recyclés à 68 %), les enjeux se situent davantage au niveau des déchets ménagers (seulement 24 % sont recyclés) et de la construction et des travaux publiques. L’industrialisation du secteur, historiquement caractérisé par une forte proportion d’emplois peu ou pas qualifiés, a entraîné des besoins de compétences organisationnelles ou en ingénierie, notamment du fait de l’automatisation. « Gérer et revaloriser les déchets est l’un des grands défis de notre société. Pourtant, peu prisés par les étudiants, ces secteurs souffrent d’une mauvaise image de marque, déplore Fredericq Peigneux, Attaché à la Direction générale chez Comet Groupe. Pourtant, il ne s’agit plus tant d’être ferrailleur que de contrôler le bon fonctionnement d’une station de tri, d’imaginer de meilleurs systèmes de traitement des métaux, de gérer le recyclage obligatoire des composants électriques, ou la dépollution de sites industriels… Autant d’opportunités malheureusement méconnues. »

Bien sûr, les formations axées sur le développement durable et l’environnement se multiplient. Mais dans l’ensemble, ces formations produisent plus de diplômés que le secteur n’en recrute. D’autre part, le décalage entre formations suivies et marché de l’emploi est toujours fort. En attendant, le diplômé désireux de « se mettre au vert » devra se donner du mal. « Les postes se trouvent surtout dans les filiales de grands groupes consacrées aux énergies renouvelables ou dans les PME », indique Vincent Truyens. Pour Françoise Morbois, « un mastère spécialisé dans l’environnement peut constituer un bon complément à une formation principale ». Car les entreprises trient aussi sur la motivation. Autre constat, les entreprises veulent recruter un salarié immédiatement performant au risque de rechercher un candidat ayant une expérience d’au moins cinq ans sur une qualification créée deux ans auparavant ! Néanmoins, beaucoup d’autres ont compris que la pérennité de leur activité passe d’abord par la formation de leurs salariés et leur capacité à anticiper les demandes du marché. « La demande doit être soutenue par des politiques gouvernementales d’aides, et la transformation des métiers doit être accompagnée par des politiques de formation, explique Marc Lemaire. Celle-ci est un point faible : il faut former des formateurs, créer des diplômes et faire évoluer les référentiels. Les pouvoirs publics doivent se positionner pour identifier les futures filières vertes ». Enfin, n’oublions pas que si l’environnement est mis en musique au niveau des États, c’est l’Union européenne qui donne le la. Laquelle, après avoir planché sur Reach, la directive-cadre sur l’eau et les déchets, travaille sur les projets de textes sur l’efficacité énergétique des bâtiments et les économies d’énergie. Les métiers liés à l’environnement feront longtemps parler d’eux. Rafal Naczyk Et tant mieux !


photos Dominique rodenbach

Vincent Truyens

Directeur de Green Recruitment, cabinet de conseil et de sélection spécialisé dans les métiers liés à l’environnement, le développement durable et les énergies renouvelables. « Aujourd’hui, les candidats à la recherche d’un emploi dans le secteur de l’environnement ont de réelles opportunités, car les bons profils sont rares. Il faut dire que l’emploi vert a élargi considérablement son périmètre dans les deux dernières années. Il existe un gisement d’emplois à la fois sur des métiers existants et sur de nouveaux métiers, mais nous constatons aussi et surtout l’impact de l’environnement sur l’ensemble des secteurs industriels. Aujourd’hui, de plus en plus de descriptions de fonctions contiennent des composantes environnementales. Reste qu’en temps de crise, les entreprises sont très sélectives et recherchent des profils pointus et expérimentés, hormis dans les secteurs traditionnels de l’eau et des déchets. Ainsi dans le domaine des énergies renouvelables, les ingénieurs spécialisés en éolien ou en solaire restent des perles rares, tout comme le sont dans l’immobilier les directeurs de projet ayant déjà travaillé sur des programmes HQE ».

Marc Lemaire

Directeur du GroupeOne et directeur d’Ecores (bureau d’étude spécialisé dans le conseil et études en matière de développement durable) « Qu’il s’agisse du passage du véhicule thermique au véhicule décarboné, des ressources fossiles aux renouvelables, du traitement à la valorisation des déchets et des effluents, l’industrie de demain doit carrément repenser son modèle économique. La fleur au fusil ou sous la contrainte, elle n’a pas vraiment le choix. Mais pour cela, il faut susciter une transversalité des comportements verts. Repenser, dans tous les métiers, la relation que l’on entretient avec la nature, la mobilité, l’énergie… c’est aussi une question de sens, voire de spiritualité. En ce sens, prof de philo c’est aussi un métier potentiellement vert. Si l’on souhaite une nouvelle mentalité d’entreprise, l’enseignement a besoin d’une verdurisation. Aujourd’hui, l’essentiel des emplois verts s’adressent aux profils « haut niveau ». Ces profils seront très recherchés dans les prochaines années, puis la spécialité devrait disparaître car tous les cadres devront posséder une expertise en développement durable, ce sera comme de savoir parler anglais aujourd’hui. Entre-temps, il ne faut pas sous-estimer l’importance des PME, en croissance depuis 20 ans. Ces publics doivent aussi avoir accès aux formations « vertes » ».

Christophe Pestiaux

Fredericq Peigneux

« Ekowatt s’est lancée dans l’aventure du photovoltaïque en 2008. 60 emplois ont été créés, notamment via un partenariat avec le Forem. Nous avons fait le pari de l’économie sociale, avec la volonté de favoriser l’accès à l’emploi de personnes moins qualifiées, tout en défendant une finalité environnementale. Un entrepreneur social est motivé par des valeurs altruistes, comme le développement des populations en difficulté ou la protection de l’environnement. C’est une plus value énorme, car cela rajoute du sens au métier. Nous recherchons des profils très techniques, des couvreurs, des électriciens, que nous formons en interne. Sur le terrain, 2.200 installations ont été opérées. Et tout ne fait que s’accélérer. Mais c’est un secteur fragile et très déstructuré vu le nombre d’opérateurs. En Belgique, suite à la crise, les particuliers temporisent davantage avant d’installer des panneaux photovoltaïques, et beaucoup de concurrents jouent le court terme en vendant un prix plutôt qu’en construisant une activité durable, locale, responsable. Nous, on veut de la qualité, même si c’est un rien plus cher, et un service après vente au top ».

« Comet Traitements concrétise un vieux fantasme : transformer à grande échelle les déchets plastiques, caoutchoucs, textiles, électriques et électroniques retirés des carcasses de nos voitures en… carburant, donc en énergie électrique et chaleur par cogénération. Et ce, grâce à un procédé pour lequel la Région wallonne et divers partenaires ont investi près de 7 millions d’euros et créé une douzaine d’emplois. Un projet fou ? Pas du tout si l’on en juge les résultats acquis au bout de trois ans de recherche et développement, avec une valorisation de plus de 91 % des matières broyées. Nous multiplions les recherches pour limiter au maximum les déchets issus du broyage des véhicules hors d’usage, des ferrailles et des équipements électriques ou électroniques que nous consommons chaque jour, à raison d’un million de tonnes depuis la création de l’entreprise en 2002. Certains de nos métiers s’apprennent sur le tas. Nous recherchons autant des conducteurs de grues, des ouvriers en centre de tri, que des ingénieurs ou docteurs en science. Des profils difficiles à trouver, car notre environnement de travail est peu glamour. Mais porteur de sens dans un contexte économique mondial ».

Directeur commercial d’Ekowatt, entreprise d’installation de panneaux photovoltaïques

Attaché à la Direction générale chez Comet

Françoise Morbois

HR Business Partner chez SPE Luminus « À la fois producteur et fournisseur, SPE Luminus est le deuxième acteur du marché belge de l’énergie. SPE dispose actuellement de centrales électriques (gaz, diesel/huile de palme), de parcs éoliens et de centrales hydrauliques, répartis sur différents sites en Wallonie et en Flandre. 12 % de notre capacité de production provient de sources d’énergie renouvelables, ce qui fait de SPE-Luminus le producteur proportionnellement le plus vert du pays. Nous érigeons en moyenne une à deux nouvelles éoliennes chaque mois. SPE-Luminus est ainsi devenu numéro 1 de l’énergie éolienne en Belgique, avec une production annuelle totale de 120 MW. Au niveau de l’énergie hydroélectrique, nous sommes le plus grand producteur en Belgique avec 80 MW. Nous produisons également 80 MW en biomasse en Flandre. Nous voulons continuer à nous développer sur le territoire belge dans le domaine de l’énergie verte. Actuellement, 9 personnes sont responsables de l’énergie renouvelable au sein du groupe et il est prévu à terme de doubler ces effectifs. Nous engageons de manière permanente des ingénieurs et des techniciens (électriciens, électroméchaniciens, électroniciens) mais rares sont les profils directement prêts à l’emploi. Ce qui nous oblige à recruter 1 an à l’avance, avant que le personnel devienne parfaitement autonome. »

Cécile Alphonse

Eco-conseillère et Présidente de l’Abece (éco-conseillers et conseillers en environnement). « Dépasser la spécialisation technique pour apporter une prestation généraliste en matière de développement durable : c’est la mission des éco-conseillers, soit quelque 900 consultants experts en environnement en entreprises, en cabinets-conseils, dans des organismes divers ou des collectivités. Ils exercent une mission transversale en matière de développement durable. Les éco-conseillers sont formés à intervenir comme des généralistes de l’environnement : réalisation d’études, de diagnostics, d’audits et proposition de plan d’actions ; montage de projets incluant la recherche de partenaires ; communication et sensibilisation autour d’un projet environnemental, médiation et résolution de conflit. Et ce, autour de missions diverses : adaptation des installations aux exigences de la réglementation, introduction de technologies propres, optimisation de la gestion des déchets, sensibilisation, information et motivation des personnels… »

Propos recueillis par R.N.

3 nouveaux métiers liés au développement durable Environnement intérieur : des conseillers mobiles et pédagogues

Créé pour renforcer la prévention de l’asthme et des allergies, ce métier exercé par une poignée de spécialistes aspire à plus de reconnaissance. À l’origine, on parlait plus de conseillères que de conseillers médicaux en environnement intérieur. La profession reste très féminine, mais les profils se sont diversifiés : ingénieurs travaillant dans des associations agréées de surveillance de la qualité de l’air, anciens animateurs en environnement, infirmiers rattachés à des services hospitaliers de pneumologie, etc. Certains l’exercent à temps plein, d’autres en libéral ou en parallèle à leur activité, mais ils peinent alors à en vivre. L’essence même du métier consiste à intervenir au domicile du patient pour y détecter le polluant en cause dans son asthme ou son allergie. « Chez lui, on réalise un audit de l’environnement intérieur. On l’interroge, on passe en revue les revêtements, le mode de chauffage, les pièces et on dépiste les allergènes en envoyant si besoin des prélèvements en laboratoire. On s’intéresse aussi à d’autres polluants comme le formaldéhyde », explique Virginie, 42 ans, conseillère médicale en environnement intérieur. « Quand j’interviens dans un logement pour des moisissures, je peux aller plus loin dans la recherche de solutions. » Dans la foulée, le CMEI envoie un rapport au médecin et au patient, puis il suit son évolution. Ce métier nécessite donc un bon bagage de connaissances médicales et techniques du bâtiment, de la ventilation et de la métrologie des polluants présents dans l’habitat. D’autant que le CMEI travaille aussi en coordination avec les services sociaux ou d’aide à la rénovation, des institutionnels, des bailleurs sociaux. « Savoir s’organiser est essentiel, être mobile aussi car dans mon cas, j’interviens à domicile sur l’ensemble de la Wallonie », conclut Virginie.

L’écotoxicologue, un expert pluridisciplinaire

Recherche dans le secteur public ou expertise dans le privé… l’évaluation de la toxicité environnementale des polluants est une activité plurielle encore en plein développement. S’il étudie l’impact des polluants sur différents écosystèmes, l’écotoxicologue évolue dans un environnement très scientifique : son travail consistant principalement en la conduite de tests en laboratoire et en recherches bibliographiques. La réglementation Reach a encore développé la part réglementaire associée à cette fonction : un véritable « stakhanovisme de la préparation de dossiers », pour Laurent, 39 ans, chef du département toxicologie et environnement d’un grand groupe pharmaceutique. La plupart des entreprises font appel pour cette tâche à des bureaux d’études indépendants. Vincent, 34 ans, écotoxicologue dans un bureau d’études indépendant, « élabore des méthodes informatiques pour prédire l’impact des molécules sur l’environnement ». Ailleurs, ses confrères élaborent « de nouveaux outils, méthodologies et scénarios d’exposition pour améliorer l’évaluation de la toxicité des produits chimiques », explique-t-il. Ils travaillent aussi sur « les sols pollués, les sites industriels et les déchets ». Les écotoxicologues forment une communauté scientifique restreinte en Belgique : « pas plus d’une trentaine de personnes, public et privé confondus », estime Vincent. La réglementation Reach a entraîné une augmentation sensible du nombre de postes. Mais le résultat est loin d’être celui annoncé, et trouver du travail n’est toujours pas évident pour les jeunes diplômés. Une large part sort de formations en biologie, écologie, chimie ou pharmacie, les masters en écotoxicologie étant encore peu nombreux. Leur pluridisciplinarité est pourtant très appréciée. En effet, « l’écotoxicologie est à l’interface de nombreux domaines, comme la chimie, la biologie et l’écologie », explique Vincent, pour qui un bon écotoxicologue doit d’abord « être curieux, adaptable et ouvert d’esprit ».

Le chef de projet sites et sols pollués, cœur de réseau

Commercial, technicien et formateur, le chef de projet sites et sols pollués développe ses compétences, au-delà d’une formation initiale tournée vers l’étude des sols et l’environnement. « Notre métier n’est pas nouveau, mais il a beaucoup évolué en suivant la réglementation », observe Stéphanie, 36 ans, qui occupe la fonction dans une agence de conseil en environnement, ingénierie environnementale et travaux de dépollution de sites et sols pollués. Dans le cas de Stéphanie, ce sont ses compétences de géophysicienne qui l’ont conduite à ce métier. « Le poste de chef de projet se situe au cœur du réseau », souligne Stéphanie. « Nos missions vont des études de diagnostic à la réalisation des travaux », résume-t-elle. Une grosse partie de la mission relève du commercial. « Répondant à une consultation, nous élaborons une offre de réhabilitation environnementale dont le choix de la technique va s’appuyer sur les résultats du bilan coûts-avantages, précise-t-elle. Tout au long du projet, nous vérifions la conformité des travaux avec la commande et leur cohérence financière vis-à-vis du budget initial. » Et à la fin du chantier, il revient au chef de projet de produire le rapport destiné au client et de rendre des comptes à son chef de secteur sur le résultat financier. « Notre métier est aussi un métier de contact », ajoute Stéphanie. Au-delà des relations avec le client, un chef de projet assume souvent une responsabilité d’encadrement et de formation de jeunes ingénieurs. À noter que le poste n’est pas l’apanage des bureaux d’études. Certains établissements publics à caractère industriels et commerciaux, en compte parmi leurs effectifs. Mais leurs compétences sont alors mises en oeuvre « dans un cadre R et D et en appui au ministère, sur des opérations innovantes ou à R.N. caractère méthodologique », précise Stéphanie.


Management

La faible représentation des femmes dans les organes de direction reste d’actualité. Plusieurs initiatives tentent d’adapter la réalité à l’évolution, pourtant positive, des mentalités. C’est le cas de Women On Board.

les femmes? Où sont

Le lauréat du « Wo_Men@ Work Award »… bientôt connu !

de ce comité sont des personnalités issues des mondes professionnel et académique et les critères qu’ils appliquent sont ceux qui seraient pris en compte par toute entreprise soucieuse de respecter les principes actuels de gouvernance et de professionnalisme. Combien de femmes ont intégré Women on Board ? Nous avons déjà rassemblé un vivier, un pool de talents d’une quarantaine de personnes, ce qui correspond à notre objectif de départ. Elles ont toutes une expérience solide de « general management », de direction financière, juridique, industrielle ou scientifique. Mais nous sommes bien entendu ouvertes à d’autres candidatures. Quelles sont les réactions du côté des entreprises ? Depuis 2009, le Code belge de Gouvernance d’Entreprise préconise la composition de conseils d’administration basée sur la mixité des genres, et la diversité en général, outre la complémentarité de compétences, d’expériences et de connaissances. Nous avons reçu, dans ce contexte, des marques d’intérêt très concrètes. A partir de ce moment, notre rôle s’arrête puisque nous avons mis en lumière certaines femmes et les avons aidées à entrer dans la ligne de mire. Vous avez constitué un « pool de talents » susceptible d’attirer l’attention des entreprises. Aucune autre ambition, sur cette base ? De type « lobbying » par exemple ? Aucune. Notre mission est purement pragmatique : mettre de l’huile dans les rouages, permettre aux femmes de mieux valoriser leurs compétences, et aider les

entreprises à mieux appliquer les principes de gouvernance auxquels elles déclarent adhérer. Pour le reste, notre organisation se garde de toute prise de position dans le débat public. La question des quotas, par exemple, qui est en discussion au Parlement, ne donne lieu chez vous à aucun avis ? Chacune d’entre nous à un avis, parfois tranché, sur la question. Certaines y sont favorables en estimant qu’il s’agit d’une étape nécessaire pour créer une masse critique au plus haut niveau, d’autres estiment qu’il serait quelque peu insultant pour une femme d’accéder à des responsabilités en profitant de quotas alors que seules ses compétences devraient jouer. Mais Women on Board, en tant qu’organisation, ne prend pas position. Fondamentalement, votre existence même n’est-elle pas un constat d’échec ? Depuis le temps qu’on parle de la trop faible représentation des femmes dans les organes de direction… C’est vrai, mais les faits sont là et ils sont malheureusement source de déception. Je pense cependant que le plus gros du travail a été effectué : les mentalités ont positivement évolué et sont désormais réceptives à l’idée que les femmes s’impliquent activement au plus haut niveau dans les processus décisionnels et stratégiques. De nombreuses études ont d’ailleurs démontré l’apport des femmes à cet égard et l’impact positif de la diversité et de la complémentarité sur l’efficacité de la gouvernance des entreprises. Le débat, en réalité, n’a plus lieu d’être. Il suffit juste à présent d’en mettre les conclusions en pratique : nous sommes là pour y contribuer. Propos recueillis par BENOÎT JULY 

Plus que quelques fois dormir et le lauréat du « Wo_Men@Work Award » sera connu. Initiative conjointe d’Axa Belgium et de Jump, ce prix entend récompenser le manager d’une entreprise implantée en Belgique qui « réalise des efforts concrets et mesurables pour favoriser la mixité au niveau du conseil d’administration, du comité de direction et des cadres. » Clôturée le 2 décembre, la procédure de vote devait déterminer qui serait le « premier champion de l’égalité professionnelle ». Les résultats en seront divulgués le 9 décembre, à Bruxelles. Trois candidats restaient en lice… Marc Decorte, président-directeur général de Shell Belgique, est présenté comme étant depuis près de dix ans le promoteur de nombreuses actions de diversité au sein de l’entreprise. Aujourd’hui, 30 % du top management sont des femmes. « C’est d’autant plus difficile dans un secteur qui oppose une vive résistance à une forte politique de mixité », souligne-t-on dans le prospectus de présentation. Parmi ses arguments-clés pour promouvoir la diversité : « Il est vital pour le succès du business d’attirer et de pouvoir garder les meilleurs talents. Recruter et développer ces talents à partir d’un échantillon de candidats plus large comprenant femmes et hommes assure un résultat plus durable. » Albert Ragon, General Manager de Danone Belgique, affiche quant à lui plusieurs années d’importantes actions de diversité. Résultat : le management de son entreprise compte aujourd’hui 51 % de femmes et le comité de direction 30 %. Danone Belgique aurait dès lors, désormais, valeur de « meilleure pratique » pour l’ensemble du Groupe Danone. « La diversité n’est ni un programme, ni un projet », affirme-t-il. « C’est une culture, un principe de fonctionnement. » Frank Van Massenhove, enfin, est directeur général du Service Public Fédéral Sécurité Sociale. « En à peine deux ans, il a réalisé un véritable changement de culture au sein de son département », affirme-t-on dans sa présentation. Aujourd’hui, le management est constitué pour moitié des femmes. Le résultat de son département en matière de mixité est de 50 % supérieur à celui des autres SPF. Son credo : « Il n’y a qu’une seule raison qui justifie d’avoir un équilibre femmes/hommes à chaque niveau d’une organisation : c’est positif tant pour l’organisation que pour les hommes et les femmes qui la composent. » Gageons que le jury n’aura pas la tâche facile pour BENOÎT JULY les départager… dr

Officiellement inaugurée le 17 novembre dernier, l’asbl « Women on Board » déploie ses activités depuis un an déjà. Objectif : faciliter l’accès des femmes aux conseils d’administration des entreprises belges qui sont encore souvent des bastions réservés aux hommes. Aux manettes : cinq femmes qui se sont rencontrées dans le monde des affaires : Emmanuèle Attout (partner chez PricewaterhouseCoopers), Cécile Coune (partner chez Liedekerke Wolters Waelbroeck Kirkpatrick), Marie Evrard (partner chez Field Fisher Waterhouse LLP), Françoise Roels (secrétaire générale chez Cofinimmo) et Sonja Rottiers (CEO de Nationale Suisse). Cécile Coune, pourquoi cette initiative ? Elle est née du constat d’un paradoxe persistant entre la volonté affichée par les entreprises de promouvoir la diversité des genres dans leurs conseils d’administration, en phase avec les principes de gouvernance actuels, et la faible représentation des femmes dans ces conseils d’administration. Les femmes représentent la moitié de la force de travail en Belgique et plus de 54 % des étudiants issus des études supérieures ou universitaires sont des femmes. Or, celles-ci ne sont que 8 % à siéger dans les conseils d’administration des grandes entreprises belges ! En se fondant sur leur expérience, et de manière désintéressée à titre personnel, les cinq co-fondatrices de Women on Board ont donc décidé de passer à l’action. L’idée ? Montrer que la Belgique regorge de femmes de talent, prêtes à siéger dans des conseils d’administration, et convaincre un maximum de gens de la plusvalue de la présence de femmes à ces niveaux de pouvoir. Concrètement ? Vu qu’il ne s’agit ni d’un problème de compétences ni d’une question de capacité ou de motivation, nous pensons que les femmes paient surtout le prix de leur modestie et de leur manque de visibilité. Notre objectif est donc de les sensibiliser et, dans un deuxième temps, de leur offrir par le biais de notre plate-forme cette visibilité qui leur fait défaut. Nous leur donnons donc un coup de pouce, en quelque sorte. Vous sensibilisez les femmes… mais vous les sélectionnez aussi. Pourquoi ? Nous ne voulons pas nous substituer aux chasseurs de tête – nous ne poursuivons d’ailleurs aucun objectif lucratif. Mais nous savons aussi que l’exercice d’une fonction dans un conseil d’administration requiert des profils particuliers. Nous invitons donc les femmes dont nous avons identifié le potentiel, ou celles qui s’adressent à nous, à passer notre procédure d’assessment et à se soumettre à l’avis de notre comité d’admission. Tout cela est objectif et transparent : les membres

Si c’était à refaire

Alessandro Roggerini

Agé de 42 ans, Alessandro Roggerini est le directeur des ressources humaines de Steel Invest & Finance (SIF), la joint-venture qui unit depuis 4 ans les sidérurgistes italien Duferco et russe NLMK. A ce titre, il gère des effectifs de 4.500 personnes en Europe et aux Etats-Unis, dans un environnement parfois difficile puisque le secteur de l’acier est en crise. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les récentes spéculations sur l’avenir du hautfourneau de Charleroi (Carsid) et de son millier de salariés, à l’arrêt depuis deux ans maintenant et dont nul ne sait s’il sera un jour rallumé. Mon meilleur souvenir. Spécialisé en droit des sociétés, j’ai rejoint en début de carrière une entreprise du secteur électromécanique et y ai découvert la richesse de la gestion des ressources

DRH de Steel Invest & Finance

humaines, et pas seulement en raison de ses liens avec la sphère juridique. Je me suis alors fixé le défi de devenir le responsable RH de cette entreprise, j’ai consacré toute mon énergie et ma concentration pour y arriver… et j’y suis resté. Les DRH sont un peu comme les psychologues des entreprises, qui doivent leur apporter la vision et les moyens pour travailler ensemble vers des objectifs communs. Plus pragmatiquement, on pourrait aussi dire que nous passons notre temps à mettre de l’huile dans les rouages, pour permettre aux autres d’exprimer leur valeur ajoutée. Mon moins bon souvenir. Les licenciements, sans aucun doute, qu’il m’est arrivé de devoir gérer dans ma carrière. Derrière chaque « dossier », on ne sait que trop bien qu’il y a non seulement la

personne directement concernée mais aussi une famille et la perspective de difficultés dans le futur. En pareil cas comme en tout autre d’ailleurs, j’estime que la direction des RH ne doit pas être considérée comme étant simplement responsable de l’application de décisions prises ailleurs, par d’autres. Elle doit au contraire être impliquée au plus haut niveau de la réflexion stratégique, car la GRH est constitutive de celle-ci. Mon choix décisif. Avoir accepté de rejoindre SIF à la fin 2007. Le défi, à titre personnel, était énorme. Je ne parlais pas français, je n’étais pas au fait du système social belge, je devais m’inscrire dans un partenariat inédit entre un groupe italien et un groupe russe, dont les activités s’étendent non seulement à la Belgique mais aussi ailleurs en Europe et aux

Etats-Unis. Chaque pays a ses lois, ses spécificités, sa propre mentalité… qu’il faut concilier avec le souci d’insuffler à chaque entité la même vision, la même manière de travailler, la même culture d’entreprise. C’est très exaltant sur le plan professionnel même si je suis arrivé dans un contexte positif, avant la crise de 2008, alors qu’il me faut gérer les conséquences de celle-ci aujourd’hui. Ma rencontre décisive. Antonio Gozzi, le président de Duferco Belgium, qui m’a proposé cette fonction. C’est une personnalité forte, incontournable dans le monde de l’acier, qui m’a permis de démarrer dans les meilleures conditions en me laissant le temps de visiter les outils, de rencontrer les personnes-clés. J’ai donc pu bénéficier d’un temps d’adaptation, y compris sur le plan personnel

puisqu’il n’était pas évident de quitter l’Italie pour venir travailler en Belgique. Mais, comme lui, je me sens désormais très bien dans ce pays… Mon tuyau GRH. L’ouverture et le dialogue sont vraiment l’essence de la gestion des ressources humaines. C’est une banalité de le rappeler mais c’est pourtant essentiel – je suis aussi devenu depuis lors responsable de la communication – et, du reste, ce n’est pas toujours facile à mettre en œuvre… surtout en période de crise. Il est évidemment plus agréable de gérer des plans de carrières, des programmes de développement personnel quand tout va bien que négocier des prolongations de chômage économique ou, plus fondamentalement, des incertitudes liées à l’avenir.

Propos recueilli par BENOÎT JULY


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