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CINÉMA I CULTURE I TECHNOLOGIE

NUMÉRO 55 I SEPTEMBRE 07

PLEIN ÉCRAN CONTROL LA VENGEANCE DANS LA PEAU MON FRÈRE EST FILS UNIQUE

MUSIQUE

À L’AFFICHE D’« UN HOMME PERDU »

MELVIL

POUPAUD

LES FLUOKIDS : YELLE, TEKI LATEX, MIKA

RÉSEAUX FACEBOOK, ALLIÉ DES RG ?

LIVRES RENCONTRE AVEC ÉRIC REINHARDT


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SOMMAIRE # 55 06_ 14_

18_ 20_ 22_ 25_

Tendances, Ciné fils, Regards Croisés, Scène culte ON VOUS AIME : Melvil Poupaud PLEIN ÉCRAN : Control d’Anton Corbijn Mon Frère est fils unique de Daniele Luchetti La Vengeance dans la peau de Paul Greengrass LE GUIDE des sorties en salles

CULTURE 44_ 46_ 48_ 50_ 52_ 54_

DVD : Les films de photographes LIVRES : Rencontre avec Éric Reinhardt MUSIQUE : Le revival fluo-disco LES BONS PLANS DE ART : Portrait du photographe JR PAR Laurence Leblanc

TECHNOLOGIE 56_ 58_ 60_ 62_ 64_ 66_

TRIBUNE LIBRE : L’éducation à l’image en question RÉSEAUX : Le web communautaire, allié des R.G.? JEUX VIDÉO : La musique mène le jeu VIDÉO À LA DEMANDE : Snow Cake de Marc Evans SHOPPING : Sélection d’objets rugbyphiles SCIENCE-FICTION : La pelouse du futur

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CINÉMA

ÉDITO UN FAUTEUIL POUR DEUX Vous aimez les films d’auteurs, les films français, et le cinéma étranger. Vous aimez aussi l’intimité des salles du Quartier Latin, l’atmosphère chaleureuse du MK2 Quai de Seine / Quai de Loire et les boutiques du MK2 Bibliothèque. Alors la nouvelle offre illimitée de MK2 va vous satisfaire. En s’associant au réseau UGC, nous vous proposons désormais d’accéder, seul ou à deux, à la meilleure offre de cinéma à Paris. Au menu, plus de 600 films par an en VO et en VF, comme autant d’occasions de découvrir les regards singuliers de réalisateurs venus du monde entier. Et parce que la curiosité est la vertu principale d’un spectateur, embarquez-vous immédiatement pour le Liban avec Un Homme perdu, dernier film de la réalisatrice Danielle Arbid. En tête d’affiche, Melvil Poupaud. Il nous parle du tournage et de sa rencontre avec Antoine d’Agata, un homme qui aime les femmes, mais surtout un photographe aux aventures fascinantes, qui a inspiré son personnage. Alors, pour rentrer sans regret et continuer à voyager, rendez-vous dans le creux d’un fauteuil pour deux. _Elisha KARMITZ

ÉDITEUR MK2 MULTIMÉDIA / 55 RUE TRAVERSIÈRE_75012 PARIS / 01 44 67 30 00 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION > Elisha KARMITZ I RÉDACTEUR EN CHEF > Elisha KARMITZ elisha.karmitz@mk2.com I DIRECTEUR DE LA RÉDACTION > Auréliano TONET aureliano.tonet@mk2.com / troiscouleurs@mk2.com I LE GUIDE > Bertrand ROGER bertrand.roger@mk2.com I SECRÉTAIRE DE RÉDACTION « LE GUIDE » > Caroline LESEUR caroline.leseur@mk2.com I ÉVÉNEMENT > Maud BAYOT maud.bayot@mk2.com I CINÉMA / DVD > Sandrine MARQUES sandrine.marques@mk2.com I LIVRES > Pascale DULON pascale.dulon@mk2.com I MUSIQUE > Auréliano TONET I INTERNET/JEUX VIDÉO / HIGH-TECH > Etienne ROUILLON etienne.rouillon@mk2.com I ART / SHOPPING > Florence VALENCOURT florence.valencourt@mk2.com I STAGIAIRE > Pihla HINTIKKA pihla.hintikka@mk2.com I Ont participé à ce numéro : François BÉGAUDEAU, Yann BERTIN, Thomas CROISY, Antonin DELIMAL, Baptiste DUROSIER, Maïa GABILY, Erwan HIGUINEN, Florian JARNAC, Roland JHEAN, Rémy KOLPA KOPOUL, Gérard LEFORT, Raphaëlle LEYRIS, Anna LHUNE, Oscar PARENGO, Sundy TASKER, Antoine THIRION, Anne-Lou VICENTE I ILLUSTRATIONS > Laurent BLACHIER, Thomas DAPONT, DUPUY-BERBERIAN, Fabrice GUENIER, Arnaud PAGÈS DIRECTRICE ARTISTIQUE > Marion DOREL marion.dorel@mk2.com I IMPRESSION / PHOTOGRAVURE > ACTIS I PHOTOGRAPHIES > Agence VU’, DR I PHOTOGRAPHIE COUVERTURE > Richard DUMAS au Baron I REMERCIEMENTS > Lionel, Le Baron DIRECTEUR DE LA PUBLICITÉ > Marc LUSTIGMAN / 01 44 67 68 00 marc.lustigman@mk2.com I RESPONSABLE CLIENTÈLE CINÉMA > Vincent OLIVE / 01 44 67 30 13 vincent.olive@mk2.com I CHEF DE PUBLICITÉ > Solal MICENMACHER / 01 44 67 32 60 solal.micenmacher@mk2.com © 2007 TROIS COULEURS // issn 1633-2083 / dépôt légal dès parution. Toute reproduction, même partielle, de textes, photos et illustrations publiés par MK2 est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. Tirage : 160 000 exemplaires // Magazine gratuit // Ne pas jeter sur la voie publique.


Stances à Constance

À 17 ans, Constance Rousseau illumine Tout est pardonné de Mia Hansen-Løve, son premier film. Ça s’est si bien passé qu’elle y a incrusté ses deux sœurs. Rencontre. Contrairement à ce qu’en dit la rumeur, le latin, ça peut servir. Alors en première, Constance se rend à un cours d’antiquités lorsqu’une dame l’aborde pour un casting. La réalisatrice, Mia Hansen-Løve, l’engage aussitôt. La complicité entre les deux femmes grandit au point que Constance coopte ses deux sœurs, 7 et 10 ans, pour tourner dans le film. Il faut dire que la famille joue un grand rôle chez les Rousseau : « Mes parents étaient ravis que je joue, ils pensaient que cela m’aiderait à vaincre ma timidité. » Le papa, ingénieur, a transmis à sa fille l’amour du cinéma (« les westerns, la Nouvelle Vague, Doillon ») ainsi qu’un « nystagmus congénital » – un mouvement latéral des yeux, incessant et hypnotique, qui rehausse sa beauté florentine d’un zeste de candeur. Bac L mention assez bien, fac de droit dès la rentrée, des projets de réalisation ou de journalisme (« c’est flou »), même si « comédienne, (elle) adore ça. » D’ailleurs, elle « adore » des tas de choses – Louis Garrel, Balzac, Anne Wiazemsky et son livre Jeune Fille… Dans son cas, le verbe « adorer » se conjugue aussi au passif : certains profs lui font signer des autographes, nous révèle-t-elle, mi-honteuse, mi-ravie. Ce n’est qu’un début.

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TENDANCES

CALÉ

DÉCALÉ

RECALÉ

Mia

Amy

IAM

Mia(m), mia(m) : les Mia sont le miel de la rentrée. On aime beaucoup le grime épicé de la rappeuse d’origine srilankaise M.I.A ; on aime mieux encore Tout est pardonné, premier film très émouvant de Mia Hansen-Løve.

Se méfier des miaulements de l’amie Amy Winehouse, «saoule sister» miange mi-démon. La diva a annulé son show à Rock en Seine pour overdose d’alcool, cocaïne, héroïne, ecstasy et kétamine. Pas très mimi.

L’OM ne gagne plus, leur dernier album, Saison 5, sonne comme la saison 1 de Plus belle la vie... Il y a 10 ans, ils dansaient le Mia. Mais aujourd’hui, miasmes et marasme s’abattent sur les rappeurs d’IAM.

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Master classe

Le cinéma use régulièrement ses fonds de culotte sur les bancs de l’institution scolaire. Du tableau à l’écran, passage en revue de films où la salle de classe accueille des élèves et des professeurs, à l’école de la vie. La cloche du «7ème Art» a sonné qui rallie son cortège de têtes blondes, en situation d’apprentissage. Heures creuses pour Antoine Doinel qui s’ennuie en cours, comme la Mouchette de Bresson ou les lycéens de Kids Return de Kitano. Le voici faisant Les 400 coups pour François Truffaut qui, dans L’Argent de poche, évoque les premiers émois amoureux d’élèves d’une même classe. Chez Diane Kurys, la rentrée a le goût d’un Diabolo menthe que sirotent des adolescentes en quête d’émancipation, comme les héroïnes de Virgin Suicides. Face à l’autorité professorale, la solidarité s’exprime. Un enfant accomplit un véritable voyage initiatique dans Où est la maison de mon ami ? d’Abbas Kiarostami, muni du cahier que son camarade a oublié. Dans Au revoir les enfants de Louis Malle, une amitié naissante tourne court à cause de la Gestapo. Quant aux rebelles de Breakfast Club, ils apprennent à se connaître, le temps d’une colle générale. Décor récurrent du teen movie, le lycée abrite parfois un génie (Will Hunting) que révèle Robin Williams, qui campait déjà un professeur charismatique dans Le Cercle des poètes disparus. Mais l’enseignant ne se comporte pas toujours de manière très académique quand une belle étudiante (Dr Jerry et Mister Love, Noce blanche) ou une chanteuse de cabaret vénale (L’Ange bleu) le renvoient à ses chères études. Il peut même devenir inquiétant (Les Disparus de Saint Agil), se transformer en zombie (The Faculty) ou enseigner à une progéniture maléfique (Le Village des damnés). Mais avant tout passeur, comme le maître de Être et avoir, il fait considérer avec nostalgie les années lycée (Le Péril jeune), où le quotidien n’était qu’une grande récréation.

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CINÉ FILS

La bande originale

NAISSANCE DES PIEUVRES LA VIE D’ARTISTE (Institubes / Naïve) // (Too pure / Beggars)

Petit à petit, le cinéma français se laisse gagner par la tendance anglo-saxonne de confier ses B.O. à des musiciens de formation non pas classique, mais pop. Naissance des Pieuvres de Céline Sciamma est porté par les nappes électro de Para One, principal instrumentiste du combo rap TTC. Vaguelettes placides, abysses bleutées ou lyrisme tourbillonnant, l’intelligence de son score est à rapprocher de celui de La Vie d’artiste de Marc Fitoussi, composé par Sean O’Hagan et Tim Gane, aux mélodies plus guillerettes et chamarrées.

Le ciné livre

FRANÇOIS AYROLLES « Jean-Pierre Léaud » Alain Beaulet éditeur

Après le remarquable Cinéma de François Avril paru au printemps dernier, qui redessinait à sa manière les affiches de ses films favoris, la collection Les Petits Carnets s’enrichit d’un second volume consacré au 7ème art. D’un trait simple mais touchant, l’illustrateur François Ayrolles rend hommage à JeanPierre Leaud, comédien d’exception. À travers une vingtaine de saynètes plus ou moins cultes, les titres des films de Truffaut se culbutent en une floraison graphique à la fois cocasse et ravissante.


TRAIT LIBRE Premier volet d'une série de six caricatures, TROISCOULEURS a demandé à l'illustrateur Laurent BLACHIER de croquer l'acteur Romain Duris, à l'affiche de L'Âge d'homme... maintenant ou jamais! de Raphaël Fejtö, dans les salles le 12 septembre. www.laurentblachier.com

Graphistes, illustrateurs, artistes, si vous souhaitez participer à la rubrique Trait Libre, envoyez nous vos créations à l’adresse suivante : marion.dorel@mk2.com

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REGARDS CROISÉS

Hepburn vs Jolie

«

Elle était l'anarchie vivante du cœur (…) aussi impolie que la vie et la mort », disait d’elle le poète Phelps Putman. Grande et anguleuse, Katharine Hepburn n’en était pas moins élégante et racée. « Garce » autodéclarée, la plupart de ses rôles tenaient de la revendication féministe, épuisant la force masculine de ses partenaires. Que ce soit chez Cukor, son réalisateur fétiche (Indiscrétions, Sylvia Scarlett) ou chez Hawks (L’Impossible Monsieur Bébé), sa présence à l’écran consacrait une véritable guerre des sexes, comme dans Mr and Mrs Smith où on la retrouve en espionne sexy. Si Katharine Hepburn mena les hommes à la baguette, Angelina Jolie les a d’abord tenus, elle, par le joystick. La fille de Jon Voight – qui déclara sans doute « mission impossible » d’élever l’adolescente punk – a vu sa carrière décoller avec Lara Croft, Tomb Raider, l’adaptation au cinéma du célèbre jeu vidéo. Femme effigie, sa plastique opulente est venue radicaliser les fantasmes de toute une génération pré-pubère. Bouche pulpeuse, crinière ad hoc, la bien-nommée Jolie répond aux canons de beauté hollywoodiens, aux antipodes du glamour très personnel de Hepburn, en qui les studios voyaient une concurrente à Garbo. Obtenant un Oscar mérité du meilleur second rôle féminin pour Une Vie volée de James Mangold, Jolie devait jusqu’à présent sa réputation sulfureuse à ses frasques et à ses déclarations dans les tabloïds. Mais Raisons d’État et Un Cœur invaincu, où elle incarne la veuve de Daniel Pearl, commencent à l’installer comme une actrice sur qui compter. Certes, comparaison n’est pas raison, mais gageons que la personnalité volcanique de la troublante Angelina Jolie saura nourrir, à l’instar de sa prestigieuse aînée, ses rôles au cinéma.

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Illustration_© Fabrice GUENIER

Eternelle enfant terrible du cinéma, la multi oscarisée Katharine Hepburn portait la culotte à Hollywood. Un caractère impétueux que n’a pas à lui envier la fantasque Angelina Jolie, à l’affiche ce mois-ci d’Un Cœur invaincu. Rencontre entre deux forts tempéraments.


SCÈNE CULTE Blow Up

Du jamais vu LA PETITE HISTOIRE : Film fondateur sur les rapports entre le réel et le simulacre, avec pour toile de fond le swinging London, The Yardbirds et une Jane Birkin scandaleusement nue, Blow Up de Michelangelo Antonioni décrypte les mécanismes d’une société de plus en plus régie par l’image. Le film, Palme d’Or en 1967, a inspiré de nombreux cinéastes. Dans Conversation secrète de Francis Ford Coppola et Blow Out de Brian de Palma, la mort se cache dans une bande magnétique. Peter Greenaway dans Meurtre dans un jardin anglais démontre que « la réalité d'un paysage peut être beaucoup plus profonde que sa transformation pour une œuvre d'art. ». Réalité, illusion : ne vous fiez pas aux apparences.

LE PITCH : Samedi matin dans un parc londonien. Thomas (David Hemmings), un photographe de mode désabusé, prend des clichés d’un couple d’amoureux. Mais la femme (Vanessa Redgrave) s'en aperçoit et tente de récupérer la pellicule à tout prix. Intrigué par son comportement, Thomas développe les photos. En agrandissant celles-ci, il découvre ce qui semble être un cadavre. Dans la nuit, les photographies sont volées dans son atelier...

[Tandis qu’elle se promène dans un parc, Jane se rend compte qu’un homme la photographie à son insu.] JANE : Que faites-vous? Arrêtez-ça, arrêtez ça! Vous n’avez pas le droit de faire ça ! THOMAS : Comment ça, pas le droit ? C’est mon boulot. Il y a des toréadors, des politiciens… Moi, je suis photographe. JANE : C’est un lieu public, les gens veulent y avoir la paix.

JANE : Je vous paierai. THOMAS : Je suis trop cher. J’ai d’autres clichés sur ce rouleau. JANE : On fait quoi alors ? THOMAS : Je vous enverrai les photos. JANE : Non, je les veux maintenant. [Elle tente de lui arracher l’appareil photo en lui mordant la main.] THOMAS : Non ! Vous êtes bien pressée ! [Jane, à terre, est décomposée.] Ne gâchons pas tout, on se connaît à peine. JANE [se relevant] : Non, on ne se connaît pas. Vous ne m’avez jamais vue.

THOMAS : Je n’y suis pour rien si la paix n’existe pas. D’habitude, les filles me paient pour être photographiées. Blow Up de Michelangelo Antonioni, 1967 (DVD disponible chez Warner Home Vidéo)

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Pages 06 à 12 réalisées par S.M. et Au.To.


Photo_Š Richard Dumas / agence VU

ON VOUS AIME...


O

n se souvient du Gaspard indécis de Conte d'été d'Éric Rohmer, il y a douze ans. Voici Thomas Koré, un des hommes perdus du nouveau film de Danielle Arbid. Entre temps, près de trente films ont passé. Un Homme perdu est l'occasion parfaite pour une rencontre avec Melvil Poupaud. Inspiré du photographe Antoine d’Agata, Koré, ivre de voyages et consentant à sa perte, dessine l’avenir de l’acteur.

Comment as-tu rencontré la réalisatrice Danielle Arbid ? MELVIL POUPAUD_Danielle et moi avions des amis en commun. À l’époque de notre rencontre, je ne collais pas au personnage qu’elle avait en tête. Elle est revenue vers moi peu avant le tournage. Il lui fallait un acteur qui aime voyager et ne réclame pas trop de confort. Quant à moi, j’aimais beaucoup son idée de prendre le personnage en cours de route ; qu’on ne sache pas tout de suite qui il est, qu’on puisse au départ le prendre pour un simple routard, avant de découvrir qu’il est lui aussi l’« homme perdu ». Le scénario était-il d'emblée inspiré d'Antoine d'Agata ? M. P._Dans la première mouture, Thomas Koré n'était pas photographe mais écrivain. C'est lorsque Danielle a rencontré d'Agata qu'elle s'est aperçue qu'il D'AGATA EST UN MYTHE CONTEMPORAIN. PERSONNE ressemblait à son idée. D’Agata N'A DE PRISE SUR LUI. IL SE FOUT DU CINÉMA, IL EST DANS est devenu pour moi une sorte de UNE ESPÈCE DE QUÊTE. MELVIL POUPAUD modèle, même si le scénario ne s’identifie pas précisément à lui. Ensuite, il s'est un peu investi dans le film. J'avais besoin de savoir quel genre d'appareil, quel genre d’éclairage il utilisait ; je ne connais rien à la photo et il fallait être précis. Sentir qu'il cautionnait le personnage m'a mis en confiance et j'ai pu l'observer davantage. La manière dont il approche les gens est très belle à regarder.

Correspondait-il à l'image que tu t'en faisais ? M. P._D'Agata ne correspondait pas seulement à l'idée que j'avais du personnage en lisant le scénario mais aussi à l'idée que j'avais depuis petit de ce qu’est un artiste. Un voyageur, qui n'a pas peur d'aller chercher là où personne n'a cherché, les bas-fonds, la prostitution, la drogue, la perte de soi. Qui peut disparaître pendant six mois et réapparaître sans prévenir. Cette dimension-là, romantique, très XIXème siècle, d'Agata en a quasiment le visage.

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Photo_© Richard Dumas / agence VU

Connaissais-tu son travail avant d'entreprendre le film ? M. P._Danielle m'avait montré ses livres. Mais c’est Aka Ana, le film d’Antoine montré à la Cinémathèque (dans l'exposition L'Image d'après, ndlr), qui m'a vraiment ébloui. La façon dont la fiction surgit est vraiment brillante, un peu comme chez Pedro Costa, qui tourne jusqu'à ce qu'une sorte de mise en scène advienne malgré lui et malgré ses acteurs. Le dispositif crée le cinéma. Il y a de ça dans Aka Ana : d'Agata préfére vivre l'histoire qu’il a écrite, jusqu'à ce que le scénario se retrouve dans le réel. Ça ressemble un petit peu à Melvil, le film que j'ai fait et présenté l'année dernière à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Avoir simplement une caméra, et que la caméra même fasse le cinéma, c'est ce qui m'intéresse.

Y-a-t-il un type de films que tu privilégies ? M. P._Un film comme Un Homme perdu dure trois mois. Je ne voyais pas la différence entre chacune des prises. Il a fallu s'immerger dans un autre monde. À la fin, je ne voulais plus quitter Thomas Koré – son nom me plaît beaucoup, le fait qu’il soit photographe, qu’il aille au Liban, qu’il photographie des filles, l’alcool… On rentrait dans les bars et je me soûlais devant la caméra : Danielle me poussait en sachant très bien qu’une fois ivre, on est capable de jouer tout en restant soi-même. Il y a quelque chose de très enfantin, tu finis par devenir le jeu. Alexander Siddig est complètement différent : très anglais, précis, davantage dans la composition. Lui mimait vraiment très bien l’ivresse. D’autres cinéastes travaillent différement, prise par prise, par corrections. Rohmer ou Pascal Thomas, avec qui j'ai fait une adaptation d'Agatha Christie (L’Heure zéro, en salles le 31 octobre, ndlr). La fameuse globalisation, je la ressens en tant que comédien. Cette année, en un an, j'ai fait un film indépendant à New York, le Pascal Thomas, le film de Danielle au Liban, un film avec Desplechin, quelques jours sur un film hollywoodien, un film d'horreur anglais avec Sean Ellis, une adaptation d'Edgar Poe. En tant qu'acteur, tu ne peux plus faire l'économie de cette globalisation.

LA FAMEUSE GLOBALISATION, JE LA RESSENS EN TANT QUE COMÉDIEN.

Est-ce que tu continues à filmer ? M. P._Moins, parce que je ne peux plus continuer à me filmer. La pratique m'intéresse moins que le parcours des gens, les mythologies qu'ils peuvent créer ou que les autres peuvent créer autour d'eux. J’adore Bob Dylan pour ça. D'Agata aussi est un mythe contemporain. Personne n'a de prise sur lui. Il se fout du cinéma, il est dans une espèce de quête.

Tu reviens donc vers ton métier d'acteur ? M. P._Avec l'expérience, j'arrive à mieux le comprendre. À savoir où trouver du plaisir. Le travail en lui-même est très fragile, il faut gérer le rythme, ses émotions. Ça se joue à quelques secondes dans une prise. Être acteur, c’est une bonne place pour observer les gens au travail. La capacité d’adaptation de Danielle m’a frappé : le scénario n’était pas gravé dans le marbre, elle a été capable de repenser les séquences selon les aléas du tournage. Pour un deuxième film, c’est très impressionnant. 16 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07

_Propos recueillis à Paris en août 2007 par Antoine THIRION

Un Homme perdu Un film de Danielle ARBID Avec Melvil Poupaud, Alexander Siddig, Darina Al Joundi… Distribution : MK2 // France, 2006, 1h37 // Sortie le 19 septembre


PLEIN ÉCRAN Control_Anton CORBIJN

EN 3 FILMS

ANTON CORBIJN Clip de Personal Jesus de Depeche Mode (1989) Clip de Heart-Shaped Box de Nirvana (1993) Control est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs (17 mai 2007).

Partir en fumée Vie et mort du leader du groupe de rock Joy Division, suicidé en 1980 à l’âge de 23 ans, d’après les mémoires de sa femme. Un biopic réussi, réalisé par le célèbre photographe et clippeur Anton Corbijn.

D

rôle d’époque où les quidams deviennent stars et les stars quidams. Sur les écrans français, Johnny Hallyday est à nouveau Jean-Philippe, quand Depardieu s’improvise chanteur de supérette (Quand j’étais chanteur). Sur les écrans anglo-saxons, Kurt Cobain est fait homme des bois par Gus Van Sant, et Ian Curtis, dans Control, un père de famille mal dans ses pompes. Les non-avertis qui imaginaient une vie destroy au leader épileptique de Joy Division seront surpris du portrait qu’en peint Anton Corbijn. Curtis est littéralement englué dans la campagne ouvrière de Manchester où il est né et mort, à seulement 23 années d’écart. Ce n’est pas qu’un détail : le scénario s’insipire des mémoires de Deborah Curtis. Tout est raconté en fonction de son mariage, menacé par la musique au point que Ian finisse par prendre une journaliste belge pour amante ; au point aussi qu’à l’exception de deux ou trois admirables scènes de concert, la musique elle-même soit ignorée. La venue de membres du groupe à Cannes, où Control était présenté à la Quinzaine des réalisateurs, était presque étonnante, vu le manque total d’intérêt que le film porte à ceux qui créèrent ensuite New Order. Car c’est bien à domicile, dans la cuisine de sa maison en brique, que Ian Curtis revient se pendre. La sombre fumée crématoire qui se confond au plan de fin avec le ciel gris et parsemé de cheminées de Macclesfield n’est pas anodine : tout émane du paysage. Control est un film de photographe, très sobrement réalisé, dans un noir et blanc qui confère une aura glamour au prolétariat anglais. Le meilleur vient de l’incarnation 100 % authentique de Ian Curtis par Sam Riley, chanteur d’un groupe obscur de Leeds et acteur occasionnel. Gageons que cet inconnulà ne le restera guère. _Antoine THIRION Un film d’Anton CORBIJN Avec Sam Riley, Samantha Morton, Craig Parkinson… Distribution : La Fabrique de Films // États-Unis, 2006, 1h59

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SORTIE LE 26 SEPTEMBRE

EN 3 DATES

IAN CURTIS 1956_Naissance le 15 juillet à Manchester. 1976_Assiste à un concert des Sex Pistols et décide d’être chanteur. 1980_Suicide à Macclesfield, le 18 mai.

3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM 01 Pour Anton Corbijn, dont Control le premier film. 02

Pour Ian Curtis, dont Control est le premier biopic.

03 Pour Sam Riley, dont Control est le premier premier rôle.

3 QUESTIONS À SAM RILEY Vous faites partie d’un groupe de rock (10 000 Things) mais quel était votre rapport au cinéma ? J’ai toujours aimé le cinéma. Mon père se passionnait pour les films des années 1960 et 1970. Il m’a montré la voie et transmis son goût pour cette cinématographie. Quand j’étais enfant, les fictions m’impressionnaient au point que j’imitais les personnages deux semaines durant, avant de tomber sur d’autres films. J’ai passé le plus clair de mon enfance habillé en Lawrence d’Arabie, ce qui a eu pour effet d’amuser mes parents autant que de les inquiéter! Connaissiez-vous la musique de Joy Division ? Je connaissais certaines chansons mais je n’étais pas un grand fan. Ce n’était pas le genre de musique que j’aurais écouté spontanément en rentrant chez moi. Mais le côté punk de titres comme Transmission me plait. Certes, ce groupe n’était pas ma tasse de thé initialement, mais j’en suis progressivement tombé amoureux. Comme Ian Curtis que vous incarnez, avez-vous un rapport problématique au succès ? Je veux connaître le succès, sans pour autant que ma vie change de manière drastique. J’aime être anonyme et je pense que je vais le rester. Position paradoxale s’il en est car être acteur revient à s’exposer aux critiques ou à l’admiration. Je fais toujours de la musique avec mon frère et ces dernières années nous avons enregistré pas mal de titres. Mais après avoir consacré les vingt premières années de ma vie à la musique, je ne suis pas certain de vouloir reprendre la route avec mon groupe, pour nous produire dans les villes les plus ennuyeuses d’Angleterre. C’est vraiment dur de vivre de la musique. Cependant, je vais continuer à composer, en vue d’une diffusion sur Internet. Une fois qu’on commence la musique, on ne peut pas s’arrêter. C’est à la fois un plaisir et une thérapie. Propos recueillis par S.M.

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PLEIN ÉCRAN Mon Frère est fils unique_Daniele LUCHETTI

EN 3 DATES

DANIELE LUCHETTI 1960_Naissance à Rome, pendant les JO, en pleine éclipse solaire. 1969_Premières vacances en voiture, en Grèce. 2000_Naissance de son fils, Frederico.

Une jeunesse ital Deux frères s’affrontent sans cesse, par amour et pour leurs idées. Comme on est en Italie, tout cela n’est finalement qu’une vaste histoire de famille, la leur et celle de tout le pays, des années 1960 à 1970. Saga.

A

moins d’avoir grandi en Italie, difficile de saisir immédiatement le sens du titre du dernier film de Daniele Luchetti, Mon Frère est fils unique. Car, sous cet intitulé pour le moins intrigant se cache en fait une référence à la chanson de Rino Gaetano, très populaire dans les années 1970. Ce qui pourrait rester de l’ordre de l’hommage FM devient signifiant quand on apprend que le film est une adaptation du livre d’Antonio Pennacchi, Il fasciocomunista (le «facho-communiste»). Le glissement d’un titre à l’autre éclaire tout le film. Car, par ce clin d’œil musical, Daniele Luchetti a voulu imprimer de la légèreté à son propos et montrer que l’engagement politique est aussi voire d’abord un engagement émotif. Si la comparaison avec les récents Romanzo Criminale et Nos Meilleures Années est inévitable, Luchetti n’a pas à en rougir. Il pourrait même en rire car on lui avait proposé les deux projets ! Et s’il a les mêmes scénaristes (avec lesquels il travaille depuis quinze ans) et aborde la même époque, la similitude s’arrête là. Privilégiant l’intime, sa mise en scène, tour à tour âpre et enlevée, montre comment la famille politique doit composer avec la famille de chair et de sang. Leader communiste charismatique, le jeune et bel ouvrier Manrico (Riccardo Scarmarcio) se heurte au néo-fascisme obtus et belliqueux de son frère, la «teigne» (Accio), qu’interprète subtilement Elio Germano. Le rapprochement de l’un vers l’autre, par amour de la même femme, se mêle à la radicalisation progressive des discours et des actions militantes, pour s’achever en un final explosif et la mue de la « teigne » en adulte. Longtemps dans l’ombre de son ami Nanni Moretti, Luchetti mérite aujourd’hui les mêmes éloges que son aîné. _Florence VALENCOURT

Un film de Daniele LUCHETTI Avec Riccardo Scamarcio, Elio Germano, Angela Finocchiaro… Distribution : StudioCanal // Italie-France, 1h40, 2007

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SORTIE LE 12 SEPTEMBRE

EN 3 FILMS DE CHEVET

DANIELE LUCHETTI Huit et demi, de Federico Fellini, 1963. Baisers volés, de François Truffaut, 1968. Rosemary’s baby, de Roman Polanski, 1968.

ienne

3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM Parce que Luchetti a réussi à faire, 01 avec humour et psychologie, un début d’inventaire du néofascisme. 02

Pour Elio Germano, qui parvient à faire aimer son personnage polémique.

Pour le sourire de Diane Fleri, une révélation 03 pour les deux frères, comme pour le spectateur

3 QUESTIONS À DANIELE LUCHETTI Pourquoi avoir choisi la ville de Latina pour décor au film ? Latina a été fondée sous le fascisme, en 1932. C’est la première ville au XXème siècle à avoir été construite sur un terrain où le paludisme faisait rage. Aujourd’hui, des Italiens en conçoivent encore de la reconnaissance envers le régime. Situer l’intrigue là-bas permettait donc de donner au moins une raison positive au ralliement d’Accio au parti fasciste. Et puis, choisir une ville de province, c’est mettre les évènements extérieurs littéralement à distance. Ils arrivent à Latina comme un écho : par exemple, Accio ne vit mai 68 qu’à travers son poste de télé. Avez-vous eu des difficultés à aborder le thème du néo-fascisme ? Dans les années 1970, l’extrême-gauche et même la gauche disaient « tuer un fasciste n’est pas un crime » ! C’est un slogan avec lequel j’ai grandi ; et le peu de films qui évoquaient le sujet étaient empreints de cette idéelà. Faire mon film à l’époque aurait été tout simplement impossible. Mais, avec le recul, et parce que le livre s’arrête avant le terrorisme, je pouvais être drôle, tendre et critique à la fois. Aborder les choses de manière nouvelle, plus psychologique qu’idéologique, en somme. En 1991, vous réalisiez Le porteur de serviette, sur le milieu politique corrompu des années 1980. Auriez-vous envie de vous attaquer aujourd’hui aux années Berlusconi comme Nanni Moretti l’a fait dans Le Caïman ? J’ai essayé, mais je n’ai pas trouvé d’idée originale pour l’instant. Cette époque est encore trop proche. On a trop parlé de lui. Je pense donc qu’il faut attendre un peu, digérer les choses. Mais dans l’esprit, j’ai bien sûr très envie de faire un film sur le sujet ! _Propos recueillis par F.V.

21 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07


PLEIN ÉCRAN La Vengeance dans la peau_ Paul GREENGRASS

EN 3 FILMS

MATT DAMON Gerry : il porte un t-shirt en turban sur la tête pour traverser un désert. Ocean’s Thirteen : il porte un faux nez pour jouer les séducteurs. Raisons d’État : il porte une épaisse monture de lunettes pour incarner un agent de la CIA.

À fleur de peau Dernier volet d’une trilogie inégale, La Vengeance dans la peau (Bourne Ultimatum) relate, sur fond d’espionnage, les ultimes soubresauts d’un électron libre en quête d’identité. Un film magistral et nerveux, signé Paul Greengrass.

A

gent pour le compte de la CIA, Jason Bourne a été dépossédé de son identité le jour où il a intégré le programme qui l’a transformé en redoutable machine de mort. En guerre contre sa hiérarchie qui a assassiné sa petite amie, il exécute méthodiquement sa vengeance. Une des premières idées du film consiste à effectuer à rebours le parcours de son héros. En quelques plans très ramassés, la caméra revient sur les lieux des intrigues passées, mouvement qui épouse le retour vers les origines. Greengrass réussit à combiner à l’action la plus trépidante l’intensité d’une démarche intime, portée par un Matt Damon au sommet de sa carrière. De sorte que les scènes de combats ou de poursuites, loin de constituer des morceaux de bravoure isolés, s’inscrivent au contraire dans un flux captivant. L’ouverture du film, chorégraphiée à la seconde près, est emblématique d’une mise en scène qui impressionne par son efficacité. Bourne donne rendez-vous à un journaliste pour lui révéler les exactions de ses supérieurs. Par portables interposés, il dirige son contact que ses ennemis ont pris en filature. Cette maîtrise de l’espace et de ses contingences caractérise le héros du film d’action. Greengrass ne l’a pas oublié. L’action ne verse jamais dans la surenchère d’effets, tandis que le scénario développe la psychologie de personnages ambivalents. Parmi ceux-là, une femme agent, croisée dans les opus précédents, et qui pourrait bien détenir la clé du passé opaque de Bourne. Réinvesti, au terme d’une trajectoire chaotique, de sa véritable identité, Bourne l’insaisissable s’évanouit dans la nature. Et emporte avec lui le mystère d’un héros rebelle, qui colle à la peau. _S.M. Un film de Paul GREENGRASS Avec Matt Damon, Julia Stiles, David Strathaim… Distribution : Paramount // Etats-Unis, 2007, 1h56 Sortie le 12 septembre

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3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM Pour Matt Damon, parfait en héros de film 01 d’action qui traverse les cloisons sans se faire mal. 02 Pour connaître enfin le vrai nom de Jason Bourne et le secret de son passé. 03

Pour un film qui allie à l’intime le spectaculaire de ses scènes d’action.


LE GUIDE

DES SALLES

DU MERCREDI 12 SEPTEMBRE AU MARDI 16 OCTOBRE

Un Cœur invaincu - un film de Michael Winterbottom

SOMMAIRE SORTIES DU 12 SEPTEMBRE 26_ Charly d’Isild Le Besco // La Vérité ou presque de Sam Karmann // L’Âge d’homme… maintenant ou jamais ! de Raphaël Fejtö 28_King Of California de Michael Cahill // La Question humaine de Nicolas Klotz SORTIE DU 19 SEPTEMBRE 30_Un Cœur invaincu de Michael Winterbottom // La Face cachée de Bernard Campan // Le Mariage de Tuya de Wang Quan’an // Nuage de Sébastien Betbeder SORTIES DU 26 SEPTEMBRE 31_Alexandra d'Alexandre Sokourov // Tout est pardonné de Mia Hansen-Løve // Regarde moi d’Audrey Estrougo 32_99 francs de Jan Kounen // L’Âge des ténèbres de Denys Arcand // À Vif de Neil Jordan // 7h58, ce samedi-là de Sidney Lumet SORTIES DU 3 OCTOBRE 36_L’Ennemi intime de Florent-Emilio Siri // Le Dernier Voyage du juge Feng de Liu Jie 37_Retour en Normandie de Nicolas Philibert // Un Secret de Claude Miller // Désir(s) de Valeska Grisebach SORTIES DU 10 OCTOBRE 38_Sa Majesté Minor de Jean-Jacques Annaud // L’Assassinat de Jesse James d’Andrew Dominik // Sans moi d’Olivier Panchot LES ÉVÈNEMENTS MK2_40>42

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LE GUIDE_SORTIES DU 12 SEPTEMBRE

CHARLY Un film d’Isild LE BESCO Avec Julie-Marie Parmentier, Kolia Litscher, Jeanne Mauborgne… Distribution : Tamasa Distribution // France, 2007, 1h35

Deuxième long-métrage en tant que réalisatrice d’Isild Le Besco après Demi-tarif en 2004, Charly est l’occasion pour l’héroïne de L’Intouchable de mettre en scène son jeune frère, le comédien Kolia Litscher. À quatorze ans, Nicolas est un orphelin qui vit dans une famille d’accueil, un couple de retraités. Peu en phase avec son environnement culturel et les impératifs de sa scolarité, il décide un jour de quitter sa petite ville de province pour partir à l’aventure en auto-stop. Son objectif : rejoindre Belle-île-en-Mer, un lieu de fascination qu’il a découvert sur une carte postale. Sur sa route, le long des chemins de Bretagne, il rencontre Charly, une jeune femme au fort caractère qui vit dans une caravane. Celle-ci va définitivement bouleverser son existence… Avec réalisme, Charly décrit les transformations intérieures d’un jeune homme qui passe progressivement de l’adolescence à l’âge adulte. Pour le rôle-titre de son film, la réalisatrice Isild Le Besco a fait appel à la comédienne Julie-Marie Parmentier, qui s’est notamment illustrée en 2002 dans Marie-Jo et ses deux amours du cinéaste Robert Guédiguian, aux côtés d’Ariane _Oscar PARENGO Ascaride et de Jean-Pierre Darroussin. Après Demi-tarif en 2004, Isild Le Besco sera présente pour la projection de son second long-métrageCharly au MK2 Beaubourg, le jeudi 13 septembre à 20h.

L’ÂGE D’HOMME… MAINTENANT OU JAMAIS !

LA VÉRITÉ OU PRESQUE Un film de Sam KARMANN Avec Karin Viard, André Dussollier, François Cluzet… Distribution : Rezo Films // France, 2006, 1h35

Un film de Raphaël FEJTÖ Avec Romain Duris, Aïssa Maïga, Clément Sibony… Distribution : UGC // France, 2006, 1h28

Après Kennedy et moi en 1999 et À la petite semaine en 2003, La Vérité ou presque est le troisième film du comédien et cinéaste Sam Karmann. Inspiré du roman True Enough de Stephen McCauley, La Vérité ou presque est une valse sentimentale réjouissante. Parmi les protagonistes, Anne est l’épouse de Thomas, mais celui-ci se découvre progressivement une attirance pour Caroline. Hélas, cette dernière est déjà mariée à Marc, séducteur impénitent. Parallèlement, Vincent, un écrivain homosexuel, observe les chassés-croisés amoureux… Pour interpréter l’un des rôles-clé de son film, le réalisateur a fait appel à sa compagne à la ville, l’actrice Catherine Olson.

Avec pas mal de second degré, Raphaël Fejtö ne craint pas la référence à Michel Leiris en donnant – en partie – pour titre L’Âge d’homme à son deuxième film. Mais si son héros est trentenaire, comme l’auteur à l’époque, et tente également de se découvrir par l’écriture, la comparaison s’arrête heureusement là. Romain Duris n’est pas Michel Leiris et le réalisateur se limite lui au sujet un peu cliché de l’engagement amoureux du jeune Parisien branché. Pourtant, si à l’instar de Samuel / Romain, le film peut parfois être un peu maladroit, l’authenticité du traitement et la complicité évidente entre les acteurs (Aïssa Maïga fait une entrée remarquée dans la bande) font du film un drôle d’objet émouvant, qui sonne souvent juste.

_Thomas CROISY

_F. V.

26 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07


LE GUIDE_SORTIES DU 12 SEPTEMBRE

KING OF CALIFORNIA Un film de Mike CAHILL Avec Michael Douglas, Evan Rachel Wood, Willis Burks II… Distribution : Metropolitan FilmExport // États-Unis, 2006, 1h35

Un an après sa performance dans The Sentinel aux côtés de Kiefer Sutherland, Kim Basinger et Eva Longoria, Michael Douglas est aujourd’hui à l’affiche d’une comédie populaire. Après plusieurs années passées dans un hôpital psychiatrique, Charlie rentre chez lui où vit Miranda, sa fille de seize ans. Découvrant que Miranda travaille le soir dans un fast-food pour subvenir à ses besoins, il décide de tout mettre en œuvre pour lui offrir une nouvelle vie. Le voilà donc parti à la recherche d’un inestimable trésor, enfoui depuis des siècles dans le sous-sol californien… Auteur de l’ouvrage A Nixon Man, récompensé du Pirate’s Alley Faulkner Award du Meilleur Nouveau Roman en 1999, Mike Cahill fait ici ses débuts derrière la caméra. Pour son casting, le réalisateur a fait appel à une jeune comédienne prometteuse. Remarquée pour son interprétation dans Les Bienfaits de la colère où elle donnait la réplique à l’acteur Kevin Costner, Evan Rachel Wood s’illustre dans King of California à travers un personnage complexe, constamment tiraillé entre enthousiasme et scepticisme. Souvent désopilant, King of California était présenté en Ouverture du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville. _Florian JARNAC

LA QUESTION HUMAINE Un film de Nicolas KLOTZ Avec Mathieu Amalric, Michael Lonsdale, Jean-Pierre Kalfon… Distribution : Sophie Dulac Distribution // France, 2007, 2h24

Adaptation par Élisabeth Perceval de l’ouvrage éponyme de François Emmanuel paru en 2000, La Question humaine est le cinquième long-métrage de fiction de Nicolas Klotz. À Paris, Simon, quarante ans, travaille comme psychologue au département des ressources humaines d’un complexe pétrochimique, filiale d’une multinationale allemande. Un jour, le co-directeur de l’entreprise le charge d’enquêter confidentiellement sur l’état mental du directeur général qu’il soupçonne de déficience. Dès lors, Simon va pénétrer un univers déshumanisé qui modifiera profondément sa perception du monde et des autres… Réflexion sur les fondements historiques de l’Europe économique, La Question humaine puise son inspiration dans des ouvrages importants du XXème siècle, tels que Spectres de Marx de Jacques Derrida. Réalisé trois ans après La Blessure, le film de Nicolas Klotz offre à l’acteur Mathieu Amalric le rôle complexe d’un homme confronté aux démons de l’industrialisation moderne. Michael Lonsdale, qui partageait avec l’acteur l’affiche de Munich de Steven Spielberg en 2006, propose à ses côtés une interprétation saisissante, quelques mois après sa prestation dans Une Vieille Maîtresse de Catherine Breillat. _T.C.

28 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07


LE GUIDE_SORTIES DU 19 SEPTEMBRE

UN CŒUR INVAINCU

LA FACE CACHÉE

Un film de Michael WINTERBOTTOM Avec Angelina Jolie, Dan Futterman, Archie Panjabi… Distribution : Paramount Pictures France // États-Unis, 2006, 1h48

Un film de Bernard CAMPAN Avec Karin Viard, Bernard Campan, Jean-Hugues Anglade… Distribution : Wild Bunch Distribution // France, 2007, 1h33

Adaptation de l’ouvrage écrit par Mariane Pearl, épouse du journaliste Daniel Pearl assassiné au Pakistan en 2002, Un Cœur invaincu était en Sélection Officielle au dernier Festival de Cannes. À Karachi, alors qu’il enquête sur le terroriste Richard Reid pour le Wall Street Journal, Daniel Pearl est assassiné, et laisse derrière lui sa femme Mariane, enceinte de six mois. Pour son fils qui ne connaîtra jamais son père, Mariane décide alors de mener l’enquête et de relater les faits… Un an après The Road to Guantanamo et Tournage dans un jardin anglais, le réalisateur Michael Winterbottom aborde le sujet sensible des reporters internationaux victimes du _F.J. terrorisme.

Déjà co-auteur avec Didier Bourdon des films Les Trois frères, Le Pari et Les Rois mages, Bernard Campan signe ici son premier film en qualité de scénariste et réalisateur. François et Isa vivent ensemble depuis des années. Alors qu’il confie à son ami Xavier les nombreuses inquiétudes existentielles qui le taraudent, François réalise progressivement que son couple bat de l’aile. Petit à petit, François et Isa vont apprendre à se redécouvrir, jusqu’à connaître enfin la part de l’autre qui leur était inconnue… Parfaitement écrit et maîtrisé, La Face cachée offre à Bernard Campan l’occasion de révéler de réelles qualités de metteur en scène.

LE MARIAGE DE TUYA

NUAGE

Un film de WANG Quan An Avec Yu Nan, Bater, Senge… Distribution : Pretty Pictures // Chine, 2007, 1h32

Un film de Sébastien BETBEDER Avec Adrien Michaux, Nathalie Boutefeu, Aurore Clément… Distribution : Bodega Films // France, 2007, 1h21

Ours d’Or au Festival de Berlin, Le Mariage de Tuya est le troisième film du réalisateur Wang Quan An, diplômé de l’Académie du Film de Pékin. Alors qu’elle vit avec son compagnon blessé à la suite d’un accident, Tuya se bat pour subsister avec ses enfants au cœur de la Mongolie chinoise. Afin d’améliorer son quotidien précaire, elle décide un jour de se trouver un nouveau mari, plus susceptible de répondre aux besoins de sa petite famille. Mais ce dernier devra également accepter d’accueillir son premier époux… Portrait de femme dans la Chine d’aujourd’hui, Le Mariage de Tuya était sélectionné au Festival du Film Asiatique de Deauville en 2007.

En Sélection Officielle au 60ème Festival du Film de Locarno, Nuage met en scène la rencontre insolite et bucolique de deux personnages. Dans une maison au milieu des champs, Clara et son père attendent le retour de Marianne, leur mère et épouse, mystérieusement disparue. Au même moment, Simon, un jeune garçon atteint de troubles de la mémoire, envisage de rompre avec son quotidien. Bientôt, un accident de voiture va sceller le destin de nos protagonistes… Après les courts-métrages Nu devant un fantôme et Les Mains d’Andréa, Nuage est la troisième collaboration du cinéaste Sébastien Betbeder avec l’actrice Nathalie Boutefeu.

NB : Nous n’avons pas pu voir ce film dans nos délais de parution. _O.P. Primé de l’Ours d’or au dernier festival de Berlin, Le Mariage de Tuya sera présenté en avant-première au MK2 Beaubourg, lundi 17 septembre à 20h30. Le réalisateur Wang Quan’an et l’actrice principale Yu Nan seront présents pour un débat à l’issue de la séance. 30 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07

_Antonin DELIMAL

_O.P.


LE GUIDE_SORTIES DU 26 SEPTEMBRE

ALEXANDRA Un film d’Alexandre SOKOUROV Avec Galina Vishnevskaya, Vasili Shevtsov, Raisa Gichaeva… Distribution : Rezo Films // Russie, 2007, 1h32

En Sélection Officielle au 60ème Festival International du Film de Cannes, Alexandra est la première collaboration cinématographique du réalisateur Alexandre Sokourov avec la célèbre cantatrice d’Opéra russe Galina Vishnevskaya. Au cœur de la République tchétchène, de nos jours, une grand-mère rend visite à son petit-fils, un capitaine de vingt-sept ans qui officie dans un campement de régiments russes. Durant les trois jours qu’elle passe à Grozny, Alexandra découvre un univers exclusivement masculin, dépourvu de confort, où la misère règne en maîtresse. Pourtant, malgré la précarité des conditions de vie et la mort qui menace, les soldats en fonction n’en sont pas moins restés des êtres humains… Tourné intégralement en décor naturel entre les villes de Grozny et de Khankala, où les garnisons russes sont toujours cantonnées, le film d’Alexandre Sokourov échappe aux poncifs traditionnels du film de guerre. Par souci de réalisme, le cinéaste a privilégié la brièveté des dialogues dans son scénario, et invité ses interprètes à l’improvisation spontanée. En évitant la mise en scène d’opérations militaires, Alexandra concentre son propos sur les rapports singuliers qui lient ses protagonistes. _O.P.

TOUT EST PARDONNÉ

REGARDE MOI

Un film de Mia HANSEN-LOVE Avec Paul Blain, Marie-Christine Friedrich, Constance Rousseau… Distribution : Pyramide Distribution // France, 2007, 1h45

Un film d’Audrey ESTROUGO Avec Émilie de Preissac, Eye Haidara, Terry Nimajimbe… Distribution : Gaumont // France, 2006, 1h33

En Sélection à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes, Tout est pardonné étudie la relation complexe d’un homme et d’une femme aux caractères radicalement opposés. Victor habite Vienne avec Annette et leur petite fille Pamela. Alors que son compagnon la néglige en passant l’essentiel de ses nuits dehors, Annette lui propose de retourner en France afin de donner un nouvel élan à leur union. Mais de retour à Paris, Victor reprend ses mauvaises habitudes. Très vite, il entame une liaison avec une autre femme… Actrice devant la caméra d’Olivier Assayas, notamment dans Les Destinées sentimentales, Mia Hansen-Love réalise ici un premier film extrêmement touchant.

Prix Junior du Meilleur Scénario en 2006, Regarde moi est le premier long-métrage de la jeune réalisatrice Audrey Estrougo. Dans la banlieue parisienne, plusieurs personnages au sortir de l’adolescence recherchent un équilibre dans leur quotidien. Parmi eux, Mouss aimerait concrétiser sa relation avec Daphné. Yannick veut reconquérir la belle Melissa. Quant à Fatimata et Julie, elles se disputent les charmes de Jo, un joueur en formation au football club d’Arsenal… Après ses courts-métrages Et que ça saute! et Une Histoire, Audrey Estrougo confirme sa singularité. Pertinent, Regarde moi a remporté le Prix Talents des Cités 2005.

_F.J.

_T.C.

31 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07


LE GUIDE_SORTIES DU 26 SEPTEMBRE

99 FRANCS

L’ÂGE DES TÉNÈBRES

Un film de Jan Kounen Avec Jean Dujardin, Jocelyn Quivrin, Patrick Mille, Vahina Giocante… Distribution : Pathé Distribution // France, 2006, 1h40

Un film de Denys ARCAND Avec Marc Labrèche, Diane Kruger, Emma de Caunes… Distribution : Studio Canal // Canada, 2007, 1h48

Pensée comme une campagne de pub, l’adaptation du roman de Beigbeder ne devrait pas être déceptive. En conservant 99 Francs comme titre, le film capitalise intelligemment sur les parts de marché déjà conquises par le best-seller. Le choix du réalisateur est également judicieux car, si Jan Kounen n’a pas la poésie d’un Michel Gondry, il connaît son sujet et sait réaliser des plans cut efficaces. Jean Dujardin, l’acteur principal, est quant à lui parfait car non-segmentant. Le film devrait donc, en toute logique, pouvoir compter sur un public captif assez important, voire recruter plus largement, fonction du plan media mis en place. Un bon indice de succès : cela fait déjà longtemps que le buzz a commencé.

Pour surmonter la médiocrité de son quotidien, JeanMarc, un père de famille peu en phase avec le monde qui l’environne, se berce de fantasmes récurrents. Se rêvant tour à tour en vedette de cinéma, président de région, lauréat de prix littéraires et adulé par de jeunes femmes sensuelles, il n’en est pas moins un quidam parmi les hommes. Jusqu’au jour où, suite à sa rencontre avec Béatrice de Savoie, il décide de faire face à ses démons… Après le succès des Invasions barbares, Denys Arcand réalise une comédie dramatique enlevée, en Sélection Officielle Hors Compétition au dernier Festival de Cannes.

À VIF

7H58, CE SAMEDI LÀ

Un film de Neil JORDAN Avec Jodie Foster, Terrence Howard, Naveen Andrews… Distribution : Warner Bros. France // États-Unis, 2007, 2h02

Un film de Sidney LUMET Avec Philip Seymour Hoffman, Ethan Hawke, Marisa Tomei… Distribution : UGC Ph // États-Unis, 2007, 1h55

Victime d’une violente agression à New York, une femme tente de se remettre tant bien que mal de ses traumatismes. Peu à peu, germe en elle l’idée de vengeance… Dix-neuf ans après Les Accusés de Jonathan Kaplan, dans lequel elle campait une jeune femme victime d’un viol qui s’en remet à la justice pour punir les coupables, l’actrice américaine Jodie Foster s’illustre dans un thriller urbain. Lauréat de l’Oscar® du Meilleur Scénario Original en 1992 pour son film The Crying Game qui réunissait les acteurs Forest Whitaker et Miranda Richardson, le réalisateur Neil Jordan interroge ici les mécanismes de la loi du Talion.

Sélectionné au Festival du Cinéma Américain de Deauville, 7h58 ce samedi-là est le nouveau long métrage de Sidney Lumet – réalisateur de plus de quarante films depuis Douze hommes en colère en 1957. Dans la banlieue de New York, Hank Hanson peine à s’acquitter des nombreuses dettes qu’il a contractées depuis son divorce. Entraîné par son frère Andy à envisager une solution illégale, il se décide bientôt à cambrioler la bijouterie familiale… Entre mélodrame et thriller, 7h58, ce samedi-là offre à Sidney Lumet l’occasion de renouer avec un registre qu’il apprécie particulièrement depuis Un Après-midi de chien, qui mettait en scène Al Pacino en 1975. _A.D.

_A.D.

_F.V.

NB : Nous n’avons pas pu voir ce film dans nos délais de parution.

32 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07

_T.C.


LE GUIDE_SORTIES DU 03 OCTOBRE

L’ENNEMI INTIME Un film de Florent-Émilio SIRI Avec Benoît Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing… Distribution : SND // France – Maroc, 2006, 1h48

Après Une Minute de silence et Nid de guêpes, L’Ennemi intime est l’occasion pour le cinéaste Florent-Émilio Siri de mettre une nouvelle fois en valeur l’acteur Benoît Magimel. En 1959, au cœur de l’Algérie, les opérations militaires s’intensifient. Dans les hautes montagnes kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d’une section de l’armée française. Amené à faire la connaissance du Sergent Doulac, un militaire désabusé, le jeune homme ne tarde pas à se confronter à la dure réalité du conflit… Sur un scénario du documentariste Patrick Rotman, auteur de Jorge Semprun – L’Ecriture ou la vie ou François Mitterrand – Le Roman du pouvoir, L’Ennemi Intime se veut, selon les termes précis de son réalisateur, à la fois « épique et intimiste ». Deux ans après Otage qui plongeait le comédien Bruce Willis dans le milieu du banditisme de Los Angeles, Florent-Émilio Siri change de registre pour réaliser une fresque réaliste et documentée. Maîtrisé, L’Ennemi intime renoue avec la veine de films tels que La 317ème section tourné en 1964 par Pierre Schoendoerffer, Apocalypse Now de Francis Ford Coppola ou encore Voyage au bout de l’enfer réalisé par Michael Cimino en 1979. _A.D.

LE DERNIER VOYAGE DU JUGE FENG Un film de LIU Jie Avec Li Baotian, Yang Yaning, Lu Yulai… Distribution : Pierre Grise Distribution // Chine, 2006, 1h41

En Compétition Officielle à la Mostra de Venise en 2006, Le Dernier Voyage du juge Feng y a reçu le Prix Horizons. À travers les routes montagneuses du sud ouest de la Chine, un tribunal ambulant suit sa tournée annuelle. Accompagnés d’un unique cheval pour supporter toutes leurs affaires, le vieux juge Feng, sa greffière Yang et le jeune apprenti Ah-Luo accomplissent un voyage peu ordinaire à travers les paysages de la Chine rurale. Entre les lois ancestrales des minorités ethniques, la justice d’État et la sagesse paysanne, la petite troupe doit faire face à de nombreux conflits. Hélas, le juge Feng commence à devenir trop vieux pour sa charge… Illustration d’un aspect méconnu du système judiciaire en activité en Chine, où près d’un millier de cours ambulantes sillonnent le territoire en permanence, Le Dernier Voyage du juge Feng s’inspire d’une histoire réelle s’étant déroulée il y a quelques années dans le canton de Ninglang. Ancien directeur de la photographie du cinéaste Wang Xiaoshuai, ayant notamment collaboré avec ce dernier sur le tournage de Beijing Bicycle en 2000, le réalisateur Liu Jie signe avec Le Dernier Voyage du juge Feng un premier long-métrage étonnant. _T.C.

36 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07


DÉSIR(S) Un film de Valeska GRISEBACH Avec Andreas Müller, Ilka Welz, Anett Dornbusch... Distribution : Bodega Films // Allemagne, 2006, 1h28

En Sélection Officielle au Festival Paris Cinéma en 2006, Désir(s) était également présenté en Compétition lors de la 56ème Berlinale. À Berlin, Markus est un serrurier-mécanicien engagé de temps à autres parmi les pompiers volontaires de son quartier. Marié à Ella, une jeune femme investie dans la chorale locale, il file le parfait amour. Le jour où, envoyé en stage de formation dans une ville voisine, il fait la connaissance de Rose, une séduisante serveuse, son équilibre vacille. Tiraillé par la culpabilité et son amour inchangé pour sa compagne, il est bientôt rongé par le désespoir. Mais peut-on se soustraire aux pièges de la passion ? Pur produit de l’Ecole de Berlin qui incarne depuis quelques années le renouveau du cinéma allemand, Désir(s) met en scène des acteurs non-professionnels, recrutés au hasard des pérégrinations de la réalisatrice dans les fêtes de villages des environs de la capitale germanique. Portrait d’un héros ordinaire et romantique en proie à des pulsions contradictoires, le film de Valeska Grisebach démontre, après le succès de La Vie des autres du cinéaste Florian Henckel von Donnersmarck, la qualité du cinéma contemporain d’outre-Rhin. _O.P.

UN SECRET

RETOUR EN NORMANDIE

Un film de Claude MILLER Avec Cécile de France, Patrick Bruel, Ludivine Sagnier… Distribution : UGC Distribution // France, 2006, 1h40

Un film de Nicolas PHILIBERT Documentaire Distribution : Les Films du Losange // France, 2006, 1h53

Adaptation du roman de Philippe Grimbert, Un Secret évoque le parcours intérieur de son protagoniste, qui découvre un jour un lourd secret de famille. Enfant solitaire dans les années 1950, François s’invente un frère imaginaire. Peu en adéquation avec les attentes de son père qui l’aurait souhaité plus sportif, le jeune garçon s’imagine le passé mystérieux de ses parents, pour tenter de mieux les comprendre. Jusqu’au jour où, à l’occasion de ses quinze ans, une amie de la famille se décide finalement à lui confier la vérité… Quatre ans après La Petite Lili, Claude Miller met une nouvelle fois en scène l’actrice Ludivine Sagnier.

Nouveau documentaire de Nicolas Philibert après Être et avoir, Retour en Normandie était en Sélection au dernier Festival de Cannes. En 1975, Nicolas Philibert est un jeune assistant réalisateur sur le tournage du film de René Allio Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère…, récit d’un fait divers authentique survenu en Normandie au XIXème siècle. Alors qu’il se remémore la tragédie ayant inspiré un siècle plus tard des philosophes de renom tels que Michel Foucault, le cinéaste décide de retourner dans la région, à la recherche des acteurs éphémères ayant pris part à cette production, plus de trente ans auparavant…

_F.J.

_T.C.

37 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07


LE GUIDE_SORTIES DU 10 OCTOBRE

SA MAJESTÉ MINOR Un film de Jean-Jacques ANNAUD Avec José Garcia, Vincent Cassel, Sergio Peris-Mencheta… Distribution : StudioCanal // France, 2006, 1h41

Nouveau film du cinéaste Jean-Jacques Annaud, Sa Majesté Minor est un récit imaginaire d’inspiration mythologique. Dans l’antiquité lointaine, sur une île perdue au large de la mer Égée, Minor, mi-homme, mi-cochon, orphelin et muet, vit paisiblement dans la douce tiédeur de sa porcherie. Un jour, lors d’une escapade au cœur de la forêt, il passe de vie à trépas à la suite d’un accident. Mais alors qu’on le tient pour mort, Minor revient brutalement à la vie. Désormais doué d’un incroyable sens de l’éloquence, il est sacré roi par les villageois… Un an après sa performance saisissante dans Pars vite et reviens tard de Régis Wargnier où il donnait la réplique aux acteurs Lucas Belvaux et Marie Gillain, José Garcia signe sa première collaboration avec le réalisateur de Stalingrad. À ses côtés, Vincent Cassel – qui s’illustrera prochainement dans L’Ennemi public numéro un de Jean-François Richet – retrouve le comédien Sergio Peris-Mencheta, trois ans après avoir partagé avec lui l’affiche d’Agents Secrets de Frédéric Schoendoerffer. Quant à Claude Brasseur, il confirme l’étendue de son registre, quelques mois après le succès de Camping de Fabien Onteniente. NB : Nous n’avons pas pu voir ce film dans nos délais de parution.

_O.P.

L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES

SANS MOI

Un film d’Andrew DOMINIK Avec Brad Pitt, Casey Affleck, Sam Shepard… Distribution : Warner Bros France // États-Unis, 2007, 2h39

Un film d’Olivier PANCHOT Avec Yaël Abecassis, Clémence Poésy, Éric Ruf… Distribution : Haut et Court // France, 2006, 1h30

Déjà partenaires dans Ocean’s 13 de Steven Soderbergh, les acteurs Brad Pitt et Casey Affleck partagent ici l’affiche d’un western historique. Alors que sa tête est mise à prix et qu’il prépare son prochain hold-up, Jesse James se promet de mener la vie dure à quiconque tenterait de l’éliminer pour s’enrichir. Bandit redouté dans tout le pays, le charismatique hors-la-loi sait que la menace pourrait venir de son entourage. Autour de lui, l’admiration se teinte souvent de jalousie… Hasard ou coïncidence, la sortie de L’Assassinat de Jesse James est synchrone avec le 160ème anniversaire de la naissance du brigand mythique : le 5 septembre 1847.

Librement adapté du roman homonyme de Marie Desplechin paru en 1999, Sans moi est le premier long métrage de fiction d’Olivier Panchot, après son documentaire Secret de famille réalisé en 2003. Afin de l’aider à s’occuper de ses deux enfants, Anna, une jeune mère divorcée, engage Lise, une baby-sitter. Rapidement introduite dans l’univers d’Anna, Lise ne tarde pas à devenir indispensable au petit cercle familial. Mais bientôt, Anna découvre que son hôte est la proie de dangereuses passions... Saisissant et maîtrisé, Sans moi révèle l’actrice Clémence Poésy, qui s’est illustrée l’année dernière dans Le Grand Meaulnes de Jean-Daniel Verhaeghe.

NB : Nous n’avons pas pu voir ce film dans nos délais de parution.

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ÉVÉNEMENTS DES SALLES MK2

TOUS LES SAVOIRS LES MARDIS DE COURRIER INTERNATIONAL Tous les mois, l’hebdomadaire Courrier international vous donne rendez-vous avec les journalistes de sa rédaction, pour traiter un sujet d’actualité autour d’un documentaire étranger. • Goal Dreams, des cinéastes Maya Sanbar (Palestine) et Jeffrey Saunders (États-Unis). Le documentaire sera diffusé en présence de la réalisatrice et d’Olivier Bras, responsable Internet de Courrier international. MK2 QUAI DE SEINE_Mardi 2 octobre à 20h30 - 6,90 € ou 5,60 € sur présentation du dernier numéro de Courrier international.

LE RENDEZ-VOUS DES DOCS Tous les derniers lundis du mois, en partenariat avec l’association Documentaire sur Grand Écran, un auteur ou un écrivain de cinéma vient présenter un film de son choix, et débat à l’issue de la projection sur les enjeux esthétiques et politiques du documentaire. • Douleurs, de Stephen Dwoskin . La séance sera suivie d’un débat avec Christa Blümlinger, enseignante et chercheuse en cinéma à l’université Paris III. MK2 QUAI DE LOIRE_Lundi 24 septembre à 20h30 - 6,90 € et 5,60 € pour les adhérents de l’association Documentaire sur Grand Écran. Cartes ILLIMITé et Le Pass acceptées.

CINÉ BD

FOCUS LE FESTIVAL EUROPEEN DES 4 ÉCRANS Ciné, Télé, Net, Mobile : les images du réel s’affrontent. Le Festival Européen des 4 Écrans est le premier festival exclusivement consacré aux productions européennes d’images axées sur les faits réels de société contemporains. Découvrez ce que l’Europe produit de mieux comme documentaires, reportages, docu-drama et fictions du réel : 45 programmes européens de la télévision inédits en France seront projetés dont 16 sont en compétition pour décrocher l’Écran d’or. Et participez aux débats de l’Université de l’image : trois jours pour décrypter les images, leur pouvoir et leur évolution. MK2 BIBLIOTHÈQUE _Jeudi 27 et vendredi 28 de 11h à minuit et samedi 29 septembre de 10 h à minuit _ 5 € (1 séance) / 15 € (6 séances). Bibliothèque Nationale de France, 13 Quai François Mauriac 75013 Paris. www.festival-4ecrans.eu / www.mk2.com

POUR LES ENFANTS AVANT-PREMIÈRE LE CORBEAU ET UN DRÔLE DE MOINEAU Il était une fois trois fables dont les oiseaux sont les héros... réalisées par Morteza Ahadi Sarkani, Mohammad Ali Soleymanzadeh et Abdollah Alimorad, venez découvrir en avant-première Le Corbeau et un drôle de moineau. MK2 NATION_Dimanche 30 septembre à 11h_3 €_à partir de 3 ans.

VALERIAN ET LAURELINE par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières Un samedi matin par mois, en partenariat avec les éditions Dargaud, des auteurs de bande dessinée présentent un film de leur choix en salle, puis dédicacent leur ouvrage à la librairie. À l'occasion du lancement du dessin animé inspiré par cette série mythique, les trois premières aventures de nos deux agents spatio-temporels sont regroupées dans cette superbe intégrale, accompagnées d'un cahier inédit rédigé par le spécialiste incontesté de la science-fiction, Stan Barets.

Pour cette nouvelle programmation, venez voir ou revoir Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris, Zazie dans le métro de Louis Malle, Ü de Grégoire Solotareff, La Belle et la Bête de Jean Cocteau, Manue Bolonaise de Sophie Letourneur, Le Cheval de Saint-Nicolas de Mischa Kamp, La Reine Soleil de Philippe Leclerc. Les enfants vont enfin emmener leurs parents au cinéma!

• Projection du film Welcome to Gattaca d'Andrew Niccol, choisi et présenté par les auteurs.

Jusqu’au 25 septembre 2007 dans sept salles MK2. A partir du 26 septembre, venez découvrir la nouvelle programmation, Vole, mon ange, dans sept salles MK2.

MK2 JUNIOR « OH LES FILLES, OH LES FILLES ! »

Au cinéma puis à la librairie du MK2 QUAI DE LOIRE

L'APRÈS-MIDI AVEC GUIGNOL L’atelier vidéo de la prison de la Santé et l’association Les yeux de l’ouïe vous présentent The World de Jia Zhang-Ke suivi d’une analyse du film par les détenus de l’atelier vidéo de la prison de la Santé. Ces projections seront complétées par un débat.

Représentation du Théâtre Guignol des Champs Elysées par José Gonzalez, à la librairie du MK2 Quai de Loire. Chaque représentation sera suivie d'une rencontredédicace avec José Gonzalez autour de ses livres pour la jeunesse : La Promenade mouvementée et Le Voleur volé (éditions du Seuil) et du DVD Le Guignoliste des Champs-Elysées, réalisé par Olivier Taïeb.

MK2 BEAUBOURG_Jeudi 27 septembre à 20 _6,80 €.

À la librairie MK2 QUAI DE LOIRE_Mercredi 19 septembre à 16h et 17h30.

LES YEUX DE L’OUÏE

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RETROUVEZ TOUS LES ÉVÉNEMENTS SUR

RENCONTRES - LIBRAIRIES AMÉLIE NOTHOMB MK2 Livres et les éditions Albin Michel vous invitent à rencontrer Amélie Nothomb à l’occasion de la parution de son nouveau livre Ni d’Ève ni d’Adam. À la librairie MK2 LIVRES_Samedi 13 octobre de 16h00 à 18h00. 128-162, avenue de France 75013 Paris.

PHILIPPE ADAM Rencontre-dédicace avec Philippe Adam autour de son livre France audioguide, aux éditions Inventaire / Invention. La rencontre sera suivie de la projection de Bande à part de Jean-Luc Godard à 20h30. À la librairie et au cinéma MK2 QUAI DE LOIRE_Jeudi 27 sept. à partir de 19h.

LOUISE BESBRUSSES MK2 Livres et les éditions P.O.L vous invitent à rencontrer Louise Desbrusses à l’occasion de la parution de son nouveau livre Couronnes boucliers . À la librairie MK2 LIVRES _Samedi 6 octobre à 17h00.

PASCALE CASSAGNAU CYCLES EN MATINÉES ANDREÏ TARKOVSKI • Nostalghia (1983) • Stalker (1979) • Le Miroir (1974) • Solaris (1972) • L’Enfance d’Ivan (1962). MK2 BEAUBOURG_ depuis le 1er septembre.

VAMPIRES Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau (1922), Vampyr de Carl Theodor Dreyer (1932), Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher (1958), Le Bal des vampires de Roman Polanski (1968), Dracula de Francis Ford Coppola (1992).

MK2 Livres et Isthme éditions vous proposent une rencontre autour du livre de Pascale Cassagnau Future Amnesia, enquêtes sur un troisième cinéma. Cette rencontre sera précédée de Marfa Mystery Lights, a Concert for the UFO’s en présence du réalisateur Charles de Meaux. À la librairie MK2 LIVRES_Jeudi 27 sept. Projection à 19h, débat à la librairie à 20h30.

KARIM MADANI Carte blanche à l'écrivain Karim Madani à l'occasion de la parution de Hip-Hop Connexion (collection Exprim', pour 15 / 25 ans, éditions Sarbacane). •11h_projection de The King of New York, d'Abel Ferrara suivie d'une lecture de Hip-Hop Connexion et d'un débat avec l'auteur. • 15h_rencontre-dédicace à la librairie du MK2 Quai de Loire MK2 QUAI DE LOIRE_Samedi 15 sept. à partir de 11h.

MK2 QUAI DE SEINE_à partir du 13 octobre.

CARTE BLANCHE À CLAUDE REGY Syndromes and a Century d’Apitchapong Weerasethakul MK2 HAUTEFEUILLE_à partir du 5 octobre.

LES HUMEURS DIGITALES Demonlover d’Olivier Assayas , Exilé de Johnnie To, Irma Vep d’Olivier Assayas (sous réserve). MK2 HAUTEFEUILLE_depuis le 5 septembre.

COURT-MÉTRAGE SAISONS NUMÉRIQUES N°16 DÉCADRAGES DOCUMENTAIRES Sur place de Justine Triet, En service de Cyril Brody, 2006 et Company of Mushrooms de Tan Chui Mui. MK2 BIBLIOTHÈQUE_Mardi 25 septembre à 20h30.

JACQUES TATI ET LE DESIGN Pour leur 17 ème édition, les Puces du Design s’associent aux cinémas MK2 pour rendre hommage à la vision du design de Jacques Tati dans son film de 1958 Mon Oncle. • Projection de Mon Oncle de Jacques Tati suivie d'une rencontre avec Stéphane Goudet auteur de Jacques Tati ; de François le facteur à monsieur Hulot (aux Cahiers du cinéma) et co-auteur avec Macha Makeieff de Playtime, et de l'illustrateur pour la jeunesse David Merveille pour son livre Le Jacquot de Monsieur Hulot aux éditions du Rouergue. La rencontre sera suivie d'une dédicace avec les trois auteurs à la librairie à 14h. MK2 QUAI DE LOIRE_Samedi 13 octobre à 11h_5,90 € Cartes ILLIMITé et Le Pass acceptées. Puces du Design : les 12, 13 et 14 octobre 2007, sur les Quais de Loire.

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ÉVÉNEMENTS DES SALLES MK2 PARTENARIAT L’ODÉON THÉÂTRE DE L’EUROPE

AUTOUR DU CINÉMA LA RENTRÉE DU CINÉMA Après les trois premières éditions, c’est de nouveau La Rentrée du Cinéma dans toutes les salles MK2 du 16 au 23 septembre 2007. Pour profiter pleinement du cinéma, pour toute place achetée, la seconde est à 1 € pour la personne vous accompagnant pour le même film et la même séance. La rentrée a tout à coup un air de fête.

CARTE BLANCHE À CLAUDE RÉGY À l’occasion d’Homme sans but d’Arne Lygre, mis en scène par Claude Régy du 27 septembre au 10 novembre 2007 aux Ateliers Berthier, projection de Gerry de Gus Van Sant en présence de Claude Régy. MK2 HAUTEFEUILLE_Lundi 08 octobre à 20h30_6.80? Cartes ILLIMITé et Le Pass acceptées.

LE THÉÂTRE DE LA COLLINE À l’occasion des représentations de La Passion selon Jean d’Antonio Tarantino dans une mise en scène de Sophie Loucachevsky au théâtre de la Colline (du 22 sept. au 21 oct. 07), projection exceptionnelle du film La Peur de Roberto Rossellini, en présence de l’équipe artistique du spectacle.

Du dimanche 16 au dimanche 23 sept. 2007 dans toutes les salles MK2.

MK2 QUAI DE LOIRE_Lundi 8 octobre à 20h30_ 6,90 €, Cartes ILLIMITé et Le Pass acceptées. 5 € pour les abonnés du théâtre de la Colline (les détenteurs d’une carte MK2 auront de leur côté droit à une place à 19 € au lieu de 27 € pour la pièce, dans la limite des places disponibles).

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OÙ TROUVER TROISCOULEURS ? LIEUX DE DISTRIBUTION MODE CULTURE RESTAURANTS, BARS, CLUBS ÉCOLES COMMUNICATION PRÉSENTOIR CINÉMAS MK2

Vous souhaitez distribuer TROISCOULEURS, envoyez un mail à : solal.micenmacher@mk2.com MK2 BASTILLE 4 boulevard Beaumarchais 75011 Paris (métro Bastille), MK2 BEAUBOURG 50 rue Rambuteau 75003 Paris (métro Rambuteau / Les Halles), MK2 BEAUGRENELLE 16 rue Linois 75015 Paris (métro Charles-Michel), MK2 HAUTEFEUILLE 7, rue Hautefeuille 75006 Paris (métro Saint-Michel), MK2 ODÉON 113, Bd St Germain 75006 Paris (métro Odéon), MK2 PARNASSE 11 rue Jules Chaplain 75006 Paris (métro Vavin), MK2 GAMBETTA 6 rue Belgrand 75020 Paris (métro Gambetta), MK2 NATION 133 boulevard Diderot 75012 Paris (métro Nation), MK2 QUAI DE LOIRE 7 quai de la Loire 75019 Paris (métro Jaurès), MK2 QUAI DE SEINE 14 Quai de la Seine 75019 Paris (métro Stalingrad), MK2 BIBLIOTHÈQUE 128-162 avenue de France 75013 Paris (métro Bibliothèque ou Quai de la Gare)

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DVD Quand le cinéma rencontre la photographie

Voir double La sortie en DVD d’un coffret de courts-métrages d’Agnès Varda, réalisatrice et photographe de haut vol, est l’occasion de revenir sur les croisements entre le cinéma et la photographie. D’un objectif à l’autre, les regards convergent plus souvent qu’il n’y paraît.

L

e cinéma et la photographie seraient-ils comme les célèbres Pince-mi et Pince-moi ? Dans le même bateau mais avec la conclusion fatale que l’un des deux, un jour ou l’autre, tombera à l’eau. Sans oublier que le triomphe du rescapé est provisoire puisque Pincemoi, ça peut faire très mal. Il est vrai que longtemps photo et ciné se regardèrent en chien de faïence. Cela vient peutêtre qu’en France – qui, au XIXème siècle, a vu naître les deux en quelques décennies – le cinéma est masculin et la photographie féminine, comme pour dire que le premier aurait été engendré par le second. Il est simple en effet d’imaginer que le cinéma est venu d’une envie que ça bouge, que se mettent en marche tous les petits bonhommes que les plaques photographiques venaient à peine de fixer, que l’on voit le vent remuer les feuilles des arbres, que l’on entendent bientôt le chant des oiseaux et qu’un jour prochain, enfin, se lève le bel aurore de la couleur. Les frères Lumière le savaient

DU CINÉMA À LA PHOTO, LE GESTE DE CADRER EST LE MÊME, QUI CONSISTE À DÉCOUPER ET TRANCHER LE RÉEL.

bien qui furent autant des industriels de la photographie que les réalisateurs du premier film de cinéma. Mais la chronologie n’est pas forcément bonne conseillère. Et le rapport de cause à effet entre photographie et cinéma n’est sûrement pas aussi net. Il suffit de lire Agnès Varda, cas typique de cinéaste-photographe. Dans son livre autobiographique, Varda par Agnès (éditions Cahiers du cinéma), elle donne cette définition : «La photographie, c’est le moment arrêté, ou le moment intérieur inachevé. Le cinéma, lui, propose une série de photographies successives dans une durée qui les anime.» Meli-mélo dirait-on. Et ça se complique délicieusement quand la photographie est le ressort de films fameux : Le Voyeur de Michael Powell où l’appareil photo est l’arme du crime, ou encore le Blow Up d’Antonioni dont le héros est un photographe et le ressort, une sombre affaire d’agrandissement (« blow-up » en anglais). Mais bien évidemment l’épreuve du «choisi ton camp camarade» devrait plus directement concerner les photographes parfois célèbres devenus des cinéastes non moins virtuoses. La liste n’est pas exhaustive mais prestigieuse : outre Varda, Raymond Depardon, Henri Cartier-Bresson, Larry Clark, William Klein, David Hamilton... Chacun jugera à sa fenêtre s’il préfère tous ces artistes dans la position du photographe

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Extraits de courts-métrages et de l’émission Une Minute pour une image d’Agnès Va

ou dans celle du cinéaste, voire l’un et l’autre. On notera cependant que tous ces photographes convertis au cinéma sont souvent au meilleur d’eux-mêmes quand ils ne s’éloignent pas trop de leur passion d’origine. Dans le merveilleux Polly Maggoo de William Klein, le personnage principal est un mannequin harcelé par des photographes de mode. Dans San Clemente, un des plus beaux documentaires de Depardon, les photos de «fous» sont comme des portraits. On remarquera aussi que du cinéma à la photo (et retour), c’est la graphie qui fait le lien. De l’un à l’autre, le geste de cadrer est le même, qui consiste à découper le réel, le sélectionner, trancher et retrancher de l’image tout ce qui ne doit pas y figurer. Ciné, photo, entre les deux le cœur doit-il balancer? C’est «l’infernale» Varda qui une fois de plus brouille bénéfiquement le rapport. En 1983 pour la chaîne de télé


LA SÉLECTION LETTRES D’IWO JIMA DE CLINT EASTWOOD Warner Bros Inscrit dans un diptyque, Lettres d’Iwo Jima relate un désastre guerrier, abordé du point de vue de Japonais en sursis. Une plongée saisissante dans une culture de la mort.

THE HOST DE BONG JOON-HO TF1 Vidéo Un monstre colonise les fonds marins et oblige une famille à se solidariser. Sous la comédie point un redoutable brûlot politique. L’un des plus gros succès du cinéma coréen.

INLAND EMPIRE DE DAVID LYNCH StudioCanal Des comédiens, un film maudit, quelques lapins et David Lynch aux commandes d’un nouveau cauchemar éveillé, entièrement tourné en vidéo. Un film-laboratoire radical.

BLACK BOOK DE PAUL VERHOEVEN Pathé Vidéo Portrait d’une femme en résistance dans les turbulences de la guerre, pour qui survivre devient non plus une expérience individuelle mais collective. Chef d’œuvre.

MINNIE ET MOSKOWITZ DE JOHN CASSAVETES MK2 Éditions Transcendé par de grands acteurs (Seymour Cassel, Gena Rowlands) et par la tendresse de la caméra de Cassavetes, Minnie et Moskowitz, comme ses personnages, se laisse aimer, presque malgré lui. Troublant et attachant. rda, inclus dans le coffret DVD Varda Tous Courts (Ciné-Tamaris).

FR3, elle inventait Une Minute pour une image, album imaginaire où pendant la minute impartie, une voix, célèbre ou inconnue (Marie Piednoir, boulangère, Marguerite Duras, écrivain) commentait une photographie. Mais l’intérêt supplémentaire du dispositif manigancé par Varda, c’est qu’il mélangeait les deux visions : filmer des images fixes, c’est-à-dire, dixit Varda, « ajouter à l’image fixe la proposition de la regarder selon une durée déterminée ». Enfin, comme le gant n’en finit pas de se retourner, il est patent qu’aujourd’hui, de la photographie au cinéma, le pont est franchi dans l’autre sens. Le meilleur de la photo contemporaine, sa part la plus artiste, vient le plus souvent du désir curatif que cesse un instant la gesticulation des images, pour que l’arrêt sur image redevienne littéralement une extase.

ACTUALITÉ ZONE 1 D'ores et déjà, 2007 est l'année William Friedkin. Après un come-back remarqué avec l'excellent Bug, son film culte Cruising est enfin édité chez Warner et fait figure d'événement. Dans ce polar malsain, Al Pacino incarne un flic à la recherche d'un serial killer dans le milieu interlope des bars gays. Le film fait le lien avec d’autres œuvres marquantes du cinéaste, comme French Connection, pour le côté urbain proche du documentaire, ou L'Exorciste, pour cette manière de représenter le mal absolu avec un brio inégalé. À noter également la réédition d’un autre chef d’œuvre des années 1970, Delivrance de John Boorman, en copie remasterisée. _Roland JHEAN

_Gérard LEFORT

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LIVRES Rencontre avec Éric Reinhardt

Tout conte fait De l’avis général, Cendrillon d’Éric Reinhardt est le roman-clé de la rentrée littéraire. Un livre fleuve, où l’auteur se met littéralement en quatre, se scinde en quatre doubles à la fois drôles et inquiétants. Nous avons rencontré l’un d’entre eux.

C

’est un planqué. Un insoupçonnable. Si sa photo réduite en simili-esclavage par sa marâtre) à la féerie. ne servait de bandeau à son livre, si ses yeux Cendrillon – le sien – est né, raconte-t-il, d’une « très clairs, son nez aquilin et sa barbe de trois jours banale crise de la quarantaine », qu’il « avait toujours rêvé ne s’affichaient un peu partout à l’occasion de d’éviter ». « J’ai eu 40 ans, et j’ai eu envie de faire le point, cette rentrée littéraire, on aurait beaucoup de mal à faire dit-il. De récapituler tout ce que j’avais fait jusqu’à présent. coïncider l’Éric Reinhardt gentil et un peu timide qui se J’ai eu envie de faire un livre sur moi, un livre qui dirait tient là, dans la chambre de bonne qui lui sert de bureau, qui je suis et constituerait en même temps une sorte d’art avec l’Éric Reinhardt écrivain. La dureté, le goût du poétique, expliquant pourquoi mes livres sont écrit comme sarcasme et de l’« hénaurme » qu’il déploie... Ça colle ils le sont. Cependant, le territoire d’un tel projet me difficilement. Son ancienne voisine du quatrième – il a paraissait étroit. J’avais aussi envie de parler du monde et déménagé entre temps – serait surprise si elle venait à des thèmes qui me violentent, me font réfléchir. Et, en même ouvrir Cendrillon, son quatrième roman, et à découvrir le temps, l’idée de Cendrillon, c’était aussi de me défaire de drôle de rôle qu’il lui a offert. Imaginer la scène amuse la pente que je prenais avec mes précédents romans, très sarcastiques. J’ai eu envie de douceur, de consolation. » d’ailleurs beaucoup l’auteur. Ce que l’on a du mal à imaginer, c’est que cet homme D’où ce roman-monde, qui réussit à tout concilier avec une apparemment si doux ait pu se projeter dans les trois virtuosité et une intelligence bluffantes : Éric Reinhardt et « avatars synthético-littéraires » qu’il s’invente dans ses avatars, l’auto-fiction et le roman « social », l’apologie Cendrillon. Ce sont trois destins qui auraient, dit-il, pu de l’amour conjugal et l’exploration du capitalisme l’attendre à la sortie de son enfance et de son adolescence sauvage, l’ironie grinçante et ce qu’il appelle le « lâcher s’il n’avait rencontré la femme de sa vie, il y a dix-sept ans. prise », la « dureté d’un monde fait d’incertitudes et de peur, Laurent Dahl est le financier de haut vol qu’aurait pu devenir où l’on peut se sentir asservi », et le rêve d’accéder « à un cet ex-étudiant en école de commerce ; Thierry Trockel, le espace de clarté, de plénitude, où nous serions enfin géologue qui s’évade par la pornographie sur Internet ; et reconnus pour ce que nous sommes ». puis il y a Patrick Neftel, «le paria solitaire, J’AI EU ENVIE DE FAIRE UN LIVRE SUR MOI, le perdant radical ». Une sorte de frère de Richard Durn, traumatisé par le suicide de MAIS AUSSI DE PARLER DU MONDE ET DES THÈMES son père, qui passe ses journées à boire QUI ME VIOLENTENT. E. REINHARDT des bières et à se branler devant la télé, avant de se décider à passer à l’acte, devant des caméras. En réussissant ce pari ambitieux, Cendrillon accomplit une En revanche, on superpose facilement sa voix posée et sorte de petit miracle. Dans ce roman, Éric Reinhardt règle son regard clair à l’Éric Reinhardt personnage de roman – ses comptes avec une « bourgeoisie intellectuelle de quatrième figure de Cendrillon, le traqueur d’« épiphanies », gauche», peu désireuse de laisser émerger des gens comme le fan de l’automne et du Palais Royal, le passionné de lui, « impurs » issus des classes moyennes. Éric Reinhardt Mallarmé et de Breton (Un Coup de dés jamais n’abolira le fait cela avec beaucoup d’humour et de malice, sur le ton hasard et Nadja trônent en bonne place près de son bureau), de la farce, mais l’attaque est inratable, au cœur du livre, l’ami et admirateur du chorégraphe Angelin Preljocaj (une importante pas seulement pour son petit cas particulier, photo de ballet est affichée sur le mur), le fétichiste des mais aussi pour ce qu’elle dit de la France, et dont il voit chaussures Christian Louboutin (trois sublimes exemplaires l’écho dans le mea culpa fait par le PS depuis la présidentielle ornent le rebord de la cheminée) et, surtout, le compagnon autour de l’insuffisante représentation de tout ce qui ne éperdument amoureux de Margot, sa «reine » et la mère de serait pas homme blanc de 50 ans. Le miracle, c’est que ça n’a pas empêché ce « milieu », avec lequel il se sent ses deux enfants. En fait, avec Cendrillon, tout se passe comme si Éric en perpétuel « décalage », d’acclamer Cendrillon dès sa sortie. Reinhardt, 42 ans, avait réussi à faire coïncider toutes ses D’en faire unanimement, et à raison, l’un des évènements identités, toutes ses aspirations. À réconcilier sa douceur phares de la rentrée littéraire. « Cet accueil ne me pose et sa cruauté, ses obsessions les plus dures et ses rêves aucun problème, dit-il dans un sourire. Mais le milieu n’a les plus merveilleux. De même que tout bon conte associe pas forcément dit son dernier mot… » le drame (pour l’originel Cendrillon : le fait d’être orpheline, _Raphaëlle LEYRIS

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LA SÉLECTION À L’ABRI DE RIEN OLIVIER ADAM roman, L’Olivier, 2007 La dérive de Marie, mère au foyer, pour qui l’amour des siens ne suffit plus et qui épouse, non sans risques, la cause humanitaire. Le portrait bouleversant d’une femme au bord du gouffre, servi par une écriture sobre et émouvante.

LA FIN DE L’HISTOIRE FRANÇOIS BÉGAUDEAU roman, Verticales / phase deux, 2007

Poursuivant sa dissection de l’oralité, cette fois avec la conférence de presse de retour d’Irak de Florence Aubenas, François Bégaudeau nous livre son analyse, très personnelle, de la fin de l’Histoire.

COURONNES, BOUCLIERS, ARMURES LOUISE DESBRUSSES roman, P.O.L, 2007

Une journée particulière dans la vie de trois femmes, une mère et ses deux filles. Roman très original, à l’écriture incisive, qui démonte la mécanique des rapports humains, profond et grinçant.

L’AGENT DE LIAISON HÉLÈNE FRAPPAT roman, Allia, 2007 Intrigant chassé-croisé de destins de femmes, des filles, des mères, des grandmères. Orchestré avec brio par une narratrice qui brouille les pistes et cultive l’art du mensonge et de la trahison, ce roman est une tentative d’épuisement des mots.

PARANOÏD PARK BLAKE NELSON

Photo_© Francesca Montovani

roman traduit de l’américain par Daniel Bismuth, Hachette littérature, 2007

Un jeune skateur tue un homme et, rongé par la culpabilité, prend soudainement conscience de la vacuité du monde qui l’entoure. Formidable thriller psychologique, adapté au cinéma par Gus Van Sant.

LE SITE www.newyorker.com C’est un dandy fameux, haut-de-forme et monocle élégant, qui accueille le lecteur sur le site Internet du très respectable New Yorker. Fondé en 1925, en ligne depuis 2001, l’hebdomadaire propose des articles longs en bouche et souvent drôles sur des sujets éclectiques (les bonobos, la Divine Comédie, Nicolas Sarkozy), des chroniques culturelles, mais aussi des poèmes et des nouvelles. Sans oublier les prestigieux «cartoons» dont les «punch lines» sont proposées par les lecteurs euxmêmes. En bonus de l’ère numérique, interviews filmées, cartoons animés et catalogue des archives où l’on pourra fréquenter quelques plumes prestigieuses : Woody Allen, Truman Capote, Hannah Arendt ou Robert Crumb.

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MUSIQUE Les « fluo kids » prennent le pouvoir

Fluorescences De Mika aux Klaxons, en passant par la Bretonne Yelle, qui sort ce mois-ci son premier album, le rock et la pop prennent des couleurs. Le disco revient en grâce, les synthés en plastique aussi. Panorama d’une génération « fluo », légère et hédoniste.

E

t si l’histoire du rock n’était qu’une suite de questions / réponses entre couleurs et noir et blanc ? Des fifties aux sixties, les blousons noirs des premiers rockeurs sont détrônés par l’arc-enciel psychédélique, puis par les scintillements du glam-rock. Décennie suivante, au nihilisme grisâtre du punk répond le chatoiement disco. Puis aux sinistres corbeaux new wave réplique la pop fluo-synthétique des années 1980. Quant aux monochromes grunges, ils sont repeints, au milieu des années 1990, par les synthés multicolores de la french touch. Aujourd’hui, c’est au tour du « retour du rock », né avec les Strokes dans les décombres du World Trade Center, de se faire renvoyer au vestiaire par une nouvelle génération effrontément bigarrée. Adieu jeans slim, cuirs sombres et poses blasées, place aux leggings flashy et aux T-shirts criards. Un revival en chasse un autre, et certains groupes portent les stigmates de ce changement brutal de mode : moitié rockeurs, moitié clubbeurs, les Klaxons hésitent encore entre teintes noirâtres et touches chamarrées, de même que Justice, dont le disco se mêle de saturations gothiques.

J’AIME LES ANNÉES 1980 POUR LEURS COULEURS, LEURS SONORITÉS FRAÎCHES ET FANTAISISTES. YELLE

D’autres n’ont pas ces scrupules. Prenons Yelle par exemple, jeune Bretonne fluo de la tête au pied. Son premier album, Pop-up, est bourré de synthés plastifiés, de réminiscences eighties, de paroles à la fois légères et affranchies : «J’aime les années 1980 pour leurs couleurs, leurs formes, leurs sonorités fraîches et fantaisistes, avoue Yelle, un énorme collier rose fuchsia autour du cou. J’ai essayé de faire en sorte que mon album s’inspire de cette liberté d’esprit, qu’il ne soit jamais prise de tête. » C’est pourtant pour sa prise de tronche avec les rappeurs de TTC, par chanson interposée, que Yelle s’est fait connaître sur MySpace, il y a un an à peine. À l’origine de ce buzz, le morceau Je veux te voir brocarde les travers macho de Cuizinier et de son cousin Teki Latex, deux des leaders du posse francilien. Une guerre des sexes qui masque mal, pourtant, un même amour pour la variété 80’s : sur son premier album solo, le récent Party de plaisir, Teki Latex pousse la chansonnette avec Lio, l’un des modèles avoués de Yelle. Quant à la production de son disque, elle est assurée par le duo Renaud Letang / Gonzales, responsable

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Teki Latex (en haut), Yelle (au milieu), Lio (à droite).

il y a deux ans du tournant discoïde de Philippe Katerine. Preuve que, s’il s’est accéléré ces derniers mois, le revival fluo remonte à plus loin qu’il n’y parait. Cela fait plusieurs saisons en effet que des groupes comme Zoot Woman ou les Scissor Sisters réhabilitent boîtes à rythmes Casio, gazouillis suraigus et paillettes queer. Un défrichage qui a préparé le terrain au succès d’un Mika, dont la bubble-pop doit autant à l’excentrisme d’Elton John qu’aux déhanchements de John Travolta. 1977-2007 : 30 ans que le samedi soir a la fièvre, ce qui valait bien une récente réédition par Warner du disque gold des Bee Gees. Mais l’actuelle ferveur hédoniste ne se contente pas d’éblouir les strates les plus dorées du mainstream. La star en devenir Calvin Harris a beau clamer I Created Disco, toute une floraison de compilations obscures et érudites prouve le contraire, réhabilitant qui l’italo-disco (After Dark


LA SÉLECTION M.I.A « Kala » (Beggars) On pourrait parler d’épices orientales ou de rap tiers-mondiste à propos de M.I.A, Sri Lankaise surdouée. On se contentera d’insister sur l’extrême qualité du disque, furieusement maîtrisé.

JEAN-LOUIS MURAT «Charles et Léo / Les Fleurs du mal» (V2) Textes : Charles Baudelaire. Mélodies (inédites) : Léo Ferré. Chant : JeanLouis Murat. Le disque est à la hauteur du casting – lyrisme malade, rentré, fléchissant.

THE CORAL « Roots and echoes » (Jive Epic) Alors, oui, il y a des choeurs en

cascade chez The Coral ; et oui, on sent à leurs mélodies et leurs arpèges que ces gamins viennent de Liverpool. Mais certains détails, malins, les distinguent de la masse des adorateurs de groupes en B.

JENS LEKMAN « Night Falls Over Kortedala »(Differ-Ant) Le plus digne héritier de Morrissey est suédois. Pastels contrariés, ses popsongs dérivent vers des continents de plus en plus fauves. Après The Embassy cet été, le réchauffement climatique continue de gagner la Scandinavie.

ANIMAL COLLECTIVE « Strawberry Jam » (PIAS) Il n’y a ici plus de structures, de formats, ou si peu. Juste le cri d’une tribu jouissant de son inventivité grésillante : harmonies en rafale, confiture de larsens, renversements spectaculaires. chez Italians Do It Better), qui le cosmic-disco (Dirty Space Disco chez Tigersushi). Quand ce ne sont pas les Justice qui, dans leurs mix, rendent grâce aux DJs cultes Daniele Baldelli et Larry Levan, entre deux clins d’œil aux Jackson 5. Conséquence de l’impressionnante remise à plat propre à la génération MP3, les hiérarchies historiques sont brouillées, dans un esprit de curiosité tous azimuts. Le blog emblématique Fluo Kids peut ainsi se permettre un «bigup» vintage à Boney M comme un coup de projecteur sur l’electro expérimentale et terriblement contemporaine du Norvégien Lindstrøm. Un grand écart caractéristique de cette jeunesse née entre 1977 et 1987, désireuse de redécouvrir la musique sur laquelle elle a été conçue, d’en continuer et d’en réinventer, nuits après nuits, les secousses fluorescentes. _Auréliano TONET

LE SITE www.myspace.com/123mjo Mjo, c’est Marie-Jo Long, from Marseille. Ses morceaux sont plutôt courts, mais on les aime longtemps, voire toujours. Elle a une voix pure, qui ne ricoche jamais, ce qui ne l’empêche pas de troubler. Une voix qui puise dans les mêmes eaux, limpides mais profondes, que Nara Leão ou Gal Costa, pour ceux que le Brésil intéresse, eaux que l’on dirait baptismales si elles n’étaient si retorses. Derrière, on trouve guimbardes, bandonéons et autres exotismes discrets. Flóp, sur lequel il faudra revenir un jour, compose l’essentiel de ces douceurs. En bonus, il y a des clips autoréalisés avec fleurs et enfants, et ça coule comme le cinéma des origines, merveilleux.

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LES BONS PLANS Kompilé par Rémy Kolpa Kopoul

Sons d’automne b Une rentrée musicale parisienne multi-formes, avec pèle-mêle le rugby, le ramadan, du hip hop ol' school, du Brésil intimiste, du flamenco ardent, du dancefloor frénétique, du jazz glamour, de l'afrobeat lancinant, du groove végétal et du cubain acoustique. Un grand mix sonore, donc... LAS ONDAS MARTELES > 22/09 > LA BOULE NOIRE L’appétissante aventure des frères Sébastien et Nicolas Martel, musiciens tous terrains de la scène parisienne : ils s’échappent de leur creuset groovy pour une passionnante et iconoclaste escapade cubaine autour de l'œuvre de Miguel Angel Ruiz, poète prématurément disparu. // www.laboule-noire.fr GUS GUS > 26/09 > LA MAROQUINERIE Il n'y a pas que Björk en Islande. Depuis 1995, Gus Gus agite les scènes et chauffe les dancefloors avec un electro pop à la fois glacé et incandescent. Forever, leur 5ème album, paru cette année, confirme le statut de Gus Gus comme groupe phare de cette galaxie d'Europe du Nord. // www.lamaroquinerie.fr HADOUK TRIO AU TRITON > 26 AU 29/09 > LES LILAS Ambiances jazzy animales dans un environnement végétal et électrique : Didier Malherbe souffle (sax, doudouk), Loy Ehrlich gratte (gumbri, kora) et Steve Sheehan frappe (sur d'innombrables peaux). Voyage initiatique dans un monde « world »... et au-delà. Un concert pour les oreilles intrépides. // www.letriton.com RACHID TAHA AU FESTIVAL OVALIE > 28/09 > ST DENIS Dans son dernier album Diwan 2 (Barclay), produit comme d'habitude par l'Anglais Steve Hillage, Rachid poursuit son ratissage du patrimoine. Son actuel groupe à la cylindrée gonflée lui donne une assise à la fois urbaine et roots où darbouka et mandole font bon ménage avec guitare, basse et claviers. // www.ville-saint-denis.fr MOS DEF & RAKIM > 28/09 > L'ELYSÉE MONTMARTRE Mon premier n'a pas toujours été au rendez-vous (prestation annulée), mon second n'est pas venu depuis un bail voire des lustres. Mon tout est un plateau hip hop royal, avec deux gros poissons de la 2ème génération old school. Rakim, dont on attend un nouvel album depuis... 1999, est en outre un caïd de la prod'.

VINICIUS CANTUARIA > 06/10 > NEW MORNING Vinicius est porteur d'une musique sereine, enveloppante, mixant en toute harmonie la bossa de ses jeunes années à Rio avec l'univers cosmopolite new yorkais qu'il a intégré depuis 20 ans. Sorte de jazz coloré Brésil avec des mélodies qui s'emparent des oreilles, voir son nouvel album, Cymbals (Naïve). // www.newmorning.com DE LA SOUL > 07/10 > L’ELYSÉE-MONTMARTRE L’album qui les a propulsé, en 1991, s’appelait... De La Soul Is Not Dead. Démentir sa mort comme acte de naissance, ça commençait bien ! Le groupe phare du hip hop des 90’s, un moment en sommeil, revient en peine forme. 16 ans et 9 disques plus tard, voici Grind Date, produit par Jay Dee et Madlib. // www.elyseemontmartre.com CAETANO VELOSO > 09/10 > ZÉNITH Son 45ème et dernier album, Cê, est une jubilatoire digression dans les eaux du rock. Le poète chanteur brésilien reste à 65 ans, le plus tonique, le plus sexy, le plus impertinent (et le plus pertinent !), le plus glamour, le plus visionnaire, le plus... S’il n’en reste qu’un. www.lezenith.com/paris

CINEMATIC ORCHESTRA + TUXEDOMOON > 10/10 > LA CIGALE Unité phare du label anglais Ninja Tune, The Cinematic Orchestra, d'influence jazz et down-tempo, reste associé au 7ème art. Jason Swinscoe est le pilote inspiré du voyage sonore. Tuxedomoon, trio phare de la scène underground rock 80's californienne, est insubmersible. Retour en surface, éternellement avant-garde. (Festival Factory) www.fidh.fr

www.elyseemontmartre.com

EL GUSTO, FESTIVAL CHAABI > 29/09 > BERCY Un Buena Vista à la mode d'Alger avec les cadors du chaabi, ce genre musical populaire du Bal El Oued d'avant l'indépendance, avec les rescapés de la chanson judéo-arabe. Premières retrouvailles depuis... 45 ans, 45 artistes sur scène. Tout ça sous le parrainage de l'agitateur pop anglais Damon Albarn, à Bercy, pour le Ramadan, à l'invitation de la Mairie de Paris. Invitations à retirer à Radio Nova. // www.novaplanet.com 50 I TROIS COULEURS_SEPTEMBRE 07

RABIH ABOU KHALIL > 13/10 > BAGNOLET Eblouissant et méticuleux, le joueur d'oud libanais Rabih Abou Khalil enfile tel des perles des albums soignés (pochettes sublimes d'arabesques-enluminures, livrets pointus) depuis deux décennies. Personnel constamment renouvelé, finement sélectionné et riches entrelacs de climats.


y Radio Nova LAURENT GARNIER + SCRATCH MASSIVE > 13/10 > LA CIGALE (FESTIVAL FACTORY) www.fidh.fr Laurent Garnier, en pleine bourre, joue en formation mixte (DJ et musiciens), dans la veine de l’album live de ses prestations avec le pianiste Bugge Wesseltoft, en attendant un album d'inédits. Puis Scratch Massive, le duo electro de Maud et Seb, qui troque les antres des clubbers pour la scène d'un festival. GORAN BREGOVIC > 17/10 > ZÉNITH www.le-zenith.com/paris Avec son truculent et rutilant Orchestre des Mariages et des Enterrements, le Bosniaque court le monde. Cette fois, l’auteur des BO des films de Kusturiça a relooké Carmen en version tzigane... mais avec happy end. Notre toreador des Balkans ne manque pas de piquant ! STACEY KENT > 17/10 > L’OLYMPIA (JVC FESTIVAL) www.loopproductions.com La New-Yorkaise a dû s'expatrier en Angleterre pour faire reconnaître son talent de chanteuse de jazz. Sa relecture des standards a mis Londres puis l'Europe à ses pieds. Elle s'est imposée comme une voix savoureuse, satinée. Voici venir son dernier opus Breakfast on a Morning Tram sur Blue Note. ET AUSSI... 20/09 Block Party avec DJ Muggs de Cypress Hill et Jazz Liberatorz au Bus Paladium. 21/09 Soirée Excuse My French avec DJ Gero + J.E. Moustic x J.D. Beauvallet en DJ au Batofar. 22/09 Nuits Noires avec Tony Allen live + DJs Aline (Nova) et Da Vince au Bus Palladium. 02/10 Buika au New Morning. 06/10 Sergent Garcia au festival Ovalie – Saint Denis. 07+ 08/10 Habib Koité à l’Européen. 09/10 Le Peuple de l’Herbe au Bataclan. 13/10 Headhunters au New Morning (JVC Festival). 18/10 Seun Kuti à la Cigale (JVC Festival). 18 au 20/10 Marcio Faraco au Sunside.


ART Rencontre avec le photographe JR

Les murs ont des Jeune photographe globe-trotter, JR dynamite le circuit traditionnel de l’art contemporain et expose ses travaux à même les murs des villes, de Montfermeil à Jerusalem. Portrait d’un vagabond.

C

hapeau blanc, lunettes noires, JR mène depuis sept ans une carrière clandestine et fulgurante. La nuit, il squatte les murs des villes, affichant ses photos en 10 mètres par 15. Il n’y a pas si longtemps les mairies lui collaient des procès. Aujourd’hui, elles lui prêtent leurs plus belles façades et il vient de plaquer 1,5 kilomètres de clichés sur les Rencontres d’Arles. Face 2 Face, son dernier projet, s’affiche à dessein « dans un des endroits les plus photographiés par les journalistes » : le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie. Fin 2006, il part sans aucune autorisation. Il choisit vingt corps de métiers, coiffeurs, restaurateurs, acteurs, sportifs… Un Palestinien et un Israélien, photographiés au 28 millimètres, grimaçant côte à côte comme pour renvoyer les uns autres. « Devant, les gens étaient souvent incapables de dire qui était quoi.» Victoire donc d’une mission que tout le monde disait impossible. JR passe 80 % de son temps à l’étranger, et le reste à travailler dans son atelier ou sur les toits de Paris. Cet enfant d’une imprécise banlieue ouest est discret sur sa biographie. Pas facile de lui tirer le portrait. On saura qu’il était mauvais en classe et a sauvé son bac ES grâce à la photo. Un vieil appareil trouvé dans le métro et dépoussiéré pour ce cas de force majeure. À 18 ans, JR taggue les toits et les tunnels. Il devient bientôt

ON PEUT PISSER SUR MES PHOTOS, ÇA NE JR ME DÉRANGE PAS.

« photograffeur », mitraillant ses amis en action. Il en a gardé la culture street et le goût de l’art à l’air libre. Proche du collectif Koutrajmé (Sheitan), il coréalise un reportage photo sur la vie quotidienne à Monfermeil. Premier affichage sauvage, première plainte. La presse en parle. C’était en 2004. Un an après, au même endroit, les banlieues s’embrasent. Ses photos font la une des quotidiens étrangers. Il y retourne et réalise le premier volet des portraits au 28 millimètres. JR est côté sur le marché de l’art contemporain, sans avoir jamais mis les pieds dans une galerie, au point qu’aujourd’hui il se demande à quoi ça lui servirait. Ses œuvres se vendent autour de 7000 euros, soit dix fois plus qu’il y a trois ans. «Je suis entré en biaisant tout le monde, sans rien connaître de la photo ni du milieu. » Autodidacte, il veut rester autonome. Il finance ses projets au fur et à mesure des ventes. Son succès ne l’institutionnalise pas parce qu’on lui donne des espaces vierges à sa mesure, comme récemment, la façade du Musée de la photographie à Amsterdam. JR ne conçoit plus son art sans colle, ni échafaudages. D’abord parce qu’il éprouve une sorte de jouissance, les mains au contact des murs. Et puis parce que si la photo habille le mur, le mur, lui, donne la matière. Il aime aussi voir la photo lui échapper. «On peut pisser dessus, ça ne me dérange pas.» De retour du Maroc, il va bientôt reprendre le large pour des projets au grand angle, Colombie, Tchétchénie, Afrique Noire, Brésil. Au fait JR, ça n’est pas junior, ni Dallas, juste des initiales – majuscules de rigueur. _Anna LHUNE www.jr-art.net

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Mars 2007, Les bonnes sœurs en actions coté palestinien


yeux

EXPOSITIONS LA MÊLÉE DES CULTURES 1ER SEPT. - 20 OCT. Coupe du monde de rugby oblige, le musée invite à découvrir les différentes cultures des nations de l’Ovalie. Outre un accent particulier mis sur le travail de l’artiste Greg Semu (Samoa), différents ateliers, conférences scientifiques et même retransmissions de matches sont prévus. Musée du quai Branly - 37, quai Branly, 75007 Paris.

J. DE GRUYTER, H. THYS… 13 SEPT. - 18 NOV. Après la projection de La Ricarda de l’artiste Michel François au MK2 Quai de Loire, le Plateau propose une exposition rassemblant trois des dix artistes ayant participé au film. Leurs pièces, surtout vidéo, rassemblent une galerie de personnages pris dans des situations allant du burlesque à l’absurde. Le Plateau - Place Hannah Arendt, 75019 Paris.

THE THIRD MIND 27 SEPT. - 3 JANV. Célèbre pour ses systèmes de correspondance, l’artiste Ugo Rondinone met ici en regard ses œuvres et celles de 31 artistes, sur le principe du cut-up réalisé par William S. Burroughs et Brion Gysin dans l’inédit The Third Mind. Une troisième voie passionnante. Le Palais de Tokyo - 13, avenue du Président Wilson, 75116 Paris.

LA PEAU / QU’EST-CE QUE TU FABRIQUES ? Pour l’inauguration de l’intégralité de la Cité, deux expositions sont proposées. La première sur la peau ou les enjeux de l’enveloppe d’un bâtiment. La seconde, plus ludique, sur la tour, que les visiteurs peuvent redécouvrir par le biais de jeux de construction. La Peau, du 15 septembre 2007 au 31 décembre 2008 Qu’est-ce que tu fabriques ? Du 15 septembre 2007 au 3 janvier 2008 Cité de l’Architecture et du Patrimoine 1, place du Trocadéro et du 11 novembre, 75116 Paris.

LE SITE

© JR-ART.NET

mariecaudry.laitboxe.com/index.htm À travers dessins et illustrations, Marie Caudry, installée à Bordeaux, décline un univers empreint d’onirisme et d’étrangeté, puisant dans la mythologie et les contes. Hommes-animaux, femmes à barbes et chevaliers y côtoient « les inventions du Professeur Patate », du « pull marrant » à la « baguette flûte à bec », en passant par le « monocycle à roulettes »… Dans des compositions en couleurs ou en noir et blanc, le trait, telle une maille, génère une série de formes récurrentes à géométrie variable évoquant cheveux, feu, eau et autres flux divers.

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LAURENCE LEBLANC

GALERIE VU : 2, rue Jules Cousin - 75004 Paris - Tél : 01 53 01 85 81 LAURENCE LEBLANC - « TO LIVE TILL DEATH IS NOT EASY » du 14 septembre au 3 novembre 2007 Entrée libre - du mercredi au samedi - de 14h00 à 19h00 & sur rendez-vous.


Sierra Leone, Freetown, mai 2005

Série : Les nonnes / Cambodge, 2003-2004

République Démocratique du Congo, Kinshasa, mai 2005

LAURENCE LEBLANC - TO LIVE TILL DEATH IS NOT EASY Laurence est une photographe extrêmement sensible dans sa faculté à capter une réalité multiple, aussi belle qu’insoutenable, aussi prégnante que fuyante, aussi exaltante qu’insupportablement triste et qui ancre son travail au coeur des mots de Pessoa : « Le monde extérieur est une réalité intérieure ». _Gilou LE GRUIEC

Brésil, avril 2007


TRIBUNE LIBRE Quels films montrer aux collégiens et aux lycéens ?

Oublier Murnau Cet été, on a beaucoup parlé du Prix 2007 de l’Éducation Nationale, attribué lors du dernier festival de Cannes à 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Le ministre Xavier Darcos s’est inquiété de la «violence» de ce film roumain et s’est un temps opposé à sa diffusion dans les collèges et les lycées, avant de se rétracter. Si le film sera donc bien montré dès la rentrée dans les classes, la question de l’éducation à l’image reste, elle, d’actualité : à travers quels films affiner le regard des élèves? TROISCOULEURS donne la parole à François Bégaudeau, professeur agrégé de français, écrivain et critique de cinéma.

N

e nous épuisons pas à déplorer que le Ministère une chance unique de découvrir des films dont ils n’ont de l’Éducation ait semblé embarrassé par son Prix pas idée de l’existence. Je réponds qu’ils viendront d’euxattribué à 4 mois, 3 semaines, 2 jours, la Palme mêmes aux chefs-d’œuvre pour peu qu’on ait réussi à les d’Or 2007. Il est souvent arrivé, il arrive, il arrivera attirer dans la nasse du cinéma, et que dans cette optique, encore que les institutions s’interposent héroïquement entre la priorité est d’appréhender le cinéma moins comme un art des films jugés nocifs et une jeunesse forcément incapable de que comme un artisanat. Non pas : que raconte Anthony les appréhender avec distance. Venons-en plutôt aux deux Mann, quel imaginaire singulier fait de lui un auteur au même questions élémentaires posées par l’introduction du cinéma à titre que Flaubert ; mais plutôt : comment ça se fabrique l’école : quels films montrer et quoi montrer dans ces films ? un film ? comment ça marche le cinématographe ? Neuve, la problématique recoupe cependant des débats vieux Rien de tel, alors, que la pratique, et il faut de toute urgence comme l’enseignement de la littérature, et toujours vifs. débloquer des fonds afin d’équiper dûment les établissements Le cours de français a-t-il pour objectif la transmission d’un scolaires. Mais les projections demeurent pertinentes si on patrimoine culturel, ou d’initier à la lecture et à l’écriture quitte prend le temps de décomposer des scènes, d’en examiner les à se donner des supports de moindre qualité ? En d’autres coutures. Souvenir d’une classe de première, en 2001 : je leur termes : puis-je faire l’impasse sur Racine si je constate passe Sixième Sens, de Shyamalan, puis je le ramène au plus que l’étude en est très difficile à des élèves peu familiers simple. Voyez, ça c’est le champ, ça c’est le contre-champ, et de la chose écrite ? En d’autres termes QU'ON SE REPRÉSENTE BIEN LE RISQUE DE encore : le texte est-il une fin en soi ou le prétexte à une réflexion collégiale sur la DÉGOÛTER DANS L'ŒUF DES JEUNES GENS À QUI langue, le récit, les idées, etc. Prof dans UN FILM DE 1995 SEMBLE DÉSUET. des quartiers difficiles pendant dix ans, j’ai tranché dès que je me suis rendu compte que la moitié de vous savez quoi ? ils n’ont pas été tournés au même moment, ma première classe de seconde ne captait rien à L’École des peut-être même pas le même jour, et ce n’était peut-être pas femmes. D’autres profs tranchent à l’inverse et persistent à Bruce Willis qui donnait la réplique à l’enfant-héros, peut-être remonter le fleuve de l’histoire littéraire en ramant comme qu’il se reposait dans sa caravane à ce moment. Bouches des galériens à contre-courant. Libre à eux. bées des élèves, splendeur pédagogique, triomphe de moi. En cinéma, même combat. Si le but est de faire découvrir Les profs de français, à qui est encore majoritairement confiée Murnau et Antonioni, alors passons L’Aurore et L’Avventura l’initiation au cinéma en attendant la création d’un Capes ad de 14 à 16 le vendredi en salle 203. Mais qu’on se représente hoc, paniquent devant la tâche, et paniqueront d’autant plus bien le risque de dégoûter dans l’œuf des jeunes gens à qui qu’on les privera de la béquille littéraire (analyser un film avec un film de 1995 semble désuet, et qui n’ont quasi rien vu de finalement les mêmes recettes sémiologiques qu’un livre). On ce qui s’est tourné avant leur naissance. On pourrait donc ne sait pas faire, diront-ils. Mais justement, dirai-je : qu’ils envisager des supports légèrement moins préhistoriques. acceptent d’être ce que Jacques Rancière appelle un maître Trouver des compromis. Et même profiter d’une aubaine que ignorant, partant du même point zéro que les élèves et s’initiant l’enseignement de la littérature n’offre pas : les adolescents en même temps qu’eux, en ajustant leur cours à leurs propres ont une pratique de l’objet auquel nous sommes censés les questions. Discipline neuve au sein de l’école, le cinéma initier. Ils voient des films, quoi. Davantage qu’ils ne lisent. fournit une occasion inespérée d’y injecter une pédagogie Partir donc de cette pratique spontanée et l’enrichir de égalitaire et efficace, égalitaire parce qu’efficace, efficace l’intérieur. On objectera que l’école sert à extirper les élèves parce qu’égalitaire. _François BÉGAUDEAU de leur univers culturel, qu’elle représente pour certains

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illustration : © Arnaud Pagès

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RÉSEAUX Le web communautaire, allié des R.G. ?

Donner ses donn Le lancement de Spock, un moteur de recherche «biographique», et le succès de Facebook, réseau social très intrusif, alimentent la crainte d’un Big Brother généralisé sur le web. L’anonymat existe-il encore sur le réseau ?

A

u cœur de l’été, le webzine Slate a sorti une petite bombe qui a fait ricaner toute l’Amérique politique : la fille de Rudolph Giuliani, candidat à l’investiture républicaine, soutient Barack Obama, en lice pour être investi par les démocrates ! Comment ont-ils dégoté un tel scoop ? Le plus simplement du monde, en visitant le profil de la fille Giuliani sur le site communautaire Facebook. Comme toutes les étudiantes de son âge, elle y affichait benoîtement, entre autres informations, ses préférences politiques. Facebook, site américain qui revendique plus de 30 millions d’inscrits, repousse S’IL EST ÉCRIT QUELQUE PART SUR LE WEB QU’ON les limites de l’exhibitionnisme sur le web. L’internaute est sans cesse A EU UN ACCIDENT DE VOITURE, ON SERA CLASSÉ PAR questionné sur sa vie privée et livre SPOCK COMME MAUVAIS CONDUCTEUR. sans s’en rendre vraiment compte des données très personnelles : sa situation sentimentale, ses choix politiques, son numéro de portable ou même le temps passé en couple avec ses ex-petit(e)s ami(e)s… Les réseaux sociaux s’immiscent de plus en plus loin dans notre intimité. Ils quadrillent nos vies : le parcours scolaire est archivé sur Copains d’avant, le C.V. est disponible sur Linked In, les photos de beuverie sont sur MySpace, les petits secrets écument les blogs… Mais jusqu’à présent, il était difficile de regrouper toutes ces informations éparses. Le lancement du site spock.com le 8 août a mis fin à ce flou biographique. Spock est un outil redoutable, un moteur de recherche spécialement conçu pour aspirer toute l’information liée à un nom de personne. « S’il est écrit quelque part sur le web

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qu’on a eu un accident de voiture, on sera classé par Spock comme mauvais conducteur », explique Roland Piquepaille, bloggeur sur le site américain zd.net. Les fiches nominatives sont ensuite modifiables par les internautes, sur le modèle de Wikipédia. Pour l’instant, 100 millions de personnes sont indexées sur le site, principalement des Américains, mais la vocation de Spock est hégémonique, alimentant les craintes de voir naître un incontrôlable Big Brother. Seule garantie : toute personne qui en fait la demande peut être retirée de l’index Spock. L’utopie du web 2.0 pourrait virer à l’aigre. À renseigner sans cesse ses profils sur les sites communautaires, l’internaute a fini par se constituer lui-même sa fiche des R.G. Mais qu’est ce qui nous pousse à divulguer à la terre entière des renseignements pourtant strictement personnels ? Le sociologue Henry-Pierre Jeudy donnait un début de réponse dans une tribune pour Libération le 30 juillet : «La croyance en une semblable communauté d’intimités fait oublier l’impression même d’exhibitionnisme. […] La pudeur n’est plus une raison de se donner des limites, les secrets volontairement dévoilés le sont par tous de la même façon.» Les chasseurs de tête sont ravis. Le web est devenu un territoire rêvé pour dresser le profil d’un candidat et repérer d’éventuelles failles. « À partir du moment où on est sur Internet, l’anonymat n’existe plus », reconnaît, un peu désolé, Jacques Froissant, directeur du cabinet de recrutement Altaïde. Avant la mise au point de robots « nettoyeurs » de données, encore au stade embryonnaire, pour l’heure la seule solution est donc « d’avoir deux identités sur le web : une professionnelle et une plus personnelle ». Avec des moteurs de recherche comme Spock, il devient en effet dangereux d’inscrire son vrai nom lors de l’inscription à un site de réseau social. Si MySpace n’affiche pas de données nominatives sur son site, les robots avaleurs de pages persos ont les moyens de les retrouver. Le piège du web communautaire, qui a besoin d’être omniscient pour vendre ses publicités ciblées, s’est refermé.

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ées IN THE MOOD FOR ? Musicovery l’a bien compris : la musique, c’est avant tout un feeling. Cette radio ultra-moderne s’écoute en laissant glisser un curseur qui étalonne notre humeur du moment. http://www.musicovery.com

LIBÉRÉE Les anciens de Libération aiment créer des médias 2.0. Après le succès de Rue 89, c’est au tour d’Annick Rivoire de lancer son webzine. De la haute culture dans un écrin geek. http://www.poptronics.fr

LE JUSTE PRIX Deux artistes new-yorkais peignent les objets de leur désir et vendent leurs travaux au prix... des objets. Un tableau d’iPhone est estimé à 649,17 $, une nature morte à la choppe de bière se négocie à 7 $. http://www.wantsforsale.com

SMILY NASTY DANCING Le site de la nouvelle génération du clubbing, tout en fluo et en regards fatigués. En direct de Londres, le photographe Alistair Allan explore les bas-fonds de la scène electro. http://www.dirtydirtydancing.com

RUGISSEMENTS « Curieux journal curieux », Le Tigre est un mensuel alternatif au sein même de la sphère alternative. La version web affiche la même radicalité décalée : pas de pub et articles en PDF ! http://www.le-tigre.net

_Baptiste DUROSIER

MOT @ MOT

COPYLEFT

[kopilÂft] n.m. et adj.

(2004, jeu de mot formé à partir de l’anglais copyright, « droit d’auteur » et du mot left, « gauche » ou « laissé ») 1°. Autorisation donnée par l'auteur d'un logiciel à l'utilisateur d'user, modifier et distribuer gratuitement ledit logiciel. Ubuntu est un copyleft remplaçant avantageusement Windows. 2°. Désigne, dans les soirées mondaines organisées par des héritiers de 1969 reconvertis dans l’informatique, un couple aux moeurs libres, porté sur les échanges. Très mignonne ta copine Marcel, elle est copyleft ?

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JEUX VIDÉO Quand la musique mène le jeu

Home studio Faire sonner sa Gibson comme du Hendrix ? Un jeu d’enfants, petits ou grands. Tendance lourde de la rentrée avec notamment un nouveau volet de Guitar Hero, les jeux musicaux réconcilient les publics, jusqu’à synthétiser l’essence même du jeu vidéo.

L

a télécommande de la Wii n’est pas forcément la manette de jeu la plus tendance du moment. Car, franchement, peutelle soutenir la comparaison avec une majestueuse guitare, fidèle réplique (en plastique, certes, mais quand même) de la légendaire Gibson SG ? Malgré son prix bien supérieur à la moyenne – accessoire oblige –, Guitar Hero n’a cessé de gagner en popularité, chez les ados (re)découvrant le rock comme chez les fans grisonnants de Keith Richards. Depuis, le jeu a reçu une suite et, tout récemment, un récent volet eighties (Guitar Hero Encore : Rock the 80’s) en attendant, à la fin de l’année, TOUS LES SPÉCIALISTES EN TÉMOIGNERONT : POUR Guitar Hero III sur PS2, PS3, Wii et Xbox 360. Pendant ce temps, le AMÉLIORER SON SCORE, CE SONT D’ABORD L’OREILLE ET studio Harmonix, créateur des deux LE SENS DU RYTHME QU’IL FAUT TRAVAILLER. premiers Guitar Hero, s’apprête à aller encore plus loin avec Rock Band, qui invitera les joueurs à former des groupes devant leurs consoles grâce aux guitares, percussions et micro livrés avec le jeu… Non seulement le jeu musical s’est extrait du marché de niche dans lequel il vivotait, mais il a su gagner une place centrale. Une tendance inséparable de la volonté des éditeurs d’attirer un public différent, parfois plus âgé, souvent plus féminin, dont le meilleur exemple est la série Singstar, sur PS2 et, désormais, PS3. Oubliées les manettes pleines de boutons intimidants. Tout le monde sait tenir un micro. Tout le monde aime le karaoké, non ? L’histoire commence en fait en 1996, lorsque le musicien japonais Masaya Matsuura s’associe au dessinateur américain

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Rodney Greenblat pour donner naissance à PaRappa the Rapper, pionnier très juvénile (son héros fut aussi celui d’un dessin animé pour enfants) et néanmoins ardu du jeu musical qui vient de ressortir sur PSP. Le principe y est simple, que reprendront nombre de ses successeurs, de Dance Dance Revolution (gros succès dans les salles d’arcade avec son tapis de danse) à Guitar Hero, en passant par le très culte Elite Beat Agents paru en juillet sur DS. Des indications – icônes, flèches, chiffres, couleurs... – s’affichent à l’écran, auxquelles le joueur répond par une action appropriée, généralement en pressant au moment requis la bonne touche de la manette. Rien de plus simple et ennuyeux ? Bien au contraire : ladite manette ou l’objet qui s’y substitue (des bongos, des maracas, une Gibson SG...) se change en instrument, même primitif, dont il s’agit de jouer correctement, l’œil rivé sur l’écran-partition. Et tous les spécialistes en témoigneront : pour améliorer son score, ce sont d’abord l’oreille et le sens du rythme qu’il faut travailler. Sans oublier de soigner ses attitudes, histoire d’impressionner encore davantage les éventuels spectateurs... Ainsi s’opère un glissement progressif d’un sens à un autre du verbe « jouer », du gamer au musicien, alors que le genre se développe aux deux extrêmes du spectre vidéoludique, des productions les plus commerciales aux plus scintillantes embardées expérimentales – voir Rez ou Lumines de Tetsuya Mizuguchi. La musique est ce qui fait le lien, sur DS, entre l’ahurissant Electroplankton de l’artiste Toshio Iwai et le très grand public Jam Sessions : ma guitare de poche, à paraître cet automne. Sans doute parce que le genre figure une sorte de modèle théorique idéal du jeu vidéo. Car il tire sa dynamique d’une interrogation sur les fondements de l’interaction et sur le rôle même du joueur, entre singe savant, sportif performant, rouage d’un système cybernétique et interprète singulier. Qui se retrouve alors libre d’accomplir ce qui n’était qu’en germe dans le programme informatique. À sa manière, peut-être unique. _Erwan HIGUINEN

HEAVENLY SWORD Flamboyant « beat them all », Heavenly Sword est un candidat sérieux au titre de jeu le plus abouti techniquement du monde. Et le plus furieux. Disponible : 12 septembre Éditeur : Sony // Plateforme : PS3

SUPER PAPER MARIO Après deux Paper Mario orientés jeu de rôle, la plateforme reprend ses droits dans ce volet toujours aussi délirant et qui ose un étonnant mélange 2D-3D. Disponible : 14 septembre Éditeur : Nintendo // Plateforme : Wii

MY SIMS Les célébrissimes Sims renaissent sous l’influence d’Animal Crossing dans un jeu plus cartoon que sitcom et résolument grand public. Disponible : 20 septembre Éditeur : Electronic Arts // Plateformes : DS et Wii

HALO 3 Attendue comme le messie par les possesseurs de Xbox 360, la suite du fameux jeu de tir futuriste est à l’approche. Et s’annonce époustouflante. Disponible : 26 septembre Éditeur : Microsoft // Plateforme : Xbox 360

SEGA RALLY Le rallye made in Sega revient aux sources de la saga née en 1995 : tout pour le plaisir de la course et au diable le réalisme ! Disponible : 28 septembre Éditeur : Sega // Plateformes : Xbox 360, PS3, PSP, PC.

LE SITE www.henryjenkins.org S’il traite aussi de télévision, de cinéma ou de bande dessinée, le blog de l’universitaire américain Henry Jenkins n’en est pas moins une adresse essentielle pour qui recherche une réflexion à la fois savante et très informée sur le jeu vidéo, dont il est un grand défenseur autant qu’un éminent critique. L’auteur (entre autres) de From Barbie to Mortal Kombat : Gender and Computer Games et professeur au MIT a par ailleurs eu la riche idée d’y entrecouper ses longs et passionnants billets d’interviews et, récemment, d’extraits de thèses de ses étudiants.

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VIDÉO À LA DEMANDE www.mk2vod.com

SNOW CAKE Marc Evans

Sur fond de deuil et de neige, Marc Evans réalise un drame intimiste lumineux. À voir ce mois-ci sur MK2vod.

A

ucun flocon de neige ne ressemble à un autre. Linda aussi ne ressemble à personne. Autiste, elle voue une passion aux boules lumineuses et n’aime rien tant que de se rouler dans la neige, quand elle n’invente pas des mots au scrabble. Mais sa fille meurt dans une collision sur la route. L’adolescente avait été prise en stop par un homme taciturne, sorti indemne de l’accident. Rongé par la culpabilité, il se rend chez Linda. Au contact de cette femme atypique, que le décès de sa fille ne semble pas affecter, il se reconstruit le temps d’un court séjour. Pudique, Snow Cake séduit par sa poésie, empreinte d’humour. Les paysages de lacs gelés se font l’écho du monde intérieur de personnages dévastés. Cœurs en hiver, les héros de ce film délicat se réchauffent à l’aura d’une femme fantasque, qu’interprète avec beaucoup de finesse Sigourney Weaver. Jamais caricatural, le film de Marc Evans rappelle que sous la glace brûle le feu d’existences brisées, que sauve parfois la grâce d’une simple rencontre. _S.M.

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CYCLE DÉCOUVERTE La sortie en DVD et en VOD des films Itchkéri Kenti et Requiem For Billy the Kid est l’occasion de remettre un coup de projecteur sur la « collection cinéma découverte » éditée en DVD par MK2. Parce que des films superbes et originaux, défiant les formats établis, existent encore de par le monde, de la Belgique de L’Iceberg à l’Iran de Gabbeh , en passant par le Bangladesh de L’Oiseau d’argile.

LE CINÉMA ESPAGNOL Après l’Italie début juillet, c’est au tour de l’Espagne d’être à l’honneur sur MK2vod. Sous l’impulsion d’auteurs de la trempe d’Alejandro Amenabar, Julio Medem ou Jaume Balaguero, le jeune cinéma espagnol revient en force depuis quelques années, après quelques décennies de disette artistique. De quoi faire revivre le souvenir de l’inégalable Luis Buñuel, dont sept films sont présentés sur notre plateforme. Viva España !

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SHOPPING Sélection d’objets rugbyphiles

Salon ovale DE LA BALLE Pour s’inscrire au-dessus de la mêlée et plaquer la concurrence, mieux vaut se procurer le ballon qui fera la différence. Chanel a eu l’idée de créer, spécialement pour la Coupe du monde, une merveille graphique chic et choc. Deux options : caoutchouc noir et blanc, frappé du célèbre logo de la marque ou un modèle collector en cuir. Dans les deux cas, passe fashion gagnante assurée ! Ballon caoutchouc Chanel 130 € / ballon cuir sur demande.

ECRAN PLAT POUR ACTION EN RELIEF Le plus important : un poste de télévision époustouflant qui permette de ne pas perdre une seule action. Avec son écran plasma de 50 pouces et son système de correction de la lumière Vision Clear, ce modèle luxueux proposé par Bang & Olufsen est peut-être le plus beau du marché. Quant à son disque dur de 250 Go, il permet d’enregistrer en direct, de suspendre et de reprendre le cours du match. Pratique pour les pauses snacking… Téléviseur BeoVision 9, Bang & Olufsen. À partir de 20 140 €.

ESPRIT D’ÉQUIPE La collection Globos, imaginée par le créateur italien Stefano Bigi pour l’éditeur Cividina, colle exactement à l’esprit rugby. D’abord un design ovale très pop, très gai. Ensuite une modularité exemplaire : les poufs intégrés dans les structures des fauteuils et des bancs permettent en effet de doubler le nombre d’assises en un clin d’œil. Parfait pour recevoir à l’improviste toute une équipe de copains à la maison ! Collection Globos by Stefano Bigi : un fauteuil et un banc 4 places, en fibre de verre renforcée plastifiée et revêtue de polyuréthane expansé indéformable et fibres de polyester. Revêtement général cuir et tissu. Renseignements : www.lacividina.com

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Le coup d’envoi de la Coupe du monde vient juste d’être donné. Tout un mois de folie pour vibrer au rythme du rugby… Alors, pas question de regarder les matches dans de mauvaises conditions ! Six objets rugbyphiles à l’essai, pour mieux transformer son salon pour l’occasion.


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LE BON COUP DE POMPE Élément essentiel à tout match de rugby qui se respecte, et argument décisif qui fera préférer le confort du salon à l’ambiance pas toujours très chic du pub du coin : la pompe à bière ! Imaginée par la marque Heineken pour la maison, elle vous permet de savourer de 18 à 20 demis frais par fût. Après, tout est une question de rythme… Le BeerTender de Heineken est disponible en deux modèles : un premier modèle Seb à 179,99 € / une version design Krups à 249,99 €. Renseignements et achat en ligne : www.heineken.com (réservé aux plus de 18 ans).

POINTS VERTS Pour comptabiliser les points et suivre les scores de son équipe préférée, n’importe quel stylo ne fait pas l’affaire. Le Greenball de Pilot est le meilleur allié possible. Car son nom est un clin d’œil au tournoi, et surtout, c’est le premier stylo-bille fabriqué à base de plastique recyclé (68%). Une bonne idée pour transformer l’essai écolo. Greenball de Pilot : stylo à encre liquide, pointe conique 0,7 mm. Rechargeable. En vente dans les magasins spécialisés. 2.50 € l’unité prix conseillé.

EN ROUTE POUR LA GLOIRE Si, après le match, vous voulez aller retrouver des amis pour une troisième mi-temps d’anthologie, choisissez bien votre monture. La série limitée Peugeot 207 RWC 2007 semble toute qualifiée ! Appuis-tête avant ballons de rugby, surtapis monogrammés RWC et badge portière RWC. La victoire est peut-être au bout du moteur... Série limitée Peugot 207 RWC : 1,4 ou 1,6 L. Plusieurs choix de finitions / options possibles. Renseignements : www.tousaucoeurdelamelee.com ou revendeurs agréés. _F.V.

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SCIENCE-FICTION

La chronique des objets de demain... La pelouse du futur

Gazon maudit L’Université du Tennessee a récemment découvert une herbe résistant aux désherbants les moins affables. Petite pousse mais patrimoine génétique costaud, «l’amarante réfléchie » est le caïd des pelouses du futur. De quoi rendre verts les organisateurs de la Coupe du monde de rugby 2057.

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Triiiiiiiit ! » Coup d’envoi du match opposant le XV de France à lui-même. Si le lecteur n’entrave tintin à mon débit, c’est qu’après l’invasion junglesque des pelouses de l’Hexagone par l’« amarante réfléchie », les règles du jeu de William Webb Ellis ont quelque peu changé. Chaque membre du XV joue contre les membres de son équipe nationale, sous les yeux du ministre titulaire des sports, Bernard Laporte Jr, démissionnaire. Le but du jeu étant de poser son œuf d’autruche à l’orée de la forêt du Stade de France sans faire d’omelette, dans un dédale d’obstacles qui fait passer Jumanji pour un safari-photo équitable. En cas de victoire, le joueur remporte le portefeuille ministériel.

La lisière du bois est à portée de vue, mais un All Black surgit des marais Pukaki pour me mettre des bâtons dans les roues. Ma monture se cabre et me voilà poursuivi par un bataillon de géants vociférant un Hakka des plus effrayants. Pour me rassurer, je pense à Booba, cette diva du début de siècle : « Je suis un pitbull, je suis un pitbull, je suis… » Capturé et tenu en laisse comme un caniche nain, je vais finir en mouillettes pour mon œuf d’autruche. Le salut des rugbymen passera par le gazon synthétique. _Etienne ROUILLON

LA PELOUSE SYNTHÉTIQUE EN SYNTHÈSE Les chercheurs de l’Université du Tennessee n’ont pas encore réfléchi à une éventuelle commercialisation de leur « amarante réflechie », et on les comprend. En attendant, d’autres solutions existent. « Pelouse synthétique plus vraie que nature » dit ainsi le slogan de ma-pelouse.com, qui propose toute une gamme de gazons artificiels novateurs. Mélange de trois couleurs, texture douce et brins « concaves », on jurerait qu’ils sentent la terre. Il est toutefois inapproprié de se soulager dedans. 55 € C’est le prix du mètre carré de pelouse synthétique, soit le tribut à payer si vous kidnappez un Vélib’ pendant 14 heures.

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illustration : © Thomas Dapont

Ailier gauche, j’évite aisément les plaquages à droite par une tribu de pygmées armés de Tasers rudimentaires. « Dose mumixam ! » bafouille dans un dialecte élyséen leur chef Khâ le Chër. La végétation étouffante s’efface et j’avance prudemment dans une steppe bessonienne, où des Minimoys en survet’ draguent une Schtroumpfette déchirée aux champis. Soudain, pris de panique, ils s’engouffrent dans leur cité des morilles. « Di-ding ! di-ding ! » Un tintement menaçant grossit au loin : je suis en plein dans le chemin de transhumance d’une horde de Vélib’ sauvages. La pédale dure et les pignons déchaînés, ils se ruent sur moi. Mon œuf d’autruche sous le bras, j’exhibe à temps mon Pass Navigo et les Vélib’ dociles se proposent de me prendre en selle.


Trois Couleurs #55 – Septembre 2007  

PHOTOGRAPHIE COUVERTURE : Richard DUMAS au Baron / RÉDACTEUR EN CHEF : Elisha KARMITZ