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Evasions PoĂŠtiques Un projet des Fischeriens


EVASIONS POETIQUES Recueil de textes, dessins, photos et (autres) impressions sonores sur l’univers carcéral. Les élèves de 4ème secondaire de l’Institut Frans Fischer ont correspondu avec des détenus de la prison d’Andenne lors d’ateliers d’écriture et ont participé à des ateliers de création sonore et de photographie. Ils se sont également exprimés à travers le dessin et l’illustration. Pour nourrir leurs réflexions, leurs questionnements et leurs imaginaires, les élèves ont rencontré différents témoins ou experts et ont assisté à plusieurs événements culturels sur le sujet. Par ces rencontres et par la découverte et la pratique de ces différentes disciplines, les élèves, aussi appelés les «Fischeriens» , ont réalisé des oeuvres artistiques que nous avons le plaisir de vous présenter dans ce recueil. Evadez-vous parmi les mots des détenus et des élèves, plongez dans les images réalisées par les jeunes et voyagez au son de leurs voix, des bruits qu’ils ont enregistrés et des extraits de leurs rencontres ! Pour écouter leurs créations sonores, scannez le QR Code ci-dessous ou suivez ce lien : https://soundcloud.com/urbanisason/sets/evasions-poetiques Bonne découverte !


Ceren


Tanger la ville du soleil Torride souvenir de mon enfance Un village enveloppé d’abeilles L’amour du pays qui m’amène le silence Un pays où l’on voit la mer et l’océan Une terre riche dans un pays sans sous Appartements colorés et villes attirantes Merveilles dans des forêts de hiboux Forêt immense et sombre Dans un pays où l’on ne voit pas les ombres Fragile où il y a de la forêt, des bois Culture et religion Ce qui ne prend que deux heures d’avion Mon pays à moi Soraya

Un philosophe blanc avec un chapeau maladroit Une statue magnifique et une fleur dorée Une spiritualité adoptée émanant d’un livre passionnant Une maison bien entretenue avec un chien docile Une thèse bien rédigée doublée d’un homme proactif Un professeur pédagogue dans une voiture bien équipée Une femme blonde avec un bouffon en perdition Un appartement bien rangé avec une combinaison étanche  Une porte coupe-feu et une table moderne  Une population aisée dans une chaise confortable  Une effluve odorante dans une pièce insonorisée  Une prise multifonctions dans un bâtiment blanc Une terre argile dans un sol propre Un bureaucrate assidu avec un informaticien polyvalent Patrice


Une tablette joyeuse avec son créateur triste La Stib sans chauffeur avec un tram vide Le football avec des animaux Le ballon est devenu une ruche Ma vue est terrible Mais je fais de mon mieux pour travailler Mon téléphone ne s’allume plus car le créateur l’a abandonné Fifa, c’est ma vie, dommage que c’est virtuel Ma famille, c’est ma vie mais dommage Car elle se trouve à l’autre bout du monde Je suis bon au foot Mais ma vue m’empêche de m’exprimer Nabil

Mon quartier Que des embrouilles, des futilités Des commérages et des prises de tête On ne connait pas ta tête Que fais-tu dans notre cité ? J’aime la musique, je connais des musiciens Je traîne avec des guitaristes Comprendra qui pourra Je ne vous parle pas D’une zone à risque Shit et Beuh partout dans nos blocs Des bagarres et des glocks Chez moi, à Versailles Nous ne sommes pas des racailles Alors, écoute On est maltraités, les blocs pleurent Et nos mères sont abimées Amour, amitié, armes, acharnement Tous ces mots pour décrire ma cité Aaron


Elias


Eli

Un beau château avec un garçon blond Des joues roses avec des dents blanches Des cheveux frisés avec des ongles abimés Un papa poule avec un œuf rond Un tableau vert avec des armoires rouillées Un sac fleuri avec des chaussures trouées Un téléphone brisé avec un plastique chiffonné Une chaise cassée avec un papier transparent Un vase débordé avec une poubelle remplie Une affiche colorée avec un carton déchiré Imane


Je suis en sortie spéciale et je profite de l’air Je rentre à la maison, je trouve tout le monde les pieds en l’air Je me réveille pour aller au cours  J’appelle mon frère pour qu’on aille au cours  Je suis dans mon avion direction mon pays  Au cours de ce voyage j’ai retrouvé un ami du pays  Mamadou

Katarina


Asen


Un homme riche avec un compte en banque malheureux Une femme heureuse avec un homme riche du cœur La montre en diamant sur le plus pauvre Avocat pour le moins cultivé Le chantier pour le plus cultivé Le juge a tout entre ses mains Dieu voit tout mais ne parle pas Aveugle devant le mendiant Sourire en sentant la lourdeur de sa poche Nouvelle paire de mocassins en dessous du jeans troué Avec une paire trouée au dessus du pantalon classique Eli

Katarina


Un rayon de soleil et chant d’oiseaux Derrière une chambre noire Un enfant avec un cadeau Des étoiles du soir Le coucher de soleil Derrière les montagnes, mystérieux Cache un homme amoureux Doux comme le miel des abeilles Des fleurs colorées Savoir s’enjailler Une curiosité d’enfant Des arbres qui bougent avec le vent Aidés d’une tempête ardente Finissent d’un soleil illuminant Iara

Un homme dans ses pensées Je suis couché sur cette dune Me voilà dans mes pensées Tout d'un coup me vient à penser à l'argent  Mais, je me dis quand on n'a pas eu la chance de faire des études Et qu’on n’a pas de diplôme, comment fait-on pour gagner de l’argent ?  Me vient aussi l'envie d'avoir une belle voiture Et aussi d’avoir une superbe villa pour ma femme et mes enfants Et de leur donner des études qu'ils voudront faire Il me faut trouver une solution pour gagner ma vie  Il me vient une idée Il faut que je cherche une formation Si je veux atteindre des niveaux plus hauts Et à la fin, avoir un diplôme du métier que j'ai eu envie de faire Bon voilà ce que je pense David


Michal


Donia


Je perçois au loin la voix d’une maman. Et le cri d’enfants J’entends le pas pressé des passants Et le klaxon d’automobilistes impatients Brouhaha indescriptible. Loin d’un monde paisible J’ai envie de péter un fusible. Tout cela est nuisible J’entends aussi la mélodie du rappeur. Ses cris sont rageurs Sa voix est vibrante, ses mots accrocheurs Vision d’un monde haut en couleurs où se mêlent douceurs et horreurs J’ai envie de reprendre ce refrain en choeur Quel bonheur ! J’entends la voix d’amoureux Voix chaude et profonde pour les aveux Voix aussi douce que le miel et azur comme le ciel J’ai envie de connaître un amour pareil Du coin de ma fenêtre, la rue s’éveille Elle dévoile tous ses secrets, désagréments et merveilles Comme les oiseaux qui gazouillent et les amoureux qui roucoulent Oui, j’ai envie de vivre dans un monde cool Lucas

Un téléphone froid avec un chauffage en veille Un bic en carton avec une boîte en maïs Une fenêtre blanche avec un carton ouvert Une armoire jaune avec une poubelle sale Un dauphin fou avec un cercle marrant Une bague sur une chaise avec des vestes en or Une grande table avec un sac dans la forêt Des chaussures brunes avec des cartons blancs Un tableau chaud avec un soleil blanc Un crayon sur le pré avec une chèvre verte Un bic griffé avec une main dorée Un cheval homme avec un jeune à lunettes Une trousse rouge avec une farde remplie Un homme à lunettes avec un chat bourré Fernando


Mohamed


Un enfant sur le trottoir est repris par un ange noir Qui fait tout pour le mettre dans le désespoir Le couteau sous la gorge malgré son jeune âge Il s’enfonce dans un paysage rempli de haine et de rage. Couteaux ensanglantés  Il se mit à pleurer Emprisonné de griffes pointues et noires  Au milieu du sang et des flammes qui rendent le ciel noir De ses flammes sort une vieille femme  Au coeur pur mais sans allure  Cette vieille femme qui n'a jamais eu de chance  A quand même tout fait pour me donner une belle enfance Cette enfance a commencé quand j'avais quatre jours  Elle y a mis tout son amour  Cette femme était ma grand-mère  La mère de mon père Henri Un garçon en colère Qui poignarde son beau-père Son seul châtiment Après avoir tabassé sa mère N’étant plus maître de lui-même Guidé par un ange démoniaque Là, il se rend compte qu’il a déconné Il devient paranoïaque Des larmes coulent sur son visage Sachant qu’il peut finir dans une cage Le sang qui coule sur sa lame Ce n’est que désespoir et regret qui l’acclament Ces péchés se transforment en flammes Ces péchés qui salissent petit à petit son âme C’est un démon qui pleure avec un garçon qui ricane Mohamed


Fresque collective

Iara


Aaron


Chaque jour de sa vie, seule le soir dans sa chambre Elle se lassait d’écrire des histoires dans l’ombre Voulant partager des idées noires et blanches Elle a su qu’on la regarderait dans les couloirs Passant d’un endroit différent sur son torse Son corps ne subissait que douleur et souffrance Elle faisait des appels de détresse à l’école Tout ce qu’ils faisaient, c’est de la traiter de folle Elle n’arrivait plus à tenir ça pour elle seule Alors elle décide de ne plus ouvrir sa gueule Et c’est là que se termine sa minable histoire Et lui ouvrir son cœur, elle ne l’a jamais pu Et en y repensant, peut-être qu’elle aurait dû Dernier soir, seule dans son bain, elle pense à Grégoire Katarina

Un serpent saoul avec un irlandais glissant Un nuage sourd avec une vieille sombre Un fonctionnaire rayé avec un cd lent Une fenêtre en bronze avec une statue sale Une armoire de cœur avec une reine blanche Une femme décorée avec un mur handicapé Une feuille mouillée avec une éponge lignée Une chemise en verre avec une bouteille trouée Un arc en ciel bleu avec une flamme colorée Un homme abîmé avec un carton en métal Un astronaute en bois avec un crayon russe Une tasse infidèle avec une épouse cassée Une table agressive avec un cheval bas Une belle poubelle avec une voiture remplie Michal


Fresque collective


Fernando

Avant je fume je plane et j'oublie Je fume pour me relaxer et non pas pour me bagarrer Je n’ai rien à prouver Karim


L'amour d’un père pour son fils et vice versa C’est l'histoire d'un fils qui voit son papa malade qui doit subir une opération

Ils n'ont pas les moyens de payer Il décide d'entrer dans une banque cagoulé, ganté Il finira menotté, insulté Ils disent qu'avec ce genre de personne il faut d'abord tirer et ensuite discuter Il subit cruauté sur cruauté C'est souvent ceux qui n'ont rien qui sont prêts à tout donner Maintenant, il regarde la lune depuis sa cellule Ils veulent qu'ils prennent la pilule histoire qu'il devienne un légume Hakim

Roberta


Kenan


Ismaïl

Un ressenti profond Ce qu’il ressent, rien que de la douleur En lui noir est la couleur La fleur à l’intérieur est fanée Surement grâce à son passé Le bonheur est loin Il y croit de moins en moins Solidaires mais envers qui ? Car il est souvent solidaire Beaucoup trop déçu ne sait plus trop qui croire Zéro confiance en lui peur de regarder le miroir Cœur noyé dans la douleur même s’il souhaite que du bonheur Ceren


Dans cette pièce, je suis bloquée Qu’est-ce que j’aimerais y aller ! Ce monde qui m’a tant manqué Cette belle lumière dont je suis privée A l’hôpital, je craque Devant les médecins, je me braque Pas le droit de rentrer tard Je suis aussi rapide qu’un guépard Je rêve de manger un bon plat Bien bon et bien gras ! Jouer avec mes frères et mes sœurs Je suis une grande battante Mais attention, je ne m’en vante Je l’ai battue : c’était ma tumeur Roberta

Une séance en forêt Avec l’école nous avons été à Engreux Le matin il faisait bon et la nuit nuageux Il se trouvait près du chalet un cours d´eau L´eau était gelée on ne voyait pas les tuyaux Pendant nos ateliers d´écriture Nous pouvions manger de la nourriture Nous avons visité Nisramont, un barrage Avant d´y arriver nous avons traversé un garage Lors de la dernière soirée Nous nous sommes bien amusés Je me suis rapproché de mes amis Dans le chalet le plus grand nous nous sommes endormis Sur le chemin nous étions tristes Mais nous nous ne sommes pas retournés à Bruxelles Comme des touristes Une séance en forêt Patrice, Rabab et Mehdi


Abdullah


Michal


A la prison de Namur, je fais les milles pas entre les murs et les bavures La saumure d’ennui qui fissure La maison du chant qui chante au printemps et toujours amoureuse Amie formidable qui gazouille à l’arrivée du printemps  Mon coeur ouvert mis à couvert qui sent la terre  Comme un parterre de feux verts figés dans la pierre Le bus à l’odeur des rencontres  Nausées qui piquent et qui bousculent  Travail mouillé  On ne peut pas annuler  Il faut de l’argent pour battre le fer La nature immature de l’immature est impure de verdure et de nourriture  A poussé l’humanité à avoir l’humilité de faire des réserves Le vacarme de la fin arrive  La pêche est douce et ronde comme la terre  La pêche ne tombe jamais l’avion de la terre  La terre ne laisse jamais les choses en l’air Mon père a fait son parterre de manière Il enterre des pommes de terre qu’il va déterrer  Comme à l‘âge de guerre, elles finissent rondes Ou en friture dans l’assiette Julien


La salle de bain est fermée à clé Le soleil entre par la fenêtre et il se baigne dans la baignoire Et il se frotte avec le savon Le savon pleure Il a du soleil dans l’œil Ana Laura

Kenan


Fernando

Assis sur la plage J’admire un beau paysage Le bruit des vagues Résonne dans les coquillages Tout s’évade dans ma tête Et s’éloigne de moi ma rage Asen


Ismaïl

Un jeune vieillard avec son fils qui pleure C’est tous les jours comme ça parce qu’il a peur Après m’avoir juré qu’il n’allait plus pleurer Il m’a dit qu’il allait affronter sa peur pour enfin la terminer Le fils va lui montrer qu’il est maintenant l’heure Que maintenant il n’y aura plus de malheur Une maison courageuse avec un garçon hanté Comme il n’avait plus peur il allait la visiter Pelin


Assise dans le noir Dans cette ruelle assombrie Une petite fille cassée Avec son vélo triste De loin, on peut entendre des cris On aperçoit une petite pâquerette Elle était seule Près d’elle, y avait sa bicyclette Elle avait un gros sac sur son dos En réalité, elle n’était pas seule mais avec un couteau Donia

Nabil


Donia


Michal


«Evasions Poétiques» Les Fischeriens 2019-2020

Un projet porté par l’asbl Urbanisa’son en partenariat avec le Centre Culturel de Schaerbeek, la Compagnie Gambalo, la prison d’Andenne et l’Institut Frans Fischer. Correspondances poétiques entre élèves et détenus : Soraya, Asen, Hakim, Donia, Nabil, Mamadou, Ceren, Eli, Michal, Katarina, Henri, Fernando, Pelin, Ana Laura, Julien, Iara, Rabab, Karim, Mehdi, Aaron, David, Lucas, Imane, Patrice, Roberta, Michael, Elias, Ayoub, Kenan, Ismaïl, Dennis & Mohamed Encadrés par : Nicolas Swysen de la Compagnie Gambalo - ateliers d’écriture, Paula Bouffioux du Centre Culturel de Schaerbeek et Ket de Catch Up production - ateliers de photographie, Céline Wayntraub et Emilie Bergilez de l’asbl Urbanisa’son - ateliers de création sonore, Miriam D’Haene, Virginie Kiesler, Marie Tonon & Dany Scoriels - professeures à l’Institut Frans Fischer Graphisme et mise en page : Guillaume Monchaux Couverture : Ceren, élève à l’Institut Frans Fischer 4ème de couverture : Asen, élève à l’Institut Frans Fischer Nous remercions Vanessa Vindreau du CBAI, toute l’équipe de l’Institut Frans Fischer, du Centre Culturel de Schaerbeek, de l’Adeppi et de la prison d’Andenne ainsi que toutes les personnes qui ont accepté de rencontrer les élèves afin de leur partager leurs témoignages, leurs connaissances et leurs histoires : François Troukens, réalisateur et ex-détenu, des militant·e·s de «La Clac» - Collectif de Lutte Anti Carcérale, Justine Wayntraub et Léa Teper, avocates, Marie-Hélène Rabier, porte voix des « invisibles » , l’équipe de la Maison du Livre de Saint-Gilles et Aya habitante de Haren Un projet soutenu par l’Adeppi , le programme « La culture a de la classe » de la Commission Communautaire Française et par le « Décret Culture-Ecole » de la Cellule Culture-Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


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Evasions Poétiques  

Recueil de correspondance poétique entre élèves de l'Institut Frans Fischer et détenus de la prison d'Andenne : photos, textes, illustration...

Evasions Poétiques  

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