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www.urbania.ca printemps 2007 | numéro 15 | vert | fabriqué à montréal | 7,95 $


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vert. Combien de fois s’est-on fait poser la question aux partys d’Urbania : « Pourquoi vous ne faites pas un numéro sur l’environnement ? » Imbibés de houblon, on a maintes fois promis un numéro écolo. Promesse d’ivrogne, mais promesse tout de même : voici notre livraison verte. ¶ En gossant ce quinzième numéro, on s’est toutefois rendu compte que nos fidèles et dévoués collaborateurs ne voyaient pas tous le vert de la même couleur. Tout dépend des lunettes. ¶ Il y a d’abord les bucoliques. Ceux qui croient qu’on peut changer le monde par « de petits gestes citoyens ». Ceux qui lisent les newsletters de Greenpeace comme on lit son missel. Ceux qui ont toujours sous le bras un Saviez-vous que... du genre : « Couper l’eau pendant le brossage des dents permet d’économiser l’équivalent de deux piscines hors terre au bout d’une année. » Ceux-là voient le vert en rose. ¶ Il y a ensuite les cyniques. Ceux qui ont perdu tout espoir. « On est cuit, quoi qu’on fasse. » Ceux qui en ont plein le bac des discours gnangnan du mouvement vert caviar. Ceux qui comptent les dodos avant la fin du monde. Ceux-là voient le vert en gris. ¶ En mélangeant du vert, du rose et du gris, on obtient du brun. Voilà pourquoi, malgré toute notre bonne volonté, le brun a fini par devenir la couleur dominante de ce numéro vert.

Concept original Simon Bertrand, étudiant en design graphique à l’UQAM Direction artistique Simon Beaudry, Philippe Lamarre Photo Alain Desjean Retouche Mathieu Lévesque sceptique, mais content pareil steve proulx

Toutes nos excuses.

éditeurs Philippe Lamarre · Vianney Tremblay rédacteur en chef Steve Proulx direction artistique Philippe Lamarre conception graphique Gabriel Dawe · Anne-Marie Clermont · Annie Lachapelle · Élie Monge concepteur web Franck Desvernes collaborateurs Mélanie Baillairgé · Simon Beaudry · Jimmy Beaulieu · Ulysse Bergeron · Edouard H. Bond · Christophe Collette · Stéphane Crête · Mariève Desjardins · Alain Desjean · Émilie Dubreuil · Florence Duburg · Eveline Dufour · Valérie Duhaime · Maxime Dumont · Martin Flamand · Mike Fradette · Gunther Gamper · Cécile Gladel · Caroline Gouin · Pascal Henrard · Patrick John-Lord Joseph · Dominique Lafond · Maïté Larocque · Sophie Lecathelinais · Sophie-Anne Legendre · Stéphane Martel · Sophie Massé · Jean-François Mercier · François Parenteau · Émilie Pelletier · Catherine Perreault-Lessard · Laurent Pinabel · Pishier · Gabriel Poirier-Galarneau · Élise Prioleau · Erika Reyburn · Michaël Reyburn · Marie-Josée Richard · Mathieu Rivard · Brigitte Schuster · Sylvain Thomin · Stéphane Wagner · Tomasz Walenta correctrice Violaine Ducharme · ventes publicitaires Patrick John-Lord Joseph 514.989.9500 poste 27 · pub@urbania.ca abonnement 1 an (4 numéros) : 25 $ · 2 ans (8 numéros) : 44 $ (prix avant taxes) Pour vous abonner à Urbania, contactez Express Mag au numéro sans frais 1 800 363 1310 ou par Internet au www.urbania.ca/abonnement.Vous pouvez poster votre coupon d’abonnement à : express mag, 8155 rue larrey, montréal, québec, h1j 2l5 impression vic couleur inc. distribution lmpi dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec, 2007 · Bibliothèque nationale du Canada, 2007 © 2007 magazine urbania inc. Le contenu d’Urbania ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans le consentement écrit de l’éditeur. Urbania est toujours intéressé par vos articles, manuscrits, photos et illustrations : redaction@urbania.ca poste-publications Inscription n° 40826097 magazine urbania 3708, boul. saint-laurent · montréal (québec) h2x 2v4 tél. 514.989.9500 fax 514.989.8085 · info@urbania.ca · www.urbania.ca urbania est imprimé sur le papier chorus art d’unisource


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La Terre est maganée. C’est confirmé. Maintenant, on fait quoi ? Mais surtout, on fait quoi en priorité ? C’est la question qu’Urbania a posée à tout un bouquet d’experts, d’écologistes, de scientifiques, de philosophes et de raëliens... Un vaste brainstorming vert : un greenstorming. Propos recueillis par : Steve Proulx, Cécile Gladel, K, Sophie-Anne Legendre, Mike Fradette

Quelle serait l’idée du siècle pour sauver la planète ?

Ce que nous faisons à l’environnement, nous le faisons à nous-mêmes.

Nous avons besoin d’une orgasisation mondiale de sages. Elle aurait une vraie gouvernance et serait à la fois une autorité morale et politique. Cette organisation ne tiendrait plus compte des individualismes, des nationalismes ou des intérêts géographiques particuliers. Elle aurait pour seule ligne directrice la vie et l’avenir des générations futures... NICOLAS HULOT FRANÇAIS, ÉCOLOGISTE ET AUTEUR DU PACTE ÉCOLOGIQUE

Nous sommes faits à partir des éléments de la Terre : l’air, l’eau, le sol qui nous nourrit, l’énergie du Soleil. Ce que nous faisons à l’environnement, nous le faisons à nous-mêmes. Les émissions polluantes provenant des voitures et des usines, nous les aspirons directement dans nos poumons. Que pouvons-nous faire ? Il faut reconnaître qu’en tant que créatures biologiques, notre santé et notre bien-être sont intimement liés à la santé et au bien-être de la biosphère (cette zone d’air, d’eau et de terre dans laquelle la vie existe). La « soutenabilité », c’est vivre sans compromettre ces besoins élémentaires à la vie. Cela requiert d’énormes changements à tous les niveaux, qu’ils soient personnels, sociaux, économiques et politiques. DAVID SUZUKI ÉCOLOGISTE DE RENOM


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Moins de guns, plus d’écoles

Chaque jour, sur la planète, plus de 2,2 milliards de dollars us sont dépensés en armement. Il suffirait de 9 jours de ces dépenses pour répondre aux besoins en eau, en nourriture et en éducation de tous les enfants du monde qui en sont dépourvus. Si tous ces milliards, destinés à la destruction, étaient redirigés vers des projets permettant la construction d’un monde plus juste et écologique, on contribuerait vraiment à la sécurité du monde. De tels changements de priorités nécessitent une prise de conscience collective qui ne peut survenir sans éducation. Il est temps que l’humanité réalise qu’en détruisant la planète, elle met en péril sa propre survie. LAURE WARIDEL MAMAN, COFONDATRICE D’ÉQUITERRE

S’amuser à « verdir les discours » en nourrissant de maïs nos « autos éthanols » aux dépens des Mexicains, ou en haussant les émissions totales de GES en prétendant réduire leur intensité, tient du cynisme. L’urgence, c’est de faire virer nos paradigmes bateaux aux airs de Titanic, d’accélérer la reconversion verte de l’industrie et de lancer à même les budgets militaires un vaste chantier international de protection et de restauration écologique et sociale, visant à réduire la dégradation, à gagner du temps… et à éviter peutêtre un emballement irrémédiable. LOUISE VANDELAC, PH.D. PROFESSEURE TITULAIRE AU DÉPARTEMENT DE SOCIOLOGIEDE L’INSTITUT DES SCIENCES DE L’ENVIRONNEMENT

Notre système économico industriel s’est construit sur une base devenue biologiquement fausse. Le calcul des richesses d’un pays, d’un continent, d’une croissance, n’a pas pris (ou trop indirectement) en compte l’épuisement et la pollution des ressources naturelles essentielles à la vie. Nous avons provoqué une sixième extinction des espèces vivantes. La vision de base de l’économie est donc à revoir. Plus personne, plus aucun gouvernement, ne détient seul les clés du système de correction. Il y a plusieurs méthodes à mettre en branle en parallèle. Une Organisation mondiale de l’environnement, avec de vrais moyens, m’apparaît donc indispensable. GILLES-ÉRIC SÉRALINI UN DES PREMIERS SCIENTIFIQUES À AVOIR EXPOSÉ LES RISQUES LIÉS AUX OGM

Il faut virer l’économie de bord !


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Les Cubains ont eu Che Guevara, une icône qui a traversé les frontières pour devenir le symbole d’un combat. Ici, nous aurons Stéphane Dion... Oui, madame. À première vue, on en convient, Stéphane n’a pas l’étoffe du héros. Moins flamboyant que Trudeau, moins touchant que Lévesque, moins rigolo que Chrétien, il a surtout l’air d’un prof d’université qui tente de fitter dans des habits de chefs d’État. C’est pourtant le seul homme qui soit en mesure de faire officiellement entrer le Canada dans le siècle de l’environnement. Bien sûr, on vous entend d’ici nous dire que Stéphane n’a pas un bilan très glorieux, qu’il n’a pas de charisme, qu’il est nul. On vous entend, oui. Malgré tout, dites-nous qui d’autre pourrait, rapidement et concrètement, donner une teinte plus verte au deuxième plus grand pays du monde? Qui? David Suzuki? Hubert Reeves? Steven Guilbeault de Greenpeace? On les apprécie tous. Ces barbus de service donnent de belles conférences inspirantes. Ils commentent, critiquent, analysent, agitent le drapeau rouge, évaluent les performances environnementales des différents gouvernements. Seulement, ces gens ne votent pas de lois. Les Suzuki et consorts peuvent donner leur avis quant aux plus jolis tons de vert à utiliser. Au final, ce ne sont pas eux qui tiennent le pinceau... Considérant ceci, qui donc aurait le pouvoir d’amorcer ce nécessaire virage vert autrement qu’en paroles, en documentaires, en Powerpoint et en slogans raccoleurs? Stephen Harper? Un politicien qui voit vert uniquement lorsque son siège éjectable commence à frétiller? On a de gros doutes. Jack Layton, le chef du npd? On l’aime bien, mais il ne sera probablement pas au pouvoir avant des lustres. Elizabeth May, la chef du Parti vert du Canada? On l’aime aussi, mais

prenez la même raison que pour Layton et remplacez « lustres » par « semaine des quatre jeudis »... Bref, force est d’admettre que peu de gens peuvent rendre ce pays plus écolo, rapidement et concrètement. Un seul en fait. Stéphane. Stéphane Dion est actuellement le seul Canadien à se trouver au bon endroit (en politique), au bon moment (à l’orée d’élections fédérales) et dans le parti naturel de ce pays ( Parti libéral du Canada). Il loge aussi à la bonne enseigne : l’environnement est son cheval de bataille. Et pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus, ajoutons que le gars a tout de même baptisé son chien « Kyoto ». Savez-vous comment se nomme le chat de Stephen Harper? Cheddar. Oui, le minou est jaune-orange. Par ailleurs, Dion est aussi l’architecte de la Loi sur la clarté. Quel rapport? Pour les plus jeunes, rappelons que cette loi visant à rendre quasiment impossible la tenue d’un Référendum sur la souveraineté a été particulièrement détestée au Québec. Et Stéphane Dion tout autant. On l’a caricaturé en rat, on l’a entarté, on l’a traité de pas fin. Or, malgré tout le sucre qu’on a cassé sur son dos, Stéphane est allé jusqu’au bout de son projet. De la même façon, que ceux qui croient encore que le virage vert du Canada sera un conte de fées se ravisent. Pour virer de bord ce pays, il faudra des mesures musclées et des lois sévères qui ne feront pas que des heureux. Qui a démontré dans le passé qu’il était capable de mener jusqu’au bout des projets de loi hyper impopulaires? Ben oui, notre Stephie chéri. Voilà pourquoi nous avons besoin d’un Stéphane Dion fort dans un Canada vert uni. Et voilà pourquoi nous disons fièrement : Stéphane, sauve-nous!


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« S’il y a d’autres politiciens qui veulent voir leur face tatouée sur mon crâne, il reste de la place. Pour une fois, il y aura un cerveau en-dessous de leur tête. » — Réflexion de Robert Wilkinson, le crâne encore chaud de son nouveau tatouage


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25 janvier grand journal, Je crois avoir attrapé un vilain rhume. Pleine de bonne volonté, j’ai caché mes dernières boîtes de Kleenex jetables et j’ai décidé d’utiliser le mouchoir en tissu de la grand-mère morte de mon ô combien avenant rédacteur en chef. Jusqu’à date, je le trouve merveilleux. Pas le rédac’chef, le mouchoir.

27 janvier téléjournal, Sauras-tu me pardonner d’avoir vidé le contenu de mon porte-poussière dans la litière du chat ? 28 janvier intime journal, J’ai fait le plein de boîtes de conserve à l’épicerie aujourd’hui. Puisque j’avais oublié mes sacs en tissu, je les ai empilées dans un sac en papier. Une fois au coin de ma rue, l’anus de mon sac s’est déchiré et toutes les cannes sont tombées. Hormis ce détail, je me porte à merveille ! 29 janvier encore une fois cher journal, Aujourd’hui, c’était la fête de mon chum-en-attendant-l’homme-de-ma-vie. J’ai confectionné du papier d’emballage avec les vieux contenants que je n’avais pu réutiliser ! Tu aurais dû voir la joie dans ses yeux lorsque je lui ai offert Le monde selon Garp dans un vieux sac de terre. Et sa machine à espresso recouverte de vieilles enveloppes de mortadelle et de saumon fumé (qui sentaient toujours la mortadelle et le saumon fumé)! Comme il était heureux! Et moi donc. Deux semaines après le début de cette incroyable aventure, j’ai finalement réussi à réutiliser tous les déchets que j’avais accumulés pour réaliser mon emballage. J’ai mis mes légumes au compost et je m’assure de me servir de plus petites portions pour ne rien gaspiller. Quant à la tasse cassée, je suis allée la porter à la boutique de céramique Sans (100) façon(s) de dire je t’aime, juste en avant de chez moi. (Oui, ça existe pour vrai un endroit avec un nom pareil.) Tout ceci est un jeu d’enfant! économie réalisée : Prix d’un rouleau de papier d’emballage avec des pois mauves et verts : 7,99 $. 1er février mon journal, Armée d’une trâlée de Tupperware, j’ai passé l’aprèsmidi à arpenter les corridors sans fin du Marché Jean-Talon. Pendant une vingtaine de minutes, j’ai dû argumenter avec le caissier pour qu’il accepte de me vendre ses olives kalamatas dans le plat réutilisable que je lui avais apporté. Juste pour toi, cher journal, voici un extrait de notre conversation : « C’est parce que j’essaie de relever un défi d’un mois sans poubelle. — Non. J’ai pas le droit. Tu dois prendre un de nos plats qui a déjà été pesé.


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— Je suis journaliste. — Non. — C’est pour le magazine Urbania. — Euh? Non. — Come on. Juste une fois. Enwèye ! (Je te dis pas, j’avais presque les larmes aux yeux) — Ok, cr.. La tâche a été beaucoup moins ardue avec le cultivateur de champignons. Cependant, quand il a accepté, j’ai réalisé que mon Tupperware n’était malencontreusement pas assez grand pour contenir l’entièreté du casseau. J’en ai donné la moitié à la vieille madame juste à côté, qui me trouvait terriblement cool de passer un mois sans poubelle. Vieille folle. À demain. 2 février écoute ben là journal, Avec mes amies, j’ai toujours ri des hippies qui utilisaient des keepers : des cups en plastique qu’elles s’insèrent dans le vagin lorsqu’elles sont menstruées. (Pendant la journée, le flux s’accumule dans le contenant et, chaque soir, elles le vident pour le laver à la main)... Comme tu l’as sûrement deviné, je suis tombée dans ma semaine aujourd’hui et je n’ai pas vraiment eu le choix de l’essayer. Pour éliminer tout produit jetable, t’as pas oublié, journal? Je l’avoue, jamais je n’aurais cru devoir un jour switcher mes Tampax pour une écumoire à caillots. Jamais. Mais quel agréable moment passé à essayer de le faire entrer dans mon vagin ensanglanté! Pour la première fois, j’ai pris conscience de ma féminité et du cycle de la vie! Spécialement lorsque j’ai frotté les dernières taches de sang, sur les parois, avec mes doigts à la fin de la journée… Il reste 13 jours avant la fin de mon mois.

dossier poubelle

8 février allô, Aujourd’hui, j’ai lavé les quelques condoms que j’avais accumulés. Je les ai gonflés avec ma bouche et j’en ai fait des ballons pour la fête de ma coloc. 9 février s’lut, J’ai toujours le rhume. Man, je suis certaine que c’est à cause du putain de mouchoir en tissu : c’est une vraie fourmilière à bactéries c’te cossin-là. En plus de la morve, je suis toujours menstruée et j’ai un contenant aussi gros que le pénis de Ron Jeremy coincé dans mon vagin 24 sur 24. C’est gros t’sais. Le nombre de bacs à recyclage se multiplie dans mon appart. Mes colocs disent que c’est de ma faute s’il y a des petites mouches noires dans notre cinq et demi. Franchement.

11 février yo, Aujourd’hui, je me suis masturbée en pensant à des Kleenex jetables et des serviettes sanitaires. Je suis venue. Quatre jours avant la fin. 13 février ., Hier, il ne restait plus rien à manger à la cafétéria de l’école et j’ai acheté un Sesame Snap : deux petites galettes de sésame, pas plus grosses que mon pouce et recouvertes d’une p’tite crisse de pellicule en plastique. Ben citron, j’ai pas dormi de la nuit parce que je me sentais trop coupable de les avoir mangées ! Osti qu’y’est temps que ça finisse. 14 février …

4 février journal, Voilà bientôt deux semaines que j’ai la tête d’un raton-laveur parce que je refuse de me démaquiller avec un Q-Tips. Mes amis n’arrêtent pas de me dire que j’ai l’air d’être fatiguée. C’est drôle là, hein ! ? Ça commence à être long.

6 février stie’ d’journal, Mes vers de terre ont perdu la vie durant la nuit parce que j’avais oublié de brasser mon compost. Tous les aliments que j’y avais mis ont pogné en moisi. Fuck off. C’est pas vrai que je vais tout recommencer : je vais manger des légumes en conserve jusqu’à jeudi. Crisse que ça demande du temps pis de la patience d’être écologique !

15 février ah cher journal de mon cœur, Aussi soulagée qu’une femme qui vient de terminer le régime de S.O.S. Beauté, j’ai passé la journée à me goinfrer. De substances jetables, bien entendu! Ma poutine à moi. Je me suis mouchée une quinzaine de fois avec un Kleenex et je crois bien avoir eu un orgasme chaque fois que je l’ai déposé dans la corbeille. Je me suis démaquillée avec un Q-Tips pour faire disparaître le mascara qui s’était accumulé sous mes yeux au cours du dernier mois. J’ai aussi recommencé à manger normalement. J’ai cuisiné les poitrines de poulet enveloppées dans du Styrofoam, que j’avais achetées le mois dernier. Mais, la débauche s’arrête là. Sans même y réfléchir, j’ai acheté des légumes sans les mettre dans des sacs. J’ai jeté mon marc de café au compost et j’ai bu mon café dans une tasse en céramique plutôt que dans un gobelet. Bref, je ne crois pas que je ne pourrai me départir si facilement des réflexes que j’ai assimilés au cours des derniers jours… N’empêche. C’est fou tout le poids qui est tombé de mes épaules aujourd’hui. En guise de conclusion, cher journal, je te laisse sur ce proverbe digne de Docteur Doogie (mais qui vient de Mère Teresa): « Bien des gens acceptent de faire de grandes choses. Peu se contentent de faire de petites choses au quotidien. » xxx

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58 58 Chic fille / D De Depuis ep pu u iiss 2003, 20 00 033,, aannée nn n née née ée o où ù K a or o organisé rrga ga ni ga n isé sé llaa sé êteem êt m een nttss ttou oou ut ne eu uffs, la l a jeune jeeu un nee ffemme em mm mee Journée sans vvêtements tout neufs, n se sseul eu ull vvêtement êtem êtem êt e meen emen nt neuf. ne u ne uff. En En portant por or ta t n ntt n’a pas achetéé u un d eess quelque qu uee lq lq ue u e 75 75 designers d e ssiign de g n eerrs québécois qu q u éb é b éc é c oi oi s les œuvres des ntt les n les es fringues, f ri r ing i ng ng u uees, s, elle e lle l le se ll se fait fai a it un u n plaisir plais laa is i ssir iirr qui récupèrent oi r leur oi le ur le u r ttravail. rraava vail a iill. « M Maa jjo ob, ce ce n ’eest s p as as de promouvoir job, n’est pas d ’un u ne p po oiin nte te d pi i zzzz a o ou ud ’u u n bac baac à b d’avoir l’air d’ d’une pointe dee p pizza d’un u r aautant. ur utt an u a ntt.. Les Less vêtements vêt êtem meen nttss sont so on nt pour po p our ur recyclage pour niièr ère de de m’exprimer, m’e ’expri x pri xp rim meerr,, de de marquer maa rq m rque uer mon mo m on moi une manière m ais a i s ce ai ce n’est n’e ’e st s t pas p ass parce p ar a rccee que arce q ue u e la l a mode mo m od dee évolution, mais mee cchange. haa ng h ngee.. » change que jee m

Laver sans salir la planète / Comme une bonne part de l’impact négatif de l’industrie du coton sur l’environnement se trouve dans le lavage des vêtements, K a adopté un réflexe : y penser deux fois avant de mettre un vêtement dans le panier à linge sale… Pour laver les planchers, elle utilise de l’huile essentielle de lavande mélangée à de l’eau. Pour les vitres, un peu de vinaigre. Ces petits trucs de grand-mère diablement efficaces p permettent de se tenir loin du chlore et du phosphate. méditation sur le trône / Est-il nécessaire de tirer la chasse d’eau à chaque fois que l’on va aux toilettes ? « C’est une aberration de déféquer dans de l’eau potable, alors que certaines populations africaines ont à parcourir des kilomètres pour en trouver. » K nous sort une statistique étonnante : sur les 400 litres d’eau utilisés quotidiennement par les Québécois, seulement 1 % sert p pour boire. Alors, on flushe ou pas ?

Une porte à l’horizontale en guise Un Une de ttable ? Pourquoi pas ! de


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59 59 Pub pour pub / K en avait assez de recevoir des montagnes de publicités par la poste. Dans un geste aussi tordu que rigolo, elle a décidé de s’inspirer de cette approche en envoyant elle aussi de la pub lors du paiement de ses factures. Elle envoie donc des dépliants de designers québécois, de peinture recyclée ou de la pub pour ses propres événements chez Bell ou Hydro-Québec. mordre dans la vie / K a longtemps été végétarienne avant de réaliser qu’elle l’était seulement par automatisme. « Je me trouvais rigide d’imposer cette restriction aux autres. » Elle a donc décidé de manger de la viande quand on lui la sert dans des soupers d’amis. Pour éviter de perdre de la nourriture, elle a un frigo minuscule. « Je ne sais jamais ce dont j’aurai envie le lendemain, j’achète donc au jour le jour. ». Elle opte le plus possible pour les produits locaux. Lorsque la folle envie lui prend de manger une mangue, elle succombe, mais elle prend un moment pour réfléchir au chemin que le fruit a parcouru avant d’arriver jusqu’à elle…

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Pour masquer l’usure d’un vieux lavabo récupéré, une poignée de coquillages…

Tous les cosmétiques utilisés par K sont naturels et non-testés sur les animaux. Elle aime la ligne Ecco Bella, dont la qualité se compare aux produits professionnels.


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