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L’espace, le lieu et le concours d’architecture: l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine Ugo Ribeiro. Sous la direction de Paolo Amaldi. Ensal 2012


L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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© Ugo Ribeiro - Castelo de Mosanto - Avril 2011 l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


SOMMAIRE

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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REMERCIEMENTS Avant-Propos Introduction Notions de lieu et d’espace en architecture

LIEU Le phénomène La structure L’ESPACE Appréhender le monde par l’espace - géocentrisme&héliocentrisme Sentir le monde et l’espace

Vers une Architecture Localisée - Architecture, lieu et espace à l’heure contemporaine

LE REGIONALISME CRITIQUE Histoire du régionalisme - Une vision liée à celle du lieu Néologisme Architecture de réseaux Ubiquité&Réseaux - L’avènement de l’espace temps. Nouveau paradigme de la société contemporaine Maux résultants de la globalisation - Junskpace et Surmodernité Dérives contemporaines du lieu et de l’espace

Le concours d’architecture - Valeur sûre de la qualité architecturale

Stimuler la qualité architecturale Le processus de concours - Savoir et connaissances Réseau de diffusion et base de données Etude de cas - Construction d’équipement publics, mairie, bureau de poste, local pompiers et logements. Anières. Suisse. Septembre 2011.

Analyse du programme Analyse du corpus de propositions

CONCLUSION ANNEXE FIGURES NOTES BIBLIOGRAPHIE 5

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Remerciements

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Un mot pour remercier l’ensemble des personnes qui m’ont permis d’avancer durant mes recherches et d’aboutir à cette première étude. Je remercie donc, Paolo Amaldi, pour m’avoir suivit tout au long de ce mémoire et pour m’avoir mis en contact avec des experts du sujet traité ci-après, tels Jean-Pierre Chupin où Joris van Wezemael et Sofia Paisiou. Je remercie Jean-Pierre Chupin de m’avoir invité au colloque: « International Competitions and Archtitectural Quality in the Planetary Age » qu’il a organisé, en collaboration avec Goerges Adamczyk, à l’UdeM (Montréal Canada) les 16 et 17 mars 2012. Merci également à Mme Nathalie Mezureux – directrice de l’Ensal – qui m’a permis de me rendre à ce colloque. J’en profite également pour remercier Jean-François Agier qui a été mon interlocuteur à l’Ensal et m’a aidé dans la mise en place de ce voyage. Merci à Joris van Wezemael et Sofia Paisiou qui m’ont reçu à Fribourg, pour me faire part de leurs savoirs respectifs sur le sujet du processus de concours en architecture ainsi que sur le processus de prise de décision d’un jury. Cette échange à été décisif dans la structuration de ce mémoire. Je remercie également le bureau d’architecture Amaldi-Neder qui a mis à ma disposition l’ensemble des documents relatifs au concours d’Anières. Enfin je remercie Manuel Graça Dias et Pedro Pacheco qui m’ont reçu en Avril 2011. Ces rencontres faisaient suite à une première étude réalisée sur le régionalisme critique. Celles-ci m’ont permis de comprendre plus précisément cette architecture portugaise si singulière et ont également constitué un point de départ pour ce mémoire. Merci donc à chacune de ces personnes.

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AVANT - PROPOS

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Les recherches et la production de ce mémoire s’inscrivent dans la continuité d’un premier travail réalisé sur le « régionalisme critique  ». Celui-ci posait la question de l’influence du lieu sur l’architecture. Au cours de cette recherche, nombre de concepts, d’idéologies, de productions architecturales ont été abordés. Cette étude, ajoutée à de récentes expériences architecturales professionnelles, des rencontrent marquantes ainsi qu’à de fortes racines culturelles, portugaises, révèlent en moi le goût pour cette architecture régionale. Subtile, fine elle n’en est toujours que plus sublime. Il faut savoir la toucher, la regarder, parfois l’écouter mais surtout la parcourir parce que la lumière y est changeante tout comme l’aspect des matériaux, celle du sol, ou de bien d’autres éléments. Dans «  Le Régionalisme Critique: l’influence du Lieu sur l’architecture », je n’ai que peu statué sur le devenir de cette pratique. Toutefois, il apparaît que le mouvement du régionalisme critique est analytique ou politique mais non architectural. A l’inverse des protagonistes du mouvement moderne qui se revendiquaient comme tel et cherchaient à véhiculer leur dogmes architecturaux, l’humilité caractérise les praticiens du régionalisme critique. Il était également clairement notable que ce type d’architecture est caractéristique d’une région, voir d’une nation. Au Portugal, par exemple, la majeure partie des productions architecturales semblent marquées de cette étiquette. La raison en est simple et Pedro Pacheco, architecte à Lisbonne, m’assure qu’elle est le résultat d’un artisanat toujours fleurissant. Il ajoute ensuite que le jour où la standardisation prendra le pas sur celui-ci, l’architecture portugaise devra se préparer à un véritable changement. Qu’en sera-t-il alors de la qualité de l’architecture, au Portugal et ailleurs? Avec le peu de recul par rapport à cette étude, menée en 2011, j’en réinterroge le fond ainsi que les conclusions. Pouvons-nous toujours parler de régionalisme critique? Est-ce le seul moyen de réaliser une architecture de qualité? Quel(s) modèle(s) émerge(nt) de la mondialisation pour faire fasse à l’indifférence sociétale qu’elle véhicule. Autant de question qui ont guidé cette seconde recherche intitulée: «  L’espace, le lieu et le concours d’architecture: l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine ». Bien sûr, celle-ci n’a pas la prétention d’être manifeste, mais elle a le mérite, me semble-t-il de montrer tout le potentiel auquel l’architecture peut avoir recours, malgré la globalisation criante, tendant à la rendre insipide. 9

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INTRODUCTION

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L’hypothèse de travail qui a guidé cette recherche est l’implosion imminente du « régionalisme critique » et de la qualité architecturale devant la mondialisation grandissante. Nous savons que ce mouvement architectural peut être considéré en bien des points ultime en terme de qualité. Nous savons également qu’il répond, précisément à un site, une culture un programme. Alors que la société tend à tomber dans l’indifférence, dans l’individualisation à outrance, qu’une crise identitaire est déjà en marche, que va devenir la qualité architecturale? Estelle perdue à jamais? Comment les évolutions des notions de lieu et d’espace ontelles conduit à remettre en cause l’existence du régionalisme critique et de sa qualité architecturale au profit d’une architecture localisée dont la qualité est obtenue par le biais du processus du concours d’architecture ? Voici clairement la question que pose cette étude, celle de la qualité architecturale à l’heure planétaire et de la méthode à utiliser pour parvenir à sa réalisation. Ce sont les échecs cuisants du modernisme et du postmodernisme qui ont conduit les architectes à un « retours aux sources » de l’architecture. Le premier possédait une base régionaliste, mais celle-ci a été passée sous silence lorsqu’il a prit une dimension internationale avec le Style International. Le second quant à lui a essayé de réintroduire l’Histoire et les problèmes sociaux dans l’architecture mais en vain. C’est également ce double échec qui à conduit les deux historiens – Alexander Tzonis et Liane Lefaivre – à introduire la notion de régionalisme critique en 1981 (crée à dessein de donner la priorité à l’identité particulière plutôt qu’aux dogmes universelles pour analyser la nouvelle production architecturale de cette période. Convenons ainsi que ce néologisme n’a pas été créé pour être nécessairement intemporel et qu’il convient, si besoin est, de le considérer comme obsolète. Ce terme a semble-til été galvaudé et il ne rend plus compte de la réalité. Il sert essentiellement pour faire référence à la production architectural d’architecte médiatique, souvent malgré eux, puisque cette posture régionale et critique va en quelque sorte à l’encontre 11

de cette hyper-médiatisation véhiculée par notre société contemporaine. Il s’agit donc avant toute chose de retracer historiquement l’évolution des notions lieu et d’espace puisqu’elles jouent inévitablement un rôle extrêmement important dans le rapport que l’architecture entretient avec la société qui la conceptualise et la construit. L’art du lieu, comme le défini Christian NorbergSchulz se voit donc altéré. Les hiérarchies auxquelles il répondait sont désormais nulles et ont été consciemment ou inconscient repensées puisqu’il représente encore et toujours une image du monde en laquelle il est légitime de croire. L’empreinte caractéristique du lieu si chère à C.Norberg-Schulz, « ineffable et omniprésente » incarnée par le « genius loci » est également bouleversée. Le système: matière première, forme bâtie,espace n’est plus une condition suffisante pour saisir l’atmosphère du lieu. Sans doute faut-il regarder le lieu avec un œil nouveau. Il n’est plus seulement substance des choses, il est bien évidement et plus que jamais espace ou plutôt contenant, où existent et interagissent différents systèmes. Ajoutons que désormais les notions d’espace et de lieu semblent confondues. Bien qu’étroitement liées, leurs histoires n’en sont pas moins différentes, nous aurons le loisir de le constater. Chacun de ces deux concepts renvoient au rapport que l’Homme entretient avec un environnement, proche ou lointain. Ce rapport a incroyablement évolué depuis le mythe de la cabane et de la caverne prôné par Vitruve, comme essence de l’architecture, jusqu’à la diversité architecturale que l’on connaît aujourd’hui. Cette diversité va de paire avec la complexité contemporaine de la société. Nous verrons que jusqu’ici, le régionalisme critique était en lien étroit avec l’évolution de la lecture du lieu, en passant par un rapport mystique, romantique, économique puis critique. Aujourd’hui, la structuration du monde en réseaux, sa transformation non-linéaire et la conjoncture économique sont tels que certains prônent une re-situation locale au sein de l’échelle globale. Néanmoins, cette recherche d’équilibre entre une fonction locale et une autre globale, ne semble pas conduire l’architecture « vers un régionalisme critique » comme le présentait quelques années plutôt le critique d’architecture l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


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britannique Kenneth Frampton. Les écoles régionales, présentées de façon non exhaustive dans « L’influence du lieu sur l’Architecture: le Régionalisme Critique », ne vont pas disparaître, mais elle ne vont pas non plus s’étendre au-delà de leurs régions, simplement parce qu’elles semblent être en marge de cette évolution. L’architecture qui émerge au sein de cette nouvelle organisation du monde pourrait être qualifiée de locale dans le sens où elle prend place au point d’intersection de réseaux. Là où elle s’érige, plusieurs phénomènes, plusieurs choses s’entrelacent pour définir un lieu puis un espace. Cette idée d’une « architecture localisée  » pose la question de sa définition même et de la capacité de la société a la produire. Aujourd’hui, en raison de son évolution non-linéaire, la réalité urbaine se veut chaque jour plus complexe. Celle-la même définit par C.Norberg-Schulz en ces termes: « le flux incessant du réel doit être en permanence reconquis »1. Le paysage et le bâti sont donc plus que jamais en constante évolution pour le meilleure et jusqu’à présent, à en lire Rem Koolhaas et Mike Davis, surtout pour le pire! Ainsi le positionnement de l’architecte et des autres professions agissant sur l’espace urbain est capital autant qu’il n’a jamais été aussi délicat. Il est impératif que ces derniers comprennent cette nouvelle complexité spatiale si l’on veut avoir une chance de dominer « cette punition aux architectes qui n’ont jamais su expliquer l’espace »: « le Junkspace ». En réalité au-delà de la maîtrise de ce nouvel espace, il faut donner de la qualité à l’architecture, afin que celle-ci regagne l’espace urbain délaissé où mal aménagé. A Genève par exemple, une politique de réaménagement des parcs a été mise en place ces dernières années ayant pour but de les rendre plus attractifs. Finalement c’est un échec total, pourtant il ne faut se déplacer très loin pour rencontrer des espaces publics qui fonctionnent. La fontaine des tours de Carouge en est la parfaite illustration (figure 1.1). Plus au nord-est de la Suisse, à Zürich, les espaces verts, paysagers, fonctionnent merveilleusement bien. Cette question de la qualité, aussi bien en architecture, qu’en urbanisme ou en paysagisme est donc primordiale. Comment l’architecture chercht-elle à répondre à cette qualité en tirant partie de la réinterprétation des notions de lieu et d’espace et en s’inscrivant dans les nouveaux réseaux qui structurent le monde? Un récent colloque organisé par le LEAP2, à Montréal (Canada) posait cette question de la qualité en architecture par le biais du concours dans la société contemporaine: « International Competitions and Architectural Quality in the Planetary Age »3. La méthode du concours est à première vue une réponse adéquate à cette complexité, nous interrogerons les potentialités que ce processus renferme afin de voir si effectivement c’est un gage de qualité pour l’architecture contemporaine.

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Notions de lieu et d’espace en architecture L’architecture, depuis les temps les plus anciens, se préoccupe des lieux où elle s’implante. Déjà les Grecs savaient reconnaître les formes mais également les fonctions particulières conférant au lieu son caractère unique et individuel. C’est cette connaissance du singulier qui a conduit les Grecs à personnifier les dieux. Les lieux aux propriétés marquantes furent interprétés comme le signe d’une divinité propre. Prenons deux autres exemples contemporains. Qui n’a jamais entendu un enseignant prononcer ces mots: « n’oubliez pas le contexte dans lequel vous vous insérez », d’ailleurs, l’architecture « scolaire » mais également l’architecture «  avec un grand A  » ne commence-t-elle pas par une prise de contact avec le site? Une analyse contextuelle en bonne et due forme pour les plus puristes d’entre nous. Alvaro Siza quant à lui, avant de faire une quelconque proposition architecturale quelque soit le contexte, passe une dizaine de jours a arpenter le lieu, nuit et jour, avec pour seuls compagnons un stylo à bille noir et un carnet de croquis (figure 2.1). De cette foultitude de représentations émerge une idée d’implantation première porte d’entrée dans le projet architectural, première projection d’un espace. L’architecture convoque donc ces deux notions aux champs d’acception très larges: le lieu et l’espace.

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LIEU Le lieu est selon C.Norberg-Schulz « quelque chose de plus qu’une abstraite localisation »1. Souvent le lieu est associé à l’imaginaire, à une représentation mentale des choses plus ou moins erronée. Lors d’une conférence à l’Ensal « La perception sonore de la ville depuis le XIXe siècle », Olivier Balaÿ – enseignant chercheur à l’Ensal et au CRESSON – montre que ce type de représentation imaginaire est très utilisé dans la littérature, notamment la littérature française. L’un de ces auteurs, dans son style, est particulièrement intéressant, c’est bien entendu Georges Perec, qui pour reprendre les termes de O.Balaÿ, « recompose des histoires à partir de ce qu’il perçoit ». L’ouvrage « W ou le Souvenir d’enfance » (1975) relate excellemment bien cette expérience en croisant fiction et récit autobiographique. « L’événement eut lieu, un peu plus tard ou un peu plus tôt, et je n’en fus pas la victime héroïque mais un simple témoin (G.Perec croyait était persuadé de s’être brisé l’omoplate alors qu’en réalité c’était un camarade à lui Philippe qui lors d’un accident de patin à glace se retrouva avec l’omoplate brisé). Comme pour le bras en écharpe de la gare de Lyon, je vois bien ce que pouvaient remplacer ces fractures éminemment réparables qu’une immobilisation temporaire suffisait à réduire, même si la métaphore, aujourd’hui, me semble inopérante pour décrire ce qui précisément avait été cassé et qu’il était sans doute vain d’espérer enfermer dans le simulacre d’un membre fantôme. Plus simplement, ces thérapeutiques imaginaires, moins contraignantes que tutoriale, ces points de suspension, désignaient des douleurs nommables et venaient à point justifier des cajoleries dont les raisons réelles n’étaient données qu’à voix basse. Quoi qu’il en soit, et d’aussi loin que je me souvienne, le mot «omoplate» et son comparse, le mot «clavicule», m’ont toujours été familiers. »2 15

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Georges Perec Le lieu était donc bien réel, tout comme l’accident, mais les faits concrets sont assez différents du souvenir qu’en garde l’écrivain. Parenthèse faite, revenons à notre notion de lieu et fermons les yeux un instant afin d’imaginer un lieu qui nous est cher, qui nous a marqué. Les choses qui le constituent, apparaissent plus ou moins nettement dans notre esprit mais qu’importe puisque pour chacun de nous, celles-ci ont une « substance matérielle, une forme, une texture parfois une couleur »3. La totalité des choses issues de cet imaginaire définissent un « caractère d’ambiance »4 essence même du lieu. Une fois encore, G.Perec, exprime la caractère subjectif pigmenté d’objectivité que revêtent les lieux qui nous sont connus dans « Espèce d’espace » (1974 - le titre soulignant la mince frontière qui sépare ces deux notions): « Les pays sont séparés les uns des autres par des frontières. Passer une frontière est toujours quelque chose d’un peu émouvant : une limite imaginaire, matérialisée par une barrière de bois qui d’ailleurs n’est jamais vraiment sur ligne qu’elle est censée représenter, mais quelques dizaines ou quelques centaines de mètres en deçà ou audelà, suffit pour tout changer, et jusqu’au paysage même : c’est le même air, c’est la même terre, mais la route n’est plus tout à fait la même, la graphie des panneaux routiers change, les boulangeries ne ressemblent plus tout à fait à ce que nous appelions, un instant avant, boulangerie, les pains n’ont plus la même forme, ce ne sont plus les mêmes emballages de cigarettes qui traînent par terre. »5 Georges Perec

dans la théorie qu’il soutient puisqu’elle met en exergue le rapport, local ainsi que général, que l’Homme entretient avec le monde. L’habiter est selon lui une manière de concrétiser ce rapport puisqu’il rend visible le général en tant que situation concrète locale. Le lieu possède donc une signification bien plus important que la seule localisation, il permet de définir un monde « ce qui est entre ciel et terre. Cette demeure où habitent les mortels » (Martin Heidegger). Ce lieu, cette nature, extensible et complexe, possède donc une identité singulière. Nous l’avons déjà évoqué, ce sont les choses, qui confèrent c’est particularité au lieu. M.Heidegger précise ce concept de chose en leur ajoutant la notion de qualité (par exemple assimilable à la notion de netteté avec laquelle notre esprit les retranscrit). Ainsi des catégories, fonction de la définition des choses, commencent à émerger et permettent de structurer le lieu en précisant ses phénomènes (figure 2.2). La signification du milieu naturel est donc condensée dans les choses (ici naturelles) auxquelles s’ajoutent les artefacts humains. Ces constructions (artificielles) participent des phénomènes artificiels et sont à l’origine d’une des relations fondamentales de l’architecture, celle qui existe entre l’intérieure et l’extérieure des choses. In fine ces réalisations humaines ne sont jamais que des « implantations à différentes échelles, des maisons et des fermes aux villages et aux villes, ensuite, des sentiers qui conjuguent ces insertions en éléments plus variés qui transforment la nature en un paysage culturel. Ces implantations sont organiquement reliées à leur milieu, ce qui implique qu’elles servent de point focal où le caractère du milieu se condense et s’explicite. »7

On peut dire sans trop de retenue que le lieu est définit soit par son caractère, soit par son atmosphère. C.Norberg-Schulz aborde le lieu comme un « phénomène total et qualitatif ne pouvant être réduit à aucune de ses propres caractéristiques. »6

Le phénomène Partant du principe que le lieu est un phénomène total et qu’il est constitué de nombreuses caractéristiques il est intéressant d’introduire l’égalité suivante: lieu = milieu. Effectivement la hiérarchisation des phénomènes constitue un milieu où d’autres phénomènes trouvent leurs places. Cela renvoie à la notion de complexité contemporaine de notre société à laquelle nous avons déjà fait allusion. Néanmoins, il serait plus subtil d’introduire aujourd’hui la notion de concomitance des phénomènes pour définir le lieu. Le lieu possède donc une dimension quotidienne que l’approche analytique scientifique aussi bien que l’approche analytique fonctionnelle ont tendance à occulter. « La phénoménologie du milieu » a justement à dessein de combler cette carence en proposant un retour aux choses. C.Norberg-Schulz pense qu’un recours à une « phénoménologie de l’architecture  » est inévitable afin de comprendre le milieu quotidien. La question de l’habiter occupe une place essentielle L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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La structure L’homme, depuis toujours, cherche à contrôler ce qui l’entoure notamment l’environnement, pour ensuite pouvoir se repérer mais également se protéger. Un des moyens qu’il met en œuvre pour arriver à cette fin est de structurer l’environnement, qu’il soit direct ou lointain, en faisant apparaître des point focaux; ainsi prennent forme édifices et monuments permettant à l’Homme de rendre le lieu signifiant (figure 2.3). Robert Venturi pointe du doigt cette obsession humaine, celle de chercher à rendre l’architecture monumentale pour exprimer une cohésion communautaire. Celle-ci a fonctionné durant un temps mais « L’enseignement de Las Vegas » (Venturi, 1977) démontre qu’il est désormais vain, tout au moins à Las Vegas, de chercher un communautarisme par le biais d’éléments architecturaux symboliques: « Les moyens et les savoir-faire ne suffisent pas à retrouver une monumentalité en architecture qui exprimait la cohésion de la communauté par le biais d’éléments architecturaux symboliques »8. Pour autant, il est aisément constatable que l’architecture symbolique et/ ou monumentale n’a pas faillit, bien au contraire, elle marque plus que jamais notre quotidien. Sa fonction, n’aspire plus à la cohésion, mais plutôt au repère devant s’affirmer au sein d’une urbanité plus que jamais déconcertante (figure 2.4). La structuration d’un lieu fait donc référence à l’implantation des choses ainsi qu’aux paysages de celles-ci dessinent. Ces deux notions peuvent être analysées en faisant appel aux concepts d’espace et de caractère. Reprenons les définitions que C.Norberg-Schulz donne à chacune de ces deux termes. L’espace est l’organisation tridimensionnelle des éléments composant le lieu. Le caractère dénote l’atmosphère général qui représente la priorité la plus compréhensive de n’importe quel lieu. Quant bien même la seconde notion semble, limpide, l’histoire nous apprend, que le terme espace revêt plusieurs acceptions et que dans notre cas, il est nécessaire de le préciser – ce que nous ne manquerons pas de faire par la suite. Le caractère d’un lieu est donc plus facilement exprimable pour une raison évidente, il est plus concret mais aussi plus générique. Il « dénote d’une atmosphère générale comprenant tout»9. D’un lieu, quel qu’il soit, émane donc un caractère, une présence, qui en fait sa force ou à défaut, son point faible. C’est clairement la présence réelle, matérielle ou formelle, constituant le lieu qui produit ce ressenti et marque l’esprit humain. Dans «  Penser l’architecture » (2006), Peter Zumthor fait référence à ce caractère inhérent aussi bien au lieu qu’à l’architecture:

« Quand je pense à l’architecture, des images remontent en moi. Beaucoup de ces images sont en rapport avec ma formation et mon travail d’architecte. […] D’autre évoque mon enfance. Je me rappelle le temps où je faisais l’expérience de l’architecture sans y réfléchir. Je crois sentir encore dans ma main une poignée de porte, une pièce de métal arrondie comme le dos d’une cuillère. […] Aujourd’hui encore, cette poignée-là 19

m’apparaît comme un signe particulier de l’entrée dan un monde fait d’atmosphères et d’odeurs diverses. »10 Peter Zumthor Cette définition du caractère, son côté formel et matériel pose la question du comment des choses qui composent le lieu, mais elle met également en jeu les sens de l’Homme (ces sens sont aussi stimulés par l’espace). Dans cette optique regardons comment P.Zumthor y fait référence. L’architecte suisse se rappelle « une poignée de porte, une pièce de métal arrondie comme le dos d’une cuillère ». L’exemple pris par C.NorbergSchulz pour soutenir cette notion de caractère est d’ordre plus général. Il questionne l’édifice architectural, son rapport au sol, son implantation dans un contexte plus vaste. En faite, il apparaît que les limites à cette notion de caractère soient vue par C.Norberg-Schulz à travers les propos suivants tenus par M.Heidegger: « [l’architecture] ce qui est entre ciel et terre. Cette demeure où habitent les mortels ». Dans «  Genius Loci – Paysage/Ambiance/Architecture », C.Norberg-Schulz déplore que la théorie, notamment architecturale, ne s’intéresse pas plus à la question du caractère. Il est vrai que les écrits sur l’espace sont beaucoup plus nombreux peut être parce qu’étant considérés comme plus fondamentaux? Pourtant si l’espace est marqué par l’utilisation de prépositions pour exprimer et systématiser les rapports que l’individu entretient avec celui-ci, sa complexité semble bien maigre devant le champ d’adjectifs dans lequel peut puiser la notion de caractère. Cette complexité afin d’être appréhendée au mieux, amène l’architecte norvégien à distinguer des niveaux d’environnement différents n’ayant pas forcément des structures similaires – notamment du fait de leurs échelles – en fonction du champ d’adjectifs qu’ils leur aient assimilables (figure 2.5). Cette séries, a bien entendue pour sommet les lieux naturels, base à partir de laquelle l’Homme a pu commencer à s’établir en façonnant les lieux artificiels selon les idées de rassemblement et de focalisation. Dans ce contexte vaste qu’est le lieu naturel, les lieux artificiels peuvent être vu comme des «  pivots  » organisant l’amplitude du lieu. Si l’on se place au niveau du paysage, un paysage fermé devient un centre. Ce centre fait donc intervenir les principes de centralisation, de direction ou de rythme définissant un espace concret dont les aspects premiers sont l’extension et les fermetures (figure 2.6). Ces digrammes d’organisation du centre ville de Prague, dessinés par C.Norberg-Schulz appuient l’idée que selon lui, l’Homme crée les lieux artificiels qui se réfèrent à la nature selon trois modalités principales : 1.Préciser la structure naturelle afin de visualiser la connaissance de la nature. Ceci nécessite une limite (enceinte) et une centralité (le monument); 2.L’expression de la connaissance humaine par le biais de symbole. La signification immédiate devient alors un objet culturel pouvant participer à une situation plus complexe. Les limites de cette situation étant évoquées comme nous l’avons déjà dit par R.Venturi. Le symbolisme n’est donc plus un moyen l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


de cohésion mais dorénavant un repère dans la complexité urbaine; 3.Ces significations sont rassemblées par l’Homme en vue de se créer un « imago mundi » concrétisant son monde. Les dérives de ce dernier point on conduit les Homme à créer des villes (pour ne prendre que cet exemple) qui se délite littéralement ressemblant désormais plus à une concaténation de lieux plutôt qu’à un lieu centralisé. Ces trois modalités soulignent deux choses. La première réside dans le temporalité du lieu. Nous voyons que la dernière modalité évoquée par C.Norberg-Schulz est déjà obsolète. La définition de l’espace concret qu’il donne est elle aussi à revoir. Les trois points qu’il aborde (centralisation – direction – rythme) sont d’ailleurs revisités dans « Non-lieux, introduction à une

anthropologie de la surmodernité » (Augé,1992). L’auteur rend compte de l’espace français contemporain en introduisant les notions d’itinéraire, d’intersection, de centre et de monument. La seconde est que le processus d’implantation de l’Homme à grande échelle, comme celle du paysage, donne naissance à l’espace qui se développe au sein de sous échelles en faisant appelle à la profondeur, au mouvement, à la temporalité et bien évidement à bon nombres d’autres concepts. Face à cette complexité grandissante et en mouvement, face à l’acharnement qu’à l’Homme à vouloir expliquer le monde d’une façon scientifique et mathématique, il est nécessaire d’introduire la notion d’espace afin de mieux comprendre comment l’architecture se nourrit de l’un, le lieu, pour créer l’autre, l’espace architectural.

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L’ESPACE L’espace, à la fois objet d’étude et image du monde, varie en fonction des domaines dans lesquels il est utilisé. Philosophes, scientifiques, architectes...n’ont de cesse d’examiner cette notion avec les outils propre à chacun. Ils la définissent et la redéfinissent encore et toujours. Il existe néanmoins un facteur commun à ces différents espaces. Ce même facteur présente l’importante opposition qui demeure entre lieu et espace. L’espace intègre l’être humain en tant que tel, c’est à dire avec l’ensemble de ses facultés. Il n’est pas « figé » – à court terme – comme il l’est incontestablement lorsque l’on évoque sa relation au lieu. L’espace tout comme son histoire procède d’une découverte incessante par le biais du mouvement, des sens, de l’entendement et de la raison. « L’espace, donc, comme champ du je peux comme produit de mes actions, de mes gestes dans leur enchaînement, comme une construction en devenir mais en même temps comme système de relations dans lequel vaut la règle de la réversibilité des opérations mentales, de la résorption du temps et de la neutralisation du sujet observateur. »11 Paolo Amaldi

Appréhender le monde par l’espace géocentrisme&héliocentrisme

Tout comme la réflexion sur la notion de lieu, la notion d’espace apparaît très tôt dans l’humanité et s’accompagne inlassablement des idées de fini/infini (conception « contenutiste ») et de plein/ vide (conception « vacuiste »)12. Bien que l’histoire de l’architecture peut être considérée comme inhérente à l’histoire humaine (l’une des premières choses que l’Homme cherche à faire, est à s’abriter. Il construit un toit ou aménage une caverne, ce qui nous renvoie au deux mythes qui selon Vitruve contiennent à eux seuls l’architecture: la cabane et la caverne. Très tôt des réflexions théoriques sur l’art de construire sont exprimées avec le traité de Vitruve « De architectura » ou encore avec le « Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle » de Eugène Viollet-le-Duc ainsi que la trilogie de « l’Art de bâtir » de Auguste Choisy. Bien sûr ces écrits font appel de manière sous-jacente à la notion d’espace mais ce n’est que beaucoup plus tard que de réelles réflexions théoriques sur ce concept apparaissent. On peut considérer que Le Corbusier – avec la réalisation du Pavillon de l’Esprit Nouveau en 1925 – Walter Gropius – avec la réalisation du Bauhaus en 1926 – et Mies Van der Rohe – avec la réalisation du Pavillon de Barcelone en 1929 – sont les trois précurseurs de cette théorisation de l’espace architectural. Néanmoins, bien avant eux, cette notion intéresse bon nombre de penseurs et de scientifiques notamment les philosophes de la Grèce Antique ainsi que des physiciens et mathématiciens du XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle. En réalité cette notion L’espace, le lieu et le concours d’architecture

d’espace passionne puisqu’elle questionne l’Homme et sa situation par rapport à l’Univers et donc au démiurge – dans sa définition platonicienne13. Elle le place au centre de ses réflexions ce qui ne manque pas de flatter son ego. Finalement l’architecture ne représenterait-elle pas cette vaine récurrence qu’a l’Homme à toujours chercher à s’élever en direction du ciel pour se retrouver au-dessus de ce qui l’entoure afin de contrôler son environnement direct comme Dieu saurait le faire? Ceci soutiendrait les premières représentations, prétentieusement humaines, du monde qui placent l’Homme et la Terre au centre de l’Univers. Ces modèles présentés par Aristote et Ptolémée sont définis comme géocentriques. Le modèle géocentrique ptoléméen Ce modèle intègre déjà la Terre comme un élément rond. L’Univers constitue un espace fini divisible en deux catégories: le monde infralunaire et le supralunaire. Le premier concernant tout ce qui est situé sous l’orbite de la Lune, est symbole de mouvement, d’incertitude, continuellement altéré et instable. Le second, est immuable, parfait, stable et éternel (figure 2.7)14. Le modèle géocentrique ptoléméen Plus tard Ptolémée modifie quelque peu le modèle d’Aristote en introduisant la notion d’équant. L’équant est un point excentré duquel on voit la planète décrire une trajectoire avec une vitesse angulaire constante. Sous Aristote, ce point était confondu avec la Terre. Il introduit également l’excentrique, un épicycle inversé sur lequel tourne le centre du déférent. La Terre se trouve, elle, au symétrique de l’équant par rapport au centre de l’excentrique. Ce modèle, qui permet de mieux considérer les variations de vitesses des planètes, ne place donc plus la Terre en son centre mais un point « imaginaire » ne correspondant à l’emplacement d’aucun objet céleste (figure 2.8)15. A cette époque, aucune pressions religieuses n’influencent un quelconque modèle comme cela sera le cas par la suite. Ce premier essai de représentation scientifique du monde consacre donc avant tout une tentative de conception philosophique. Il souligne le peu de connaissance que l’Homme a de la réalité de sa nature humaine ainsi que de sa position dans l’ensemble de l’Univers. Néanmoins, il comprend déjà que des interactions physiques peuvent se produire entre les trois éléments suivants qui compose alors son système: Homme/Terre/Univers. Pourtant cette posture philosophique ne fait pas apparaître le point de divergence qu’il existe à mon sens entre lieu et espace: celui de l’Homme en mouvement dans un environnement lui-même constamment en mouvement. Bien au contraire à cette époque le premier des deux principes régissant le géocentrisme rend admirablement compte de cette immobilité présupposée de l’environnement: « la Terre est le centre de l’univers, immobile de lieu (par l’an) et de position (par jour): les changements des saisons et de jour et nuit se font donc par mouvements extérieurs à la Terre »16. Cette conception philosophique rend également compte de « l’emprise hégémonique sur le monde » (Amaldi, 22


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figure 2.7

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figure 2.8

23

l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


2007) que l’être humain est capable d’avoir par le seul sens de la vue, lui montrant la distance qu’il existe entre lui et le monde. Cette distance dialogue avec les notions de panoramique, de panoptique et de synoptique ajoutant progressivement au fil des siècles l’instantanéité et l’immédiateté à ce rapport sujet/monde. Retenons donc deux choses de ces représentations géocentriques. La première est que l’Homme se base sur ce qu’il voit pour définir l’espace. Cela conduit donc à la représentation d’un espace fini, tripartite et immobile au sein duquel il est l’unique « maître », appuyant ainsi la philosophie contenutiste d’Aristote17. Ce système physique de représentation du monde trouve très vite des opposants. Déjà en -280 avant J-C, Aristarque de Samos puis en 370, Hypatie d’Alexandrie, envisagent l’éventualité que la Terre puisse tourner autour du Soleil. Pourtant ce n’est que beaucoup plus tard, au XVe siècle, que Nicolas Copernic sera capable de proposer un nouveau modèle, l’héliocentrisme (figure 2.9). Celui-ci s’oppose radicalement aux deux modèles précédents. D’une part il ne place plus la Terre au centre de l’Univers, elle n’est que le centre du système Terre/Lune. D’autre part la Terre fait partie intégrante d’un ensemble constitué de sphères qui tournent autour du Soleil, véritable centre de l’Univers. La Terre n’est plus immobile ni immuable, elle tourne selon un axe Nord/Sud. Cette représentation est donc une véritable révolution puisqu’elle en diminue l’aura humaine, en la considérant comme une partie d’un tout et non plus comme le tout auquel se raccrochent les parties, ce qui à cette époque, est hérétique. Ceci explique que pendant plusieurs années, ce modèle est condamné et interdit par l’Église. Cela appuie sans doute le fait que l’on puisse encore trouver pendant plusieurs

années des représentations égocentriques (prenant comme centre l’expérience personnelle) de la Terre, ainsi Pietro Coppo (géographe vénitien) représente la Terre comme un immense archipel fini (figure 2.10). Notons également que la représentation d’un espace fini persiste à travers l’existence récurrente d’un centre à l’Univers, théorie que le modèle du Big-Bang vient infirmer. Cette nouvelle représentation et les suivantes sont de plus en plus crédibles pour une simple raison, elles ne sont plus émises par des philosophes (questionnant le rapport sujet/monde) mais bien par des spécialistes de la physique: physiciens, astronomes... se concentrant sur la matière qui le constitue, les forces qui le régissent...L’Homme ne trouve pas sa place directement dans ces recherches. Cependant il est indéniable que ces avancées physiques influencent les philosophes de leur temps reposant la question existentielle de l’Homme et de l’Humanité. Paolo Amaldi nous rappel d’ailleurs dans « Espace » (2007) que René Descartes est l’un des précurseurs de ces nouvelles représentations de l’Homme. Il introduit d’abord l’aphorisme connu de tous « Cogito, ergo sum »18 (je pense donc je suis) dans le Discours de la méthode (1637). Il développe plus longuement cette notion en la précisant « Ego sum, ego existo » (je pense, j’existe) et en séparant le « res extensa » (matière mesurable) du « res cogitans » (la pensée) dans son œuvre « Méditations métaphysiques »19. Cette séparation affirme que la vue n’est plus l’unique sens qui permet de rendre compte de la distance qu’il existe dans le rapport sujet/monde. Elle introduit plus largement la notion de vide déjà connue ou plutôt inconnue de Aristote. Effectivement nous avons déjà précisé la tendance contenutiste du philosophe grec qui découpe et classe le monde en substances continues qui se juxtaposent évinçant de fait la possibilité d’un vide interstitiel, inclassable.

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figure 2.9

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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figure 2.10

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l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


figure 2.11

CLASSIQUE

MODERNE

Point de fuite (perspective)

Dissolution de la perspective

Vision ''naturelle''

Vision temporelle ou simultanée

Illusion

Relation pure entre les objets dans l'espace

Effet de profondeur (Versailles)

Effet de transparence (Bauhaus)

Espace émotif

Excitation physiologique

figure 2.12

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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Sentir le monde et l’espace Ces démarches scientifiques qui ont permis jusqu’alors de décrire l’espace commencent donc à être peu à peu complétées par un domaine intégrant le « cogito » de chaque individu. Cela donne lieu à un espace psychologique – « espace existentiel »20 – très important puisque permettant à l’Homme de procéder à appropriation de l’espace par le biais du symbole et de la figure – un des rôles que remplit l’architecture. A partir du siècle des Lumières le monde n’est plus vu comme un tout prévu d’avance connu de notre « cogito ». Cette assertion annonce donc sa relecture par le biais de l’expérience individuelle réalisable grâce aux cinq sens. Il s’agit de conscientiser l’espace de lui chercher une signification en fonction du «  soi-intérieur » de chaque individu. L’espace existentiel est donc un espace du « pour-soi »21 par opposition à l’espace du « en-soi »22 assimilable à la connaissance scientifique. Le XVIIIe siècle fait ainsi l’éloge du paysage « sublime » et « pittoresque » réceptacle de différents phénomènes. Johann Wolfgang von Goethe soutient cette théorie d’un espace physique réalisé par des phénomènes devant être compris comme relation complexe entre sujet et objet. Bien que l’on semble entrevoir ce que C.Norberg-Schulz propose quelques années plus tard, JW. von Goethe, cherche à impliquer l’Homme en investissement son « moi » dans cette relation sujet/objet. Voici donc le point d’entrée qui va affirmer la notion d’espace de celle du lieu permettant également l’apparition du concept sous-jacent d’espace architectural. La théorisation d’un espace physique réalisé par le biais de phénomènes impliquant sujet et objet semble dénoter d’une transition vers une philosophie vacuiste dans le sens où elle amène une distance réelle entre le sujet et l’objet. L’investissement du sujet et de son « soi » profond, comme le suggère JW. von Goethe, par le biais des sens doivent concourir à produire une image cohérente du monde. En ce qui concerne celle de l’architecture, il s’agit d’y ajouter deux notions essentielles, la profondeur et la temporalité rendant définitivement l’espace et le lieu antithétiques mais complémentaires (figure 2.11). On retrouve ce paradoxe on mettant dos à dos les propos de Edmund Husserl23 qui prône la potentialité de l’espace: « on ne peut détecter l’espace en tant que tel », et ceux de M.Heidegger qui définit le lieu « comme une donné qualitative qui différencie le proche du lointain. C’est l’espace psychologique de l’Homme à l’arrêt ». Finalement l’espace ne serait-il pas « une étendue dans laquelle vaut le principe d’équivalence de tous les lieux. Il est appréhendé par le sujet en mouvement et non plus localisé. Il perd de fait ses distinctions qualitatives initiales. C’est une entité objectivée » (Amaldi, 2007). Cette notion de mouvement, de déplacement doit amener une meilleure compréhension de l’espace architectural puisqu’il devient durant un instant, tangible et non plus potentiel. Elle pose également une nouvelle fois la question du rapport que l’espace entretient avec le vide et de l’indécision de la réponse qui en découle. Adolf von Hilderbrand semble approcher la juste définition de l’espace architectural contemporain (sous réserve qu’il y en ai une) en expliquant que c’est un « vide occupé par des 27

objets » (procède de la simple l’implantation). On peut ajouter que « l’expérience architecturale est liée au mouvement » (Amaldi. 2007). En d’autres termes et comme d’autres ont su l’écrire et le dire, il s’agit de penser le vide avant de penser le plein ou plutôt de penser le vide comme un plein afin de mieux appréhender la relation que celui-ci va entretenir avec la masse architecturale. Il est également nécessaire de réfléchir sur la mise en tension des « objets qui occupent ce vide » tout en sachant que l’Homme sera amené à se mouvoir dans cet espace et que « ses yeux sont à 1,60m du sol ». Avec le mouvement moderne que les réflexions sur l’espace architectural vont réellement prendre une autre dimension. Sigfried Giedion avec « Construire en France, construire en fer, construire en béton » (1927) constate que les nouvelles techniques constructives vont pouvoir appuyer le nouveaux modes de perceptions de la réalité prôné par JW. von Goethe et E.Husserl. La notion d’un espace en trois dimensions est alors largement acquise et le mouvement moderne va exploiter cela en explorant la continuité des choses que permet cette représentation tridimensionnelle, c’est ce que Bruno Zevi appelle le « continuum spatial ». L’espace architectural moderne est avant toute chose l’expérience du regard en mouvement dans le but de rompre avec la conception classique de l’architecture (figure 2.12). L’exemple manifeste est donné par le bâtiment du Bauhaus (construit par W.Gropius en 1926 – figure 2.13), considéré par S.Giedion comme l’unique bâtiment important et notable de cette époque. Pour comprendre cette réalisation il s’agit donc de procéder en deux temps. Tout d’abord il est souhaitable de choisir des points de vue qui permettent une description objective de l’édifice. La libre circulation (vision spatio-temporelle) doit dans un second temps permettre la compréhension de ce qu’appelle S.Giedion, la « structure intime » de l’architecture. « L’œil est incapable d’embrasser, d’un seul regard, ce complexe ; il faudrait l’observer de tous les côtés et le regarder d’en haut et d’en bas à la fois. L’imagination artistique peut accéder à une nouvelle dimension. La perception temporalisée est considérée, in fine, comme une forme de connaissances des choses. »24 Paolo Amaldi La notion de transparence que véhicule le bâtiment vient appuyer l’idée que le mouvement moderne cherche à se libérer du joug de la conception spatiale classique puisque l’effet traditionnel de progression entre intérieur et extérieur n’existe plus. Cette position est reprise par Emmanuel Kaufmann (historien autrichien) qui voit l’architecture moderne comme un acte de liberté par rapport à la dictature formelle classique. Enfin il est important de préciser que B.Zevi et E.Kaufmann trouvent une corrélation entre l’architecture et la société dans laquelle elle est concrétisée. B.Zevi rapproche la prise de distance par rapport à l’époque classique d’une manifestation d’un désir démocratique. E.Kaufmann pense que cette prise d’autonomie exprime l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


l’affranchissement de l’individu dans la société bourgeoise du XVIIIe siècle. Nous somme désormais à même de constater que lieu et espace, bien que proches dans les esprits de chacun, sont en réalité deux notions qui possèdent leurs propres définitions ainsi que leurs propres champs d’actions. Ce bref historique, non exhaustifs, sur ces deux concepts était nécessaire en vue comprendre pourquoi, le régionalisme faisait sens jusqu’à présent et que désormais, il apparaît plus judicieux de parler « d’architecture localisée ».

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figure 2.13

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Vers une Architecture Localisée Architecture, lieu et espace à l’heure contemporaine La notion de régionalisme critique ainsi que celle de l’architecture localisée ne sont pas nouvelles. Nous avons statué, comme présenté en introduction, sur la perte de vitesse du régionalisme critique à l’heure planétaire et la direction prise vers une architecture localisée. Auparavant, nous avons rappelé les transformations qu’ont connu les notions de lieu et d’espace au cours du temps. La présentation qu’il convient désormais de faire est celle de l’évolution du régionalisme critique et de la naissance de l’architecture localisée dans le contexte contemporain. Effectivement, tout comme le modernisme avait des racines régionales, il nous apparaît évidement que l’architecture localisée est en quelque sorte la réincarnation du régionalisme critique qui aurait mal vécu l’intensité avec laquelle a évolué la société durant ces dernières décennies. Aussi afin de pouvoir comprendre du mieux possible ce nouveau mouvement, il est nécessaire d’analyser et de maîtriser le régionalisme critique, son histoire, ses théories (sans entrer dans le détail des réalisations architecturales caractérisant les différentes écoles).

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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LE REGIONALISME CRITIQUE 1 Est-il nécessaire de rappeler que le régionalisme critique est avant tout un outil d’analyse de l’architecture? Et que cet outil est relativement récent puisque le néologisme date des années 1970. Comme nous le verrons, deux termes le composent et bien que la notion de régionalisme fasse montre d’une longue histoire il faut attendre Emmanuel Kant pour voir émerger celle de critique.

Histoire du régionalisme Une vision liée à celle du lieu

Aussi loin que remonte la notion de lieu, il est possible d’y trouver un caractère régional. Cette vérité est inversement proportionnelle à la notion de temps (dans sa lecture chronologique). En effet plus on remonte dans le temps, moins le monde est hyperconnecté, plus le rapport au lieu, en terme régional, semble notable. Rappelons que cette connaissance du lieu et de ses caractéristiques régionales est justement ce qui a amené les Grecs à personnifier leurs divinités. Par suite, chaque lieu étant un tant soit peu doté d’un caractère prononcé était interprété comme la manifestation d’une divinité particulière. Ne serait-ce pas là l’une des premières forme de régionalisme? Celle d’un régionalisme que l’on pourrait qualifié de mystique. La première forme de régionalisme, avérée dans son acte, est l’œuvre de Niccolo de Crescenzi avec la Casa dei Crescenzi à Ponto Rotto près de Rome au XIIe siècle. A cette époque, comme nous l’avons déjà précisé, l’emprise de l’Eglise sur l’Homme et son rapport au chose est hégémonique. Essayer de s’émanciper du pouvoir papale qui « s’étend bien au delà des sept collines de Rome » est souvent impossible, où cela reste alors extrêmement ponctuel. L’autre motivation éprouvée par N. de Crescenzi est de vouloir restaurer la gloire de l’antiquité romaine comme on peut le lire sur une des inscriptions « ce n’était pas la vanité qui m’a motivé pour construire cette maison, mais le désir de restaurer la dignité ancienne de Rome ». L’acte 31

architectural réactionnaire de N.de Crecenzi porte donc en soi les prémices quelque peu maladroits d’une affirmation régionale (figure 3.1), d’un retour aux sources que l’on peut lire en façade avec les références à l’antiquité. L’architecture publique n’est plus érigée dans le but de vouer un culte au divin. Effectivement, par le biais de cette réalisation, N.de Crescenzi propose avant l’heure « l’ego cogito, ergo sum » (bien que sa posture ne soit pas totalement libre dans le sens ou elle cherche avant tout à s’opposer à l’Eglise et « à rendre à César, ce qui appartient à César », et non à rendre compte du besoin qu’a l’Homme à être critique puisqu’il existe) ce que R.Descartes formalisera quelques années plus tard. C’est une autre façon d’interpeller sur la faculté de perception que possède l’Homme grâce à ses cinq sens. Celle-la même retrouve, nous l’avons vu auparavant, un regain d’intérêt. Effectivement au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle le paysage « pittoresque » et « sublime » fascine artistes et penseurs. L’architecture comme tous les autres arts est touchée par ce courant de pensé. L’architecture n’est pas l’instigatrice de ce mouvement nouveau. Au contraire et comme souvent, elle est contaminée par l’art. Elle lui empreinte alors à l’époque l’adjectif « pittoresque ». Celui-ci, réactionnaire, est initié avant tout dans les œuvres du peintre français Claude Le Lorrain puis s’affirme en Angleterre à la vision de ses toiles. (figure 3.2). « Ses tableaux retranscrivent des paysages mélancoliques où la politique n’a pas sa place. Ses préoccupations se posent sur le site, son anomalie, son irrégularité, la présence de ruines, d’éléments inachevés.... Il ne cherche pas à magnifier la réalité à la rendre plus belle qu’elle ne l’est, mais il recherche plutôt la vérité du lieu, en quelque sorte, l’atmosphère effective qu’il en émane. Souvent celle-ci est synonyme d’imperfection ce qui va à l’encontre des pensées artistiques d’alors. » Cette dimension artistique est couplée à la pensée philosophique des Lumières et à la nouvelle posture qu’ils voient en l’Homme. l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


figure 3.1

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figure 3.2

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Ce régionalisme romantique est donc le point d’inflexion qui va permettre la naissance d’un espace architectural. En effet c’est une façon de prendre en compte le lieu en tant que paysage contemplé tout en donnant du crédit à la pensée Humaine. Finalement on retrouve une fois de plus R.Descartes et la séparation qu’il propose entre le « res extensa » et la « res cogitan » dans les « Méditations métaphysiques ». Deux figures fortes du régionalisme romantique (ici britanniques) prennent des positions radicales - il est souvent bon de l’être pour mieux faire marche arrière - à l’image de N.de Crescenzi. Cette radicalité va permettre une transmission rapide de leur posture. C’est le début de la rupture avec l’universalisme et le classicisme gage de proportion, de perfection, symétrie...totalement en désaccord avec l’idée du romantisme que l’on peut retrouver dans les tableaux de C.Le Lorrain. William Temple et Anthony Earl of Shaftesbury, militants britanniques, sont donc engagés en faveur de l’ordre naturel: « Your genius, the genius of the place, and the Great Genius have at last prevailed. I shall no longer resist the passion growing in me for things of a natural kind, where neither art nor the conceit or caprice of man has spoiled their genuine order by breaking in upon that primitive state. Even the rude rocks, the mossy caverns, the irregular inwrought grottos and broken falls of waters, with all the horrid graces of the wilderness itself, as representing Nature more, will be the more engaging, and appear with a magnificence beyond the formal mockery of princely gardens...»2. Anthony Earl of Shaftesbury

figure 3.3

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

La Nature comme modèle de développement de l’Homme vertueux, a-politique et a-classique, contraire à ce qui fait la société du XVIIIe siècle. JW. von Goethe précise par la suite le régionalisme romantique d’un point de vue architectural. Il estime que trois règles peuvent à elles seules définir ce rapport naissant entre l’Homme et une architecture du milieu. Dans un premier temps, toutes les conventions préexistantes connues du bâtiment doivent être oubliées. Il s’agit ensuite de rentrer en communion avec celui-ci en se concentrant sur les détails qui en font un édifice singulier. L’acmé est atteint lorsque l’Homme est capable de reconnaître en l’œuvre le décalage que son concepteur à su prendre par rapport à son époque, l’inscrivant de fait dans l’Histoire. Cette Histoire qui fait en partie l’économie des nations, puisqu’elle Cette Histoire fait en partie l’économie des nations, puisqu’elle génère un important attrait touristique. Cette faiblesse de l’Homme ne manque pas d’être exploitée par les plus capitalistes d’entre nous. Le régionalisme qui prône le « bottom-up » à l’inverse du « top-down » défendu par les valeurs libérales et individualistes, n’a pourtant pas échappé à certains travers bien qu’il partait d’une bonne intention. En effet, au début XIXe siècle des études sont réalisées afin de définir plus précisément ce qu’est le régionalisme romantique. L’architecture se trouvant à l’intersection entre lieu et espace permet d’affirmer l’atmosphère de l’un et l’idiosyncrasie de l’autre. Ces caractéristiques ne 34


manquent pas d’être exploitées pour « donner au visiteur ce qu’il est venu voir ». La subtilité spatiale ou spirituelle n’est bien sûr pas au programme: « C’est à l’Exposition nationale de Genève, en 1896, que la recherche d’une représentation architecturale consensuelle de l’identité de la Suisse atteint son apothéose, sous la forme du ‘’Village suisse’’. Celui-ci n’était, au fond, qu’un grand décor de théâtre, constitué de reproductions en miniature d’anciennes maisons bourgeoises de tous les cantons, librement agencées autour d’une montagne artificielle »3. Stanislaus von Moos Les expositions universelles ne se gardent pas depuis le milieu du XIXe siècle d’exploiter (figure 3.3) la candeur du touriste aveuglé par le bonheur et l’émerveillement qu’il est venu chercher. Le régionalisme commence donc à se perdre entre romantisme et économie. Cette dispersion annonce son implosion d’autant plus qu’au même instant, d’autre mouvent se développe, comme les Arts Décoratifs (figure 3.4), puis le Mouvement moderne ainsi que le Style Internationale -avec sa légendaire exposition Modern Architecture (1932)4 (figure 3.5) -, détournant les réflexions depuis le local vers le global, forçant ainsi plus encore cette chute imminente: « L’exposition universelle de Paris en 1900, annonce les traits qui vont caractériser la planification et l’architecture du XXe siècle: la dynamique de la concurrence économique, entraînant l’explosion impitoyable des styles et des types »5. Nous savons de plus que ces mouvements sont radicaux

puisque esthétiquement ils cherchent à s’émanciper du style Beaux-Arts et que d’un point de vue économique, ils s’inscrivent dans la frénésie de la seconde révolution industrielle (18701920) et profite de ses avancées technologiques (ainsi que de celles dues à la Première Guerre Mondiale) pour promouvoir un nationalisme ainsi qu’un internationalisme: « Nous voulons une architecture internationale. Une architecture de notre temps »6. Cet esprit nouveau, donne lieu à des publications fortement idéologiques – notamment dans la revue éponyme - ainsi qu’a des réunions au sommet comme les Congrès Internationaux de l’Architecture Moderne (CIAM) dont le premier se déroule à La Sarraz (Suisse) en 1928 (figure 3.6). On y retrouve les 28 architectes fondateurs, tous européens. Bien que cette nouvelle façon d’exercer l’architecture fasse consensus - l’espace d’un temps - certain n’y trouvent pas leurs comptes comme Lewis Mumford qui dès 1924 va chercher à réinterroger la notion de régionalisme en la confrontant à la fraîcheur de la pensée néo mondialisme qui se propage. Il pose la question de fond à laquelle le régionalisme cherche inlassablement à répondre, comment vivre dans un monde fait de particularités sans les sacrifier et sans pour autant que l’Homme soit sacrifier au profit de celles-ci? en d’autre terme comment concilier modernisme et régionalisme, quel équilibre pour l’architecture du XXe siècle qui semble vulnérable face aux nouvelles dynamiques économiques. La question de L.Mumford est évidement le point de départ du régionalisme critique, puisqu’il pose justement la question de la position critique que doit avoir le concepteur face aux travers qui se dessinent dans la société de l’époque.

figure 3.4

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figure 3.5

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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figure 3.6

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Néologisme Ce n’est pourtant que quelques décennies plus tard, très exactement en 1981, que les historiens A.Tzonis et L.Lefaivre, théoriciens de l’architecture, proposeront ce néologisme. Pour eux, la question du régionalisme est devenue expressément urgente, l’impact non anticipé de la globalisation montre que si des changements n’interviennent pas, l’humanité en pâtira. Ayons conscience que ce terme est purement analytique et qu’au départ, aucun architectes ne l’utilisent pour faire référence à de quelconques productions architecturales. C’est la notion de critique qui est primordiale dans ce néologisme puisqu’elle met l’accent sur la position que doit avoir le concepteur comme L. Mumford commence à le faire remarquer. Selon les deux auteurs, ce concept doit: « donner la priorité à l’identité particulière plutôt qu’aux dogmes universelles ». Néanmoins, au vue de ce qui été abordé auparavant, nous savons que ce concept intègre la dimension critique humaine et qu’il montre la considération que l’Homme est capable d’avoir à l’égard du paysage (régionalisme) mais également celle que désormais il connaît par rapport à l’espace architecturale et à la phénoménologie du milieu (critique). Dans cet esprit, le projet de la mairie de Säynätsalo (1948-1952) réalisé par Alvar Aalto fait office de paradigme (figure 3.7) au sens où il montre qu’une architecture alternative – traitant avec les technologie contemporaine et la préexistence d’un environnement – est possible. Celle-ci s’oppose à la « pauvre » architecture qui est réalisée après la guerre mondiale sous prétexte de reconstruction du pays. Effectivement, les deux théoriciens ont conscience des échecs du modernisme et du post-modernisme, étriqués dans leurs dogmes technocratiques et bureaucratiques, ce qui les poussent plus encore à rendre compte des architectures qui rayonnent hors de ce système. De fait la valeur analytique de cet outil est clairement visible dans le panel de projets qu’ils présentent dans l’ouvrage publié en 2003: « Critical regionalism, Architecture and Identity in a Globalized World »(figure 3.8) qui ne cherche pas à catégoriser des écoles manifestes susceptibles d’exister et à qui l’on colle cette étiquette: « The above is a presentation of a selection of critical regionalis projects between the period following World War II until the early 1970 [...]. Although not exhautive, we have aimed at being as diverse as possible. The purpose of this cros section of this intentionally mixed selection, has been to point out the diversity of the response by architects of the complex problems of the postwar world in a formative port of this period. The next section of the book focuses on some of the classics of this immediate post-war period as well as some recent work in what we believe is the ongoind – and more important than ever – tradition of Critical Regionalism. »7 Alexander Tzonis et Liane Lefaivre L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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figure 3.7

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ARCHITECTE

EDIFICES

VILLES

PAYS

ANNEES

Oscar Niemeyer

Dance Hall, Pampulha

Belo Horizonte, Minas Gerais

Brazil

1942

Richard Neutra

The Kaufmann Desert House

Palm Springs, California

USA

1946-47

Alvar Aalto

Saynatsalo Town Hall

Saynatsalo

Finland

1948-52

Dimitris Pikionis

Pathway up the Acropolis and the Philopappos Hill

Athens

Greece

1953-57

Ricardo Porro

School of Plastic Arts

Havana

Cuba

1961-65

Moshe Safdie

Hebrew Union College

Jerusalem

Israel

1976-88

Renzo Piano building workshop

Jean-Marie Tjibaou Cultural Centre

Noumea

New-Caledonia

1993-98

Berger + Parkkinen

The Mahindra United World College

Berlin

Germany

1995-99

Jacques Ferrier and Jean-Francois Irissou

Siege Social de Total energie

La Tour-de-Salvagny, Lyon

France

1998-99

Christopher Benninger

The Mahindra United World College

Pune

India

1997-2000

Jose Antonio Martinez Lapena & Elias Torres Tur

La Granja Escalator

Toledo

Spain

1997-2000

German del Sol

Hot Springs Landscape, hotel and horse stables

San Pedro de Atacama

Chile

1998-2000

Kengo Kuma

Hiroshige Ando Museum, Batoh

Batoh, Tochigi prefecture

Japan

1998-2000

Leslie Elkins and James Turrell

Live Oak Friends Meeting Hall

Houston, Texas

USA

1995-2001

MVRDV

Hageneiland

Ypenburge

The Netherlands

1997-2001

Santiago Calatrava

Ysios Winery

Alava

Spain

1998-2001

Navarra Office Walk Architecture

Strip park between Caltagirone and Piazza Armerina

Catania

Italy

2001

Foreign office architects

Yokohama international port terminal

Yokohama

Japan

1995-2002

Gary Chang / Edge Design Institute Ltd.

Suitcase House

Beijing

China

2001-02

Ateliers Jean Nouvel

Museum on Qual Branl

Paris

France

Since 1999

figure 3.8

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

40


Ne pouvons nous pas déjà lire à travers ces lignes ce que nous avons nommé architecture localisée redonnant ainsi au régionalisme critique sa vrai vertu, celle d’outil analytique. K.Frampton va commencer à théoriser architecturalement ce régionalisme critique dans son article: « Pour un régionalisme critique et une architecture de la résistance ». Cet article, traduction condensée du manifeste qu’il écrit en 1983 (« Towards a Critical Regionalism : Six Points for an Architecture of Resistance »), procède d’une analyse extrêmement fine de la société et de la production architectural des années 60-80. Il constate comme les deux précédents auteurs que le monde prend un tournant extraordinaire et que l’architecture y a été de fait également forcée. Il déplore le fait que l’avènement de cette culture monde réduise le champ d’action de l’architecture et a tendu à la rationaliser à outrance, affectant les productions avantgardistes qui normalement sont les moteurs de tout progrès. Effectivement, si l’avant-gardisme fait montre de progrès, il n’en est pas moins instable, imprévisible, ce qui ne fonctionne plus avec les codes de la société d’alors. Celle-ci, au sortir de la seconde guerre mondiale, cherche à retrouver une stabilité pour se reconstruire sainement. Le contexte conduit alors à une perte d’identité – qui est incessante et toujours d’actualité. K. Frampton est sans doute animé d’un sentiment réactionnaire mais également philanthrope puisqu’il cite Paul Ricoeur pour appuyer son propos, celui de ne pas céder à la culture monde: « En même temps qu’une promotion de l’humanité, le phénomène d’universalisation constitue une sorte de subtile destruction […] du noyau créateur des grandes civilisations, des grandes cultures, ce noyau à partir duquel nous interprétons la vie et que j’appelle par anticipation le noyau éthique et mythique de l’humanité. […] voilà le paradoxe:comment se moderniser, se retrouver aux sources? Comment réveiller une vieille culture endormie et entre dans la civilisation universelle? »8. Pour lui le premier exemple d’une architecture de la résistance se trouve dans l’église de Jørn Utzon édifiée à Bagsvaerd (Danemark) en 1976 (figure 3.9). Un peu à l’image de A.Aalto, l’architecte danois a intelligemment réussit à intégrer les problématiques locales dans un système qui se voulait plus global. Cela amène K.Frampton à évoquer une théorie plutôt originale celle de l’arrière-gardisme. La société n’accepte plus l’avant-gardisme pour les raisons évoquées plus haut, mais elle doit faire preuve d’arrière-gardisme. L’historien britannique entend par là que l’architecture doit garder en tête les réalisations du passées. Elle doit aussi bien les étudier que les comprendre. Il insiste notamment sur le siècle des Lumières. Une fois de plus ce n’est pas étonnant puisque ce siècle qui offrait à l’Homme un horizon nouveau en terme philosophique, dans son rapport aux choses, devait tendre à l’élever – puisque doué de raison. Finalement cela à conduit à une société quelque peu déraisonné. La position de K.Frampton renvoie donc une fois de plus au fantasme de l’environnement, de la maîtrise du paysage, de la symbiose de l’architecture avec son lieu, l’implantation parfaite et unique qui donne sens à l’architecture: « il faut savoir construire le site comme le dit Mario Botta, laisser l’architecture révéler l’idiosyncrasie du lieu ». Ce sont des architectes forts comme A.Siza, P.Zumthor, Snøhetta ni tous les autres « régionalistes critiques » ne se revendiqueront jamais 41

comme tels. Bien évidement la problématique du lieu, parfois si rude dans ces régions (Portugal, Espagne, Pays Nordiques, Suisse) ne peut que porter l’architecture (figure 3.10). Il constitue un matériaux extrêmement précieux et respecté, puisqu’unique, d’où l’impossibilité de le laisser de côté? Mais le fait de se poser en marge ou en opposition de la mondialisation, n’est pas une valeur prôner par ces architectes. Cette « marginalisation » résulte de la qualité artisanale locale avec laquelle ils ont appris à travailler et à réaliser leur architecture, et qu’ils ne peuvent trouver nulle part ailleurs. Les écoles manifestes que j’ai présenter dans « Le régionalisme critique:l’influence du lieu sur l’architecture », sont donc quelque peu à l’écart de la mondialisation, ce qui ne les empêchent pas d’exister plus que jamais. Néanmoins, je ne crois pas que ni A. Siza ou P. Zumthor ne revendiqueront jamais leur architecture comme régionalisme critique. Laissons donc au régionalisme critique, sa fonction première, l’analyse, et tâchons désormais de parler plutôt d’architecture localisée plus apte à rendre compte du contexte complexe où elle prend place.

l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


figure 3.9

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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figure 3.10

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l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


Architecture de réseaux La complexité du contexte est fonction du temps. Il semble également qu’au fil des siècles, la notion de lieu a été supplantée par celle d’espace. Disons plutôt que l’Homme aime la capacité qu’il a d’être en mouvement et celle qu’il a de redécouvrir l’environnement qui l’entoure. En réalité, le lieu n’est pas oublié, il constitue, nous l’avons déjà dit, la vision du monde de l’Homme a l’arrêt et est donc de fait, le point de départ de l’espace. Aussi il est fréquent que la frénésie de la société contemporaine, tende à passer le lieu proche sous silence (tout au moins dans l’architecture) au profit du lieu lointain ou de l’espace en vertu du nouveau statut de l’Homme qui est acteur et non plus simple spectateur. Il croit agir sur le milieu, ce qui semble lui permettre d’exister alors que la mondialisation tend à le noyer dans l’indifférence la plus totale. La fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle ont vu naître de nouvelles dynamiques spatiales et de surcroît urbaines, matérielles et immatérielles, qui structurent le monde en réseaux. Ceux-ci, font bien évidement l’objet de théories qui tendent à affiner la place occupée par l’Homme, sa vision du monde et l’influence qui est la sienne sur celui-ci. Cela montre tout l’étendu de la complexité du rapport sujet/objet à l’heure contemporaine.

Ubiquité&Réseaux L’avènement de l’espace temps. Nouveau paradigme de la société contemporaine

L’ubiquité est plus que jamais une thématique possédant une importante influence sur le développement urbain et architectural. Elle est la base même du modèle de réseau qui structure la société. Immatérielle, elle défie la notion de temps et d’espace et l’interrelation qu’il en émane, comme nous le montrerons plus bas en prenant comme référence la théorie de Marc Augé sur la « surmodernité ». La première avancée technique qui va amorcer le phénomène d’ubiquité est la création et l’utilisation de l’ascenseur. Cette innovation technique voit le jour grâce à Elisha Otis. En 1957 il en équipe un grand magasin new-yorkais puis l’installe pour la première fois en 1959, toujours à New-York, dans un immeuble résidentiel le Haughwout Building (figure 3.11). Dès lors, on assiste à une nouvelle relation entre temps et espace. Monter au sixième étage n’est plus un problème, bien au contraire, cela devient synonyme de richesse. La structuration sociale des immeubles résidentiels se voit donc inversée. Il devient alors beaucoup plus gratifiant d’habiter au dernier étage plutôt qu’au rez-de-chaussé. De la même manière, la structuration spatiale, pour le moment dans une petite échelle, n’est plus une question de distance, mais de temps. La fin du XIXe siècle et le début de XXe siècle voit également se développer l’automobile avec la construction de la première voiture en série par Henri Ford, la Ford T, qui démocratise l’utilisation de l’automobile en la rendant accessible au plus grand nombre. Avant cela bien évidement, la locomotive permettait déjà de parcourir de grande distance en un temps réduit, mais L’espace, le lieu et le concours d’architecture

figure 3.11

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figure 3.12

figure 3.13

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l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


figure 3.14

figure 3.15

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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la grande différence réside dans le caractère plus libre que permet l’utilisation de la voiture. Son utilisation est possible à tout instant, il n’y a plus la contrainte horaire du départ du train. Au fil des années le développement de l’automobile, va marquer durablement la ville. Les voies de circulation se multiplient, s’élargissent, s’allongent conduisant au phénomène « d’urban sprawl  » (figure 3.12). Cette atmosphère de délaissement que l’on peut à présent ressentir dans les centres urbains, désormais uniquement concerné par le tertiaire, conduisant à l’accroissement des cités dortoirs périphériques est très prenante dans la vision désastreuse de Los Angeles que propose M.Davis («  Au-delà de Blade Runner. Los Angeles et l’imagination du désastre » 2010). L’historien américain parle de « ville fantôme faite de buildings » (figure 3.13). L’être humain pense désormais exclusivement en terme de temps, la distance ne représentant plus pour lui un problème insolvable. Pour l’Homme moderne il s’agit de n’être ni trop loin de son lieu de travail, ni trop loin de l’aéroport. Effectivement, l’apogée de cette nouvelle façon de pensée l’espace en fonction du temps et non plus de la distance est l’hyperdéveloppement effective du réseau autoroutier mais également du réseau aérien (figure 3.14). On passe d’une ville 0.0 à une ville 1.0 suite à la première mis à jour des réseaux temporels. Celle-ci résout le problème de la distance matérielle et installe un réseau mondial de transport, tangible qui influe sur l’organisation urbaine. L’intelligence humaine voit plus loin elle a réussit à subvenir en partie à son premier fantasme: celui de voler dans les airs. Le second est bien évidement celui de la télé-transportation, être ici et l’instant suivant être là, qui n’en a jamais eu envie, pour quelques raisons que ce soient? La nouvelle conquête de l’Homme va être dans le domaine de l’immatérialité par le biais de l’informatique. L’Homme peut dorénavant accéder à toute la quantité d’information qu’il désir sans limite. Le téléphone puis

le téléphone portable permettent dans un premier temps d’être en communication avec les quatre coins de la planète. Le minitel et ensuite le développement infini d’internet nous permettent une connexion 24/24H et 7/7J avec le reste du monde: c’est l’avènement de la ville 2.0 (figure 3.15). Un second réseau de transport de l’information sous forme de flux immatériel vient donc se superposer au réseau matériel existant. Ce réseau, tout comme son prédécesseur est amené à évoluer continuellement, avec l’arriver par exemple de la fibre optique ou encore du WiFi, sans oublier la quantité de réseau téléphonique développer jusqu’alors (2G, 3G, 3GEdge, 3G+...). Cette nouvelle structuration au sein de laquelle nous sommes amené à évoluer, confère à l’Homme l’impression d’hypermobilité – via une hyperconnectivité –, puisqu’il n’a en théorie plus aucunes limites qu’elles soient physiques ou non. Le concept informatique de « Hub&Spoke  » (figure 3.16) résume assez clairement la structuration immatérielle de l’espace via les connexions informatiques. On retrouve certains nœuds, que l’on pourrait qualifiés de stratégiques, desquels partent des connexions vers des nœuds secondaires. Les premiers sont généralement reliés entre eux et dirigent le système, les autres, peuvent également être reliés les uns aux autres sans pour autant être relié à un nœud primaire, ce qui constitue une troisième catégorie, les nœuds tertiaires. Dans les faits, bien heureusement des limites existent. Elles sont majoritairement économiques mais également éthiques, pourtant, le monde en bien des endroits se retrouve submergé par cette évolution prompte et infinie, comme le montre R.Koolhaas dans un documentaire sur Lagos. Cette évolution, semble-t-il irréversible, n’est pas exclusivement bénéfique pour l’être humaine. Le revers de la médaille est une perte de contrôle quant à la prolifération de cette structuration qui ce ramifie incessamment et furtivement.

figure 3.16

47

l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


Maux résultants de la globalisation Junskpace et Surmodernité Dérives contemporaines du lieu et de l’espace

La ville 2.0 serait-elle le point que l’Homme à toujours rêvé d’atteindre, en quelque sorte la réalisation contemporaine de la tour de Babel. A priori, cette ville permet la pleine réalisation de l’Homme, puisqu’il n’a quasiment plus aucune limites s’érigeant face à lui. Pourtant l’espace-temps, nous l’avons vu les deux notions sont – à l’heure contemporaine – étroitement liées, comporte bien évidement des points sur lesquels il est largement discutable. Le point critique qui ressort du développement frénétique des dernières décades est la question identitaire. La peur grandissante de la disparition de la diversité culturelle au profit d’une identité monde. Cette notion d’identité n’est pas seulement architecturale, elle est avant tout politique et culturelle. Nous voyons actuellement9 toute l’importance qu’elle revêt pour la population, notamment française, avec la confiance accordée aux partis conservateurs10. La globalisation pour l’Homme tendrait donc à le noyer parmi la masse constituée par les sept milliards d’individus peuplant la terre. L’identité serait-elle un artifice pour amadouer le citoyen? « Le Junkspace est politique, il dépend de l’abolition centrale de l’esprit critique au nom du confort et du plaisir ». Rem Koolhaas Pour R.Koolhaas cela ne fait aucun doute. L’architecte hollandais se permet une analogie radicale et très engagée entre « junkfood » et identité: « L’identité est la nouvelle junkfood des expropriés, le fourrage que la mondialisation offre aux citoyens délassés »11. Le manque d’identité provoque donc de façon irrémédiable sa mal-consommation. R.Koolhaas semble un peu extrémiste dans les propos qu’il tient face à la mondialisation, néanmoins, certaines critiques semblent averties et cherchent à nous mobiliser avant d’atteindre le point de non retour. Effectivement cette évolution, laisse des traces, des résidus, le Junkspace – pour reprendre les termes du fondateur de O.M.A – transforme les échelles de temps et d’espace et bouleverse les équilibres sur lesquels nous nous sommes appuyés jusqu’ici pour construire la chimère du « vivre ensemble »12. Ce Junkspace, R.Koolhaas, en propose un long réquisitoire dans un feuillet éponyme tout au long duquel, la récurrence de l’expression « Le Junkspace... », tend à diaboliser l’espace (intérieur puis extérieur) en tant que contenant, ne pouvant accueillir que de « l’expression », le rendant inintéressant. Pourtant, en préambule, il reconnaît à sa génération d’architectes, des avantages que jusqu’ici, aucune autre génération n’avait eu. Effectivement, l’essence même du modernisme se trouve dans les bienfaits universels qu’est capable d’amener la science. D’autant plus que la première moitié du XXe siècle accueil à bras ouvert le béton armé et les nouvelles méthodes L’espace, le lieu et le concours d’architecture

constructives beaucoup plus performantes. La conséquence, non surprenante, est qu’aucune génération n’a jamais autant construit, mais le bémol se trouve dans la valeur identitaire et dans la qualité que possèdent ces construction: « nous ne laissons pas de Pyramide aux générations futures »13. C’est justement cette faible qu’exploite le Junkspace en utilisant sans retenue toutes les inventions favorisant l’expansion. Voici donc la punition du nouveau millénaire infligée aux architectes qui selon l’auteur n’ont jamais su expliquer l’espace. Il en résulte alors une doublure, un alter-ego de l’espace où tous ce qui le définit y semble affaibli, limité et grotesque. « Nous vivons dans un monde que nous n’avons pas encore appris à regarder. Il nous faut réapprendre à penser l’espace »14. Marc Augé

Dans « Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité » (1992), M.Augé aborde également cette question identitaire d’une manière moins alarmante tout en révélant le drame social, culturel et architectural que cela engendre. Ceuxci encombrent, aussi bien l’instant présent que le passé proche, ce qui conduit l’Homme à chercher constamment à donner un sens au monde et aux actions qu’il entreprend. D’une certaine manière, Las Vegas, est le paradigme de cette société qualifiée de « surmoderne » par M.Augé. Avec « L’enseignement de Las Vegas » (1977), R.Venturi nous fait bien ressentir la cherche visuelle, perpétuelle que mène la « Main Street » appelé « The Strip » dans l’intention de séduire les visiteurs (figure 3.17). On retrouve la facétie de Las Vegas jusque dans le noms de ces avenues, puisque Strip signifie bande. En d’autre terme, ce Strip, est l’unique intérêt de la « Sin City » (figure 3.18). Cette surmodernité contemporaine qui envahit l’environnement peut être précisée selon trois catégories que nous emprunterons à M.Augé: le temps, l’espace et l’ego. Le mal principal subit par ces trois éléments réside dans l’excès qu’ils connaissent actuellement. Nous l’avons souligné en introduction de ce paragraphe, les notions d’espace et de temps sont désormais intrinsèquement liées, ce qui induit que l’excès qui en découle l’est également. R.Koolhaas, dénigre totalement le nouvel espace contemporain mais il n’en propose pas une alternative, au contraire, comme le suggère M.Davis dans «  Au-delà de Blade Runner. Los Angeles et l’imagination du désastre » (2010), il imagine déjà la prochaine étape du Junkspace qui serait l’envahissement du corps humain. M. Augé quant à lui, propose une sorte de retour aux fondamentaux qui font le lieu et l’espace, tout comme le propose avant lui C.Norberg-Schulz. Il donne donc trois notions géométriques qui permettent la définition du lieu « anthropologique »: la ligne, l’intersection de lignes et le point d’intersection (figure 3.19). Les lignes, artefacts humains, constituent une direction, un axe, un itinéraire permettant le transit des individus. Leur intersection est un carrefour, une place où les Hommes se croisent, se rencontrent et se rassemblent. La dimension de ces lieux est fonction de la nécessité ressenti par le groupe d’individus. Le point d’intersection est le centre de la structure, le lieu du symbolisme, du pouvoir et de la 48


figure 3.17

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l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


Ligne

Intersection de lignes

Point d’intersection

figure 3.18

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

figure 3.19

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différenciation. Il permet d’affirmer les frontières visuelles jusqu’où peut être vu le(s) monument(s). Cette analogie n’est pas sans rappeler le système cardo/decumanus autour duquel se structurait les villes romaines. Avec ces trois points qui orientent, permettent l’implantation et l’identification (notions chères à C.Norberg-Schulz), le lieu et l’espace pourraient semble-t-il contrecarrer leurs excès. La question de l’identité des choses est donc plus que jamais actuelle, elle remonte même selon M.Augé, aux origines du monde: « Les origines du monde sont souvent diverses mais c’est l’identité du lieu qui le forme, le rassemble et l’unit »15. Dans cette hypothèse Marcel Mauss et Claude Lévi-Strauss évoquent « la tentation de la totalité » qui s’apparente à une pleine compréhension des phénomènes constitutifs du lieux. Cette totalité est défini par les deux anthropologues en terme de faits sociaux d’où émergent deux sous-totalités, la première étant la somme des diverses institutions qui entrent dans la composition, la seconde est l’ensemble des autres dimensions selon lesquelles peut être défini l’individualité de chacun. C.LéviStrauss considère également que l’Homme moyen doit être défini comme un total puisqu’à la différence des représentants de l’élite moderne, « il est affecté dans tout son être pat la moindre de ses perceptions ou par le moindre choc mental »16. L’organisation de l’espace est donc un enjeux de taille pour un groupe social puisqu’il est marqué des modalités des pratiques collectives et individuelles. Effectivement comme nous l’avons montré il y a une recherche croissante d’identité individuelle qui est ou non en accord avec l’identité collective. Cette appropriation se fait bien souvent par le traitement de l’espace et également par le biais de l’architecture. L’architecture dessine le lieu, elle l’érige comme lieu commun et insère la notion d’espace qui est symbolique. Cela permet de donner du sens au lieu puisqu’il a été investi de sens. Il semble que lieu et espace sont à l’heure planétaire interchangeable. Louis Marin définit le lieu comme «  surface première et immobile d’un corps qui environne un autre ou, pour parler plus clairement, l’espace dans lequel le corps est placé ». Michel de Certeau parle quant à lui « d’ordre selon lequel des éléments sont distribués dans des rapports de coexistence. Une configuration instantanée de positions ». La structuration de l’espace est donc totalement à revoir et de nouvelles supra – ou infra – échelles voient le jour. Ceci renforce notre vision proposée d’un monde fait de réseaux et d’une continue ramification de ceux-ci. Deux conséquences à cela: la création de « non-lieux »17 et l’individualisation des références. Les non-lieux (où d’autre, en la personne de Cyrille Simmonet préfère parler de « patrimoine sans qualité ») constituent en fait les espaces neutres mais nécessaires à la circulation accélérée des personnes et des biens matériels. Ce sont donc les autoroutes, voies rapides...mais également les stations d’autoroutes, les terminales d’aéroport et bien évidement les grands centre commerciaux, les « Mall » comme on les appelle outre-atlantique. Pour certains, notamment l’artiste Ed Ruscha (figure 3.20), ils constituent en un sens une fascination, pour d’autre, il faut savoir en tirer les critiques pour ne pas se perdre dans la banalité dont rend compte la nébuleuse de symbole nous entourant, celle-ci même qui encourage l’individualisation des 51

références – constituant le troisième point de la surmodernité. Effectivement jamais les repères de l’identification collective n’ont été aussi fluctuants. La production individuelle de sens est donc plus que jamais nécessaire. La publicité est une exceptionnelle machine de production de la singularité s’adressant à l’individu tout comme l’est le langage politique (si nous prenons la politique stricto sensu, rien de plus parlant que de prendre la dernière campagne présidentielle) créant ainsi des systèmes de représentation au sein desquels prennent forme les notions d’identité et d’altérité. Cette surabondance ainsi que la complexité qui en découle pose comme souvent la question de « comment penser et situer l’individu dans un tel environnement »? M. de Certeau propose le « bricolage » du quotidien en introduisant le concept « des ruses des arts de faire » permettant aux individus de se libérer du joug de la mondialisation en les détournant afin de se tracer un décor en accord avec les itinéraires particuliers de chacun. Il semble néanmoins difficile de voir ici une alternative à l’individualisation des références que pointe du doigt M.Augé. Ce dernier propose une possibilité différente de procéder qui prend cependant en compte l’intérêt croissant apporté à l’individualisation des références. Il propose de se concentrer sur des faits singuliers: objets, groupes, appartenance recomposition des lieux, actions constituant un contre-point aux procédures de mise en relation, d’accélération et de délocalisation trop souvent mal interprétées ou réduites à la vision d’une homogénéisation de la culture. Cette posture n’est pas sans rappeler la proposition de relecture des réseaux avancée par S.Sassen dans « La globalisation une sociologie » (2006). Elle affirme que la globalisation a permis l’émergence de nouveaux réseaux, multiscalaires et pose la question de la place qu’ils sont susceptibles d’occuper au sein de la hiérarchie actuelle. Nous ne nous étendrons pas sur cette nouvelle hiérarchie contemporaine mais il est important de savoir que cette théorie renseigne un peu plus sur la complexité des dynamiques qui animent le fonctionnement de notre société (plus d’un point de vue économique et politique qu’architectural). Posons désormais la question de la qualité architecturale au sein d’un telle changement. Qu’est devenue l’architecture? A en lire R.Koolhaas, elle échappe aux architectes. Le Junkspace engendre la Bigness, à moins que ce soit l’inverse... ? En tout cas elle semble encore plus déraisonné que le Junkspace « alimentée initialement par l’énergie irréfléchie du pur quantitatif, la Bigness a été, pendant près d’un siècle, une condition presque sans penseur, une révolution sans programme »18. En réalité, la Bigness est en quelque sorte le symbole d’un renouveau, c’est le logo du « Nouveaux Monde » débutant selon R.Koolhaas en 1978. Elle anéanti le « Monde Ancien »19 et annonce un nouveau départ. En prenant les cinq points qui définissent la Bigness (figure 3.21) on retrouve des idées qui ont permis l’évolution du concept d’espace et l’avènement de l’espace architecture. On se rend compte toutefois que celles-ci sont poussées jusqu’à l’extrême comme notamment l’absence « d’art de l’architecture » (qui nous renvoie à la distance que le mouvement moderne souhaitait prendre par rapport à l’architecture classique) ou encore « l’architecture d’intérieure et d’extérieure sont deux projets séparés » (qui renvoie à la libre circulation et à la transparence l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


figure 3.20

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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MANIESTE DE LA BIGNESS

1. Existence d'une masse critique au-delà de laquelle un bâtiment devient un Grand bâtiment. Celui-ci ne peut plus être contrôlé par un seul geste architectural, ni par une combinaison de ceux-ci. Cela provoque l'autonomie des parties sans arrivée à une fragmentation:les parties restent liées au tout. 2.L'ascenseur permet d'établir des connexions techniques plutôt qu'architecturales. Il annule totalement le répertoire classique de l'architecture. Les questions de composition, d'échelle, de proportion ou de détail sont désormais des «�questions d'école�». L'art de l'architecture est inutile dans la Bigness. 3. L'architecture d'intérieure et d'extérieure sont deux projets séparés. L'une doit répondre à l'instabilité des besoins du programme et de l'iconographie alors que l'autre offre à la ville l'apparente stabilité d'un projet. L'architecture révèle, alors que la Bigness mystifie. Elle transforme la ville d'une somme de certitudes en une accumulation de mystères. 4. Par leur seule taille, les bâtiments de ce genre entrent dans un domaine amoral, par-delà bien et mal. 5. Toutes ces ruptures -d'échelle, de composition architecturale, de tradition, de transparence, d'éthique- impliquent la dernière rupture, la plus radicale:la Bigness ne fait plus partie d'aucun tissu urbain («�fuck the context�»).

figure 3.21

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l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


que prônait le mouvement moderne). Enfin le brutal aphorisme « fuck the context » n’est-il pas une façon de se libérer du joug du modernisme? Effectivement, cette hypothèse semble plausible si l’on s’en tient au propos de R.Koolhaas: « La génération de mai 68, ma génération […] a été tellement marquée par l’échec de ce modèle de densité [gratte-ciel américain] et d’intégration […] qu’elle a proposé deux lignes majeures de défense: le démantèlement et la disparition »20. Ayons donc conscience de l’enjeu actuelle qu’il existe autour de l’architecture, puisque nous sommes à un tournant de son histoire, et nous ne pouvons plus nous tromper. Nous avons pris en exemple S.Sassen pus haut pour la lecture très claire en réseau de la société qu’elle propose dans « La globalisation une sociologie » (2006), intéressons nous aux propos d’une autre personne non-architecte qui avance une façon de ne pas perdre notre identité face à cette globalisation. Jean-Christophe Fromantin21, propose dans « Mon village dans un monde global » (2011), une articulation entre le local et le global. Celle est envisageable selon lui si les « cinq piliers du bien commun » sont respectés à savoir: le capital humain, le lien social, l’enracinement culturel, les ressources naturelles, la capacité politique. Voici les critères que doit intégrer la société si l’on veut que l’être humain puisse à nouveau redonner du sens à la notion d’identité. Alors, une question me brûle les lèvres, l’architecture, l’espace architectural, le lieu, ne devrait-il pas avancer des critères qui feraient foi d’une qualité? N’est-ce pas un moyen de réponse aux théories de R.Koolhaas qui enfonce et enfouit la ville et l’architecture sous les problèmes qu’elle n’arrive pas à résoudre. Ce procédé ne serait-il pas celui que l’on connaît sous l’intitulé de concours d’architecture? Et le fait de définir les paramètres comme des variables locales – changeante selon le concours – n’est-il pas un moyen de produire de l’architecture localisée? A partir de ces assertions n’ayons pas peur d’avancer l’hypothèse selon laquelle l’un des moyens de contrer l’indifférence que rencontre actuellement l’architecture est de chercher à l’intégrer comme articulation des réseaux locaux et globaux. Ainsi le meilleur processus est semble-t-il le concours d’architecture qui assure la production d’une architecture localisée de qualité.

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


Le concours d’architecture Valeur sûre de la qualité architecturale Nous avons constaté que le monde contemporain et son architecture dérive vers des modèles dont la qualité toute entière peut être remise en question. Comment l’architecture doit elle procéder si elle ne veut pas se retrouver noyée dans ce flot d’indifférence qui nous entoure? Effectivement à lire R.Koolhaas la qualité architecturale est devenue désastreuse et l’architecture courre à sa propre perte. Pourtant dans cette vision si chaotique de l’architecture, un modèle de procédure semble maintenir en vie sa qualité. Il est même possible de parler de méta-modèle puisqu’il prend en compte l’architecture et tout ce qui gravite autour de celle-ci. Nous faisons ici, bien entendu allusion, au concours d’architecture ainsi qu’à son processus. Cette méthode permet d’embrasser une large complexité, ce qui n’a pas manqué d’attirer notre attention. Notons bien que cette étude s’articule essentiellement autour de projet d’architecture et non d’urbanisme,

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

bien que l’on fasse référence quelques lignes plus bas au concours d’urbanisme pour la rue de la loi à Bruxelles (remporté par Christian de Portzamparc). Notons également que ce projet n’a pas eu la faveur des critiques et que récemment, Jacques Lucan, à montrer du doigt une autre réalisation de cet architecte, le quartier des tripodes de Nantes (figure 4.1). En réalité lors de son dernier passage à l’Ensal, il évoquait le scepticisme qui l’anime vis-à-vis du déroulement des concours d’urbanisme en France, conduisant à l’émergence de « méta-ilôts » (J.Lucan, 2012) comme celui de Nantes. Enfin, il est également nécessaire de préciser que cette réflexions sur le concours d’architecture se nourrit pleinement du dernier colloque organisé conjointement par Jean-Pierre Chupin et Georges Adamczyk directeurs du LEAP1, à Montréal (Canada) et qui avait pour intitulé: « International Competitions and Architectural Quality in the Planetary Age »2.

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Stimuler la qualité architecturale

ainsi que leurs rôles dans le façonnement des trajectoires de la ville. »

J. van Wezemael

Le processus de concours, est linéaire dans sa forme, tripartite, mais non-linéaire et véritablement complexe dans son fond. Celle-ci semble s’accorder avec la nouvelle complexité que nous avons définit jusqu’à présent, plus particulièrement dans Architecture de Réseaux. Le géographe Joris van Wezemael, de l’université de Fribourg (Suisse) explique ce nouveau fonctionnement de l’espace – que nous avons redéfinit comme espace-temps – d’une manière très limpide:

Actuellement, la compréhension de cette complexité est un défi pour bon nombre de concepteurs et de conceptions. Le KBUD3, concept émergent dans les années 2000, rend compte de l’interaction qu’il peut exister entre la connaissance et le développement urbain, avec à la clé une plus haute qualité dans le orientation de ce développement. J. van Wezemael, qui s’intéresse à cette manière de lire et de faire la ville, considère que le concours d’architecture est une des illustration de ce concept. C’est un cas empirique à étudier puisque, la production du savoir y est en rapport avec le jugement et la prise de décision. Notons également que le savoir y est présent sous une forme rationnelle lorsqu’il s’agit de la prise de décision mais également créative, lorsqu’il s’agit pour les équipes d’architecture de proposer un projet. Dans ce cas précis, le KBUD englobe donc un large panel de perspectives basé sur les relations qu’ils existent entre le savoir, l’espace et le lieu. Ainsi le processus de concours agit à l’instar d’une « plateforme de collecte » (J. van Wezemael and al. 2010) et de rassemblement de différents éléments ayant trait au savoir et à la connaissance, nourrissant le KBDU. Ce dernier pose également les limites au sein desquels les professionnels vont pouvoir agir et interagir entre eux.

« Nous [géographes] considérons l’espace comme un ordre de concomitance. La rationalité des choses, différente et souvent conflictuelle, les systèmes économique, les cultures, existent simultanément dans une proximité restreinte. Cette situation nous incite à examiner les interrelations entre les divers phénomènes et leurs résultats souvent inattendus résultant des propriétés émergentes. La notion de complexité nous aide à retracer les relations multiples de la technologie, l’espace et de l’action humaine,

Dans un premier temps, il faut savoir nuancer le fonctionnement du processus de concours. Les récentes tendances démontrent un changement dans le statut de ces derniers qui passe de plus en plus de « ouvert » à « restreint » (sur invitation ou présélection). Effectivement, après la réglementation de l’Union Européenne dans les années 1990, les organisateurs de concours sont désormais obligés de dédommager les concurrents ce qui rend quasiment impossible la procédure ouverte. Généralement, le concours restreint se déroule en deux temps. La première phase, est ouverte à tous, nécessite de faire parvenir aux organisateurs un dossier présentant les références de l’équipe. Dans certain pays, une lettre de motivation est parfois demandée. Les

Précisons quelque peu l’intérêt que prend le concours d’architecture au sein de cette recherche. Il faut bien comprendre avant toute chose que le concours d’architecture relève d’un processus tripartite: élaboration d’un programme, proposition de réponses, choix d’une réponse par un jury. Il s’agit donc ici de révéler la potentialité que possède ce processus en terme de savoir, de connaissance et de ressources architecturales.

Le processus de concours Savoir et connaissances

57

l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


figure 4.1

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

58


organisateurs choisissent ensuite quelles équipes pourront prétendre à proposer un projet d’architecture. Deux scénarios découle de cette réforme. Le premier conduit à une sélections de bureaux établis, les jeunes architectes ont très rarement l’occasion de pouvoir s’exprimer. Cette méthode de présélection est caractéristique des pratiques nordiques, plus particulièrement en Suède. Magnus Rönn4 explique qu’en temps normal, dans ce type de procédure, entre trois et six équipes peuvent développer une proposition architecturale. Selon une étude qu’il a réalisé sur dix concours (cinq municipaux, cinq organisés par le gouvernement), 375 applications ont été soumis dont la plupart étaient suédoises (84%). Seulement 43 équipes (soit 11%) ont été invité à faire une proposition architecturale (figure 4.2). Enfin, les dix gagnants, sont des bureaux suédois très connus, ce qui vient appuyer les propos tenus plus haut. On retrouv4.e une similitude troublante dans les études réalisées par le Socio-Spatial Complexity Lab5 sur trois concours

internationaux suisse (figure 4.4). Cela pose également la question de la phase de pré-sélection. Bien que certains critères soient établis, les choix n’ont pas à être justifiés, les exposant ainsi à la subjectivité. Le second scénario, souffre de la réforme de 1990 mais également de l’arrivé d’internet. En effet, l’inconvénient d’internet, pour un concours d’architecture, est qu’il réduit les coûts de publicité et de transformation. Les normes sont ainsi abaissées et l’on assiste à une réelle prolifération des concours d’idées – citons par exemple celui récemment organisé par le CAUE du Rhône « la métropole sans pétrole » (figure 4.6). Il semble donc pour l’instant qu’il est assez délicat de se positionner sur la qualité architecturale qu’est susceptible d’apporter cette organisation à deux tours. « Dans le contexte plus large de livraison d’une architecture de haute qualité, il reste difficile de savoir si ce genre de concours est le meilleur système disponible aux architectes. Ceci est particulièrement vrai,

Quality

good quality

right quality

375 315

65

Time DESIGN

BUILDING

USE

figure 4.3

figure 4.2

SITUATION

BASEL

St GALLEN

ZURICH

Type de procédure

Pré-qualifitcation

Pré-qualifitcation

Pré-qualifitcation

Nombre d’apllications

134

108

108

Equipes Suisses | Equipes Etrangeres

Nombre d’equipe retenues Equipes Suisses | Equipes Etrangeres

16

85

60

24 16

58

97

15 85

4

12

11

12 85

7

11 85

1

figure 4.4

59

l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


figure 4.5

compte tenu du graphique présenté par le professeur M.Rönn illustrant l’équilibre entre la réalisation de la « bonne qualité» de l’architecture par rapport à la « meilleure qualité » de l’architecture entre la phase de concours et celle de la réalisation »6 (figure 4.3). Il n’en reste pas moins évidement que la qualité architecturale est au rendez vous, la question est d’en connaître la substance. Pour se faire, le chercheur suédois suggère que le processus de concours doit strictement intégrer une évaluation rigoureuse avant-qualification afin de minimiser par la suite l’éventuel désir que le client aurait de négocier les services de l’architecte, ce qui pourrait évidement compromettre la qualité du travail de ce dernier, que ce soit en Suède ou ailleurs. Cette assertion est d’autant plus soutenue par David Vanderburgh et Carlo Menon7 avec la subtile métaphore qu’il applique à ce processus « the finger and the moon  » (D.Vaderburgh et C.Menon, 2012 – figure 4.5). C’est une manière de répondre à la situation plus hétérogène du processus de concours en Belgique. Tous l’enjeu est de montrer qu’il est important de savoir garder le cap sur les intentions du concours d’où l’allusion du « doigt » et de la « lune » qui représentent respectivement le règlement du concours et son but définit par les autorités publiques. «  Un «doigt» bien orienté restera fermement pointé vers la lune, assurant ainsi le succès du concours et du bâtiment qui en résulte »8. Néanmoins, C.Menon, vient nuancer ce succès, qui n’est pas assuré, même si le règlement est scrupuleusement respecté. Il prend pour exemple le concours d’urbanisme « Urban Loi », rue de la loi à Bruxelles. Le projet lauréat de C.de Portzamparc est selon lui consensuel et les propositions des « honorables perdants » comme il le dit lui même - avaient peut être plus de qualité (figure 4.7 et 4.8). A l’inverse, le projet du TheatrePlein de Antwerpen était un « open » programme pour la rénovation d’un parc dans le centre ville. Malgré une définition vague du programme, le projet lauréat, a fait preuve d’une grande qualité architecturale (figure 4.9). La question qui se pose est donc celle du jury? Comment les aider d’une part, à savoir où ils doivent aller, et d’autre part, à garder ce cap une fois qu’il est déterminé? Cette question du jury, J. van Wezemael et son équipe9 du SSCL10 la pose en assistant à quatre jury de concours d’architecture en Suisse (figure 4.4). Cette démarche, basée sur la notion de KBUD – comme nous l’avons plus haut – doit lui permettre d’extrapoler les résultats aux décisions collectives d’une manière plus générale. Dans le cas, présent, nous nous contenterons de rester dans le cadre, restreint du concours d’architecture. La première conclusion, est que malgré le fait que les critères soient connus d’avance, le sort du concours, lui, n’est bien entendu jamais prédéfinit. Souvent, certains critères émergent de cette phase décisionnelle, alors que le jury explore le champ des possibles offert par les propositions des architectes. Le processus de jury renseigne beaucoup sur la situation complexe avec laquelle il doit composer. En appliquant le principe de « narrowing down » (J. van Wezemael and al. 2011) consistant à choisir une seule idée parmi la multitude de propositions, le jury travaille à l’inverse des équipes d’architectes. Effectivement, celles-ci sont dans une dynamique de « openingup » (J. van Wezemael and al. 2011) permettant la production d’un grand nombre d’idées, variées. Néanmoins, ce concept

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

60


figure 4.6

61

l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


de « narrowing-down » est élargi par celui « d’hétérogénéité persistante » (J. van Wezemael and al. 2011). Le concept « d’hétérogénéité persistante » évite au processus, quel qu’il soit, d’être enfermé dans une unique manière de fonctionner. Cette notion se base sur des études scientifiques réalisées sur la création de connaissance montrant qu’il existe des conditions qui sont plus susceptible que d’autres de déclencher l’émergence de la nouveauté – au sens large. L’une d’entre elle réside dans la réunion de savoirs hétérogènes pour procéder à un choix, comme c’est le cas dans un jury de concours. De plus, la solidité du jury repose en grande partie sur l’hétérogénéité de ses membres ainsi que sur la diversité de leurs savoirs. Le jury est généralement composé d’individu représentant un spectre des « visions professionnelles, d’intérêt et de goût » représentatifs de leurs pratiques professionnelles. Enfin, cette hétérogénéité permet également dans bien des cas de contre balancer les réactions extrêmes que peut avoir un membre du jury face à un projet. L’hétérogénéité des perspectives est donc extrêmement importante dans la prise de décision. Elle a définitivement un double rôle, elle permet à la fois l’émergence de la diversité, mais elle tend également à modérer tout ce qui relève de l’acte ou de la proposition extrême. Ce concept ouvre donc le champ du possible de l’issue d’un concours dans le sens ou elle ne n’enferme pas celui-ci dans les seuls critères qui ont été définis. Au contraire, cela permet dans certain cas l’émergence de nouveaux critères, au fur et à mesure que l’analyse du concours se déroule, comme résultat d’interaction de divers composants se retrouvant ponctuellement liés au sein de celui-ci. L’exercice de la prise de décision d’un jury est donc d’une complexité déconcertante. Il résulte d’une situation collective qui va bien au-delà de la simple implication de la notion de choix raisonnés qu’est capable d’avoir l’Homme. En effet, elle doit plutôt être vue, comme le suggère J. van Wezemael comme « un assemblage » (Manuel DeLanda, 2006) de connaissances et de savoirs expérimentés devant conduire au choix le plus judicieux. Désirer contrôler cette complexité serait une chose aberrante et contre-productive, mais plaçons nous tout de même dans le cas ou ce contrôle total peut être réalisé et n’oublions pas ce que dit Ian Chodikoff à propos de la réalisation d’un édifice. La phase critique n’est pas tant celle du choix du jury mais plutôt: « celle de la construction, phase pendant laquelle les développeurs et ingénieurs déterminent ce qui doit être la « bonne qualité » - un facteur déterminant qui est souvent diamétralement opposée non seulement aux intentions initiales de l’architecte, mais aussi à la satisfaction de l’usager face au bâtiment lui-même » (I.Chodikoff, 2012).

figure 4.7 L’espace, le lieu et le concours d’architecture

62


figure 4.8

63

l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


figure 4.9

L’espace, le lieu et le concours d’architecture

64


Réseau de diffusion et base de données Au vue de la quantité de documents que génère un concours d’architecture, la question du traitement post-concours est non négligeable. Un projet sera réalisé, les autres resteront virtuels. Toutes ces données rejoignent dans une moindre mesure cette idée de connaissance utile, elles constituent même une réserve de connaissances qui pourront servir d’autres concours, que soit du côté des organisateurs ou bien des architectes. Outre le nombre croissant de revue qui se consacre partiellement ou tout entièrement à la publication de concours d’architecture, la culture des concours d’architecture est aujourd’hui traversée par une période de transformation sans précédent. A l’occasion du colloque internationale de Montréal, les éditeurs ont abordé la question d’une nouvelle diffusion du concours d’architecture par les biais de la base de donnée: « Pour Thomas Hoffmann-Kuhnt, Internet a rendu possible la création d’une base de données sur les concours, ce qui rend possible à ses lecteurs d’ouvrir l’accès à tous les concours d’architecture à l’échelle européenne. Le rédacteur en chef de Wettbewerbe-aktuell a également annoncé un programme en ligne d’appel d’offres, ce qui permet un accès gratuit et dans lequel tout le matériel de concours peut être envoyé sans frais de poste ou impressions coûteuses. Dans ce système, la phase d’application ou la première phase d’un concours à deux degrés peuvent être traitées rapidement et de manière rentable. »11 Actuellement, ils sont trois dans le monde à travailler sur la mise en place d’une base de donnée de concours: Ignaz Strebel en Suisse, Fabiano Sobreira au Brésil et JP.Chupin au Canada. Tout trois étaient réunis à Montréal pour parler de cette énorme entreprise que représente l’archivage. I.Strebel propose un processus d’archivage, systématique, exhaustif et responsable ayant lieu durant toute la durée du concours. Bien que cette proposition semble très lourde en terme informatique, elle est extrêmement intéressante puisqu’elle est collective mais également en temps réel. « La collection de données produites, de l’étape de formulation de la commande jusqu’à la rédaction et la diffusion du rapport du jury, est totalement intégrée au déroulement du processus et est facilitée par l’implantation d’une procédure permettant l’archivage simultané et continu des documents générés durant toute la période du concours »12. F.Sobreira, architecte au Parlement brésilien, propose quant à lui le concours en ligne13. Il a déjà expérimenté cette procédure au Brésil pour la conception et la construction d’un petit habitat communautaire et pour le développement d’un masterplan d’urbanisme. La numérisation de l’ensemble du processus à permis dans chacun de ces deux cas, de faciliter la communication entre les différents acteurs mais également d’encourager, un peu à l’image de la proposition de I.Strebel, la diffusion de la culture architecturale et sa démocratisation. « À un niveau plus procédural, la proposition de F.Sobreira rejoint une fois de plus celle de I.Strebel dans sa volonté d’introduire 65

plus de transparence et de justice sociale à l’intérieur d’un processus laissant trop souvent place à d’obscures prises de décisions et à d’implicites jeux de pouvoir »14. Le Catalogue Canadien des Concours15 est à l’heure actuelle la base de données numériques la plus avancée que l’on puisse trouver sur internet. JP.Chupin souligne la valeur épistémologique de celle-ci, regroupant chacune des propositions architecturales issues des concours. Les archives sont un instrument véritablement « encourageant et accélérant la circulation, le transfert et l’adaptation des idées à l’échelle planétaire ». JP. Chupin parle d’architecture potentielle dans le sens ou comme nous l’avons déjà dit plus haut, elle constitue une réserve consultable autant qu’utile. Néanmoins, Nicolas Roquet, met en garde sur cette pratique et le peu de recul que l’ensemble des professionnels concernés en ont: « Les banques de données ne constituent pas en soi une mémoire culturelle, pas plus que la réutilisation facile d’images à la mode ne garantit une plus grande créativité architecturale. Leurs impacts sur les pratiques et la production contemporaine de l’architecture sont à surveiller ». Il ne manque pas toutefois de souligner les « potentialités » (JP.Chupin, 2012) qu’elle permet: « mais l’existence de banques de données ouvre la voie au développement de projets de recherches originaux qui commencent déjà à générer de nouvelles connaissances. Les questions de mémoire collective, de responsabilité et de justice sociale ont souvent été associées au « pouvoir » des archives. Elles représentent également des enjeux fondamentaux pour le développement et la critique des concours d’architecture comme pratiques culturelles, professionnelles et institutionnelles légitimes visant la production d’un meilleur environnement. »

l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


Etude de cas Construction d’équipement publics, mairie, bureau de poste, local pompiers et logements. Anières. Suisse. Septembre 2011.

La démarche proposée ici est de questionner le programme mais également les propositions ainsi que plus particulièrement les cinq premiers prix afin de voir si ce concours peut prétendre à soutenir notre théorie sur l’éventuelle corrélation qu’il existe entre la production d’une architecture localisée de qualité et le processus de concours?

28

Membres

11

Politiques

10

Architectes

2

Ingénieurs

5

Divers

figure 4.10

Analyse du programme ZONE 1

Le détail de la procédure du concours se compose d’une vingtaine de page format A4. Le but de l’analyse de ce programme est d’en cerner la qualité qu’il en émane afin de voir si le jury pourra garder le « doigt pointer vers la lune »? Ce concours est à un degré, c’est à dire qu’à l’inverse des concours sur invitation ou pré-sélection, il n’y a qu’un seul « tour » au cours duquel est désigné le premier prix. Il n’y a donc aucune références à fournir, seules quelques photocopies de diplôme et d’inscription à l’ordre ainsi doivent être envoyées pour valider la participation. Deux conséquences découlent de ce processus, la première est que le budget allouées pour les prix et mentions est réduit (200 000 CHF HT soit environ 167 000 € HT), la seconde est que le choix du jury n’est pas irrévocable, c’est à dire que le jury propose un conseil au maître d’ouvrage, à qui seul revient la décision finale de choisir parmi les premiers prix lequel est selon lui le plus apte à répondre à la demande (qui investi 34 000 000 CHF HT soit environ 28 300 000 € HT). Le programme renseigne également sur la composition du jury (figure 4.10). On ne manquera pas de noter que celui-ci est composé à majorité d’architectes mais également d’élus locaux. On retrouve également le cadre du rendu auquel doivent se plier les participants. Ce cadre statue notamment sur le nombre de planches, ainsi que sur les éléments graphiques -minimumsqu’elles sont supposées contenir et enfin sur l’utilisation de la couleur. La seconde partie du programme est plus intéressante puisqu’elle renseigne sur les points incontournable auxquels doivent répondre les propositions. Nous allons résumer ceux-ci selon les bâtiments et nous cherchons à savoir plus tard si les cinq premiers prix ont respecté ces directives ou s’ils ont pris quelques libertés. Avant toutes choses, il est important de préciser qu’un plan de situation délimite les zones au sein desquelles peuvent être projeté les différents édifices (figure 4.11). L’espace, le lieu et le concours d’architecture

ZONE 2

ZONE 3

ZONE 4

figure 4.11

Mairie

A Poste

B Service du feu

Swisscom

AB Logements

AA

AC

figure 4.12 66


Le projet consiste donc en une réalisation d’un édifice recevant les nouveaux locaux de la mairie, du service du feu et éventuellement de la poste. De plus il faut également proposer une réhabilitation des logements existants (B) ainsi que de l’actuelle mairie, en trois logements. La Poste ne possède pas d’emplacement déterminé, elle peut rester où elle est actuellement ou bien être intégrée dans le nouvel édifice. De plus, la création de parkings souterrains (A) devra amener la reconversion des boxes existant en rez-de-chaussée du bâtiment (B). Enfin ce bâtiment devra être enveloppé d’une nouvelle enveloppe thermique intégrant les règles énergétiques actuellement en vigueur (figure 4.12). Mairie. La future mairie doit permettre l’accès des visiteurs, notamment des personnes à mobilité réduite, au rez-de-chaussée. L’espace d’accueil de la Poste et de la mairie peuvent être mutualisés au quel cas il faut prévoir un guichet de réception, où peut également se trouver l’espace d’accueil pour le service des agents de la police municipale. L’ensemble de la superficie de la mairie est d’environ 1155 m². Détaillons brièvement les différents espaces: -Sous-sol (305 m²), doit intégrer notamment les archives municipales (150 m²) ainsi que des salle de réception (40 m²) et divers locaux techniques (40m²); -Rez-de-Chaussée et/ou Niveau 1 (110 m²), doit intégrer l’accueil (30 m²) ainsi que divers bureaux (70 m²); -Administration (175 m²), doit intégrer essentiellement des bureaux et une salle de conférence, -Politique (310 m²), doit intégrer divers bureaux ainsi que la salle du conseil (150 m²), -Divers (250 m²), fait essentiellement références aux surfaces de circulation et sanitaires. Poste Comme déjà précisé, la Poste n’a pas d’emplacement prédéfini. Soit elle reste à son emplacement actuel auquel il faudra proposer une extension, qui doit être dans les gabarit de l’immeuble existant, soit elle se retrouve dans le secteur 2. Service du feu – Pompiers La superficie totale est estimée à 430 m². Le programme demande notamment un espace de parking (180 m²), une salle de théorie (60 m²), un espace détente/cuisine (70 m²), ainsi que des vestiaires et sanitaires. La contrainte essentielle est la prise en compte des bases de girations des véhicules les plus encombrants. Une hauteur minimum de 4.50 m et une largeur minimum de passage de 3.50 m doivent aussi être respectées. Centrale téléphonique Actuellement, la centrale est sur deux niveaux dont un se trouve en sous-sol. Il est possible de désaffecter le bâtiment hors-sol. Le niveau en sous-sol doit être conservé et protégé de tous risques de dégradations pouvant venir de l’extérieur et cela durant toute la durée des travaux. La proposition architecturale peut être hors-sol sur toute ou seulement une partie du soussol. Pour plus d’informations, un cahier des charges Swisscom (compagnie téléphonique suisse) était annexé au programme. 67

Nouveaux logements Les trois bâtiments (AA), (AB) et (AC) se trouvant sur les parcelles devant recevoir les nouveaux logements peuvent être démolis afin de permettre la réalisation de ces derniers. La superficie admissible, fonction de différents coefficients, est au totale de 3 306 m² soit 1 325 m² pour chacun des bâtiments. Ceux-ci doivent être proposé dans les secteurs 3 et 4. Les deux bâtiments doivent avoir une réalisation indépendante l’une de l’autre pour la simple raison que l’un est réalisé par une entité privée alors que l’autre l’est par la Fondation Communale d’Anières. Chacun d’entre eux doivent proposer une dizaines de logements avec parking d’une vingtaine de places en sous-sol. Les conditions impératives aux propositions architecturales sont la réalisation indépendantes des deux bâtiments de logements sur les secteurs 3 et 4. En revanche, la mairie peut être proposée indépendamment dans le secteur 1 ou 2, tout comme la Poste. La qualité architecturale à laquelle doit répondre la proposition est peu spécifiée, elle devra: « prendre en compte l’intégration dans le village. Une valorisation du site et des espaces publics existants, des accès respectifs […] ainsi que la qualité paysagère des parcelles. Le maître d’ouvrage attachera une attention particulière aux qualités typologiques des logements. » Les critères d’évaluations proposés dans le descriptifs restent sommes toute un peu vagues et très basiques: -Qualité de l’intégration dans le site; -Qualité globale de l’architecture; -Qualité des typologies de logements extérieurs; -Performance des projets au regard des critères énoncés et de l’économie du projet. Une façon, comme le souligne J. van Wezemael, de permettre l’émergence de meilleurs critères, plus en adéquation avec la spécificité de la demande, lors de la phase d’analyse des projets. Ce genre de petit équipement, d’une superficie avoisinant les 5 000 m², fait partie intégrante de la culture suisse. On retrouve dans le même acabit, les écoles primaires ou de petit complexe sportif. Ce sont ces équipements qui font la force architecturale, que l’on connaît à ce jour, de la Suisse. Reconnaissons donc une qualité et un savoir aux architectes mais reconnaissons aussi que le concours d’architecture tend sans doute à faire naître, par le biais d’une compétition saine, cette recherche de qualité. Dans son intervention «  We Have Never Been « Swiss »: Thoughts About Helvetic Competition Culture »16, Jan Silberberger appuie cette qualité que, les suisses ont su trouver au processus de concours, en citant E.Violet-le-Duc: « Lorsque l’on parle de concours d’architecture, on parle de compétiteurs et donc de juges. On parle aussi d’enseignement. Il faut donc de bons enseignants pour avoir de bons compétiteurs et donc de bons concours ». Cette question de l’enseignement a connu une période cruciale, en terre helvétique, pendant laquelle elle à beaucoup évoluée (depuis la fin du XIXe jusqu’au début du XXe). A cette époque, deux enseignements se distinguent. Tout d’abord l’enseignement Beaux-Arts, vennant de Paris, qui fait l’unanimité l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


dans les cantons francophones. De l’autre côté, l’enseignement de Zürich, avec sa figure emblématique, Gottfried Semper, a la main mise sur les cantons germanophones. Ces deux écoles utilisent le concours à dessein de promouvoir et de valider leur manière de penser l’architecture. On comprend ainsi pourquoi la culture suisse est si souvent alliée au concours d’architecture et à sa réussite. Tout comme nous l’avons déjà fait pour les concours présentés par le SSCL, il est possible d’analyser le concours d’Anières en terme statistique (figure 4.13).

Analyse du corpus de propositions Au vue de ce tableau, on ne pourra effectuer qu’une très brève comparaison, il semble que les réponses aux concours suisses de cette échelle sont majoritairement locales. Effectivement, sur les quinze équipes suisses, la plupart sont de Genève, de Lausanne, de Sion, de Lugano ou de Zürich (figure 4.14). Les cinq autres viennent de France, d’Italie, d’Espagne et de Bulgarie. Néanmoins, si l’on compare les chiffres de Anières avec ceux du SSCL (second tour), on note que l’on est quasiment dans le même ration équipes suisses – équipes étrangères. La seconde étude qu’il est intéressant de réalisé est celle de la forme. On peut relative facilement classer les dix-neuf propositions en trois types (figure 4.15): Type 1: L’édifice rassemble l’ensemble du programme, excepté les logements. Il s’implante sur les zones 1 et 2. Les logements sont projetés sur les zones 3 et 4; Type 2: Le programme est divisé en deux parties. La mairie et la poste sont installés dans le secteur 1, devant ou à côté du bâtiment existant (B). Les locaux du service du feu sont implantés dans le secteur 2. Les logements sont proposés dans les zones 3 et 4; Type 3: Le programme est une fois encore divisé. L’organisation est la même que pour le type 2. L’exception se trouve sur l’emplacement de la marie et de la poste. L’édifice se trouve derrière le bâtiment (B). On observe alors que le type 1 n’est représenté que par une seule et unique équipe, celle la même qui s’est vu remettre le premier prix. Le type 2 regroupe les quatre autres équipes qui se sont vue attribuées les quatre autre prix ainsi qu’une cinquième équipe bien connue de la scène architecturale genevoise et suisse, « Group 8 ». Le type 3 regroupe les autres équipes. Ce classement pose deux questions. La première est la nonchalance que le jury peut ressentir face à des formes trop conventionnelles mais quels critères se trouvent sous un tel type de jugement. La seconde est: Existe-t-il une gymnastique suisse liée à la pratique du concours? Cette question n’est pas anodine, elle se pose puisque nous retrouve le bureau d’architecture genevois Group 8 dans le type 2. Ce bureau d’architecture connaît la mécanique du concours d’architecture, L’espace, le lieu et le concours d’architecture

SITUATION

ANIERES

Type de procédure

Concours à 1 degré

Nombre d’apllications

19

Equipes Suisses | Equipes Etrangeres

15

4

5

Nombre d’equipe primées

5

Equipes Suisses | Equipes Etrangeres

85

figure 4.13

Basel

Zürich

Anières Genève

Sion Lugano

figure 4.14

68


d’où la question qui me vient aux lèvres: « Aurait-il pressentit le type de projet qui serait susceptible d’attirer l’attention ? ». Nous savons tous que le concours d’architecture relève d’une gymnastique ou plutôt de la résolution d’une équation dont l’unique variable, celle de la définition du projet, est fonction de l’investissement de l’agence. Un concours doit être vu comme une première esquisse, une première idée qui renseigne sur la qualité du projet en terme d’ambiance, d’espace, de matériaux, de qualité paysagère. Néanmoins, il faut que cette esquisse soit un minimum définit pour que l’idée soit compréhensible de tous. Nous l’avons vu, même si le jury est composé pour moitié de confrères – qui ont donc une bonne lecture de l’architecture – pour l’autre partie de l’assemblée, l’aphorisme « plans, coupes, élévations », n’est pas très expressif. Pour autant, il ne faut pas que l’esquisse soit trop définit, puisque comme le disait l’un de mes professeur: « un projet ne doit pas être maîtrisé de bout en bout, il faut savoir laisser une part d’imprévu pour que le projet ne perde pas de son intérêt et gagne en qualité ». Il s’agit donc de trouver le « bon investissement ». Cette assertion possède également une variable économique, puisqu’en cas de sur investissement, et d’échec constant, le bureau d’architecture, ferait du concours à perte... Essayons dès à présent d’analyser ces projets en fonctions du descriptif du concours que l’on a fait plus haut et des critères d’évaluations, rappelés ci-après, appliqués par le jury :

B

B

-Qualité de l’intégration dans le site; -Qualité globale de l’architecture; -Qualité des typologies de logements extérieurs; -Performance des projets au regard des critères énoncés et de l’économie du projet. La première qualité que l’on retrouve dans un tel concours est la clarté des planches. Effectivement, chacune des équipes a respecté le cadre du rendu donné dans le programme – sans quoi les planches n’auraient pas été jugées, ce qui ne laisse pas le choix aux équipes. Cela crée un cadre égalitaire au sein duquel peuvent s’exprimer les équipes. La question qui se pose est celle de la perte de qualité au profit de cette homogénéité des rendus. Nous avons déjà montrer qu’une certaine classification est possible. Voyons d’une façon plus précise, ce qu’il en est effectivement concernant les cinq premiers prix. 1er Prix. Bureau Dreier Frenzel – Equipe 1 – (figure 4.16) L’équipe 1 est donc la seule dont le projet se rattache au type 1. Elle a choisit de faire des zones 1&2, une seule grande zone 1 bis, où s’implante l’édifice -qualifié d’emblématiquequi regroupe l’ensemble du programme. Elle prône aussi une certaine radicalité, puisqu’elle démolit entièrement les locaux de l’actuelle mairie qui devait être réhabilités en trois logements (demande explicite faite par le programme). Paradoxalement cette radicalité ne se trouve pas dans la proposition architecturale en tant que telle, qui semble plutôt « consensuelle ». Lorsque l’on lit le texte récapitulatif (produit par chaque équipe), on se rend compte que la force du projet sur laquelle il mise est de reconstruire une nouvelle mairie en lieu et place de celle qui existe, afin de conserver les qualités ou plutôt les habitudes 69

B

figure 4.15 l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


villageoises. Les deux bâtiments de logements, quant à eux, sont extrêmement claires tant dans leurs formes, leurs implantations et leurs fonctionnement interne (il s’articule autour d’un noyau dure et propose systématiquement une double orientations). Les quatre autres projets, comme nous l’avons déjà dit, appartiennent au type 2. On peut dire qu’avec le type 1, ce sont des types de projets qui cherchent à atteindre un certain symbolisme dans leurs implantations et leurs formes architecturales, notamment en exploitant la partie mairie du programme et plus particulièrement le réel symbolisme que peut constituer la salle du conseil. Cette perspective est notamment nettement plus appréciable dans les images photoréalistes qui sont proposées par les équipes suivantes. 2e Prix. Bureau Loic Chareyre Architecte + Atelier d’Architecture JM Bozzetto – Equipe 2 – (figure 4.17) La proposition de l’équipe 2, est en réalité une variante du type 2, puisque c’est la seule qui propose de s’implanter entre la route de l’Hospice et la mairie, tout en restant, à l’inverse de l’équipe 1, dans le secteur 1. Ce projet propose également de démolir une travée du bâtiment (B) où se trouve l’actuelle mairie. La force de celui-ci semble être d’avoir projeter la mairie comme une extension qui se rattache au bâtiment existant (seulement un autre projet a une telle proposition). Un travail important semble avoir été réalisé sur les logements (comme le montre les vues 3D réalistes insérées dans les planches de rendus) dont la forme est bien moins conventionnelle que ceux proposées en général. La double orientation ainsi que le cadrage des vues sur le lac est grandement mis en valeur dans les explications données par l’équipe 2. 3e Prix. Bureau Frei & Stefani – Equipe 3 – (figure 4.18) Le projet de l’équipe 3 se positionne en aval du bâtiment (B) et mise sur la signification que peut avoir la salle du conseil au sein d’un tel programme. Cette proposition la met largement en avant, elle domine le bas du site ainsi que la ville qui se déploie jusqu’à la rive du lac. Les cheminements piétons sont utilisés pour mettre en tension les éléments architecturaux composants le site ce qui ne manque pas de nous rappeler la réinterprétation des propos de A.von Hilderbrand par P. Amaldi: « l’espace en tant que vide occupé par des objets mais l’expérience architecturale intègre en plus la notion de mouvement au milieu de ces objets ». Les vues et les orientations ont également été travaillé avec importance, que ce soit pour les logements ou la mairie. Les logements cherchent en plus à « resituer les qualités paysagères et naturelles de l’espace qui leur est dévolu ». 4e Prix. Bureau Amaldi-Neder Architectes – Equipe 4 – (figure 4.19) L’équipe 4, tout comme la précédent annonce clairement les qualités de la mairie et de la salle de conseil dans un programme si varié. La mairie doit s’ancrer dans le territoire, être émergente et constituer la tête d’un système – présidée par la salle du conseil. C’est donc le nouveau symbole de la ville d’Anières. L’espace, le lieu et le concours d’architecture

Ce traitement paysager se lit également à travers la création d’un jardin haut, en amont du bâtiment (B) mais aussi avec l’effacement de la caserne de pompier dans un tel paysage. Elle se retrouve enterrée sous ce jardin haut qui lui, ouvre des dégagements visuels qui permettent de requalifier le territoire environnant. On lit également une certaine complexité dans les relations qu’entretiennent les bâtiments entre eux, avec une question perpétuelle, où sommes nous, en dessus de la maire, en dessous de celle-ci? Au dessus de la ville, à côté des logements...Cela n’est pas sans rappeler la conception moderne de l’espace qui n’est pas appréciable d’un unique point de vue. Il faut les multiplier, puis ensuite être en mouvement au sein de ce système pour le comprendre dans sa totalité. Les logements sont partis intégrantes de cette complexité puisque leurs orientations est double voire triple. 5e Prix. Bureau Atelier d’Architecture 3BM3 – Equipe 5 – (figure 4.20) L’équipe 5, cherche à ce que sa proposition soit en étroite relation avec le lieu. Elle souhaite donc également une relation plus affirmée avec la campagne environnante notamment avec les logements. Un parc habité, à l’image de la proposition de l’équipe 4, met en tension la totalité du système projeté. On se retrouve une fois de plus dans une importante complexité architecturale. Au vue de ces cinq projets, on constate que certaines thématiques sont partagées par les cinq équipes : -Proposer une mairie digne de ce nom. Requalifier la valeur symbolique et emblématique d’un tel édifice ; -Proposer un projet qui entretient une certaine complexité intérieure mais également avec son environnement proche ; -Accorder de l’importante à la multi-orientation des logements ainsi qu’à la qualité qu’ils peuvent avoir dans un tel contexte (vue directe sur le lac). Bien que ces trois axes de travail émergent, les propositions architecturales sont extrêmement hétérogènes. Cela répond au doute émis concernant la perte de diversité en appliquant un cadre de rendu homogène à chacune des équipes. Dans ce cas, comment le jury a-t-il tranché? Difficile de statuer sur cette question, mais il est certain, que ni le programme qui était distribué aux équipes ni les critères architecturaux sur lesquels le jury devait se baser ne sont suffisants pour réaliser un bon choix. Ainsi, il aurait été véritablement intéressant d’assister à la procédure afin de comprendre comment ce choix s’est construit au fil de la consultation des projets. Il apparaît en tout cas que les projets de type 3, s’auto-éliminent dans leur posture, trop consensuelles. Restent les projets de type 1 et 2 qui présentent une posture plus forte. Les deux projets les plus radicaux, qui démolissent, une travée ou l’ensemble de l’actuelle mairie ont semblent-ils plus touché la sensibilité du jury puisqu’ils sont respectivement au premier et au second rang. Est-ce la nouveauté qui à conquis le cœur du jury? Ou plutôt le fait qu’ils ont proposé une forme sobre malgré une position de départ radicale (forme longiligne qui se déploie le long de la 70


Route de l’Hospice)? Les autres projets primés sont moins radicaux dans leurs implantations. Ils respectent plus le programme ainsi que les bâtiments existants. La nouvelle mairie entre généralement en tension avec le bâtiment (B) par une habile mise à distant et un non moins judicieux traitement de l’entre deux. Il apparaît donc que d’un point de vue global (en intégrant les autres propositions) ce concours, a généré une véritable qualité notamment dans les prises de positions et la lecture du site qui n’aurait sans doute pas été aussi complexe et riche dans une commande privée. Néanmoins la question qui se pose désormais est celle de la qualité de la construction. Rappelons ici les propos de M.Rönn: « La phase critique n’est pas tant celle du choix du jury mais plutôt: « celle de la construction, phase pendant laquelle les développeurs et ingénieurs déterminent ce qui doit être la « bonne qualité » – un facteur déterminant qui est souvent diamétralement opposée non seulement aux intentions initiales de l’architecte, mais aussi à la satisfaction de l’usager face au bâtiment lui-même ».

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figure 4.16

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0,0 42

9,5 41

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5,0 42 5,5 42

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mairie

420

,0

accès camions pompiers bâtiment existant

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9,0 42

9,5 42

parking visiteurs

0,0 43 0,5 42

bâtiment logements libres

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bâtiment logements publiques

1,5 42 424,5

425,0

425,5

426,0

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427,0

427,5

428,0

428,5

429,0

429,5

plan de situation 1/500 2,0 42

figure 4.19

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figure 4.20

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CONCLUSION

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Nous avons largement pu constater tout au long de cette étude l’évolution rapide et complexe subit par les notions de lieu et d’espace qui nous permettent de requestionner la qualité architecturale à l’heure contemporaine. Ces deux notions sont à l’origine de l’architecture et de la relation que l’Homme entretient avec le monde. C’est l’expérience que l’on en fait chaque jour qui les font évoluer permettant de préciser toujours plus ce rapport sujet/objet. L’Homme à toujours chercher à comprendre son environnement et à s’orienter au sein de celui-ci. Ce qui a conduit C.Norberg-Schulz à proposer le concept « d’espace existentiel  » au sein duquel l’Homme peut se structurer en fonction du caractère du lieu et des choses signifiantes qu’il crée pour se repérer. Cette position allie donc la lecture du paysage, à l’arrêt puis introduit la notion de mouvement sous-jacente à l’idée d’orientation. Cette dualité donne naissance à l’espace. Dès l’antiquité, celui-ci passionne les savants. Au départ, dans la continuité de la lecture du paysage, cette notion d’espace questionne la place que l’Homme occupe au sein de l’Univers. Cette interrogation conduit les philosophes tels Aristote et Ptolémée à introduire la représentation géocentrique du monde. L’Homme est alors au centre de l’Univers. Plus tard, physiciens et mathématiciens, plus rationnels, moins philanthropes, démontrent l’ironie d’un tel monde qui compare l’Homme à Dieu. Ils proposent de fait une nouvelle représentation, plus concrète, incarnée par le modèle héliocentrique (XVe siècle). A cette époque l’Homme est donc à l’arrêt dans un Univers et sur une Terre qui bougent. L’avènement du siècle des Lumières et des assertions de R.Descartes sur l’Homme ayant la capacité d’exister par la pensée, ravivent l’engouement pour le paysage, pittoresque et sublime, que la science avait laissé pour compte. L’expérience sensitive du monde amène alors l’Homme à se mouvoir dans son environnement, ce qui définitivement sépare la notion d’espace de celle de lieu. Cette nouvelle vision du monde nous a permis de faire le lien avec l’architecture et plus particulièrement le régionalisme critique qui semble être, à l’heure actuelle, l’architecture de qualité par excellence. Ce régionalisme existe véritablement depuis le XVIIIe siècle, qualifié de romantique, il se développe largement en Angleterre afin d’affirmer un détachement par 79

rapport au style Beaux-Arts. L’architecture est plus sensible, elle révèle le « genius loci », si important pour C.Norberg-Schulz. Ce régionalisme évolue suivant les mœurs de notre société et subit l’internationalisation des cultures comme nous l’avons montré avec les Expositions Universelles, ce qui lui fait perdre une grande partie de sa qualité. Plus tard, le mouvement moderne et l’avènement du Style International renforce cette distance souhaité par rapport a l’espace classique et ses dogmes pour tendre à une mondialisation de l’architecture. L’espace architectural et l’architecture cherchent alors à être intemporels et détachés de toutes localisations par rapport à un lieu quel qu’il soit. Malgré cela, et sans compté les avancés technologiques de la Seconde Guerre Mondiale, qui aurait pu perdre le régionalisme à jamais, la seconde moitié du XXe siècle va de nouveau révéler la qualité qui en fait sa force, celle du « retour aux sources ». La qualité de ce mouvement régionalisme critique est d’autant plus soulignée par les historiens et les théoriciens, puisque dans le même temps la société connaît une crise identitaire dont l’ampleur est extraordinaire. La notion d’ubiquité et la structuration du monde en réseaux, que nous avons longuement développées, rendent le monde et l’espace, urbain et architectural, monotone et identique. R.Koolhaas parle de « Ville Générique », de « Junkspace » ou encore de « Bigness ». S.Sassen essaie de proposer une nouvelle hiérarchisation de ces échelles émergentes qui entrent en concurrence avec celle qui nous sont familières. M.Augé parle d’une société de la surmodernité. Le constat est inquiétant, l’architecture semble submergée, elle n’a pas su prendre la dimension de ce changement en vue de s’y adapter. Dès lors, comment procéder pour ne pas perdre complètement la richesse des diversités culturelles qui font le monde? Comment retrouver une réelle identité, sans pour autant vivre en autarcie? Dans le cas présent nous cherchons des réponses pour l’architecture mais il faut être conscient que désormais l’architecture ne peut pas s’affirmer indépendamment de la société dans laquelle elle se réalise. Aussi, le régionalisme critique ne peut pas constituer une réponse à un retour de la qualité architecturale. Ceci étant, cette façon de faire de l’architecture l’alchimie d’une qualité architecturale contemporaine


ne disparaîtra jamais, pour la simple raison, que les architectes qui la pratiquent ont toujours eu une distance par rapport à la mondialisation, ils ont réussit à s’en protéger. Ces écoles régionales restent ponctuelles tout autant que leur production. Dans ce cas précis, comme le demande J.van Wezemael: « que fait-on des 80% de l’architecture restante » ? (J. van Wezemael à propos de l’architecture suisse qui n’est pas forcément mondialement médiatisée). Il semble que JC.Fromantin apporte un début de réponse en proposant de resituer le territoire, local, dans la globalité. Selon moi, si l’architecture applique cette idée, ce qu’elle a commencé à faire, on peut définitivement parler d’architecture localisée. Bien que ce terme n’ait pas été explicitement employé par les experts qui ont participé au colloque : « International Competitions and Architectural Quality in the Planetary Age » le processus de concours s’inscrit pleinement dans cette nouvelle possibilité d’exprimer l’architecture. Une architecture en équilibre, entre les dynamiques locales proches et les dynamiques globales plus lointaines. N’est-ce pas la réponse à la question posée par L.Mumford en 1924: « comment vivre dans un monde fait de particularités sans les sacrifier et sans pour autant que l’Homme soit sacrifier au profit de celles-ci »? ou à celle posée par P.Ricoeur dans « Histoire et Vérité » (P.Ricoeur, 1955): «  comment devenir moderne et retourner à ses sources; comment raviver une vieille civilisation latente et faire partie d’une civilisation universelle »? Le concours d’architecture et la qualité qui semble en être sous-jacente, est visiblement entièrement soutenue par les connaisseurs qui ont participé et assisté à ce colloque. Notre cas d’étude, est également présent pour le souligner. Au-delà de la qualité architecturale, il fait montre d’une incroyable possibilité d’exploration du savoir et de la qualité architecture comme l’on montrer par exemple les membres du SSCL en étudiant le processus de prise de décision du jury ou encore I.Strebel et JP Chupin avec la possibilité d’un archivage numérique, une base de données sans limites. Pourtant comme le fait remarquer justement N.Roquet, il faut savoir être prudent sur l’impact que ces bases de données peuvent avoir sur les pratique et la production contemporaine. On peut largement extrapoler cette recommandation à la pratique du concours. Bien que dans certain pays elle soit culturelle, comme en Suisse, attention à ce qu’elle ne connaisse pas les dérives qu’à par exemple connu le régionalisme critique.

la place qu’occupe désormais l’architecture au sein des réseaux qui structurent le monde. Bien d’autre possibilités sont encore envisageables, prouvant que le sujet d’étude n’en est qu’à son commencement et qu’il faut battre le fer pendant qu’il est encore chaud.

Cette conclusion n’est donc pas un point finale à cette étude. Bien au contraire elle doit permettre d’ouvrir le champ des possible pour un éventuel doctorat sur la question du concours d’architecture et de la qualité architecturale. Elle a constitué la possibilité de poser les bases de cette réflexion et de rencontrer des experts en la matière. Il peut être intéressant notamment de préciser la structuration de la société en étudiant plus en profondeur S.Sassen, Bruno Latour ou encore M.DeLanda. La question de la concrétisation des savoirs au sein d’une architecture, que cela soit au stade du concours, du jury ou encore de la construction et du « traçage » de ces savoirs peut justement expliciter et renforcer notre idée, celle de la nouvelle L’espace, le lieu et le concours d’architecture

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ANNEXE

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International competitions and Architectural Quality ine the Planetary Age Colloque international. Montréal. 16-17 Mars 2012. Sous la direction de Jean-Pierre Chupin & Georges Adamczyk

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Session 01

Les concours internationaux peuvent-ils traiter de questions locales ? Magnus Rönn La présélection dans les concours. Comment sont choisis les architectes invités à participer à ces concours en Suède ? www.kth.se/abe/forskning/arcplan David Vanderburgh et Carlo Menon Voir à la fois le doigt et la lune. Concours d’architectures belges dans leurs contextes représentatifs. www.uclouvain.be/loci.html Joris van Wezemeal et Jan Silberberger Nous n’avons jamais été suisses. Réflexions sur la culture du concours helvétique. http://geographiesofarchitecture.net Jean-Louis Violeau Nouveaux Albums des Jeunes Architectes et Europans: Avantages et contraintes de deux marques déposées françaises. www.umrausser.cnrs.fr

Les quatre intervenants de cette session sont européens: Magnus Rönn (Suède), David Vanderburgh et Carlo Menon (Belgique), Joris van Wezemeal et Jan Silberberger (Suisse) et Jean-Louis Violeau (France). Chacun d’eux pose une question précise se rapportant à la façon dont fonctionne le concours d’architecture au sein de leur pays. La question prend plus en cause le processus (local, à l’échelle du pays) plutôt que la qualité des réalisations issues de celui-ci. On retrouve une façon de procéder, commune et dominante, dans ces quatre pays, celle du concours avec pré-qualifications, à deux phases. La première étant ouverte à tous les architectes, autochtones mais également étrangers. Elle comporte parfois certaines limites. Dans le cas suisse, belge et français, il faut fournir des références construites en rapport avec le libellé du concours. Dans le cas suédois, c’est plutôt la langue officielle qui réduit la participation au concours, puisque pour cette première phase et la suivante, il faut rendre la totalité des documents en suédois...Magnus Rönn nous a clairement montré les limites existant avec l’application d’un tel modèle à savoir celle du choix des équipes pouvant prendre part au concours. La seconde phase révèle le côté politique qu’il existe dans l’architecture -quelque soit l’intervenant- et dans les marchés publics de la construction: ‘’L’architecture a cette capacité de transformer un projet en un discours public, lui conférant une dimension politique et une nécessité internationale’’. A Antwerpen, le concours gagné par le Studio Bernardo Secchi, n’avait pas de programme précis: ‘’Les organisateurs ne savaient pas ce qui devait être fait, ils savaient juste que quelque chose devait l’être’’ laissant une liberté totale au jury dans leur choix et questionnant de fait la qualité de celui-ci en l’absence de réels critères. La question du succès est donc inhérente aux critères de sélection. Si ces-derniers sont explicitement définis alors le jury serait plus à même d’avoir le doigt pointé sur la lune (représentation L’espace, le lieu et le concours d’architecture

métaphorique d’un succès assuré) pour reprendre la métaphore des deux intervenants belges. En Suède, la restriction par la langue est un moyen de miser sur une valeur sûre, puisque généralement en deuxième phase, seulement 5 à 6 équipes, exclusivement suédoises, présentent un projet. Il semble néanmoins délicat de se positionner sur la qualité architecturale que cette organisation, à deux tours, est capable d’apporter. En plus des exemples précédent, le graphe proposé par M.Rönn, illustrant: ‘’l’équilibre entre la réalisation de la « bonne qualité» de l’architecture par rapport à la « meilleure qualité » de l’architecture à travers le processus du concours à la réalisation’’1 appuie ce dilemme. Enfin, la question de la qualité est aussi semble-t-il synonyme d’expérience. Pourtant, le sociologue JeanLouis Violeau démontre que les concours d’architecture renferment la capacité d’attirer des jeunes talents. Les NAJAP sont selon lui l’exemple même de cette réussite de ces non-élites dans le domaine du design. Cela montre également un changement ‘’dans le modèle des aspirations et de la formation professionnelle de cette génération d’architectes. […] Ironiquement, un optimisme peut être tirée de l’évaluation que Violeau fait de la société française en pleine évolution, où une nouvelle forme de l’argumentation pour la prochaine génération d’architectes français - un équilibre des risques, de l’énergie, et même de cynisme peut fournir une nouvelle et saine culture du design, non seulement en France, mais dans la culture de concours d’architecture en général’’1.

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Session 02

Les concours sont-ils de véritables véhicules pour le débat critique sur la qualité architecturale dans le paysage médiatique international ?

G. Stanley Collyer Jr. Le changements de nature des concours www.competitions.org Emmanuel Caille Que reste-t-il de l’identité régionale et de la diversité culturelle dans le monde incroyable des Starchitects www.darchitectures.com Thomas Hoffmann-Kuhnt Le concours d’architecture comme force de caractère de la culture constructive allemande www.wettwerbe-aktuell.de Ian Chodikoff S’appuyer sur concours pour un développement urbain efficace www.forastrategy.com

Ce point du colloque questionne clairement l’image que véhicule le concours d’architecture dans le domaine de la construction aussi bien du côté de la maîtrise d’œuvre que de la maîtrise d’ouvrage. Les intervenants, sont tous des rédacteurs en chefs de revue d’architecture de différents pays: Canada (Canadian Architect), France (d’architectures), Allemagne (Wettbewerbe-aktuell) et Etats-Unis (Competitions). Cette place particulière qu’ils occupent dans le monde de l’architecture leur permet d’avoir une opinion en toute logique objective sur le fonctionnement des concours ainsi que sur leur évolution. On remarque rapidement qu’il existe une différence notable entre les deux pays nord-américains et les deux autres, européens, dans le rapport culturel qu’ils entretiennent avec le concours. Aux USA et au Canada, les concours ne sont pas obligatoires, ce qui anime un débat permanent, entre professionnels et administration publique, à savoir quelle pertinence possède ce système? En France et en Allemagne leur utilité est reconnue depuis un certain temps, et malgré le fait qu’il y ait eu quelques controverses, la tradition du concours d’architecture perdure. Bien qu’il y ait une divergence sur le point culturel du recours au concours, les quatre intervenants sont ensembles d’accord sur un point, celui du changement récent des systèmes de concours. Le statut de cesderniers passent de ‘’ouvert’’ à ‘’restreint’’. Cette nouvelle dynamique conduit à l’émergence d’autre système comme les concours d’idées – on peut prendre l’exemple récent de celui organisé par le CAUE du Rhône: ‘’la métropole sans pétrole’’. Nous avons donc, deux façons de toucher deux ‘’publics’’ différents, le premier permet d’avoir un regard d’expérience, le second offre la fougue de la jeunesse. Un autre point abordé par cette discussion concerne 85

également l’ère d’internet. Le web permet d’ouvrir les concours d’architecture au monde. Cette conséquence a l’avantage d’augmenter le nombre de réponse, mai qu’en est-il de la qualité de celle-ci ? E.Caille n’est pas convaincu qu’elle y soit gagnante, puisque la multiplication des possibles applications, force les agences à réutiliser les concepts étudier pour des concours perdus...Un ersatz de plagiat, non répréhensible mais qui coûte à la qualité architecturale, puisque le concours s’inscrit généralement dans un contexte particulier, local, produisant ainsi une réponse unique et non transposable (le mouvement moderne a bien montré ses limites mais avons-nous toujours connaissances des conclusions tirées de celles-ci?). Les fameuses voûtes de la Tama Art University de Toyo Ito ont visiblement perdu de la crédibilité lorsqu’elles ont été présentées avec une ressemblance troublante au sein d’un concours en France. Où s’arrête la qualité locale? Où commence la banalisation globale ? Enfin, bien qu’il y ait certaines dérives, les quatre rédacteurs en chefs admette tout de même l’intérêt des concours d’architecture à amener, d’un point de vu plus général, de la qualité à l’architecture: ‘‘I.Chodikoff croit en la capacité des concours à avoir un effet de levier sur la culture politique et économique locale et qu’ils sont une composante, petite mais essentielle, de la construction de meilleures communautés’’2.

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Session 03 (réservée à l’intervention de doctorants) Comment le local et le global, l’économique et le culturel, l’écologique et l’esthétique interviennent dans les prises de décision au sein des jurys ? Session

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Antigoni Katsakou Qualité architectural et statut iconique des réponses aux concours: étude d’un concours de logements suisse. Independent.academia.edu/AntigoniKatsakou Camille Crossman Sur les trajectoires de certains critères de qualité architecturale dans les concours d’architecture locaux et internationaux www.leap.umontreal.ca Sofia Paisiou Préoccupations locales et règlement mondial: le cas des quatre concours pour le nouveau musée de l’Acropole. www.geographiesofarchitecture.net/ architecturalcompetitions Bechara Helal Sur la soi-disant nature ‘’expérimentale’’ des concours d’architecture www.leap.umontreal.ca

Cette session, était réservée aux doctorants qui menaient une étude sur la thématique du concours d’architecture. Les intervenants abordent successivement la question de l’icône, de l’architecture et du concours, celle du jugement dans le processus de concours, celle la réglementation en architecture et de sa répercussion dans le concours et enfin la capacité expérimentale des concours. La question de l’icône rejoint celle de la qualité. L’étude menée par A. Katsakou montre bien que durant les dernières années, les réponses au concours de logements en Suisse donnent lieu à des réponses morphologiques exceptionnelles et parfois extrêmement simplistes. Effectivement, souvent ce geste architectural, une fois représenté spatialement semble moins intéressant. Ici, la forme ne suit plus la fonction, mais c’est bien l’icône qui, au grand dam de ses habitants, fait l’espace. C.Crossman se focalise plutôt sur les critères d’évaluation d’un jury de concours. Quels sont-ils, comment-ont ils évolués ? Lorsqu’ils sont énoncés dans le programme sont-ils appliqués  ? Six catégories peuvent les définir: esthétiques, fonctionnels, techniques, sociaux, économiques et environnementaux. Néanmoins avec tout les changements subit par la société, ceuxci varient constamment. Lesquels faut-il appliquer ? Dans quelle mesure ? Peter Collins écrit en 1971 dans Architectural Judgment que:’’le jugement architectural examine au moins quatre questions liées au contexte: l’environnement physique et économique, le contexte politique, le contexte contemporain au projet, le contexte historique du projet’’. Ceci étant dit, le jugement n’en L’espace, le lieu et le concours d’architecture

reste pas moins humain et contient donc toujours une part d’imprévisibilité. ‘’Sofia Paisiou démontre que la meilleure solution à un problème architectural n’émerge parfois que d’un processus d’expérimentation long et complexe’’. Elle s’intéresse pour cela à l’évolution du contexte dans lequel se sont effectués les quatre concours pour le musée de l’Arcropole: concours nationaux (1976 et 1979), un concours international d’idées (1989) et enfin concours d’architecture international en 2000. Il aura donc fallut pas moins de quatre concours et de 24 années, au cours desquelles la surface a été multipliée par dix (25 000m²), avant de voir sortir de terre ce musée qui a été réalisé par Bernard Tschumi et Michael Photiadis. Ainsi, S.Paisiou, montre que parfois, la meilleure solution peut émerger d’un processus d’expérimentation, complexe et qui dure dans le temps. On retrouve B.Tschumi dans l’intervention de B.Helal qui présente le caractère expérimental qu’a connu le concours pour le parc de la Villette en 1982. Les deux projets finalistes étant celui de R.Koolhaas et de B.Tschumi. A cette époque, les deux architectes ont très peu construit mais ont un énorme ‘’background’’ théorique qu’ils vont en quelques sorte mettre à l’épreuve de la réalité. Pour diverses raisons, B.Helal estime que le projet de OMA présente plus clairement cette dimension expérimentale qui se veut architecturale, artistique mais également scientifique. Pour Jean-Pierre Chupin le concours comme expérience en architecture, serait une des voies de recherche que la CRC3 pourrait emprunter, tout comme l’architecture elle-même qui semble l’avoir quelque peu oubliée.

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Session 04

L’archivage numérique des projets d’un concours contribue-t-il à la construction d’une culture architecturale planétaire ? Ignaz Strebel Saisir une base de données des concours: comment impliquer les parties prenantes dans la construction d’une base de données sur les concours d’architecture wohnforum.arch.ethz.ch Fabiano Sobreira Concours d’architecture au Brésil: Construire une culture (digital) de la qualité architecturale www.fabianosobreira.arq.br Jean-Pierre Chupin Sur la nature changeante de la connaissance architecturale un sein d’un monde multipolaire www.crc.umontreal.ca www.leap.umontreal.ca

Cette session, qui clôture le séminaire, concerne la donnée inexploité que recèlent les concours d’architecture. A chaque concours, un certain nombre de planches sont fournies au jury. Si l’on multiplie ce nombre par le nombre de participants, puis par le nombre de concours dans chaque pays et dans le monde, la masse de données est impressionnante. La question du traitement de ces données est ainsi inévitable. ‘‘Il est sans doute trop tôt pour se prononcer sur l’impact culturel de l’archivage numérique des concours d’architecture, cependant il apparaît évident que la culture des concours d’architecture traverse aujourd’hui une période de transformations significatives’’1. La réponse se trouve donc sans doute dans le réseau internet qui permet une connexion rapide avec les quatre coins de la planète. Les revues d’architectures bien évidemment ont ce caractère de diffusion, mais elles sont limitées en termes de distance et de quantité. Là où elle publierons les trois premiers prix des trois concours internationaux du moment, internet peut référencer tous les concours et ses applications. Il s’agit avant tout de prendre conscience de la capacité que peut avoir cette base de données mais également de créer une habitude pour les équipes participantes qui serait de poster leur projets. L’idéal serait d’avoir une gestion en temps réel de ces données pour avoir une impression d’atelier, ainsi chaque équipe peut voir la production de l’autre. En effet, Ignaz Strebel ‘‘a démarré cette troisième session de conférences avec un projet fascinant d’archivage exhaustif et systématique des différentes étapes et procédures de concours impliquant la participation de tous les acteurs engagés’’4. On peut voir le côté pratique pour les équipes d’architectes qui peuvent consulter les rendus et trouver le type de réponses qui fonctionne dans tel ou tel concours -stratégie économiques. C’est également un moyen pour les actionnaires souhaitant soutenir ou organiser un concours d’architecture de se renseigner 87

sur les modalités de fonctionnement. Internet peut donc être le nouveau mode de rendu. La fameuse expression ‘‘cachet de la poste faisant foi’’ serait remplacée par une expression plus contemporaine du type ‘‘dernière mise à jour faisant foi’’. De ce point de vue la révolution numérique est exceptionnelle, mais elle ne permet pas pour le moment d’avoir la relation privilégiée nécessaire à tout architecte en préambule de son projet, celle qu’il doit entretenir avec le site. JP.Chupin ne manque pas de reconnaître cet évolution frénétique sans précédent, tout comme il ne manque pas de la questionner. Est-elle toujours propice à la production de connaissance en architecture ? Il nuance les différences que possède les concours entre eux. Tous ne cherchent pas à être internationaux, tous ne cherche pas l’excellence et le rayonnement international, mais tous y sont confrontés, notamment à cause d’internet. Pour cette raison JP.Chupin considère les archives comme ‘‘un instrument encourageant et accélérant la circulation, le transfert et l’adaptation des idées à l’échelle planétaire’’4. Néanmoins il faut être prudent quant à cette pratique puisqu’elle ne constitue pas en soi une mémoire culturelle. Toujours est-il que le champ de réflexion sur le concours en architecture, son fonctionnement, ses modes de représentations, la réalisation pertinente de bases de données possède donc encore une grande capacité d’exploration.

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Conférence – Shohei Shigemastu - « Short List » Shohei Shigemastu, directeur de OMA New-York était invité à intervenir en tant qu’acteur de ce processus de concours. Récent lauréat du concours organisé pour le Musée National des Beaux-Arts du Québec il explique la façon dont il aborde un concours. La Casa da Musica de Porto est par exemple une réappropriation d’un concept appliqué à une maison que le bureau a réalisé. La CCTV présente la complexité à laquelle il a dû faire fasse comme le contexte chinois mais aussi l’incendie, finalement maîtrisé, qui à repousser l’inauguration de la tour. La majeure partie de son intervention portait bien évidemment sur le musée présentant les aller-retour que demande la réflexion en phase concours puis avec le client. Trouver un concept tangible, ni trop utopique, ni trop rationnel le juste équilibre entre la vision idéale et la réalité effective. Le travail de maquette, de modélisation, de choix des textures, sont autant de points qui selon S.Shigemastu rendent notre (futur) métier intéressant et surtout vivant.

Musée national des beaux-arts du Québec (2009), de ces grands jalons que furent les concours du Centre Georges Pompidou (1970) et du Parc de la Villette à Paris (1976, 1984) jusqu’à la situation complexe du Musée canadien des droits de la personne (2003), le jury faisait face à une sélection difficile. À l’instar de la déclaration d’un des membres : « il aurait été plus simple de choisir un mauvais concours ». Les objectifs suivants sont ressortis des discussions de façon à définir ce que pouvait être un « concours exemplaire » dans sa relation à la qualité de nos environnements à l’ère planétaire, c’est-à-dire dans une complexité accrue par la variété des systèmes de valeurs reflétées par la composition du jury : ■Le lauréat 2012 devait être un concours international ; ■Il devait s’illustrer par un impact public considérable ; ■Il devait contribuer à construire un environnement meilleur ; ■Il devait constituer une référence forte tant dans la profession que pour de futurs donneurs d’ouvrage ; ■Il devait soutenir la construction de connaissances théoriques et pratiques dans les disciplines concernées ; ■Il devait démontrer une pertinence tant aux échelles locales que globales.

Prix de l’exemplarité du concours d’architecture 2012 décerné par le CRC et le LEAP5. Pour cette partie je me permets de vous mettre le communiqué rédigé par Jean-Pierre Chupin. La Chaire de recherche de l’Université de Montréal sur les concours et les pratiques contemporaines en architecture (C.R.C) ainsi que le Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle (L.E.A.P) ont le plaisir d’annoncer le Prix CRC / LEAP 2012 du concours exemplaire à la suite du colloque international qui s’est tenu à l’Université de Montréal (Canada) les 16 et 17 mars sur le thème: « International Competitions and Architectural Quality in the Planetary Age ». Les concours jouent un rôle important en architecture, en urbanisme et en architecture du paysage et certains concours méritent d’être célébrés pour leur impact sur la société. Ce concours des concours portant sur des études de cas présentés par des experts au colloque de Montréal, a été mis en place dans le but de renforcer les collaborations internationales entre les organisations, les chercheurs, les critiques, les architectes et les concepteurs de par le monde qui travaillent à l’archivage, à l’étude et à la réflexion sur la façon dont les concours contribuent à l’amélioration de la qualité de nos environnements urbains. Sous la présidence de Georges Adamczyk (Canada), le jury 2012 se composait des personnes suivantes: Izabel Amaral (Brésil), Carmela Cucuzzella (Canada), Emmanuel Caille (France), Stanley Collyer (USA), Thomas Hoffman-Kuhnt (Germany), Denis Bilodeau (Canada). Le jury s’est penché sur de nombreux cas. Des projets sophistiqués pour le concours du Pavillon des visiteurs de la Martin House de Frank Lloyd Wright (2003) au concours péruvien de 1962 qui a sonné la charge héroïque typique des engagements sociaux du Team X, des 4 concours pour le Musée de l’Acropole (1976, 1978, 1989, 2000) au récent concours pour l’extension du L’espace, le lieu et le concours d’architecture

Le cas retenu par le jury est d’ailleurs remarquable ne serait-ce que parce qu’il ne s’agit pas d’un seul concours mais d’un ensemble de plus de 60 concours depuis le début des années 2000.

Le Prix CRC / LEAP 2012 du concours exemplaire en architecture et projet urbain est attribué aux : Concours pour le quartier HafenCity de Hambourg Allemagne (2000 – 2010) Ce grand morceau de ville couvre plus de 150 hectares sur une dizaine de kilomètres le long des rives de l’Elbe. Au total ce site construira près de 2.32 millions de mètres carrés, 6000 unités de logement, des bureaux, des espaces commerciaux ainsi que des édifices culturels et scolaires.  Ces concours ont attirés des bureaux internationaux tels que ceux d’Herzog et de Meuroon ou OMA. Ce projet de régénération d’un des sites les plus importants en Europe, participera à la création de 45 000 nouveaux emplois. Il représente un ajout de 40% de la surface initiale de la ville. Le premier plan d’ensemble remonte à 2000. Depuis 2006, la planification relève de la Commission du développement urbain, organisation dont le mandat consiste en l’amélioration de la qualité architecturale de cette partie de la ville. Elle regroupe des élus de tous les partis politiques. Le travail de cette commission consiste à définir des standards internationaux pour les usages résidentiels. Chaque investisseur / utilisateur doit procéder par concours en accord avec la ville de Hambourg, sachant que le premier critère ne doit pas être le moindre coût mais la recherche de la plus haute qualité pour les usagers. Bien que le projet remonte déjà à plus de 10 ans, il est toujours actif et servira de référence majeure aux appels d’offre et aux concours dans le domaine de l’habitat collectif. Pour de plus amples informations sur cet immense développement urbain : http://www.hafencity.com. 88


Notes 1. Rapport de session. Ian Chodikoff. Editeur en chef, Canadian Architect. 2. Rapport de session. Fabiano Sobreira. Professeur, UNICEUB Universty Brasilia. Architecte, Parlement brésilien. Editeur, concursosdeprojeto.org 3. Chaire de recherche sur les concours et les pratiques contemporaines en architecture. www.crc.umontreal.ca 4. Rapport de session. Nicolas Roquet. Professeur, École d’Architecture, Université de Montréal 5. Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle. www.leap.umontreal.ca

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FIGURES

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Introduction Figure 1.1 – Fontaine des Tours de Carouge. Carouge. Suisse.

Notions de lieu et d’espace en architecture Figure 2.1 - Alvaro Siza, dessin (#399) issu de son notebook, Macchu Picchu, Pérou. 1995. © Alvaro Siza, Architect.f Figure 2.2 - Les phénomènes du lieu. Schéma réalisé suivant la théorie de la phénoménologie du lieu par Christian Norberg-Schulz. Figure 2.3 - Centre ville de la cité antique de Arles. Les symboles émergents parmi les habitations. Figure 2.4 – I will always be a Monument. © Ugo Ribeiro. Détournement du croquis de Robert Venturi, I am a Monument publié dans « l’enseignement de Las Vegas » (R.Venturi 1977). © Robert Venturi. Figure 2.5 – Niveaux de l’environnement. Schéma réalisé suivant la théorie de hiérarchisation du paysage de Christian Norberg-Schulz. Figure 2.6 – Diagrammes fonctionnels du centre ville de Prague. Publié dans «  Genius Loci, Paysage, Ambiance, Architecture ». © Christian Norberg-Schulz. Figure 2.7 – Le géocentrisme selon Aristote. Figure 2.8 – Le géocentrisme selon Ptolémée. Figure 2.9 – L’héliocentrisme selon Nicolas Copernic. Figure 2.10 – Représentation du monde par le peintre vénition Pietro Coppo. 1520. Figure 2.11 – Croquis du Pavillon de Barcelone réalisés par Mies van der Rohe. © Mies van der Rohe. Figure 2.12 – Cinq points d’oppositions entre le vision classique de l’architecture et la vision moderne de l’architecture. © Paolo Amaldi. Espace. 2007. Figure 2.13 – Bauhaus. Dessau. Walter Gropius. 1926.

Vers une Architecture Localisée Figure 3.1 – Casa dei Crescenzi. Niccolo de Crescenzi. XIIe siècle. Figure 3.2 – Tableau de Claude le Lorrain. Figure 3.3 – Extrait de la revue d’architecture Criticat. Pavillon de l’exposition universelle de Shangai. 2010. © Criticat. Figure 3.4 – Pavillon de l’Esprit Nouveau. Le Corbusier. Exposition des Arts Décoratifs de Paris. 1925. Figure 3.5 - Planches et maquette de la Villa Savoye. Exposition Modern Architecture. MoMA New-York. 1932. Figure 3.6 - CIAM I. La Sarraz. Suisse. 1928 Figure 3.7 – La mairie de Säynätsalo. Finlande . Alvar Aalto. 1952. Figure 3.8 – Liste et localisation des projets présentés dans « Critical regionalism,Architecture and Identity in a Globalized World » (Alexander Tzonis et Liane Lefaivre, 2003). Figure 3.9 – Eglise à Bagsvaerd. Danemark. Jørn Utzon. 1976. Figure 3.10 - MAAVC. Vila Nova de Foz Côa. Portugal. Camilo Rebelo + Tiago Pimentel. 2011. Figure 3.11 - Haughwout Building. New York. Etats-Unis. Figure 3.12 – Illustration de l’Urban Sprawl avec la ville de Los Angeles. 91

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Figure 3.13 – Extrait de « Au-delà de Blade Runner. Los Angeles et l’imagination du désastre » (M.Davis, 2010). © Mike Davis. Figure 3.14 – Densité des lignes aériennes. Figure 3.15 – Densité des connexions internet mondiales. Figure 3.16 – Concept de Hub&Spoke. Figure 3.17 – The Strip. Los Angeles. Figure 3.18 – Etude de la Strip, publiée dans « l’enseignement de Las Vegas » (R.Venturi 1977). © Robert Venturi. Figure 3.19 – Représentation graphique du concept de « la ligne – l’intersection de lignes – le point d’intersection » de M.Augé expliqué dans « Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité » (M.Augé, 1992). © Ugo Ribeiro. Figure 3.20 – Ed Ruscha. Travail photographique sur les stations essences. © Ed Ruscha. Figure 3.21 – Cinq point de la théorie de la Bigness, publié dans « Junkspace » (R.Koolhaas, 1995).

Le concours d’architecture Figure 4.1 – Quartiers des Tripodes. Nantes. France. Christian de Portzamparc. 2012. Figure 4.2 – Graphique statistique relatifs au concours étudiés par M.Rönn. En blanc, le nombre total d’applications, en noir le nombre d’applications suédoises, en hachuré, le nombre d’applications étrangères. © Ugo Ribeiro. Figure 4.3 – Graphique représentant la bonne qualité de la vrai qualité durant les trois premiers modes de vie d’un bâtiment. © Magnus Rönn. Figure 4.4 – Tableau référençant les concours étudiés par le SSCL. © Ugo Ribeiro. Figure 4.5 - « The finger and the moon ». Screen shot de la présentation Prezi de David Vanderburgh et Carlo Menon pour le colloque de Montréal. © Carlo Menon. Figure 4.6 – Affiche du concours d’idée « La métropole sans pétrole ». © CAUE du Rhône. Figure 4.7 – Projets finalistes du concours Urban loi, rue de Bruxelles. De haut en bas : OMA, JDS, Fletcher Priest&Wit, Xaveer de Geyter. Figure 4.8 – Projet lauréat du concours Urban loi, rue de Bruxelles. Christian de Portzamparc. Figure 4.9 – Projet lauréat pour le concours du TheatrePlein de Antwerpen. Begique. Secchi+Vigano. Figure 4.10 – Constitution du jury du concours d’Anières. Suisse. Septembre 2011. © Ugo Ribeiro. Figure 4.11 – Délimitation des zones d’interventions. Concours Anières. Suisse. Septembre 2011. © Ugo Ribeiro. Figure 4.12 – Bâtiments existants. Concours Anières. Suisse. Septembre 2011. © Ugo Ribeiro. Figure 4.13 – Analyse statistique du concours d’Anières. Suisse. Septembre 2011. © Ugo Ribeiro. Figure 4.14 – Origine des équipes suisses participants au concours d’Anières. Suisse. Septembre 2011. © Ugo Ribeiro. Figure 4.15 – Classification des vingt propositions en trois types. De haut en bas, Type 1, Type 2, Type 3. © Ugo Ribeiro. Figure 4.16 – Plan de masse et perspectives. Bureau Dreier Frenzel. Concours Anières. Suisse. Septembre 2011. © Dreier Frenzel. Figure 4.17 – Plan de masse et perspectives. Bureau Loic Chareyre Architecte + Atelier d’Architecture JM Bozzetto. Concours Anières. Suisse. Septembre 2011. © Loic Chareyre+ JM Bozzetto. Figure 4.18 - Plan de masse et perspectives. Bureau Frei & Stefani. Concours Anières. Suisse. Septembre 2011. © Frei & Stefani. Figure 4.19 - Plan de masse et perspectives. Bureau Amaldi-Neder. Concours Anières. Suisse. Septembre 2011. © Amaldi-Neder. Figure 4.20 - Plan de masse et perspectives. Bureau Atelier d’Architecture 3BM3. Concours Anières. Suisse. Septembre 2011. © Atelier d’Architecture 3BM3.

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NOTES

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Introduction 1. NORBERG SCHULZ Christian,1997. L’art du lieu. Groupe Moniteur, Paris. 298p. 2. Laboratoire d’Etude de l’Architecture Potentielle (LEAP). 3. Concours internationaux et qualité architecturale à l’âge planétaire.

Notions de lieu et d’espace en architecture 1. NORBERG SCHULZ Christian,1979. Genius Loci/Paysage-Ambiance-Architecture. Trad fr. 1981 par Odile SEYLER. Pierre Mardaga, Bruxelles. 213p. 2. PEREC Georges, 1975. W ou le Souvenir d’enfance. Denoël. 219p. 3. cf. 1. 4. cf. 1. 5. PEREC Georges, 1974. Espèces d’espaces, Galilée. 185p. 6. cf. 1. 7. cf. 1. 8. VENTURI Robert, 1977. L’enseignement de Las Vegas. Trad. Fr 1978. Pierre Mardaga. Bruxelles. 193p. 9. cf. 1. 10. ZUMTHOR Peter, 2006. Penser l’architecture. trad. fr. 2006, Birkhäuser, 95p. 11. AMALDI Paolo, 2007. Espace. Editions la Villette, Paris. 85p. 12. cf. 11. 13. Chez les Platoniciens, le démiurge est la divinité qui donne forme à l’univers. 14. http://www.techno-science.net/?onglet=glossaire&definition=2951 + wikipédia 15. cf. 14. 16. cf. 14. 17. « Aristote découpe le monde en substance continues et contiguës et les classent. L’existence d’un vide inclassable, détaché de sens, devait apparaître comme un non-sens, une aberration ». (P. Amaldi – Espace – p.27). 18. Le Discours de la méthode a été écrit par Descartes quelques années après le procès de Galilée (juin 1633), qui avait été condamné par l’Église à cause de son ouvrage Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Comme Descartes avait écrit en 1632-1633 un Traité du monde et de la lumière dans lequel il défendait la thèse de l’héliocentrisme, il préféra renoncer à la publication de son ouvrage. Il en publia néanmoins des extraits (La Dioptrique, les Météores, La Géométrie), accompagnés d’une préface, le Discours de la méthode, qui est restée célèbre. Wikipédia. 19. La relecture de ces concept est empruntée à Paolo Amaldi. Espace. (p24). 20. Concept introduit par C.Norberg-Schulz dans Existence, space & architecture. NORBERG SCHULZ Christian,1971. Existence, space & architecture. Univesité de Californie. 120p. 21. Caractère spécifique de la connaissance que l’être conscient a de lui-même. Définition issue de www.cntrl.fr. 22. Nature propre et véritable d’une réalité qui existe absolument, indépendamment de la connaissance que nous en avons. Définition issue de www.cntrl.fr. 23. Le positionnement de Husserl est emprunter à la critique qu’en fait Paolo Amaldi. Espace (p. 46). 24. cf. 11.

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Vers une Architecture Localisée 1. La thématique à plus largement été traité dans: Le régionalisme critique: l’influence du lieu sur l’architecture. Rapport d’étude Licence 03 – Directeur d’étude: Paolo Amaldi. Ecole Supérieure d’Architecture de Lyon. 2011. Il constitue le point de départ du présent mémoire. 2. TZONIS Alexander, LEFAIVRE Liane, 2003. Critical regionalism, Architecture and Identity in a Globalized World. Prestel. 3. Von MOOS Stanislaus. 2010, Chalets et contre-chalets (p.67-79). Criticat. N°6 – Septembre 2010. 4. ette exposition est un événement extraordinaire. Organisée par l’historien de l’art Henry-Russell Hitchcock et l’architecte Philip Johnson elle rassemble des projets des modernisme du monde entier. Elle va donner suite à la publication d’un ouvrage :The International Style: Architecture since 1922 au sein duquel émerge le néologisme Style International. 5. cf. 3. 6. GIEDION Sigfried. 1928, Les constantes nationales (p.55). Criticat. N°6 – Septembre 2010. 7. cf. 2. 8. RICOEUR Paul, 1955. Histoire et vérité. Edition du Seuil. 400p. 9. La période de rédaction de ce mémoire était marquée par l’élection présidentielle de mai 2012. 10. Le score du Front Nationale à quasiment atteint 20% lors du premier tour des élections présidentielles de 2012. Rappelons qu’il était de 10% en 2007 et de 17% en 2002 (ce qui leur avait permis de participer au second tour). 11. KOOLHAAS Rem,1995.Réédition 2011. Junkspace. Manuels Payot, Paris. 121p. 12. Ce concept est emprunté à JC Fromantin qui le développe dans Mon village dans un monde global. 13. cf. 11. 14. AUGE Marc, 1992. Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité. Seuil,Paris. 100p. 15. cf. 14. 16. cf. 14. 17. Néologisme de Marc Augé. 18. cf. 11. 19. Nouveaux Mondes et Monde Ancien sont deux concepts empruntés à Rem Koolhaas. Il définisse le tournant que prend l’architecture avec l’ère de la globalisation et du numérique aux début des années 1980. 20. cf. 11. 21. Jean Christophe Fromantin est maire de Neuilly et dirige une PME. Son ouvrage comme il le dit possède la vision avant tout d’un père de famille mais également d’un chef d’entreprise et surtout d’un politique.

Le concours d’architecture 1. LEAP. Laboratoire d’Etude de l’Architecture Potentiel. Fondé en 2001, le LEAP ‘’se consacre aux relations entre les théories et les pratiques de l’architecture contemporaine. Le L.E.A.P considère l’architecture du point de vue du projet, du double point de vue des processus de conception et des médiations culturelles’’. http://www.leap.umontreal.ca/ 2. Concours internationaux et qualité architecturale à l’age planétaire. Pour plus d’information, en annexe se trouve un bref résumé des différentes sessions. 3. Le développement urbain basé sur la connaissance se réfère au développement des régions urbaines qui sont plus ou moins influencées par l’économie de la connaissance, ou par l’occasion d’attirer les ‘’sachants’’ en vue de stimuler la croissance économique dans des domaines spécifiques. 4. Magnus Rönn. The prequalified competition: How are architectes appointed to invited competitions in Sweden. International symposium:International competition and architectural quality in the Planetary Age. 5. Le Socio-Spatial Complexity Lab et le laboratoire de recherche dirigé par J. va Wezemeal à Fribourg. Suisse. 6. Rapport de session. Ian Chodikoff. Editeur en chef, Canadian Architect. 7. David Vanderburgh et Carlo Menon. Seeing both the Finger and the Moon : Belgian Competitions in Their Representational Context. International symposium:International competition and architectural quality in the Planetary Age. 8. cf. 6. 9. Dans cette étude, J. van Wezemeal est épaulé par deux étudiants doctorants à l’Univeristé de Fribourg, Sofia Paisiou et Jan Silberberger. 10. SSCL: Socio-Spatial Complexity Lab. 11. Rapport de session. Nicolas Roquet. Professeur, École d’Architecture, Université de Montréal. 12. cf. 11. 13. http://concursosdeprojeto.org 14. cf. 11. 15. CCC - http://www.ccc.umontreal.ca/ 16. L’intervention « We Have Never Been ‘Swiss’: Thoughts About Helvetic Competition Culture », a été préparé par Joris van Wezemael. Elle a été présenté oralement à l’occasion du colloque « International Competitions and Architectural Quality in the Planetary Age » qui s’est déroulé à Montréal (Canada) du 16 au 17 mars 2012, par Jan Silberberger.

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BIBLIOGRAPHIE

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COLLOQUE International Competitions and Architectural Quality in the Planetary Age. UdeM. Montréal. Canada. 16-17 Mars 2012.

CONFERENCES BALAY Olivier. La perception sonore de la ville depuis le XIXe siècle. Ensal. Lyon. France. Février 2012. LUCAN Jacques. Leçon d’actualité sur la fabrique de la ville contemporaine. Ensal. Lyon France. Février 2012. SHIGEMATSU Shohei. Short List. UdeM. Montréal. Canada. 16 Mars 2012.

ESSAIS RICOEUR Paul, 1967. Histoire et Vérité. Points. 405p.

OUVRAGES AUGE Marc, 1992. Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité. Seuil,Paris. 100p. AMALDI Paolo, 2007. Espace. Editions la Villette, Paris. 85p. BEAUD Michel, 2006. L’art de la thèse. Editions la Découverte, Paris. 201p. DAVIS Mike. 1998. Au-delà de Blade Runner. Los Angeles et l’imagination du désastre. Trad. fr. 2010 par Arnaud Pouillot. Allia, Paris. 145p. DELANDA Manuel, 2006. A New Philosophy of Society – Assemblage Theory and Social Complexity -. Ashford Colour Press Ltd. 142p. FROMANTIN Jean-Christophe, 2011. Mon village dans un monde global. Bourin, Paris. 160p. KOOLHAAS Rem,1995.Réédition 2011. Junkspace. Manuels Payot, Paris. 121p. NORBERG SCHULZ Christian,1979. Genius Loci/Paysage-Ambiance-Architecture. Trad fr. 1981 par Odile SEYLER. Pierre Mardaga, Bruxelles. 213p. NORBERG SCHULZ Christian,1997. L’art du lieu. Groupe Moniteur, Paris. 298p. SASSEN Saskia, 2006. La globalisation, une sociologie. Editions Gallimard. 341p. TZONIS Alexander, LEFAIVRE Liane, 2003. Critical regionalism, Architecture and Identity in a Globalized World. Prestel. VENTURI Robert, 1977. L’enseignement de Las Vegas. Trad. Fr 1978. Pierre Mardaga. Bruxelles. 193p.

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THESE ÖTKÜNC Arbil. (Re)Construire le lieu. A propos de l’architecture de Rafael Moneo et de Jacques Herzog & Pierre de Meuron. Thèse réalisée sous la direction de M. Philippe POTIE. Mars 2010.

ARTICLES FRAMPTON Kenneth, 1987. Pour un régionalisme critique et une architecture de la résistance. Critique. Janvier-Février 1987. N°476-477.p66-81. Von MOOS Stanislaus. 2010, Chalets et contre-chalets (p.67-79). Criticat. N°6 – Septembre 2010.

ARTICLES WEB Van WEZEMAEL Joris and al. Spaces of knowledge creation: tracing ‘knowing in action’ in jury-based decision-making processes in Switzerland. Van WEZEMAEL Joris and al. Assessing Quality: The unfolding of the ‘Good’–—Collective decision making in juries of urban design competitions.

SITES INTERNETS http://geographiesofarchitecture.net/ http://www.leap.umontreal.ca/ http://www.ccc.umontreal.ca/ http://abarrigadeumarquitecto.blogspot.com/ http://ultimasreportagens.com/ http://www.cnrtl.fr/

RENCONTRES Manuel Graça Dias. Rua Borges Carneiro Nº38, R/C Frente. 1200-619 Lisboa, Portugal.Avril 2011 Pedro Pacheco. Largo da Madalena, 1 – 2º. Lisboa. Portugal. Avril 2011 Joris Van Wezemael et Sofia Paisiou. Université de Fribourg. Département de Geosciences. Février 2012.

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Competition [n]

Tests in which are in confrontation candidates with the aim of obtaining an employment, a title, a price, an admission, etc., attributed or awarded, according to their ranking, with a number limited by prize-winners.

Space [n]

Free, natural environment, where the individual can develop, bloom.

Place [n]

Definite portion of the space.

Quality [n]

Concours [n.m]

Ensemble d’épreuves dans lesquelles s’affrontent des candidats en vue de l’obtention d’un emploi, d’un titre, d’un prix, d’une admission, etc., attribués ou décernés, en fonction de leur classement, à un nombre limité de lauréats.

Espace [n.m]

Milieu libre, naturel, où l’individu peut se développer, s’épanouir.

Lieu [n.m]

Portion déterminée de l’espace.

Qualité [n.f]

Good or bad value of a thing.

Valeur bonne ou mauvaise d’une chose.

Is the implosion of « critical regionalism » and architectural quality in front of the growing globalization iminent ? We know that this architectural movement can be considered for the better points ultimate in quality term. We also know that it answers exactly to a site, a culture and to a program. While the society tends to fall in the indifference, in the excessive individualization, that an identity crisis is already underway, what is going to become the architectural quality? Is it lost for ever? How did the evolutions of the notions of place and space lead to question the existence of the critical regionalism and its architectural quality for the benefit of localized architecture from which the quality is obtained by means of the process of architecturals competitions? Here is clearly the question which puts this study, that of the architectural quality in the planetary age and of the method to be used to reach its realization.

L’implosion du « régionalisme critique » et de la qualité architecturale devant la mondialisation grandissante est-elle imminente? Nous savons que ce mouvement architectural peut être considéré en bien des points ultime en terme de qualité. Il répond, précisément à un site, une culture un programme. Alors que la société tend à tomber dans l’indifférence, dans l’individualisation à outrance, qu’une crise identitaire est déjà en marche, que va devenir la qualité architecturale? Est-elle perdue à jamais? Comment les évolutions des notions de lieu et d’espace ont-elles conduit à remettre en cause l’existence du régionalisme critique et de sa qualité architecturale au profit d’une architecture localisée dont la qualité est obtenue par le biais du processus du concours d’architecture? Voici clairement la question posée dans cette étude, celle de la qualité architecturale à l’heure planétaire et de la méthode à utiliser pour parvenir à sa réalisation.

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Abstract The implosion of « critical regionalism » and architectural quality in front of the growing globalization is it iminent ? We know...