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Toute aventure a son élément déclencheur. L’élève qui m’interpella un jour où nous étudiions un extrait de Zweig évoquant Vienne, en me demandant si l’on ne pouvait pas passer du texte à la réalité, ne savait pas ce qu’elle allait déclencher. C’est de l’idée de faire étudier la représentation littéraire de villes étrangères dans la littérature française et dans la littérature locale qu’est né le projet culturel Une ville, des Livres. #

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Cette initiative pédagogique a été créée afin de proposer un moyen attractif pour faire lire des jeunes qui ne lisent que peu ou pas et dont l’environnement socioculturel n’est pas toujours incitatif. Par ailleurs, cela permettait aux élèves de s’ouvrir à d’autres cultures. Enfin, étudier d’autres cultures permet à la fois de s’interroger sur la sienne mais aussi de découvrir l’extraordinaire rayonnement de la culture française à travers le monde et, de ce fait, développer une conscience citoyenne. L’idée d’illustrer et surtout de confronter la représentation littéraire de la ville à la ville elle-même n’est venue qu’après mûre réflexion car, d’une part, l’organisation d’un voyage est toujours périlleuse et accaparante, d’autre part, il ne s’agissait pas de faire du tourisme. Par conséquent, il fallait que la découverte de la métropole étudiée fût la pierre de touche d’une innutrition littéraire et culturelle exceptionnelle. En 2008, le lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonne, situé dans le quartier des Tarterêts et classé en zone urbaine sensible, devenait « site d’excellence ». Le lieu, sa sociologie scolaire et l’évènement parurent propices au lancement du projet culturel Une Ville, des Livres. Dès sa première édition, consacrée à la ville de Saint-Pétersbourg, il eut la chance d’être soutenu par tous les grands acteurs locaux et l’Etat. Deux classes très dissemblables, une première littéraire


et une première technologique, furent retenues pour participer à cette édition. Le programme littéraire autour de Saint-Pétersbourg, connecté à la liste de bac des élèves, permit une assiduité, un intérêt et des résultats à l’E.A.F qui attestèrent la validité pédagogique du concept. A partir de cette première expérience et après concertations avec M. Jacques Reiller, Préfet de l’Essonne et Mme Geneviève Piniau, Proviseur du Lycée Robert Doisneau de Corbeil Essonne, il fut décidé d’étendre l’expérience à une sorte de tour du monde en quatre ans avec une ville appartenant à un continent différent chaque année. « Saint-Pétersbourg, D’un site d’excellence à un autre » servit de base « expérimentale ». *

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Les fondamentaux sociaux : un projet à la croisée de la Politique de la ville et l’Égalité des chances. Ce projet, né dans un lycée classé en « zone urbaine sensible », principalement financé au titre de la Politique de la Ville par l’État et la CAECE, s’est toujours adressé prioritairement à un public qui ne vient pas spontanément à la culture, qui souffre d’une forme de cloisonnement et d’un repli dans les quartiers sensibles. Il participe donc éminemment de l’Égalité des chances et de la réussite éducative, dans la mesure où, par le travail qu’il implique il lutte contre l’échec scolaire, le fossé culturel lié aux différences sociales et crée des expériences exceptionnelles pour ses participants conduits à découvrir concrètement et à s’ouvrir au monde. Les fondamentaux culturels et pédagogiques - Sélectionner un public lycéen et estudiantin varié mais pour qui le projet renforcera l’assiduité scolaire, développera le goût de la lecture et représentera une ouverture unique vers d’autres horizons. - Des villes à l’identité architecturale marquante provoquant un choc visuel - Le choix de villes en forte résonance avec la culture française - Un travail littéraire approfondi autour d’un corpus littéraire appartenant à la littérature française et à la littérature locale évoquant la ville - Une préparation culturelle interdisciplinaire de huit mois (Films, expositions, musées, conférences).


# Si les fondamentaux précédemment énoncés sont comme la colonne vertébrale du projet, chaque année a apporté son lot de changements : 2009-2010 Le projet culturel Une Ville, des Livres est cité comme projet innovant devant une commission sur l’éducation à l’Assemblée nationale par Mme Monique Legrand, IA-I.P.R de Lettres. 2010-2011 Création du site wwwunevilledeslivres.eu qui permet de visiter toutes les réalisations de l’association depuis le début du projet. Trois étudiants en Master 1 de sociologie décident de consacrer chacun leur mémoire et leur film de fin d’études à un aspect du projet culturel Une Ville, des Livres : !

Une Ville, des Livres est l’invité d’honneur de l’émission On a des choses à vous dire sur Téléssonne. Création du partenariat avec le Lycée professionnel Auguste Perret d’Evry qui mêle donc élèves de la filière menuiserie et étudiants de l’Université d’EvryVal-d’Essonne comme participants à ce projet. 2011-2012 Création de l’association Une Ville, des Livres. La création de l’association vient après trois ans de poursuite du projet dans des structures diverses pour le rendre plus performant et pouvoir développer d’autres projets tels qu’A Livres ouverts, notre atelier de lecture ou notre émission littéraire diffusée sur Téléssonne : L’Essonne en Auteurs. L’association Une Ville, des Livres décide de se faire classer comme association de l’Université d’Evry-Val-d’Essonne. De manière concomitante, création par le CEVU de l’université de l’unité d’enseignement « Une Ville, des Livres » qui doit impérativement être suivie par les participants.


Financement sur le budget de l’Université d’une partie du projet Une Ville des Livres, ce qui institue le projet comme projet culturel de l’Université.

2012-2013 L’association, en cette nouvelle année, va s’attacher à développer la valeur d’insertion professionnelle de ses projets dans l’intérêt de ses membres par la diffusion du C.V. de ses membres sur le site unevilledeslivres.eu, la création de stages et une offre de service civil. Entreprise de classement de certaines vidéos liées au projet par l’I.N.A. Démarrage d’un nouveau - et dernier - cycle de quatre projets « Une Ville, des Livres » autour du monde.


Dès sa première édition, le projet Une Ville, des Livres a eu le souci d’offrir des restitutions de qualité à un public souhaité toujours plus large et toujours plus divers. Afin que ces expositions permettent une découverte et un partage des lieux et des littératures avec ce même public, le principe scénographique fondamental a été de réaliser un décor recréant les aspects marquants de la ville visitée comme cadre et mise en abyme à l’aspect photographique et littéraire de l’exposition. Cet aspect restitutif du projet est une épopée dans l’épopée. En effet, l’histoire de la création des décors est une véritable aventure humaine. Plus d’une centaine de personnes ont participé à leur élaboration. Ces aides vont depuis des agents de lycée, à des parents d’élèves, des enseignants et, bien évidemment des élèves. Parmi eux, il apparaît important de citer Louis Vandal, Maître-ouvrier au Lycée Robert Doisneau de Corbeil, Salvatore Minardi, Pr de Génie civil, Michel Cardoso, Stéphane Guilloteau et Rémi Baujard, Prs de Menuiserie au Lycée professionnel Auguste Perret d’Evry. Le partenariat créé avec le Lycée professionnel Auguste Perret d’Evry, à partir de 2010, marque à la fois une évolution importante dans le projet pédagogique et dans les restitutions. Le projet, après avoir accueilli des élèves du secondaire, des filières générales et technologiques, s’est ouvert au secteur professionnel. Il permet ainsi à des élèves de lycée professionnel, de la filière menuiserie, de bénéficier d’un projet culturel ambitieux leur permettant de manière stimulante de travailler les matières générales, en particulier la littérature. Il permet également, métaphoriquement et concrètement, « un élargissement des horizons ». Il fait, là encore de manière stimulante, collaborer des élèves et des étudiants, réalisant une passerelle souhaitée par l’éducation nationale entre le secondaire et le supérieur. Enfin, la réalisation des décors par le lycée donne une motivation dans la filière d’étude – la menuiserie - permet d’exercer une compétence au service d’une réalisation concrète et assure la qualité des décors de l’exposition. Cette expérience bénéficie en outre à l’insertion professionnelle des élèves. Ces expositions, dont la qualité est en amélioration constante, en même temps qu’elles ont constitué une sorte d’aboutissement pédagogique pour les participants, une restitution pour l’entourage de ces mêmes participants et les bailleurs de fonds, ont contribué à renforcer l’offre culturelle des territoires (CASE, CAECE…) sur lesquels elles se tenaient. En effet, de 2008 à 2012, les expositions Une Ville, des Livres, en partenariat avec Le Lycée Robert Doisneau de Corbeil, Le Lycée professionnel Auguste Perret d’Evry et l’Université d’Evry-Val-d’Essonne ont été visitées plusieurs milliers de personnes.


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L’année scolaire 2008-2009 fut marquante à deux titres au moins pour le lycée Robert Doisneau de Corbeil. D’une part, celui-ci fêtait ses cinquante ans, d’autre part, il se voyait classé site d’excellence. La première occasion témoigne, entre autre, de la volonté humaine de lier l’insaisissable à la matière, le temps à la pierre, comme pour prouver que tout n’est pas vain et qu’en un lieu se sont accomplis des choses et des destins. La seconde, manifeste le besoin de créer ou d’instituer certains lieux en repère, en y concentrant ce qui se fait de mieux. Lorsqu’il fonda la ville de Saint-Pétersbourg, en 1703, Pierre le Grand n’obéit pas à des motivations très différentes. Il chercha, comme de nombreux souverains avant et après lui, à prolonger la durée contrainte de son existence par la pierre, plus pérenne. Mais son ambition dépassait l’édification d’un arc de triomphe ou d’un palais, elle avait la taille d’une métropole et celle-ci porterait son nom (bien que celui-ci renvoie à l’apôtre Pierre), confondant pour l’éternité l’homme et le lieu. Il n’y avait, bien sûr, pas qu’une démarche vaniteuse dans cette réalisation. Pierre Ier voulait poursuivre la modernisation de la Russie initiée par l’arrivée au pouvoir de la dynastie Romanov en 1613. Fin politique, fin stratège, passionné d’architecture et de construction navale, il crée aussi, avec Saint-Pétersbourg, un port septentrional sur la Baltique capable d’assurer. La protection de la Neva. Après avoir défait les Suédois, grande puissance maritime du nord, au XVIIIe siècle, à la bataille de Poltava, en 1709, Pierre proclame Saint-Pétersbourg capitale de l’Empire en 1712, au détriment de Moscou. La ville de Pierre devient donc site d’excellence parce qu’elle est le siège du pouvoir, parce qu’elle assure la puissance maritime de la Russie, parce qu’elle marque le début d’une intense vie intellectuelle, parce qu’elle offre une prouesse architecturale inouïe, quintessence des architectures européennes, enfin, parce qu’elle est justement la « fenêtre sur l’Europe » dont parlait Algarotti.


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L’exposition « Saint-Pétersbourg, D’un site d’excellence à un autre » avait comme choix scénographique d’évoquer la perspective Nevski avec un alignement de panneaux aux couleurs évoquant les palais qui la bordent. Ces panneaux étaient également ornés de trompe-l’œil (atlantes, cariatides, frontons) réalisés à partir d’agrandissements des photos prises par les élèves lors de leur séjour dans l’ancienne capitale des tsars. Sur ces mêmes panneaux, étaient présentées près de 200 photos évoquant le séjour dans son déroulement chronologique. L’allée gauche de l’exposition présentait, d’une part, une anthologie thématique et littéraire de Saint-Pétersbourg, réalisée par les élèves durant l’année scolaire et venant en appui des photos. D’autre part, on pouvait lire les exposés thématiques des élèves sur La Dame de pique de Pouchkine, Les Nouvelles de Pétersbourg de Gogol, Le Double de Dostoïevski, le travail en anglais sur le livre Ten Days that shook the world de John Reed et l’analyse filmique menée en français et en histoire de son adaptation par Eisenstein, sous le titre d’Octobre. L’exposition a accueilli près de deux cents visiteurs le soir du vernissage. Elle a eu la chance d’être inaugurée par M. Manuel Valls, Maire d’Evry et Président de la CAECE et par M. Jacques Reiller, Préfet de l’Essonne (2008-2011). Elle a, par après, été vue par de nombreuses classes du lycée. Cette exposition a été la base pour la création et l’organisation de toutes les expositions du projet culturel et éducatif et de l’association Une Ville, des Livres.


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Après une première édition, qui avait conduit des élèves de 1e L et de 1e « génie électronique », du lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonnes, à SaintPétersbourg, le concept « Une ville, des livres », pour sa deuxième édition, se devait de changer de section, de continent et d’atmosphère. La métropole russe, « fenêtre sur l’Europe » et vaste chef-d’œuvre polychrome allant du baroque au néoclassique, voyait donc lui succéder, comme deuxième étape de ce « tour du monde en 4 ans », une ville non moins spectaculaire, autre chef-d’œuvre, de la modernité, cette fois, New York. Une classe de 1e scientifique fut retenue pour y participer, et, s’il fut facile d’élaborer un programme littéraire et interdisciplinaire autour de la métropole américaine, l’idée d’évoquer « la ville monde » à travers une exposition relevait de la gageure qu’énonce très bien Simone de Beauvoir, dans son récit de voyage, L’Amérique au jour le jour: « Malgré tous les livres que j’ai lus, les films, les photographies, les récits, New York est dans mon passé une cité légendaire: de la réalité à la légende il n’existe pas de chemin. » Même pour les artistes les plus talentueux, quel que soit l’art, il est très difficile de rendre justice à une telle cité! Cette gageure est pourtant très rapidement passée pour les élèves, l’équipe enseignante encadrant le voyage, les parents d’élèves, M. Louis Vandal, maître-ouvrier au lycée Doisneau et Mme Piniau, Proviseur du lycée à cette époque, d’une difficulté à une motivation. Son élaboration, qui a duré le temps de l’année scolaire 2009-2010, a été l’heureux contrepoint matériel aux nombreuses études livresques, historiques, linguistiques ou filmiques autour de New York. Le travail manuel a rendu concrète l’approche essentiellement intellectuelle que nous avions de cette métropole. Il ne s’agissait évidemment pas de viser l’évocation réaliste mais plutôt l’esprit et certaines grandes caractéristiques de New York. Par ailleurs, il devait y avoir une concordance entre la structure de l’anthologie et celle de l’exposition. Sept points ou sept thèmes structurent ces deux modes de restitution: le thème de l’arrivée à New York, des quartiers, des monuments, des détails de la vie urbaine, du multiculturalisme, des perceptions à propos New York, et les fins de New York. L’exposition en se voulant comme une anthologie à ciel ouvert marquait ainsi la jointure entre travail manuel et intellectuel.


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L’exposition était composée de 26 tours comptant 2700 fenêtres collées et de 50 panneaux thématiques, présentant une cinquantaine de textes historiques ou littéraires sur New York, et est illustrée par environ 400 photos d’élèves prises lors du voyage. L’exposition pouvait donc être appréciée d’une triple façon, pour ses décors, pour les textes littéraires ou comme une exposition photographique. L’aspect littéraire de l’exposition, c’est-à-dire le travail d’élaboration d’une anthologie littéraire autour de New York, fut le fruit d’un travail conjoint entre les élèves de 1S4 du lycée Robert Doisneau et les étudiants de L.1 de l’U.F.R de L.E.A de l’Université Evry-Val-d’Essonne, sous la direction de Mme Stéphanie Genty, Maître de Conférences à l’université d’Evry, Mme Céline Faure, Pr d’espagnol, au lycée Robert Doisneau, Mme Emilie Robin, Pr d’anglais, au lycée Robert Doisneau, M. Emmanuel Couly, Pr de lettres au lycée Robert Doisneau et enseignant à l’université d’Evry. 50 textes issus de l’anthologie ont ainsi été présentés à travers 7 thématiques. L’aspect matériel de l’exposition, c’est-à-dire le travail de création et d’agencement des décors, fut le fruit d’un travail conjoint entre: certains membres du personnel technique du lycée Robert Doisneau: - M. Louis Vandal, concepteur de l’ensemble des panneaux thématiques, plusieurs parents d’élèves: - M. Salvatore Minardi , concepteur de l’ensemble des tours, - Mme Béatrice Doyon, conceptrice de plusieurs éléments décoratifs, tel le pont de Brooklyn, - Mme Lydie Silvente qui a réalisé l’ensemble de la plastification des textes littéraires, - les élèves de 1e S4, Mme Céline Faure, Mme Emilie Robin et M. Emmanuel Couly qui ont mis en forme les textes littéraires et collé les 2700 fenêtres des tours.


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Alors que la Chine connaît un essor économique considérable en ce début de XXIe siècle, d’aucuns l’évoquent avec une certaine impertinence - impertinence - comme un pays « émergent ». Cela témoigne aussi bien du primat de l’économie que d’un certain recul culturel. En effet, la Chine vient du fond des âges et était constituée en civilisation, bien avant Athènes ou Rome. Voltaire la distinguait, dans ses Œuvres historiques, comme « la nation la plus ancienne, et la plus policée de la terre. » Pourtant, c’est seulement à partir du XVIIIe siècle que l’Europe commence à en prendre vraiment conscience. Les rapports entre la Chine et l’Europe, bien qu’étant très anciens, sont longtemps restés nimbés de mystère pour des raisons qui tiennent aussi bien à la géographie qu’à la politique mais qui sont, dans tous les cas, beaucoup plus imputables à l’Empire du Milieu qu’aux Occidentaux. En effet, faisant preuve d’un splendide ethnocentrisme, Les Chinois se représentaient leur pays comme au centre du monde et, au-delà de ses frontières, étaient les barbares. Les rares approches françaises ou européennes au Moyen-âge furent rendues encore plus rares à l’avènement de la dynastie Ming, par la « Fermeture de la Chine », en 1368. Dès lors, Il fallut toute la détermination et l’intention prosélyte des missionnaires jésuites, dominicains ou franciscains pour pénétrer au cœur de l’empire et éveiller l’Europe, en particulier la France, aux mystères de ce lointain pays. Mais ces religieux, en améliorant l’état des connaissances européennes sur la Chine, étaient loin d’imaginer qu’ils allaient favoriser deux phénomènes dont l’un leur était assez directement hostile. D’une part, on assista à l’essor d’une forme d’exotisme qu’on peut appeler la « chinoiserie ». D’autre part, les philosophes des Lumières se servirent de ce que les religieux - bien involontairement - leur apprirent de la Chine pour remettre en cause de nombreux aspects de la France d’Ancien Régime, au premier rang desquels la trop grande emprise de la religion sur la société civile. Cette histoire en triptyque, assez méconnue, inspira, un changement au concept culturel « Une Ville, des Livres ». A l’origine de ce projet, était l’envie ambitieuse d’intéresser des élèves et des étudiants à la littérature par l’étude de la représentation littéraire, tant française que locale, d’une grande métropole du monde puis de pratiquer une ouverture interdisciplinaire, dans des matières relevant le plus souvent des sciences humaines, pour enfin effectuer un voyage culturel dans la ville ainsi étudiée. Cette année-là, il nous parut particulièrement


intéressant d’étudier un phénomène et un moment: l’influence de la Chine sur le siècle des Lumières. Ce Changement marquait-il un écart ou pire un dévoiement par rapport au projet originel? Au contraire, tous les chemins des Lumières mènent à Pékin, objet de toutes les ambitions des missionnaires et de la curiosité européenne pour la Chine. Là où Louis XIV envoie un message politique par un palais, la Chine l’envoie par une ville, si grande…que même le palais impérial a la taille d’une ville. Rien n’a vraiment changé aujourd’hui. Mais que vient faire Shanghai dans cette galère? Shanghai illustre d’abord l’idée de ces villes qui entretiennent un rapport de concurrence avec la capitale. Saint-Pétersbourg et Moscou; New York et Washington. D’autre part, elle est le visage beaucoup plus souriant de la modernité chinoise. En outre, elle eut et a encore une fortune littéraire, dans la littérature chinoise comme dans la littérature française, aussi fameuse que Pékin, il n’est que de penser à Rien que la terre de Morand, La Condition humaine de Malraux mais aussi Tintin et le Lotus bleu. Enfin, elle est un peu « la suite de l’histoire » …car après la phase de curiosité de l’Europe pour la Chine au XVIIIe siècle, il y eut la phase plus conquérante du Vieux Continent pour l’Empire du milieu, aux XIXe et XXe siècles, qui fait qu’on peut encore trouver - même pour de mauvaises raisons beaucoup de la France dans ce qu’on surnomma jadis « le Paris de l’Orient » . L’évocation de ces deux cités, avec leur charge historique et culturelle majeures, a donc fourni les axes de l’exposition que nous nous proposons de faire découvrir - ou redécouvrir - à notre aimable lecteur.

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L’exposition « De la Chine des Lumières aux lumières de la Chine » fut la troisième exposition du projet éducatif et culturel « Une Ville, des Livres ». Dans l’esprit évolutif du concept, l’une des innovations de l’année 2010-2011 fut l’extraordinaire partenariat passé avec la filière menuiserie du Lycée professionnel Auguste Perret d’Evry, dirigé, à cette époque, par Madame Nicole Langrand. C’est en particulier à cette collaboration que l’on dut l’essentiel de la réalisation matérielle de l’exposition. Cette réalisation matérielle fut aussi et surtout le fruit de l’investissement, du travail et de la compétence d’une équipe de Professeurs-menuisiers composée de M. Michel Cardoso, M. Patrick Juhel, M. Stéphane Guilloteau et M. Rémi Baujard. Ceux-ci dirigèrent les élèves de 1e année bac-pro menuiserie dans l’élaboration des décors de l’exposition et réalisèrent eux-mêmes certaines parties du décor. Les élèves de première année bac-pro menuiserie, ayant participé à l’ensemble du projet culturel, Fabrice, Timothée, Alexandre, Guillaume et Kévin furent, bien sûr, les acteurs centraux de la réalisation et du montage de l’exposition. M. Salvatore Minardi, Professeur de Génie civil du Lycée Jean-Pierre Timbaud de Brétigny-sur-Orge, participa à la création des décors tant en menuiserie que par tout le travail de revêtement des panneaux de l’exposition. Mme Martine Gadroy, Professeur d’arts appliqués contribua à la réalisation des décors. Tout le travail de tri des 10.000 photos du voyage, l’encadrement de la centaine de photos retenue, des notices explicatives de l’exposition ainsi que l’élaboration de l’aspect scénographique et littéraire de l’exposition furent effectués par les étudiants des UER de L.E.A, d’histoire, de droit et de sociologie de l’Université Evry-Val-d’Essonne, plus particulièrement par Dieucy, Emilie, Julie, Marie-Diane et plusieurs élèves du Lycée Robert Doisneau de Corbeil Essonnes, Jean-Sebastien, Boris et Tom, sous la direction de M. Emmanuel Couly, concepteur du projet culturel et Pr. de Lettres. L’exposition s’ouvrant traditionnellement par la projection d’un film, on put saluer le remarquable travail d’étudiants en Master 1 de Sociologie, Alice, Léonie et Paul qui s’intéressèrent au dispositif pédagogique, au parti pris d’images et à la transformation du regard des jeunes participants sur la


civilisation chinoise . Le travail d’élaboration de l’exposition commença au mois de novembre 2010 et s’acheva au mois de juin 2011, soit huit mois de travail. Furent construits: - Une porte d’entrée chinoise - Six pagodes - Un kiosque chinois réplique de celui du château de Groussay de MonfortL’Amaury - 16 dragons porte-lanternes - Deux bâtiments art-déco - Reproduction de la Pearl-Tower de Shanghai par la filière Installation sanitaire du Lycée professionnel Auguste Perret d’Evry.


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« Le Ciel m'en préserve ! s'écria Stuart, mais je parierais bien quatre mille livres qu'un tel voyage, fait dans ces conditions, est impossible. » Voilà ce que s’entend répondre Philéas Fog, le célèbre héros du non moins célèbre roman de Jules Vernes, Le Tour du monde en 80 jours, lorsqu’il invite Andrew Stuart à le suivre. Le projet éducatif et culturel « Une Ville, des Livres » entendit plus d’une fois les mêmes cassandres, ce dernier volet du projet suffit à leur répondre. Dans la logique de succession des continents, le projet 2011-2012 se devait de s’intéresser à l’Afrique. Saint-Louis du Sénégal fut un des choix les plus riches et les plus en adéquation avec les objectifs culturels du projet, tant son histoire et sa littérature ne cessent de dialoguer, dans la colère comme dans la paix, avec l’histoire et la littérature française. « Et puis enfin apparaît au-dessus des sables une vieille cité blanche, plantée de rares palmiers jaunes; c’est Saint-Louis du Sénégal […] » Cette description du surgissement de la métropole africaine n’est pas l’œuvre d’un littérateur autochtone ou même d’un guide touristique mais de Pierre Loti, dans son ouvrage, Le Roman d’un spahi, publié en 1881. Cet auteur, un peu fin de siècle, aujourd’hui un peu oublié, se fit une spécialité des récits exotiques, largement inspirés par la carrière de l’officier de marine, Julien Viau, son nom pour l’état civil. Ce faisant, son récit est l’un des témoignages les plus pittoresques sur la présence française au Sénégal et, précisément, à Saint-Louis, du temps des colonies. Pourtant, l’histoire commune, riche et contrastée entre Saint-Louis du Sénégal et la France ne commence ni ne s’achève au XIXe siècle. C’est une histoire ancienne et, à travers les nécessaires changements, continue. D’abord, le Sénégal et ce qui allait devenir Saint-Louis furent sûrement la porte d’entrée en Afrique des explorateurs européens. Les Normands, premiers Européens en Afrique? Une première version historique se fondant sur La Chronique de Guinée de Gomes Eanes de Zurara qui raconte […] comment Dinis Dias s’en fut au pays des Noirs, attribuait aux Portugais, au XVe siècle, l’initiative du premier pas européen en terre africaine. Cette version fut battue en brêche au XVIIe siècle par Villault de Bellefond puis, au XVIIIe siècle, par le père Labat, dans sa Nouvelle relation de l’Afrique Occidentale contenant une description exacte du


Sénégal, où il affirme que les premiers explorateurs européens en terre d’Afrique furent des marins dieppois, en 1364. Cette version fut accréditée par Léopold Sédar Senghor lui-même, dans une conférence prononcée à l’Université de Bordeaux, où il déclara que « […] les Normands ont découvert le Sénégal au XIVe siècle avant les Portugais […] ». Saint-Louis du Sénégal, un hommage à Louis XIV. Objet d’exploitation commerciale, pour la France, à partir de Richelieu, la cité sénégalaise acquiert son nom de Saint-Louis, donné par Caulier au nouveau fort, en 1659, en hommage au roi Louis XIV. La construction de ce fort donne le signal de départ de « la construction en dur » de la ville. Entre « plaisir de vivre », esclavagisme et haute lutte. Au XVIIIe siècle, se crée, comme le dit Jean-Christophe Rufin, une « civilisation originale […] hautement raffinée et pourtant esclavagiste, inégalitaire et pourtant métissée, influencée directement par la culture française et pourtant mêlée à des mœurs africaines, anglaises, cosmopolites […] » En effet, d’une part, sous l’impulsion …ou la légèreté de certains gouverneurs, la société saint-louisienne tend à reproduire les mœurs de la métropole et du siècle que Talleyrand disait être celui du « plaisir de vivre » en particulier pour la caste formée par les signares. D’autre part, c’est aussi à ce siècle que Montesquieu, se référant au honteux commerce humain dont Saint-Louis et Gorée furent le théâtre, écrira dans De l’Esprit des lois son célèbre texte « De l’esclavage des Nègres ». Enfin, La France doit lutter de haute main contre l’Angleterre pour maintenir Saint-Louis dans le giron national. Le XIXe siècle ou l’âge d’or de Saint-Louis? Si le XIXe siècle met progressivement fin à cette civilisation originale, il est cependant jalonné d’autres personnages et d’autres événements tout aussi marquants dans l’histoire liant la France et le Sénégal. En dépit des trois conditions difficiles - il s’agit là d’un euphémisme - que furent le relatif dédain de la métropole pour Saint-Louis, l’esclavagisme et le colonialisme, les personnages marquants furent souvent des gouverneurs tels que Blanchot ou Faidherbe. Ce sont aussi des natifs de Saint-Louis comme David Boilat, précisément issu du métissage franco-sénégalais, instruit en France, premier prêtre métis, première figure littéraire du Sénégal avec ses Esquisses sénégalaises et fondateur de l’enseignement secondaire. D’autre part,


c’est au XIXe siècle que la ville voit son urbanisme considérablement se développer. En 1872, Saint-Louis devient la capitale du Sénégal. Mais l’événement le plus considérable du siècle est, sans doute, la création de l’A.O.F, en 1895, dont le Sénégal prend la tête et dont Saint-Louis devient aussi la capitale. Une belle endormie? Le XXe siècle, s’il est celui de la juste et nécessaire décolonisation, offre lui aussi son lot de personnages et d’événements mémorables. En 1902, Saint-Louis perd son statut de capitale de l’AOF mais reste capitale du Sénégal. Elle est associée à l’extraordinaire aventure de l’Aéropostale et sa figure de proue, Jean Mermoz. En 1927, on inaugure la ligne Toulouse-SaintLouis du Sénégal. En 1930, le même Mermoz réalise la première liaison aérienne continue entre l’Afrique et l’Amérique. Pourtant le XXe siècle est aussi celui du progressif déclin de Saint-Louis du Sénégal, en particulier avec la perte de son statut de capitale au profit de Dakar, en 1957. En 1958, la République sénégalaise est proclamée. En 1960, Le Sénégal proclame son indépendance et Léopold Sédar Senghor est élu Président de la République. Tous ces faits marquent-ils une rupture des liens si particuliers entre Saint-Louis et la France et l’ancienne capitale sénégalaise n’est-elle plus qu’une Belle au bois dormant? Une fois n’est pas coutume, le lien le plus fort entre Saint-Louis et la France reste peut-être la langue et son expression ultime la littérature à travers la francophonie. En effet, plusieurs natifs de Saint-Louis sont devenus des figures littéraires de premier plan tant au Sénégal que dans le cadre de la francophonie et même de dimension mondiale, il n’est que de penser à Aminata Sow Fall. Saint-Louis, capitale culturelle du Sénégal? De fait, surtout depuis son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, en 2000, mais aussi parce qu’elle est un foyer culturel très actif, en particulier en littérature avec des figures comme Louis Camara ou Alioune Badara Coulibaly, Saint-Louis du Sénégal semble jouer le rôle de capitale culturelle du Sénégal. On le voit donc bien, que ce soit par l’histoire, la culture et la francophonie les liens entre Saint-Louis du Sénégal et la France sont continus et font de cette ville un objet d’étude approprié aux objectifs civiques, pédagogiques et culturels d’« Une Ville des Livres ».


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Les expositions Une Ville, des Livres, entre 2008 et 2012, ont été visitées par plus de deux milles personnes. Chaque année, de nombreux visiteurs nous demandent si nous remonterons les décors de telle ou telle exposition qu’ils ont appréciée. De fait, il nous a paru intéressant, pour ce quatrième et dernier volet du 1e cycle de ce projet, de présenter non seulement les décors de notre destination annuelle – Saint-Louis du Sénégal – mais aussi ceux de nos destinations précédentes, donnant ainsi l’allure particulière d’une « rétrospective » à cette exposition. Comme à chaque édition, la réalisation de l’exposition a occupé environ huit mois. L’exposition a eu pour cadre le vaste hall du bâtiment Maupertuis de l’Université d’Evry-Val-d’Essonne. Honneur à Saint-Louis du Sénégal La ville de Saint-Louis du Sénégal a offert un superbe exercice stylistique aux élèves du Lycée Auguste Perret qui avaient pour but de réaliser la façade d’une maison type de l’île avec volet et balcon avec les couleurs typiques. La réalisation était pratiquement de taille réelle. Ce premier bâtiment présentait comme toujours les réalisations photographiques des élèves et des étudiants conjointement aux textes littéraires étudiés dans l’année et groupés autour de trois thèmes : L’histoire de Saint-Louis, les codes stylistiques de l’architecture de Saint-Louis et la sociologie saint-louisienne, en particulier les auteurs saintlouisiens. Des décors remontés ou recréés Les décors des villes de New York et Pékin ayant été conservés au Lycée Perret, ceux-ci ont simplement fait l’objet d’un rafraichissement. Les photos du pavillon de New York étaient disposées de façon à évoquer une traversée du sud au nord de Manhattan avec un texte de Woody Allen, tiré de son film Manhattan. Le pavillon consacré à Saint-Pétersbourg a complètement été recréé par le Lycée Perret… les décors de la 1e exposition ayant entièrement été redistribués aux visiteurs. Un évènement culturel attendu Comme chaque année, l’exposition Une Ville, des Livres a accueilli un public nombreux lors du vernissage. Elle a été inaugurée par M. Philippe Houdy, Président de l’UEVE, M. Pierre Lambert, Préfet délégué pour l’Égalité des Chances en Essonne (2010-2012) et M. Christian Wassenberg, Directeur académique de l’Essonne. Par ailleurs, le lieu de l’exposition, l’un des plus passants de l’UEVE, a assuré une très grande visibilité à cette manifestation.


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