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DÉC.-JANV. 2010

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CINÉMA CULTURE TECHNO

by

CHARLOTTE

GAINSBOURG

BECK & ONGLES


ÉDITO

RéSONaNCES C’est une bien vilaine habitude, mais à Trois Couleurs, l’édito s’écrit traditionnellement en dernier, à quelques heures du départ en impression. Le magazine a alors cessé d’être un amas informe de fantasmes, décidés dans la ferveur d’une conférence de rédaction. Nos rêves journalistiques s’incarnent désormais dans des combinaisons plus ou moins réussies de signes typographiques. Les articles sont tous écrits, réécrits, posés, corrigés, re-corrigés. La satisfaction ou la déception ont remplacé l’espoir ou la crainte. Le journal s’offre enfin à nous dans sa globalité objective : c’est alors qu’on voit fleurir d’étranges correspondances. Tenez, ce mois-ci : comment le cinéaste Abbas Kiarostami (page 94) et le chorégraphe Angelin Preljocaj (page 101) travaillent, chacun à leur manière, la forme du conte ; comment le même Preljocaj (page 101) s’imprègne des arts de cour de Louis XIV, cour que célèbre, au même moment, une exposition au Château de Versailles (page 38) ; comment les pages 40 et 82 causent, à deux allures différentes, autoroutes ; comment la fratrie tiraille, à six pages d’écart (93-99), les dynasties Eastwood et Coppola… Ces réverbérations sont, croyez-nous, purement fortuites. Il arrive cependant que certains artistes s’amusent à les provoquer, à les ordonner. Charlotte Gainsbourg et Beck en font l’éclatante démonstration sur l’album qu’ils viennent de réaliser en commun, IRM. Soit « Imagerie par Résonance Magnétique » : un titre qui fait écho à celui d’un autre album, La Reproduction, fascinante suite pop sur la notion de duplication, signée du moins célèbre mais tout aussi talentueux Arnaud Fleurent-Didier. Arnaud, Charlotte : ces deux musiciens, que nous défendons bec et ongles dans nos pages comme dans nos salles, posent chacun, avec les armes qui sont les leurs, de vraies questions : quelle part d’intimité un artiste doit-il dévoiler ? Dans quelle mesure le cinéma peut-il irriguer la chanson ? Par quel biais concilier force et vulnérabilité, succès et intégrité ? Comment succéder, sans arrogance ni fausse modestie, aux générations qui ont précédé ? « L’histoire, c’est la passion des fils qui voudraient comprendre les pères », écrit Pasolini. Écoutez les histoires de Charlotte Gainsbourg et d’Arnaud Fleurent-Didier ; elles résonneront, longtemps après, en vous. _Auréliano Tonet


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ÉDITEUR MK2 MULTIMÉDIA 55 RUE TRAVERSIÈRE_75012 PARIS 01 44 67 30 00 Directeur de la publication & directeur de la rédaction Elisha Karmitz (elisha.karmitz@mk2.com & troiscouleurs@mk2.com) Rédacteur en chef & chef de rubrique « culture » Auréliano Tonet (aureliano.tonet@mk2.com) Chef de rubrique « cinéma » Sandrine Marques (sandrine.marques@mk2.com) Chef de rubrique « technologies » Étienne Rouillon (etienne.rouillon@mk2.com) Direction artistique Marion Dorel (marion.dorel@mk2.com) Sarah Kahn (sarah.kahn@mk2.com) Rédactrice Juliette Reitzer (juliette.reitzer@mk2.com) Design Sarah Kahn Secrétaire de rédaction Laurence Lemaire Stagiaire Cassandre Dessarts Ont collaboré à ce numéro Ève Beauvallet, Isabelle Danel, Anne de Malleray, Julien Dupuy, Jean-Michel Frodon, Clémentine Gallot, Joseph Ghosn, Frédéric Gimello-Mesplomb, Étienne Greib, Donald James, Olivier Joyard, Titiou Lecoq, Septime Meunier, Jérôme Momcilovic, Wilfried Paris, Bernard Quiriny, Adrien Rohard, Violaine Schütz, Raphaëlle Simon, Bruno Verjus, Anne-Lou Vicente Illustrations Géraldine Roussel, Dupuy & Berberian, Sarah Kahn Photographie de couverture Tom Munro / MAO Agence A Photographes Tom Munro / MAO Agence A (dossier Charlotte Gainsbourg), J.-C. Carbonne (dossier Blanche-Neige), Clément Pascal (dossier Arnaud Fleurent-Didier), Benjamin Rowland (article MGMT) Publicité Responsable clientèle cinéma Laure-Aphiba Kangha 01 44 67 30 13 (laure-aphiba.kangha@mk2.com) Directeur de clientèle hors captifs Daniel Defaucheux 01 44 67 68 01 (daniel.defaucheux@mk2.com) © 2009 TROIS COULEURS issn 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006. Toute reproduction, même partielle, de textes, photos et illustrations publiés par MK2 est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. Magazine gratuit // Ne pas jeter sur la voie publique

SOMMAIRE # 77 7 ÉDITO 8 COUP POUR COUP > Jean-Michel Carré 10 MAGNETO > Les 100 jours CinéCinéMarrants 14 SCÈNE CULTE > Comment réussir quand on est con et pleurnichard 16 PREVIEW > Brothers & White Material

21 LES NEWS 21 CLOSE-UP > Alden Ehrenreich 22 LE K > Lovely Bones de Peter Jackson 24 CONTRE-ATTAQUE > François Ozon 26 BILAN 2009 28 AVANT-SÉANCE > Amira Casar 30 APRÈS-SÉANCE > Soirée Close Up 32 KLAP ! > Belle Épine 34 DÉCROCHAGE > Luc Moullet 36 LE PROFIL FAKEBOOK DE… > Anvil 38 PASSERELLES > Louis XIV au Château de Versailles 40 UNDERGROUND > Mustang 42 LE BUZZLE > Melting bears 44 AVATARS > Band Hero

47 LE GUIDE 48 SORTIES CINÉ 68 SORTIES EN VILLE 78 LA CHRONIQUE DE DUPUY & BERBERIAN

80 DOSSIERS 80 CHARLOTTE GAINSBOURG // IRM 86 CLINT EASTWOOD // INVICTUS 94 ABBAS KIAROSTAMI // SHIRIN 98 FRANCIS FORD COPPOLA // TETRO 100 ANGELIN PRELJOCAJ // BLANCHE-NEIGE 104 ARNAUD FLEURENT-DIDIER // REPROJECTIONS

109 LE BOUDOIR 110 DVD-THÈQUE > Abbas Kiarostami 112 CD-THÈQUE > MGMT 114 BIBLIOTHÈQUE > Luis Sepúlveda 116 BD-THÈQUE > Mike Mignola 118 LUDOTHÈQUE > Assassin’s Creed 2 120 TRAIT LIBRE > Sequana, Tome 3 121 HOLLYWOOD STORIES > Boulevard de la mort (2/3) 122 SEX TAPE > Bliss

VOUS SOUHAITEZ COMMUNIQUER DANS aPPELEZ-NOUS ! 01 44 67 68 01

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Illustration Géraldine Roussel

COUP POUR COUP /// TAPAGE, RATTRAPAGE, DÉCRYPTAGE

aBROGER La LOi 

PÉRIPÉTIES PÉRIPATÉTICIENNES

Louis-Ferdinand Céline comparait le cinéma, « petit salarié de nos rêves », à un prostitué. JEAN-MICHEL CARRÉ, lui, fait des prostitué(e)s son cinéma. Six ans après la loi contre le racolage passif, il réalise Les Travailleu(r)ses du sexe et relance un débat qui, sur les velours rouges d’un lupanar comme d’une salle obscure, demeure aussi vieux que le métier qu’il questionne. _Propos recueillis par Adrien Rohard

Quelle définition, six ans après la loi Sarkozy, peuton donner de la prostitution ? Elle est encore plus difficile à définir qu’avant, car cette loi s’y oppose. La prostitution a toujours existé mais aujourd’hui on la cache. Les prostituées exercent leur métier dans les bois, dans des zones éloignées, à la merci des proxénètes et des réseaux mafieux. J’espère que mon film suscitera un débat qui permettra l’abrogation de cette loi. Christine Boutin s’est dite plutôt favorable à la réouverture des maisons closes. C’est une bonne idée ? Ce qui est étrange, c’est que cette femme si

contestée pose toujours de vraies questions.  Sur la prostitution, elle a compris que la loi contre  le racolage passif ne répondait pas aux attentes.  En Suisse, les maisons closes existent et offrent un  lieu de travail sécurisé aux travailleuses du sexe, qui bénéficient ainsi de vrais droits sociaux. C’est une bonne chose.

Au-delà du débat politique, la prostitution est-elle une question culturelle ? Bien sûr, la prostitution et plus largement la sexualité ! En 1968, anarchistes et intellectuels prônaient une révolution qui devait être sexuelle ou ne serait pas. Le cinéma a aussi ouvert une brèche dans le patriarcat machiste des années 1970 grâce à agnès Varda ou Coline Serreau… Sauf que la société est redevenue moralisatrice, il faut donc poser, à nouveau, le problème de l’intime et de la place de la femme  au cinéma. Justement, le film La Domination masculine de Patric Jean, sorti le 25 novembre, s’attaque à ce problème… au contraire, il passe à côté. Nos deux films sont littéralement opposés alors qu’ils auraient pu être complémentaires. Le titre soulève une vraie question, mais les images sont manipulées, et il en manque de nombreuses pour amener la contradiction.  Ce n’est pas très étonnant quand on sait que  le réalisateur avait signé des manifestes contre  la prostitution et partait donc avec une idée caricaturale du sujet. 

Un film de Jean-Michel Carré // Documentaire // Distribution : Les Films du Grain de Sable // France-Belgique, 2009, 1h25 // Sortie le 3 février

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MAGNÉTO /// LES 100 JOURS CINECINEMARRANTS SUR

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COMÉDIES fRANçAISES

UNE CRiSE DE RIRE De janvier à mars, les chaînes CinéCinéma diffusent plus de 50 classiques de la comédie française de ces cinquante dernières années, à l’occasion des « 100 Jours CinéCinéMarrants ». Le goût du terroir, des relents de Ve République, des dialogues ciselés par Audiard… Au-delà des clichés, l’observation des thèmes récurrents de ces films fait émerger un certain nombre de lignes de forces qui en disent long sur la société de leur époque. _Par Frédéric Gimello-Mesplomb, maître de conférences à Sciences-Po Paris

L

a satire pour la critique de mœurs, la farce pour la critique politique... Le cinéma comique français est héritier d’une tradition qui puise directement sa source d’inspiration dans le répertoire théâtral, ce qui rend possible l’observation de plusieurs modèles narratifs plébiscités par le public. S’inspirant des travaux sur l’imaginaire dans l’histoire des systèmes politiques, Yannick Dehée identifie quatre grandes lignes de force qui parcourent le cinéma populaire français des années 1960 à 2000, dont celle du patron et de l’esprit d’entreprise. La comédie populaire n’a en effet pas épargné le rapport qu’entretiennent les Français à l’argent et au travail. aux côtés de l’incontournable Avare, ou du Petit Baigneur et de son trépidant chef d’entreprise (Louis de Funès), le film de Gérard Oury La Soif de l’or montre un Christian Clavier interprétant le PDG d’une entreprise de maisons préfabriquées, élevé dans le culte du profit, tandis que Pierre Jolivet, dans Ma petite entreprise, met en scène un petit patron obnubilé par son entreprise de menuiserie. Ce caractère entier du rapport au travail est partagé par le très consciencieux propriétaire (incarné par Bourvil) du restaurant de La Cuisine au beurre ou encore par le jeune cadre dynamique (Christian Clavier), symbole de la réussite des années 1980 et de l’argent roi, devenu soudain prisonnier d’une communauté de Babas cool dans le film  de  François  Leterrier.  En  grossissant  les  traits,  la comédie frise la caricature puisque l’on rit surtout du sérieux qui anime les projets de chacun des personnages. Le ressort de ce comique-là provient essentiellement de la représentation que se font les protagonistes d’une DÉCEMBRE - JANVIER 2010

« Le cinéma comique français puise directement son inspiration dans le répertoire théâtral. » forme de réalité qui, elle, est présentée au spectateur de manière forcément plus « décalée ». La représentation du monde politique est en revanche plus bienveillante. La comédie de la Ve République raille souvent le politique mais s’aventure peu, contrairement au cinéma italien, par exemple, sur les fondamentaux qui assurent sa légitimité. C’est que le cinéma populaire français est encore un cinéma «du samedi soir». Selon la première enquête du CNC sur les publics du cinéma, en 1954, 66% des Français qui vont au cinéma le font pour se distraire et 8% pour rêver... Ce cinéma populaire connaîtra ses meilleures heures avant la destruction massive, au début des années 1970, des salles de quartier, une période qui donnera d’ailleurs naissance à un nouveau genre de comédies. Les Bidasses en vadrouille ou encore Les Chinois à Paris sont typiques de ce qui sera alors diffusé dans les nouveaux complexes, ces cinémas de trois à neuf salles ayant remplacé les salles de quartier, eux-mêmes remplacés plus tard par les multiplexes. La comédie populaire française connaît cet âge d’or en raison des difficultés économiques du secteur de l’exploitation, lequel misera sur deux stratégies de relance : d’une part les comédies pour WWW.MK2.COM


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Les Chinois à Paris de Jean Yanne © Studio Canal

La Cité de la peur d’Alain Berbérian © Studio Canal

Un idiot à Paris de Serge Korber © Gaumont

« La comédie de la Ve République raille souvent le politique mais s’aventure peu sur les fondamentaux qui assurent sa légitimité. » enrayer la chute de la fréquentation, d’autre part les suites pour fidéliser le public. Cette relance profitera aux sagas des années Pompidou et Giscard (Les Bronzés, Les Sous-doués, Les Charlots, Les Bidasses, Les Gendarmes, Mon curé…), productions qui bénéficieront d’une censure plus permissive et qui deviennent aujourd’hui,  de  ce  fait,  extrêmement  intéressantes pour les représentations sociales qu’elles proposent du comportements des Français en vacances. À côté du traditionnel thème du marivaudage (Joyeuses Pâques) ou de la revanche d’individus sur le destin (Simplet, Un idiot à Paris, Sénéchal le magnifique, C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, Comment réussir quand on est con et pleurnichard), d’autres thèmes émergent des années 1990, comme la crise économique. Le film comique des années 2000 a plutôt tendance à devenir un film hybride mêlant

plusieurs genres (Les Deux Mondes, Sa Majesté Minor), se prêtant aussi à différents «niveaux de lecture» politiques et sociaux. Une tendance qui n’a pas échappée à Pierre Sorlin : « Si le cinéma explore largement certains domaines, il en ignore d’autres complètement, ce qui aboutit à donner une importance disproportionnée aux thèmes qu’il traite. » Enfin, on peut toujours se poser la question, comme le fait la dernière livraison de la revue Humoresques, de la solubilité du comique « à la française » hors des frontières hexagonales. Le succès des Visiteurs et l’échec de la version tournée par son réalisateur pour le marché U.S. afin d’en éviter le remake conforte l’hypothèse de Katalin Pór, qui rappelle qu’Hollywood a finalement toujours préféré se nourrir des comédies des autres, puisant notamment dans le répertoire théâtral européen le matériau de ses comédies classiques. Du théâtre à Hollywood, un cycle logique ferait finalement sens dans l’histoire de la comédie, exploitant le caractère universel de ces comédies pourtant très locales produites par la France et par les pays de la vieille Europe. Pour en savoir plus : Humoresques n° 28, « Comique télévisuel, comique filmique » (2008) Dictionnaire du cinéma populaire français (Nouveau Monde Éditions, 2009) Mythologies politiques du cinéma Français de Yannick Dehée (PUF, 2000)

Retrouvez la programmation complète du cycle « Les 100 Jours CinéCinéMarrants » sur www.cinecinema.fr

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© Gaumont

MAGNÉTO /// LES 100 JOURS CINECINEMARRANTS SUR

Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques de Michel Audiard

DES mOtS  POUR LE RIRE Savoureuses, gouleyantes et parfois très acides, elles restent en bouche et en tête : voici certaines des meilleures répliques de comédies françaises, extraites des « 100 Jours CinéCinéMarrants » sur CinéCinéma. Découverte de ce terroir inépuisable de bons mots, à déguster sans modération. Viens chez moi j’habite chez une copine de Patrice Leconte (1981) – Je me méfie : avec l’augmentation  de la recrudescence, j’ai peur ! Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques de Michel Audiard (1971) – Je portais un taupé lilas, elle s’appelait Gertrude, elle avait dans les hanches ce balancement gracieux qu’ont les femmes qui ont beaucoup marché. On a failli se fixer là-bas, acheter du terrain. On pensait même à une maison… et puis, les intermittences du cœur… Finalement, la maison, c’est elle qui l’a ouverte, à Caracas. La Cité de l’indicible peur de Jean-Pierre Mocky (1964) – toutes les morts sont naturelles. – Et sa femme ? Vous n’allez pas me dire que  c’est une mort naturelle ? – Naturellement. Crâne défoncé à coups de marteau. On en crève. Naturellement.

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Les Acteurs de Bertrand Blier (2000) – Je suis pédé ! – Depuis quand ? – Ça m’a pris récemment. – Et ça t’a pris comment ? – Par-derrière. – ah ben, oui, forcément… Forcément… – J’aime pas le mot « forcément ». – Oui, moi non plus, d’ailleurs… – Je préfère « tendrement ». – J’allais pas te dire « ah ben, oui, tendrement » ? – Si. tu aurais pu le dire. La Cité de la peur d’Alain Berbérian (2004) – Vous voulez un whisky ? – Oh, juste un doigt. – Vous ne voulez pas un whisky d’abord ? Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon (2008) – On ne dit pas « Pardonnez-moi, je n’ai pas saisi le sens de votre question ? ». On dit « Hein ? ». L’Incorrigible de Philippe de Broca (1975) – Ne serait-ce qu’à cause de ton vocabulaire, tu  ne connaîtras jamais l’atroce volupté des grands chagrins d’amour… mais tout le monde n’a pas  la stature d’un tragédien… contente-toi du bonheur, la consolation des médiocres.

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© Gaumont

SCèNE CULTE /// COMMENT RÉUSSIR QUAND ON EST CON ET PLEURNICHARD

CONCERtO LE PITCH antoine Robineau (Jean Carmet) a la vie dure. Vendeur en porte-à-porte d’un infâme vermouth qu’il ne peut écouler qu’en racontant ses malheurs fictifs aux demoiselles (l’enterrement de sa mère toujours vivante, la perte d’un amour…), il ne souhaite qu’une chose : l’ascension sociale. au détour de ses aventures, Robineau s’attire les faveurs de Jane (Jane Birkin), une stripteaseuse qui a tendance à s’amouracher du premier minable venu. Dans le bar où celle-ci danse, le patron (Daniel Prévost) règle un différend avec Foisnard (Jean Rochefort), pianiste et concubin de Jane...

CARDUCCI : De quoi tu te mêles toi ? Je t’ai rien demandé ! JANE : Foisnard et moi c’est pareil. Vous le virez, je suis triste et j’irai montrer mon cul ailleurs. CARDUCCI : mais peut-être pas à Foisnard,  pour ce que ça l’intéresse… FOISNARD : Oui bon, ça va, monsieur s’est emporté, je suis sûre qu’il regrette déjà.

CARDUCCI : De quoi tu te plains, t’es jamais content ! tu travailles dans une taule qui marche et t’as des intérêts dans l’affaire !

CARDUCCI [à Jane] : Douée comme t’es ! Quand je pense que tu gâches ta carrière avec un minable pareil ! Si tu voulais m’écouter…

FOISNARD : Se promener dans la salle avec  une sébile à la main, c’est avoir des intérêts  dans l’affaire ?! J’veux pas faire la manche,  je suis un artiste !

JANE : Je pourrais changer de minable, prendre un prétentieux… Foisnard est toc mais il le sait. Je les aime comme ça ! Hein mon coco ?

CARDUCCI : Des artistes comme toi, je fous un coup de pied dans le piano, il en dégringole une douzaine. JANE : Confidence pour confidence, des connards comme vous, je fous un coup de pompe dans la télé et il en dégringole cinquante.

CARDUCCI : alors là, excuse-moi mais dans la connerie, c'est pas pour me vanter, mais entre Foisnard et moi…. Ha ha ha ! JANE : il y a des aristocrates et des parvenus.  Dans la connerie comme dans le reste.  Bon, on reste ou on se casse ?

Un film de Michel Audiard // Scénario de Michel Audiard et Jean-Marie Poiré, d’après une idée de Fred Kassak // France, 1974, 1h30 // Le film sera diffusé le 5 février sur CinéCinéma Famiz, plus d’infos sur www.cinecinema.fr

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16 PREVIEW


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BROTHERS Depuis Au nom du père, on sait avec quel talent le réalisateur irlandais Jim Sheridan filme la fratrie. Brothers l’investit de nouveau, à travers le destin de deux frères que tout oppose. Père de famille responsable, Sam (tobey maguire) forme un couple équilibré avec la ravissante Grace (Natalie Portman). Sans emploi, son frère tommy (Jake Gyllenhaal) traîne dans les bars. Sam est envoyé en afghanistan par l’ONU. Quand il est porté disparu, tommy prend soin de la famille de son frère et se rapproche de son épouse. Casting et interprétation exceptionnels (la performance de l’ex-Spider-man, tobey maguire, impressionne), puissance émotionnelle et qualité d’écriture, Brothers compte parmi  les grands films de ce début d’année. _S.M. Un film de Jim Sheridan // Avec Jake Gyllenhaal, Natalie Portman… // Distribution : Wild Bunch // États-Unis, 2009, 1h45 // Sortie le 3 février


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WHITE MATERIAL Donnant son titre au nouveau film de Claire Denis, le « white material » désigne les biens que possèdent les colons et qui suscitent,  chez les populations africaines, rancœur  et convoitise. Vingt ans après Chocolat, la cinéaste revient filmer en afrique un récit âpre, brutal et sensuel. À la tête d’une plantation  de café, maria (isabelle Huppert) refuse d’évacuer, alors qu’une rébellion sanglante éclate dans le pays. Ses proches tentent de  a convaincre de partir mais l’attachement à sa récolte la conduit à braver les dangers, au risque de la dislocation de sa famille. avec sa mise en scène à la fois abstraite et viscérale, Claire Denis s’approche au plus près la folie, dans un film d’une force rare. Un « matériel » indispensable. _S.M. Un film de Claire Denis // Avec Isabelle Huppert, Isaach de Bankolé… // Distribution : Wild Bunch // France, 2009, 1h40 Sortie le 24 mars


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LES

NEWS

SECOUEZ, AGITEZ, SAVOUREZ : L’ACTU CINÉ, CULTURE, TECHNO FRAÎCHEMENT PRESSÉE

CLOSE-UP Repéré par Spielberg lors de sa bar-mitsvah, où il projetait l’un de ses courts métrages, ALDEN EHRENREICH irradie dans Tetro de Francis Ford Coppola, son tout premier rôle au cinéma. Rencontre. Des traits fins, une élégance décontractée, alden Ehrenreich revient sur ses débuts précoces :  « J’ai toujours écrit des pièces de théâtre et à 12 ans, j’ai commencé à réaliser des courts métrages. J’ai baigné dans un milieu créatif. » aujourd’hui âgé de 19 ans et étudiant à la N.Y.U., l’incandescente révélation de Tetro est un esthète, lecteur assidu d’Hemingway et fan de Neil Young. Selon lui, sa vocation viendrait de ses parents : « Enfant, ils m’ont montré des films des Marx Brothers et de Charlie Chaplin. » Souvent comparé à James Dean ou à Leonardo DiCaprio pour sa beauté fulgurante et la mélancolie  qu’il véhicule, le jeune homme tempère : « C’est dur pour la génération d’acteurs qui est la mienne d’être renvoyée à ces icônes. » Un poids dont sa grâce et sa modernité sauront l’affranchir. _S.M.


22 NEWS /// POLÉMIQUE

K

LE

IL Y A CEUX QU’ IL ÉNERVE ET CEUX QUI LE VÉNèRENT

LE BEaU BIZARRE Revenant à une veine plus intimiste après sa spectaculaire trilogie du Seigneur des anneaux, PETER JACKSON divise la critique avec Lovely Bones, un mélo sur fond de perte d’innocence. Avec son esthétique new age, on s’interroge : lovely or not lovely ? _Par Sandrine Marques (« la question ») et Julien Dupuy (« la réponse »)

LA QUESTION

LA RÉPONSE

adapté du roman à succès La Nostalgie de l’ange d’alice Sebold, Lovely Bones raconte la renaissance d’une famille après l’assassinat sauvage de leur fille cadette. De l’au-delà, l’adolescente observe ses proches composer avec le deuil. Peter Jackson  a évacué une partie du trop-plein new age du roman, mais sa représentation des limbes n’échappe malheureusement pas au kitsch. arbre vert sur prairie jaune, ballons colorés, cet univers onirique distille une artificialité qui contribue hélas à édulcorer l’émotion du film. Une esthétique d’autant plus regrettable – oscillant entre laideur et naïveté – qu’elle dissout la portée du sujet : une réflexion sur  le mal, présent aux portes du foyer américain. On se demande alors : pourquoi Peter Jackson ne s’est-il pas réfréné, côté palette graphique ?

Œuvre-miroir de son quatrième film, Créatures célestes (1994), Lovely Bones est un mélo brutal,  aussi audacieux qu’imparable. audace visuelle  tout d’abord, puisque le réalisateur du Seigneur des anneaux renoue avec la mise en scène frondeuse qui faisait tout le prix de ses premiers  films : une caméra au plus près des comédiens, des mouvements d’appareils d’une rare violence et des jeux sur les différences d’échelles qui confèrent à cette tragédie des proportions titanesques. En dépeignant les errances d’une adolescente égarée dans  les limbes, Jackson se risque à une reconstitution historique des rêves, avec des références culottées  à la contre-culture des seventies. mais surtout, Lovely Bones parvient à traiter de l’impuissance face à l’innommable. Un pari sacrément osé, et pourtant parfaitement tenu.

Un film de Peter Jackson // Avec Mark Wahlberg, Rachel Weisz… Distribution : Paramount // États-Unis, 2009, 2h08 Sortie le 27 janvier

LA RÉPLIQUE

« TU SAIS CE QU’EST L’AMOUR DANS NOTRE FAMILLE ? C'EST UN COUP DE POIGNARD DANS LE CŒUR. » (TETRO DE FRANCIS FORD COPPOLA, EN SALLES LE 23 DÉCEMBRE)

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24 NEWS /// CONTRE-ATTAQUE /// FRANÇOIS OZON

HOmmE  À FEMMES Quel regard FRANÇOIS OZON pose-t-il sur les femmes, figures emblématiques de son cinéma ? En plein tournage de Potiche, son prochain film avec Catherine Deneuve, le réalisateur évoque pour nous Le Refuge, où Isabelle Carré incarne une toxicomane enceinte et en souffrance… _Propos recueillis par Juliette Reitzer

On évoque souvent votre talent pour filmer les comédiennes. Qu’est-ce qui vous fascine chez elles ? J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec les actrices, elles me font confiance et j’ai l’impression qu’elles sont prêtes à prendre plus de risques que les hommes, à s’abandonner. C’est le cas d’isabelle Carré, qui était réellement enceinte au moment  du tournage.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de confier ce rôle éprouvant à Isabelle Carré ? isabelle dégage une vraie douceur, je trouvais intéressant de l’amener vers quelque chose de plus trash, de salir un peu son image pour en dévoiler une autre facette. Je savais qu’elle était suffisamment équilibrée pour faire la part des choses entre sa propre grossesse heureuse et celle du personnage, qui n’a aucun désir maternel.

Thème récurrent de vos films, la maternité ne va pas sans désordres… La maternité est très idéalisée alors que c’est un moment extrêmement perturbant. C’est incroyable quand on y pense, ce petit bout de chair qu’on a dans le ventre ! ici, j’ai eu envie de traiter la maternité par rapport au deuil.

Cette future mère est dépressive, paumée… Pourquoi avoir choisi de ne rien expliquer de son passé ? Je voulais qu’on la devine plus qu’on ne la connaisse. J’ai besoin que mes personnages aient une part de mystère et je trouve toujours plus intéressant pour le spectateur de ne juger un personnage que par rapport à ses actes.

Dans Le Refuge, tout le récit s’articule autour du ventre de la femme enceinte. N’avez-vous pas peur que votre héroïne se dissolve dans un rôle de procréation ? Non car justement, elle ne voit pas son ventre. Elle le touche très rarement, ne lui parle pas. Ce bébé n’existe pas pour elle, sa grossesse est un accident qui lui permet seulement d’accepter la mort de l’homme qu’elle aimait.

Certains de vos détracteurs affirment que vos héroïnes sont souvent négatives, animées de basses pulsions. Que leur répondez-vous ? mes héroïnes ne sont surtout pas des saintes, mais des femmes humaines avec des qualités et des défauts. mes personnages essaient de survivre, en empruntant parfois des chemins tortueux… La complexité implique une certaine noirceur, des comportements qui peuvent paraître choquants ou transgressifs. 

Un film de François Ozon // Avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy… // Distribution : Le Pacte // France, 2009, 1h30 // Sortie le 27 janvier

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26 NEWS /// BILAN 2009

VaiNQUEURS  PAR CHAOS Pas banal, on doit à un renard la réplique la plus emblématique de l’année cinématographique 2009 : « Chaos reigns » (« le chaos règne »), tirée d’Antichrist de Lars Von trier, ventriloque aussi à ses heures. Une efflorescence de films ont documenté ce chaos. De  ses origines (Le Ruban blanc) à la fin du monde (Les Derniers Jours du monde, Terminator Renaissance, 2012, La Route…), les structures politiques et familiales n’y  ont pas résisté (Tokyo Sonata, Fish Tank, La Merditude des choses), drainant leur lot de personnages féminins négatifs (Antichrist, The Box, Non, ma fille tu n’iras pas danser…). mais comme dans toute période trouble, les comédies ont permis de reléguer le Jugement dernier  à une date indéterminée. Du mélancolique Funny People au très incorrect OSS 117, Rio ne répond plus, c’est galvanisée que notre rédaction a passé en revue pour vous ce qui reste comme une très belle année de cinéma. 

2009 EN

Le Temps qu’il reste d’Elia Suleiman

LES DIX FILMS DE LA RÉDACTION 1 Le Temps qu’il reste d’Elia Suleiman 2 Les Derniers Jours du monde d’arnaud et Jean-marie Larrieu

3 Fish Tank d’andrea arnold 4 Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa 5 OSS 117, Rio ne répond plus de michel Hazanavicius

6 Funny People de Judd apatow 7 Le Ruban blanc de michael Haneke 8 La Merditude des choses de Felix Van Groeningen

9 Gran Torino de Clint Eastwood 10 Irène d’alain Cavalier

RÉPLIQUES « – VOUS CONFONDEZ LES JUIFS ET LES MUSULMANS ! – NE JOUEZ PAS SUR LES MOTS, DOLORÈS. » (OSS 117, RIO NE RÉPOND PLUS)

« JE T’AIME BIEN. JE TE TUERAI EN DERNIER. » (FISH TANK)

« CHAOS REIGNS. » (ANTICHRIST)

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28 NEWS /// AVANT-SÉANCE /// AMIRA CASAR

DEBOUt En 2009, AMIRA CASAR aura enchaîné les rôles de femme forte : au Théâtre de l’Odéon sous la houlette d’Olivier Py, puis au cinéma, devant les caméras d’Éric-Emmanuel Schmitt pour Oscar et la dame rose et d’Éléonore Faucher pour Gamines, où elle campe avec aplomb un rôle de mère de trois fillettes. Entretien. _Propos recueillis par Clémentine Gallot

Qu’est-ce qui vous a amenée à jouer dans Gamines, adaptation du roman de Sylvie Testud ? J’avais vu Brodeuses, le premier film d’éléonore Faucher. J’étais touchée par sa subtilité et sa manière de filmer les silences. J’étais aussi au Conservatoire national avec Sylvie testud, qui a donné cette histoire  à Eléonore et s’en est remise à elle. Sylvie et moi avons toutes les deux été élevées par des femmes fortes,  qui veulent s’en sortir sans hommes – ce qui ne les empêche pas de comprendre leur fragilité et leurs failles. il y a un dépassement de soi dans leur destinée. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour interpréter le rôle d’Anna, mère d’origine italienne ? Je voulais jouer une femme populaire, dans l’action. Dans Nuit de chien de Werner Schroeter, sorti début 2009, j’incarnais une héroïne tragique, sacrifiée. ici, il s’agit d’un personnage en lutte, fait de contrastes et de contradictions. J’ai pensé aux femmes des films de Claude Sautet, en particulier ceux des années 1970, comme Les Choses de la vie. Des rôles subtils, ouverts au secret, au non-dit, très riches pour l’acteur. C’est un personnage traversé par les rapports de classe, de sexe ou d’origine ethnique… On est aux débuts de l’émancipation de la femme.

Jeune, anna va se tourner vers un artiste puis découvre qu’il n’est pas à la hauteur. Elle reste très amoureuse de cet homme qui n’est pas apte à être père, tout en devenant louve et en élevant ses filles dans un gynécée. il y a chez elle la volonté d’être une femme française modèle, de sortir de son milieu populaire, avec de la dignité et le sens du sacrifice. C’est un personnage chez qui la honte et le désir sont juxtaposés. Cette envie d’être moderne, en rébellion, se heurte au poids de la famille. il y a le corps français, dans la retenue, le contrôle, plus agressif, plus sec. Et le corps italien, libéré, plus détendu, plus charnel. J’aime cette dualité, très humaine. On vous découvre aussi chez Éric-Emmanuel Schmitt dans Oscar et la dame rose, en salles le 9 décembre… Le film m’a permis de jouer avec max von Sydow, dont j’ai vu tous les films. J’y interprète une vieille fille acariâtre qui tient un hôpital. C’est un conte pour enfants, le personnage est très dessiné, avec des costumes à la Douglas Sirk. Pour jouer madame Gommette, je me suis inspirée de la matrone, très sévère, de mon école anglaise, qui s’appelait Violette, mais aussi de la coiffure de Gary Oldman dans Dracula !

Gamines // Un film d’Éléonore Faucher // Avec Amira Casar, Sylvie Testud… // Distribution : UGC // France, 2008, 1h47 // Sortie le 16 décembre Oscar et la dame rose // Un film d’Éric-Emmanuel Schmitt // Avec Amira Casar, Michèle Laroque… // Distribution : Wild Bunch // France, 2008, 1h45 // Sortie le 9 décembre

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30 NEWS /// APRÈS-SÉANCE /// FESTIVAL CLOSE UP

JEUNES taLENtS, PUR MALT Fidèle à son esprit défricheur, MK2 organise depuis 2008 le FESTIVAL CLOSE UP dédié aux jeunes talents du cinéma français, en partenariat avec Jameson. Retour sur une seconde édition enivrante. _Par Sandrine Marques

Le 12 novembre dernier flottait sur le mK2 Bibliothèque un avant-goût des César. Euphorisée par de savants cocktails concoctés par la marque partenaire, la fine fleur  du  jeune  cinéma  français  était  à  l’honneur,  à l’occasion d’une cérémonie de remise de prix. Concourant dans  six  catégories,  les  nominés  attendent  un  peu fébriles,  mais  dans  une  atmosphère  décontractée, d’être jugés par leurs pairs. En maître de cérémonie toujours nature et enjoué, le journaliste et animateur Karl Zéro ouvre le bal. Premier  remettant  et  membre  du  jury,  le  journaliste thierry Chèze attribue le prix du meilleur court métrage à  David  Bertram  pour  Interférences, soulignant  sa maîtrise et son extrême originalité. Le film a, depuis, été diffusé sur la chaîne partenaire Paris Première. Le jury a eu les dents longues : Morse, une histoire de vampires et d’amours enfantines, reçoit le prix du meilleur premier film étranger, un choix défendu par l’exigeant Olivier Père, nouveau directeur du Festival de Locarno. La ravissante amira Casar aime Les Beaux Gosses et particulièrement la prestation d’anthony Sonigo (Kamel, le tchatcheur dans le film de Riad Sattouf), prix du meilleur jeune acteur à l’unanimité. Pas mal pour un cancre ! Beau joueur, son comparse Vincent Lacoste l’applaudit dans la salle. Le glamour s’invite ensuite sur scène en la personne de Virginie Ledoyen, qui confie au micro son admiration pour la lumineuse mati Diop, prix de la meilleure jeune actrice, dans 35 Rhums de Claire Denis. Le réalisateur Xavier Giannoli (À l’origine) prend le relais et remet à l’ex critique de cinéma Nicolas Saada le grand prix mK2 pour Espion(s), un DÉCEMBRE - JANVIER 2010

premier film impressionnant. Habillée aux couleurs irlandaises, propres à la marque Jameson qu’arborent une cohorte d’hôtesses rousses à longues nattes, la cérémonie s’achève en beauté avec le prix d’honneur du film irlandais, remis à margaret Corkery pour Eamon. À peine les lauréats récompensés, on s’empresse de recueillir leurs impressions. Riad Sattouf est vexé : anthony  Sonigo  ne  l’a  même  pas  mentionné  dans son discours de remerciements. taquineries, vannes à foison, le réalisateur et sa jeune vedette se réconcilient rapidement. On croise la sauvage Soko, très convaincante dans À l’origine et de retour de Los angeles où elle vient d’enregistrer son nouvel album. Bien entouré, un jeune homme à béquilles a tenu à être de la fête. On apprend que sa passion du breakdance est à l’origine de ses accidents à répétition. Virginie Ledoyen s’éclipse très vite, ce qui provoque de violentes désillusions parmi la gent masculine. Un journaliste geek, fan de nouvelles technologies, regrette même d’avoir sorti le costume « pour rien ». mais place à la gigue ! tania Bruna-Rosso électrise le dancefloor avec son DJ set, bientôt suivie par le concert du très pêchu groupe nantais Pony Pony Run Run, qui mène les plus vaillants jusque tard dans la nuit. Parmi eux, Xavier Giannoli. Ravi, il nous confie : «Il est important que des groupes comme MK2 et la société Ricard portent des initiatives en faveur de la reconnaissance des talents émergents du cinéma français. Ils en font la richesse. ». Rendez-vous l’année prochaine pour s’en convaincre de nouveau. WWW.MK2.COM


32 NEWS /// KLAP ! ///ZOOM SUR UN TOURNAGE

HORS CIRCUIT À 29 ans, REBECCA ZLOTOWSKI vient de tourner son premier film, Belle Épine, sur fond de circuit illégal de motos, de jeunesse et de solitude. Rencontre avec une réalisatrice piquante. _Par Sandrine Marques

ancienne élève de la Fémis, département scénario, Rebecca Zlotowski n’avait jamais réalisé de courts métrages avant de mettre en scène son premier film : «Je n’avais pas d’intérêt précis à la réalisation», confie-t-elle. Pour son diplôme de fin d’études, elle écrit un scénario, sous la tutelle du cinéaste new-yorkais Lodge Kerrigan. Frédéric Jouve, des Films Velvet, lui propose de le produire si elle passe derrière la caméra. « Belle épine raconte l’histoire de Prudence Friedman (Léa Seydoux), 17 ans, qui vient de perdre sa mère. Fascinée par

un circuit de motos illégal à Rungis, elle tente d’y gagner sa place, en essayant de faire passer sa solitude pour de la liberté », raconte Rebecca.  Ce film très personnel, tourné en cinq semaines en région parisienne et au Havre (où elle croise aki Kaurismäki, en plein repérages), met l’accent sur  la stylisation des décors : « Au Havre, il y a cette qualité-là de béton, de dureté et de dignité qui rejoint le sujet de mon film. On ne sait pas si c’est une ville du passé ou du futur. On a commencé tout de suite par filmer les scènes de circuit et de cascades. Ça a ancré mon film dans la nuit. » avec Johan Libéreau et anaïs Demoustier au casting, le film, actuellement en post-production, sortira courant 2010. Perfectionniste, Rebecca Zlotowski privilégie au «calendrier cannois celui de la beauté ». Une belle exigence. 

INDISCRETS DE TOURNAGE De nouveau retardé, le tournage de la saga d’heroic fantasy Bilbo le Hobbit, réalisé par Guillermo del Toro sous l’aile du producteur Peter Jackson, devrait finalement commencer à l’été 2010. Le chanteur Tom Waits est pressenti pour le rôle-titre. Le réalisateur Gus Van Sant et l’écrivain Bret Easton Ellis (American Psycho) se sont penchés ensemble sur le scénario d’un film intitulé The Golden Suicides. Le film reviendra sur le double suicide, en 2007, des artistes Theresa Duncan et Jeremy Blake. David Lynch produit le prochain long métrage de Werner Herzog, My Son, My Son, What Have Ye Done? Le casting est prestigieux : Michael Shannon (Les Noces rebelles), Willem Dafoe (Antichrist) et Chloë Sevigny (Boys Don’t Cry) se donneront la réplique.

LA TECHNIQUE LA CAMÉRA CAMERON/PACE FUSION Si nous parvenons à appréhender notre environnement en relief, c’est grâce à l’écartement entre nos deux yeux, un écart que nous modifions inconsciemment en fonction de la proximité de l’objet sur lequel nous nous focalisons. mise au point pour Avatar, la caméra Cameron/Pace Fusion réplique ce phénomène, grâce à deux objectifs fixés sur un châssis commandé par ordinateur, qui modifie leur écartement avec la même réactivité que les yeux humains. intégralement réalisé avec cet équivalent de l’autofocus pour le relief, Avatar offre un confort de visionnage inédit, qui relègue la 3D migraineuse aux oubliettes. _Julien Dupuy // Avatar de James Cameron, en salles le 16 décembre

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34 NEWS /// DÉCROCHAGE /// LUC MOULLET

LE BON SAUVAGE Plus qu’une enquête sur la criminalité dans les Alpes du sud, La Terre de la folie est un autoportrait fantaisiste de son auteur, LUC MOULLET. Rencontre avec le franc-tireur le plus affuté du cinéma français. _Propos recueillis par Juliette Reitzer (avec Raphaëlle Simon)

Quel rapport établissez-vous entre le décor des Basses Alpes et les crimes évoqués dans le film ? Les lieux frappent par leur austérité et leur beauté. Leur sauvagerie reflète celle des comportements.  il y a 250 ans, on ne fréquentait pas les montagnes, alors qu’aujourd’hui la sauvagerie nous attire.  On a besoin de nature. L’absurde est un ressort essentiel de La Terre de la folie... Je vois beaucoup de choses absurdes dans la vie ! Quand quelqu’un tue trois personnes parce que l’une d’elles a déplacé sa chèvre de 10 mètres, c’est vraiment absurde. Dans le cinéma classique, on cherche des histoires qui tiennent debout, avec une structure narrative écrite. Ce n’est pas ce que je recherche. L’humour du film tient pour beaucoup aux gens que vous filmez… C’est leur façon de parler qui peut sembler drôle au spectateur. il y a notamment la buraliste qui, au sujet d’un boucher qui a dépecé sa fille, dit : « Non, je ne suis pas du tout d’accord avec ce qu’il a fait. » C’est assez logique et tellement évident qu’on ne le dit pas, normalement. Je crois que le sujet du film était aussi prétexte à un tour d’horizon de la condition humaine.

Votre mise en scène recèle beaucoup d’éléments comiques, à l’image de ce plan sur un pré où broute une vache solitaire. En voix off, vous commentez : « Un lieu propice au crime… » C’est vraiment un lieu propice au crime puisqu’il  n’y a pas d’autre témoin que cette pauvre vache. C’est assez amusant parce que cet animal pataud ne commet jamais de crime. La vache est herbivore, elle est donc en dehors du système.���Elle est d’ailleurs plutôt la victime puisqu’on la mange. même si l’adjectif « vache » nous fait croire le contraire. Vous parlez souvent avec humour de choses dramatiques. Pourquoi ? C’est un bon principe, l’humour sur des éléments tragiques. C’est mieux que de faire un film comique sur des choses drôles pour elles-mêmes, comme quelqu’un qui glisse sur une peau de banane.  Parler de la mort, c’est le fin du fin pour un cinéaste comique, puisque c’est le sujet le plus dramatique qui soit. J’ai un modèle, un réalisateur qui n’a fait que des comédies : sur la chasse aux sorcières aux états-Unis, sur un monsieur qui a tué 50 millions de personnes, sur le chômage… Vous aurez reconnu Charlie Chaplin. il a eu un certain succès. 

Un film de Luc Moullet // Documentaire // Distribution : Les Films du Paradoxe // France, 2009, 1h30 // Sortie le 13 janvier

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36 NEWS /// LE PROFIL

DE...

Anvil a joué ces derniers mois devant plus de monde que depuis trente ans grâce au succès aux U.S.A. de The Story of Anvil, le bouleversant documentaire de leur vieux pote Sacha Gervasi. Yeah ! Il y a 4 minutes

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Envoyer un message à Anvil Envoyer un poke à Anvil Informations Réseaux : Canada, Japon, Croatie Membres : Steve “ Lips ” Kudlow (guitare, chant), Robb Reiner (batterie) Date de naissance : En avril 1973 à Toronto (Canada), Steve et Robb ont 14 ans, et se promettent de jouer ensemble toute leur vie Formation : Des années sur la route Emplois : Robb : peintre en bâtiment Lips : cantinier Situation amoureuse : C’est compliqué, après 30 ans d’amour… Citations favorites : “ Je t’aime, mec. ” “ That’s dedication, pal ! ” “La famille, c’est ça qui compte, mec.” Amis

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Sacha Gervasi a tagué Anvil sur une vidéo : The Story of Anvil Genre : documentaire Année de production : 2008 Date de sortie : le 3 février 2010 Durée : 1h30 12 décembre à 21h22 – Commenter – J’aime – Partager Michael Moore Mmm… Il y a Anvil sous roche… À quand la tournée ? 12 décembre à 21h24

Anvil a ajouté une photo à l’album

Les pires pochettes de l’histoire du métal 1 nouvelle photo 8 décembre à 16h12 – Commenter – J’aime – Partager

Anvil a invité Lars Ulrich de Metallica à rejoindre le groupe Je joue de la guitare avec un gode 7 décembre à 8h12 – Commenter – J’aime – Partager Richard Gere, Derek Riggs et Sharon Osbourne aiment ça.

Anvil, Raven et Helix ont rejoint le groupe Les groupes de métal oubliés du début des années 1980 2 décembre à 23h44 – Commenter – J’aime – Partager

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Slash, Tom Araya (Slayer) et Girlschool aiment ça.

Sacha Gervasi a tagué Lips sur une photo Keanu Reeves

Scott Ian (Anthrax)

Sacha Gervasi

28 novembre à 12h37 – Commenter – J’aime – Partager Slash

Lemmy Michael (Motörhead) Moore

Anvil Quelle teuf ! Sans toi, nous étions finis, dude ! 28 novembre à 12h39

NB : Profil fictif réalisé par E.G., S.M et S.K. à partir de faits et déclarations authentiques.

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38 NEWS /// PASSERELLES /// LOUIS XIV AU CHÂTEAU DE VERSAILLES

GRaND SOLEIL Croisement idéal entre l’art et l’histoire, le Château de Versailles accueille jusqu’au 7 février une exposition consacrée au souverain le plus emblématique des lieux, Louis XIV. Peintures, objets et costumes dressent le portrait intime d’un roi passionné d’art, comme nous l’explique NICOLAS MILOVANOVIC, commissaire de l’exposition. _Propos recueillis par Juliette Reitzer

Sous quel angle avez-vous abordé cette exposition ? Nous nous sommes intéressés à deux aspects : d’une part, l’image publique du roi, la manière dont elle était présentée par les artistes, et d’autre part, son goût personnel d’amateur et de collectionneur d’art. Comment expliquer qu’il n’y ait jamais eu d’exposition sur Louis XIV à Versailles ? C’est un roi qui impressionne et a souvent été caricaturé pour sa monarchie absolue. On lui attribue à tort l’image d’un roi qui brimait la liberté des artistes. Nous avons voulu montrer que beaucoup de chefsd’œuvre ont été produits sous son règne. Les gens jugeront et j’espère qu’ils seront émus par la beauté des œuvres. Avant lui, l’art occupait-il une telle place à la cour ? Non, c’est ce qui fait sa particularité. il s’est intéressé à de très nombreux champs artistiques, et cela a pris une place prépondérante dans sa vie. C’est sous son impulsion que fut créée la Comédie Française, que naquit la collaboration entre molière et Lully… Quelle pièce exposée admirez-vous le plus ? Le portrait en cire est un objet étonnant. il a été réalisé en appliquant la cire directement sur le

visage de Louis XiV et est donc très réaliste. C’est une des particularités du roi : il a toujours tenu à être représenté fidèlement, notamment conformément à son âge. Quel rapport Louis XIV entretenait-il à la peinture ? il a formé son goût au contact de Charles Le Brun, Pierre mignard, adam Frans van der meulen… C’est en les regardant peindre, en dialoguant avec eux qu’il a commencé à s’intéresser à la peinture. Cette approche était très particulière parce qu’il y a généralement une distance sociale qui subsiste entre le roi de France et un simple peintre… L’armure du roi, magnifiquement décorée, est un bon exemple de l’interférence constante entre l’art et la vie quotidienne… À côté de l’armure, il y a quatre dessins de décors de navires de guerre qui illustrent bien cette problématique. Louis XiV tenait à ce que ses vaisseaux soient décorés pour témoigner de son goût, mais en même temps il fallait que ces décorations ne rendent pas les bateaux plus lents ou moins sûrs… La recherche d’un équilibre entre l’art et la vie quotidienne était permanente. 

Louis XIV, l’homme et le roi, jusqu’au 7 février au Château de Versailles, www.chateauversailles.fr

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40 NEWS /// UNDERGROUND

DéViatiONS Sur l’autoroute qui les relie aux idoles rock n’roll (Elvis) et yéyé (Johnny), le trio clermontois MUSTANG trace un chemin formidablement oblique, dont témoigne A71, pétaradant premier album. _Par Auréliano Tonet

Notre premier carambolage avec mustang a lieu sur la scène du Nouveau Casino, en novembre dernier. Santiags lustrées, guitare en bandoulière, Jean Felzine, gueule d’ange de 21 ans, fait tournoyer un soutien-gorge jeté par l’assistance, avant d’estourbir la caisse claire de son ami batteur, consentant. Lorsqu’on le croise dans un café, une semaine plus tard, le garnement dresse une typologie érudite des bananes rock, avec une préférence pour celle d’Elvis, dont il admire le « gonflé ». Puis il égrène la liste des CDs, empruntés à la médiathèque, qui ont bouleversé sa trajectoire (Stooges, Velvet, Jerry Lee Lewis) : « On a écouté peu de disques, mais on a écouté les bons. » alors, mustang, nouvel arrivé dans la file de baby-rockeurs, poseurs et maniéristes, qui embouteillent le trafic médiatique ? Pas tout à fait. Car, loin des exercices de style alentours, Jean et sa bande écrivent de vraies chansons françaises (sublimes C’est fini ou Je m’emmerde). Leur modèle absolu ? Suicide, groupe de rock n’roll sans guitares, tout de claviers Farfisa et de voix réverbérées. De la reverb, des synthés, on en trouve au kilomètre dans la course folle des mustang. En réalité, eux qui se « foutent de la pseudo-scène de Clermont » ne roulent pas en Ford mustang, mais en Fiat Panda. écarts, échos, tête-à-queue : voilà qui fait tout le prix de leurs crissements magnifiques.  A71 de Mustang (A*Rag/Epic/Jive)

COPIER COLLER >> Plusieurs fois repoussé suite  à l’incarcération de son mari Roman Polanski, le nouvel album d’Emmanuelle Seigner, Dingue, sort finalement le 2 février prochain.

>> Rayures pop sixties, bottines mutines, duos alanguis, la chanteuse et comédienne signe un disque dont ne rougirait pas Nancy Sinatra, modèle avoué de notre folle ingénue.

LE MYSPACE CHARTS DE LA RÉDACTION GIL SCOTT-HERON – New York City – 22 692 lectures www.myspace.com/revolutionwillnotbetelevised Sur imnewhere.net, GSH vient de poster un extrait de son premier album en treize ans, prévu pour février. L’occasion de se replonger dans l’œuvre abrasive du soul poet… ROCK & JUNIOR – Let’s Get Physical – 3 846 lectures www.myspace.com/rockandjunior La bombinette r’n’b de 2010, concoctée par un producteur orléanais et ses deux chanteuses togolo-berlino-péruviano-yankee. Physiques avenants. FIELD MUSIC – Measure – 2 758 lectures www.myspace.com/fieldmusic avec (Measure), ces anglais fertiles livrent enfin un album à la mesure de leurs influences (Beatles, XtC, Sparks). L’un des chocs pop de ce début d’année.

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42 NEWS /// LE BUZZLE

LE NET EN MOINS fLOU BUZZ’ART

STATUTS QUOTES Sélection des meilleurs statuts de FaCEBOOK

François : Encore une journée  à marquer d’une bière blanche. Antoine avait oublié que la Bretonne a un je ne sais quoi de rétif. Christophe : Johnny encore opéré d’une hernie discale. Pour son hernie fiscale, l’opération a déjà eu lieu en Suisse.

Ice Bear Project et Campagne Greenpeace // Posté il y a un mois par Tck tck tck, Greenpeace, WWF

MELTING SPOTS Pendant que les politiques soufflent le chaud et le froid sur Copenhague, les ONG cherchent à nous faire fondre. Au grand bazar du buzz climatique, voici nos deux têtes de gondoles... Rendez-vous dans dix ans. « Photo-chopées » par Greenpeace à leur descente d’avion, les principales têtes de turcs des ONG, Sarkozy, merkel et alii, sont exposées, vieillies d’une décennie, sur de grands panneaux publicitaires dans l’aéroport de Copenhague. amers, les ex-présidents regrettent leur manque de courage au sommet 2009. Melting bears. Pour faire pleurer dans les chaumières, l’ours polaire est au réchauffement climatique ce que le panda est à la biodiversité. WWF 

vous propose donc, confortablement installé derrière votre ordinateur,  de méditer sur la fonte en direct de deux ours de glace grandeur nature, l’un sur une place de Copenhague, l’autre à trafalgar Square. Symboles métonymiques de la disparition de la banquise, ils se dépoilent au goutte-à-goutte en découvrant leurs squelettes  de bronze. Gageons que l’aîné, au Danemark, aura fondu avant l’accord.  _A.D.M.

Jules : Les petites filles aiment les poupées, les petits garçons aiment les soldats. Les grandes filles aiment les soldats, les grands garçons aiment les poupées. Julien : Lettre d'un enfant au Père Noël : « Cher Père Noël, pour Noël, envoie-moi un petit frère. » Réponse du Père Noël : « OK, envoie-moi ta mère alors ! » Joseph : ava vient de déchirer son premier livre, un Burroughs/Gysin. Elle a plutôt bon goût ma petite, non ? Violaine : En mode fesse book.  En gros bouquine assis comme  il se doit sur son derrière. Roland va vraiment finir par préférer Luc Besson à éric Besson, et pourtant  ça partait de loin... Fred voulait dire « Salut » ou « Allo ? » à son boss, et lui a répondu : « Salaud ». Max Lab : Avatar en afrique réalisé par James Cameroun.

http://tcktcktck.org et www.icebearproject.org

APPLIS MOBILES _Par E.R. PHOTOSHOP

CHUCK NORRIS

Parce que le petit oiseau ne sort pas  à chaque fois avec les plumes bien peignées, cette version portable du célèbre logiciel de retouche d’image vous permettra de bidouiller les photos de retour de soirée.

L’acteur américain « plus fort que la douleur » sait faire pleurer les oignons de rire dans ce jeu inspiré des « Chuck Norris facts », ces aphorismes qui ont mis toto, Carambar et les Belges au chômage.

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MAL BUZZÉ

TWITOUILLAGE Chaque mois un phÊnomène du Net touillÊ via TWITTER

FLefebvre_UMP 26 Tweets 666 176 followers

DRĂ”LE DE GUERRE Tuer des civils en incarnant un terroriste ? Rien de neuf. Sauf que Modern Warfare 2 est le jeu vidĂŠo le plus vendu de tous les temps. il y a peu, les murs du mĂŠtro parisien faisaient de la rĂŠclame pour le jeu Operation Flashpoint, qui annonçait :â€ˆÂŤ La guerre comme si vous y ĂŠtiez. Âť Une belleâ€ˆĂ˘me avait sous-titrĂŠâ€ˆd’un marqueur pacifiste :â€ˆÂŤ Bande de connards. Âť Le jeu s’est  rĂŠvĂŠlĂŠâ€ˆplutĂ´t pĂŠdagogique, dĂŠmontrant que  la guerre, quand on y est, c’est surtout des emmerdes lĂŠtales. aux antipodes d’un Call of Duty : Modern Warfare 2, qui penche pour la  guerre comme si vousâ€ˆĂŠtiez au cinĂŠma. Du  grand spectacleâ€ˆĂ â€ˆla cool entre l’afghanistan et les favelas de Rio, mĂŠtal-hurlant de rĂŠalisme hĂŠmoglobino-photographique. meilleur dĂŠmarrage de l’histoire du jeu vidĂŠo avec plus  de 5 millions de copies vendues le premier jour,  le titre se paye le luxe odieux d’une mission au cours de laquelle on incarne un agent infiltrĂŠ dans un groupe de terroristes russes faisant feu sur des civils. Et lĂ , c’est le pop-corn qui a du mal Ă â€ˆpasser.  _E.R. Activision // Sur PC, PS3, X360

Cookie

Parmi les politiques qui twittent (Nathalie Kosciusko-morizet @nk_m, par exemple), le  plus LOL reste le porte-parole de l'UmP, FrĂŠdĂŠric Lefebvre, bĂŞte noire du web, qu’il mĂŠprise mais dont il investit gaillardement les outils. Depuis  ses dĂŠclarations contre les dangers de l’internet  (ÂŤ l'absence de rĂŠgulation du Net provoque chaque jour des victimes Âť), Fred est persona non-grata sur les rĂŠseaux sociaux : dès l’ouverture de son compte twitter, il s’est fait bouter hors du site par les utilisateurs qui l’ont reportĂŠâ€ˆpourâ€ˆÂŤ spam Âť. Fin observateur, il note :  ÂŤ C'est drĂ´le Twitter ! Vos ennemis font autant v otre succès que vos amis. Âť Sur son compte, rĂŠtabli depuis, du consensus et pas grandchoseâ€ˆĂ â€ˆse mettre sous la dent : il y annonce  ses passages tĂŠlĂŠâ€ˆet fait la promo de la majoritĂŠ prĂŠsidentielle. toutâ€ˆĂ§a pourâ€ˆĂ§a ? Extraits choisis‌ ÂŤ Quel plaisir de dĂŠbattre dans la sĂŠrĂŠnitĂŠâ€ˆ de sujets aussi passionnants.â€ˆÂť ÂŤ Les Suisses auraient-ils votĂŠâ€ˆtout haut ce que  les Français pensent tout bas ? Âť ÂŤ Petit dej’ au Flore. Passage obligĂŠâ€ˆpour celui  qui a dĂŠcidĂŠâ€ˆde se mettreâ€ˆĂ â€ˆl'ĂŠcriture ! Âť ÂŤ Vousâ€ˆĂŞtes formidables ... et drĂ´les en plus ! Quelle imagination fertile !! Âť ÂŤ Pour un accueil, c'est un accueil !â€ˆĂ€â€ˆtrès vite... Âť _C.G.

– [kuki] nom masculin

MOT @ MOT _Par E.R.

(De l’amÊricain cookie, dÊsignant un biscuit aux pÊpites de chocolat, cuisson 15 minutes, thermostat 6) 1. Fichier texte enregistrÊ sur le disque dur d’un internaute par son navigateur web. Ces traces ont pour but de faciliter les connexions futures en gardant en mÊmoire des mots de passe ou prÊfÊrences d’affichage. NaviguersurInternetsanscookie,c’est pasdugâteau. 2. Technique d’optimisation des ventes d’un commerce par l’enregistrement des habitudes d’un client fidÊlisÊ. BienvenuemonsieurHenry.Unemanucuredelamain gauchecommed’hab’,ouvoussouhaitezchangervotrecookie?

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44 NEWS /// AVATARS ///UN JEU VIDÉO EXPLIQUÉ À... MON PROF DE CLARINETTE

BaND À PART Muse sans hic des musiciens virtuels, la série des Guitar Hero vibre désormais pour la pop avec Band Hero. Notre chroniqueur l’entend de cette oreille et change d’orchestre, en désaccord avec son prof de musique…

ALTER GAMO

_Par Étienne Rouillon

« Chantez-le sur l’air qui vous convient, monsieur Basson, je dis flûte à votre partition nationale. Clair et net, je lâche la clarinette pour les manettes. Sans tambour ni trompette, voici les guitares  et la batterie de Band Hero. J'ai solfié seul et fier, pitre devant mon pupitre. maintenant, c’est à quatre qu’on fait trembler la télé. transformer son salon en Stade de France n'a jamais été aussi simple. moins hirsute que les Guitar Hero orientés rock, le petit dernier peigne une pop musique au poil. même avec un cheveu sur la langue, on profite du mode karaoké à l'unisson. Le plaisir d’entonner les tubes du héros qui nous a quittés... mais non pas Johnny, enfin pas encore. Je vous parle de mJ et son ABC, le B.a.-Ba des J5, bien plus tonitruant qu’un lip dub de l’UmP. « Monde de merde » hurlent les ours polaires pendant qu’on fredonne Allumer le feu à Copenhague. Les plantigrades devraient se rafraîchir sur Band Hero avec une chanson des arctic monkeys – c’est toujours mieux que de sucer des eskimos. » Éditeur : Activision // Plateformes : PS3, X360, Wii, PS2

RÉTRO GAMO SANS-GÊNE À l’époque où sans fil rimait avec boulet à la patte, le téléphone Bi-Bop était roi. Son vassal ? La console de jeu vidéo Nomad. Elle permettait de tirer la bourre à Sonic au fond de la salle de classe. Trop lourde et trop gourmande en piles à l’époque, elle profite aujourd’hui d’un lifting et change de nom : GenMobile. www.stoneagegamer.com // À partir de 37 €

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JULIE, 25 ANS, GRAPHISTE « Mario Kart est un jeu particulièrement convivial. Pour une fois, je suis même capable de battre mon mec ! Ce personnage, Toad, me rappelle les parties avec mes frères quand j’étais petite, c’était déjà le personnage que j’utilisais. Et puis j’adore sa forme et ses couleurs de champigon psychédélique... »

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LE

GUIDE CALENDRIER MALIN POUR AVENTURIER URBAIN

DU MERCREDI 16 DÉCEMBRE AU MARDI 9 FÉVRIER

« LA MERDITUDE DES CHOSES ESt UNE SORtE DE BIG LEBOWSKI Où LE SPORt N’ESt PaS  LE BOWLiNG, maiS L’aLCOOL. »  P.52 BENOît DELéPiNE

SORTIES EN SALLES SORTIES LE 16 DÉCEMBRE 48 Max et les maximonstres de Spike Jonze 50 Le Père de mes enfants de mia Hansen-Løve 51 La Fille la plus heureuse du monde de Radu Jude SORTIE LE 30 DÉCEMBRE 52 La Merditude des choses de Felix Van Groeningen SORTIE LE 6 JANVIER 54 Bright Star de Jane Campion SORTIE LE 13 JANVIER 56 Tsar de Pavel Lounguine SORTIE LE 20 JANVIER 58 Serious Man de Joel et Ethan Cohen SORTIE LE 27 JANVIER 60 Mother de Bong Joon-ho

P.52

LES AUTRES SORTIES 62 Le Dernier Vol ; The Proposition ; Avatar ; Adama, mon kibboutz ; [Rec] 2 ; Un conte finlandais ; Le Soliste ; Honeymoons ; Plein Sud ; Contes de l’âge d’or ; Accident ; Coco Chanel & Igor Stravinsky ; Une vie toute neuve ; Agora ; Gigantic ; Just Another Love Story ; Mr. Nobody ; La Dame de trèfle ; Black Dynamite ; Une petite zone de turbulences ; Complices ; Les Barons ; Ivul ; Le Livre d’Eli ; Sumo ; Ne change rien ; The Rebirth ; La Princesse et la Grenouille ; Sherlock Holmes ; Une exécution ordinaire ; Planète 51 ; Lebanon

66 LES ÉVÉNEMENTS MK2 La patte apatow Avatar débarque en 3D !

SORTIES EN VILLE 68 CONCERTS La Flèche d’or et le Scopitone L’oreille de… arnaud Fleurent-Didier

70 CLUBBING On Ice Les nuits de… 2 many DJs

72 EXPOS Joseph Kosuth au Louvre Le cabinet de curiosités : Sport Hit Paradise

74 SPECTACLES Raoul de James thiérrée Le spectacle vivant non identifié : Pina B. vue par…

76 RESTOS

P.70 DÉCEMBRE - JANVIER 2010

William Ledeuil Le palais de… étienne Jaumet

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48 CINÉMA

SORTIE LE

16/12

Max et les maximonstres 3 RAISONS D’ALLER VOIR LE FILM 1… Pour le retour à l’état de nature de l’ex-clippeur Spike Jonze, réalisateur de Dans la peau de John Malkovich et Adaptation. 2… Pour la B.O. échevelée de Karen O (des Yeah Yeah Yeahs), qui charrie la puissance émotive du film. 3… Pour son label de film vintage et régressif de toute la jeunesse branchée américaine.

LE ROI EST NU Un film de Spike Jonze // Avec Max Records, Catherine Keener… Distribution : Warner // États-Unis, 2009, 1h40

SPIKE JONZE filme l’éveil libérateur du petit Max, entouré de curieuses créatures, dans un conte d’une merveilleuse ambiguïté. _Par Clémentine Gallot

au début était le cri. Comme chez Harmony Korine, le film s’ouvre sur un long brame, qui laisse libre cours au mécontentement qui gronde chez max, coincé dans sa banlieue. Spike Jonze fait de cette grogne, de sa fureur créatrice, le mouvement même de son film : le garçonnet excédé s’échappe à bord d’une barque vers des jours meilleurs. Where the Wild Things Are : « là où se trouvent les choses sauvages » disait le beau titre original, en forme de quête. L’enfant accoste un rivage désolé dont les quelques habitants, des créatures en mal de gouvernance, s’empressent de le couronner roi. Le film tire en partie sa réussite de ses monstres, de gros corps velus et bedonnants habités par les voix de James Gandolfini en ogre, ou Paul Dano en bique déprimée. Bienveillants, horrifiques ou irrationnels, ces monstres font écho aux humeurs indomptables de max. Culte et lapidaire, le livre illustré de maurice Sendak faisait de l’enfance non pas son public mais son sujet central, sauvage, mélancolique, mortifère. La date de sortie de son adaptation au cinéma en fait, contre toute attente, un film de Noël ambigu. 

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SPIKE JONZE Vous avez choisi d’adapter un livre pour enfants plutôt inhabituel. Pourquoi ? Enfant, j’aimais ce livre qui prend l’histoire de Max au sérieux. Tous les récits de Maurice Sendak sont vus de la perspective de l’enfant, la plus honnête possible. Comme Les 400 Coups, ce n’est pas condescendant ou donneur de leçon, ça n’arrondit pas les angles. Vous inscrivez-vous contre l’abus d’effets spéciaux ? Nous avons choisi la technique qui collait le mieux à l’émotion. On a mélangé l’aspect abrupt du réel avec le contrôle et la nuance des effets spéciaux pour les visages des monstres. D’où un tournage compliqué, laborieux. Le film s’est aussi fait contre les studios… Par chance, il m’est très intime et personnel, même si c’est Warner Bros. qui le produit. Max et les maximonstres ne ressemble pas du tout à ce à quoi les studios sont habitués et cela les met mal à l’aise. Il faut de la ténacité pour continuer à tourner quand on vous souffle que votre film est mauvais. Finalement, ce fut un succès aux États-Unis. Ce n’est pas un film qui vous dit quoi ressentir ou comment penser. WWW.MK2.COM


50 CINÉMA

SORTIE LE

16/12

Le Père de mes enfants 3 RAISONS D’ALLER VOIR LE FILM 1… Pour les promesses de cette réalisatrice de 28 ans, qui a remporté le prix spécial Un Certain Regard à Cannes. 2… Pour le charisme de Louis-Do de Lencquesaing, formidable acteur principal. 3… Pour la photo lumineuse et poétique du film.

FILIATIONS Un film de Mia Hansen-Løve // Avec Chiara Caselli, Louis-Do de Lencquesaing… Distribution : Les Films du Losange // France, 2009, 1h50

Jeune cinéaste de la lumière, MIA HANSEN-LØVE confirme ici son talent pour panser les blessures de la vie avec délicatesse et humanité. _Par Raphaëlle Simon

mia Hansen-Løve a fait ses premiers pas dans le cinéma auprès du producteur Humbert Balsan, décédé en 2005. Et c’est l’histoire de cet homme qui a donné vie à son deuxième film qui, sans être une biographie fidèle, peint en clair-obscur le portrait d’un cinéphile trop passionné, mais aussi d’une certaine vision du cinéma indépendant, exaltant et intransigeant. Grégoire Canvel, père  de famille comblé, dirige une boîte de production au bord de  la faillite à force de paris risqués. Poursuivi par ses créanciers, il n’accepte pas cet échec injuste et se donne la mort. Commence alors un second mouvement, un nouveau film : celui du deuil de sa femme et de ses trois filles, qui affrontent cette perte à la hauteur de leur âge. Comme dans Tout est pardonné, mia Hansen-Løve évoque la souffrance avec une pudeur désarmante. En immisçant le drame en plein milieu du scénario, en fuyant tout apitoiement, elle filme le recommencement plus que le chagrin.  Si cette brutale rupture de ton peut déboussoler, l’humanité des personnages et leur cheminement vers la délivrance suffisent à nous éclairer bien assez.

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MIA HANSEN-LØVE En quoi la personnalité d’Humbert Balsan a déterminé le mouvement de votre film ? Quand je l’ai rencontré, ce qui m’a frappée au départ n’était pas son désespoir. C’était à l’inverse son rayonnement, son énergie. Cette rencontre me disait que le cinéma, c’était la vie, moi qui viens d’une famille tournée vers la mélancolie. C’est pourquoi il a tant compté pour moi. Ces mouvements contraires cohabitent dans le film. Comment avez-vous travaillé le rythme du film ? Je voulais que la première partie soit comme un film d’action qui se ralentit avec la mort du producteur. Mais en pointillé et de manière plus discrète, cette guerre économique et l’histoire de cette société continuent. Le ralentissement n’est qu’apparent. C’est comme un train qu’on ne peut plus arrêter. Comment êtes-vous parvenue à faire exister cette famille plus vraie que nature ? C’est lié à la présence des enfants qui ont apporté beaucoup de légèreté et de solidarité entre les comédiens. On ne peut pas appliquer avec eux mécaniquement un scénario. Ils génèrent à la fois de la fusion et de la confusion. WWW.MK2.COM


51 CINÉMA

SORTIE LE

16/12

La fille la plus heureuse du monde 3 RAISONS D’ALLER VOIR LE FILM 1... Pour le mélange de comique et de malaise que distille la structure répétitive du récit. 2... Pour la performance épatante d’Andreea Bosneag. 3... Pour le portrait qui est fait de l’époque à travers le prisme de la réclame.

COMME ON NOUS PARLE Un film de Radu Jude // Avec Andreea Bosneag, Vasile Muraru… Distribution : Pyramide // Roumanie, 2009, 1h40

Cruel et lancinant, le premier film de RADU JUDE continue l’état des lieux de la Roumanie d’aujourd’hui, et dessine un portrait cocasse de l’absurde contemporain. _Par Jérôme Momcilovic

Delia s’est fait belle, c’est une journée pas comme les autres : aujourd’hui, tous les feux seront braqués sur elle. Elle a remporté le concours d’une marque de soda, et, pour repartir au volant de la voiture qui l’attend, elle va devoir faire l’actrice, le temps d’une pub. mais la fille la plus heureuse du monde va vite déchanter, et le film déroule le récit de cette journée qui voit se resserrer sur Delia l’étau d’une double humiliation. Celle du tournage et de ses prises qui se répètent ad nauseam (parce que Delia n’est pas très bonne, parce que la lumière non plus, parce que, décidément, rien ne marche), et celle infligée par ses parents qui la pressent sans relâche de leur céder le gros lot. Cocasse et cruel, La Fille la plus heureuse du monde s’inscrit dans le prolongement  des beaux 12h08 à l’est de Bucarest et La Mort de Dante Lazarescu : temporalité resserrée, répétition jusqu’à l’absurde et, en transparence, une métaphore limpide sur la Roumanie d’aujourd’hui. il peut se lire, aussi, comme un saisissant petit traité sur le langage et la manière dont le cynisme y fait son nid. DÉCEMBRE - JANVIER 2010

RADU JUDE Le film vous a été inspiré par une situation réelle, n’est-ce pas ? Je tournais ma première publicité et devais diriger une jeune provinciale très timide venue avec ses parents, qui étaient saouls… Elle n’arrivait pas à jouer, et j’ai fini par m’énerver un peu. Je m’en suis voulu quand j’ai appris que ses parents allaient s’approprier la voiture qu’elle venait de gagner. À mesure que l’histoire se développe, les mêmes situations se répètent sans fin… Quelqu’un m’a dit que le film lui évoquait la musique de Philip Glass. Mais je n’ai pas envisagé cette dimension répétitive comme une figure de style, c’est l’histoire qui l’a imposée. La situation que je décris représente l’absurdité dont nous sommes capables. C’est un film sur le mensonge : le discours de la marque de soda et celui du père sont renvoyés dos à dos… Nous vivons entourés de mensonges. Mais quelle différence, au fond, entre le message de la publicité et le film que je fais pour le dénoncer ? Le mensonge est une utilisation différente du langage, et le langage du cinéma peut être utilisé à des fins très contradictoires… WWW.MK2.COM


52 CINÉMA

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30/12

La Merditude des choses 3 RAISONS D’ALLER VOIR LE FILM 1... Pour l’incroyable scène du championnat de beuverie, calqué sur les règles du… Tour de France ! 2... Pour la performance du jeune Valentijn Dhaenens, magnifique d’émotivité rentrée. 3... Pour la subtilité avec laquelle le film allie comédie et tragédie.

FLAMANDS ROSSES Un film de Felix Van Groeningen // Avec Johan Heldenbergh, Koen De Graeve… Distribution : MK2 Diffusion // Belgique, 2008, 1h48

Tableau noir de la misère, réflexion sur la filiation et hymne à tous les orphelins : FELIX VAN GROENINGEN livre un film trash et émouvant. _Par Donald James

Âmes sensibles s’abstenir : La Merditude des choses vous parachute au milieu d’escogriffes au faible Q.i., forts en gueule, machos, alcoolos et fumeurs de brunes. Bienvenue chez les Strobbe! Ce troisième long métrage du Belge Felix Van Groeningen, 31 ans, est une adaptation du best-seller de Dimitri Verhulst, un livre à la résonance autobiographique qui retrace l’expérience d’un jeune ado vivant dans la misère aux côtés de son père, de ses trois oncles et de sa grand-mère. Outre ses qualités formelles, ce film revitalise un procédé narratif classique, celui de l’écrivain à succès qui se souvient : visites d’huissier, chansons à boire, première bière, première fille… L’univers glauque participe, à l’image d’un petit crachin belge persistant, au dessin bariolé  et enflammé de la famille flamande, sans pour autant enfoncer les portes ouvertes de la psychologie sociale. tragique autant que comique, ce film aux accents naturalistes, porte-voix des marginaux white trash, s’organise comme une danse des souvenirs. Reliant tous les antagonismes, le montage brillant  et la B.O. soignée font surgir une émotion pure et brute.

LE FILM VU PAR... GUSTAVE KERVERN ET BENOÎT DELÉPINE « La Merditude des choses a gagné l’Amphore d’or au dernier Festival de Quend du film grolandais. Une récompense méritée, pourtant la concurrence était rude. Ce film, c’est une sorte de Big Lebowski complètement noir : ici, le sport n’est pas le bowling, mais l’alcool. Les personnages considèrent cela normal de vouloir être champion du monde de beuverie, comme une sorte de tribu coupée du reste du monde. La Merditude… aurait pu être un film anglais, dans la tradition des films sociaux. Mais c’est autre chose. Il y a plus de bonhomie, de déconnade, même si le sujet est sombre. Tu passes des rires aux larmes en deux secondes. Les acteurs sont extraordinaires. Ils ont une violence en eux, une bestialité… Ce sont des bombes ambulantes, un truc qu’avaient Depardieu ou Dewaere au début de leur carrière. Les scènes d’alcool sont super bien vues. À un moment, il y a cette réunion de famille assez joyeuse et tout d’un coup, ça bascule. L’alcool, c’est ça. Malgré tout, cette famille, elle est attachante, t’arrives pas à la détester. C’est l’alcool qui vient tout foutre en l’air. » _Propos recueillis par A.T.

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54 CINÉMA

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06/01

Bright Star 3 RAISONS D’ALLER VOIR LE FILM 1… Avec Un ange à ma table et La Leçon de piano, ça vous fait un tiercé gagnant (dans le désordre, si vous voulez). 2… C’est LE film qui donne envie de tomber amoureux. 3… Vous ne refuserez pas un peu de poésie dans ce monde de brutes…

SUR LE FIL Un film de Jane Campion // Avec Abbie Cornish, Ben Whishaw… // Distribution : Pathé // États-Unis, Grande-Bretagne, 2006, 1h59

Premier amour d’un poète et d’une cousette vu par JANE CAMPION. Tout simplement bouleversant. _Par Isabelle Danel

En 1818, dans la campagne anglaise, John Keats, poète désargenté de 22 ans au regard fiévreux, fait la connaissance de Fanny Brawne, 18 ans, sa jeune voisine coquette, cultivée et têtue. Elle dit ne rien entendre à la poésie et leur première entrevue tourne à l’orage. mais c’est bien d’un coup de foudre qu’il s’agit. La rencontre d’un homme et d’une flamme… Nous sommes dans un film d’époque avec décors magnifiques et costumes somptueux, mais on l’oublie dès les premiers plans. Car la nature s’impose et célèbre cet hymen, du bruit des petites bêtes dans l’herbe au battement d’aile des papillons, en passant par le vent qui vient gonfler les rideaux. Les saisons se succèdent, la neige remplace les feuilles aux cimes des arbres, la beauté du monde est intacte. mais jusqu’à quand ? Car la tragédie rôde : John est atteint de tuberculose… «Mettre un peu d’art dans sa vie et un peu de vie dans son art», conseillait Henri Jeanson par la bouche de DÉCEMBRE - JANVIER 2010

Louis Jouvet dans Entrée des artistes de marc allégret. John et Fanny ne font que ça. il écrit, elle coud.  il tisse entre eux des mots fous, elle invente des bibis insensés : l’air qu’ils respirent est création. Cinéaste de la femme, Jane Campion (Un ange à ma table, La Leçon de piano, In the Cut) sait très bien observer la complexité d’être et d’aimer. ici, elle fait œuvre  de simplicité. La pureté d’un regard échangé, la légèreté d’une main effleurant une autre main…  elle cisèle chaque détail présidant à la naissance du sentiment. Et elle a trouvé en abbie Cornish et Ben Whishaw les amoureux idéaux. même si chaque plan est d’une splendeur à couper le souffle, le film, romantique en diable, ne sombre jamais dans  le chichi. Bright Star est un poème d’amour doux  et brûlant, un journal intime dévoilé, un tableau  délicat dont les personnages se meuvent et nous émeuvent. La transposition à l’écran d’une sentence de John Keats : « Un objet de beauté est une joie pour l’éternité. » WWW.MK2.COM


56 CINÉMA

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13/01

Tsar 3 RAISONS D’ALLER VOIR LE FILM 1… Pour le comédien Piotr Mamonov, ancienne rock star devenu pieux, dans le rôle du tsar. 2… Face à lui, l’immense acteur Oleg Iankovski, décédé cette année, irradie en homme de Dieu. 3… Pour la photo, froide et réaliste, signée par le chef opérateur de Clint Eastwood, Tom Stern.

ÂME RUSSE Un film de Pavel Lounguine // Avec Piotr Mamonov, Oleg Iankovski… // Distribution : Rezo // Russie, 2009, 1h56

PAVEL LOUNGUINE questionne l’histoire mythique et sanguinaire d’Ivan le Terrible. À la manière des épaisses broderies qui enveloppent son Tsar, le cinéaste tisse des liens multiples entre l’humain et le divin, le passé et le présent. _Par Juliette Reitzer

an de grâce 1565 : ivan le terrible se pique de paranoïa à mesure que ses ennemis polonais avancent en territoire russe. Convaincu d’être entouré de traîtres,  il lance sa milice personnelle dans une terrible purge et nomme son ami d’enfance, l’intègre Philippe, à la tête de l’église. mais leurs conceptions divergentes de la morale et du devoir religieux poussent bientôt les deux hommes à l’affrontement… Cette confrontation entre pouvoir politique et religieux est le nœud même du film. Elle symbolise la quête insensée d’un tsar sanguinaire pris entre sa foi, faite de crises mystiques et de repentir, et son ambition de tout dominer : c’est l’histoire d’un homme de pouvoir qui se prenait pour Dieu. Pavel Lounguine, lui, ne filme pas son personnage avec dévotion. avec sa mise en scène tirée au cordeau (le film est découpé en quatre morceaux : « la prière »,

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« la guerre », « le sacrifice » et « le divertissement »),  il ramène à hauteur d’homme ce vieillard édenté, acculé par des terreurs nocturnes et miné par la solitude. Visage rougeaud filmé en gros plan, voix rocailleuse et éclats de rire grotesques : tout ici,  et c’est la beauté du film, concourt à dévêtir cette figure mythique de son aura légendaire pour l’inscrire dans le réel. Pavel Lounguine s’est longtemps appliqué à découdre les trames économiques et sociales de la Russie postcommuniste (Taxi Blues, Un nouveau Russe) ; il se penche aujourd’hui sur un pan fondateur du pouvoir, des croyances et de la culture de son pays. Présenté dans la catégorie Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, Tsar dévoile un pauvre hère seul et dément, souverain absolu d’un peuple livré à la misère et à l’arbitraire. On comprend alors que l’étoffe du pouvoir, quels que soient l’époque et le lieu, ne tient qu’à un fil…

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58 CINÉMA

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20/01

Serious Man 3 RAISONS D’ALLER VOIR LE FILM 1... Malgré sa noirceur, le film est une variation réjouissante sur les comédies féroces des Coen façon The Big Lebowski. 2... Pour découvrir des acteurs inconnus, dont un Michael Stuhlbarg stoïque dans le chaos. 3... Familiers des scènes cultes, les Coen livrent ici la meilleure séquence de bar mitzvah stoned.

SAVANT DÉSORDRE Un film de Joel et Ethan Coen // Avec Michael Stuhlbarg, Richard Kind… // Distribution : StudioCanal // États-Unis, 2008, 1h44

Avec Serious Man, farce métaphysique, JOEL et ETHAN COEN signent un grand film en forme d’énigme. Vertigineux. _Par Clémentine Gallot

Peu de films sont aussi imprévisibles et portent pourtant aussi clairement la marque de leurs auteurs. Serious Man s’ouvre sur une parabole tout en yiddish, un prologue sur le «dybbouk» («esprit malin» dans le folklore juif) qui hantera, sans l’expliquer totalement, ce film dont la structure est celle du storytelling juif. Larry Gopnik (michael Stuhlbarg), professeur à l’université, est quitté par sa femme (Sari Lennick) pour son meilleur ami, un retraité libidineux et donneur  de leçon (l’excellent Fred melamed). Ce Job moderne se retrouve plongé dans un état d’hébétude par l’effilochage, aussi soudain qu’arbitraire, de sa vie.  Des coïncidences désastreuses s’enchaînent, la débandade du quotidien est alors traversée par l’absurde et le tragique. Quelle est la place de Dieu dans ces arrangements ? En dernier recours, Larry va consulter le rabbin qui, dans la grande tradition, ne fournit aucune réponse et aurait plutôt tendance  à répondre à côté de la plaque…

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Serious Man a été conçu par les Coen comme leur  « film juif » : sans star (mais avec quelques acteurs empruntés à Woody allen), à coups���de leçons en hébreu et de blagues cryptiques sur les goyim. Son cadre fait écho à la communauté dans laquelle ils ont grandi : les sixties, une banlieue juive du midwest, ses maisons alignées, ses cours de religion… Le film croque une figure rarement vue dans le cinéma américain : le juif middle-class non assimilé – « ni Barry Levinson, ni Saul Bellow», précisent-ils – mais qui répond à une généalogie déjà développée chez les Coen, de Barton Fink à Walter (John Goodman), le vétéran du Vietnam converti dans The Big Lebowski. La mécanique mise en branle contre les personnages est ici aussi implacable qu’elle leur (et nous) demeure impénétrable. Dans une des plus belles séquences finales signées par les Coen, ce questionnement sur  le non-sens de l’existence sera finalement interrompu par les éléments déchaînés. avis de tempête.

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60 CINÉMA

SORTIE LE

27/01

Mother 3 RAISONS D’ALLER VOIR LE FILM 1… Parce que c’est un thriller de haut vol, présenté à Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes. 2… Pour sa figure maternelle volcanique et habitée. 3… Pour l’humour noir et la densité du récit.

FEMME FŒTALE Un film de Bong Joon-ho // Avec Kim Hye-ja, Won Bin… Distribution : Diaphana // Corée du Sud, 2009, 2h10

Après The Host, le Sud-coréen BONG JOON-HO signe Mother, thriller volcanique qui jongle avec les codes des films de genre et fait valser les clichés. _Par Donald James

Memories of Murder et The Host, les deux précédents films de Bong Joon-ho, ont déjà fait le tour du monde. avec son économie de moyen et son personnage de mère trouble, interprété par la très grande actrice Kim Hye-ja, Mother est bien parti pour laisser une trace dans l’histoire du cinéma coréen. animale, passionnelle et extrême, la veuve qui donne son titre au film suit ses instincts protecteurs, prête à tout pour sauver son petit, un benêt de 27 ans, idiot du village, coupable idéal, accusé de meurtre et expédié au trou un peu trop vite. Mother est un film monde, un thriller dont toute raison est absente et où, pourtant, tout cet entêtement maternel résonne comme une évidence minérale, dessinant en filigrane une satire noire de la société coréenne. Mother commence là où s’arrêtait Memories of Murder : dans un champ où, non loin, se trouve un cadavre. Une veuve y danse, seule. Ses gestes épousent le mouvement des plantes sauvages, des herbes folles qui parfois guérissent et d’autres fois servent à la confection de l’alcool qui tue et qui rend fou…

DÉCEMBRE - JANVIER 2010

BONG JOON-HO La relation mère-fils de Mother s’inspire-telle de la réalité coréenne ? En Corée, cette relation est très forte. Elle ressemble vraiment à une relation de couple. D’ailleurs, lorsque le fils se marie, il y a systématiquement une tension qui se crée, un triangle entre la mère, le fils et la bellefille. Toutes les séries télévisées coréennes traitent de ce sujet-là. Comment avez-vous découvert l’actrice principale ? J’ai découvert Kim Hye-ja alors que je n’étais qu’un enfant. Elle jouait déjà dans les séries télé. Elle a toujours interprété le même rôle, celui d’une maman chaleureuse, sorte de mère de la nation. Mais je percevais en elle une petite folie qui pouvait être utilisée. Tous vos films jouent sur des situations extrêmes. Pourquoi ? Ce qui m’intéresse avant tout chez les êtres humains, c’est leur instinct. En les plaçant dans des situations extrêmes, j’arrive à faire resurgir cet instinct, un sentiment qu’il m’est plus difficile, pour l’heure, d’obtenir en décrivant simplement le quotidien ordinaire.

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62 CINÉMA

AGENDA SORTIES CINÉ 16/12

_Par I.D., S.M., E.R., C.D., D.J., J.R., C.G. et J.M.

SORTIES DU

LE DERNIER VOL de Karim Dridi Avec Marion Cotillard, Guillaume Canet… Gaumont, France, 1h34

Un homme et une femme affrontent le désert, en quête d’un avion disparu. Le Sahara des années 1930 + un couple glamour : l’équation du nouvel opus du réalisateur de Khamsa fait souffler le vent de l’aventure.

ADAMA, MON KIBBOUTZ de Dror Shaul Avec Tomer Steinhof, Ronit Yudkevitz… Colifilms, Japon-Allemagne-Israël, 1h37

Dvir a 12 ans. il vit avec sa mère dépressive dans un kibboutz du  sud d’israël. Partagé entre ses obligations envers la communauté et la santé de sa mère, le jeune garçon va apprendre à devenir  un homme. Un film édifiant.

THE PROPOSITION de John Hillcoat Avec Guy Pearce, Emily Watson… Bodega, Australie-GB, 1h44

Sur un scénario et une  musique originale de Nick Cave,  The Proposition est un western crépusculaire, traversé d’ellipses,  où la loi et la famille s’affrontent. magnificence des paysages australiens et dilemme moral, cette proposition ne se refuse pas !

AVATAR de James Cameron Avec Sam Worthington, Sigourney Weaver… 20th Century Fox, États-Unis, 2h41

Un marine en fauteuil joue les Rambo dans une forêt extraterrestre. Un pitch lambda devenu fable universelle grâce au réalisateur  de Titanic qui, non content de réinventer le cinéma en relief, pose la première pierre de ce que l’on espère devenir une saga. ET AUSSI CETTE SEMAINE : GAMINES d’Eleonore Faucher (lire l’interview p. 28) MAX ET LES MAXIMONSTRES de Spike Jonze (lire la critique p. 48) LE PÈRE DE MES ENFANTS de mia Hansen-Løve (lire la critique p. 50) LA FILLE LA PLUS HEUREUSE DU MONDE de Radu Jude  (lire la critique p. 51)

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SORTIES DU

23/12 [REC] 2 de Jaume Balagueró et Paco Plaza Avec Manuela Velasco, Óscar Sánchez Zafra… Le Pacte, Espagne, 1h25

Rien de neuf ici, où l’on retrouve les ficelles du premier volet, sans le sel. mais avec son deus ex machina pas piqué des vers, cette suite prend, dans sa dernière demi-heure, le tour d’une loufoquerie grotesque et gore. avis aux amateurs.

UN CONTE FINLANDAIS de Mika Kaurismäki Avec Kari Heiskanen, Pertti Sveholm… Épicentre, Finlande, 1h37

trois quinquagénaires font le bilan de leur vie dans un karaoké le soir de Noël. amour, amitié, trahisons, chansons et bières. même quand ce n’est pas gai, avec mika Kaurismäki, ce n’est jamais triste !

HONEYMOONS de Goran Paskaljevic Avec Nebojsa Milovanovic, Jelena Trkulja… Eurozoom, Serbie, 1h35

Deux couples en quête d’avenir fuient leurs pays respectifs à destination de l’Europe occidentale. mais entre problèmes de visa, coïncidences malheureuses et tensions internationales, le rêve est moins  à portée de main qu’il n’y paraît…

LE SOLISTE de Joe Wright Avec Robert Downey Jr., Jamie Foxx… StudioCanal, États-Unis, 1h57

Chroniqueur à la ramasse, Steve Lopez découvre un musicien de génie dans la rue et, par là même, toute une communauté de laisséspour-compte. avec ses saillies documentaires, ce film plein de bons sentiments doit beaucoup à l’interprétation de Robert Downey Jr. ET AUSSI CETTE SEMAINE : TETRO de Francis Ford Coppola  (lire le portrait p. 21 et l’interview p. 98) LES CHATS PERSANS de Bahman Ghobadi (lire la critique p. 97)

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SORTIES DU

30/12

SORTIES DU

06/01

PLEIN SUD

UNE VIE TOUTE NEUVE

de Sébastien Lifshitz Avec Yannick Renier, Léa Seydoux… Ad Vitam, France, 1h30

d’Ounie Lecomte Avec Sae Ron Kim, Do Yeon Park… Diaphana, France-Corée du Sud, 1h32

Lancé sur les routes de France en compagnie d’un frère et d’une sœur croisés par hasard (dont Léa Seydoux, parfaite en sauvageonne paumée), le ténébreux Sam laisse derrière lui un terrible passé. Un road movie à fleur de peau, par le réalisateur de Wild Side.

CONTES DE L’ÂGE D’OR Film collectif présenté par Cristian Mungiu Le Pacte, Roumanie, 2h18

Comment tuer un cochon  en silence ou replacer in extremis un couvre-chef sur la tête de Ceausescu via un montage photo, par peur du limogeage ? autant de situations absurdes propres au régime communiste qu’aborde avec humour ce film choral réjouissant.

ACCIDENT de Soi Cheang Avec Louis Koo, Richie Ren… ARP Sélection, Hong-Kong, 1h29

Le Cerveau maquille des meurtres en accidents : embouteillage, sol glissant, pneus crevés, rien n’est jamais laissé au hasard. Seulement, à trop manipuler la réalité, on finit par douter de tout. Un thriller des plus noirs servi par une mise en scène impeccable.

COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKY de Jan Kounen Avec Anna Mouglalis, Mads Mikkelsen… Wild Bunch, France, 2009, 1h58 En 1920, Stravinsky et sa famille fuient la Russie et se réfugient  chez Coco Chanel. Le musicien  et la créatrice de mode nouent une liaison torride… Un biopic foisonnant, par le réalisateur de Doberman.

ET AUSSI CETTE SEMAINE : LA MERDITUDE DES CHOSES de Felix Van Groeningen (lire la critique p. 52)

DÉCEMBRE - JANVIER 2010

Un récit poignant et autobiographique, dans un orphelinat sud-coréen des années 1970. Porté par de jeunes actrices épatantes et baigné d’une lumière naturaliste, ce film égrène les jours d’un groupe de fillettes en attente d’adoption.

AGORA d’Alejandro Amenábar Avec Rachel Weisz, Max Minghella… Mars, États-Unis, Espagne, 2h06

égypte, iVe siècle après J.-C.  Entre science, guerres de religions, histoires d’amour et de violence, la brillante astronome Hypatie (Rachel Weisz) rayonne dans une alexandrie dévastée par l’intolérance. Une aventure esthétique impressionnante.

GIGANTIC de Matt Aselton Avec Paul Dano, Zooey Deschanel… La Fabrique de Films, États-Unis, 1h38

Brian (Paul Dano), employé désargenté d’un magasin de matelas, fait les yeux doux à une riche héritière et rêve d’adopter  un bébé chinois… Une comédie générationnelle plaisante, avec  la dream girl du ciné indé, Zooey Deschanel.

JUST ANOTHER LOVE STORY d’Ole Bornedal Avec Anders W. Berthelsen, Rebecka Hemse… UGC, Danemark, 1h40

Sur un malentendu, Jonas endosse l’identité du petit ami d’une jeune femme, Julia, dans le coma après un accident de voiture. Une sombre histoire d’amour entre amnésie  et violence. Le trio d’acteurs est époustouflant de désespoir et de folie.

ET AUSSI CETTE SEMAINE : BRIGHT STAR de Jane Campion (lire la critique p. 54) BLISS de Drew Barrymore (lire la critique p.122)

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64 CINÉMA

AGENDA SORTIES CINÉ 13/01 SORTIES DU

MR. NOBODY de Jaco van Dormael Avec Jared Leto, Diane Kruger… Pathé, Belgique-GB-France-Canada, 2h17 Dans un monde futuriste, le dernier mortel est sur le point de s’éteindre, avec le secret de son identité. Loi des contingences et effet papillon, ses vies possibles se révèlent. L’ambition du projet séduira les amateurs de films à fins réversibles.

LA DAME DE TRÈFLE de Jérôme Bonnell Avec Florence Loiret-Caille, Malik Zidi… Le Pacte, France, 1h40

S’inspirant d’un fait divers, Jérôme Bonnell éteint ici la petite musique comique qui faisait, en sourdine, le charme de ses films. mais son goût pour les acteurs reste intact : malik Zidi et l’habituée Florence LoiretCaille sont tout bonnement prodigieux.

BLACK DYNAMITE de Scott Sanders Avec Michael Jai White, Tommy Davidson… Pretty Pictures, États-Unis, 1h30

Black Dynamite, le type le plus cool de la ville, découvre un vaste complot visant à affaiblir la communauté noire… afros surdimensionnées, pattes d’eph immaculés et bandeson déjantée pour cet hommage à la blaxploitation des années 1970. Drôle et jubilatoire.

UNE PETITE ZONE DE TURBULENCES d’Alfred Lot Avec Miou-Miou, Michel Blanc… UGC Distribution, France, 1h48

Une famille implose sous le coup d’une série de révélations. tromperies et remariage sous haute tension, les règlements de compte se multiplient. En hypocondriaque anxieux, michel Blanc excelle dans cette comédie française typique et enlevée. ET AUSSI CETTE SEMAINE : LA TERRE DE LA FOLIE de Luc moullet (lire l’interview p. 34) TSAR de Pavel Lounguine (lire la critique p. 56) INVICTUS de Clint Eastwood (lire le dossier p. 86) BLANCHE-NEIGE d’angelin Preljocaj (lire l’interview p. 100)

DÉCEMBRE - JANVIER 2010

SORTIES DU

20/01 COMPLICES de Frédéric Mermoud Avec Gilbert Melki, Emmanuelle Devos… Pyramide, France, 1h30 Parfois un peu naïfs, ces Complices, entre drame de mœurs et fait divers, valent surtout pour leur casting judicieux : en jeunes criminels malgré eux, Nina meurisse et Cyril Descours sont, face aux parfaits Gilbert melki et Emmanuelle Devos, une révélation.

LES BARONS de Nabil Ben Yadir Avec Nader Boussandel, Mourade Zeguendi… Haut et Court, France-Belgique, 1h51

Un premier film aux antipodes des stéréotypes liés à la représentation des quartiers populaires. Les Barons réussit le tour de force de faire de trois glandeurs les héros d’une comédie futée et irrésistible. attention, talents !

IVUL d’Andrew Kötting Avec Jean-Luc Bideau, Adélaïde Leroux… E.D., France-Suisse, 1h36

Un émigré russe règne en patriarche sur sa turbulente tribu. Quand sa fille décide de partir en voyage sur les traces de ses origines, la famille se disloque irrévocablement. Des enfants impressionnants de naturel, Jean-Luc Bideau exceptionnel : à découvrir.

LE LIVRE D’ELI d’Albert et Allen Hugues Avec Denzel Washington, Gary Oldman… Metropolitan FilmExport, États-Unis

Dans un univers postapocalyptique, Eli voyage seul sur les routes. Lorsqu’il rencontre Carnegie, un homme assoiffé de pouvoir qui souhaite dominer les quelques survivants  de ce monde, Eli comprend vite  qu’il doit sauver l’humanité.  Et qu’il le peut. ET AUSSI CETTE SEMAINE : SERIOUS MAN de Joel et Ethan Coen (lire la critique p. 58) GAINSBOURG - (VIE HÉROÏQUE) de Joann Sfar (lire la critique p. 84) SHIRIN d’abbas Kiarostami (lire la critique p. 94)

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65

SORTIES DU

27/01 SUMO

de Sharon Maymon et Erez Tadmor Avec Itzik Cohen, Dvir Benedek… Océan, Israël, 1h32

israël, ville de Ramlé. Quatre amis obèses découvrent la culture japonaise. Fatigués par les restrictions alimentaires, ils décident de s’entraîner aux combats de sumo... Une comédie drôle et décalée à souhait.

NE CHANGE RIEN de Pedro Costa Avec Jeanne Balibar, Rodolphe Burger… Shellac, Portugal, 1h40

Un documentaire envoûtant sur la création, l’art au travail. avec dans le rôle principal l’actrice-chanteuse à la voix de velours, Jeanne Balibar, plongée dans la préparation de son deuxième disque aux côtés du guitariste Rodolphe Burger. magnifique et singulier.

THE REBIRTH

SORTIES DU

03/02 SHERLOCK HOLMES de Guy Ritchie Avec Robert Downey Jr., Jude Law… Warner Bros., États-Unis

Le très british réalisateur d’Arnaques, crimes et botanique met en scène  le plus fin des limiers, amateur d’énigmes, crimes et opiacés.  Le duo élémentaire est incarné avec audace par une paire d’acteurs inattendus dans l’angleterre de Sir arthur Conan Doyle…

UNE EXÉCUTION ORDINAIRE de Marc Dugain Avec André Dussollier, Marina Hands… StudioCanal, France, 1h45

médecin près de moscou, anna a des dons de magnétiseuse. Une nuit, Staline en personne la fait appeler… Passé l’étonnement de voir andré Dussollier camper le dictateur russe, on apprécie les dialogues parfois savoureux de ce drame immergé  en pays communiste.

PLANÈTE 51

de Masahiro Kobayashi Avec Masahiro Kobayashi, Makiko Watanabe… Tamasa, Japon, 1h42

de Jorge Blanco, Javier Abad et Marcos Martinez Avec les voix de Dwayne Johnson, Jessica Biel… UGC, Espagne-GB-États-Unis, 1h31

Noriko décide de partir pour Hokkaido après que sa fille a tué une de ses camarades de classe. Là-bas, elle croise Junichi, le père de l’adolescente assassinée. ils se regardent, se toisent, s’ignorent mais se reconnaissent. Et c’est le début d’une histoire…

imaginez un monde où nous serions les aliens ! Peuplée de petits hommes verts, la planète 51 frémit lorsqu’un astronaute humain s’y pose pour planter fièrement le drapeau américain… Un film d’animation bourré d’humour  sur l’acceptation des différences.

LA PRINCESSE ET LA GRENOUILLE de Ron Clements et John Musker Avec les voix françaises de China Moses, Liane Foly… Walt Disney, États-Unis, 1h37

Dans la plus pure tradition Disney, ce film d’animation s’inspire librement du célèbre conte. Nous sommes à la Nouvelle-Orléans, le jazz explose et les transformations ne sont pas toujours où on les attend…

ET AUSSI CETTE SEMAINE : LOVELY BONES de Peter Jackson (lire la critique p. 22) LE REFUGE de François Ozon (lire p. 24) MOTHER de Bong Joon-ho (lire la critique p. 60)

DÉCEMBRE - JANVIER 2010

LEBANON de Samuel Maoz Avec Yoav Donat, Itay Tiran… CTV, Israël, 1h32

tour de force récompensé par un Lion d’or à la 66e mostra de Venise, ce film autobiographique montre toute l’horreur de la guerre au  Liban à travers un procédé inédit, symbolique et claustrophobique :  le viseur d’un tank.

ET AUSSI CETTE SEMAINE : BROTHERS de Jim Sheridan (lire la critique p. 16) ANVIL de Sacha Gervasi (lire la critique p. 36)

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66 CINÉMA

LES ÉVÉNEMENTS BASTILLE

BIBLIOTHÈQUE

HAUTEFEUILLE

ODÉON

QUAI DE LOIRE

BEAUBOURG

GAMBETTA

NATION

PARNASSE

QUAI DE SEINE

CINÉMA

PASSERELLES

FLASHBACKS & PREVIEWS

LE DIALOGUE DES DISCIPLINES

LUNDI 21 DÉCEMBRE - 20H30 / AVT-PREMIÈRE / Tetro de Francis Ford Coppola

SAMEDI 12 DÉCEMBRE – 11H / STUDIO PHILO / Séance autour de Surveiller et punir de Michel Foucault. animée par le philosophe Ollivier Pourriol.

LUNDI 28 DÉCEMBRE - 20H30 / AVT-PREMIÈRE / Esther de Jaume Collet-Serra SAMEDI 9 JANVIER – 11H30 / PAROLES DE PSY. / Eduardo Prado de Oliveira, 1983 DIMANCHE 10 JANVIER – 11H / PAROLES DE PSY. / Eduardo Prado de Oliveira, 2008 MARDI 12 JANVIER – 20H30 / SOIRÉE BREF / Par-delà les frontières SAMEDI 16 JANVIER – 11H30 / PAROLES DE PSY. André Green, 1983 DIMANCHE 17 JANVIER – 11H / PAROLES DE PSY. / André Green, 2008 SAMEDI 23 JANVIER – 11H30 / PAROLES DE PSY. François Roustang, 1983 DIMANCHE 24 JANVIER – 11H / PAROLES DE PSY. / François Roustang, 2008 LUNDI 25 JANVIER – 20H30 / RDV DES DOCS / Netsilik Eskimos d’A. Balikci et Anna d’A. Lapsui et M. Lehmuskallio. avec l’association Documentaires sur grand écran.  SAMEDI 30 JANVIER – 11H30 / PAROLES DE PSY. Laurence Bataille, 1983 DIMANCHE 31 JANVIER – 11H / PAROLES DE PSY. / Catherine Millot, 2008 SAMEDI 6 FÉVRIER – 11H30 / PAROLES DE PSY. / Jean Clavreul, 1983 DIMANCHE 7 FEVRIER – 11H / PAROLES DE PSY. Patrick Landman, 2008

JUNIOR

JUSQU’AU 5 JANVIER / EXPO / Max et les maximonstres. Croquis originaux et photos de tournage autour de la sortie du nouveau film de Spike Jonze, en partenariat avec Warner. MARDI 5 JANVIER – 20H30 / MARDIS DU COURRIER INTERNATIONAL / Les Enfants d’Armageddon de Fabienne Lips-Dumas. La prise de conscience écologique éclipse parfois la menace nucléaire, pourtant toujours d’actualité…  SAMEDI 16 JANVIER – 11H / STUDIO PHILO / Séance autour de Surveiller et punir de Michel Foucault. animée par le philosophe Ollivier Pourriol.  JEUDI 21 JANVIER – 19H30 / RENCONTRE / Autour de Federico Fellini. avec les éditions La transparence, rencontre avec J.-m. méjean, qui a réuni les textes de Fellinicittà, et D. Delouche  (Mes felliniennes années, éditions P.a.S.),  suivie de la projection du Casanova de Fellini. SAMEDI 23 JANVIER – 11H / STUDIO PHILO / Séance autour du Pouvoir psychiatrique de Michel Foucault. animée par le philosophe Ollivier Pourriol.  SAMEDI 23 JANVIER - 11H30 / CINÉ-BD / Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. avec les éditions Dargaud, projection de Babel d’alejandro González iñarritu, suivie d’une rencontre autour du 21e et dernier tome de Valérian : L’Ouvre-temps.  JEUDI 28 JANVIER – 19H30 / RENCONTRE / Arnaud Cathrine. avec les éditions Verticales, rencontre autour du Journal intime de Benjamin Lorca, suivie de la projection d’Une histoire simple de Claude Sautet.

JUSQU’AU 12 JANVIER dans sept salles du réseau MK2 :

SAMEDI 30 JANVIER – 11H / STUDIO PHILO / Séance autour du Pouvoir psychiatrique de Michel Foucault. animée par le philosophe Ollivier Pourriol. 

Là-haut, L’Ours et le magicien (avec un ateliermarionnettes à la fin du mois de janvier), Moomin et la folle aventure de l’été, L’écureuil qui voyait tout en vert, La Famille Addams, La Mouette et le chat, Les Contes de l’horloge magique.

MARDI 2 FÉVRIER – 20H30 / MARDIS DU COURRIER INTERNATIONAL / Seul entre quatre murs d’alexandra Westmeier. Cent-vingt enfants sont détenus dans un camp de rééducation de l’Oural…

L’OURS, LA MOUETTE ET LA CHOSE !

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UVREZ DÉCO ÉMA IN C LE DANS N E M T AUTRE K2 ! M LLES LES SA

fOCUS

_Par J.R.

LA PATTE APATOW « Beaucoup de comédies restent à la surface pour éviter de froisser le public, c’est dommage », nous confiait Judd apatow, de passage à Paris en septembre dernier pour la sortie de Funny People. il faut dire que ce producteur, scénariste et réalisateur a renouvelé la comédie américaine comme  nul autre depuis le regretté John Hugues. Entouré d’une bande d’acteurs récurrents, surnommée le « frat pack » (Steve Carell, Seth Rogen, Will Ferrell…), apatow trace depuis dix ans une œuvre en subtil équilibre entre tendresse et crudité, succès commercial et patte d’auteur, adolescence et maturité. Dès le 21 décembre, tous les week-ends en matinée, le mK2 Quai de Seine consacre un cycle aux films réalisés par cet épatant saltimbanque  (40 ans toujours puceau, En cloque, mode d'emploi et Funny People) ainsi qu’à certains des longs métrages qu’il a produits (Supergrave, Frangins malgré eux, Disjoncté, Sans Sarah rien ne va). Retrouvez toute  la programmation sur www.mk2.com, ainsi que l’intégralité de notre entretien avec Judd apatow dans le premier hors-série de Trois Couleurs, disponible en kiosques jusqu’à fin janvier et sur www.dvd.mk2.com.

AVATAR DÉBARQUE EN 3D ! Le réseau mK2 sera entièrement équipé de projecteurs numériques en 2010, faisant du groupe le pionnier en la matière. Pour Nathanaël Karmitz, directeur général, « le choix d’équiper les salles est d’abord lié à l’arrivée de nouveaux films en relief ».  Quoi de mieux que la sortieévénement d’Avatar, premier long métrage de fiction signé James Cameron depuis l’immense succès de Titanic, pour apprécier ce dispositif ? alliance de prises de vues réelles et d’une nouvelle génération d’effets spéciaux, offrant une 3D encore plus immersive pour le spectateur, le film nous embarque dans un monde extraterrestre  à travers le regard d’un ancien marine. immobilisé dans un fauteuil roulant, il est recruté pour se rendre sur la planète Pandora, annexée par les humains… Envie d’en voir et savoir plus ? Rendez-vous dès le  16 décembre dans les salles mK2 !

LES CYCLES REPROJECTIONS tous les lundis de février à  la séance du soir, le musicien pop arnaud Fleurent-Didier jouera en live avant la projection d’un film de son choix, puis débattra avec  le public et un artiste invité. au programme : Le Monde d’Apu de Satyajit Ray, À bout de course de Sidney Lumet, Je t’aime, je t’aime d’alain Resnais…  Plus d’infos page 104, et sur www.mk2.com PAROLES DE PSYCHANALYSTES Une série d’entretiens filmés en 1983 puis en 2008 par Daniel Friedmann, chercheur au CNRS. La projection du dimanche sera suivie d’une rencontredébat avec le réalisateur  et les psychanalystes.  6,50 € la séance.  Toute la programmation dans la rubrique cinéma ci-contre. AU BOUT DE LA ROUTE Le mK2 Quai de Loire fait la part belle aux road movies, les samedis et dimanches matin, avec les films The Brown Bunny et Buffalo 66 de Vincent Gallo, La Balade sauvage de terrence malick, Macadam à deux voies de monte Hellman et Eldorado de Bouli Lanners. STUDIO PHILO Les samedis à 11h, Ollivier Pourriol nous fait voir le cinéma par le prisme de la philosophie – et inversement. avec de nombreux extraits, d’Orange mécanique aux Soprano, il questionne ici la pensée de michel Foucault… www.cinephilo.fr. Toute la programmation dans la rubrique passerelles ci-contre.

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CONCERTS

68 SORTIES EN VILLE

La Flèche d’or

SALLES DES PAS PERDUS La flèche d’or et le Scopitone S’adaptant à une législation contraignante, les lieux de fête parisiens se transforment peu à peu en lieux d’écoute. Des folles parties d’antan aux lives confinés d’aujourd’hui, Paris la nuit, cet hiver, sera moins cigale que fourmi. _Par Wilfried Paris

alors que le débat sur «la loi du silence» à Paris bat son plein (la pétition «Paris : quand la nuit meurt en silence» a été signée par plus de 13 000 personnes), d’anciens clubs rouvrent leurs portes et passent des boules à facettes aux feux de la rampe, privilégiant l’écoute attentive à la banqueroute festive. ainsi la Flèche d’or, haut lieu de profusion musicale bordélique, a été reprise par deux producteurs de spectacles, alias et asterios, avec l’objectif de relancer l’enclave musicale qui a bâti sa réputation sur le repérage de nouveaux talents. Rupture et continuité : si une partie de l’équipe initiale a été conservée, le bar a reculé au fond de la salle, les murs ont été repeints en noir, la sono a pris un coup de neuf, et la Flèche est devenue une vraie salle de concerts. On attend juste de voir quelques stickers sur la peinture fraîche et les habitués lui redonner vie et couleurs. même constat dans les murs de l’ancien Paris Paris, rebaptisé le Scopitone, et, selon son programmateur Joachim Roncin, « animé par une volonté d’aller à l’encontre des clubs de DJs et de dancefloor, de mettre en avant ceux qui font la musique, en leur permettant de jouer devant un public proche. Le Scopitone a misé sur cette envie des gens de pouvoir sortir et expérimenter plein de choses avant minuit, une envie de concert dans son salon à des heures décentes. » Le site La Blogothèque, adepte de concerts de proximité, participe à une programmation pop et rock (récemment Scout Niblett ou the Phenomenal Handclap Band) : les amateurs de musiques vivantes sont ravis, et les clubbeurs de la ville morte après minuit vont faire la fête ailleurs, dans les appartements (où l’on peut boire et fumer), en attendant de vraies propositions alternatives (des gares désaffectées, du clubbing flash mob ?)… Le Scopitone, 5 avenue de l’Opéra, 75001 Paris, www.scopitoneclub.com La Flèche d’or, 102 bis rue de Bagnolet, 75020 Paris, www.flechedor.fr DÉCEMBRE - JANVIER 2010

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© Dorothée De Koon

L’OREILLE DE… ARNAUD FLEURENT-DIDIER

MUSTANG, LE 28 JANVIER À LA CIGALE (EN PREMIÈRE PARTIE DE REVOLVER) « Je ne suis pas trop rock’n’roll, ça me passe  au-dessus de la tête leurs références. mais on  a partagé une scène cet été avec les mustang, l’occasion de découvrir la fraîcheur, l’intégrité  et le talent pur de ces trois têtes de mules. Des mecs si jeunes qui font de si belles chansons françaises. On a joué Maman chérie de leur répertoire, j’adore, et ils nous ont saboté Mémé 68. J’attends la revanche. » _Propos recueillis par A.T.

Le 28 janvier à la Cigale, dès 20h, 25,30 €. Lire le portrait de Mustang p. 40. La Reproduction d’Arnaud FleurentDidier (Sony BMG, album disponible le 4 janvier). Lire l’interview p. 104.

AGENDA CONCERTS

_Par W.P. & A.T.

1 KIDS ARE DEAD Repéré derrière Variety Lab, French ou tante Hortense, Vincent mougel (aka Kids are Dead) déploie en solo une pop délicieusement tarabiscotée, biberonnée à todd Rundgren,  Prefab Sprout et Hall & Oates. Enfant terrible. Le 7 janvier à la Java, dès 21h, 7 €, préventes disponibles sur www.moxity.com

2 KOUDLAM mystique électro, Koudlam – « 50% symphonie, 50% chaos » – lance son disque Goodbye en compagnie de Everything Everything et Kill For total Peace – « psychédélisme militaire ». Ce n’est qu’un au revoir. Le 16 janvier à la Flèche d’or, dès 20h, 8 € avec conso

3 GOOD SHOES Les jeunes punks anglais en plein revival Buzzcocks trouveront-ils chaussure à leur pied au Point éphémère ? Suivez leur conseil (Think Before You Speak), parlez-leur crampons, mais pas avec les mains… Le 27 janvier au Point Éphémère, dès 20h, 15 €

4 NAPALM DEATH Ce groupe né en 1981 à meriden, près de Birmingham, est considéré comme fondateur du genre grindcore : punk-hardcore hyperviolent et ultrarapide, au discours engagé et enragé. Grrr. Le 28 janvier au Glazart, dès 19h, 18 €

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© Mattias Bouaziz

CLUBBING

70 SORTIES EN VILLE

PLATINAGE ARTISTIQUE

On Ice

« Rock’n’roll et patinage, une formule que nous envient les Américains ! » C’est ainsi que Born Bad Records, label rock parisien fondé en 2006, définit les soirées ON ICE, organisées depuis un an à la patinoire Pailleron. _Par Violaine Schütz

« En allant à la piscine Pailleron, située dans un complexe sportif datant des années 1930, je réalise que j’ai oublié mon maillot de bain et me replie sans enthousiasme sur la patinoire adjacente. Je me suis tellement amusé que j’ai imaginé ce que ça pourrait donner avec de la bonne musique (et non de la variétoche R’n’B en boucle). » C’est par cet heureux hasard qu’est née, dans la tête de JB Wizzz, DJ et patron de Born Bad Records, l’idée des soirées On ice. Ce mix de « musique pointue et de patinage cossu » est devenu en deux saisons un rendez-vous aussi prisé que saugrenu où se croisent branchés, blousons noirs, familles et amoureux. « Pas de kitscheries, pas de second degré, pas de tubes ringards des 80s, explique JB. On est très sélectifs. Il y a aussi des lives. Les groupes et DJs jouent au milieu de la glace, et les gens virevoltent autour d’eux. » S’y sont ainsi relayés les exigeants labels indés tigersushi, Record makers, Dirty ou Kill the DJ. « J’espère que ça durera plusieurs saisons, car il y a plein de labels que j’aimerais inviter comme Versatile, Tricatel ou Ed Banger, et pourquoi pas imaginer une Warp On Ice avec Aphex Twin sur les patins », rêve éveillé JB. En attendant, un vendredi par mois, de 20h à minuit, chacun peut enchaîner les triples axels dans l’ambiance très bal de promo d’une immense patinoire située sous les Buttes-Chaumont. « Au même titre que le billard ou le bowling, il s’agit d’une activité de banlieusards et de provinciaux. C’est donc assez drôle de voir tous ces Parisiens s’initier tardivement aux joies du patinage. » Les On ice réchauffent en tout cas un clubbing qui se révèle cet hiver quelque peu en hibernation dans la capitale (en atteste la pétition « Paris : quand la nuit meurt en silence » dont le groupe Facebook a réuni en un mois 16 000 membres). La flamme d’espoir sous  la glace.  Soirées On Ice, le premier vendredi de chaque mois jusqu’au 5 mars 2009, 10 € (location patins inclus), patinoire Pailleron, 32 rue Pailleron, 75019 Paris, www.pailleron19.com et www.myspace.com/bornbadrecords DÉCEMBRE - JANVIER 2010

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LES NUITS DE… 2 MANY DJS / SOULWAX

SOULWAXMAS « Nous sommes vraiment impatients de jouer pour la première fois à Paris notre live des 2 many DJs. Nous voulions amener cette nuit-là des artistes que nous trouvons vraiment géants mais qu’on n’avait pas pu faire jouer auparavant sur notre tournée itinérante, intitulée Radiosoulwax. Des petits nouveaux comme aeroplane et Breakbot se joindront ainsi à nos favoris de toujours : Erol alkan et Boys Noize. Nous travaillons sur de nouveaux morceaux pour le set de Soulwax et sur des animations visuelles pour  le live des 2 many DJs, alors nous espérons voir du monde en cette veille de réveillon ! » _Propos recueillis par V.S.

Le 23 décembre à la Grande Halle de La Villette, 211 avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris, dès 22h, 30 €

AGENDA CLUBBING

_Par V.S.

1 POLISSONS & GALIPETTES Pour la sortie en DVD du docu érotico-rétro Polissons & Galipettes, le Social Club invite le  petit génie électro Jackson, le duo finlandais Renaissance man et le cinéaste Serge Bozon à mélanger musiques vintage et sons d’aujourd'hui pour une soirée qui s’annonce libertaire. Le 16 décembre au Social Club, dès 23h, gratuit

2 NUIT DE FÊTE 09 La salle de concert de Saint-Ouen, mains d’œuvres, a vu les choses en grand pour célébrer ses 9 ans. Sur 4 000 m², concerts, installations, ateliers, performances et DJ sets (Jess & Crabbe)  se succéderont sans relâche jusqu’à l’aube.  La fête avant les fêtes ! Le 19 décembre à Mains d’œuvres, gratuit de 20h à 22h puis 10 €

3 HAPPY NEW EVE Pour marquer l’arrivée de la nouvelle année,  le Batofar invite uniquement des DJettes. Les autrichiennes techno Electric indigo et Clara  moto, l’allemande Sarah Goldfarb ou encore  la Sénégalaise Rita Buno devraient prouver que  la femme est l’avenir du « man machine »… Le 31 décembre au Batofar, dès 22h, 25 €

4 MISS KITTIN La Française miss Kittin sera en DJ set all night long dans le très feutré Régine’s, loin des ambiances rave auxquelles elle a habitué les noctambules.  « Chansons cuir frou-frou, extravagance, plumes, paillettes, tuxedos et champagne », promet la chatte sur un dancefloor brûlant ! Le 15 janvier au Régine’s, dès minuit, 10 €

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© Adagp, Paris 2009 © Musée du Louvre, octobre 2009 / Antoine Mongodin

EXPOS

72 SORTIES EN VILLE

Joseph Kosuth, Ni apparence ni illusion

MURMURES Joseph Kosuth au Louvre Jusqu’au 21 juin 2010, l’artiste américain JOSEPH KOSUTH investit les vestiges médiévaux du musée du Louvre avec une série de néons blancs formant un texte aussi énigmatique qu’éclairant. _Par Anne-Lou Vicente

« Je me tiens devant un mur de pierre du XIIe siècle, le mur de fondation du premier palais du Louvre. Je commence avec le matériau de construction cher à Nietzsche. » ainsi est inaugurée Ni apparence ni illusion, l’intervention de Joseph Kosuth dans les fossés du Louvre médiéval, qui s’inscrit dans la lignée des contrepoints artistiques développés depuis plusieurs années par la conservatrice marie-Laure Bernadac, chargée de mission pour l’art contemporain au musée du Louvre. Pionnier de l’art conceptuel, un mouvement apparu dans les années 1960 aux états-Unis, privilégiant le concept par rapport à l’œuvre et conduisant le plus souvent celle-ci à la dématérialisation, Joseph Kosuth a fait du langage son principal matériau. Si, à l’image du titre de l’exposition emprunté à Nietzsche, l’artiste a essentiellement recours à la citation depuis ses débuts, il a lui-même écrit les quinze phrases du texte qui s’égrène en lettres de lumière sur les vieilles pierres du Louvre. « Les pierres et les mots s’assemblent pour produire à la fois un mur et un texte », explique Kosuth qui, tout au long du parcours, met en place une métaphore filée entre le mur et le texte,  à la fois mis en contact et en vis-à-vis. tous deux ne sont autres que des constructions – pierre à pierre, mot à mot – et révèlent respectivement une histoire, en même temps qu’ils la renferment et ainsi, la dissimulent. Le mur, dont l’assemblage est signé de mains anonymes, fait littéralement rempart : qui et qu’il y a-t-il derrière ? avant ? L’artiste met le visiteur au pied du mur : tel un archéologue, il évolue dans les profondeurs du musée et les méandres d’un langage qui les met en lumière et en abyme. Une plongée dans le passé de ce lieu d’art et d’histoire qui nous invite à l’introspection et à la remontée de nos propres origines…  Jusqu’au 21 juin 2010 au musée du Louvre, rue de Rivoli, 75001 Paris, www.louvre.fr

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LE CABINET DE CURIOSITÉS

ELISABETH ARKHIPOFF / SPORT HIT PARADISE Pour sa seconde exposition, l’espace 12mail invite Elisabeth arkhipoff. L’illustratrice présente You in Me, un ensemble de dessins, collages, tapisseries et autres compositions graphiques inspirées de l’univers de Sport Hit Paradise, groupe musical fictif imaginé lors d’une première exposition à tokyo en 2004, et créée pour l’occasion. Pour preuve, un album, édité à 300 exemplaires, réunit les créations musicales de dix musiciens, dont Davide Balula, munk, Villeneuve, Ricky Hollywood ou Discodeine.  En un mot, paradisiaque. _A.-L.V.

Jusqu’au 12 février à l’Espace 12Mail, 12 rue du Mail, 75002 Paris.

AGENDA EXPOS

_Par A.-L.V.

KEREN CYTTER Les vidéos de cette artiste d’origine israélienne mêlent cinéma et théâtre, home movie et télé réalité. Fondées sur des jeux de répétition, elles donnent à voir la violence des rapports entre des personnages au destin souvent tragique. Jusqu’au 14 février au Plateau, Place Hannah Arendt, 75019 Paris.

BETTINA SAMSON montrant son intérêt pour les découvertes scientifiques et l’histoire des utopies, la jeune artiste française présente photos, vidéos et installations  qui sondent la notion de progrès et mettent notre perception du temps et de l’espace à l’épreuve. Jusqu’au 13 février à La Galerie, 1 rue Jean-Jaurès, 93130 Noisy-le-Sec.

CHRISTIAN BOLTANSKI après anselm Kiefer et Richard Serra, monumenta invite l’artiste français à investir la nef du Grand Palais. avec Personnes, il immerge le visiteur au sein d’un espace-temps qui, au-delà de la contemplation, suscite sentiments et sensations faisant partie de l’œuvre. Du 13 janvier au 21 février au Grand Palais, 3 rue du Général-Eisenhower, 75008 Paris.

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SPECTACLES

74 SORTIES EN VILLE

LE KID James Thiérrée au Théâtre de la Ville Petit dernier de la famille Chaplin, JAMES THIÉRRÉE n’a décidément pas à rougir devant son grand-père. Il navigue seul dans Raoul, nouvelle fantasmagorie hantée par la solitude, des mâts de navires, et son propre fantôme. _Par Ève Beauvallet

il est un endroit inédit où féerie n’implique pas nécessairement d’enfiler des collants à pois pour tricoter sur du Yann tiersen. Ce lieu précieux s’appelait en 1998 La Symphonie du hanneton, en 2003 La Veillée des abysses, et aujourd’hui, plus succinctement, Raoul, du nom du nouveau cabinet de curiosités concocté par James thiérrée. il faut dire qu’à 35 ans, cet « artisan » – comme il aime préciser – est riche d’une expérience hors pair du « métier », lui qui virevoltait dès l’âge de 4 ans entre trapèzes et violons, sur les pistes du cirque parental – le Cirque Bonjour. Ses facéties précédentes métamorphosaient la vaisselle en rhinocéros et voyaient des portraits s’émanciper de leurs cadres, via le seul effet spécial dont a toujours disposé thiérrée : son propre corps. Soit un instrument qu’il accorde à ses rêveries, fort de cette inventivité tout enfantine qui fit les grandes heures du cinéma muet. Un art low-tech, en somme, à l’image des très anachroniques objets qui meublent la tour esseulée dans laquelle s’enferme Raoul (gramophone en cours d’extinction ou fauteuils désossés). Des délires surréalistes, il y en a encore dans cette nouvelle création, à la différence que les membres de la Compagnie du hanneton, qui jouaient les rocking-chairs vivants dans Au revoir parapluie, s’effacent cette fois de scène pour ne laisser qu’un personnage aux prises avec sa propre image. Celle d’un homme seul, tout droit sorti d’un livre de Jules Verne ou des aventures du conte de monte-Cristo. Sur scène, s’est échouée une myriade de voiles de bateau et ce décor seul plante déjà le personnage : Raoul est un naufragé, à la dérive, loin du monde des hommes. ainsi va le cirque enchanteur et humaniste de James thiérrée : un art qui ne doit son salut qu’à lui-même, un rescapé d’un temps curieux où le home made pouvait être haut de gamme.  Du 19 décembre au 5 janvier au Théâtre de la Ville, www.theatredelaville-paris.com

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LE SPECTACLE VIVANT NON IDENTIFIÉ

PINA B. VUE PAR… [MONTRE-MOI (TA) PINA] En juin dernier, la mort de la chorégraphe allemande Pina Bausch a rappelé à quel point sa « danse-théâtre » avait révolutionné les arts de la scène en trois décennies. Et les jeunes chorégraphes, eux, que retiendront-ils d’elle ?  Le festival artdanthé s’occupe justement de leur donner la parole, et en profite pour leur poser la question sous forme de commande artistique. au final, une réponse chorale, à  base de fantaisies, récritures ou parodies de 28 chorégraphes. Un jeu forcément triste pour  celle qui les aimait tant… _E.B.

Les 25 et 26 janvier au Théâtre de Vanves, Festival Artdanthé, www.theatre-vanves.fr

AGENDA SPECTACLES

_Par E.B.

1 HOT HOUSE Sans doute le titre est-il ironique puisque le théâtre de l’absurde a rarement produit plus réfrigérant que Hot House, pièce de jeunesse du Britannique Harold Pinter, qui se plaît à traquer la violence  sous la mécanique ultrahuilée du langage bureaucratique. Le metteur en scène Jérémie  Le Louët partage avec l’auteur un sens affûté du comique aigre-doux, d’une puissance frappante, comme ciselée au millimètre. Le 17 décembre au Théâtre de Saint-Maur, ms. Jérémie Le Louët, www.theatresaintmaur.com

2 BITTER SUGAR Lindy hop, charleston, shim sham… Des noms de danses sociales peu connues du grand public, qui portèrent pourtant l’élan vital de la communauté afro-américaine du Harlem des années 1920-30. Ce sont elles que les cinq interprètes réunies par l’ex-danseuse de Pina Bausch, Raphaëlle Delaunay, font résonner dans Bitter Sugar, panorama poétique où défilent les ombres de Joséphine Baker, Louis armstrong ou Sidney Bechet. Le 15 février au Théâtre de Vanves, ch. Raphaëlle Delaunay, Festival Artdanthé, www.theatre-vanves.fr

3 NOUVELLE VAGUE Berceau des grands chorégraphes des années 1980, le concours de Bagnolet révéla Dominique Bagouet, Jean-Claude Gallotta, angelin Preljocaj ou Daniel Larrieu. aujourd’hui, grâce à Emilio Calcagno, la danse rend hommage à cette ingénieuse pépinière et s’offre la reprise de ses plus belles chorégraphies, qui ont inventé la danse contemporaine en France. Jusqu’au 18 décembre au Centre national de la danse de Pantin, conception Emilio Calcagno, www.cnd.fr DÉCEMBRE - JANVIER 2010


© Bruno Verjus

RESTOS

76 SORTIES EN VILLE

RÉGALER LA GALERIE William Ledeuil On ne présente plus Ze Kitchen Galerie, le restaurant étoilé du chef WILLIAM LEDEUIL, ni son alter ego, le KGB. Rencontre avec les goûts et les couleurs de ce maître enchanteur. _Par Bruno Verjus (www.foodintelligence.blogspot.com)

La rue des Grands-augustins s’esquisse en gai serpentin en direction de la rue Saint-andré-des-arts. Oui,  l’art est dans la rue – Picasso résida au numéro 7 – et William Ledeuil, l’ami des peintres, aidé de sa magique palette, fait exercer ses talents par deux jeunes chefs, Nicolas Houlbert et Yariv Berrebi, respectivement au numéro 4 et 25. Sa fréquentation de l’artiste tony Soulier et du batteur de jazz Daniel Humair, également peintre et gourmet, le conduit à associer deux univers, peinture et gastronomie, en un concept, Ze Kitchen Galerie, qui pourrait se traduire par : donner à voir et à goûter, autrement. D’un constat (« Les artistes se nourrissent de ce qui les entoure »), William Ledeuil, peint, en réponse, une cuisine respectueuse, humaniste, spontanée, ouverte au monde. « Je me considère comme un chef français qui tire parti d’ingrédients venus d’ailleurs. La cuisine japonaise, proche de la nature, est pour moi la cuisine du futur ». Sa passion pour le lointain, l’extrême – Orient, fraîcheur, saveur – le conduit naturellement au décentrement. Si les composants principaux des plats honorent les terroirs français, les assaisonnements modifient notre horizon gustatif. ainsi naissent ces mélanges de flaveurs autour de l’acidité des agrumes (citron meyer),  du piquant/poivré/rafraîchissant des zingibéracées (galanga, gingembre), du végétal herbacé (rau ram, coriandre ou citronnelle). Les plats s’affichent en tableaux, couleurs et saveurs en grand format – pigeon laqué comme un canard, veau en raviole aux herbes thaïes –, les crustacés, coquillages et poissons se parent de lait de coco, de curcuma ou de mangue. Un voyage immobile en terres et terroirs, une invitation  à l’éveil des sens, une façon d’aiguiser nos appétits, de réveiller le désir. Ze Kitchen Galerie, 4 rue des Grands-Augustins, 75006 Paris. Tél. : 01 44 32 00 32 KGB - Kitchen Galerie Bis, 25 rue des Grands-Augustins, 75006 Paris. Tél. : 01 46 33 00 85 DÉCEMBRE - JANVIER 2010

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LE PALAIS DE… ÉTIENNE JAUMET

THENSURABI « C’est un restaurant sri-lankais du quartier de  La Chapelle, qui se trouve sur le chemin de mon studio d’enregistrement, donc c’est un peu ma cantine. Ce n’est pas cher du tout (environ 6 € le plat), c’est très bon et les patrons sont très gentils. Je conseille le Kotu Parotha, sorte de nan haché mélangé avec des légumes, et  une bière qui tape, la Lion Stout. Ce n’est pas de la grande cuisine – c’est là où j’ai vu que le cheese nan est vraiment fait avec de la Vache Qui Rit ! –, mais j’aime cet endroit. » _Propos recueillis par W.P.

Thensurabi, 60 rue Louis-Blanc, 75010 Paris. Tél. : 01 40 34 42 54 // Night Music d’Étienne Jaumet (Versatile, album déjà disponible)

OÙ MANGER APRÈS… _Par B.V.

BRIGHT STAR Chez Les Pâtes vivantes, pour célébrer l’étoile de Chine avec des pâtes de blé tissées à la main. Une formule rapide à moins de 10 euros pour s’emplir d’une fameuse nouille en soupe. allez hop, au ciné ! Les Pâtes vivantes, 42 rue du Faubourg-Montmartre, 75009 Paris. Tél. : 01 45 23 10 21

OCÉANS Chez Comme des poissons pour un voyage 20 000 lieues sous les mers en compagnie de poissons connus ou rares. Sushi, sashimi, maki, tartare, algues et bouchées à bouches. De l’oxygène, de l’iode et du plaisir. Comme des poissons, 24 rue de la Tour, 75016 Paris. Tél. : 01 45 20 70 37

LA PIVELLINA Chez Épices-riz pour l’éclectisme du lieu, des mots (carte en langue étrangère) et des mets. Un côté dînette, version non-stop ou à emporter, sans jamais se sentir abandonné. Voilà l’italie humaniste avec les pasta fresca ou les salumi italiani. Épices-riz, 23 rue de Sablonville, 92200 Neuilly-sur-Seine Tél. : 01 47 45 57 77

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78 LA CHRONIQUE DE


2009, année erratique pour CHARLOTTE GAINSBOURG : prix d’interprétation féminine à Cannes pour l’éprouvant Antichrist, malmenée par Romain Duris dans Persécution, prêtant sa voix à une monstresse dans Max et les maximonstres, la comédienne publie ces jours-ci IRM, son troisième album, réalisé par un Beck en état de grâce. Enfin libérée du pesant héritage paternel, elle y confirme ses évidents dons de chanteuse, et s’y livre avec une générosité rare. Rencontre avec une artiste affranchie. _Propos recueillis par Auréliano Tonet


82 DOSSIER /// CHARLOTTE GAINSBOURG

V

otre nouvel album s’intitule IRM, en référence aux examens médicaux que vous avez dû subir, il y a deux ans. Pourquoi avoir choisi ce titre ? il s’est imposé à la toute fin, de manière très spontanée. C’était le plus révélateur. J’aime beaucoup ce que ça veut dire : « imagerie à Résonnance magnétique», c’est à la fois très poétique et très clinique. Ça concilie l’écriture imagée, humaine, terrienne de Beck et le côté plus percussif du disque – tous ces sons un peu robotiques d’iRm qu’on a samplés sur le morceau éponyme. au moment où j’ai eu mon accident, j’ai passé plein d’examens dans une sorte de gros caisson bruyant : je me suis habituée aux sons qui en sortaient, j’en suis même venue à les trouver planants. Peut-être cette réaction était-elle une manière de me protéger… au début de notre collaboration, j’ai envoyé à Beck ces sons d’iRm, que j’ai trouvés sur un site médical. il a adoré l’idée, et a commencé à les utiliser de manière musicale.

Cette démarche dit bien, en tout cas, ce qui vous distingue, dans la chanson comme au cinéma, où vous parvenez sans cesse à faire de votre vulnérabilité apparente une force, un moteur… Je n’ai pas de recul par rapport à ça, mais c’est vrai que quand j’ai débarqué à Los angeles pour enregistrer le disque, j’ai essayé d’emmener avec moi le plus de bagages possibles. L’accident venait d’arriver, j’étais encore fragilisée, cela a donc déteint sur l’album. Beck s’est beaucoup inspiré de ce que je ressentais, comme s’il était entré dans mon cerveau. L’enregistrement s’est étalé sur près de deux ans, à Los Angeles. Dans quelle mesure cette ville a-t-elle nourri la confection du disque ? La première fois que j’y suis allée, j’avais 16 ans, j’avais l’impression d’être sur une autoroute. Pendant l’enregistrement, il y a eu une période assez longue où je sortais du tournage d’Antichrist et où je me suis retrouvée là-bas très isolée. C’est une ville à la fois aliénante et créative. J’ai l’impression que les artistes qui habitent  à  L.a.  puisent  dans  leur  détestation  de  l’endroit une partie de leur inspiration, que l’artificialité du lieu fait naître des œuvres très profondes, c’est un processus étrange. Pour ma part, je me sentais très touriste. Par  moments,  ma  famille  a  pu  m’accompagner,  je vivais chez Beck, c’était une ambiance très plaisante et détendue : être tout le temps sous le soleil avec ce ciel bleu qui ne bouge pas… Je crois que ça a coloré l’album.

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« J’étais encore fragilisée par mon accident. Cela a déteint sur l’album. » Votre deuxième album, 5:55, a été réalisé en collaboration avec Air, un duo que connaît bien et apprécie Beck. Qu’est-ce qui, selon vous, distingue ces différents musiciens ? Les air se sont créé un univers à eux, extrêmement singulier. L’album qu’on a fait ensemble était très produit, très installé. On était à Paris dans un studio, ils jouaient avec de vrais instruments… J’ai l’impression que Beck est plus perméable, plus expérimental. il pioche dans tous les styles, se les approprie, se sert de tout et de n’importe quoi : klaxons, jouets, arrangements de cordes… Disons que j’ai eu l’impression d’entrer dans le monde de air, alors que Beck a fait, il me semble, un pas vers moi. il s’est laissé emporter, tant au niveau des paroles que des musiques. Dans un entretien, vous avez déclaré qu’un album de votre père, Gainsbourg Percussions, avait particulièrement irrigué l’enregistrement d’IRM… Oui, sans que ce soit une influence réfléchie. Je m’entendais chanter avec les chœurs de New York U.S.A, ces voix très franches et affirmées, qui m’ont motivée. IRM est un album très percussif. avec Beck, on partait à chaque fois d’un rythme : la batterie, les percussions sont la base de la plupart des morceaux, sur laquelle se sont greffés les autres instruments. Dès que ces rythmes prenaient une teinte africaine, charnelle, tribale, je réagissais spontanément. N’ayant pas un langage très musical, il m’était sans doute plus facile d’adhérer à ce genre de rythme. Beck m’a fait écouter beaucoup de blues, Robert Johnson, des choses comme ça. Pour ma part, je lui ai passé quelques B.O., Le Troisième Homme, Smile de Chaplin, mais il n’a pas vraiment rebondi dessus. Dans chacun de vos disques, vos origines françaises sont distillées en pointillé : sur 5:55, elles se devinaient à travers la référence à une compagnie aérienne, ici quelques titres sont chantés en français, dont une reprise d’un obscur chanteur québécois... C’est Beck qui m’a fait découvrir cette chanson hallucinante, Le Chat du café des artistes de Ferland, si riche, si drôle... Nous sommes restés assez fidèles à l’orignal. Beck me poussait à écrire en français, alors que j’avais tendance à me tourner vers le blues, vers

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© Autumn de Wilde

Beck et Charlotte Gainsbourg, en studio

ce qui ne me ressemble pas. Sur la chanson Voyage, il m’a demandé de traduire des mots qu’il avait en tête, et les a assemblés, de manière assez sournoise. L’autre titre en français, La Collectionneuse, est venu de mon amour pour un poème d’apollinaire, qui se prêtait bien aux thèmes de l’album. Chanter en anglais m’est plus facile. En français, j’ai les références de mon père,  c’est  trop  lourd.  Je  n’arrive  pas  à  écrire  moimême, comme si j’avais une chape de plomb sur les épaules. Faire un album doit rester, pour moi, un acte ludique, un amusement. Après une exposition à la Cité de la musique, un film consacré à vos père, réalisé par Joann Sfar, sort bientôt sur les écrans. Que vous inspirent ces hommages ? Je suis fière qu’il y ait autant d’amour pour sa vie et son travail, mais je ne veux pas avoir à mettre le nez dedans. J’ai arrêté de travailler sur le projet de musée autour lui, parce que je n’avais pas les épaules. il fallait que je pense à moi, à me préserver, à garder une part de secret en ce qui le concerne, parce que tout le monde sait tout de lui, même beaucoup plus que moi. Je sais ce qu’il a bien voulu me raconter, je n’ai pas lu de biographie de lui, j’ai ce que lui m’a donné. Ça s’arrête là. Le mois dernier dans nos pages, votre conjoint,Yvan Attal, affirmait : « Quand on fait l’acteur, on a envie qu’un rôle nous coûte quelque chose. » Il parlait de son expérience dans Rapt, mais aussi de la vôtre dans Antichrist de Lars Von Trier… J’aime l’effort. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant le tournage d’Antichrist, un plaisir un peu masochiste c’est vrai, de douleur et d’excitation mêlées. Être en

« L’approche de Beck m’a semblé plus perméable, plus expérimentale que celle de Air. » crise pendant deux mois, c’est très libérateur, même si je ne pourrais pas le faire tous les jours. C’est pourquoi je n’aime pas enchaîner les films. On ne sait plus où puiser, sinon. C’est agréable d’être vidé après un tournage. Vous prêtez votre voix à l’un des personnages de Max et les maximonstres de Spike Jonze, un exercice à mi-chemin entre le cinéma et la chanson… Je n’avais jamais fait de doublage auparavant. Ce film m’a beaucoup séduit, il m’a rappelé certains souvenirs d’enfance, c’était assez magique. il y a quelque chose de très intime à enregistrer un album : on apporte beaucoup de soi-même dans le chant et les paroles, on creuse dans ce qu’on est. Le cinéma, au contraire, est affaire de camouflage, de déguisement, de protection. L’intérêt, c’est d’y amener ses propres émotions. Dans Persécution de Patrice Chéreau, votre personnage est mis à mal par celui de Romain Duris. Être acteur, est-ce une forme de persécution consentie ? C’est accepter d’être persécuté par un réalisateur, c’est avoir envie de donner, aussi. Dans Antichrist, je jouais la victime et le bourreau, alors que dans Persécution, je ne joue que la victime. Patrice Chéreau a une���manière très étrange de diriger, comme un troisième acteur derrière la caméra, une sorte de chef d’orchestre animal.

IRM de Charlotte Gainsbourg (Because, album déjà disponible)

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84 GAINSBOURG - (VIE HÉROÏQUE)

L’ENFaNCE DE L’ART Pour son premier film, le dessinateur JOANN SFAR se réapproprie le mythe Serge Gainsbourg et fait le portrait d’un petit enfant juif traumatisé par la guerre, puis d’un homme sauvé par l’art et par les femmes. Classieux. _Par Olivier Joyard

Les  mythes  ne  se  laissent  pas  facilement  capturer. mort il y a presque vingt ans (le 2 mars 1991), Serge Gainsbourg a passé sa vie à valser entre apparitions et disparitions. il laissait souvent sa musique témoigner pour lui. Parfois, son personnage de génie scandaleux occupait tout l’espace dans ses fines chaussures de cuir blanc. aujourd’hui, le Gainsbarre médiatique des dernières  années  domine  la  perception  populaire, mais voilà précisément celui que Joann Sfar a choisi d’éluder. il faut dire qu’en s’attaquant pour son premier long métrage au biopic de cette idole française, le brillant créateur de bandes dessinées (Le Chat du rabbin ou la série des Donjon, entre autres) avait choisi un Everest. il devait absolument s’approprier le « sujet Serge G. », qui appartient à tous, et opérer des choix radicaux. Ceux-ci ont eu lieu et chacun comptera les ellipses selon ses marottes. Si le film s’appelle Gainsbourg - (vie héroïque), inutile de chercher l’ironie. Pour Sfar, Serge Gainsbourg est un héros, un vrai. C’est un petit garçon juif, fils d’immigrés russes, qui a traversé l’Occupation et se sauvera du traumatisme grâce à l’art (peinture d’abord, musique ensuite) et aux femmes. C’est un homme dont les convictions le poussent à prendre des risques face aux policiers collaborateurs, comme devant les militaires, bien plus tard. Le film s’intéresse en détail aux années

de formation du créateur d’Histoire de Melody Nelson, les moins connues, mettant cette part non légendaire de sa vie à égalité avec le reste de sa bio. Sfar affuble Gainsbourg d’un double, « La Gueule », qui le suit presque en permanence et personnalise ses doutes, ses manques, ses désirs réprimés. La principale audace du  film  réside  dans  cette  création  pure.  Sinon,  la narration reste sage. Sfar n’a pas voulu se placer du côté des expérimentateurs – on se souvient de todd Haynes  et  sa  vision  kaléidoscopique  de  Bob  Dylan (I’m Not There, 2007). Et la musique, les stars, le glamour, des swinging sixties aux années Palace? Bonheur ! En plus de son approche intime du grand Serge, le film remplit son office de juke-box d’images avec une force rare. La réinterprétation des chansons par les acteurs et actrices fonctionne, le défilé des femmes aimées emballe : Juliette Gréco, France Gall, Brigitte Bardot (géniale Lætitia Casta !), Jane  Birkin,  Charlotte,  Bambou,  toutes  font  « brûler » l’écran qui résonne de leur liberté chérie. Enfin, en se glissant dans la peau du maître, éric Elmosnino réussit une évocation précise et émouvante. Ce n’était pas le moindre défi de ce film unique dans le cinéma français. 

Un film de Joann Sfar // Avec Éric Elmosnino, Lucy Gordon… // Distribution : Universal // France, 2009, 2h10 // Sortie le 20 janvier

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86 REPORTAGE /// INVICTUS

Après L'Échange et Gran Torino, CLINT EASTWOOD a choisi d'emmener Matt Damon et Morgan Freeman en Afrique du Sud pour son biopic sur Nelson Mandela, Invictus. Ou comment, grâce aux exploits de quinze hommes sur un pré, l’ancien prisonnier le plus célèbre du monde est parvenu à unir une nation déchirée par l’apartheid. Nous étions sur le tournage, au printemps dernier : reportage. _Par notre correspondant en Afrique du Sud, Septime Meunier

U

n gros poussin emprunté, avec une cravate. C’est l’impression que donne matt Damon dans ce bar du Cap passablement enfumé, où s’est installée mi-avril et pour deux jours l’équipe d’Invictus. L’acteur s’est teint en blond pour les besoins du prochain film de Clint Eastwood,  où  il  campe  François  Pienaar,  capitaine victorieux de la Coupe du monde de Rugby 1995 avec l’afrique du Sud. Le héros de Will Hunting attend au comptoir du Ferrymans Tavern, au beau milieu de l’immense centre commercial du Victoria and alfred Waterfront. Dans cette scène, les mains bien chargées, il apporte des pintes de Castle à ses coéquipiers attablés plus loin. trois prises suffisent ; la star s’en va ensuite prestement  changer  de  chemise,  une  température tropicale régnant sur le plateau en raison des nombreux projecteurs présents dans cet espace réduit, d’où ont été démontés à la va-vite les écrans plasma. L’action se déroule avant le début de la compétition, quand DÉCEMBRE - JANVIER 2010

Pienaar et sa troupe sont encore dans l’expectative quant à leur niveau de jeu : leur équipe venait en effet de réintégrer les compétitions internationales, après une exclusion de deux décennies pour cause d’apartheid. Le sujet d’Invictus ? La transition réussie de ce système dégradant vers la démocratie, grâce à un homme, un seul, Nelson mandela, et la façon dont il utilisa le rugby, sport des Blancs afrikaners, pour parvenir à ses fins. Sur le plateau, Clint Eastwood – « the Boss » comme l’appelle son crew – apparaît dans une forme olympique, en dépit de ses 79 ans. En fin de journée, il s’offrira une bière bien méritée tout en prenant le temps d’échanger quelques mots avec des figurants sous le charme. NERFS SECTIONNÉS À l’origine de cette aventure, une autre légende d’Hollywood, morgan Freeman. après avoir lu Playing the Enemy : Nelson Mandela and the Game That Made a Nation de John Carlin, il en a acheté les droits, avec WWW.MK2.COM


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« Nous avions effectué notre préparation dans une bulle, inconscients des problèmes du pays. » Hennie Le Roux, ancien Springbok la bénédiction de l’ancien président sud-africain désormais nonagénaire, et a offert la réalisation à Eastwood, pour leur troisième collaboration après Impitoyable et Million Dollar Baby. Le scénario ne dévie pas du livre, décrivant l’existence de mandela de sa sortie de prison à son élection à la présidence, jusqu’au triomphe des Springboks sur leur sol. Souffrant encore des séquelles de son accident de voiture, Freeman s’est adjoint pour la durée du tournage les services d’une guérisseuse traditionnelle, une sangoma, pour traiter les nerfs sectionnés de sa main gauche. En afrique du Sud, l’acteur noir le plus admiré de sa génération bénéficie presque de la même aura que son modèle, avec lequel la ressemblance est frappante. matt Damon a lui profité de son séjour pour organiser plusieurs actions caritatives sur le sort des réfugiés zimbabwéens, et participé, aux côtés de Pienaar, à la Cape argus, la DÉCEMBRE - JANVIER 2010

plus grande course cycliste du monde. au casting également, le fils d’Eastwood, Scott Reeves, interprète Joel Stransky, auteur du drop victorieux dans les arrêts de jeu de la finale. De son côté, le réalisateur ne devrait a priori pas faire d’apparition, ayant expliqué après Gran Torino qu’il ne sortirait de sa retraite d’acteur « qu'en cas de scénario exceptionnel ». Les prises de vues se sont achevées une semaine avant la date prévue – une habitude chez lui. Et l’équipe reviendra mi-décembre au Cap pour la première mondiale. INTOXICATIONS Si l’épopée hautement symbolique des Springboks a tous les ingrédients pour faire un bon script hollywoodien, Eastwood saura-t-il éviter les clichés ? il est douteux que la face moins glorieuse de cette histoire soit évoquée, à savoir un arbitrage très favorable en demie contre la France, avec un essai valable mais néanmoins refusé à la dernière minute en défaveur des Bleus, mais surtout les rumeurs récurrentes d’empoisonnement des all Blacks néo-zélandais, très diminués en finale après une intoxication alimentaire. De toute façon, le succès des Springboks n’était que la cerise sur le gâteau pour mandela, qui avait revêtu le maillot floqué du numéro 6 du capitaine. En se faisant acclamer par ceux-là même qui le traitaient de terroriste, « madiba » – son surnom traditionnel xhosa – avait déjà gagné son pari. Boxeur dans sa jeunesse, il n’était pas fan de rugby. il s’est donc fié à son sens politique. Celui qu’il avait WWW.MK2.COM


88 REPORTAGE /// INVICTUS

« La principale crainte des figurants croisés sur le tournage ne concernait pas le jeu au pied de Matt Damon, mais son accent. » montré  dès  1985,  lors  des  négociations  avec  ses geôliers, par son intransigeance à n’accepter qu’une capitulation sans condition du régime. L’ancien ailier international Chester Williams, membre de l’équipe victorieuse, a été chargé de superviser l’authenticité des scènes. Selon lui, « un transfert du pouvoir de cette ampleur – passer de l’apartheid à la démocratie – est d’habitude en Afrique la cause de problèmes tels qu’ils mettent le pays à genoux». Entre 1993 et 1995, chaque jour, des dizaines de corps sans vie étaient retrouvés, victimes d'une guerre civile qui ne disait pas son nom entre l’iFP (le parti nationaliste zoulou) et l’aNC (le parti de mandela). Ce conflit meurtrier mena même à des alliances contre-nature entre zoulous et certains éléments de l’extrême droite afrikaner, désireux de fonder une enclave blanche indépendante dans le transvaal ou le Free State. QUOTAS OFFICIEUX « Avec le recul, je trouve que nous avons traversé cette phase de transition de manière très positive », juge Williams. « Tout le monde était prêt à suivre la voie du

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changement montrée par Mandela, et notre épopée a permis de d’unir le pays autour de lui», assure-t-il. Hennie Le Roux, un des coéquipiers de Williams, également conseiller sur le film, n’avait toutefois pas prévu le rôle unificateur qu’allaient endosser les Boks : « À l'époque, nous n'étions pas conscients de l’étendue des problèmes dans le pays. Nous avions effectué notre préparation dans une bulle. Bien sûr, ce n'est pas seulement de notre victoire que le film va parler, mais elle constitue une grande part du récit. » mandela a bâti un conte de fées basé sur un sport, le rugby, resté l’apanage des  Blancs,  et  d’une  équipe  symbole  de  la  stricte division raciale en vigueur depuis 1948. Le poids du passé dans le monde du ballon ovale sud-africain est d’ailleurs encore très présent aujourd’hui, à voir

« Sur le plateau, Clint Eastwood apparaît dans une forme olympique, en dépit de ses 79 ans. » la polémique suscitée par l’instauration de quotas officieux de joueurs noirs au sein de la sélection, et la nomination forcée d’un entraineur métis à sa tête. Quatorze ans après, le temps des espoirs déçus est venu pour cette nation qui possède le taux de criminalité le plus élevé au monde, malgré le récent triomphe électoral de l’aNC et du nouveau Président, le très controversé Jacob Zuma. Lequel en a fait ricaner plus d’un quand, en mai, il a assisté à la finale du Super 14, compétition qui réunit les meilleures équipes de

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« Boxeur dans sa jeunesse, Mandela n’était pas fan de rugby. Il s’est donc fié à son sens politique. » l’hémisphère sud, avec sur le dos le maillot de l’équipe victorieuse, les Northern Bulls. La preuve aussi que le geste de mandela est encore dans tous les esprits. JEU CRÉDIBLE «Lorsque nous avons vu que Mandela portait le maillot des Boks, nous avons réalisé qu’il était à fond derrière nous, qu’il s'impliquait réellement », se  remémore Chester Williams, deuxième joueur de couleur à jouer un test-match pour les Springboks. « Le peuple sudafricain avait désespérément besoin que quelque chose le rassemble au-delà de la couleur de la peau, de la culture et de l’éducation, et le sport ne connaît ni races ni frontières», affirme-t-il. «Cette Coupe du monde a rempli un rôle très important dans l’établissement de notre jeune démocratie, c’est certain », estime de son côté Hennie Le Roux, dressant un parallèle avec le mondial de foot qui aura lieu dans six mois. Un vrai test au niveau des infrastructures et de la sécurité pour l’afrique du Sud, qui prétend jouer un rôle majeur sur le continent (24% du PiB de toute l’afrique). En ce qui concerne les retombées pour le rugby, la Warner, qui produit le film, a reçu le soutien sans faille de la fédération internationale, l’iRB, qui espère que ce sport

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quasi inconnu aux états-Unis pourra surfer sur le succès du film pour s’y implanter. matt Damon, quant à lui, s'est entrainé durant quatre mois afin d’acquérir une technique crédible. étonnamment, la principale crainte des figurants croisés sur le plateau ne concernait pas le jeu au pied du héros de la trilogie Jason Bourne, mais plutôt son accent. La performance de Leonardo DiCaprio dans Blood Diamond, où il jouait un descendant de Zimbabwéens blancs, a laissé un souvenir épouvantable dans l’esprit des cinéphiles d’afrique australe. Nul doute que le discours de victoire du capitaine���à la fin du film sera attentivement observé et commenté ici. ARC-EN-CIEL «Clint a effectué beaucoup de recherches documentaires. Au cours des réunions préparatoires, il insistait sur les moindres détails, de manière à ce que les scènes de rugby soient les plus réalistes possibles. Il semblait passionné par le sujet. C’est pourquoi je peux dire sans risques qu’il était bien la personne idéale pour donner vie à ce projet », analyse Williams. Eastwood, qui s’est déjà frotté à l’afrique dans Chasseur blanc, cœur noir, s’est entouré de son habituelle équipe technique pour son 30e long métrage. D’abord intitulé The Human Factor, il s’est vu renommer Invictus début juin. « invictus » : le mot latin pour invincible, mais aussi le célèbre poème de William Henley, souvent cité par mandela, et qui se termine ainsi : « Aussi étroit soit le chemin, bien qu’on m'accuse et qu’on me blâme, je suis le maître de mon destin, et capitaine de mon âme. » Des mots qui rendent parfaitement justice à la vie d’un des plus grands leaders du XXe siècle, sans qui la « nationarc-en-ciel » n’aurait peut-être jamais survécu. 

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90 REPORTAGE /// INVICTUS

LE PôLE SUD

Le projet du Cape Town Films Studios, qui devrait ouvrir en mai 2010.

Devenu un lieu de tournage incontournable, l’Afrique du Sud tente maintenant de se doter d’infrastructures équivalentes à celles d’Hollywood. _Par Septime Meunier

Quel  est  le  point  commun  entre  les  montagnes rocheuses de La Dernière Maison sur la gauche, la jungle sierra-léonaise de Blood Diamond ou l’écosse postapocalyptique de Doomsday ? L’afrique du Sud. Chacun de ces films a utilisé l’incroyable variété de ses paysages pour tromper les spectateurs. Ce n’est pas un hasard : depuis 2000, le pays a accueilli le plus de superproductions américaines au monde. même Bollywood y a installé ses caméras. Le maroc, qui a souffert des conséquences du 11-Septembre, est largement distancé. À l’instauration de la démocratie, les films d’art martiaux U.S. à petit budget avaient joué un rôle précurseur, attirés par les abattements fiscaux réservés aux productions étrangères.  initiés  pour  combattre  les  sanctions,  ils sont toujours en place. Parallèlement à l’explosion du tourisme consécutive à la fin de l'apartheid, les équipes de tournage sont arrivées en masse, pour shooter d’innombrables spots de pub. Désormais, des blockbusters aux séries, de Lord of War à Hotel Rwanda en passant par Hitman ou la nouvelle version du Prisonnier, l’industrie du cinéma sud-africaine voit grand. Elle s’appuie sur ses nombreux atouts : en premier lieu donc, la diversité de ses décors, permettant de donner vie aussi bien à un western qu’à de la SF. Vient ensuite un taux de change chaque année plus avantageux, et ce alors que le dollar s’effondre progressivement.

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L’excellence de la formation des équipes techniques est aussi un critère de choix. Pour Invictus, Clint Eastwood était ainsi entouré par 90 % de Sud-africains sur le plateau. Enfin, malgré une criminalité galopante, il reste assez sûr de tourner ici. Pas de tribut à payer à des mafias locales ou d’enlèvement à redouter. Devant les 230 millions annuels que rapportent ces tournages à l’économie locale, le gouvernement a saisi l’opportunité. À ce titre, la construction de nouveaux studios plus modernes est une priorité. Le projet le plus ambitieux, c’est celui du Cape town Films Studios, qui va ouvrir ses portes en mai 2010. Deux cents hectares situés près du township de Khayelitsha, un investissement de 38 millions d’euros. « Le succès de District 9 a été un cap extrêmement important, parce qu’il a prouvé qu’avec un budget réduit et une équipe locale ultracompétente et innovante, on pouvait obtenir un excellent résultat », analyse Nico Dekker, le responsable du futur complexe. il espère également que la réussite de Neill Blomkamp va susciter des vocations. Pas sûr cependant que la scène artistique sud-africaine soit prête à accueillir ces futurs talents. Le cas de Mon nom est Tsotsi, Oscar du meilleur film étranger en 2006, est exemplaire. Pendant que son réalisateur, Gavin Hood, est parti faire tâcheron aux états-Unis (Détention Secrète, Wolverine), ses acteurs se contentent aujourd'hui d’apparitions dans des soap operas locaux... 

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Kyle (à gauche) et Scott (à droite) Eastwood - Illustration Sarah Kahn


93 DOSSIER /// INVICTUS

La RELèVE Heureux père de sept bambins, nés entre 1968 et 1996, Clint Eastwood peut souffler ses 80 bougies en toute quiétude. KYLE, l’aîné, et SCOTT, 23 ans, respectivement musicien et acteur, foulent tous deux le terrain d’Invictus, bien partis pour suivre l’exemple paternel… Portrait de famille. _Par Juliette Reitzer (avec Auréliano Tonet)

L

orsque nous lui avons parlé au téléphone, le jour  de thanksgiving,  Scott  roulait  vers  un déjeuner familial et une partie de golf chez son père à Carmel, Californie. il ne lui a pas fallu plus d’un « appelez-moi comme vous voulez, darling », lancé dans un éclat de rire, pour nous faire fondre. La question n’était pourtant pas  frivole  :  pendant  les  premières  années  de  sa carrière d’acteur, Scott a porté le nom de sa mère, Reeves. « Je voulais me faire ma propre place, me prouver que j’en étais capable. J’ai depuis repris le nom de mon père, c’est un nom génial », ajoute-t-il aussitôt. L’ombre du père… Elle plane indéniablement sur Scott et Kyle Eastwood : même nez retroussé, même moue de séducteur adulescent qu’éclaire un regard bleu lagon... Pourtant, les deux hommes n’ont pas la même mère, et près de trois décennies les séparent. Kyle est l’aîné, fruit d’un mariage de trente ans entre son père et le mannequin maggie Johnson. Croisé à Paris, il raconte : «Mon père et ma mère sont deux grands fans de jazz, c’est ce qui passait en boucle à la maison quand j’étais petit. Miles Davis venait souvent jouer chez nous, à Los Angeles. » Scott, lui, grandit à Hawaï avec sa mère, hôtesse de l’air qui noua une brève liaison avec Clint. Une enfance heureuse, mais pas seulement : « Grandir à Hawaï est assez difficile pour un petit blanc comme moi, on vous appelle le ‘‘haole’’ [mot hawaïen pour « sans sang » ou « sans vie », ndlr]. Je jouais au football, c’était la meilleure manière de briser les barrières culturelles. »

Le sport d’équipe comme principe pacificateur, c’est justement l’histoire d’Invictus, ou comment la Coupe du monde 1995 de rugby permit à Nelson mandela d’en finir définitivement avec l’apartheid. Scott y campe Joël  Stransky,  demi  d’ouverture  virtuose  du  drop  et joueur célèbre pour avoir marqué tous les points sudafricains lors de la finale. Un héros au grand cœur, qui n’est pas sans rappeler certains personnages incarnés par Eastwood senior… Déjà à l’affiche de Mémoires de nos pères et Gran Torino, Scott reste pourtant lucide quant à sa présence sur les plateaux de son père : « Je dois mériter ma place et sa confiance. Il est souvent plus exigeant avec moi qu’avec les autres acteurs. » Kyle, quant à lui, a composé la musique du film – il travaille sur les B.O. des œuvres paternelles depuis

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« Clint est plus exigeant avec moi qu’avec les autres acteurs. » Scott Eastwood Mystic River en 2003, et confie avoir eu un déclic dès 1988, alors qu’il assistait à l’enregistrement de la bandeson de Bird, biopic sur le saxophoniste Charlie Parker. Pour Invictus, il a séjourné en afrique du Sud, le temps d’enregistrer avec des musiciens locaux : « La musique joue un vrai rôle dans le film, comme un hymne non officiel du match qui symbolise l’évolution du rapport entre Blancs et Noirs. » Le résultat, qui fait rimer lyrisme des violons et chœurs africains, illustre brillamment ces propos. alors, caricatures vivantes de fils à papa, les rejetons Eastwood? Pas seulement. aujourd’hui, tous deux gardent leurs distances avec les paillettes d’Hollywood. Scott, surfeur à ses heures, vit en bord de mer à San Diego, où «les gens n’essaient pas forcément de tirer quelque chose de vous, ce qui est très rare à Los Angeles ». Bassiste et contrebassiste virtuose, Kyle possède un pied-à-terre parisien et confie apprécier l’effervescence musicale de notre capitale – pour preuve, la chanteuse Camille ou le batteur manu Katché figurent sur son troisième et dernier album en date, l’élégant Metropolitain, paru au printemps. au-delà de son célèbre patronyme, le quarantenaire a largement su se faire un nom dans le jazz. Beaucoup plus jeune que son demi-frère, Scott, après avoir rêvé de devenir pompier, en est encore aux balbutiements de sa carrière. Ce n’est pourtant pas un hasard s’il ne rougit plus de son illustre nom de famille : pour le jeune homme, les propositions affluent. il tiendra bientôt le rôle principal d’un film d’action et d’aventure tourné  au texas,  face  à  l’immense  Rutger  Hauer. Lorsqu’on leur demande s’ils voient souvent leur père, Scott et Kyle jurent par l’affirmative, avant d’ironiser : «Enfin… disons qu’il travaille à peu près 13 mois par an, alors… » Reste à voir si, après les bienveillantes passes offertes par papa Clint, les deux artistes réussiront à transformer l’essai, une fois le cordon définitivement coupé. 

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94 DOSSIER /// SHIRIN

iL était UNE FOIS « Dans une salle de spectacle, l’art sort des spectateurs. » (Henri Langlois) Une phrase illustrée à la perfection par ABBAS KIAROSTAMI : avec Shirin, somptueux conte filmique, inspiré d’une légende du XIIe siècle, le maître iranien livre l’une de ses œuvres les plus surprenantes, et approfondit sa fructueuse relation avec les comédiennes et les spectateurs de cinéma. _Par Jean-Michel Frodon

i

l était une fois une princesse. Si  belle,  si  libre,  si prête à suivre les élans de son désir. Elle fut aimée d’un roi, Khosrow, et d’un ouvrier, Farhad. Elle les aima l’un et l’autre. Elle fut malheureuse et sincère, libre et déchirée. Elle s’appelait Shirin, son histoire est une légende inspirée de personnages réels – le roi sassanide Khosrow  ii  Parwiz  (590-628)  et  la  reine d’arménie, qui donna son nom à une ville aujourd’hui sur la frontière entre iran et irak, Qasr-eChirin. Les amours de Shirin ont été chantées par le grand poème épique perse, Le Livre des rois, puis,  au  Xiie siècle,  le  poète Nezâmi lui a dédié son œuvre Khosrow et Shirin, rendant ce récit aussi célèbre en iran que le sont, en Europe, ceux de Roméo et Juliette ou de tristan et Yseult.

Il était une fois un artiste de cinéma. il avait exploré jusqu’aux confins des ressources de son art. Pourtant, à  ses  débuts  de  réalisateur,  abbas  Kiarostami  se concevait lui-même comme un pédagogue autant que comme un artiste, et c’est ainsi qu’il découvrit très tôt que les moyens de l’art du cinéma pouvaient aider à mieux comprendre le monde et à mieux le faire comprendre. ainsi réalisa-t-il des courts métrages pour donner à voir les effets de pratiques quotidiennes (Deux solutions pour un problème, Avec ou sans ordre...) ; ainsi fut-il, en cinéaste, le témoin précis de la révolution iranienne comme aucune autre révolution n’aura eu de chroniqueur, à la fois témoin et analyste (Cas n°1, cas n°2) ; ainsi étudia-t-il, toujours grâce à la mise en scène, les effets des systèmes d’enseignement (Les

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« L’histoire de Shirin est aussi célèbre en Iran que l’est, en Europe, celle de Roméo et Juliette. » Premiers, Devoirs du soir) et de justice (Close-Up) ou les comportements civiques (Le Concitoyen). il advint qu’il y avait dans ces projets de recherche plus de grâce et de beauté que dans tant de films autoproclamés œuvres d’art, et surtout que cette élégance et cette beauté  s’avéraient  les  moyens  nécessaires  pour accomplir leur tâche. Dès le début (Le Pain et la rue, le premier court métrage, L’Habit de mariage, le premier moyen métrage, Le Passager, le premier long métrage), les films de fiction portèrent eux aussi la marque de cette manière de mieux voir le monde en sachant le filmer avec davantage d’élégance. Kiarostami a depuis longtemps affirmé que toute œuvre digne de ce nom n’était jamais offerte achevée à un public, qui serait alors  réduit  au  seul  statut  de  consommateur,  mais n’avait de sens que si elle restait ouverte, pour être terminée par chacun, pour lui-même. Voilà vingt-cinq ans qu’il dit que c’est seulement dans le regard et dans le cœur des spectateurs qu’une œuvre s’accomplit, et que sa tâche à lui est seulement d’ouvrir le plus possible l’espace où chacun pourra entrer. il n’est pas le premier à l’avoir dit, et mis en œuvre, même si rares

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« TOUTES LES GRANDES ACTRICES IRANIENNES, À TRAVERS QUATRE GÉNÉRATIONS, SONT PRÉSENTES À L’ÉCRAN. » sont ceux qui l’auront fait avec autant de constance et de talent. mais il est le premier à avoir poussé au bout de sa logique cette intelligence de l’art, en filmant les spectateurs eux-mêmes pour voir et donner à voir comment  les  visages  et  les  corps  manifestent  ce qu’éprouvent les esprits et les cœurs devant une proposition artistique. La première traduction concrète de ce renversement a été l’œuvre intitulée Tazieh, où Kiarostami filme en gros plans puis montre sur des grands écrans les visages (séparés) des hommes et des femmes assistant, bouleversés, à une représentation du théâtre religieux traditionnel qui, en iran, commémore chaque année le massacre de Kerbala, événement fondateur de l’islam chiite. Plusieurs variations dans les  modalités  de  représentation  de  Tazieh (avec  le spectacle  lui-même  ou  comme  installation  autour d’une captation télé) ont commencé de déployer les ressources de cette approche paradoxale : à la fois indirecte (l’essentiel n’est plus ce qui se joue sur scène ou à l’écran mais ce qui se traduit sur le visage des spectateurs) et plus subtilement directe (aucun spectacle n’a de sens en soi, ce sont ses effets sur le public qui comptent). Il était une fois un film, Shirin. À dire vrai, il était deux fois le film Shirin. Car abbas Kiarostami a bien, sous ce titre, réalisé deux œuvres de cinéma. Que l’une des deux ne soit perceptible que sur la bande-son n’en fait pas moins un film, celui qui raconte, de manière très simple, très « visuelle », même si ces images ne se

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forment  que  dans  nos  esprits,  l’histoire  de  Shirin. Comment  elle  tomba  amoureuse  du  roi  Khosrow après avoir vu son portrait. Comment celui-ci la surprit nue alors qu’elle se baignait. Quels chassés-croisés les séparèrent longtemps. Comme après que Khosrow en eut épousé une autre, elle fut aimée et aima en retour  le  tailleur  de  pierre  Farhad.  Les  batailles,  les ruses, les exploits, les frayeurs, les moments de joie et de  désespoir.  Les  meurtres  sanglants  et  les  douces étreintes. Ce film dont toutes les images sont inspirées à notre imagination par le son – à nous spectateurs occidentaux qui découvrons ce récit comme, bien différemment,  à  des  spectateurs  iraniens  qui  le connaissent par cœur – est « vu » par des spectateurs, que nous regardons. Voici le deuxième film. il bénéficie du  plus  prestigieux  casting  dont  jamais  rêva  un réalisateur : toutes les grandes actrices de son pays, à travers quatre générations, sont présentes à l’écran – parmi elles s’est glissée, on le sait, une grande actrice étrangère, Juliette Binoche. Des actrices, des vedettes, de très belles femmes. Car le film de Kiarostami ne s’appelle pas Khosrow et Shirin comme le texte dont il est inspiré, mais Shirin. C’est son histoire à elle, contée par elle, et c’est, dans la lumière réfractée sur le visage de toutes ses spectatrices, quelque chose de leur histoire à elles toutes. Elles, ces « sœurs » qu’invoque l’héroïne  malheureuse,  et  dont  le  sort  touche  si profondément celles qui regardent, et que nous voyons. Elles, les femmes d’iran – et aussi bien, les femmes de façon générale. Que regardent-elles véritablement ?

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96 DOSSIER /// SHIRIN

« Le film retourne la séparation entre hommes et femmes imposée dans les espaces publics par la République islamique. » De  quel  phénomène  lumineux  devinons-nous  la réfraction sur ces visages si beaux, si différents, si intenses ? Nous ne le saurons pas. Pas plus que nous ne savons ce que regardait en fait Falconetti ligotée au bûcher de Jeanne d’arc, ce que regardait Vivien Leigh au pied de l’escalier d’Autant en emporte le vent. Un rail de travelling peut-être. Ce sont des actrices. mais ce sont des femmes. En faire, aujourd’hui, en iran tel que ce pays est réglementé, les uniques êtres visibles dans la lumière est à la fois une affirmation courageuse et digne, et un gag offensif : le film retourne la séparation entre hommes et femmes imposée dans les espaces publics par la loi de la République islamique, pour faire de toutes les femmes ses héroïnes, tout en transgressant ostensiblement cette loi puisqu’il y a aussi des hommes dans cette salle, même s’ils demeurent constamment dans la pénombre des arrière-plans. Il était une fois la salle de cinéma. Pour ses 60 ans, le Festival de Cannes avait demandé à une trentaine de réalisateurs du monde entier un petit film à la gloire

de ce lieu dont on annonce sempiternellement la disparition ou au moins la désuétude. Kiarostami avait alors donné un petit extrait de ce qui allait devenir Shirin (avec le son d’un autre film, Roméo et Juliette, projeté hors champ). On ne mesurait pas alors ce qui devient si évident avec le long métrage achevé : qu’il s’agit aussi d’un chant d’amour à ce lieu à nul autre semblable qu’est la salle de cinéma, et d’une étude très précise de ce qui s’y joue d’essentiel. Là où se construit, dans le noir et face à une lumière deux fois réfractée – par l’écran, qui est le même pour tous, par chaque visage, qui n’est jamais le même – un rapport à l’intimité et au collectif sans équivalent dans aucun temple, aucun théâtre ni aucun stade.  Il était une fois l’histoire d’une aventure de cinéma, qui réunit un des artistes les plus renommés de son temps, un récit populaire, émouvant et spectaculaire, un grand nombre de très belles femmes… Une aventure de cinéma, c’est aussi, Kiarostami ne cesse de le dire, l’aventure d’une rencontre entre le film et des spectateurs. tous les spectateurs ne sont pas disposés d’emblée à assister non pas à un film mais à deux, à laisser leur esprit inventer davantage qu’à recevoir un objet tout fabriqué, à accepter l’écart entre bande image et bande son. Pourtant, si le film surprend nos habitudes, il n’y a là en lui rien qui fasse obstacle à une rencontre de l’émotion. L’histoire est belle et simple, il suffit de se la laisser conter. C’est l’éternelle invitation des Mille et Une Nuits, où Shéhérazade magiquement démultipliée nous entraîne dans un conte qui est aussi notre histoire.

Un film d’Abbas Kiarostami // Avec Golshifteh Farahani, Mahnaz Afshar… // Distribution : MK2 Diffusion // Iran, 2008, 1h34 // Sortie le 20 janvier

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97 LES CHATS PERSANS

GaRaGE  DE VIVRE Avec Les Chats persans, BAHMAN GHOBADI filme un Téhéran jamais vu au cinéma, une capitale déchaînée, libérée par un appétit de vivre à 100 à l’heure, au rythme du rock et des scooters. _Par Donald James

Le cinéma perse ne nous a pas habitués à ce genre d’effronteries. Cela faisait bien longtemps que «jeunesse» ne nous avait pas parue aussi poignante, au pied du mur et courageuse. Quelques mois avant la reconduction d’ahmadinejad à la présidence de la République islamique d’iran et avant les révoltes de juin 2009, sans autorisation et dans l’urgence, le réalisateur Bhaman Ghobadi capte une scène musicale qui consume de manière clandestine une même passion brûlante. «70% de la population iranienne est jeune et dynamique mais malheureusement le pays est entre les mains de 30 % de gens aux modes de pensée archaïques, confie le cinéaste iranien d’origine kurde. Il y a trente ans, la liberté existait entre les hommes et les femmes. Aujourd’hui, faire de la musique, tout comme avoir un animal de compagnie dans sa voiture, est considéré comme acte impur et peut vous conduire en prison. » Dans Les Chats persans, deux jeunes musiciens, ashkan et Negar, un garçon et une fille, cherchent à monter un groupe pour fuir l’iran, aller à Londres. Besoin d’air pur, dira Negar. ils rencontrent alors Nader, vendeur de DVD pirates, relais frénétique entre toutes sortes de groupes, d’endroits, de fêtes. Fin débrouillard à l’entregent facile, capteur du buzz underground, Nader possède un scooter sur lequel on peut monter à trois pour éviter les bouchons qui, comme la République islamique, paralyse la ville, la vie. Cave de répétition, sous-sol

servant d’appartement, local construit sur un toit avec des boîtes d’œufs, étable au milieu des vaches, tout est bon pour répéter : bienvenue dans le grand bazar clandestin de la mégapole perse. après sa présentation au Festival de Cannes, où le film fut très bien accueilli, les services iraniens ont proposé (en vain) au réalisateur de supprimer toutes les copies du film contre espèces sonnantes et trébuchantes, avant de l’envoyer en prison pour le libérer contre une caution, le 9 juin dernier. inspiré  par  un  personnage  réel,  interprété  par  un comédien au bagou génial (Hamed Behdad), Nader incarne un double lointain du cinéaste. À ses côtés, toute la tragédie iranienne (lorsque le réel se confond avec l’arbitraire) se vit sur un mode énergique, comique voire grotesque. mais Nader porte également sur ses épaules une part de drame, dont on ne dévoilera rien ici. « Depuis trente ans, on détruit les gens, ce pays est devenu insoutenable. Mon film est un cri. Je crois avoir connu Dieu grâce à la musique et aux musiciens. » Qui pourra faire taire cette musique surgie de la terre ? Bahman Ghobadi, aujourd’hui en exil, signe ici un filmacte. « Les Iraniens ont été gouvernés ainsi pendant trente années. Après les élections, ils ont sorti la tête de l’eau et crié. Mais une fois encore, une main les noie, les étouffe. Mais cette main n’a plus la même force. Ceux qui sont sous l’eau, cette fois, n’attendront pas trente ans. »

Un film de Bahman Ghobadi // Avec Hamed Behdad, Negar Shaghaghi… // Distribution : Mars // Iran, 2009, 1h41 // Sortie le 23 décembre

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« POUR MOI, LE CINÉMA RELÈVE DE LA POÉSIE, PAS DE LA FICTION. » DÉCEMBRE - JANVIER 2010

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99 DOSSIER /// FRANCIS FORD COPPOLA

mON FRèRE, CE TETRO Un jeune cinéaste a présenté une tragédie familiale à la Quinzaine des réalisateurs cette année. Un fiasco pour certains, une œuvre fulgurante de beauté pour d’autres. Son nom ? FRANCIS FORD COPPOLA. Il nous raconte Tetro, un film dense et lyrique qui lui est particulièrement personnel. _Propos recueillis par Sandrine Marques

D

epuis L’Homme sans âge, vous tournez en numérique. Pourquoi ce changement ? C’est une erreur de penser que la photographie numérique est si différente de la pellicule. Ce qui prime reste, d’abord et avant tout, l’œil du cinéaste et sa sensibilité. Cela dit, quand vous tournez un film avec une caméra digitale, les paysages prennent une autre dimension. Nous avons eu la chance, pour L’Homme sans âge, d’avoir des paysages exceptionnels, comme dans Tetro où c’étaient de véritables joyaux que nous pouvions ciseler. Le cinéma reste pour vous un grand terrain d’expérimentation… Le cinéma vous apprend tellement. J’ai 70 ans et je fais des films depuis cinquante ans, mais c’est comme si j’en faisais depuis un an. C’est totalement neuf pour moi. Personne ne sait jamais tout du cinéma. 

Dans Tetro, vous usez d’artifices dramatiques. D’où vous vient ce goût pour la scène ? Quand j’étais jeune, je voulais être dramaturge. mais je n’avais pas beaucoup de talent et ça me rendait triste. J’écrivais des pièces très sentimentales. Je me disais que plus j’écrirais, meilleur je serais. En revanche, j’étais doué pour l’ingénierie. J’ai aidé à construire des décors,  à  faire  les  lumières.  Progressivement,  je  suis devenu  metteur  en  scène. À  l’instar  de  cinéastes avant moi – Welles, Eisenstein, Penn, Nichols, Pabst ou murnau  –,  je  viens  du  théâtre.  C’est  difficile,  quand vous faites du cinéma, de ne pas avoir envie de pousser plus loin les éléments dramatiques. Pour moi, le cinéma relève de la poésie, pas de la fiction. Votre sensibilité littéraire s’exprime pleinement dans Tetro. Songez-vous à écrire ? écrire me coûte énormément d’efforts. toute ma vie, j’ai voulu être un écrivain. Depuis l’âge de 16 ans, j’ai travaillé tous les jours sans relâche mais je n’ai pas reçu ce talent divin. J’ai d’autres aptitudes – pour la science notamment – et une imagination débordante. Si vous avez un problème, je peux y trouver dix solutions. Ce qui n’est pas bon pour mes films, car j’ai trop d’idées

et parfois ils prennent des proportions démesurées. Je dis souvent que j’aimerais être comme ma fille Sofia qui a une approche très minimaliste du cinéma. En quoi l’histoire de Tetro vous est-elle personnelle ? Cette histoire n’est pas autobiographique, mais ce qu’il y a en arrière-plan, oui. Ce n’est qu’une fois achevé que j’ai compris ce que ce film signifiait pour moi. tout le monde sait que j’avais un frère aîné, qui a inspiré l’un des personnages de Rusty James. tout ce qu’il faisait, j’avais envie de le faire. Je n’étais pas aussi beau et intelligent que lui, mais il était très bon avec moi. il a eu des problèmes, je ne sais pas lesquels, peut-être avec mon père. adulte, il est devenu plus difficile à cerner et une fois, il s’est enfui. Dans Tetro, le père est comme le dieu Zeus, incroyablement égocentrique. il dit à son fils, joué par Vincent Gallo, que s’il veut être écrivain, il doit  être  un  génie.  alors  qu’il  devrait  l’encourager. Dans ma vie, j’ai rencontré quelques génies : marcel Duchamp quand j’avais 16 ans, marlon Brando – plus pour sa conversation que pour son jeu – ou encore akira Kurosawa et Federico Fellini. Qu’est-ce qui vous a séduit chez Alden Erhrenreich, la révélation de votre film ? Sa  jeunesse  d’abord.  il  avait  17  ans  quand  je  l’ai rencontré. Généralement, les acteurs qui jouent les jeunes gens dans les films ont 26 ans, comme James Dean dans La Fureur de vivre. il jouait un étudiant et ressemblait à son personnage. Bien que très jeune, alden a ce regard de braise comme montgomery Clift. J’ai été très touché par son intelligence à notre première rencontre et la nouveauté de son interprétation. C’était très agréable de travailler avec lui et c’était le garçon parfait pour Tetro. Son personnage est enthousiaste. il veut retrouver son frère, qui était une grande source d’inspiration pour lui. tout ce qu’il aimait ou qui l’intéressait était lié à son frère. il veut faire l’amour aux filles, expérimenter la vie, avoir des amis bohèmes et fumer des cigarettes. il est très excité à l’idée de commencer à aimer. Je voulais faire toutes ces choses également quand j’étais jeune. Le personnage de Bennie est un peu mon alter ego dans le film.

Retrouvez la suite de l’interview de Francis Ford Coppola dans le premier hors-série de Trois Couleurs, en kiosques jusqu’à fin janvier. Un film de Francis Ford Coppola // Avec Vincent Gallo, Alden Erhenreich…// Distribution : Memento Films // États-Unis-Argentine, 2009, 2h07 // Sortie le 23 décembre

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Angelin Preljocaj - Portrait © J.- C. Carbonne

« DISNEY A ÉDULCORÉ LE CONTE ORIGINAL, CARACTÉRISÉ PAR UNE ESTHÉTIQUE TRÈS SOMBRE. »


101 DOSSIER /// ANGELIN PRELJOCAJ

NEiGE ÉTERNELLE Avec le ballet Blanche-Neige, créé l’an dernier sur une musique de Gustav Malher et des costumes de Jean Paul Gaultier, ANGELIN PRELJOCAJ proposait une adaptation à la fois fidèle et très personnelle du conte des frères Grimm. Tandis que le spectacle est repris à Chaillot du 23 décembre au 9 janvier, une captation filmée, réalisée par le chorégraphe lui-même, en restitue toute la féerie sur grand et petit écran. Un ange parle… _Propos recueillis par Ève Beauvallet

a

l’heure actuelle, on connaît davantage la version de Blanche-Neige proposée par Walt Disney que celle, originale, contée par les frères Grimm. Qu’êtesvous allé puiser dans le texte initial qui ne figure pas dans le film d’animation ? La  version  proposée  par  Walt  Disney  a  marqué  les esprits, positivement bien sûr, puisqu’elle a popularisé Blanche-Neige. mais  l’aspect  négatif,  à  mon  sens, c’est que Disney a vraiment édulcoré le conte original, caractérisé par une esthétique très sombre. La fonction du conte, pour les enfants, est celle du rite de passage, avec des étapes psychologiques à franchir, dont la confrontation avec la violence et la cruauté du monde. Les frères Grimm écrivent Blanche-Neige à la fin du romantisme littéraire, dans un langage très épuré, loin de la tradition habituelle. J’avais envie de renouer avec cette  noirceur  que Walt  Disney  avait  abandonnée. D’où le choix de la musique de Gustav mahler, un compositeur que l’on situe entre la fin du romantisme musical et le début de l’ère moderne (il annonce déjà Webern ou Schönberg). Les frères Grimm et mahler ont en commun de créer dans une période de transition esthétique, entre souffle romantique et élan moderne.

Que nous disent les problématiques de BlancheNeige de notre époque contemporaine ? Grâce aux progrès de la science, l’espérance de vie a augmenté, développant avec elle le fantasme de la jeunesse éternelle. On voit aujourd’hui dans les rues des femmes de 45 ans qui sont sublimes, en pleine maturité, rayonnantes, certaines osant s’habiller comme leurs filles. il ne faut pas oublier qu’il y a cinquante ans une femme de 45 ans était une vieille femme. Par conséquent, la problématique mère-fille a évolué : elles peuvent potentiellement être rivales. Nous sommes réellement  dans  une  période  où  le  complexe  de Blanche-Neige, lié à ces progrès médicaux, prend du sens. On aurait pu s’attendre à ce que vous proposiez une version moins littérale du conte. Vous conservez au contraire la linéarité de la narration et l’ensemble du personnel dramatique. Pourquoi une telle fidélité ?

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Parce que j’aime les contraintes. Elles sont sources de créativité. Je voulais oser la narration, la féerie et assumer la  radicalité  de  ce  choix.  Faire  semblant  de  faire Blanche-Neige ne m’intéressait pas. il aurait été plus facile de faire une pièce sur le concept de BlancheNeige, changer le titre, effleurer les problématiques en les enrobant d’intellectualisme. Je crois que la vraie contrainte et la vraie difficulté, c’est au contraire de se donner l’objectif de tout raconter : de l’épisode de la pomme à l’arrivée des chasseurs, sans négliger le cœur arraché à la biche, ou les animaux de la forêt. L’enjeu était de suivre de façon extrêmement rigoureuse le cheminement du conte et de trouver chaque fois de nouvelles solutions chorégraphiques. Je pense au duo entre ces deux femmes liées par le trait d’union qu’est la pomme. il repose sur un jeu chorégraphique auquel je n’aurais pas pu penser sans le recours à la narration. Votre pièce fourmille de références au ballet classique. Que reprenez-vous des grands principes du ballet traditionnel ? La scène d’exposition de Blanche-Neige est un grand bal  donné  devant  le  roi.  Sa  fonction  est  de  révéler l’organisation sociale très hiérarchisée du royaume. Les sujets s’inscrivent dans une convention politique, avec ses rituels de flagornerie. Le recours à la structure du ballet classique – à la danse de cour de Louis XiV, pour être exact – n’est pas qu’un ornement. il traduit un fonctionnement politique. Je souhaitais également créer  un  contraste  entre  cette  structure  très  rigide, presque mécanique, de l’ordre social et l’échappée de Blanche-Neige dans un univers beaucoup plus organique,  celui  de  la  forêt,  des  animaux  et  des nains. Les nains sont des travailleurs, qui grimpent et descendent sur les parois de la mine. ils creusent dans le cœur de la montagne pour en extraire des richesses. Leur potentiel métaphorique est intéressant puisque l’on peut considérer que ce sont eux qui creusent dans notre inconscient pour extraire du sens.  Quelles propriétés gestuelles avez-vous donné aux différents personnages du conte ? il fallait effectivement que chaque caractère ait une

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© J.- C. Carbonne

Nagisa Shirai et Sergio Diaz dans Blanche-Neige

qualité gestuelle très claire. Le personnage de BlancheNeige  est  caractérisé  par  une  forme  de  pureté,  de naïveté,  de  bienveillance.  Cela  se  traduit  par  une grande fluidité gestuelle, que nous articulons à un travail sur le poids de la chair, c’est-à-dire à une certaine sensualité.  La  gestuelle  de  la  belle-mère  est  plus saccadée, elle est presque en apnée dans sa danse. Les nains, eux, se concentrent sur l’idée de pesanteur. Quant aux gens de cour, je voulais travailler une forme aux frontières du comique. Leur chorégraphie réfère aux  « bas-reliefs »  égyptiens,  à  des  jeux  de  frontalité mêlés à des clins d’oeil baroques. C’est ce que j’aime dans la notion de composition ! il s’agit de poser ensemble des éléments disparates pour qu’ils forment ensuite un tout cohérent : comment articuler une forme de préciosité à une esthétique « bas-relief » dans une structure  de  ballet  très  rigide.  La  qualité  que  j’ai particulièrement pris plaisir à travailler, c’est celle du poids d’un corps mort. J’avais déjà effleuré ce travail dans Roméo et Juliette et j’avais vraiment envie de remettre cela en jeu. Certaines données de base sont assez similaires dans Blanche-Neige et dans Roméo et Juliette. Quand Roméo retrouve Juliette apparemment morte, il est dans la même situation que le prince face à Blanche-Neige. On peut alors déployer une chorégraphie entre le vif et l’inerte. Ce sont d’autres lois physiques, extrêmement intéressantes. De quelle façon danser avec un poids mort? De quelle façon ces problématiques de poids, d’espace, d’énergie peuvent-elles porter le sens d’une narration ?  Vous êtes effectivement connu pour avoir créé Roméo et Juliette (une pièce notamment popularisée par

des décors signés Enki Bilal) mais aussi pour avoir proposé des pièces plus minimalistes, voire conceptuelles. De quelle façon articulez-vous grosses productions et projets expérimentaux ? La production de Blanche-Neige s’apparente à certains projets que j’ai déjà menés avec l’Opéra de Paris ou le New York City Ballet. Soit des contrepoints à des recherches chorégraphiques plus intimes. Dans le milieu du cinéma, on voit beaucoup de réalisateurs indépendants qui tout à coup, parce qu’ils sont repérés par  telle  major américaine,  se  voient  proposer  la réalisation d’un Batman, ou je ne sais quoi. Sans doute peut-on régénérer un style en changeant de moyen de production… Dans mon parcours de chorégraphe, je me suis vite senti avide de commandes les plus variées, avec un nombre élevé de danseurs, ou avec d’autres moyens de production. Je pense que cette diversité aide à reconsidérer son propre travail. J’aime autant la radicalité abstraite d’Eldorado, la pièce que j’ai  créée  sur  la  musique  de  Stockhausen,  que  des productions plus « grand public ». Je rejoins Jean Vilar lorsqu’il disait qu’il voulait faire un théâtre à la fois populaire et exigeant. Ce n’est pas parce que j’aime la féerie que je vais renoncer à aller voir les films des frères Dardenne! On veut souvent faire jouer les choses les unes contre les autres, nous faire croire que c’est incompatible. Ce qui a suivi Blanche-Neige, c’est d’ailleurs mon solo Le Funambule, sur un texte de Jean Genet, dans une scénographie très épurée. J’y aborde au contraire des questionnements tout personnels : à 52 ans, pourquoi remonter sur scène? Puis-je vivre sans décor, sans ma troupe de danseurs, sans une grosse organisation derrière moi ? Où sont mes besoins ?

Blanche-Neige // Ballet mis en scène par Angelin Preljocaj, d’après les frères Grimm, sur une musique de Gustav Malher et des costumes de Jean Paul Gaultier // Reprise exceptionnelle pour 13 représentations au Théâtre National de Chaillot, du 23 décembre au 9 janvier Version cinématographique réalisée par Angelin Preljocaj // France, 2009, 1h30 // Diffusion le 25 décembre à 19h sur Arte // Projections spéciales du film dès le 13 janvier au MK2 Beaubourg // Disponible en DVD dès le 21 janvier chez MK2 Éditions

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© DR


Révélation de ce début d’année, ARNAUD FLEURENT-DIDIER publie La Reproduction, grand disque de soul européenne, qui allie l’âme câline de Michel Polnareff et l’âme latine de Lucio Battisti. Sous le charme, nous avons proposé à ce musicien cinéphile d’investir le MK2 Quai de Seine tous les lundis soirs de février, à l’occasion du cycle Reprojections, qui mêle concert, film, débat et invités surprises. Le jeune Parisien commente pour nous les films qu’il a choisi de programmer. _Propos recueillis par Auréliano Tonet


qui traversent mon album, tout en évoquant l’idée de reprises, et sans doute cette tentation de se trouver des modèles dans l’art.

LE MONDE D’APU DE SATYAJIT RAY (1957) Comment as-tu découvert ce film ? il y a quatre ans, à une époque où je ne consommais que du cinéma commercial. Suite à une rupture sentimentale, je suis retourné au ciné-club de mon adolescence. Là, je tombe sur Le Monde d’Apu, avec ses scènes d’amour simples, étonnantes. Le film m’évoque quelque chose de très proche – Les 400 coups, l’artiste, l'homme en formation – et en même temps ça se passe dans un pays lointain, en inde. La question de la paternité arrive très vite, au milieu du film. C’est comme un pont entre mes deux derniers albums, Portrait du jeune homme en artiste (2003) et La Reproduction (2009). Le Monde d’Apu est le dernier volet d’une trilogie. On trouve dans la chambre du héros une photo

© Clément Pascal

L

e cinéma a toujours irrigué ton écriture, ce dont témoigne, par exemple, la chanson Je vais au cinéma sur ton quatrième et nouvel album, La Reproduction. Qu’estce qui a guidé ta sélection de films pour ce ciné-club ? Cette proposition de carte blanche m’a gêné au début. Je n’ai pas de légitimité pour ça. Je ne sais pas présenter les films, il faudra m’aider, hein? Parce que c’est très beau quelqu’un qui connaît son boulot et qui vous apporte un chef-d’œuvre, c’est important. truffaut et Godard par exemple m’ont apporté ça, encore plus que leurs films. mais quelqu'un qui dit des bêtises sur alain Resnais ou Satyajit Ray, c’est juste pénible. autre souci : je ne voudrais pas que ça fasse trop ciné-club pas marrant cette histoire. il s’agit d’une sélection de films d’un passé pas trop éloigné, qui ont pour point commun de m’avoir éclairé/inspiré/rassuré dans la genèse de La Reproduction. Le titre que j’ai donné au cycle, Reprojections, me plaît bien, peut-être qu'il sonne trop prétentieux... mais il résonne avec les sujets


106 DOSSIER /// ARNAUD FLEURENT-DIDIER

de Balzac, un écrivain que tu chéris pour sa capacité à bâtir des mondes. Tes chansons, de même, s’inscrivent toujours dans des albums pensés comme des ensembles ultra-cohérents… Je peux rêver une communauté de méthodes, en effet. il est presque rassurant de savoir que l’œuvre de Ray, pour moi l’une des plus importantes du cinéma d’après-guerre, est née dans l’incertitude, le labeur. Lors de son premier film, il ne savait pas s’il pourrait en faire un deuxième. Puis il a l’inconscience de construire une trilogie d’une cohérence, d’une clarté incroyables: la  récurrence  des  thèmes,  la  place  de  l’amour,  la mort qui rode autour du héros… Le mouvement de ton disque épouse celui du film : on passe, dans les deux cas, d’une absence de dialogue entre un père et son fils à une relation filiale plus apaisée… La dramaturgie du Monde d’Apu est bien plus grave que celle de mon disque. Le héros refuse de reconnaître ce fils qui, en naissant, a tué son amour. mais c’est un film qui peut donner envie d’avoir un enfant, d’accepter la paternité – un questionnement qui m’est arrivé avec la trentaine. À un moment, sur l’album, je dis : « Ne t’habitue pas aux choses qui finissent / Et tu seras longtemps heureux, mon fils. » Le culot de dire « mon fils » sans en avoir, je le dois peut-être à cette scène magnifique, où l’enfant court vers son père, le long du fleuve.

JE T’AIME, JE T’AIME D’ALAIN RESNAIS (1968) « Dis, mémé, comment c’était, mémé, mai 68 ? », chantes-tu sur Mémé 68. Avec ce film, Resnais répond en partie à la question, en même temps qu’il botte en touche… Oui, c’est un drôle de film, tourné en 1968, tout entier absorbé par la question du temps, par l’idée de revivre son passé, et de fait un peu à l’écart des secousses politiques de l’époque. J’ai revu Je t’aime, je t’aime à un moment où je doutais beaucoup, où je me demandais si je ne faisais pas fausse route en travaillant sur des chansons un peu obliques, comme Reproductions… Ce film m’a redonné foi. Je me suis dit : « Si la création peut atteindre ce niveau d’exigence, cette amplitude, alors il ne faut pas s’endormir. » Je t’aime, je t’aime évoque moins Balzac que Proust, ton autre modèle en littérature. L’expérience scientifique qui permet au héros de remonter dans le temps est une métaphore à peine voilée de l’expérience artistique. Le film aurait presque pu s’appeler Le Temps retrouvé… Dix ans plus tard, en 1978, un autre film singulier, In girum imus nocte et consumimur igni de Guy Debord, montre Paris et Venise comme des paradis perdus… J’idéalise peut-être le truc, mais pour moi tout était

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« Le Monde d’Apu est un film qui donne envie d’avoir un enfant, d’accepter la paternité. » possible dans ces années-là. t’allais au cinéma, tu prenais des claques tous les jours devant des chefsd’œuvre, les disques, il en pleuvait, l’art contemporain s’inventait… il y avait une capacité de révolutionner en couleurs le monde que notre génération ne connaît pas. La nostalgie de Debord, c’est autre chose, mais pour moi ça reste assez proche de celle, très douce, de Resnais dans Je t’aime, je t’aime, un film qui m’a beaucoup troublé : j’ai l’impression d’y revoir, à l’identique, des images de ma vie. Quand Claude Rich sort de l’eau avec son masque, je suis en Sicile avec une femme qui m’était proche. C’est fou.

UN HOMME QUI DORT DE BERNARD QUEYSANNE ET GEORGES PEREC (1974) Ce qui frappe d’abord dans Un homme qui dort, c’est l’absence de dialogues, remplacés par une voix off qui tutoie le héros tout au long du film. Un propos qui résonne avec certaines de tes chansons : le chanté-parlé de France Culture, le tutoiement de Ne sois pas trop exigeant, le désœuvrement de L’Emploi du temps… Là, je suis tout nu : j’ai habité ce film, l’ambiance, certains mots. tant pis. C’est un objet cinématographique parfait. Le texte de Perec, la mise en scène de Queysanne, la voix très maternelle de Ludmila mikaël, tout s’emboîte à  la  perfection.  J’ai  l’impression  qu’il  a  marqué beaucoup  de  chanteurs  de  ma  génération : Erik arnaud, Philippe Katerine… C’est un film très musical, comme un long morceau de Wagner : une heure et demie de dépression dans Paris, la dérive urbaine d’un jeune homme... J’ai essayé de lire le texte de Perec, mais j’ai vite abandonné. J’avais envie qu’on me dise les choses à l’oreille, qu’il y ait ces images incroyablement belles… On retrouve dans le film, en filigrane, des lieux et figures qui te sont chers : la Place Clichy, où tu vis et que tu chantes depuis tes débuts, le compositeur de musique de film François de Roubaix ou un tableau de Magritte, comme dans Je t’aime, je t’aime… J’y vois comme un signe. [rires] magritte a influencé une partie de l’artwork du disque, même si je m’en suis un peu éloigné, car c’est un peintre trop utilisé. Le film se finit sur ces mots : «Tu attends, Place Clichy, que la pluie cesse de tomber. » Bizarre, le film ne se passe pas là manifestement, mais j’y habite.

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© Clément Pascal

« Dans Je t’aime, je t’aime, j’ai l’impression de revoir, à l’identique, des images de ma vie. »

La peur de ne plus maîtriser mon projet artistique, qu’il m’échappe à mesure qu’on le reproduise... Ce n’est pas un hasard si ce film interpelle plusieurs musiciens qui m’ont fait part de leur expérience, Phoenix, Daft Punk, air ou Sébastien tellier ; ils ont pratiqué l’entrisme tout en préservant, peu ou prou, leur intégrité.

À BOUT DE COURSE DE SIDNEY LUMET (1988) PHANTOM OF THE PARADISE DE BRIAN DE PALMA (1974) Phantom of the Paradise sort la même année qu’Un homme qui dort, mais dans un style radicalement différent… En effet, j’ai constaté avec joie que ces deux films datent  de  1974,  comme  tout  ce  qui  est  dans  mon aDN  :  les  musiciens  que  j’écoute  beaucoup,  Lucio Battisti, Pierre Vassiliu ou Ennio morricone, sont alors à leur sommet… J’adore l’extrême stylisation de Phantom of the Paradise, ses délires glam, ce côté opéra pop hyper maîtrisé. D’une manière générale, je n’aime pas beaucoup les concerts, je m'y ennuie assez régulièrement. Ce film me donne pourtant envie de monter sur scène, de casser mon clavier en deux et de projeter des mots dessus. Le film applique à l’univers de la pop le mythe de Faust : Phantom, le héros, vend son âme en pactisant avec l’industrie du disque… En quittant pour une major le label indépendant que tu avais fondé, French Touche, ne te trouves-tu pas dans la même situation ? C’est vrai, je me sens un peu dans la position du Phantom.

Au-delà de ses aspects très réfléchis, presque conceptuels, ton disque séduit d’abord par l’extrême émotion qui s’en dégage. À bout de course illustre à merveille cette veine sentimentale… L’émotion simple de la dernière scène, la libération du héros, j’ai trouvé ça fort, j’ai trouvé ça juste. Un vrai petit coup de théâtre qui dit ce qu’il faut sur la relation père-fils. Ce film, c’est un drame grec, un tragique maitrisé, la mise en scène douce de l’inconciliable. Et le casting est fortiche, à commencer par River Phoenix... Ce casting évoque d’ailleurs celui de ton disque : enfants, parents et grands-parents, l’artiste et son amoureuse… Comme dans d’autres films du cycle, il est question de la fin d’une certaine jeunesse, de tomber le masque, de rompre ou renouer avec sa famille pour s’affirmer en tant qu’adulte… Eh oui, c’est vrai. apu devient adulte lorsqu’il jette son roman et qu’il accepte son fils. La dépression d’Un homme qui dort et le dilemme du Phantom rejoignent la même problématique. il y a deux mouvements, en réalité : accepter les retrouvailles dans Le Monde d’Apu, accepter la séparation dans À bout de course. Et l’âge adulte, c’est peut-être composer avec ces extrêmes. 

La Reproduction d’Arnaud Fleurent-Didier (Columbia, album disponible le 4 janvier) Cycle Reprojections, tous les lundis de février à la séance de 20h, au MK2 Quai de Seine : mini-concert d’Arnaud Fleurent-Didier, suivi d’un débat avec le public et un invité surprise, puis de la projection d’un film. Plus d’infos sur www.mk2.com

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BOUDOIR ÉBATS, DÉBATS, CABAS : LA CULTURE DE CHAMBRE A TROUVÉ SON ANTRE

« C’ÉTAIT L’HIVER, LA NEIGE RECOUVRAIT TOUT. JE CROIS QU’ON EST VRAIMENT PARTIS EN VRILLE. » mGmt P.112

DVD-THÈQUE

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CD-THÈQUE

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ABBAS KIAROSTAMI, par les chemins du numérique

La jeunesse en fuite de MGMT

BIBLIOTHÈQUE LUIS SEPÚLVEDA, gauchiste désabusé

BD-THÈQUE Les BD infernales de MIKE MIGNOLA

LUDOTHÈQUE La dolce vita d’ASSASSIN’S CREED 2

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110 LE BOUDOIR /// DVD-THÈQUE

Image extraite du film Le Vent nous emportera d’Abbas Kiarostami

LE PROmENEUR KIAROSTAMI, PAR LES CHEMINS DU NUMÉRIQUE De la pellicule au numérique, le cinéaste iranien ABBAS KIAROSTAMI a emprunté des chemins de traverse qui rendent son geste de création unique. Un auteur à redécouvrir à l’occasion d’un cycle au MK2 Beaubourg et d’un coffret DVD indispensable. _Par Jean-Michel Frodon

Dès son premier court métrage en 1969, Le Pain et la la caméra DV lui permet ce geste inouï de partager rue, nul ne doute qu’abbas Kiarostami, alors âgé de l’outil même de réalisation. avec Ten, Kiarostami invente 29  ans,  est  un  cinéaste.  L’auteur  est  profondément littéralement une autre écriture cinématographique, imprégné d’un rapport à la création qui privilégie en installant deux petites caméras numériques fixes le geste personnel. Cette exigence se voit dans ses sur le tableau de bord d’une voiture. il déplace au films : leur beauté tient pour beaucoup à une forme passage le statut même du réalisateur d’une manière poétique de réalisme. De même, ils épousent le plus qui  semble  le  minimiser,  pour  bâtir  une  nouvelle souvent un mouvement à la découverte posture d’auteur, plus proche de celle du du monde dans son étendue matérielle, chorégraphe. L’usage des outils numériques selon des trajets en voiture ou à pied – défait aussi la séparation nette entre des en particulier sur ces chemins en zigzag, réalisations principalement conçues pour devenus quasiment des signatures. Un la salle (ABC Africa, Ten, Shirin), celles qui film aura marqué à la fois le sommet et s’adressent plutôt aux musées (Sleepers, le tournant du rapport de Kiarostami au Ten Minutes Older), les œuvres susceptibles cinéma : Le vent nous emportera, son d’occuper l’un et l’autre emplacement dernier long métrage réalisé sur pellicule. Coffret Kiarostami (Five, Roads of Kiarostami), le commentaire 7 films, 8 DVD il met en scène un cinéaste en rupture MK2 Éditions réflexif et pédagogique 10 on Ten (dont avec son équipe technique. S’éloigner la destination première est le DVD), sans des méthodes lourdes de tournage, sans doute ce oublier les possibilités de la correspondance vidéo, désir est-il perceptible depuis longtemps. Des œuvres exemplairement tenue avec Victor Erice en vue de leur comme Close-Up témoignaient déjà d’une relation exposition commune aux musées CCCB de Barcelone, personnelle, individualisée, de l’auteur avec son sujet Casa Encendida de madrid et au Centre Pompidou. plutôt que de la mise en place d’un dispositif de avec cet ensemble d’œuvres, Kiarostami démontre réalisation. abbas Kiarostami est allé au terme de cette depuis dix ans comment, riche de son immense savoirlogique, et pour une décennie, il rompt non seulement faire  de  cinéaste,  il  s’est  réapproprié  une  position avec la pellicule, mais avec tout un mode d’expression. plus autonome, où sa créativité trouve à s’exprimer en explorant plus librement de multiples chemins. L’utilisation  de  caméras  numériques  lui  ouvre  une nouvelle pratique artistique, et d’autres relations au Cycle Kiarostami numérique, mK2 Beaubourg,  monde et aux autres. C’est évident dès ABC Africa, où à partir du 20 janvier, plus d’infos sur www.mk2.com

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IDÉES CADEAUX

_Par J.R. et S.M.

POUR VOTRE PETIT-AMI ESTHÈTE ET LECTEUR DE TROIS COULEURS… imaginé par le photographe et créateur de mode Hedi Slimane, ce coffret-écrin réunit 11 films autour de la jeunesse américaine de ces soixante dernières années. Nicholas Ray, martin Scorsese, michelangelo antonioni, Jim Jarmusch, Gus Van Sant ou Larry Clark nous guident sur les sentiers accidentés de l’adolescence… Pour accompagner ce bel objet, Trois Couleurs sort son premier hors-série, décryptant sur 132 pages la notion ô combien américaine de contre-culture, des années 1950 à aujourd’hui. interviews exclusives (mGmt, Francis Coppola, Jim Jarmusch, Jon Savage…), photographies inédites, panoramas historiques et autres délices donneront un coup de jeune au réveillon de Noël. Coffret American Youth (11 DVD, MK2 Éditions) // Hors-série Trois Couleurs : Contre-culture (en kiosques jusqu’à fin janvier)

POUR VOTRE COUSINE CINÉPHILE ET NOSTALGIQUE… mK2 réédite cinq chefsd’œuvre muets de Fritz Lang dans un coffret riche en bonus (documentaires, photographies, biographies…). Dr. Mabuse, Les Nibelungen, Metropolis, Les Espions et La Femme sur la Lune, on est toujours transporté par le symbolisme de l’éclairage expressionniste. arte s’y met aussi et compile quatre autres perles du muet : Au bonheur des dames (Duvivier), Comédiennes (Lubitsch), Nana (Renoir) et  Le Voleur de Bagdad (Walsh). Enfin, une pépite méconnue ressuscitée par Carlotta : Le Petit Fugitif. tourné en 1953, le film relate les aventures d’un bambin errant seul dans manhattan. truffaut était fan, nous aussi. Coffret fritz Lang (9 DVD, MK2 Éditions) Coffret Cinéma muet (4 DVD, Arte) Le Petit Fugitif de M. Engel, R. Orkin et R. Ashley (Carlotta)

POUR VOTRE TANTE FLEUR BLEUE, ÉPRISE DE ROMANESQUE… Offrez-lui les deux coffrets Nikita mikhalkov, pour la plonger dans l’envoûtante filmographie du plus littéraire des cinéastes russes, nourrie des nouvelles de tchekhov comme de l’œuvre d’andreï Platonov. Elle pleurera avec le mélancolique Quelques jours de la vie d’Oblomov, l’un des plus beaux films du cinéaste qui, cerise sur la chapka, s’exprime dans les bonus sur son œuvre, jusque-là inédite en DVD. La tête lui tourne ? Entraînez tata dans La Ronde de max Ophüls dont Gaumont ressort les chefs-d’oeuvre en coffret. La romantique se prendra bientôt pour Madame de… ou Lola Montès, d’inoubliables héroïnes modernes. Coffrets I et II Nikita Mikhalkov (7 DVD, Potemkine) Coffret Max Ophüls (4 DVD, Gaumont)

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© Benjamin Rowland

112 LE BOUDOIR /// CD-THÈQUE

L’HEURE MGMT LA JEUNESSE EN fUITE DE MGMT Leur premier album fut l’un des plus marquants de la décennie qui s’achève. À l’heure où ils en finalisent le successeur, intitulé Congratulations, le duo psyché-pop MGMT nous raconte, en exclusivité, la gestation du disque le plus attendu de 2010. _Propos recueillis par Auréliano Tonet

Vous venez de finir l’enregistrement de votre deuxième album, Congratulations. Quelle en est sa genèse ? Ben : Nous nous sommes retrouvés seuls, andrew et moi, dans une petite maison de l’état de New York. C’était l’hiver, il n’y avait rien à faire, la neige recouvrait tout. Je crois qu’on est vraiment partis en vrille. On se sentait très frustrés par les nouvelles chansons que l’on essayait de composer...  À malibu, où nous avons enregistré le disque, l’ambiance était meilleure. Notre batteur, notre bassiste, notre guitariste et des amis nous ont rejoint. Pete Kember, qui a co-produit l’album, était là également.

cie une chanson que s’il est en accord avec l’ensemble de ses composantes. En ce sens, sa présence fut précieuse  car  il  s’est  assuré  que  chaque  note  avait une raison d’exister. il a apporté une âme au disque.

En quoi Congratulations s’éloigne, selon vous, de la voie empruntée sur votre premier album ? Ben : C’est un disque plus fragmenté, sans réel climax. il y a moins de bombes pop. Nous  avons  pris  davantage  de  plaisir  à jouer,  sans  trop  nous  préoccuper  de  ce que les gens penseront du disque. On a l’impression d’écouter des vieux potes qui Pourquoi avoir fait appel à lui ? jouent ensemble depuis des années, de Andrew : il y a cinq ans, à l’université, j’ai manière assez lente et nonchalante. Ce Congratulations de MGMT découvert la musique de Spacemen 3, le (Sony BMG, sortie prévue disque est moins juvénile que le précédent, groupe qu’il formait avec Jason Pierce dans courant 2010). comme si nous avions vieilli de cinq ans les  années 1980. J’en suis devenu fan, en durant l’année qui vient de s’écouler. particulier de leurs chansons plaintives et mélodiques. Andrew : J’ai l’impression que nous nous sommes un J’ai ensuite écouté leurs projets solos : Spiritualized peu retenus sur cet album, même si j’ai adoré jouer pour Jason, et Sonic Boom pour Pete. Par hasard, nous avec le groupe. Rien que d’en parler me fait peur, j’ai avons rencontré Pete à un concert. il nous a proposé envie de tout reprendre à zéro. À vrai dire, j’ai peu de de lui envoyer des démos. On l’a fait, il les a aimées. foi en notre musique. Ben : Je ne croyais pas en notre premier album, mais Comment s’est déroulée votre collaboration ? je crois en Congratulations, je pense que c’est un bon Ben : Nous n’avons pas du tout la même approche disque.  Cela  dit,  tu  as  raison,  nous  sommes  restés de la musique. De notre côté, nous sommes capables, fidèles à certains codes d’écriture. Si nous écoutions même dans le pire morceau possible, de trouver cer- nos cœurs, nous irions dans des directions bien plus tains passages intéressants. Pete, pour sa part, n’appré- folles… Retrouvez l’interview intégrale de MGMT (six pages) dans le premier hors-série de Trois Couleurs, en kiosques jusqu’à fin janvier. DÉCEMBRE - JANVIER 2010

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IDÉES CADEAUX

_Par A.T.

POUR VOTRE PETIT fRèRE MÉLOMANE…

Offrez-lui l’un quatre des coffrets Collectorama conçus  par la rédaction des Inrocks, qui prouve ici qu’elle maîtrise toujours aussi bien la chose rock, alors qu’est annoncée une nouvelle formule plus politique au printemps. Vendus à un prix très abordable (34,90€), chacun de ces bijoux contient deux CD, un livre de 50 pages au format vinyle et un tirage photo exclusif, retraçant les lieux et figures clés de l’électro, de la soul, de la new wave et du folk. Soyeux noël, frérot. Coffrets Collectorama par Les Inrockuptibles, disponibles en exclusivité dans les Fnac

POUR VOTRE GRANDE SœUR JETLAGUÉE...

2009 EN

CD

BITTE ORCA DE DIRTY PROJECTORS aidez-la à réintégrer le bon fuseau horaire avec ce coffret 24 CD. après s’être attaquée aux années avec le « cube jaune » (1981-2005) et la  « boîte noire » (1956-1980), Radio Nova s’intéresse ici aux heures, auscultées une à une par chacun des disques du coffret. illustrant la prog’ joyeusement éclectique de la station, albert marcoeur, minnie Riperton, Chromatics ou tom Jobim se chevauchent au cours de cette belle odyssée chronophile. En complément, glissez à votre sœur la merveilleuse compile The Blank Generation, hommage au mythique producteur new-yorkais Bob Blank. En dansant sur ces perles latino-disco, votre frangine devrait acquérir, une fois pour toute, le sens du rythme… Coffret 24 heures par Radio Nova, disponible en exclusivité dans les Fnac The Blank Generation – Blank Tapes NYC 1975-1985 (Strut)

POUR VOTRE PAPA MONOMANIAQUE… Lui qui ne s’est toujours pas remis de la séparation des Beatles se délectera de la remasterisation  de l’ensemble du répertoire des Fab Four, réuni dans deux coffrets, stéréo et mono, que vous choisirez en fonction des préférences auditives paternelles. Pochettes cartonnées, documentaires et photos inédits, ces rééditions valent bien les quelque 200 euros exigés pour remettre votre géniteur d’aplomb. S’il s’est déjà procuré l’un de ces deux coffrets à leur sortie en septembre dernier, optez pour les tout aussi luxueuses intégrales consacrées à miles Davis (70 CD, 170 €, chez Sony), Kraftwerk (8 CD, 90 €, chez Emi) ou alain Bashung (27 CD, 100 €, chez Barclay). Plus encore que papa, votre banquiez appréciera. Coffret The Beatles – The Stereo Box Set (14 CD, EMI)

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(DOMINO / PIAS)

Berceau de la pop cosmique d’animal Collective et des flamboyances prog des  Fiery Furnaces, Brooklyn s’est définitivement imposé cette année comme la capitale des expérimentations rock. Bitte Orca du sextet Dirty Projectors enfonce le clou, traité de syncopes pop et mutantes, qui assimile Byrne, Zappa et Prince avec une fluidité insolente. Désynchronisation des doigts et des voix, étagères de sons et de sens : la grâce, c’est la facilité.

NIGHT MUSIC D’ÉTIENNE JAUMET (VERSATILE)

Quinze ans après la French touch, et si Paris redevenait l’épicentre des musiques électroniques ? turzi, Joakim, Koudlam, Krazy Baldhead ou Kumisolo ont creusé, dans une ombre relative, ce retour en grâce, irrigué d’influences allemandes (krautrock), italiennes (space disco) ou nippones (J-pop). avec son excellent premier album, Night Music, couplant l’organique et le synthétique, la cadence et l’aléatoire, Jaumet se pose en meneur de cette tribu noctambule. Nuit étoilée.

LA MUSIQUE DE DOMINIQUE A (CINQ7)

En 2009, la chanson d’ici ne fut pas en reste : de Vanot à French, Biolay ou tante Hortense, nombreuses furent les entreprises de ravalement d’un genre plus vif qu’on ne le dit. La Musique de Dominique a confirme cette embellie : à mi-chemin du a minuscule des débuts (minimal, solitaire, malingre) et du a majuscule des dernières années (aéré, lyrique, bien entouré), le Français signe peut-être sa plus belle typographie. Sacré caractère.

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© Daniel Mordzinski

114 LE BOUDOIR /// BIBLIOTHÈQUE

LE DERNiER CASSE LUIS SEPúLVEDA, GAUCHISTE DÉSABUSÉ Dans le Chili des années 2000, quatre ex-gauchistes persécutés sous Pinochet préparent un dernier coup. Avec L’ombre de ce que nous avons été, LUIS SEPÚLVEDA signe une comédie policière tendre et cocasse, aux échos autobiographiques. _Par Bernard Quiriny

À 60 ans, Luis Sepúlveda fait partie de ces écrivains et qui se révèle être un ancien camarade de fac latino-américains marqués au fer par les dictatures des gauchiste... « Les quatre hommes se regardèrent. Plus années 1970, à l’instar de l’Uruguayen Carlos Liscano gros, plus vieux, chauves et la barbe blanchie, ils ou du Chilien Roberto Bolaño. interné alors qu’il était projetaient encore l’ombre de ce qu’ils avaient été. » étudiant, le jeune Sepúlveda est condamné au terme Et si, après tout, ils tentaient le coup quand même ? d’un procès bidon pour «trahison à la patrie, conspiration subversive et appartenance Parsemée de références au jargon marxiste aux groupes armés ». Son avocat commis de l’époque, cette succulente comédie d’office lui annonce sa peine en souriant : il transforme un quatuor de vieux révolutionéchappe à la mort et n’écope que de… vingtnaires un peu paumés en grands bandits huit ans de prison. il faudra l’intervention aux cheveux blancs, mus par un sursaut d’amnesty international pour qu’en 1977 de  grandeur  admirable  et  pathétique. le régime commue sa peine en exil. Cette Sepúlveda les regarde avec une sorte de expérience douloureuse ressurgit dans nombre tendresse désabusée qui fait mouche, sans de ses livres et explique son engagement complaisance pour les aspects ridicules de infatigable en faveur de la liberté. On la leur engagement. Entre polar parodique retrouve dans ce nouveau roman, L’ombre et Space Cowboys politique, truffé de mots de ce que nous avons été, brève comédie L’ombre de ce que nous d’esprit («Les naufragés d’un même bateau avons été de Luis policière qui se joue astucieusement des Sepúlveda (roman traduit ont un sixième sens qui leur permet de se de l’espagnol par Bertille codes du genre. Dans un quartier mal famé Hausberg, reconnaître, comme les nains », référence à Métailié) de Santiago, trois vétérans du gauchisme une blague célèbre d’augusto monterroso), des sixties, torturés sous Pinochet puis exilés en Europe, ce roman est une réflexion douce-amère sur la désilfomentent au fond d’un hangar un ultime coup lusion des vétérans et la flamme rouge qu’ils continuent révolutionnaire. ils attendent un quatrième larron, « le d’entretenir au fond d’eux, seuls contre tous. À la fin, Spécialiste», qui a tout planifié. Hélas, celui-ci ne viendra il n’est d’ailleurs pas dit qu’ils ne gagneront pas. « Prends pas : alors qu’il marchait dans la rue, un tourne-disque garde, rappelle l’un d’entre eux en citant sentencieujeté par une fenêtre lors d’une dispute conjugale lui est sement la célèbre phrase de mao : une étincelle peut inopinément tombé sur la tête, le tuant sur le coup. À mettre le feu à la prairie. » sa place débarque donc Coco, brave sexagénaire tout penaud d’avoir assassiné leur copain par maladresse,

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IDÉES CADEAUX

_Par B.Q. et A.T.

POUR VOTRE VIEIL ONCLE LIBIDINEUX, AMATEUR DE BLAGUES SALACES ET DE JEUNES FILLES EN FLEUR… On choisira la réédition d’Une brève histoire des fesses de Jean-Luc Hennig, petit essai badin et érudit sur nos parties charnues et l’attirance étrange qu’elles provoquent chez l’homme. On pourra y ajouter le texte intégral des Kâma-sûtra et de l’Anangaranga (le dernier grand traité érotique indien), magnifiquement présenté dans une traduction de Jean Papin. Enfin, pour mettre en garde votre oncle en vue d’un éventuel passage à l’acte, et l’aider à faire la part entre fantasmes et réalité, on conseillera l’ouvrage collectif Kata-sutra, la vérité crue sur la vie sexuelle des filles, qui tient toutes les promesses de son titre drolatique. Une brève histoire des fesses de Jean-Luc Hennig (Zulma) Les Kâma-sûtra suivis de l'Anangaranga traduits du sanskrit par Jean Papin (Zulma) Kata-sutra, la vérité crue sur la vie sexuelle des filles de Nadia Daam, Emma Defaud, Titiou Lecoq et Elisabeth Philippe (Jacob-Duvernet)

POUR VOTRE COUSIN PUNK, REBELLE ET ANAR…

2009 EN

LIVRES

TROIS FEMMES PUISSANTES instruisez-le sur l’origine du célèbre « A » du sigle anarchiste grâce à Histoire véridique d’un symbole, beau-livre à plusieurs voix retraçant en images la genèse et la diffusion de l’un des symboles graphiques les plus connus au monde. En complément, réconciliez-le avec la littérature avec Le Baisespoir du jeune Arnold de Vladimir matijevic, tonitruant roman serbe aux allures de farce sociale déjantée, écrite «à l’envers » comme le film Irréversible de Gaspar Noé. Enfin, prouvez-lui que certains groupes rock rejetés par les punks étaient dignes d’intérêt,  avec le très bel essai de Pacôme thiellement sur Led Zeppelin, et leur passionnant rapport à l’ésotérisme... Histoire véridique d’un symbole, ouvrage collectif dirigé par Jean-Luc Defromont (Alternatives) Le Baisespoir du jeune Arnold de Vladimir Matijevic(Les Allusifs) Cabala, Led Zeppelin occulte de Pacôme Thiellement (Hoëbeke)

POUR VOTRE GRAND-MèRE, FANATIQUE DE MUSÉES ET D’HISTOIRE DE L’ART… étonnez-la avec Le Musée invisible de Nathaniel Herzberg, superbe beau-livre qui, de l’antiquité grecque à andy Warhol, rassemble des dizaines d’œuvres volées  et jamais retrouvées. Van Gogh, monet, michel-ange, magritte, Bacon, tous les plus grands sont au catalogue de ce musée imaginaire pas comme les autres, dûment commenté par l’auteur, avec un éclairage souvent cocasse sur les circonstances du vol. Entre histoire de l’art et histoire du banditisme,  un document pour le moins original. Si votre bourse le permet, offrez-lui également le Dictionnaire amoureux du cinéma, tour d’horizon nostalgique de près d’un siècle de cinéma parlant signé Jean tulard, cinéphile épris comme au premier jour. Le Musée invisible de Nathaniel Herzberg (Le Toucan) Dictionnaire amoureux du cinéma de Jean Tulard (Plon)

DÉCEMBRE - JANVIER 2010

DE MARIE NDIAYE

(GALLIMARD) trois histoires écartelées entre l’afrique et la France, au cœur de la brutalité du monde. L’histoire dira si Trois femmes puissantes de marie NDiaye fait partie des grands livres de notre littérature. En attendant, cet ouvrage, partant de la cellule familiale (socle de chaque roman, nouvelle ou pièce de l’auteure), aura marqué 2009 : succès critique et public, prix Goncourt et, en bonus, une belle polémique comme la France en a le secret.

LE LIVRE DES VIOLENCES DE WILLIAM T. VOLLMANN

(TRISTRAM) au sein de la bibliographie pléthorique de William t. Vollmann, cet énorme Livre des violences (sept tomes dans la version anglaise, ici ramenés à 1000 pages) fait figure de pavé fondateur. Vingt ans de travail, pour une réflexion qui mélange reportage, philosophie, lectures et témoignage, autour de cette question inépuisable : quand la violence est-elle justifiée ? Une méditation morale qui confirme le statut d’écrivain culte de Vollmann.

UN JUIF POUR L’EXEMPLE DE JACQUES CHESSEX

(GRASSET) Le grand romancier, poète et peintre Jacques Chessex est mort le 11 octobre dernier, à l’âge de 75 ans, alors qu’il «répondait à une personne qui lui reprochait violemment son soutien à Roman Polanski » (dixit la presse helvète). Seul Suisse à avoir obtenu le Prix Goncourt, il était revenu dans la lumière avec deux petits livres historiques admirables et foudroyants : Le Vampire de Ropraz et ce Juif pour l’exemple, l’un des grands romans de l’année.

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© Emmanuel Proust

116 LE BOUDOIR /// BD-THÈQUE

HELLGiRL LES BD INfERNALES DE MIKE MIGNOLA Grand dessinateur de comics, créateur de Hellboy, MIKE MIGNOLA s’éloigne des superhéros avec Jenny Finn, somptueux thriller victorien sous haute influence littéraire. _Par Titiou Lecoq

mike  mignola  a  commencé  comme  dessinateur  de telle Vénus, messie féminin mais pourvu de tentacules comics chez marvel mais, s’il a travaillé sur des séries phalliques, messie, enfin, qui ne paraît pas vraiment comme Hulk, il ne se contente pas d’écrire des his- décidé  à  sauver  l’humanité  mais  semble  plutôt  se toires de superhéros. À mi-chemin entre H.P. Lovecraft demander si sa venue sur terre ne va pas plonger et Edgar Poe, Jenny Finn illustre à merveille le type le monde dans le chaos. Dès la première page, des d’atmosphères  qui  le  fascinent,  inquiépoissons qui gisent à terre en murmurant tantes, littéraires, fantastiques. Joe, un ouvrier «fatalité» imposent la référence chrétienne – des abattoirs, rencontre par hasard une le poisson, symbole du Christ –, mais dans petite fille errante, Jenny Finn, dans les rues une vérité christique revisitée qui annonce mal famées d’une ville qui suinte le vice et déjà la fin tragique de l’histoire. Le trait des l’étrange. Caractéristiques du décadendeux  dessinateurs,  troy  Nixey  et  Farel tisme qui clôt le XiXe siècle, un tueur en série Dalrymple,  rend  à  la  perfection  ce  clairs’acharne sur les prostituées, tandis que des obscur proche de l’expressionnisme allearistocrates pratiquent le spiritisme au fond mand, dont mignola s’est toujours inspiré. de cabinets privés. mystérieusement attiré Dessin en noir et blanc ou formes humaines par cette gamine abandonnée, Joe décide et mucilagineuses qui débordent de chaque de la sauver de cet environnement délécase, tout accentue la sensation d’apocaJenny Finn de Mike tère, de ces ruelles obscures où des men- Mignola, Troy Nixey lypse latente. Le fait que deux dessinateurs diants affalés sont couverts de lésions et de et Farel Dalrymple se soient partagé les chapitres et qu’à l’inProust, plaies d’où pointent des tentacules. mais (Emmanuel térieur même d’un seul chapitre, le dessin collection Atmosphères) durant la course-poursuite qui structure la semble en permanence se transformer, crée narration, l’ouvrier au bon cœur découvre que ces une  impression  de  métamorphose  perpétuelle,  d’inmendiants infernaux semblent avoir prêté allégeance stabilité chronique. Et la métamorphose n’est-elle pas à la petite fille, et que c’est sur son passage que les traditionnellement l’une des caractéristiques du diable? rues deviennent visqueuses… alors que Crumb, le pape de la BD, vient d’illustrer la Genèse, ces préoccupations esthétiques et métaphyL’histoire est baignée de références bibliques et mytho- siques rappellent que la bande dessinée est bel et logiques déformées jusqu’au blasphème. Si pour cer- bien  un  art  à  part  entière,  qui  peut  être  aussi  noir, tains la fillette est un monstre à abattre, pour d’autres torturé et existentiel que les autres. elle est le messie qui les sauvera. messie surgi des eaux

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IDÉES CADEAUX _Par Joseph Ghosn (www.menstyle.fr)

POUR VOTRE VOISIN ÉROTOMANE… On réédite Emmanuelle, chef-d’œuvre du cul épuisé depuis longtemps, dans lequel l’italien Guido Crepax mettait en images salaces et graphiquement orgiaques le best-seller de l’érotisme seventies. Corps de femme hallucinants, toujours beaux à se damner, sens oblique de la mise en scène, cette réédition arrive à point nommé pour rappeler l’importance et la force de Crepax. Parmi ses possibles héritiers figure Grégory mardon, qui publie Madame désire ? chez Fluide Glacial. L’auteur du joli Cycloman s’adonne ici à la BD érotique et légèrement porno, comme on en faisait dans les années 1970 : cadre bourgeois, histoires d’initiation, pour une incursion drôle et intelligente dans un genre trop souvent dépourvu d’humour ou de scénario. Emmanuelle de Guido Crepax (Delcourt) Madame Désire ? de Grégory Mardon (Fluide Glacial)

POUR VOTRE PETIT fRèRE PASSIONNÉ PAR L’HISTOIRE MILITAIRE… Glissez-lui sous le sapin l’intégrale de La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert : la mise en dessin de souvenirs de guerre tient d’une ligne minimale et claire, tout en nuances et ombres parfaites. La réédition de la trilogie publiée par l’association tout au long des dix dernières années est luxueuse :  un grand format qui sied admirablement à ce livre intemporel. Si votre frère est atteint de collectionnite aiguë, offrez-lui aussi WWII d’Hugo Pratt, recueil volumineux comme un dictionnaire, reprenant des récits de guerre magistraux de l’auteur, inédits pour la plupart. On s’y plonge comme dans une suite  de contes où la violence s’aligne avec la grâce,  où la brutalité côtoie la tendresse et la camaraderie. La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert (L’Association) WWII d’Hugo Pratt (Casterman)

POUR VOTRE MAMAN TAXIDERMISTE, DÉPRIMÉE PAR LA CRISE… Requinquez-la avec Global Boboland de Dupuy & Berberian, qui continuent avec ce second tome leur percée cinglante dans l’univers des bobos, mis à feu et à sang, corrigés par tous les côtés. On n’a pas lu de critique plus juste et acerbe de la société du spectacle contemporain. Et si ces deux garçons étaient les situationnistes des années 2000 ? autre forme d’empaillage, voici la réédition de l’original – rarissime – de Spirou et Fantasio, sorti en 1948. Le livre possède le même grain que la première édition et permet de découvrir les débuts fous de Spirou, après la guerre, dingue et illuminé, assorti de l’impayable Fantasio : de la taxidermie pure qui se dévoile progressivement plus moderne que nostalgique. Global Boboland de Dupuy & Berberian (Fluide Glacial) Spirou et Fantasio de Franquin (Dupuis)

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BD

J’AI LE CERVEAU SENS DESSUS-DESSOUS DE DAVID HEATLEY (DELCOURT)

Pour son premier roman graphique, Heatley retrace des bribes de sa jeunesse sous la forme de rêves retranscrits et de souvenirs très personnels liés au sexe ou au racisme. Dessinées comme de l’art brut, punk et décapant, ses histoires sont menées par un trait étonnant, l’un des plus forts des récentes années, alliant souplesse primitive et puissance viscérale. Depuis Crumb, l’amérique en BD n’a jamais été aussi bien disséquée, aussi bien mise à mal.

LA GENÈSE DE ROBERT CRUMB (DENOËL GRAPHIC)

On l’attendait partout sauf là.  Grand dessinateur underground  et libertaire, père spirituel de Blutch, Chris Ware, Daniel Clowes ou Dupuy & Berberian, l’américain Robert Crumb s’attaque à la Bible. il en fait un roman graphique tourbillonnant, entre gravures classiques et comics des années 1930, fidèle au texte mais dessiné avec un sens du détail confinant au chef-d’œuvre. Un coup de maître, qui remet bien en perspective l’œuvre turbulente de Crumb.

GEORGE SPROTT DE SETH (DELCOURT)

Les bandes dessinées de Seth dégagent toujours des tonalités nostalgiques, comme des rémanences de mondes disparus. Le Canadien dresse ici un livre complexe, grand format et décapant, qui narre la biographie d’un personnage comme l’auteur les affectionne : une figure sortie de nulle part et qui sert d’écran pour parler d’un univers éteint, d’une époque révolue, aux couleurs joliment grises et bleutées.

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118 LE BOUDOIR /// LUDOTHÈQUE

RENaiSSaNCE LA DOLCE VITA D’ASSASSIN’S CREED 2 Il y a deux ans, on l’avait croisé au temps des croisades. L’assassin sellé s’était imposé comme le nouvel étalon graphique : bien roulé, mais pas grand chose à dire. Il revient étriper en brasse coulée dans les canaux de Venise – et cette fois, c'est carnaval. _Par Étienne Rouillon

Dans les chaussettes accrochées aux cheminées de ce toscane. On retrouve les grandes lignes Da Vincicodiennes noël,  le  développeur  de  jeux  vidéo  Ubisoft  montréal de la conspiration des templiers qui constituait la trame chausse de nouvelles baskets : celles d’un tour operator du premier opus. Elle s’avère bien plus fouillée et prenante transalpin. Les Canadiens ont mis en galette une visite dans le palais des médicis et les antichambres du guidée mais pas guindée de l’italie, depuis les dômes Vatican. Véritable James Bond en cape et épée, notre généreux de Florence jusqu’aux grattehéros Ezio auditore est accompagné de son ciels  médiévaux  de  San  Gimignano.  Et propre « Q », qui lui prodigue force gadgets surtout Venise, en tête de gondole de cet du temps passé. Celui-ci n’est autre qu’un étal présentant les plus belles créations de la jeune Leonardo Da Vinci, qui vous gratifie patrie de michel ange. À chaque pâté de d’une  double  dague  rétractable,  d’un maison enjambé par le meurtrier funambule, pistolet et... de sa mythique aile volante, on ne peut s’empêcher de murmurer « bien accessoire indispensable pour une opération joué ». La partie n’était pas gagnée après commando  sur  le  palais  des  Doges  qui le défi posé par Assassin’s Creed premier restera dans les annales. La myriade de du nom, un titre qui a autant ému que déçu. quêtes annexes et de séquences variées Doué d’une réalisation venue d’une autre (ballade  épique  en  calèche,  infiltration planète, il nous plongeait dans une autre sournoise de villas, séquences de plateforme époque. Celle où Damas, Jérusalem et Saintvertigineuses) transforme l’ennui passé en Jean d’acre faisaient figure de triade d’un Genre: Action / Alpinisme émerveillement  toujours  présent  tout  au monde globalisé à coup de calice. Une Éditeur: Ubisoft long de la trentaine d’heures d’acrobaties Plateforme: PS3, X360 nouvelle manière de jouer aussi, association macabres que propose le jeu. Ceux qui ont heureuse des cabrioles d’un Prince of Persia et des déjà traîné leurs guêtres pour de vrai sur la place Saintvilles-Léviathan des GTA. L’assassin se plantait tout de marc seront favorisés dans leurs déambulations, tant même un couteau dans le dos en s’empoisonnant la reconstitution des environnements est méticuleuse. avec une pesante redondance des missions. S’il nous Pour les autres, plus besoin d’aller voir la Sérénissime, laissait bouche bée devant ses courbes, le jeu était son lion ailé rugit de plaisir dans votre télé. Notre crinière vite muet et peinait à nous tenir en haleine. est toute émoustillée à l’idée d’un troisième volet qu’on Assassin’s Creed 2 prend pied, lui, en pleine Renaissance murmure révolutionnaire et parisien… 

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IDÉES CADEAUX

_Par E.R.

POUR VOTRE DIRECTEUR D’AMPHI D'HISTOIRE, QUI A VU INGLOURIOUS BASTERDS DIX FOIS… Ce Saboteur fait feu de tout bois : la patte graphique en noir et blanc léché d’un Sin City, la gouaille antinazie d’un Indiana Jones, dans un Paris qui caquette merveilleusement son french cancan. Prétexte à ce pandémonium historique, un brasero barbare dans la campagne rhénane. Point de Jean moulin, place à l’irlandais Sean qui aime autant guincher avec les minettes défroquées que faire le coup de poing avec les Fritz. De Notre-Dame à Pigalle, l’irish rend verts les allemands en trouant leurs zeppelins à coups de mauser, avant de profiter d’une rasade de whisky dans un rade pas piqué des hannetons. Paris débridé, mais Paris libéré. The Saboteur (Electronic Arts, sur PC, PS3 et X360)

POUR VOTRE TATA QUI DÉTESTE LES JEUX VIDÉO…

2009 EN

JEUX

GTA : EPISODES FROM LIBERTY CITY Faites donc plancher tata  Nadine m. sur le dernier volet de la trilogie Runaway, puisqu’elle trouve que les jeux ne sont  qu’un ramassis de pixels pour idiots. toujours aussi envoûtants, les décors faits main plongent  vos méninges dans des abîmes de perplexité. émaillé de chouettes casse-tête, ce roman graphique interactif à l’humour bien senti est porté par une traduction française de premier ordre. il faudra faire preuve d’imagination et de bricolage pour transformer une table de ping-pong en bolide à quatre roues. Pas vache, le jeu vous propose une aide bien dosée en cas de blocage dans les couloirs fantasques d’un asile psychiatrique ou dans les rues de Big apple… Runaway : A Twist of Fate (Focus, sur PC)

POUR VOTRE GRAND-PèRE AMATEUR DE HAVANES BIEN ROULÉS… Sur la mappemonde des jeux de gestion, l’île de Tropico 3 fait figure de brûlot politique peu correct. Dans la peau d’« el presidente », leader maximo tout-puissant  d’un état insulaire aux accents castristes, on tentera de faire fructifier les caisses nationales  tout en remplissant son compte  en banque suisse. En pleine guerre froide, il conviendra de s’attirer les grâces  du géant soviétique ou américain. misant sur une atmosphère unique, ce dernier opus bénéficie d’une interface convaincante et voit son contenu enrichi. Et si le bas peuple bronche, on n’hésitera  pas à soudoyer, voire assassiner les écolos protestant contre une nouvelle centrale nucléaire...  Quand c’est trop (bien), c’est Tropico. Tropico 3 (Kalypso Media, sur PC et X360)

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(TAKE 2, SUR X360)

avec le quatrième Grand Theft Auto, sorti en 2008, les développeurs démiurges ont bâti un univers hors normes vidéoludiques. ils viennent d’y plonger deux nouveaux héros. Johnny Klebitz, un biker white trash pour qui noir, c’est noir. il vous emmène à moto dans les bas-fonds cradingues  de Liberty City. De son côté, Luis Lopez est un escort boy, adepte de saut en parachute, officiant dans les boîtes gays de la plus vile des villes. Haut vol.

LEFT FOR DEAD 2 (VALVE, SUR PC ET X360)

Sorti un an à peine après le premier opus, les fans craignaient que le second ne soit qu’un prétexte pour amasser plus de pépètes. Raté : plus de morts-vivants, plus de poudre et plus de multijoueurs. On retrouve les zombies agiles dans une NouvelleOrléans marécageuse à souhait, aux commandes d’une équipe inédite de quatre comparses condamnés à se serrer les coudes, les poils hérissés d’effroi. La meilleure zombédie de l’année.

STAR WARS : LE POUVOIR DE LA FORCE : ULTIMATE SITH EDITION (LUCASARTS, SUR PS3, PC ET X360)

Vous n’avez pas encore mis la main dessus ? tant mieux. Car cette édition impériale compile différents ajouts au jeu d’origine, dont un niveau exclusif. On y incarne un mystérieux apprenti du seigneur Vador, perdu entre les deux trilogies filmiques, qui ira conter du fleuret lumineux à Boba Fett et Luke Skywalker. La nouvelle recrue sait faire frétiller son sabre laser du côté sûr, avec force pixels et un moteur physique qui rendrait Yoda vert de jalousie.

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120 TRAIT LIBRE

Sequana, Livre III : La Cathédrale engloutie de Léo Henry et Stéphane Perger (EMMANUEL PROUST ÉDITIONS, TOMES 1 ET 2 DÉJÀ PARUS, TOME 3 À PARAÎTRE LE 7 JANVIER)

Janvier 1910. La Seine déborde et engloutit tout sur son passage. Les tensions sociales ressurgissent, le peuple se révolte. Dans cet épisode final de la série, le malfrat Jean Faure et l’évêque Chelles sont hors circuit. La jeune et ambitieuse bourgeoise Alice Treignac peut-elle à elle seule sauver Paris ? Le dessin aquarellé sert une aventure hors du commun, inspirée de faits réels, qui tient en haleine jusqu’aux dernières pages de cet ultime tome. _C.D.

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HOLLYWOOD STORIES // GRANDES ET PETITES HISTOIRES DU CINÉMATOGRAPHE

BOULEVaRD  DE LA MORT

Meurtres mystérieux, orgies morbides, accidents inexplicables : l’histoire d’Hollywood est aussi celle de ses scandales, où se révèle l’envers délétère de l’usine à rêves. Deuxième épisode : l’affaire Johnny Stompanato, qui fut aussi, et surtout, l’affaire Lana Turner…

ÉPISODE 2, SAISON 3

_Par Jérôme Momcilovic

MIRAGE DE LA VIE 17 avril 1959. Première new-yorkaise de Imitation of Life : devant les flashs qui, de part et d’autre du tapis rouge, crépitent en rangs serrés, Lana turner  est radieuse. Le film, l’ultime de la carrière américaine du réalisateur Douglas Sirk, fait briller les derniers feux du grand mélodrame des années 1950. il offre surtout à turner, jadis poule aux œufs d’or de la mGm  (Le facteur sonne toujours deux fois, Les Ensorcelés), un éblouissant retour sur le devant de la scène. Son plus beau rôle ? Kenneth anger vous dirait que non. Cinéaste underground (il a signé  une poignée de films expérimentaux sublimes), anger est aussi l’auteur de Hollywood Babylone, petite bible des grands scandales qui ont émaillé l’histoire d’Hollywood. il vous dirait que son rôle le plus vibrant, le plus passionné, Lana turner l’a tenu quelques mois plus tôt, quand, à la barre du tribunal de Beverly Hills, elle témoigna dans l’affaire de la mort de Johnny Stompanato. LES GROS TITRES, LA TRAGÉDIE ET LA MORT turner avait rencontré Stompanato, garde du corps du gangster mickey Cohen et gigolo notoire, deux ans auparavant. De cette rencontre elle dira, plus tard : « C’est comme ça qu’a débuté la période la plus noire de ma vie. Cela a commencé avec des fleurs et une invitation à boire un verre, pour se terminer dans les gros titres, la tragédie et la mort. » La vie sentimentale de Lana turner (vue au bras de Sinatra ou Howard Hugues, et mariée sept fois au total) a toujours été mouvementée, et c’est, à lire le livre d’anger, un évident masochisme qui l’a poussée dans les bras de Stompanato. Leur aventure dure un peu plus d’un an, ponctuée par les explosions de rage de Johnny qui la bat, parfois jusqu’au sang, et la menace régulièrement de son revolver. Le drame a lieu dans  la villa de turner, alors qu’il joue à nouveau des poings, la menaçant aussi de s’en prendre à sa fille. Cheryl Crane, née seize ans plus tôt d’un précédent mariage, entend tout et, voulant protéger sa mère, s’empare d’un couteau de cuisine. Le coup qu’elle porte à Johnny est bref, mais mortel. PERFORMANCE Le lendemain, les photos du corps de l’amant gisant sur la moquette de la chambre de turner sont dans tous les kiosques. Et le déballage ne fait que commencer : mickey Cohen, l’ancien patron de Stompanato,  a transmis aux plus grands journaux la correspondance amoureuse de Lana et Johnny. Pendant deux jours, l’intimité de turner s’étale sur toutes les couvertures, soutenues par des articles blâmant sa vie dissolue et dressant le portrait cruel d’une mauvaise mère. au procès, elle est citée comme témoin. Sur les 160 sièges  du tribunal, 120 sont réservés à la presse, et deux chaînes retransmettent les audiences en direct. L’amérique, devant son poste, retient son souffle quand Lana prend la parole. De son témoignage dépend rien de moins que le sort de sa fille unique – laquelle se verra finalement acquittée. On dit qu’à l’issue du témoignage,  la masse des reporters présents ne bruissait que d’un sujet : la qualité de la performance de Lana turner. Retrouvez le prochain épisode le mois prochain dans Trois Couleurs…

DÉCEMBRE - JANVIER 2010

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122 SEX TAPE /// L’INSTANT ÉROTIQUE

BiEN  ROULÉES

Gamine destructrice dans Charlie (1984), Drew Barrymore enflammait littéralement tout ce qui bougeait – surtout les hommes – grâce à son pouvoir de pyrokinésie. Bébé star biberonnée à l’alcool et à la drogue, la plus bad girl des actrices hollywoodiennes livre un premier film féministe et impertinent : Bliss (Ellen Page) végète dans un bled paumé, coincée entre les concours de miss imposés par sa mère et sa nouvelle passion, le roller derby – comprenez course en patins à roulettes et minijupe où tous les coups sont permis, surtout les plus violents. Femmes fortes et sexy en diable, Zoe Bell (cascadeuse chez tarantino) et Juliette Lewis (peste tout en muscles, sueur et tatouages) aident la belle plante à éclore… _J.R. Bliss de Drew Barrymore // Sortie le 6 janvier



Trois Couleurs #77 – Hiver 2009