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N°371 - 4,00 €

MAI, JUIN 2017 UPJB

Occupation - Résistance

Israël- Palestine

Bimestriel de l’UNION DES PROGRESSISTES JUIFS DE BELGIQUE


UPJB Bimestriel de l’Union des progressistes juifs de Belgique (ne paraît pas en juillet et en août)

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Sharon Geczynski

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Éditorial HENRI WAJNBLUM

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n mai 1967, l’Égypte présidée par Gapris Jérusalem-Est - toutes deux annexées mal Abdel Nasser, procède à d’impar la Jordanie en 1950 -, la péninsule du portants mouvements de troupes dans Sinaï, la bande de Gaza (toutes deux égyple désert du Sinaï, et exige le départ des tiennes) et le plateau du Golan (syrien) forces de maintien de l’ordre de l’ONU qui passent ainsi entièrement s’y trouvent depuis 1956 à la suite de sous contrôle israélien. ce que qu’on a appelé la guerre du Sinaï… Cette guerre qui avait À l’époque, nomvu, les 29 et 31 octobre 1956, breux ont été ceux qui ont la France et la Grande-Bretagne attaquer l’Égypte en cru à la nature Focus raison de la nationalisation défensive de du Canal de Suez par le l’opération I sraël -P alestine même Gamal Abdel Nasisraélienne. 50 ans d’occupation ser, Israël en profitant pour Mais il est et de résistance s’emparer de la péninsule vite appadu Sinaï. Face aux menaces ru que cette de l’Union Soviétique et à l’inguerre avait tervention des Nations unies, été préparée les forces armées françaises, bride longue date et tanniques et israéliennes se virent qu’Israël attendait un contraintes d’évacuer le Sinaï, remplacées prétexte acceptable par la par les forces d’urgence des Nations unies Communauté internationale pour la meà partir du 15 novembre 1956. ner. Ce prétexte, Nasser le lui a fourni en fermant l’accès au détroit de Tiran. On ne En ce même mois de mai 1967, l’Égypte peut expliquer autrement la fulgurance impose aussi le blocus du détroit de Tiran avec laquelle l’aviation israélienne a détruit, au sol, la quasi totalité de la flotte qui donne accès au port israélien d’Eilat. aérienne égyptienne, s’assurant ainsi la Après un mois de tergiversations, le 5 juin maîtrise totale de l’espace aérien. 1967, Israël décide de lancer une attaque « préventive » aérienne et terrestre contre Dans les mois qui suivent, des responl’Égypte au sud. À la suite du succès éclair sables politiques israéliens sillonnent l’Eudans le Sinaï, Israël lance une contre-atrope pour affirmer que cette guerre pourtaque contre la Jordanie puis le 9 juin rait avoir constitué un mal pour un bien. contre la Syrie sur le plateau du Golan. Maintenant qu’Israël s’est rendu maître de la totalité de la Cisjordanie, il va pouvoir À la suite de six jours de combats, de nounégocier la paix contre les territoires… On velles lignes de cessez-le-feu remplacent se rend vite compte qu’il n’en est rien car dès le mois de juillet, le gouvernement les anciennes. La Cisjordanie en ce com-

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DATES CLÉS

israélien travailliste du premier ministre, Levy Eshkol, envisage l’annexion de certains des territoires conquis, pour constituer des zones tampons. D’autres zones seraient destinées à servir de monnaie d’échange dans le cadre d’une future paix avec les États arabes voisins. Israël lance très vite le plan Allon du nom du ministre du Travail et de l’Intégration, Igal Allon, qui préconise l’implantation de colonies dans les territoires occupés, particulièrement sur le Golan et dans la vallée du Jourdain.

31 colonies qui comptent 4.400 habitants hors Jérusalem-Est. En 1984, ce nombre est passé à 44.000.

C’est le début d’une colonisation qui ne s’arrêtera plus. Les professions de foi selon lesquelles Israël serait disposé à négocier l’échange des territoires contre la paix, n’auront pas longtemps fait illusion. Dès 1971, Abba Eban, ministre des Affaires étrangères, déclare : « Israël espère, lors des négociations sur le tracé des frontières, parvenir à conserver ces établissements à l’intérieur de ses frontières telles qu’elles seront reconnues le jour où viendra la paix ». La Première ministre, Golda Meïr, ne s’embarrasse pas de diplomatie, elle : « La frontière se trouve là où habitent des Juifs, et non pas sur un tracé de carte ». Et pour finir, le ministre de la Défense, Moshe Dayan, enfonce le clou, répétant : qu’« en tout endroit où nous établissons un point d’habitation, nous n’abandonnerons ni ce point ni l’endroit lui-même ».

En 1993, on comptait environ 120 000 colons en Cisjordanie ; leur nombre augmente de 40 000 sous les gouvernements travaillistes (celui de Rabin, puis celui de Pérès, juin 1993-mai 1996, en plein processus d’Oslo !, de 30 000 sous le gouvernement de droite de Benyamin Netanyahu (1996-mai 1999) et encore de 20 000 durant le gouvernement d’Ehud Barak (mai 1999-février 2001). Quand éclate la seconde Intifada, fin 2000, le nombre de colons en Cisjordanie dépasse les 200 000, plus un nombre équivalent à Jérusalem-Est.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, la colonisation n’est donc pas un projet de droite ou d’extrême droite, il s’agit bel et bien initialement d’un projet de la « gauche », tous les ministres que je viens de citer faisant en effet partie du parti travailliste. INTENSIFICATION DE LA COLONISATION

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l est vrai qu’avec l’arrivée de la droite au pouvoir en 1977 la colonisation va s’intensifier. C’est ainsi qu’en 1977, il existe

En juin 1992, les travaillistes reviennent au pouvoir, le Premier ministre Yitzhak Rabin annonce un gel de la colonisation. Pourtant, le nombre de colons en Cisjordanie passe de 112.000 en 1992 à 150.000 en 1995, tandis que les colonies de Jérusalem-Est comptent 170.000 habitants juifs.

En 2008, le nombre de colons en Cisjordanie approchait les 300.000 selon la Foundation for Middle East Peace et l’organisation de défense des droits de l’Homme B’Tselem. Cette dernière chiffre à 184.700 le nombre de colons à Jérusalem-Est au 31 décembre 2008, soit un total de 475.400 pour la Cisjordanie et Jérusalem-Est. En juillet 2010, un rapport de B’Tselem, s’appuyant sur des sources gouvernementales, révélait que le demi-million de colons occupe 42% du territoire de la Cisjordanie dans 121 colonies. Revenons pour finir sur les accords d’Oslo signés fin 1993. Ils reconnaissent la souveraineté de l’Autorité palestinienne sur la Cisjordanie et Gaza, et le retrait progressif

d’Israël de ces territoires à l’horizon 1998. Mais en septembre 1995, l’accord de Taba (« Accord intermédiaire sur la bande de Gaza et la Cisjordanie  » ou « Oslo II ») divise la Cisjordanie en trois zones : La zone A (3% du territoire, 20% de la population cisjordanienne) comprend les principales villes palestiniennes, devant être évacuées par l’armée israélienne et passer sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Hébron fait l’objet d’un accord spécial qui prévoit le maintien partiel des Israéliens. La zone B (27% du territoire, 70% de la population) se compose d’une douzaine de régions rurales. L’Autorité palestinienne y possède les pouvoirs civils, et Israël les pouvoirs en matière de sécurité. La zone C (70% du territoire, 10% de la population) reste sous contrôle israélien. Les Palestiniens y sont peu nombreux et la zone englobe l’essentiel des colonies juives. C’est cette zone C, peu peuplée de Palestiniens, que Naftali Bennett, ministre d’extrême droite de l’Éducation, veut aujourd’hui annexer. On peut en conclure que si la plupart des responsables politiques israéliens ont renoncé au Grand Israël (un Israël s’étendant de la mer au Jourdain), car la Cisjordanie est trop peuplée de Palestiniens, ils rêvent toujours d’un Israël aussi grand que possible. et mettent tout en œuvre pour y arriver, Qui donc va les en empêcher ? Cela méritait bien que ce numéro de Points Critiques se focalise sur ces cinquante ans d’occupation et de spoliation de la terre palestinienne.

02 11 1917  DÉCLARATION BALFOUR. Le secrétaire au Foreign Office, Lord Balfour, déclare que le gouvernement de Sa Majesté « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif » 29 11 1947  PLAN DE PARTAGE DE LA PALESTINE L’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 181 : • un État juif sur 56 % de la Palestine • un État arabe sur les 44 % restants • un régime de tutelle internationale pour Jérusalem 14 05 1948  DÉCLARATION UNILATÉRALE d’indépendance par Israël et début de la guerre israélo-arabe JUIN 1967  GUERRE DES 6 JOURS et début de l’occupation OCTOBRE 1973  GUERRE DU KIPPOUR 07 12 1987  DÉCLENCHEMENT DE LA 1ère INTIFADA 13 09 1993  SIGNATURE DES ACCORDS D’OSLO 28 09 1995  SIGNATURES DES ACCORDS D’OSLO II qui divisent la Cisjordanie en 3 zones 28 09 2000  DÉCLENCHEMENT DE LA 2e INTIFADA MAI 2005  RETRAIT ISRAÉLIEN (militaires et colons) de la bande de Gaza, mais maintien de l’encerclement de l’extérieur 27 12 2008 AU 18 01 2009  1ère GUERRE DE GAZA Plus de 1 315 victimes palestiniennes, dont une majorité de civils, et 13 victimes israéliennes dont 3 civils et 10 soldats 08 07 AU 26 08 2014  2e GUERRE DE GAZA Selon les estimations des Nations unies, 2104 morts palestiniens dont 1462 civils, 265 combattants et 377 non identifiés. Du côté israélien, l’armée fait état du décès de 64 soldats et 3 civils

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Focus

Cinquante ans d’occupation coloniale, cinquante ans de résistance MICHEL WARSCHAWSKI

Michel Warschawski • © Gecko

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ichel Warschawski, Israélien d’origine française, écrivain, journaliste, dirigeant de l’AIC (Alternative Information Center), milite inlassablement depuis plus de quarante ans contre l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens occupés et colonisés. Il ne peut se résoudre à croire à l’irréversibilité de la situation qui prévaut actuellement en Israël-Palestine.

CINQUANTE ANS

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Cinquante ans ! Qui l’eut cru ? Quand, en juin 1967, l’armée israélienne écrasait trois armées arabes, beaucoup ont été ceux qui parlaient d’un miracle : comme dans le mythe biblique, le petit David avait vaincu le géant Goliath. Pourtant, malgré l’écrasante victoire, il semblait évident que l’État hébreu allait devoir rendre les territoires conquis à l’Égypte, à la Syrie et à la Jordanie. Ce n’était qu’une question de temps… Cinquante ans ont passé et, si l’État d’Israël

a du rendre le Sinaï à l’Égypte, il continue à occuper le Golan syrien et les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Qu’est-ce qui a permis à Israël, à l’ère de la décolonisation, de pérenniser une occupation coloniale pendant cinq décennies ? D’abord, un rapport de forces évidemment, à la fois local et régional. Ensuite, la lâcheté de la dite communauté internationale qui reconnait l’illégalité de l’occupation, mais laisse l’État hébreu dans un statut d’impunité scandaleuse. On doit ajouter un troisième facteur : l’utilisation intelligente par Israël et par la communauté internationale du concept de « provisoire ». Une annexion pure et simple des territoires occupés – comme ça a été le cas de Jérusalem et du Plateau du Golan – risquait de provoquer une réaction internationale dont personne ne pouvait prédire les implications ; c’est ce que, contrairement à certains politiciens d’extrême droite, ont parfaitement compris les divers gouvernements en place, y compris ceux qui prônent le « Grand Israël ». L’occupation est provisoire et l’avenir des territoires palestiniens sera négocié… au moment voulu ; ce moment est évidemment repoussé en permanence par des conditions imposées par les gouvernements israéliens : d’abord la reconnaissance de l’État d’Israël par le mouvement national palestinien. Une fois celle-ci acquise dans le cadre du processus d’Oslo, les dirigeants israéliens exigent dorénavant la reconnaissance d’Israël comme « État du peuple juif ». Demain en viendront-ils à exiger des dirigeants palestiniens qu’ils fassent allégeance au mouvement sioniste

et demandent, humblement, d’y avoir un statut d’observateurs ? IRRÉVERSIBILITÉ PROVISOIRE

En un demi-siècle, le processus de colonisation a progressé, et les frontières réelles de l’État d’Israël se sont étendues vers l’Est bien au delà de ce qu’osaient rêver Ben Gourion ou Golda Meir. Dans un débat public que j’ai eu à Tel-Aviv avec un des dirigeants des colons, ce dernier m’expliquait la stratégie qui les guidait : « Tant qu’on nous laisse avancer, on avance. Le jour ou la communauté internationale dira « basta », et ce jour n’est pas proche, on sera vraisemblablement obligés de s’arrêter. En attendant on a déjà fait pas mal de chemin, et ce que nous avons réalisé est irréversible… ». Dans ces propos il y a deux arguments : d’abord un constat sur le succès de la stratégie de colonisation, grâce, entre autre, a la complicité ou pour le moins la passivité criminelle de la communauté internationale. Le second argument, celui de l’irréversibilité, est beaucoup plus douteux. Constatons d’abord qu’une bonne moitié de la population israélienne considère, cinquante ans après la guerre de juin 1967, que l’occupation des territoires palestiniens (à l’exception de Jérusalem-Est) est provisoire, que tôt ou tard, il faudra négocier avec les Palestiniens leur statut définitif. Même l’extrême droite israélienne mentionne régulièrement les territoires qui ne l’intéressent pas, à commencer par la Bande de Gaza et ses deux millions de résidents. Quant a la communauté internationale – y compris tout récemment Donald Trump –, elle n’a jamais cessé de mettre en avant des « plans de paix » et, à l’exemple de la France l’année dernière, d’organiser des conférences internationales avec pour objectif « de mettre fin au plus vieux conflit colonial de notre temps ».

Provisoire – même quand ce mot est utilisé pour gagner du temps – et irréversible sont antithétiques. L’irréversibilité de l’occupation n’est pas une idée nouvelle ; ce concept a été développé dès les années soixante-dix par le chercheur, mais aussi homme politique, Meron Benvenisti. Partant d’une analyse pointue et détaillée de l’intégration économique et surtout spatiale des territoires occupés en 1967 dans le tissu israélien, il remettait en question, à cette époque déjà, la perspective de partition en deux États. Quelques années plus tard explosait l’Intifada (la vraie, la première) et la ligne verte se redessinait au mètre près, y compris à Jérusalem. Suite à ce refus palestinien unanime d’accepter le pouvoir colonial israélien, le gouvernement israélien se trouva obligé de commencer à négocier un compromis, à Madrid, Washington et Oslo. L’irréversibilité en politique ? De grands empires ont été réversibles, l’Union Soviétique a été réversible, le Reich des mille ans a été réversible après treize années seulement, aussi terribles et meurtrières qu’elles aient été, le colonialisme qui a occupé une grande partie de la planète a été réversible. Personne ne me convaincra que le colonialisme israélien est si puissant qu’il en deviendrait irréversible. DÉTERMINATION

En fait, une situation n’est irréversible que quand ceux qui en sont victimes ont été éradiqués ou qu’ils ont capitulé, comme les Indiens d’Amérique. Ce qui n’est pas le cas du peuple palestinien : un demi-siècle après la conquête de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, il revendique le départ d’Israël, de son armée et de ses colons, des territoires occupés en juin 1967, avec la même détermination et dans la même unanimité. Ce n’est pas le moindre des

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Focus

Wadi Fukin : Un village palestinien en voie de disparition ADEL ATIEH

existence dans ce village aussi loin que la documentation et le récit permettent de l’établir. Nous n’avons jamais vécu ailleurs et nos ancêtres ont habité ce village sans interruption depuis la nuit des temps. Ma mère est une refugié chassée de son village en 1948. Mon père est originaire du village.

Une résistance déterminée

mérites de Yasser Arafat, qui a su unifier son peuple dans un mouvement anticolonial, l’OLP, qui a gagné la reconnaissance du monde entier – à l’exception d’Israël et… de la Micronésie et des Iles Marshall. C’est cette détermination, et malgré un rapport de forces extrêmement défavorable et des erreurs stratégiques nombreuses, qui permet encore une réversibilité de la domination coloniale. C’est elle qui a empêché une seconde expulsion et la résignation face à un pouvoir colonial qui pourrait sembler omnipotent. Certes, les temps ont changé si on les compare à l’ère coloniale de la fin des années quarante, mais ce qui a été déterminant c’est la leçon tirée par le mouvement national palestinien : plus jamais de Naqba, plutôt mourir que de quitter la patrie pour ne jamais y revenir.

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Le problème numéro un de l’État d’Israël face aux territoires occupés et à leur population, c’est qu’ils sont, depuis cinquante ans, coincés dans sa gorge : il ne veut pas les cracher, il ne peut pas les avaler. Et ce problème continuera tant qu’une partie

tierce ne les leur sortira pas de la gorge, par la force si nécessaire. L’utilisation du concept d’« occupation provisoire », mais qui dure depuis cinquante ans, a permis une réalité où deux populations vivent sous un seul régime, avec des droits différents. Cela porte un nom : apartheid. L’utilisation récurrente du concept « provisoire » ne doit plus et ne peut plus cacher cette réalité. Dans l’espace de la Palestine mandataire, de la mer jusqu’au Jourdain, vivent deux peuples dans un seul système étatique, l’un (dans ce cas, on doit inclure la minorité palestinienne d’Israël) avec des droits civiques, l’autre sous l’arbitraire violent d’une administration militaire omnipotente et… provisoire. La réalité d’une occupation coloniale qui perdure et d’une annexion de facto sans octroyer des droits civiques à 40% de la population, devrait déciller les yeux de ceux et celles qui continuent de croire à l’oxymore qui définit l’État d’Israël comme « État juif et démocratique ».

Beitar Illit et le village de Wadi Fukin • © Mondoweiss.net

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del Atieh est Belgo-Palestinien originaire du village de Wadi Fukin où vit la grande majorité de sa famille. Il est actuellement chef de mission adjoint de la mission de Palestine auprès de l’Union européenne.

Situé dans une petite vallée à 8 km à l’Ouest de Bethlehem, Wadi Fukin est un très ancien village agricole connu pour l’excellente qualité de ses légumes. Sa vallée s’étend sur 4 km de long et est riche en eau. Elle abrite cinq sources dont l’eau pure est utilisée dans l’irrigation des plants d’aubergines, de concombres, de choux-fleurs, de radis et de beaucoup d’autres produits. Grâce à sa terre fertile et à l’eau abondante, les ruines et les objets enfouis dans son soussol témoignent de la présence d’activité humaine depuis la haute Antiquité. Il fut probablement l’un des centres d’activité commerciale parmi les plus intenses de la région. Les habitants ont tracé leur

Situé sur la ligne verte, frontière entre la Cisjordanie et Israël, Wadi Fukin a subi le harcèlement de la Haganah et de l’Irgoun. Quelques années après la création d’Israël, le 11 aout 1952 une attaque des forces israéliennes a causé la mort d’une dizaine de villageois, la destruction totale du village et l’exil de ses habitants vers le camp de réfugiés de Dheisheh près de Bethléem. Malgré l’exil les habitants n’ont jamais déserté la vallée. Les hommes du village s’y infiltraient pendant la nuit pour cultiver la terre. Au lever du soleil, ils quittaient les champs et se réfugiaient dans les collines avoisinantes attendant la tombée de la nuit pour retourner travailler la terre à l’abri des snipers israéliens positionnés sur les collines à l’ouest de la vallée. Ce n’est qu’en 1975 que le gouvernement israélien nous a permis de regagner le village qui avait été totalement rasé suite aux attaques israéliennes. Aujourd’hui, le village compte près de 1300 habitants. De 1975 à 1985 la situation était relativement calme. La vallée était florissante. Elle a généré pour ses habitants, qui travaillaient tous dans l’agriculture, un revenu fort important. Une période de prospérité interrompue en 1985 par le début des travaux de construction de la colonie ultra-orthodoxe de Betar Illit, fondée sur une partie des terres confisquées au

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Focus

village. Aujourd’hui la colonie de Betar Illit compte 35 000 habitants. L’extension de la colonie sur la parcelle du village a considérablement réduit la superficie des terres agricoles. De plus, la construction sur les collines avoisinantes a affecté l’alimentation des puits souterrains, réduisant ainsi la capacité des sources naturelles de plus de 50%. L’érection du Mur de séparation dans le village aboutira à la destruction du reste des terres agricoles.

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Depuis la signature des accords d’Oslo en 1993, la situation n’a cessé de se détériorer. Contrairement à ses engagements, Israël a accéléré la colonisation de la zone C qui représente 60% de la Cisjordanie en vue de l’annexer et pour empêcher la création d’un État palestinien indépendant. Pour annexer la terre sans ses habitants et les forcer à l’exil, Israël nous impose des conditions de vie inhumaines. Le ministre de l’Education, Naftali Bennett multiplie les appels à l’annexion de la zone C. Ces déclarations sont accompagnées par une politique de destruction des infrastructures palestiniennes dans la zone C et l’adoption de lois pour annexer les blocs des colonies. Dans le courant de l’année dernière, 20% des terres restantes du village ont été confisqués. Plusieurs projets agricoles ont été détruits et l’armée impose des restrictions aux paysans pour réduire l’accès à la terre. En 2015, j’ai eu le plaisir de recevoir un groupe d’amis belges au village. Quelques jours après leur départ, je leur ai écrit un message dont voici un extrait : « Merci de votre email et de votre visite à notre village. En effet j’ai passé une semaine au village. Pendant ces 7 jours j’ai assisté à des scènes de violence sans précédent. Deux jours après votre visite, les colons ont ouvert les vannes des citernes d’eaux usées vers la vallée, déversant une grande quantité d’eau tuant les plantes. Juste quelques

jours après, les bulldozers israéliens sont entrés en action pour détruire les champs d’oliviers. Je constate une accélération de la pression dont l’objectif est d’étrangler les habitants pour les forcer à partir vers les grandes villes. Ce regain de violence coïncide avec la décision du Parlement israélien d’appliquer la loi israélienne sur 60% de la Cisjordanie. En droit ceci signifie annexion pure et simple de tous les territoires situés dans la zone C. Nous savons qu’Israël souhaite prendre les territoires sans leurs habitants. Il n’est dès lors pas surprenant qu’il accélère la répression dans cette zone pour la vider de ses habitants ».

Le judéocide instrumentalisé MICHEL STASZEWSKI

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raélien1, déclara dans un discours adressé « aux dirigeants du monde » : « Aujourd’hui je représente la voix de six millions de citoyens israéliens bombardés qui représentent eux-mêmes la voix de six millions de Juifs assassinés qui furent réduits en poussière et en cendre par des sauvages en Europe. Dans les deux cas, les responsables de ces actes diaboliques étaient, et sont, des barbares dénués de toute humanité qui se sont donné un seul simple but : effacer le peuple juif de la surface de la terre, comme le disait Adolf Hitler, ou effacer l’Etat d’Israël de la carte, comme le proclame Mahmoud Ahmadinejad. Et vous, de la même manière dont vous n’avez pas pris au sérieux ces paroles à l’époque, vous les ignorez aujourd’hui. Et cela, Mesdames et Messieurs, dirigeants du monde, n’arrivera plus. Plus jamais nous n’attendrons des bombes qui ne sont jamais venues pour détruire les chambres à gaz. Plus jamais nous n’attendrons un salut qui n’arrive jamais. Maintenant nous avons notre propre force aérienne. Le peuple juif est maintenant capable de se dresser contre ceux qui veulent le détruire (…) »2.

Durant l’offensive de l’armée israélienne au Liban de l’été 2006, au lendemain du bombardement israélien de Kfar Kana au cours duquel au moins trente civils dont une majorité d’enfants avaient péri, Ehud Olmert, alors chef du gouvernement is-

Au moment de ce discours, les attaques aériennes et terrestres de l’armée israélienne avaient déjà fait plusieurs centaines de morts et d’énormes destructions. Aucun soldat ou milicien libanais n’avait pénétré sur le territoire israélien mais le nord d’Israël était bombardé par le Hezbollah. A l’issue des opérations militaires, le Liban déplorera près de 1.200 morts, très majoritairement civils et Israël 162 morts dont 121 militaires3. Ce court rappel historique fait apparaître clairement le

Pour compléter le tableau, les colons extrémistes envahissent la vallée tous les vendredis pour se plonger dans les piscines d’eau agricole. Ils intimident les villageois et détruisent les produits agricoles. En septembre 2016, ils ont ravagé les cultures de mon père et de trois autres paysans. C’est aussi dans le cadre de cette stratégie que la colonie de Betar Illit ouvre régulièrement les vannes des citernes d’eaux usées vers la vallée pour détruire les plantations. Le régime de bouclage est aussi à l’origine d’une crise économique et sociale. Depuis 20 ans, le niveau de pauvreté a augmenté parmi les habitants dont la terre a été confisquée pour la construction des colonies. Avec les restrictions d’accès en Israël, beaucoup de jeunes sont obligés de travailler dans la construction à Betar Illit, colonie fondée sur la terre confisquée à leurs parents. À court terme, ce sont 350 000 Palestiniens vivant dans la zone C qui sont menacés d’expulsion. L’accélération de la politique de destruction des infrastructures dans les villages palestiniens dans cette zone ne laisse aucun doute quant aux objectifs de gouvernement israélien.

Avraham Burg • © Gecko

ichel Staszewski, historien, enseignant dans le secondaire et militant de longue date, s’interroge sur l’instrumentalisation politique du génocide juif par l’État d’Israël, ses fondements, ses objectifs mais aussi ses répercussions en matière de négationnisme et d’antisémitisme.

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Focus

arrogé le pouvoir exclusif de désigner les « Justes parmi les nations », c’est-à-dire les personnes non juives estimées dignes d’être distinguées par lui pour avoir sauvé des vies juives au temps de la barbarie nazie. Colère.

Le mémorial de Yad Vashem

caractère complètement fantasmagorique du discours d’Olmert. Prétendre que cette guerre d’agression contre le Liban était nécessaire non seulement à la survie du peuple israélien mais même à celle du « peuple juif » tout entier était tout simplement délirant. COLÈRE

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Je fais partie d’une « communauté de destin », celles des Juifs d’Europe, dont les familles ont été décimées durant la Seconde Guerre mondiale, du seul fait que leurs membres avaient été considérés comme juifs par les nazis ou leurs complices. Bien qu’ayant eu la chance de naître plusieurs années après la fin du judéocide, je suis, comme beaucoup d’autres, profondément marqué par ce passé familial tragique. Apprendre que le premier ministre israélien prétend parler au nom de « six millions de citoyens israéliens bombardés qui représentent eux-mêmes la voix de six millions

de Juifs assassinés qui furent réduits en poussière et en cendre par des sauvages en Europe » pour justifier des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité me remplit de colère. D’autant plus que je sais que cette instrumentalisation des victimes du judéocide, cette prétention à « faire parler les morts » pour justifier une politique profondément raciste et criminelle, est récurrente dans le chef des dirigeants et idéologues sionistes. Cet État qui discrimine quotidiennement ses citoyens non juifs, qui pratique un véritable apartheid dans les territoires qu’il occupe depuis cinquante ans, qui emprisonne des enfants, qui torture, qui sème régulièrement la mort lors de ses opérations militaires et qui, entre deux grandes offensives, se donne le droit de perpétrer des dizaines d’« assassinats-ciblés » provoquant la mort de centaines de personnes « non-ciblées » dans d’innombrables « dégâts collatéraux » s’est même

Le recours au judéocide pour justifier des choix politiques criminels n’est pas que l’apanage des leaders politiques de la droite sioniste, loin de là. Selon l’historienne israélienne Idith Zertal, David Ben Gourion, premier président de l’État d’Israël en était coutumier. En 1967, Abba Eban, alors ministre travailliste des affaires étrangères, pour justifier la conquête militaire de la Cisjordanie, qualifia de « frontières d’Auschwitz » les limites du territoire israélien telles qu’elles avaient été fixées en 1949. Même Avraham B. Yehoshua, généralement considéré comme un sioniste « de gauche » c’est-à-dire opposé à la colonisation des territoires occupés par l’État d’Israël depuis 1967, déclara dans son livre Israël, un examen moral : « La tragédie qui a caractérisé l’histoire juive dans sa longue durée (…) a donné au peuple juif (…) le droit moral de s’emparer de n’importe quelle partie de n’importe quel pays du globe terrestre, au besoin par la force, en vue d’y créer un État souverain »4. L’instrumentalisation politique systématique du judéocide pour justifier des politiques criminelles au regard du Droit international a été abondamment documentée par des historiens israéliens, tout particulièrement par Tom Segev et par Idith Zertal5. Avraham Burg, qui fut président de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale, vice-président du Congrès juif mondial et président du Parlement israélien, estime que « le système scolaire israélien a fait de la Shoah le socle de l’éducation de nos enfants »6.

COMMENT EXPLIQUER CETTE INSTRUMENTALISATION ?

Le ralliement à l’idéologie sioniste de la majorité des juifs européens au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale s’explique par une vision du monde transformée par l’expérience traumatisante du judéocide. Et ces traumatismes transmettent une partie de leurs effets aux générations suivantes. Les sionistes ont une vision du monde foncièrement pessimiste : ils considèrent que, comme l’aurait prouvé le passé tragique des communautés juives d’Europe, la haine des Juifs ne disparaîtra jamais, qu’un nouveau génocide est possible et que la seule manière de s’en préserver est d’établir un « État-refuge » destiné à accueillir tous les Juifs qui le souhaiteraient. Et puisque l’ensemble des nonjuifs représente à leurs yeux un danger potentiel grave pour les Juifs, il faut que cet État soit invincible. Pour la même raison, il faut que l’ « État juif » comporte le moins de non-juifs possible et que ceuxci ne contestent pas le « caractère juif » de cet État, par leur nombre (le « péril démographique ») et/ou en revendiquant l’égalité complète des droits pour tous les citoyens de cet État. C’est pourquoi, à côté d’arguments «  bibliques  », le passé tragique des Juifs européens est, depuis longtemps, constamment convoqué pour justifier le « nettoyage ethnique de la Palestine »7 de 1948-1949, les nombreuses mesures discriminatoires prises à l’encontre des citoyens non-juifs de l’État d’Israël, le refus d’abandonner les territoires occupés depuis 1967, la colonisation de ceux-ci, le refus d’accorder la citoyenneté israélienne aux habitants non-juifs de ces territoires et les agressions contre les États voisins.

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Focus UNE AUBAINE POUR LES NÉGATIONNISTES

Le recours systématique à l’« argument » du génocide pour justifier le non-respect du Droit international et les crimes commis par les gouvernements israéliens successifs donne de l’eau au moulin des négationnistes soucieux d’obtenir l’adhésion des sympathisants de la cause palestinienne à leur credo. Il leur permet de convaincre les plus crédules de ceci : si les sionistes utilisent le judéocide pour justifier leur politique criminelle, c’est donc qu’ils l’ont inventé (ou exagéré) pour ce faire8. Cette idée (fausse !) jouit d’un succès non négligeable auprès de personnes sensibles à l’interminable drame vécu par le peuple palestinien. Je laisse le dernier mot à Avraham Burg, s’adressant à ses concitoyens juifs israéliens : « Au fond de nous-mêmes, nous vivons sur la planète d’Auschwitz. Tout est Shoah et tout se mesure à l’aune de la Shoah. Tous les rayons de lumières israéliens passent à travers le prisme des fours crématoires. (…) Du fait de la Shoah, nous voulons une armée toujours plus puissante, une augmentation des aides financières extérieures, le pardon continuel pour les fautes que nous commettons, et nous ne supportons aucune critique. Tout cela en vertu des douze années d’Hitler (…). Il faut mettre fin à ce cycle infernal, car nos contradictions internes risquent de faire exploser le pays et la société »9.

Et actuellement en prison, suite à une condamnation pour corruption. 2 Texte paru dans le quotidien israélien Maariv le 31 juillet 2006. 3 MERMIER, F. et PICARD, E. (dir.), Liban, une guerre de trente-trois jours, La Découverte, Paris, 2007, p. 5. 4 YEHOSHUA, A. B., Israël, un examen 1

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moral, Calmann-Lévy, 2005, p. 93. SEGEV, T., Le septième million. Les Israéliens et le génocide, Liana Levi, 1993/ ZERTAL, I., La nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël, La Découverte, 2004. A noter aussi l’ouvrage de Norman G. FINKELSTEIN, L’industrie de l’Holocauste. Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs, La fabrique, 2000.

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La vie sous occupation ASHRAF

Naplouse en 2013 • © The Times of Israel

BURG, A., Vaincre Hitler. Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste, Fayard, 2008 p. 50. 7 Titre du livre de l’historien israélien Ilan Pappe (Fayard, 2008) qui décrit de manière minutieuse les circonstances dans lesquelles les trois quarts des Palestiniens ont été amenés à fuir leur pays (la « Nakba  »). 8 C’est par exemple la thèse défendue par Roger Garaudy dans son livre dont deux chapitres sont clairement négationnistes, Les mythes fondateurs de la politique israélienne, La Vieille Taupe, 1995. 9 BURG, A., op. cit., pp. 255 et 317. 6

A

shraf est Palestinien, originaire de Naplouse en Cisjordanie occupée. Il vit actuellement en Belgique, mais il retourne régulièrement en Palestine. Pour ne pas risquer d’être fiché et refoulé, il signe cet article d’un prénom.

Mon nom est Ashraf, Je suis né et j’ai grandi dans une ville merveilleuse avec ses vingt vergers, ses fontaines publiques et ses mosquées, enserrée dans une vallée entre deux montagnes escarpées, Jezreem et Eibal. Depuis des siècles, Naplouse a hébergé des Musulmans, des Chrétiens et des Samaritains.

Naplouse porte également un autre nom, Jabal-al-nar, qui signifie littéralement la montagne de feu : depuis la période des Pharaons, ses habitants ont joué des rôles majeurs dans la résistance aux différents envahisseurs. En 1987-1988, ils ont été le fer de lance de la première intifada. J’appartiens à une famille chaleureuse composée de deux sœurs et d’un jeune frère. Mon père est tailleur et ma mère coiffeuse. L’atelier de mon père était situé au cœur de la vieille ville. Lors des vacances d’été, j’avais l’habitude d’y travailler avec lui. Il quittait la maison très tôt après la prière al Fagr et moi je me levais avec la musique de Fairouz chantée

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Focus

par ma mère pendant qu’elle préparait le petit déjeuner. JUSQU’À CE JOUR…

La vie était agréable jusqu’à ce jour fatal de septembre 2000 où tout bascula… Chacun était scotché devant la télévision, regardant l’invasion d’Ariel Sharon, accompagné de centaines de soldats, de la Mosquée Al-Aqsa, l’un des lieux les plus sacrés pour les Musulmans. La population de Jérusalem-Est manifesta et défendit l’Esplanade, lançant des pierres tandis que l’armée faisait feu, tuant sept Palestiniens et en blessant des centaines. À la fin de la journée, Sharon déclara l’Esplanade propriété juive. Deux jours plus tard, le monde entier assista, effaré, à l’exécution de Mohammad al Dorra dans les bras de son père devant la position israélienne de Netzarim à Gaza. Les images, rapportées par le journaliste franco-israélien Charles Enderlin, étaient d’une brutalité extrême, insupportable. Mohammad fut tué par un sniper et son père se retrouva handicapé à vie. Cet événement fut l’étincelle qui mena à l’intifada Al-Aqsa. Un tournant… Colère, frustration et tristesse devinrent une part inséparable de nos vies. Des incidents éclatèrent quotidiennement, les attaques aériennes devinrent routinières, ainsi que l’assassinat des leaders de l’intifada.

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Nous étions laissés à nous-mêmes face à l’armée la plus moderne, la mieux équipée et entraînée du monde. Nous fûmes déçus par l’Autorité Palestinienne car nous pensions que nous avions un gouvernement qui pourrait au moins protéger ses citoyens. Mis en place par l’occupation, il n’était en fait qu’une marionnette qui n’avait d’autorité que le nom.

VIVRE DANS LA CRAINTE

En 2002, Israël porta ce conflit à un niveau supérieur en menant une opération de grande ampleur en ré-envahissant la Cisjordanie et Gaza. Naplouse n’était plus la ville que je connaissais ; des check points partout, l’odeur de la mort dans les rues, un sentiment de panique omniprésent… L’atmosphère paisible qui y régnait fut enterrée sous les décombres. La population apprit à vivre dans la crainte, la ville était recouverte d’un voile sombre et chacun ressentait que l’escalade se poursuivrait. Naplouse dut faire face à plus de 5000 militaires, 400 chars et plus de 70 avions de combat. L’offensive dura 22 jours, 22 jours d’attaques terrestres et de bombardements, 22 jours de David contre Goliath. Oh, l’ironie de David devenant Goliath ! Ces 22 jours suffirent à ramener la ville au moyen-âge… Chaque jour, je regardais les hélicoptères tirant sur la vieille ville. Je haïssais la nuit, à chaque instant je craignais que notre immeuble soit la prochaine cible et que nous allions tous mourir. L’immeuble de nos voisins fut touché et 15 familles se retrouvèrent sans domicile, 10 personnes y perdirent la vie. Toute la famille Al Shoubi périt lorsque les bulldozers de l’armée démolirent sa maison, les soldats ne laissant sortir personne comme s’ils prenaient plaisir à les entendre mourir. Lorsque l’armée leva le couvre-feu et permit aux gens de sortir pour quelques heures, je quittai la maison avec mon père et mon frère pour aller à la vieille ville. Rien n’était pareil. Rien n’était intact. Mon esprit pouvait difficilement assimiler ce que je voyais… Des écoles, des universités, des jardins d’enfants, des mosquées, des églises, des maisons, des animaux, des arbres, les immeubles de Nations unies, des sites de l’UNESCO, des voitures, des

rues entières, des canalisations d’eau, des tours électriques, des silos, tout avait été touché par leurs armes sophistiquées. Il était difficile d’avancer à travers cette dévastation, mais finalement nous arrivâmes là où se trouvait l’atelier de mon père et… l’atelier ainsi que les immeubles voisins n’existaient plus… Rien que le vide. Je serrai la main de mon père et vis ses larmes perler. Mon père est un homme fort, mais de voir toute sa vie de travail enterrée sous les gravats… Je pouvais sentir sa colère percer sous son silence. Ce qui s’était passé était un crime de haine. Nous n’avons pas pu aller à l’école durant près de cinq mois, nous avons organisé des centres communautaires où des volontaires venaient donner cours. Difficile de grandir dans cet environnement. Je ne savais pas comment réagir. Tenter de trouver une arme et aller combattre comme certains autres adolescents ? Jeter des pierres contre l’envahisseur ? Aller me faire exploser à un check point ? Toutes ces options étaient mises en pratique autour de moi. Et moi ? Allais-je finir sur un poster, avec ma photo collée sur un mur ?

Au début, j’ai appris l’anglais et quelques mois plus tard je traduisais dans des classes d’art et de photographie. J’ai pu découvrir combien nos activités étaient importantes pour des enfants victimes d’une crise humanitaire dans laquelle ils se voyaient dénier leurs droits les plus élémentaires. Plus tard, j’ai commencé à organiser mes propres ateliers de photographie. J’ai découvert à quel point la caméra pouvait être importante car elle apporte un témoignage puissant de la misère dans laquelle nous vivons. J’ai travaillé comme volontaire durant cinq ans et j’ai beaucoup découvert à propos de moi-même et de ma communauté. Chaque jour, je traversais des check points, négociant avec les soldats pour pouvoir atteindre mes classes. La plupart du temps, j’usais de mon statut de volontaire international pour aider les gens aux check points

ASSURER À TOUT PRIX L’ÉDUCATION

Je me souviens d’un jour où je me dirigeais vers Beit-Dajan, un village à l’est de Naplouse situé dans une zone militaire. Seuls ceux qui y habitaient pouvaient passer. C’était au milieu de l’été, vers midi… Je revenais de mes classes quand j’aperçus de très jeunes enfants avec leur mère stoppés depuis un très long moment sous un soleil de plomb, les enfants suffocants sous la chaleur.

Les choses tournèrent autrement pour moi. À 17 ans, je me portai volontaire dans une organisation non gouvernementale palestino-canadienne. À Project Hope, des volontaires locaux et internationaux travaillaient ensemble pour fournir aux enfants et à la jeunesse palestinienne des programmes éducatifs, classes de langue, d’art, de technologie et de sports. J’y ai rencontré des personnes venues du monde entier. J’ai senti leur solidarité. Chacune d’elles a dédié une part importante de sa vie à la Palestine.

J’étais sur le point de passer lorsque je revins sur mes pas en me dirigeant vers la mère. Comme d’habitude, la réaction du soldat fut : Allez-vous en ou je tire ! Je lui répondis en anglais que je travaillais pour une organisation de défense des droits humains et que je voulais parler au capitaine. Il me répondit qu’il n’était pas présent et me demanda ce que je voulais. Je lui répondis : est-ce ça qu’on vous apprend à l’armée, retenir une femme et ses enfants sous quarante degrés, ne vous reste-t-il aucune humanité ?

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Focus

Il me rétorqua que tous les Palestiniens étaient des terroristes ! Je lui demandai le numéro de téléphone de son capitaine. Après beaucoup d’insistance et alors que le check-point avait cessé de laisser passer les gens tant que je n’aurais pas dégagé le plancher, je réussis à le faire appeler son capitaine. La femme et les enfants furent emmenés à plusieurs reprises, les sacs d’écoliers vidés sur le sol. Après que j’aie expliqué la situation au capitaine, il ordonna au soldat de les laisser passer. Même sous occupation, nous sommes encore plein d’énergie, d’espoir et de sensibilité. Je suis entré au collège en 2006 pour y étudier l’ingénierie mécanique. Ma faculté était entièrement sponsorisée par l’Allemagne. Mais les Israéliens ont empêché les Allemands d’importer plus de machines et d’équipements. Je manque donc d’expérience pratique Israël s’attaque de manière systématique à l’éducation en Palestine. Aller à l’école à toujours été une aventure. L’armée avait installé des check points à 500 mètres du collège pour nous empêcher d’y accéder. Nous devions faire preuve de beaucoup d’imagination pour les contourner. Entre 2002 et 2006, pas moins de 500 check points encerclaient Naplouse.

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Avant l’intifada, beaucoup de Juifs venaient à Naplouse pour aller au restaurant, faire des achats, entretenir leurs voitures, et un grand nombre de Palestiniens travaillaient en Israël. Je ne comprenais pas que nous avions à faire face à un tel conflit, alors que nous vivions à dix minutes les uns des autres. Ne pouvions-nous pas juste vivre en paix ? J’ai réussi à trouver une organisation œuvrant pour la paix à Jérusalem où

j’avais déjà rencontré des Israéliens, des Palestiniens et des Européens travaillant ensemble pour la paix. L’idée était merveilleuse mais une fois à l’intérieur je me suis rendu compte que ce n’était ni sérieux ni profond. Il y avait là un professeur qui faisait un exposé expliquant la crainte que les Palestiniens suscitaient auprès des juifs, la crainte que nous ne rêvions que de les jeter à la mer, que nous étions des terroristes, non civilisés, sales, pauvres et stupides. J’ai réalisé qu’il y avait encore beaucoup de chemin à parcourir. Vivre aujourd’hui en Cisjordanie signifie que vous devez faire face à un gouvernement palestinien violent et corrompu qui rend des comptes au gouvernement israélien et qui n’a rien fait pour son peuple à part permettre à quelques-uns de s’enrichir. Et en plus de cela, nous devons faire directement faire face à l’occupation ellemême. LA DÉCOUVERTE DU MONDE

L’Autriche a été le premier pays européen que j’ai visité à l’occasion d’un programme d’échange entre jeunes Européens, Palestiniens et Israéliens. Nous sommes arrivés durant la nuit. Je savais que nous étions quelque part dans les montagnes et quand le soleil s’est levé, la beauté du paysage m’arracha des larmes. J’ai ressenti un air de liberté, une sensation inexprimable, magique… J’ai été estomaqué lorsque j’ai appris que les Européens pouvaient circuler dans 27 pays sans être arrêtés ou contrôlés. J’ai été honteux de devoir leur expliquer que cela me prenait trois heures pour rendre visite à ma grand-mère qui habitait à 15 km de notre maison. La vision simpliste que les Européens avaient du conflit m’a décontenancé.

Le mur sur les murs de Naplouse • © R. Hamadeh

Pour eux, il suffisait de s’asseoir à une même table pour trouver une solution. J’ai tenté, encore et encore, d’expliquer qu’il ne s’agissait pas d’un conflit entre deux parties égales ; qu’il y avait un occupant et un occupé, qu’il y avait un coupable et une victime, que la victime ne pouvait pas négocier le respect de ses droits avec l’occupant parce que la victime n’avait aucun pouvoir. Que jamais un occupant ne reconnaît volontairement ses droits à la victime. Le séminaire s’est clôturé par l’élaboration d’une belle plate-forme pour la paix. Mais j’ai découvert que deux des participants israéliens étaient des militaires… Lorsque quelqu’un m’a demandé comment je voyais la solution au conflit, je suis devenu fébrile… Nous avons perdu 70% de notre terre, nous avons à faire face à un mur deux fois plus long que le mur de Berlin, un mur qui encercle nos maisons, qui divise notre terre, qui nous dénie l’accès à nos champs ; plus de 2000 Palestiniens sont enfermés dans les prisons israéliennes parmi lesquels des

enfants de moins de 14 ans. Nous sommes face à un demi-million de colons armés et protégés par l’armée. Nous sommes occupés depuis des décennies. La solution est pourtant simple… Elle passe par la justice et l’égalité. J’ai toujours eu foi en la mobilisation de la société civile, la solidarité, les actions pacifiques… Il y a eu suffisamment d’exemples dans le monde de peuples qui se sont libérés par eux-mêmes de l’occupation et de l’esclavage. La société palestinienne est dévastée, fatiguée et plus que déçue par les deux gouvernements, le leur et le nôtre, qui pourrissent notre vie, notre quotidien. L’Autorité Palestinienne se refuse à aller devant la Cour internationale de Justice, depuis que les États-Unis l’ont menacée de lui couper les vivres. Je veux néanmoins croire que le temps viendra où les démocraties se lèveront ensemble et forceront Israël à assumer ses crimes devant cette Cour.

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L’autre rue juive

L’autre rue juive

« On mérite mieux que ça ! » ou le déni dans l’antiracisme institutionnel DANIEL LIEBMANN

associant les personnes et les associations directement concernées par cette lutte, avec la ferme volonté de donner un nouvel élan à la lutte contre le racisme »1. Pourquoi les « personnes et associations directement concernées » ne sont-elles, pour la plupart d’entre elles, justement pas autour de la table ? J’ai participé pour l’UPJB aux débats qui ont précédé, depuis plusieurs années, l’apparition de cette campagne financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles et diffusée par la RTBF - en lieu et place d’une mobilisation antiraciste, pluraliste et unitaire qui réponde aux défis majeurs de la lutte contre le racisme à l’ère de Théo Francken et Donald Trump. C’est donc à la fois de l’intérieur et de l’extérieur que je tenterai de répondre à cette question. LE MONDE À L’ENVERS

L’islamophobie tue, rassemblement à Argenteuil pour dénoncer les agressions et crimes islamophobes

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Le calendrier est parfois cruel. Ce 22 mars 2017 était à la fois l’anniversaire des attentats de Bruxelles et le lendemain d’une date tout aussi tragique mais presque tombée dans l’oubli : la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Elle a été instaurée par l’ONU pour commémorer un autre massacre : celui du 21 mars 1960, ce jour où la police du régime d’apartheid sud-africain noya dans le sang une manifestation pacifique dans le township de Sharpeville. Bilan : 69 morts et une importante vague de protestations de rue qui se verra elle aussi violemment réprimée. Au point que la date a été choisie pour sa portée universelle dans la mémoire des luttes auto-organisées par les victimes contre le racisme d’Etat dont l’apartheid constitue une des formes les plus brutales.

Et ce 21 mars 2017 les quelques personnes qui pilotent une nouvelle « Plateforme de lutte contre le racisme et les discriminations » ont publié dans la presse un appel que vous n’avez probablement pas remarqué bien qu’il soit sensé émaner d’un très large front d’organisations regroupant entre autres les trois syndicats, le MRAX, la Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty International, le CIRE, le CNCD et bien d’autres encore, bref tout ce que la gauche belge francophone compte d’antiracistes sauf… la plupart des associations africaines, musulmanes ou juives. Le texte de l’appel déplore que le discours antiraciste soit devenu « quasi inaudible » et invite « les citoyens, les politiques, le monde associatif, les syndicats, les employeurs à dépasser leurs divergences de vue, pour lutter ensemble contre le racisme et les discriminations en y

L’initiative de cette plate-forme ne provient pas du monde associatif ou syndical mais… du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La première et longtemps la seule organisation du pays, le MRAX, traversait alors une très grave crise. Son Président de l’époque, un proche de la Fondation Hassan II (ce qui n’est peut-être pas pire, mais certainement pas mieux que l’Association de la Pensée d’Atatürk, les groupes de nostalgiques de Mobutu ou le Cercle Ben Gourion) avait réussi, fait rare dans le monde associatif, à provoquer à la fois la colère de ses employés qui ne supportaient pas son management autocratique, la méfiance des pouvoirs subsidiants inquiets d’une gestion opaque et… la haine des faiseurs de l’opinion xénophobe, au premier rang desquels Alain Destexhe qui voyait en lui le représentant d’une « cinquième colonne » islamiste. Bref le MRAX était devenu infréquentable et la

Ministre Fadila Laanan avait rassemblé autour d’elle les principaux opérateurs subventionnés dans le cadre de l’Education Permanente pour les appeler à refonder collectivement - et sans le MRAX - une nouvelle plateforme contre le racisme. À vrai dire, nous avions gentiment « imposé » notre présence à la première réunion en publiant sur notre site un communiqué où notre Conseil d’Administration s’étonnait que nous n’ayons pas été invités à une réunion qui nous concerne. Et nous n’étions pas les seuls à ne pas avoir été conviés : il s’agissait de reconstruire l’antiracisme en l’absence des organisations regroupant les victimes du racisme, le tout dans le cadre d’une sorte de « front commun »… sans les organisations syndicales. Plusieurs voix se sont élevées dans la réunion pour questionner ces absences incompréhensibles et elles furent progressivement entendues puisqu’au fil des réunions suivantes les syndicats puis certaines associations « communautaires » rejoignaient le groupe. D’entrée de jeu, la Ministre annonça qu’elle avait décidé de prendre l’initiative de ces réunions, dont son administration assurait le secrétariat, mais qu’elle ne souhaitait nullement jouer un rôle politique dans le processus qui allait démarrer. Et très vite, la direction effective de ce qui allait devenir la plateforme fut assurée par les « piliers » traditionnels de la société civile à la belge : d’abord un duo chrétien-laïque, puis l’arrivée des syndicats fit « naturellement » glisser le pouvoir vers un tandem de cadres de la FGTB et du MOC. Et ce n’est qu’après avoir vu sa présidence « recadrée » par une personnalité issue du PS (et les subventions permettant à nouveau aux travailleurs de l’ASBL d’être rassurés sur leur avenir) que le MRAX fut invité à rejoindre la plate-forme initialement convoquée pour le remplacer.

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L’autre rue juive

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Le texte énumère les « écueils » de la lutte antiraciste, c’est-à-dire les problématiques dont il convient d’éviter de parler si on veut promouvoir le vivre ensemble. Et ces « écueils » (ces rochers que le groupe qui pilote les autres doit éviter pour ne pas faire couler tout le monde), ce sont les thèmes qui font le quotidien des associations qui luttent contre le racisme : la « sur-culturalisation des enjeux », la « concurrence des victimes », les tensions entre « neutralité et laïcité », l’« importation des conflits ». Nous avons été plusieurs à défendre l’idée que ces «  écueils  » devaient au contraire être compris comme des débats prioritaires. À défaut de quoi la peur de ne pas trouver de consensus a priori transformera en tabou les sujets qui nous mobilisent le plus. Pour le dire plus clairement : un mouvement antiraciste qui se tairait sur le rôle joué par l’islamophobie dans la redéfinition de ce qu’est une victime, qui n’aborderait pas la question des conflits internationaux qui se rejouent dans nos propres sociétés, qui ne s’attacherait pas à ce que désigne aujourd’hui le mot « laïcité »… est un mouvement antiraciste qui

se construirait sans ceux dont la parole devrait être centrale : les Musulmans. Et effectivement, ce qui était théoriquement prévisible est pratiquement arrivé, il suffit de comparer la liste des adhérents de la plateforme en 2016 avec celle publiée en 2017. A quelques semaines de la publication d’un troisième « texte sur rien mais qui ne fâche personne », un membre du comité de pilotage par ailleurs administrateur du CCOJB où il représente le CCLJ, a publié dans Regards un xième brûlot islamophobe sous le titre « L’islamophobie : cheval de Troie des islamistes » (il s’agit de l’expert maison Willy Wolstajn) où il ne parle que des sujets qu’il voudrait interdire aux autres de traiter, un article qui défend la thèse d’un continuum entre les personnes qui luttent contre l’islamophobie et les terroristes de Daesh, en calomniant des individus précis et leurs associations. Le résultat de cet article fut immédiat : le Collectif contre l’Islamophobie en Belgique, indigné à juste titre, quitte le comité de pilotage et ne signe pas le texte creux, suivi par la plupart des associations musulmanes et par le CEJI (une association juive qui milite simultanément contre l’islamophobie et l’antisémitisme). Plus aucune association africaine ne maintient sa signature, et… la plateforme antiraciste, à laquelle nous adhérions jusqu’à présent, devient à peu de choses près le terrain des « laïques » (CCLJ) et des « chrétiens », présidée par le MOC et la FGTB, sans les personnes les plus concernées par l’objet même de ce rassemblement « unitaire ». L’antiracisme aurait valu mieux que ça…

Le texte complet et la liste des signataires figurent sur le site luttecontreleracisme.be. 1

#l’AGENDA de l’upjb Agenda actualisé sur le site www.upjb.be

05.05  20H15

19.05  20H15

PAUL CELAN : « PARLE VRAI QUI PARLE AUX OMBRES »

VENDREDI NOIR ET NUITS BLANCHES © compagnieaffable.wordpress.com

En vertu du vieux principe selon lequel « l’idéologie peut parler de tout sauf de ce qui la fonde », ces considérations relatives à la délimitation du « champ » de l’antiracisme légitime (qui en est et à quel prix ?) ne sont jamais évoquées dans les réunions. Et dès 2015 apparaît un texte « théorique » qui présente des définitions sensées faire consensus sur ce qu’on peut dire et ce que l’on doit taire. Des experts académiques et institutionnels sont invités à y réagir. Ce texte, que la plate-forme diffuse encore aujourd’hui sur son site (« cadre de référence de la lutte contre le racisme et les discriminations »), a pour effet de dépolitiser les enjeux concrets du racisme.

Conférence d’Eddy Devolder Qui est Paul Celan? Un poète. Certes. Un des poètes les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Certes. Pourtant à sa mort en 1970, une trentaine de personnes seulement assistaient à son enterrement. A peine plus qu’à l’enterrement de Baudelaire. C’était en mai. Il pleuvait à verse. Un temps de chien. A sa mort, il n’y avait quasi rien à lire à son sujet. Il n’y avait que ses livres, en traduction bilingue, des diptyques allemand/français. Aujourd’hui, il y a de quoi meubler une bibliothèque entière, avec tous les ouvrages et les articles qui lui ont été consacrés. L’homme, sa biographie, sa poésie ont été passés au crible. Eddy Devolder est écrivain et plasticien. Il a étudié la philosophie à l’ULB. Il a enseigné en Belgique et à l’étranger (Maroc, Turquie et RDC). Le néerlandais est sa langue maternelle et le français celle du quotidien. Il pense intimement que notre futur est étroitement lié à la place que nous sommes capables d’assurer au demandeur d’asile. Introduction : Lucy Grauman.

Rencontre avec Esther Benbassa Son livre « Vendredi noir et nuits blanches » paru aux éditions Lattès est une chronique écrite après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, qui conjugue récit autobiographique, de la Turquie à Israël, et réflexions politiques. Spécialiste de l’histoire du peuple juif et de l’histoire des minorités, Esther Benbassa est directrice d’études à la section des sciences religieuses de l’Ecole pratique des hautes études (Sorbonne), et titulaire de la chaire d’histoire du judaïsme moderne. Elle est aujourd’hui sénatrice d’Europe Ecologie Les Verts. L’entretien sera animé par Mateo Alaluf. 21.05  15H00 CINE CLUB : ROADMAP TO APARTHEID

Un film d’Ana Nogueira et Eron Davidson, récit d’Alice Walker (sous-titres français). Dans ce documentaire, les réalisateurs examinent en détail l’analogie de l’apartheid couramment utilisée pour décrire le conflit israélo-palestinien. Raconté par Alice Walker (auteur de The Color Purple). Ana Nogueira est journaliste et réalisatrice. Elle a travaillé comme productrice pour le quotidien national de radio et de télévision Democracy Now ! Elle est membre fondatrice du New York City Independent Media Center, de son journal The Indypendent et du réseau mondial Indymedia, pionnier du

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journalisme citoyen. Elle est née en Afrique du Sud et vit aux États-Unis. Eron Davidson est un activiste et cinéaste de longue date. Il a produit plusieurs courts métrages qui ont contribué à populariser divers projets d’organisation communautaire aux ÉtatsUnis. Il est né en Israël et vit aux ÉtatsUnis. Alice Walker - Romancière, poète et militante. Elle est surtout connue pour son livre The Color Purple (Prix Pulitzer).

16.06  20H15

09.06  20H15

Rencontre avec le psychanalyste et romancier Gérard Haddad Gérard Haddad présentera son dernier livre et premier roman, Monsieur Jean, publié chez Hémisphères Zellige. Edouard, un prénom à faire mentir l’histoire. Qu’il ne connaît pas, d’ailleurs. Pourquoi sa mère, Myriam l’Oranaise, fille de Simon, fils de Jacob, a-t-elle formé avec Riade, fruste montagnard berbère, cette improbable famille où régnait la terreur et dont il est le fruit ? « Savez-vous quelle heure il est, Monsieur ? Il est cinq heures, l’heure du thé ! » Quelques mots emprunts d’une politesse intemporelle, que lui adresse l’affable et mystérieux Monsieur Jean. Quelques mots qui vont le sauver, lui, l’apprenti monte-enl’air, de la fuite en avant. A Edouard désormais de renouer le fil de ces deux destins étranglés par des trahisons indicibles, des serments bafoués et, par-delà, de deux familles meurtries par la folie des guerres. Pour mettre enfin, peut-être, des mots sur cette histoire sans nom. Né à Tunis, ingénieur agronome, Gérard Haddad entreprend des études de médecine et devient psychanalyste après une rencontre décisive avec Jacques Lacan. Autre rencontre déterminante : celle du philosophe et moraliste israélien Yeshayahou Leibowitz, qui le conduira à étudier le judaïsme. Il est aussi connu pour son œuvre d’écrivain et de traducteur de l’hébreu.

LE TRAVAIL FORCÉ DES JUIFS EN BELGIQUE AVANT LA DESTRUCTION TOTALE (1940-1942)

Conférence d’Estelle Krzeslo La FN à Herstal est le cadre dans lequel se place le cas des quelques centaines de femmes juives et non juives envoyées comme ouvrières non qualifiées dans l’entreprise qui manquait en permanence de ce type de main d’œuvre. Mais le sort des unes et des autres fut différent. En effet, les femmes juives recrutées avec l’aide de l’AJB à partir de la fin de 1941 et surtout en 1942, ne passent que quelques semaines dans l’entreprise, puis elles disparaissent à partir de septembre 42, et plus personne n’en parle. Pas de trace, pas d’écrit. On les oubliera pendant des décennies jusqu’à cette recherche sur les vicissitudes de l’occupation à Liège. Nous en avons cherché les traces, mais au-delà, c’est toute la question de la mise au travail forcé des Juifs en Belgique qui est posée et l’évolution de ses objectifs jusqu’à la décision de la destruction totale. Estelle Krzeslo a fait des études de lettres et a travaillé comme chargée de recherche à l’ULB dans le service de Mateo Alaluf (sociologie du travail). Elle est aussi une ancienne de l’UPJB, mère et grand’mère d’enfants membres de l’UPJB.

© didierlong.com/tag/haddad

« MONSIEUR JEAN »

Sauf mention contraire, nos activités ont lieu au local de l’UPJB, 61 Rue de la Victoire, 1060 Bruxelles. Chaque jeudi à

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15h00, ouverture des portes à 14h30. Métro : Parvis de Saint-Gilles ou Hôtel des Monnaies

#l’AGENDA dU CLUB Agenda actualisé sur le site www.upjb.be

04.05 POLITIQUE ET TOURISME AU CHILI

Conférence de Marco Abramowicz. « Retrouvailles au Chili avec Marco Paulsen résistant armé du groupe Mapu Lautaro ; il a vécu 3 mois chez nous suite à son expulsion du Chili. Avec lui, nous nous imprégnés de l’ère Pinochet : témoins, musées, le combat des Mapuches, le Chili actuel, premier laboratoire du néo-libéralisme. Sans oublier les splendeurs géographiques ! » 11.05  CINÉ CLUB LES ESCADRONS DE LA MORT AU BRÉSIL

Projection en présence du réalisateur Roger Beeckmans. Nous connaissons bien Roger Beeckmans, qui a été d’octobre 1956 à janvier 1994, cadreur, directeur photo, journaliste d’images et réalisateur à la RTBF. Depuis 1994 jusqu’aujourd’hui, il est réalisateur indépendant d’une série importante de documentaires sur des enfants en grande difficulté : misère, violence, guerres, manque d’écoles, racisme et sexisme. Il a rencontré à Recife un jeune homme, Demetrius, éducateur de rue dans le « nordeste » la région la plus pauvre et la plus aride du Brésil.Demetrius a tout abandonné pour partager la vie des enfants des favellas. Il a été victime des violences policières et sa vie a plus d’une fois été mise en danger quand il tentait de dénoncer injustices et violences policières. En 2000, Demetrius, venant

d’échapper à deux tentatives d’assassinat a demandé à Roger de tourner un film à la fois pour se protéger et pour dénoncer les crimes commis par des « escadrons de la mort » vis-à-vis de ces enfants. 18.05 LES CHANSONS FRANÇAISES DE NOTRE JEUNESSE...

Maroussia accompagnée par André Reinitz, nous revient pour un concert où elle fera revivre les chansons françaises de notre jeunesse, des années 60-70. 25.05  RELÂCHE, CONGÉ DE L’ASCENSION 01.06 LE YIDDISH EN CHANTANT - 2e

Jacques Dunkelman et Willy Estersohn en animateurs musicaux et en traducteurs linguistiques s’accompagnant à la guitare. N’oubliez pas d’apporter le chansonnier que vous avez reçu ! Il s’enrichira de nouvelles chansons. 08.06 LA FRANCE APRÈS LES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES

Conférence d’Henri Goldman. Analyse des résultats et prospective par le rédacteur en chef de POLITIQUE, revue de débats.

III


Lire

Liad Shoham, thriller chez les colons

15.06 DU RÉSIDENCE PALACE AU NOUVEAU SIÈGE DU CONSEIL DES MINISTRES DE L’UNION EUROPÉENNE

Conférence de Philippe Samyn. L’auteur du projet du nouveau siège du Conseil des Ministres de l’Union Européenne situé rue de la Loi, l’ancien Résidence Palace, nous présentera avec de nombreuses projections, ce prestigieux bâtiment. L’architecture de Philippe Samyn, épurée et audacieuse traduit l’influence de ses formations multiples. Ingénieur civil des constructions (ULB 1971), Master of Sciences in Civil Engineering (MIT 1973), Urbaniste (ULB 1973), post-graduat en Gestion (Solvay School 1985), Architecte au Jury d’Etat en 1985, docteur-ingénieur à l’ULG en 1985. Il est aussi professeur à la VUB et à l’Université de Mons, académicien, et gérant du bureau « Philippe Samyn and Partners, architectes et ingénieurs ». Présentation : Jacques Schiffmann, ingénieur-conseil, qui a collaboré étroitement avec lui pendant 20 ans. 22.06 CONCERT DE CLÔTURE DE LA SAISON  COLINE MALICE

Coline est saint-gilloise, mais son désir de chanter l’a conduite en Auvergne où elle

vit depuis 10 ans. Seule ou en duo, elle balade à travers la France sa belle dégaine d’insoumise, l’accordéon sur le cœur et enchaîne concerts et cd. Le temps d’un concert, elle revient chez nous, à l’UPJB… On nous annonce quelques duos avec Gérard Weissenstein… 29.06 VISITE DE L’EXPOSITION DE DANY DANINO

Dany Danino est un ancien des colonies de Solidarité Juive.Il expose au musée Jankelevitch à La Louvière. Notre guide sera Françoise Gutman (Kiwi). • S’inscrire sans faute après de Berthy Liebermann (mail : pagneul@gmail.com) • RV dans le hall de la gare du midi à 13H15 avec billet AR • Départ 13h30 voie 20. Arrivée à La Louvière-centre à 14h20 • Retour. Voie 3 à 16h40 ou 17h40 ou 18h 40, durée 50 minutes

Sauf mention contraire, nos activités ont lieu au local de l’UPJB, 61 Rue de la Victoire, 1060 Bruxelles. Chaque jeudi à

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15h00, ouverture des portes à 14h30. Métro : Parvis de Saint-Gilles ou Hôtel des Monnaies

Goufna, colonie ultra orthodoxe, quelque part en Cisjordanie. Le corps sans vie de Meir Gotlieb, directeur de la yeshiva, vient d’être découvert. Massacré et noyé. Aucun doute, le coupable ne peut être qu’un Palestinien du village voisin. Affaire résolue ? Loin de là. Deux enquêteurs avancent masqués. Anat Nehamias, inspectrice, figure récurrente des polars de Liad Shoham, et Yoav, du Shabak, le service de la sécurité intérieure. Sauf que… Yoav n’est autre que le fils du rabbin de la communauté. Il a quitté la colonie et la religion. Pour mieux l’aider à pénétrer ce milieu fermé, Yoav présente Anat comme sa nouvelle amie.

© Patricia Mathieu

© Samyn and Partners

© Chantal Bou-Hanna

TESSA PARZENCZEWSKI

Le dispositif est en place. Et dès lors, Liad Shoham nous entraîne à l’intérieur de cette tribu cadenassée, tel un ethnologue minutieux. Car sous les apparences, comme l’évoque le titre, dans ce paysage enchanteur où vit une communauté soudée, pétrie de bonne conscience, sous l’œil de Dieu, une autre réalité surgit. Petit à petit, le paradis, comme le qualifient les colons, se lézarde et montre son vrai visage. Les sages étudiants de la Yeshiva fomentent on ne sait quels forfaits, sûrs de leur bon droit à terroriser leurs voisins arabes, un étrange américain tire les ficelles, mandaté par une mystérieuse mafia basée à New York, fanatisme et spéculation immobilière font bon ménage. Sans oublier les secrets inavouables et les chantages qui nourrissent toutes les manipulations. De l’idée première d’un meurtrier

palestinien, l’intrigue glisse tout doucement vers la sphère intime, là où un silence complice permet toutes les violences. Respectant les lois du genre avec brio, empruntant des pistes successives dans un suspens constant, Liad Shoham ne néglige pas pour autant ses personnages, qui ne se réduisent jamais à des simples pions dans un jeu sophistiqué. À tour de rôle, Anat et Yoav, dans de sortes de monologues intérieurs, se dévoilent, se questionnent, et comme toujours chez Shoham, un lien sentimental s’ébauche, mais sans mièvrerie. Dans une brève unité de temps et de lieu, dans un décor enneigé, si rare en Israël, le récit se dénoue dans une tragédie implacable qui laisse le lecteur sans voix. Ici encore, le polar permet à Liad Shoham de traquer les failles et les injustices de la société israélienne, comme dans ses précédents romans : la condition des demandeurs d’asile dans « Terminus Tel Aviv » et la corruption dans « Oranges amers ». Si dans le présent récit, la condamnation de la colonisation est plutôt en creux, l’auteur nous offre un tableau inquiétant d’un microcosme figé, muré dans des certitudes glaçantes. À lire, dans un avenir proche, à la parution en français.

Liad Shoham Lemarhit aïn A première vue

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Fiction

Fiction

Un brin de résistance IRÈNE KAUFER

fication : celle de la résistance à un gouvernement néo-libéral qui, non content de faire sauter l’index et de réduire le remboursement sur les sprays nasaux, était à la recherche de nouvelles économies en complotant dans les coins pour supprimer un jour de congé légal. Car qui dit congé dit bras croisés, flemmardise et perte incommensurable pour le PIB ! Et bien sûr, en pole-position dans le collimateur, il y avait le 1er mai, cette Fête du Travail désormais réduite à une simple journée improductive.

Alors qu’avril avançait à grands pas vers sa fin, qu’un soleil poussif faisait éclater les bourgeons en bébés feuilles d’un vert tendre, que jacinthes et jonquilles couvraient les paysages de bleu et de jaune, une petite plante d’aspect plutôt timide attirait sur elle tous les regards et la majorité des portefeuilles. Eh oui, le convallaria majalis, avec ses clochettes blanches et ses minuscules baies rouges, symbole de bonheur et de paresse révolutionnaire, bref, en un mot, le muguet, écrasait toutes les autres plantes, avec plus qu’un brin d’arrogance.

Or, il en allait de la prospérité de la nation ! Il fallait certes, pour faire passer la pilule, trouver un objectif d’apparence sociale – la France avait bien supprimé le congé de Pentecôte sous prétexte de financer la dépendance des vieux. Entre la famine en Afrique, Viva for Life, le rachat d’Eden Hazard par un club belge, ou encore la caisse de chômage des ex-députés (biffez les mentions inutiles), les bonnes actions à mettre en avant ne manquaient pas. Outre le bénéfice financier, on pouvait espérer mettre fin du même coup à la célébration de souvenirs désagréables de grèves, de manifestations, d’acquis-conquis auxquels s’accrochaient encore quelques prolétaires incapables de rentrer dans la modernité. L’idée venait de la N-VA, soutenue par le VLD, le CD&V n’était pas chaud mais soulagé d’échapper à la suppression d’une fête chrétienne et le MR, comme d’habitude, était prêt à s’aligner, malgré le déchirement que constituerait le renoncement au défilé annuel à Jodoigne.

Mais voilà qu’en cette année 2017, le modeste végétal prenait une nouvelle signi-

Mais voilà, le projet avait fuité, se retrouvant dans les dernières révélations de

Chaque année, c’était pareil.

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Wikileaks qui avait publié cet échange entre Bart De Wever et Charles Michel : « Je calme Theo, tu me donnes le 1er mai. - Peeters ne voudra jamais. - Peeters, je m’en charge. Ce sera le 1er mai ou Noël. Tu vas voir comment il va devenir flexible ». (Pour la commodité de lecture, nous avons traduit l’échange qui s’est évidemment déroulé en flamand, et coupé quelques insultes qui dépareraient dans une revue sérieuse). A l’époque des réseaux sociaux, comment imaginer que le secret des négociations puisse être gardé ? L’information se répandit comme une traînée de pollen au vent. Les formes de résistance s’étant elles aussi adaptées – à l’exemple des pétitions facebookées – il fallait trouver un symbole pour la défense du Premier Mai. Quoi de plus adéquat que les gentilles clochettes, toujours en vente libre malgré leurs vertus toxiques qui avaient déjà réussi à venir à bout de plus d’un chat récalcitrant ? Immédiatement, le muguet se mit à fleurir un peu partout : qui à la boutonnière, qui dans les cheveux, en collier, en boucles d’oreilles, en piercing, derrière le pare-brise des voitures. D’aucuns allaient jusqu’à l’arborer à l’école, au guichet des services publics, sur les plateaux de télévision. Le « lily challenge » envahissait Twitter et Facebook, chacun agrémentait sa photo de profil d’un petit brin. C’en était trop ! Le gouvernement décida de sévir. Passe encore que l’on préfère le rouge au brun et la paresse à l’effort, la liberté d’opinion « était » un bien sacré, mais il n’était pas

question de tolérer le prosélytisme ! Le port ostentatoire du muguet était désormais passible d’une de ces fameuses sanctions adminsitratives communales, faute de place dans les cours d’assises. Cependant, en ce premier mai, n’importe quel journaliste un peu curieux ne pouvait manquer de croiser l’un ou l’autre dissident, comme on le découvrit le soir, à la télé, les visages des contrevenants étant bien sûr floutés et leurs noms anonymisés, la caméra zoomant sur le petit brin impertinent. « Voyons, Madame... je vois que vous portez du muguet ? Quel en est le sens ? - Eh bien, je trouve que c’est joli, avec du blanc, du vert, du rouge... comme le drapeau italien, vous voyez. - Ah moi, c’est parce que ça sent bon. - Pourquoi je le porte ? Blanc et vert, c’est trop cool avec la couleur de mes chaussettes. - Eh bien moi, c’est juste une façon de rappeler qu’on est le premier mai, souvenir déjà lointain des luttes des... Mais cette personne n’eut pas le temps de terminer sa phrase, car c’était justement l’heure de la pause publicitaire. Quel dommage : les générations futures ne pourront pas découvrir, même en podcast, de quoi le premier mai fut le nom. 25


! ‫ייִ דיש ? ייִ דיש‬

Yiddish ? Yiddish !

‫ווארצל ַארויס‬ ָ ‫ֿפונעם שיינעם‬ funem sheynem vortsl aroys - De la belle racine HENRI WAJNBLUM

Nous publions ici les quatre premières strophes de ce chant folklorique. Nous

,‫נעסט ֿפונעם צווייַ ג‬

‫ווארצל‬ ָ ‫ווארצל‬ ָ ‫ֿפונעם שיינעם‬

,tvayg funem nest

aroys vortsl sheynem funem

,boym funem tsvayg

.aroys boym sheyner a iz

,vortsl funem boym

,vortsl funem boym

,‫צווייַ ג ֿפונעם בוים‬

,‫ווארצל‬ ָ ‫בוים ֿפונעם‬

,‫ווארצל ֿפון דער ערד‬ ָ

,erd der fun vortsl

.‫שאֿפן הימל און ערד‬ ַ ‫בא‬ ַ ‫זינט ס׳איז‬

.erd un himl bashafn s’iz zint

‫ֿפונעם שיינעם נעסט ַארויס‬

.‫איז ַא שיינער בוים ַארויס‬

,‫ווארצל‬ ָ ‫בוים ֿפונעם‬

,‫ווארצל ֿפון דער ערד‬ ָ

,erd der fun vortsl

.‫שאֿפן הימל און ערד‬ ַ ‫בא‬ ַ ‫זינט ס׳איז‬

.erd un himl bashafn s’iz zint

‫ויסאר‬ ַ ‫ֿפונעם שיינעם בוים‬

aroys nest sheynem funem

aroys boym sheynem funem

.aroys foygl sheyner a iz

.aroys tsvayg sheyner a iz

,nest funem foygl

,boym funem tsvayg

,tsvayg funem nest

,vortsl funem boym

.‫איז ַא שיינער ֿפויגל ַארויס‬ ,‫ֿפויגל ֿפונעם נעסט‬

,‫נעסט ֿפונעם צווייַ ג‬

,‫צווייַ ג ֿפונעם בוים‬

,boym funem tsvayg

,‫ווארצל‬ ָ ‫בוים ֿפונעם‬

,vortsl funem boym

,‫ווארצל ֿפון דער ערד‬ ָ

,erd der fun vortsl

.‫שאֿפן הימל און ערד‬ ַ ‫בא‬ ַ ‫זינט ס׳איז‬

.erd un himl bashafn s’iz zint

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publierons les trois dernières dans notre prochain numéro.

.‫איז ַא שיינער צווייַ ג ַארויס‬ ,‫צווייַ ג ֿפונעם בוים‬

,‫ווארצל‬ ָ ‫בוים ֿפונעם‬

,‫ָוארצל ֿפון דער ערד‬

,erd der fun vortsl

.‫שאֿפן הימל און ערד‬ ַ ‫בא‬ ַ ‫זינט ס׳איז‬

.erd un himl bashafn s’iz zint

Polina Belikovsky interprète « funem sheyne vorstl aroys » • © BT TL via YouTube.com

De la belle racine Est sorti un bel arbre. Arbre de la racine, Racine de la terre, Depuis qu’ont été créés le ciel et la terre.

Nid de la branche, Branche de l’arbre, Arbre de la racine, Racine de la terre, Depuis qu’ont été créés le ciel et la terre.

Du bel arbre Est sortie une belle branche. Branche de l’arbre, Arbre de la racine, Racine de la terre, Depuis qu’ont été créés le ciel et la terre.

Du beau nid Est sorti un bel oiseau. Oiseau du nid, Nid de la branche, Branche de l’arbre, Arbre de la racine, Racine de la terre, Depuis qu’ont été créés le ciel et la terre.

De la belle branche Est sorti un beau nid.

‫ֿפונעם שיינעם צווייַ ג ַארויס‬

Remarques

.‫איז ַא שיינער נעסט ַארויס‬

‫ ֿפונעם‬ ‫ ס׳איז‬

aroys tsvayg sheynem funem .aroys nest sheyner a iz

de le ou de la contraction de ‫ איז סﬠ‬il est 27


Humeurs judéo-flamandes

Humeurs judéo-flamandes

Meh iêl Aentwaerpe… ANNE GIELCZYK

ous vous souvenez peut-être du « Lange Wapper » (Wapp’r les amis, Wapp’r, pas Ouappeur), un projet de viaduc à deux étages et 18 bandes en pleine agglomération anversoise. J’en ai parlé dans une chronique, c’était en 20091. A l’époque cela faisait 10 ans déjà qu’on planchait sur un projet de tracé censé compléter le ring d’Anvers, cet entonnoir où s’engouffre tout le trafic entre les Pays-Bas et le Sud de l’Europe. La société civile anversoise avait exigé un referendum qui s’était prononcé contre le viaduc, ce 18 octobre 2009. Les habitants n’en voulaient pas de ce pont au-dessus de leurs quartiers et surtout de tout ce trafic et de ces particules fines à deux pas de leurs habitations. Il fallait enterrer tout ça et faire des tunnels. Trop cher et trop compliqué selon les politiques. C’était l’Oosterweel (d’après le nom d’un village disparu au Nord d’Anvers où devait passer le Lange Wapper) et rien d’autre, « Oosterweel en niets anders » selon eux.

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ls ont tenu bon, les citoyens de Ademloos, stRaten-generaal et Ringland, ils ont conjugué leurs efforts, fait circuler des pétitions, introduit des recours, menacé les instances de procès. Ils ont fait des propositions, et pas que des tunnels, ils ont rêvé d’une autre ville, plus verte et plus saine. Ils ont finalement obtenu gain de cause, c’est décidé, il n’y aura pas de viaduc. Pas de tunnel non plus, mais un « overkapping », un recouvrement du ring. L’autoroute urbaine sera élargie mais recouverte de pelouses. Ou comment faire un tunnel sans creuser et d’une pierre deux coups : on enterre le trafic tout en créant une zone verte.

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nvers est une ville paradoxale, avec une extrême droite et une droite extrême très puissantes, mais également une résistance bien organisée, articulée et pugnace. C’est là que Charta 91 et son cordon sanitaire avaient vu le jour en 1991 dès la montée du Vlaams Blok. Depuis bientôt 20 ans, jamais le Vlaams Blok devenu Belang n’a réussi à accéder au pouvoir. La bataille de l’Oosterweel aura, elle, duré 12 ans. Pour se solder par une victoire. Une victoire que tout le monde essaie évidemment de s’approprier, Bart De Wever en tête, qui s’enorgueillit de cet accord tout en félicitant Manu Claeys, l’initiateur et figure de proue de stRaten Generaal2. Bart De Wever manie la stratégie communicationnelle comme nul autre. Parfois la manœuvre est un peu trop transparente, comme quand il s’empresse ce jeudi 23 mars 2017 d’organiser une conférence de presse avec le chef de la police pour annoncer un attentat alors que le malfrat (un trafiquant de drogues qui sévit entre Rotterdam et Anvers) vient à peine de traverser le Meir, l’artère piétonnière d’Anvers, à toute vitesse avec les militaires à ses trousses. Sans tuer ni blesser personne, ceci dit en passant, ce qui est quand même bizarre pour quelqu’un qu’on veut accuser de terrorisme. Le STR, le Snelle Respons Team, le dispositif antiterroriste anversois, l’a cueilli dans sa voiture où il s’était écroulé (certains disent même, endormi), terrassé par l’alcool (et pas par la police). Cela devient « grâce à la présence des policiers et des militaires, on a pu éviter le pire ». « Meh iêl Aentwaerpe mor ni meh maaï » comme on dit à Anvers. Oui je sais les amis, pour vous c’est du chinois ! Vous ne croyez pas si bien dire, ça signifie-toujours en

© Ringland

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pur Aentwerps : « meh alle Chineze mor ni meh’ den deze ». (Avec tous les Chinois mais pas avec moi). À Bruxelles on dirait « en ga geluuf da ! ».

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n yiddish : vos Noch ! (et quoi encore ?) ce qui nous amène à notre importante et ancienne communauté juive d’Anvers. Une communauté essentiellement composée de Juifs pieux mais aussi de quelques autres plus « assimilés » tels qu’André Gantman. Pour preuve, cet ancien responsable communautaire juif est désormais chef de groupe N-VA au conseil communal d’Anvers. Car les liens entre les Juifs anversois et la N-VA semblent se resserrer depuis quelque temps, comme en témoigne ce voyage du Ministre de l’Intérieur Jan Jambon en Israël, invité au Homeland and Cyber Security Congress de Tel Aviv, une conférence internationale entièrement consacrée à la technologie sécuritaire, un domaine dans lequel les israéliens sont passés maîtres. Joods Actueel, la revue de la Communauté d’Anvers dirigée par l’inénarrable Michaël Freilich, en fait le récit, sous le titre évocateur « Michaël Freilich guide le ministre Jambon en Israël »3.

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n peut y suivre également la méchante controverse qui a opposé le Forum des organisations juives de Flandre à Unia (ex-Centre pour l’égalité des chances), accusé de ne défendre qu’un seul groupe, les « allochtones », sans jamais prendre en compte les plaintes pour antisémitisme. Ça ne peut pas continuer ainsi, selon Joods Actueel et son rédacteur en chef qui es-

pèrent que « des mesures seront prises pour mettre de l’ordre dans cette institution qui reçoit chaque année 7,8 millions d’euros des pouvoirs publics »4.

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uelle aubaine pour la N-VA qui depuis longtemps cherche à museler Unia ! Et, que dit Liesbeth Homans, la ministre de l’intérieur (N-VA) au gouvernement flamand ?5 « Unia est une institution publique qui est censée défendre les intérêts de tous les citoyens. Elle reçoit pour ce faire 7,7 millions d’euros des autorités flamandes et fédérales. Je constate qu’elle ne remplit pas sa mission. Unia n’est pas neutre, ni objective. Elle ne défend qu’un seul groupe ». À 0,1 million d’euros près, exactement la même chose !

« Meh iêl Aentwerpe mor ni meh maai », me dites-vous ? Mais, bravo les amis ! Vous avez tout compris.

1 Referendum, in : Points Critiques n° 300, novembre 2009, 30-31. Voir aussi Anne Grauwels : Humeurs judéo-flamandes. Chroniques 2001-2011. Editions Ercée, 2012, 114-117 2 Manu Claeys est écrivain, pendant 12 ans il s’est consacré entièrement à la lutte contre le viaduc, délaissant un roman et un essai sur l’art au 16e siècle. 3 http://joodsactueel.be, consulté le 27 mars 4 Ibidem 5 interview dans De Zondag du 26 février

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Voyages au pays du collage et des collagistes JACQUES ARON

velle croisade. Près de six cents ans déjà, comme le temps passe. Aussi me suis-je précipité à Gand pour voir démonter, nettoyer, restaurer, oserais-je dire repeindre l’imposant retable, avec toutes les armes de la chirurgie picturale. Et voici qu’à son tour, la ville d’Ostende charge un artiste (Kris Martin) de dresser sur la plage, face aux Thermes, le squelette décharné du polyptique, avec la Mer du Nord de Brel pour seul paysage. En hommage à Jan Hoet, figure emblématique du nouveau culte des images mondialement célébré

par l’institution muséale. Membre de la caste de prêtres qui indiquent aux fidèles les nouveaux « ismes » en vigueur. Mais les anciens dieux veillent et ne se laissent pas détrôner si aisément. Ils rayonnent encore, tandis que le bateau Belgique et ses Églises s’enfoncent dans les sables. Les maillots de bain d’Adam et Êve sèchent au soleil. Abel et Caïn se battent sur l’estran, alors qu’un ange compatissant nourrit l’Agneau. Qui continue imperturbablement de saigner de tous les péchés du monde.

© Jacques Aron

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a Belgique est depuis longtemps une terre d’illustrateurs. Que serait la Bible sans eux ? Et la fascination des images ne date pas d’hier. Je cède volontiers à la passion du collage, cure de jouvence du regard, antidote à l’abstraction épuisante du langage. Y a-t-il une seule vie qui ne soit le produit d’une succession de hasards avec lesquels il nous faut composer ?

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J’ai baigné dès l’enfance dans la grande peinture flamande. Je suis né à Anvers, avenue de Belgique. Mes grands-parents habitaient rue Jacob Jordaens, entre

la rue du Pélican – l’oiseau qui nourrit ses petits de diamants – et le Parc Van Eyck. Ce nom m’a été très tôt familier. Cette première chronique copiée/collée lui sera donc dédiée. Et puis, l’« Agneau mystique » que l’on vient de restaurer, c’est aussi en quelque sorte une histoire de famille au sens large. C’est la Pâque de ces grands-parents superbement célébrée avec et contre les Juifs, une tradition millénaire. Déjà chassés depuis soixante ans quand le ou les Van Eyck rallient autour du Sacrifice, version chrétienne, tous les fidèles monothéistes. Un manifeste de politique européenne des nouveaux maîtres, les ducs de Bourgogne, ses employeurs. Avec leurs rêves de grandeur et de nou-

31 L’Agneau mystique d’Hubert et Jean Van Eyck • Jan van Eyck (circa 1390–1441)


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Les shmattès de Michel Nedjar ANTONIO MOYANO

Je découvre l’affiche de l’expo à l’arrêt du bus 71 : un amoncellement de crânes ou de casques et des yeux vides sous des couleurs chaudes et belles. Petit garçon, les poupées de ses sœurs l’attirent terriblement (Nedjar est le troisième d’une famille de sept enfants). Nous sommes dans les années ’50, personne ne lui a dit tu ne peux pas jouer avec, mais il le sait. Un jour, un baigneur en celluloïd tombe et se casse et devient soudain un rebut. Michel le ramasse, et pour le réparer l’enroule dans un morceau de chiffon (lui dit shmattès, en yiddish). Les aiguilles, les ciseaux, la découpe, les machines à coudre, Michel Nedjar est né dedans, sa grand-mère était chiffonnière aux Puces de Saint-Ouen et son papa était tailleur à Belleville. Tout jeune adolescent, il regarde en famille (décimée dans la Shoah) le film d’Alain Resnais Nuit et Brouillard. Ce moment marque sa mémoire. Affiche de l’exposition à Villeneuve d’Asq • © N. Dewitte LaM

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e LAM, le musée de Villeneuve d’Ascq près de Lille propose jusqu’au 4 juin une rétrospective de l’œuvre de Michel Nedjar, 70 ans, artiste de l’art brut. Courez voir cette expo !

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Si les yeux sont un guide infaillible, une œuvre peut aussi nous attirer par le bruissement qui s’en dégage. Moi j’ai souvent appris à voir par l’ouïe et les oreilles ; écoutez sur le net l’interview de Michel Nedjar par Laure Adler.

Puis viendra le choc des petites poupées cousues main dénichées sur l’étal d’un marché mexicain. Et ses poupées seront son sésame. Paroles de Jean Dubuffet : « Votre art est très effrayant, affreusement tragique. Mais la vie est très tragique, et alors autant lui faire face sans tergiverser. Autant ne pas dissimuler où nous sommes et ce que nous sommes. » En 1982, Dubuffet en achète pour le musée de l’art brut à Lausanne. 1989 sera un autre jalon important pour sa reconnaissance, le galeriste et collectionneur Daniel Cordier intègre un lot important de ses œuvres pour sa donation au Musée d’Art Moderne.

Le mur des poupées • © Nedjar et N. Dewitte

L’exposition à Villeneuve d’Ascq se divise en cinq étapes : 1960-1978, les jeux interdits de la poupée, 1978-1986, Belleville, les Chairdâmes, 1986-1992, Belleville, l’éclatement des référents, 1992-1998, Darius, absences/ présences, 1998-2016, enveloppements et coudrages. Nedjar avait tout juste 21 ans en 1968, et sur les photos, il apparait comme bien des jeunes gens de son époque tel un hippie ou un beatnik. Le voici au Maroc, en Inde, sur les routes de Katmandou. Parcourir le monde est sa lubie, il est même allé saluer les mystérieuses « poupées de pierre » de l’île de Pâques ! Nedjar est aussi un fils du super-8 et du cinéma expérimental avec son compagnon Teo Hernandez (1939-1992). Il use des mots en poète, il ne dit pas couture mais coudrage. Le moment où tout bascule se situe dans les années 1978-1986 : l’apparition des

Chairdâmes. Les chères dames – la chair des dames – la chair des âmes – chair et âme ? C’est clair, le mot-valise s’ouvre à la polysémie tel un double-fond dans lequel l’on transporte des choses secrètes et enfouies et qu’il est préférable de dissimuler, non, monsieur le douanier, rien à déclarer. Il est vrai qu’au premier coup d’œil, elles font peur, ces poupées. Les a-t-on déterrées ? Quel espace-temps infini ontelles traversé ? De quelle lointaine contrée sont-elles originaires ? Issues de l’au-delà ou de l’enfer ? Présence ou vide exorbitant des yeux, de la bouche. Certaines de ces poupées sont bicéphales, peut-on les ramener à la vie ? Vous croyez que ça respire encore sous les charpies, les haillons ? Et baba d’admiration nous sommes conquis : on perçoit la douloureuse vitalité qui les anime, la folie douce-amère de leur créateur à travers elles. Suis-je fou, j’entends

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Michel Nedjar • © www.actuart.org

ces poupées me dire : « On a dû souvent me réparer, me recoudre, et je sais que la petite créature que je porte dans mes bras est encore plus morte que moi, cependant je persiste, je la traîne, on ne sait jamais ! » Ces poupées-momies sont en attente d’un miracle. N’ont-elles pas un air de piéta ou de parturiente quelquefois ? Bien des années plus tard, comme une remontée vers la lumière et dans l’astucieuse logique du recyclage et de la cueillette, Michel Nedjar se lance dans le vaste projet des Poupées de voyage : où qu’il aille aux quatre coins de la planète, il assemble des poupées faites de bric et de broc, de trois fois rien, falbala et tour de main de l’artisan et de l’éternel enfant. On dirait des détritus cajolés et bien ordonnés, et au final on croit entendre la célèbre réplique : c’est pour offrir ? je vous fais un emballage cadeau ? Cette expo nous offre une trajectoire jubilatoire : on laisse derrière soi le monde angoissant et anxiogène pour s’approcher des rives d’un monde fragile, gracile et lumineux. Il va de soi que c’est la vie, le simple fait de vivre qui nous oblige.

34 «Sans titre» (Darius), 1995 • © courtesy galerie Christian Berst

Oui, qui nous oblige. « Le Docteur m’a annoncé que la trithérapie était au point, et que j’allais vivre. Je ne m’attendais pas à cela. Je me suis écroulé. (…) J’étais aussi désespéré que quand j’avais appris ma séropositivité. Il m’a fallu des mois et des mois pour pouvoir me réadapter à la vie. » Ces propos sont extraits du livre « Michel Nedjar : le chantier des consolations »1. Et voici « Poupées Pourim »2 un livre pour faire découvrir l’œuvre de Michel Nedjar aux enfants. Viennent à nous dans un défilé carnavalesque l’Élégante, la Commère, Amigo Pasqualito, Mardochée, le Fils d’Aman à cheval, le Roi Assuérus et la Reine Esther, et bien d’autres encore…

1 Lausanne : La Bibliothèque des Arts, 2017. Entretiens avec Françoise Monnin, 149 pages, 19,00 € 2 Gallimard Jeunesse/Musée d’art et d’histoire du judaïsme, 2008. Photographies d’Adam Rzepka, présentation de Nathalie Hazan-Brunet.

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Entendre

Entendre

Henri Goldman et sa Chanson de Sarah FRANÇOISE NICE

quand il chante, lui qu’on connait hâbleur, âpre dans les discussions. TENDRESSE ET SOUVENIR

Henri Goldman, chanteur et conteur • © Ariane Bratz

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eux soirées très émouvantes fin janvier à l’UPJB, avec Henri Goldman et sa conférence chantée, « La Chanson de Sarah », un parcours original au travers de ce répertoire mal connu, et pourtant assez large, des chansons évoquant le monde juif.

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On le connaît intellectuel et polémiste, (cf. la revue Politique et les chroniques de son blog), on l’a connu chanteur, adoré « Yiddish » et « Ville Métisse », les chansons publiées en 1983 dans l’album éponyme. Le temps de son récital, il endosse les deux casquettes à la fois et entraîne son public dans une balade d’une heure trente ou à peu près de paroles et de musiques. Henri qui raconte, et fait écouter, « Marca » qui reprend sa guitare et chante, quelquefois. Sa voix a un peu vieilli, mais elle a gardé son timbre si particulier, une voix comme légèrement embrumée, avec une lichette de miel… elle se fait tendre

Sur la scène, un pupitre où sont affichées des pochettes de 45 tours, celles de ces artistes des années 50, 60, 70… Sacha Distel, Joe Dassin, Richard Anthony, Pierre Barouh … tous ces artistes qui n’ont pas affiché leur judaïté, et qui pourtant étaient juifs. C’était l’époque où les rares parents revenus des camps de la mort se taisaient. C’était l’époque où leurs enfants n’osaient pas questionner, c’était l’époque où la société ne voulait pas prêter l’oreille aux victimes du génocide. Peu à peu, quelques voix s’élèveront. Mais Henri Goldman n’a pas choisi cette veine - là, celle de « Nuit et brouillard » de Jean Ferrat né Jean Tenenbaum, enfant caché, orphelin à 12 ans d’un père mort à Auschwitz. Il propose des chemins de traverse, il a glané des chansons oubliées, comme « Le chemin des oliviers » de Francis Lemarque, où le violon en dit plus que les paroles, simplement suggestives, évoquant un chemin qui n’est plus que poussière, où toute l’herbe a disparu, un chant pour « nos frères qui sont tombés et sont morts en cherchant / cherchant bien longtemps / de la liberté le chemin / le chemin ». Donc, ni pathos, ni drapeau… même s’il a déniché cette rareté, cette chanson où Serge Gainsbourg s’engage, avec « Le sable et le soldat » aux côtés des soldats israéliens pendant la guerre de juin 1967. Ou cette autre, « L’île du Rhône » (1963) métaphore d’Enrico Macias pour évoquer

la ferveur des kibboutzim ensemençant le désert, et bâtissant leur État. À travers ses choix, c’est la vie juive européenne d’autrefois qui surgit, entre Pologne et exil, celle des tailleurs, de la fille qui fait son trousseau de mariage (Renée Lebas, « Tire, tire l’aiguille »), ou la jeune femme qui s’est arrachée à l’atelier familial pour partir en Amérique (« Sarah », Charles Aznavour). Ces chansons réalistes manient aussi l’humour, avec « Schmile », le fils de tailleur pas fichu de tailler une manche comme il faut, une chanson épicée d’accent yiddish, (Georges Ulmer, 1951). En yiddish ou en français, Georges Moustaki parodie « Les mères juives », leur encombrante attention, et c’est efficace et drôle. LE VERTIGE DE L’ABSENCE

Humour, pudeur, mais déchirure aussi. Je craque lorsqu’Henri nous fait réécouter ce tube des années 80, où l’autre Goldman- Jean-Jacques- appuie sur l’identification, « comme toi / comme toi / comme toi » pour évoquer la petite Sarah aux yeux clairs : « Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs / Mais d’autres gens en avaient décidé autrement / Elle avait tes yeux clairs et elle avait ton âge / C’était une petite fille sans histoire et très sage / Mais elle n’est pas née comme toi / Ici et maintenant / Comme toi Comme toi ». L’après-guerre, ce furent aussi ces années ou les enfants des déportés ont appris à grandir, dans l’ombre des disparus et du mutisme des rescapés. Parfois dans la pauvreté, ou la « gêne », pour des « Vacances aux bord de la mer », récit de vie très émouvant de Michel Jonasz, amené au piano par une mélodie toute simple,

entêtée et nostalgique. Cette chronique d’été, douce comme les glaces au bord de l’eau », dont l’émouvante « Middelkerke » d’Henri-Marca est la cousine belge. Mais que faire de cette mémoire douce et déchirante ? Parce qu’il faut bien vivre, Danielle Messia tente de s’en libérer dans « Grand-mère Ghetto », un chant à chaque strophe plus aigu et plus puissant, et dont le chorus final s’évanouit dans l’air : « Grand-mère ghetto / Tout ce que tu dis je le crois / La ferveur, le fardeau / Et la méchanceté des rois / Mais Grand-mère ghetto / Grand-mère ghetto / Regarde comme il fait beau / Y a des enfants dans la rue / Des qui n’ont jamais rien su / Non, je jouerai pas le rôle / De ces ombres de l’histoire / Qu’ont la tête dans les épaules / Et froid dans leur manteau noir ». La chanson a été composée fin 70, début 80. Née à Jaffa en 1956, Danielle Messia, morte d’une leucémie en 1985, laisse une œuvre rare. Elle termine Grand-mère ghetto sur une profession de foi : « J’voudrais rouvrir la confiance Comme une porte sur le monde J’voudrais rire sur l’existence Tuer les vieux démons qui grondent Tuer les vieux démons » Avec ce récital, Henri Goldman parcourt 60 années de chanson. Il sert ce répertoire avec émotion, efficacité, sobriété. Les bornes du temps s’effacent, et l’on s’aperçoit que c’est déjà demain, et qu’hier n’a pas passé, enchâssé dans une mélodie, enroulé dans un refrain dont on retrouve soudain les paroles, étonné et ému. « Azoy », comme chantait Régine. 37


Vie de l’UPJB

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Vie de l’UPJB

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Nos parents ne sont pas nés en Belgique JO SZYSTER

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ans une édition du journal « Le Soir » de novembre 2016, un article traitait de la situation de l’emploi des jeunes à Bruxelles et du taux de chômage élevé parmi ces derniers. Le journaliste constatait que nombre de ces jeunes avaient des parents qui n’étaient pas nés en Belgique. Cette constatation – leurs parents n’étaient pas nés en Belgique -, m’a fait penser à mes parents et aux autres parents qui n’étaient, eux non plus, pas nés en Belgique et qui avaient fondé « Solidarité juive », la « Sol », en 1939 (rebaptisée « UPJB » en 1969).

en faisant appel à nos souvenirs, en lui donnant accès à la traduction en français de toute la presse en yiddish de « Sol », et en créant un fichier biographique de tous ceux que nous avions connus et qui, soit n’étaient plus parmi nous ou, pour certains, étaient devenus membres du Club Sholem Aleichem. Nous avons d’abord établi la liste la plus complète possible des militants de « Sol », nous avons mis au point un questionnaire destiné à les interviewer, eux-mêmes, leurs enfants ou un proche membre de leur famille, nous leur avons demandé de nous répondre en y ajoutant tous les détails qui pouvaient nous intéresser et nous leur avons également proposé de les rencontrer.

En 2006, un jeune étudiant de l’ULB, Arnaud Bozzini, décide de présenter comme Mémoire de DEA une étude qu’il intitulera « La Reconstruction de la sociabilité juive à Bruxelles dans l’immédiat après-guerre – Le cas de la ‘ Solidarité juive ’ »; il poursuivra sur sa lancée et décidera en 2010 de rédiger une thèse de doctorat dont le titre sera « Engagement politique et reconstruction identitaire. Les Juifs communistes à Bruxelles au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, 1944-1963 ». Arnaud Bozzini, jeune étudiant né d’un père italien immigré à Charleroi (père qui était lui aussi « pas né en Belgique »), ne connaissait pas le milieu des Juifs de Solidarité juive. Nous étions évidemment fort intéressés par son travail, et trois d’entre nous, Léon, qui était un peu l’archiviste de l’UPJB, Dorette et moi, avec d’autres copains comme Mina et Pagneul, avons alors décidé de l’aider

Pour établir la liste, nous avons repéré dans les archives de Solidarité Juive et/ ou dans la presse en yiddish et en français de l’association un total de 309 noms et prénoms de militants qui, quasi tous, « n’étaient pas nés en Belgique ». Une des difficultés de l’identification des personnes résidait dans le fait que nos sources mentionnaient la plupart du temps des prénoms, des diminutifs, des pseudonymes, qui n’étaient pas la traduction en français d’un prénom en yiddish, des noms de guerre, des homonymes, le tout avec de nombreuses orthographes différentes pour un même nom, des personnes citées parfois en yiddish et d’autres fois en français, etc. Léon, Dorette et moi-même avons évidemment fait appel à de nombreux copains pour nous aider. Dans la majorité des cas nous avons été très chaleureusement reçus et

Une plongée dans les archives • © www.meyrie-village.com/wp-content/uploads/2015/12/archive-bg.jpg

nous avons réuni ainsi 91 dossiers biographiques, issus de notre questionnaire, souvent accompagnés de photos et d’autres documents fort intéressants. Je dois également mentionner un fichier auquel nous avons eu accès grâce à Berthy Lieberman, et qui nous a été fort utile. Il provient des archives de Dov Lieberman, il est essentiellement constitué de photocopies de documents provenant du CaRCoB (Centre des Archives du Communisme en Belgique) et on y retrouve nombre de noms de militants de « Sol ». Les militants y sont correctement identifiés, leur lieu de naissance est toujours mentionné ainsi que leur nationalité. Ces personnes sont, dans la grande majorité, originaires de Pologne, mais d’autres viennent de Roumanie, d’Ukraine, de Hon-

grie, de Bessarabie et d’ailleurs en Europe de l’Est. Dans ces dossiers provenant du CaRCoB, il n’est jamais mentionné si un étranger est juif, mais Dov qui connaissait personnellement ceux qui avaient été actifs dans les mouvements sportifs juifs à Anvers avant-guerre, ou dans les Brigades internationales en Espagne (dont il avait fait partie), les résistants et les partisans armés pendant la guerre, et les militants de « Sol » après la libération. Il avait ainsi constitué un dossier qu’il avait nommé « Camarades juifs ». C’est en choisissant des noms de ces listes que nous illustrerons notre rubrique «Nos parents ne sont pas nés en Belgique» dans les prochains numéros de Points Critiques. 39


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CARTE DE VISITE

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Les désillusionnés

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Vie de l’UPJB - Jeunes

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Vie de l’UPJB - Jeunes

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L’UPJB Jeunes est le mouvement de jeunesse de l’Union des progressistes juifs de Belgique. Elle organise des activi-

JUDITH LACHTERMAN

tés pour tous les enfants de 6 à 15 ans dans une perspective juive laïque, de gauche et diasporiste. Attachée aux valeurs

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n samedi, après les activités de l’UPJB-Jeunes, Judith Lachterman a pris rendez-vous avec une dizaine de moniteurs et de futurs moniteurs, de grands adolescents entre 15 et 19 ans, pour parler des 50 ans de l’occupation des territoires palestiniens. Le coordinateur du mouvement de jeunesse, Antonin Moriau leur rappelle les faits : les frontières de 1948, la guerre de 1967, les débuts des implantations israéliennes en territoire palestinien et la position, très engagée, de l’UPJB à ce sujet.

Dans l’ensemble, les jeunes sont assez pessimistes - et c’est un euphémisme – au sujet de la situation dans les colonies et en Israël en général, et ils n’ont pas le sentiment que leur action puisse avoir du poids. « C’est important bien sûr mais ça fait tellement longtemps que la situation est la même qu’on en parle moins. C’est dommage mais ça nous dépasse un peu aussi », confie Ava. Et Achille confirme : « Je crois que depuis que je suis né, la situation n’a pas changé ». « C’est bien ancré dans mon esprit » m’explique Auroch, « l’idée que le conflit ne pourra pas se résoudre tant que le rapport de force est déséquilibré et le gouvernement Israélien sera conforté dans sa position tant que les États-Unis soutiendront Israël inconditionnellement ».

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J’évoque la campagne BDS (« Boycott Désinvestissement Sanctions », lancé en juillet 2005 sur un appel de la société

de l’organisation mère, l’UPJB Jeunes veille à transmettre les

civile palestinienne), comme outil pour rééquilibrer ce rapport de force mais, là encore, les jeunes ne sont pas convaincus. « Cela ne peut pas fonctionner » déclare Auroch «  il faudrait un suivi vraiment massif et puis si Israël devient plus pauvre, la Palestine deviendra plus pauvre elle aussi. (…) En Afrique du Sud, les choses ont changé grâce aux pressions extérieures mais aussi parce que De Klerk a pensé qu’il ne pouvait plus contrôler la situation et ça, avec Netanyahu c’est impossible… ». Pour Ava, « pour que BDS marche, cela demanderait l’engagement de tellement de personnes… », même si elle estime que « la campagne reste importante, symboliquement ». Et ils sont plusieurs à croire à la toute puissance d’Israël, comme Eddy : « Israël est un pays super riche, en tant que ‘petits’ citoyens, nous ne pouvons rien faire, c’est à nos dirigeants de changer les choses ». Antonin, le coordinateur, me fait observer que le conflit Israélo-palestinien occupe une place beaucoup moins importante dans les activités de l’UPJB-Jeunes qu’à l’UPJB. Et Adélie, une des plus âgées, approuve : « On est sensibilisés à ce conflit parce qu’on fait partie de l’UPJB, mais ça n’a jamais été très important à l’UPJBJeunes et ça a toujours été comme ça, on n’en parlait pas plus avant… ». Et qu’en est-il des activités organisées par les moniteurs pour les enfants de l’UPJBJeunes ? Est-ce qu’elles concernent, parfois, des territoires occupés en Israël ? Ils m’expliquent que ce thème est rarement abordé en particulier. (Je me souviens

pourtant personnellement d’un camp d’été qui traitait de la thématique des « Murs »…) Ils organisent des « jeux qui poussent à la réflexion », « des activités politiquement engagées » et participent parfois à des manifestations mais n’évoquent pas souvent frontalement le thème. « J’ai un peu peur d’en parler aux enfants » m’explique Adélie « si j’en parle je suis obligée de me positionner et c’est difficile de rester neutre ou objective… C’est compliqué ». Parce qu’il y aura des bons et des mauvais ? « Oui, voilà. » Auroch souligne que si des jeux sont organisés, « ils portent toujours sur la situation actuelle et pas sur l’origine du conflit et, sans carte, c’est difficile de voir ce qu’Israël a ‘mangé’… » « De toute façon » insiste Wally « même si on en parle avec les enfants, ils y penseront le samedi et puis ce sera fini… ».

valeurs de solidarité, d’ouverture à l’autre, de justice sociale et de liberté, d’engagement politique et de responsabilité individuelle et collective. Chaque samedi, l’UPJB Jeunes accueille vos enfants au 61 rue de la Victoire, 1060 Bruxelles (Saint-Gilles) de 14h30 à 18h. En fonction de leur âge, ils sont répartis entre cinq groupes différents. SALVADOR ALLENDE (les enfants nés en 2008-2009) Moniteurs Alligator (Samuel)

0475 74 64 51

Mortimer

0483 65 71 31

Louise

0485 74 98 11

SEMIRA ADAMU (les enfants nés en 2006-2007) Moniteurs Miléna

0483 40 98 72

Pablo

0487 10 36 39

Ava

0484 32 50 26

JULIANO MER-KHAMIS (les enfants nés en 2004-2005) Moniteurs

Et que penseraient-ils les jeunes des faire le voyage jusqu’en Palestine/Israël, de constater par eux-mêmes, de se faire leur propre opinion ? « Faire le voyage serait une bonne chose » m’explique Adélie. «  On nous raconte le conflit d’ici mais ça n’a pas de contenu réel et nous répétons ce que nous avons appris, comme des perroquets… ». Entreprendre le voyage en Israël-Palestine, être confrontés à la situation apparemment insoluble là-bas, mais aussi à la militance que cette situation génère en Israël et en Palestine, pourrait bien contribuer à réenchanter les plus endurcis…

Edgar

0479 95 93 02

Jérémie

0485 14 45 70

MAREK EDELMAN (les enfants nés en 2002-2003) Moniteurs Guépard (Simon)

0470 56 85 71

Auroch (Andres)

0479 77 39 23

Wali

0479 02 77 73

Ketura

0485 20 46 13

JANUS KORCZAK (les enfants nés en 2000-2001) Moniteurs Impala (Tania)

0475 61 66 80

Hibou ( Eliott)

0488 95 88 71

Adélie (Laurie)

0477 07 50 38

INFORMATIONS ET INSCRIPTIONS Gecko (Antonin)

0486 75 90 53


Focus : Israël-Palestine 50 ans d’occupation et de résistance

ÉDITORIAL 3 HENRI WAJNBLUM

Cinquante ans d’occupation coloniale, cinquante ans de résistance

6

Wadi Fukin : Un village palestinien en voie de disparition

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Le judéocide instrumentalisé

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La vie sous occupation

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MICHEL WARSCHAWSKI

ADEL ATIEH

MICHEL STASZEWSKI

ASHRAF

UNE AUTRE RUE JUIVE « On mérite mieux que ça ! » ou le déni dans l’antiracisme institutionnel

DANIEL LIEBMANN 20

AGENDA LIRE Liad Shoham, thriller chez les colons FICTION Un brin de résistance YIDDISH ? YIDDISH ! ‫ווארצל ַארויס‬ ָ ‫ֿפונעם שיינעם‬ funem sheynem vortsl aroys - De la belle racine HUMEURS JUDÉO-FLAMANDES Meh iêl Aentwaerpe VOIR Voyages au pays du collage et des collagistes Les shmattès de Michel Nedjar

Editeur responsable : Anne Grauwels, rue de la Victoire 61, B-1060

ENTENDRE Henri Goldman et sa Chanson de Sarah VIE DE L’UPJB Nos parents ne sont pas nés en Belgique BD Le camp d’hiver UPJB JEUNES Les désillusionnés

I - IV TESSA PARZENCZEWSKI 23

IRÈNE KAUFER 24

HENRI WAJNBLUM 26

ANNE GIELCZYK 28

JACQUES ARON 30 ANTONIO MOYANO 32

FRANÇOISE NICE 36

JO SZYSTER 38

GECKO 40

JUDITH LACHTERMAN 42

Plus d’actualité, plus de contenus, l’intégralité des interviews, l’agenda mis à jour, ... sur notre nouveau site www.upjb.be

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n°371 - Points Critiques - mai/juin 2017