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cinéma culture techno

juin 2011 n°92 by

TÊTE D’AFFICHE : ED FELLA Et aussi... Rois & reines du R’n’B, de Prince à Beyoncé • Washed Out • Stan Lee • Mia Hansen-Løve • Pascal Rabaté • Timber Timbre • Joaquin Phoenix

Michelle Williams

L’âge d’or

www.mk2.com

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juin 2011

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juin 2011

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SOMMAIRE juin 2011 Éditeur MK2 Multimédia 55 rue Traversière, 75012 Paris Tél. 01 44 67 30 00 Directeur de la publication Elisha Karmitz (elisha.karmitz@mk2.com) Rédacteur en chef Auréliano Tonet (aureliano.tonet@mk2.com) Chefs de rubrique « cinéma » Clémentine Gallot (clementine.gallot@mk2.com) Juliette Reitzer (juliette.reitzer@mk2.com) Chef de rubrique « technologies » Étienne Rouillon (etienne.rouillon@mk2.com) Rédactrice Laura Tuillier (laura.tuillier@mk2.com) Direction artistique Marion Dorel (marion.dorel@mk2.com) Sarah Kahn (sarah.kahn@mk2.com)

11 … CLOSE-UP > Lola Créton 12 … BE KIND, REWIND > My Little Princess 14 … KLAP ! > Wrong 16 … VIDÉODROME > Les vingt ans du festival Côté court 18 … MOTS CROISÉS > Timber Timbre 20 … TÉLÉCOMMANDO > Louie 22 … ŒIL POUR ŒIL > Le Moine vs La Religieuse 24 … FAIRE-PART > Les Nuits photographiques 26 … PÔLE EMPLOI > Aaron Sims 28 … ÉTUDE DE CAS > I’m Still Here 30 … TOUT TERRAIN > Cults, Boris Charmatz, Yelle 32 … AUDI TALENTS AWARDS > Portrait des lauréats 34 … LE NET EN MOINS FLOU > Le piratage du réseau Sony 38 … SEX TAPE > Too Much Pussy !

40 DOSSIERS

Conception graphique Sarah Kahn Secrétaire de rédaction Sophian Fanen

71 LE STORE

Iconographe Juliette Reitzer

71 … NEXT BIG THING > Les Jelly Bears 72 … EN VITRINE > Stan Lee 76 … RUSH HOUR > La revue Edwarda, le carnet La Linéa, le hors-série Trois Couleurs Tout ou rien 78 … GUEST LIST > Pascal Rabaté 80 … KIDS > Kung Fu Panda 2 82 … VINTAGE > La Balade sauvage 84 … DVD-THÈQUE > Richard Sarafian 86 … CD-THÈQUE > Washed Out 88 … BD-THÈQUE > Jijé 90 … BIBLIOTHÈQUE > P.G. Wodehouse 92 … LUDOTHÈQUE > Mount & Blade

Ont collaboré à ce numéro Ève Beauvallet, Renan Cros, Julien Dupuy, Sylvain Fesson, Yann François, Claude Garcia, Joseph Ghosn, Igor Hansen-Løve, Donald James, Wilfried Paris, Laura Pertuy, Bernard Quiriny, Guillaume Regourd, Violaine Schütz, Mélanie Uleyn, Bruno Verjus, Éric Vernay, Anne-Lou Vicente Illustrations Anna Apter & Charles Bataillie, Paul Bourgois, Pascal Rabaté, Ruppert & Mulot Photographie de couverture © KT Auleta / MAO-Agence A Publicité Responsable clientèle cinéma Stéphanie Laroque 01 44 67 30 13 (stephanie.laroque@mk2.com) Responsable de clientèle hors captifs Amélie Leenhardt 01 44 67 30 04 (amelie.leenhardt@mk2.com)

juin 2011

11 LES NEWS

40 … ED FELLA > Portfolio 48 … LA DERNIÈRE PISTE > Portrait de Michelle Williams, entretien avec Kelly Reichardt 56 … JESSICA CHASTAIN > Entretien 60 … ROIS ET REINES DU R’N’B > Beyoncé, Usher, Mariah Carey, The-Dream, Prince, Jamie Woon, The Weeknd…

Stagiaire Louis Séguin

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7 … ÉDITO 8 … PREVIEW > Drive

© 2011 TROIS COULEURS issn 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006. Toute reproduction, même partielle, de textes, photos et illustrations publiés par MK2 est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. Magazine gratuit. Ne pas jeter sur la voie publique.

95 LE GUIDE 96 … SORTIES EN VILLE > Festival Days Off, la Candelaria, Isabelle Cornaro, Jane Evelyn Atwood, Anatomie de la sensation, Fin de partie, Aux deux amis 110 … SORTIES CINÉ > Beginners, Pater, Pourquoi tu pleures ?, Balada Triste, Hanna, Un amour de jeunesse, Deep End 126 … LES ÉVÉNEMENTS MK2 128 … LOVE SEATS 130 … LA CHRONIQUE DE RUPPERT & MULOT

Rejoignez Trois Couleurs sur : - www.mk2.com/trois-couleurs - twitter.com/trois_couleurs - facebook.com/troiscouleurs


SOMMAIRE juin 2011 Éditeur MK2 Multimédia 55 rue Traversière, 75012 Paris Tél. 01 44 67 30 00 Directeur de la publication Elisha Karmitz (elisha.karmitz@mk2.com) Rédacteur en chef Auréliano Tonet (aureliano.tonet@mk2.com) Chefs de rubrique « cinéma » Clémentine Gallot (clementine.gallot@mk2.com) Juliette Reitzer (juliette.reitzer@mk2.com) Chef de rubrique « technologies » Étienne Rouillon (etienne.rouillon@mk2.com) Rédactrice Laura Tuillier (laura.tuillier@mk2.com) Direction artistique Marion Dorel (marion.dorel@mk2.com) Sarah Kahn (sarah.kahn@mk2.com)

11 … CLOSE-UP > Lola Créton 12 … BE KIND, REWIND > My Little Princess 14 … KLAP ! > Wrong 16 … VIDÉODROME > Les vingt ans du festival Côté court 18 … MOTS CROISÉS > Timber Timbre 20 … TÉLÉCOMMANDO > Louie 22 … ŒIL POUR ŒIL > Le Moine vs La Religieuse 24 … FAIRE-PART > Les Nuits photographiques 26 … PÔLE EMPLOI > Aaron Sims 28 … ÉTUDE DE CAS > I’m Still Here 30 … TOUT TERRAIN > Cults, Boris Charmatz, Yelle 32 … AUDI TALENTS AWARDS > Portrait des lauréats 34 … LE NET EN MOINS FLOU > Le piratage du réseau Sony 38 … SEX TAPE > Too Much Pussy !

40 DOSSIERS

Conception graphique Sarah Kahn Secrétaire de rédaction Sophian Fanen

71 LE STORE

Iconographe Juliette Reitzer

71 … NEXT BIG THING > Les Jelly Bears 72 … EN VITRINE > Stan Lee 76 … RUSH HOUR > La revue Edwarda, le carnet La Linéa, le hors-série Trois Couleurs Tout ou rien 78 … GUEST LIST > Pascal Rabaté 80 … KIDS > Kung Fu Panda 2 82 … VINTAGE > La Balade sauvage 84 … DVD-THÈQUE > Richard Sarafian 86 … CD-THÈQUE > Washed Out 88 … BD-THÈQUE > Jijé 90 … BIBLIOTHÈQUE > P.G. Wodehouse 92 … LUDOTHÈQUE > Mount & Blade

Ont collaboré à ce numéro Ève Beauvallet, Renan Cros, Julien Dupuy, Sylvain Fesson, Yann François, Claude Garcia, Joseph Ghosn, Igor Hansen-Løve, Donald James, Wilfried Paris, Laura Pertuy, Bernard Quiriny, Guillaume Regourd, Violaine Schütz, Mélanie Uleyn, Bruno Verjus, Éric Vernay, Anne-Lou Vicente Illustrations Anna Apter & Charles Bataillie, Paul Bourgois, Pascal Rabaté, Ruppert & Mulot Photographie de couverture © KT Auleta / MAO-Agence A Publicité Responsable clientèle cinéma Stéphanie Laroque 01 44 67 30 13 (stephanie.laroque@mk2.com) Responsable de clientèle hors captifs Amélie Leenhardt 01 44 67 30 04 (amelie.leenhardt@mk2.com)

juin 2011

11 LES NEWS

40 … ED FELLA > Portfolio 48 … LA DERNIÈRE PISTE > Portrait de Michelle Williams, entretien avec Kelly Reichardt 56 … JESSICA CHASTAIN > Entretien 60 … ROIS ET REINES DU R’N’B > Beyoncé, Usher, Mariah Carey, The-Dream, Prince, Jamie Woon, The Weeknd…

Stagiaire Louis Séguin

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7 … ÉDITO 8 … PREVIEW > Drive

© 2011 TROIS COULEURS issn 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006. Toute reproduction, même partielle, de textes, photos et illustrations publiés par MK2 est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. Magazine gratuit. Ne pas jeter sur la voie publique.

95 LE GUIDE 96 … SORTIES EN VILLE > Festival Days Off, la Candelaria, Isabelle Cornaro, Jane Evelyn Atwood, Anatomie de la sensation, Fin de partie, Aux deux amis 110 … SORTIES CINÉ > Beginners, Pater, Pourquoi tu pleures ?, Balada Triste, Hanna, Un amour de jeunesse, Deep End 126 … LES ÉVÉNEMENTS MK2 128 … LOVE SEATS 130 … LA CHRONIQUE DE RUPPERT & MULOT

Rejoignez Trois Couleurs sur : - www.mk2.com/trois-couleurs - twitter.com/trois_couleurs - facebook.com/troiscouleurs


ÉDITO Désaxée

E

lle a trente ans, mais en paraît vingt. Blonde solaire aux traits harmonieusement dessinés, elle ne joue que des rôles de jeunes femmes âpres et opiniâtres, résolues à combattre le sort qui s’acharne contre elles, comme si les réalisateurs prenaient plaisir à contrarier ce visage presque parfait – parfois, le vent semble s’amuser, pareillement, à courber les blés. La Dernière Piste de Kelly Reichardt, Blue Valentine de Derek Cianfrance : dans ces deux films, à l’affiche ce mois-ci, les personnages qu’incarne la comédienne prennent une oblique, pionnière en quête d’une terre mythique qui ne cesse de se dérober (La Dernière Piste) ou jeune mère s’éloignant de son amant à mesure que lui reviennent les souvenirs de leur rencontre (Blue Valentine). Affranchie à 15 ans de la tutelle de ses parents, Michelle Williams a aussitôt quitté son Montana natal pour les rives de la série Dawson. Toute sa filmographie est ainsi parsemée de chemins de traverse, tours et détours imprimés par Wim Wenders, Martin Scorsese, Ang Lee ou Todd Haynes. Il y a quelques mois, elle campait Marilyn Monroe qui, en matière de désaxement, savait y faire. Très investie dans ses rôles, fidèle aux auteurs qu’elle chérit, comme Kelly Reichardt, l’Américaine a su faire de ces itinéraires bis la constante d’une carrière plus cohérente qu’il n’y paraît. « Je ne suis pas contradictoire, je suis dispersé », écrivait Roland Barthes. Il est doux et poignant, l’été venu, de regarder Michelle Williams se disperser à la recherche de paradis perdus.

_Auréliano Tonet

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ÉDITO Désaxée

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lle a trente ans, mais en paraît vingt. Blonde solaire aux traits harmonieusement dessinés, elle ne joue que des rôles de jeunes femmes âpres et opiniâtres, résolues à combattre le sort qui s’acharne contre elles, comme si les réalisateurs prenaient plaisir à contrarier ce visage presque parfait – parfois, le vent semble s’amuser, pareillement, à courber les blés. La Dernière Piste de Kelly Reichardt, Blue Valentine de Derek Cianfrance : dans ces deux films, à l’affiche ce mois-ci, les personnages qu’incarne la comédienne prennent une oblique, pionnière en quête d’une terre mythique qui ne cesse de se dérober (La Dernière Piste) ou jeune mère s’éloignant de son amant à mesure que lui reviennent les souvenirs de leur rencontre (Blue Valentine). Affranchie à 15 ans de la tutelle de ses parents, Michelle Williams a aussitôt quitté son Montana natal pour les rives de la série Dawson. Toute sa filmographie est ainsi parsemée de chemins de traverse, tours et détours imprimés par Wim Wenders, Martin Scorsese, Ang Lee ou Todd Haynes. Il y a quelques mois, elle campait Marilyn Monroe qui, en matière de désaxement, savait y faire. Très investie dans ses rôles, fidèle aux auteurs qu’elle chérit, comme Kelly Reichardt, l’Américaine a su faire de ces itinéraires bis la constante d’une carrière plus cohérente qu’il n’y paraît. « Je ne suis pas contradictoire, je suis dispersé », écrivait Roland Barthes. Il est doux et poignant, l’été venu, de regarder Michelle Williams se disperser à la recherche de paradis perdus.

_Auréliano Tonet

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PREVIEW

L’homme sans visage Drive de Nicolas Winding Refn Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan… Distribution : Le Pacte Durée : 1h35 Sortie : 5 octobre

© Le Pacte

Cascadeur le jour, chauffeur pour des braqueurs la nuit, le héros de Drive n’a ni nom, ni passé, ni amis, et possède un visage mutique que la caméra s’obstine à sonder, comme pour illustrer l’une des difficultés premières du cinéma : comment rendre visibles états d’âme, personnalité, humeurs ? Par le truchement d’un blouson satiné, brodé d’un scorpion métaphorique qui se tâche de sang et de sueur à mesure que le récit progresse. Ou par le recours au ralenti, aux lents travellings et à une lumière expressionniste, qui distordent le temps pour en faire une donnée subjective. Boostée par une esthétique eighties sombre et romantique (on pense au Sailor et Lula de David Lynch), cette mise en scène virtuose, justement récompensée à Cannes, confère peu à peu une âme à ce chauffeur sans identité, devenu tueur par amour. _J.R. www.mk2.com

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PREVIEW

L’homme sans visage Drive de Nicolas Winding Refn Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan… Distribution : Le Pacte Durée : 1h35 Sortie : 5 octobre

© Le Pacte

Cascadeur le jour, chauffeur pour des braqueurs la nuit, le héros de Drive n’a ni nom, ni passé, ni amis, et possède un visage mutique que la caméra s’obstine à sonder, comme pour illustrer l’une des difficultés premières du cinéma : comment rendre visibles états d’âme, personnalité, humeurs ? Par le truchement d’un blouson satiné, brodé d’un scorpion métaphorique qui se tâche de sang et de sueur à mesure que le récit progresse. Ou par le recours au ralenti, aux lents travellings et à une lumière expressionniste, qui distordent le temps pour en faire une donnée subjective. Boostée par une esthétique eighties sombre et romantique (on pense au Sailor et Lula de David Lynch), cette mise en scène virtuose, justement récompensée à Cannes, confère peu à peu une âme à ce chauffeur sans identité, devenu tueur par amour. _J.R. www.mk2.com

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Close-up

© Philippe Quaisse

NEWS

LOLA CRéTON

De l’allant, un regard intense, la maturité de jeu d’une jeune Romane Bohringer : la silhouette fragile et solitaire de Lola Créton traverse les années dans Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Løve. Réputée timide, tout en intériorité, la Parisienne s’ouvre au monde chez la cinéaste, qui se souvient : « C’est une comédienne stupéfiante. Elle a 16 ans, mais elle est solide. Elle dégage une autorité, une évidence et une manière d’inventer de la modernité dans chaque scène. Lola n’est jamais dans l’affectation, elle ne se regarde jamais jouer ; c’est sa réserve qui est touchante. » Découverte par Catherine Breillat dans Barbe bleue, nymphette languissante et prolétaire dans En ville de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer, la lycéenne s’apprête à débuter le tournage d’Après mai d’Olivier Assayas, entre deux épreuves du bac. _Clémentine Gallot www.mk2.com

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Close-up

© Philippe Quaisse

NEWS

LOLA CRéTON

De l’allant, un regard intense, la maturité de jeu d’une jeune Romane Bohringer : la silhouette fragile et solitaire de Lola Créton traverse les années dans Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Løve. Réputée timide, tout en intériorité, la Parisienne s’ouvre au monde chez la cinéaste, qui se souvient : « C’est une comédienne stupéfiante. Elle a 16 ans, mais elle est solide. Elle dégage une autorité, une évidence et une manière d’inventer de la modernité dans chaque scène. Lola n’est jamais dans l’affectation, elle ne se regarde jamais jouer ; c’est sa réserve qui est touchante. » Découverte par Catherine Breillat dans Barbe bleue, nymphette languissante et prolétaire dans En ville de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer, la lycéenne s’apprête à débuter le tournage d’Après mai d’Olivier Assayas, entre deux épreuves du bac. _Clémentine Gallot www.mk2.com

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NEWS

Be kind, rewind

Enfances volées

Dans My Little Princess, EVA IONESCO exorcise le souvenir de sa mère, photographe borderline l’ayant jadis prise pour modèle de ses portraits érotico-gothiques. Cette enfant attifée en vamp nous rappelle qu’au cinéma, les jeunes filles grandissent souvent trop vite. Illustration chez trois auteurs : Elia Kazan, Louis Malle et Stanley Kubrick.

© Les Productions Bagheera

_Par Clémentine Gallot et Juliette Reitzer

© 2011 by Paramount Pictures

© Rue des archives/AGIP

© Warner Bros Entertainment Inc

My Little Princess d’Eva Ionesco Avec : Isabelle Huppert, Anamaria Vartolomei… Distribution : Sophie Dulac Sortie : 29 juin

La Petite

Baby Doll

Lolita

de Stanley Kubrick (1962)

de Louis Malle (1978)

Baby Doll Meighan (interprétée par Carroll Baker) s’accroche à son enfance comme aux barreaux du berceau où elle s’obstine à passer ses nuits. Mariée à dix-sept ans, la jeune femme résiste chaque jour aux assauts libidineux de son époux Archie Lee (Karl Malden), lui rappelant vaillamment la promesse faite le jour des noces : l ’union ne sera pas consommée ava nt son vingtième anniversaire, qui approche à grand pas… Cette jeune femme déguisée en fillette pourrait être la cousine de l’héroïne de My Little Princess, petite fille grimée en femme fatale : deux poupées de chair, deux tristes marionnettes. ◆

C’est le maître étalon du teen movie sulfureux : Lolita, ravissante fille unique au potentiel de pin-up, multiplie devant la caméra les postures alanguies rehaussées de lunettes en forme de cœur. Un professeur sournois, Humbert Humbert, épousera la mère pour mieux posséder la fille. Dans le roman ambigu revu par le film, Nabokov explorait les fantasmes d’un cerveau malade inspiré par les mimiques d’une enfant aguicheuse, à la langueur impudique. Le film de Kubrick, jugé trop chaste à sa sortie, atteint un point d’équilibre entre la légèreté que dégage sa jeune actrice, Sue Lyons, et la figure tragique du sacrifice de la jeunesse. ◆

Violetta, la fillette du film d’Eva Ionesco, porte le souvenir de la petite Violet de Louis Malle, fille d’une prostituée de luxe : même ambivalence face à l’objectif, même poses d’adulte minaudant parmi les froufrous. Soit une maison close de La Nouvelle-Orléans au début du XXe siècle vue par les yeux d’une enfant, vendue encore vierge avant de devenir la très jeune épouse d’un photographe. Brooke Shields, dont c’est le premier rôle, est déjà le symbole de l’innocence perdue, après la parution de photos nues dans Playboy. Contournant le voyeurisme incestueux afférent à son sujet, La Petite est interdit aux moins de 18 ans à sa sortie. ◆

d’Elia Kazan (1956)

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Be kind, rewind

Enfances volées

Dans My Little Princess, EVA IONESCO exorcise le souvenir de sa mère, photographe borderline l’ayant jadis prise pour modèle de ses portraits érotico-gothiques. Cette enfant attifée en vamp nous rappelle qu’au cinéma, les jeunes filles grandissent souvent trop vite. Illustration chez trois auteurs : Elia Kazan, Louis Malle et Stanley Kubrick.

© Les Productions Bagheera

_Par Clémentine Gallot et Juliette Reitzer

© 2011 by Paramount Pictures

© Rue des archives/AGIP

© Warner Bros Entertainment Inc

My Little Princess d’Eva Ionesco Avec : Isabelle Huppert, Anamaria Vartolomei… Distribution : Sophie Dulac Sortie : 29 juin

La Petite

Baby Doll

Lolita

de Stanley Kubrick (1962)

de Louis Malle (1978)

Baby Doll Meighan (interprétée par Carroll Baker) s’accroche à son enfance comme aux barreaux du berceau où elle s’obstine à passer ses nuits. Mariée à dix-sept ans, la jeune femme résiste chaque jour aux assauts libidineux de son époux Archie Lee (Karl Malden), lui rappelant vaillamment la promesse faite le jour des noces : l ’union ne sera pas consommée ava nt son vingtième anniversaire, qui approche à grand pas… Cette jeune femme déguisée en fillette pourrait être la cousine de l’héroïne de My Little Princess, petite fille grimée en femme fatale : deux poupées de chair, deux tristes marionnettes. ◆

C’est le maître étalon du teen movie sulfureux : Lolita, ravissante fille unique au potentiel de pin-up, multiplie devant la caméra les postures alanguies rehaussées de lunettes en forme de cœur. Un professeur sournois, Humbert Humbert, épousera la mère pour mieux posséder la fille. Dans le roman ambigu revu par le film, Nabokov explorait les fantasmes d’un cerveau malade inspiré par les mimiques d’une enfant aguicheuse, à la langueur impudique. Le film de Kubrick, jugé trop chaste à sa sortie, atteint un point d’équilibre entre la légèreté que dégage sa jeune actrice, Sue Lyons, et la figure tragique du sacrifice de la jeunesse. ◆

Violetta, la fillette du film d’Eva Ionesco, porte le souvenir de la petite Violet de Louis Malle, fille d’une prostituée de luxe : même ambivalence face à l’objectif, même poses d’adulte minaudant parmi les froufrous. Soit une maison close de La Nouvelle-Orléans au début du XXe siècle vue par les yeux d’une enfant, vendue encore vierge avant de devenir la très jeune épouse d’un photographe. Brooke Shields, dont c’est le premier rôle, est déjà le symbole de l’innocence perdue, après la parution de photos nues dans Playboy. Contournant le voyeurisme incestueux afférent à son sujet, La Petite est interdit aux moins de 18 ans à sa sortie. ◆

d’Elia Kazan (1956)

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Klap !

Steve Little sur le tournage de Wrong

EN TOURNAGE

FAUXSEMBLANTS Wr ong d e Q u e n t i n D u p i e u x Pr o d u c t i o n : Re a l i t i s m Fi l m S o r t i e : c o u r a n t 2 012

Après Rubber, manifeste de l’absurde sur un pneu tueur en série, le Français QUENTIN DUPIEUX, aka Mr. Oizo, vient d’achever le tournage de son nouveau film à Los Angeles : Wrong. On a tenté de comprendre de quoi ça cause… _Par Juliette Reitzer

«

C’est l’histoire d’un homme qui perd son chien… puis son identité », nous a confié Grégory Bernard, producteur de Quentin Dupieux chez Realitism Films. Avant de compléter, un brin flippant : « Ce film est né du cerveau malade d’un génie. » On l’aura compris, inutile d’espérer que l’auteur de Steak (en 2007, film d’anticipation sur des ados monomaniaques du lifting, avec Éric et Ramzy, Sébastien Tellier et Sebastian devant la caméra et à la B.O.) renonce à son goût pour l’absurde et la subversion. Inutile également d’essayer d’obtenir un pitch plus fourni. Mais, après une enquête approfondie (menée principalement sur le compte Twitter du cinéaste, qui planche actuellement au montage), nous pouvons affirmer

14

juin 2011

qu’il y aura dans Wrong, pêle-mêle : une lampe en forme de chien, des pompiers sexy, le visage en sang de Jack Plotnick (ici dans le rôle principal), une marionnette orange, une piscine et le soleil de la Californie. Le casting réunit également à nouveau Éric Judor, la belle Alexis Dziena (vue dans Broken Flowers) et William Fichtner (Heat, The Dark Knight) dans le rôle d’un certain Master Chang. Filmé, comme Rubber, avec un appareil photo numérique et en équipe réduite, le tournage de Wrong a duré une vingtaine de jours et s’est achevé le 10 mai. Ce jour-là, Dupieux écrivait : « This movie is my best work ever. » Lui donnera-t-on raison ? Réponse l’année prochaine. ◆

 _Par L.P.

Indiscrets de tournage 1 James Gray S’il fallait encore une preuve de la fausse retraite de Joaquin Phoenix (lire également page 28), la voici : il sera à l’affiche de Low Life, le prochain film de James Gray. Marion Cotillard y campera une immigrée polonaise obligée de se prostituer pour subvenir à ses besoins.

© Realitism Films

NEWS

2 Marc Forster Le réalisateur du dernier James Bond (Quantum of Solace, 2008) devrait entamer ce moisci le tournage de World War Z. L’occasion pour Brad Pitt de donner dans le zombie movie : il interprétera un journaliste après une invasion internationale de morts-vivants.

3 Louis Garrel En pleine préparation de son premier long métrage en tant que réalisateur, Louis Garrel retrouvera sa partenaire d’Un été brûlant de Philippe Garrel, Céline Sallette, devant la caméra de Tony Gatlif. Tournage encore secret, mais imminent.

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Klap !

Steve Little sur le tournage de Wrong

EN TOURNAGE

FAUXSEMBLANTS Wr ong d e Q u e n t i n D u p i e u x Pr o d u c t i o n : Re a l i t i s m Fi l m S o r t i e : c o u r a n t 2 012

Après Rubber, manifeste de l’absurde sur un pneu tueur en série, le Français QUENTIN DUPIEUX, aka Mr. Oizo, vient d’achever le tournage de son nouveau film à Los Angeles : Wrong. On a tenté de comprendre de quoi ça cause… _Par Juliette Reitzer

«

C’est l’histoire d’un homme qui perd son chien… puis son identité », nous a confié Grégory Bernard, producteur de Quentin Dupieux chez Realitism Films. Avant de compléter, un brin flippant : « Ce film est né du cerveau malade d’un génie. » On l’aura compris, inutile d’espérer que l’auteur de Steak (en 2007, film d’anticipation sur des ados monomaniaques du lifting, avec Éric et Ramzy, Sébastien Tellier et Sebastian devant la caméra et à la B.O.) renonce à son goût pour l’absurde et la subversion. Inutile également d’essayer d’obtenir un pitch plus fourni. Mais, après une enquête approfondie (menée principalement sur le compte Twitter du cinéaste, qui planche actuellement au montage), nous pouvons affirmer

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qu’il y aura dans Wrong, pêle-mêle : une lampe en forme de chien, des pompiers sexy, le visage en sang de Jack Plotnick (ici dans le rôle principal), une marionnette orange, une piscine et le soleil de la Californie. Le casting réunit également à nouveau Éric Judor, la belle Alexis Dziena (vue dans Broken Flowers) et William Fichtner (Heat, The Dark Knight) dans le rôle d’un certain Master Chang. Filmé, comme Rubber, avec un appareil photo numérique et en équipe réduite, le tournage de Wrong a duré une vingtaine de jours et s’est achevé le 10 mai. Ce jour-là, Dupieux écrivait : « This movie is my best work ever. » Lui donnera-t-on raison ? Réponse l’année prochaine. ◆

 _Par L.P.

Indiscrets de tournage 1 James Gray S’il fallait encore une preuve de la fausse retraite de Joaquin Phoenix (lire également page 28), la voici : il sera à l’affiche de Low Life, le prochain film de James Gray. Marion Cotillard y campera une immigrée polonaise obligée de se prostituer pour subvenir à ses besoins.

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2 Marc Forster Le réalisateur du dernier James Bond (Quantum of Solace, 2008) devrait entamer ce moisci le tournage de World War Z. L’occasion pour Brad Pitt de donner dans le zombie movie : il interprétera un journaliste après une invasion internationale de morts-vivants.

3 Louis Garrel En pleine préparation de son premier long métrage en tant que réalisateur, Louis Garrel retrouvera sa partenaire d’Un été brûlant de Philippe Garrel, Céline Sallette, devant la caméra de Tony Gatlif. Tournage encore secret, mais imminent.

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NEWS

Vidéodrome Courts, toujours

© DR

© DR

_Par L.S. et L.T.

Les Vacances d’Emmanuelle Bercot (1996)

COURT MÉTRAGE

Cross de Maryna Vroda La cinéaste ukrainienne, Palme d’or du court métrage à Cannes, filme la course existentielle d’un jeune garçon. Au cœur de la forêt, dans la clairière et sur la plage, sa caméra traque avec maîtrise les premiers pas de côté du rebelle.

© Maria Marin

ET Vingt surVINT

Le festival Côté courts fête cette année ses vingt printemps d’activisme en faveur du petit format, avec notamment une rétrospective des grands films qui y ont été programmés. _Par Donald James

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avec souvent une présentation par l’auteur lui-même, promet un voyage à travers les générations. Années 1990 : Nulle part de Laetitia Masson, Juliette + 2 de Bertrand Bonello. Années 2000 : Mods de Serge Bozon, L’Étoile violette d’Axelle Ropert, Roc et canyon de Sophie Letourneur. Instructive, cette sélection reflète la mutation du cinéma français, dans toute sa diversité. ◆

© DR

Du 15 au 26 juin dans plusieurs salles de Seine-Saint-Denis, w w w.cotecour t.org

The Shoe d’André Pour son premier court, le street artiste s’est associé au cordonnier huppé Weston. Un homme tombe les filles comme des mouches, toujours frais dans ses chausses en croco… Bercé par une élégante bande-son pop, ce film publicitaire remplit sa mission avec style.

Blush de Wim Vandekeybus (2005)

© DR

E

n vingt ans, le festival conduit par Jacky Évrard et présidé par Sylvie Pialat est devenu le rendez-vous incontournable du court métrage à Paris. Au rayon des festivités cette année, deux compétitions françaises (fiction et expérimental), un panorama des courts, un focus consacré à la vidéaste Marylène Negro, de la musique avec un concert de Lee Ranaldo (Sonic Youth) et une lecture d’Électre par Jeanne Balibar et Pierre Léon. Sans oublier la rétrospective qui donne au festival toute sa saveur. Chaque nouvelle édition nous fait ainsi découvrir une galaxie méconnue du septième art : le cinéma marocain en 2007, André S. Labarthe en 2008, l’avant-garde new-yorkaise en 2009… Cette année la programmation célèbre son anniversaire avec 20 programmes autour des films français qui ont marqué le festival de leur empreinte. Ce sera l’occasion de redécouvrir les premières œuvres de réalisateurs aujourd’hui reconnus tels que François Ozon, Valérie Mréjen ou Emmanuel Mouret. Ce programme,

The Wholly Family de Terry Gilliam Financé par une marque de pâtes italienne, The Wholly Family met en scène un petit garçon capricieux qui, suite à une punition de ses parents, se retrouve au cœur d’un cauchemar commedia dell’arte. Enlevé et burlesque.

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Vidéodrome Courts, toujours

© DR

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_Par L.S. et L.T.

Les Vacances d’Emmanuelle Bercot (1996)

COURT MÉTRAGE

Cross de Maryna Vroda La cinéaste ukrainienne, Palme d’or du court métrage à Cannes, filme la course existentielle d’un jeune garçon. Au cœur de la forêt, dans la clairière et sur la plage, sa caméra traque avec maîtrise les premiers pas de côté du rebelle.

© Maria Marin

ET Vingt surVINT

Le festival Côté courts fête cette année ses vingt printemps d’activisme en faveur du petit format, avec notamment une rétrospective des grands films qui y ont été programmés. _Par Donald James

16

juin 2011

avec souvent une présentation par l’auteur lui-même, promet un voyage à travers les générations. Années 1990 : Nulle part de Laetitia Masson, Juliette + 2 de Bertrand Bonello. Années 2000 : Mods de Serge Bozon, L’Étoile violette d’Axelle Ropert, Roc et canyon de Sophie Letourneur. Instructive, cette sélection reflète la mutation du cinéma français, dans toute sa diversité. ◆

© DR

Du 15 au 26 juin dans plusieurs salles de Seine-Saint-Denis, w w w.cotecour t.org

The Shoe d’André Pour son premier court, le street artiste s’est associé au cordonnier huppé Weston. Un homme tombe les filles comme des mouches, toujours frais dans ses chausses en croco… Bercé par une élégante bande-son pop, ce film publicitaire remplit sa mission avec style.

Blush de Wim Vandekeybus (2005)

© DR

E

n vingt ans, le festival conduit par Jacky Évrard et présidé par Sylvie Pialat est devenu le rendez-vous incontournable du court métrage à Paris. Au rayon des festivités cette année, deux compétitions françaises (fiction et expérimental), un panorama des courts, un focus consacré à la vidéaste Marylène Negro, de la musique avec un concert de Lee Ranaldo (Sonic Youth) et une lecture d’Électre par Jeanne Balibar et Pierre Léon. Sans oublier la rétrospective qui donne au festival toute sa saveur. Chaque nouvelle édition nous fait ainsi découvrir une galaxie méconnue du septième art : le cinéma marocain en 2007, André S. Labarthe en 2008, l’avant-garde new-yorkaise en 2009… Cette année la programmation célèbre son anniversaire avec 20 programmes autour des films français qui ont marqué le festival de leur empreinte. Ce sera l’occasion de redécouvrir les premières œuvres de réalisateurs aujourd’hui reconnus tels que François Ozon, Valérie Mréjen ou Emmanuel Mouret. Ce programme,

The Wholly Family de Terry Gilliam Financé par une marque de pâtes italienne, The Wholly Family met en scène un petit garçon capricieux qui, suite à une punition de ses parents, se retrouve au cœur d’un cauchemar commedia dell’arte. Enlevé et burlesque.

Retrouvez ces vidéos sur www.mk2.com

www.mk2.com

17


NEWS

Mots croisés

« Je me sens très en empathie avec l’univers de David Lynch. »

Timber Timbre, trio de Canadiens enchanteurs, sort de la forêt avec son quatrième album, Creep On, Creepin’ On. La voix habitée de Taylor Kirk y plane autour de violons gémissants et le long de riffs mélancoliques. À cette occasion, nous lui avons demandé de commenter quelques phrases en phase avec son folk-rock un peu timbré, convoquant les pouvoirs mêlés des rêves, de la musique et du cinéma.

« Dieu est vivant. La magie dans l’air. Dieu est vivant. La magie dans l’air. Dieu est dans l’air. La magie vivante. Vivant dans l’air. La magie ne meure jamais. » (Beautiful Losers de Leonard Cohen, 1966)

« Tiens, je n’ai jamais lu ce livre. Mais je suis un grand admirateur de Leonard Cohen. Souvent, je commence à écrire parce que je suis obsédé par la musique de quelqu’un d’autre. J’écoute et je réécoute et je m’amuse à travailler l’original à ma manière. Pour la chanson Lonesome Hunter, par exemple, j’étais complètement sous le charme de Memories de Leonard Cohen. Elle en est très inspirée. Quant au titre, il vient du livre de Carson McCullers, The Heart is a Lonely Hunter. Je me rends compte que j’emprunte beaucoup… »

_Propos recueillis par Laura Tuillier Illustration : Paul Bourgois

ENTRE GUILLEMETS

Promenons-nous Creep On, Creepin’ On de Timber Timbre Label : Full Time Hobby / Pias Sortie : déjà disponible

« Love me tender / Love me sweet / Never let me go / You have made my life complete / And i love you so. » ( Love me Tender d’Elvis Presley, 1956)

« L’un de mes premiers souvenirs, c’est la batterie de mon père, qu’il avait installée dans la cave de la maison. J’y allais avec un ami et on jouait Heartbreak Hotel d’Elvis. Ça a été ma première expérience du rock’n’roll. Je suis arrivé à la musique très facilement, c’est une chose pour laquelle je me suis assez rapidement senti doué, ce qui m’a encouragé à continuer. J’ai une affection particulière pour les chansons des débuts du King, leur simplicité, leur limpidité. »

« Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre avec conscience. » ( Walden ou la vie dans les bois d’Henry David Thoreau, 1854)

« J’ai enregistré mes deux premiers albums [Cedar Shakes et Medicinals, ndlr] dans la 18

mai 2011

« J’ai enregistré mes deux premiers albums dans une forêt. Je voulais m’échapper d’une réalité qui m’angoissait. » cabane en bois des parents d’un ami, dans une forêt au nord de Toronto. Je voulais m’échapper d’une réalité qui m’angoissait, je cherchais le réconfort. J’ai lu la Bible, découvert l’Anthology of American Folk Music et des vieux disques de musique spirituelle. Le nom Timber Timbre m’est venu à ce moment-là, en référence au son du bois qui m’entourait et avec lequel je faisais de la musique. J’avoue que je préférerais ne pas avoir à faire de scène… Je serais très heureux de simplement faire ma musique dans la cabane. »

« Harry, je ne sais pas où tout ça va nous mener, mais je sens que ce sera dans un endroit à la fois étrange et merveilleux. » (Dale Cooper dans Twin Peaks de David Lynch, 1991)

« Ha ha ha. On aime ce type. C’est marrant, parce que juste avant de venir en France, on a regardé des films de Lynch avec le groupe. Blue Velvet, Lost Highway et Mulholland Drive, trois soirs de suite. Ce qui me fascine chez lui, c’est qu’il arrive à filmer l’ordinaire de façon à ce que ça paraisse totalement singulier, effrayant. Je me sens très en empathie avec son univers. J’ai vu une vidéo où il décrit son cauchemar récurrent : il est dans un garage et un pneu roule d’un bout à l’autre d’une étagère, sans jamais s’arrêter. J’aurais pu faire ce rêve ! »

« Je me suis perdu dans la nuit fraîche et humide / Je me suis abandonné dans la lumière brumeuse / Hypnotisé par un étrange délice / Sous le lilas. » (Lilac Wine de James Shelton, interprété par Jeff Buckley en 1994)

« Très bon choix. Je suis un grand fan de cette chanson et son album Grace a été un événement musical fondateur pour moi. Je me souviens qu’ado, avec une amie qui étudiait l’opéra, nous avions préparé une reprise d’Hallelujah pour un concert de Noël. Je jouais de la guitare et elle chantait. C’était un de mes premiers concerts, une des premières fois que je jouais de la guitare devant des gens ; je me souviens d’une immense émotion. » ◆

La réplique

« Je vais pas me taper trois tatas Monique à mon mariage alors que j’en ai jamais rencontré une seule ! » Pourquoi tu pleures ? de Katia Lewkowicz (en salles le 15 juin)

La phrase

« Joey Sfar met sa BD sur grand écran. » (Nice-Matin.com, le 1er juin)

Statuts quotes Sélection des meilleurs statuts du mois sur le web

Christophe : Valls à la place de Strauss, manque plus qu’André Rieu. Johanna : Vous avez un peu la flemme d’aller à un concert, vous êtes en retard, vous n’avez pas trop le temps, je vous propose la série des concerts à reporter. Thomas : On a highway to Dell. Clémentine : FAIL Dunawaye. Benjamin : Après le Festival de Kahn, la foire du Tron. Raphael : FedeRER B. Martine : Honi soit qui Malick pense. Rosa : Sept mois et demi de grossesse : en mode fat and furious. Christophe : C’est con pour Borloo et Hulot, ils auraient fait du bon bulot. Nestor : Je pige pas pourquoi le FN en veut à Georges Tron, pourtant c’est un Français de souche. Thomas : Pense produire le premier porno islamiste hardcore de l’histoire : ça s’appellera Salafiste Fucking. Christophe : Proposition de titre pour Le Nouveau Détective : « Entretenu par sa femme, il viole une femme d’entretien. » Franck : Ah la la, les éléphants du PS, faudrait leur ligaturer les trompes. Robert : Ben Laden passait tout son temps sur YouYou Porn. Nestor: Jean-Paul Groove


NEWS

Mots croisés

« Je me sens très en empathie avec l’univers de David Lynch. »

Timber Timbre, trio de Canadiens enchanteurs, sort de la forêt avec son quatrième album, Creep On, Creepin’ On. La voix habitée de Taylor Kirk y plane autour de violons gémissants et le long de riffs mélancoliques. À cette occasion, nous lui avons demandé de commenter quelques phrases en phase avec son folk-rock un peu timbré, convoquant les pouvoirs mêlés des rêves, de la musique et du cinéma.

« Dieu est vivant. La magie dans l’air. Dieu est vivant. La magie dans l’air. Dieu est dans l’air. La magie vivante. Vivant dans l’air. La magie ne meure jamais. » (Beautiful Losers de Leonard Cohen, 1966)

« Tiens, je n’ai jamais lu ce livre. Mais je suis un grand admirateur de Leonard Cohen. Souvent, je commence à écrire parce que je suis obsédé par la musique de quelqu’un d’autre. J’écoute et je réécoute et je m’amuse à travailler l’original à ma manière. Pour la chanson Lonesome Hunter, par exemple, j’étais complètement sous le charme de Memories de Leonard Cohen. Elle en est très inspirée. Quant au titre, il vient du livre de Carson McCullers, The Heart is a Lonely Hunter. Je me rends compte que j’emprunte beaucoup… »

_Propos recueillis par Laura Tuillier Illustration : Paul Bourgois

ENTRE GUILLEMETS

Promenons-nous Creep On, Creepin’ On de Timber Timbre Label : Full Time Hobby / Pias Sortie : déjà disponible

« Love me tender / Love me sweet / Never let me go / You have made my life complete / And i love you so. » ( Love me Tender d’Elvis Presley, 1956)

« L’un de mes premiers souvenirs, c’est la batterie de mon père, qu’il avait installée dans la cave de la maison. J’y allais avec un ami et on jouait Heartbreak Hotel d’Elvis. Ça a été ma première expérience du rock’n’roll. Je suis arrivé à la musique très facilement, c’est une chose pour laquelle je me suis assez rapidement senti doué, ce qui m’a encouragé à continuer. J’ai une affection particulière pour les chansons des débuts du King, leur simplicité, leur limpidité. »

« Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre avec conscience. » ( Walden ou la vie dans les bois d’Henry David Thoreau, 1854)

« J’ai enregistré mes deux premiers albums [Cedar Shakes et Medicinals, ndlr] dans la 18

mai 2011

« J’ai enregistré mes deux premiers albums dans une forêt. Je voulais m’échapper d’une réalité qui m’angoissait. » cabane en bois des parents d’un ami, dans une forêt au nord de Toronto. Je voulais m’échapper d’une réalité qui m’angoissait, je cherchais le réconfort. J’ai lu la Bible, découvert l’Anthology of American Folk Music et des vieux disques de musique spirituelle. Le nom Timber Timbre m’est venu à ce moment-là, en référence au son du bois qui m’entourait et avec lequel je faisais de la musique. J’avoue que je préférerais ne pas avoir à faire de scène… Je serais très heureux de simplement faire ma musique dans la cabane. »

« Harry, je ne sais pas où tout ça va nous mener, mais je sens que ce sera dans un endroit à la fois étrange et merveilleux. » (Dale Cooper dans Twin Peaks de David Lynch, 1991)

« Ha ha ha. On aime ce type. C’est marrant, parce que juste avant de venir en France, on a regardé des films de Lynch avec le groupe. Blue Velvet, Lost Highway et Mulholland Drive, trois soirs de suite. Ce qui me fascine chez lui, c’est qu’il arrive à filmer l’ordinaire de façon à ce que ça paraisse totalement singulier, effrayant. Je me sens très en empathie avec son univers. J’ai vu une vidéo où il décrit son cauchemar récurrent : il est dans un garage et un pneu roule d’un bout à l’autre d’une étagère, sans jamais s’arrêter. J’aurais pu faire ce rêve ! »

« Je me suis perdu dans la nuit fraîche et humide / Je me suis abandonné dans la lumière brumeuse / Hypnotisé par un étrange délice / Sous le lilas. » (Lilac Wine de James Shelton, interprété par Jeff Buckley en 1994)

« Très bon choix. Je suis un grand fan de cette chanson et son album Grace a été un événement musical fondateur pour moi. Je me souviens qu’ado, avec une amie qui étudiait l’opéra, nous avions préparé une reprise d’Hallelujah pour un concert de Noël. Je jouais de la guitare et elle chantait. C’était un de mes premiers concerts, une des premières fois que je jouais de la guitare devant des gens ; je me souviens d’une immense émotion. » ◆

La réplique

« Je vais pas me taper trois tatas Monique à mon mariage alors que j’en ai jamais rencontré une seule ! » Pourquoi tu pleures ? de Katia Lewkowicz (en salles le 15 juin)

La phrase

« Joey Sfar met sa BD sur grand écran. » (Nice-Matin.com, le 1er juin)

Statuts quotes Sélection des meilleurs statuts du mois sur le web

Christophe : Valls à la place de Strauss, manque plus qu’André Rieu. Johanna : Vous avez un peu la flemme d’aller à un concert, vous êtes en retard, vous n’avez pas trop le temps, je vous propose la série des concerts à reporter. Thomas : On a highway to Dell. Clémentine : FAIL Dunawaye. Benjamin : Après le Festival de Kahn, la foire du Tron. Raphael : FedeRER B. Martine : Honi soit qui Malick pense. Rosa : Sept mois et demi de grossesse : en mode fat and furious. Christophe : C’est con pour Borloo et Hulot, ils auraient fait du bon bulot. Nestor : Je pige pas pourquoi le FN en veut à Georges Tron, pourtant c’est un Français de souche. Thomas : Pense produire le premier porno islamiste hardcore de l’histoire : ça s’appellera Salafiste Fucking. Christophe : Proposition de titre pour Le Nouveau Détective : « Entretenu par sa femme, il viole une femme d’entretien. » Franck : Ah la la, les éléphants du PS, faudrait leur ligaturer les trompes. Robert : Ben Laden passait tout son temps sur YouYou Porn. Nestor: Jean-Paul Groove


NEWS

Télécomando le caméo

© Jeffrey Mayer/Wire Image

Danny Trejo dans Sons of Anarchy Avec Ron Perlman en régulier et une belle collection de gueules cassées au guidon de ses bécanes, la série la plus badass de la télé se devait d’accueillir un jour Machete en personne. Trejo apparaîtra en saison 4 dans une poignée d’épisodes, jouant le rôle d’un ancien militaire mexicain désormais en cheville avec les Sons. Le comédien a également été aperçu cette année dans Modern Family et Bones. Mais on se souvient surtout de son passage un peu plus tôt dans Breaking Bad, en malfrat malmené par… une tortue. _G.R.

SÉRIE TV

Drôle de drame

Faut-il souffrir pour être drôle ? Oui, et pas qu’un peu, répond le comique Louis C.K. dans le mordant Louie, irrésistible vrai-faux journal intime d’un quadra dépressif et attachant, qui attaque sa deuxième saison aux États-Unis. _Par Guillaume Regourd

L ouie C h a î n e : F X ( Ét a t s - U n i s) D i f f u s i o n : s a i s o n 2 à p a r t i r d u 2 3 j u i n

© 2010 FX Networks LLC

Q

uand on demandait à Francis Blanche d’expliquer la mécanique du rire, il bottait en touche d’un élégant : « Je n’y suis pour Bergson. » Louis C.K., légende vivante du stand-up new-yorkais, prend, lui, la question à bras le corps pour en tirer un hilarant ovni. Louie, comédie lancée l’an passé sur la chaîne FX et qui revient ce mois-ci en saison 2, se présente comme un collage artisanal d’extraits de ses spectacles et de saynètes prises sur le vif. Ces tranches de vie le montrent rarement à son avantage : rendez-vous galants désastreux, consultations traumatisantes chez un médecin tortionnaire ou souvenirs d’enfance douloureux chez les bonnes sœurs. Le contraste est saisissant entre la bête de scène qui vitupère sur les planches en piétinant le politiquement correct (jusqu’à insulter vio-

lemment une spectatrice dans une séquence sidérante), et la détresse d’animal blessé qu’il donne à voir dans son quotidien. Ce divorcé, papa de deux gamines, s’y révèle maladroit et dépressif, complexé jusqu’à la névrose par son âge et la bedaine qui va avec. Louis C.K. ne se fait pas de

Zapping

juin 2011

Engrenages La série française Engrenages (Canal+) sera-t-elle bientôt adaptée aux États-Unis ? Selon Le Film français, la créatrice de Cold Case, Meredith Stiehm, travaillerait sur un remake situé à Philadelphie pour le compte de BBC America. © Canal+

Mister T Vêtement indémodable par excellence, le tee-shirt fête ses 50 ans. Le 29 juin, Canal+ lui consacre pour l’occasion un documentaire intitulé T-Shirt Stories, réalisé par Dimitri Pailhe et Julien Potart, qui retrace son histoire en donnant la parole à des témoins clés. © DR

© MK2 Diffusion

 _ Par G.R.

Ashton Kutcher Le feuilleton du printemps est terminé. On connaît le remplaçant de Charlie Sheen dans la sitcom à succès Mon Oncle Charlie (qui va du coup devoir changer de titre français) : c’est Ashton Kutcher (Toy Boy, Valentine’s Day) qui a été choisi pour au moins une saison.

20

cadeau, naviguant entre autoflagellation, farce à la Curb Your Enthusiasm et surréalisme. Ce faisant, il valide héroïquement l’hypothèse selon laquelle, sur l’autel de la grande comédie, l’humoriste doit savoir sacrifier jusqu’à son amour-propre. Loué soit Louis. ◆


NEWS

Télécomando le caméo

© Jeffrey Mayer/Wire Image

Danny Trejo dans Sons of Anarchy Avec Ron Perlman en régulier et une belle collection de gueules cassées au guidon de ses bécanes, la série la plus badass de la télé se devait d’accueillir un jour Machete en personne. Trejo apparaîtra en saison 4 dans une poignée d’épisodes, jouant le rôle d’un ancien militaire mexicain désormais en cheville avec les Sons. Le comédien a également été aperçu cette année dans Modern Family et Bones. Mais on se souvient surtout de son passage un peu plus tôt dans Breaking Bad, en malfrat malmené par… une tortue. _G.R.

SÉRIE TV

Drôle de drame

Faut-il souffrir pour être drôle ? Oui, et pas qu’un peu, répond le comique Louis C.K. dans le mordant Louie, irrésistible vrai-faux journal intime d’un quadra dépressif et attachant, qui attaque sa deuxième saison aux États-Unis. _Par Guillaume Regourd

L ouie C h a î n e : F X ( Ét a t s - U n i s) D i f f u s i o n : s a i s o n 2 à p a r t i r d u 2 3 j u i n

© 2010 FX Networks LLC

Q

uand on demandait à Francis Blanche d’expliquer la mécanique du rire, il bottait en touche d’un élégant : « Je n’y suis pour Bergson. » Louis C.K., légende vivante du stand-up new-yorkais, prend, lui, la question à bras le corps pour en tirer un hilarant ovni. Louie, comédie lancée l’an passé sur la chaîne FX et qui revient ce mois-ci en saison 2, se présente comme un collage artisanal d’extraits de ses spectacles et de saynètes prises sur le vif. Ces tranches de vie le montrent rarement à son avantage : rendez-vous galants désastreux, consultations traumatisantes chez un médecin tortionnaire ou souvenirs d’enfance douloureux chez les bonnes sœurs. Le contraste est saisissant entre la bête de scène qui vitupère sur les planches en piétinant le politiquement correct (jusqu’à insulter vio-

lemment une spectatrice dans une séquence sidérante), et la détresse d’animal blessé qu’il donne à voir dans son quotidien. Ce divorcé, papa de deux gamines, s’y révèle maladroit et dépressif, complexé jusqu’à la névrose par son âge et la bedaine qui va avec. Louis C.K. ne se fait pas de

Zapping

juin 2011

Engrenages La série française Engrenages (Canal+) sera-t-elle bientôt adaptée aux États-Unis ? Selon Le Film français, la créatrice de Cold Case, Meredith Stiehm, travaillerait sur un remake situé à Philadelphie pour le compte de BBC America. © Canal+

Mister T Vêtement indémodable par excellence, le tee-shirt fête ses 50 ans. Le 29 juin, Canal+ lui consacre pour l’occasion un documentaire intitulé T-Shirt Stories, réalisé par Dimitri Pailhe et Julien Potart, qui retrace son histoire en donnant la parole à des témoins clés. © DR

© MK2 Diffusion

 _ Par G.R.

Ashton Kutcher Le feuilleton du printemps est terminé. On connaît le remplaçant de Charlie Sheen dans la sitcom à succès Mon Oncle Charlie (qui va du coup devoir changer de titre français) : c’est Ashton Kutcher (Toy Boy, Valentine’s Day) qui a été choisi pour au moins une saison.

20

cadeau, naviguant entre autoflagellation, farce à la Curb Your Enthusiasm et surréalisme. Ce faisant, il valide héroïquement l’hypothèse selon laquelle, sur l’autel de la grande comédie, l’humoriste doit savoir sacrifier jusqu’à son amour-propre. Loué soit Louis. ◆


NEWS

Œil pour œil

Frère et sœur Après six années d’absence, DOMINIK MOLL revient avec l’adaptation d’un roman sulfureux du XVIIIe siècle. En contant la déchéance d’un moine en proie aux tentations pécheresses, son film rappelle un autre calvaire : celui de La Religieuse de Jacques Rivette. _Par Yann François

© Diaphana

22

juin 2011

adaptait un roman de Diderot. Comment ne pas penser, en voyant Ambrosio saisi de doute face au crucifix, au personnage joué par Anna Karina qui, bafouée par ses congénères, se jetait au sol, la robe en lambeaux, et se signait devant la croix comme pour implorer un pardon divin ? Victimes des dérives de l’enfermement ecclésiastique, sœur Suzanne et frère Ambrosio apparaissent ainsi comme les deux facettes complémentaires d’un même cloître existentiel. ◆ Le Moi ne d e D o m i n i k M o l l Ave c : V i n c e n t Ca s s e l , D é b o r a h Fr a n ç o i s… D i s t r i b u t i o n : D i a p h a n a D u r é e : 1h 41 S o r t i e : 13 j u i l l e t © Rue des Archives

O

n croyait le réalisateur d’Harry, un ami qui vous veut du bien tributaire à vie d’une filiation hitchcockienne. Changement de cap drastique (quoique ?) pour Dominik Moll, qui adapte ici le cultissime The Monk de Matthew G. Lewis, pionnier de la littérature gothique au XVIIIe siècle. L’histoire, publiée en 1796, est celle de frère Ambrosio (Vincent Cassel, troublant d’ambiguïté), orphelin recueilli et élevé par une communauté de moines. Éduqué dans l’abstinence et la dévotion, il voit son quotidien chamboulé par d’étranges phénomènes qui, en plus de le soumettre à des tentations inédites, ébranleront toutes ses croyances. Très vite, certaines scènes évoquent La  Religieuse de Jacques Rivette (1967), grand film sur la crise de foi qui

www.mk2.com

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NEWS

Œil pour œil

Frère et sœur Après six années d’absence, DOMINIK MOLL revient avec l’adaptation d’un roman sulfureux du XVIIIe siècle. En contant la déchéance d’un moine en proie aux tentations pécheresses, son film rappelle un autre calvaire : celui de La Religieuse de Jacques Rivette. _Par Yann François

© Diaphana

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juin 2011

adaptait un roman de Diderot. Comment ne pas penser, en voyant Ambrosio saisi de doute face au crucifix, au personnage joué par Anna Karina qui, bafouée par ses congénères, se jetait au sol, la robe en lambeaux, et se signait devant la croix comme pour implorer un pardon divin ? Victimes des dérives de l’enfermement ecclésiastique, sœur Suzanne et frère Ambrosio apparaissent ainsi comme les deux facettes complémentaires d’un même cloître existentiel. ◆ Le Moi ne d e D o m i n i k M o l l Ave c : V i n c e n t Ca s s e l , D é b o r a h Fr a n ç o i s… D i s t r i b u t i o n : D i a p h a n a D u r é e : 1h 41 S o r t i e : 13 j u i l l e t © Rue des Archives

O

n croyait le réalisateur d’Harry, un ami qui vous veut du bien tributaire à vie d’une filiation hitchcockienne. Changement de cap drastique (quoique ?) pour Dominik Moll, qui adapte ici le cultissime The Monk de Matthew G. Lewis, pionnier de la littérature gothique au XVIIIe siècle. L’histoire, publiée en 1796, est celle de frère Ambrosio (Vincent Cassel, troublant d’ambiguïté), orphelin recueilli et élevé par une communauté de moines. Éduqué dans l’abstinence et la dévotion, il voit son quotidien chamboulé par d’étranges phénomènes qui, en plus de le soumettre à des tentations inédites, ébranleront toutes ses croyances. Très vite, certaines scènes évoquent La  Religieuse de Jacques Rivette (1967), grand film sur la crise de foi qui

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Faire-part

© Giovanni Cocco/VII Mentor Program

NEWS

Burladies par Giavonni Cocco

NAISSANCE

CHAUMONT MUST GO ON Profitant d’un créneau encore peu courtisé, la première édition des Nuits photographiques investit les Buttes-Chaumont jusqu’au 24 juin. Rencontre d’arts complémentaires, le festival propose une programmation de 26 films photographiques lors de projections hebdomadaires et gratuites. Récit d’une éclosion. _Par Laura Pertuy

Les Nuits photographiques tous les vendredis de 20h à 0h30 jusqu’au 24 juin parc des Buttes-Chaumont, entrée libre www.lesnuitsphotographiques.com

I

nitié par l’association Arttakt, ce festival balbutiant mise sur la programmation de films photographiques aux formes diverses : webdocumentaires, timelaps, « petites œuvres multimédias »… En ce vendredi 3 juin, après un before tonitruant au Pavillon du Lac animé par le label La Dame Noir,

c’est une fourmilière qui se presse face à l’écran, non loin du superbe temple de la Sybille. Chaque semaine, un film est élu par le public et concoure pour le prix final, remis le 24 juin, date à laquelle le jury professionnel récompensera également son œuvre favorite. Le vin blanc dévale déjà la dune où sont allongés les spectateurs quand les projections commencent. Le collectif Argos, invité du jour avec Photographie. com, présente le reportage Cuatro Horas, plongée frémissante dans

Le carnet

24

juin 2011

Décès Le poète et musicien afro-américain Gil Scott-Heron (The Revolution Will Not Be Televised…) vient de s’éteindre à l’âge de 62 ans. En France, le critique de cinéma Michel Boujut, créateur de l’émission Cinéma, Cinémas, est décédé à 71 ans, de même que le comédien Philippe Garrel, 88 ans, père de Philippe et grand-père de Louis.

© Roberta Parkin/Redferns

Renaissance La 39e édition du Festival du film de La Rochelle (du 1er au 10 juillet) rendra hommage au cinéaste américain David Lean en projetant l’intégrale de ses films – dont six ressortent en salles le 6 juillet. Le scénariste Jean-Claude Carrière sera également présent pour présenter ses collaborations avec Étaix, Buñuel ou Forman.

© Carlotta

 _ Par L.T.

© DR

Naissance Les 17 et 18 juin, le Forum des images célèbre la première édition du Mashup Film Festival, dédié aux collages, montages et autres détournements visuels. Profitant des ressources numériques offertes par Internet, les smartphones et consorts, professionnels et amateurs viendront présenter leurs créations hybrides.

une coopérative de mineurs péruviens. Diaporama commenté ou texte mis en image, la frontière entre les arts n’a jamais été aussi ténue. On retiendra aussi l’esthétique clinique d’Ulrich Lebeuf (Alaska Highway) et le surprenant Atomic City de Micha Patault. La soirée se conclut sur La Jetée de Chris Marker, plongée expérimentale dans le souvenir. Des instantanés narratifs à la croisée des arts visuels que l’on prolongera jusqu’aux premières heures de l’été. ◆


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NAISSANCE

CHAUMONT MUST GO ON Profitant d’un créneau encore peu courtisé, la première édition des Nuits photographiques investit les Buttes-Chaumont jusqu’au 24 juin. Rencontre d’arts complémentaires, le festival propose une programmation de 26 films photographiques lors de projections hebdomadaires et gratuites. Récit d’une éclosion. _Par Laura Pertuy

Les Nuits photographiques tous les vendredis de 20h à 0h30 jusqu’au 24 juin parc des Buttes-Chaumont, entrée libre www.lesnuitsphotographiques.com

I

nitié par l’association Arttakt, ce festival balbutiant mise sur la programmation de films photographiques aux formes diverses : webdocumentaires, timelaps, « petites œuvres multimédias »… En ce vendredi 3 juin, après un before tonitruant au Pavillon du Lac animé par le label La Dame Noir,

c’est une fourmilière qui se presse face à l’écran, non loin du superbe temple de la Sybille. Chaque semaine, un film est élu par le public et concoure pour le prix final, remis le 24 juin, date à laquelle le jury professionnel récompensera également son œuvre favorite. Le vin blanc dévale déjà la dune où sont allongés les spectateurs quand les projections commencent. Le collectif Argos, invité du jour avec Photographie. com, présente le reportage Cuatro Horas, plongée frémissante dans

Le carnet

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juin 2011

Décès Le poète et musicien afro-américain Gil Scott-Heron (The Revolution Will Not Be Televised…) vient de s’éteindre à l’âge de 62 ans. En France, le critique de cinéma Michel Boujut, créateur de l’émission Cinéma, Cinémas, est décédé à 71 ans, de même que le comédien Philippe Garrel, 88 ans, père de Philippe et grand-père de Louis.

© Roberta Parkin/Redferns

Renaissance La 39e édition du Festival du film de La Rochelle (du 1er au 10 juillet) rendra hommage au cinéaste américain David Lean en projetant l’intégrale de ses films – dont six ressortent en salles le 6 juillet. Le scénariste Jean-Claude Carrière sera également présent pour présenter ses collaborations avec Étaix, Buñuel ou Forman.

© Carlotta

 _ Par L.T.

© DR

Naissance Les 17 et 18 juin, le Forum des images célèbre la première édition du Mashup Film Festival, dédié aux collages, montages et autres détournements visuels. Profitant des ressources numériques offertes par Internet, les smartphones et consorts, professionnels et amateurs viendront présenter leurs créations hybrides.

une coopérative de mineurs péruviens. Diaporama commenté ou texte mis en image, la frontière entre les arts n’a jamais été aussi ténue. On retiendra aussi l’esthétique clinique d’Ulrich Lebeuf (Alaska Highway) et le surprenant Atomic City de Micha Patault. La soirée se conclut sur La Jetée de Chris Marker, plongée expérimentale dans le souvenir. Des instantanés narratifs à la croisée des arts visuels que l’on prolongera jusqu’aux premières heures de l’été. ◆


NEWS

Pôle emploi

Avec Insidious et bientôt le prequel de La Planète des singes, le directeur artistique Aaron Sims conforte sa réputation de maître de l’étrange et de l’abject, acquise avec Saw et Black Swan. Petit tour d’horizon de la galerie des horreurs d’une star du design sur grand écran.

Dessin préparatoire pour Insidious de James Wan

Insidious de James Wan Avec : Patrick Wilson, Ty Simpkins… Distribution : Wild Bunch Sortie : 15 juin

C

’ est en convertissant Steven Spielberg aux joies du design informatique à l’occasion de la création des robots déglingués d’A.I. (2001) qu’Aaron Sims s’est fait un nom à Hollywood. Mais les amateurs de monstres avaient déjà cet artiste-peintre adepte de la 3D dans le viseur : c’est en effet à lui que l’on devait les aliens dopés à la caféine de Men in Black, ou encore la transposition des caricatures du Dr Seuss pour Le Grinch et Le Chat Chapeauté. Depuis ces premiers coups d’éclat, le surdoué a fait du chemin : il a fondé sa compagnie, The Aaron Sims Company, réunissant sous le même toit les meilleurs designers en activité, et a lié des relations privilégiées avec la plupart des réalisateurs qui ont fait appel à ses services. Ainsi, le Français Louis Leterrier ne tarit pas d’éloge à son égard depuis que Sims a imaginé le look des bestiaires de L’Incroyable Hulk et du Choc des titans. Cette stratégie sembler payer, puisque le designer

26

mai 2011

C’est à lui qu’on doit les Worm Guys dopés à la caféine de Men in Black. est aujourd’hui une figure incontournable des blockbusters : dans les mois qui viennent, il apparaîtra ainsi aux génériques de Transformers 3, Green Lantern, les prequels de La Planète des singes et The Thing, ou encore le prochain Spider-Man. Excusez du peu. Déformations professionnelles Cinéphile curieux, Aaron Sims ne se contente heureusement pas d’encaisser les chèques dodus des majors. Récemment, il a ainsi revu ses tarifs à la baisse pour créer les transformations de Natalie Portman dans Black Swan de Darren Aronofsky. « Pour moi, le design d’un personnage doit toujours être guidé par son état intérieur, nous explique-t-il. À ce titre, Black Swan était un défi passionnant puisque je devais à la fois créer l’apparence du cygne blanc et du cygne

© DR

_Par Julien Dupuy

1986 Aaron Sims fait ses débuts à Hollywood avec les effets spéciaux d’Aux portes de l’au-delà de Stuart Gordon. 1990 Il décroche son premier poste à responsabilité en tant que peintre principal des marionnettes de Gremlins 2. 2001 Suite au succès d’A.I., Aaron Sims est placé à la tête de la société d’effets spéciaux visuels Stan Winston Digital. 2007 Il prend son indépendance en créant The Aaron Sims Company et la société de production White Rock Lake. 2011 Il réalise son troisième court, Archetype, destiné à être développé en long métrage. Et apparaît au générique de nombreux films de l’été, dont La Planète des singes : les origines.

« Black Swan était un défi, je devais traduire graphiquement la schizophrénie du personnage. » noir. Autrement dit, je devais visualiser les deux facettes opposées du même personnage, traduire graphiquement sa schizophrénie. » Cette année, sa virée chez les indépendants sera surtout marquée par son travail sur Insidious, une série B dans laquelle de jeunes parents affrontent des démons évadés de l’au-delà pour emporter l’âme de leur fils – et révéler au passage quelques sombres secrets sur leur microcosme familial. Troisième collaboration entre Aaron Sims et James Wan, le réalisateur de Saw, Insidious est surtout le premier film où le designer virtuel se charge de la totalité de la direction artistique : décors, storyboard, repérages… même les plus petits accessoires portent sa patte. « Tous les dessins que vous voyez dans le film, qu’il s’agisse de ceux de l’enfant ou des croquis des spécialistes des phénomènes paranormaux, sont de moi ! » Une charge de travail d’autant plus lourde à assumer que le tournage s’est

fait avec un budget de misère : 1,5 million de dollars, soit le coût d’un film intimiste indépendant aux ÉtatsUnis. « On me demande souvent de travailler sur des films à tout petit budget, ce qui est délicat lorsque l’on a une société à faire tourner. Dans le cas présent, nous avons trouvé un compromis grâce auquel je pouvais investir dans le film sans me ruiner. » Résultat, Aaron Sims est également coproducteur d’Insidious… qui pour son bonheur est devenu l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma en remportant plus de 35 fois sa mise sur le seul territoire nordaméricain. « En dehors de l’aspect financier, Insidious a d’ores et déjà des répercussions formidables sur ma compagnie et me permet de concrétiser mes projets les plus chers. » Car Aaron Sims ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : il travaille actuellement à son premier film en tant que réalisateur. ◆

_C.G.

La technique

Poser un lapin Comment tourner un film dont le héros, un lapin de Pâques virtuel, designé par Peter de Sève, est absent du plateau ? Tel est le casse-tête que dut résoudre l’équipe de la comédie pour enfants Hop. Pour ça, il lui a fallu être inventive : en guise de lapin, les comédiens portaient des sacs de haricots secs dont le poids correspondait à celui du mammifère. Parfois, c’est le superviseur de l’animation, Chris Bailey, qui manipulait une marionnette à tiges sur le plateau. Et quand le lapin était censé se cacher dans un sac à dos, l’équipe des effets spéciaux a construit une machinerie radiocontrôlée qui déformait le tissu comme l’aurait fait l’animal. _J.D.

Hop de Tim Hill // Sortie le 6 juillet

www.mk2.com

©2011 Universal Studios.

Démons et merveilles

© 2000-2008 Aaron Sims, all rights reserved.

LE PROFESSIONNEL

Malick hué à Cannes Cannes, lundi 16 mai 2011, 8h30 : le film le plus attendu de l’année, future Palme d’or, est montré pour la première fois à la face du monde. Avant même le générique de fin, alors que les 2h18 de The Tree of Life se dissolvent dans un ultime faisceau de lumière ondulant, des sifflets impatients se font entendre dans la grande salle du théâtre Lumière. Une injustice réparée le soir même, lorsque le cinéaste farouche, après avoir joué à cache-cache sur la Croisette, fait une apparition à la projection officielle (une photo volée en atteste), très applaudie. Ouf.

Merie Wallace © Cottonwood Pictures LLC

Brêve de projo

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NEWS

Pôle emploi

Avec Insidious et bientôt le prequel de La Planète des singes, le directeur artistique Aaron Sims conforte sa réputation de maître de l’étrange et de l’abject, acquise avec Saw et Black Swan. Petit tour d’horizon de la galerie des horreurs d’une star du design sur grand écran.

Dessin préparatoire pour Insidious de James Wan

Insidious de James Wan Avec : Patrick Wilson, Ty Simpkins… Distribution : Wild Bunch Sortie : 15 juin

C

’ est en convertissant Steven Spielberg aux joies du design informatique à l’occasion de la création des robots déglingués d’A.I. (2001) qu’Aaron Sims s’est fait un nom à Hollywood. Mais les amateurs de monstres avaient déjà cet artiste-peintre adepte de la 3D dans le viseur : c’est en effet à lui que l’on devait les aliens dopés à la caféine de Men in Black, ou encore la transposition des caricatures du Dr Seuss pour Le Grinch et Le Chat Chapeauté. Depuis ces premiers coups d’éclat, le surdoué a fait du chemin : il a fondé sa compagnie, The Aaron Sims Company, réunissant sous le même toit les meilleurs designers en activité, et a lié des relations privilégiées avec la plupart des réalisateurs qui ont fait appel à ses services. Ainsi, le Français Louis Leterrier ne tarit pas d’éloge à son égard depuis que Sims a imaginé le look des bestiaires de L’Incroyable Hulk et du Choc des titans. Cette stratégie sembler payer, puisque le designer

26

mai 2011

C’est à lui qu’on doit les Worm Guys dopés à la caféine de Men in Black. est aujourd’hui une figure incontournable des blockbusters : dans les mois qui viennent, il apparaîtra ainsi aux génériques de Transformers 3, Green Lantern, les prequels de La Planète des singes et The Thing, ou encore le prochain Spider-Man. Excusez du peu. Déformations professionnelles Cinéphile curieux, Aaron Sims ne se contente heureusement pas d’encaisser les chèques dodus des majors. Récemment, il a ainsi revu ses tarifs à la baisse pour créer les transformations de Natalie Portman dans Black Swan de Darren Aronofsky. « Pour moi, le design d’un personnage doit toujours être guidé par son état intérieur, nous explique-t-il. À ce titre, Black Swan était un défi passionnant puisque je devais à la fois créer l’apparence du cygne blanc et du cygne

© DR

_Par Julien Dupuy

1986 Aaron Sims fait ses débuts à Hollywood avec les effets spéciaux d’Aux portes de l’au-delà de Stuart Gordon. 1990 Il décroche son premier poste à responsabilité en tant que peintre principal des marionnettes de Gremlins 2. 2001 Suite au succès d’A.I., Aaron Sims est placé à la tête de la société d’effets spéciaux visuels Stan Winston Digital. 2007 Il prend son indépendance en créant The Aaron Sims Company et la société de production White Rock Lake. 2011 Il réalise son troisième court, Archetype, destiné à être développé en long métrage. Et apparaît au générique de nombreux films de l’été, dont La Planète des singes : les origines.

« Black Swan était un défi, je devais traduire graphiquement la schizophrénie du personnage. » noir. Autrement dit, je devais visualiser les deux facettes opposées du même personnage, traduire graphiquement sa schizophrénie. » Cette année, sa virée chez les indépendants sera surtout marquée par son travail sur Insidious, une série B dans laquelle de jeunes parents affrontent des démons évadés de l’au-delà pour emporter l’âme de leur fils – et révéler au passage quelques sombres secrets sur leur microcosme familial. Troisième collaboration entre Aaron Sims et James Wan, le réalisateur de Saw, Insidious est surtout le premier film où le designer virtuel se charge de la totalité de la direction artistique : décors, storyboard, repérages… même les plus petits accessoires portent sa patte. « Tous les dessins que vous voyez dans le film, qu’il s’agisse de ceux de l’enfant ou des croquis des spécialistes des phénomènes paranormaux, sont de moi ! » Une charge de travail d’autant plus lourde à assumer que le tournage s’est

fait avec un budget de misère : 1,5 million de dollars, soit le coût d’un film intimiste indépendant aux ÉtatsUnis. « On me demande souvent de travailler sur des films à tout petit budget, ce qui est délicat lorsque l’on a une société à faire tourner. Dans le cas présent, nous avons trouvé un compromis grâce auquel je pouvais investir dans le film sans me ruiner. » Résultat, Aaron Sims est également coproducteur d’Insidious… qui pour son bonheur est devenu l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma en remportant plus de 35 fois sa mise sur le seul territoire nordaméricain. « En dehors de l’aspect financier, Insidious a d’ores et déjà des répercussions formidables sur ma compagnie et me permet de concrétiser mes projets les plus chers. » Car Aaron Sims ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : il travaille actuellement à son premier film en tant que réalisateur. ◆

_C.G.

La technique

Poser un lapin Comment tourner un film dont le héros, un lapin de Pâques virtuel, designé par Peter de Sève, est absent du plateau ? Tel est le casse-tête que dut résoudre l’équipe de la comédie pour enfants Hop. Pour ça, il lui a fallu être inventive : en guise de lapin, les comédiens portaient des sacs de haricots secs dont le poids correspondait à celui du mammifère. Parfois, c’est le superviseur de l’animation, Chris Bailey, qui manipulait une marionnette à tiges sur le plateau. Et quand le lapin était censé se cacher dans un sac à dos, l’équipe des effets spéciaux a construit une machinerie radiocontrôlée qui déformait le tissu comme l’aurait fait l’animal. _J.D.

Hop de Tim Hill // Sortie le 6 juillet

www.mk2.com

©2011 Universal Studios.

Démons et merveilles

© 2000-2008 Aaron Sims, all rights reserved.

LE PROFESSIONNEL

Malick hué à Cannes Cannes, lundi 16 mai 2011, 8h30 : le film le plus attendu de l’année, future Palme d’or, est montré pour la première fois à la face du monde. Avant même le générique de fin, alors que les 2h18 de The Tree of Life se dissolvent dans un ultime faisceau de lumière ondulant, des sifflets impatients se font entendre dans la grande salle du théâtre Lumière. Une injustice réparée le soir même, lorsque le cinéaste farouche, après avoir joué à cache-cache sur la Croisette, fait une apparition à la projection officielle (une photo volée en atteste), très applaudie. Ouf.

Merie Wallace © Cottonwood Pictures LLC

Brêve de projo

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NEWS

Études de cas

15 minutes d’applaudissements ont conclu la projection de Pater au Festival de Cannes, si l’on fait la moyenne des témoignages. Malgré cela, le film d’Alain Cavalier n’a pas été récompensé par le jury.

85 millions de dollars. C’est la recette réalisée par Very Bad Trip 2 aux États-Unis, lors du week-end du Memorial Day. C’est le record du démarrage pour une comédie lors de ce week-end clé du box-office américain.

82

ans. C’est l’âge du compositeur italien Ennio Morricone, qui présidera le jeune Festival du film de Rome à l’automne. Le Marc-Aurèle d’or 2010 avait récompensé Olias Barco avec Kill Me Please.

Joaquin Phoenix est-il en guerre contre Hollywood ? OUI On ne peut s’empêcher de se demander : c’est pour de vrai ? Fausse question. Non, ce n’est pas pour de vrai. Il y a un scénario, un tournage préparé… Et pourtant, Joaquin Phoenix s’est vraiment transformé en loque, le public l’a vraiment méprisé pendant près de deux ans – ce dont sa carrière n’avait pas spécialement besoin. Il n’a jamais cessé de jouer, et c’est tout l’enjeu de cette réflexion sur le métier d’acteur : quand cesset-on d’interpréter un rôle ? Il ne s’agit pas d’une simple performance Actors Studio, mais plutôt de cinéma vérité entre potes aux dimensions hollywoodiennes. En livrant ce film d’acteurs, qui donne le sentiment d’assister à un épisode des Jackass ayant bouffé du clown triste, Casey Affleck et Joaquin Phoenix clament haut et fort : la vivacité du cinéma américain repose sur ses comédiens.

I’m Still Here de Casey Affleck Avec : Joaquin Phoenix, Casey Affleck… Distribution : CTV International Durée : 1h48 Sortie : 6 juillet

NON Pour sa première réalisation, Casey Affleck affirme aujourd’hui n’avoir rien dissimulé de sa démarche – celle du film de fiction scripté. Pourtant, le dispositif de ce documentaire tient davantage de la téléréalité hollywoodienne, où l’acteur fait de sa vie une œuvre d’art et de sa déchéance un scénario tragique. Cette expérience limite sur la culture de la célébrité, fascinante par intermittence, suit la transform at ion phy s iqu e d e Jo a qu i n Phoenix et sa reconversion clochardisante en JP, rappeur hirsute, drogué et progressivement esseulé. Peu importe, car l’acteur n’a jamais cessé de jouer, sa rédemption prenant surtout la forme d’une opération de com roublarde quand on sait que l’acteur, reloaded, tourne ce mois-ci avec Paul Thomas Anderson dans The Master. _Clémentine Gallot

©

_Louis Séguin

En 2008, JOAQUIN PHOENIX annonçait sa retraite anticipée et sa réincarnation en rappeur barbu au cerveau fondu. Coup de pub ou coup de génie ? La clé est dans I’m Still Here, le vrai-faux documentaire de son beauf, CASEY AFFLECK.

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juin 2011


NEWS

Études de cas

15 minutes d’applaudissements ont conclu la projection de Pater au Festival de Cannes, si l’on fait la moyenne des témoignages. Malgré cela, le film d’Alain Cavalier n’a pas été récompensé par le jury.

85 millions de dollars. C’est la recette réalisée par Very Bad Trip 2 aux États-Unis, lors du week-end du Memorial Day. C’est le record du démarrage pour une comédie lors de ce week-end clé du box-office américain.

82

ans. C’est l’âge du compositeur italien Ennio Morricone, qui présidera le jeune Festival du film de Rome à l’automne. Le Marc-Aurèle d’or 2010 avait récompensé Olias Barco avec Kill Me Please.

Joaquin Phoenix est-il en guerre contre Hollywood ? OUI On ne peut s’empêcher de se demander : c’est pour de vrai ? Fausse question. Non, ce n’est pas pour de vrai. Il y a un scénario, un tournage préparé… Et pourtant, Joaquin Phoenix s’est vraiment transformé en loque, le public l’a vraiment méprisé pendant près de deux ans – ce dont sa carrière n’avait pas spécialement besoin. Il n’a jamais cessé de jouer, et c’est tout l’enjeu de cette réflexion sur le métier d’acteur : quand cesset-on d’interpréter un rôle ? Il ne s’agit pas d’une simple performance Actors Studio, mais plutôt de cinéma vérité entre potes aux dimensions hollywoodiennes. En livrant ce film d’acteurs, qui donne le sentiment d’assister à un épisode des Jackass ayant bouffé du clown triste, Casey Affleck et Joaquin Phoenix clament haut et fort : la vivacité du cinéma américain repose sur ses comédiens.

I’m Still Here de Casey Affleck Avec : Joaquin Phoenix, Casey Affleck… Distribution : CTV International Durée : 1h48 Sortie : 6 juillet

NON Pour sa première réalisation, Casey Affleck affirme aujourd’hui n’avoir rien dissimulé de sa démarche – celle du film de fiction scripté. Pourtant, le dispositif de ce documentaire tient davantage de la téléréalité hollywoodienne, où l’acteur fait de sa vie une œuvre d’art et de sa déchéance un scénario tragique. Cette expérience limite sur la culture de la célébrité, fascinante par intermittence, suit la transform at ion phy s iqu e d e Jo a qu i n Phoenix et sa reconversion clochardisante en JP, rappeur hirsute, drogué et progressivement esseulé. Peu importe, car l’acteur n’a jamais cessé de jouer, sa rédemption prenant surtout la forme d’une opération de com roublarde quand on sait que l’acteur, reloaded, tourne ce mois-ci avec Paul Thomas Anderson dans The Master. _Clémentine Gallot

©

_Louis Séguin

En 2008, JOAQUIN PHOENIX annonçait sa retraite anticipée et sa réincarnation en rappeur barbu au cerveau fondu. Coup de pub ou coup de génie ? La clé est dans I’m Still Here, le vrai-faux documentaire de son beauf, CASEY AFFLECK.

28

juin 2011


Tout terrain

COVER BOY +

=

Cousins de débauche hirsute et verbeuse, Jim Morrison, période touffu tout flamme, et Rick Ross, au zénith de sa classe gangsta, tiennent par la barbichette le brave Joaquin Phoenix, métamorphosé en rappeur déglingué dans I’m Still Here.

UNDERGROUND

ON THE GROUND

SUR LE FRONT VOIX YELLE D’AVIGNON

Erratum : vous auriez dû trouver dans notre numéro de mars une critique de l’excellent dernier album du groupe YELLE, Safari Disco Club. Excuses téléphoniques avec sa chanteuse, Julie Budet.

DOUX WOP

_Par Étienne Rouillon Safari Disco Club de Yelle Éditeur : Barclay / Universal Sortie : déjà disponible

TIMELINE

_Par Igor Hansen-Løve

Cults de Cults Label : In the Name Of / Columbia Sortie : 27 juin

« Contrairement à moi, elle a toujours été très cool. À neuf ans, elle chantait sur des albums de punk. Et sa mère, c’était le marchand d’art de Dee Dee Ramone », s’amuse Brian Oblivion, les yeux rivés sur Madeline Follin, sa petite amie et accessoirement deuxième moitié de Cults. Lassé de s’expliquer sur les clichés outrageusement hype qui l’entourent, le duo

calé

Avec son premier album éponyme, Lise donne le la de l’été, hululé par un escadron de chouettes chanteuses lippues, débutantes folâtres et écorchées, louvoyant entre la gouaille fantaisie de Greco et le spleen pianoté de Barbara.

30

juin 2011

originaire de San Diego – à peine plus de 20 ans – préfère les désamorcer pour en venir à l’essentiel : ils viennent de signer un bon disque et aimeraient surtout parler de leur musique. Soit onze sucreries rétro euphorisantes, au diapason du revival doo-wop mis au goût du jour par Best Coast l’an dernier. Calquant sa production sur les canons spectoriens (Ronettes, Crystals et autres Shangri-Las), sans toutefois approcher leur puissance rythmique, Cults transcende cette filiation trop évidente par un sens évident de la mélodie et une candeur adolescente contagieuse – renversante sur les titres plus lents comme le bijou You Know What I Mean. « Nous écrivons pour l’ado qui sommeille désormais en nous : sa survalorisation de l’intégrité nous mène toujours à bon port. » ◆

décalé

Moins rétro que Lise, ladite Loane chante un bien beau Lendemain, titre de son deuxième album, dont les inflexions se lovent sur un matelas pop et synthétique, propices à de moelleux rebonds amoureux.

Aujourd’hui Le succès critique acquis, c’est sur scène que le couple doit faire ses preuves. La maman de Madeline s’est improvisée manager, le frère de Brian est recruté pour assurer les concerts. Cults semble prêt pour affronter sa première tournée nord-américaine.

Demain Des projets à n’en plus finir, à la hauteur d’une étonnante prolixité. Le duo dit vouloir enregistrer autant d’albums de rap que de folk dans un futur proche, « pour faire transparaître des influences allant de The RZA jusqu’à Wilson Pickett ».

recalé

C’est peut-être celle de trop : L, louangée par l’écrasante majorité de nos confrères, nous laisse de côté avec son premier album, Initiale, dont les graphies académiques ne prendront pas, dans nos pages, de majuscules.

© Ilka Kramer

© Ben Pier

Hier Entre deux cours, Brian poste sur le site Bandcamp Go Outside, « une petite chanson écrite en deux heures ». Gorilla vs Bear puis Pitchfork s’en font l’écho et les maisons de disques s’affolent. Six mois plus tard, le duo signe sur le label de Lily Allen, In the Name Of.

Au sommet de la branchitude 2011, le charmant duo californien CULTS reconstruit à l’identique le mur du son édifié par Phil Spector dans les années 1960, qu’il fissure par un sens inné de la mélodie.

OVERGROUND

Tard un soir de couloirs de clips cathodiques sur la TNT, une lionne se déboite l’épaule en cadence métronomique sur une cavalcade amoureuse : Que veux-tu ? Le lendemain, en boucle dans la tête, de la douche au dîner. Que veux-tu, on est passé à côté de Safari Disco Club, pétris de préjugés putassiers accolés à Yelle depuis 2007 : sensation electro découverte sur MySpace, Lio 2.0, chimère journalistique fantasmée fluokid, collaboration avec Fatal Bazooka… Mea culpa accepté par la voix du groupe, Julie, encore ahurie d’une tournée printanière déchaînée aux États-Unis : « Conquérir la France, c’est pas le plus facile. On a un peu brouillé les pistes après la sortie du premier album, Pop-Up. On avait fait les choses dans une urgence un peu folle, un peu hystérique. Cette fois, on a pris un an pour s’attarder sur les sonorités des synthés, des mélodies plus ambitieuses. » À l’instar d’un Dodo de Stromae, l’electro pop de Yelle se danse en club comme elle s’écoute chez soi – malicieuse ingénue en forme de sourires pleurés. ◆

Il réconcilie l’espièglerie du sale gosse et l’érudition du maître d’art. Chorégraphe associé à l’édition 2011, l’impétueux BORIS CHARMATZ va chahuter le Festival d’Avignon, qui s’ouvre début juillet. _Par Ève Beauvallet Enfant et Levée des conflits chorégraphie : Boris Charmatz Du 7 au 18 juillet, dans le cadre du Festival d’Avignon, www.festival-avignon.com

Dans la famille de la danse, Boris Charmatz est une sorte de frangin débrouillard et culotté, insufflant l’esprit indé dans l’institution via son curieux Musée de la danse et imposant un sens détaché du canular jusque dans les titres de ses pièces, d’Héâtre-élévision en 1996 à Aatt… enen… tionon en 2002. Celles-ci ont généralement le charme des trips oulipiens : des danseurs essorés dans des simili tambours à linge, d’autres aux visages masqués par des jeans… Enfant, qui ouvrira le Festival d’Avignon, réunira des danseurs et vingt-sept gamins dans la cour d’honneur du palais des Papes. Une métaphore fragile de cette danse toujours en quête d’un état premier du geste. ◆

© Gregoire Alexandre

NEWS

www.mk2.com

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Tout terrain

COVER BOY +

=

Cousins de débauche hirsute et verbeuse, Jim Morrison, période touffu tout flamme, et Rick Ross, au zénith de sa classe gangsta, tiennent par la barbichette le brave Joaquin Phoenix, métamorphosé en rappeur déglingué dans I’m Still Here.

UNDERGROUND

ON THE GROUND

SUR LE FRONT VOIX YELLE D’AVIGNON

Erratum : vous auriez dû trouver dans notre numéro de mars une critique de l’excellent dernier album du groupe YELLE, Safari Disco Club. Excuses téléphoniques avec sa chanteuse, Julie Budet.

DOUX WOP

_Par Étienne Rouillon Safari Disco Club de Yelle Éditeur : Barclay / Universal Sortie : déjà disponible

TIMELINE

_Par Igor Hansen-Løve

Cults de Cults Label : In the Name Of / Columbia Sortie : 27 juin

« Contrairement à moi, elle a toujours été très cool. À neuf ans, elle chantait sur des albums de punk. Et sa mère, c’était le marchand d’art de Dee Dee Ramone », s’amuse Brian Oblivion, les yeux rivés sur Madeline Follin, sa petite amie et accessoirement deuxième moitié de Cults. Lassé de s’expliquer sur les clichés outrageusement hype qui l’entourent, le duo

calé

Avec son premier album éponyme, Lise donne le la de l’été, hululé par un escadron de chouettes chanteuses lippues, débutantes folâtres et écorchées, louvoyant entre la gouaille fantaisie de Greco et le spleen pianoté de Barbara.

30

juin 2011

originaire de San Diego – à peine plus de 20 ans – préfère les désamorcer pour en venir à l’essentiel : ils viennent de signer un bon disque et aimeraient surtout parler de leur musique. Soit onze sucreries rétro euphorisantes, au diapason du revival doo-wop mis au goût du jour par Best Coast l’an dernier. Calquant sa production sur les canons spectoriens (Ronettes, Crystals et autres Shangri-Las), sans toutefois approcher leur puissance rythmique, Cults transcende cette filiation trop évidente par un sens évident de la mélodie et une candeur adolescente contagieuse – renversante sur les titres plus lents comme le bijou You Know What I Mean. « Nous écrivons pour l’ado qui sommeille désormais en nous : sa survalorisation de l’intégrité nous mène toujours à bon port. » ◆

décalé

Moins rétro que Lise, ladite Loane chante un bien beau Lendemain, titre de son deuxième album, dont les inflexions se lovent sur un matelas pop et synthétique, propices à de moelleux rebonds amoureux.

Aujourd’hui Le succès critique acquis, c’est sur scène que le couple doit faire ses preuves. La maman de Madeline s’est improvisée manager, le frère de Brian est recruté pour assurer les concerts. Cults semble prêt pour affronter sa première tournée nord-américaine.

Demain Des projets à n’en plus finir, à la hauteur d’une étonnante prolixité. Le duo dit vouloir enregistrer autant d’albums de rap que de folk dans un futur proche, « pour faire transparaître des influences allant de The RZA jusqu’à Wilson Pickett ».

recalé

C’est peut-être celle de trop : L, louangée par l’écrasante majorité de nos confrères, nous laisse de côté avec son premier album, Initiale, dont les graphies académiques ne prendront pas, dans nos pages, de majuscules.

© Ilka Kramer

© Ben Pier

Hier Entre deux cours, Brian poste sur le site Bandcamp Go Outside, « une petite chanson écrite en deux heures ». Gorilla vs Bear puis Pitchfork s’en font l’écho et les maisons de disques s’affolent. Six mois plus tard, le duo signe sur le label de Lily Allen, In the Name Of.

Au sommet de la branchitude 2011, le charmant duo californien CULTS reconstruit à l’identique le mur du son édifié par Phil Spector dans les années 1960, qu’il fissure par un sens inné de la mélodie.

OVERGROUND

Tard un soir de couloirs de clips cathodiques sur la TNT, une lionne se déboite l’épaule en cadence métronomique sur une cavalcade amoureuse : Que veux-tu ? Le lendemain, en boucle dans la tête, de la douche au dîner. Que veux-tu, on est passé à côté de Safari Disco Club, pétris de préjugés putassiers accolés à Yelle depuis 2007 : sensation electro découverte sur MySpace, Lio 2.0, chimère journalistique fantasmée fluokid, collaboration avec Fatal Bazooka… Mea culpa accepté par la voix du groupe, Julie, encore ahurie d’une tournée printanière déchaînée aux États-Unis : « Conquérir la France, c’est pas le plus facile. On a un peu brouillé les pistes après la sortie du premier album, Pop-Up. On avait fait les choses dans une urgence un peu folle, un peu hystérique. Cette fois, on a pris un an pour s’attarder sur les sonorités des synthés, des mélodies plus ambitieuses. » À l’instar d’un Dodo de Stromae, l’electro pop de Yelle se danse en club comme elle s’écoute chez soi – malicieuse ingénue en forme de sourires pleurés. ◆

Il réconcilie l’espièglerie du sale gosse et l’érudition du maître d’art. Chorégraphe associé à l’édition 2011, l’impétueux BORIS CHARMATZ va chahuter le Festival d’Avignon, qui s’ouvre début juillet. _Par Ève Beauvallet Enfant et Levée des conflits chorégraphie : Boris Charmatz Du 7 au 18 juillet, dans le cadre du Festival d’Avignon, www.festival-avignon.com

Dans la famille de la danse, Boris Charmatz est une sorte de frangin débrouillard et culotté, insufflant l’esprit indé dans l’institution via son curieux Musée de la danse et imposant un sens détaché du canular jusque dans les titres de ses pièces, d’Héâtre-élévision en 1996 à Aatt… enen… tionon en 2002. Celles-ci ont généralement le charme des trips oulipiens : des danseurs essorés dans des simili tambours à linge, d’autres aux visages masqués par des jeans… Enfant, qui ouvrira le Festival d’Avignon, réunira des danseurs et vingt-sept gamins dans la cour d’honneur du palais des Papes. Une métaphore fragile de cette danse toujours en quête d’un état premier du geste. ◆

© Gregoire Alexandre

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Compte-rendu

AUDITORIUM Le 12 mai, le pavillon Audi du Festival de Cannes était à la fête : on y remettait les Audi Talents Awards 2011 catégories court métrage et musique. La soirée, animée par Michel Denisot, a vu se réunir un jury de choix : Alain Attal, Cécile Cassel, Patrice Leconte, Craig Armstrong… Les deux lauréats s’apprêtent à profiter de ce tremplin pour leur carrière. _Par Claude Garcia

Le lauréat Audi Talent Awards catégorie court métrage s’appelle Dominique Rocher. Il a 27 ans et beaucoup d’ambition – il se verrait bien en frenchy à Hollywood. Sur le thème, « L’avenir ne se prédit pas, il s’imagine », il remporte le trophée avec un synopsis inspiré par un poème de Raymond Carver : la vie de couple du héros est bouleversée après un accident qui le force à vivre

32

juin 2011

dans un espace temps différent de celui de sa femme… Grâce à Audi, Dominique Rocher (déjà remarqué avec le court Fallin’) aura les moyens de ses ambitions : il pourra produire La Vitesse foudroyante du passé, flanqué d’un conseiller de marque en la personne de Guillaume Canet. Quant au prix de la catégorie musique, il a été remporté par Pascal Lengagne. À 44 ans, il a eu l’occasion de travailler pour de grands événements internationaux comme la Coupe du monde de football de 1998 et les Jeux paralympiques d’Athènes en 2004. Sa musique, qui mêle une inspiration classique à des sonorités plus électroniques, a conquis le jury. Cette victoire va lui permettre de découvrir une nouvelle voie, le mariage de la musique et de l’image, puisqu’il officiera désormais en tant que compositeur des films produits par Audi. Une aubaine pour cet artiste qui a suivi une formation de cinéma dans ses jeunes années. ◆

Dominique Rocher remporte le prix catégorie court métrage.

whATA's up ? Le lounge Audi a dressé ses tentes blanches dans les jardins du Grand hôtel tout le temps du festival de Cannes. Entre la remise des prix des Audi Talents Awards, un concert de Craig Armstrong et des dizaines de cafés gourmands pris sur le pouce, les heureux admis dans ce havre épuré ont pu surprendre Benoît Magimel discutant châssis et boîte de vitesse avec un sportif de haut niveau (dont l’identité est restée mystérieuse), Diane Kruger ou encore Jean-Pierre Darroussin. Quant à Charlotte Rampling, elle a joué le jeu jusqu’au bout en posant devant deux berlines rutilantes. _C.Gar.


Audi Talents Awards

© Shortcut by EM Spirit

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Compte-rendu

AUDITORIUM Le 12 mai, le pavillon Audi du Festival de Cannes était à la fête : on y remettait les Audi Talents Awards 2011 catégories court métrage et musique. La soirée, animée par Michel Denisot, a vu se réunir un jury de choix : Alain Attal, Cécile Cassel, Patrice Leconte, Craig Armstrong… Les deux lauréats s’apprêtent à profiter de ce tremplin pour leur carrière. _Par Claude Garcia

Le lauréat Audi Talent Awards catégorie court métrage s’appelle Dominique Rocher. Il a 27 ans et beaucoup d’ambition – il se verrait bien en frenchy à Hollywood. Sur le thème, « L’avenir ne se prédit pas, il s’imagine », il remporte le trophée avec un synopsis inspiré par un poème de Raymond Carver : la vie de couple du héros est bouleversée après un accident qui le force à vivre

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juin 2011

dans un espace temps différent de celui de sa femme… Grâce à Audi, Dominique Rocher (déjà remarqué avec le court Fallin’) aura les moyens de ses ambitions : il pourra produire La Vitesse foudroyante du passé, flanqué d’un conseiller de marque en la personne de Guillaume Canet. Quant au prix de la catégorie musique, il a été remporté par Pascal Lengagne. À 44 ans, il a eu l’occasion de travailler pour de grands événements internationaux comme la Coupe du monde de football de 1998 et les Jeux paralympiques d’Athènes en 2004. Sa musique, qui mêle une inspiration classique à des sonorités plus électroniques, a conquis le jury. Cette victoire va lui permettre de découvrir une nouvelle voie, le mariage de la musique et de l’image, puisqu’il officiera désormais en tant que compositeur des films produits par Audi. Une aubaine pour cet artiste qui a suivi une formation de cinéma dans ses jeunes années. ◆

Dominique Rocher remporte le prix catégorie court métrage.

whATA's up ? Le lounge Audi a dressé ses tentes blanches dans les jardins du Grand hôtel tout le temps du festival de Cannes. Entre la remise des prix des Audi Talents Awards, un concert de Craig Armstrong et des dizaines de cafés gourmands pris sur le pouce, les heureux admis dans ce havre épuré ont pu surprendre Benoît Magimel discutant châssis et boîte de vitesse avec un sportif de haut niveau (dont l’identité est restée mystérieuse), Diane Kruger ou encore Jean-Pierre Darroussin. Quant à Charlotte Rampling, elle a joué le jeu jusqu’au bout en posant devant deux berlines rutilantes. _C.Gar.


NEWS

Le net en moins flou Mot @ Mot _Par E.R.

JAILBREAK

ENQUÊTE

n.m. [dʒailbrek]

(Association des termes anglais « prison » et « casser », traduit communément en français par « évasion ». En informatique, on lui préfèrera « débridage ».) 1. Action de déverrouiller les limitations d’un système d’exploitation sur un téléphone intelligent, par exemple pour permettre d’installer des applications ou fonctions non validées par le constructeur. Ex : « Le jailbreak de l’iPhone par GeoHot permet de le transformer en modem. » 2. Par extension, exercice débridé d’une fonction. Ex : « Le nudisme en compagnie est un jailbreak de la présidence du FMI. »

Game over On ne joue plus. Depuis la mi-avril, pas une semaine sans l’annonce d’un nouveau piratage informatique des plateformes qui animent la PlayStation 3. C’est le casse du siècle, qui touche les informations personnelles de millions d’utilisateurs. Un braquage qui met fin à une longue tradition de bidouillages plus ou moins facétieux des consoles de Sony et soulève tous les fantasmes, car les suspects principaux sont affiliés aux architectes numériques du printemps arabe, voire aux défenseurs de WikiLeaks. _Par Étienne Rouillon Illustrations : Anna Apter / Charles Bataillie

P

oison d’avril. Dans la nuit du 19 au 20, les utilisateurs de la console de jeu vidéo PlayStation 3 (PS3) ne peuvent plus accéder aux services en ligne de la machine (multijoueurs, messagerie, vidéo à la demande…). Rapidement, le constructeur Sony annonce des opérations de maintenance temporaire. Avant de devoir avouer qu’il est victime du plus grand piratage jamais vu en la matière : les données confidentielles de près de 100  millions d’utilisateurs sont menacées, dont des identifiants bancaires. Un mois plus tard, alors que la situation n’est toujours pas revenue à la normale, l’industriel japonais estime avoir perdu 122  millions d’euros dans ce piratage. L’affaire commence le 16 avril, quand des hackers pénètrent les serveurs informatiques de Sony Online, qui recueillent des informations sur 34

juin 2011

l’identité, les adresses de facturation ou les coordonnées des cartes bancaires des joueurs en ligne. Les pirates sont chevronnés, et l’intrusion reste à ce moment-là invisible. Ils rééditent donc le coup sur l’ensemble des plate-

Il s’agit autant de réclamer un usage complet des machines que l’abandon des poursuites judiciaires. formes internet de Sony, qui s’en rend finalement compte le 19 et décide de tout couper. Une semaine plus tard, le 26 avril, l’entreprise envoie un message de mise en garde à ses clients : « Nous pensons qu’une personne non autorisée a eu accès aux informa-

tions que vous nous avez transmises. » Viendra ensuite un mea culpa lors d’une conférence de presse douloureuse le 1er mai, durant laquelle les Japonais reconnaissent que la faille technique investie par les hackers était connue. Reste un mystère : qui est cette « personne non autorisée » ? En temps normal, on aurait penché pour un vol à des fins d’arnaque bancaire. Sauf que Sony est en ce moment embringué dans une lutte contre le bidouillage de ses consoles, lutte qui lui attire les foudres d’un groupe informel de hackers qui se sont fait remarquer en prenant la défense de Julian Assange, le porte-parole de WikiLeaks : les Anonymous.

MISSION JAILBREAK

Sony a pourtant par le passé su tirer avantage du débridage de ses consoles. À la fin des années 1990, sa PlayStation 1 attirait notamment les joueurs

– face à la Nintendo 64 ou la Dreamcast de Sega  – parce qu’elle pouvait accueillir un modchip, c’est-à-dire une petite puce illégale qui permettait de jouer à des jeux américains ou japonais sur une console configurée pour l’Europe… Cette tradition du tripatouillage perdure aujourd’hui sous les doigts du jeune George Hotz, alias GeoHot (lire son CV express ci-contre), bricoleur américain de génie qui, après avoir débridé les téléphones d’Apple, a cassé le verrou technique de la PS3 en janvier 2010. Mais cette prouesse ne permet que de faire des modifications mineures sur la console. D’ailleurs, en octobre de la même année, le vice-président de Sony Europe alors en charge, Georges Fornay, tempérait : « Ça nous oblige à réagir rapidement, à progresser même si ce n’est pas ce que l’on souhaite. » Pourquoi alors Sony a-t-il engagé une action en justice contre George Hotz en janvier 2011 ? Parce

que le petit crac, qui avait annoncé son retrait du jailbreak, est revenu en fanfare en revendiquant le débridage total de la console. Raccord avec la ligne de conduite des « hackers vertueux » (je révèle les failles pour que vous les combliez), le mode d’emploi de ce piratage est publié sur son blog.

CV

OPÉRATION PAYBACK

1989 Naissance aux États-Unis. Il grandit à Glen Rock, dans le New Jersey.

C’est en réaction à la plainte de Sony que la communauté Anonymous prend la défense de Hotz. Il s’agit là autant de réclamer un usage complet des machines que l’abandon des poursuites judiciaires. Anonymous s’est fait remarquer fin 2010 pour ses attaques contre les sites PayPal, Visa ou Mastercard lors de l’opération Payback, qui visait à punir les sites refusant d’assurer des transactions monétaires versées en soutien au site WikiLeaks. La nébuleuse de hackers est donc le coupable tout indiqué du piratage massif du réseau PlayStation

George Hotz alias GeoHot

2007 GeoHot est le premier à briser l’exclusivité de l’iPhone avec l’opérateur AT&T. En cassant les protections logicielles, il permet à tous d’utiliser l’appareil avec l’opérateur de son choix. 2008 Google le recrute en stage. 2011 Sony Computer Entertainment intente une action en justice après le débridage total de sa console PS3 par GeoHot.

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Le net en moins flou Mot @ Mot _Par E.R.

JAILBREAK

ENQUÊTE

n.m. [dʒailbrek]

(Association des termes anglais « prison » et « casser », traduit communément en français par « évasion ». En informatique, on lui préfèrera « débridage ».) 1. Action de déverrouiller les limitations d’un système d’exploitation sur un téléphone intelligent, par exemple pour permettre d’installer des applications ou fonctions non validées par le constructeur. Ex : « Le jailbreak de l’iPhone par GeoHot permet de le transformer en modem. » 2. Par extension, exercice débridé d’une fonction. Ex : « Le nudisme en compagnie est un jailbreak de la présidence du FMI. »

Game over On ne joue plus. Depuis la mi-avril, pas une semaine sans l’annonce d’un nouveau piratage informatique des plateformes qui animent la PlayStation 3. C’est le casse du siècle, qui touche les informations personnelles de millions d’utilisateurs. Un braquage qui met fin à une longue tradition de bidouillages plus ou moins facétieux des consoles de Sony et soulève tous les fantasmes, car les suspects principaux sont affiliés aux architectes numériques du printemps arabe, voire aux défenseurs de WikiLeaks. _Par Étienne Rouillon Illustrations : Anna Apter / Charles Bataillie

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oison d’avril. Dans la nuit du 19 au 20, les utilisateurs de la console de jeu vidéo PlayStation 3 (PS3) ne peuvent plus accéder aux services en ligne de la machine (multijoueurs, messagerie, vidéo à la demande…). Rapidement, le constructeur Sony annonce des opérations de maintenance temporaire. Avant de devoir avouer qu’il est victime du plus grand piratage jamais vu en la matière : les données confidentielles de près de 100  millions d’utilisateurs sont menacées, dont des identifiants bancaires. Un mois plus tard, alors que la situation n’est toujours pas revenue à la normale, l’industriel japonais estime avoir perdu 122  millions d’euros dans ce piratage. L’affaire commence le 16 avril, quand des hackers pénètrent les serveurs informatiques de Sony Online, qui recueillent des informations sur 34

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l’identité, les adresses de facturation ou les coordonnées des cartes bancaires des joueurs en ligne. Les pirates sont chevronnés, et l’intrusion reste à ce moment-là invisible. Ils rééditent donc le coup sur l’ensemble des plate-

Il s’agit autant de réclamer un usage complet des machines que l’abandon des poursuites judiciaires. formes internet de Sony, qui s’en rend finalement compte le 19 et décide de tout couper. Une semaine plus tard, le 26 avril, l’entreprise envoie un message de mise en garde à ses clients : « Nous pensons qu’une personne non autorisée a eu accès aux informa-

tions que vous nous avez transmises. » Viendra ensuite un mea culpa lors d’une conférence de presse douloureuse le 1er mai, durant laquelle les Japonais reconnaissent que la faille technique investie par les hackers était connue. Reste un mystère : qui est cette « personne non autorisée » ? En temps normal, on aurait penché pour un vol à des fins d’arnaque bancaire. Sauf que Sony est en ce moment embringué dans une lutte contre le bidouillage de ses consoles, lutte qui lui attire les foudres d’un groupe informel de hackers qui se sont fait remarquer en prenant la défense de Julian Assange, le porte-parole de WikiLeaks : les Anonymous.

MISSION JAILBREAK

Sony a pourtant par le passé su tirer avantage du débridage de ses consoles. À la fin des années 1990, sa PlayStation 1 attirait notamment les joueurs

– face à la Nintendo 64 ou la Dreamcast de Sega  – parce qu’elle pouvait accueillir un modchip, c’est-à-dire une petite puce illégale qui permettait de jouer à des jeux américains ou japonais sur une console configurée pour l’Europe… Cette tradition du tripatouillage perdure aujourd’hui sous les doigts du jeune George Hotz, alias GeoHot (lire son CV express ci-contre), bricoleur américain de génie qui, après avoir débridé les téléphones d’Apple, a cassé le verrou technique de la PS3 en janvier 2010. Mais cette prouesse ne permet que de faire des modifications mineures sur la console. D’ailleurs, en octobre de la même année, le vice-président de Sony Europe alors en charge, Georges Fornay, tempérait : « Ça nous oblige à réagir rapidement, à progresser même si ce n’est pas ce que l’on souhaite. » Pourquoi alors Sony a-t-il engagé une action en justice contre George Hotz en janvier 2011 ? Parce

que le petit crac, qui avait annoncé son retrait du jailbreak, est revenu en fanfare en revendiquant le débridage total de la console. Raccord avec la ligne de conduite des « hackers vertueux » (je révèle les failles pour que vous les combliez), le mode d’emploi de ce piratage est publié sur son blog.

CV

OPÉRATION PAYBACK

1989 Naissance aux États-Unis. Il grandit à Glen Rock, dans le New Jersey.

C’est en réaction à la plainte de Sony que la communauté Anonymous prend la défense de Hotz. Il s’agit là autant de réclamer un usage complet des machines que l’abandon des poursuites judiciaires. Anonymous s’est fait remarquer fin 2010 pour ses attaques contre les sites PayPal, Visa ou Mastercard lors de l’opération Payback, qui visait à punir les sites refusant d’assurer des transactions monétaires versées en soutien au site WikiLeaks. La nébuleuse de hackers est donc le coupable tout indiqué du piratage massif du réseau PlayStation

George Hotz alias GeoHot

2007 GeoHot est le premier à briser l’exclusivité de l’iPhone avec l’opérateur AT&T. En cassant les protections logicielles, il permet à tous d’utiliser l’appareil avec l’opérateur de son choix. 2008 Google le recrute en stage. 2011 Sony Computer Entertainment intente une action en justice après le débridage total de sa console PS3 par GeoHot.

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Le net en moins flou

© Anna Apter / Charles Bataillie

NEWS

en avril. Reste que le vol de données confidentielles ne correspond pas aux modes d’hacktivisme pratiqués par la nébuleuse Anonymous, qui se veut bienveillante envers les internautes. Ce que le groupe a à nouveau prouvé dans la foulée en prenant d’assaut les sites des gouvernements secoués par le printemps arabe, en Tunisie notamment. Qui, alors? La piste la plus logique qui s’impose est celle de la cybercriminalité mercantile (spam, usurpation…). Au-delà des identifiants bancaires désormais grillés, c’est l’association des adresses email et des mots de passe qui vaut très cher. En effet, la plupart des internautes

n’utilisent qu’une paire email / mot de passe pour se connecter à leur compte Facebook, leur boîte mail

« Ne faites pas les cons en vendant les informations des gens. » ou aux différents sites de paiement en ligne… Ainsi, George Hotz est sorti de son mutisme le 28 avril dernier pour s’adresser directement aux hackers du PlayStation Store via son

blog : « Vous êtes assurément des gens talentueux et à l’avenir vous allez gagner un paquet d’argent (ou vous retrouver sur la paille et en prison). Ne faites pas les cons en vendant les informations des gens. » Mais l’affaire ne s’achève pas là : depuis début juin, Sony est victime de nouvelles attaques réellement hacktivistes, comme celles du nouveau collectif de hackers stars, LulzSec, qui a mené au même moment des assauts contre Nintendo ou le FBI. Quelles que soient l’identité et les motivations des pirates du 16 avril 2010, ils ont fait de Sony une cible pour l’exemple. Statut dont il va être difficile de se départir. ◆

31

millions

États-Unis

36

juin 2011

9,2

millions

Royaume-Uni

Japon

7,5

4,7

millions

millions

France

© DR

Classement des pays les plus présents sur le Playstation Network, par nombre d’utilisateurs

www.mk2.com

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Le net en moins flou

© Anna Apter / Charles Bataillie

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en avril. Reste que le vol de données confidentielles ne correspond pas aux modes d’hacktivisme pratiqués par la nébuleuse Anonymous, qui se veut bienveillante envers les internautes. Ce que le groupe a à nouveau prouvé dans la foulée en prenant d’assaut les sites des gouvernements secoués par le printemps arabe, en Tunisie notamment. Qui, alors? La piste la plus logique qui s’impose est celle de la cybercriminalité mercantile (spam, usurpation…). Au-delà des identifiants bancaires désormais grillés, c’est l’association des adresses email et des mots de passe qui vaut très cher. En effet, la plupart des internautes

n’utilisent qu’une paire email / mot de passe pour se connecter à leur compte Facebook, leur boîte mail

« Ne faites pas les cons en vendant les informations des gens. » ou aux différents sites de paiement en ligne… Ainsi, George Hotz est sorti de son mutisme le 28 avril dernier pour s’adresser directement aux hackers du PlayStation Store via son

blog : « Vous êtes assurément des gens talentueux et à l’avenir vous allez gagner un paquet d’argent (ou vous retrouver sur la paille et en prison). Ne faites pas les cons en vendant les informations des gens. » Mais l’affaire ne s’achève pas là : depuis début juin, Sony est victime de nouvelles attaques réellement hacktivistes, comme celles du nouveau collectif de hackers stars, LulzSec, qui a mené au même moment des assauts contre Nintendo ou le FBI. Quelles que soient l’identité et les motivations des pirates du 16 avril 2010, ils ont fait de Sony une cible pour l’exemple. Statut dont il va être difficile de se départir. ◆

31

millions

États-Unis

36

juin 2011

9,2

millions

Royaume-Uni

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7,5

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Sex tape

Elles dansent le miaou Too Much Pussy ! d’Émilie Jouvet Documentaire, avec : Judy Minx, Wendy Delorme… Distribution : Solaris Durée : 1h38 Sortie : 6 juillet

© Emilie Jouvet

NEWS

En tournée à travers l’Europe, des performeuses lesbiennes s’exhibent sous l’œil d’Émilie Jouvet, photographe et réalisatrice porno. Activistes féministes, actrices X et burlesques, les six protagonistes de ce documentaire, parmi lesquelles l’excellente Judy Minx, explorent leurs corps dans des mises en scène régressives et cathartiques. Ces papesses de la parole aux déclarations parfois polémiques prônent « l’ honnêteté du travail du sexe ». Entre montées d’adrénaline et déceptions backstage, avec empathie mais sans fauxsemblants, Jouvet pénètre leur intimité – toujours personnelle, bien qu’exposée aux yeux de tous. Vivement Much more pussy !, version trash de ce road trip qui reprend dès son ouverture un slogan tiré du manifeste queer An Army of Lovers Cannot Lose : « Everytime we fuck, we win ! » _L.P. www.mk2.com

39


Sex tape

Elles dansent le miaou Too Much Pussy ! d’Émilie Jouvet Documentaire, avec : Judy Minx, Wendy Delorme… Distribution : Solaris Durée : 1h38 Sortie : 6 juillet

© Emilie Jouvet

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En tournée à travers l’Europe, des performeuses lesbiennes s’exhibent sous l’œil d’Émilie Jouvet, photographe et réalisatrice porno. Activistes féministes, actrices X et burlesques, les six protagonistes de ce documentaire, parmi lesquelles l’excellente Judy Minx, explorent leurs corps dans des mises en scène régressives et cathartiques. Ces papesses de la parole aux déclarations parfois polémiques prônent « l’ honnêteté du travail du sexe ». Entre montées d’adrénaline et déceptions backstage, avec empathie mais sans fauxsemblants, Jouvet pénètre leur intimité – toujours personnelle, bien qu’exposée aux yeux de tous. Vivement Much more pussy !, version trash de ce road trip qui reprend dès son ouverture un slogan tiré du manifeste queer An Army of Lovers Cannot Lose : « Everytime we fuck, we win ! » _L.P. www.mk2.com

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THE GOD FELLA portfolio

Irréductible illustrateur des maladresses de la lettre, figure hybride de l’art contemporain, EDWARD FELLA a fait du récent Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont, près de Troyes, le refuge de ses créations multiples. Portrait de cet affranchi, entre loufoquerie et liberté.

« Oublier l’histoire pour mieux la répéter et se l’approprier. »

_Par Laura Pertuy

T

40

juin 2011

www.mk2.com

41

© Ed Fella

Ed Fella Documents, catalogue de l’exposition tenue dans le cadre du Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont (éditions Pyramid), www.pyramyd-editions.com

Ed Fella © Ed Fella. Polaroids 600 issus de la série Letters on America. Format de chaque polaroid : 8,9 x 10,8 cm. 1987-2000

ypographies, croquis, collages, photographies, flyers : Edward Fella travaille le graphisme sur tous les supports. Installée dans une bibliothèque vidée de ses ouvrages, l’exposition qui lui a été consacrée à Chaumont corroborait son leitmotiv circulaire : « Oublier l’ histoire pour mieux la répéter et se l’approprier. » Tour à tour kitsch, rétro et avant-gardiste, l’artiste américain offre au festival haut-marnais une fantaisie singulière mâtinée d’une Amérique mélancolique, voire enfantine. Ses lettres acidulées récupèrent des formes du quotidien (enseignes, néons…) pour engager une réflexion sur l’écriture. « Il se nourrit de tout ce qui anime les états sauvages de la lettre », analyse Étienne Hervy, directeur du festival. L’interlettrage de ses affiches imite ainsi le commerçant qui, embêté par le manque de place sur son enseigne, résout l’affaire en une parade (superposition, collage des lettres, etc.). L’écriture vernaculaire s’inscrit également dans les polaroïds d’Ed Fella, témoins de présences urba ines souvent ignorées. « Il s’inspire des grandes enseignes américaines, mais aussi de ces morceaux de papier qui restent accrochés aux tableaux de petites annonces : des détails infimes et touchants qui disent la sensibilité de l’activité humaine », poursuit Hervy. Cette démarche « atypographique » a contribué à faire de l’artiste un des piliers du graphisme postmoderne, qui revendique sa profession comme « discipline de création contemporaine à part entière ». ◆


THE GOD FELLA portfolio

Irréductible illustrateur des maladresses de la lettre, figure hybride de l’art contemporain, EDWARD FELLA a fait du récent Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont, près de Troyes, le refuge de ses créations multiples. Portrait de cet affranchi, entre loufoquerie et liberté.

« Oublier l’histoire pour mieux la répéter et se l’approprier. »

_Par Laura Pertuy

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Ed Fella Documents, catalogue de l’exposition tenue dans le cadre du Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont (éditions Pyramid), www.pyramyd-editions.com

Ed Fella © Ed Fella. Polaroids 600 issus de la série Letters on America. Format de chaque polaroid : 8,9 x 10,8 cm. 1987-2000

ypographies, croquis, collages, photographies, flyers : Edward Fella travaille le graphisme sur tous les supports. Installée dans une bibliothèque vidée de ses ouvrages, l’exposition qui lui a été consacrée à Chaumont corroborait son leitmotiv circulaire : « Oublier l’ histoire pour mieux la répéter et se l’approprier. » Tour à tour kitsch, rétro et avant-gardiste, l’artiste américain offre au festival haut-marnais une fantaisie singulière mâtinée d’une Amérique mélancolique, voire enfantine. Ses lettres acidulées récupèrent des formes du quotidien (enseignes, néons…) pour engager une réflexion sur l’écriture. « Il se nourrit de tout ce qui anime les états sauvages de la lettre », analyse Étienne Hervy, directeur du festival. L’interlettrage de ses affiches imite ainsi le commerçant qui, embêté par le manque de place sur son enseigne, résout l’affaire en une parade (superposition, collage des lettres, etc.). L’écriture vernaculaire s’inscrit également dans les polaroïds d’Ed Fella, témoins de présences urba ines souvent ignorées. « Il s’inspire des grandes enseignes américaines, mais aussi de ces morceaux de papier qui restent accrochés aux tableaux de petites annonces : des détails infimes et touchants qui disent la sensibilité de l’activité humaine », poursuit Hervy. Cette démarche « atypographique » a contribué à faire de l’artiste un des piliers du graphisme postmoderne, qui revendique sa profession comme « discipline de création contemporaine à part entière ». ◆


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LA DERNIÈRE PISTE

HORS PISTE

Confrontée à l’enlisement du couple dans Blue Valentine, luttant contre les éléments et la morale bien pensante dans La Dernière Piste, l’actrice américaine MICHELLE WILLIAMS trace son chemin cinématographique à l’envie, hors des sentiers battus. Portrait d’une audacieuse. _Par Juliette Reitzer

L

a ligne téléphonique est mauvaise. Depuis son appartement de Brooklyn, à New York, sa voix nous parvient légèrement étouffée, hésitante : « Je ne sais pas vraiment pourquoi les réalisateurs veulent m’engager, pourquoi ils me trouvent bonne. Il me semble plus important de comprendre d’où je viens, de voir où je suis arrivée », murmure-t-elle avec douceur. Le parcours de Michelle Williams mérite en effet réflexion : partie de loin (une première apparition dans Alerte à Malibu, suivie de divers rôles à la télé jusqu’à celui qui l’a rendue célèbre, dans la série Dawson en 1998), elle a promené sa grâce fragile et mutine de blockbusters (La Mutante, Halloween 20 ans après) en films d’auteurs (chez Ang Lee, Wim Wenders, Todd Haynes ou Martin Scorsese), pour rejoindre aujourd’hui – à tout juste 30 ans – le peloton envié des actrices américaines les plus demandées. Elle parle sur le ton de la confidence, réfléchit longuement avant d’expliquer : « Je fais les choix au moment où ils se présentent, un jour après l’autre, en fonction de la manière dont ils s’accordent avec mes intérêts et ceux de ma fille. Mais je n’y pense jamais comme à une carrière ou à quelque chose qui se construit. » Pas de plan carrière, mais une singulière déambulation, débutée par une incroyable déclaration d’indépendance : à 15 ans, Michelle s’émancipe légalement de l’autorité parentale, quitte son Montana natal pour rejoindre seule Los Angeles avec une idée en tête : devenir une grande actrice. En route pour l’aventure.

© DR

CHEMINS DE TRAVERSE

La Dernière Piste de Kelly Reichardt

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La jeune fille passera le bac avec deux ans d’avance, courant les castings tout en bûchant seule ses cours pas correspondance. Grande lectrice, elle cite parmi les auteurs qui l’ont aidée à avancer l’Américain Ralph Waldo Emerson, qui écrivait dans son essai Nature en 1836 : « C’est sur nos propres pieds que nous marcherons, c’est avec nos propres mains que nous travaillerons, ce sont nos propres idées que nous exprimerons. » Une indépendance revendiquée par la belle Michelle, comme le confirme Kelly Reichardt, réalisatrice de La Dernière Piste : « Elle est prête à l’aventure, c’est une actrice physique. » Dans ce film, Williams interprète Emily, une migrante lancée en 1845 dans une éprouvante traversée des Rocheuses pour rejoindre www.mk2.com

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LA DERNIÈRE PISTE

HORS PISTE

Confrontée à l’enlisement du couple dans Blue Valentine, luttant contre les éléments et la morale bien pensante dans La Dernière Piste, l’actrice américaine MICHELLE WILLIAMS trace son chemin cinématographique à l’envie, hors des sentiers battus. Portrait d’une audacieuse. _Par Juliette Reitzer

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a ligne téléphonique est mauvaise. Depuis son appartement de Brooklyn, à New York, sa voix nous parvient légèrement étouffée, hésitante : « Je ne sais pas vraiment pourquoi les réalisateurs veulent m’engager, pourquoi ils me trouvent bonne. Il me semble plus important de comprendre d’où je viens, de voir où je suis arrivée », murmure-t-elle avec douceur. Le parcours de Michelle Williams mérite en effet réflexion : partie de loin (une première apparition dans Alerte à Malibu, suivie de divers rôles à la télé jusqu’à celui qui l’a rendue célèbre, dans la série Dawson en 1998), elle a promené sa grâce fragile et mutine de blockbusters (La Mutante, Halloween 20 ans après) en films d’auteurs (chez Ang Lee, Wim Wenders, Todd Haynes ou Martin Scorsese), pour rejoindre aujourd’hui – à tout juste 30 ans – le peloton envié des actrices américaines les plus demandées. Elle parle sur le ton de la confidence, réfléchit longuement avant d’expliquer : « Je fais les choix au moment où ils se présentent, un jour après l’autre, en fonction de la manière dont ils s’accordent avec mes intérêts et ceux de ma fille. Mais je n’y pense jamais comme à une carrière ou à quelque chose qui se construit. » Pas de plan carrière, mais une singulière déambulation, débutée par une incroyable déclaration d’indépendance : à 15 ans, Michelle s’émancipe légalement de l’autorité parentale, quitte son Montana natal pour rejoindre seule Los Angeles avec une idée en tête : devenir une grande actrice. En route pour l’aventure.

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CHEMINS DE TRAVERSE

La Dernière Piste de Kelly Reichardt

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juin 2011

La jeune fille passera le bac avec deux ans d’avance, courant les castings tout en bûchant seule ses cours pas correspondance. Grande lectrice, elle cite parmi les auteurs qui l’ont aidée à avancer l’Américain Ralph Waldo Emerson, qui écrivait dans son essai Nature en 1836 : « C’est sur nos propres pieds que nous marcherons, c’est avec nos propres mains que nous travaillerons, ce sont nos propres idées que nous exprimerons. » Une indépendance revendiquée par la belle Michelle, comme le confirme Kelly Reichardt, réalisatrice de La Dernière Piste : « Elle est prête à l’aventure, c’est une actrice physique. » Dans ce film, Williams interprète Emily, une migrante lancée en 1845 dans une éprouvante traversée des Rocheuses pour rejoindre www.mk2.com

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LA DERNIÈRE PISTE

© xxxxxxxx

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« Les films ne se tournent jamais dans des circonstances idéales. La moitié du boulot consiste à combattre les éléments. »

Blue Valentine de Derek Cianfrance Blue Valentine de Derek Cianfrance

« J’aime la continuité, j’aime la famille, j’aime que les gens avec qui je travaille ne fassent pas que passer dans ma vie. » l’Oregon, avec son époux et deux autres familles. Pionniers venus de l’Est, ils sont escortés par un trappeur qui leur sert de guide, Stephen Meek. Comme le suggère le titre original, Meek’s Cutoff (« le raccourci de Meek »), il s’agit ici de quitter le chemin tracé, au sens propre comme au figuré. Emily et ses compagnons s’égarent loin de la piste de l’Oregon et seront bientôt confrontés à leur capacité à s’affranchir des idées préconçues : lorsqu’un Indien croise leur route, choisiront-ils de le tuer ou de s’en remettre à lui pour retrouver leur chemin ? L’actrice explique : « Le film, le désert, ce paysage qui ne changeait jamais m’ont joué des tours, jusqu’à ce que l’expérience vécue par Emily devienne pour moi un voyage spirituel, psychologique et émotionnel. Elle traverse une crise existentielle : sa rencontre avec l’Indien met à l’épreuve sa morale, sa notion de la justice, son sens du bien et du mal. » Interrogée sur les conditions éprouvantes du tournage, dans la poussière et sous un 50

juin 2011

soleil de plomb, elle sourit : « J’ai remarqué que les films ne se tournent jamais dans des circonstances idéales. La moitié du boulot consiste à combattre les éléments, prétendre que vous avez froid quand vous avez chaud, faim lorsque vous avez la nausée. Mais on avance quand même, en se concentrant sur le travail. » Au détour de la conversation, nous identifions quel autre moteur entretient son irrésistible progression : Michelle Williams ne chemine pas seule, construisant les amitiés comme autant de passerelles entre vie privée et vie professionnelle.

COMPAGNONS DE ROUTE

« J’aime la continuité, j’aime la famille, j’aime que les gens avec qui je travaille ne fassent pas que passer dans ma vie et disparaître ensuite », confie l’actrice. En 2004, le tournage de Brokeback Mountain d’Ang Lee marque un tournant dans sa carrière et dans sa vie. Elle y trouve une nouvelle reconnaissance critique (son rôle d’Alma lui vaut un Critics Choice Award et des nominations dans la catégorie meilleur second rôle aux Oscar et Golden Globes) et y rencontre l’acteur Heath Ledger, son mari dans le film, qui devient son homme dans la vie et le père de sa fille Matilda Rose, née en 2005. La romance dure jusqu’en septembre 2007, quelques mois avant le décès tragique de l ’acteur, et fait de Michelle Wi l lia ms une cible rêvée pour les paparazzis

– une photo prise à l’époque la montre, poing sur la hanche, adressant un doigt d’honneur rageur au photographe. Au bout du fil, nous la trouvons étonnamment sincère, habitués que nous sommes à devoir contourner les discours formatés. Elle confie : « En tant qu’acteur, vous vous investissez tellement, vous donnez tellement de vous-même que vous vous sentez parfois vidé, épuisé. » La remarque vaut particulièrement pour son travail dans Blue Valentine de Derek Cianfrance. Le film se déroule sur deux époques : d’abord, la rencontre et le début de l’histoire d’amour ; ensuite, le couple en crise, plusieurs années plus tard. Avant de tourner cette seconde partie, Michelle Williams et Ryan Gosling ont accepté de se prêter à un véritable jeu de rôles grandeur nature, cohabitant pendant un mois : « Le matin, l’un de nous devait déclencher une dispute sur des petits détails du quotidien. Le ressentiment est devenu comme une maladie dont on ne pouvait plus se défaire. L’après-midi, on nous amenait la petite fille qui joue notre enfant et il fallait que nous réussissions à mettre nos émotions de côté pour prétendre être une famille heureuse. » La jeune femme fonce tête baissée dans cette aventure qui lui offre l’opportunité de marcher sur les pas des grands acteurs de l’Actors Studio, dont elle a lu les biographies adolescente. Mais l’expérience s’avère aussi très éprouvante : « J’ai adoré travailler de cette

manière, mais je ne réalise que maintenant à quel point c’ était difficile, extrême. Je n’ai jamais pensé qu’un film pourrait être trop sombre pour moi, mais celui-ci m’a demandé énormément. Maintenant, je préfère me tenir à l’écart de telles expériences. »

HOLLYWOOD BOULEVARD

Cette performance dans Blue Valentine lui a valu des nominations à l’Oscar et au Golden Globe de la meilleure actrice, lui ouvrant définitivement la voie du succès. Nombreuses sont les pistes qu’il lui reste à explorer : on la retrouvera bientôt en gentille sorcière Glinda dans le nouveau film fantastique de Sam Raimi, Oz : The Great and Powerful, prequel du Magicien d’Oz produit par les studios Disney (tournage prévu cet été). Elle sera également, avec Seth Rogen, à l’affiche de la comédie Take this Waltz de Sarah Polley, et incarnera la mythique Marilyn Monroe dans My Week With Marilyn de Simon Curtis, dont le tournage s’est achevé en novembre dernier. Nous lui souhaitons bonne route. ◆ La Dernière Piste de Kelly Reichardt Avec : Michelle Williams, Paul Dano… Distribution : Pretty Pictures Durée : 1h44 Sortie : 22 juin Blue Valentine de Derek Cianfrance Avec : Michelle Williams, Ryan Gosling… Distribution : Films sans frontières Durée : 1h54 Sortie : 15 juin

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« Les films ne se tournent jamais dans des circonstances idéales. La moitié du boulot consiste à combattre les éléments. »

Blue Valentine de Derek Cianfrance Blue Valentine de Derek Cianfrance

« J’aime la continuité, j’aime la famille, j’aime que les gens avec qui je travaille ne fassent pas que passer dans ma vie. » l’Oregon, avec son époux et deux autres familles. Pionniers venus de l’Est, ils sont escortés par un trappeur qui leur sert de guide, Stephen Meek. Comme le suggère le titre original, Meek’s Cutoff (« le raccourci de Meek »), il s’agit ici de quitter le chemin tracé, au sens propre comme au figuré. Emily et ses compagnons s’égarent loin de la piste de l’Oregon et seront bientôt confrontés à leur capacité à s’affranchir des idées préconçues : lorsqu’un Indien croise leur route, choisiront-ils de le tuer ou de s’en remettre à lui pour retrouver leur chemin ? L’actrice explique : « Le film, le désert, ce paysage qui ne changeait jamais m’ont joué des tours, jusqu’à ce que l’expérience vécue par Emily devienne pour moi un voyage spirituel, psychologique et émotionnel. Elle traverse une crise existentielle : sa rencontre avec l’Indien met à l’épreuve sa morale, sa notion de la justice, son sens du bien et du mal. » Interrogée sur les conditions éprouvantes du tournage, dans la poussière et sous un 50

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soleil de plomb, elle sourit : « J’ai remarqué que les films ne se tournent jamais dans des circonstances idéales. La moitié du boulot consiste à combattre les éléments, prétendre que vous avez froid quand vous avez chaud, faim lorsque vous avez la nausée. Mais on avance quand même, en se concentrant sur le travail. » Au détour de la conversation, nous identifions quel autre moteur entretient son irrésistible progression : Michelle Williams ne chemine pas seule, construisant les amitiés comme autant de passerelles entre vie privée et vie professionnelle.

COMPAGNONS DE ROUTE

« J’aime la continuité, j’aime la famille, j’aime que les gens avec qui je travaille ne fassent pas que passer dans ma vie et disparaître ensuite », confie l’actrice. En 2004, le tournage de Brokeback Mountain d’Ang Lee marque un tournant dans sa carrière et dans sa vie. Elle y trouve une nouvelle reconnaissance critique (son rôle d’Alma lui vaut un Critics Choice Award et des nominations dans la catégorie meilleur second rôle aux Oscar et Golden Globes) et y rencontre l’acteur Heath Ledger, son mari dans le film, qui devient son homme dans la vie et le père de sa fille Matilda Rose, née en 2005. La romance dure jusqu’en septembre 2007, quelques mois avant le décès tragique de l ’acteur, et fait de Michelle Wi l lia ms une cible rêvée pour les paparazzis

– une photo prise à l’époque la montre, poing sur la hanche, adressant un doigt d’honneur rageur au photographe. Au bout du fil, nous la trouvons étonnamment sincère, habitués que nous sommes à devoir contourner les discours formatés. Elle confie : « En tant qu’acteur, vous vous investissez tellement, vous donnez tellement de vous-même que vous vous sentez parfois vidé, épuisé. » La remarque vaut particulièrement pour son travail dans Blue Valentine de Derek Cianfrance. Le film se déroule sur deux époques : d’abord, la rencontre et le début de l’histoire d’amour ; ensuite, le couple en crise, plusieurs années plus tard. Avant de tourner cette seconde partie, Michelle Williams et Ryan Gosling ont accepté de se prêter à un véritable jeu de rôles grandeur nature, cohabitant pendant un mois : « Le matin, l’un de nous devait déclencher une dispute sur des petits détails du quotidien. Le ressentiment est devenu comme une maladie dont on ne pouvait plus se défaire. L’après-midi, on nous amenait la petite fille qui joue notre enfant et il fallait que nous réussissions à mettre nos émotions de côté pour prétendre être une famille heureuse. » La jeune femme fonce tête baissée dans cette aventure qui lui offre l’opportunité de marcher sur les pas des grands acteurs de l’Actors Studio, dont elle a lu les biographies adolescente. Mais l’expérience s’avère aussi très éprouvante : « J’ai adoré travailler de cette

manière, mais je ne réalise que maintenant à quel point c’ était difficile, extrême. Je n’ai jamais pensé qu’un film pourrait être trop sombre pour moi, mais celui-ci m’a demandé énormément. Maintenant, je préfère me tenir à l’écart de telles expériences. »

HOLLYWOOD BOULEVARD

Cette performance dans Blue Valentine lui a valu des nominations à l’Oscar et au Golden Globe de la meilleure actrice, lui ouvrant définitivement la voie du succès. Nombreuses sont les pistes qu’il lui reste à explorer : on la retrouvera bientôt en gentille sorcière Glinda dans le nouveau film fantastique de Sam Raimi, Oz : The Great and Powerful, prequel du Magicien d’Oz produit par les studios Disney (tournage prévu cet été). Elle sera également, avec Seth Rogen, à l’affiche de la comédie Take this Waltz de Sarah Polley, et incarnera la mythique Marilyn Monroe dans My Week With Marilyn de Simon Curtis, dont le tournage s’est achevé en novembre dernier. Nous lui souhaitons bonne route. ◆ La Dernière Piste de Kelly Reichardt Avec : Michelle Williams, Paul Dano… Distribution : Pretty Pictures Durée : 1h44 Sortie : 22 juin Blue Valentine de Derek Cianfrance Avec : Michelle Williams, Ryan Gosling… Distribution : Films sans frontières Durée : 1h54 Sortie : 15 juin

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LA DERNIÈRE PISTE

GO WEST Protégée de Todd Haynes, avec qui elle partage une troublante ressemblance physique, la réalisatrice KELLY REICHARDT suit depuis quatre films la voie d’un cinéma pastoral minimaliste. Dans La Dernière Piste, western désaxé, l’affirmation de soi survient dans un désert sans repères. Entretien avec une aventurière. _Propos recueillis par Clémentine Gallot

de pionniers venaient d’ailleurs d’être découvertes. Dans cette expédition en particulier, beaucoup de ceux qui ont suivi Stephen Meek sont morts ; ils ont passé plus de 24 heures sans eau. En fait, les versions diffèrent selon les journaux intimes : Meek savait que l’on voulait le pendre, il est donc parti ; mais certains ont pensé qu’il était resté aux alentours pour surveiller le groupe. Finalement, il a trouvé un missionnaire qui leur a apporté à manger, mais certains pionniers étaient si affamés qu’ils sont morts d’avoir pu se nourrir.

« Nous avons essayé de transmettre la sensation d’un temps infini, qui s’étire. »

Après trois histoires contemporaines, vous situez la fiction de La Dernière Piste au XIXe siècle. Comment s’est fait ce choix ?

Je m’étais rendue dans cette même partie du désert de l’Oregon lors du tournage de Wendy and Lucy. Avec Jon Raymond, le scénariste, nous nous sommes dits que nous aimerions tourner une histoire là-bas. Puis il a trouvé l’histoire de Stephen Meek, qui a guidé un groupe de migrants en 1845, et son actualité nous a frappés. Nous avons fait des recherches sur ce personnage historique. Nous avons eu accès à des journaux intimes de pionnières, et le film est devenu l’histoire de l’une d’entre elles, Emily.

La tragédie des pionniers égarés était-elle fréquente, à l’époque ? Il était fréquent de ne pas survivre à ces déplacements. Pendant le tournage, de nouvelles tombes 52

juin 2011

On se représente le western en format panoramique. En filmant La Dernière Piste dans un format carré, vouliezvous de prendre ce genre à rebours ?

En réalité, les westerns étaient pendant longtemps diffusés en format carré, 4x3. Le cinémascope est venu plus tard, c’était un peu la 3D de son temps. J’aime le format carré : il se justifie car les femmes portent des bonnets qui bloquent leur vision périphérique, leur image du monde est compressée. Cela vous fait aller de l’avant, continuer vers l’Ouest. La vue est la même depuis un wagon. Le 4x3 confine le spectateur avec les migrants, sans anticiper quoi que ce soit, dans un pur présent.

À travers la quête éperdue des pionniers, le film raconte aussi les origines de l’Amérique… Je voulais d’abord présenter les pionniers comme l’image que l’on s’en fait à l’école primaire, avant de les révéler peu à peu comme des individus qui doivent faire des choix. Le vrai groupement dont Stephen Meek avait la charge était constitué de 200 individus environ, et de centaines de bêtes. Le film en est la version miniature.

© Pretty Pictures

U

n convoi de pionniers s’égare dans le désert de l’Oregon, à la recherche d’une nouvelle vie : écrasé par la lumière, La Dernière Piste suit sa progression terrassée. Un suspense ténu rapproche ce troisième long métrage des expériences limite du film de survie (Gerry, Essential Killing), tant dans l’épuisement des personnages en bout de course que du spectateur. Old Joy, le deuxième film de Kelly Reichardt (2006), suivait déjà les retrouvailles de deux amis en forêt. Deux ans plus tard, dans Wendy and Lucy, une routarde marginale s’arrêtait un moment, à la recherche de sa chienne. Ici aussi, une héroïne (Michelle Williams) s’affirme dans l’appropriation des espaces. D’une rare modestie, ce cinéma, placé sous l’égide de Terrence Malick, fait de l’Oregon le dernier territoire du lyrisme américain.

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LA DERNIÈRE PISTE

GO WEST Protégée de Todd Haynes, avec qui elle partage une troublante ressemblance physique, la réalisatrice KELLY REICHARDT suit depuis quatre films la voie d’un cinéma pastoral minimaliste. Dans La Dernière Piste, western désaxé, l’affirmation de soi survient dans un désert sans repères. Entretien avec une aventurière. _Propos recueillis par Clémentine Gallot

de pionniers venaient d’ailleurs d’être découvertes. Dans cette expédition en particulier, beaucoup de ceux qui ont suivi Stephen Meek sont morts ; ils ont passé plus de 24 heures sans eau. En fait, les versions diffèrent selon les journaux intimes : Meek savait que l’on voulait le pendre, il est donc parti ; mais certains ont pensé qu’il était resté aux alentours pour surveiller le groupe. Finalement, il a trouvé un missionnaire qui leur a apporté à manger, mais certains pionniers étaient si affamés qu’ils sont morts d’avoir pu se nourrir.

« Nous avons essayé de transmettre la sensation d’un temps infini, qui s’étire. »

Après trois histoires contemporaines, vous situez la fiction de La Dernière Piste au XIXe siècle. Comment s’est fait ce choix ?

Je m’étais rendue dans cette même partie du désert de l’Oregon lors du tournage de Wendy and Lucy. Avec Jon Raymond, le scénariste, nous nous sommes dits que nous aimerions tourner une histoire là-bas. Puis il a trouvé l’histoire de Stephen Meek, qui a guidé un groupe de migrants en 1845, et son actualité nous a frappés. Nous avons fait des recherches sur ce personnage historique. Nous avons eu accès à des journaux intimes de pionnières, et le film est devenu l’histoire de l’une d’entre elles, Emily.

La tragédie des pionniers égarés était-elle fréquente, à l’époque ? Il était fréquent de ne pas survivre à ces déplacements. Pendant le tournage, de nouvelles tombes 52

juin 2011

On se représente le western en format panoramique. En filmant La Dernière Piste dans un format carré, vouliezvous de prendre ce genre à rebours ?

En réalité, les westerns étaient pendant longtemps diffusés en format carré, 4x3. Le cinémascope est venu plus tard, c’était un peu la 3D de son temps. J’aime le format carré : il se justifie car les femmes portent des bonnets qui bloquent leur vision périphérique, leur image du monde est compressée. Cela vous fait aller de l’avant, continuer vers l’Ouest. La vue est la même depuis un wagon. Le 4x3 confine le spectateur avec les migrants, sans anticiper quoi que ce soit, dans un pur présent.

À travers la quête éperdue des pionniers, le film raconte aussi les origines de l’Amérique… Je voulais d’abord présenter les pionniers comme l’image que l’on s’en fait à l’école primaire, avant de les révéler peu à peu comme des individus qui doivent faire des choix. Le vrai groupement dont Stephen Meek avait la charge était constitué de 200 individus environ, et de centaines de bêtes. Le film en est la version miniature.

© Pretty Pictures

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n convoi de pionniers s’égare dans le désert de l’Oregon, à la recherche d’une nouvelle vie : écrasé par la lumière, La Dernière Piste suit sa progression terrassée. Un suspense ténu rapproche ce troisième long métrage des expériences limite du film de survie (Gerry, Essential Killing), tant dans l’épuisement des personnages en bout de course que du spectateur. Old Joy, le deuxième film de Kelly Reichardt (2006), suivait déjà les retrouvailles de deux amis en forêt. Deux ans plus tard, dans Wendy and Lucy, une routarde marginale s’arrêtait un moment, à la recherche de sa chienne. Ici aussi, une héroïne (Michelle Williams) s’affirme dans l’appropriation des espaces. D’une rare modestie, ce cinéma, placé sous l’égide de Terrence Malick, fait de l’Oregon le dernier territoire du lyrisme américain.

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LA DERNIÈRE PISTE

La lecture des journaux intimes, leurs récits antihéroïques, s’opposent totalement à l’idée que je me faisais des westerns : il s’en dégage de la monotonie, l’impression de marcher comme dans une transe. Les jours s’enchaînent et se ressemblent. Nous avons essayé de transmettre cette sensation d’un temps infini, qui s’étire.

Comment avez-vous organisé la structure dramatique de ce voyage hypnotique ? Les premières moutures du scénario restaient floues quant au déroulement des journées, leur début et leur fin. Il a fallu décider de diviser ces jours. Je voulais montrer le contraste entre la nuit noire et la lumière éblouissante de la journée, le silence de mort qui règne dans le désert et le bruit tonitruant des charrettes.

Était-ce un tournage rapide et léger, comme pour Wendy and Lucy ? Sur 34 jours, nous avons tourné là où les migrants se sont réellement perdus. Il fallait au moins deux heures pour accéder au lieu de tournage, ce qui raccourcissait considérablement nos journées. Nous avons fait plus de prises que pour Wendy and Lucy, quatre ou cinq par scène ; ce qui est peu pour un acteur mais suffisant pour moi.

Parmi ceux-ci, il y a Michelle Williams. C’est la deuxième fois que vous collaborez avec elle… Pour Wendy and Lucy, nous étions presque seules toutes les deux. Là, nous avons organisé un « camp d’entrainement pionnier », pour apprendre aux neufs acteurs à faire un feu, cuire du pain, charger un fusil, s’occuper des bêtes… Le tournage était très dur pour eux : on ne pouvait leur offrir aucun confort, le paysage était désolé, brûlant. En lisant les journaux des pionnières, on comprend que le voyage les rapproche, et c’est ce qui s’est passé pendant le film ; une solidarité s’est formée, les actrices faisaient de la couture en costume. 54

juin 2011

La Dernière Piste, comme Wendy and Lucy, est-il une remise en cause de la promesse américaine d’une seconde chance ? Il s’agit surtout de mettre à bas le « rêve américain » : de quoi s’agit-il, est-ce accessible à tous ? Ce sont des questions actuelles : la manière dont les nouveaux arrivants ont abordé les Indiens à l’époque se reflète encore aujourd’hui aux États-Unis.

Vos films entretiennent un rapport avec le panthéisme de Terrence Malick, dans l’ambigüité des rapports avec les Indiens, la quête des origines… J’aime particulièrement ses premiers films, Les Moissons du ciel et La Balade sauvage. Ils ont produit une forte impression sur moi quand j’apprenais le cinéma. Terrence Malick sait intégrer ses personnages dans leur environnement, les fondre dans des paysages d’une grande beauté.

Votre évocation de la nature est également dénuée de mièvrerie. Cela tient surtout à l’appropriation de l’espace dans lequel on tourne, le regard n’est pas celui d’un touriste de passage, ni d’une vision romantique. Le désert où nous avons tourné La Dernière Piste est très beau, mais tout craque. Il y a des serpents, des tempêtes de sable, c’est aussi un territoire inquiétant.

Pourquoi selon vous l’Oregon est-il devenu la terre d’accueil des cinéastes américains, de Gus Van Sant à Todd Haynes ou Miranda July ? J’y vis seulement une partie du temps, pour tourner. J’ai commencé à aller en Oregon quand Todd s’y est installé. On y trouve de tout : un désert, une forêt vierge, l’océan. C’est le lieu parfait pour parler de la mythologie américaine. L’Ouest, traditionnellement, c’est là où l’on va. ◆


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LA DERNIÈRE PISTE

La lecture des journaux intimes, leurs récits antihéroïques, s’opposent totalement à l’idée que je me faisais des westerns : il s’en dégage de la monotonie, l’impression de marcher comme dans une transe. Les jours s’enchaînent et se ressemblent. Nous avons essayé de transmettre cette sensation d’un temps infini, qui s’étire.

Comment avez-vous organisé la structure dramatique de ce voyage hypnotique ? Les premières moutures du scénario restaient floues quant au déroulement des journées, leur début et leur fin. Il a fallu décider de diviser ces jours. Je voulais montrer le contraste entre la nuit noire et la lumière éblouissante de la journée, le silence de mort qui règne dans le désert et le bruit tonitruant des charrettes.

Était-ce un tournage rapide et léger, comme pour Wendy and Lucy ? Sur 34 jours, nous avons tourné là où les migrants se sont réellement perdus. Il fallait au moins deux heures pour accéder au lieu de tournage, ce qui raccourcissait considérablement nos journées. Nous avons fait plus de prises que pour Wendy and Lucy, quatre ou cinq par scène ; ce qui est peu pour un acteur mais suffisant pour moi.

Parmi ceux-ci, il y a Michelle Williams. C’est la deuxième fois que vous collaborez avec elle… Pour Wendy and Lucy, nous étions presque seules toutes les deux. Là, nous avons organisé un « camp d’entrainement pionnier », pour apprendre aux neufs acteurs à faire un feu, cuire du pain, charger un fusil, s’occuper des bêtes… Le tournage était très dur pour eux : on ne pouvait leur offrir aucun confort, le paysage était désolé, brûlant. En lisant les journaux des pionnières, on comprend que le voyage les rapproche, et c’est ce qui s’est passé pendant le film ; une solidarité s’est formée, les actrices faisaient de la couture en costume. 54

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La Dernière Piste, comme Wendy and Lucy, est-il une remise en cause de la promesse américaine d’une seconde chance ? Il s’agit surtout de mettre à bas le « rêve américain » : de quoi s’agit-il, est-ce accessible à tous ? Ce sont des questions actuelles : la manière dont les nouveaux arrivants ont abordé les Indiens à l’époque se reflète encore aujourd’hui aux États-Unis.

Vos films entretiennent un rapport avec le panthéisme de Terrence Malick, dans l’ambigüité des rapports avec les Indiens, la quête des origines… J’aime particulièrement ses premiers films, Les Moissons du ciel et La Balade sauvage. Ils ont produit une forte impression sur moi quand j’apprenais le cinéma. Terrence Malick sait intégrer ses personnages dans leur environnement, les fondre dans des paysages d’une grande beauté.

Votre évocation de la nature est également dénuée de mièvrerie. Cela tient surtout à l’appropriation de l’espace dans lequel on tourne, le regard n’est pas celui d’un touriste de passage, ni d’une vision romantique. Le désert où nous avons tourné La Dernière Piste est très beau, mais tout craque. Il y a des serpents, des tempêtes de sable, c’est aussi un territoire inquiétant.

Pourquoi selon vous l’Oregon est-il devenu la terre d’accueil des cinéastes américains, de Gus Van Sant à Todd Haynes ou Miranda July ? J’y vis seulement une partie du temps, pour tourner. J’ai commencé à aller en Oregon quand Todd s’y est installé. On y trouve de tout : un désert, une forêt vierge, l’océan. C’est le lieu parfait pour parler de la mythologie américaine. L’Ouest, traditionnellement, c’est là où l’on va. ◆


Révélation(s) Formée sur les planches par Al Pacino, JESSICA CHASTAIN a irradié les génériques de deux des plus beaux films primés cette année à Cannes : le trip séminal The Tree of Life de Terrence Malick (Palme d’or), dans lequel elle incarne une mère gracieuse et virginale, et le drame apocalyptique Take Shelter de Jeff Nichols (Grand prix de la Semaine de la critique), où elle campe une épouse terrassée par la schizophrénie de son mari. Toison rougeoyante, teint diaphane, profil préraphaélite : rencontre avec l’actrice américaine la plus en vue du festival, entre début et fin du monde, qui revient ce mois-ci sur les écrans dans L’Affaire Rachel Singer. _Propos recueillis par Louis Séguin et Auréliano Tonet

Quel regard portez-vous sur The Tree of Life ? Chaque spectateur en tirera son propre message. Pour moi, c’est un film sur le type d’être humain que l’on choisit d’être. Quel est notre but sur Terre ? À chaque instant, nous avons l’opportunité de développer de l’amour en nous-mêmes et, ce faisant, chez les autres. Très empreints de culture religieuse, les films de Malick adoptent un regard élégiaque et panthéiste sur des paradis perdus. Avez-vous lu la Bible pour préparer The Tree of Life ? Pour jouer Mrs O’Brien, il me fallait faire grandir la grâce en moi. J’ai étudié des peintures de la vierge, en passant de nombreuses journées au Metropolitan Museum of Art à les observer. Ces peintures m’ont été d’une grande aide, tout autant que le livre Salve Regina, The Story of Mary de Jacques Duquesne, que Terrence m’a donné. Mais je n’ai pas puisé mes sources dans une religion en particulier, je les ai toutes étudiées. Les qualités que sont la grâce, la compassion et l’esprit se retrouvent dans bien des choses : la façon dont le soleil se lève, le rire d’un enfant, une fleur qui éclot… 56

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« Pour moi, Tree of Life est un film sur le type d’être humain que l’on choisit d’être. Quel est notre but sur Terre ? » J’ai beaucoup pratiqué la méditation grâce à des mantras, pour ouvrir mon cœur. Il semblerait que vous soyez également au générique du prochain film de Terrence Malick, avec Javier Bardem, Ben Affleck et Rachel McAdams. C’est d’ailleurs lui qui vous a recommandé à Jeff Nichols pour Take Shelter… Je n’ai tourné que quelques scènes du prochain film de Terrence, je ne sais pas encore s’il les gardera au montage. The Tree of Life a marqué le début d’un âge d’or dans ma vie. Les gens que j’ai rencontrés sur le tournage et les leçons que j’en ai tirées resteront avec moi pour toujours. Travailler avec Sean Penn et Brad Pitt dans The Tree of Life, avec Michael Shannon dans Take Shelter, et maintenant Tom Hardy dans The Wettest County in the World de John Hillcoat – un génie ! – m’élève et m’encourage à faire toujours mieux. Ces gens-là me poussent à être plus vulnérable, mais aussi plus courageuse, à vivre dans l’instant présent. Je cherche à travailler avec des acteurs que je trouve meilleurs que moi. C’est ce que j’ai fait jusqu’ici et cela semble bien marcher. Vous avez débuté votre carrière au théâtre avec des pièces de répertoire (Shakespeare, Oscar Wilde), ce qui est plutôt rare à Hollywood… www.mk2.com

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© Antoine Doyen

Vous présentiez deux des films les plus attendus cette année à Cannes : l’un traite des origines de l’humanité (The Tree of Life) et l’autre de sa fin (Take Shelter)… J’étais déjà une grande admiratrice de Terrence Malick avant de travailler avec lui. Ses films me stimulent, et questionnent notre existence. Il ne dérive jamais de sa vision. Ses films parlent à votre âme : le langage qu’il emploie est universel et nous lie tous. Quant à Jeff Nichols, c’est une nouvelle voix d’importance dans le cinéma. J’avais beaucoup aimé son premier film, Shotgun Stories. La façon dont ces deux réalisateurs travaillent est similaire, dans le sens où elle émane d’une démarche d’honnêteté.


Révélation(s) Formée sur les planches par Al Pacino, JESSICA CHASTAIN a irradié les génériques de deux des plus beaux films primés cette année à Cannes : le trip séminal The Tree of Life de Terrence Malick (Palme d’or), dans lequel elle incarne une mère gracieuse et virginale, et le drame apocalyptique Take Shelter de Jeff Nichols (Grand prix de la Semaine de la critique), où elle campe une épouse terrassée par la schizophrénie de son mari. Toison rougeoyante, teint diaphane, profil préraphaélite : rencontre avec l’actrice américaine la plus en vue du festival, entre début et fin du monde, qui revient ce mois-ci sur les écrans dans L’Affaire Rachel Singer. _Propos recueillis par Louis Séguin et Auréliano Tonet

Quel regard portez-vous sur The Tree of Life ? Chaque spectateur en tirera son propre message. Pour moi, c’est un film sur le type d’être humain que l’on choisit d’être. Quel est notre but sur Terre ? À chaque instant, nous avons l’opportunité de développer de l’amour en nous-mêmes et, ce faisant, chez les autres. Très empreints de culture religieuse, les films de Malick adoptent un regard élégiaque et panthéiste sur des paradis perdus. Avez-vous lu la Bible pour préparer The Tree of Life ? Pour jouer Mrs O’Brien, il me fallait faire grandir la grâce en moi. J’ai étudié des peintures de la vierge, en passant de nombreuses journées au Metropolitan Museum of Art à les observer. Ces peintures m’ont été d’une grande aide, tout autant que le livre Salve Regina, The Story of Mary de Jacques Duquesne, que Terrence m’a donné. Mais je n’ai pas puisé mes sources dans une religion en particulier, je les ai toutes étudiées. Les qualités que sont la grâce, la compassion et l’esprit se retrouvent dans bien des choses : la façon dont le soleil se lève, le rire d’un enfant, une fleur qui éclot… 56

juin 2011

« Pour moi, Tree of Life est un film sur le type d’être humain que l’on choisit d’être. Quel est notre but sur Terre ? » J’ai beaucoup pratiqué la méditation grâce à des mantras, pour ouvrir mon cœur. Il semblerait que vous soyez également au générique du prochain film de Terrence Malick, avec Javier Bardem, Ben Affleck et Rachel McAdams. C’est d’ailleurs lui qui vous a recommandé à Jeff Nichols pour Take Shelter… Je n’ai tourné que quelques scènes du prochain film de Terrence, je ne sais pas encore s’il les gardera au montage. The Tree of Life a marqué le début d’un âge d’or dans ma vie. Les gens que j’ai rencontrés sur le tournage et les leçons que j’en ai tirées resteront avec moi pour toujours. Travailler avec Sean Penn et Brad Pitt dans The Tree of Life, avec Michael Shannon dans Take Shelter, et maintenant Tom Hardy dans The Wettest County in the World de John Hillcoat – un génie ! – m’élève et m’encourage à faire toujours mieux. Ces gens-là me poussent à être plus vulnérable, mais aussi plus courageuse, à vivre dans l’instant présent. Je cherche à travailler avec des acteurs que je trouve meilleurs que moi. C’est ce que j’ai fait jusqu’ici et cela semble bien marcher. Vous avez débuté votre carrière au théâtre avec des pièces de répertoire (Shakespeare, Oscar Wilde), ce qui est plutôt rare à Hollywood… www.mk2.com

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© Antoine Doyen

Vous présentiez deux des films les plus attendus cette année à Cannes : l’un traite des origines de l’humanité (The Tree of Life) et l’autre de sa fin (Take Shelter)… J’étais déjà une grande admiratrice de Terrence Malick avant de travailler avec lui. Ses films me stimulent, et questionnent notre existence. Il ne dérive jamais de sa vision. Ses films parlent à votre âme : le langage qu’il emploie est universel et nous lie tous. Quant à Jeff Nichols, c’est une nouvelle voix d’importance dans le cinéma. J’avais beaucoup aimé son premier film, Shotgun Stories. La façon dont ces deux réalisateurs travaillent est similaire, dans le sens où elle émane d’une démarche d’honnêteté.


« Les roux sont davantage prédisposés à la douleur. » J’ai été formée à la Juilliard School de New York, où j’ai étudié les grands classiques. Le théâtre restera toujours ma formation première, là d’où je viens. C’est là que j’ai découvert ma vocation, et j’y reviens souvent. En 2008, j’ai participé à une production d’Othello avec Philip Seymour Hoffman, d’après une mise en scène de Peter Sellers. Qu’est-ce qui rend le théâtre si important à vos yeux ? C’est ce qui m’enthousiasme vraiment en tant que comédienne : être sur scène avec quelqu’un. Il y a un lien très fort qui se crée entre deux personnes. Cela arrive aussi dans les films si le réalisateur laisse suffisamment d’espace entre les acteurs. J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai travaillé avec des réalisateurs qui adorent la spontanéité émergeant de cet échange. Sur scène, vous avez été l’héroïne de Salomé d’Oscar Wilde avec Al Pacino. Une pièce autour de laquelle il réalise maintenant un film… C’est avec ce film que j’ai débuté au cinéma. Au départ, c’était une production théâtrale sur laquelle on a travaillé pendant près d’un an – en y revenant souvent. J’y ai donné la réplique à Al Pacino avant qu’il ne me dirige dans son film. J’ai eu l’occasion de constater combien sa performance d’acteur change du théâtre au cinéma. Il m’a appris énormément sur la manière d’évoluer face à la caméra. J’applique les leçons qu’il m’a enseignées dans chaque film. Comment vous êtes-vous préparée pour les scènes de combat de L’Affaire Rachel Singer de John Madden ? Je me suis entrainée pendant quatre mois avec un coach sportif. Il m’a appris le krav maga à raison de trois à quatre fois par semaine. Il était essentiel que j’apprenne la façon dont un agent des services secrets israéliens se bat. Votre rousseur rappelle les modèles de certains tableaux préraphaélites, mais aussi la flamboyance d’actrices telles qu’Isabelle Huppert ou Tilda Swinton. Dans quelle mesure votre couleur de cheveux vous distingue-telle, selon vous, aux yeux des réalisateurs ? 58

juin 2011

Oh, c’est une question très intéressante. J’ai entendu dire que scientifiquement parlant, les roux sont davantage prédisposés à la douleur et nécessitent des anesthésies locales plus fortes. Je me demande s’il y a quelque chose dans nos gènes qui nous rend plus sensibles. J’adore le fait d’être rousse. C’est une part tout à fait importante de ma personnalité. C’est peut-être pour cela que j’aime me teindre les cheveux pour un rôle. Lorsque je perds ma rousseur, il est plus simple pour moi de mettre à l’écart la personne que je suis. ◆

© Miramax films. All rights reserved

© Grove Hill Productions

Take Shelter de Jeff Nichols

L’Affaire Rachel Singer Dans le Berlin est des années 1960, un ancien haut gradé nazi se planque sous un costume de gynécologue respectable. Trois agents du Mossad – dont Rachel Singer – sont chargés de le ramener en Israël pour le juger. L’enjeu de ce thriller n’est pas tant de prouver la vertu cathartique de la justice que l’embarras des victimes quand elles ont leur bourreau entre les mains. On ne peut pas le torturer, au risque de lui ressembler, mais on ne peut pas non plus lui reconnaître de dignité humaine. Le conflit intérieur des agents est mis en perspective par le montage alterné entre années 1960 et années 1990, permettant un dédoublement du thriller ; le personnage équivoque de Rachel Singer, campé par Jessica Chastain (années 1960) et Helen Mirren (années 1990), assure la liaison de ces deux périodes avec élégance. _Lo.Sé.

L’Affaire Rachel Singer de John Madden Avec : Sam Worthington, Jessica Chastain… Distribution : : Universal Pictures International France Durée : 2h00 Sortie : 15 juin

www.mk2.com

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« Les roux sont davantage prédisposés à la douleur. » J’ai été formée à la Juilliard School de New York, où j’ai étudié les grands classiques. Le théâtre restera toujours ma formation première, là d’où je viens. C’est là que j’ai découvert ma vocation, et j’y reviens souvent. En 2008, j’ai participé à une production d’Othello avec Philip Seymour Hoffman, d’après une mise en scène de Peter Sellers. Qu’est-ce qui rend le théâtre si important à vos yeux ? C’est ce qui m’enthousiasme vraiment en tant que comédienne : être sur scène avec quelqu’un. Il y a un lien très fort qui se crée entre deux personnes. Cela arrive aussi dans les films si le réalisateur laisse suffisamment d’espace entre les acteurs. J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai travaillé avec des réalisateurs qui adorent la spontanéité émergeant de cet échange. Sur scène, vous avez été l’héroïne de Salomé d’Oscar Wilde avec Al Pacino. Une pièce autour de laquelle il réalise maintenant un film… C’est avec ce film que j’ai débuté au cinéma. Au départ, c’était une production théâtrale sur laquelle on a travaillé pendant près d’un an – en y revenant souvent. J’y ai donné la réplique à Al Pacino avant qu’il ne me dirige dans son film. J’ai eu l’occasion de constater combien sa performance d’acteur change du théâtre au cinéma. Il m’a appris énormément sur la manière d’évoluer face à la caméra. J’applique les leçons qu’il m’a enseignées dans chaque film. Comment vous êtes-vous préparée pour les scènes de combat de L’Affaire Rachel Singer de John Madden ? Je me suis entrainée pendant quatre mois avec un coach sportif. Il m’a appris le krav maga à raison de trois à quatre fois par semaine. Il était essentiel que j’apprenne la façon dont un agent des services secrets israéliens se bat. Votre rousseur rappelle les modèles de certains tableaux préraphaélites, mais aussi la flamboyance d’actrices telles qu’Isabelle Huppert ou Tilda Swinton. Dans quelle mesure votre couleur de cheveux vous distingue-telle, selon vous, aux yeux des réalisateurs ? 58

juin 2011

Oh, c’est une question très intéressante. J’ai entendu dire que scientifiquement parlant, les roux sont davantage prédisposés à la douleur et nécessitent des anesthésies locales plus fortes. Je me demande s’il y a quelque chose dans nos gènes qui nous rend plus sensibles. J’adore le fait d’être rousse. C’est une part tout à fait importante de ma personnalité. C’est peut-être pour cela que j’aime me teindre les cheveux pour un rôle. Lorsque je perds ma rousseur, il est plus simple pour moi de mettre à l’écart la personne que je suis. ◆

© Miramax films. All rights reserved

© Grove Hill Productions

Take Shelter de Jeff Nichols

L’Affaire Rachel Singer Dans le Berlin est des années 1960, un ancien haut gradé nazi se planque sous un costume de gynécologue respectable. Trois agents du Mossad – dont Rachel Singer – sont chargés de le ramener en Israël pour le juger. L’enjeu de ce thriller n’est pas tant de prouver la vertu cathartique de la justice que l’embarras des victimes quand elles ont leur bourreau entre les mains. On ne peut pas le torturer, au risque de lui ressembler, mais on ne peut pas non plus lui reconnaître de dignité humaine. Le conflit intérieur des agents est mis en perspective par le montage alterné entre années 1960 et années 1990, permettant un dédoublement du thriller ; le personnage équivoque de Rachel Singer, campé par Jessica Chastain (années 1960) et Helen Mirren (années 1990), assure la liaison de ces deux périodes avec élégance. _Lo.Sé.

L’Affaire Rachel Singer de John Madden Avec : Sam Worthington, Jessica Chastain… Distribution : : Universal Pictures International France Durée : 2h00 Sortie : 15 juin

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BEAT

RÉGÉNÉRATION On a pris prétexte de la sortie très attendue du quatrième album de sa reine – Beyoncé – et d’un concert parisien de son roi – Prince – pour examiner l’arbre généalogique du R’n’B, genre mésestimé dont les mutations ont sérieusement rebattu les cartes des musiques populaires de ces vingt dernières années. Loin des pleurnicheries criardes que diffusait en boucle MTV dans les années 1990, plongée dans les entrailles d’un courant qui, à force de secouer le cocotier pop, a fini par réinventer les rapports de force entre les genres – tant musicaux que sexuels.

60 Beyoncé

juin 2011

www.mk2.com

61

© Mason Poole

_Dossier coordonné par Auréliano Tonet


BEAT

RÉGÉNÉRATION On a pris prétexte de la sortie très attendue du quatrième album de sa reine – Beyoncé – et d’un concert parisien de son roi – Prince – pour examiner l’arbre généalogique du R’n’B, genre mésestimé dont les mutations ont sérieusement rebattu les cartes des musiques populaires de ces vingt dernières années. Loin des pleurnicheries criardes que diffusait en boucle MTV dans les années 1990, plongée dans les entrailles d’un courant qui, à force de secouer le cocotier pop, a fini par réinventer les rapports de force entre les genres – tant musicaux que sexuels.

60 Beyoncé

juin 2011

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61

© Mason Poole

_Dossier coordonné par Auréliano Tonet


BEAT

VOIX ROYALES

RÉGÉNÉRATION

D’abord musique attitrée des Noirs, puis sous-genre prétendument prisé des seules filles, le R’n’B règne aujourd’hui sans partage sur les charts, écrasant vertement ses vieux rivaux, la pop et le hip-hop. Cette domination, Beyoncé, Mariah, Usher et les autres l’ont assise à la régulière, à la seule force de leur voix.

© Wallid Azami

_Par Auréliano Tonet

Usher

C’

est l’évènement musical de ce début d’année : sur son dernier album, l’impeccable Doggumentary, Snoop Dogg chante. Oui, vous avez bien lu : le gangsta-rappeur le plus cool de la West Coast fredonne des mélodies. Impensable il y a dix ans à peine, cette mue ne choque plus grand monde aujourd’hui. La faute à qui ? Au R’n’B, pardi.

DESCENDANCES

Lorsqu’il invente, en 1949, l’expression « rhythm and blues », le journaliste Jerry Wexler entend rendre obsolète le terme, alors très répandu, de race music. Comme souvent aux États-Unis, son invention connaît une riche descendance marketing, puisque, très vite, des charts labellisés « rhythm and blues » voient le jour, regroupant l’ensemble des musiques jouées par et pour les AfroAméricains : black rock’n’roll, doo-wop, soul, funk, etc. Cependant, la vogue disco puis les triomphes de Prince et Michael Jackson dans les années 1980 brouillent les pistes et les publics, contribuant – par réaction – à la naissance du hip-hop, qui réaffirme l’identité noire face aux dilutions pop et mainstream. Sans la chanter mais en la clamant, haut, vite et fort. Le rhythm and blues en tant que tel n’existe plus à l’époque, mais un homme, Tedy Riley, va contribuer à le réinventer à la fin de la décennie 1980 : 62

juin 2011

en réconciliant les rythmiques hip-hop avec le chant et la mélodie, son courant – le « new jack swing » – ouvre la voie aux premiers ténors du R’n’B contemporain, Boyz II Men, Babyface, R.Kelly ou le Tony ! Toni ! Toné ! de

Dans les années 1990, quelques producteurs opèrent le rapprochement entre Snoop Dogg et Mariah Carey, Jay-Z et R.Kelly. Raphael Saadiq. Là encore, toutefois, le genre est minoritaire, décrédibilisé par son public le plus audible – pubescentes énamourées et autres midinettes à l’affût. Une guerre des sexes larvée s’ouvre alors : aux filles, le chant, la joliesse, les sentiments ; aux garçons, le verbe, le rythme, la pose. Durant les années 1990, R’n’B et hip-hop vont ainsi superbement s’ignorer, jusqu’à ce que quelques producteurs aux oreilles grandes ouvertes (The Neptunes, Timbaland, etc.) n’opèrent le rapprochement entre

Snoop Dogg et Mariah Carey, LL Cool J et Jennifer Lopez, Jay-Z et R.Kelly – lesquels sortent, en 2002, un album au titre en forme de manifeste : Best of Both Worlds.

ROIS ET REINES

Dès lors, le mal est fait : les louves sont entrées dans la bergerie, et s’apprêtent à dévorer les moutons rappeurs. Car là où, en refusant le chant, le hip-hop se condamne à une relative monotonie, rien n’arrête les ténors et divas du R’n’B qui, flanqués de joailliers experts, offrent aux années 2000 une bande-son totale, à la fois rythmique et mélodieuse, taillant chaque côté de la pierre pop (écriture, interprétation, arrangements) pour mieux la parfaire. Les lames qui cisèlent ces pièces de collection, ce sont bien sûr les voix : timbres, inflexions, tessitures, octaves, melisma, toutes les nuances sont poussées dans leurs retranchements. Assise et assurance chez Beyoncé, qui, affranchie des Destiny’s Child, rejoue le couronnement de Diana Ross sur un mode plus guerrier et féministe : de Lady Diana à Queen B, même grâce souveraine, qui, à force de régularité (un tube tous les ans ou presque), excuse les quelques fausses notes émises ici ou là (dont son nouvel album, 4, semble hélas ponctué). C’est le filet de voix de Minnie Riperton, icône gracile de la soul seventies, que ressuscite Mariah Carey depuis sa métamorphose

Usher est fêlures et secousses, R.Kelly baume, caresses et enjolivures. R’n’B il y a dix ans, filet qui serpente sur les montagnes russes de la force et de la vulnérabilité – limbes fantasmatiques contre émois terrestres : Mariah est une créatrice autant qu’une créature, et son timbre duplice – constamment overdubbé – ne cesse de s’en faire l’écho. Aux côtés de ces grandes dames, il faudrait mentionner Amerie, presque leur égale dans l’allant et la sincérité de ton, et d’autres poupées de son (Britney, J.Lo, Rihanna, Toni Braxton) occasionnellement passionnantes. Côté messieurs, le trône se partage entre Justin Timberlake, pelvis parfait mais un poil trop rare (deux albums en dix ans), et la paire Usher-R.Kelly, l’un fêlures, secousses, trémulations, l’autre baume, caresses, enjolivures ; laissant assez loin une concurrence ma foi honorable (Ne-Yo, d’Angelo). À moins que Snoop et son nouveau protégé Wiz Khalifa, autre rappeur converti à la cause chantée, ne viennent troubler la fête… ◆ www.mk2.com

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VOIX ROYALES

RÉGÉNÉRATION

D’abord musique attitrée des Noirs, puis sous-genre prétendument prisé des seules filles, le R’n’B règne aujourd’hui sans partage sur les charts, écrasant vertement ses vieux rivaux, la pop et le hip-hop. Cette domination, Beyoncé, Mariah, Usher et les autres l’ont assise à la régulière, à la seule force de leur voix.

© Wallid Azami

_Par Auréliano Tonet

Usher

C’

est l’évènement musical de ce début d’année : sur son dernier album, l’impeccable Doggumentary, Snoop Dogg chante. Oui, vous avez bien lu : le gangsta-rappeur le plus cool de la West Coast fredonne des mélodies. Impensable il y a dix ans à peine, cette mue ne choque plus grand monde aujourd’hui. La faute à qui ? Au R’n’B, pardi.

DESCENDANCES

Lorsqu’il invente, en 1949, l’expression « rhythm and blues », le journaliste Jerry Wexler entend rendre obsolète le terme, alors très répandu, de race music. Comme souvent aux États-Unis, son invention connaît une riche descendance marketing, puisque, très vite, des charts labellisés « rhythm and blues » voient le jour, regroupant l’ensemble des musiques jouées par et pour les AfroAméricains : black rock’n’roll, doo-wop, soul, funk, etc. Cependant, la vogue disco puis les triomphes de Prince et Michael Jackson dans les années 1980 brouillent les pistes et les publics, contribuant – par réaction – à la naissance du hip-hop, qui réaffirme l’identité noire face aux dilutions pop et mainstream. Sans la chanter mais en la clamant, haut, vite et fort. Le rhythm and blues en tant que tel n’existe plus à l’époque, mais un homme, Tedy Riley, va contribuer à le réinventer à la fin de la décennie 1980 : 62

juin 2011

en réconciliant les rythmiques hip-hop avec le chant et la mélodie, son courant – le « new jack swing » – ouvre la voie aux premiers ténors du R’n’B contemporain, Boyz II Men, Babyface, R.Kelly ou le Tony ! Toni ! Toné ! de

Dans les années 1990, quelques producteurs opèrent le rapprochement entre Snoop Dogg et Mariah Carey, Jay-Z et R.Kelly. Raphael Saadiq. Là encore, toutefois, le genre est minoritaire, décrédibilisé par son public le plus audible – pubescentes énamourées et autres midinettes à l’affût. Une guerre des sexes larvée s’ouvre alors : aux filles, le chant, la joliesse, les sentiments ; aux garçons, le verbe, le rythme, la pose. Durant les années 1990, R’n’B et hip-hop vont ainsi superbement s’ignorer, jusqu’à ce que quelques producteurs aux oreilles grandes ouvertes (The Neptunes, Timbaland, etc.) n’opèrent le rapprochement entre

Snoop Dogg et Mariah Carey, LL Cool J et Jennifer Lopez, Jay-Z et R.Kelly – lesquels sortent, en 2002, un album au titre en forme de manifeste : Best of Both Worlds.

ROIS ET REINES

Dès lors, le mal est fait : les louves sont entrées dans la bergerie, et s’apprêtent à dévorer les moutons rappeurs. Car là où, en refusant le chant, le hip-hop se condamne à une relative monotonie, rien n’arrête les ténors et divas du R’n’B qui, flanqués de joailliers experts, offrent aux années 2000 une bande-son totale, à la fois rythmique et mélodieuse, taillant chaque côté de la pierre pop (écriture, interprétation, arrangements) pour mieux la parfaire. Les lames qui cisèlent ces pièces de collection, ce sont bien sûr les voix : timbres, inflexions, tessitures, octaves, melisma, toutes les nuances sont poussées dans leurs retranchements. Assise et assurance chez Beyoncé, qui, affranchie des Destiny’s Child, rejoue le couronnement de Diana Ross sur un mode plus guerrier et féministe : de Lady Diana à Queen B, même grâce souveraine, qui, à force de régularité (un tube tous les ans ou presque), excuse les quelques fausses notes émises ici ou là (dont son nouvel album, 4, semble hélas ponctué). C’est le filet de voix de Minnie Riperton, icône gracile de la soul seventies, que ressuscite Mariah Carey depuis sa métamorphose

Usher est fêlures et secousses, R.Kelly baume, caresses et enjolivures. R’n’B il y a dix ans, filet qui serpente sur les montagnes russes de la force et de la vulnérabilité – limbes fantasmatiques contre émois terrestres : Mariah est une créatrice autant qu’une créature, et son timbre duplice – constamment overdubbé – ne cesse de s’en faire l’écho. Aux côtés de ces grandes dames, il faudrait mentionner Amerie, presque leur égale dans l’allant et la sincérité de ton, et d’autres poupées de son (Britney, J.Lo, Rihanna, Toni Braxton) occasionnellement passionnantes. Côté messieurs, le trône se partage entre Justin Timberlake, pelvis parfait mais un poil trop rare (deux albums en dix ans), et la paire Usher-R.Kelly, l’un fêlures, secousses, trémulations, l’autre baume, caresses, enjolivures ; laissant assez loin une concurrence ma foi honorable (Ne-Yo, d’Angelo). À moins que Snoop et son nouveau protégé Wiz Khalifa, autre rappeur converti à la cause chantée, ne viennent troubler la fête… ◆ www.mk2.com

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BEAT

SANG SHOW

RÉGÉNÉRATION

BEYONCÉ admire Diana Ross pour ses talents tout-terrain : chanteuse, danseuse et comédienne comme la star des Supremes, mais aussi femme d’affaires et égérie démultipliée. La diva mondiale du R’n’B est partout, travaillant sans cesse son statut d’icône sur tous les supports à sa disposition.

Avant de chanter, Beyoncé Knowles dansait à l’école primaire de St. Mary, Texas. Des années plus tard, elle est toujours imbattable sur le dancefloor, où sa chorégraphie pour le clip du hit Single Ladies (2008) fait un malheur. Reprise des dizaines de milliers de fois sur YouTube, la danse est devenue un nouveau standard des clubs, au même titre que La Macarena. Rebelote cette année lors des Billboard Awards : Beyoncé met encore KO la concurrence – le duo Rihanna-Britney – avec sa sidérante relecture scénique de son Run the World (Girl). Démultipliée sur les murs grâce à des projections, la chanteuse se mue en superhéroïne du girl power jouant à la balle avec le globe terrestre. Sauf qu’au lieu de finir par le faire éclater comme le dictateur de Chaplin, elle n’en fait qu’une bouchée.

FOXXXY LADY

Beyoncé est arrivée au cinéma via les morceaux de Destiny’s Child enregistrés pour des bandes originales de films (Men in Black, Charlie’s Angel). En passant devant la caméra, sa carrière est devenue un prolongement de son image de wonder woman noire, sexy et charismatique comme les reines de la Blaxploitation. Dans Goldmember, elle campe ainsi Foxxxy Cleopatra, mélange pastiché de Foxy Brown et Cleopatra Jones. La filmo de Beyoncé est affaire de relectures confortables, taillées sur mesure : son rôle le plus important à ce jour reste celui de Deena Jones/Diana Ross dans le vrai-faux biopic Dream Girls, consacré aux Supremes. À nouveau popstar dans La Panthère rose, hommage raté au classique de Blake Edwards, elle incarnera une… chanteuse dans Une étoile est née de Clint Eastwood, troisième remake, après ceux de George Cukor et de Frank Pierson, d’un film de 1937 signé William A. Wellman.

LADY BE

© © Sony DR Music, DR

Égérie de spots télé pour produits cosmétiques, sodas, parfum (le sien), ou encore pour une campagne antiobésité sur demande de Michelle Obama, Beyoncé a également investi le champ de la série TV. Dans Glee, triomphale série musicale de la Fox, une équipe de football reprend ainsi la célèbre chorégraphie de Single Ladies pour déstabiliser l’équipe adverse. Ce tube a par ailleurs donné son nom à une série sur VH1, sorte de Sex and the City métissé, produit par Queen Latifah. Des prolongements logiques du féminisme sauce Queen Be : martial, sexy et consumériste. ◆ 4 de Beyoncé Label : Columbia Sortie : 27 juin

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juin 2011

© DR

_Par Éric Vernay

PRINCE HÉRITÉ Le King of pop n’est plus, mais PRINCE, lui, demeure. Tandis que son Excellence s’apprête à remuer le Stade de France le 30 juin, son influence sur ses contemporains apparaît chaque jour plus flagrante, au point de se demander si, en bon démiurge, il n’aurait pas tout bonnement inventé le R’n’B. _Par Auréliano Tonet

Les succès d’aujourd’hui ne sont-ils que pure succession d’hier ? Derrière le falsetto de Pharrell Williams, gémirait celui du suzerain ; parmi les feulements de d’Angelo, crisseraient ceux, expurgés il y a un quart de siècle, d’Adore ; nichée dans l’extase de Do It to Me – joyau suprême d’Usher – planerait le spectre de l’œuvre entière du petit génie de Minneapolis ; sous l’épure et l’abondance des productions R’n’B, leur organicité mutante, à la fois humaine et robotique, il se dissimulerait. À ces hypothèses s’ajoutent les faits, implacables : Pharrell, justement, nous confiant il y a deux ans que « Prince était la personne avec laquelle [il souhaitait] le plus collaborer » – vœu pieu, tant on sait que « love symbol » ne collabore qu’avec des jazzmen ventripotents et des créatures affublées d’un certain talent pour le chant, la danse, l’amour ou les trois. Et puis, nonobstant son rayonnement sur à peu près toute la musique blanche créée ces dix dernières années (Dirty Projectors, Animal Collective, Yo La Tengo, Phoenix, MGMT…), force est de constater que les Afro-Américains l’ont, d’un strict point de vue musical, davantage adopté que Bambi – dont, finalement, la mythologie écrase l’œuvre quand, chez Prince, c’est l’œuvre qui fonde au contraire la mythologie.

SILENCES / SONGES

L’œuvre, elle inspire parce qu’elle est et elle n’est pas : grand tout et petits riens, fioritures et raccourcis, syncopes et platitudes, frisottis inutiles et silences essentiels, Prince a occupé toutes les plages qu’un musicien peut rêver d’occuper – et de laisser vacant. Il a défloré toutes les dialectiques (génie / imposture), entamé toutes les conversations (échos / variations), répondu à toutes les questions (ordre / chaos), celles qui inspirent (groove / émotion) et celles qui découragent (mortel / éternel), laissant singer les moins bons et songer les meilleurs, les Timbaland, Williams, Dupri, Outkast ou Harrison. Chanter après lui, c’est forcément reprendre, et c’est tant mieux : Sly Stone, George Clinton, Joni Mitchell, Jimi Hendrix, Miles Davis, les Beatles ; c’est à partir d’eux, souvenons-nous en, qu’il a lui-même commencé. « Ils s’acheminèrent vers un château immense, au frontispice duquel on lisait : ‘‘Je n’appartiens à personne et j’appartiens à tout le monde. Vous y étiez avant que d’y entrer, et vous y serez encore quand vous en sortirez. » (Jacques le Fataliste et son maître de Denis Diderot). ◆ www.mk2.com

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SANG SHOW

RÉGÉNÉRATION

BEYONCÉ admire Diana Ross pour ses talents tout-terrain : chanteuse, danseuse et comédienne comme la star des Supremes, mais aussi femme d’affaires et égérie démultipliée. La diva mondiale du R’n’B est partout, travaillant sans cesse son statut d’icône sur tous les supports à sa disposition.

Avant de chanter, Beyoncé Knowles dansait à l’école primaire de St. Mary, Texas. Des années plus tard, elle est toujours imbattable sur le dancefloor, où sa chorégraphie pour le clip du hit Single Ladies (2008) fait un malheur. Reprise des dizaines de milliers de fois sur YouTube, la danse est devenue un nouveau standard des clubs, au même titre que La Macarena. Rebelote cette année lors des Billboard Awards : Beyoncé met encore KO la concurrence – le duo Rihanna-Britney – avec sa sidérante relecture scénique de son Run the World (Girl). Démultipliée sur les murs grâce à des projections, la chanteuse se mue en superhéroïne du girl power jouant à la balle avec le globe terrestre. Sauf qu’au lieu de finir par le faire éclater comme le dictateur de Chaplin, elle n’en fait qu’une bouchée.

FOXXXY LADY

Beyoncé est arrivée au cinéma via les morceaux de Destiny’s Child enregistrés pour des bandes originales de films (Men in Black, Charlie’s Angel). En passant devant la caméra, sa carrière est devenue un prolongement de son image de wonder woman noire, sexy et charismatique comme les reines de la Blaxploitation. Dans Goldmember, elle campe ainsi Foxxxy Cleopatra, mélange pastiché de Foxy Brown et Cleopatra Jones. La filmo de Beyoncé est affaire de relectures confortables, taillées sur mesure : son rôle le plus important à ce jour reste celui de Deena Jones/Diana Ross dans le vrai-faux biopic Dream Girls, consacré aux Supremes. À nouveau popstar dans La Panthère rose, hommage raté au classique de Blake Edwards, elle incarnera une… chanteuse dans Une étoile est née de Clint Eastwood, troisième remake, après ceux de George Cukor et de Frank Pierson, d’un film de 1937 signé William A. Wellman.

LADY BE

© © Sony DR Music, DR

Égérie de spots télé pour produits cosmétiques, sodas, parfum (le sien), ou encore pour une campagne antiobésité sur demande de Michelle Obama, Beyoncé a également investi le champ de la série TV. Dans Glee, triomphale série musicale de la Fox, une équipe de football reprend ainsi la célèbre chorégraphie de Single Ladies pour déstabiliser l’équipe adverse. Ce tube a par ailleurs donné son nom à une série sur VH1, sorte de Sex and the City métissé, produit par Queen Latifah. Des prolongements logiques du féminisme sauce Queen Be : martial, sexy et consumériste. ◆ 4 de Beyoncé Label : Columbia Sortie : 27 juin

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juin 2011

© DR

_Par Éric Vernay

PRINCE HÉRITÉ Le King of pop n’est plus, mais PRINCE, lui, demeure. Tandis que son Excellence s’apprête à remuer le Stade de France le 30 juin, son influence sur ses contemporains apparaît chaque jour plus flagrante, au point de se demander si, en bon démiurge, il n’aurait pas tout bonnement inventé le R’n’B. _Par Auréliano Tonet

Les succès d’aujourd’hui ne sont-ils que pure succession d’hier ? Derrière le falsetto de Pharrell Williams, gémirait celui du suzerain ; parmi les feulements de d’Angelo, crisseraient ceux, expurgés il y a un quart de siècle, d’Adore ; nichée dans l’extase de Do It to Me – joyau suprême d’Usher – planerait le spectre de l’œuvre entière du petit génie de Minneapolis ; sous l’épure et l’abondance des productions R’n’B, leur organicité mutante, à la fois humaine et robotique, il se dissimulerait. À ces hypothèses s’ajoutent les faits, implacables : Pharrell, justement, nous confiant il y a deux ans que « Prince était la personne avec laquelle [il souhaitait] le plus collaborer » – vœu pieu, tant on sait que « love symbol » ne collabore qu’avec des jazzmen ventripotents et des créatures affublées d’un certain talent pour le chant, la danse, l’amour ou les trois. Et puis, nonobstant son rayonnement sur à peu près toute la musique blanche créée ces dix dernières années (Dirty Projectors, Animal Collective, Yo La Tengo, Phoenix, MGMT…), force est de constater que les Afro-Américains l’ont, d’un strict point de vue musical, davantage adopté que Bambi – dont, finalement, la mythologie écrase l’œuvre quand, chez Prince, c’est l’œuvre qui fonde au contraire la mythologie.

SILENCES / SONGES

L’œuvre, elle inspire parce qu’elle est et elle n’est pas : grand tout et petits riens, fioritures et raccourcis, syncopes et platitudes, frisottis inutiles et silences essentiels, Prince a occupé toutes les plages qu’un musicien peut rêver d’occuper – et de laisser vacant. Il a défloré toutes les dialectiques (génie / imposture), entamé toutes les conversations (échos / variations), répondu à toutes les questions (ordre / chaos), celles qui inspirent (groove / émotion) et celles qui découragent (mortel / éternel), laissant singer les moins bons et songer les meilleurs, les Timbaland, Williams, Dupri, Outkast ou Harrison. Chanter après lui, c’est forcément reprendre, et c’est tant mieux : Sly Stone, George Clinton, Joni Mitchell, Jimi Hendrix, Miles Davis, les Beatles ; c’est à partir d’eux, souvenons-nous en, qu’il a lui-même commencé. « Ils s’acheminèrent vers un château immense, au frontispice duquel on lisait : ‘‘Je n’appartiens à personne et j’appartiens à tout le monde. Vous y étiez avant que d’y entrer, et vous y serez encore quand vous en sortirez. » (Jacques le Fataliste et son maître de Denis Diderot). ◆ www.mk2.com

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BEAT

ART & BIZ

RÉGÉNÉRATION

Parce qu’il reste soumis à de forts enjeux commerciaux, le R’n’B est sans doute, de tous les courants musicaux, celui qui illustre le mieux l’ambigüité du terme « producteur », qui désigne à la fois celui qui finance le disque et celui qui en coordonne l’enregistrement. À mi-chemin entre le mercenaire sans scrupules et l’entrepreneur schumpéterien – innovant, audacieux, mégalo –, le producteur de R’n’B jongle autant avec les sommes qu’avec les sons. De Pharrell à The-Dream, étude de quatre business modèles, chacun arrimé à un axe géographique clé. _Par Auréliano Tonet

VIRGINIA BEACH-MIAMI : IMPÉRIALISME COAST TO COAST

Détrompez-vous, l’argent a une odeur : encore faut-il savoir la renifler. Comme toutes les success story, celleci commence par une histoire de flair. Pionnier du R’n’B contemporain, dont il dresse l’esquisse avec le courant new-jack swing, coproducteur de l’album Dangerous de Michael Jackson en 1991, Teddy Riley est surtout le premier à signer Pharrell Williams et Chad Hugo, alors encore lycéens, sous le nom de The Neptunes. Williams et Hugo ont grandi à Virginia Beach, en Virginie, où Riley a installé son studio ; parmi leurs camarades de classe figure notamment le futur Timbaland. À l’orée du nouveau millénaire, chacun flanqué d’une diva attitrée (Aaliyah et Kelis), Timbaland et les Neptunes prennent d’assaut les charts, qu’ils transforment en un fascinant terrain d’expérimentation : à des années-lumière de la nu-soul passéiste de Lauryn Hill ou Erykah Badu, leurs productions affranchissent les musiques noires du dogme du sampling, annexent la pop, métissent rythmes, harmonies et instrumentations, creusant d’impressionnants tunnels jusqu’au Brésil ou l’Inde. Britney, Nelly, Snoop, Jay-Z, Gwen Stefani… : leur rivalité accouche de hits en rafale – en 2003, 43 % des titres diffusés à la radio sont produits par les Neptunes – et d’authentiques chefs-d’œuvre – les deux albums de Justin Timberlake ou In My Mind (2006), l’unique album solo de Pharrell. En relatif déclin depuis leur participation commune au Hard Candy de Madonna (2008), les Neptunes et Timbaland se sont installés dans la ville de Tony Montana, Miami, suivis par leur protégé, Danja, lui aussi originaire de Virginia Beach. D’une plage à l’autre, leur cheminement marque l’entreprise de désenclavement la plus entriste et impérialiste depuis les crossovers de la Motown et de Michael Jackson.

66 Williams juin 2011 Pharrell et Timbaland en 2002

© James Devaney/ Wirelmage

CHICAGO-HOLLYWOOD : SELF-MADE MEN

Rééquilibrant l’échelle de valeurs entre rap et R’n’B, cette émulation au sommet stimule l’émergence d’une myriade de producteurs indépendants, qui rapidement développent leurs propres franchises. Parmi eux, R.Kelly. Après des débuts poussifs de crooner de charme puis une formation efficace auprès du tandem Poke & Tone, il se révèle sur le tard très habile derrière les consoles, produisant peu mais bien pour

N’en déplaise à Miami ou à la Scandinavie, la capitale incontestée du R’n’B reste, et de loin, Atlanta.

les autres (Outrageous de Britney) et surtout pour luimême, sachant comme nul autre mettre en boîte son onctueux coulis de voix. Autre self-made man grandi à Chicago – ville propice aux ascensions solitaires, de Michael Jordan à Barack Obama –, Kanye West roule lui aussi essentiellement pour sa bosse, distillant entre deux albums de rap’n’B pyrotechnique quelques productions bien senties pour Mariah Carey ou Beyoncé. Passé de la côte Est aux miroirs aux alouettes d’Hollywood, Rich Harrison est sans doute le plus doué de ces auto-entrepreneurs : auteur d’un trio de hits en or massif (Crazy in Love de Beyoncé, 1 Thing d’Amerie, Get Right de J.Lo), mais aussi de splendeurs plus souterraines pour Usher, Toni Braxton, Che’Nelle ou Tha’ Rayne, il expire une écriture obnubilée par le souffle – craquèlement des vieux vinyles samplés, soupirs des cuivres et des percus scandant la progression rythmique, cathédrales vocales à faire chanceler la Vierge Marie. En retrait depuis cinq ans, son retour n’en est que plus attendu.

LE MODÈLE SCANDINAVE : TOUJOURS EFFICACE

Devenu, à bien des égards, la pop des années 2000, le R’n’B est allé se procurer chez les inventeurs d’Ikea une partie de son mobilier sonore. Cet élan remonte au titre le plus addictif de 2004, Toxic de Britney Spears, produit par les Suédois de Bloodshy & Avant. Depuis, le tandem, rejoint par d’autres vikings of pop, a œuvré pour J.Lo, Madonna, Kelis ou Kylie Minogue, et vient de signer les deux merveilles du dernier album de Britney, How I Roll et Trip to Your Heart. Autre collectif nordique plébiscité, les Norvégiens de Stargate inondent les ondes de bluettes accrocheuses, de Beyoncé (Irreplaceable) à Rihanna (Unfaithful), de Ne-Yo (Miss Independant) à Mariah Carey (Bye Bye), jusqu’au nouveau venu Wiz Khalifa (Black & Yellow). Efficacité mélodique, rythmiques léchées, stricte www.mk2.com

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ART & BIZ

RÉGÉNÉRATION

Parce qu’il reste soumis à de forts enjeux commerciaux, le R’n’B est sans doute, de tous les courants musicaux, celui qui illustre le mieux l’ambigüité du terme « producteur », qui désigne à la fois celui qui finance le disque et celui qui en coordonne l’enregistrement. À mi-chemin entre le mercenaire sans scrupules et l’entrepreneur schumpéterien – innovant, audacieux, mégalo –, le producteur de R’n’B jongle autant avec les sommes qu’avec les sons. De Pharrell à The-Dream, étude de quatre business modèles, chacun arrimé à un axe géographique clé. _Par Auréliano Tonet

VIRGINIA BEACH-MIAMI : IMPÉRIALISME COAST TO COAST

Détrompez-vous, l’argent a une odeur : encore faut-il savoir la renifler. Comme toutes les success story, celleci commence par une histoire de flair. Pionnier du R’n’B contemporain, dont il dresse l’esquisse avec le courant new-jack swing, coproducteur de l’album Dangerous de Michael Jackson en 1991, Teddy Riley est surtout le premier à signer Pharrell Williams et Chad Hugo, alors encore lycéens, sous le nom de The Neptunes. Williams et Hugo ont grandi à Virginia Beach, en Virginie, où Riley a installé son studio ; parmi leurs camarades de classe figure notamment le futur Timbaland. À l’orée du nouveau millénaire, chacun flanqué d’une diva attitrée (Aaliyah et Kelis), Timbaland et les Neptunes prennent d’assaut les charts, qu’ils transforment en un fascinant terrain d’expérimentation : à des années-lumière de la nu-soul passéiste de Lauryn Hill ou Erykah Badu, leurs productions affranchissent les musiques noires du dogme du sampling, annexent la pop, métissent rythmes, harmonies et instrumentations, creusant d’impressionnants tunnels jusqu’au Brésil ou l’Inde. Britney, Nelly, Snoop, Jay-Z, Gwen Stefani… : leur rivalité accouche de hits en rafale – en 2003, 43 % des titres diffusés à la radio sont produits par les Neptunes – et d’authentiques chefs-d’œuvre – les deux albums de Justin Timberlake ou In My Mind (2006), l’unique album solo de Pharrell. En relatif déclin depuis leur participation commune au Hard Candy de Madonna (2008), les Neptunes et Timbaland se sont installés dans la ville de Tony Montana, Miami, suivis par leur protégé, Danja, lui aussi originaire de Virginia Beach. D’une plage à l’autre, leur cheminement marque l’entreprise de désenclavement la plus entriste et impérialiste depuis les crossovers de la Motown et de Michael Jackson.

66 Williams juin 2011 Pharrell et Timbaland en 2002

© James Devaney/ Wirelmage

CHICAGO-HOLLYWOOD : SELF-MADE MEN

Rééquilibrant l’échelle de valeurs entre rap et R’n’B, cette émulation au sommet stimule l’émergence d’une myriade de producteurs indépendants, qui rapidement développent leurs propres franchises. Parmi eux, R.Kelly. Après des débuts poussifs de crooner de charme puis une formation efficace auprès du tandem Poke & Tone, il se révèle sur le tard très habile derrière les consoles, produisant peu mais bien pour

N’en déplaise à Miami ou à la Scandinavie, la capitale incontestée du R’n’B reste, et de loin, Atlanta.

les autres (Outrageous de Britney) et surtout pour luimême, sachant comme nul autre mettre en boîte son onctueux coulis de voix. Autre self-made man grandi à Chicago – ville propice aux ascensions solitaires, de Michael Jordan à Barack Obama –, Kanye West roule lui aussi essentiellement pour sa bosse, distillant entre deux albums de rap’n’B pyrotechnique quelques productions bien senties pour Mariah Carey ou Beyoncé. Passé de la côte Est aux miroirs aux alouettes d’Hollywood, Rich Harrison est sans doute le plus doué de ces auto-entrepreneurs : auteur d’un trio de hits en or massif (Crazy in Love de Beyoncé, 1 Thing d’Amerie, Get Right de J.Lo), mais aussi de splendeurs plus souterraines pour Usher, Toni Braxton, Che’Nelle ou Tha’ Rayne, il expire une écriture obnubilée par le souffle – craquèlement des vieux vinyles samplés, soupirs des cuivres et des percus scandant la progression rythmique, cathédrales vocales à faire chanceler la Vierge Marie. En retrait depuis cinq ans, son retour n’en est que plus attendu.

LE MODÈLE SCANDINAVE : TOUJOURS EFFICACE

Devenu, à bien des égards, la pop des années 2000, le R’n’B est allé se procurer chez les inventeurs d’Ikea une partie de son mobilier sonore. Cet élan remonte au titre le plus addictif de 2004, Toxic de Britney Spears, produit par les Suédois de Bloodshy & Avant. Depuis, le tandem, rejoint par d’autres vikings of pop, a œuvré pour J.Lo, Madonna, Kelis ou Kylie Minogue, et vient de signer les deux merveilles du dernier album de Britney, How I Roll et Trip to Your Heart. Autre collectif nordique plébiscité, les Norvégiens de Stargate inondent les ondes de bluettes accrocheuses, de Beyoncé (Irreplaceable) à Rihanna (Unfaithful), de Ne-Yo (Miss Independant) à Mariah Carey (Bye Bye), jusqu’au nouveau venu Wiz Khalifa (Black & Yellow). Efficacité mélodique, rythmiques léchées, stricte www.mk2.com

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BEAT

SECRET STORIES

RÉGÉNÉRATION

Après l’époque des performers-danseurs à la Justin Timberlake, Usher et autres Ne-Yo, aussi à l’aise avec leur corps qu’avec leur voix, le R’n’B masculin des années 2010 se cherche. Hybride, à la croisée du mainstream et de l’underground, il ressemble déjà à une réponse angoissée et passionnante au girl power conquérant de Beyoncé et Rihanna.

Lil’ Jon et Jermaine Dupri en 2010

division du travail, productivité hors-norme, les Scandinaves prouvent que le savoir-faire disco pop mis au point par Abba, A-Ha et Ace of Base demeure favorable à l’export.

ATLANTA : CAPITALE ÉCONOMIQUE

Mais, n’en déplaise à ces métropoles régionales, la capitale incontestée du R’n’B reste, et de loin, Atlanta. À l’inverse de la plupart des mégalopoles afro-américaines, frappées par le déclin économique (Detroit) et les catastrophes naturelles (La Nouvelle-Orléans), la ville de CNN et de Coca-Cola connaît une expansion continue depuis qu’elle a hébergé les J.O. en 1996. Sept ans plus tôt, les producteurs Babyface et L.A. Reid, précurseurs du genre, fondaient LaFace Records, qui signera les principales têtes d’affiche de la scène locale, de Outkast à Usher ou Cee-Lo Green. Bientôt, un sous-genre moite et licencieux voit le jour, le crunk, collusion musicalement minimale et sexuellement outrancière de hip-hop, de dancehall et de Miami bass. Et son principal instigateur, le fantasque Lil Jon, d’offrir ses sévices à Usher (Yeah !), Amerie (Touch) ou R.Kelly (Got My Swag On)… Né à New York mais chaperonné par les nombreux labels d’Atlanta, Swizz Beatz tresse de lancinantes divagations crunk pour Beyoncé (Upgrade U, Check on It, Ring the Alarm), avant de fonder sa propre maison 68

juin 2011

Un sous-genre moite a vu le jour : le crunk, collusion de hip-hop, de dancehall et de Miami bass. de disques, Full Surface Records. Autre ponte de l’industrie locale – il dirige, entre autres, So So Def Recordings –, Jermaine Dupri fait montre d’une écriture plus fine et sentimentale, dont les mélodieux crève-cœurs évoquent les mirages magnifiques rêvés, il y a quarante ans, par Smokey Robinson. Responsable des deux plus beaux disques de la très jeune histoire du R’n’B (Confessions de Usher en 2004 et The Emancipation of Mimi de Mariah Carey en 2005), Dupri souffre de la concurrence d’un autre grand romantique, The-Dream, qui, en solo (Luv King) ou pour Beyoncé (Single Ladies), Rihanna (Umbrella) ou Mariah Carey (Touch my Body), décoche d’imparables compositions fusiformes. Cet artificier hors pair a produit le nouveau single de Beyoncé, Run the World (Girls), dont le démarrage en demi-teinte risque de lui faire goûter la même infortune que ses rivaux : à Atlanta plus qu’ailleurs, l’argent dicte sa loi. ◆

The Weeknd

©©DR DR

© Johnny Nunez/ Wirelmage

_Par Éric Vernay

THE WEEKND

JAMIE WOON

House of Balloons EP de The Weeknd (autoproduit)

Mirrorwriting de Jamie Woon (Candent Songs, Polydor)

FRANK OCEAN

HOW TO DRESS WELL

Nostalgia, Ultra de Frank Ocean (autoproduit)

Love Remains de How To Dress Well (Lefse Records)

Le Canadien Drake a lancé la mode du R’n’B comateux avec son premier album Thank Me Later, en 2010. Sous le nom de The Weeknd, un certain Abel Tesfaye, lui aussi basé à Toronto, pousse encore plus loin la plongée spleenétique. Drogué jusqu’à l’os, son groove est inquiet, groggy, noyé sous des volutes de reverb’ dignes de The XX, qui l’entraînent vers des abysses dubstep à la sensualité malade. Premier épisode d’une trilogie en construction, son nouvel EP House of Balloons est agrémenté de vidéos à l’esthétique porno-chic, en noir et blanc.

Inconnu il y a un an, Frank Ocean, 23 ans, est passé de ghostwriter de luxe (Justin Bieber, John Legend) à next big thing du R’n’B, suite à la sortie de sa mixtape Nostalgia, Ultra. Diffusée gratuitement en ligne, elle révèle le talent de crooner du Californien affilié au crew hip-hop Odd Future. Cheesy, infusé à la pop de MGMT et aux samples de Kubrick, le style rétrofuturiste de Frank Ocean est hybride, onctueux, irrésistible. Beyoncé vient de le recruter pour son prochain album, aux côtés de The-Dream et Kanye West.

Guitariste en open mic le jour, crooner electro la nuit, Jamie Woon, 26 ans, est en équilibre constant entre la tentation grand public et la démarche indépendante. Mirrorwriting, son premier album, établit un croisement séduisant entre bass music de sous-sol et ritournelles R’n’B de bande FM, dignes d’un Timberlake. Admirateur du Kid A de Radiohead, le Londonien d’origine sino-malaise s’est acoquiné avec le maître du dubstep Burial pour produire son premier single, Night Air, une entêtante virée hypnotique et nocturne.

Au lycée, Tom Krell a fait une overdose de guitares. Depuis, il a délaissé Nirvana pour écouter du R’n’B. How To Dress Well, projet que cet étudiant en philo trimballe de Brooklyn à Cologne, fait le grand écart entre groove noir et textures blanches empruntées au rock indépendant. Inspiré par le new jack de Keith Sweat, le falsetto fantomatique et asexué de Krell lévite au milieu de nuages noisy, de bourrasques de reverb’ et de samples de Debussy, Blackstreet ou Coil, pour distiller un R’n’B atmosphérique, un poil autiste.

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SECRET STORIES

RÉGÉNÉRATION

Après l’époque des performers-danseurs à la Justin Timberlake, Usher et autres Ne-Yo, aussi à l’aise avec leur corps qu’avec leur voix, le R’n’B masculin des années 2010 se cherche. Hybride, à la croisée du mainstream et de l’underground, il ressemble déjà à une réponse angoissée et passionnante au girl power conquérant de Beyoncé et Rihanna.

Lil’ Jon et Jermaine Dupri en 2010

division du travail, productivité hors-norme, les Scandinaves prouvent que le savoir-faire disco pop mis au point par Abba, A-Ha et Ace of Base demeure favorable à l’export.

ATLANTA : CAPITALE ÉCONOMIQUE

Mais, n’en déplaise à ces métropoles régionales, la capitale incontestée du R’n’B reste, et de loin, Atlanta. À l’inverse de la plupart des mégalopoles afro-américaines, frappées par le déclin économique (Detroit) et les catastrophes naturelles (La Nouvelle-Orléans), la ville de CNN et de Coca-Cola connaît une expansion continue depuis qu’elle a hébergé les J.O. en 1996. Sept ans plus tôt, les producteurs Babyface et L.A. Reid, précurseurs du genre, fondaient LaFace Records, qui signera les principales têtes d’affiche de la scène locale, de Outkast à Usher ou Cee-Lo Green. Bientôt, un sous-genre moite et licencieux voit le jour, le crunk, collusion musicalement minimale et sexuellement outrancière de hip-hop, de dancehall et de Miami bass. Et son principal instigateur, le fantasque Lil Jon, d’offrir ses sévices à Usher (Yeah !), Amerie (Touch) ou R.Kelly (Got My Swag On)… Né à New York mais chaperonné par les nombreux labels d’Atlanta, Swizz Beatz tresse de lancinantes divagations crunk pour Beyoncé (Upgrade U, Check on It, Ring the Alarm), avant de fonder sa propre maison 68

juin 2011

Un sous-genre moite a vu le jour : le crunk, collusion de hip-hop, de dancehall et de Miami bass. de disques, Full Surface Records. Autre ponte de l’industrie locale – il dirige, entre autres, So So Def Recordings –, Jermaine Dupri fait montre d’une écriture plus fine et sentimentale, dont les mélodieux crève-cœurs évoquent les mirages magnifiques rêvés, il y a quarante ans, par Smokey Robinson. Responsable des deux plus beaux disques de la très jeune histoire du R’n’B (Confessions de Usher en 2004 et The Emancipation of Mimi de Mariah Carey en 2005), Dupri souffre de la concurrence d’un autre grand romantique, The-Dream, qui, en solo (Luv King) ou pour Beyoncé (Single Ladies), Rihanna (Umbrella) ou Mariah Carey (Touch my Body), décoche d’imparables compositions fusiformes. Cet artificier hors pair a produit le nouveau single de Beyoncé, Run the World (Girls), dont le démarrage en demi-teinte risque de lui faire goûter la même infortune que ses rivaux : à Atlanta plus qu’ailleurs, l’argent dicte sa loi. ◆

The Weeknd

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_Par Éric Vernay

THE WEEKND

JAMIE WOON

House of Balloons EP de The Weeknd (autoproduit)

Mirrorwriting de Jamie Woon (Candent Songs, Polydor)

FRANK OCEAN

HOW TO DRESS WELL

Nostalgia, Ultra de Frank Ocean (autoproduit)

Love Remains de How To Dress Well (Lefse Records)

Le Canadien Drake a lancé la mode du R’n’B comateux avec son premier album Thank Me Later, en 2010. Sous le nom de The Weeknd, un certain Abel Tesfaye, lui aussi basé à Toronto, pousse encore plus loin la plongée spleenétique. Drogué jusqu’à l’os, son groove est inquiet, groggy, noyé sous des volutes de reverb’ dignes de The XX, qui l’entraînent vers des abysses dubstep à la sensualité malade. Premier épisode d’une trilogie en construction, son nouvel EP House of Balloons est agrémenté de vidéos à l’esthétique porno-chic, en noir et blanc.

Inconnu il y a un an, Frank Ocean, 23 ans, est passé de ghostwriter de luxe (Justin Bieber, John Legend) à next big thing du R’n’B, suite à la sortie de sa mixtape Nostalgia, Ultra. Diffusée gratuitement en ligne, elle révèle le talent de crooner du Californien affilié au crew hip-hop Odd Future. Cheesy, infusé à la pop de MGMT et aux samples de Kubrick, le style rétrofuturiste de Frank Ocean est hybride, onctueux, irrésistible. Beyoncé vient de le recruter pour son prochain album, aux côtés de The-Dream et Kanye West.

Guitariste en open mic le jour, crooner electro la nuit, Jamie Woon, 26 ans, est en équilibre constant entre la tentation grand public et la démarche indépendante. Mirrorwriting, son premier album, établit un croisement séduisant entre bass music de sous-sol et ritournelles R’n’B de bande FM, dignes d’un Timberlake. Admirateur du Kid A de Radiohead, le Londonien d’origine sino-malaise s’est acoquiné avec le maître du dubstep Burial pour produire son premier single, Night Air, une entêtante virée hypnotique et nocturne.

Au lycée, Tom Krell a fait une overdose de guitares. Depuis, il a délaissé Nirvana pour écouter du R’n’B. How To Dress Well, projet que cet étudiant en philo trimballe de Brooklyn à Cologne, fait le grand écart entre groove noir et textures blanches empruntées au rock indépendant. Inspiré par le new jack de Keith Sweat, le falsetto fantomatique et asexué de Krell lévite au milieu de nuages noisy, de bourrasques de reverb’ et de samples de Debussy, Blackstreet ou Coil, pour distiller un R’n’B atmosphérique, un poil autiste.

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LE STORE

ÜBER BEAR Comment résister aux charmes généreux du célèbre ourson gélatineux, qui a pris du poil de la bête pendant l’hiver et dont les mensurations font désormais rêver les plus gourmands d’entre nous ? Pour 23 centimètres de hauteur, l’animal pèse 2,5 kilos et ne vous apportera pas moins de 6000 calories – soit l’équivalent de trois jours de besoins énergétiques – si vous le gobez tout entier. Sinon, il peut également servir d’objet déco ou de compagnon coloré pour soirées régressives. Diabétiques s’abstenir. _L.T.

©

Retrouvez le Jelly Bear géant au Store du MK2 Bibliothèque

70

juin 2011

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LE STORE

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Grâce à ses aventures, vos têtes blondes prennent leur mal en patience dans le TGV et Hollywood rhabille ses stars de collants moulants. Depuis 1941, STAN LEE est créateur de super-héros, de Spider-Man à Iron Man, jusqu’à un nouveau trio qui débarque cet été en version française. Présentations en compagnie du maître.

SUPER RECETTE

_Par Étienne Rouillon

Avant de se castagner en pellicule, ils se froissaient sur papier, super-gentils contre super-héros. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les surhommes se répartissent en deux écuries de l’édition outreAtlantique : DC Comics vs. Marvel Comics. Cette dernière doit son succès à un stakhanoviste du phylactère musclé : Stan Lee, 88  ans aujourd’hui. Un patronage salué aujourd’hui sous la forme de clins d’œil à chaque fois qu’un de ses personnages passe au grand écran. Lee est De gauche à droite : Danger Mouse, ainsi devenu sur le tard le spécialiste des caméos Extrait de Soldier Zero Norah Jones, Daniele Luppi et Jack White rigolos : dans Les 4 Fantastiques et le Surfer d’argent, on lui refuse l’accès au mariage de deux de ses créations (il rouspète : « Mais… je suis Stan « C’est un miracle que Lee !»). Dans Iron Man 2, Tony Stark (joué par les auteurs ne deviennent Robert Downey  Jr.) le confond carrément avec pas tous des dictateurs Hugh Hefner, le fondateur de Playboy. « Ce qui assoiffés de pouvoir. » est excitant avec ces apparitions, c’est qu’on me à savoir si le démiurge des cases relèverait encore met sur le plateau sans que j’ai la moindre idée de une fois le défi. « Il n’y a rien à craindre, prévient-il. ce que l’on va me faire faire », rigole le scénariste. Créer un nouvel univers, c’est ce qui est le plus plaisant dans le travail d’auteur. Imaginez-vous devant SUPER FARDEAU votre ordinateur, en train de fixer un écran vierge. Fidèle au poste devant les caméras, Stan Lee n’en Vous avez la liberté de noircir cet écran avec n’imétait pas moins discret du crayon ces derniers porte quelle idée qui vous passe par la tête. Aucune temps, sa signature se faisant rare. Plus grande a limite, si ce n’est la façon dont vous arrivez à la donc été la surprise de voir les éditions Emmanuel concevoir et la diriger. C’est un miracle que les Proust annoncer la publication de trois nouvelles auteurs ne deviennent pas tous des dictateurs séries créées par l’infatigable bonhomme. Restait assoiffés de pouvoir. » Pour ce qui est de Stan Lee, Spider-Man

Avec ce monte-en-l’air mutant qui a autant de difficultés à sauver la planète qu’à payer son loyer, Stan Lee pose la clef de voute du succès de Marvel : des super-héros à visage humain.

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X-Men, dont le prequel, Le Commencement, est actuellement sur les écrans. On y voit par exemple le jeune professeur Xavier, par la suite très sage chef des fougueux mutants, profiter de ses pouvoirs télépathiques pour draguer les filles au comptoir.

mai 2011

The Avengers

Association du panthéon des super-héros de 1963, Les Vengeurs (Captain America, Iron Man…) sont une réponse à l’équipe de l’éditeur concurrent : La Ligue de justice d’Amérique de DC Comics.

X-Men

C’est le supercollectif star, sûrement grâce à la richesse de ses membres (Wolverine !). Depuis cinquante ans, ses intrigues manipulent des thématiques très matures : Shoah, eugénisme et xénophobie.

© Emmanuel Proust

EN VITRINE BD

Super héraut

c’est probablement parce que ses personnages phares, aussi puissants qu’ils soient, conservent une fragilité humaine – à l’instar du Panthéon des anciens Grecs. Cette capacité à susciter l’identification chez le lecteur, là où un Superman (héros de DC Comics) ne provoque que de l’admiration, est résumée dans le fameux mantra socratique expiré par l’oncle mourant de Spider-Man : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. » Faire du pouvoir un fardeau – une fois transposé dans le quotidien des impôts, de la vie amoureuse ou du CDD précaire  –, c’est le coup de génie de Stan Lee. Une dimension psychologique et sociale que certains réalisateurs ont pu louper (Ghost Rider de Mark Steven Johnson) mais qui fait le sel de la série des The Fantastic Four

Autre série à l’étonnante longévité, Les Quatre Fantastiques révèle les penchants de Stan Lee pour les grands affrontements cosmiques aux quatre coins d’un univers régi par des lois scientifiques farfelues.

Les adaptations de Marvel au cinéma mijotent une recette commune et souvent boiteuse : une première demi-heure jouissive, prologue à une giga baston poussive. Ce qui nous plaît chez les super-héros de Stan Lee, c’est avant tout la genèse de leurs pouvoirs et les premières expérimentations pataudes de ceux-ci. Tout le reste n’est que bataille attendue. Logique, tant il est étonnant de voir combien ça bavasse pendant les empoignades dans les bandes dessinées. Dans ce domaine, pour ses vieux héros comme pour les nouveaux, Stan Lee délègue à des scénaristes. « Mon entreprise, Pow ! Entertainment, et Boom ! Studios [l’éditeur américain des nouvelles BD de Lee], sont à un pâté de maisons l’une de l’autre, à Los Angeles. J’ai rencontré le rédacteur en chef de Boom !, Mark Waid [qui a travail lé entre autres comme scénariste sur Captain America], et comme les grands esprits se rencontrent, nous avons créé The Traveler. J’ai ensuite rencontré Paul Cornell, dont j’adore le travail sur Doctor Who et avec qui j’ai travaillé sur Soldier Zero. Enfin, Mark m’a présenté une valeur montante des comics : Chris Roberson. Il écrit actuellement pour Superman, et ce fut époustouflant de créer Starborn avec lui. » Stan Lee a donc le boulot le plus fendart de la planète : il invente des superhéros, leur background, la trame générale de l’histoire, mais ne rédige pas les scénarios. Il est une muse. Dans nos cases pétries de dogme BD franco-belge, avec son saint duo scénariste-dessinateur, on pourra prendre ça pour de la glandouille mercantile. Mais Stan Lee a inventé son métier ainsi il y a des décennies, et ce serait oublier que si les comics évitent la redondance, c’est grâce à la singularité de leurs personnages. Parmi les scénaristes stars du genre aux États-Unis, seul Frank

Black Panther

Apparu en 1966, il est le premier super-héros noir et règne sur un pays d’Afrique très avancé technologiquement. Une source d’inspiration pour le mouvement révolutionnaire Black Panther Party ?

Daredevil

Avocat aveugle le jour, justicier aux sens surdéveloppés la nuit, la gentille série B prendra un tour mythique dans les années 1980 avec le concours de Frank Miller, qui y pose les germes de son futur Dark Knight.

www.mk2.com

73


Grâce à ses aventures, vos têtes blondes prennent leur mal en patience dans le TGV et Hollywood rhabille ses stars de collants moulants. Depuis 1941, STAN LEE est créateur de super-héros, de Spider-Man à Iron Man, jusqu’à un nouveau trio qui débarque cet été en version française. Présentations en compagnie du maître.

SUPER RECETTE

_Par Étienne Rouillon

Avant de se castagner en pellicule, ils se froissaient sur papier, super-gentils contre super-héros. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les surhommes se répartissent en deux écuries de l’édition outreAtlantique : DC Comics vs. Marvel Comics. Cette dernière doit son succès à un stakhanoviste du phylactère musclé : Stan Lee, 88  ans aujourd’hui. Un patronage salué aujourd’hui sous la forme de clins d’œil à chaque fois qu’un de ses personnages passe au grand écran. Lee est De gauche à droite : Danger Mouse, ainsi devenu sur le tard le spécialiste des caméos Extrait de Soldier Zero Norah Jones, Daniele Luppi et Jack White rigolos : dans Les 4 Fantastiques et le Surfer d’argent, on lui refuse l’accès au mariage de deux de ses créations (il rouspète : « Mais… je suis Stan « C’est un miracle que Lee !»). Dans Iron Man 2, Tony Stark (joué par les auteurs ne deviennent Robert Downey  Jr.) le confond carrément avec pas tous des dictateurs Hugh Hefner, le fondateur de Playboy. « Ce qui assoiffés de pouvoir. » est excitant avec ces apparitions, c’est qu’on me à savoir si le démiurge des cases relèverait encore met sur le plateau sans que j’ai la moindre idée de une fois le défi. « Il n’y a rien à craindre, prévient-il. ce que l’on va me faire faire », rigole le scénariste. Créer un nouvel univers, c’est ce qui est le plus plaisant dans le travail d’auteur. Imaginez-vous devant SUPER FARDEAU votre ordinateur, en train de fixer un écran vierge. Fidèle au poste devant les caméras, Stan Lee n’en Vous avez la liberté de noircir cet écran avec n’imétait pas moins discret du crayon ces derniers porte quelle idée qui vous passe par la tête. Aucune temps, sa signature se faisant rare. Plus grande a limite, si ce n’est la façon dont vous arrivez à la donc été la surprise de voir les éditions Emmanuel concevoir et la diriger. C’est un miracle que les Proust annoncer la publication de trois nouvelles auteurs ne deviennent pas tous des dictateurs séries créées par l’infatigable bonhomme. Restait assoiffés de pouvoir. » Pour ce qui est de Stan Lee, Spider-Man

Avec ce monte-en-l’air mutant qui a autant de difficultés à sauver la planète qu’à payer son loyer, Stan Lee pose la clef de voute du succès de Marvel : des super-héros à visage humain.

72

X-Men, dont le prequel, Le Commencement, est actuellement sur les écrans. On y voit par exemple le jeune professeur Xavier, par la suite très sage chef des fougueux mutants, profiter de ses pouvoirs télépathiques pour draguer les filles au comptoir.

mai 2011

The Avengers

Association du panthéon des super-héros de 1963, Les Vengeurs (Captain America, Iron Man…) sont une réponse à l’équipe de l’éditeur concurrent : La Ligue de justice d’Amérique de DC Comics.

X-Men

C’est le supercollectif star, sûrement grâce à la richesse de ses membres (Wolverine !). Depuis cinquante ans, ses intrigues manipulent des thématiques très matures : Shoah, eugénisme et xénophobie.

© Emmanuel Proust

EN VITRINE BD

Super héraut

c’est probablement parce que ses personnages phares, aussi puissants qu’ils soient, conservent une fragilité humaine – à l’instar du Panthéon des anciens Grecs. Cette capacité à susciter l’identification chez le lecteur, là où un Superman (héros de DC Comics) ne provoque que de l’admiration, est résumée dans le fameux mantra socratique expiré par l’oncle mourant de Spider-Man : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. » Faire du pouvoir un fardeau – une fois transposé dans le quotidien des impôts, de la vie amoureuse ou du CDD précaire  –, c’est le coup de génie de Stan Lee. Une dimension psychologique et sociale que certains réalisateurs ont pu louper (Ghost Rider de Mark Steven Johnson) mais qui fait le sel de la série des The Fantastic Four

Autre série à l’étonnante longévité, Les Quatre Fantastiques révèle les penchants de Stan Lee pour les grands affrontements cosmiques aux quatre coins d’un univers régi par des lois scientifiques farfelues.

Les adaptations de Marvel au cinéma mijotent une recette commune et souvent boiteuse : une première demi-heure jouissive, prologue à une giga baston poussive. Ce qui nous plaît chez les super-héros de Stan Lee, c’est avant tout la genèse de leurs pouvoirs et les premières expérimentations pataudes de ceux-ci. Tout le reste n’est que bataille attendue. Logique, tant il est étonnant de voir combien ça bavasse pendant les empoignades dans les bandes dessinées. Dans ce domaine, pour ses vieux héros comme pour les nouveaux, Stan Lee délègue à des scénaristes. « Mon entreprise, Pow ! Entertainment, et Boom ! Studios [l’éditeur américain des nouvelles BD de Lee], sont à un pâté de maisons l’une de l’autre, à Los Angeles. J’ai rencontré le rédacteur en chef de Boom !, Mark Waid [qui a travail lé entre autres comme scénariste sur Captain America], et comme les grands esprits se rencontrent, nous avons créé The Traveler. J’ai ensuite rencontré Paul Cornell, dont j’adore le travail sur Doctor Who et avec qui j’ai travaillé sur Soldier Zero. Enfin, Mark m’a présenté une valeur montante des comics : Chris Roberson. Il écrit actuellement pour Superman, et ce fut époustouflant de créer Starborn avec lui. » Stan Lee a donc le boulot le plus fendart de la planète : il invente des superhéros, leur background, la trame générale de l’histoire, mais ne rédige pas les scénarios. Il est une muse. Dans nos cases pétries de dogme BD franco-belge, avec son saint duo scénariste-dessinateur, on pourra prendre ça pour de la glandouille mercantile. Mais Stan Lee a inventé son métier ainsi il y a des décennies, et ce serait oublier que si les comics évitent la redondance, c’est grâce à la singularité de leurs personnages. Parmi les scénaristes stars du genre aux États-Unis, seul Frank

Black Panther

Apparu en 1966, il est le premier super-héros noir et règne sur un pays d’Afrique très avancé technologiquement. Une source d’inspiration pour le mouvement révolutionnaire Black Panther Party ?

Daredevil

Avocat aveugle le jour, justicier aux sens surdéveloppés la nuit, la gentille série B prendra un tour mythique dans les années 1980 avec le concours de Frank Miller, qui y pose les germes de son futur Dark Knight.

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© Emmanuel Proust

EN VITRINE BD Extrait de The Traveler

Miller pourrait lui faire de l’ombre, qui fit sensation avec ses relectures noires de Daredevil ou Batman – dans la série des Dark Knight. Cellesci brillaient non par leur intrigue, mais par leur description de héros torturés. En soixante-dix ans de carrière, Stan Lee n’a pas trouvé mieux : « C’est ce qui fait qu’une histoire est bonne, qu’elle dure ; qu’elle soit écrite aujourd’hui ou qu’elle date d’il y a des dizaines d’années. Le seul changement majeur que j’ai pu relever, ce sont les possibilités fantastiques qu’offre la colorisation via l’ordinateur. »

SUPER-HOMME

Soldier Zero, The Traveler et Starborn, difficile de ne pas voir dans ces trois nouvelles séries une master class testamentaire du héraut qui porta haut les couleurs des super-hommes. Chacune est l’archétype d’un canevas du maître. La première fait écho aux peurs de la Cité – en l’occurrence l’embourbement de la lutte armée contre le terrorisme. Un vétéran de la guerre d’Irak reçoit une armure extraterrestre qui lui permet de recouvrir l’usage de ses jambes, mais qui du même coup le

Hulk

Relecture post-nucléaire du mythe de Dr. Jekyll et Mr. Hyde, le personnage du colosse vert figure la frustration des colères enfantines qui peinent à s’exprimer, avant de devenir un danger pour l’univers entier.

74

mai 2011

plonge dans un conflit interplanétaire. The Traveller est l’occasion de tripatouiller à nouveau des concepts scientifiques (comme jadis le M. Fantastique des Quatre  Fantastiques) : on y accélère et ralenti le temps à l’envi dans un déluge d’inventivité cocasse. Starborn est plus intriguant, avec son héros, Benjamin, auteur de comics empêtré dans une destinée supergalactique. « J’ai une empathie pour Benjamin, avoue Lee. Bien que la plupart des auteurs –  moi y compris  – ne se prennent pas pour des super-héros, j’ai le sentiment que nous cumulons plusieurs identités. Lorsque je travaille sur un personnage, je dois devenir ce personnage pour en fixer la substance, pour le rendre crédible. Je jubile à chaque fois que je dois écrire parce que j’assume temporairement une double identité. » Tel un super-héros, en somme. ◆ Starborn de Stan Lee, Chris Roberson et Khary Randolph, The Traveler de Stan Lee, Mark Waid et Chad Hardin, Soldier Zero de Stan Lee, Paul Cornell et Javier Pina (Emmanuel Proust) Exposition à la galerie Arludik du MK2 Bibliothèque, avec des toiles originales des dessinateurs. Vernissage en présence du dessinateur Javier Pina le 17 juin

Thor

Après avoir tourné autour du pot dans divers imprimés, Stan Lee décide en 1962 d’exploiter des légendes nordiques pour projeter ses super-héros dans le monde d’Ásgard, grâce à Thor et son marteau.

S.H.I.E.L.D.

Sorte de service secret espionnant les super-héros, l’officine exerce sous mandat des Nations unies. Elle permet à Stan Lee de faire résonner certains des plus grands événements de notre monde dans celui de Marvel.

www.mk2.com

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© Emmanuel Proust

EN VITRINE BD Extrait de The Traveler

Miller pourrait lui faire de l’ombre, qui fit sensation avec ses relectures noires de Daredevil ou Batman – dans la série des Dark Knight. Cellesci brillaient non par leur intrigue, mais par leur description de héros torturés. En soixante-dix ans de carrière, Stan Lee n’a pas trouvé mieux : « C’est ce qui fait qu’une histoire est bonne, qu’elle dure ; qu’elle soit écrite aujourd’hui ou qu’elle date d’il y a des dizaines d’années. Le seul changement majeur que j’ai pu relever, ce sont les possibilités fantastiques qu’offre la colorisation via l’ordinateur. »

SUPER-HOMME

Soldier Zero, The Traveler et Starborn, difficile de ne pas voir dans ces trois nouvelles séries une master class testamentaire du héraut qui porta haut les couleurs des super-hommes. Chacune est l’archétype d’un canevas du maître. La première fait écho aux peurs de la Cité – en l’occurrence l’embourbement de la lutte armée contre le terrorisme. Un vétéran de la guerre d’Irak reçoit une armure extraterrestre qui lui permet de recouvrir l’usage de ses jambes, mais qui du même coup le

Hulk

Relecture post-nucléaire du mythe de Dr. Jekyll et Mr. Hyde, le personnage du colosse vert figure la frustration des colères enfantines qui peinent à s’exprimer, avant de devenir un danger pour l’univers entier.

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mai 2011

plonge dans un conflit interplanétaire. The Traveller est l’occasion de tripatouiller à nouveau des concepts scientifiques (comme jadis le M. Fantastique des Quatre  Fantastiques) : on y accélère et ralenti le temps à l’envi dans un déluge d’inventivité cocasse. Starborn est plus intriguant, avec son héros, Benjamin, auteur de comics empêtré dans une destinée supergalactique. « J’ai une empathie pour Benjamin, avoue Lee. Bien que la plupart des auteurs –  moi y compris  – ne se prennent pas pour des super-héros, j’ai le sentiment que nous cumulons plusieurs identités. Lorsque je travaille sur un personnage, je dois devenir ce personnage pour en fixer la substance, pour le rendre crédible. Je jubile à chaque fois que je dois écrire parce que j’assume temporairement une double identité. » Tel un super-héros, en somme. ◆ Starborn de Stan Lee, Chris Roberson et Khary Randolph, The Traveler de Stan Lee, Mark Waid et Chad Hardin, Soldier Zero de Stan Lee, Paul Cornell et Javier Pina (Emmanuel Proust) Exposition à la galerie Arludik du MK2 Bibliothèque, avec des toiles originales des dessinateurs. Vernissage en présence du dessinateur Javier Pina le 17 juin

Thor

Après avoir tourné autour du pot dans divers imprimés, Stan Lee décide en 1962 d’exploiter des légendes nordiques pour projeter ses super-héros dans le monde d’Ásgard, grâce à Thor et son marteau.

S.H.I.E.L.D.

Sorte de service secret espionnant les super-héros, l’officine exerce sous mandat des Nations unies. Elle permet à Stan Lee de faire résonner certains des plus grands événements de notre monde dans celui de Marvel.

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RUSH HOUR AVANT

D’ALLER voir Too Much Pussy !, lisez la revue Edwarda

Le cinquième numéro de la revue érotique chic Edwarda dénude, expose et disserte sur la blondeur comme idéal féminin affriolant et hypersexualisé. Photographes (Giasco Bertoli), cinéastes (Bertrand Bonello, Jean-Paul Civeyrac) et écrivains (Jean-Jacques Schuhl) y livrent des visions fantasmées, intimes et crues. Sa lecture constitue le préliminaire idéal avant le documentaire trash et féministe qui suit les traces de performeuses culottées, adeptes du « sex positif » (lire aussi page 38). _L.T. Edwarda (numéro de mai), 16 €, en vente au Store du MK2 Bibliothèque

PENDANT

la projection de Beginners, refaire sa vie en croquis sur un carnet La Linea

Alors qu’Oliver, le débutant du film, couche sur papier ses tourments existentiels et dessine d’un même trait des vignettes philosophiques justes et tendres, votre main pourrait bien être tentée de griffonner quelques ébauches de solutions graphiques. La fidèle mascotte des carnets épurés La Linea sera alors le compagnon idéal pour s’approprier l’univers graphique de Mike Mills, le réalisateur et dessinateur des croquis de Beginners. _L.T. Carnet La Linea, 6,90 €, en vente au Store du MK2 Bibliothèque

APRÈS

avoir lu Trois Couleurs, achetez le hors-série Dupuy & Berberian

Vous êtes un assidu de Trois Couleurs et vous ne ratez jamais la page Tout ou rien de Dupuy & Berberian ? Vous adorez ces chroniques dessinées qui vous font découvrir des artistes voyageurs ? Il est grand temps de vous procurer notre sixième hors-série, qui compile ces chroniques et les prolonge à partir d’interviews (Moebius, Pierre Étaix, Areski Belkacem, Flóp…), de portraits (Jijé, Michel Magne, Haruki Murakami), de reportages (San Francisco) et dessins inédits. _Lo.Sé. Trois Couleurs, hors-série Dupuy & Berberian présentent Tout ou rien, 6,90 €, en librairies le 29 juin

TROP APPS _Par E.R. e-Digest

Parcours fléché

Encre sympathique

Hitpad (Instant Discover) // iPad

Split Apple (MKO Games) // iPhone, iPad et iPod touch

CloudReaders (Satoshi Nakajima) // iPhone, iPad et iPod touch

Si, de nouveau, c’est culbute générale en quatre étoiles new-yorkais, cette fois vous pourrez regarder d’un coup toutes les occurrences d’un même sujet parues sur la Toile – depuis les sites des médias jusqu’aux réseaux sociaux.

76

mai 2011

Transpercer des pommes sur un produit Apple, quoi de mieux ? Vous êtes un archer archi-déterminé à planter cibles et fruits en plein cœur. Il faudra composer avec le vent, la distance, et une réalisation bluffante.

Bénéficiant d’une récente mise à jour, ce couteau suisse des pupitres tactiles vous permet de lire la plupart des formats de numérisation propres aux BD, livres et journaux. Oui, même Trois Couleurs.

www.mk2.com

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RUSH HOUR AVANT

D’ALLER voir Too Much Pussy !, lisez la revue Edwarda

Le cinquième numéro de la revue érotique chic Edwarda dénude, expose et disserte sur la blondeur comme idéal féminin affriolant et hypersexualisé. Photographes (Giasco Bertoli), cinéastes (Bertrand Bonello, Jean-Paul Civeyrac) et écrivains (Jean-Jacques Schuhl) y livrent des visions fantasmées, intimes et crues. Sa lecture constitue le préliminaire idéal avant le documentaire trash et féministe qui suit les traces de performeuses culottées, adeptes du « sex positif » (lire aussi page 38). _L.T. Edwarda (numéro de mai), 16 €, en vente au Store du MK2 Bibliothèque

PENDANT

la projection de Beginners, refaire sa vie en croquis sur un carnet La Linea

Alors qu’Oliver, le débutant du film, couche sur papier ses tourments existentiels et dessine d’un même trait des vignettes philosophiques justes et tendres, votre main pourrait bien être tentée de griffonner quelques ébauches de solutions graphiques. La fidèle mascotte des carnets épurés La Linea sera alors le compagnon idéal pour s’approprier l’univers graphique de Mike Mills, le réalisateur et dessinateur des croquis de Beginners. _L.T. Carnet La Linea, 6,90 €, en vente au Store du MK2 Bibliothèque

APRÈS

avoir lu Trois Couleurs, achetez le hors-série Dupuy & Berberian

Vous êtes un assidu de Trois Couleurs et vous ne ratez jamais la page Tout ou rien de Dupuy & Berberian ? Vous adorez ces chroniques dessinées qui vous font découvrir des artistes voyageurs ? Il est grand temps de vous procurer notre sixième hors-série, qui compile ces chroniques et les prolonge à partir d’interviews (Moebius, Pierre Étaix, Areski Belkacem, Flóp…), de portraits (Jijé, Michel Magne, Haruki Murakami), de reportages (San Francisco) et dessins inédits. _Lo.Sé. Trois Couleurs, hors-série Dupuy & Berberian présentent Tout ou rien, 6,90 €, en librairies le 29 juin

TROP APPS _Par E.R. e-Digest

Parcours fléché

Encre sympathique

Hitpad (Instant Discover) // iPad

Split Apple (MKO Games) // iPhone, iPad et iPod touch

CloudReaders (Satoshi Nakajima) // iPhone, iPad et iPod touch

Si, de nouveau, c’est culbute générale en quatre étoiles new-yorkais, cette fois vous pourrez regarder d’un coup toutes les occurrences d’un même sujet parues sur la Toile – depuis les sites des médias jusqu’aux réseaux sociaux.

76

mai 2011

Transpercer des pommes sur un produit Apple, quoi de mieux ? Vous êtes un archer archi-déterminé à planter cibles et fruits en plein cœur. Il faudra composer avec le vent, la distance, et une réalisation bluffante.

Bénéficiant d’une récente mise à jour, ce couteau suisse des pupitres tactiles vous permet de lire la plupart des formats de numérisation propres aux BD, livres et journaux. Oui, même Trois Couleurs.

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GUEST LIST

THE PORTSMOUTH SINFONIA

SOLDES D’ÉTÉ

« J’ai réussi à choper récemment des pièces de collection : des vinyles de The Portsmouth Sinfonia, un orchestre classique qui jouait notamment des morceaux de rock. Mais le chef inversait les instrumentistes : le pianiste arrivait au trombone, le tromboniste au triangle… Ils jouaient tous dans le ton, mais faux. Il y a une fébrilité et un premier degré que j’adore – je n’ai aucun cynisme. »

Recueil de saynètes estivales quasi muettes, Ni à vendre ni à louer, sur les écrans le 29 juin, met en scène des vacanciers loufoques, non loin du Monsieur Hulot de Jacques Tati. Plus radical que dans ses Petits ruisseaux, PASCAL RABATÉ y déploie un burlesque à la française, entre amour du terroir et culture punk. Bon vivant éclectique, le dessinateur-réalisateur nous présente quelques-uns de ses objets fétiches.

The Portsmouth Sinfonia Plays the Popular Classics (Columbia)

© Loin derrière l’Oural

ZAZIE DANS LE MÉTRO

_Propos recueillis par Louis Séguin Illustrations : Pascal Rabaté pour Trois Couleurs

« Le bouquin que j’ai redécouvert par le biais du film, c’est Zazie dans le métro, un des rares romans que je relis. L’adaptation de Louis Malle m’a profondément réjouie, m’a donné envie de replonger dans Queneau. Il fait partie de mes parpaings de fondation. » Zazie dans le métro de Raymond Queneau (Gallimard Folio) Zazie dans le métro de Louis Malle (Arte vidéo)

DAVID PRUDHOMME

FLORENCE FOSTER JENKINS

« J’aime beaucoup le disque de Florence Foster Jenkins, une diva ratée qui chantait de grands airs d’opéra. De temps en temps, c’est juste, la plupart du temps, c’est une catastrophe ; mais il se passe quelque chose qui est de l’ordre du magique, une fragilité qui me touche énormément. » The Glory (????) of the Human Voice de Florence Foster Jenkins (BMG Classics)

« La bande dessinée qui m’a le plus retourné récemment, c’est Rébétiko de David Prudhomme. Le pari était très risqué : faire un livre sur la musique sans en faire écouter, parler de la liberté et de l’actualité à travers la musique des rebétès en Grèce, proscrite par les Colonels. C’est une musique de hors-la-loi, dont on a peu de traces. Les dessins de David jettent un regard à la fois aigu et à hauteur d’homme sur les choses. Voilà pourquoi je lui avais demandé de dessiner l’affiche des Petits ruisseaux. Ce n’est pas qu’un dessinateur, c’est un vrai poète, un funambule, et ça transpire dans le trait. » Rébétiko de David Prudhomme (Futuropolis)

ELECTRA GLIDE IN BLUE TATI

« Je tiens plus à Ni à vendre ni à louer qu’aux Petits ruisseaux, parce que ce film est difficilement adaptable en bande dessinée. J’ai envie de mener de front cinéma et BD : ce sont deux maîtresses, et la maîtresse cinéma est un peu plus volcanique que la maîtresse BD. Quand j’essayais de convaincre mon producteur, je disais que je voulais « faire du Tati punk ». J’ai découvert son cinéma très jeune, j’étais fasciné par la richesse des plans et par la profondeur de champ. Il faisait très peu de gros plans parce que, pour lui, la réflexion venait plus du corps que de l’expression du visage. Mais je n’ai pas du tout la même nostalgie que Tati. J’essaye de raconter la France de 2010, avec sa crise sociétale, la paupérisation des campagnes, la fermeture des petits magasins… d’où le titre, Ni à vendre ni à louer, l’équivalent du « ni dieu ni maitre », un petit manifeste anarchiste. » Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati (Les Films de mon oncle)

78

mai 2011

« J’ai offert ce DVD à toute l’équipe, même s’il n’a aucun rapport apparent avec Ni à vendre ni à louer. Ce film de J.W. Guercio, sorti en 1973, est une sorte d’Easy Rider version policier. Il mêle gros plans et plans serrés ; il y a peu de plans tièdes, de plans moyens. Ce rapport eau chaude / eau froide m’a beaucoup plu. Il y a une réelle liberté de ton et de mise en scène. Pour Ni à vendre ni à louer, je n’avais pas envie de suivre une charte, avec des choses obligées et des choses prohibées. J’ai essayé de retrouver cette liberté, d’ouvrir le regard, pour lui donner plus de richesse. » Electra Glide in Blue de James William Guercio (Wild Side Video)

VIN, FROMAGES ET TÊTE DE VEAU

« Le cadeau que j’offre le plus souvent : du pinard. Je suis aussi très fromage, et j’adore la tête de veau… Au restaurant, la première chose que je regarde, ce sont les abats. Je ne pense qu’à manger de toute façon. Je faisais rarement des bouquins où il n’y a pas de scène de bouffe, et je ne ferai pas de films où les gens ne s’arrêtent pas au moins pour prendre l’apéro ou taper un graillon. »

www.mk2.com

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GUEST LIST

THE PORTSMOUTH SINFONIA

SOLDES D’ÉTÉ

« J’ai réussi à choper récemment des pièces de collection : des vinyles de The Portsmouth Sinfonia, un orchestre classique qui jouait notamment des morceaux de rock. Mais le chef inversait les instrumentistes : le pianiste arrivait au trombone, le tromboniste au triangle… Ils jouaient tous dans le ton, mais faux. Il y a une fébrilité et un premier degré que j’adore – je n’ai aucun cynisme. »

Recueil de saynètes estivales quasi muettes, Ni à vendre ni à louer, sur les écrans le 29 juin, met en scène des vacanciers loufoques, non loin du Monsieur Hulot de Jacques Tati. Plus radical que dans ses Petits ruisseaux, PASCAL RABATÉ y déploie un burlesque à la française, entre amour du terroir et culture punk. Bon vivant éclectique, le dessinateur-réalisateur nous présente quelques-uns de ses objets fétiches.

The Portsmouth Sinfonia Plays the Popular Classics (Columbia)

© Loin derrière l’Oural

ZAZIE DANS LE MÉTRO

_Propos recueillis par Louis Séguin Illustrations : Pascal Rabaté pour Trois Couleurs

« Le bouquin que j’ai redécouvert par le biais du film, c’est Zazie dans le métro, un des rares romans que je relis. L’adaptation de Louis Malle m’a profondément réjouie, m’a donné envie de replonger dans Queneau. Il fait partie de mes parpaings de fondation. » Zazie dans le métro de Raymond Queneau (Gallimard Folio) Zazie dans le métro de Louis Malle (Arte vidéo)

DAVID PRUDHOMME

FLORENCE FOSTER JENKINS

« J’aime beaucoup le disque de Florence Foster Jenkins, une diva ratée qui chantait de grands airs d’opéra. De temps en temps, c’est juste, la plupart du temps, c’est une catastrophe ; mais il se passe quelque chose qui est de l’ordre du magique, une fragilité qui me touche énormément. » The Glory (????) of the Human Voice de Florence Foster Jenkins (BMG Classics)

« La bande dessinée qui m’a le plus retourné récemment, c’est Rébétiko de David Prudhomme. Le pari était très risqué : faire un livre sur la musique sans en faire écouter, parler de la liberté et de l’actualité à travers la musique des rebétès en Grèce, proscrite par les Colonels. C’est une musique de hors-la-loi, dont on a peu de traces. Les dessins de David jettent un regard à la fois aigu et à hauteur d’homme sur les choses. Voilà pourquoi je lui avais demandé de dessiner l’affiche des Petits ruisseaux. Ce n’est pas qu’un dessinateur, c’est un vrai poète, un funambule, et ça transpire dans le trait. » Rébétiko de David Prudhomme (Futuropolis)

ELECTRA GLIDE IN BLUE TATI

« Je tiens plus à Ni à vendre ni à louer qu’aux Petits ruisseaux, parce que ce film est difficilement adaptable en bande dessinée. J’ai envie de mener de front cinéma et BD : ce sont deux maîtresses, et la maîtresse cinéma est un peu plus volcanique que la maîtresse BD. Quand j’essayais de convaincre mon producteur, je disais que je voulais « faire du Tati punk ». J’ai découvert son cinéma très jeune, j’étais fasciné par la richesse des plans et par la profondeur de champ. Il faisait très peu de gros plans parce que, pour lui, la réflexion venait plus du corps que de l’expression du visage. Mais je n’ai pas du tout la même nostalgie que Tati. J’essaye de raconter la France de 2010, avec sa crise sociétale, la paupérisation des campagnes, la fermeture des petits magasins… d’où le titre, Ni à vendre ni à louer, l’équivalent du « ni dieu ni maitre », un petit manifeste anarchiste. » Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati (Les Films de mon oncle)

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mai 2011

« J’ai offert ce DVD à toute l’équipe, même s’il n’a aucun rapport apparent avec Ni à vendre ni à louer. Ce film de J.W. Guercio, sorti en 1973, est une sorte d’Easy Rider version policier. Il mêle gros plans et plans serrés ; il y a peu de plans tièdes, de plans moyens. Ce rapport eau chaude / eau froide m’a beaucoup plu. Il y a une réelle liberté de ton et de mise en scène. Pour Ni à vendre ni à louer, je n’avais pas envie de suivre une charte, avec des choses obligées et des choses prohibées. J’ai essayé de retrouver cette liberté, d’ouvrir le regard, pour lui donner plus de richesse. » Electra Glide in Blue de James William Guercio (Wild Side Video)

VIN, FROMAGES ET TÊTE DE VEAU

« Le cadeau que j’offre le plus souvent : du pinard. Je suis aussi très fromage, et j’adore la tête de veau… Au restaurant, la première chose que je regarde, ce sont les abats. Je ne pense qu’à manger de toute façon. Je faisais rarement des bouquins où il n’y a pas de scène de bouffe, et je ne ferai pas de films où les gens ne s’arrêtent pas au moins pour prendre l’apéro ou taper un graillon. »

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© XXXXXXXX

KIDS FAT PANDA

Second volet d’une épopée gargantuesque, Kung Fu Panda 2 chausse des lunettes 3D pour donner une nouvelle dimension aux aventures de son héros gourmet passé défenseur des opprimés. Un conte initiatique qui célèbre l’altérité à grand renfort d’effets visuels replets. _Par Laura Pertuy

On se rappelle la difficile ascension de l’aspirant guerrier Po, panda friand de délices chinois et passionné d’arts martiaux. Secondé par une équipe à poils, cet élève peu habile se révélait finalement être le guerrier Dragon, salué pour sa bravoure et sa technique, usant de ses attributs physiques décriés pour vaincre. Dans cette suite, le

LE JOUET

 _L.T.

LEGO FAIT PEAU NEUVE

© Kontiki 2008

La marque danoise aux petites briques se renouvelle tout en préservant ce qui a fait son succès : des couleurs primaires, des personnages aux bouilles sympathiques et un indéniable côté pratique. Sont à l’honneur ce mois-ci, des gourdes, des boîtes de rangement et des poubelles de bureau qui reprennent le design des célèbres petits cubes. Pour les petits et les moins petits. Accessoires en vente au Store du MK2 Bibliothèque

80

mai juin2011 2011

sauvetage du royaume va d’abord passer par une introspection ardue mais nécessaire. Moins lisse que le volet précédent, Kung Fu Panda 2 propose une réf lexion gentiment menée sur l’appartenance au groupe et aborde le sujet périlleux de l’adoption. Mais la poésie de séquences en ombres chinoises est vite engloutie par la destruction massive des pagodes locales – cruauté inédite chez Dreamworks. Malgré un excès de scènes de combat qui relèvent plus de l’exercice de style que d’une réelle évolution scénaristique, le film rassemble par sa capacité à faire d’une trame attendue un récit rythmé, enjolivé par la 3D et porté par des thèmes toujours d’actualité. Le guilty pleasure ventru du mois. ◆ Kung-Fu Panda 2 de Jennifer Yuh Avec les voix de : Angelina Jolie, Jack Black… Distribution : Paramount Picture Durée : 1h35 Sortie : 15 juin

LE LIVRE

 _M.U.

À QUOI PENSES-TU ? de Laurent Moreau (Hélium) Helium, éditeur indépendant, nous régale d’un nouveau livre avec flaps, illustré par Laurent Moreau – qui avait déjà réalisé un album de coloriages de contemplation, Les Beaux Instants, en 2010. Une belle surprise, pour découvrir les pensées et les émotions des personnages d’une même rue : Mathieu est heureux, tout simplement ; Annaëlle a des envies sucrées… Inattendu, coloré et sensible. À partir de 3 ans.

www.mk2.com

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© XXXXXXXX

KIDS FAT PANDA

Second volet d’une épopée gargantuesque, Kung Fu Panda 2 chausse des lunettes 3D pour donner une nouvelle dimension aux aventures de son héros gourmet passé défenseur des opprimés. Un conte initiatique qui célèbre l’altérité à grand renfort d’effets visuels replets. _Par Laura Pertuy

On se rappelle la difficile ascension de l’aspirant guerrier Po, panda friand de délices chinois et passionné d’arts martiaux. Secondé par une équipe à poils, cet élève peu habile se révélait finalement être le guerrier Dragon, salué pour sa bravoure et sa technique, usant de ses attributs physiques décriés pour vaincre. Dans cette suite, le

LE JOUET

 _L.T.

LEGO FAIT PEAU NEUVE

© Kontiki 2008

La marque danoise aux petites briques se renouvelle tout en préservant ce qui a fait son succès : des couleurs primaires, des personnages aux bouilles sympathiques et un indéniable côté pratique. Sont à l’honneur ce mois-ci, des gourdes, des boîtes de rangement et des poubelles de bureau qui reprennent le design des célèbres petits cubes. Pour les petits et les moins petits. Accessoires en vente au Store du MK2 Bibliothèque

80

mai juin2011 2011

sauvetage du royaume va d’abord passer par une introspection ardue mais nécessaire. Moins lisse que le volet précédent, Kung Fu Panda 2 propose une réf lexion gentiment menée sur l’appartenance au groupe et aborde le sujet périlleux de l’adoption. Mais la poésie de séquences en ombres chinoises est vite engloutie par la destruction massive des pagodes locales – cruauté inédite chez Dreamworks. Malgré un excès de scènes de combat qui relèvent plus de l’exercice de style que d’une réelle évolution scénaristique, le film rassemble par sa capacité à faire d’une trame attendue un récit rythmé, enjolivé par la 3D et porté par des thèmes toujours d’actualité. Le guilty pleasure ventru du mois. ◆ Kung-Fu Panda 2 de Jennifer Yuh Avec les voix de : Angelina Jolie, Jack Black… Distribution : Paramount Picture Durée : 1h35 Sortie : 15 juin

LE LIVRE

 _M.U.

À QUOI PENSES-TU ? de Laurent Moreau (Hélium) Helium, éditeur indépendant, nous régale d’un nouveau livre avec flaps, illustré par Laurent Moreau – qui avait déjà réalisé un album de coloriages de contemplation, Les Beaux Instants, en 2010. Une belle surprise, pour découvrir les pensées et les émotions des personnages d’une même rue : Mathieu est heureux, tout simplement ; Annaëlle a des envies sucrées… Inattendu, coloré et sensible. À partir de 3 ans.

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VINTAGE

RAYON IMPORT

© Solaris

Encore et en gore

L’amour en fuite

Premier film de TERRENCE MALICK, sorti en 1975, La Balade sauvage entraîne un couple d’anti-héros adolescents dans un road movie meurtrier. Cette œuvre flamboyante, dans laquelle s’affirme déjà le regard élégiaque du réalisateur récemment palmé à Cannes, revient en salles. _Par Laura Tuillier

Une voix – celle de la rousse Holly (Sissy Spacek) – annonce la couleur dès les premières images : du Dakota-duSud au Montana, La Balade sauvage progresse comme le récit d’un douloureux renoncement aux fantasmes adolescents. Notamment ceux de Kit (Martin Sheen), qui se prend pour James Dean – même dégaine, même amour de la vitesse. Lui n’a pas de parents et un boulot ingrat ; elle vit seule avec son père et s’ennuie beaucoup. Kit offre à Holly l’amour, le cinéma et une voiture pour se faire la malle. Ils s’embarquent ensemble dans un sanglant road trip en direction des montagnes, au cours duquel Kit se révèlera prêt à tuer pour continuer d’avaler les kilomètres – d’abord le père d’Holly, puis tous leurs poursuivants. Dans la veine seventies de Zabriskie Point et Macadam à deux voies, la

« C’est une quête qui ne peut aboutir, le mouvement devient désespoir. » cavale amorale et utopique s’emballe. Comme le note Ariane Gaudeaux, auteur d’un brillant essai sur le film, « il s’agit d’une quête, mais qui ne peut aboutir ; le mouvement devient facteur de désespoir. » Holly et Kit inventent leur amour comme ils construisent leur maison dans les arbres : suspendu légèrement au dessus du niveau du réel. Alors même que l’issue de leur fuite devient de plus en plus inéluctable, Holly s’amuse, en contemplant de vieilles photos, à penser à tout ce qu’elle aurait pu vivre « if only ». Sa voix brode en off, longue plainte poétique qui berce toute la balade d’un fatalisme endolori, tandis qu’à l’écran Kit fonce, colérique et amoureux – de la liberté peut-être plus encore que de Holly. De la légèreté surtout. Nat King Cole à la radio dans la nuit froide du Dakota, il sort de la voiture et il danse. Il ne voit pas qu’Holly ne le regarde plus, qu’elle est à bout, qu’elle veut rentrer. C’est elle qui stoppe la course : d’un regard vert, terrible, elle choisit de rester pour vivre l’âge adulte. Les flics embarquent Kit. L’un d’eux le regarde avec envie : c’est vrai qu’il ressemble à James Dean. Petite victoire. Grand film. ◆ La Balade sauvage de Terrence Malick Avec : Martin Sheen, Sissy Spacek… Distributeur : Solaris Resortie : 15 juin La Balade sauvage d’Ariane Gaudeaux (Éditions de la transparence, essai)

D’abord cantonné aux salles spécialisées et aux drive-in américains, le slasher a peu à peu tourné sa caméra vers son public : les ados, qu’il s’amuse à massacrer un à un. Quelques années après Massacre à la tronçonneuse, c’est Halloween de John Carpenter qui définit les règles de ce sousgenre versé dans la provocation gore, et ouvre la voie à son âge d’or – de 1978 à 1984 –, prolongé par le boom de la VHS et l’imitation ad nauseam. Explicitant la filiation du slasher avec les Krimi allemands et les gialli italiens, où les serial killers poursuivent des jet-setteuses dénudées, cette analyse au couteau (et en anglais) est doublée d’une collection d’affiches rétros aux slogans aguicheurs, dessinés en lettres sanguinolentes. Même pas peur. _C.G.

Teenage Wasteland de J.A Kerswell (New Holland Publishers, essai, en anglais)

BACK DANS LES BACS

Bush à Bush

Director’s Cut n’est pas un nouvel album de Kate Bush, mais une réinvention – une de plus pour la diva, qui reprend là des chansons tirées de ses albums The Sensual World (1989) et The Red Shoes (1993). Les originaux bénéficiaient de la participation de Prince, David Gilmour, Eric Clapton, Jeff Beck ou encore Gary Brooker de Procol Harum. Kate Bush a gardé certains de ces featurings de luxe et en a réarrangés d’autres, afin de remettre son propre répertoire au goût du futur. Les batteries eighties, qui avaient parfois mal vieilli, se font plus ouatées, toujours au service de la voix mutante de la chanteuse, comme sur la fascinante reprise de Deeper Understanding, en version autotune. _E.V. Director’s Cut de Kate Bush (Noble and Brite / EMI)

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mai 2011

www.mk2.com

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VINTAGE

RAYON IMPORT

© Solaris

Encore et en gore

L’amour en fuite

Premier film de TERRENCE MALICK, sorti en 1975, La Balade sauvage entraîne un couple d’anti-héros adolescents dans un road movie meurtrier. Cette œuvre flamboyante, dans laquelle s’affirme déjà le regard élégiaque du réalisateur récemment palmé à Cannes, revient en salles. _Par Laura Tuillier

Une voix – celle de la rousse Holly (Sissy Spacek) – annonce la couleur dès les premières images : du Dakota-duSud au Montana, La Balade sauvage progresse comme le récit d’un douloureux renoncement aux fantasmes adolescents. Notamment ceux de Kit (Martin Sheen), qui se prend pour James Dean – même dégaine, même amour de la vitesse. Lui n’a pas de parents et un boulot ingrat ; elle vit seule avec son père et s’ennuie beaucoup. Kit offre à Holly l’amour, le cinéma et une voiture pour se faire la malle. Ils s’embarquent ensemble dans un sanglant road trip en direction des montagnes, au cours duquel Kit se révèlera prêt à tuer pour continuer d’avaler les kilomètres – d’abord le père d’Holly, puis tous leurs poursuivants. Dans la veine seventies de Zabriskie Point et Macadam à deux voies, la

« C’est une quête qui ne peut aboutir, le mouvement devient désespoir. » cavale amorale et utopique s’emballe. Comme le note Ariane Gaudeaux, auteur d’un brillant essai sur le film, « il s’agit d’une quête, mais qui ne peut aboutir ; le mouvement devient facteur de désespoir. » Holly et Kit inventent leur amour comme ils construisent leur maison dans les arbres : suspendu légèrement au dessus du niveau du réel. Alors même que l’issue de leur fuite devient de plus en plus inéluctable, Holly s’amuse, en contemplant de vieilles photos, à penser à tout ce qu’elle aurait pu vivre « if only ». Sa voix brode en off, longue plainte poétique qui berce toute la balade d’un fatalisme endolori, tandis qu’à l’écran Kit fonce, colérique et amoureux – de la liberté peut-être plus encore que de Holly. De la légèreté surtout. Nat King Cole à la radio dans la nuit froide du Dakota, il sort de la voiture et il danse. Il ne voit pas qu’Holly ne le regarde plus, qu’elle est à bout, qu’elle veut rentrer. C’est elle qui stoppe la course : d’un regard vert, terrible, elle choisit de rester pour vivre l’âge adulte. Les flics embarquent Kit. L’un d’eux le regarde avec envie : c’est vrai qu’il ressemble à James Dean. Petite victoire. Grand film. ◆ La Balade sauvage de Terrence Malick Avec : Martin Sheen, Sissy Spacek… Distributeur : Solaris Resortie : 15 juin La Balade sauvage d’Ariane Gaudeaux (Éditions de la transparence, essai)

D’abord cantonné aux salles spécialisées et aux drive-in américains, le slasher a peu à peu tourné sa caméra vers son public : les ados, qu’il s’amuse à massacrer un à un. Quelques années après Massacre à la tronçonneuse, c’est Halloween de John Carpenter qui définit les règles de ce sousgenre versé dans la provocation gore, et ouvre la voie à son âge d’or – de 1978 à 1984 –, prolongé par le boom de la VHS et l’imitation ad nauseam. Explicitant la filiation du slasher avec les Krimi allemands et les gialli italiens, où les serial killers poursuivent des jet-setteuses dénudées, cette analyse au couteau (et en anglais) est doublée d’une collection d’affiches rétros aux slogans aguicheurs, dessinés en lettres sanguinolentes. Même pas peur. _C.G.

Teenage Wasteland de J.A Kerswell (New Holland Publishers, essai, en anglais)

BACK DANS LES BACS

Bush à Bush

Director’s Cut n’est pas un nouvel album de Kate Bush, mais une réinvention – une de plus pour la diva, qui reprend là des chansons tirées de ses albums The Sensual World (1989) et The Red Shoes (1993). Les originaux bénéficiaient de la participation de Prince, David Gilmour, Eric Clapton, Jeff Beck ou encore Gary Brooker de Procol Harum. Kate Bush a gardé certains de ces featurings de luxe et en a réarrangés d’autres, afin de remettre son propre répertoire au goût du futur. Les batteries eighties, qui avaient parfois mal vieilli, se font plus ouatées, toujours au service de la voix mutante de la chanteuse, comme sur la fascinante reprise de Deeper Understanding, en version autotune. _E.V. Director’s Cut de Kate Bush (Noble and Brite / EMI)

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mai 2011

www.mk2.com

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DVDTHÈQUE

6

FILMS La sélection de la rédaction

STRETCH © Wilde side

de Charles de Meaux (MK2 / TF1)

Nouvelles frontières

Raccord avec la sortie en salles de La Dernière Piste de Kelly Reichardt, Wild Side édite deux westerns survival réalisés par Richard Sarafian dans les années 1970. Un double feature crasseux à souhait, accompagné d’une étude pointue du journaliste Philippe Garnier. _Par Clémentine Gallot

Blessé par un ours et laissé pour mort par ses camarades, le trappeur Zachary Bass (Richard Harris) se lance à la poursuite de ses anciens compagnons, pris dans la tourmente de l’hiver du Midwest. Le Convoi sauvage (1971), western panthéiste et hallucinatoire, suit la revanche – sur les hommes et les éléments – d’un revenant et annonce avec quarante ans d’avance la récente marche fiévreuse d’Essential Killing de Jerzy Skolimowski. Le scénario, écrit par Richard Sarafian lui-même, s’inspire de Hugh « Grizzly Man » Glass, personnage historique peuplant les récits oraux des mountain men. Au début des années 1970, le cinéaste américain d’origine arménienne, qui a déjà réalisé Point limite zéro, opère avec un budget restreint qui l’oblige à redoubler d’inventivité, quitte à transposer l’action dans les plaines de l’Andalousie… Deux ans plus tard, en 1973, Sarafian adapte un roman de Marilyn Durham, Le Fantôme de Cat Dancing. Après un générique plutôt groovy

84

juin 2011

« Le Convoi sauvage est un film sur la viande, la chair, le danger et la douleur. » pour l’époque, des bandits de grand chemin attaquent un train puis kidnappent une respectable épouse (Sarah Miles, égérie croqueuse d’hommes de Joseph Losey et Harold Pinter), avant d’attenter à sa vertu. D’une rare sobriété en hors-la-loi hanté par le souvenir de ses amours avec une squaw disparue, Burt Reynolds s’éprend de sa captive – l’occasion d’un ballet amoureux dans les bois entre fugitifs. Le tournage chaotique, plombé par des crêpages de chignons entre scénaristes et l’éviction de Michel Legrand à la musique, donne pourtant lieu à un film captivant dans le sousgenre des « acid westerns » à la Monte Hellman. « L’auteur américain le plus incompris », selon le critique Andrew Sarris, a grandi chaperonné par Robert Altman et sa romance bancale et décousue, McCabe & Mrs Miller. Longtemps œil de Libération sur la côte Ouest, spécialiste des œuvres oubliées, Philippe Garnier prête à ces deux films méconnus son érudition gouailleuse et habitée dans un livre qui accompagne le coffret DVD, L’Âme de l’Ouest. Selon lui, « Le Convoi sauvage n’est ni un western, ni un Moby Dick d’eau douce, [mais] un film sur la viande, la chair, le danger et la douleur ». Et le cinéaste d’acquiescer : « C’est un film profond sur l’âme humaine, un voyage sauvage. » ◆ Cof fret Le Convoi sauvage et Le Fantôme de Cat Dancing de Richard Sarafian, accompagnés du livre L’Âme de l’Ouest de Philippe Garnier Éditeur : Wild Side Sor tie : 6 juillet

Jockey ambitieux, Christophe fuit la France à la suite d’une affaire de dopage et atterrit à Macao. Le succès est au rendez-vous, et avec lui une foule de personnages louches, dont Davon Seymout, incarné par David Carradine, décédé en marge du tournage. À l’image de sa fascination pour la belle Pansy, dont il ne parle pas la langue, tout son parcours est marqué par la désorientation. Producteur d’Apichatpong Weerasethakul, Charles de Meaux évoque « un personnage confronté à la vitesse, aux chocs culturels, à l’éloignement d’avec le quotidien. Son téléphone portable devient le support d’un journal intime hypermoderne. » _L.T.

PATTERNS

de Fielder Cook (Wild Side) Dans la collection Les Introuvables de Wild Side, malle aux trésors des films oubliés, on trouve ce mois-ci, entre le Sergent la terreur de Richard Brooks (Une chatte sur un toit brûlant) et Le Sel de la terre de Herbert J. Biberman (censuré pendant l’ère McCarthy), Patterns de Fielder Cook. Fred Staples, nouvelle recrue prometteuse dans une grande entreprise new-yorkaise, découvre avec stupeur qu’il va bientôt devoir remplacer le viceprésident, évincé par un patron sans scrupules. Ce film de 1956 dépeint avec une cruauté engagée les dérives d’une société déjà obsédée par la croissance. _L.T.

WINTER’S BONE 

EDGAR G. ULMER

de Debra Granik (M6 Vidéo)

Coffret 12 films 6 DVD (Bach)

Bildungsroman moderne, le second film de Debra Granik arpente un Midwest folklorique, vivier de personnalités abruptes, creusées par une photographie brune et glaciale. Guidée par son instinct de survie, Ree, jeune femme aux responsabilités trop précoces, s’embourbe sur les traces d’un père toxico, seul garant de la maison familiale menacée d’expropriation par la police. Satellites nerveux de son quotidien : une sœur et un frère sous sa tutelle, une génitrice léthargique, un shérif insistant et une nuée de cowboys inquiétants. Les aspérités du paysage se calquent sur une lutte viscérale pour la vie, aux fondements même du transcendantalisme de Walt Whitman. _L.P.

Edgar George Ulmer (1904-1972) fit ses classes auprès de Murnau et conserva toute sa carrière une nostalgie poétique pour l’expressionnisme allemand – en dépit d’un manque évident de moyens. Ce coffret réunit ses plus belles fulgurances, à commencer par son deuxième long métrage parlant, The Black Cat (avec Boris Karloff et Béla Lugosi), plus grand succès de 1934 pour Universal. Banni d’Hollywood pour avoir séduit l’épouse d’un proche de son patron, Ulmer n’y reviendra qu’au début des années 1940, pour devenir le fer de lance d’un studio aussi fauché qu’inventif, PRC, où il réalisera notamment les pépites Barbe Bleue (1944) et Détour (1945). _J.R.

EVERYONE ELSE

de Maren Ade (Why Not) Gitti et Chris, couple de trentenaire nouvellement formé, s’en vont passer l’été en Sardaigne. Dans un espace-temps suspendu et isolé, le dur soleil estival éclaire leurs amours hésitantes, à la fois violentes et comme anesthésiées. Un couple plus mûr vient alors troubler leur face à face intime et les mène peu à peu au bord du précipice. « Les acteurs étaient ma priorité. Nous avons fait beaucoup de prises, de façon à travailler le sous-texte, tout ce qui n’est pas dit mais existe », explique la jeune réalisatrice allemande. Grand prix du jury à Berlin, Everyone Else impose, à partir d’un thème classique, une liberté d’écriture sensuelle et moderne. _L.T.

CARANCHO

de Pablo Trapero (Ad Vitam) Dans un Buenos Aires délabré, Sosa (Ricardo Darín), avocat déchu, fait partie des caranchos, types louches qui profitent de la détresse des victimes de la route pour faire fructifier un business d’arnaques aux assurances. Il croise Lujan, une jeune interne à bout de nerfs, accro à l’héroïne pour rester éveillée. Jouant sur l’épuisement des plans séquences, Pablo Trapero orchestre une tragédie où le poids d’un système corrompu écrase l’histoire d’amour en train de poindre. Carancho, autopsie désespérée d’une passion minée par la fatigue, confirme l’envol d’un cinéma argentin aussi noir que brillant. _L.T.

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DVDTHÈQUE

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FILMS La sélection de la rédaction

STRETCH © Wilde side

de Charles de Meaux (MK2 / TF1)

Nouvelles frontières

Raccord avec la sortie en salles de La Dernière Piste de Kelly Reichardt, Wild Side édite deux westerns survival réalisés par Richard Sarafian dans les années 1970. Un double feature crasseux à souhait, accompagné d’une étude pointue du journaliste Philippe Garnier. _Par Clémentine Gallot

Blessé par un ours et laissé pour mort par ses camarades, le trappeur Zachary Bass (Richard Harris) se lance à la poursuite de ses anciens compagnons, pris dans la tourmente de l’hiver du Midwest. Le Convoi sauvage (1971), western panthéiste et hallucinatoire, suit la revanche – sur les hommes et les éléments – d’un revenant et annonce avec quarante ans d’avance la récente marche fiévreuse d’Essential Killing de Jerzy Skolimowski. Le scénario, écrit par Richard Sarafian lui-même, s’inspire de Hugh « Grizzly Man » Glass, personnage historique peuplant les récits oraux des mountain men. Au début des années 1970, le cinéaste américain d’origine arménienne, qui a déjà réalisé Point limite zéro, opère avec un budget restreint qui l’oblige à redoubler d’inventivité, quitte à transposer l’action dans les plaines de l’Andalousie… Deux ans plus tard, en 1973, Sarafian adapte un roman de Marilyn Durham, Le Fantôme de Cat Dancing. Après un générique plutôt groovy

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juin 2011

« Le Convoi sauvage est un film sur la viande, la chair, le danger et la douleur. » pour l’époque, des bandits de grand chemin attaquent un train puis kidnappent une respectable épouse (Sarah Miles, égérie croqueuse d’hommes de Joseph Losey et Harold Pinter), avant d’attenter à sa vertu. D’une rare sobriété en hors-la-loi hanté par le souvenir de ses amours avec une squaw disparue, Burt Reynolds s’éprend de sa captive – l’occasion d’un ballet amoureux dans les bois entre fugitifs. Le tournage chaotique, plombé par des crêpages de chignons entre scénaristes et l’éviction de Michel Legrand à la musique, donne pourtant lieu à un film captivant dans le sousgenre des « acid westerns » à la Monte Hellman. « L’auteur américain le plus incompris », selon le critique Andrew Sarris, a grandi chaperonné par Robert Altman et sa romance bancale et décousue, McCabe & Mrs Miller. Longtemps œil de Libération sur la côte Ouest, spécialiste des œuvres oubliées, Philippe Garnier prête à ces deux films méconnus son érudition gouailleuse et habitée dans un livre qui accompagne le coffret DVD, L’Âme de l’Ouest. Selon lui, « Le Convoi sauvage n’est ni un western, ni un Moby Dick d’eau douce, [mais] un film sur la viande, la chair, le danger et la douleur ». Et le cinéaste d’acquiescer : « C’est un film profond sur l’âme humaine, un voyage sauvage. » ◆ Cof fret Le Convoi sauvage et Le Fantôme de Cat Dancing de Richard Sarafian, accompagnés du livre L’Âme de l’Ouest de Philippe Garnier Éditeur : Wild Side Sor tie : 6 juillet

Jockey ambitieux, Christophe fuit la France à la suite d’une affaire de dopage et atterrit à Macao. Le succès est au rendez-vous, et avec lui une foule de personnages louches, dont Davon Seymout, incarné par David Carradine, décédé en marge du tournage. À l’image de sa fascination pour la belle Pansy, dont il ne parle pas la langue, tout son parcours est marqué par la désorientation. Producteur d’Apichatpong Weerasethakul, Charles de Meaux évoque « un personnage confronté à la vitesse, aux chocs culturels, à l’éloignement d’avec le quotidien. Son téléphone portable devient le support d’un journal intime hypermoderne. » _L.T.

PATTERNS

de Fielder Cook (Wild Side) Dans la collection Les Introuvables de Wild Side, malle aux trésors des films oubliés, on trouve ce mois-ci, entre le Sergent la terreur de Richard Brooks (Une chatte sur un toit brûlant) et Le Sel de la terre de Herbert J. Biberman (censuré pendant l’ère McCarthy), Patterns de Fielder Cook. Fred Staples, nouvelle recrue prometteuse dans une grande entreprise new-yorkaise, découvre avec stupeur qu’il va bientôt devoir remplacer le viceprésident, évincé par un patron sans scrupules. Ce film de 1956 dépeint avec une cruauté engagée les dérives d’une société déjà obsédée par la croissance. _L.T.

WINTER’S BONE 

EDGAR G. ULMER

de Debra Granik (M6 Vidéo)

Coffret 12 films 6 DVD (Bach)

Bildungsroman moderne, le second film de Debra Granik arpente un Midwest folklorique, vivier de personnalités abruptes, creusées par une photographie brune et glaciale. Guidée par son instinct de survie, Ree, jeune femme aux responsabilités trop précoces, s’embourbe sur les traces d’un père toxico, seul garant de la maison familiale menacée d’expropriation par la police. Satellites nerveux de son quotidien : une sœur et un frère sous sa tutelle, une génitrice léthargique, un shérif insistant et une nuée de cowboys inquiétants. Les aspérités du paysage se calquent sur une lutte viscérale pour la vie, aux fondements même du transcendantalisme de Walt Whitman. _L.P.

Edgar George Ulmer (1904-1972) fit ses classes auprès de Murnau et conserva toute sa carrière une nostalgie poétique pour l’expressionnisme allemand – en dépit d’un manque évident de moyens. Ce coffret réunit ses plus belles fulgurances, à commencer par son deuxième long métrage parlant, The Black Cat (avec Boris Karloff et Béla Lugosi), plus grand succès de 1934 pour Universal. Banni d’Hollywood pour avoir séduit l’épouse d’un proche de son patron, Ulmer n’y reviendra qu’au début des années 1940, pour devenir le fer de lance d’un studio aussi fauché qu’inventif, PRC, où il réalisera notamment les pépites Barbe Bleue (1944) et Détour (1945). _J.R.

EVERYONE ELSE

de Maren Ade (Why Not) Gitti et Chris, couple de trentenaire nouvellement formé, s’en vont passer l’été en Sardaigne. Dans un espace-temps suspendu et isolé, le dur soleil estival éclaire leurs amours hésitantes, à la fois violentes et comme anesthésiées. Un couple plus mûr vient alors troubler leur face à face intime et les mène peu à peu au bord du précipice. « Les acteurs étaient ma priorité. Nous avons fait beaucoup de prises, de façon à travailler le sous-texte, tout ce qui n’est pas dit mais existe », explique la jeune réalisatrice allemande. Grand prix du jury à Berlin, Everyone Else impose, à partir d’un thème classique, une liberté d’écriture sensuelle et moderne. _L.T.

CARANCHO

de Pablo Trapero (Ad Vitam) Dans un Buenos Aires délabré, Sosa (Ricardo Darín), avocat déchu, fait partie des caranchos, types louches qui profitent de la détresse des victimes de la route pour faire fructifier un business d’arnaques aux assurances. Il croise Lujan, une jeune interne à bout de nerfs, accro à l’héroïne pour rester éveillée. Jouant sur l’épuisement des plans séquences, Pablo Trapero orchestre une tragédie où le poids d’un système corrompu écrase l’histoire d’amour en train de poindre. Carancho, autopsie désespérée d’une passion minée par la fatigue, confirme l’envol d’un cinéma argentin aussi noir que brillant. _L.T.

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CDTHÈQUE

6

ALBUMS La sélection de la rédaction THE ERRANT CHARM

© DR

GO TELL FIRE TO THE MOUNTAIN

Entrez dans le rêve

Un peu somnambule, un peu funambule, la pop hypnagogique de l’Américain WASHED OUT est aussi ambigüe et fascinante qu’un dancefloor au ralenti. Baignade non surveillée. _Par Wilfried Paris

Ernest Greene s’est levé à 6h et, après une journée de promo, il a la main qui tremblote autour de son énième Red Bull. Il est rincé. Ça tombe bien : son projet Washed Out est celui pour qui l’expression « hypnagogic pop » a été inventée par le critique David Keenan (The Wire), au moment de chroniquer le EP Leisure Life (2009), petite merveille homemade de romantisme psyché qui noyait la pop synthétique des 80s et la balearic dance des 90s sous les delays, filtrant la mémoire collective pour lui donner la texture du jour. Pionnier aérien de la chillwave, Washed Out a mis deux ans à procrastiner un premier album produit dans la réaction : « Je ne voulais pas faire l’album prototypique de la chillwave. Cela m’a donné envie d’éviter les clichés du genre, notamment les références à la synth pop des eighties, ces synthétiseurs analogiques comme le Roland Juno, que 90% des groupes chillwave utilisent. D’autres musiciens, comme Ford & Lopatin, ont upgradé ces références bien mieux que je ne l’aurais fait, même si leur approche est plus ironique. Mon attachement à cette musique a toujours été sincère. »

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juin 2011

« J’adore les films de Terrence Malick. Je les trouve tellement… doux. » Encore un peu hébété par le succès qui l’a surpris à l’orée d’une carrière de professeur de littérature, Ernest Greene explique timidement que ses chansons parlent du « destin » et ne craint pas de les définir comme « sentimentales ». En jouant avec sa bague de jeune marié, il raconte : « J’adore les films de Terrence Malick. Je les trouve tellement… doux. J’ai l’espoir que mes chansons puissent apporter aux gens le même genre de sentiments. » Pour ce faire, Greene a apporté ses disques durs à Ben Allen (coproducteur de Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective et Halcyon Digest de Deerhunter), qui a su affiner et nuancer le son de Washed Out, cette dream pop à la fois puissamment naïve et extrêmement consciente des objets de sa nostalgie. Whithin Without You magnifie cette ambigüité, en dix plages vibrantes et lointaines, extatiques et mélancoliques, entre douceur de la voix et reliefs des effets : « Je ne voulais pas d’un album dance, ni d’un album indie. J’ai essayé de me placer entre ces deux pôles, en enregistrant des arrangements acoustiques de piano, de cordes, de manière à ce qu’il n’y ait jamais de moment où les beats sont assez forts pour en faire de la dance music. » Ce  fragile équilibre maintient l’attention, entre flottement et sidération, et sera parfait pour longer le bord de plage cet été. Juste le bord. ◆ Whithin Without You de Washed Out Label : Domino / Pias Sortie : 11 juillet

de WU LYF (LYF Recordings / Pias) Buzz des twittos en colère, les Mancuniens cagoulés World Unite Lucifer Youth Foundation (WU LYF) font commerce de la vague d’indignation européenne à coups de vidéos YouTube black-block-busters où des casseurs à capuches pillent des H&M, de silence radio (no interviews ou presque) et de compos un peu essoufflées, où un braillard à l’indécryptable accent brouille des messages open source (« No matter what they say / Dollar is not your friend »). Église désaffectée, orgue barbare, basse dub, tambours du Bronx et guitares #findumonde : les rêves et les volts, un brin résignés (mid tempo), sont spectaculairement intégrés. _W.P.

de Vetiver (Bella Union / Coop) Troisième album du Vetiver d’Andy Cabic, ce « charme errant » est planant et subtil comme un jour d’été en bord de mer : brise de voix endormie par la réverb’, guitares slide jouant les mouettes, échos en vagues atmosphériques. La sieste vire doucement flânerie, passant d’un rythme de tortue acoustique à une beatbox vintage qui presse le pas, de la sèche d’étudiant de Berkeley au flanger des yuppies 80s, de pérégrinations soft-rock (ce Hard to Break solaire que des Shins sous weed ne renieraient pas), aux entrelacs de guitares Byrdiennes, s’accélérant Velvet. Finish sur un nuage, promenade achevée, le charme a opéré. _W.P.

WALK THE RIVER

de Guillemots (Polydor) Accompagné d’un guitariste brésilien, d’un batteur écossais et d’un bassiste canadien, le chanteur Fyfe Dangerfield continue ses patchworks pop avec ses Guillemots, drôles d’oiseaux découverts en 2006 avec Through the Windowpane, un premier album riche en loopings mélodiques. Après un second disque décevant (Red), et un superbe solo de Dangerfield (Fly Yellow Moon) qui a tapé dans l’oreille de Paul McCartney, le quatuor livre un troisième effort plus calme et acoustique. Dans un écrin d’arrangements soyeux, le chanteur-pianiste fait virevolter sa voix agile sur ses ballades romantiques et rêveuses. _E.V.

YOU WERE A DICK

de Idaho (Talitres / Differ-ant) En 1993, Jeff Martin et John Berry étaient les rois du slowcore, une sorte de grunge lent noyé de soleil californien. Depuis, Idaho est devenu un quasi one-man band, Jeff continuant profil bas, tournant peu et ne sortant que des disques sple(e)ndides. En 2005, le beau gosse larguait même les grattes pour les claviers. Tristesse et beauté sont restées. Sur ce court album studio (son huitième), c’est toujours la fête du sleep, post coïtum animal fix. On y retrouve ce narcissisme assommé où se mêlent Van Gogh, Vanité et vahinés, haïkus, épitaphe et Nymphéas de Monet. Une séduction en creux où il fait bon se lover. _S.Fe.

Regarde-moi

DRÔLE DE SITUATION (1997/2011) de Julien Baer

(Universal Classics) À 47 ans, l’homme est dans une « drôle de situation » : il a patiemment sorti quatre disques divins et roulé sa bosse pour les ondes de Nova, mais il demeure «  roi de l’underground  ». Seul en sa démerde, comme une île invisible… La faute probablement à une nature discrète, à l’opposé de son petit frère Édouard. La faute aussi à des arrangements trop riches – sixties, electro, soul, funk, maliens –, à des airs trop lunaires chaloupés Schweppes rondelle, entre aquoibonisme et Ultra moderne solitude. La chance aux chansons quoi. Beauté du zeste, ce best-of en recueille quinze et y ajoute quatre inédits. L’absolu(te) béguin(ner). _S.Fe.

Retrouvez notre playlist sur

de Zaza Fournier (Warner) Après un premier essai un peu trop calibré girly, la rousse Zaza poursuit son chemin avec cet album impeccablement coproduit par Jack Lahana (Areski Belkacem) et le talentueux Rob (claviériste du groupe Phoenix et auteur de la superbe bande originale de Belle Épine). Cultivant un goût pour la belle époque (accordéon et orgue à boutons) et une voix gouailleuse façon cabaret, Zaza continue de chanter son amour pour les garçons à coups de mélodies pop et enrichit son univers fantaisiste de pointes de gravité bienvenues (Maman, 15 ans…). Vivement le prochain coup d’œil de Zaza dans le rétro. _ L.T.

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CDTHÈQUE

6

ALBUMS La sélection de la rédaction THE ERRANT CHARM

© DR

GO TELL FIRE TO THE MOUNTAIN

Entrez dans le rêve

Un peu somnambule, un peu funambule, la pop hypnagogique de l’Américain WASHED OUT est aussi ambigüe et fascinante qu’un dancefloor au ralenti. Baignade non surveillée. _Par Wilfried Paris

Ernest Greene s’est levé à 6h et, après une journée de promo, il a la main qui tremblote autour de son énième Red Bull. Il est rincé. Ça tombe bien : son projet Washed Out est celui pour qui l’expression « hypnagogic pop » a été inventée par le critique David Keenan (The Wire), au moment de chroniquer le EP Leisure Life (2009), petite merveille homemade de romantisme psyché qui noyait la pop synthétique des 80s et la balearic dance des 90s sous les delays, filtrant la mémoire collective pour lui donner la texture du jour. Pionnier aérien de la chillwave, Washed Out a mis deux ans à procrastiner un premier album produit dans la réaction : « Je ne voulais pas faire l’album prototypique de la chillwave. Cela m’a donné envie d’éviter les clichés du genre, notamment les références à la synth pop des eighties, ces synthétiseurs analogiques comme le Roland Juno, que 90% des groupes chillwave utilisent. D’autres musiciens, comme Ford & Lopatin, ont upgradé ces références bien mieux que je ne l’aurais fait, même si leur approche est plus ironique. Mon attachement à cette musique a toujours été sincère. »

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« J’adore les films de Terrence Malick. Je les trouve tellement… doux. » Encore un peu hébété par le succès qui l’a surpris à l’orée d’une carrière de professeur de littérature, Ernest Greene explique timidement que ses chansons parlent du « destin » et ne craint pas de les définir comme « sentimentales ». En jouant avec sa bague de jeune marié, il raconte : « J’adore les films de Terrence Malick. Je les trouve tellement… doux. J’ai l’espoir que mes chansons puissent apporter aux gens le même genre de sentiments. » Pour ce faire, Greene a apporté ses disques durs à Ben Allen (coproducteur de Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective et Halcyon Digest de Deerhunter), qui a su affiner et nuancer le son de Washed Out, cette dream pop à la fois puissamment naïve et extrêmement consciente des objets de sa nostalgie. Whithin Without You magnifie cette ambigüité, en dix plages vibrantes et lointaines, extatiques et mélancoliques, entre douceur de la voix et reliefs des effets : « Je ne voulais pas d’un album dance, ni d’un album indie. J’ai essayé de me placer entre ces deux pôles, en enregistrant des arrangements acoustiques de piano, de cordes, de manière à ce qu’il n’y ait jamais de moment où les beats sont assez forts pour en faire de la dance music. » Ce  fragile équilibre maintient l’attention, entre flottement et sidération, et sera parfait pour longer le bord de plage cet été. Juste le bord. ◆ Whithin Without You de Washed Out Label : Domino / Pias Sortie : 11 juillet

de WU LYF (LYF Recordings / Pias) Buzz des twittos en colère, les Mancuniens cagoulés World Unite Lucifer Youth Foundation (WU LYF) font commerce de la vague d’indignation européenne à coups de vidéos YouTube black-block-busters où des casseurs à capuches pillent des H&M, de silence radio (no interviews ou presque) et de compos un peu essoufflées, où un braillard à l’indécryptable accent brouille des messages open source (« No matter what they say / Dollar is not your friend »). Église désaffectée, orgue barbare, basse dub, tambours du Bronx et guitares #findumonde : les rêves et les volts, un brin résignés (mid tempo), sont spectaculairement intégrés. _W.P.

de Vetiver (Bella Union / Coop) Troisième album du Vetiver d’Andy Cabic, ce « charme errant » est planant et subtil comme un jour d’été en bord de mer : brise de voix endormie par la réverb’, guitares slide jouant les mouettes, échos en vagues atmosphériques. La sieste vire doucement flânerie, passant d’un rythme de tortue acoustique à une beatbox vintage qui presse le pas, de la sèche d’étudiant de Berkeley au flanger des yuppies 80s, de pérégrinations soft-rock (ce Hard to Break solaire que des Shins sous weed ne renieraient pas), aux entrelacs de guitares Byrdiennes, s’accélérant Velvet. Finish sur un nuage, promenade achevée, le charme a opéré. _W.P.

WALK THE RIVER

de Guillemots (Polydor) Accompagné d’un guitariste brésilien, d’un batteur écossais et d’un bassiste canadien, le chanteur Fyfe Dangerfield continue ses patchworks pop avec ses Guillemots, drôles d’oiseaux découverts en 2006 avec Through the Windowpane, un premier album riche en loopings mélodiques. Après un second disque décevant (Red), et un superbe solo de Dangerfield (Fly Yellow Moon) qui a tapé dans l’oreille de Paul McCartney, le quatuor livre un troisième effort plus calme et acoustique. Dans un écrin d’arrangements soyeux, le chanteur-pianiste fait virevolter sa voix agile sur ses ballades romantiques et rêveuses. _E.V.

YOU WERE A DICK

de Idaho (Talitres / Differ-ant) En 1993, Jeff Martin et John Berry étaient les rois du slowcore, une sorte de grunge lent noyé de soleil californien. Depuis, Idaho est devenu un quasi one-man band, Jeff continuant profil bas, tournant peu et ne sortant que des disques sple(e)ndides. En 2005, le beau gosse larguait même les grattes pour les claviers. Tristesse et beauté sont restées. Sur ce court album studio (son huitième), c’est toujours la fête du sleep, post coïtum animal fix. On y retrouve ce narcissisme assommé où se mêlent Van Gogh, Vanité et vahinés, haïkus, épitaphe et Nymphéas de Monet. Une séduction en creux où il fait bon se lover. _S.Fe.

Regarde-moi

DRÔLE DE SITUATION (1997/2011) de Julien Baer

(Universal Classics) À 47 ans, l’homme est dans une « drôle de situation » : il a patiemment sorti quatre disques divins et roulé sa bosse pour les ondes de Nova, mais il demeure «  roi de l’underground  ». Seul en sa démerde, comme une île invisible… La faute probablement à une nature discrète, à l’opposé de son petit frère Édouard. La faute aussi à des arrangements trop riches – sixties, electro, soul, funk, maliens –, à des airs trop lunaires chaloupés Schweppes rondelle, entre aquoibonisme et Ultra moderne solitude. La chance aux chansons quoi. Beauté du zeste, ce best-of en recueille quinze et y ajoute quatre inédits. L’absolu(te) béguin(ner). _S.Fe.

Retrouvez notre playlist sur

de Zaza Fournier (Warner) Après un premier essai un peu trop calibré girly, la rousse Zaza poursuit son chemin avec cet album impeccablement coproduit par Jack Lahana (Areski Belkacem) et le talentueux Rob (claviériste du groupe Phoenix et auteur de la superbe bande originale de Belle Épine). Cultivant un goût pour la belle époque (accordéon et orgue à boutons) et une voix gouailleuse façon cabaret, Zaza continue de chanter son amour pour les garçons à coups de mélodies pop et enrichit son univers fantaisiste de pointes de gravité bienvenues (Maman, 15 ans…). Vivement le prochain coup d’œil de Zaza dans le rétro. _ L.T.

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© Dupuis

BDTHÈQUE Nouveau western

En abandonnant les couleurs d’origine pour un noir et blanc inventif, Dupuis réédite dans toute leur splendeur les aventures du cow-boy Jerry Spring, et rappelle la place d’honneur tenue par leur auteur : JIJÉ. _Par Joseph Ghosn (www.gqmagazine.fr)

Le passé ouvre parfois de belles perspectives vers un avenir insoupçonné. Pour s’en rendre compte, il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder attentivement. C’est exactement ce que propose la réédition intégrale des aventures de Jerry Spring, héros western qui a fait les beaux jours du journal Spirou dans les années 1960, avant de servir de modèle pour l’autre grand héros de la BD du Far West : Blueberry.

Longtemps oublié, Jerry Spring ressurgit donc, mais dépareillé de ses couleurs – Dupuis ayant choisi d’esquiver le problème de restauration des teintes d’époque. Le noir et blanc permet dès lors de saisir l’absolue profondeur graphique et narrative de la série, de mesurer la clarté des personnages de Jijé, l’expressivité de leurs visages comme taillés à la serpe, le beau minimalisme de ses compositions. Bref, si cette BD sortait aujourd’hui à l’Association, on crierait au génie. La façon dont Jijé fait évoluer ses personnages prend, dans ce troisième volume, une dimension inédite alliant picaresque et pensée sociale (en direction des Indiens) notamment dans les beaux récits La  Route de Coronado (cosigné Jean Giraud, alors assistant de Jijé) et El Zopilote. Se cristallisent à la fois le savoirfaire de l’école Spirou et une puissance formelle extrêmement si ng u l ière, qu i résonne encore aujourd’hui chez les plus habiles auteurs de 2011. ◆ Jerry Spring, l’intégrale tome 3 de Jijé Éditeur : Dupuis Sortie : déjà disponible

3 BANDES DESSINÉES L’HISTOIRE SECRÈTE DU GÉANT de Matt Kindt (Futuropolis)

L’Américain Matt Kindt a habitué ses lecteurs à des romans graphiques complexes mais fluides, avec un penchant pour les périodes de guerre. Nostalgie ou curiosité d’historien contrarié ? Toujours est-il qu’il parvient ici encore à jongler avec la façon de raconter une histoire en penchant vers le fantastique et l’insolite.

88

juin 2011

_Par J.Gh.

AVIGNON

de Willem (Cornélius) Cet ouvrage rassemble tous les dessins réalisés par Willem durant le Festival d’Avignon depuis plus de dix ans. Rehaussés en couleurs, ces croquis prennent ici un sens terrifiant : ils ne parlent pas tant d’Avignon que du regard de Willem, qui décèle dans toute chose une part de folie.

LOMAX, COLLECTEURS DE FOLK SONGS

de Frantz Duchazeau (Dargaud)

Alan Lomax, et son père avant lui, a contribué à la préservation de centaines de chansons folk et blues à travers le XXe siècle. Duchazeau trace la biographie de cet homme avec un style noir et blanc qui évoque le travail de Crumb, qui lui aussi tentait de faire vivre la musique en la dessinant.

www.mk2.com

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BDTHÈQUE Nouveau western

En abandonnant les couleurs d’origine pour un noir et blanc inventif, Dupuis réédite dans toute leur splendeur les aventures du cow-boy Jerry Spring, et rappelle la place d’honneur tenue par leur auteur : JIJÉ. _Par Joseph Ghosn (www.gqmagazine.fr)

Le passé ouvre parfois de belles perspectives vers un avenir insoupçonné. Pour s’en rendre compte, il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder attentivement. C’est exactement ce que propose la réédition intégrale des aventures de Jerry Spring, héros western qui a fait les beaux jours du journal Spirou dans les années 1960, avant de servir de modèle pour l’autre grand héros de la BD du Far West : Blueberry.

Longtemps oublié, Jerry Spring ressurgit donc, mais dépareillé de ses couleurs – Dupuis ayant choisi d’esquiver le problème de restauration des teintes d’époque. Le noir et blanc permet dès lors de saisir l’absolue profondeur graphique et narrative de la série, de mesurer la clarté des personnages de Jijé, l’expressivité de leurs visages comme taillés à la serpe, le beau minimalisme de ses compositions. Bref, si cette BD sortait aujourd’hui à l’Association, on crierait au génie. La façon dont Jijé fait évoluer ses personnages prend, dans ce troisième volume, une dimension inédite alliant picaresque et pensée sociale (en direction des Indiens) notamment dans les beaux récits La  Route de Coronado (cosigné Jean Giraud, alors assistant de Jijé) et El Zopilote. Se cristallisent à la fois le savoirfaire de l’école Spirou et une puissance formelle extrêmement si ng u l ière, qu i résonne encore aujourd’hui chez les plus habiles auteurs de 2011. ◆ Jerry Spring, l’intégrale tome 3 de Jijé Éditeur : Dupuis Sortie : déjà disponible

3 BANDES DESSINÉES L’HISTOIRE SECRÈTE DU GÉANT de Matt Kindt (Futuropolis)

L’Américain Matt Kindt a habitué ses lecteurs à des romans graphiques complexes mais fluides, avec un penchant pour les périodes de guerre. Nostalgie ou curiosité d’historien contrarié ? Toujours est-il qu’il parvient ici encore à jongler avec la façon de raconter une histoire en penchant vers le fantastique et l’insolite.

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_Par J.Gh.

AVIGNON

de Willem (Cornélius) Cet ouvrage rassemble tous les dessins réalisés par Willem durant le Festival d’Avignon depuis plus de dix ans. Rehaussés en couleurs, ces croquis prennent ici un sens terrifiant : ils ne parlent pas tant d’Avignon que du regard de Willem, qui décèle dans toute chose une part de folie.

LOMAX, COLLECTEURS DE FOLK SONGS

de Frantz Duchazeau (Dargaud)

Alan Lomax, et son père avant lui, a contribué à la préservation de centaines de chansons folk et blues à travers le XXe siècle. Duchazeau trace la biographie de cet homme avec un style noir et blanc qui évoque le travail de Crumb, qui lui aussi tentait de faire vivre la musique en la dessinant.

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LIVRES

qui s’y passait avait fait de moi une sorte de légende vivante », raconte-t-il dans son autobiographie), avant de se tourner vers la presse pour enfants, puis de partir à l’assaut de l’Amérique. Là, il est embauché par Vanity Fair et dev ient célèbre : les journau x lui commandent des feuilletons, ses pièces sont montées à Broadway. Il invente bientôt le fameux Jeeves, parfait majordome anglais, poli et industrieux, irremplaçable pour sauver son maître des catastrophes où il se fourre… Un succès qui donne des ailes à ce bourreau de travail, qui en soixante ans publiera 43 romans, plus de 200 nouvelles et des milliers d’articles.

Le patriarche du gag On n’a décidément jamais fini de rire avec P.G. WODEHOUSE. Du Hollywood des années 1930 aux gazons soignés des terrains de golf, c’est la quintessence de l’humour british qu’il nous offre. _Par Bernard Quiriny

C’est le père spirituel de tous les humoristes anglais, le totem de l’understatement. De David Baddiel à Joseph Connolly, tous les auteurs comiques d’aujourd’hui le vénèrent comme un dieu. « Il n’y a que deux sortes de lecteurs de Wodehouse, résumait un critique britannique : ceux qui l’adorent et ceux qui ne l’ont pas encore lu. » Né en 1881, ce rejeton de l’Angleterre victorienne tente d’abord de faire carrière dans la banque (« Ma complète incapacité à me faire une idée de ce

90

La sélection de la rédaction

« Il n’y a que deux sortes de lecteurs de Wodehouse, ceux qui l’adorent et ceux qui ne l’ont pas encore lu. »

© F. Roy Kemp slash Hulton Archive/Getty Images

BIBLIOTHÈQUE

6

juin 2011

Outre les aventures de Jeeves, on lui doit d’innombrables intrigues basées sur le quiproquo. Ainsi d’Au pays du fou rire (Laughing Gas en version originale), roman de 1936 dont les héros sont comme toujours issus de l’aristocratie britannique : Reginald est chargé par sa famille d’aller à Los Angeles récupérer son cousin Egremont, qui mène grand train à Hollywood et menace d’épouser une Américaine. L’affaire se corse quand l’Américaine en question se révèle être une ex de Reggie… puis que celui-ci, lors d’une consultation chez le dentiste, échange miraculeusement son corps avec celui de Joey, un comédienvedette de 12 ans. Comptez cinq gags par page. Si les déboires hollywoodiens de Reginald vous plaisent, vous continuerez le voyage en accompagnant le maître au golf, sport dont il était un fervent adepte et qui lui a inspiré les nouvelles réunies dans Courtes histoires de green (éditions Michel de Maule) et Une partie mixte à trois (éditions Folio). Joueurs fous, tournois délirants, tout y passe avec une maestria comique irrésistible. De  quoi réconcilier les plus rétifs avec ce sport dont G.B. Shaw, qui à la différence de Wodehouse n’a jamais su tenir un club à l’endroit, disait perfidement qu’il est « la meilleure façon de gâcher une promenade ». ◆ Au pays du fou rire de P.G. Wodehouse Éditeur : 10/18 Genre : roman Sortie : 7 juillet

BALTERN

de Patrice Blouin (Gallimard, roman) À Baltern, petit village des Alpes suisses, s’est installée au début des années 1960 une bien curieuse colonie : d’anciens acteurs sur le retour s’y sont retirés pour jouer à jamais leur rôle fétiche, en se comportant dans la vie comme à l’écran. « Imaginez le plaisir, pour l’amateur de film noir, de se faire servir le café par Nancy Ashford, s’emporte le maire. Et quel fan authentique de la conquête de l’Ouest n’a jamais rêvé de ramener un troupeau, à la tombée du soir, en compagnie de Donald Curtis ? » Critique de cinéma, Patrice Blouin offre avec Baltern une comédie étrange et mélancolique, où le cinéma envahit la réalité dans une inversion troublante de l’ordre des choses. _B.Q.

LES PRODUCTEURS

sous la direction de Laurent Creton, Yannick Dehée, Sébastien Layerle et Caroline Moine (Nouveau monde) Ouvrage détonnant dans le champ de la recherche universitaire, Les Producteurs entend combattre la caricature qui entoure ce métier essentiel du cinéma. Nourrie de témoignages précis et d’études chiffrées, l’analyse n’exclut pas la prise en compte de l’imagerie souvent flamboyante liée aux producteurs, ici ramenée à l’exercice de leurs fonctions réelles. L’ouvrage s’attache principalement aux cas français, comme le prouve la dernière partie consacrée à Daniel Toscan du Plantier. La variété des auteurs fait espérer pour ce livre qu’il deviendra ce qu’il aspire à être : un ouvrage de référence sur cette profession.  _Lo.Sé.

L’ENFANT SAUVAGE

de T.C. Boyle (Grasset, roman) François Truffaut en avait tiré en 1970 un film portant le même titre : à la fin du XVIII e siècle, dans une obscure forêt aveyronnaise, des chasseurs découvrent un gamin hirsute, nu et muet, rendu à l’état sauvage – comme un Mowgli avant l’heure. D’abord exhibé comme un phénomène de foire dans les salons parisiens, le petit, baptisé Victor, est finalement pris en charge par un savant éclairé qui tente de l’élever au rang d’homme, envers et contre tous… T.C. Boyle, dont les récents pavés lassaient un peu, retrouve son meilleur niveau avec ce texte bref et captivant, véritable fable sur la notion d’humanité. _B.Q.

L’ASSASSINAT DE LA DAME DE PIQUE de Julien Campredon (Léo Scheer, nouvelles) Pour son troisième recueil de nouvelles, Julien Campredon fait osciller le monde contemporain entre l’antédiluvien et le postapocalyptique : L’Assassinat de la dame de pique assume par l’apologue les figures peu romanesques de la société marketing (le businessman qui pisse sur le monde, l’amant clinquant de Toulouse qui déracine cyniquement la ville personnifiée). Le style amusé traque la lâcheté des personnages, mais le prosaïque est toujours lié de près ou de loin à des récits d’aventure, faisant entrer le lecteur dans un « livre dont vous êtes le héros » par un jeu borgésien d’intertextualités et de mises en abyme. _Lo.Sé.

SCHNOCK

(La Tengo éditions, revue) Naissance ce printemps d’un fringant petit vieux, le bien-nommé Schnock, « la revue des vieux de 27 à 87 ans ». Lancé par Laurence Rémila (Technikart) et Christophe Ernault (alias le chanteur Alister), la revue affiche son goût pour le rétro et le suranné, de la pipe au Petit brun en passant par Eddy Mitchell et Pif gadget. À découvrir également dans ce numéro dodu, un long entretien avec Jean-Pierre Marielle, une tribune de Guy Bedos et une revue culturelle vintage. Guillaume Fédou, Tristan Garcia ou encore Benoît Sabatier figurent au générique des rédacteurs de cette revue bath, à dévorer charentaises aux pieds. _L.T.

L’ART FACE À LA CENSURE

de Thomas Schlesser (Beaux Arts éditions) Nus couverts de chastes feuilles de vignes ou de délicats voilages, art officiel nazi contre « art dégénéré », iconoclasme de la Réforme, scandale du premier baiser cinématographique : cet essai richement illustré, écrit par un historien d’art, professeur et journaliste, regorge d’anecdotes et de documents originaux. De la Renaissance (le célèbre Bûcher des vanités allumé à Florence par Jérôme Savonarole) à aujourd’hui (l’exposition parisienne de Larry Clark interdite aux mineurs), les moyens se sont policés mais révèlent les mêmes tensions séculaires entre artistes et instances religieuses ou étatiques. _J.R.

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LIVRES

qui s’y passait avait fait de moi une sorte de légende vivante », raconte-t-il dans son autobiographie), avant de se tourner vers la presse pour enfants, puis de partir à l’assaut de l’Amérique. Là, il est embauché par Vanity Fair et dev ient célèbre : les journau x lui commandent des feuilletons, ses pièces sont montées à Broadway. Il invente bientôt le fameux Jeeves, parfait majordome anglais, poli et industrieux, irremplaçable pour sauver son maître des catastrophes où il se fourre… Un succès qui donne des ailes à ce bourreau de travail, qui en soixante ans publiera 43 romans, plus de 200 nouvelles et des milliers d’articles.

Le patriarche du gag On n’a décidément jamais fini de rire avec P.G. WODEHOUSE. Du Hollywood des années 1930 aux gazons soignés des terrains de golf, c’est la quintessence de l’humour british qu’il nous offre. _Par Bernard Quiriny

C’est le père spirituel de tous les humoristes anglais, le totem de l’understatement. De David Baddiel à Joseph Connolly, tous les auteurs comiques d’aujourd’hui le vénèrent comme un dieu. « Il n’y a que deux sortes de lecteurs de Wodehouse, résumait un critique britannique : ceux qui l’adorent et ceux qui ne l’ont pas encore lu. » Né en 1881, ce rejeton de l’Angleterre victorienne tente d’abord de faire carrière dans la banque (« Ma complète incapacité à me faire une idée de ce

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La sélection de la rédaction

« Il n’y a que deux sortes de lecteurs de Wodehouse, ceux qui l’adorent et ceux qui ne l’ont pas encore lu. »

© F. Roy Kemp slash Hulton Archive/Getty Images

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juin 2011

Outre les aventures de Jeeves, on lui doit d’innombrables intrigues basées sur le quiproquo. Ainsi d’Au pays du fou rire (Laughing Gas en version originale), roman de 1936 dont les héros sont comme toujours issus de l’aristocratie britannique : Reginald est chargé par sa famille d’aller à Los Angeles récupérer son cousin Egremont, qui mène grand train à Hollywood et menace d’épouser une Américaine. L’affaire se corse quand l’Américaine en question se révèle être une ex de Reggie… puis que celui-ci, lors d’une consultation chez le dentiste, échange miraculeusement son corps avec celui de Joey, un comédienvedette de 12 ans. Comptez cinq gags par page. Si les déboires hollywoodiens de Reginald vous plaisent, vous continuerez le voyage en accompagnant le maître au golf, sport dont il était un fervent adepte et qui lui a inspiré les nouvelles réunies dans Courtes histoires de green (éditions Michel de Maule) et Une partie mixte à trois (éditions Folio). Joueurs fous, tournois délirants, tout y passe avec une maestria comique irrésistible. De  quoi réconcilier les plus rétifs avec ce sport dont G.B. Shaw, qui à la différence de Wodehouse n’a jamais su tenir un club à l’endroit, disait perfidement qu’il est « la meilleure façon de gâcher une promenade ». ◆ Au pays du fou rire de P.G. Wodehouse Éditeur : 10/18 Genre : roman Sortie : 7 juillet

BALTERN

de Patrice Blouin (Gallimard, roman) À Baltern, petit village des Alpes suisses, s’est installée au début des années 1960 une bien curieuse colonie : d’anciens acteurs sur le retour s’y sont retirés pour jouer à jamais leur rôle fétiche, en se comportant dans la vie comme à l’écran. « Imaginez le plaisir, pour l’amateur de film noir, de se faire servir le café par Nancy Ashford, s’emporte le maire. Et quel fan authentique de la conquête de l’Ouest n’a jamais rêvé de ramener un troupeau, à la tombée du soir, en compagnie de Donald Curtis ? » Critique de cinéma, Patrice Blouin offre avec Baltern une comédie étrange et mélancolique, où le cinéma envahit la réalité dans une inversion troublante de l’ordre des choses. _B.Q.

LES PRODUCTEURS

sous la direction de Laurent Creton, Yannick Dehée, Sébastien Layerle et Caroline Moine (Nouveau monde) Ouvrage détonnant dans le champ de la recherche universitaire, Les Producteurs entend combattre la caricature qui entoure ce métier essentiel du cinéma. Nourrie de témoignages précis et d’études chiffrées, l’analyse n’exclut pas la prise en compte de l’imagerie souvent flamboyante liée aux producteurs, ici ramenée à l’exercice de leurs fonctions réelles. L’ouvrage s’attache principalement aux cas français, comme le prouve la dernière partie consacrée à Daniel Toscan du Plantier. La variété des auteurs fait espérer pour ce livre qu’il deviendra ce qu’il aspire à être : un ouvrage de référence sur cette profession.  _Lo.Sé.

L’ENFANT SAUVAGE

de T.C. Boyle (Grasset, roman) François Truffaut en avait tiré en 1970 un film portant le même titre : à la fin du XVIII e siècle, dans une obscure forêt aveyronnaise, des chasseurs découvrent un gamin hirsute, nu et muet, rendu à l’état sauvage – comme un Mowgli avant l’heure. D’abord exhibé comme un phénomène de foire dans les salons parisiens, le petit, baptisé Victor, est finalement pris en charge par un savant éclairé qui tente de l’élever au rang d’homme, envers et contre tous… T.C. Boyle, dont les récents pavés lassaient un peu, retrouve son meilleur niveau avec ce texte bref et captivant, véritable fable sur la notion d’humanité. _B.Q.

L’ASSASSINAT DE LA DAME DE PIQUE de Julien Campredon (Léo Scheer, nouvelles) Pour son troisième recueil de nouvelles, Julien Campredon fait osciller le monde contemporain entre l’antédiluvien et le postapocalyptique : L’Assassinat de la dame de pique assume par l’apologue les figures peu romanesques de la société marketing (le businessman qui pisse sur le monde, l’amant clinquant de Toulouse qui déracine cyniquement la ville personnifiée). Le style amusé traque la lâcheté des personnages, mais le prosaïque est toujours lié de près ou de loin à des récits d’aventure, faisant entrer le lecteur dans un « livre dont vous êtes le héros » par un jeu borgésien d’intertextualités et de mises en abyme. _Lo.Sé.

SCHNOCK

(La Tengo éditions, revue) Naissance ce printemps d’un fringant petit vieux, le bien-nommé Schnock, « la revue des vieux de 27 à 87 ans ». Lancé par Laurence Rémila (Technikart) et Christophe Ernault (alias le chanteur Alister), la revue affiche son goût pour le rétro et le suranné, de la pipe au Petit brun en passant par Eddy Mitchell et Pif gadget. À découvrir également dans ce numéro dodu, un long entretien avec Jean-Pierre Marielle, une tribune de Guy Bedos et une revue culturelle vintage. Guillaume Fédou, Tristan Garcia ou encore Benoît Sabatier figurent au générique des rédacteurs de cette revue bath, à dévorer charentaises aux pieds. _L.T.

L’ART FACE À LA CENSURE

de Thomas Schlesser (Beaux Arts éditions) Nus couverts de chastes feuilles de vignes ou de délicats voilages, art officiel nazi contre « art dégénéré », iconoclasme de la Réforme, scandale du premier baiser cinématographique : cet essai richement illustré, écrit par un historien d’art, professeur et journaliste, regorge d’anecdotes et de documents originaux. De la Renaissance (le célèbre Bûcher des vanités allumé à Florence par Jérôme Savonarole) à aujourd’hui (l’exposition parisienne de Larry Clark interdite aux mineurs), les moyens se sont policés mais révèlent les mêmes tensions séculaires entre artistes et instances religieuses ou étatiques. _J.R.

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ludoTHÈQUE

jeux La sélection de la rédaction _Par E.R.

© DR

À défaut de dragons, le joueur se coltine de bonnes vieilles pestes.

SWEET HEAUME

Il y a trois ans, au fond d’un garage d’Ankara, en Turquie, une poignée de passionnés peaufinaient un jeu médiéval formidable, Mount & Blade. Il ressort aujourd’hui dans une version étendue et francisée. Faites chauffer les catapultes. _Par Étienne Rouillon

Personne n’aurait misé une livre turque sur Mount & Blade, jeu de rôle prenant qui se déroule dans le XIIIe siècle féodal, lorsque le studio TaleWorlds, aussi inconnu qu’indépendant, l’a lancé en 2008. Trois ans plus tard, les écuyers qui y ferraillent régulièrement se comptent pourtant en dizaines de milliers, tandis que les joueurs les plus inventifs se partagent des modds à n’en plus finir (modifications du jeu d’origine : enrichissement graphique, ajout de missions, univers parallèles…). Le studio ne s’est pas endormi sur ses lauriers inattendus, et sort en cette fin de printemps un coffret de deux extensions poids lourd, cette fois traduites en français : Warband et With Fire and Sword – qui transpose le jeu dans l’Europe de l’Est fratricide du XVIIe.

92

juin 2011

Ce succès étonnant tient à un parti pris novateur : au moment où les occurrences médiévales dans le monde du jeu vidéo sont saturées par l’imagerie bulldozer du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, Mount & Blade propose de porter la cotte de mailles sans pour autant devoir affronter gobelins fourbes ou orques dégoutants. Même pas la plus petite once de magie. À défaut de dragons, on se coltine de bonnes vieilles pestes ou des caprices virilistes de champions de l’amour courtois. Accrochés par cette approche à contre-courant, les joueurs auraient pu être douchés par des graphismes tout à fait vilains et des animations venues de la décennie précédente. Pourtant, trois heures plus tard, leur premier village pillé et quelques mercenaires dans leurs sabots, ils n’ont toujours pas lâché la souris… C’est que les artisans de TaleWorlds, conscients de leurs limites techniques alors que le graal du photoréalisme est la quête dispendieuse des studios mastodontes, ont décidé de fidéliser le joueur par la richesse des mécanismes de jeu. Ici, tout n’est qu’affaire de morceaux de bravoure, qui vont écrire la geste chevaleresque de votre héros – un simple serf, capable de se hisser jusqu’au trône. Mount & Blade repose ainsi sur la progression des capacités de votre personnage ; mais, à la différence de nombreux jeux de rôles, il y associe une composante « seigneur de guerre » qui vous oblige à déplacer une armée sur une carte tactique maculée par les affres d’un jeu diplomatique tendu entre plusieurs suzerains. Le tout finissant par se régler à coups de massue lors de prises de châteaux forts qu’on n’avait pas vues aussi héroïques depuis nos batailles de Lego dans les chambres des années 1990. ◆ Mount & Blade : épisodes Warband et With Fire and Storm Genre : RPG / action Éditeur : Paradox Interactive Plateforme : PC

DIRT 3

(Codemasters, sur PC, PS3, X360) Planquez fallacieusement tous les radars que vous voudrez, jamais vous ne pourrez mettre à l’amende les carrosses aux châssis pippa-esques de ce jeu de tires qui se tirent la bourre au cordeau de virages négociés dans tout ce que la planète compte de plus chouette à rallier en rallye. Même moteur graphique soigné que ses prédecesseurs, même vue intérieure immersive et précise – jusqu’à compter les mouches sur le pare-brise – : Dirt 3 fait tout de même mieux que ses aînés. D’abord en ayant enfin intégré le split screen (ce qui permet de jouer à deux sur le même canapé), ensuite en proposant des courses sur pistes enneigées. Mais même sur terrain glissant, Dirt reste droit.

NO MORE HEROES: PARADISE

(Konami, sur PS3) Séquence de rattrapage pour qui aura raté cet ovni sorti sur la Wii de Nintendo. Ode à l’intertextualité et aux références ludiques, No More Heroes: Paradise vous place dans la peau d’un fan de jeux vidéo doué d’un sabre laser qui marche pour de vrai. Cette acquisition va l’opposer à un aréopage d’assassins aérés du ciboulot. Avec l’adaptation sur une console jugée plus mature, le jeu gagne des scènes de combats gore contre des boss barrés ou des leçons de drague crue – cette fois épargnées par la censure. Le tout dans un éparpillement puzzle de nostalgie geek que l’on rassemble sans décrocher.

TALES OF MONKEY ISLAND

(Telltale Games, sur PC) Avant l’envahissant Jack Sparrow, cette fripouille de Threepwood a fait les beaux jours de la piraterie sur écran. En 1990, cet apprenti marin inventait le mot « aventure » dans le monde des frais pixels. Toujours inégalé selon une frange dure des moussaillons du clavier, il préfère se succéder à lui-même depuis deux ans dans une série d’épisodes inédits – ici compilés avec l’argument choc d’un sous-titrage en français attendu, car ces épopées insulaires jouent plus du verbe que de la vergue. Les énigmes fantasques convoquent une bordée de personnages taquins, dont le mythique pirate zombie LeChuck. Ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire des grimaces.

L.A. NOIRE (Rockstar, sur PS3 et X360)

Le début de l’été se jouera sur le bitume brûlant de Californie. Jusqu’à la mi-juillet, le jeu qui a récemment révolutionné le genre de l’enquête policière se verra enrichi d’une série de missions, costumes et challenges additionnels, à télécharger en fonction de la profondeur de ses poches. Ces nouvelles affaires permettront de prolonger la durée de vie du jeu en s’intégrant directement dans l’intrigue principale, qui repose déjà sur une logique d’épisodes. De quoi replonger dans le poisseux des caniveaux souillés par le sang des victimes du Dahlia Noir.

LEGO PIRATES DES CARAÏBES (Disney Interactive, sur tous supports)

Sorte de réponse en direct à la ressortie de Monkey Island canal historique (lire ci-contre), les petits bonshommes jaunes en plastique danois voguent désormais dans le sillage cinématographique des quatre épisodes de Pirates des Caraïbes – après avoir déjà emboité les morceaux de bravoure des sagas Star Wars ou Indiana Jones. Aussi facile à boucler qu’un nœud de lacet, le titre vaut surtout par sa relecture débridée des scènes mythiques, transposées dans un monde où l’on n’a ni genoux ni cou. Grâce à un système de découpage mouvant de l’écran, jouer à deux est tout aussi régalant. Malgré des décors inégaux et une jouabilité qui s’endort sur ses lauriers, ce Lego est carré.

AMY

(Lexis Numérique, sur PlayStation Store) Cocorico, le créateur de jeux vidéo français Paul Cuisset (auteur de Flashback ou de la série Moto Racer) revient avec Amy. Trois lettres qui vont faire grincer les chicots d’angoisse. Une jeune femme doit survivre à une mystérieuse épidémie, protégée par les étranges pouvoirs d’une enfant autiste. Il faudra pour cela respecter une gestion parcimonieuse des kits de survie ou des rares armes repoussant les infectés. Une bonne dose de masochisme ludique devra vous servir de béquille pour tituber jusqu’à l’orée d’un cauchemar digne des plus glaçants numéros de Silent Hill.

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jeux La sélection de la rédaction _Par E.R.

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À défaut de dragons, le joueur se coltine de bonnes vieilles pestes.

SWEET HEAUME

Il y a trois ans, au fond d’un garage d’Ankara, en Turquie, une poignée de passionnés peaufinaient un jeu médiéval formidable, Mount & Blade. Il ressort aujourd’hui dans une version étendue et francisée. Faites chauffer les catapultes. _Par Étienne Rouillon

Personne n’aurait misé une livre turque sur Mount & Blade, jeu de rôle prenant qui se déroule dans le XIIIe siècle féodal, lorsque le studio TaleWorlds, aussi inconnu qu’indépendant, l’a lancé en 2008. Trois ans plus tard, les écuyers qui y ferraillent régulièrement se comptent pourtant en dizaines de milliers, tandis que les joueurs les plus inventifs se partagent des modds à n’en plus finir (modifications du jeu d’origine : enrichissement graphique, ajout de missions, univers parallèles…). Le studio ne s’est pas endormi sur ses lauriers inattendus, et sort en cette fin de printemps un coffret de deux extensions poids lourd, cette fois traduites en français : Warband et With Fire and Sword – qui transpose le jeu dans l’Europe de l’Est fratricide du XVIIe.

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juin 2011

Ce succès étonnant tient à un parti pris novateur : au moment où les occurrences médiévales dans le monde du jeu vidéo sont saturées par l’imagerie bulldozer du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, Mount & Blade propose de porter la cotte de mailles sans pour autant devoir affronter gobelins fourbes ou orques dégoutants. Même pas la plus petite once de magie. À défaut de dragons, on se coltine de bonnes vieilles pestes ou des caprices virilistes de champions de l’amour courtois. Accrochés par cette approche à contre-courant, les joueurs auraient pu être douchés par des graphismes tout à fait vilains et des animations venues de la décennie précédente. Pourtant, trois heures plus tard, leur premier village pillé et quelques mercenaires dans leurs sabots, ils n’ont toujours pas lâché la souris… C’est que les artisans de TaleWorlds, conscients de leurs limites techniques alors que le graal du photoréalisme est la quête dispendieuse des studios mastodontes, ont décidé de fidéliser le joueur par la richesse des mécanismes de jeu. Ici, tout n’est qu’affaire de morceaux de bravoure, qui vont écrire la geste chevaleresque de votre héros – un simple serf, capable de se hisser jusqu’au trône. Mount & Blade repose ainsi sur la progression des capacités de votre personnage ; mais, à la différence de nombreux jeux de rôles, il y associe une composante « seigneur de guerre » qui vous oblige à déplacer une armée sur une carte tactique maculée par les affres d’un jeu diplomatique tendu entre plusieurs suzerains. Le tout finissant par se régler à coups de massue lors de prises de châteaux forts qu’on n’avait pas vues aussi héroïques depuis nos batailles de Lego dans les chambres des années 1990. ◆ Mount & Blade : épisodes Warband et With Fire and Storm Genre : RPG / action Éditeur : Paradox Interactive Plateforme : PC

DIRT 3

(Codemasters, sur PC, PS3, X360) Planquez fallacieusement tous les radars que vous voudrez, jamais vous ne pourrez mettre à l’amende les carrosses aux châssis pippa-esques de ce jeu de tires qui se tirent la bourre au cordeau de virages négociés dans tout ce que la planète compte de plus chouette à rallier en rallye. Même moteur graphique soigné que ses prédecesseurs, même vue intérieure immersive et précise – jusqu’à compter les mouches sur le pare-brise – : Dirt 3 fait tout de même mieux que ses aînés. D’abord en ayant enfin intégré le split screen (ce qui permet de jouer à deux sur le même canapé), ensuite en proposant des courses sur pistes enneigées. Mais même sur terrain glissant, Dirt reste droit.

NO MORE HEROES: PARADISE

(Konami, sur PS3) Séquence de rattrapage pour qui aura raté cet ovni sorti sur la Wii de Nintendo. Ode à l’intertextualité et aux références ludiques, No More Heroes: Paradise vous place dans la peau d’un fan de jeux vidéo doué d’un sabre laser qui marche pour de vrai. Cette acquisition va l’opposer à un aréopage d’assassins aérés du ciboulot. Avec l’adaptation sur une console jugée plus mature, le jeu gagne des scènes de combats gore contre des boss barrés ou des leçons de drague crue – cette fois épargnées par la censure. Le tout dans un éparpillement puzzle de nostalgie geek que l’on rassemble sans décrocher.

TALES OF MONKEY ISLAND

(Telltale Games, sur PC) Avant l’envahissant Jack Sparrow, cette fripouille de Threepwood a fait les beaux jours de la piraterie sur écran. En 1990, cet apprenti marin inventait le mot « aventure » dans le monde des frais pixels. Toujours inégalé selon une frange dure des moussaillons du clavier, il préfère se succéder à lui-même depuis deux ans dans une série d’épisodes inédits – ici compilés avec l’argument choc d’un sous-titrage en français attendu, car ces épopées insulaires jouent plus du verbe que de la vergue. Les énigmes fantasques convoquent une bordée de personnages taquins, dont le mythique pirate zombie LeChuck. Ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire des grimaces.

L.A. NOIRE (Rockstar, sur PS3 et X360)

Le début de l’été se jouera sur le bitume brûlant de Californie. Jusqu’à la mi-juillet, le jeu qui a récemment révolutionné le genre de l’enquête policière se verra enrichi d’une série de missions, costumes et challenges additionnels, à télécharger en fonction de la profondeur de ses poches. Ces nouvelles affaires permettront de prolonger la durée de vie du jeu en s’intégrant directement dans l’intrigue principale, qui repose déjà sur une logique d’épisodes. De quoi replonger dans le poisseux des caniveaux souillés par le sang des victimes du Dahlia Noir.

LEGO PIRATES DES CARAÏBES (Disney Interactive, sur tous supports)

Sorte de réponse en direct à la ressortie de Monkey Island canal historique (lire ci-contre), les petits bonshommes jaunes en plastique danois voguent désormais dans le sillage cinématographique des quatre épisodes de Pirates des Caraïbes – après avoir déjà emboité les morceaux de bravoure des sagas Star Wars ou Indiana Jones. Aussi facile à boucler qu’un nœud de lacet, le titre vaut surtout par sa relecture débridée des scènes mythiques, transposées dans un monde où l’on n’a ni genoux ni cou. Grâce à un système de découpage mouvant de l’écran, jouer à deux est tout aussi régalant. Malgré des décors inégaux et une jouabilité qui s’endort sur ses lauriers, ce Lego est carré.

AMY

(Lexis Numérique, sur PlayStation Store) Cocorico, le créateur de jeux vidéo français Paul Cuisset (auteur de Flashback ou de la série Moto Racer) revient avec Amy. Trois lettres qui vont faire grincer les chicots d’angoisse. Une jeune femme doit survivre à une mystérieuse épidémie, protégée par les étranges pouvoirs d’une enfant autiste. Il faudra pour cela respecter une gestion parcimonieuse des kits de survie ou des rares armes repoussant les infectés. Une bonne dose de masochisme ludique devra vous servir de béquille pour tituber jusqu’à l’orée d’un cauchemar digne des plus glaçants numéros de Silent Hill.

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LE GUIDE

SORTIES EN VILLE CONCERTS EXPOS SPECTACLES RESTOS

© DR

96

© David Rager

106

© Jane Evelyn Atwood

© Anne Deniau - Opéra de Paris

FESTIVAL-CLUBBING / ART CONTEMPORAIN-PHOTOGRAPHIE / THÉÂTRE-DANSE / LE CHEF

102

98

SORTIES EN SALLES CINÉMA

94

juin 2011

©

118

122

120

114

© Carole Bethuel

© MK2 Diffusion

© SDN

DU 15 juin AU 19 JUIllet 

www.mk2.com

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DU 15 juin AU 19 JUIllet 

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SORTIES EN VILLE CONCERTS

Electrelane

L’AGENDA _Par W.P. et V.S.

Le warm up des 15 ans de Versatile Avant l’anniversaire du label français aussi exigeant que dansant (Joakim, Zombie Zombie), cette soirée réunira I:Cube, son comparse de Château Flight, Gilb’r, et Sebastian Kahrs, DJ résident au club Robert Johnson de Francfort. Versatile, mais fiable. Le 18 juin au Rex Club, dès minuit, 15 €

Mute Nights Le label britannique, qui marie musiques électroniques et pop expérimentale depuis 1978, organise sa première soirée à Paris. Trois des nouvelles signatures maison – Beth Jeans Houghton, Big Deal et S.C.U.M. – seront de la party. Indie.

I’m From Barcelona

A TIV ES

F

TEMPS LIBRE

WU Lyf

© DR

S AY D L

Le 29 juin à la Flèche d’or, dès 19h30, prix n.c.

F OF

Le mystère le mieux auto-entretenu du Net déboule bille en tête avec un premier album vindicatif (guitares Godspeed, transe Manchester). Après un set furibond aux dernières Transmusicales, le buzz tombe les capuches à Paris. Le 29 juin au Point éphémère, dès 20h, 18 €

La Java des Balkans Marre des dernières vagues de la french touch 3.0 ? Cette fiesta, qui mélange le rock aux répertoires klezmer et balkanique, retournera vos habitudes de danse. Un groupe live, et des DJs amateurs de fanfares gypsy punk et d’electro tzigane vous feront guincher.

FESTIVAL Days Of f, du 30 juin au 10 juillet à la Cité de la musique et salle Pleyel, avec Cat Power, Étienne Daho, Christophe, Metronomy, Fleet Foxes…, w w w.daysof f.fr

Le 30 juin à la Java, dès 19h, gratuit avant 21h, puis 5 €

La deuxième édition du festival Days Off, répartie entre la Villette et la salle Pleyel, conforte le parti pris original de ce festival tourné vers la création et les rencontres inédites. Têtes d’affiches à plusieurs têtes pour RTT estivales. _Par Wilfried Paris

Quand les festivals estivaux multiplient les scènes en concerts express pour déambulations sous houblon, le rendez-vous parisien Days Off propose au contraire de faire un pas de côté en réunissant plusieurs artistes lors de soirées thématiques inédites. Après un concert hommage au Let It Be des Beatles en 2010, la soirée Jacno Future associera cet été un impressionnant casting transgénérationnel d’amoureux solitaires (Dominique A, Benjamin Biolay, Alexandre Chatelard, Chateau Marmont, Christophe, Étienne Daho, Brigitte Fontaine, Arthur  H, Jacques Higelin, Miossec…), main dans la main pour un hommage live au fondateur des Stinky Toys et fleuron de la synth pop française. De même, The Hot Rats (Gaz Coombes et Danny Goffey de Supergrass), Nigel Godrich (producteur de 96

juin 2011

Radiohead), Colin Greenwood (Radiohead) et Nicolas Godin (Air) seront réunis le 7 juillet pour explorer l’univers musical conçu par Lou Reed et John Cale da ns les années 1960, lors d ’une soirée Velvet Underground Revisited qui fait rêver. Parmi les autres « créations », citons les rencontres du Norvégien Thomas Dybdahl et du Suédois Peter Von Poehl avec l’Orchestre national d’Ile-de-France, dans l’écrin à cordes et vents de la salle Pleyel; ou le montage musique et vidéo de l’Islandais Bardi Johannsson. D’autres belles têtes se partageront l’affiche d’un festival étendu sur dix soirées et autant de croisements musicaux : la weird pop de Metronomy, les irisations psychédéliques de Tame Impala et le petit brin de voix de Soko, les hippies Fleet Foxes et le troubadour Villagers, la pop à facettes de The Dø et la transe rock’n’roll de The Legendary Tigerman, ou encore Jeanne Moreau et Étienne Daho interprétant Le Condamné à mort de Jean Genet. Enfin, LA tête d’affiche, reine d’un soir, date unique, ce sera Cat Power, qu’on ne présente plus. Il fallait suivre. ◆

Arnaud Fleurent-Didier Mariant l’âme câline de Polnareff à l’âme latine de Battisti, AFD reproduit sa Reproduction, avec différences et répétitions, en tournée des plages et des théâtres. Celui des Bouffes du Nord servira son fameux Risotto aux courgettes, entre autres mets de bouche. Le 7 juillet aux Bouffes du Nord, dès 20h, 29 €

TV On The Radio Entre la peine d’avoir perdu un membre (le bassiste Gerard Smith, décédé en avril) et la joie d’un nouvel album, Nine Types Of Light, le concert des New-Yorkais « art rock » s’annonce clair-obscur et métissé. Le 13 juillet à l’Olympia, dès 20h, 33 €

Electrelane Le quatuor féminin le plus électrisant du monde se reforme, après quatre albums et un hiatus d’autant d’années. Mélopées derviches, claviers spiralés, batterie Albini et guitares aiguisées en sont les points cardinaux. Bon vent. Le 22 juillet à la plage de Glazart, dès 19h, 29,60 €

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SORTIES EN VILLE CONCERTS

Electrelane

L’AGENDA _Par W.P. et V.S.

Le warm up des 15 ans de Versatile Avant l’anniversaire du label français aussi exigeant que dansant (Joakim, Zombie Zombie), cette soirée réunira I:Cube, son comparse de Château Flight, Gilb’r, et Sebastian Kahrs, DJ résident au club Robert Johnson de Francfort. Versatile, mais fiable. Le 18 juin au Rex Club, dès minuit, 15 €

Mute Nights Le label britannique, qui marie musiques électroniques et pop expérimentale depuis 1978, organise sa première soirée à Paris. Trois des nouvelles signatures maison – Beth Jeans Houghton, Big Deal et S.C.U.M. – seront de la party. Indie.

I’m From Barcelona

A TIV ES

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TEMPS LIBRE

WU Lyf

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S AY D L

Le 29 juin à la Flèche d’or, dès 19h30, prix n.c.

F OF

Le mystère le mieux auto-entretenu du Net déboule bille en tête avec un premier album vindicatif (guitares Godspeed, transe Manchester). Après un set furibond aux dernières Transmusicales, le buzz tombe les capuches à Paris. Le 29 juin au Point éphémère, dès 20h, 18 €

La Java des Balkans Marre des dernières vagues de la french touch 3.0 ? Cette fiesta, qui mélange le rock aux répertoires klezmer et balkanique, retournera vos habitudes de danse. Un groupe live, et des DJs amateurs de fanfares gypsy punk et d’electro tzigane vous feront guincher.

FESTIVAL Days Of f, du 30 juin au 10 juillet à la Cité de la musique et salle Pleyel, avec Cat Power, Étienne Daho, Christophe, Metronomy, Fleet Foxes…, w w w.daysof f.fr

Le 30 juin à la Java, dès 19h, gratuit avant 21h, puis 5 €

La deuxième édition du festival Days Off, répartie entre la Villette et la salle Pleyel, conforte le parti pris original de ce festival tourné vers la création et les rencontres inédites. Têtes d’affiches à plusieurs têtes pour RTT estivales. _Par Wilfried Paris

Quand les festivals estivaux multiplient les scènes en concerts express pour déambulations sous houblon, le rendez-vous parisien Days Off propose au contraire de faire un pas de côté en réunissant plusieurs artistes lors de soirées thématiques inédites. Après un concert hommage au Let It Be des Beatles en 2010, la soirée Jacno Future associera cet été un impressionnant casting transgénérationnel d’amoureux solitaires (Dominique A, Benjamin Biolay, Alexandre Chatelard, Chateau Marmont, Christophe, Étienne Daho, Brigitte Fontaine, Arthur  H, Jacques Higelin, Miossec…), main dans la main pour un hommage live au fondateur des Stinky Toys et fleuron de la synth pop française. De même, The Hot Rats (Gaz Coombes et Danny Goffey de Supergrass), Nigel Godrich (producteur de 96

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Radiohead), Colin Greenwood (Radiohead) et Nicolas Godin (Air) seront réunis le 7 juillet pour explorer l’univers musical conçu par Lou Reed et John Cale da ns les années 1960, lors d ’une soirée Velvet Underground Revisited qui fait rêver. Parmi les autres « créations », citons les rencontres du Norvégien Thomas Dybdahl et du Suédois Peter Von Poehl avec l’Orchestre national d’Ile-de-France, dans l’écrin à cordes et vents de la salle Pleyel; ou le montage musique et vidéo de l’Islandais Bardi Johannsson. D’autres belles têtes se partageront l’affiche d’un festival étendu sur dix soirées et autant de croisements musicaux : la weird pop de Metronomy, les irisations psychédéliques de Tame Impala et le petit brin de voix de Soko, les hippies Fleet Foxes et le troubadour Villagers, la pop à facettes de The Dø et la transe rock’n’roll de The Legendary Tigerman, ou encore Jeanne Moreau et Étienne Daho interprétant Le Condamné à mort de Jean Genet. Enfin, LA tête d’affiche, reine d’un soir, date unique, ce sera Cat Power, qu’on ne présente plus. Il fallait suivre. ◆

Arnaud Fleurent-Didier Mariant l’âme câline de Polnareff à l’âme latine de Battisti, AFD reproduit sa Reproduction, avec différences et répétitions, en tournée des plages et des théâtres. Celui des Bouffes du Nord servira son fameux Risotto aux courgettes, entre autres mets de bouche. Le 7 juillet aux Bouffes du Nord, dès 20h, 29 €

TV On The Radio Entre la peine d’avoir perdu un membre (le bassiste Gerard Smith, décédé en avril) et la joie d’un nouvel album, Nine Types Of Light, le concert des New-Yorkais « art rock » s’annonce clair-obscur et métissé. Le 13 juillet à l’Olympia, dès 20h, 33 €

Electrelane Le quatuor féminin le plus électrisant du monde se reforme, après quatre albums et un hiatus d’autant d’années. Mélopées derviches, claviers spiralés, batterie Albini et guitares aiguisées en sont les points cardinaux. Bon vent. Le 22 juillet à la plage de Glazart, dès 19h, 29,60 €

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SORTIES EN VILLE CONCERTS

© Gregory Moricet

L’OREILLE DE…

Da Brasilians, musiciens « Étant originaires de Saint-Lô, nous sommes ravis de jouer presque à domicile au festival Beauregard, près de Caen. On passera à 2h30 du matin, après des mastodontes comme ZZ Top et Stromae, donc on n’a pas grand-chose à perdre. D’ailleurs, voir la réaction du public à une heure pareille risque d’être assez marrant. Pour l’instant on n’a rien prévu, notre concert sera spontané, en toute décontraction et convivialité. On s’accordera des moments de liberté dans notre set, pour pousser nos morceaux plus longtemps. Dans tous les cas, on ne cherchera pas à jouer le même jeu que les têtes d’affiche comme Katerine, Anna Calvi ou Patrice. Éventuellement un rappel en hélicoptère à 3h30… » _Propos recueillis par A.F.

© David Rager

Da Brasilians, le 2 juillet au festival Beauregard, dès 2h30 Da Brasilians de Da Brasilians (Underdog Records)

La Candelaria

LES NUITS DE…

MÉLODIES EN SOUS-SOL CLUBBING

S’engouffrant dans la tendance des bars en soussols et autres recoins sombres dignes de la prohibit ion de l’A mér ique de s a n né e s 19 2 0 , la Candelaria marie dégustation de tacos, cocktails étonnants et new wave pointue dans une salle secrète à l’éclairage favela. Allez-y avant qu’elle n’ait pignon sur rue. _Par Violaine Schütz

C’est la tendance lourde depuis quelques mois à New York et surtout à Londres : le bar « clandestin ». Comme à l’époque de la prohibition, ces clubs éphémères servent des cocktails dans un lieu tenu secret, connu seulement de quelques initiés. À l’intérieur, l’atmosphère speakeasy est héritée des clubs de jazz de l’entre-deux guerres. À leur image, les bars clandestins d’aujourd’hui obéissent au même besoin de discrétion et offrent une soupape à ceux qui en ont assez de l’ordre établi. Et Paris dans tout ça ? Depuis peu, dans le haut Marais, quelques heureux noctambules se refilent l’adresse du 52 rue de Saintonge. La devanture, sans nom, est imperceptible, 98

juin 2011

© DR

Candelaria, 52 rue de Saintonge, 75 0 0 3 Paris Tél. : 01 42 74 41 2 8 w w w.candelariaparis.com

se confondant avec la vitrine d’une boutique fashion de plus. Mais, une fois à l’intérieur, surprise. Le lieu est double, avec une partie taquería traditionnelle mexicaine, qui sert d’excellents tacos au poulet et crevettes sauce ananas pimentée. Derrière, par une porte dérobée, on accède ensuite au bar à cocktails. La déco ? Elle n’est pas sans rappeler la moiteur de certaines scènes de films de Robert Rodriguez, où l’on sent que tout peut dégénérer d’un moment à l’autre. On y boit des paletas (un sorbet artisanal d’Amérique latine) mangue-piment, ou de l’alcool fort, des gins rares, mezcals, tequilas et whiskies américains. Mais on vient surtout pour les cocktails. Parmi eux, le Pisco Disco (eau de vie de raisin, liqueur Galliano, Aperol, orgeat maison, citron vert) et ses paillettes comestibles vaut à lui seul le détour. On s’immerge alors en écoutant de la pop, de la new wave et du rock (avec notamment les selectors Clara Obscuro) au temps où la police traquait les bars underground… et où la loi antitabac n’existait pas. ◆

Arnaud Rebotini, producteur et DJ « Pour moi, la nuit commence tôt : apéro, resto avec quelques potes métalleux ou VIP de la turbine. Peu importe, on sort ce soir si on peut écouter un bon DJ. Non, pas toujours en fait, c’est pas grave ; on n’est pas la pour contempler une œuvre d’art – après tout dans les club, la vraie star ce sont les gens. On y va, pas toujours très clairs. Ce soir, par exemple, on est Chez Moune, le club de Pigalle. Tiens, on a de la chance, c’est le duo Anteros et Thanaton, ils sont plutôt bon les gamins. Je ne sais pas si c’est la vodka, le son pourri, les gens, ou la clim quasi inexistante, mais on se croirait de retour au Pulp. Quant à moi, mes prochaines dates seront basées sur l’utilisation de synthés vintage et de webcams placées sur chaque instrument pour un rendu audiovisuel. » _Propos recueillis par V.S.

Le 26 juin au Point éphémère, dès 20h, prix n.c., www.pointephemere.org Someone Gave Me Religion d’Arnaud Rebotini (Black Strobe Records)

www.mk2.com

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SORTIES EN VILLE CONCERTS

© Gregory Moricet

L’OREILLE DE…

Da Brasilians, musiciens « Étant originaires de Saint-Lô, nous sommes ravis de jouer presque à domicile au festival Beauregard, près de Caen. On passera à 2h30 du matin, après des mastodontes comme ZZ Top et Stromae, donc on n’a pas grand-chose à perdre. D’ailleurs, voir la réaction du public à une heure pareille risque d’être assez marrant. Pour l’instant on n’a rien prévu, notre concert sera spontané, en toute décontraction et convivialité. On s’accordera des moments de liberté dans notre set, pour pousser nos morceaux plus longtemps. Dans tous les cas, on ne cherchera pas à jouer le même jeu que les têtes d’affiche comme Katerine, Anna Calvi ou Patrice. Éventuellement un rappel en hélicoptère à 3h30… » _Propos recueillis par A.F.

© David Rager

Da Brasilians, le 2 juillet au festival Beauregard, dès 2h30 Da Brasilians de Da Brasilians (Underdog Records)

La Candelaria

LES NUITS DE…

MÉLODIES EN SOUS-SOL CLUBBING

S’engouffrant dans la tendance des bars en soussols et autres recoins sombres dignes de la prohibit ion de l’A mér ique de s a n né e s 19 2 0 , la Candelaria marie dégustation de tacos, cocktails étonnants et new wave pointue dans une salle secrète à l’éclairage favela. Allez-y avant qu’elle n’ait pignon sur rue. _Par Violaine Schütz

C’est la tendance lourde depuis quelques mois à New York et surtout à Londres : le bar « clandestin ». Comme à l’époque de la prohibition, ces clubs éphémères servent des cocktails dans un lieu tenu secret, connu seulement de quelques initiés. À l’intérieur, l’atmosphère speakeasy est héritée des clubs de jazz de l’entre-deux guerres. À leur image, les bars clandestins d’aujourd’hui obéissent au même besoin de discrétion et offrent une soupape à ceux qui en ont assez de l’ordre établi. Et Paris dans tout ça ? Depuis peu, dans le haut Marais, quelques heureux noctambules se refilent l’adresse du 52 rue de Saintonge. La devanture, sans nom, est imperceptible, 98

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© DR

Candelaria, 52 rue de Saintonge, 75 0 0 3 Paris Tél. : 01 42 74 41 2 8 w w w.candelariaparis.com

se confondant avec la vitrine d’une boutique fashion de plus. Mais, une fois à l’intérieur, surprise. Le lieu est double, avec une partie taquería traditionnelle mexicaine, qui sert d’excellents tacos au poulet et crevettes sauce ananas pimentée. Derrière, par une porte dérobée, on accède ensuite au bar à cocktails. La déco ? Elle n’est pas sans rappeler la moiteur de certaines scènes de films de Robert Rodriguez, où l’on sent que tout peut dégénérer d’un moment à l’autre. On y boit des paletas (un sorbet artisanal d’Amérique latine) mangue-piment, ou de l’alcool fort, des gins rares, mezcals, tequilas et whiskies américains. Mais on vient surtout pour les cocktails. Parmi eux, le Pisco Disco (eau de vie de raisin, liqueur Galliano, Aperol, orgeat maison, citron vert) et ses paillettes comestibles vaut à lui seul le détour. On s’immerge alors en écoutant de la pop, de la new wave et du rock (avec notamment les selectors Clara Obscuro) au temps où la police traquait les bars underground… et où la loi antitabac n’existait pas. ◆

Arnaud Rebotini, producteur et DJ « Pour moi, la nuit commence tôt : apéro, resto avec quelques potes métalleux ou VIP de la turbine. Peu importe, on sort ce soir si on peut écouter un bon DJ. Non, pas toujours en fait, c’est pas grave ; on n’est pas la pour contempler une œuvre d’art – après tout dans les club, la vraie star ce sont les gens. On y va, pas toujours très clairs. Ce soir, par exemple, on est Chez Moune, le club de Pigalle. Tiens, on a de la chance, c’est le duo Anteros et Thanaton, ils sont plutôt bon les gamins. Je ne sais pas si c’est la vodka, le son pourri, les gens, ou la clim quasi inexistante, mais on se croirait de retour au Pulp. Quant à moi, mes prochaines dates seront basées sur l’utilisation de synthés vintage et de webcams placées sur chaque instrument pour un rendu audiovisuel. » _Propos recueillis par V.S.

Le 26 juin au Point éphémère, dès 20h, prix n.c., www.pointephemere.org Someone Gave Me Religion d’Arnaud Rebotini (Black Strobe Records)

www.mk2.com

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© Jonas Mekas

SORTIES EN VILLE EXPOS

The Side of Paradise de Jonas Mekas

L’AGENDA _Par L.P. et A.-L.V.

Aurelie Godard Entre langage mathématique et évocation du cosmos, les sculptures d’Aurélie Godard – comme le tore, symbole du travail d’élaboration de la perspective à la Renaissance, ici mis en scène dans une vidéo – donnent une nouvelle dimension au réel et à sa mise en formes.

Bernardins des collège

ICI D’AILLEURS ART CONTEMPORAIN

_Par Anne-Lou Vicente

Après le Britannique Anthony McCall, c’est au tour de la Française Isabelle Cornaro, lauréate du Prix de la Fondation d’entreprise Ricard 2011, de proposer une installation spécifique au sein de l’ancienne sacristie du collège des Bernardins, dans le cadre de Questions d’artistes, une programmation pluridisciplinaire alliant arts plastiques, arts vivants et musiques nouvelles. En haut du petit escalier qui permet d’accéder au lieu, le visiteur surplombe l’œuvre : tapissées de papiers colorés et remplies d’objets que la distance ne permet pas encore d’identifier clairement, six grandes vitrines se

Farah Atassi / Élodie Lesourd Rencontre entre les œuvres picturales de deux jeunes artistes françaises. Entre confrontation et jeux d’échos, l’exposition propose une approche différenciée de leurs peintures, alternant verticalité et horizontalité. Jusqu’au 17 juillet aux Églises, centre d’art contemporain, rue Éterlet, 77500 Chelles, http://leseglises.chelles.fr

Nul si découvert

Dernier volet du cycle Érudition concrète, cette exposition collective prend comme point de départ l’idée d’expérience à la fois concevable et impossible, avec des œuvres multimédias d’autant plus frustrantes et fragiles que leur découverte les menace de disparition. Jusqu’au 7 août au Plateau, Frac Ile-de-France, place Hannah-Arendt, 75019 Paris, www.fracidf-leplateau.com

La Ville fertile

Du proche et du lointain d’Isabelle Cornaro Jusqu’au 3 juillet au collège des Bernardins, www.collegedesbernardins.fr

Jusqu’au 3 juillet, l’artiste française ISABELLE CORNARO investit l’ancienne sacristie du collège des Bernardins. Du proche et du lointain, l’installation qu’elle y propose, nous invite à « méditer » sur la bonne distance aux choses et la relativité du point de vue.

© Courtesy the artist and Balice Hertling Paris Photo : DR

Mercredi, viendras-tu manger, Jean, sur une nappe propre ?, jusqu’au 16 juillet à la galerie Dohyanglee, 73-75 rue Quincampoix, 75003 Paris, www.galeriedohyanglee.com

déploient dans l’espace selon un dispositif au mode muséal, mais avant tout éminemment pictural. Nous voilà face – ou plutôt au-dessus – d’un tableau en plusieurs parties représentant un paysage où la mise à plat, et en plans, côtoie la profondeur de champ et la perspective. Suite à cette mise à distance, l’œuvre nous invite dans un second temps à une déambulation plus rapprochée dans les « a llées » séparant les vitrines. Opérant une série de travellings en plongée, l’œil en survole le contenu : un ensemble d’objets divers – tapis, vases anciens, bijoux, etc. –, chinés par l’artiste au cours de ses voyages et utilisés pour certains dans des installations antérieures. Ces objets, souvent domestiques mais aussi symboliques, constituent les signes d’une écriture inconnue, nourrie d’histoire(s) – y compris celle de l’art – aussi bien personnelles que collectives. Convoquant des temps et des civilisations autres, ces fétiches dessinent des paysages moins naturels que culturels, transposant ainsi un genre pictural classique sur le terrain du conceptuel. ◆

Touffue et surprenante, cette exposition va à la rencontre des éléments terrestres pour mieux les intégrer à une urbanité grandissante. Seize projets, à l’image de la paisible Forêt linéaire parisienne, illustrent la créativité d’architectes qui réconcilient ville et nature. Jusqu’au 24 juillet à la cité de l’Architecture et du Patrimoine, www.citechaillot.fr

Intérieur neige Des œuvres contemporaines rassemblées par Nicolas Giraud scandent cette expo dédiée à l’écriture dans le film Shining de Kubrick. On y retrouve notamment une réinterprétation graphique et stylisée du tapuscrit de Jack Torrance. Littéralement ésotérique. Jusqu’au 18 juin au CNEAI, 20 rue LouiseWeiss, 75013 Paris, www.cneai.com

The Side of Paradise Jonas Mekas fut le tuteur artistique des enfants Kennedy après l’assassinat de leur père, et en conserve une collection de souvenirs où l’innocence s’imprime timidement sur le négatif. Le réalisateur s’affiche à l’occasion de la projection d’un de ses films (inédit), The Side of Paradise, au Jeu de paume, le 14 juin. Jusqu’au 20 août à la Galerie Agnès B., 44 rue Quincampoix, 75004 Paris, www.galeriedujour.com

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© Jonas Mekas

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The Side of Paradise de Jonas Mekas

L’AGENDA _Par L.P. et A.-L.V.

Aurelie Godard Entre langage mathématique et évocation du cosmos, les sculptures d’Aurélie Godard – comme le tore, symbole du travail d’élaboration de la perspective à la Renaissance, ici mis en scène dans une vidéo – donnent une nouvelle dimension au réel et à sa mise en formes.

Bernardins des collège

ICI D’AILLEURS ART CONTEMPORAIN

_Par Anne-Lou Vicente

Après le Britannique Anthony McCall, c’est au tour de la Française Isabelle Cornaro, lauréate du Prix de la Fondation d’entreprise Ricard 2011, de proposer une installation spécifique au sein de l’ancienne sacristie du collège des Bernardins, dans le cadre de Questions d’artistes, une programmation pluridisciplinaire alliant arts plastiques, arts vivants et musiques nouvelles. En haut du petit escalier qui permet d’accéder au lieu, le visiteur surplombe l’œuvre : tapissées de papiers colorés et remplies d’objets que la distance ne permet pas encore d’identifier clairement, six grandes vitrines se

Farah Atassi / Élodie Lesourd Rencontre entre les œuvres picturales de deux jeunes artistes françaises. Entre confrontation et jeux d’échos, l’exposition propose une approche différenciée de leurs peintures, alternant verticalité et horizontalité. Jusqu’au 17 juillet aux Églises, centre d’art contemporain, rue Éterlet, 77500 Chelles, http://leseglises.chelles.fr

Nul si découvert

Dernier volet du cycle Érudition concrète, cette exposition collective prend comme point de départ l’idée d’expérience à la fois concevable et impossible, avec des œuvres multimédias d’autant plus frustrantes et fragiles que leur découverte les menace de disparition. Jusqu’au 7 août au Plateau, Frac Ile-de-France, place Hannah-Arendt, 75019 Paris, www.fracidf-leplateau.com

La Ville fertile

Du proche et du lointain d’Isabelle Cornaro Jusqu’au 3 juillet au collège des Bernardins, www.collegedesbernardins.fr

Jusqu’au 3 juillet, l’artiste française ISABELLE CORNARO investit l’ancienne sacristie du collège des Bernardins. Du proche et du lointain, l’installation qu’elle y propose, nous invite à « méditer » sur la bonne distance aux choses et la relativité du point de vue.

© Courtesy the artist and Balice Hertling Paris Photo : DR

Mercredi, viendras-tu manger, Jean, sur une nappe propre ?, jusqu’au 16 juillet à la galerie Dohyanglee, 73-75 rue Quincampoix, 75003 Paris, www.galeriedohyanglee.com

déploient dans l’espace selon un dispositif au mode muséal, mais avant tout éminemment pictural. Nous voilà face – ou plutôt au-dessus – d’un tableau en plusieurs parties représentant un paysage où la mise à plat, et en plans, côtoie la profondeur de champ et la perspective. Suite à cette mise à distance, l’œuvre nous invite dans un second temps à une déambulation plus rapprochée dans les « a llées » séparant les vitrines. Opérant une série de travellings en plongée, l’œil en survole le contenu : un ensemble d’objets divers – tapis, vases anciens, bijoux, etc. –, chinés par l’artiste au cours de ses voyages et utilisés pour certains dans des installations antérieures. Ces objets, souvent domestiques mais aussi symboliques, constituent les signes d’une écriture inconnue, nourrie d’histoire(s) – y compris celle de l’art – aussi bien personnelles que collectives. Convoquant des temps et des civilisations autres, ces fétiches dessinent des paysages moins naturels que culturels, transposant ainsi un genre pictural classique sur le terrain du conceptuel. ◆

Touffue et surprenante, cette exposition va à la rencontre des éléments terrestres pour mieux les intégrer à une urbanité grandissante. Seize projets, à l’image de la paisible Forêt linéaire parisienne, illustrent la créativité d’architectes qui réconcilient ville et nature. Jusqu’au 24 juillet à la cité de l’Architecture et du Patrimoine, www.citechaillot.fr

Intérieur neige Des œuvres contemporaines rassemblées par Nicolas Giraud scandent cette expo dédiée à l’écriture dans le film Shining de Kubrick. On y retrouve notamment une réinterprétation graphique et stylisée du tapuscrit de Jack Torrance. Littéralement ésotérique. Jusqu’au 18 juin au CNEAI, 20 rue LouiseWeiss, 75013 Paris, www.cneai.com

The Side of Paradise Jonas Mekas fut le tuteur artistique des enfants Kennedy après l’assassinat de leur père, et en conserve une collection de souvenirs où l’innocence s’imprime timidement sur le négatif. Le réalisateur s’affiche à l’occasion de la projection d’un de ses films (inédit), The Side of Paradise, au Jeu de paume, le 14 juin. Jusqu’au 20 août à la Galerie Agnès B., 44 rue Quincampoix, 75004 Paris, www.galeriedujour.com

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SORTIES EN VILLE EXPOS

© Courtesy Michal Rovner

LE CABINET DE CURIOSITÉS

Michal Rovner On se souvient encore de sa rétrospective Fields of Fire au Jeu de paume en 2005, où l’on avait notamment pu admirer de minuscules silhouettes humaines se mouvoir, comme une écriture sur des pierres anciennes. L’Israélienne Michal Rovner revient à Paris… et pas n’importe où : au Louvre. Un lieu d’exposition idoine pour une œuvre reposant sur les thèmes de l’archéologie, de la mémoire et du territoire. Ce sont plus particulièrement les salles du département des antiquités orientales, consacrées à la Syrie, à la Jordanie et à la Palestine, ainsi que les fossés médiévaux, qui abritent aujourd’hui ses installations composées de vidéos directement projetées sur les murs et les objets antiques.

© Jane Evelyn Atwood

James Baldwin et son frère David, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1981

_A.-L.V.

Jusqu’au 15 août au musée du Louvre, département des antiquités orientales et fossés médiévaux, www.louvre.fr

L’ŒIL DE…

CADRES DYNAMIQUES L’emprise du réel jalonne l’œuvre de l’Américaine JANE EVELYN ATWOOD, Parisienne d’adoption et complice d’existences mises à l’écart. La Maison européenne de la photographie ouvre l’œil sur la carrière de cette acharnée de la vie au-delà du cadre. _Par Laura Pertuy

1975, un lampadaire dévoile la rue des Lombards sous l’objectif d’une femme, qui prend là ses premiers clichés. Jane Evelyn Atwood approche en noir et blanc le monde cloisonné de la prostitution. Le bal des clients accrochés à leur belle d’un soir se danse dans une cage d’escalier lugubre, entre allégresse et spleen. La narration est simple et pudique, où l’absence de jugement s’accompagne de la distance nécessaire à la pleine expression des corps. Les photographies de Jane Evelyn Atwood, légèrement décadrées, posent un regard doux sur des situations à vif. Éprise de ses sujets, très souvent acoquinée à l’actualité (tremblement de terre de Kobé, attentats du 11-Septembre…), elle s’installe dans un univers jusqu’à en obte102

juin 2011

nir l’exacte vérité. Graphiquement, sa scénarisation des poses et des situations convoque les travaux engagés de Bruce Davidson, photographe américain des années 1960, témoin virulent de la lutte pour les droits civiques et génie de la composition. Atwood lui emprunte cette impression d’intime proximité, dans les prisons notamment, et travaille – comme sa contemporaine Nan Goldin – sur la désincarnation du corps chez les séropositifs. Des photographies au format paysage et au contraste ardent illustrent ensuite le quotidien de victimes des mines antipersonnel : à corps amputé, photographie tronquée. Atwood transpose les maux en cadres et s’impose en photojournaliste respectueuse mais pugnace. Autodictate, elle joue parfois d’angles burlesques avec un travail sur la ronde du quotidien, touchant alors aux freaks chers à Diane Arbus. Au fil de ces 200 tirages, répartis en six thèmes, l’Américaine révèle le beau en des pôles oubliés et fait ressurgir la couleur à Haïti dans une ultime série vivace qui porte tout l’espoir des grands drames. ◆

© Sophie Bramly

PHOTOGRAPHIE Jane Evel yn At wood , Photogr a phies 19 76 -2 010 , jusqu’au 25 septembre à la Maison européenne de la photographie, w w w.mep-fr.org

The Beastie Boys

Sophie Bramly, photographe « J’avais 21 ans, j’habitais à New York depuis quelques mois. J’étais photographe pour une agence de presse et je suis allée à une fête où dansaient les New York City Breakers. Je n’avais jamais rien vu d’aussi fou et j’ai abandonné tout le reste. Un ami m’a présenté des rappeurs dont il s’occupait, qui m’en ont eux-mêmes présenté d’autres. Pendant quatre ans, je les ai suivis partout. D’Afrika Bamabaataa à Crazy Legs, ils étaient contents d’être photographiés. À l’époque, la plupart d’entre eux sortaient du cauchemar du Bronx pour entrer dans le rêve du monde à paillettes. La seule différence entre mon témoignage et celui des photographes américains qui suivaient la scène à l’époque, c’est que je me suis davantage intéressée à tout ce qui touche à l’intime. » _Propos recueillis par Lo.Sé.

Sophie Bramly, 1981 & +, du 17 juin au 2 septembre 2011 à la galerie 12Mail, 12 rue du Mail, 75002 Paris, www.12mail.fr.

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SORTIES EN VILLE EXPOS

© Courtesy Michal Rovner

LE CABINET DE CURIOSITÉS

Michal Rovner On se souvient encore de sa rétrospective Fields of Fire au Jeu de paume en 2005, où l’on avait notamment pu admirer de minuscules silhouettes humaines se mouvoir, comme une écriture sur des pierres anciennes. L’Israélienne Michal Rovner revient à Paris… et pas n’importe où : au Louvre. Un lieu d’exposition idoine pour une œuvre reposant sur les thèmes de l’archéologie, de la mémoire et du territoire. Ce sont plus particulièrement les salles du département des antiquités orientales, consacrées à la Syrie, à la Jordanie et à la Palestine, ainsi que les fossés médiévaux, qui abritent aujourd’hui ses installations composées de vidéos directement projetées sur les murs et les objets antiques.

© Jane Evelyn Atwood

James Baldwin et son frère David, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1981

_A.-L.V.

Jusqu’au 15 août au musée du Louvre, département des antiquités orientales et fossés médiévaux, www.louvre.fr

L’ŒIL DE…

CADRES DYNAMIQUES L’emprise du réel jalonne l’œuvre de l’Américaine JANE EVELYN ATWOOD, Parisienne d’adoption et complice d’existences mises à l’écart. La Maison européenne de la photographie ouvre l’œil sur la carrière de cette acharnée de la vie au-delà du cadre. _Par Laura Pertuy

1975, un lampadaire dévoile la rue des Lombards sous l’objectif d’une femme, qui prend là ses premiers clichés. Jane Evelyn Atwood approche en noir et blanc le monde cloisonné de la prostitution. Le bal des clients accrochés à leur belle d’un soir se danse dans une cage d’escalier lugubre, entre allégresse et spleen. La narration est simple et pudique, où l’absence de jugement s’accompagne de la distance nécessaire à la pleine expression des corps. Les photographies de Jane Evelyn Atwood, légèrement décadrées, posent un regard doux sur des situations à vif. Éprise de ses sujets, très souvent acoquinée à l’actualité (tremblement de terre de Kobé, attentats du 11-Septembre…), elle s’installe dans un univers jusqu’à en obte102

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nir l’exacte vérité. Graphiquement, sa scénarisation des poses et des situations convoque les travaux engagés de Bruce Davidson, photographe américain des années 1960, témoin virulent de la lutte pour les droits civiques et génie de la composition. Atwood lui emprunte cette impression d’intime proximité, dans les prisons notamment, et travaille – comme sa contemporaine Nan Goldin – sur la désincarnation du corps chez les séropositifs. Des photographies au format paysage et au contraste ardent illustrent ensuite le quotidien de victimes des mines antipersonnel : à corps amputé, photographie tronquée. Atwood transpose les maux en cadres et s’impose en photojournaliste respectueuse mais pugnace. Autodictate, elle joue parfois d’angles burlesques avec un travail sur la ronde du quotidien, touchant alors aux freaks chers à Diane Arbus. Au fil de ces 200 tirages, répartis en six thèmes, l’Américaine révèle le beau en des pôles oubliés et fait ressurgir la couleur à Haïti dans une ultime série vivace qui porte tout l’espoir des grands drames. ◆

© Sophie Bramly

PHOTOGRAPHIE Jane Evel yn At wood , Photogr a phies 19 76 -2 010 , jusqu’au 25 septembre à la Maison européenne de la photographie, w w w.mep-fr.org

The Beastie Boys

Sophie Bramly, photographe « J’avais 21 ans, j’habitais à New York depuis quelques mois. J’étais photographe pour une agence de presse et je suis allée à une fête où dansaient les New York City Breakers. Je n’avais jamais rien vu d’aussi fou et j’ai abandonné tout le reste. Un ami m’a présenté des rappeurs dont il s’occupait, qui m’en ont eux-mêmes présenté d’autres. Pendant quatre ans, je les ai suivis partout. D’Afrika Bamabaataa à Crazy Legs, ils étaient contents d’être photographiés. À l’époque, la plupart d’entre eux sortaient du cauchemar du Bronx pour entrer dans le rêve du monde à paillettes. La seule différence entre mon témoignage et celui des photographes américains qui suivaient la scène à l’époque, c’est que je me suis davantage intéressée à tout ce qui touche à l’intime. » _Propos recueillis par Lo.Sé.

Sophie Bramly, 1981 & +, du 17 juin au 2 septembre 2011 à la galerie 12Mail, 12 rue du Mail, 75002 Paris, www.12mail.fr.

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© Brigitte Enguerand

SORTIES EN VILLE SPECTACLES

Ubu roi, mis en scène par Jean-Pierre Vincent à la Comédie-Française

L’AGENDA _Par E.B.

Courteline en dentelles

Scènes de la vie des cabots, Dindes et grues… Ç’aurait pu être des titres de sketchs des Deschiens si Georges Courteline ne les avait trouvés avant. C’est justement Jérôme Deschamps, grand ordonnateur du collectif d’humoristes qui campe, avec Michel Fau, les bourgeois crétins peints par le dramaturge français à la fin du XIXe siècle. Jusqu’au 25 juin aux Bouffes du Nord, www.bouffesdunord.com

Les étés de la danse Pendant le mois de juillet, le Miami City Ballet se fait ambassadeur en France des grandes légendes de la chorégraphie américaine, de George Balanchine, inventeur d’un néoclassique athlétique, à Jerome Robbins, disciple de ce dernier et chorégraphe de West Side Story. Du 6 au 23 juillet au Théâtre du Châtelet, www.chatelet-theatre.com

& (un spectacle de câbles et d’épée) Largement salués lors de la dernière édition du festival Anticodes au théâtre de Chaillot, les deux artistes Antoine Defoort et Halory Goerger présentent aujourd’hui (selon leurs mots) « le spectacle conçu par Bill Gates à neuf ans pour l’anniversaire de sa maman ». Un délire sur l’intrusion du futur dans nos vies quotidiennes, coincé quelque part entre Mon oncle et Les Trois Mousquetaires.

VIDE ORDURE

Jusqu’au 19 juin au théâtre de la Cité internationale, www.theatredelacite.com

théâtre

Bound southern comfort

Fin de partie de Samuel Beckett Mise en scène : Alain Françon jusqu’au 17 juillet au Théâtre de la Madeleine www.theatremadeleine.com

_Par Ève Beauvallet

C’était lui Monsieur Dufayel, le splendide « homme de verre » du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, handicapé par son squelette et coincé dans l’obscurité de son appartement. Dans Fin de partie, le comédien Serge Merlin a délaissé cette bienveillance moelleuse pour le sadisme absurde de Hamm, mais d’isolement il est toujours question : aveugle paraplégique, vociférant son propre vide, le personnage de Hamm est moins ravagé par la cécité que par sa condition d’homme. Un rôle plus grave, donc. En langue beckettienne, cela veut également dire « plus drôle ». « Rien n’est plus drôle que le malheur », fait d’ailleurs dire l’auteur à Nell, le père de Hamm. On a pourtant trop souvent insisté, dans les mises 104

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en scène consacrées à Beckett, sur le malheur plus que sur l’humour. Les chefs d’accusation sont nombreux et placent le dramaturge irlandais aux côtés des grands explorateurs du Mal, comme Céline ou Artaud: un acharnement à pousser le rien au plus profond du vide, une fascination pour la décrépitude du corps… Rajoutons à cela la sobriété aride de l’écriture, axée sur la conversation quotidienne plus que sur le dialogue littéraire, fouinant le tragique dans les balbutiements de l’âme plus que dans la virtuosité des tirades. Et pourtant, plus riche en registres, plus libre en ton qu’En attendant Godot, Fin de partie est un joyau de comédie, taillé pour des enchanteurs de la trempe de Serge Merlin. Qui d’autre pour superposer aussi gracieusement le gag et l’élégie, la lamentation et la vanne d’école, Bambi et Dark Vador ? Recroquevillé dans l’attente et l’ennui, Hamm est tout cela à la fois : gamin pleurnichard et papi gâteux, soumettant l’autre sans pouvoir vivre sans. Le plus bel héros moderne en somme ; un despote de pacotille, qui se brise comme du verre. ◆

Du 21 au 29 juin au Théâtre de la Ville, www.theatredelaville-paris.com

Ubu roi Père spirituel d’Artaud, Alfred Jarry a inventé avec le personnage de Père Ubu la caricature la plus cinglante du pouvoir politique lorsqu’il se conjugue au vulgaire. On ne s’étonnera pas que Jean-Pierre Vincent, maître engagé de la mise en scène française, trouve le sujet d’actualité. Jusqu’au 20 juillet à la Comédie-Française, www.comedie-francaise.fr

Loin d’eux

© Dunnara-Meas

Compromis fascinant entre Tati Danielle et le colonel Kadhafi, le personnage de Hamm incarné par Serge Merlin mène haut la main le jeu existentiel de Fin de partie, tragédie drôlissime de Samuel Beckett mise en scène par ALAIN FRANÇON.

C’est un trip remember entre vieux copains d’école. Sauf que les copains ont plutôt de la gueule : le Belge Sidi Larbi Cherkaoui, le Sud-Africain Gregory Maqoma, et une des interprètes d’Akram Khan, Shanell Winlock. Soit trois anciens élèves de PARTS, l’école d’Anne Teresa De Keersmaeker, pour une retrouvaille stylée sur le plateau du Théâtre de la Ville.

Acteur magistral et directeur du collectif théâtral Les Possédés, Rodolphe Dana se distingue par ses adaptations subtiles de romans contemporains. Après Merlin ou la Terre dévastée de l’Allemand Tankred Dorst, Dana s’empare, seul en scène, du premier roman de l’auteur français Laurent Mauvignier. Jusqu’au 1er juillet au Théâtre de la Bastille, www.theatre-bastille.com

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© Brigitte Enguerand

SORTIES EN VILLE SPECTACLES

Ubu roi, mis en scène par Jean-Pierre Vincent à la Comédie-Française

L’AGENDA _Par E.B.

Courteline en dentelles

Scènes de la vie des cabots, Dindes et grues… Ç’aurait pu être des titres de sketchs des Deschiens si Georges Courteline ne les avait trouvés avant. C’est justement Jérôme Deschamps, grand ordonnateur du collectif d’humoristes qui campe, avec Michel Fau, les bourgeois crétins peints par le dramaturge français à la fin du XIXe siècle. Jusqu’au 25 juin aux Bouffes du Nord, www.bouffesdunord.com

Les étés de la danse Pendant le mois de juillet, le Miami City Ballet se fait ambassadeur en France des grandes légendes de la chorégraphie américaine, de George Balanchine, inventeur d’un néoclassique athlétique, à Jerome Robbins, disciple de ce dernier et chorégraphe de West Side Story. Du 6 au 23 juillet au Théâtre du Châtelet, www.chatelet-theatre.com

& (un spectacle de câbles et d’épée) Largement salués lors de la dernière édition du festival Anticodes au théâtre de Chaillot, les deux artistes Antoine Defoort et Halory Goerger présentent aujourd’hui (selon leurs mots) « le spectacle conçu par Bill Gates à neuf ans pour l’anniversaire de sa maman ». Un délire sur l’intrusion du futur dans nos vies quotidiennes, coincé quelque part entre Mon oncle et Les Trois Mousquetaires.

VIDE ORDURE

Jusqu’au 19 juin au théâtre de la Cité internationale, www.theatredelacite.com

théâtre

Bound southern comfort

Fin de partie de Samuel Beckett Mise en scène : Alain Françon jusqu’au 17 juillet au Théâtre de la Madeleine www.theatremadeleine.com

_Par Ève Beauvallet

C’était lui Monsieur Dufayel, le splendide « homme de verre » du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, handicapé par son squelette et coincé dans l’obscurité de son appartement. Dans Fin de partie, le comédien Serge Merlin a délaissé cette bienveillance moelleuse pour le sadisme absurde de Hamm, mais d’isolement il est toujours question : aveugle paraplégique, vociférant son propre vide, le personnage de Hamm est moins ravagé par la cécité que par sa condition d’homme. Un rôle plus grave, donc. En langue beckettienne, cela veut également dire « plus drôle ». « Rien n’est plus drôle que le malheur », fait d’ailleurs dire l’auteur à Nell, le père de Hamm. On a pourtant trop souvent insisté, dans les mises 104

mai 2011

en scène consacrées à Beckett, sur le malheur plus que sur l’humour. Les chefs d’accusation sont nombreux et placent le dramaturge irlandais aux côtés des grands explorateurs du Mal, comme Céline ou Artaud: un acharnement à pousser le rien au plus profond du vide, une fascination pour la décrépitude du corps… Rajoutons à cela la sobriété aride de l’écriture, axée sur la conversation quotidienne plus que sur le dialogue littéraire, fouinant le tragique dans les balbutiements de l’âme plus que dans la virtuosité des tirades. Et pourtant, plus riche en registres, plus libre en ton qu’En attendant Godot, Fin de partie est un joyau de comédie, taillé pour des enchanteurs de la trempe de Serge Merlin. Qui d’autre pour superposer aussi gracieusement le gag et l’élégie, la lamentation et la vanne d’école, Bambi et Dark Vador ? Recroquevillé dans l’attente et l’ennui, Hamm est tout cela à la fois : gamin pleurnichard et papi gâteux, soumettant l’autre sans pouvoir vivre sans. Le plus bel héros moderne en somme ; un despote de pacotille, qui se brise comme du verre. ◆

Du 21 au 29 juin au Théâtre de la Ville, www.theatredelaville-paris.com

Ubu roi Père spirituel d’Artaud, Alfred Jarry a inventé avec le personnage de Père Ubu la caricature la plus cinglante du pouvoir politique lorsqu’il se conjugue au vulgaire. On ne s’étonnera pas que Jean-Pierre Vincent, maître engagé de la mise en scène française, trouve le sujet d’actualité. Jusqu’au 20 juillet à la Comédie-Française, www.comedie-francaise.fr

Loin d’eux

© Dunnara-Meas

Compromis fascinant entre Tati Danielle et le colonel Kadhafi, le personnage de Hamm incarné par Serge Merlin mène haut la main le jeu existentiel de Fin de partie, tragédie drôlissime de Samuel Beckett mise en scène par ALAIN FRANÇON.

C’est un trip remember entre vieux copains d’école. Sauf que les copains ont plutôt de la gueule : le Belge Sidi Larbi Cherkaoui, le Sud-Africain Gregory Maqoma, et une des interprètes d’Akram Khan, Shanell Winlock. Soit trois anciens élèves de PARTS, l’école d’Anne Teresa De Keersmaeker, pour une retrouvaille stylée sur le plateau du Théâtre de la Ville.

Acteur magistral et directeur du collectif théâtral Les Possédés, Rodolphe Dana se distingue par ses adaptations subtiles de romans contemporains. Après Merlin ou la Terre dévastée de l’Allemand Tankred Dorst, Dana s’empare, seul en scène, du premier roman de l’auteur français Laurent Mauvignier. Jusqu’au 1er juillet au Théâtre de la Bastille, www.theatre-bastille.com

www.mk2.com 105


SORTIES EN VILLE SPECTACLES

© Bruno Geslin

LE SPECTACLE VIVANT NON IDENTIFIÉ

Festival Open

© Anne Deniau - Opéra National de Paris

On s’est beaucoup posé la question de l’obsolescence du théâtre, outil low tech par excellence, à l’heure de la cyberculture et des jeux en réseau. La première édition du festival Open, dévolu aux scènes virtuelles, compte apporter quelques réponses en montrant comment les artistes conjuguent aujourd’hui dramaturgie, réseaux sociaux, spamming, tchat et webcams. On s’enthousiasme d’y retrouver les avatars inventés par Jean-François Peyret ou le projet fleuve de Véronique Aubouy : une réunion de 3424 lecteurs d’À la recherche du temps perdu de Proust, dispersés sur la planète et filmés en réseau, qui fait l’objet d’un montage gigantesque intitulé Le Baiser de la matrice. _E.B.

Du 15 au 25 juin au théâtre Paris-Villette, www.theatre-paris-villette.com

DIRTY DANCING

BACON, EN TRANCHES À partir des figures écorchées et des compositions en triptyque du peintre Francis Bacon, le chorégraphe britannique WAYNE MCGREGOR crée Anatomie de la sensation pour le ballet de l’Opéra national de Paris. Dissection. _Par Ève Beauvallet

Technophile érudit, passionné par les sciences cognitives et le design de pointe, le Britannique Wayne McGregor aurait pu être pirate informatique ou chercheur en neurosciences. Il a finalement opté pour la chorégraphie, choix qui n’est pas totalement déshonorant lorsque, comme lui, on est considéré par de prestigieux ballets internationaux comme un jeune prodige bankable, sorte d’interface rêvée entre codes classiques et innovations contemporaines. Ses chorégraphies posent ainsi l’équation suivante : comment la perception du corps est-elle altérée par les révolutions scientifiques, les biotechnologies et l’avènement de l’empire numérique ? Si la question peut faire redouter un spectacle en forme de conférence scientifique, rappelez-vous que la danse à la fois fluide et 106

juin 2011

nerveuse de McGregor exerce un pouvoir de fascination très puissant : entouré de quelques-uns des compositeurs les plus solides de la scène expérimentale (citons Scanner ou Ben Frost), le chorégraphe a l’art d’inventer des danseurs-humanoïdes aux mouvements extrêmement véloces, sorte de corps plongés dans une matière numérique qui altère la vitesse d’exécution et perturbe le mouvement. Aujourd’hui, poussant pour la seconde fois les portes de l’Opéra national de Paris (après la création de Genus en 2007, en hommage aux théories darwiniennes), Wayne McGregor prépare un travail autour de Francis Bacon – peintre « chorégénique » qui inspira déjà des pièces aux chorégraphes William Forsythe ou Odile Duboc. Anatomie de la sensation prévoit de danser à rebours de la romance biographique ou de l’illustration de tableaux : énergie musculeuse, grosse tension relationnelle, tout est là pour que McGregor, en bon chirurgien du mouvement, livre sur le plateau un pur conte anatomique. ◆

© Jerome Delatour

DANSE Anatomie de la sensation, chorégraphie de Wayne McGregor du 29 juin au 15 juillet à l’Opéra national de Paris, Bastille www.operadeparis.fr

Parades and Changes Un paisible strip-tease face public, pas érotique pour un sou, juste la beauté de l’action brute… C’est ce qui a valu à Parades and Changes d’être interdit pendant vingt ans sur le sol américain. Créée en 1965 par Anna Halprin, aujourd’hui recréée par la chorégraphe Anne Collod, cette pièce culte de l’underground américain illustre bien la radicalité avec laquelle certains artistes de l’époque ont pu repenser le corps et l’inscrire comme un vecteur des luttes politiques et sociales. On y (re)découvre une sorte de degré zéro du mouvement, prouvant que les tâches quotidiennes (s’habiller, se déshabiller), lorsqu’elles sont agencées avec virtuosité, peuvent créer autant de poésie qu’une bonne dose d’entrechats. _E.B.

Du 15 au 18 juin dans la Grande halle de la Villette, salle Charlie-Parker, parc de la Villette, www.villette.com

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SORTIES EN VILLE SPECTACLES

© Bruno Geslin

LE SPECTACLE VIVANT NON IDENTIFIÉ

Festival Open

© Anne Deniau - Opéra National de Paris

On s’est beaucoup posé la question de l’obsolescence du théâtre, outil low tech par excellence, à l’heure de la cyberculture et des jeux en réseau. La première édition du festival Open, dévolu aux scènes virtuelles, compte apporter quelques réponses en montrant comment les artistes conjuguent aujourd’hui dramaturgie, réseaux sociaux, spamming, tchat et webcams. On s’enthousiasme d’y retrouver les avatars inventés par Jean-François Peyret ou le projet fleuve de Véronique Aubouy : une réunion de 3424 lecteurs d’À la recherche du temps perdu de Proust, dispersés sur la planète et filmés en réseau, qui fait l’objet d’un montage gigantesque intitulé Le Baiser de la matrice. _E.B.

Du 15 au 25 juin au théâtre Paris-Villette, www.theatre-paris-villette.com

DIRTY DANCING

BACON, EN TRANCHES À partir des figures écorchées et des compositions en triptyque du peintre Francis Bacon, le chorégraphe britannique WAYNE MCGREGOR crée Anatomie de la sensation pour le ballet de l’Opéra national de Paris. Dissection. _Par Ève Beauvallet

Technophile érudit, passionné par les sciences cognitives et le design de pointe, le Britannique Wayne McGregor aurait pu être pirate informatique ou chercheur en neurosciences. Il a finalement opté pour la chorégraphie, choix qui n’est pas totalement déshonorant lorsque, comme lui, on est considéré par de prestigieux ballets internationaux comme un jeune prodige bankable, sorte d’interface rêvée entre codes classiques et innovations contemporaines. Ses chorégraphies posent ainsi l’équation suivante : comment la perception du corps est-elle altérée par les révolutions scientifiques, les biotechnologies et l’avènement de l’empire numérique ? Si la question peut faire redouter un spectacle en forme de conférence scientifique, rappelez-vous que la danse à la fois fluide et 106

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nerveuse de McGregor exerce un pouvoir de fascination très puissant : entouré de quelques-uns des compositeurs les plus solides de la scène expérimentale (citons Scanner ou Ben Frost), le chorégraphe a l’art d’inventer des danseurs-humanoïdes aux mouvements extrêmement véloces, sorte de corps plongés dans une matière numérique qui altère la vitesse d’exécution et perturbe le mouvement. Aujourd’hui, poussant pour la seconde fois les portes de l’Opéra national de Paris (après la création de Genus en 2007, en hommage aux théories darwiniennes), Wayne McGregor prépare un travail autour de Francis Bacon – peintre « chorégénique » qui inspira déjà des pièces aux chorégraphes William Forsythe ou Odile Duboc. Anatomie de la sensation prévoit de danser à rebours de la romance biographique ou de l’illustration de tableaux : énergie musculeuse, grosse tension relationnelle, tout est là pour que McGregor, en bon chirurgien du mouvement, livre sur le plateau un pur conte anatomique. ◆

© Jerome Delatour

DANSE Anatomie de la sensation, chorégraphie de Wayne McGregor du 29 juin au 15 juillet à l’Opéra national de Paris, Bastille www.operadeparis.fr

Parades and Changes Un paisible strip-tease face public, pas érotique pour un sou, juste la beauté de l’action brute… C’est ce qui a valu à Parades and Changes d’être interdit pendant vingt ans sur le sol américain. Créée en 1965 par Anna Halprin, aujourd’hui recréée par la chorégraphe Anne Collod, cette pièce culte de l’underground américain illustre bien la radicalité avec laquelle certains artistes de l’époque ont pu repenser le corps et l’inscrire comme un vecteur des luttes politiques et sociales. On y (re)découvre une sorte de degré zéro du mouvement, prouvant que les tâches quotidiennes (s’habiller, se déshabiller), lorsqu’elles sont agencées avec virtuosité, peuvent créer autant de poésie qu’une bonne dose d’entrechats. _E.B.

Du 15 au 18 juin dans la Grande halle de la Villette, salle Charlie-Parker, parc de la Villette, www.villette.com

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SORTIES EN VILLE RESTOS

© DR

LE PALAIS DE…

Jean-Claude Carrière, scénariste « Écoutez, vous tombez à point. J’habite au 5 rue Victor-Massé et, au 3 de la même rue, se trouve un restaurant qui, depuis trente-cinq ans, était un endroit quelconque. Il y a trois mois, il a été repris par trois jeunes de l’école hôtelière qui l’ont transformé en bistro gourmand, Le Pantruche. La carte est courte (quatre entrées, plats et desserts et un plat du jour) mais raffinée et bon marché ! Je vous conseille le gaspacho de crabe en entrée, puis les œufs pochés aux petits légumes. Ils cuisinent également très bien l’agneau et le poisson. Je ne peux rien vous dire pour les desserts, je suis toujours rassasié avant. Le seul problème, c’est que c’est bondé ; il faut réserver… même moi qui viens depuis le jour de l’ouverture ! » © Bruno Verjus

Mathieu Perez (à gauche) et David Loyola

_Propos recueillis par L.T. Le Pantruche, 3 rue Victor-Massé, 75009 Paris. Tél. 01 48 78 55 60. www.lepantruche.com Hommage à Jean-Claude Carrière du 1er au 10 juillet au Festival du film de la Rochelle. Retrouvez son interview dans le horssérie Tout ou rien de Trois Couleurs, en librairies le 29 juin.

PETITS PARTAGES ENTRE AMIS

la Recette

Aux deux amis Adresse : 45 rue Oberkampf, 75011 Paris Tél. : 01 58 30 38 13

Petit arrêt chez DAVID LOYOLA et MATHIEU PEREZ, habiles passeurs de petits en-cas pour grandes faims, installés dans la montée qui mène de République à Ménilmontant. _Par Bruno Verjus (www.foodintelligence.blogspot.com)

Depuis le canal Saint-Martin, encore enfoui sous la chaussée à cet endroit-là, la rue Oberkampf escalade d’un sillon pentu et droit la colline de Ménilmontant. Avec sa terrasse ensoleillée, Aux deux amis s’offre vite en escale bienvenue. De ce bar-restaurant pur jus seventies, l’on retient une succession de plats savoureux et justes, un service amical et le compas précis des jambes de femmes en quête de hauteur, ciselant de leurs talons – clac, clac, clac – la chaussée parisienne. David Loyola, côté salle, et Mathieu Perez, côté cuisine, se sont croisés chez Inaki Aizpitarte, icône de la jeune cuisine française au Chateaubriand. Par un beau jour de printemps, ils se sont trouvés et d’un clin d’œil sont devenus « deux amis » : pour le meilleur et pour le dire. 108

juin 2011

David Loyola glisse, tout sourire : « Un lieu, c’est d’abord une histoire à 70% ; mais quand on arrive à en faire une belle histoire à 100%, on touche au bonheur. » Naissance d’une cuisine de rencontres, de cantine et de bistrot : le produit conduit les goûts et la main du chef, « une voie d’épanouissement » pour Mathieu. Juxtaposition de saveurs assaisonnées aimablement, sans chercher l’esbroufe ou le spectaculaire. Des concombres mêlés au yaourt grec, enrichi d’une grosse cuillerée de double crème normande maturée et acidulée ; et quelques tranches de hareng. Le vendredi midi, la clientèle retrouve avec appétit le steak tartare de cheval, un plat signature, à l’égal de la somptueuse tortilla de pomme de terre de Jeanine (la maman de David), reine du soir où l’on ne sert que tapas et petits en-cas. Pour nourrir tout ça, les vins nature coulent au verre, en bouteilles et en magnums. Ils célèbrent les vignerons vivants, ceux qui chérissent leurs vignes et leurs flacons. Aux Deux Amis « invente » une cuisine moderne avec l’empathie du goût du bon et de l’amitié – sans supplément. ◆

© Rue des Archives/BCA

LE CHEF

Les pigeons façon Chère Martha

L’héroïne du film Chère Martha de Sandra Nettelbeck (2001) est la chef obsessionnelle d’un restaurant de Hambourg où, aux hamburgers, l’on préfère cuisiner les pigeons. Sa recette ? Hacher finement deux pommes de terre charlotte, une gousse d’ail et une botte de persil, puis garnir les deux pigeons. Saler et poivrer. Faire revenir dans le beurre fondu jusqu’à ce que les pigeons soient bien dorés. Réserver. Faire revenir le lard dans la même poêle, ajouter les oignons et les girolles. Déglacer la poêle avec un peu de bouillon. Remettre les pigeons et mouiller de bouillon. Cuire à couvert. Avant de servir, ajouter la crème aigre. _B.V.

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SORTIES EN VILLE RESTOS

© DR

LE PALAIS DE…

Jean-Claude Carrière, scénariste « Écoutez, vous tombez à point. J’habite au 5 rue Victor-Massé et, au 3 de la même rue, se trouve un restaurant qui, depuis trente-cinq ans, était un endroit quelconque. Il y a trois mois, il a été repris par trois jeunes de l’école hôtelière qui l’ont transformé en bistro gourmand, Le Pantruche. La carte est courte (quatre entrées, plats et desserts et un plat du jour) mais raffinée et bon marché ! Je vous conseille le gaspacho de crabe en entrée, puis les œufs pochés aux petits légumes. Ils cuisinent également très bien l’agneau et le poisson. Je ne peux rien vous dire pour les desserts, je suis toujours rassasié avant. Le seul problème, c’est que c’est bondé ; il faut réserver… même moi qui viens depuis le jour de l’ouverture ! » © Bruno Verjus

Mathieu Perez (à gauche) et David Loyola

_Propos recueillis par L.T. Le Pantruche, 3 rue Victor-Massé, 75009 Paris. Tél. 01 48 78 55 60. www.lepantruche.com Hommage à Jean-Claude Carrière du 1er au 10 juillet au Festival du film de la Rochelle. Retrouvez son interview dans le horssérie Tout ou rien de Trois Couleurs, en librairies le 29 juin.

PETITS PARTAGES ENTRE AMIS

la Recette

Aux deux amis Adresse : 45 rue Oberkampf, 75011 Paris Tél. : 01 58 30 38 13

Petit arrêt chez DAVID LOYOLA et MATHIEU PEREZ, habiles passeurs de petits en-cas pour grandes faims, installés dans la montée qui mène de République à Ménilmontant. _Par Bruno Verjus (www.foodintelligence.blogspot.com)

Depuis le canal Saint-Martin, encore enfoui sous la chaussée à cet endroit-là, la rue Oberkampf escalade d’un sillon pentu et droit la colline de Ménilmontant. Avec sa terrasse ensoleillée, Aux deux amis s’offre vite en escale bienvenue. De ce bar-restaurant pur jus seventies, l’on retient une succession de plats savoureux et justes, un service amical et le compas précis des jambes de femmes en quête de hauteur, ciselant de leurs talons – clac, clac, clac – la chaussée parisienne. David Loyola, côté salle, et Mathieu Perez, côté cuisine, se sont croisés chez Inaki Aizpitarte, icône de la jeune cuisine française au Chateaubriand. Par un beau jour de printemps, ils se sont trouvés et d’un clin d’œil sont devenus « deux amis » : pour le meilleur et pour le dire. 108

juin 2011

David Loyola glisse, tout sourire : « Un lieu, c’est d’abord une histoire à 70% ; mais quand on arrive à en faire une belle histoire à 100%, on touche au bonheur. » Naissance d’une cuisine de rencontres, de cantine et de bistrot : le produit conduit les goûts et la main du chef, « une voie d’épanouissement » pour Mathieu. Juxtaposition de saveurs assaisonnées aimablement, sans chercher l’esbroufe ou le spectaculaire. Des concombres mêlés au yaourt grec, enrichi d’une grosse cuillerée de double crème normande maturée et acidulée ; et quelques tranches de hareng. Le vendredi midi, la clientèle retrouve avec appétit le steak tartare de cheval, un plat signature, à l’égal de la somptueuse tortilla de pomme de terre de Jeanine (la maman de David), reine du soir où l’on ne sert que tapas et petits en-cas. Pour nourrir tout ça, les vins nature coulent au verre, en bouteilles et en magnums. Ils célèbrent les vignerons vivants, ceux qui chérissent leurs vignes et leurs flacons. Aux Deux Amis « invente » une cuisine moderne avec l’empathie du goût du bon et de l’amitié – sans supplément. ◆

© Rue des Archives/BCA

LE CHEF

Les pigeons façon Chère Martha

L’héroïne du film Chère Martha de Sandra Nettelbeck (2001) est la chef obsessionnelle d’un restaurant de Hambourg où, aux hamburgers, l’on préfère cuisiner les pigeons. Sa recette ? Hacher finement deux pommes de terre charlotte, une gousse d’ail et une botte de persil, puis garnir les deux pigeons. Saler et poivrer. Faire revenir dans le beurre fondu jusqu’à ce que les pigeons soient bien dorés. Réserver. Faire revenir le lard dans la même poêle, ajouter les oignons et les girolles. Déglacer la poêle avec un peu de bouillon. Remettre les pigeons et mouiller de bouillon. Cuire à couvert. Avant de servir, ajouter la crème aigre. _B.V.

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SORTIES EN SALLES CINÉMA

L’AGENDA _Par C.G., L.P., E.R., J.R., Lo.Sé. et L.T.

29/06 NAOMI

d e E i t a n Zu r Ave c S u h e l H a d d a d , Yo s s i Po l l a k … P y r a m i d e, I s r a ë l - Fr a n c e, 1h 4 2

Ilan est marié avec la belle et jeune Naomi, à laquelle il voue un amour absolu. Lorsqu’il découvre que la jeune femme a un amant, il décide de rencontrer son rival et se trouve entraîné dans une crise passionnelle ravageuse.

LA PRIMA COSA BELLA

© Diaphana

d e Pa o l o V i r z i Avec Valério Mastandrea, Micaela Ramazzotti… W i l d B u n c h , I t a l i e, 1h 51

Mike de Lars Blumers

Une mère égoïste mais attachante est atteinte d’un cancer. Son fils se retrouve à ses côtés dans la ville où il a grandi. Les allers-retours entre les années 1970 et les années 2000 renouent des liens familiaux rompus.

TRANSFORMERS 3

15/06

d e M i c h a e l B ay Avec Shia LaBeouf, Rosie Huntington-Whitelev… Pa r a m o u n t , Ét a t s - U n i s

L’AMOUR A SES RAISONS

BIENVENUE À CEDAR RAPIDS

Dans la tradition de la bluette à italienne, trois romances s’enchaînent, dépeignant chacune un âge amoureux (jeunesse, maturité, âge de raison). La dernière réunit Bob et Monica, qui livrent une partition moins attendue que les deux précédentes.

Une réunion d’assureurs dans un motel perdu de l’Iowa tourne à la farce. Miguel Arteta (Be Bad) réalise une comédie corporate dans laquelle Ed Helms, révélé dans The Office, cache sous des dehors ternes un angélisme gaffeur.

ESCALADE

MAFROUZA

Une bande de lycéens fait irruption chez son proviseur, Alice, sous prétexte de lui fêter son anniversaire. Alice réalise bientôt qu’elle est devenue leur otage et qu’ils s’apprêtent à lui jouer de sombres tours… Funny games ?

Pendant plusieurs mois, Emmanuelle Demoris a posé sa caméra dans un quartier pauvre du Caire voué à la destruction pour y suivre le quotidien de ses habitants. Une fresque documentaire poétique.

BRIGHTON ROCK

MIKE

Brighton, 1964. Pinkie Brown (Sam Riley), petite frappe ambitieuse, compte venger la mort de son parrain et s’imposer comme leader de la mafia locale. La photographie léchée de ce film de gangster vintage retient l’attention.

Fabrice vit dans un morne village alsacien. Pour pallier à l’ennui, il se fait appeler Mike, tente de monter une affaire de solarium avec des potes, vole des voitures, et finit par rencontrer Sandy…

NOIR OCÉAN

OMAR M’A TUER

Jolie réminiscence du Pacifique selon Marguerite Duras, Noir Océan traverse les personnalités de trois jeunes marins en mission. Des rondes bucoliques aux essais nucléaires, on retient l’éclosion sensible de leur âme d’adulte.

L’acteur et cinéaste Roschdy Zem se fait avocat de la défense d’Omar Raddad, le jardinier de Mougins accusé du meurtre de sa patronne en 1991. Ce film en forme d’enquête éclaircit les zones d’ombres d’une affaire bâclée par la justice.

d e G i ova n n i Ve r o n e s i Ave c Ro b e r t D e N i r o, M o n i c a B e l l u c c i… B e l l i s s i m a , I t a l i e, 2 h 0 5

d e C h a r l ot t e S i l ve r a Ave c Ca r m e n M a u r a , Re n a u d C e s t r e… H éva d i s , Fr a n c e, 1h 2 0

d e Miguel Arteta Avec Ed Helm, John C. Reilly… 20th Century Fox, États-Unis, 1h27

d’Emmanuelle Demoris Documentaire en cinq par ties S h e l l a c, Fr a n c e

Michael Bay nous offre la Lune, point de départ de ce dernier volet de la trilogie guerrière qui voit les robots ménager leurs forces en vue d’un affrontement final où les carcasses se ramassent au tractopelle.

WHEN YOU’RE STRANGE

d e To m D i C i l l o Documentaire, avec la voix de Johnny Depp M K 2 , Ét a t s - U n i s , 1h 3 0

Sorti l’an dernier, ce documentaire sur les Doors revient en salles pour le quarantième anniversaire de la mort de Jim Morrison. Une plongée dans une fascinante histoire de rock, de poésie et de célébrité douloureuse.

22/06

de Marion Hänsel Ave c N i c o l a s Ro b i n , Ad r i e n Jo l i ve t … E u r ozo o m , Fr a n c e -A l l e m a g n e - B e l g i q u e, 1h 2 7

de Lars Blumers Avec Marc-André Grondin, Christa Theret… D i a p h a n a , Fr a n c e, 1h 2 6

d e Ro s c h d y Z e m Ave c S a m i B o u a j i l a , D e n i s Po d a l yd è s… M a r s , Fr a n c e, 1h 2 5

La Mujer sin piano de Javier Rebollo et Stefan Schmitz

110

juin 2011

© Bodega Films

d e Rowa n Jo f f e Ave c S a m R i l ey, A n d r e a R i s e b o r o u g h… O c é a n , G r a n d e - B r e t a g n e, 1h 51

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SORTIES EN SALLES CINÉMA

L’AGENDA _Par C.G., L.P., E.R., J.R., Lo.Sé. et L.T.

29/06 NAOMI

d e E i t a n Zu r Ave c S u h e l H a d d a d , Yo s s i Po l l a k … P y r a m i d e, I s r a ë l - Fr a n c e, 1h 4 2

Ilan est marié avec la belle et jeune Naomi, à laquelle il voue un amour absolu. Lorsqu’il découvre que la jeune femme a un amant, il décide de rencontrer son rival et se trouve entraîné dans une crise passionnelle ravageuse.

LA PRIMA COSA BELLA

© Diaphana

d e Pa o l o V i r z i Avec Valério Mastandrea, Micaela Ramazzotti… W i l d B u n c h , I t a l i e, 1h 51

Mike de Lars Blumers

Une mère égoïste mais attachante est atteinte d’un cancer. Son fils se retrouve à ses côtés dans la ville où il a grandi. Les allers-retours entre les années 1970 et les années 2000 renouent des liens familiaux rompus.

TRANSFORMERS 3

15/06

d e M i c h a e l B ay Avec Shia LaBeouf, Rosie Huntington-Whitelev… Pa r a m o u n t , Ét a t s - U n i s

L’AMOUR A SES RAISONS

BIENVENUE À CEDAR RAPIDS

Dans la tradition de la bluette à italienne, trois romances s’enchaînent, dépeignant chacune un âge amoureux (jeunesse, maturité, âge de raison). La dernière réunit Bob et Monica, qui livrent une partition moins attendue que les deux précédentes.

Une réunion d’assureurs dans un motel perdu de l’Iowa tourne à la farce. Miguel Arteta (Be Bad) réalise une comédie corporate dans laquelle Ed Helms, révélé dans The Office, cache sous des dehors ternes un angélisme gaffeur.

ESCALADE

MAFROUZA

Une bande de lycéens fait irruption chez son proviseur, Alice, sous prétexte de lui fêter son anniversaire. Alice réalise bientôt qu’elle est devenue leur otage et qu’ils s’apprêtent à lui jouer de sombres tours… Funny games ?

Pendant plusieurs mois, Emmanuelle Demoris a posé sa caméra dans un quartier pauvre du Caire voué à la destruction pour y suivre le quotidien de ses habitants. Une fresque documentaire poétique.

BRIGHTON ROCK

MIKE

Brighton, 1964. Pinkie Brown (Sam Riley), petite frappe ambitieuse, compte venger la mort de son parrain et s’imposer comme leader de la mafia locale. La photographie léchée de ce film de gangster vintage retient l’attention.

Fabrice vit dans un morne village alsacien. Pour pallier à l’ennui, il se fait appeler Mike, tente de monter une affaire de solarium avec des potes, vole des voitures, et finit par rencontrer Sandy…

NOIR OCÉAN

OMAR M’A TUER

Jolie réminiscence du Pacifique selon Marguerite Duras, Noir Océan traverse les personnalités de trois jeunes marins en mission. Des rondes bucoliques aux essais nucléaires, on retient l’éclosion sensible de leur âme d’adulte.

L’acteur et cinéaste Roschdy Zem se fait avocat de la défense d’Omar Raddad, le jardinier de Mougins accusé du meurtre de sa patronne en 1991. Ce film en forme d’enquête éclaircit les zones d’ombres d’une affaire bâclée par la justice.

d e G i ova n n i Ve r o n e s i Ave c Ro b e r t D e N i r o, M o n i c a B e l l u c c i… B e l l i s s i m a , I t a l i e, 2 h 0 5

d e C h a r l ot t e S i l ve r a Ave c Ca r m e n M a u r a , Re n a u d C e s t r e… H éva d i s , Fr a n c e, 1h 2 0

d e Miguel Arteta Avec Ed Helm, John C. Reilly… 20th Century Fox, États-Unis, 1h27

d’Emmanuelle Demoris Documentaire en cinq par ties S h e l l a c, Fr a n c e

Michael Bay nous offre la Lune, point de départ de ce dernier volet de la trilogie guerrière qui voit les robots ménager leurs forces en vue d’un affrontement final où les carcasses se ramassent au tractopelle.

WHEN YOU’RE STRANGE

d e To m D i C i l l o Documentaire, avec la voix de Johnny Depp M K 2 , Ét a t s - U n i s , 1h 3 0

Sorti l’an dernier, ce documentaire sur les Doors revient en salles pour le quarantième anniversaire de la mort de Jim Morrison. Une plongée dans une fascinante histoire de rock, de poésie et de célébrité douloureuse.

22/06

de Marion Hänsel Ave c N i c o l a s Ro b i n , Ad r i e n Jo l i ve t … E u r ozo o m , Fr a n c e -A l l e m a g n e - B e l g i q u e, 1h 2 7

de Lars Blumers Avec Marc-André Grondin, Christa Theret… D i a p h a n a , Fr a n c e, 1h 2 6

d e Ro s c h d y Z e m Ave c S a m i B o u a j i l a , D e n i s Po d a l yd è s… M a r s , Fr a n c e, 1h 2 5

La Mujer sin piano de Javier Rebollo et Stefan Schmitz

110

juin 2011

© Bodega Films

d e Rowa n Jo f f e Ave c S a m R i l ey, A n d r e a R i s e b o r o u g h… O c é a n , G r a n d e - B r e t a g n e, 1h 51

www.mk2.com 111


SORTIES EN SALLES CINÉMA

L’AGENDA _Par C.G., L.P., E.R., J.R., Lo.Sé. et L.T.

(suite)

06/07 CHICO & RITA

DERRIÈRE LES MURS

Chico est un musicien cubain qui rêve d’Amérique, Rita une danseuse au caractère de feu. Ensemble, ils vont vivre une histoire d’amour et de musique. Ce film d’animation emporte le morceau grâce à son rythme caliente.

Une jeune écrivain de la ville (Laetitia Casta) se rend dans une maison à la campagne pour y trouver la force d’écrire. Elle est vite confrontée à des présences cauchemardesques, sur fond d’opiomanie galopante…

HOP

LÉA

Les aventures de Robbie, jeune lapin rechignant à hériter du business familial, une chocolaterie. Ce film d’animation pour enfants, habilement sorti à Pâques aux États-Unis, y a fait un carton.

Léa est étudiante à Sciences Po le jour, strip-teaseuse la nuit. Derrière son pitch racoleur, le film cache une passionnante réflexion sur la place du corps dans nos sociétés libérales, et révèle la jeune Anne Azoulay, épatante.

d e Fernando Trueba et Javier Mariscal Avec les voix de Bebo Valdés et Idania Valdés… Re zo, G r a n d e - B r e t a g n e - E s p a g n e, 1h 3 4

d e Pa s c a l S i d e t J u l i e n L a c o m b e Ave c L a e t i t i a Ca s t a , T h i e r r y N e u v i c… Bac, France, 1h30

d e Tim Hill Avec les voix de Russell Brand, James Marsden… Universal, États-Unis, 1h35

d e B r u n o Ro l l a n d Avec Anne Azoulay, Ginette Garcin… Zelig, France, 1h33

13/07 LES DEUX CHEVAUX DE GENGIS KHAN

HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT – PARTIE 2

d e Byambasuren Davaa Avec Urna Chahar-Tugchi, Hicheengui Sambuu… Jupiter, Mongolie-Allemagne, 1h27

d e D av i d Ya t e s Ave c D a n i e l R a d c l i f f e, E m m a Wa t s o n… Wa r n e r, G r a n d e - B r e t a g n e - Ét a t s - U n i s

Urna part sur les traces de sa grandmère, le temps d’une quête spirituelle bercée par le son d’un vieux violon à tête de cheval. Après Le Chien jaune de Mongolie, Byambasuren Davaa continue son exploration sereine des steppes.

Dans cet ultime épisode de la saga, Harry, Ron et Hermione retournent à Poudlard pour combattre l’éternité de Voldemort. Un dernier combat s’engage entre les deux sorciers…

LA MUJER SIN PIANO

LA TRAQUE

Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme au foyer madrilène, ou le portrait d’une solitude de femme et de sa fuite dans la nuit. Le deuxième film de Javier Rebollo a remporté le prix de la réalisation au Festival du film de San Sebastian.

Grégoire Colin et François Levantal partent à la chasse contre les forces invisibles qui ravagent une forêt avoisinante. Un premier film, thriller fantastique inspiré par les séries B de John Carpenter et Stephen King.

d e Javier Rebollo et Stefan Schmit z Avec Carmen Machi, Jan Buda… Bodega, Espagne, 1h3 5

d ’A n to i n e B l o s s i e r Avec Grégoire Colin, Bérénice Béjo… Rezo, France, 1h2 0

ET AUSSI… 15/06

29/06

L’AFFAIRE RACHEL SINGER de John Madden (lire la critique p. 58) LA BALADE SAUVAGE de Terrence Malick (lire la critique p. 82) BEGINNERS de Mike Mills (lire la critique p. 114) BLUE VALENTINE de Derek Cianfrance (lire l’article p. 48) INSIDIOUS de James Wan (lire l’article p. 26) KUNG FU PANDA 2 de Jennifer Yuh (lire la critique p. 80) POURQUOI TU PLEURES ? de Katia Lewkowicz (lire la critique p. 117)

MY LITTLE PRINCESS d’Eva Ionesco (lire l’article p. 12) NI À VENDRE NI À LOUER de Pascal Rabaté (lire l’interview p. 78)

et la c r i t i q u e p. 12 2 )

22/06

BALADA TRISTE d’Álex de la Iglesia (lire la critique p. 118) LA DERNIÈRE PISTE de Kelly Reichardt (lire l’article p. 48 et l’interview p. 52) PATER d’Alain Cavalier (lire la critique p. 116)

112

06/07

HANNA de Joe Wright (lire la critique p. 120) I’M STILL HERE de Casey Affleck (lire la critique p. 28) TOO MUCH PUSSY ! d’Émilie Jouvet (lire l’article p. 38) UN AMOUR DE JEUNESSE de Mia Hansen-Løve (lire l’article p. 11

juin 2011

13/07

3 FOIS 20 ANS de Julie Gavras (lire p. 126) DEEP END de Jerzy Skolimowski (lire la critique p. 124) LE MOINE de Dominik Moll (lire l’article p. 22) www.mk2.com 113


SORTIES EN SALLES CINÉMA

L’AGENDA _Par C.G., L.P., E.R., J.R., Lo.Sé. et L.T.

(suite)

06/07 CHICO & RITA

DERRIÈRE LES MURS

Chico est un musicien cubain qui rêve d’Amérique, Rita une danseuse au caractère de feu. Ensemble, ils vont vivre une histoire d’amour et de musique. Ce film d’animation emporte le morceau grâce à son rythme caliente.

Une jeune écrivain de la ville (Laetitia Casta) se rend dans une maison à la campagne pour y trouver la force d’écrire. Elle est vite confrontée à des présences cauchemardesques, sur fond d’opiomanie galopante…

HOP

LÉA

Les aventures de Robbie, jeune lapin rechignant à hériter du business familial, une chocolaterie. Ce film d’animation pour enfants, habilement sorti à Pâques aux États-Unis, y a fait un carton.

Léa est étudiante à Sciences Po le jour, strip-teaseuse la nuit. Derrière son pitch racoleur, le film cache une passionnante réflexion sur la place du corps dans nos sociétés libérales, et révèle la jeune Anne Azoulay, épatante.

d e Fernando Trueba et Javier Mariscal Avec les voix de Bebo Valdés et Idania Valdés… Re zo, G r a n d e - B r e t a g n e - E s p a g n e, 1h 3 4

d e Pa s c a l S i d e t J u l i e n L a c o m b e Ave c L a e t i t i a Ca s t a , T h i e r r y N e u v i c… Bac, France, 1h30

d e Tim Hill Avec les voix de Russell Brand, James Marsden… Universal, États-Unis, 1h35

d e B r u n o Ro l l a n d Avec Anne Azoulay, Ginette Garcin… Zelig, France, 1h33

13/07 LES DEUX CHEVAUX DE GENGIS KHAN

HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT – PARTIE 2

d e Byambasuren Davaa Avec Urna Chahar-Tugchi, Hicheengui Sambuu… Jupiter, Mongolie-Allemagne, 1h27

d e D av i d Ya t e s Ave c D a n i e l R a d c l i f f e, E m m a Wa t s o n… Wa r n e r, G r a n d e - B r e t a g n e - Ét a t s - U n i s

Urna part sur les traces de sa grandmère, le temps d’une quête spirituelle bercée par le son d’un vieux violon à tête de cheval. Après Le Chien jaune de Mongolie, Byambasuren Davaa continue son exploration sereine des steppes.

Dans cet ultime épisode de la saga, Harry, Ron et Hermione retournent à Poudlard pour combattre l’éternité de Voldemort. Un dernier combat s’engage entre les deux sorciers…

LA MUJER SIN PIANO

LA TRAQUE

Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme au foyer madrilène, ou le portrait d’une solitude de femme et de sa fuite dans la nuit. Le deuxième film de Javier Rebollo a remporté le prix de la réalisation au Festival du film de San Sebastian.

Grégoire Colin et François Levantal partent à la chasse contre les forces invisibles qui ravagent une forêt avoisinante. Un premier film, thriller fantastique inspiré par les séries B de John Carpenter et Stephen King.

d e Javier Rebollo et Stefan Schmit z Avec Carmen Machi, Jan Buda… Bodega, Espagne, 1h3 5

d ’A n to i n e B l o s s i e r Avec Grégoire Colin, Bérénice Béjo… Rezo, France, 1h2 0

ET AUSSI… 15/06

29/06

L’AFFAIRE RACHEL SINGER de John Madden (lire la critique p. 58) LA BALADE SAUVAGE de Terrence Malick (lire la critique p. 82) BEGINNERS de Mike Mills (lire la critique p. 114) BLUE VALENTINE de Derek Cianfrance (lire l’article p. 48) INSIDIOUS de James Wan (lire l’article p. 26) KUNG FU PANDA 2 de Jennifer Yuh (lire la critique p. 80) POURQUOI TU PLEURES ? de Katia Lewkowicz (lire la critique p. 117)

MY LITTLE PRINCESS d’Eva Ionesco (lire l’article p. 12) NI À VENDRE NI À LOUER de Pascal Rabaté (lire l’interview p. 78)

et la c r i t i q u e p. 12 2 )

22/06

BALADA TRISTE d’Álex de la Iglesia (lire la critique p. 118) LA DERNIÈRE PISTE de Kelly Reichardt (lire l’article p. 48 et l’interview p. 52) PATER d’Alain Cavalier (lire la critique p. 116)

112

06/07

HANNA de Joe Wright (lire la critique p. 120) I’M STILL HERE de Casey Affleck (lire la critique p. 28) TOO MUCH PUSSY ! d’Émilie Jouvet (lire l’article p. 38) UN AMOUR DE JEUNESSE de Mia Hansen-Løve (lire l’article p. 11

juin 2011

13/07

3 FOIS 20 ANS de Julie Gavras (lire p. 126) DEEP END de Jerzy Skolimowski (lire la critique p. 124) LE MOINE de Dominik Moll (lire l’article p. 22) www.mk2.com 113


© MK2 Diffusion

13/07

06/07

29/06

22/06

15/06

SORTIES EN SALLES CINÉMA

BAL DES DÉBUTANTS Chien sans collier, actrice muette, père qui redécouvre la vie, héros sans qualité : peuplé de jeux graphiques et de tendresse romantique, le deuxième film de l’Américain MIKE MILLS dessine un monde où tout est à (re)commencer. _Par Renan Cros

Porté par un casting quatre étoiles, Beginners est une fable mélancolique sur l’« ultra moderne solitude ». Croisant les temporalités et les personnages, le film suit les pas d’Oliver (Ewan McGregor, formidable comme toujours) qui, perdu dans les souvenirs du récent décès de son père, fait la connaissance impromptue d’une actrice en jet lag (Mélanie Laurent). Perpétuant la longue lignée

d’un cinéma indépendant américain aussi lucide que poétique (300 jours ensemble, Up in the air…), le film affronte les sujets les plus graves avec une fantaisie ouatée. Ainsi, le coming out tardif du père octogénaire du héros devient la source d’une multitude de séquences hédonistes où Oliver assiste, émerveillé, à sa renaissance. Véritables sursauts de vie, ces scènes s’insinuent dans le film comme des souvenirs obsédants et hantent les choix du présent : que faire de sa vie ? Qu’est-ce que « faire le bon choix » ? Accompagné d’un chien philosophe ne supportant pas la solitude, Oliver traîne son corps lourd de souvenirs. C’est la rencontre improbable et inespérée avec une actrice aphone, sommet de romantisme du film, qui l’obligera à vivre enfin sa vie. D’une étreinte silencieuse à une danse nocturne, de petits jeux en petits riens, père et fils renaissent

sous nos yeux dans les bras d’un(e) autre. Mais plus encore, c’est bien après eux-mêmes que les personnages courent. S’apprivoiser, se comprendre, tel est l’enjeu d’une valse à trois personnages, entre passé et présent. Digne compagnon de Miranda July (réalisatrice de Moi, toi, et tous les autres et The Future), Mike Mills met son talent de graphiste au service de t rouva i l le s a n i mé e s q u i r y t h ment son f ilm et lui d o n n e nt d e s a i r s d e c o nt e contemporain sur l’acceptation de soi. ◆

© MK2 Diffusion

BEGINNERS

de Mike Mills Avec : Ewan McGregor, Mélanie Laurent… Distribution : MK2 Durée : 1h44 Sortie : 15 juin

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour le regard de Christopher Plummer, vieillard plein de vie, qui découvre l’amour dans les bras de Goran Visnjic.

114

juin 2011

2… Pour la douceur et l’étrangeté d’une rencontre amoureuse silencieuse entre Freud et Groucho Marx, au cours d’une soirée costumée.

3… Pour les apartés circonspects d’un chien sans collier et le coup de crayon de Mike Mills, qui donnent au film sa poésie et sa candeur.

www.mk2.com 115


© MK2 Diffusion

13/07

06/07

29/06

22/06

15/06

SORTIES EN SALLES CINÉMA

BAL DES DÉBUTANTS Chien sans collier, actrice muette, père qui redécouvre la vie, héros sans qualité : peuplé de jeux graphiques et de tendresse romantique, le deuxième film de l’Américain MIKE MILLS dessine un monde où tout est à (re)commencer. _Par Renan Cros

Porté par un casting quatre étoiles, Beginners est une fable mélancolique sur l’« ultra moderne solitude ». Croisant les temporalités et les personnages, le film suit les pas d’Oliver (Ewan McGregor, formidable comme toujours) qui, perdu dans les souvenirs du récent décès de son père, fait la connaissance impromptue d’une actrice en jet lag (Mélanie Laurent). Perpétuant la longue lignée

d’un cinéma indépendant américain aussi lucide que poétique (300 jours ensemble, Up in the air…), le film affronte les sujets les plus graves avec une fantaisie ouatée. Ainsi, le coming out tardif du père octogénaire du héros devient la source d’une multitude de séquences hédonistes où Oliver assiste, émerveillé, à sa renaissance. Véritables sursauts de vie, ces scènes s’insinuent dans le film comme des souvenirs obsédants et hantent les choix du présent : que faire de sa vie ? Qu’est-ce que « faire le bon choix » ? Accompagné d’un chien philosophe ne supportant pas la solitude, Oliver traîne son corps lourd de souvenirs. C’est la rencontre improbable et inespérée avec une actrice aphone, sommet de romantisme du film, qui l’obligera à vivre enfin sa vie. D’une étreinte silencieuse à une danse nocturne, de petits jeux en petits riens, père et fils renaissent

sous nos yeux dans les bras d’un(e) autre. Mais plus encore, c’est bien après eux-mêmes que les personnages courent. S’apprivoiser, se comprendre, tel est l’enjeu d’une valse à trois personnages, entre passé et présent. Digne compagnon de Miranda July (réalisatrice de Moi, toi, et tous les autres et The Future), Mike Mills met son talent de graphiste au service de t rouva i l le s a n i mé e s q u i r y t h ment son f ilm et lui d o n n e nt d e s a i r s d e c o nt e contemporain sur l’acceptation de soi. ◆

© MK2 Diffusion

BEGINNERS

de Mike Mills Avec : Ewan McGregor, Mélanie Laurent… Distribution : MK2 Durée : 1h44 Sortie : 15 juin

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour le regard de Christopher Plummer, vieillard plein de vie, qui découvre l’amour dans les bras de Goran Visnjic.

114

juin 2011

2… Pour la douceur et l’étrangeté d’une rencontre amoureuse silencieuse entre Freud et Groucho Marx, au cours d’une soirée costumée.

3… Pour les apartés circonspects d’un chien sans collier et le coup de crayon de Mike Mills, qui donnent au film sa poésie et sa candeur.

www.mk2.com 115


SORTIES EN SALLES CINÉMA

SORTIES EN SALLES CINÉMA

15/06

15/06

22/06

22/06

29/06

29/06

06/07

06/07

POURQUOI TU PLEURES ?

de Katia Lewkowicz Avec : Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos… Distribution : Le Pacte Durée : 1h39 Sortie : 15 juin

Le premier long métrage de KATIA LEWKOWICZ conjugue la comédie romantique à l’anglo-saxonne et la comédie autosceptique à la française. En sort un film de mariage porté par la nonchalance de Benjamin Biolay. _Par Louis Séguin

Quelques jours avant son mariage, un trentenaire (Benjamin Biolay) se pose toutes les questions d’usage : est-ce vraiment son choix ? Le film, à mesure que ces doutes sont soulevés, affirme en creux que le héros n’obtiendra pas de réponses – ou plutôt qu’on y répondra à sa place. Le personnage de Biolay flotte dans un monde de femmes, qui se le prêtent comme un Ken téné-

breux. La mère tout d’abord (Nicole Garcia) qui, faute d’avoir pu garder son mari, essaye de rapter son fils. La sœur ensuite (Emmanuelle Devos), dont les conseils prennent valeur d’injonctions. Et surtout la future épouse, Anna (Valérie Donzelli), qui encercle son chéri avec sa famille nombreuse. Avec cette figure de la mariée, Pourquoi tu pleures ? prend à rebours le schéma attendu du film prémarital, toujours plus ou moins favorable à la tromperie. Ici, le héros trouve une maîtresse in extremis (Léa, aka Sarah Adler) et cherche en elle une paix maternelle. Il ne s’agit pas d’une aventure, plutôt d’un refuge. Et pour cause : Katia Lewkowicz démontre obstinément que la vraie aventure, c’est le mariage. Et que, si l’on ne sait pas pourquoi l’on se marie, il faut du moins le faire – comme on prête serment à Dieu. Credo quia absurdum, la foi dans le mariage ne s’encombre pas d’explications. ◆

Katia Lewkowicz Comment s’est passé le travail avec Benjamin Biolay ? Il n’a pas eu de formation, il est instinctif et sincère. On s’est accordé une confiance mutuelle en amont, et à partir de là c’était facile. En plus, son personnage était celui avec lequel je pouvais parler de moi le plus facilement, parce que c’est un personnage masculin. Les personnages se posent beaucoup de questions sur le mariage sans toujours trouver les réponses… Je voulais poser la question : pourquoi fait-on les choses ? Il faut toujours faire le deuil de quelque chose pour pouvoir vivre et aller de l’avant. Je pense que deux personnes qui se font un serment d’amour dans le monde d’aujourd’hui, c’est l’assurance d’un endroit de repos. Avez-vous pensé à des influences précises en faisant ce film ? J’adore les films de Sautet, de Desplechin. J’aime aussi les films de divertissement ; j’ai grandi à une époque où la comédie était reine : je suis dingue des frères Farrelly, de Ben Stiller… On fait chacun un mélange avec sa sensibilité, on restitue de soi avec des petits bouts d’autres.

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour le charme de ses actrices, qui habitent et dirigent le film, de Valérie Donzelli à Nicole Garcia, en passant par Emmanuelle Devos.

116

juin 2011

Œdipe roi PateR

d’Alain Cavalier Avec : Vincent Lindon, Alain Cavalier… Distribution : Pathé Sortie : 22 juin

Fidèle à la forme radicale de ses précédents films, ALAIN CAVALIER pose, avec Pater, la question de la représentation du pouvoir à l’écran : comment incarner celui qui incarne la France ? En revenant, propose-t-il avec humour, aux fondements mythologiques de l’autorité – celle d’un père sur son fils. _Par Auréliano Tonet

Voilà l’exact inverse de La Conquête, également présenté à Cannes cette année. Contrairement au film mimétique de Xavier Durringer, Pater n’entend pas épouser le réel, mais s’en évader par la politique-fiction, chemin de traverse qui atteint, à cer tains moments, la force du mythe. Tout

commence par une hypothèse saugrenue du cinéaste, que l’on peut résumer comme suit : « Et si j’étais Président de la République ? Et si Vincent Lindon était mon Premier ministre ? » À l’aide d’un dispositif minimal (deux caméras DV, tenues par les deux protagonistes), le film enregistre, sur plusieurs mois, les efforts de Cavalier et de Lindon pour entrer dans les rôles qu’ils se sont choisis. Nomination, projet de loi (en l’occurrence, la création d’un salaire maximum), loyauté, intrigues de couloirs, traîtrise, démission, nouvelle élection : moments forts et à-côtés de la vie politique alternent avec des blocs de réalité où les deux hommes tombent le costume, se révélant sous leur vrai jour de filmeur méticuleux, bon vivant et taquin (Cavalier) et de comédien colérique, hâbleur et sympathique (Lindon).

René, Irène), Cavalier s’amuse à conter le déchirement d’un vrai-faux père et de son vrai-faux fils, animés par le même amour pour la chose publique et cinématographique, mère de tous leurs mots. Ni documentaire, ni fiction, Pater est un pur ovni filmique, réflexion – au sens philosophique et narcissique – sur l’amitié, le pouvoir et le cinéma, suggérant que la politique est d’abord affaire de décor, de carapace : intérieur / extérieur, tel était, nous disent Cavalier et Lindon, le dilemme d’Œdipe – sauf que celuici, au lieu de se crever les yeux, nous les ouvre grand. ◆

Grand portraitiste de cinéma, dont les plus beaux films prennent toujours la forme du dialogue (Thérèse,

© Camera One

3 questions à

© Camera One

© Le Pacte

13/07

13/07

LE JOUR LE PLUS LONG

3 raisons d’aller voir ce film 2… Pour la bande originale, signée Marc Chouarain et Benjamin Biolay, qui se marie parfaitement aux vapeurs d’eau de rose de cette comédie sophistiquée.

3… Pour les scènes faisant intervenir la belle-famille israélienne du héros, qui provoque agacement et tendresse en s’immisçant dans la relation des futurs mariés.

1… Parce qu’il s’agit moins d’un Pater noster que d’un Pater familias : plutôt que de sacraliser le décorum de la République, Cavalier nous le rend intime et familier.

2… Pour les échos troublants que certaines scènes entretiennent avec une récente actualité hôtelière et judiciaire new-yorkaise…

3… Pour le montage du film, qui accorde autant d’importance aux hypothèses de l’expérience (préparation, séquences « off »…) qu’à sa démonstration.

www.mk2.com 117


SORTIES EN SALLES CINÉMA

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15/06

15/06

22/06

22/06

29/06

29/06

06/07

06/07

POURQUOI TU PLEURES ?

de Katia Lewkowicz Avec : Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos… Distribution : Le Pacte Durée : 1h39 Sortie : 15 juin

Le premier long métrage de KATIA LEWKOWICZ conjugue la comédie romantique à l’anglo-saxonne et la comédie autosceptique à la française. En sort un film de mariage porté par la nonchalance de Benjamin Biolay. _Par Louis Séguin

Quelques jours avant son mariage, un trentenaire (Benjamin Biolay) se pose toutes les questions d’usage : est-ce vraiment son choix ? Le film, à mesure que ces doutes sont soulevés, affirme en creux que le héros n’obtiendra pas de réponses – ou plutôt qu’on y répondra à sa place. Le personnage de Biolay flotte dans un monde de femmes, qui se le prêtent comme un Ken téné-

breux. La mère tout d’abord (Nicole Garcia) qui, faute d’avoir pu garder son mari, essaye de rapter son fils. La sœur ensuite (Emmanuelle Devos), dont les conseils prennent valeur d’injonctions. Et surtout la future épouse, Anna (Valérie Donzelli), qui encercle son chéri avec sa famille nombreuse. Avec cette figure de la mariée, Pourquoi tu pleures ? prend à rebours le schéma attendu du film prémarital, toujours plus ou moins favorable à la tromperie. Ici, le héros trouve une maîtresse in extremis (Léa, aka Sarah Adler) et cherche en elle une paix maternelle. Il ne s’agit pas d’une aventure, plutôt d’un refuge. Et pour cause : Katia Lewkowicz démontre obstinément que la vraie aventure, c’est le mariage. Et que, si l’on ne sait pas pourquoi l’on se marie, il faut du moins le faire – comme on prête serment à Dieu. Credo quia absurdum, la foi dans le mariage ne s’encombre pas d’explications. ◆

Katia Lewkowicz Comment s’est passé le travail avec Benjamin Biolay ? Il n’a pas eu de formation, il est instinctif et sincère. On s’est accordé une confiance mutuelle en amont, et à partir de là c’était facile. En plus, son personnage était celui avec lequel je pouvais parler de moi le plus facilement, parce que c’est un personnage masculin. Les personnages se posent beaucoup de questions sur le mariage sans toujours trouver les réponses… Je voulais poser la question : pourquoi fait-on les choses ? Il faut toujours faire le deuil de quelque chose pour pouvoir vivre et aller de l’avant. Je pense que deux personnes qui se font un serment d’amour dans le monde d’aujourd’hui, c’est l’assurance d’un endroit de repos. Avez-vous pensé à des influences précises en faisant ce film ? J’adore les films de Sautet, de Desplechin. J’aime aussi les films de divertissement ; j’ai grandi à une époque où la comédie était reine : je suis dingue des frères Farrelly, de Ben Stiller… On fait chacun un mélange avec sa sensibilité, on restitue de soi avec des petits bouts d’autres.

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour le charme de ses actrices, qui habitent et dirigent le film, de Valérie Donzelli à Nicole Garcia, en passant par Emmanuelle Devos.

116

juin 2011

Œdipe roi PateR

d’Alain Cavalier Avec : Vincent Lindon, Alain Cavalier… Distribution : Pathé Sortie : 22 juin

Fidèle à la forme radicale de ses précédents films, ALAIN CAVALIER pose, avec Pater, la question de la représentation du pouvoir à l’écran : comment incarner celui qui incarne la France ? En revenant, propose-t-il avec humour, aux fondements mythologiques de l’autorité – celle d’un père sur son fils. _Par Auréliano Tonet

Voilà l’exact inverse de La Conquête, également présenté à Cannes cette année. Contrairement au film mimétique de Xavier Durringer, Pater n’entend pas épouser le réel, mais s’en évader par la politique-fiction, chemin de traverse qui atteint, à cer tains moments, la force du mythe. Tout

commence par une hypothèse saugrenue du cinéaste, que l’on peut résumer comme suit : « Et si j’étais Président de la République ? Et si Vincent Lindon était mon Premier ministre ? » À l’aide d’un dispositif minimal (deux caméras DV, tenues par les deux protagonistes), le film enregistre, sur plusieurs mois, les efforts de Cavalier et de Lindon pour entrer dans les rôles qu’ils se sont choisis. Nomination, projet de loi (en l’occurrence, la création d’un salaire maximum), loyauté, intrigues de couloirs, traîtrise, démission, nouvelle élection : moments forts et à-côtés de la vie politique alternent avec des blocs de réalité où les deux hommes tombent le costume, se révélant sous leur vrai jour de filmeur méticuleux, bon vivant et taquin (Cavalier) et de comédien colérique, hâbleur et sympathique (Lindon).

René, Irène), Cavalier s’amuse à conter le déchirement d’un vrai-faux père et de son vrai-faux fils, animés par le même amour pour la chose publique et cinématographique, mère de tous leurs mots. Ni documentaire, ni fiction, Pater est un pur ovni filmique, réflexion – au sens philosophique et narcissique – sur l’amitié, le pouvoir et le cinéma, suggérant que la politique est d’abord affaire de décor, de carapace : intérieur / extérieur, tel était, nous disent Cavalier et Lindon, le dilemme d’Œdipe – sauf que celuici, au lieu de se crever les yeux, nous les ouvre grand. ◆

Grand portraitiste de cinéma, dont les plus beaux films prennent toujours la forme du dialogue (Thérèse,

© Camera One

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13/07

13/07

LE JOUR LE PLUS LONG

3 raisons d’aller voir ce film 2… Pour la bande originale, signée Marc Chouarain et Benjamin Biolay, qui se marie parfaitement aux vapeurs d’eau de rose de cette comédie sophistiquée.

3… Pour les scènes faisant intervenir la belle-famille israélienne du héros, qui provoque agacement et tendresse en s’immisçant dans la relation des futurs mariés.

1… Parce qu’il s’agit moins d’un Pater noster que d’un Pater familias : plutôt que de sacraliser le décorum de la République, Cavalier nous le rend intime et familier.

2… Pour les échos troublants que certaines scènes entretiennent avec une récente actualité hôtelière et judiciaire new-yorkaise…

3… Pour le montage du film, qui accorde autant d’importance aux hypothèses de l’expérience (préparation, séquences « off »…) qu’à sa démonstration.

www.mk2.com 117


© SND

13/07

06/07

29/06

22/06

15/06

SORTIES EN SALLES CINÉMA

FRANCO FOLIES

_Par Julien Dupuy

Un clown déglingué se fraie un chemin dans le chaos d’un champ de bataille. Machette au poing, un sourire figé fendant son visage grimé, il démembre avec brutalité une armée adverse déroutée par ce spectacle grotesque et terrifiant. Bienvenue dans la guerre civile espagnole revue et corrigée par Álex de la Iglesia, plus rageur que jamais. Cette ouverture épique et sardonique donne avec fracas le ton de Balada Triste, qui retrace quarante ans d’histoire

Film de monstres (Lon Chaney est explicitement cité dans l’hallucinant générique d’ouverture), romance sadique, reconstitution historique grandiose, suspense à grand spectacle, satyre au vitriol des recoins les plus dégueulasses de la société espagnole, Balada Triste condense toute l ’œuvre de ce metteur en scène qui, depuis vingt ans, fait trembler les salles obscures ibériques sous des éclats de rires désespérés. Un parcours sans faute, ponctué de triomphes comme Le Jour de la bête ou Mort de rire, qui l’a même porté au poste de président de l’Académie du cinéma espagnol. Un siège prestigieux que

De la Iglesia a quitté brusquement en début d’année pour protester contre la loi Sinde, équivalent de notre Hadopi nationale. Pourtant, une fois n’est pas coutume, l’Espagne est restée sourde au déchirant hurlement de désespoir qu’est Balada Triste. La catharsis est sans doute arrivée trop tôt, sous une forme trop radicale. Dommage, car sous ces monceaux de colère ravageuse se cache un cœur titanesque. Ici bien plus qu’ailleurs, qui aime bien châtie bien. ◆

© SND

Croisement improbable entre Federico Fellini et Alfred Hitchcock, le nihiliste espagnol Álex de la Iglesia nous offre le plus grand film de sa carrière. Rien que ça.

espagnole, de l’accession de Franco au pouvoir (1939) jusqu’à sa fin de règne (1975), à travers le parcours d’un clown blanc qui – trop aimant et compatissant – sera mentalement et physiquement défiguré par les dérives d’un pays malade.

© SDN

BALADA TRISTE

d’Álex de la Iglesia Avec : Carlos Areces, Antonio de la Torre… Distribution : SND Durée : 1h47 Sortie : 22 juin

3 raisons d’aller voir ce film 1… Parce que Balada Triste est l’œuvre somme d’Álex de la Iglesia l’un des plus grands cinéastes espagnols actuels.

118

juin 2011

2… Parce que Carlos Areces et Carolina Bang y sont brillants dans les rôles principaux.

3… Parce qu’en sortant lessivé de ce film qui cogne dans tous les sens, vous vous sentirez plus vivant que jamais.

www.mk2.com 119


© SND

13/07

06/07

29/06

22/06

15/06

SORTIES EN SALLES CINÉMA

FRANCO FOLIES

_Par Julien Dupuy

Un clown déglingué se fraie un chemin dans le chaos d’un champ de bataille. Machette au poing, un sourire figé fendant son visage grimé, il démembre avec brutalité une armée adverse déroutée par ce spectacle grotesque et terrifiant. Bienvenue dans la guerre civile espagnole revue et corrigée par Álex de la Iglesia, plus rageur que jamais. Cette ouverture épique et sardonique donne avec fracas le ton de Balada Triste, qui retrace quarante ans d’histoire

Film de monstres (Lon Chaney est explicitement cité dans l’hallucinant générique d’ouverture), romance sadique, reconstitution historique grandiose, suspense à grand spectacle, satyre au vitriol des recoins les plus dégueulasses de la société espagnole, Balada Triste condense toute l ’œuvre de ce metteur en scène qui, depuis vingt ans, fait trembler les salles obscures ibériques sous des éclats de rires désespérés. Un parcours sans faute, ponctué de triomphes comme Le Jour de la bête ou Mort de rire, qui l’a même porté au poste de président de l’Académie du cinéma espagnol. Un siège prestigieux que

De la Iglesia a quitté brusquement en début d’année pour protester contre la loi Sinde, équivalent de notre Hadopi nationale. Pourtant, une fois n’est pas coutume, l’Espagne est restée sourde au déchirant hurlement de désespoir qu’est Balada Triste. La catharsis est sans doute arrivée trop tôt, sous une forme trop radicale. Dommage, car sous ces monceaux de colère ravageuse se cache un cœur titanesque. Ici bien plus qu’ailleurs, qui aime bien châtie bien. ◆

© SND

Croisement improbable entre Federico Fellini et Alfred Hitchcock, le nihiliste espagnol Álex de la Iglesia nous offre le plus grand film de sa carrière. Rien que ça.

espagnole, de l’accession de Franco au pouvoir (1939) jusqu’à sa fin de règne (1975), à travers le parcours d’un clown blanc qui – trop aimant et compatissant – sera mentalement et physiquement défiguré par les dérives d’un pays malade.

© SDN

BALADA TRISTE

d’Álex de la Iglesia Avec : Carlos Areces, Antonio de la Torre… Distribution : SND Durée : 1h47 Sortie : 22 juin

3 raisons d’aller voir ce film 1… Parce que Balada Triste est l’œuvre somme d’Álex de la Iglesia l’un des plus grands cinéastes espagnols actuels.

118

juin 2011

2… Parce que Carlos Areces et Carolina Bang y sont brillants dans les rôles principaux.

3… Parce qu’en sortant lessivé de ce film qui cogne dans tous les sens, vous vous sentirez plus vivant que jamais.

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© Alex Bailey

13/07

06/07

29/06

22/06

15/06

SORTIES EN SALLES CINÉMA

ON NE JOUE PLUS

Hanna, la quinzaine précoce, dépèce le caribou pour s’en repaître la nuit venue en compagnie d’un patriarche peu bavard. On devine les deux personnages seuls au milieu de ces étendues nivéennes, seulement préoccupés par une survie élémentaire. Seulement, leur désertion ne peut durer et Hanna se voit confier l’assassinat d’un agent de la CIA – terri-

Seul répit au creux de cette lutte mortifère, la brève expérience de la vie familiale qui s’offre à la jeune fille auprès de touristes britanniques. Son attachement à ces individus ouvre une brèche dans le déterminisme observé jusque-là par le film, tout en donnant une respiration au récit. Quant à la claustrophobie paradoxale de ce thriller nomade, elle

Le cheveu hirsute d’une enfant sauvage balaye la glace des plaines arctiques. Emmené par un prologue à la violence viscérale, Hanna éloigne Joe Wright des bluettes pour interroger la déshumanisation et l’errance des sociétés modernes. Une prophétie inspirée.

atteint son apogée dans les recoins de l’enfance. Recueillie par un ami de son père, clown sans âge, Hanna investit un antre ludique où s’éveillent quelques derniers souvenirs innocents. Ne serait-ce ici qu’une impression fantôme de ses jeunes années ? Lors de l’affrontement final, Cate Blanchett surgit d’un tunnel à gueule de loup, décor très à propos d’un parc d’attractions désuet. Hanna, reliquat d’individu normé, lui donne la réplique dans une franche économie d’humanité. ◆

© Alex Bailey

_Par Laura Pertuy

fiante Cate Blanchett. Le rythme stroboscopique des scènes qui s’ensuivent amorce un propos sur la quête d’une efficacité physique toujours plus grande, d’un débit de services sans cesse amélioré. Entraînée pour tuer, Hanna rappelle les jeunes gens de Never Let Me Go, objets périssables et reproductibles, élevés pour servir des fins tierces. L’infaillible détermination de l’adolescente dit toute la déshumanisation qui couve, son comportement mécanique faisant directement écho à l’emboîtement de l’action filmée.

©

HANNA

de Joe Wright Avec : Saoirse Ronan, Eric Bana… Distribution : Sony Pictures France Durée : 1h51 Sortie : 6 juillet

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour la bande originale signée par les Chemical Brothers, entre berceuse électronique et salve disjonctée.

120

juin 2011

2… Pour les seconds rôles remarquables, dont Olivia Williams, surprenante en mère libérée, loin de son sérieux habituel.

3… Pour l’art de la supercherie et des univers factices emprunté notamment à la série d’espionnage Alias.

www.mk2.com 121


© Alex Bailey

13/07

06/07

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22/06

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SORTIES EN SALLES CINÉMA

ON NE JOUE PLUS

Hanna, la quinzaine précoce, dépèce le caribou pour s’en repaître la nuit venue en compagnie d’un patriarche peu bavard. On devine les deux personnages seuls au milieu de ces étendues nivéennes, seulement préoccupés par une survie élémentaire. Seulement, leur désertion ne peut durer et Hanna se voit confier l’assassinat d’un agent de la CIA – terri-

Seul répit au creux de cette lutte mortifère, la brève expérience de la vie familiale qui s’offre à la jeune fille auprès de touristes britanniques. Son attachement à ces individus ouvre une brèche dans le déterminisme observé jusque-là par le film, tout en donnant une respiration au récit. Quant à la claustrophobie paradoxale de ce thriller nomade, elle

Le cheveu hirsute d’une enfant sauvage balaye la glace des plaines arctiques. Emmené par un prologue à la violence viscérale, Hanna éloigne Joe Wright des bluettes pour interroger la déshumanisation et l’errance des sociétés modernes. Une prophétie inspirée.

atteint son apogée dans les recoins de l’enfance. Recueillie par un ami de son père, clown sans âge, Hanna investit un antre ludique où s’éveillent quelques derniers souvenirs innocents. Ne serait-ce ici qu’une impression fantôme de ses jeunes années ? Lors de l’affrontement final, Cate Blanchett surgit d’un tunnel à gueule de loup, décor très à propos d’un parc d’attractions désuet. Hanna, reliquat d’individu normé, lui donne la réplique dans une franche économie d’humanité. ◆

© Alex Bailey

_Par Laura Pertuy

fiante Cate Blanchett. Le rythme stroboscopique des scènes qui s’ensuivent amorce un propos sur la quête d’une efficacité physique toujours plus grande, d’un débit de services sans cesse amélioré. Entraînée pour tuer, Hanna rappelle les jeunes gens de Never Let Me Go, objets périssables et reproductibles, élevés pour servir des fins tierces. L’infaillible détermination de l’adolescente dit toute la déshumanisation qui couve, son comportement mécanique faisant directement écho à l’emboîtement de l’action filmée.

©

HANNA

de Joe Wright Avec : Saoirse Ronan, Eric Bana… Distribution : Sony Pictures France Durée : 1h51 Sortie : 6 juillet

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour la bande originale signée par les Chemical Brothers, entre berceuse électronique et salve disjonctée.

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juin 2011

2… Pour les seconds rôles remarquables, dont Olivia Williams, surprenante en mère libérée, loin de son sérieux habituel.

3… Pour l’art de la supercherie et des univers factices emprunté notamment à la série d’espionnage Alias.

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15/06

SORTIES EN SALLES CINÉMA

22/06

« J’ai ouvert les yeux sur la beauté du monde moderne, ce qui ne m’intéressait pas beaucoup jusqu’alors. »

© Carole Bethuel

13/07

06/07

29/06

partie des raisons pour lesquelles je suis cinéaste. Il était important de filmer la maison de vacances, qui est à la fois le lieu de leur amour et le lieu de l’amour de l’architecture. Mais j’ai surtout ouvert les yeux sur la beauté du monde moderne, la ville, les scènes d e r u e s , c e q u i n e m’ i n t é r e s sait pas beaucoup jusqu’alors. J’ai compris que les films sont aussi un témoignage de leur époque. »

Que jeunesse se passe Un amour de jeunesse

de Mia Hansen-Løve Avec : Lola Créton, Sebastian Urzendowsky… Distribution : Les Films du losange Durée : 1h50 Sortie : 6 juillet

Dans son troisième film, MIA HANSEN-LØVE dessine une bien cruelle carte du Tendre. Comme son héroïne architecte, écartelée entre deux fidélités, la cinéaste s’ouvre au monde sans renoncer à ce qu’elle sait le mieux filmer – solitude, deuil et séparation. Déchirant. _Par Auréliano Tonet

Deux adolescents s’aiment d’amour fusionnel : sur l’écran, il n’y a qu’eux deux. Dans les chambres à coucher, parmi les paysages déserts d’Ardèche, dans les rues de la ville ou sur les routes de campagne, devant la « maison de leurs rêves », partout, personne d’autre qu’eux – seuls au monde. Mais Su l livan ne s’en

contente pas : le monde, il veut le courir, l’arpenter, quitte à sacrifier son histoire avec Camille. Il part en Amérique du Sud, la quitte, ne répond pas à ses lettres ; la voilà seule au monde, sans lui cette fois. Les années passent, la jeune femme

Trouver sa place dans le monde, c’est aussi le programme du cinéma. se laisse dépérir, puis renaît, étudiante éprise de son professeur d’architecture. Il éduque son regard, lui apprend à appréhender ombre et lumière, à s’immiscer dans leurs interstices : très vite, l’élève et le maître emménagent ensemble. Il vient du Nord – d’Allemagne – ; sa sérénité aide Camille à oublier celui qui, pour vivre sa jeunesse, est parti plein Sud. Le film pourrait s’arrêter là, mais c’est à ce momentlà, au contraire, qu’il prend son

envol : comme dans Un conte d’hiver d’Éric Rohmer, un miracle survient : Sullivan réapparaît. Camille le revoit une fois, deux fois, et finit par se donner à ses caresses, trompant celui qu’elle aime pour retrouver la vérité de sentiments passés qu’elle se surprend à éprouver de nouveau. Mais cet amour e s t c ond a m né : r ue s b ondé e s , hôtels anonymes, distance, fantômes, les éléments s’acharnent, se refusent. Camille et Sullivan n’ont plus d’endroit à eux ; désormais, il faudra composer avec les interférences alentours, regarder le monde et l’aimer pour ce qu’il est, s’accommoder d’un baigneur qui passe dans le plan sans entraver la nage vers l’âge adulte…

Un amour de jeunesse clôt un triptyque autobiographique entamé avec Tout est pardonné (2007) et pou rsu iv i avec Le Père de me s enfants (2009). Deuil, solitude, exil, accession à l’âge adulte : la réalisatrice retravaille les motifs de ses premiers films, les déploie dans l’espace pour en faire d’amples enjeux de mise en scène. Car trouver sa place dans le monde, c’est aussi, et d’abord, le programme du cinéma : trouver sa place dans le champ, filmer des corps qui évoluent dans un cadre donné. Ce troi-

sième long métrage, comme les précédents, doit beaucoup à la fragilité de ses jeunes interprètes, de Lola Créton (lire son portrait page 11) à l’Allemand Sebastian Urzendowsky. « Sullivan n’ était pas un personnage facile à jouer, admet cette ancienne critique aux Cahiers du cinéma. Je ne trouvais pas ce que je cherchais en France, à tel point que je me suis demandé si je ferais le film… Finalement, j’ai eu un coup de foudre pour Sebastian, pour sa profondeur et sa mélancolie, que je trouve très contemporaine. » Ce n’est pas la première fois que la cinéaste fait appel à des acteurs étrangers, mais jamais leurs accents n’avaient résonné si musicalement avec le propos du film. Inflexions vocales, folksongs vaporeuses, réverbérations timides : les distances s’impriment à même la bande-son. La mise en scène est aussi une mise en voix, la carte du Tendre, une carte des sons, du doux vacarme des retrouvailles aux cris étouffés du départ. ◆

3 questions à

Mia Hansen-Løve Dans le film, l’adolescence passe comme un rêve : l’héroïne s’en souvient comme d’un bloc de douleur, d’un gâchis. Il y a une espèce d’ironie dans le titre : lorsque l’on entend parler d’amour de jeunesse, cela veut généralement dire que ce temps-là est révolu. Or, quand le film se termine, l’héroïne n’a que 23 ans. Un tel amour dure peut-être éternellement. La géographie de votre cinéma est très germanique… C’est une question de goût : tourner en Allemagne m’attire. Mon père a grandi à Vienne, une part de moi cherche sans doute à retrouver les origines. Le cinéma d’auteur allemand ne marche pas bien, pourtant Everyone Else, par exemple, est un très beau film. Je me suis lié avec de jeunes cinéastes de là-bas, regroupés autour d’une revue, Revolver. Leur solidarité me plaît. En France, je trouve la cinéphilie un peu étouffante. Comment avez-vous travaillé la lumière du film ? Dans une scène, il est dit que pour aimer la lumière, il faut aussi aimer l’obscurité. Aimer ce qu’on a de négatif en soi, essayer de rassembler les différentes parties du puzzle qui nous constitue  : voilà l’une des ambitions du film.

« Lorsqu’on lui demande pourquoi elle veut être architecte, Camille dit qu’elle a toujours ressenti l’influence des lieux, explique la réalisatrice Mia Hansen-Løve. Cela fait aussi

3 raisons d’aller voir ce film

122

juin 2011

2… Pour la gracieuse ballade acoustique de Johnny Flynn et Laura Marling, The Water, qui referme le film.

3… Pour la révélation de deux jeunes acteurs sensibles, Lola Créton et Sebastian Urzendowsky.

© Carole Bethuel

1… Pour la manière qu’a Mia Hansen-Løve d’inscrire la géométrie amoureuse dans l’espace.

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15/06

SORTIES EN SALLES CINÉMA

22/06

« J’ai ouvert les yeux sur la beauté du monde moderne, ce qui ne m’intéressait pas beaucoup jusqu’alors. »

© Carole Bethuel

13/07

06/07

29/06

partie des raisons pour lesquelles je suis cinéaste. Il était important de filmer la maison de vacances, qui est à la fois le lieu de leur amour et le lieu de l’amour de l’architecture. Mais j’ai surtout ouvert les yeux sur la beauté du monde moderne, la ville, les scènes d e r u e s , c e q u i n e m’ i n t é r e s sait pas beaucoup jusqu’alors. J’ai compris que les films sont aussi un témoignage de leur époque. »

Que jeunesse se passe Un amour de jeunesse

de Mia Hansen-Løve Avec : Lola Créton, Sebastian Urzendowsky… Distribution : Les Films du losange Durée : 1h50 Sortie : 6 juillet

Dans son troisième film, MIA HANSEN-LØVE dessine une bien cruelle carte du Tendre. Comme son héroïne architecte, écartelée entre deux fidélités, la cinéaste s’ouvre au monde sans renoncer à ce qu’elle sait le mieux filmer – solitude, deuil et séparation. Déchirant. _Par Auréliano Tonet

Deux adolescents s’aiment d’amour fusionnel : sur l’écran, il n’y a qu’eux deux. Dans les chambres à coucher, parmi les paysages déserts d’Ardèche, dans les rues de la ville ou sur les routes de campagne, devant la « maison de leurs rêves », partout, personne d’autre qu’eux – seuls au monde. Mais Su l livan ne s’en

contente pas : le monde, il veut le courir, l’arpenter, quitte à sacrifier son histoire avec Camille. Il part en Amérique du Sud, la quitte, ne répond pas à ses lettres ; la voilà seule au monde, sans lui cette fois. Les années passent, la jeune femme

Trouver sa place dans le monde, c’est aussi le programme du cinéma. se laisse dépérir, puis renaît, étudiante éprise de son professeur d’architecture. Il éduque son regard, lui apprend à appréhender ombre et lumière, à s’immiscer dans leurs interstices : très vite, l’élève et le maître emménagent ensemble. Il vient du Nord – d’Allemagne – ; sa sérénité aide Camille à oublier celui qui, pour vivre sa jeunesse, est parti plein Sud. Le film pourrait s’arrêter là, mais c’est à ce momentlà, au contraire, qu’il prend son

envol : comme dans Un conte d’hiver d’Éric Rohmer, un miracle survient : Sullivan réapparaît. Camille le revoit une fois, deux fois, et finit par se donner à ses caresses, trompant celui qu’elle aime pour retrouver la vérité de sentiments passés qu’elle se surprend à éprouver de nouveau. Mais cet amour e s t c ond a m né : r ue s b ondé e s , hôtels anonymes, distance, fantômes, les éléments s’acharnent, se refusent. Camille et Sullivan n’ont plus d’endroit à eux ; désormais, il faudra composer avec les interférences alentours, regarder le monde et l’aimer pour ce qu’il est, s’accommoder d’un baigneur qui passe dans le plan sans entraver la nage vers l’âge adulte…

Un amour de jeunesse clôt un triptyque autobiographique entamé avec Tout est pardonné (2007) et pou rsu iv i avec Le Père de me s enfants (2009). Deuil, solitude, exil, accession à l’âge adulte : la réalisatrice retravaille les motifs de ses premiers films, les déploie dans l’espace pour en faire d’amples enjeux de mise en scène. Car trouver sa place dans le monde, c’est aussi, et d’abord, le programme du cinéma : trouver sa place dans le champ, filmer des corps qui évoluent dans un cadre donné. Ce troi-

sième long métrage, comme les précédents, doit beaucoup à la fragilité de ses jeunes interprètes, de Lola Créton (lire son portrait page 11) à l’Allemand Sebastian Urzendowsky. « Sullivan n’ était pas un personnage facile à jouer, admet cette ancienne critique aux Cahiers du cinéma. Je ne trouvais pas ce que je cherchais en France, à tel point que je me suis demandé si je ferais le film… Finalement, j’ai eu un coup de foudre pour Sebastian, pour sa profondeur et sa mélancolie, que je trouve très contemporaine. » Ce n’est pas la première fois que la cinéaste fait appel à des acteurs étrangers, mais jamais leurs accents n’avaient résonné si musicalement avec le propos du film. Inflexions vocales, folksongs vaporeuses, réverbérations timides : les distances s’impriment à même la bande-son. La mise en scène est aussi une mise en voix, la carte du Tendre, une carte des sons, du doux vacarme des retrouvailles aux cris étouffés du départ. ◆

3 questions à

Mia Hansen-Løve Dans le film, l’adolescence passe comme un rêve : l’héroïne s’en souvient comme d’un bloc de douleur, d’un gâchis. Il y a une espèce d’ironie dans le titre : lorsque l’on entend parler d’amour de jeunesse, cela veut généralement dire que ce temps-là est révolu. Or, quand le film se termine, l’héroïne n’a que 23 ans. Un tel amour dure peut-être éternellement. La géographie de votre cinéma est très germanique… C’est une question de goût : tourner en Allemagne m’attire. Mon père a grandi à Vienne, une part de moi cherche sans doute à retrouver les origines. Le cinéma d’auteur allemand ne marche pas bien, pourtant Everyone Else, par exemple, est un très beau film. Je me suis lié avec de jeunes cinéastes de là-bas, regroupés autour d’une revue, Revolver. Leur solidarité me plaît. En France, je trouve la cinéphilie un peu étouffante. Comment avez-vous travaillé la lumière du film ? Dans une scène, il est dit que pour aimer la lumière, il faut aussi aimer l’obscurité. Aimer ce qu’on a de négatif en soi, essayer de rassembler les différentes parties du puzzle qui nous constitue  : voilà l’une des ambitions du film.

« Lorsqu’on lui demande pourquoi elle veut être architecte, Camille dit qu’elle a toujours ressenti l’influence des lieux, explique la réalisatrice Mia Hansen-Løve. Cela fait aussi

3 raisons d’aller voir ce film

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2… Pour la gracieuse ballade acoustique de Johnny Flynn et Laura Marling, The Water, qui referme le film.

3… Pour la révélation de deux jeunes acteurs sensibles, Lola Créton et Sebastian Urzendowsky.

© Carole Bethuel

1… Pour la manière qu’a Mia Hansen-Løve d’inscrire la géométrie amoureuse dans l’espace.

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© Bavaria Film

13/07

06/07

29/06

22/06

15/06

SORTIES EN SALLES CINÉMA

HISTOIRE D’EAU DEEP END

de Jerzy Skolimowski Avec : John Moulder-Brown, Jane Asher… Distribution : Carlotta Films Durée : 1h27 Resortie : 13 juillet

Présenté à la Mostra de Venise en 1970, Deep End, premier film anglais de JERZY SKOLIMOWSKI, récent auteur d’Essential Killing, ressort en salles. L’occasion de plonger dans une œuvre de jeunesse pop et sensuelle au troublant parfum de scandale. _Par Laura Tuillier

Le héros du film, Michael, quinze ans, est l’objet de presque toutes les convoitises. Employé aux bains municipaux londoniens, sa gueule d’ange fait des ravages chez les célibataires vieillissantes, venues se prélasser dans la touffeur. Sue, la jolie rousse qui fait équipe avec lui, est la seule à se moquer de Michael et de son innocence. Et la seule fille

qui intéresse l’adolescent. Le film de Jerzy Skolimowski débute ainsi, chronique de la vie quotidienne des deux jeunes travailleurs, solidaires dans les tâches qui leur sont dévolues. Très vite, pourtant, les fantasmes des personnages suintent à travers chaque plan, emmenant l’histoire vers des terrains plus sul-

Les fantasmes des personnages suintent à travers chaque plan. fureux. Tandis que, dans une scène mêlant comique et pathétique, une cinquantenaire peroxydée profite de l’atmosphère surchauffée des vestiaires pour brutaliser Michael, Sue, déjà blasée, offre ses charmes aux clients des bains contre de généreux pourboires. Le ry thme haletant du film de Skolimowski, sautillant comme

son personnage, son esthétique à la fois documentaire et brillamment stylisée s’ancrent dans un environnement aqueux propice à l’exacerbation des sens. L’imagination de Michael ne tarde pas à faire de Sue la représentation unique et obsédante de son désir, naissant et déjà contrarié. Alors que la jeune fille, sur le point de se fiancer, lui échappe, Michael s’engouffre dans les eaux troubles de l’obsession. Les plus belles séquences du film jaillissent des visions formées par son esprit malade : rêves érotiques d’ébats aquatiques, transfert de son désir sur un mannequin en carton que le garçon emporte partout avec lui (jusqu’au fond du bassin), explosion de couleurs primaires au symbolisme assumé… La liberté de ce raz-de-marée visuel hypnotise. Jusqu’au pire, la caméra de Skolimowski continue de tourner, avec la force et l’obstination de la jeunesse. ◆

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour la lancinante mélodie de But I Might Die Tonight, signée Cat Stevens.

124

juin 2011

2… Pour le travail sur les couleurs, qui évoque déjà le futur de peintre du réalisateur polonais.

3… Pour l’audace des fantasmes évoqués dans la moiteur des vestiaires de la piscine.

www.mk2.com 125


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HISTOIRE D’EAU DEEP END

de Jerzy Skolimowski Avec : John Moulder-Brown, Jane Asher… Distribution : Carlotta Films Durée : 1h27 Resortie : 13 juillet

Présenté à la Mostra de Venise en 1970, Deep End, premier film anglais de JERZY SKOLIMOWSKI, récent auteur d’Essential Killing, ressort en salles. L’occasion de plonger dans une œuvre de jeunesse pop et sensuelle au troublant parfum de scandale. _Par Laura Tuillier

Le héros du film, Michael, quinze ans, est l’objet de presque toutes les convoitises. Employé aux bains municipaux londoniens, sa gueule d’ange fait des ravages chez les célibataires vieillissantes, venues se prélasser dans la touffeur. Sue, la jolie rousse qui fait équipe avec lui, est la seule à se moquer de Michael et de son innocence. Et la seule fille

qui intéresse l’adolescent. Le film de Jerzy Skolimowski débute ainsi, chronique de la vie quotidienne des deux jeunes travailleurs, solidaires dans les tâches qui leur sont dévolues. Très vite, pourtant, les fantasmes des personnages suintent à travers chaque plan, emmenant l’histoire vers des terrains plus sul-

Les fantasmes des personnages suintent à travers chaque plan. fureux. Tandis que, dans une scène mêlant comique et pathétique, une cinquantenaire peroxydée profite de l’atmosphère surchauffée des vestiaires pour brutaliser Michael, Sue, déjà blasée, offre ses charmes aux clients des bains contre de généreux pourboires. Le ry thme haletant du film de Skolimowski, sautillant comme

son personnage, son esthétique à la fois documentaire et brillamment stylisée s’ancrent dans un environnement aqueux propice à l’exacerbation des sens. L’imagination de Michael ne tarde pas à faire de Sue la représentation unique et obsédante de son désir, naissant et déjà contrarié. Alors que la jeune fille, sur le point de se fiancer, lui échappe, Michael s’engouffre dans les eaux troubles de l’obsession. Les plus belles séquences du film jaillissent des visions formées par son esprit malade : rêves érotiques d’ébats aquatiques, transfert de son désir sur un mannequin en carton que le garçon emporte partout avec lui (jusqu’au fond du bassin), explosion de couleurs primaires au symbolisme assumé… La liberté de ce raz-de-marée visuel hypnotise. Jusqu’au pire, la caméra de Skolimowski continue de tourner, avec la force et l’obstination de la jeunesse. ◆

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour la lancinante mélodie de But I Might Die Tonight, signée Cat Stevens.

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2… Pour le travail sur les couleurs, qui évoque déjà le futur de peintre du réalisateur polonais.

3… Pour l’audace des fantasmes évoqués dans la moiteur des vestiaires de la piscine.

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LES ÉVÉNEMENTS DES SALLES

CARTE BLANCHE

Jusqu’au 26 juin

Cycle Cannes sur Loire / QUAI DE LOIRE

Projection de Tournée, Kinatay, Gomorra, De l’autre côté, Sin City, Nobody Knows, Elephant, L’Homme sans passé et La Pianiste, les week-ends en matinée. 18 juin à 11h

© Philippe_Lebruman

Cycle Parfums de Lisbonne / BEAUBOURG

Projection de L’Étrange Affaire Angélica, suivie d’un débat avec Leonor Silveira. Du 18 juin au 31 juillet Flóp

Dupuy & Berberian présentent Tout ou rien

Isabella Rossellini dans 3 fois 20 ans de Julie Gavras, en avant-première au festival Paris cinéma

© Gaumont Films

festival

Pour célébrer l’été, le soleil, la déclaration d’indépendance des États-Unis, mais surtout la sortie en librairies du sixième hors-série de Trois Couleurs, intitulé Tout ou rien et réalisé en association avec le duo de dessinateurs Dupuy & Berberian, le MK2 Quai de Seine sera à la fête lundi 4 juillet. Complice du tandem, mis à l’honneur dans le magazine, le tropicaliste cartésien Flóp gratifiera l’assemblée d’un mini-concert acoustique en compagnie de Seb Martel, avant la projection du documentaire Michel Magne, le fantaisiste pop de Jean-Yves Guilleux, auteur d’un portrait de ce compositeur culte dans le hors-série. La soirée se clôturera par la diffusion du long métrage Yoyo de Pierre Étaix, interviewé et dessiné par Charles Berberian dans les pages de ce numéro déjà collector. _Lo.Sé.

4 juillet - 20h30 QUAI DE SEINE

dédicaces

QUARTIERS D’ÉTÉ _Par Laura Tuillier

Après Jane Fonda et M. Night Shyamalan l’année dernière, Isabella Rossellini, actrice rare et téméraire, sera l’un des invités d’honneur de la neuvième édition du jeune festival Paris cinéma. Icône glamour et ténébreuse depuis son rôle dans Blue Velvet de David Lynch en 1986, l’actrice a tracé sa route le long d’œuvres confidentielles (The Saddest Music in the World de Guy Maddin) avant de bifurquer vers la réalisation (la série de courts métrages iconoclastes Green Porno, dans lesquels elle se déguise en insecte porté sur la chose). Bientôt à l’affiche de Poulet aux prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, elle présentera le 3 juillet en avant-première 3 fois 20 ans, deuxième film de Julie Gavras et délicieuse comédie romantique sur l’art de vieillir en couple (avec l’excellent William Hurt). Dialogues enlevés et traitement léger de sujets sérieux (la maladie, la vieillesse, la fidélité…), 3 fois 20 ans rappelle Woody Allen période new-yorkaise. Isabella Rossellini n’hésite pas y à afficher sa (petite) soixantaine lumineuse, donnant le ton décalé de cette bonne surprise estivale.

Autre incontournable du festival, Jerzy Skolimowski présentera le 8 juillet Deep End, son premier film situé en Grande-Bretagne. Sorti en 1971 et devenu culte depuis, il ressort sur les écrans en copie neuve le 13 juillet. En compétition officielle, Paris cinéma poursuivra également son entreprise de révélation de talents avec une programmation résolument tournée vers les premiers films : on pourra entre autres y découvrir le documentaire de Marie Losier, La Ballade de Genesis et Lady Jaye, primé au festival Cinéma du réel. Un panorama du cinéma mexicain, des avantpremières à la pelle (Melancholia, La Fée, Les Contes de la nuit…) et une nuit « Femmes vampires » complètent ce parfait cocktail. 2-13 juillet BIBLIOTHÈQUE Programme complet et horaires sur www.pariscinema.org 3 fois 20 ans de Julie Gavras Avec : William Hurt, Isabella Rosselini… Distribution : Gaumont Sortie : 13 juillet

Dans l’espace Arludik (lire l’article p. 72). 20 juin à 20h30

Rendez-vous des docs / QUAI DE LOIRE

Présentation de Cadenza d’Inganno de Leonardo de Costanzo et Le Prince et son image d’Hugues Le Paige, par ce dernier et Emmanuel Chicon du festival Visions du réel. À partir du 22 juin

Cycle Kelly Reichardt / BEAUBOURG

Projection de Old Joy et Wendy et Lucy, en matinée (lire l’article p. 48). 23 juin à 19h30

Soirée Zéro de conduite / QUAI DE LOIRE

Balade-lecture fromagère sur le bassin de la Villette autour des textes Camembert-sur-Ourcq de Max et Alex Fischer et Royan-sur-Brie de Gabriel Papapietro. Sur inscriptions : 01 44 52 50 70. 23 juin à 20h30

Ciné-club Capprici / BEAUBOURG

Projection de Film socialisme de Jean-Luc Godard, présenté par Juan Branco, auteur de l’essai Réponses à Hadopi. Du 1er au 3 juillet de 12h à 20h

Librairie éphémère / QUAI DE LOIRE

Réunion sur les quais d’éditeurs indépendants, alternatifs ou fracassants, organisée par les éditions L’Œil d’or et Passage piétons. Du 2 juillet au 28 août

Cycle Une saison 2010-2011 / QUAI DE LOIRE

Projection de Toy Story 3, Benda Bilili, Les Rêves dansants et Dragon, les week-ends en matinée. 6 juillet à 10h30

© Emmanuel Proust

En ce début d’été, le MK2 Bibliothèque accueille une partie du festival Paris cinéma. Cette neuvième édition promet d’être rafraîchissante, entre hommages vivifiants (notamment à Isabella Rossellini) et découverte de jeunes talents. Dix jours à savourer à l’ombre des écrans.

Exposition Les Nouveaux super-héros de Stan Lee / BIBLIOTHÈQUE

Lecture pour les 3-5 ans / QUAI DE LOIRE Le thème : nager avec les poissons. Sur inscriptions : 01 44 52 50 70. 6 juillet à 20h

Les auteurs des éditions Emmanuel Proust Dans la foulée du vernissage de l’exposition Stan Lee le vendredi 17 juin (lire l’article p. 72), sept dessinateurs édités par Emmanuel Proust camperont au MK2 Bibliothèque le week-end des 18 et 19 juin. Le samedi, Javier Pina signera sa BD Soldier Zero, Christophe Achard paraphera votre exemplaire de Moi aussi… Je t’aime !, Samély tracera un petit mot sur le premier tome d’Aethernam, Pascal Croci se fera un plaisir d’annoter son Janet Burroughs, tandis que Piskic (Ontophage) et Marek (Agatha Christie : Les Oiseaux du lac Stymphale) se délieront eux aussi le poignet. Le dimanche, Lepithec (José Lapin) et Jef (Jim Morrison) feront leur entrée, tandis que Achard, Croci et Samély ressortiront les stylos à autographes.

Avant-première Too Much Pussy ! / BEAUBOURG

Projection du film d’Émilie Jouvet (lire l’article p. 98), suivie d’un débat avec la réalisatrice et les actrices. 7 juillet à 19h30

Soirée Zéro de conduite / QUAI DE LOIRE

Balade-lecture sur le bassin de la Villette. À vous d’apporter vos textes (en rapport avec l’eau, la mer, les bateaux) et de nous les lire. Sur inscriptions : 01 44 52 50 70. 7 juillet à 20h

Cycle Si seulement / BEAUBOURG

Projection d’Andalucia d’Alain Gomis, suivie de courts métrages et d’un débat. Soirée élaborée par l’association Les Yeux de l’ouïe et l’atelier En quête d’autres regards, depuis la prison de la Santé. 9 et 10 juillet de 9h à 20h

Brocante cinéphile / BIBLIOTHÈQUE

Sur le parvis du cinéma, dans le cadre du festival Paris Cinéma.

_L.S.

18 et 19 juin BIBLIOTHÈQUE 126

juin 2011

www.mk2.com 127


LES ÉVÉNEMENTS DES SALLES

CARTE BLANCHE

Jusqu’au 26 juin

Cycle Cannes sur Loire / QUAI DE LOIRE

Projection de Tournée, Kinatay, Gomorra, De l’autre côté, Sin City, Nobody Knows, Elephant, L’Homme sans passé et La Pianiste, les week-ends en matinée. 18 juin à 11h

© Philippe_Lebruman

Cycle Parfums de Lisbonne / BEAUBOURG

Projection de L’Étrange Affaire Angélica, suivie d’un débat avec Leonor Silveira. Du 18 juin au 31 juillet Flóp

Dupuy & Berberian présentent Tout ou rien

Isabella Rossellini dans 3 fois 20 ans de Julie Gavras, en avant-première au festival Paris cinéma

© Gaumont Films

festival

Pour célébrer l’été, le soleil, la déclaration d’indépendance des États-Unis, mais surtout la sortie en librairies du sixième hors-série de Trois Couleurs, intitulé Tout ou rien et réalisé en association avec le duo de dessinateurs Dupuy & Berberian, le MK2 Quai de Seine sera à la fête lundi 4 juillet. Complice du tandem, mis à l’honneur dans le magazine, le tropicaliste cartésien Flóp gratifiera l’assemblée d’un mini-concert acoustique en compagnie de Seb Martel, avant la projection du documentaire Michel Magne, le fantaisiste pop de Jean-Yves Guilleux, auteur d’un portrait de ce compositeur culte dans le hors-série. La soirée se clôturera par la diffusion du long métrage Yoyo de Pierre Étaix, interviewé et dessiné par Charles Berberian dans les pages de ce numéro déjà collector. _Lo.Sé.

4 juillet - 20h30 QUAI DE SEINE

dédicaces

QUARTIERS D’ÉTÉ _Par Laura Tuillier

Après Jane Fonda et M. Night Shyamalan l’année dernière, Isabella Rossellini, actrice rare et téméraire, sera l’un des invités d’honneur de la neuvième édition du jeune festival Paris cinéma. Icône glamour et ténébreuse depuis son rôle dans Blue Velvet de David Lynch en 1986, l’actrice a tracé sa route le long d’œuvres confidentielles (The Saddest Music in the World de Guy Maddin) avant de bifurquer vers la réalisation (la série de courts métrages iconoclastes Green Porno, dans lesquels elle se déguise en insecte porté sur la chose). Bientôt à l’affiche de Poulet aux prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, elle présentera le 3 juillet en avant-première 3 fois 20 ans, deuxième film de Julie Gavras et délicieuse comédie romantique sur l’art de vieillir en couple (avec l’excellent William Hurt). Dialogues enlevés et traitement léger de sujets sérieux (la maladie, la vieillesse, la fidélité…), 3 fois 20 ans rappelle Woody Allen période new-yorkaise. Isabella Rossellini n’hésite pas y à afficher sa (petite) soixantaine lumineuse, donnant le ton décalé de cette bonne surprise estivale.

Autre incontournable du festival, Jerzy Skolimowski présentera le 8 juillet Deep End, son premier film situé en Grande-Bretagne. Sorti en 1971 et devenu culte depuis, il ressort sur les écrans en copie neuve le 13 juillet. En compétition officielle, Paris cinéma poursuivra également son entreprise de révélation de talents avec une programmation résolument tournée vers les premiers films : on pourra entre autres y découvrir le documentaire de Marie Losier, La Ballade de Genesis et Lady Jaye, primé au festival Cinéma du réel. Un panorama du cinéma mexicain, des avantpremières à la pelle (Melancholia, La Fée, Les Contes de la nuit…) et une nuit « Femmes vampires » complètent ce parfait cocktail. 2-13 juillet BIBLIOTHÈQUE Programme complet et horaires sur www.pariscinema.org 3 fois 20 ans de Julie Gavras Avec : William Hurt, Isabella Rosselini… Distribution : Gaumont Sortie : 13 juillet

Dans l’espace Arludik (lire l’article p. 72). 20 juin à 20h30

Rendez-vous des docs / QUAI DE LOIRE

Présentation de Cadenza d’Inganno de Leonardo de Costanzo et Le Prince et son image d’Hugues Le Paige, par ce dernier et Emmanuel Chicon du festival Visions du réel. À partir du 22 juin

Cycle Kelly Reichardt / BEAUBOURG

Projection de Old Joy et Wendy et Lucy, en matinée (lire l’article p. 48). 23 juin à 19h30

Soirée Zéro de conduite / QUAI DE LOIRE

Balade-lecture fromagère sur le bassin de la Villette autour des textes Camembert-sur-Ourcq de Max et Alex Fischer et Royan-sur-Brie de Gabriel Papapietro. Sur inscriptions : 01 44 52 50 70. 23 juin à 20h30

Ciné-club Capprici / BEAUBOURG

Projection de Film socialisme de Jean-Luc Godard, présenté par Juan Branco, auteur de l’essai Réponses à Hadopi. Du 1er au 3 juillet de 12h à 20h

Librairie éphémère / QUAI DE LOIRE

Réunion sur les quais d’éditeurs indépendants, alternatifs ou fracassants, organisée par les éditions L’Œil d’or et Passage piétons. Du 2 juillet au 28 août

Cycle Une saison 2010-2011 / QUAI DE LOIRE

Projection de Toy Story 3, Benda Bilili, Les Rêves dansants et Dragon, les week-ends en matinée. 6 juillet à 10h30

© Emmanuel Proust

En ce début d’été, le MK2 Bibliothèque accueille une partie du festival Paris cinéma. Cette neuvième édition promet d’être rafraîchissante, entre hommages vivifiants (notamment à Isabella Rossellini) et découverte de jeunes talents. Dix jours à savourer à l’ombre des écrans.

Exposition Les Nouveaux super-héros de Stan Lee / BIBLIOTHÈQUE

Lecture pour les 3-5 ans / QUAI DE LOIRE Le thème : nager avec les poissons. Sur inscriptions : 01 44 52 50 70. 6 juillet à 20h

Les auteurs des éditions Emmanuel Proust Dans la foulée du vernissage de l’exposition Stan Lee le vendredi 17 juin (lire l’article p. 72), sept dessinateurs édités par Emmanuel Proust camperont au MK2 Bibliothèque le week-end des 18 et 19 juin. Le samedi, Javier Pina signera sa BD Soldier Zero, Christophe Achard paraphera votre exemplaire de Moi aussi… Je t’aime !, Samély tracera un petit mot sur le premier tome d’Aethernam, Pascal Croci se fera un plaisir d’annoter son Janet Burroughs, tandis que Piskic (Ontophage) et Marek (Agatha Christie : Les Oiseaux du lac Stymphale) se délieront eux aussi le poignet. Le dimanche, Lepithec (José Lapin) et Jef (Jim Morrison) feront leur entrée, tandis que Achard, Croci et Samély ressortiront les stylos à autographes.

Avant-première Too Much Pussy ! / BEAUBOURG

Projection du film d’Émilie Jouvet (lire l’article p. 98), suivie d’un débat avec la réalisatrice et les actrices. 7 juillet à 19h30

Soirée Zéro de conduite / QUAI DE LOIRE

Balade-lecture sur le bassin de la Villette. À vous d’apporter vos textes (en rapport avec l’eau, la mer, les bateaux) et de nous les lire. Sur inscriptions : 01 44 52 50 70. 7 juillet à 20h

Cycle Si seulement / BEAUBOURG

Projection d’Andalucia d’Alain Gomis, suivie de courts métrages et d’un débat. Soirée élaborée par l’association Les Yeux de l’ouïe et l’atelier En quête d’autres regards, depuis la prison de la Santé. 9 et 10 juillet de 9h à 20h

Brocante cinéphile / BIBLIOTHÈQUE

Sur le parvis du cinéma, dans le cadre du festival Paris Cinéma.

_L.S.

18 et 19 juin BIBLIOTHÈQUE 126

juin 2011

www.mk2.com 127


LOVE SEATS

Les amants réguliers Collègues et cinéphiles, Thomas et Lucile se sont trouvés grâce à leur passion commune, dans une salle de cinéma. D’abord adultère avant de devenir légitime, leur idylle n’aurait pas pu éclore hors de cette couveuse – et sans la lumière de l’écran. _Propos recueillis par la poste du cœur de Trois Couleurs

Envoyez-nous vos histoires de coups de foudre en salles obscures à troiscouleurs@mk2.com, nous publierons les plus enlevées.

HORS-SERIE #6 © Christophe Achard - Emmanuel Proust

« Certains amants se voient à l’hôtel, d’autres au restaurant. Nous, c’était au cinéma. On travaillait tous les deux pour une émission de radio consacrée au septième art, et nous étions tous les deux en couple, chacun de son côté. Le soir, on se faufilait au MK2 Quai de Loire ou Quai de Seine. Aller au cinéma était à la fois notre travail et notre passion commune : rien de mal à ça. Mais, très vite, on se réjouissait de tomber sur des mauvais films, ceux qui nous permettaient de batifoler sans complexe. Quand, par malheur, le film était bon, on prenait notre mal en patience en maudissant l’égoïsme du réalisateur. Au printemps 2010, installés devant le Nuits d’ivresse printanière de Lou Ye, nous avons compris que nous aimer dans le noir ne nous suffirait plus. Pourtant, on s’aimait beaucoup ce soir-là. Le film était beau et ennuyeux, propice aux amours illégitimes. Le sujet était raccord : une femme fait suivre son compagnon, qu’elle soupçonne (à  raison) d’infidélité… En sortant de la salle, on a décidé d’enfin s’aimer autrement qu’en nyctalopes. Lucile a depuis emménagé chez moi. Nous allons toujours au MK2 qui nous a vus bouche à bouche tant de fois. Depuis janvier, nous sommes parents d’une petite fille, Mia. Dès qu’elle en aura l’âge, elle viendra avec nous dans les salles obscures – sans lesquelles elle ne serait peutêtre pas là. »

DUPUY & BERBERIAN EN LIBRAIRIES SORTIE LE 29 JUIN www.facebook.com/troiscouleurs

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LOVE SEATS

Les amants réguliers Collègues et cinéphiles, Thomas et Lucile se sont trouvés grâce à leur passion commune, dans une salle de cinéma. D’abord adultère avant de devenir légitime, leur idylle n’aurait pas pu éclore hors de cette couveuse – et sans la lumière de l’écran. _Propos recueillis par la poste du cœur de Trois Couleurs

Envoyez-nous vos histoires de coups de foudre en salles obscures à troiscouleurs@mk2.com, nous publierons les plus enlevées.

HORS-SERIE #6 © Christophe Achard - Emmanuel Proust

« Certains amants se voient à l’hôtel, d’autres au restaurant. Nous, c’était au cinéma. On travaillait tous les deux pour une émission de radio consacrée au septième art, et nous étions tous les deux en couple, chacun de son côté. Le soir, on se faufilait au MK2 Quai de Loire ou Quai de Seine. Aller au cinéma était à la fois notre travail et notre passion commune : rien de mal à ça. Mais, très vite, on se réjouissait de tomber sur des mauvais films, ceux qui nous permettaient de batifoler sans complexe. Quand, par malheur, le film était bon, on prenait notre mal en patience en maudissant l’égoïsme du réalisateur. Au printemps 2010, installés devant le Nuits d’ivresse printanière de Lou Ye, nous avons compris que nous aimer dans le noir ne nous suffirait plus. Pourtant, on s’aimait beaucoup ce soir-là. Le film était beau et ennuyeux, propice aux amours illégitimes. Le sujet était raccord : une femme fait suivre son compagnon, qu’elle soupçonne (à  raison) d’infidélité… En sortant de la salle, on a décidé d’enfin s’aimer autrement qu’en nyctalopes. Lucile a depuis emménagé chez moi. Nous allons toujours au MK2 qui nous a vus bouche à bouche tant de fois. Depuis janvier, nous sommes parents d’une petite fille, Mia. Dès qu’elle en aura l’âge, elle viendra avec nous dans les salles obscures – sans lesquelles elle ne serait peutêtre pas là. »

DUPUY & BERBERIAN EN LIBRAIRIES SORTIE LE 29 JUIN www.facebook.com/troiscouleurs

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Trois Couleurs #92 – Juin 2011  

Photographie de couverture : © KT Auleta / MAO-Agence A Rédacteur en chef : Auréliano Tonet

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