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CINÉMA I CULTURE I TECHNOLOGIE

NUMÉRO 53 I JUIN 07

Persépolis RENCONTRE AVEC LES RÉALISATEURS V. PARONNAUD ET M. SATRAPI

+ NUMÉRO SPÉCIAL BD AVEC LUZ, BLUTCH, DUPUY-BERBÉRIAN...


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CINÉMA 06_ 14_

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Tendances, Ciné Fils, Regards Croisés, Scène Culte ON VOUS AIME : Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud PLEIN ÉCRAN : Persépolis de M.Satrapi et V. Paronnaud Delirious de Tom Dicillo Raisons d’État de Robert De Niro LE GUIDE des sorties en salles

CULTURE 36_ 38_ 40_ 42_ 44_ 46_

DVD : Les adaptations de BD au cinéma LIVRES : BD et musique MUSIQUE : Justice en procès LES BONS PLANS DE ART : Annette Messager PAR : Hugues de Wurstemberger

TECHNOLOGIE 48_ 50_ 52_ 54_ 56_ 58_

TRIBUNE LIBRE : L’ogre Google RÉSEAUX : Le «Net Art» JEUX VIDÉO : Shigeru Miyamoto VIDÉO À LA DEMANDE : Confessions of Pain SHOPPING : Le high-tech solaire et écolo SCIENCE-FICTION : La cape d’invisibilité

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SOMMAIRE # 53 ÉDITO LA DIALECTIQUE DE MARJANE La BD n’est plus un genre mineur. Elle le fait savoir en tissant avec succès des passerelles vers d’autres formes de création. Blutch a initié la vogue des « concerts dessinés », Luz se convertit en DJ electro-rock et Joann Sfar prépare l’adaptation au cinéma de son best-seller Le Chat du Rabbin. Mais dans ce registre, c’est Marjane Satrapi qui tient le haut de l’affiche. La jeune Iranienne, immigrée en Autriche à l’âge de 14 ans, s’impose aujourd’hui comme le chef de file d’une génération de dessinateurs talentueux qui font voler en éclats, depuis le début des années 1990, le format classique de la BD. Coréalisatrice avec Vincent Paronnaud du très attendu Persépolis, l’originalité de Satrapi consiste à transformer une vie faite de paradoxes en dialectique subtile. De la République Islamiste à la République Française, de la Burka à Iron Maiden, de la bande dessinée indépendante, au sein de l’Association, à la consécration institutionnelle lors du dernier Festival de Cannes, Marjane exploite ces contradictions pour nourrir son œuvre. Son ambition est simple : «Donner à une histoire singulière une portée universelle.» Seuls les grands artistes y parviennent. À vous de juger. _Elisha KARMITZ

EDITEUR MK2 MULTIMÉDIA / 55 RUE TRAVERSIÈRE_75012 PARIS / 01 44 67 30 00 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION > Elisha KARMITZ I RÉDACTEUR EN CHEF > Elisha KARMITZ elisha.karmitz@mk2.com I DIRECTEUR DE LA RÉDACTION > Auréliano TONET aureliano.tonet@mk2.com / troiscouleurs@mk2.com I CONSULTANTE > Florence VALENCOURT florence.valencourt@mk2.com I LE GUIDE > Bertrand ROGER bertrand.roger@mk2.com I SECRÉTAIRE DE RÉDACTION « LE GUIDE » > Caroline LESEUR caroline.leseur@mk2.com I ÉVÉNEMENT > Maud BAYOT maud.bayot@mk2.com I LIVRES > Pascale DULON pascale.dulon@mk2.com I CINÉMA / DVD > Sandrine MARQUES sandrine.marques@mk2.com I MUSIQUE > Auréliano TONET I INTERNET/JEUX VIDÉO > Anna MAZAS anna.mazas@mk2.com I HIGH-TECH > Etienne ROUILLON etienne.rouillon@mk2.com ISTAGIAIRE > Léo RUIZ leo.ruiz@mk2.com I Ont participé à ce numéro : Christophe ALIX, Romain BRETHES, Tristan CLAIR, Thomas CROISY, Antonin DELIMAL, Sofia GUELLATY, Florian JARNAC, Roland JHEAN, Anne de MALLERAY, Oscar PARENGO, Antoine THIRION, Anne-Lou VICENTE I ILLUSTRATIONS > Laurent BLACHIER, BLUTCH, Julien CANAVEZES, DUPUY-BERBÉRIAN, Fabrice GUENIER DIRECTRICE ARTISTIQUE & MAQUETTE > Marion DOREL marion.dorel@mk2.com I IMPRESSION / PHOTOGRAVURE > ACTIS I PHOTOGRAPHIES > Agence VU’, DR I PHOTOGRAPHIE COUVERTURE > Richard SCHROEDER (Gamma) DIRECTEUR DE LA PUBLICITÉ > Marc LUSTIGMAN / 01 44 67 68 00 marc.lustigman@mk2.com I RESPONSABLE CLIENTÈLE CINÉMA > Vincent OLIVE / 01 44 67 30 13 vincent.olive@mk2.com I RESPONSABLE EN CHEF DE LA PUBLICITÉ > Solal MICENMACHER / 01 44 67 32 60 solal.micenmacher@mk2.com © 2007 trois couleurs // issn 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006. Toute reproduction, même partielle, de texte, photos et illustrations publiés par MK2 est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. // TIRAGE : 200 000 EXEMPLAIRES // Magazine gratuit // Ne pas jeter sur la voie publique


Soko, so cool

Son folk doux-amer affole les compteurs MySpace. Derrière ce buzz se cache Soko, 21 ans, actrice de vocation, farouche et lucide face à ses récents succès musicaux. Il y a six mois, Soko n’osait pas toucher un instrument : «J’aime tellement la musique que je m’étais dit que ce serait honteux », se souvient-elle. La voilà aujourd’hui, par la magie d’Internet et avant même d’avoir signé son premier album, propulsée folk star jusqu’au Danemark, où toutes les places du concert ont été vendues en quatre heures ! D’un anglais fluide mâtiné d’accent frenchy, elle compose des chansons à la fois tendres, acides et directes. Bref, à son image : « Je n’ai pas envie d’aller vite parce qu’il y a une demande. Je veux me faire plaisir avant tout. » Une liberté qu’elle a pu mûrir dans sa déjà riche carrière d’actrice. Vocation à 5 ans, premier rôle à 16 ans, Stéphanie Sokolinski (son vrai nom), sous ses airs de poupée hippie, n’a pas froid aux yeux. Après Ma Place au soleil ou Dans les cordes, on la retrouvera bientôt dans Ma Vie sans Meg Ryan. Son rêve ? Jouer dans un film de Thomas Vinterberg. Pour l’heure, elle enchaîne les concerts et enregistre un E.P. en juin avec son idole, l’orfèvre pop Euros Childs. Elle avait peur de ne pas percer, n’étant la fille de personne ; sur ce plan-là au moins, Soko n’a plus de raisons d’avoir les chocottes. www.myspace.com/thesokos

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TENDANCES

CALÉ

DÉCALÉ

RECALÉ

Les rouflaquettes

La moustache

Le bouc

Les recherches musicales les plus poussées du mois sont l’œuvre du duo Justice et du fantasque Pascal Comelade. Soit les paires de pattes les plus stylées de l’Hexagone. Au poil ! (voir p. 40 / 41)

Drôles d’hurluberlus, Luz, The Brassens et Bianca Cocorosie ont un trait commun : ils arborent un superbe duvet poilu. La moustache n’est plus l’apanage des élus Verts : que ça se sache ! (voir p. 39)

De Kurt Cobain au Dude de The Big Lebowsky, les années 1990 l’ont porté au pinacle. Mais aujourd’hui, avec Di Caprio pour principal émissaire, le bouc se sent de plus en plus seul.

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(voir p. 10 / 12)


Tous en selles !

Quel est le point commun entre un acteur et une bicyclette ? Le plateau. Sans doute est-ce la raison pour laquelle les cyclistes tiennent le haut du pavé au cinéma. Retour sur quelques bobines en roue libre. Nos héros modernes enfourchent leurs vélos comme les cowboys jadis leurs montures. Fasciné précisément par les méthodes de distribution postale « à l’américaine », le facteur dégingandé d’un petit village entreprend une folle tournée à vélo dans Jour de fête. Tati le doux dingue n’est pas le seul à dérailler. Dans la même lignée burlesque, Pee Wee Herman (Les Aventures de Pee Wee) perd les pédales quand on lui vole sa rutilante bicyclette rouge qu’il retrouve après moult péripéties. D’autres n’ont pas cette chance. Le chômeur désespéré du Voleur de bicyclette voit ses espoirs de vie meilleure anéantis après le vol de son instrument de travail. Argument repris par Wang Xiaoshuai dans Beijing Bicycle et par Tran Anh Hung dans Cyclo. Des coups de pompe qui n’entament pas la détermination d’un petit coureur cycliste (Le Vélo de Ghislain Lambert), ni d’un futur champion enlevé par la « mafia française » des Triplettes de Belleville. Couramment associé à l’enfance, l’engin que conduit comme un dératé le gamin de Taste of Tea accompagne ses observations fantaisistes, mais aussi les visions de terreur du jeune médium de Shining. L’enfant passe la vitesse supérieure de l’angoisse sur un tricycle, lancé dans les couloirs d’un hôtel infesté de fantômes. La bande son, qui se fixe aux roues emballées du vélo, provoque des réactions en chaîne. À l’une des plus grandes scènes de peur au cinéma succède l’émotion qui se prend dans les roues du culte E.T. L’alien disparaît dans le ciel, juché sur une bicyclette qui le relie une dernière fois à l’enfant qui l’avait recueilli. Dans l’art de nous faire rêver, le cinéma en connaît décidément un rayon !

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CINÉ FILS

La bande originale

ÉCOUTEZ LE CINÉMA : GODARD, MOCKY, VADIM, MCQUEEN… (Universal Jazz) La classieuse collection Écoutez le cinéma s’étoffe cet été de cinq rééditions. Outre les facéties de François de Roubaix pour JeanPierre Mocky ou celles de Michel Magne pour Roger Vadim, on signalera Histoire(s) de musique, qui réunit les partitions tranchantes et poétiques des films de JeanLuc Godard. Autre joyau, les compositions de Michel Legrand pour Le Mans et Le Chasseur, avec Steve McQueen : virtuosité alerte, finesse de jeu, la rencontre de deux hommes-cinéma, grands parmi les grands.

Le ciné-livre

CINÉMA BIS, 50 ANS DE CINÉMA DE QUARTIER de Laurent Aknin (Nouveau Monde Éditions)

Richement illustrée, cette encyclopédie raconte l’histoire du cinéma bis, de 1957 à nos jours. Projetés dans des salles miteuses, dotés de budgets misérables, peu considérés à leur sortie, les films bis sont « le Hyde du cinéma Jekyll », selon l’historien Laurent Aknin. Ancré dans des genres très codés (péplum, porno, kung-fu, horreur, SF...), ce cinéma possède aussi ses génies transgressifs, de Klaus Kinski à Mario Bava. La preuve : au milieu des navets, la présence d’un titre aussi savoureux que Prenez la queue comme tout le monde.


TRAIT LIBRE

Pour TROISCOULEURS, l’artiste Simon Dara revisite les affiches de grands classiques de l’histoire du cinéma. Ce mois-ci L’Inspecteur Harry de Don Siegel.

Graphistes, illustrateurs, artistes, si vous souhaitez participer à la rubrique Trait Libre, envoyez nous vos créations à l’adresse suivante : marion.dorel@mk2.com

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REGARDS CROISÉS

De Niro vs Di Caprio

© Illustration_Fabrice GUENIER

Un nom à particule, des ascendances italiennes et un mentor commun lient les destinées d’un acteur de génie, Robert De Niro, et d’une star du box office, Léonardo Di Caprio. Rencontre entre le perfectionnisme et l’exigence précoce.

B

eaucoup voient en Léonardo Di Caprio la relève éclatante de Robert De Niro. Léo, le jeune lion, serait la version moderne de son aîné, connu pour être une bête de travail. Formé à l’Actor’s Studio, De Niro le polymorphe prépare toujours avec soin ses compositions. On lui demande d’incarner un chauffeur de taxi (Taxi Driver) ? Le voici sillonnant les rues de New York pendant deux semaines pour s’imprégner de son rôle. Il doit se mettre dans la peau du champion de boxe Jack La Motta (Raging Bull) ? Il prend trente kilos. Pour New York, New York, il se mue en trompettiste émérite. Un Oscar le consacre pour Le Parrain 2. Dur pour Di Caprio de se hisser à un tel niveau d’excellence et d’assumer la lourde filiation qu’on lui prête. Elle a pourtant été entérinée, par la grâce de la fiction, dans Blessures Secrètes où De Niro campe un beau-père maltraitant Di Caprio. Mais la transmission est réellement opératoire avec Martin Scorsese qui a trouvé dans le héros romantique de Titanic son « nouvel homme ». Après une collaboration fructueuse en huit films avec De Niro, Scorsese emploie Di Caprio dans un triplé gagnant (Gangs of New York, Aviator, Les Infiltrés). « L’acteur pour minettes » a définitivement gagné en maturité. Le corps s’est épaissi, les choix artistiques se sont affermis, comme le prouve sa brillante collaboration avec Spielberg (Arrête-moi si tu peux !). À l’inverse, on reproche aujourd’hui à De Niro de « cachetonner » dans des comédies légères. Mais De Niro reste un acteur né quand Di Caprio est un comédien construit. À l’un la classe naturelle, à l’autre le froncement de sourcils cool. _S. M.

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SCÈNE CULTE The Big Lebowski

Zéros pointés LA PETITE HISTOIRE : Personnage récurrent chez les frères Coen (Fargo, O’Brother), « le gros qui crie » symbolise l’impuissance et le mutisme de l’Américain moyen face à l’intelligentsia républicaine. Cette figure est ici incarnée par Walter, vétéran de la guerre du Vietnam, déphasé face au matérialisme triomphant des années Reagan et Bush père. D’abord joueur de softball (version « light » du baseball), il devient après remaniement du scénario amateur de bowling, sport jugé encore plus ringard par les cinéastes, et référence avouée à Homer Simpson (le papa de Bart), loser ultime.

LE PITCH : Jeff Bridges campe le personnage de Lebowsky, alias le Duc (« The Dude »), à l'élégance toute californienne. Paresseux déjanté, ce guérillero de la cause hippie exige réparation : on a uriné sur son tapis par erreur. Si sa quête de vengeance va le sortir de sa vie lymphatique, rien ne le détournera de son occupation favorite : jouer au bowling avec son pote Walter (John Goodman). Leur équipe est ici en compétition contre celle du dénommé Smokey… [D’un coup magistral, Smokey fait tomber toutes les quilles] “ WALTER : Ligne !

WALTER : Ça compte pour le championnat, je me trompe? Je me trompe ? Je me trompe ? [en VO « Am I wrong ?»] SMOKEY : Je l'ai pas franchie la ligne ! Passe-moi le stylo! Je marque 8. [Walter sort un revolver de son sac. Il tire la culasse] WALTER : Tu vas souffrir. Marque 8 et tu vas souffrir... Tu vas souffrir. SMOKEY, apeuré : Duc, c'est ton partenaire.

SMOKEY : Quoi ?

WALTER : LE MONDE EST DEVENU FOU ? SUIS-JE LE SEUL À SUIVRE LES REGLES ? MARQUE 0 !

WALTER : Désolé, Smokey, t'as franchi la ligne. [Il parle au Duc] Tu marques 0.

[en VO « MARK IT ZERO!»]

SMOKEY : Tu déconnes ? Tu marques 8. WALTER : On est pas au Vietnam, il y a des règles ! LE DUC : Walter, c'est Smokey, il a mordu légèrement, c'est qu'un jeu.

[Walter met en joue Smokey, qui tremble de toutes parts] SMOKEY : Voila j'ai marqué 0... T'es content, espèce de fou? WALTER : Ça compte pour le championnat… [Il range son pistolet]

John Goodman dans The Big Lebowsky de Joel et Ethan Coen, 1996 (disponible en DVD chez Universal) 12 I TROIS COULEURS_JUIN 07


Š Blutch

ON VOUS AIME... Marjane Satrapi / Vincent Paronnaud


Du 9ème au 7ème art ’est dans son appartement parisien que Marjane Satrapi nous reçoit pour parler de son premier film d’animation, Persépolis, Prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes, adapté de la bande dessinée du même nom. Succès critique et public, les quatre tomes de Persépolis ont été publiés entre 2000 et 2004 par L’Association, fleuron de la BD indépendante française. Chez le même éditeur, on trouve aussi les albums du dessinateur Vincent Paronnaud, alias « Winschluss », qui a co-réalisé avec Marjane l’adaptation de Persépolis au cinéma. Ces deux cinéphiles nous racontent leur rencontre et la genèse, étalée sur trois ans, de ce projet singulier.

C

Comment est né Persépolis – le film ? MARJANE_Peu après la sortie de mon livre aux États-Unis, j'ai reçu des propositions incroyables, des choses incongrues. Quand le producteur m'a proposé de faire un film, j'en ai directement parlé avec Vincent, avec lequel je partageais le même atelier. Vincent et moi, nous sommes tous les deux issus de la BD indépendante, mais rien ne laissait présager que nous allions faire un film un jour. Nous avons décidé de le faire, nous avons appris à le faire. Ce qui était intéressant, c'était cette occasion d'explorer un autre univers. J'aurais pu faire Persépolis tome 5, 6 ou 7, mais aller hors des sentiers battus était bien plus excitant. C'était un défi pour moi : faire quelque chose que je ne savais pas du tout faire auparavant. Le film s’inspire de l’histoire personnelle de Marjane. Vincent, n’était-ce pas délicat de travailler sur un matériau si intime ?

VINCENT_Je me suis impliqué émotionnellement dans le projet très tôt, dès le scénario en fait. Avec Marjane, nous avons beaucoup JE ME SUIS APPROPRIÉ SA VIE ALORS QU'ELLE, DE SON parlé, beaucoup échangé. Je me V. PARONNAUD suis approprié sa vie alors qu'elle, CÔTÉ, ESSAYAIT DE S'EN DÉTACHER. de son côté, essayait de s'en détacher. Nous avons finalement réussi à intellectualiser le propos. Elle avait besoin de sortir de sa BD, nous avons travaillé cet aspect. Nous avons essayé de désincarner Marjane, de la rendre fictionnelle. MARJANE_La recherche du véridique, du vrai à tout prix est surestimée. Ce sont les journalistes de presse et de télévision qui cherchent la vérité. Moi, j'ai écrit une histoire. Cette quête de réalité est le résultat de notre époque, des reality-shows notamment. Nous sommes tellement déçus par les mensonges de certains médias que nous sommes amenés à chercher la vérité chez les artistes. Mais à partir du moment où l’on utilise la réalité pour raconter une histoire, elle devient fiction. Un scénario de film est entièrement fictionnel. D'ailleurs, je me suis détachée encore plus que pour la BD de ma propre histoire. Vincent a bien compris qu'il fallait faire de cette histoire particulière une histoire universelle, où chacun pourrait se reconnaître.

Pour TROISCOULEURS, le dessinateur Blutch a croqué ses «confrères» Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. «Il fallait éviter de les faire passer pour un couple, tout en montrant qu’ils travaillaient ensemble, explique l’auteur de La Volupté. Je me suis inspiré de l’affiche originale de La Tour infernale, où les deux vedettes du film, Steve McQueen et Paul Newman, sont sur un quasi-pied d’égalité, même si l’un est légèrement favorisé… J’ai aussi pensé au photographe Martin Parr, à sa splendide tristesse. Je voulais un décor à la fois «cannois» et sensuel – la mer –, mais en même temps éviter le côté «mer bleue». Et ça a donné ça.» 15 I TROIS COULEURS_JUIN 07


Quelle est donc cette histoire universelle que Parlez-nous de votre rencontre avec Catherine raconte Persépolis ? Deneuve, Chiara Mastroianni, Danielle Darrieux et Simon Abkarian… M_Il arrive que des personnes subissent, sans les vouloir, de grands changements politiques. Elles finissent par être les M_Il me les fallait, parce que ce sont les meilleurs ! victimes de leur propre pays. Et je ne parle pas seulement de Je savais que Deneuve aimait mon travail, car elle m'avait mon pays. Dans ce film, qui se passe essentiellement en Iran, demandé de participer à un numéro spécial de Vogue dont elle à partir du moment où le spectateur se met dans la peau du était rédactrice en chef. Les autres ne me connaissaient pas, personnage, c'est le voyage que l'héroïne fait en Autriche qui j'ai simplement envoyé le scénario et ils ont tout de suite dit devient exotique à ses yeux ! oui. Ils ont été magnifiques. Chiara a le rôle le plus dur, elle doit suivre la petite Marjane de l'enfance à l'âge adulte. Elle est très perfectionniste, très professionnelle Dans vos interviews, vous déclarez que dans son travail. J’ai été très honorée de s'il n'y avait pas eu Vincent, vous auriez fait du collaborer avec eux. Nous avons décidé Bergman en plus lent. Vous évoquez aussi de les enregistrer un par un, avant même l'expressionnisme allemand et le néode dessiner leurs personnages. Les réalisme italien, influences que l'on mouvements de bouche ont ainsi été retrouve dans Persépolis. Vous sentezplus cohérents, les acteurs n'étant vous prêts à passer à la réalisation plus tenus par l'image. D’une certaine d’un film traditionnel? manière, les dessins ont été adaptés V_Oui, absolument. C'est notre au jeu des comédiens. prochain projet. En co-réalisation et coécriture. S'il ne devait rester qu'un message du M_Nous formons un binôme qui film, lequel serait-ce ? fonctionne très bien. On se complète parfaitement, jusque dans nos narcissismes ! Nous avons beaucoup de projets M_Par le biais des médias, certaines populations ensemble. Nous voulions faire un vrai film, mais nous ne sont transformées en notions abstraites, désincarnées. Le pouvions le faire qu'en animation. Si nous avions tourné en journal télévisé annonce 150 ou 200 morts dans tel attentat. images réelles, nous aurions perdu la portée universelle du Notre rôle, en tant qu’artistes, c’est de susciter de l’empathie propos. Ce choix s'est imposé. Cependant, nous voulions chez le spectateur, qu’il puisse se dire : «ça aurait pu être moi». pousser au maximum le côté cinématographique du dessin, ce Je voulais montrer la vie quotidienne d'une famille en Iran pour qui était d'ailleurs assez difficile à expliquer aux animateurs. incarner tous ces gens dont parlent les médias. Un peuple, c’est Nous n'avons aucun dédain pour le dessin animé, mais notre une notion abstraite. En parlant d’une personne en particulier, référence de base est le cinéma. J’ai d’abord abordé ce projet on a finalement plus de chances de tendre à l’universel. J'ai comme un film, de la même manière que j’avais d’abord reçu des lettres de Chine ou du Chili de gens qui ont été touchés envisagé mes BD comme des livres. Pour vous donner un par cette histoire qui leur ressemble. Comment essayer, malgré exemple, il est très rare d'utiliser les fondus dans les dessins tout, de s’inscrire dans une forme de normalité ? Comment animés, pour des raisons techniques. Ce qui ne nous a pas continuer à vivre, tout simplement ? Vivre, c’est un peu plus empêchés de le faire. qu’être seulement vivant.

NOTRE RÉFÉRENCE DE BASE EST LE CINÉMA. M. SATRAPI

_Propos recueillis par Sofia GUELLATY

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PLEIN ÉCRAN Persépolis_Marjane SATRAPI, Vincent PARONNAUD

EN 3 DATES

MARJANE SATRAPI Nov. 2000_Publication du premier tome de Persépolis par L'Association, une maison d'édition indépendante. Janv. 2005_Prix du meilleur album au Festival d’Angoulême pour Poulet aux prunes (L’Association), sa sixième BD. Mai 2007_Persépolis reçoit le Prix du Jury au 60ème Festival de Cannes.

Marges de libert é Du malaise face à l’islamisation de l’Iran à la douleur de l’exil, de la BD indépendante à la consécration cannoise, de la marge vers le centre, l’itinéraire de Marjane Satrapi dessine les contours d’une femme libre. Persépolis raconte ce destin… animé.

A

huit ans à peine, la petite Marjane se rêve prophète : elle règnera avec justice sur tous les peuples de la Terre. Mais, élevée dans une famille bourgeoise de Téhéran, elle voit petit à petit son monde bouleversé par la chute du Chah et l’instauration de la République Islamique. Entre insouciance et esprit révolutionnaire, elle essaie de garder sa liberté et sa fantaisie. Deux traits de caractère dérangeants dans ce pays en pleine métamorphose. Adapté de la bande dessinée de la superpunchy Marjane Satrapi, ce film d'animation en noir et blanc, reprenant les techniques traditionnelles du dessin animé, est un petit bijou d'humanisme. Sans jamais sombrer dans le pathos ou la démonstration, passant du quotidien le plus trivial à l’onirisme le plus débridé, Persépolis dresse avec drôlerie et sensibilité le portrait d’une nation victime de sa politique. Ou comment être Iranien dans un pays qui ne vous ressemble plus... Comment écouter Iron Maiden sous sa burka ? Par quel biais en vient-on à se sentir étranger jusque chez soi ? Autant de questions posées par ce film qui, par bien des aspects, peut se voir comme une véritable parabole. L'instauration de la République Islamiste est narrée d'un point de vue intérieur, celui d'une famille attachante et d’une fille haute en couleurs, qui en quelques années va vivre trois révolutions, deux politiques et une d’ordre plus intime : celle du passage de l’enfance à l’âge adulte. Un vrai travail de mise en scène et de direction des voix à été opéré. Grâce à l’enregistrement des doublages avant la conception des images, le jeu des personnages est irréprochable, avec une mention spéciale à Danielle Darrieux, excellente dans son rôle de grand-mère fantasque. À croire qu’à huit ans, la petite Marjane avait vu juste : la voilà bien prophète – section cinéma, excusez du peu. _Sofia GUELLATY Un film de Marjane SATRAPI et Vincent PARONNAUD Avec les voix de Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Danielle Darieux… Distribution : Diaphana // France, 2005, 1h35

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SORTIE LE 27 JUIN

EN 3 FILMS DE CHEVET

VINCENT PARONNAUD Le Pigeon, de Mario Monicelli (1958). « Un film assez bavard sur la famille, tout comme peut l’être Persépolis - la BD. » Duel de Steven Spielberg (1971). « Un film d'action où il y a beaucoup à apprendre sur le montage. » Les Affranchis de Martin Scorcese (1990). « Pour l'excellente utilisation de la voix-off. »

3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM

é

01 Pour revoir Danielle Darrieux et Catherine Deneuve jouer le rôle de la mère et de la fille. 02

Pour l’évocation intime et originale de la Révolution Iranienne.

Pour l’extrême cinématographie du dessin 03 en noir et blanc, réalisé en atelier par près de 90 techniciens, sans recours au numérique.

DARRIEUX, DENEUVE, MASTROIANNI MÈRES ET FILLES AU DIAPASON Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni, outre leurs voix, prêtent leur tendre complicité aux personnages de Persépolis. Mère et fille dans la vie, elles le sont également à l’écran. Ce n’est pas une première : André Téchiné avait réuni les deux actrices en 1993 pour son drame familial Ma Saison préférée, récit intergénérationnel hanté par le temps et la solitude. Chiara Mastroianni, alors âgée de 21 ans, jouait déjà le rôle de la fille de Catherine Deneuve. L’égérie du jeune cinéma français d’auteur a côtoyé dès son plus jeune âge ses parents dans les fictions. En 1979, âgée de 7 ans à peine, la fillette apparaît dans À nous deux de Claude Lelouch, aux côtés de sa mère. Elle renouvelle l’expérience en 1987 dans Les Yeux noirs de Nikita Mikhalkov, où elle récite un poème à son père Marcello. Une filiation dont jouera le prochain Conte de Noël d’Arnaud Desplechin, où l’on retrouvera de nouveau Deneuve et sa fille à l’affiche.

© Illustrations : Marjane Satrapi

Autre mythologie cinématographique réactivée par Persépolis : l’association Danielle Darrieux / Catherine Deneuve. Quarante ans après Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, vingt ans après Le Lieu du crime du même Téchiné et cinq ans après 8 Femmes de François Ozon, Darrieux et Deneuve jouent pour la quatrième fois le rôle de la mère et de la fille, même si leurs liens de parenté s’arrêtent à cette filmographie commune. Dans une interview récente, Catherine Deneuve déclarait : «Le changement de la voix est la chose la plus frappante pour un acteur. » Vocalement habité, Persépolis entérine le passage de témoin entre trois générations d’actrices exceptionnelles. _S. M. & A. T.

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PLEIN ÉCRAN Delirious_Tom DICILLO

EN 3 DATES

TOM DICILLO 1984_Directeur de la photographie et acteur pour Stanger Than Paradise, de Jim Jarmusch. 1991_Première réalisation, Johnny Suede, avec Brad Pitt et Catherine Keener. Léopard d’Or au festival de Locarno. 1995_Ça tourne à Manhattan, avec Catherine Keener et Steve Buscemi. Meilleur film aux festivals de Deauville et Stockholm.

Flagrant délire Après des années d’absence, le réalisateur new-yorkais Tom DiCillo, proche de Jim Jarmusch, revient avec un petit conte de fées moderne sur le monde du showbiz. Drôle et léger, Delirious n’en livre pas moins une réflexion assez juste sur les dérives de la société du spectacle.

P

remière scène : un jeune clochard déambule dans les rues de New York sur la chanson A Bohemian Like You des Dandy Warhols. Le ton pop de l’histoire est donné. Au hasard d’une rue, Toby le SDF (Michael Pitt) se retrouve au milieu d’une bande de paparazzi traquant la starlette du moment, K’harma Leeds (Alison Lohman). Comme par enchantement, Toby devient l’assistant de l’un d’entre eux, Les Galantine (Steve Buscemi), drôle d’oiseau et de paparazzo qui entreprend de lui apprendre les ficelles du métier. Alors que les deux compères, rejouant le duo connu de l’innocent et du blasé, s’apprivoisent peu à peu, voilà Toby dans les bras de K’harma, encore une fois comme par magie, menaçant ainsi le fragile équilibre de la dialectique maître/esclave à peine créée. Si Tom DiCillo avait déjà abordé le thème de l’image et de l’authenticité dans ses précédents films (surtout dans Une Vraie Blonde), en choisissant cette fois le genre du conte de fées, il touche au but. Car, dans le monde du showbiz en 2007, Toby n’est pas aussi innocent que Blanche-Neige, Les n’est pas qu’un horrible troll et K’harma fait une bien drôle de princesse! Certains trouveront le film peut-être un peu caricatural ; mais tous s’accorderont sur la prestation époustouflante des acteurs. Après Last Days, Michael Pitt confirme son rôle de nouvelle icône du cinéma indépendant et Steve Buscemi se voit enfin offrir un premier rôle à sa (dé)mesure, terriblement émouvant en freak déphasé. Tout le sel du film vient d’ailleurs d’avoir fait d’un paparazzo – un peu loser par définition – le véritable héros du conte. Son prétendu cynisme donne de la profondeur au propos, montrant combien la célébrité peut être vécue de manière schizophrénique. Distanciation qui, au terme de ce conte caustique dans le pays de l’image, fait émerger une morale loin des clichés : soyons iconoclastes ! _Florence VALENCOURT Un film de Tom DICILLO Avec Michael Pitt, Steve Buscemi, Alison Lohman… Distribution : Memento Films // États-Unis, 2006, 1h47

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SORTIE LE 04 JUILLET

EN 3 FILMS

STEVE BUSCEMI Miller’s Crossing (1990), de Joel et Ethan Coen. Le début d’une longue collaboration. Ghost World (2002) de Terry Zwigoff. Nommé meilleur second rôle aux Golden Globes. Interview (sortie le 4 août 2007), film sur la célébrité, dont il est auteur-réalisateur-interprète.

3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM 01 Pour la performance de Steve Buscemi, parfait dans son rôle de paparazzo désespéré. 02 Pour apercevoir le crooner punk Elvis Costello, avec ou sans chapeau… 03 Simplement, parce que Delirious is hilarious !

3 QUESTIONS À STEVE BUSCEMI - TOM DICILLO Tom décrit Delirious comme un conte de fées. Steve, diriez-vous que votre personnage, Les, symbolise la vilaine sorcière ? S.B._J’imagine qu’on peut voir l’histoire entre Toby et K’Harma comme un conte de fées, mais celle de Les est différente. C’est juste un pauvre type qui cherche l’amitié et le respect, mais qui n’y arrive pas. Il n’est pas méchant, il est juste incroyablement barré et autodestructeur ! T.D._Une bonne réponse, surtout à cette heure tardive et après trois bières ! Cela dit, comme je n’avais pas parlé de cette histoire de conte de fées aux acteurs, Steve n’a pas pu faire le rapport… Pour moi, Les c’est un peu le troll du fleuve avec lequel Toby est obligé de négocier son passage d’une rive à l’autre. Steve, jouer ce rôle a-t-il changé votre vision des paparazzi, de la célébrité ? S.B._Photographier des célébrités est un métier difficile, que je respecte : il faut attendre des heures pour saisir un cliché en quelques secondes, à la sortie d’une avantpremière. En revanche, je suis contre la traque de la vie privée des stars. Sinon, en tant qu’acteur, la célébrité est le côté le moins intéressant du travail. Pour aborder le rôle, je me suis plus concentré sur les rapports de Les avec le monde extérieur. T.D._Je ne sais pas ce qui est pire : les paparazzi qui prennent les photos, les magazines qui les achètent ou les gens qui achètent les magazines. On est tous un peu des paparazzi, en fait. Quelle est votre « règle numéro un » ? S.B._Etre gentil avec sa mère. T.D._Trop mignon… Mais je pense qu’en ces temps troublés, la vraie règle numéro un, c’est de ne jamais rouler une pelle à une prostituée ! _Propos recueillis par F.V.

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PLEIN ÉCRAN Raisons d'État_Robert DE NIRO

EN 3 RÔLES

ROBERT DE NIRO Le Parrain 2 de Francis Ford Coppola (1975). Il remporte l’Oscar pour sa prestation. Voyage au Bout de l’Enfer de Michael Cimino (1978). Il est de nouveau nominé pour l'Oscar du meilleur acteur. Heat de Michael Mann (1995). Duel au sommet avec Al Pacino, à qui il donne la réplique.

Révélations Aprè s u ne œuvre ina ugu rale très personnelle (Il était une fois dans le Bronx), l’acteur et réalisateur Robert De Niro signe un film d’espionnage intimiste, où il est autant question de géopolitique que de filiation.

L

e genre semblait émoussé. Et pourtant : loin des stéréotypes propres au film d’agent secret, Robert De Niro réinvestit avec brio le milieu trouble du contre-espionnage. Raisons d’État suit, sur près de trente ans, la trajectoire de l’impénétrable Edward Wilson (Matt Damon, à son apogée). Enrôlé dans une organisation secrète, l’espion américain est impliqué dans les événements politiques les plus marquants du XXe siècle, de la montée du nazisme à l’épisode de la Baie des Cochons, en 1961, qui manqua de provoquer une troisième guerre mondiale. Accaparé par ses missions, ce patriote convaincu néglige sa famille : la femme qu’il a épousé sans amour (Angelina Jolie) et son jeune fils, qui va marcher sur ses traces. Edward le taiseux sort tout droit de l’Ulysse de James Joyce, odyssée métaphysique placée au centre de l’intrigue de Raisons d’État. Dans cette transposition moderne marquée, comme le roman, par la recherche du père, Angelina Jolie campe une Pénélope bouleversante. Joyce mettait en cause le monde moderne. De Niro le stigmatise à travers la Guerre Froide, ramenée à une affaire de bureaucrates et de petits commis. Plus qu’au secret, le cinéaste s’intéresse aux faiblesses fatales de personnages au devenir tragique. Servi par un casting ébouriffant (John Turturo, Alec Baldwin, Joe Pesci), Raisons d’État affiche une mise en scène classique et élégante, avec des plans tirés au cordeau. Sans ostentation mais avec maestria, ce film stylisé marque l’entrée de De Niro dans la cour des grands réalisateurs. _Sandrine MARQUES

Un film de Robert DE NIRO Avec Matt Damon, Angelina Jolie, Robert De Niro… Distribution : Studio Canal // États-Unis, 2006, 2h47

22 I TROIS COULEURS_JUIN 07

3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM 01 Pour l’intelligence d’une intrigue qui mêle aux affaires de famille les secrets d’Etat. 02

Pour les apparitions de Robert De Niro en « général» diabétique, clairvoyant et désabusé.

Pour l’évocation documentée des opérations 03 souterraines pilotées par les Etats-Unis sur l’échiquier mondial.


MEILLEURE ACTRICE FESTIVAL DU CINÉMA BRÉSILIEN PARIS 2007

SÉLECTION OFFICIELLE

SÉLECTION OFFICIELLE

SÉLECTION OFFICIELLE

VENISE 2006

TORONTO 2006

RIO 2006

ORIZZONTI

MEILLEUR FILM MEILLEUR REALISATEUR MEILLEURE ACTRICE

VIDEOFILMES, CELLULOID DREAMS ET SHOTGUN PRESENTENT « SUELY IN THE SKY » AVEC HERMILA GUEDES, GEORGINA CASTRO, JOÃO MIGUEL, ZEZITA MATOS ET LES ENFANTS MATEUS ALVES ET GERKSON CARLOS AVEC LA PARTICIPATION DE MARCÉLIA CARTAXO ET FLÁVIO BAURAQUI RÉALISÉ PAR KARIM AÏNOUZ PRODUIT PAR WALTER SALLES, MAURICIO ANDRADE RAMOS, HENGAMEH PANAHI, THOMAS HÄBERLE, PETER ROMMEL PRODUCTEURS ASSOCIÉS CHRISTIAN BAUTE ET LUÍS GALVÃO TELES PRODUCTEUR EXÉCUTIF JOÃO VIEIRA JR CO PRODUCTEUR FADO FILMES D’APRÈS UNE IDÉE ORIGINALE DE MAURICIO ZACHARIAS ET KARIM AÏNOUZ SCÉNARIO MAURICIO ZACHARIAS, FELIPE BRAGANÇA ET KARIM AÏNOUZ IMAGE WALTER CARVALHO A.B.C COSTUMES ET DECORS MARCOS PEDROSO CONSEILLER COMÉDIENS FÁTIMA TOLEDO MONTAGE ISABELA MONTEIRO DE CASTRO ET TINA BAZ LE GAL DIRECTEUR DE PRODUCTION DEDETE PARENTE COSTA MAQUILLAGE MARCOS FREIRE MIXAGE LEANDRO LIMA MONTAGE SON WALDIR XAVIER INGÉNIEUR DU SON BRANKO NESKOV A.C.S SUPERVISION DE LA MUSIQUE BERNA CEPPAS ET KAMAL KASSIM.

Sortie le 11 juillet

Crédits non contractuels

(o céu de suely) un film de karim aïnouz


LE GUIDE

DES SALLES

DU MERCREDI 20 JUIN AU MARDI 17 JUILLET

Ocean’s 13, un film de Steven Soderbergh

SOMMAIRE SORTIES DU 20 JUIN 26_Ocean’s 13 de Steven Soderbergh // London to Brighton de Paul Andrew Williams Fragile(s) de Martin Valente // Ça rend heureux de Joachim Lafosse

SORTIES DU 27 JUIN 28_Cherche fiancé tous frais payés d’Aline Issermann // Buenos Aires 1977 d’Adrián Caetano // Roman de gare de Claude Lelouch

SORTIES DU 04 JUILLET 29_The Bubble d’Eytan Fox // Mikey and Nicky d’Elaine May

SORTIES DU 11 JUILLET 30_La León de Santiago Otheguy 31_Délice Paloma de Nadir Moknèche // 2 Days in Paris de Julie Delpy // Le Ciel de Suely de Karim Aïnouz

SORTIES DU 18 JUILLET 32_Exilé de Johnnie To // Le Jardin des Finzi Contini de Vittorio De Sica

LES ÉVÈNEMENTS MK2_34 > 35

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LE GUIDE_SORTIES DU 20 JUIN

OCEAN'S 13

LONDON TO BRIGHTON

Un film de Steven SODERBERGH Avec George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia… Distribution : Warner Bros. France // États-Unis, 2006, 2h02

Un film de Paul Andrew WILLIAMS Avec Lorraine Stanley, Georgia Groome, Johnny Harris, Sam Spruell… Distribution : MK2 // Royaume-Uni, 2006, 1h30

Troisième volet de la saga «Ocean» après Ocean’s Eleven en 2001 et Ocean’s Twelve en 2004, Ocean’s 13 était présenté Hors Compétition au 60ème Festival de Cannes. Pour son retour sur les écrans, la bande de Danny Ocean (George Clooney) ambitionne le braquage le plus audacieux de Las Vegas, puisqu’il s’agit de The Bank, l’établissement de l’intraitable Willy Bank, interprété par Al Pacino. Afin de venger l’honneur de leur ami Reuben Tishkoff, trahi par Bank, nos spécialistes de l’escamotage vont s’en donner à cœur joie pour infliger à l’indésirable une humiliation digne de ce nom. Naturellement, ils choisissent d’opérer le soir de l’inauguration...

Grand Prix du Jury au Festival de Dinard en 2006, London to Brighton est un thriller haletant, dans la meilleure tradition du cinéma britannique indépendant. Après le meurtre de Duncan Allen, un riche caïd de la pègre londonienne qui avait payé pour passer la nuit avec elle, la jeune Joanne se réfugie avec sa complice Kelly dans les toilettes délabrées d’une gare de la capitale. Menacé de mort par le clan de Duncan, désireux de venger son chef, Derek, le proxénète de Kelly, se lance alors à la poursuite des deux jeunes filles. Mais Joanne et Kelly sont déjà montées dans un train en direction de Brighton…

_Antonin DELIMAL

_A. D.

FRAGILE(S)

ÇA REND HEUREUX

Un film de Martin VALENTE Avec Jean-Pierre Darroussin, Marie Gillain, Jacques Gamblin… Distribution : Bac Films // France, 2006, 1h47

Un film de Joachim LAFOSSE Avec Fabrizio Rongione, Kris Cuppens, Catherine Salée… Distribution : Haut et Court // Belgique, 2006, 1h25

Deuxième film du réalisateur Martin Valente après Les Amateurs en 2004, Fragile(s) est une comédie de mœurs actuelle, construite autour de plusieurs histoires parallèles que le destin va réunir. Entre la France et le Portugal, six personnages se croisent, se retrouvent et se séparent, sous l’effet du hasard. Parmi eux, Sara, qui vient de perdre son emploi, part pour le Portugal avec son amie Isa. Paul, dont le dernier film est un échec, se rend contre son gré à un festival à Lisbonne. Nina profite d’une tournée musicale pour aller voir son fils qu’elle n’a pas vu depuis des mois… Comédie contemporaine, Fragile(s) est également un saisissant drame choral.

Inspiré de l’expérience personnelle du réalisateur Joachim Lafosse, Ça rend heureux évoque l’extraordinaire aventure humaine que constitue la création cinématographique. Cinéaste sans emploi animé par l'énergie du désespoir, Fabrizio décide de tourner un nouveau film, essentiellement nourri de son quotidien. Sans moyens, il se propose de mener à bien son projet en mêlant avec pertinence fiction et réalité. Mais en dépit de son ambition, l’entreprise, particulièrement intime, ne manque pas de déstabiliser son entourage. Quelques mois après Nue Propriété, Joachim Lafosse réalise un film sincère sur les incertitudes inhérentes à l’innovation artistique.

_Thomas CROISY

_Oscar PARENGO

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LE GUIDE_SORTIES DU 27 JUIN

CHERCHE FIANCÉ TOUS FRAIS PAYÉS BUENOS AIRES 1977 Un film d’Aline ISSERMANN Avec Alexandra Lamy, Bruno Salomone, Claudia Cardinale, Isabelle Gélinas… Distribution : ARP Sélection // France, 2005, 1h32

Un film d’Adrián CAETANO Avec Rodrigo De la Serna, Nazareno Casero, Pablo Echarri… Distribution : Wild Bunch Distribution // Argentine, 2006, 1h42

Comédie sociale pleine de fantaisie, Cherche fiancé tous frais payés est le cinquième long métrage de la réalisatrice Aline Issermann. Alexandra, trente ans, s’apprête à passer les vacances d’été en famille. Peu avant de prendre la route, elle apprend que sa mère a invité dans la maison familiale son ancien compagnon et sa nouvelle dulcinée. Stupéfaite dans un premier temps, Alexandra décide finalement d’engager un jeune acteur au chômage et le fait passer auprès de ses proches pour son fiancé factice... Après Brice de Nice de James Huth, Au suivant ! de Jeanne Biras et On va s’aimer d’Ivan Calbérac en 2006, Alexandra Lamy s’impose une nouvelle fois dans une comédie populaire.

Témoignant des effets du coup d’état militaire de 1976 en Argentine, Buenos Aires 1977 dépeint le quotidien d’un homme accusé sans fondements, plongé au cœur du milieu carcéral clandestin. Après un bref interrogatoire mené par des agents du gouvernement militaire, le jeune footballeur Claudio Tamburrini est conduit de force à la «Maison Seré», un centre de détention du nouveau régime. Soumis à la torture, Claudio survit en dépit des sanctions inhumaines qui sévissent au sein du camp. Bientôt, Guillermo, un autre détenu, lui parle d’évasion… Inspiré de faits réels, Buenos Aires 1977 était en Sélection au dernier Festival de Cannes.

_T. C.

_Florian JARNAC

ROMAN DE GARE Un film de Claude LELOUCH Avec Fanny Ardant, Dominique Pinon, Audrey Dana… Distribution : Les Films 13 // France, 2006, 1h43

Réalisé sous le pseudonyme d’Hervé Picard afin d’être jugé en toute objectivité par la critique, Roman de gare était en Sélection Officielle au dernier Festival de Cannes, quarante et un ans après la Palme d’Or attribuée à Claude Lelouch pour son film Un Homme et une femme. Auteur à succès, Judith Ralitzer est une femme séduisante en quête de personnages pour son nouveau best-seller. Parallèlement, un tueur en série vient de s’échapper de la prison de la Santé. Quant au personnage d’Huguette, une midinette qui travaille comme coiffeuse dans un grand salon parisien, elle a entre ses mains les moyens de changer leur destin. Construit selon le principe des histoires convergentes que le réalisateur d’Hommes, femmes : mode d’emploi affectionne particulièrement depuis Les Uns et les autres tourné en 1981, Roman de gare mélange les genres, oscillant avec harmonie entre mélodrame, comédie, film à suspense et road movie. Dans un rôle de séductrice, la comédienne Fanny Ardant trouve l’occasion d’une interprétation inspirée, à la hauteur de sa prestation aux côtés de l’acteur anglais Jeremy Irons dans Callas Forever, réalisé par le cinéaste italien Franco Zeffirelli en 2002. _O. P.

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LE GUIDE_SORTIES DU 04 JUILLET

THE BUBBLE Un film d’Eytan FOX Avec Ohad Knoller, Alon Friedman, Daniella Wircer… Distribution : Ad Vitam // Israël, 2006, 1h57

Après Tu marcheras sur l’eau, sélectionné au Festival de Berlin en 2004 et Yossi et Jagger sorti en 2005, The Bubble est le nouveau film du réalisateur israélien Eytan Fox. Dans un quartier à la mode de Tel-Aviv, trois jeunes Israéliens, Noam, disquaire, Yali, gérant de café, et Lulu, vendeuse dans une boutique de produits de beauté, partagent un appartement. À l’abri au cœur d’une véritable «bulle », surnom également donné à la ville, où seules les problématiques de leur vie amoureuse rythment le quotidien, les protagonistes de The Bubble vivent déconnectés de la réalité politique et conflictuelle qui agite le pays. Mais bientôt, l’équilibre harmonieux de leur existence va être bouleversé par une rencontre. En effet, lors d’un incident survenu à Naplouse, Noam tombe amoureux d’Ashraf, un Palestinien… Chronique contemporaine de la vie quotidienne à Tel-Aviv, The Bubble dépeint les fêlures qui demeurent au sein des quartiers de la ville épargnés par la terreur. Réflexion sur les conséquences du conflit israélo-palestinien jusque dans la sphère intime de jeunes citadins non politisés, le film d’Eytan Fox met en scène le comédien Ohad Knoller, découvert en 1995 dans Sous l’arbre Domin d’Eli Cohen. _F. J.

MIKEY AND NICKY Un film d’Elaine MAY Avec Peter Falk, John Cassavetes, Ned Beatty… Distribution : Carlotta Films // États-Unis, 1976, 1h59

En Sélection Officielle au Festival de Cannes cette année dans la section « Cannes Classics », Mikey and Nicky, tourné en 1976, est le troisième film de l’actrice et réalisatrice Elaine May. Apprenant que la mafia a mis sa tête à prix parce qu’il a escroqué un puissant parrain, Nicky appelle Mikey afin de l’aider à fuir. En cavale dans les rues de Philadelphie, les deux camarades s’interrogent sur la trahison, le regret, et le sens de l’amitié. Mais déjà, un tueur s’est lancé à leurs trousses… Présenté à sa sortie dans une version imposée par les studios Paramount, le film respecte désormais le « director’s cut » d’Elaine May. Tourné avec trois caméras afin de laisser libre cours à l’improvisation des acteurs, Mikey and Nicky met à l’honneur des comédiens de renom du cinéma indépendant américain. Peter Falk y côtoie son complice John Cassavetes, avec lequel il a collaboré sur le tournage d’Husbands aux côtés de Ben Gazzara, et sur celui d’Une femme sous influence. Quant à Ned Beatty, il confirmait à l’époque ses étonnantes qualités d’acteur, quatre ans après sa prestation dans Délivrance de John Boorman. _A. D.

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LE GUIDE_SORTIES DU 11 JUILLET

LA LEÓN Un film de Santiago OTHEGUY Avec Jorge Roman, Daniel Valenzuela, Jose Muñoz… Distribution : MK2 // Argentine - France, 2006, 1h25

Premier long métrage du réalisateur argentin Santiago Otheguy, formé à Paris, La León met en scène l’affrontement de deux hommes au cœur des paysages sensuels de l’Argentine sauvage. Dans le Delta du Paranà, au milieu d’un labyrinthe de rivières indomptées, Alvaro mène une vie humble et solitaire, essentiellement occupée à la pêche et à la coupe des roseaux. Passionné de lecture, ce jeune homme homosexuel détonne parmi les habitants de cette région d’Argentine, qui ont un mode de vie et une culture souvent traditionalistes. Profondément hostile à l’homosexualité affichée d’Alvaro, El Turu, le pilote violent et autoritaire d’un bateau-bus nommé « El León » reliant le territoire à la ville – relais incontournable de toute communication entre les habitants – s’est mis en tête de le harceler. Dès lors, une guerre psychologique sans merci s’engage entre les deux hommes... De l’aveu même de son réalisateur, La León est un western dont l’action se situe dans un désert d’eau. Pour servir de décor à son film, Santiago Otheguy a choisi le Rio Paraná, un fleuve mystérieux, déjà mythique du temps de la conquête espagnole, les navires l’ayant régulièrement emprunté à l’époque pour acheminer l’or et l’argent du Nouveau Monde vers l’Europe. Filmé en haute définition numérique dans un noir et blanc à l’esthétique envoûtante, le delta de Paraná apparaît comme un territoire hors du temps, hypnotique et insolite. Volontiers elliptique dans sa narration, La León met à l’honneur des comédiens de la région, non professionnels. Ils donnent la réplique à deux acteurs confirmés du nouveau cinéma argentin. Parmi eux, Jorge Roman, qui s’est auparavant illustré dans Mon Meilleur Ennemi du cinéaste chilien Alex Bouen, et dans Nordeste de Juan Solanas, trouve dans La León l’occasion d’une interprétation complexe. À ses côtés, Daniel Valenzuela s’impose également après sa prestation remarquée dans L’Ours rouge d’Adrián Caetano. _A. D.

30 I TROIS COULEURS_JUIN 07


DÉLICE PALOMA Un film de Nadir MOKNÈCHE Avec Biyouna, Nadia Kaci, Aylin Prandi… Distribution : Les Films du Losange // France, 2006, 2h14

Troisième collaboration de l’actrice Biyouna avec le réalisateur Nadir Moknèche après Le Harem de Mme Osmane en 2000 et Viva Laldjérie en 2004, Délice Paloma suit le parcours d’une femme au fort caractère dans l’Algérie d’aujourd’hui. Toujours prête à rendre service et à trouver des solutions pour chacun, Mme Aldjéria ne recule devant rien pour assurer son quotidien. Véritable bienfaitrice nationale, elle s’est constitué un petit réseau de jeunes filles ambitieuses et peu scrupuleuses, susceptibles de faire fléchir les promesses conjugales de ces messieurs, moyennant rémunération. Paloma, sa dernière recrue, semble depuis son arrivée faire grand effet sur un certain Riyad, le fils de Mme Aldjéria. Au sein du clan, les affaires prospèrent, mais bientôt la patronne décide d’organiser le rachat des thermes de Caracalla… Satirique et parfois désopilant, Délice Paloma n’a rien perdu de la verve des films précédents de Nadir Moknèche, emprunts d’humour et d’humanité. Dans le rôle de Paloma, la comédienne Aylin Prandi se fend d’une prestation remarquable, un an après sa performance aux côtés de Richard Bohringer et de Jean-François Balmer dans La Balade des éléphants du réalisateur australien Mario Andreacchio. _O. P.

2 DAYS IN PARIS

LE CIEL DE SUELY

Un film de Julie DELPY Avec Julie Delpy, Adam Goldberg, Daniel Brühl… Distribution : Rezo Films // France - Allemagne, 2007, 1h36

Un film de Karim AÏNOUZ Avec Hermila Guedes, Maria Menezes, Zezita Matos, João Miguel… Distribution : Diaphana Distribution // Brésil, 2006, 1h28

Après Looking for Jimmy, la comédienne Julie Delpy revient sur ses terres d’origine pour réaliser 2 Days in Paris, une romance contemporaine aux dialogues enlevés. Afin de donner un souffle nouveau à leur relation, Marion, photographe d’origine française, et Jack, décorateur d’intérieur, quittent New York. Au terme d’un séjour mouvementé à Venise, ils décident de se rendre à Paris, où Marion a gardé des attaches familiales. L’escapade amoureuse tourne court. Entre les parents excentriques de la jeune femme, les rencontres accidentelles avec ses anciens compagnons et le décalage culturel de Jack qui ne parle pas un mot de français, le couple ne trouve aucun répit.

En Sélection Officielle à la Mostra de Venise en 2006, Le Ciel de Suely a obtenu le Prix du Meilleur Film au dernier Festival de Rio. Revenue dans son village natal à Iguatu, dans la région du Nordeste brésilien, Hermila est hébergée par sa grand-mère et sa tante. Alors qu’elle attend le retour de son mari resté à São Paulo, la jeune femme comprend bientôt que celui-ci ne la rejoindra pas. Désargentée, elle décide de mettre sa propre personne en vente à l’occasion de la tombola municipale… Pour sa remarquable performance dans le film, l’actrice Hermila Guedes a reçu le Prix de la Meilleure Actrice au Festival parisien du Cinéma Brésilien en 2007.

_T. C.

_O. P.

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LE GUIDE_SORTIES DU 18 JUILLET

EXILÉ Un film de Johnnie TO Avec Anthony Wong, Josie Ho, Nick Cheung… Distribution : ARP Sélection // Hongkong, 2006, 1h40

À la fin des années 1990, trois tueurs à gage venus de Hongkong se rendent à Macau afin d’éliminer un des leurs, qui les a trahis. Quelques mois après son diptyque Election 1 & 2 qui relatait les luttes sanglantes opposant deux bandes rivales des triades de Hongkong pour la maîtrise du pouvoir, le cinéaste Johnnie To réalise Exilé, la tentative de rédemption d’un homme qui fuit le milieu de la pègre avec sa famille, avant d’être rattrapé par son passé. Dans un style visuellement proche de l’univers du cinéaste Sergio Leone auquel il rend hommage, Exilé démontre une nouvelle fois la virtuosité esthétique du metteur en scène de Fulltime Killer. Six ans après The Mission, Johnnie To signe une nouvelle collaboration avec l’acteur Anthony Wong. Dans sa manière de filmer en cinémascope les paysages arides du désert, Exilé rappelle également les grands films de Sam Peckinpah tels qu’Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia, Chiens de paille ou encore La Horde sauvage. Présenté au Festival de Venise en 2006, Exilé confirme que Johnnie To, qui devrait bientôt faire tourner l’acteur français Alain Delon, est l’un des réalisateurs contemporains les plus étonnants. _F. J.

LE JARDIN DES FINZI CONTINI Un film de Vittorio DE SICA Avec Lino Capolicchio, Dominique Sanda, Fabio Testi, Romolo Valli… Distribution : Ad Vitam // Italie - Allemagne, 1970, 1h34

En Italie, en 1938, le régime fasciste de Mussolini multiplie les mesures vexatoires contre les Juifs italiens. Au sein du cercle des Finzi Contini, grande famille juive de l’aristocratie de Ferrare, nul ne semble encore deviner les drames qui s’annoncent. Dans l’immense parc qui entoure la propriété familiale, Micól et Alberto, les deux enfants adultes de la lignée, continuent de mener pour un temps une vie sociale insouciante. Pourtant, derrière les murs d’enceinte de l’imposante demeure, la tragédie se prépare… Adaptation du roman éponyme de Giorgio Bassani paru en 1962, Le Jardin des Finzi Contini compte parmi les films les plus réussis du cinéaste Vittorio De Sica. Réalisé six ans après Mariage à l’italienne qui réunissait à l’écran Sophia Loren et Marcello Mastroianni, le film a reçu en 1971 l’Ours d’Or au Festival de Berlin, ainsi que l’Oscar du Meilleur Film Étranger à Hollywood. Dans l’un de ses premiers rôles au cinéma, l’actrice Dominique Sanda imposait ses grandes qualités d’interprétation, à l’aube d’une carrière jalonnée de collaborations avec des réalisateurs de renommée internationale tels que Jacques Demy, John Huston, Marguerite Duras ou Bernardo Bertolucci. _A. D.

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Disponible le 13 juin la collection de rĂŠfĂŠrence en


ÉVÉNEMENTS DES SALLES MK2

TOUS LES SAVOIRS LES MARDIS DE COURRIER INTERNATIONAL Tous les mois l’hebdomadaire Courrier international vous donne rendez-vous avec les journalistes de sa rédaction, pour traiter un sujet d’actualité autour d’un documentaire étranger. • Le Fugitif ou les vérités d’Hassan du cinéaste canadien Jean-Daniel Lafond sera présenté en sa présence et suivi d’un débat avec un journaliste de Courrier international. MK2 QUAI DE SEINE_Mardi 3 juillet à 20h30_Tarif : 6,90 € ou 5,60 € sur présentation du dernier numéro de Courrier international.

LE RENDEZ-VOUS DES DOCS Tous les derniers lundis du mois, en partenariat avec l’association Documentaire sur Grand Écran, un auteur ou un écrivain de cinéma vient présenter un film de son choix, et débat à l’issue de la projection sur les enjeux esthétiques et politiques du documentaire. • Réjane dans la tour et Une Poste à la Courneuve de Dominique Cabrera seront présentés par Nicole Brenez, maître de conférences à l’université de Paris 1, auteur de Cinémas d’avant-garde. MK2 QUAI DE LOIRE_Lundi 25 juin à 20h30_6,90 € et 5,60 € pour les adhérents de l’association Documentaire sur Grand Écran. Carte Le Pass acceptée.

CINÉ BD BERLIN, T.1 ; LES SEPT NAINS ET T.2 ; REINHARD LE GOUPIL par Marvano Un samedi matin par mois, en partenariat avec les éditions Dargaud, des auteurs de bande dessinée présentent un film de leur choix en salle, puis dédicacent leur ouvrage à la librairie. Marvano viendra présenter la réédition de Berlin, T.1 ; Les sept nains, et le nouvel opus Berlin T.2 ; Reinhard le goupil. Deux épisodes tragiques de l’histoire de Berlin, de son bombardement pendant la Seconde Guerre mondiale à son blocus et son enclavement derrière le rideau de fer. • Projection du film Le Troisième Homme de Carol Reed choisi et présenté par l’auteur. Au cinéma puis à la librairie du MK2 QUAI DE LOIRE Samedi 23 juin_11h30_5,90 €. Carte Le Pass acceptée.

DANS LES SALLES LA FÊTE DU CINÉMA LES 24, 25 ET 26 JUIN Comme chaque année, la fête du cinéma revient dans toutes les salles MK2 les dimanche 24, lundi 25 et mardi 26 juin 2007. À toutes les séances, pour l’achat d’une place au tarif plein, un carnet-passeport est remis au spectateur. Celui-ci donne ensuite accès à toutes les séances suivantes, au tarif unique de 2 euros durant les trois jours de l’opération. Alors rendezvous dans les salles MK2 dès le dimanche 24 juin !

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FOCUS FESTIVAL PARIS CINÉMA DANS LES SALLES MK2 Paris Cinéma fête cette année sa cinquième édition du 3 au 14 juillet et s’installe au MK2 Bibliothèque pour présenter sa sélection officielle. Initié et soutenu par la Mairie de Paris, présidé par la comédienne Charlotte Rampling, ce festival rassemble tous les publics autour d’une programmation éclectique et audacieuse : 300 films, 20 lieux et 12 jours de festivités ininterrompues, pour un tour d’horizon de la création cinématographique. Cette année, Paris Cinéma met à l’honneur deux grands noms du cinéma contemporain, la cinéaste Naomi Kawase qui vient de recevoir le Grand Prix du 60ème Festival de Cannes pour son dernier long métrage La Forêt de Mogari et le chef opérateur Christopher Doyle. Hommage à l’une des rares femmes cinéastes du Japon avec la rétrospective de ses films les plus marquants ainsi qu’au plus grand directeur photo de sa génération, qui a notamment signé la lumière d’In The Mood For Love et du dernier film de Gus Van Sant Paranoid Park, qui a reçu le Prix du 60ème anniversaire à Cannes. AU MK2 QUAI DE LOIRE, LA NUIT EN OR DU COURT MÉTRAGE Prestigieuse programmation pour le Quai de Loire avec une sélection de plus de cinquante courts-métrages primés à travers le monde en 2007. Après les films « talents Cannes» de l’ADAMI, montrés en introduction, seront présentés les lauréats des Césars en France, des Oscars aux États-Unis, des Baftas en Angleterre, des Goyas en Espagne... Au total, plus de huit heures de courts-métrages à consommer sans modération ! MK2 QUAI DE LOIRE_Jeudi 12 juillet de 19h à 2h. Tarif_4 € pour l’ensemble des séances. Carte Le Pass acceptée.

EN AVANT-PREMIÈRE DELIRIOUS Figure emblématique du cinéma indépendant américain depuis Ça tourne à Manhattan en 1995, Tom Di Cillo réalise avec Delirious (lire article pages 20-21) son sixième longmétrage. Le réalisateur s’est intéressé cette fois à la fascination qu’exerce la célébrité et le show business sur le monde d’aujourd’hui. Un film à découvrir en avant-première au MK2 Odéon. MK2 ODÉON_Mardi 3 juillet à 20h_Tarifs en vigueur. Carte Le Pass acceptée.

LA LÉON La Léon de Santiago Otheguy (lire article page 30) sera présenté en avant-première le mardi 3 juillet. L’histoire de deux hommes, comme deux forces contraires, qui vont s’opposer jusqu’à l’affrontement. MK2 BEAUBOURG_Mardi 3 juillet Tarifs en vigueur. Carte Le Pass acceptée.


RETROUVEZ TOUS LES ÉVÉNEMENTS SUR

ÉVÉNEMENT ROCK’N’DOCS, LA NUIT DU DOCUMENTAIRE ROCK À l’occasion de la Fête de la Musique, le jeudi 21 juin, l’association Documentaire sur Grand Écran et le MK2 Quai de Seine vous proposent de 19h à 7h toute une nuit de documentaires rock. Avec des inédits (le film de Jeff Feuerzeig The Devil and Daniel Johnston), des fims cultes (Stop Making Sense), et des extraits de l’émission Les Enfants du rock. • 19h_Émission Pop 2 de Claude Ventura, La Grande Galère du rock français : Le Havre de Michel Vuillermet, You’ll Never Walk Alone de Jérôme de Missolz et Evelyne Ragot en présence des réalisateurs. • 22h15_Glastonbury de Julian Temple (en avant-première). • 01h00_The Devil and Daniel Johnston de Jeff Feuerzeig (pour la première fois à Paris). • 03h00_Banlieue rock : dernier pogo à Paris de Michel Vuillemet, DOA (a right of passage) de Lech Kowalski (séance présentée par Lech Kowalski). • 05h30_Stop Making Sense de Jonathan Demme. MK2 QUAI DE SEINE_Jeudi 21 juin, de 19h à 7h. Tarifs_6,90 € la séance, 20 € pour l’ensemble des séances. Réduits (adhérents DSGE, titulaires de la carte Le Pass, chômeurs, étudiants, Seniors, familles nombreuses) : 5,6 € la séance, 15 € pour l’ensemble des séances. Attention ! La carte Le Pass n’est pas acceptée mais donne droit à un tarif réduit.

POUR LES ENFANTS LES GOÛTERS DE L’ÉCRAN

RENCONTRE CLAUDIO PAZIENZA

THE PRINCESS BRIDE Le MK2 Quai de Seine vous propose Les goûters de l’écran, un mercredi matin par mois, en partenariat avec l’association Les Voleurs de Paratonnerres. Ouvert à tous, ce rendez-vous propose, à chacune des séances, une description audio du film pour les enfants malvoyants, réalisée en direct par un animateur et audible à travers des casques. Pour ce troisième rendez-vous, c’est The Princess Bride de Rob Reiner qui a été choisi.

Le troisième rendez-vous La Nuit Remue, programmé au MK2 Hautefeuille en partenariat avec la revue Vertigo, sera dédié au cinéaste belge d’origine italienne Claudio Pazienza. C’est avec Tableau avec chutes, son second long-métrage (1997), que Pazienza se risque à dynamiter les limites du genre documentaire pour inventer la forme d’une démarche aussi hybride qu’atypique, devenue depuis la marque distinctive de son cinéma. Au programme, les projections d’Esprit de bière et Scènes de chasse au sanglier en présence du réalisateur.

MK2 QUAI DE SEINE_Mercredi 20 juin à 10h _5,90 €. Carte Le Pass acceptée.

MK2 JUNIOR SOLEIL ROYAL ET FABULETTES Pour cette nouvelle programmation, venez voir ou revoir : Pee Wee de Tim Burton, La Reine soleil de Philippe Leclerc, Le Vilain Petit Canard et moi de Michael Hegner et Karsten Kiilerich, Les Contes de Terremer de Goro Miyazaki, Les Vacances de M. Hulot de Jacques Tati et Les Fabuleuses Fabulettes de Heikki Prepula et Fabrice Luang-Vija. Enfin les enfants vont emmener leurs parents au cinéma !

MK2 HAUTEFEUILLE_Jeudi 21 juin à 20h30_6.80 €_Carte Le Pass non acceptée.

Du 23 mai au 24 juillet dans huit salles MK2.

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DVD Les adaptations cinématographiques de bandes dessinées

Temps d’adaptati Après la sortie de Persépolis cet été, Steven Spielberg et Joann Sfar plancheraient sur les adaptations au cinéma de Tintin et du Chat du Rabbin, prévues pour 2008. Faire d’une BD un film, plusieurs réalisateurs l’ont déjà tenté. Flashback.

Q

uel point commun entre des films aux profils si différents que Sin City, Hellboy, History of Violence, V pour Vendetta et Ghost World ? Ils sont tous adaptés d’une BD. Et cette tendance, qui s’est dessinée au début des années 1990, semble ne pas devoir s’inverser, pour le meilleur et pour le pire… Ce sont les comics de super héros américains qui ont donné la première impulsion. Avec des scénarios clé en main et une batterie de personnages aux névroses indissociables de leurs super pouvoirs, Hollywood tenait là une mine d’or, qu’il suffisait de réactiver vingt ans après les premiers Superman de Christopher Reeves. Et s’il est possible de tirer un premier bilan aujourd’hui, après trois Spiderman, autant de X-Men et six (!) Batman, sans compter Daredevil et autre Quatre Fantastiques, il apparaît inévitablement mitigé, et surtout dépendant au plus haut point de la personnalité du réalisateur aux commandes. Pour un Tim Burton (Batman 1 et 2), un Sam Raimi (même si son dernier Spiderman est un ton au dessous des deux volets précédents, excellents) ou un Guillermo Del Toro (et son splendide et ténébreux Hellboy), combien de tâcherons embauchés

par Hollywood pour activer la machine à dollars ? Il faut ainsi se souvenir du bide monumental rencontré par notre Pitof national avec l’adaptation de Catwoman, malgré la présence de Halle Berry au générique. Mais au-delà de cette grosse machinerie, la dimension la plus intéressante de cette tendance est à voir dans les adaptations d’œuvres plus confidentielles ou bien plus ambiguës. Dan Clowes, auteur majeur de la bande dessinée alternative américaine, adulé par Bret Easton Ellis et Michel Gondry, a ainsi signé deux adaptations de ses propres œuvres avec Terry Zwigoff, Ghost World et Art School Confidential. Si ce dernier titre n’a pas soulevé l’enthousiasme du public et de la critique, Ghost World, chronique extraordinairement juste de l’entrée dans l’âge adulte de deux jeunes filles, est apparue comme la meilleure adaptation de bande dessinée au cinéma, tous genres confondus. Il faut dire que le film bénéficia de l’interprétation tout en subtilité de Scarlett Johansson, encore en devenir, et de Thora Birch. Dans un autre registre, les sulfureux Alan Moore et Frank Miller ont aussi emprunté le chemin de l’adaptation, plus ou moins

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contraint pour l’un, de manière très engagé pour l’autre. Alan Moore, après les adaptations qu’il jugea indignes de From Hell et de La Ligue des gentlemen extraordinaires, refusa ainsi que son nom apparaisse au générique de V pour Vendetta, dont il était pourtant le créateur original, et ce au désespoir de deux de ses fans absolus et producteurs du film, les frères Wachowski. Quant à Frank Miller, il a adapté lui-même son Sin City (avec Roberto Rodriguez), ainsi que sa très controversée bande dessinée 300, en respectant scrupuleusement à l’écran une esthétique qu’on peut ne pas apprécier, mais qui possède incontestablement une force d’expression rare. Enfin, comment ne pas évoquer le cas d’école de cette adaptation d’une bande dessinée mineure, œuvre de commande à un réalisateur désœuvré, et devenue ce qui est peut-être le plus grand film de l’année 2005 : History of Violence constitue ainsi un exemple parfait de la

Trois Couleurs #53 – Juin 2007  

PHOTOGRAPHIE COUVERTURE : Richard Schroeder (Gamma) RÉDACTEUR EN CHEF : Elisha Karmitz

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