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CINÉMA I CULTURE I TECHNOLOGIE

NUMÉRO 52 I MAI 07

Gus Van Sant VU PAR MICHAËL ACKERMAN

MUSIQUE ET AUSSI... SARAH POLLEY PÉNÉLOPPE CRUZ RAPHAËL NADJARI DANIELLE ARBID

PHARRELL VS TIMBALAND

INTERNET LES JOURNALISTES SE METTENT AU 2.0


Marc-Antoine ROBERT et X

PERSE

D’APRÈS L’ŒUVRE ORIGINA

UN FILM DE AVEC LES VOIX DE

MARJANE CHIARA MASTROIANNI

Exposition et vente de tirages d’art du 16 mai au 10 juillet Fnac Ternes - Fnac Forum des Halles Fnac Vélizy


Xavier RIGAULT présentent

POLIS

ALE DE MARJANE SATRAPI

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27 JUIN


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CINÉMA 06_ 14_

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Tendances, Ciné fils, Regards Croisés, Scène culte ON VOUS AIME : Gus Van Sant et Michael Ackerman PLEIN ÉCRAN : SPÉCIAL CANNES Paranoïd Park de Gus Van Sant Tehilim de Raphaël Nadjari Un homme perdu de Danielle Arbid Made in Jamaïca de Jérôme Laperrousaz LE GUIDE des sorties en salles

CULTURE 46_ 48_ 50_ 52_ 54_

DVD : Casino Royale LIVRES : 60 ans de Festival de Cannes MUSIQUE : Pharrell vs Timbaland ART : Anselm Kiefer VU PAR : Manit Sriwanichpoom

TECHNOLOGIE 56_ 58_ 60_ 62_ 64_ 66_

TRIBUNE LIBRE : Olivier Père RÉSEAUX : Les journalistes à l’assaut du web JEUX VIDÉO : Jeux vidéo et cinéma VIDÉO À LA DEMANDE : www.mk2vod.com SHOPPING : High-tech du festivalier CHRONIQUE : Hier, j’ai essayé demain...

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SOMMAIRE # 52 ÉDITO PLACE AUX ARTISTES Le photographe Michael Ackerman débarque de Cracovie où il est basé depuis six ans. Le cinéaste Gus Van Sant termine le mixage de Paranoïd Park à Paris. Ils ne se connaissent pas ; rien ne semble les rapprocher. De l’Inde à la Pologne, Michael Ackerman est une âme errante. À la recherche des frontières de son territoire intime, il ne laisse de ses passages que des clichés fameux aux grains explosés. À l’inverse, Gus Van Sant est retourné chez lui, à Portland où il a tourné son dernier film. L’occasion d’un récit subtil et nuancé sur un adolescent meurtrier. Avec en toile de fond, le portrait d’une jeunesse américaine désorientée par la violence. Leur rencontre a d'abord été celle de deux artistes qui, hormis une timidité maladive, ont en commun une sensibilité singulière. Elle est ensuite l’occasion d’un hommage à ceux qui réveillent notre regard et défendent par là une autre idée du cinéma. Pour son 60 ème anniversaire, espérons que le Festival de Cannes soit à la hauteur de ce 7ème art. _Elisha KARMITZ

EDITEUR MK2 MULTIMÉDIA / 55 RUE TRAVERSIÈRE_75012 PARIS / 01 44 67 30 00 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION > Elisha KARMITZ I RÉDACTEUR EN CHEF > Elisha KARMITZ elisha.karmitz@mk2.com I DIRECTEUR DE LA RÉDACTION > Auréliano TONET aureliano.tonet@mk2.com / troiscouleurs@mk2.com I CONSULTANTE > Florence VALENCOURT florence.valencourt@mk2.com I LE GUIDE > Bertrand ROGER bertrand.roger@mk2.com I SECRÉTAIRE DE RÉDACTION « LE GUIDE » > Caroline LESEUR caroline.leseur@mk2.com I EVENEMENT > Maud BAYOT maud.bayot@mk2.com I LIVRE > Pascale DULON pascale.dulon@mk2.com I CINÉMA/DVD > Sandrine MARQUES sandrine.marques@mk2.com I MUSIQUE > Auréliano TONET I INTERNET/JEUX VIDÉOS > Anna MAZAS anna.mazas@mk2.com I HIGH-TECH > Etienne ROUILLON etienne.rouillon@mk2.com I Ont participé à ce numéro : Lauren BASTIDE, Tristan CLAIR, Thomas CROISY, Antonin DELIMAL, Francis DORDOR, Bastien HADER, Florian JARNAC, Roland JHEAN, Oscar PARENGO, Olivier PÈRE, Frédéric RIVIÈRE, Antoine THIRION, Anne-Lou VICENTE I ILLUSTRATIONS > Julien CANAVEZES, Thomas DAPONT, Fabrice GUENIER DIRECTRICE ARTISTIQUE & MAQUETTE > Marion DOREL marion.dorel@mk2.com I IMPRESSION / PHOTOGRAVURE > ACTIS I PHOTOGRAPHIES > Agence VU’, DR I PHOTOGRAPHIE COUVERTURE > Michaël ACKERMAN DIRECTEUR DE LA PUBLICITÉ > Marc LUSTIGMAN / 01 44 67 68 00 marc.lustigman@mk2.com I RESPONSABLE CLIENTÈLE CINÉMA > Vincent OLIVE / 01 44 67 30 13 vincent.olive@mk2.com I RESPONSABLE DE LA DISTRIBUTION DE TROISCOULEURS > Solal MICENMACHER / 01 44 67 32 60 solal.micenmacher@mk2.com © 2007 trois couleurs // issn 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006. Toute reproduction, même partielle, de texte, photos et illustrations publiés par MK2 est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. // TIRAGE : 200 000 EXEMPLAIRES // Magazine gratuit // Ne pas jeter sur la voie publique


TENDANCES

SARAH POLLEY

Célébrée par ses pairs mais encore peu connue du grand public, l’actrice et réalisatrice Sarah Polley est la révélation du jury cannois 2007.

A 28 ans, Sarah Polley est la cadette du jury du Festival de Cannes. Une starlette, choisie pour donner la touche glamour à un jury un peu sérieux ? Faux. Si Sarah est effectivement très jolie (un petit air de Uma Thurman), c’est avant tout une surdouée du cinéma, à la fois actrice, réalisatrice et même activiste politique. Une jeune femme au caractère bien trempé, loin du cliché de la comédienne frivole. Canadienne, fille d’un acteur et d’une directrice de casting, Sarah commence à tourner à 4 ans, perd sa mère à 11 ans et quitte la maison à 14 ans. Révélée aux cinéphiles par son compatriote Atom Egoyan dans De beaux lendemains, elle est vite devenue l’enfant chérie d’un cinéma d’auteur exigeant, de Cronenberg à Winterbottom, en passant par Hal Hartley, Isabel Coixet et Wim Wenders. Joli palmarès. Après des courts-métrages remarqués, elle vient de réaliser son premier long-métrage, Loin d’elle, avec Julie Christie. Encensée par la critique, elle fait partie des «dix réalisateurs à suivre» pour Variety (janvier 2007). A priori, Cannes devrait être un terrain de jeu rêvé pour elle !

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CINÉ FILS

En avant, marches! Quand les stars empruntent le tapis rouge, c’est toute une mythologie du cinéma qui se met en marche(s). Décor légendaire, l’escalier est le lieu rêvé du passage entre les mondes et les états. Montée progressive du plaisir…... « L’ai-je bien descendu ? » Phrase célèbre s’il en est, attachée à un décor sur-représenté à l’écran. Symbole classique de progression vers la connaissance ou de descente dans les profondeurs de l’inconscient, l’escalier parcourt le cinéma expressionniste allemand. Des colimaçons de Caligari (Wiene) aux marches monumentales de Métropolis (Lang), du haut desquelles des ouvriers sont précipités dans les flammes, la folie guette. Le motif se déploie en cascade dans l’œuvre d’Hitchcock. Ascension littérale vers la vérité dans Sueurs froides ou descente dans les tréfonds de la psyché torturée du héros de Psychose, l’escalier objective les rapports de force. Depuis, les films de genre contemporains se sont emparés du gimmick. Dans Scream, Craven parodie la propension des futures victimes à se réfugier systématiquement à l’étage. Manière de dire que de vie à trépas, il n’y a souvent qu’un pas. Les échelles fonctionnent d’ailleurs comme des métaphores courantes de transition entre le terrestre et le divin. Que ce soit dans L’Échelle de Jacob (Lyne) ou Une question de vie ou de mort (Powell), les héros évoluent dans un entre-deux-mondes, que figurent également les échelons invisibles gravis par la rock star défunte de Last Days (Van Sant), en route vers son mythe. Lieu funeste, l’escalier est le témoin de morts violentes. Le prêtre de L’Éxorciste (Friedkin), en prise avec le Malin, s’y brise la nuque ; le peuple révolutionnaire du Cuirassé Potemkine (Eisenstein) périt sur l’escalier d’Odessa. De la mort à la petite mort, il n’y a parfois qu’à sauter une marche. Dans In the Mood for Love (Wong Kar Wai), l’escalier érotise la présence magnétique de Maggie Cheung quand le couple de A History of Violence (Cronenberg) s’y étreint brutalement. Manière comme une autre de franchir les paliers du plaisir et de se brûler sous les feux…de la rampe !

Bande Orignale NOUVELLE VAGUE « Coming home » - Stereo Deluxe / La Baleine On se doutait, avec un nom pareil, que le duo français Nouvelle Vague cultivait quelque appétence pour le cinéma. Connus jusqu’ici pour leurs reprises bossa nova de perles new wave (soit « nouvelle vague » en portugais et en anglais), Olivier Libaux et Marc Collin poussent la littéralité un peu plus loin et compilent sur Coming Home leurs B.O. favorites. Un « retour au bercail» capiteux et onirique, orchestré de mains de maîtres : si les compositeurs sont célèbres (Morricone, Sarde, Legrand, Rota, Barry…), les thèmes sélectionnés le sont moins. Rarement vague aura aussi bien retourné son sujet.

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TRAIT LIBRE

Pour TROISCOULEURS, l’artiste Simon Dara revisite les affiches de grands classiques de l’histoire du cinéma. Ce mois-ci Les Parapluies de Cherbourg de Jacques DEMY.

Graphistes, illustrateurs, artistes, si vous souhaitez participer à la rubrique Trait Libre, envoyez nous vos créations à l’adresse suivante : marion.dorel@mk2.com

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REGARDS CROISÉS

Pénélope Cruz vs Sophia Loren

© Photo_Fabrice GUENIER

Toutes deux primées à Cannes pour La Paysanne aux pieds nus de De Sica et Volver d’Almodovar, Sophia Loren et Pénélope Cruz ont incarné, à quarante années d’intervalle, de bien belles fleurs du peuple. Dans leur sillage, un enivrant parfum de Méditerranée…

D

’une Europe latine et populaire aux fastes d’Hollywood, deux actrices ont effectué le voyage, sans se perdre en route. Napolitaine, Sophia Loren entame son parcours prestigieux par des concours de beauté, où elle est remarquée par le producteur Pygmalion Carlo Ponti. L’Italienne expose sa plastique de rêve dans les magazines, comme sa cadette, l’Espagnole Pénélope Cruz, initialement mannequin, révélée par le film Jambon Jambon de Bigas Luna. Son interprétation très dénudée lance sa carrière, qui trouve un point d’orgue avec les rôles que lui offre son mentor Pedro Almodovar (Tout sur ma mère). Après des débuts sexy, ces actrices aux origines modestes forcent l’entrée de la citadelle hollywoodienne. Sophia Loren tourne à partir de 1956 avec les plus grands réalisateurs américains, de Kramer à Hathaway, en passant par Cukor. Elle obtient un Oscar en 1960. Cruz impose quant à elle son accent exotique dans de grosses productions US comme Capitaine Corelli ou De si jolis chevaux. Sa liaison avec l’acteur producteur Tom Cruise, rencontré sur le tournage de Vanilla Sky, fait les choux gras de la presse à scandale, comme le mariage non reconnu par les autorités italiennes de Sophia Loren avec Carlo Ponti. Ces embardées artistiques outre-Atlantique ne les détournent pas, pour autant, du cinéma d’auteur, où elles gagnent leurs galons d’actrices aimées des cinéphiles exigeants. Cruz, qui s’enlaidit dans À corps perdus (Sergio Castellito), inscrit son rôle aux antipodes des prestations décoratives. Tout comme Sophia Loren qui relance sa carrière avec Une journée particulière (Ettore Scola) en 1977. Objets de désirs troubles, Sophia Loren et Pénélope Cruz incarnent un certain éternel féminin, où l’intelligence de jeu s’allie à une beauté ardente et éclatante. Fatal. _S. M.

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Ces 8 femmes sont sur le point de rencontrer 1 homme diabolique


SCÈNE CULTE Taxi driver

L’ange exterminateur LA PETITE HISTOIRE : En 1975, le rock n’roll juvénile de Bruce Springsteen triomphe au Roxy de Los Angeles. Dans la foule, Robert De Niro est bluffé par la classe du chanteur, notamment lorsque, de dos, le «Boss» harangue ses admirateurs d’un « you talkin’ to me ? » moqueur. L’acteur retiendra la réplique et l’intégrera à cette scène mythique de Taxi Driver, chef d’œuvre urbain et nocturne qui valut la Palme d’or à son réalisateur, Martin Scorcese, en 1976.

LE PITCH : De Niro campe le personnage de Travis Bickle, un ancien marine insomniaque, chauffeur de taxi dans les bas-fonds de New-York. Le spectacle des turpitudes dont il devient le témoin écœuré le mène à la violence. Il entreprend d’assassiner un homme politique et de délivrer de son souteneur une toute jeune prostituée. En attendant, il se mire, seul, chez lui, un revolver à la main...

VSDFVFDVFD TRAVIS : Hein ? Hein ? Plus rapide que toi. [il sort un revolver de sa manche] Salopard de cinglé. Je te vois venir. Ordure ! Je suis là. Tu me provoques. Fais un geste. C’est à toi. Vas-y, fais un mouvement. Ne fais pas ça, salaud. [il se retourne de trois quart] C’est à moi que tu parles ? C’est à moi que tu parles ? C’est à moi que tu parles ? (en VO : « you talkin’ to me ? » ndlr ) Y’a que moi ici. À qui est-ce que tu parles alors ?

C’est à moi ? À qui crois-tu parler salopard ? Ah, oui ? Hein ? Ok. [il pointe le revolver] VOIX OFF DE TRAVIS : Ecoutez bien, bande de dépravés. Vous avez devant vous un homme qui en a marre, qui n’en peut plus… [Travis pivote sur lui-même] Ecoutez bien, bande de dépravés. Vous avez devant vous un homme pour qui la coupe est pleine. Voilà un homme qui se dresse devant la racaille, le cul, les chiens, la crasse, la merde. Voilà là quelqu’un qui s’est dressé. Voilà… TRAVIS : T’es mort ! [hors champ, un cri retentit ]

Robert De Niro dans Taxi Driver de Martin Scorsese, 1976 (Gaumont Columbia Tristar)

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ON VOUS AIME... Gus Van Sant

Œil pour œil


Rencontre inédite entre deux Américains talentueux, références majeures de leur art respectif. D’un côté, le réalisateur Gus Van Sant, Palme d’Or en 2003 avec Elephant. Il vient d’achever Paranoid Park, nouveau film inspiré, sélectionné pour le 60ème Festival de Cannes. De l’autre, le photographe Michael Ackerman, auteur d’une œuvre photographique en rupture avec les conventions. Représenté par la Galerie VU, il a obtenu le prix Nadar de la Photographie en 1999 pour son ouvrage End Time City. Extraits d’un dialogue passionnant autour des marges et du rapport à la création.

V

os œuvres s'intéressent toutes deux aux marginaux. Pourquoi cet attachement ?

M.A_ En photographie, pour arriver à l'essentiel, il faut en enlever, en retirer le plus possible. Parfois, ça passe par la nudité, parfois non. A mes yeux, c'est une question de vulnérabilité. Il faut ôter les couches qui masquent les choses. Il ne s'agit pas nécessairement de nudité mais plutôt d'un état d'esprit. Je l’observe sur les visages plus qu'ailleurs. Parfois, on voit des gens qui portent sur eux ce que la plupart de nous avons à l'intérieur. Cela me donne envie de les prendre en photo. Ils sont d'une sincérité totale. Il faut du réel.

À quelle époque avez-vous commencé à vous intéresser à cette frange de la population?

G.V.S_ Mon intérêt est né au milieu des années 70 à Los Angeles. Je vivais près d'Hollywood Boulevard et j'ai commencé à écrire des scénarios et des livres sur les jeunes que je croisais. Je ne connaissais aucun d'entre eux personnellement. J'ignorais qu’ils se prostituaient. La plupart d'entre eux étaient simplement des gosses de la rue qui mangeaient dans les mêmes endroits que moi, jouaient aux jeux vidéo et vivaient de toute évidence d’expédients. J'ai commencé à écrire ce scénario qui est finalement devenu G.V.S_ J’aurais été incapable de le formuler ainsi ! Mon My Own Private Idaho (1991). Ensuite, j'ai déniché City of premier film [Mala Noche, 1986] se déroule dans une petite Night, ce roman fascinant de John Rechy situé dans les épicerie de Portland, située dans un quartier de clochards années 50 et 60, qui parle de la rue vue par un prostitué. où l’on vend du vin très mauvais pour la santé, à prix M.A_ Pour ma part, j’ai pris pendant des années des photos modique. Les clients n'ont pas un sou mais ont besoin de dans les bars. Je m’y suis abîmé. Aujourd’hui, c’est comme boire. Je l'ignorais avant de tourner le film mais ces types si je n’étais plus capable de transcender ce décor. Je suis étaient des travailleurs saisonniers, vivant dans des d’autant plus intimidé qu’à force de l’avoir représenté, c’est meublés. Ils campaient tous des personnages incroyables, devenu répétitif et ennuyeux. Je devrais essayer de parler fascinants, car effectivement, comme le dit Michael, ils un peu plus avec les gens que je photographie, pour voir ce portent quelque chose sur leurs visages. qui se passe. Je me souviens de la sortie de My Own Private Idaho, des articles dans le New Yorker. Le film a fait couler beaucoup d'encre. Tout le monde disait « tu l'as vu ? » Il a Diriez-vous qu’ils sont plus authentiques ? beaucoup compté pour nous.

M.A_ Et plus courageux, dans une certaine mesure. Car ils G.V.S_ C'était un très bon film, même si j'avais l'intention n'ont rien à perdre ou presque. de faire tourner les personnes réelles à partir desquelles G.V.S_ Exactement. Ils vivent au jour le jour, exposés à tout, j'avais écrit mon scénario. Mais Keanu Reeves et River contrairement à la classe moyenne dont je suis issu. Ils se Phoenix étaient des stars de cinéma. Ils sont devenus les sont révélés excellents acteurs pour toutes ces raisons. A personnages principaux, et partant, le modèle de quelque côté de l'épicerie que j’évoquais, il y a une rue adjacente chose qui était réel sans l'être tout à fait. où traînent des prostitués mâles. Ils doivent faire semblant de ne pas être homosexuels, de s'amuser en faisant le tapin. Cela peut paraître surprenant, mais je pense qu'être à la rue, c'est aussi être acteur.

“PENDANT DES ANNÉES, J’AI PRIS DES PHOTOS DANS LES BARS. JE M’Y SUIS ABÎMÉ.” M. ACKERMAN

15 I TROIS COULEURS_MAI 07 © Photo_Mickael ACKERMAN / VU


Comme le personnage de Blake dans Last Days, qui est une évocation du chanteur Kurt Cobain ?

“JE N’AI PAS BEAUCOUP DE REGRETS DANS LA VIE” GUS VAN SANT

G.V.S_ Bien sûr. L’objet n’est pas de reconnaître de qui il s’agit. G.V.S_ Ce sont les portraits que j'ai pris de tous les acteurs J’essaie d’atteindre quelque chose de plus réel, tout en que je dirigeais dans mon premier film. Je tirais des Polaroïds avec l'appareil que j'ai acheté du temps où j’aimais faire des évitant le côté documentaire. reportages. En l'espace de deux ans, et après avoir réalisé M.A_ Mais je crois qu’il est très difficile de faire oublier une dans l’intervalle d’autres films, j'ai amassé des centaines personnalité contemporaine très célèbre. de clichés. G.V.S_ En fait, on a envie de la dévoiler. C'est pour cette raison qu'il n'est pas facile de se lancer dans de fausses biographies. D'une certaine façon, Last Days est un bon La photographie est-elle le moyen de documenter le exemple car on sait qu'on n'y parviendra jamais. J'ai travaillé travail ou la vie d’un artiste ? sur une biographie de Harvey Milk [homme politique américain, militant pour les droits civiques des homosexuels, assassiné G.V.S_ Prendre des photos dans le cadre des castings était en 1978, ndlr] qui n'a jamais aboutie. J'estimais qu'elle devait devenu machinal. Mais c’était ma façon de dire « au revoir ». traiter de quelqu'un qui n'est pas Harvey Milk, mais qui fait les C'est toujours difficile ces rendez-vous, car on voit quelqu'un choses à sa façon. L'idée est de s'extraire de la réalité pour mieux pendant environ dix minutes et la plupart du temps, on sait la saisir. Dans Last Days, on est entre les deux. Pour commencer, qu’on ne va pas l'engager. Mais on bavarde un peu. Et pour mettre un terme à la conversation et passer à la personne on ne voulait pas coller à Kurt Cobain physiquement. suivante, je demandais : « je peux vous prendre en photo ? » M.A_ Michael Pitt a le langage corporel adéquat. Je me levais, marchais jusqu'à la fenêtre et tirais une seule G.V.S_ C'était incroyable. Ils ont tous les deux une scoliose. photo. Ensuite, je la leur tendais en disant « merci ». Et ils J’ai eu la chance de voir les derniers concerts de Nirvana. partaient. Ils ont joué plusieurs fois à Portland. M.A_ C'est une belle façon de dire au revoir. En ce qui me M.A_ C’est l’un de mes plus grands regrets de ne pas les avoir concerne, je n’éprouve pas le besoin de documenter mon vus sur scène. vécu. Mais parfois, quelqu'un ou quelque chose me donne G.V.S_ Je n’ai pas beaucoup de regrets dans la vie. envie de le saisir. Je crois que ça échappe à tout contrôle de ma part. Je ne peux pas me forcer à faire quelque chose qui ne suscite pas d’envie chez moi. Lorsque je me force, ce Quel art, selon vous, regarde le réel avec le plus d’acuité ? que je fais est médiocre et ennuyeux. Avec l'âge, on sait ce qui compte pour soi, et ce qui reste. Parfois, un sujet me fait Le cinéma ou la photographie ? vraiment forte impression. J'ai alors besoin de le prendre M.A_ Les films sont trop lisses. en photo. G.V.S_ C'est un défaut que de les faire trop lisses. Ce qui est lisse peut manquer de réalisme. Au cinéma, c’est un problème de son, car la voix est séparée des bruits environnants. Quel rapport entretenez-vous avec vos acteurs ou modèles ? M.A_ Les plupart des films sont irréalistes. Malheureusement.

Connaissez-vous vos travaux photographiques respectifs ? G.V.S_ Je ne connaissais pas les photographies de Michael Ackerman même si je pensais avoir vu les travaux de tous les artistes. Mais il y a aux Etats-Unis un tel brassage culturel ! Sans compter que je connais mal la photographie, à part ce que je peux en voir dans les magazines. M.A_ Je ne connais pas le livre de photographies de Gus, 108 Portraits, mais j'aimerais bien voir ses clichés.

M.A_ Je ne me sens pas assez courageux pour investir l'espace privé de quelqu'un. G.V.S_ C'est vraiment difficile de devoir solliciter des individus pour leur demander de jouer dans mes films. Je suis trop timide. M.A_ Franchement, qui refuserait d'être dans un film ? Personne ! G.V.S_ Pourtant, ça me gêne énormément. Et je n'ai même pas de cartes de visite. Je devrais en faire imprimer. _Propos recueillis à Paris par Sandrine MARQUES _Traduction de Guillaume TRICOT et Louise WILLIAMS

“ÊTRE À LA RUE C’EST AUSSI ÊTRE ACTEUR” GUS VAN SANT

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PLEIN ÉCRAN Paranoïd Park_Gus VAN SANT EN 3 DATES CLÉ

GUS VAN SANT 1970_Entre à la Rhode Island School of Design, l’une des écoles d’art américaines les plus réputées. 1998_Gus Van Sant décide de retourner plan par plan le célèbre Psycho d’Alfred Hitchcock. 2003_À Cannes, Elephant reçoit la Palme d’or, et Gus Van Sant le Prix du meilleur réalisateur.

Tout est dans l’ar À Portland, la police interroge les skateurs d’un spot baptisé « Paranoïd Park », soupçonnés d’être liés à la mort, non loin de là, d’un gardien de sécurité retrouvé en deux morceaux sur une ligne de chemin de fer. Parmi eux, le jeune Alex se remémore peu à peu le cours de cette nuit funeste.

C

ette nuit, Alex l’a-t-il oubliée ? Ses rêveries le portent en tout cas ailleurs, dans la fosse où slaloment les planches et sur le bord de mer où il vient écrire son journal. L’interrogatoire masqué du détective Richard Lew ne fait en rien vaciller son assurance. Pourtant, les signes ne trompent pas. Comme les ados d’Elephant, Alex déambule au ralenti dans les couloirs du lycée, affiche en toutes circonstances une mine absente, même dans la chambre où sa petite amie a voulu perdre sa virginité avec lui. Il n’est déjà plus tout à fait là, quelque chose le travaille. Gus Van Sant n’a pas fait mystère du récit de son nouveau film, dont on a su très tôt qu’il se résumerait à un meurtre commis par un ado. Son titre en découle directement. « C’est une sorte de Crime et Chatiment dans le monde du skate », affirmait-il, et Alex un cousin lointain de Raskolnikov, tant affecté par l’accident qu’il craint qu’on ne le suspecte déjà. Même si l’histoire est en l’occurrence tirée d’un roman (de Blake Nelson), Paranoïd Park rejoint ainsi Gerry, Elephant et Last Days, tous également construits autour d’un fait divers qui ne cherche à surprendre personne, tant abondent les signaux formels d’avertissement. Paranoïd Park signe le retour de GVS à Portland, où il habite et où il a tourné plusieurs de ses films, dont Drugstore Cowboy en 1989. Mais ce n’est pas un bond en arrière, plutôt un pas de plus dans la lignée de ses trois précédents chefs d’œuvres, à la souveraine beauté desquels il ajoute ici l’impureté d’un tournage mi-35 mm, mi-Super 8. Toujours plus loin d’Hollywood, plus que jamais en tête du cinéma contemporain. Sortie à l’automne prochain Un film de Gus VAN SANT Avec Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu... Distribution : mk2 // France - États-Unis, 2007, 1h39 En sélection officielle du 60ème Festival de Cannes

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_Antoine THIRION

© Photos d’écran du film Paranoïd Park prises par Mickael Ackerman / VU


SÉLECTION OFFICIELLE

EN 3 FILMS

GUS VAN SANT 1985_Mala Noche 1998_Psycho 2005_Last Days

t Gus

3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM 01 Parce que Gus Van Sant est peut-être le plus grand cinéaste américain d’aujourd’hui. 02 Parce que Gus Van Sant est sans doute le plus grand cinéaste américain d’aujourd’hui. 03 Parce que Gus Van Sant est le plus grand cinéaste américain d’aujourd’hui.

À L’ÉCOUTE La surdité règne dans les récents films de Gus Van Sant. Bien avant que les fameux tueurs de Columbine n’y fassent un carnage, les adolescents d’Elephant se baladent au ralenti, indifférent au vacarme, dans les couloirs du lycée. Dans Last Days, entre sa sortie d’asile et son suicide dans le cabanon du jardin, Blake entend à peine les paroles des personnes venues s’entretenir avec lui : c’est par un même marmonnement autiste qu’il couvre toutes les conversations. À mesure qu’ils s’enfoncent dans le désert, les deux Gerry du film du même nom perdent la parole et ne se raccrochent plus qu’aux pas l’un de l’autre. Chaque fois, un rapport différent se règle entre les personnages et le fait divers par le biais du son. Les collégiens de Columbine n’entendent rien des multiples signaux sonores qui avertissent le spectateur de l’imminence du massacre, tandis que le marmonnement de Blake est une manière pour lui d’être encore présent, même par un langage qui se confond peu à peu avec les bruits de la nature. Paranoïd Park pousse cette recherche auditive vers d’autres parages. Difficile de ne pas penser à Hitchcock lorsqu’Alex s’affaisse, hébété, dans la douche : une nuée de bruits électroniques sanctionne sa faute, qui rappelle rappelle l’attaque des Oiseaux (1963) que Bernard Hermann avait composée au synthé. Hitchcock n’est pas une référence anodine dans un film aussi préoccuppé par la morale que Paranoïd Park. On peut y entendre l’écho ludique du remake plan par plan que GVS fit de Psycho, mais surtout le passage d’une surdité à une hyperacousie, de figures d’ados victimes à celle d’un ado responsable. _A. T.

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PLEIN ÉCRAN Tehilim_Raphaël NADJARI

EN 3 DATES

RAPHAËL NADJARI 1996_Arrivée aux Etats-Unis. Le Français y filmera une trilogie new-yorkaise. 1998_Rencontre avec avec son acteur fétiche, Richard Edson. 2003_S’installe à Tel-Aviv où commence une nouvelle étape de sa carrière, amorcée avec son film Avanim.

Un homme dispar Hantés par la perte, les films de Raphaël Nadjari étudient les traces que les absents impriment sur une communauté. Dans Tehilim, une famille tente de se recomposer après la disparition mystérieuse du père.

L

e titre Tehilim renvoie aux psaumes et aux enseignements attribués au Roi David. Ces poèmes forment la pièce centrale de la liturgie judaïque et accompagnent les Juifs pratiquants dans leur vie de tous les jours. Attentif aux variations et dérèglements subtils du quotidien, le plus nomade des cinéastes français tourne son second film en Israël, trois ans après le bouleversant Avanim. Déjà à l’origine d’une trilogie new-yorkaise très remarquée (The Shade, I am Josh Polonski’s Brother et Appartement 5C), le jeune réalisateur s’approprie la ville de Jérusalem. Sa caméra archéologue explore les rues d’un quartier à la croisée de la modernité et de la tradition. Une fratrie occupe de nouveau le centre de ce drame intimiste. Un père de famille disparaît brutalement après un accident de voiture. A-t-il sciemment abandonné les siens ? Est-il mort ? On n’en saura rien. Ses proches doivent dès lors composer avec l’absence et ses conséquences tant humaines que matérielles. Chacun à sa manière essaie de ramener le disparu, en s’absorbant dans l’étude de la Torah ou en tentant de dépasser, avec ses ressources personnelles, le traumatisme. La fraternité, qu’il s’agit de retrouver, est peut-être la clé de l’énigme. Les deux jeunes enfants désemparés par le départ de leur père le comprennent, eux qui finissent par se rapprocher à l’issue de cette épreuve initiatique. Les comédiens débutants qui incarnent les deux frères portent de bout en bout ce film intense et minimaliste, marqué par la puissance du hors champ paternel. Dans Tehilim, il ne s’agit rien moins que de devoir combler un vide. C’est par ce geste que le beau film de Raphaël Nadjari trouve sa portée universelle. _S. M.

Sortie le 30 Mai Un film de Raphaël NADJARI Avec Michael Moshonov, Limor Goldstein, Yonathan Alster, Shmuel Vilozni… Distribution : Haut et Court // France-Israël, 2006, 1h36 En sélection officielle du 60ème Festival de Cannes © Photos : Amit Berlowitz

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SÉLECTION OFFICIELLE

EN 3 FILMS DE CHEVET

aît

RAPHAËL NADJARI Vivre d’Akira Kurosawa (1952). The Little Fugitive de Morris Engel et Ruth Orkin (1953). Du silence et des ombres (To Kill a Mockingbird) de Robert Mulligan (1962).

3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM 01 Pour les acteurs, remarquables de justesse. Certains sont non-professionnels, comme les enfants jouant le rôle des deux frères. 02 Pour la manière dont le réalisateur inscrit son film dans la ville de Jérusalem, entre modernité et tradition. 03 Pour la promesse, en creux, que les réconciliations sont possibles à Jérusalem.

3 QUESTIONS À RAPHAËL NADJARI C’est votre second film tourné en Israël après votre trilogie américaine. D’où vient cette attirance? Je cherche avant tout à réinvestir des figures, des types d’histoires simples, ancrées dans le quotidien. Avec Tehilim, je continue un voyage autour de la famille, dans une approche humaniste. Je m’attache à une communauté qui ne se pense pas forcément comme telle, à des rencontres. J’essaie de capter les énergies, de comprendre le tissu urbain et humain, d’instaurer un dialogue entre tous ces éléments. A partir du singulier, je tente de raconter des histoires universelles. Quelle est votre méthode de travail ? Laissez-vous une place importante à l’improvisation ? Le protocole de travail est très simple. Il se base sur un canevas de scènes comportant quelques phrases de dialogues. Je laisse respirer les choses. À partir de l’expérience des comédiens, nous écrivons le film sur le moment. Le scénario doit pouvoir supporter une charge d’improvisation sans que cela n’altère le sens des scènes. Votre film évoque, comme les précédents, une disparition. Pourquoi ce thème récurrent ? Parce qu’à travers ce thème, c’est la vie qui ressort. Tehilim est l’histoire d’un deuil impossible. Le film se situe du point de vue de l’absence. Tous les personnages travaillent à un projet positif mais ne trouvent pas la clé pour redevenir eux-mêmes. Il y a ceux qui croient que se rapprocher de la tradition va faire revenir le père. Mais ce projet ne peut fonctionner si l’on ne prend pas en compte l’autre. Les jeunes frères découvrent l’idée de justice. La solution, c’est une forme de fraternité. _Propos receuillis par S. M.

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PLEIN ÉCRAN Un homme perdu_Danielle Arbid EN 3 FILMS DE CHEVET

DANIELLE ARBID Merry Christmas M. Laurence de Nagi Oshima, « parce ce que ce fut mon premier choc émotionnel à Beyrouth ». La filmographie entière de John Cassavetes, « parce que la passion prime sur tout ». Sombre de Philippe Grandrieux, « un film brutal et puissant, un film rêvé ».

Perdu de vue Récit d’errance et de quête identitaire, Un homme perdu s’inspire de la figure torturée du photographe français Antoine d’Agata. Voyage dans les tréfonds de l’intime, zone obscure où s’origine la création. e frontières - qu’elles soient géographiques ou privées, il est largement question dans le second long métrage de la réalisatrice d’origine libanaise Danielle Arbid. Un homme perdu suit la trajectoire nomade de deux hommes en déshérence. Thomas Koré est un photographe français à la recherche d’expériences extrêmes. Il croise Fouad Saleh, un amnésique solitaire qui a quitté Beyrouth pour se lancer sur les routes, avec sur ses épaules un lourd secret. Dans la promiscuité de chambres d’hôtel, l’artiste photographie des femmes dénudées à qui il prend plus qu’il ne donne. Engagé comme traducteur, Fouad devient le complice, à son corps défendant, des nuits tumultueuses du photographe. Mais plus que de la révéler, l’objectif de l’appareil photo fait écran à l’altérité à laquelle s’ouvre progressivement Thomas. La démarche artistique a tout ici d’un acte de prédation par lesquels des rapports de domination s’exercent. La réalisatrice traite au passage, et avec acuité, du choc des cultures orientales et occidentales. En artiste manipulateur et égoïste, Melvil Poupaud, qui interprétait déjà un photographe dans Le Temps qui reste de François Ozon, convainc. Face à lui, Alexander Siddig, vu dans Syriana, excelle dans son rôle d’homme brisé, dont le secret, une fois découvert, changera à jamais la vie de Thomas. Le film est le récit d’un cheminement intérieur qu’accompagne viscéralement une caméra en transit. Danielle Arbid filme au plus près des corps et des âmes. Et au bout du parcours, « l’homme perdu » du titre n’est pas forcément celui à qui l’on songeait.

3 RAISONS D’ALLER VOIR CE FILM 01

Pour saisir la démarche artistique radicale du photographe Antoine d'Agata, dont le film s'inspire.

Pour l’audace avec laquelle le film transgresse 02 certains tabous, à travers la mise en scène explicite de prostituées libanaises par exemple. 03 Pour l'acteur Alexander Sidig, dont les fêlures évoquent l'incandescence d'un Patrick Dewaere.

_S. M.

Sortie le 14 novembre Un film de Danielle ARBID Avec Melvil Poupaud, Alexander Siddig, Carol Abboud… Distribution : mk2 // France, 2006 En sélection à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes © Photo : Antoine D’Agata

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FOCUS Made in Jamaica_Jérôme Laperrousaz

Reggae grand ang Formellement très soigné, le documentaire de Jerome Laperrousaz, Made in Jamaïca, retrace l’histoire des musiques jamaïcaines, du « roots reggae » au dancehall, des pères fondateurs à leurs infernaux rejetons. Ou comment échapper, par une musique emprunte tour à tour de religiosité et d’excès en tous genres, au délabrement économique d’un île à la fois maudite et bénie des Dieux.

«

e fer qu’on utilisait pour les chaînes de l’esclavage a été fondu pour fabriquer des armes », résume Bunny Wailer, la soixantaine lucide et une garde robe fantasque : habit de vieil amiral rasta, robe de missionnaire colonial ou costume de cow-boy glamour très Las Vegas. Dernier survivant des Wailers originaux, trio qu’il a fondé avec Peter Tosh et Bob Marley, Bunny chante I Shot the Sheriff dans une ruelle de Trenchtown, quartier où naquit le reggae il y a 40 ans. Depuis cet âge d’or de la musique jamaïquaine, rien n’a vraiment changé à Kingston. Misère, absence d’éducation, violence, la trinité infernale du ghetto y est bégayée génération après génération. La seule variable, et c’est la perspective choisie par Jérôme Laperrousaz pour son documentaire, c’est la musique elle-même. Le reggae « roots LE REGGAE « ROOTS » A CÉDÉ SA PLACE AU DANCEHALL, », enraciné à l’Afrique par la sensualité SA SYNCOPE DIGITALE SACCADÉE, SES TEXTES HYPER des rythmes et la thématique de la terre RÉALISTES OÙ SE LIBÈRENT TOUTES LES PULSIONS. promise, a cédé sa place au dancehall, sa syncope digitale saccadée, ses textes hyper réalistes où se libèrent toutes les pulsions. Alors que Bob Marley chantait No Woman No Cry, Elephant Man, nouvelle star du genre, éructe « sortez vos flingues ! », et Bounty Killer « envoyez vos chattes ! » Quant à Lady Saw, « first lady » du style slackness (salace), elle conclut par « Vive la débauche!»

L

S’INVENTER UN DESTIN De cette opposition radicale, Jérôme Laperrousaz, qui connaît bien la Jamaïque pour y avoir tourné il y a 25 ans un premier film, Third World, Prisonner of the street, aurait pu tirer matière à un exposé très dialectique entre deux formes

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SORTIE LE 13 JUIN

gle de révolte chantée : l’une imprégnée de spiritualité et d’Histoire, l’autre exclusivement préoccupée du moment présent. Dépassant cette dualité, le réalisateur a préféré relier entre eux les fils générationnels qui finissent par tisser une seule et même trame. Celle où se décline l’existence d’une jeunesse jamaïquaine dont chaque individualité s’efforce, à toutes époques, de s’inventer un destin de star, et ce en dépit d’origines sociales calamiteuses et de contextes familiaux souvent déplorables. Certains réussissent. La génération des pionniers, qu’incarnent Bunny Wailer, Toots Hibbert, Gregory Isaacs, Beres Hammond et le groupe Third World, tous auréolés de gloire, de respect et à l’abri du besoin, apporte ici un témoignage édifiant sur ce que le reggae a signifié et ce qu’il persiste à offrir aujourd’hui : un moyen de se sortir du piège de la « rat race ». Cette « course des rats » avait jadis inspiré une chanson à Bob Marley, reprise aujourd’hui par les artistes du dancehall, qui malgré bien des différences d’approche se réclament de son message. ENTRE SAINT ET VOYOU Mais d’autres ont échoué dans leur tentative, rattrapés par les statistiques de la criminalité, effrayantes sur cette île de 3 millions d’habitants. C’est le cas de Bogle, personnalité du dancehall, abattu lors d’une rixe au motif dérisoire (il a osé comparer un chanteur à un poulet !) et dont on suit le cortège funéraire à travers les rues du ghetto, ses égouts à ciel ouvert, ses clôtures de tôle ondulée, ses carcasses de voitures garées sur des chemins délabrés. Cette procession, digne des obsèques d’un parrain de la mafia, finit par longer une scène improvisée où Gregory Isaacs chante accompagné par un groupe de musiciens. Séquence risquée mais essentielle car viennent s’y fondre les deux dimensions d’un film qui se présente comme un reportage sur la pérennité d’un phénomène musical, mais qui doit au final beaucoup à l’esthétique du vidéo clip, chacun des protagonistes jouissant de sa part de mise en scène. Là est le tour de force du réalisateur. Car ce que révèlent ces images très hautes gammes, voire luxueuses, accompagnées d’un son retraité en studio, c’est à quel point le ghetto, tout en demeurant un lieu maudit entre tous, a pu devenir un théâtre où chacun cherche un rôle à jouer, quelque part entre le saint (Capleton) et le voyou (Bounty Killer, Elephant Man, Vybz Kartel). « Si l’imagination se réfugie dans la tentation de la fiction, le réel provoque lui-même la fiction. » Ces mots du sociologue HenriPierre Jeudy, ces images du ghetto les attestent. Made In Jamaica fait donc un état des lieux d’une culture qui après avoir valorisé la mémoire, préfère aujourd’hui l’oubli, par le sexe, la violence et les drogues dures. Mais il n’omet jamais de mettre en avant le seul véritable lien entre ces deux univers : cette ligne de basse du reggae qui nous enveloppe tout du long de sa vibration essentielle _Francis DORDOR Un documentaire de Jérôme LAPERROUSAZ Avec Capleton, Elephant Man, Bunny Wailer… Distribution: mk2 // France, 2006, 1h50

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La Fnac aime le nouvel album de

GORAN BREGOVIC KARMEN de GORAN BREGOVIC avec une fin heureuse

OpĂŠra gitan

Sortie le 21/05


LE GUIDE

DES SALLES

DU MERCREDI 16 MAI AU MARDI 19 JUIN

SOMMAIRE

Boulevard de la mort : un film Grindhouse de Quentin Tarantino

SORTIES DU 23 MAI 28_Les Chansons d’amour de Christophe Honoré 30_Après lui de Gaël Morel // Le Scaphandre et le papillon de Julian Schnabel // La Disparue de Deauville de Sophie Marceau

SORTIES DU 30 MAI 32_Une vieille maîtresse de Catherine Breillat // Pas douce de Jeanne Waltz 33_Black Snake Moan de Craig Brewer // Le Mas des alouettes de Paolo et Vittorio Taviani // Abandonnée de Nacho Cerda

SORTIES DU 06 JUIN 36_Boulevard de la mort : un film Grindhouse de Quentin Tarantino // L’Avocat de la terreur de Barbet Schroeder 38_I Don’t Want to Sleep Alone de Tsai Ming-Liang // Boxes de Jane Birkin // Syndromes and a Century d’Apichatpong Weerasethakul

SORTIES DU 13 JUIN 40_Shrek le troisième de Chris Miller et Raman Hui // Et toi, t’es sur qui ? de Lola Doillon // El Camino de San Diego de Carlos Sorin 41_Le Bonheur d’Emma de Sven Taddicken // Faussaire de Lasse Hallström

LES ÉVÈNEMENTS MK2_42 > 44

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LE GUIDE_SORTIES DU 23 MAI

LES CHANSONS D’AMOUR Un film de Christophe HONORÉ Avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme... Distribution : Bac Films // France, 2007, 1H40

Comme le fredonnait le chanteur Laurent Voulzy dans les années 80, toutes les chansons d’amour racontent la même histoire. Partant de ce postulat universel, le réalisateur et écrivain Christophe Honoré nous entraîne dans une épopée amoureuse originale. En évoquant les tourments sentimentaux de ses trois jeunes protagonistes dans le Paris d’aujourd’hui, Les Chansons d’amour se définit d’emblée comme une comédie musicale romantique et populaire. Nouvelle démonstration de l’attachement du réalisateur et scénariste Christophe Honoré à l’univers singulier du cinéaste Jacques Demy, Les Chansons d’amour se construit autour de quatorze chansons composées spécialement par le musicien Alex Beaupain, auteur de l’album pop Garçons d’honneur en 2005. Sélectionné en Compétition Officielle au 60ème Festival International du film de Cannes, le film scelle les retrouvailles du metteur en scène avec le chef-opérateur Rémy Chevrin, après leur travail commun sur le tournage de 17 fois Cécile Cassard, qui consacrait à l’époque le couple

28 I TROIS COULEURS_MAI 07

étonnant composé par Béatrice Dalle et Romain Duris. Formellement abouti, le film réunit une distribution prometteuse. Pour son quatrième long métrage, Christophe Honoré a fait appel à la comédienne Ludivine Sagnier, révélée en 2000 dans le film de François Ozon Gouttes d’eau sur pierre brûlante où elle s’illustrait aux côtés de Malik Zidi et Bernard Giraudeau. Louis Garrel, César du Meilleur espoir masculin en 2005, collabore à nouveau avec le réalisateur de 17 fois Cécile Cassard, qui l’avait déjà dirigé dans Ma mère en 2004 et dans Dans Paris en 2006. L’occasion pour l’acteur de retrouver la comédienne Clotilde Hesme avec laquelle il avait déjà partagé l’affiche des Amants réguliers de Philippe Garrel en 2005. Afin de compléter harmonieusement le casting, Chiara Mastroianni, Yannick Rénier, Brigitte Roüan et Jean-Marie Winling apportent une touche personnelle et jubilatoire à cette comédie réjouissante. _Thomas CROISY


WILD SIDE FILMS PRÉSENTE


LE GUIDE_SORTIES DU 23 MAI

APRÈS LUI Un film de Gaël MOREL Avec Catherine Deneuve, Thomas Dumerchez, Guy Marchand, Élodie Bouchez… Distribution : Twentieth Century Fox France // France, 2006, 1h32

Quatrième long métrage de l’acteur et réalisateur Gaël Morel après À toute vitesse, Les Chemins de l’Oued et Le Clan, Après lui traite du rapport au deuil et de ses conséquences. Responsable de la mort de son meilleur ami lors d’un accident de la route, Franck doit affronter le ressentiment de certains proches du défunt. Désireuse d’exorciser la douleur, la mère endeuillée se rapproche du jeune homme et ébauche bientôt avec lui une relation trouble. Mais le transfert affectif qui s’ensuit ne peut lui faire oublier sa douleur. Franck découvre alors que cette fréquentation particulière n’est pas sans danger… En Sélection Officielle à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes, Après lui s’attache aux bouleversements personnels que sous-tendent les grands traumatismes de l’existence. À la fois pudique et poignant, le film de Gaël Morel met à l’honneur l’actrice Catherine Deneuve après ses prestations dans Palais Royal ! de Valérie Lemercier et Le Concile de pierre réalisé par Guillaume Nicloux en 2006. Dans le rôle du jeune étudiant rongé par la culpabilité, Thomas Dumerchez se révèle à travers une interprétation inspirée. _Florian JARNAC

LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON

LA DISPARUE DE DEAUVILLE

Un film de Julian SCHNABEL Avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze… Distribution : Pathé Distribution // France, 2007, 1h52

Un film de Sophie MARCEAU Avec Christophe Lambert, Sophie Marceau, Nicolas Briançon… Distribution : SND // France, 2006, 1h40

Adaptation du best-seller autobiographique écrit par JeanDominique Bauby en 1995, Le Scaphandre et le papillon offre à l’acteur Mathieu Amalric le rôle d’un journaliste père de famille, qu’un soudain accident vasculaire prive brutalement de ses fonctions motrices. Victime du «locked in syndrom », terme médical désignant cette paralysie symptomatique, le quadragénaire décide d’évoquer son drame intime dans un livre. Mais le projet est ambitieux, car l’homme ne peut plus s’exprimer qu’en clignant de l’œil gauche… Réalisé par le cinéaste Julian Schnabel six ans après Avant la nuit, Le Scaphandre et le papillon est en Compétition au Festival de Cannes.

Au cœur d’un palace de la côte normande, une actrice célèbre, disparue trente ans auparavant dans des circonstances mystérieuses, refait soudain son apparition. Alors qu’il mène une enquête au sein de l’établissement, un agent de police solitaire succombe au charme de l’ancienne égérie. Mais que veut cette femme surgie d’un autre temps ? Et quels secrets se cachent derrière ce lieu luxueux qu’elle a choisi pour domicile ? Quatre ans après Parlez-moi d’amour qui mettait en scène la comédienne Judith Godrèche, Sophie Marceau change de registre pour signer un trépidant thriller, dans la meilleure tradition des films d’Alfred Hitchcock.

_Florian JARNAC

_Oscar PARENGO

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LE GUIDE_SORTIES DU 30 MAI

UNE VIEILLE MAITRESSE Un film de Catherine BREILLAT Avec Asia Argento, Fu’ad Aït Aattou, Roxane Mesquida… Distribution : Studio Canal // France , 2006, 1h54

Trois ans après le sulfureux Anatomie de l’Enfer, la cinéaste Catherine Breillat réalise Une vieille maîtresse, un drame d’époque, en Compétition Officielle au Festival de Cannes. À Paris, en 1835, dans le milieu de l’aristocratie, les mœurs libertines s’épanouissent librement. Toujours sensible aux voluptés propres au siècle des Lumières, la marquise de Flers décide de marier sa fille avec Ryno de Marigny, un séducteur romantique. Mais ce Dom Juan impénitent est déjà l’amant d’une courtisane vénéneuse… Depuis Tapage nocturne en 1979, la réalisatrice et écrivain Catherine Breillat explore sans artifice le thème complexe du désir féminin. Inspiré de l'œuvre éponyme de Jules-Amédée Barbey d'Aurevilly, Une vieille maîtresse dresse le portrait d’une noblesse scandaleuse dans une époque tourmentée. Pour incarner le rôle de la séductrice diabolique, fille naturelle d’une duchesse et d’un torero, la réalisatrice de Romance a fait appel à l’actrice Asia Argento qui s’est illustrée en 2006 dans l’esthétique Marie-Antoinette de Sofia Coppola. À ses côtés, la jeune comédienne Roxane Mesquida retrouve la cinéaste Catherine Breillat, cinq ans après leur collaboration sur le tournage du film Sex is comedy. _Thomas CROISY

PAS DOUCE Un film de Jeanne WALTZ Avec Isild Le Besco, Steven Pinheiro de Almeida, Lio… Distribution : Les Films du Paradoxe // France - Suisse, 2007, 1h24

En tentant de se suicider en pleine forêt avec une arme à feu, une jeune infirmière blesse grièvement un adolescent. Admis aux urgences de l’hôpital où travaille la jeune femme, Marco, quatorze ans, va peu à peu découvrir la vérité : celle qui le soigne est aussi celle qui lui a tiré dessus. Et si cet épisode malheureux était l’occasion pour chacun de remettre en question ses convictions profondes ? Selon les termes de la réalisatrice, Pas douce n’est pas l’histoire d’une jeune femme qui rate sa tentative de suicide, mais l’épopée d’une enfant égarée qui parvient à la maturité en s’accrochant finalement à la vie. Optimiste malgré la rudesse de son propos, Pas douce évoque le malaise profond qui subsiste au sein de nos sociétés occidentales éprises d’individualisme. Deuxième long métrage de la cinéaste Jeanne Waltz après Daqui p’rá alegria en 2003, Pas douce met en scène la comédienne et réalisatrice Isild Le Besco, à l’affiche récemment dans L’Intouchable de Benoît Jacquot. À ses côtés, le jeune acteur Steven Pinheiro de Almeida s’impose dans un rôle complexe d’adolescent rebelle et révolté. Une prestation réussie qui marque également ses débuts au cinéma. _Thomas CROISY

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BLACK SNAKE MOAN Un film de Craig BREWER Avec Samuel L. Jackson, Christina Ricci, Justin Timberlake… Distribution : Paramount Pictures France // États-Unis, 2005, 1h56

Deux ans après son premier long métrage Hustle & Flow, le réalisateur Craig Brewer signe une comédie dramatique tournée intégralement à Memphis - capitale du blues - dans l’État du Tennessee. Jadis musicien virtuose dans les clubs de la ville, Lazarus mène désormais une existence morose. Animé de vifs ressentiments depuis le départ de sa femme, il est souvent l’objet de violences incontrôlées. Le jour où il découvre aux abords de sa ferme le corps à demi nu de Rae, une jeune femme couverte d'ecchymoses et laissée pour morte au milieu de la route, son destin prend un tour nouveau. Il décide alors de venir en aide à la victime afin de la ramener dans le droit chemin. Mais Rae dissimule des traumatismes d’une dureté peu ordinaire… En abordant sans exhibitionnisme le sujet de la nymphomanie, Black Snake Moan démontre que cette névrose est en fait une réelle maladie psychiatrique. Avec pertinence, le film de Craig Brewer y mèle la musique des bluesmen qu’il apparente à une thérapie salutaire. Dans les rôles principaux, l’acteur Samuel L. Jackson côtoie la comédienne Christina Ricci, vue en 2005 dans Cursed de Wes Craven. _Florian JARNAC

LE MAS DES ALOUETTES

ABANDONNÉE

Un film de Paolo et Vittorio TAVIANI Avec Paz Vega, Moritz Bleibtreu, Alessandro Preziosi… Distribution : UGC Distribution // France - Italie, 2006, 1h58

Un film de Nacho CERDA Avec Anastasia Hille, Karel Roden, Valentin Ganev… Distribution: Wild Side Films // Espagne, 2004, 1h36

En Compétition Officielle au dernier Festival de Berlin, Le Mas des alouettes suit la destinée d’une famille arménienne en Anatolie en 1915, alors que commencent les massacres perpétrés contre le peuple arménien par le parti des «Jeunes Turcs ». Treizième long métrage commun des frères Taviani après Padre Padrone, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1977, le film s’inspire librement du roman La Masseria delle allodole d’Antonia Arslan. Dans les rôles principaux, les réalisateurs ont réuni Tcheky Karyo, André Dussolier, l’actrice espagnole Angela Molina ainsi que le comédien allemand Moritz Bleibtreu.

Une productrice de cinéma retourne dans son pays natal, la Russie, où le cadavre de sa mère a été retrouvé dans des circonstances insolites. Héritière d’une ferme isolée, elle décide de s’y rendre afin d’élucider le mystère de cette disparition. Mais bientôt, elle découvre qu’une superstition locale prétend que l’endroit est damné… Premier film du réalisateur Nacho Cerda après ses courts métrages remarqués Aftermath et Genesis, Abandonnée était en Sélection Officielle au dernier Festival de Gerardmer. Le film a en outre été projeté aux États-Unis lors de l’Horrorfest, un festival qui fait la part belle aux films d’horreur les plus inquiétants.

_Antonin DELIMAL

_Oscar PARENGO

33 I TROIS COULEURS_MAI 07


p

un film de jeanne waltz


pas

isild le besco

douce Bloody Mary Productions Rhône-Alpes Cinéma/Centre National de la Cinématographie Développé avec le soutien du Programme Media de la Commission Européenne, de la PROCIREP et de l'ANGOA-AGICOA (FRANCE) Prince Film SA (Suisse) présentent Isild Le Besco, Steven De Almeida, Lio et Yves Verhoeven dans un film de Jeanne Waltz. Image Hélène Louvart (A.F.C), Son Henri Maïkoff, Montage Eric Renault, Musique originale Cyril Ximenes, Décoration Françoise Arnaud, Costume Catherine Schneider et Isabelle Blanc, Direction de Production Richard Allieu, Jean-Christophe Cardineau. Un film produit par Didier Haudepin, Pierre-Alain Meier

© Affiche Pierre Collier 07

Distribué par les Films du Paradoxe.

sortie le

30 mai


LE GUIDE_SORTIES DU 06 JUIN

BOULEVARD DE LA MORT - UN FILM GRINDHOUSE Un film de Quentin TARANTINO Avec Kurt Russel, Rosario Dawson, Zoe Bell… Distribution : TFM Distribution // États-Unis, 2007, 1h56

Présenté en Compétition Officielle au Festival de Cannes, Boulevard de la mort - un film Grindhouse est le premier volet de la saga Grindhouse. Planet Terror, le second opus réalisé par le cinéaste Robert Rodriguez, conclura prochainement le diptyque. Selon le modèle des films diffusés dans les « grindhouses », drive-in américains où le spectacle s’appréciait de l’intérieur des véhicules, les deux réalisateurs rendent hommage à l’univers innovant et créatif des séries B. Road-movie meurtrier, Boulevard de la mort suit le parcours criminel d’un déséquilibré qui assassine des femmes à bord d’un bolide indestructible. Dans la veine de films d’épouvante tels que Duel de Steven Spielberg en 1971 ou Hitcher de Robert Harmon réalisé en 1986, le film de Quentin Tarantino s’annonce comme un thriller haletant et frénétique. Afin de parfaire l’aspect visuel de son film, Quentin Tarantino en a artificiellement vieilli la pellicule, retrouvant ainsi le charme désuet de la création artisanale propre au cinéma populaire. Pour incarner son protagoniste, le réalisateur de Kill Bill a fait appel à l’acteur Kurt Russel, héros mythique du film New York 1997 de John Carpenter. _Florian JARNAC

L’AVOCAT DE LA TERREUR Un film de Barbet SCHROEDER Documentaire Distribution : Les Films du Losange // France, 2007, 2h15

Quels mystères se cachent derrière la personnalité énigmatique de l’avocat Jacques Vergès ? Est-il animé de velléités communistes, rempli de convictions anticolonialistes, ou fondamentalement extrémiste ? Spectateur des déchirements de la guerre d’Algérie au début de sa carrière d’homme de loi, Jacques Vergès disparaît ensuite pendant huit ans. À son retour sur la scène pénale internationale, il se lance dans la défense de terroristes de tous horizons : Magdalena Kopp, Anis Naccache ou Carlos. Il construit également l’argumentaire de criminels historiques tels que le chef la Gestapo Klaus Barbie lors d’un procès mémorable plaidé devant la Cour d’Assises de Lyon en 1987. D’affaires sulfureuses en révélations inattendues, L’Avocat de la terreur interroge la vérité d’un homme profondément ambigu. Cinq ans après Calculs meurtriers, thriller haletant qui mettait en scène les acteurs Sandra Bullock et Michael Pitt, le cinéaste Barbet Schroeder revient au genre du documentaire dans lequel il excelle depuis Général Idi Amin Dada réalisé en 1974. Très documenté, L’Avocat de la terreur a été sélectionné dans la section « Un certain Regard » au 60ème Festival de Cannes. _Oscar PARENGO

36 I TROIS COULEURS_MAI 07


SORTIE LE 30 MAI

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LE GUIDE_SORTIES DU 06 JUIN

I DON’T WANT TO SLEEP ALONE Un film de Tsai MING-LIANG Avec Lee Kang-Sheng, Chen Shiang-Chyi, Norman Atun… Distribution : CTV International // France - Taïwan, 2006, 1h58

Prix du Cinéma pour la Paix au Festival de Venise, le nouveau film du réalisateur Tsai Ming-Liang stigmatise les écueils de la société malaisienne, multi-culturelle et parfois violente. À Kuala Lumpur, Hsiao Kang est un sans-abri. Agressé un soir dans la rue et laissé pour mort sur la chaussée, il est pris en charge par des travailleurs bangladeshis qui le transportent dans le bâtiment désaffecté qu’ils habitent. Soigné par l’un d’entre eux avec une grande dévotion, Hsiao Kang recouvre progressivement ses facultés physiques. Bientôt, dans la chaleur suffocante de la ville, il rencontre Chyi, la serveuse d’un coffee shop… Après Et là-bas, quelle heure est-il ?, Goodbye Dragon Inn et la comédie musicale La Saveur de la pastèque, tous trois tournés à Taipei, le réalisateur Tsai Ming-Liang retrouve, en même temps que son pays d’origine, ses thèmes de prédilection. Nommé aux derniers Asian Film Awards dans la catégorie Meilleur Réalisateur, le cinéaste confronte dans I Don’t Want to Sleep Alone le thème intimiste de la maladie avec la recherche universelle de l’amour. À la fois social et poétique, le film de Tsai Ming-Liang se révèle un étonnant conte métaphorique sur la reconstruction personnelle. _Thomas CROISY

BOXES

SYNDROMES AND A CENTURY

Un film de Jane BIRKIN Avec Géraldine Chaplin, Michel Piccoli, Jane Birkin, Natacha Régnier… Distribution : Pyramide Distribution // France, 2006, 1h35

Un film d’Apichatpong WEERASETHAKUL Avec Nantarat Sawaddikul, Jaruchai Iamaram, Sophon Pukanok… Distribution : ID Distribution // Thaïlande - France, 2006, 1H45

Quinze ans après Oh ! Pardon, tu dormais..., Jane Birkin réalise un film intimiste sur le deuil de la jeunesse et de ses illusions. Sur la côte bretonne, Anna emménage dans sa nouvelle maison. De nombreux souvenirs lui reviennent alors qu’elle ouvre les cartons qui envahissent les pièces de la propriété. Et si c’était l’occasion pour elle de retrouver les vivants et les morts qui ont marqué sa vie ? Chacun à leur tour, les êtres qu’Anna a aimés viennent lui rendre visite pour évoquer le passé... Dans un registre proche de l’univers du cinéaste Ingmar Bergman, Boxes étudie les fêlures qui jalonnent l’existence.

La chronique d’un centre hospitalier en Thaïlande est l’occasion pour le réalisateur Apichatpong Weerasethakul d’évoquer ses nombreux souvenirs d'enfance auprès de ses parents médecins. Après Blissfully Yours, primé au Festival de Cannes dans la section «Un Certain Regard» en 2002, et Tropical Malady qui y avait obtenu le Prix du Jury en 2004, Syndromes and a Century démontre une nouvelle fois l’étonnante capacité d’innovation visuelle du cinéaste. En alternant plans figuratifs soignés et scènes écrites, le film d’Apichatpong Weerasethakul impose définitivement son réalisateur comme un des protagonistes les plus audacieux du cinéma _Florian JARNAC contemporain.

_Oscar PARENGO

"A l’heure où nous imprimons le magazine, nous apprenons que la date de sortie du film Syndromes and a Century est décalée au 13 juin."

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LE GUIDE_SORTIES DU 13 JUIN

SHREK LE TROISIÈME Un film de Chris MILLER et Raman HUI Animation Distribution : Paramount Pictures France // États-Unis, 2007, 1h33

La saga Shrek continue avec ce nouvel opus qui entraîne les protagonistes créés par la société de production Dreamworks dans de nouvelles aventures. Désormais marié à la princesse Fiona, Shrek mène une vie paisible avec sa belle, jusqu’au jour où le roi de Fort Fort Lointain, père de sa dulcinée, tombe gravement malade. Alors que le trône demeure vacant au sein du royaume, c’est à notre héros qu’incombe la lourde tâche de trouver un successeur au souverain… En s’emparant d’illustres légendes médiévales telles que la cour du roi Arthur, les Chevaliers de la Table ronde ou encore Merlin l’Enchanteur, Shrek le troisième renouvelle avec fantaisie une mythologie universelle. Si l’acteur Alain Chabat prête une fois de plus sa voix à l’ogre vert dans la version française, c’est l’acteur Mike Myers, le héros d’Austin Powers, qui s’illustre dans la version originale. Pour lui donner la réplique, Cameron Diaz, vue récemment dans The Holiday de Nancy Meyers, Eddy Murphy et Antonio Banderas ont repris du service. En guise de clin d’œil à l’univers désopilant et sarcastique des Monty Python, les acteurs anglais John Cleese et Eric Idle font également partie du casting. _Florian JARNAC

ET TOI, T’ES SUR QUI?

EL CAMINO DE SAN DIEGO

Un film de Lola DOILLON Avec Lucie Desclozeaux, Christa Theret, Gaël Tavares… Distribution : Rezo Films // France, 2006, 1h30

Un film de Carlos SORIN Avec Avec Ignacio Benitez, Carlos Wagner La Bella, Paola Rotela… Distribution : TFM Distribution // Argentine, 2006, 1h38

Premier long métrage de Lola Doillon après son court métrage Majorettes tourné en 2005, Et toi, t’es sur qui ? suit le parcours d’adolescents de 15 ans qui vivent leurs premières aventures sentimentales et sexuelles. Tourné en vidéo avec de jeunes comédiens nonprofessionnels, Et toi, t'es sur qui ? étudie les mutations psychologiques relatives à la période précédant l’âge adulte. En multipliant les plans-séquences dans sa réalisation, Lola Doillon privilégie le réalisme de son propos. Comédie de mœurs originale, le film est en Sélection cette année au Festival de Cannes dans la catégorie «Un Certain Regard».

Après Bombón el Perro en 2005, Carlos Sorin signe le récit d’une épopée singulière à travers l’Argentine. Installé au cœur de la forêt de Misiones, Tati Benitez est un grand admirateur du footballeur retraité Diego Maradona. Malgré la précarité de sa situation, son optimisme est inaltérable. Le jour où la nouvelle se répand que le vétéran des stades séjourne en soins intensifs à l’hôpital de Buenos Aires suite à un accident cardiaque, Tati décide de tout quitter pour retrouver son idole. Fable rocambolesque, El Camino de San Diego analyse avec humour la dévotion que suscitent parfois certains héros sportifs en Amérique latine.

_Thomas CROISY

_Oscar PARENGO

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LE BONHEUR D’EMMA Un film de Sven TADDICKEN Avec Jördis Triebel, Jürgen Vogel… Distribution : Jour2Fête // Allemagne, 2006, 1h34

En Sélection Officielle au Festival International du Film de San Sebastian, Le Bonheur d’Emma dépeint la rencontre d’une jeune femme qui vit recluse dans une ferme, avec un homme solitaire atteint d’un cancer en phase terminale. Emma vit seule, entourée d’animaux. Endettée, elle refuse de se laisser intimider par le voisinage qui voudrait la voir vendre sa vieille propriété familiale. Une nuit où elle découvre une voiture accidentée au milieu de sa cour, elle décide de venir en aide au conducteur blessé. Bientôt, elle s’aperçoit que l’irruption de Max dans sa vie va bouleverser leur destinée… Adaptation du best-seller Les Amis d’Emma de l’écrivain allemande Claudia Schreiber qui en a co-écrit le scénario, Le Bonheur d’Emma raconte avec légèreté et émotion la dernière histoire d’amour d’un homme condamné par la maladie. Après Mon frère ce vampire, Grand Prix du Festival du Film de Valenciennes en 2001, le cinéaste Sven Taddicken réalise un film émouvant sur les hasards de l’existence qui conduisent au bonheur. Pour son interprétation remarquée dans son tout premier rôle au cinéma, la jeune actrice Jördis Triebel a été récompensée par le Prix d’Interprétation Féminine au Festival de Munich. _Thomas CROISY

FAUSSAIRE Un film de Lasse HALLSTRÖM Avec Richard Gere, Marcia Gay Harden, Alfred Molina... Distribution : Metropolitan FilmExport // États-Unis, 2005, 1h55

Auteur d’une biographie fantaisiste du producteur et réalisateur excentrique Howard Hughes, l’écrivain Clifford Irving fut condamné en 1972 à purger une peine de prison de deux ans et demi. En 2005, le biopic Aviator réalisé par Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio mettait déjà à l’honneur la personnalité du cinéaste Howard Hughes. Inspiré de faits réels, le film de Lasse Hallström, écrit par le scénariste William Wheeler, évoque Le parcours peu ordinaire de cet homme qui devint, en quelques années, l’un des plus brillants imposteurs du XXème siècle. Un an après Une vie inachevée qui mettait en scène les acteurs Robert Redford et Morgan Freeman, le réalisateur Lasse Hallström revient sur une mystification historique qui fit couler beaucoup d’encre dans l’Amérique des années 70. C’est le comédien Richard Gere qui endosse le rôle de l’iconoclaste Clifford Irving, trouvant l’occasion d’une interprétation maîtrisée, à la hauteur de sa prestation récente dans Les Mots retrouvés de David Siegel et Scott McGehee. Le cinéaste Orson Welles, qui avait traité du même sujet dans Vérité et mensonges en 1975, avait appelé à l’époque sur son tournage l’auteur même du canular. _Florian JARNAC

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ÉVÉNEMENTS DES SALLES MK2

TOUS LES SAVOIRS LES MARDIS DE COURRIER INTERNATIONAL Tous les mois l’hebdomadaire Courrier international vous donne rendez-vous avec les journalistes de sa rédaction, pour traiter un sujet d’actualité autour d’un documentaire étranger. La Photo déchirée du réalisateur portugais José Vieira sera présenté en sa présence et suivi d’un débat avec Daniel Matias, journaliste au service Portugal de Courrier international. MK2 QUAI DE SEINE_Mardi 5 juin à 20h30_Tarif : 6,90 € ou 5,60 € sur présentation du dernier numéro de Courrier international.

LE RENDEZ-VOUS DES DOCS Tous les derniers lundis du mois, en partenariat avec l’association Documentaire sur grand Écran, un auteur ou un écrivain de cinéma vient présenter un film de son choix, et débat à l’issue de la projection sur les enjeux esthétiques et politiques du documentaire. • L'Homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours, de André S. Labarthe, sera projeté et présenté par Antoine de Baecque, critique de cinéma. MK2 QUAI DE LOIRE_Lundi 28 mai à 20h30_6,90 € et 5,60 € pour les adhérents de l’association Documentaire sur Grand Écran. Carte Le Pass acceptée.

CINÉ BD LONG JOHN SILVER par Xavier Dorison et Mathieu LAUFFRAY Un samedi matin par mois, en partenariat avec les éditions Dargaud, des auteurs de bande dessinée présentent un film de leur choix en salle, puis dédicacent leur ouvrage à la librairie. Xavier Dorison et Mathieu Lauffray viendront présenter leur dernier album Long John Silver. • Projection du film African Queen de John Houston choisi et présenté par les auteurs. Au cinéma puis à la librairie du MK2 QUAI DE LOIRE Samedi 26 mai_11h30_5,90 €. Carte Le Pass acceptée.

AVANT-PREMIÈRE MADE IN JAMAICA Made in Jamaica de Jérôme Laperroussaz (lire pages 18-19) à découvrir en avantpremière au MK2 Quai de Seine. MK2 QUAI DE SEINE_Lundi 4 juin à 20h30, Tarifs en vigueur. Carte Le Pass acceptée.

FOCUS FESTIVAL PARFUMS DE LISBONNE LES MATINS DU CINÉMA PORTUGAIS En partenariat avec l’association Cá e Lá, le MK2 Beaubourg vous propose un festival d’urbanités croisées entre Lisbonne et Paris. Les samedis 9, 16, 23 et 30 juin venez découvrir des films précédés ou suivis d’impromptus musicaux, théâtraux, poétiques… une invitation au voyage. Lundi 4 juin à 20h_Soirée d’ouverture du Festival avec la projection de La Comédie de Dieu de João César Monteiro en présence de Jacques Parsi, historien du cinéma et collaborateur français du cinéaste portugais, Manoel de Oliveira. Cette projection sera suivie d’ « Impressions sur le cinéma portugais », des improvisations guidées et dialoguées d’après Serge Daney, José Cardoso Pires, João César Monteiro...

FESTIVALS FILMER LA MUSIQUE MUSIQUE EN IMAGES Pour sa première édition, le festival se place en association avec le Point Ephémère sous le signe de l’énergie rock’n roll. Au Point Ephémère, concerts et expositions ; au MK2 Quai de Seine, projections : Downtown 81 de Edo Bertoglio (samedi 9, 11h), Step across the border de Werner Penzel et Nicolas Humbert (dimanche 10, 11h), et surtout THX 1138 de Georges Lucas pour une séance exceptionnelle le jeudi 7 à 20h : une version director’s cut, inédite au cinéma, vous sera présentée en avant-première (sortie nationale le mercredi 13), avec un concert du groupe Cyann & Ben. MK2 QUAI DE SEINE_Du jeudi 7 au dimanche 10 juin Tarifs habituels, réductions et Carte Le Pass acceptées. Supplément de 2 € pour la performance musicale du 7 juin à 20h.

ÉTATS D’URGENCE QUESTIONS DE FEMMES Deux fois par an, en partenariat avec l’association «Le Cri du Peuple», un festival de films sur un thème engagé, suivis de débats avec des universitaires. Ce printemps : « Questions de femmes ». • The Hours de Stephen Daldry (2 juin à 11h) • Kadosh de Amos Gitai (3 juin à 11h) • À vendre de Laetitia Masson (9 juin à 11h) • Ne dis rien de Iciar Bollain (10 juin à 11h) • Une affaire de femmes de Claude Chabrol (11juin à 20h30). MK2 QUAI DE LOIRE_du samedi 2 au lundi 11 juin_5,90 € (matinées), 6,90 € (soirée). Carte Le Pass acceptée.

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RETROUVEZ TOUS LES ÉVÉNEMENTS SUR

Samedi 9 juin à 11h_Dans la ville blanche d’Alain Tanner et « Fados du matin », voix à cappella par Océane Gomes. Samedi 16 juin à 11h_Le Fataliste de João Botelho et «Mélodies portugaises » avec : Christine Vasco, contralto, Laurence Labbé, mezzo-contralto, École normale de musique de Paris, Hala Hachem, soprano, École normale de musique de Paris, Kyungmin Paik, clavier. Samedi 23 juin à 11h_Dans la chambre de Wanda de Pedro Costa et « Mélodies et danses » avec : Dora Grossi, voix et violon, Grégoire Ichou, voix Alice Martins, danse. Samedi 30 juin à 11h_Va et vient de João César Monteiro et « Florilège », propos et dialogues autour de l’œuvre de João César Monteiro ; extraits de Pour João César Monteiro, Contre tous les feux, le feu, mon feu, ouvrage collectif dirigé par Fabrice Revault d’Allonnes, Liège, Yellow Now Côté cinéma, 2004. Lectures par les comédiens de la compagnie Cá e Lá. MK2 BEAUBOURG_du 4 au 30 juin 2007_Tarifs en vigueur. http://parfumsdelisbonne.blogspot.com

ESCLAVES AU PARADIS Dans le cadre de l’événement Esclaves au Paradis : Projection de documentaires inédits en Europe, en présence des cinéastes. • The Sugar Babies d’Amy Serrano. Jeudi 17 mai à 20h • The Price of Sugar de Bill Haney Vendredi 18 mai à 20h MK2 PARNASSE_Jeudi 17 et Vendredi 18 mai_ 8.20 € et 6.70 € pour les réduits. Carte Le Pass non acceptée.

RENCONTRES - DÉDICACES LUDOVIC LEONELLI Dans le cadre du Mai du livre d’art MK2 LIVRES et l’ENSBA vous invitent à une rencontrediscussion autour du livre de Ludovic Leonelli, La Séduction Baudrillard.

PARTENARIATS QUARTIER LIBRE AUX ÉTUDIANTS DE JUSSIEU Les étudiants de l’Université Paris Diderot ont une « Carte Blanche Cinéma » pour deux rendez-vous par mois au MK2 Bibliothèque. Des débats sont animés à l’issue de chacune des projections par un étudiant et un professeur. • Jeudi 24 mai_17h30 : Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni • Jeudi 7 juin_17h30 : Cure de Kiyoshi Kurosawa • Jeudi 14 juin_17h30 : Le Tombeur de ces dames de Jerry Lewis MK2 BIBLIOTHÈQUE_6.80 € et 5.50 € pour les étudiants. Carte Le Pass acceptée.

SOIRÉES RENCONTRES AVEC LES ÉDITIONS YELLOW NOW « UN LIVRE, UN FILM » En présence de Marcos Uzal et de Fabrice Revault - d’Allonnes, directeurs de la collection « Côté films » venez découvrir : • La Horde sauvage de Sam Peckinpah, et le livre éponyme écrit par Fabrice Revaultd’Allonnes, le jeudi 31 mai à 20h00. •Sayat Nova de Serguei Paradjanov le jeudi 14 juin à 20h30. Erik Bullot, auteur d’un livre sur Sayat Nova, sera également présent pour un débat à l’issue de la projection. MK2 HAUTEFEUILLE_6.80 €_Carte Le Pass acceptée.

POUR LES ENFANTS LES GOÛTERS DE L’ÉCRAN MON VOISIN TOTORO Le MK2 Quai de Seine vous propose Les goûters de l’écran, un mercredi matin par mois, en partenariat avec l’association Les Voleurs de paratonnerres. Ouvert à tous, ce rendez-vous propose, à chacune des séances, une description audio du film pour les enfants malvoyants, réalisée en direct par un animateur et audible à travers des casques. Pour ce second rendez-vous c’est Mon voisin Totoro, de Hayao Miyasaki, qui a été choisi. MK2 QUAI DE SEINE_Mercredi 23 mai à 10h _5,90 €. Carte Le Pass acceptée.

À la librairie MK2 LIVRES_Samedi 2 juin_17h. MK2 BIBLIOTHÈQUE

MARIANNE BARCILLON La librairie du MK2 Quai de Loire et les éditions Kaléidoscope vous invitent à une rencontre-dédicace avec l’illustratrice de la célèbre Princesse coquette, Marianne Barcilon, à l’occasion de la parution de Mademoiselle Princesse ne veut pas manger. À la librairie MK2 QUAI DE LOIRE. Samedi 16 juin_16h.

MK2 JUNIOR SOLEIL ROYAL ET FABULETTES Pour cette nouvelle programmation, venez voir ou revoir : Pee Wee de Tim Burton, La Reine soleil de Philippe Leclerc, Le Vilain petit canard et moi de Michael Hegner et Karsten Kiilerich, Les Contes de Terremer de Goro Miyazaki, Les Vacances de M. Hulot de Jacques Tati et Les Fabuleuses fabulettes de Heikki Prepula et Fabrice Luang-Vija. Enfin les enfants vont emmener leurs parents au cinéma ! Du 23 mai au 24 juillet dans huit salles MK2.

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ÉVÉNEMENTS DES SALLES MK2

COURT MÉTRAGE SOIRÉE BREF AU DELÀ DE LA RAISON • Même pas mort de Claudine Natkin • Comment on freine dans une descente ? d’Alix Delaporte • Mic Jean-Louis de Kathy Sebbah • Les Mains d’Andréa de Sébastien Betbeder.

REPRISE DU PALMARÈS DU 16ÈME FESTIVAL NATIONAL DU FILM D’ANIMATION D’AUCH En partenariat avec l’AFCA (Association Française du Cinéma d’Animation), venez découvrir les meilleurs courts métrages récompensés à Auch.

MK2 QUAI DE SEINE_Mardi 15 mai_20h30_6.90 €.

MK2 QUAI DE LOIRE_Mardi 29 mai à 20h30_6.90€. Carte Le Pass non acceptée.

SAISONS NUMÉRIQUES N°15 TERRITOIRES DE L’INTIME • J’aime d’Yvon Marciano • Vivre avec même si c’est dur de Pauline Pinson, Magali Lehuche et Marion Puech • Tarachime (naissance et maternité) de Naomi Kawase. MK2 BIBLIOTHÈQUE_Mardi 29 mai_20h30 Pour une place achetée à 6.80 € la seconde est offerte.

SIGNES DE NUIT Le MK2 Hautefeuille accueillera la 5ème édition du Festival Signes de nuit, un festival de courts métrages de fiction, documentaires et expérimentaux. Programme en cours d’élaboration. MK2 HAUTEFEUILLE_Mardi 12 juin_18h, 20h et 22h_5.60 € et 4 € pour les tarifs réduits. Carte Le Pass non acceptée.

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OÙ TROUVER TROISCOULEURS ? LIEUX DE DISTRIBUTION MODE CULTURE RESTAURANTS, BARS, CLUBS ÉCOLES COMMUNICATION PRÉSENTOIR CINÉMAS MK2

Vous souhaitez distribuer TROISCOULEURS, envoyez un mail à : solal.micenmacher@mk2.com MK2 BASTILLE 4 boulevard Beaumarchais 75011 Paris (métro Bastille), MK2 BEAUBOURG 50 rue Rambuteau 75003 Paris (métro Rambuteau / Les Halles), MK2 BEAUGRENELLE 16 rue Linois 75015 Paris (métro Charles-Michel), MK2 HAUTEFEUILLE 7, rue Hautefeuille 75006 Paris (métro Saint-Michel), MK2 ODÉON 113, Bd St Germain 75006 Paris (métro Odéon), MK2 PARNASSE 11 rue Jules Chaplain 75006 Paris (métro Vavin), MK2 GAMBETTA 6 rue Belgrand 75020 Paris (métro Gambetta), MK2 NATION 133 boulevard Diderot 75012 Paris (métro Nation), MK2 QUAI DE LOIRE 7 quai de la Loire 75019 Paris (métro Jaurès), MK2 QUAI DE SEINE 14 Quai de la Seine 75019 Paris (métro Stalingrad), MK2 BIBLIOTHÈQUE 128-162 avenue de France 75013 Paris (métro Bibliothèque ou Quai de la Gare)

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« Une magnifique balade onirique, en noir et blanc »

mala

Têtu

© 2007 MK2 S.A. © 2006 Sawtooth Film Company © 1985 Gus Van Sant Copyright affiche: © Stéphane Bielikoff 2006

noche un film de

gus van sant

Le premier film de GUS VAN SANT à découvrir en DVD. Ses thèmes de prédilection : la solitude, la marginalité et les amours impossibles sont déjà omniprésents. MALA NOCHE annonce la naissance d'un grand cinéaste...

LE 2 MAI EN

la collection de référence en


DVD 5 films sur l’univers du jeu

Quinte flush royal Sous l’influence des arnaqueurs, flambeurs et autres toqués de la roulette, le cinéma se met à bluffer. Du casino au tripot, plongée dans l’enfer du jeu, à travers une sélection DVD qui remporte la mise. CASINO ROYALE DE STEPHEN FREARS (2006) Gaumont Columbia Tristar Titre mis à part, ce Casino Royale-ci n’a pas grand-chose à voir avec la jouissive parodie de 1967. Vingt-et-unième James Bond en quarante-quatre ans, ce dernier opus revient sur les tout débuts de l’agent secret, sa première mission en fait, avant même que le plus célèbre serviteur du MI6 n’obtienne sa fameuse «license to kill». Endossant pour la première fois le rôle de 007, Daniel Craig campe un James Bond tout à fait convaincant. Débuts obligent, le scénario est assez dense mais réunit tous les éléments qui font le succès du genre. Parmi ceux-ci, les fameuses scènes de casino. Le poker est d’ailleurs très central dans cet épisode, car James Bond doit affronter son adversaire (Le Chiffre) au cours d’une partie riche en rebondissements... Le rôle de la « James Bond girl » est quant à lui dévolu à la sublime Eva Green. Bref, une adaptation gagnante sur toute la ligne.

CASINO DE MARTIN CAMPBELL (1995) TF1 Vidéo À Las Vegas, dans les années 70, un ancien joueur prend les rênes d’un casino et le mène à la prospérité. Mais une superbe arnaqueuse le séduit. En pariant sur leur histoire, le gérant prend le plus gros risque de sa vie. Scorsese est au sommet de son art dans ce chef d’œuvre soutenu par une mise en scène vertigineuse. Belle à damner un saint, Sharon Stone trouve ici son meilleur rôle, dans un film où les pécheurs sont au-delà de toute rédemption.

LE KID DE CINCINATTI

LA BAIE DES ANGES

DE NORMAN JEWISON (1965) M6 Video Dans la Nouvelle Orléans des années 1930, le Kid est un brillant joueur de poker. Arrive en ville un vieil as du jeu (Edward G. Robinson) qui le met au défi. Commence alors une partie de Stud Seven pleine d’enjeux. Véritable leçon pour tous les amateurs de poker (plus de 35 minutes de jeu pur), Le Kid de Cincinnati dévoile aussi bien les stratégies que la psychologie des joueurs. Norman Jewison donne là l’un de ses plus beaux rôles à Steve McQueen.

DE JACQUES DEMY (1963) Fox Lorber, zone 1 Initié par son collègue (un guide funeste appelé Caron), un employé de banque découvre le monde du jeu. Il part pour Nice où il rencontre Jackie (Jeanne Moreau), un ange à la blondeur éblouissante dont il tombe éperdument amoureux. La belle flambeuse l’entraîne dans sa passion destructrice pour le jeu. Deuxième film de Jacques Demy, La Baie des anges est servi par un noir et blanc somptueux et une direction d’acteurs sans faille.

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le

LA SÉLECTION LE TEMPS DES GITANS D’EMIR KUSTURICA Carlotta Pour réaliser ses rêves, un jeune gitan perd son innocence et ses illusions en se livrant au trafic d’enfants. Le chef d’œuvre poétique, magique et cruel de Kusturica, pour la première fois en DVD.

COFFRET ALEJANDRO JODOROWSKY Wildside Le shaman est de retour avec ce superbe coffret comprenant Fando et Lys, El Topo, western-spaghetti à la sauce psychédélique, et La Montagne sacrée, trip onirique ultime, sorte de 2001 odyssée de l’espace sous LSD.

UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE DE DAVIS GUGGENHEIM Paramount Pictures Al Gore, « l’ex-futur président des EtatsUnis », fait la chronique d’une « humanité assise sur une bombe à retardement ». À voir d’urgence.

LE PRESTIGE DE CHRISTOPHER NOLAN Warner Ou comment un tour de passe-passe se transforme en une lutte acharnée pour la renommée. Un film brillant, porté par Chritian Bale et Hugh Jackman, duo d’acteurs prestigieux s’il en est.

LES AVENTURIERS DE ROBERT ENRICO M6 Vidéo Delon et Ventura en aventuriers au grand coeur, sur une musique envoûtante de François de Roubaix, avec la délicieuse Joana Shimkus : trésor caché, au propre comme au figuré.

ACTUALITÉ ZONE 1 MACAO, L’ENFER DU JEU DE JEAN DELANNOY (1942) Studio Canal Macao, ville des plaisirs, de la corruption et de l’argent. En pleine guerre sinojaponaise, une actrice française (Mireille Balin) erre et manque de se perdre à une table de casino. Séduite par un trafiquant d’armes (formidable Erich Von Stroheim), elle se retrouve prise dans un plus grand piège que celui du jeu. Ce film de Jean Delannoy, s’il est un peu académique, rend parfaitement l’ambiance trouble des tripots et le goût pour l’exotisme des années 1930.

Génie comique au même titre que Peter Sellers, Chevy Chase est un acteur à réhabiliter d’urgence. Pour preuve, cette édition soignée de Fletch, réalisé par Michael Ritchie, où il incarne un journaliste d’investigation spécialiste en déguisements en tous genres, entraîné dans une machination policière fumeuse, prétexte à un grand moment de n’importe quoi. À savourer également Revenge de Tony Scott, hommage à un cinéma de genre hélas disparu, chant funèbre à la beauté visuelle impressionnante. _Roland JHEAN vendeur à la boutique MK2 DVD

_F.V. et S.M.

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LIVRES Six décennies de Festival de Cannes

Soixante ans d’ét Depuis ses débuts, le Festival du film de Cannes rime avec paillettes, starlettes et Croisette. Dans cet univers glamour, le flash est roi et le cliché vedette. Il était donc naturel que pour son soixantième anniversaire, l’hommage rendu au Festival soit avant tout photographique. SI LE FESTIVAL DE CANNES M’ÉTAIT CONTÉ... D’HENRY-JEAN SERVAT Préface de Monica Bellucci, éditions Filipacchi

Dans le rôle du conteur, Henry-Jean Servat, soit l’un des chroniqueurs historiques du Festival du film. Tout jeune journaliste, Henry-Jean découvre Cannes en 1971, l’année de Mort à Venise, réalisé par Visconti. Double coup de foudre : pour le film et pour la Croisette. Dès lors, il y retourne sans faute chaque année, jusqu’à devenir l’envoyé spécial de Paris-Match en 1987. Si le Festival de Cannes m’était conté... a donc été conçu par un véritable passionné, interlocuteur privilégié des stars depuis 20 ans. Le livre regroupe près de 150 photos, sélectionnées avec soin dans les archives de Paris-Match. Des clichés de foule aux légendaires marches, en passant par la plage ou l’intimité des chambres d’hôtel, tous ces instantanés racontent soixante ans de Festival mieux que n’importe quel long discours. On y retrouve Truffaut, Brigitte Bardot, Almodovar ou encore Sophie Marceau. Et même si HenryJean Servat regrette la folie d’antan, le livre donne envie d’en prolonger, aujourd’hui encore, la magie. Photos : © Extraits du livre d’Henri-Jean Servat et de Xavier Lambours

CINÉMA DE XAVIER LAMBOURS

CANNES : ILS & ELLES ONT FAIT LE FESTIVAL

Lambours, éditions Intervalles, version bilingue français / anglais

DE ELISABETN QUIN ET NOEL SIMSOLO

Jeune prodige de la photographie, Xavier Lambours a 20 ans lorsqu’il entre à l’agence Viva. 1983 : premier Festival de Cannes, pour Libération. Avec une devise choc («chaque portrait est un film ») et une technique unique, Lambours fait sensation. Il s’inspire du cinéma des années 1940 et 1950, utilise un appareil 6x6 et privilégie une lumière forte pour figer le sujet. De Welles à Tarkovski, de Rourke à Scorcese, les acteurs et réalisateurs, séduits, se prêtent au jeu. Ce livre, qui rassemble ses plus beaux portraits, est un vrai rêve de cinéphile. En parallèle du 60ème Festival de Cannes, Vuitton organise une exposition de photos de Xavier Lambours.

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Photos Traverso, Cahiers du Cinéma

De 1946 - date du premier Festival - aux années 2000, du noir et blanc à la couleur, ce bel ouvrage présente 1000 photos de celles et ceux qui nous font rêver dans le noir. Côté pile : « ...et le Festival de Cannes créa la femme », soit quatre générations de photographes, d’Auguste à Henri Traverso, présentées par Noel Simsolo. Côté face : des portraits d’acteurs et de réalisateurs célèbres, sous la plume d’Elisabeth Quin. Deux livres en un donc, pour un somptueux travail rétrospectif.


oiles

LA SÉLECTION TUER UN ENFANT, STIG DAGERMAN nouvelles traduites du suédois, Agone, 2007

Huit nouvelles qui mettent en scène l’enfance, l’apprentissage de la vie, laissant affleurer la tension tragique entre conscience sociale et conscience artistique de l’écrivain. Bouleversant.

LE BOURREAU, HELONEIDA STUDART roman traduit du portugais (Brésil) Les Allusifs, 2007

Quête désespérée d’oubli et de pardon pour Carmelio, tueur à la solde du gouvernement. On est emporté par la beauté de la langue, brûlante, qui fouille les personnages jusqu’au tréfonds de l’âme.

POKA & MINE AU CINÉMA, KITTY CROWTHER dès 3 ans, Pastel-l’Ecole des Loisirs, 2006

« On va au cinéma, mets ta veste, petit Mine », annonce Poka. Accompagnée de ses six peluches (oh non ! pas une par siège !), Mine nous fera vivre une séance de cinéma un peu particulière.

PANIQUE SUR LA VILLE-CINÉMA COLLECTIF dès 7 ans, Naïve, 2007

Les Meilleurs Meilleurs volent à la rescousse de Jean du Tonnerre, le célèbre acteur, en plein tournage à la Ville-Cinéma. Sa vie est menacée ! Ce livre est accompagné d’un CD.

QUEL CINÉMA !, CATHERINE SCHAPIRA ET CLAUDE REYT dès 10 ans, Autrement junior, 2003

Cet ouvrage de sensibilisation au 7ème art parle à la fois du lieu « magique », des origines et du rôle du cinéma tout en traitant le côté « technique » : plan, cadre, chaîne de fabrication…

EN HAUT DES MARCHES, LE CINÉMA D’ISABELLE DANEL

LE SITE http://blogskaia.net

Les Carnets de l’Info

Cannes, premier marché international du film et deuxième événement médiatique mondial : la rencontre de l’art, du rêve et de l’industrie. Le soixantième anniversaire du Festival est l’occasion de voyager à travers son évolution, pour mieux en comprendre les enjeux, qu’ils soient politiques, esthétiques ou populaires. Tel est le propos de cet ouvrage, incontournable vade-mecum pour quiconque s’intéresse au septième art. _ Pascale DULON et Florence VALENCOURT

Ne pas s’offusquer de l’esthétique très dépouillée de ce blog et persévérer dans sa découverte et sa lecture. Pour finalement se rendre compte que la légèreté est au coeur de Blogskaïa, bulle virtuelle animée, entre deux poèmes de Rilke et un tableau de Pechstein, par la libre et mystérieuse Tita67. « Je préfère me détacher de ce qui pèse, être légère, ne pas m’encombrer de matériel ni de relations délétères », résumet-elle dans un de ses posts. On décèle dans ces propos la grande qualité de ce blog : une écriture introspective très travaillée, qui prend la forme d’une pensée brève, furtive, aérienne.

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MUSIQUE Pharrell vs Timbaland

Duel au soleil Le 22 et 23 mai, Justin Timberlake remplira Bercy. Derrière le prince du r’n’b se cachent deux producteurs virtuoses, qui ont façonné le son des années 2000 : Pharrell Williams et Timbaland. Zoom sur ce qui rassemble et sépare les deux Américains.

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NE GENÈSE VOISINE. Signe des Dieux ? « Produits » sous les mêmes cieux, Pharrell et Timbaland voient tous deux le jour au début des années 1970, près de Norfolk, en Virginie. Adolescents, ils se fréquentent au sein du groupe Surrounded by Idiots, puis entament leur carrière dans l’ombre de producteurs de r’n’b. Au mitan des années 1990, chacun s’établit à son compte, Timbaland sous son propre nom, Pharrell sous celui des Neptunes, avec son ami d’enfance Chad Hugo. Libres, visionnaires, ils ne tarderont pas à rénover en profondeur leur métier.

POP ET HIP-HOP, MÊME COMBAT. Cette liberté transpire d’abord dans le choix des artistes produits. Les Neptunes n’hésitent pas à passer d’Ol’ Dirty Bastard au miel de Britney Spears, du ragga fiévreux de Nelly au lustre d’Usher. Timbaland n’est pas en reste, lui qui zigzague du hip-hop de Nas à la pop de Nelly Furtado, du r’n’b de Tweet au rock barré de Björk, dont il vient de coproduire le dernier album. Les deux écuries relancent les rappeurs fatigués Snoop Dogg, Jay-Z ou Busta Rhymes, quand elles n’en lancent pas de nouveaux. Timbaland fait ainsi découvrir le flow effronté de Missy Elliott et les vocalises d’Aaliyah, tandis que les Neptunes mettent la diva Kelis et les rebelles de The Clipse sur orbite. JUSTIN TIME. Point d’orgue de cette entreprise de domination des charts, leur collaboration avec Justin Timberlake. Tous deux participent à son premier album, Justified. L’ex-chanteur du boys band NSYNC décroche la timbale : cascade de hits, nouvelle crédibilité. Son second album Futuresex / Lovesounds, sorti l’an dernier et produit par Timbaland, réédite l’exploit, faisant de Justin le Michael Jackson des années 2000. Jackson, auquel Pharrell avait proposé le tube Rock your body et que Timbaland rêve de remettre en selle... Mais pour l’heure, c’est Madonna qui excite les rivalités, invitant l’un puis l’autre à produire son prochain album, prévu à la fin de l’année. DEUX SONS DISTINCTS. Malgré cette transversalité crossover, Timbaland et Pharrell n’ont jamais bradé leur patte sonore, produisant avec le même soin Gwen Stefani ou Ludacris. Alors que le rap et le r’n’b des années 1990 étaient marqués par le règne du sample et du binaire, tous deux ont mené ces genres vers un degré de musicalité inédit. Épurées, leurs boucles s’enroulent autour d’un gimmick entêtant : rythme syncopé, synthé salace, détail vicieux. Si Pharrell s’inspire du funk alerte de Prince comme de la

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samba brésilienne, Timbaland puise, lui, dans la drum’n’bass anglaise, voire dans des sonorités égyptiennes ou indiennes. EN SOLO, DES HAUTS ET DES BAS. Après les fusions funkrock confuses de son groupe NERD, Pharrell, doté d’un falsetto subtil, a sorti l’an dernier un superbe album de soul moderne, l’incompris In my mind. La carrière solo de Timbaland, plus limité vocalement, est pour l’heure constituée de singles efficaces mais d’albums indigestes, tel le récent Shock value, noyé sous le poids des invités. CE QU’EN DIT MEHDI. Laissons le mot de la fin à DJ Mehdi, producteur d’Idéal J et de Diam’s, fan de la première heure : « Au départ, Pharrell se distinguait par ses qualités harmoniques et mélodiques, alors que Timbaland brillait par sa virtuosité rythmique et acoustique. Mais leur rivalité les a conduit à travailler leurs faiblesses, si bien qu’il est difficile, aujourd’hui, de les départager. » _Auréliano TONET


LA SÉLECTION WILCO « Sky blue sky » Il y a du Lennon dans la voix, tendre et fêlée, de Jeff Tweedy. Il y a du Neil Young dans cette manière de mêler country gominée et rock hirsute. Wilco chante la rupture tranquille, la vraie, en duplex des seventies. Warner JUSTICE « Justice » L’ordre juste selon deux jeunes Parisiens, protégés de Daft Punk : synthés de fer, beats biturés, samples amplement méritants. Avec ces cocos, l’électro, c’est trop. Because Music THE NATIONAL « Boxer » L’identité National n’a pas besoin de ministère pour faire entendre sa voix. Un disque de boxeur vaincu, dans les cordes, sensibles, électriques, vibrionnantes de douleurs, de bleus, de blues. Beggars OLIVIER LIBAUX « Imbécile » La moitié de Nouvelle Vague se met en quatre. Katerine, JP Nataf, Helena et Barbara Carlotti interprètent ce conte musical suranné, sans doute l’album le plus français d’Olivier Libaux. Imbécile, certes, mais heureux. Discograph COLLECTIF « A tribute to Joni Mitchell » Hip hip hip... Joni Mitchell, idéal-type hippie, est célébrée par un aréopage de disciples gracieux, de Sufjan Stevens à Björk, de Prince à Brad Mehldau. Jolie révérence pour une référence du songwriting folk. Warner

CONCERTS 22, 23 MAI JUSTIN TIMBERLAKE POPB, de 40,5 € à 68,5 €

LE SITE

23 MAI THE NATIONAL La Maroquinerie, 23,5 €

www.myspace.com/thebrassens

24 MAI ARCHITECTURE IN HELSINKI La Flèche d’or, gratuit

25 MAI OF MONTREAL, SYD MATTERS, AXE RIVERBOY Bataclan, 24,5 €

28, 29 MAI PATTI SMITH L’Olympia, de 42,8 € à 61,5 € 29 MAI WILCO Bataclan, 26,3 € 30 MAI SCISSOR SISTERS Zenith, 39,5 € 04 JUIN ANDREW BIRD La Cigale, 26 € 11 JUIN THE WHITE STRIPES Zénith, 35,2 €

À tous ceux qui croyaient notre Brassens national enterré et passé de mode, ceci est un démenti officiel : Georges est bel et bien vivant, il « kiffe la vibe » en « dansant le Mia », « Stan Smiths aux pieds » et « chaîne en or qui brille ». Mais qui se cache derrière cette improbable résurrection ? The Brassens, groupe de reprises cultivant l’art très particulier de transformer les tubes de Diam’s, Daft Punk et IAM en ballades sétoises irrésistibles. Selon nos informations, le groupe serait en passe de publier un « disque Bien » (www.lesdisquesbien.com). À quand le duo avec The Brels et The Grécos ?

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ART Anselm Kiefer // Exposition Monumenta au Grand Palais

Un artiste au firm Il ne fallait pas moins qu’un artiste de l’envergure d’Anselm Kiefer pour inaugurer le cycle d’expositions annuel Monumenta au Grand Palais. Sous le titre propice Chute d’étoiles, l’Allemand présente, du 31 mai au 8 juillet, un ensemble d’œuvres inédites, à la hauteur de ce lieu prestigieux.

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‘étoile Kiefer a-t-elle déjà autant lui ? Avant d'entrer au Louvre à l'automne prochain, et alors que le Musée Guggenheim de Bilbao lui ouvre des portes, Anselm Kiefer s'installe pour un mois dans la nef du Grand Palais, dans le cadre du cycle d'expositions monographiques Monumenta. Année faste donc pour cet artiste majeur né en Allemagne en 1945, qui est le premier à relever le défi de cette manifestation annuelle proposée par le ministère de la Culture et de la Communication. Lui succèderont Richard Serra puis Christian Boltanski.

Chute d’étoiles - Sternenfall en allemand - reprend le titre d’une de ses œuvres, réalisée en 1998 et figurant un paysage stellaire. La cosmogonie constitue l’un des thèmes de prédilection de l’artiste, qui n’a de cesse d’interroger la place de l’homme au sein de l’univers. La nef du Grand Palais s’avère particulièrement propice à l’art du bâtisseur qu’est Anselm Kiefer. Procédant à un ample travail de mise en abyme, il a choisi de présenter tableaux et sculptures à l’intérieur de ce qu’il nomme des « maisons », véritables temples de la mémoire abritant des trésors sacrés. Parées de tôle gondolée oxydée, ces demeures, qui font œuvre au même titre que les œuvres qu’elles accueillent, forment un écrin sur mesure. Un dispositif qui vise à « isoler les œuvres tout en les protégeant de la lumière zénithale du Grand Palais », précise José Alvarez, commissaire de l’exposition. Parmi cet ensemble de sept « maisons », trois sculptures se distinguent : une tour de 17 mètres de haut, une autre de 8 mètres et une troisième enfin, gisant à terre. Monumentales et fragiles, ces bâtisses, familières de l’artiste qui en construit depuis plusieurs années à Barjac dans les Cévennes, où il vit et travaille depuis 1993, incarnent toute la dualité de son œuvre. Force et violence côtoient en permanence une précarité, une vulnérabilité, celle de l’homme face à l’univers, à la vie, à la mort. Ce sont ces paysages désolés, champs enneigés où le noir colle comme du goudron. Ce sont ces forteresses qui à tout moment menacent de s’effondrer. C’est encore cette ligne d’horizon trop haute, qui ne laisse entrevoir qu’un mince filet de ciel gris. Tragédie et espoir habitent l’œuvre d’Anselm Kiefer, tout comme celle de Paul Celan, rescapé des camps d’extermination nazis et poète malgré tout, auquel l’artiste dédie ici une « maison », dans la lignée de la série « Pour Paul Celan ». Kiefer réussit ce tour de force d’édifier une œuvre mêlant art et littérature, peinture et sculpture, Histoire et contemporanéité, mythes et réalités. Et, au bout de ce que le critique Daniel Arasse appelle le « labyrinthe kieferien », voilà que se déploie le septième ciel de l’art... _Anne-Lou VICENTE Chute d'étoiles, Anselm Kiefer, 31 mai - 8 juillet 2007, Grand Palais, avenue Winston Churchill, 75008 Paris. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de midi à minuit, sauf le lundi et le mercredi de 10h à 20h, tarif de 2 à 4 euros. Photo : © Marc Domage

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EXPOSITIONS JEANNE VERDOUX 02 - 20 JUIN Comme d’autres galeristes renommés, Magda Danysz déménage pour s’installer dans le Haut-Marais. Elle présente la première exposition personnelle de la française Jeanne Verdoux. Instantanés de la vie quotidienne, ses dessins faussement naïfs sont souvent caustiques mais toujours empreints de tendresse. Dessins & dessins animés, Galerie Magda Danysz, 78 rue Amelot 75011 Paris

LA MARQUE NOIRE 24 MAI - 26 AOÛT L’univers radical de Steven Parrino investit la totalité du Palais de Tokyo. Entre art minimal et pop culture, le New-yorkais n’a cessé de bâtir des ponts entre les genres et les époques. Outre une rétrospective de ses travaux de 1981 à sa mort en 2005, on trouvera un panorama des artistes qui l'ont influencé ou qu'il a soutenus. La Marque Noire - Steven Parrino / Rétrospective, Prospective Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson 75116 Paris

ROY LICHTENSTEIN 15 JUIN - 23 SEPT. On l’attendait depuis longtemps : la Pinacothèque de Paris ouvre enfin ses portes, le 15 juin. L’adresse est prestigieuse, place de la Madeleine, et le lieu immense, avec plus de 2000 m2. Pour son exposition inaugurale, Marc Restellini a choisi Lichtenstein et son popart coloré, inspiré par la bande dessinée. Évolution, Pinacothèque de Paris, 28 place de la Madeleine 75008 Paris

L’IMAGE D’APRÈS 04 AVRIL - 30 JUILLET La Cinémathèque française invite dix photographes de l’agence Magnum, dont Antoine d’Agata, Abbas ou Donovan Wylie, à révéler leurs liens avec le septième art. Opérant de constants allers-retours entre image fixe et image en mouvement, l’exposition montre l’influence du cinéma sur l’imaginaire photographique. Bien vu. La Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, 75013 Paris

LE SITE www.hankwillisthomas.com L’image de ce crâne noir et rasé, dont la chair arbore la virgule d’une célèbre marque de sportswear américaine, frappe d’abord par sa violence. Le propos est radical : les marques nous possèdent, comme les maîtres possédaient leurs esclaves africains dans un temps pas si lointain. La photographie est extraite des séries Branded et Unbranded du jeune plasticien Hank Willis. L’artiste porte un regard très politique sur l’exploitation du corps noir par le marketing du sport, qui selon lui continue de stigmatiser cette population en alimentant le mythe du « black cool ». Un travail saisissant, pour ne pas dire marquant, sur l’identité.

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PAR MANIT SRIWANICHPOOM

GALERIE VU : 2, rue Jules Cousin - 75004 Paris - TĂŠl : 01 53 01 85 81 PINK MAN IN PARADISE #2, 2003 Concept and photograph by Manit Sriwanichpoom Pink Man performed by Sompong Thawee Courtesy Galerie VU


Mister Pink est un acteur Thaïlandais. Il est en fait une créature inventée et dirigée par Manit Sriwanichapoom, artiste activiste qui utilise la photographie et le transforme en élément révélateur. Excessif, éternellement vêtu d’un costume de soie d’un spectaculaire rose flashy, sans expression, il pousse immanquablement un caddie de la même couleur que sa veste et est accessoirisé d’une téléphone portable du même rose…


TRIBUNE LIBRE Olivier Père // Quinzaine des Réalisateurs

Films de festivals ou festivals de film En février dernier, Jean-Baptiste Thoret, rédacteur en chef de la revue Panic, publie une tribune polémique dans Libération. Selon lui, certains films, antithèses des blockbusters à grand spectacle, seraient formatés pour les festivals de cinéma. « Si le cinéma hollywoodien valorise la vitesse et le mouvement, le Film d’Auteur Académique met un point d’honneur à ralentir le rythme », souligne le journaliste, pour qui cette manière contemplative « témoigne d’une haine de la fiction », voire de la notion même de plaisir. À l’occasion du 60ème Festival de Cannes, retour sur la controverse : les festivals privilégientils l’académisme? Sur quels critères se base leur sélection? Délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs depuis 2004, collaborateur aux Inrockuptibles, Olivier Père répond.

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a Quinzaine des Réalisateurs est une des sections et se perdre dans des calculs stratégiques ou politiques. Deux indépendantes du festival de Cannes. Créée en sentiments comptent : notre passion du cinéma et l’admiration 1968 par la Société des Réalisateurs de Films, pour les cinéastes qui le font vivre au présent, avec courage, elle est internationale et non compétitive. C’est talent, orgueil et folie. à la Quinzaine que Fassbinder, Herzog, Oshima, Scorsese, Premier vrai festival cinéphile à l’époque de sa création, Jarmusch, Haneke, les frères Dardenne ou Sofia Coppola, au sens où c'est le jugement critique, moral et esthétique pour ne citer que quelques noms célèbres, ont montré leurs qui motive la sélection d'un film et rien d'autre, la Quinzaine premiers films et accédé à la reconnaissance critique et est aujourd'hui le champ formidable d'une liberté et d'une publique. Chaque année le comité de sélection de la Quinzaine indépendance totales, d'un droit au risque et à l'audace dont des Réalisateurs et moi-même partons à la recherche de mon équipe et moi-même aurions tort de nous priver. Un bon nouveaux films dans le monde entier. Un de nos objectifs festival doit être l'expression d'un goût personnel, d'une principaux est de découvrir de nouveaux auteurs néophytes curiosité sans fin, de quelques certitudes sur le cinéma ou inconnus, débutants absolus ou artistes non intégrés dans et les films aussi. L'exigence n'est pas l'ennemie du plaisir, l'intelligence de l'émotion. La le réseau des grands festivals UN BON FESTIVAL DOIT ÊTRE L'EXPRESSION D'UN subjectivité et la compréhension internationaux. Cependant, que GOÛT PERSONNEL, D'UNE CURIOSITÉ SANS FIN intime du cinéma n'impliquent nous voyons un premier film ou le absolument pas les défauts du nouveau long-métrage attendu ET DE QUELQUES CERTITUDES SUR LES FILMS d’un cinéaste réputé, les principaux critères de sélection sectarisme, de l'élitisme ou du dogmatisme. Elles interdisent sont identiques : il faut que le film nous plaise en tant les égarements, les compromis, les manœuvres. Elles que spectateurs, qu’il nous surprenne, nous émeuve, se obligent enfin à balayer tout ce qui peut parasiter la distingue par son originalité, son audace, son ambition, sa perception d'un film pour se concentrer sur l'essentiel : beauté ou sa force. Nous voulons privilégier la nouveauté l'art de la mise en scène, le talent du cinéaste, la beauté et la surprise, mais jamais au détriment de la qualité et de de son regard, la justesse de son propos. l’exigence, et nous évitons de céder à la tentation des «coups» La ligne éditoriale de la Quinzaine des Réalisateurs existe médiatiques ou publicitaires comme il y en a parfois dans les donc, mais elle se dessine chaque année film à film, au festivals, mais aussi aux pièges de la mode et des fausses fil des projections et des rencontres. Nous ne parlons pas des correspondances thématiques fortuites ou des valeurs contemporaines. Nos goûts sont extrêmement éclectiques, à l’image de la coïncidences qui peuvent rapprocher les films entre eux, Quinzaine des Réalisateurs qui depuis sa création a accueilli de la représentation forcément aléatoires des pays, aussi bien des films de fiction que des documentaires, des des continents, des courants esthétiques, mais des films populaires et avant-gardistes, des films de genre, des préoccupations permanentes qui guident nos choix et films de grands maîtres (Bresson, Oliveira) et d’enfants nourrissent notre travail : la découverte, la surprise, l’admiration, le rejet de tout formatage, qu’il soit économique, terribles du cinéma. Chaque année nous voyons près d’un millier de films pour artistique ou culturel. n’en retenir qu’une vingtaine. On ne peut être aussi sélectif _Olivier PÈRE Délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, Cannes

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RÉSEAUX Les journalistes à l’assaut du web

Extension du doma Profitant des élections de ce printemps, nombre de journalistes « traditionnels » se sont lancés dans la création de sites d’information 100 % en ligne. Le dernier et le plus ambitieux en date s’intitule Rue 89, fondé par des anciens de Libération. Enquête.

Les fondateurs de Rue89.com, un site au slogan explicite : « votre révolution de l’info » Photo : © Raphaël Duroy

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u départ, il y a ce constat : l’audience des médias classiques, concurrencés par Internet, décroît ; pour autant, le « journalisme citoyen », tel qu’actuellement pratiqué sur la Toile, est perfectible. D’où ce pari : pourquoi ne pas tenter de concilier le meilleur des deux mondes ? Pari relevé par deux nouveaux sites d’information généralistes : Plusnews, créé en décembre par un ancien journaliste du Figaro, qui souhaite « replacer l’actualité dans une temporalité plus longue», et surtout Rue 89, lancé le 6 mai. « Le but est d’aboutir à une co-production de l’information entre journalistes professionnels, blogueurs et internautes », résume Laurent Mauriac, l’un des trois fondateurs de Rue 89, avec Pierre Haski et Pascal Riché. L’hiver dernier, ces trois « piliers » de Libération se portent volontaires au départ, en pleine crise de leur quotidien. Ils investissent leurs indemnités dans la création de Rue 89, et forment une équipe où la jeunesse le dispute à l’expérience : « plusieurs d’entre nous, en tant que correspondants à l’étranger, tenions un blog sur Liberation.fr, se souvient Laurent Mauriac. C’est là que nous avons découvert qu’une autre manière de faire du journalisme était possible, dans une relation constructive avec les lecteurs. » À Rue 89, la rédaction doit être « réactive à l’actualité, tout en la mettant en perspective », selon Laurent Mauriac. Mais la quinzaine de journalistes a aussi pour mission d’éditer, vérifier et hiérarchiser le contenu envoyé par les internautes. Tous les formats - texte, son, vidéo - sont utilisés. Parallèlement, des blogs de correspondants locaux et de spécialistes témoignent de manière régulière sur des sujets précis. Une seconde version du site sera disponible à la rentrée, le temps pour l’équipe de tester sa formule.

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« DURÉE DE VIE PLUS LONGUE DE L’INFO » La presse écrite n’est pas la seule à se reconvertir sur Internet. À la manière de Karl Zero et de son site de vidéo participatif leweb2zero.fr, lancé en septembre dernier, de nombreux anciens journalistes de Canal + ont saisi l’opportunité des élections pour se tisser un espace sur la Toile. David André, ex-rédacteur en chef du Vrai Journal, vient de créer LeLab.tv, avec des chroniqueurs de l’émission Tracks, des spécialistes du podcasting ou les trublions des Yes Men. Cultivant un ton « décalé », Le Lab s’intéresse « aux cultures émergentes, de l’altermondialisme aux sexualités étranges, explique son fondateur. Il s’agit de concilier la liberté qu’offre Internet avec le savoir-faire formel que l’on a acquis à la télé, autrement dit faire le travail d’éditorialisation que ne font pas You Tube ou Daily Motion. » En janvier, avec une vingtaine de journalistes et de techniciens, John Paul Lepers, lui aussi ancien du Vrai Journal, a créé La Télé Libre, webtélé d’enquête politique. « Internet est un espace moins contraignant que la télévision, et offre une durée de vie plus longue à l’information, insiste John Paul Lepers. Ce qui ne veut pas dire que nous renonçons aux règles de notre métier : informations vérifiées, respect d’une certaine équité. » Contrairement à Rue 89, Plusnews ou au Lab, La Télé Libre ne compte pas sur la publicité pour se développer, mais sur des souscriptions volontaires des internautes. Ce qui inspire à Daniel Schneiderman, animateur d’Arrêt sur Images sur France 5, cette réflexion : « il est évident que journalisme classique et Internet ont à se féconder. Mais l’on se heurte, pour l’heure, à un problème de faisabilité éditoriale et économique. » Rue 89 vient de prouver que le versant éditorial est surmontable ; reste à voir si l’économique suivra. _A. T. www.rue89.com // www.plusnews.fr // www.latelelibre.fr http://lelab.tv // http://leweb2zero.tv

MOT @ MOT

ADDER

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aine de l’info CHAMP DE NAVETS Du meilleur « nanar martial » à la vie de Cüneyt Arkin, le « Alain Delon turc », vous saurez tout, tout sur le nanar en visitant ce site drôlement bien fait. www.nanarland.com

CHÈRE AMIE Sur Amie Street, on commence par mettre ses chansons à la disposition des internautes gratuitement. Mais attention : plus elles sont téléchargées, plus leur prix augmente. http://web1.amiestreet.com

ROCK À LA CARTE Un site futé et magnifiquement composé, qui recense, à travers une carte détaillée, tous les hauts lieux du rock anglais, du Festival de Reading aux mythiques studios d’Abbey Road. www.england-rocks.co.uk

COMME ON SE RETROUVE En centralisant les informations contenues sur des réseaux sociaux comme Linked ou MySpace, Wink vous permet de retrouver en un clic votre cousine espagnole émigrée au Danemark. http://wink.com

BLOG BAZAR On peut se représenter ce joli blog comme un souk personnel, bricolé au gré des envies, où se croisent actualités high tech, design et médias www.fubiz.net/blog

[æde] V. tr. [2007, de l���anglais to add, « ajouter »]

I. 1° Désigne l’acte d’étendre son réseau d’amis sur des sites Internet communautaires, tels MySpace ou MSN. Je t’adde direct dans mes contacts pske t trop lol comme geek, mdr, ce qui signifie : je t’ajoute dans mon répertoire parce que tu me fais rire aux éclats. 2°. Par extension, substantif verbal marquant l’idée d’extension, justement. Wouah t’as fait des adds à tes cheveux ! Tu veux pas en radder 5 ou 6 centimètres ?

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JEUX VIDÉO Jeux vidéo et cinéma

Quand le cinéma Sorti simultanément en jeu et en film, Spiderman 3 est le dernier avatar d’une tendance lourde : depuis quelques années, jeux vidéo et cinéma multiplient les emprunts, les croisements, les synergies. Jusqu’à bientôt ne plus faire qu’un ?

Image extraite du jeu vidéo Scarface (Vivendi Games)

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eux vidéo et cinéma, même combat ? Alors qu'on parle de Michael Bay pour adapter le hit console Prince of Persia au cinéma, Peter Jackson chercherait à produire une adaptation cinématographique de Halo, le jeu Xbox. Des réalisateurs moins hollywoodiens, tels Gus Van Sant ou Larry Clark, ont également révélé avoir puisé une partie de leur inspiration dans le jeu vidéo - voir leurs films Elephant ou Wassup Rockers. Quant à Steven Spielberg, il posait, en 2004, ses conditions : « le jeu vidéo aura atteint sa majorité lorsque quelqu'un confessera avoir pleuré au niveau 17 ». Mais entre-temps, le cinéaste a suggéré à Electronics Arts le concept original du jeu de tir Medal of Honor, l'une des franchises les plus cinématographiques du genre, basée sur son film Il faut sauver le soldat Ryan. Et avec la dernière génération de consoles, un nouveau saut qualitatif permet d'envisager une collaboration encore plus accrue des studios avec les développeurs. « TU T'APPLIQUES BRAD ? C'EST POUR LA XBOX CETTE PRISE-CI » En effet, de Miami Vice à Scarface, des Tortues Ninjas à Eragon, les jeux reprenant les univers de films se multiplient depuis quelques saisons, posant la question du rapprochement entre studios et éditeurs. C'est déjà chose faite chez Dreamworks (Shrek, Madagascar...), qui a autorisé l'éditeur de jeu Activision à s'installer au sein même de ses studios. Les développeurs qui se plaignaient du manque de coordination peuvent désormais traverser un couloir pour rejoindre

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une réunion de préproduction. La numérisation de la chaîne de production cinématographique est évidemment une aubaine : entre deux cocas à la cantine, les animateurs d’Activision et de Dreamworks peuvent s’échanger leurs créations 3D et les insérer directement du film au jeu, et vice et versa. Mais la collaboration n'est pas que technique : l'éditeur Electronic Arts (EA), en accord avec la Paramount, s'est offert les services de Robert Duvall, James Caan et même Marlon Brandon pour le réenregistrement des voix du Parrain next-gen sur Xbox 360. Paramount a par ailleurs fourni nombre d’archives photographiques pour documenter les développeurs. Le jeu n'atteint pas, pour autant, la maestria visuelle du film. DÉVELOPPER UNE FRANCHISE PLUTÔT QU’ADAPTER UN FILM L'atteindra-t-il un jour ? La comparaison d'un jeu et de son film n'est pas toujours pertinente. Aujourd’hui, le jeu doit être considéré moins comme un prolongement marketing que comme un complément de l’univers du film. Un enrichissement qui passe, par exemple, par des scénarios alternatifs, le développement de personnages secondaires… C'est ce qu'ont tenté de faire les frères Wachowski avec la sortie simultanée de Matrix-Reloaded (le film), Enter the Matrix (le jeu) et Animatrix (le dessin animé), trilogie multimédia où chaque support développe un aspect inédit de l'univers Matrix. C'est peut-être aussi la voie que compte emprunter l'éditeur de jeux Ubisoft, avec l'annonce récente de l'ouverture d'un studio d'animation à Montréal. Quant à Spielberg, encore lui, aurait-il entendu la confession d'un joueur éploré ? Il a annoncé début avril son intention de co-produire avec EA trois nouvelles « franchises » dont rien n'a transpiré quant aux droits cinéma. Après avoir inventé le concept de « blockbuster de l'été », peut-être parviendra-t-il à redéfinir la relation du cinéma et du jeu vidéo ? Et s’il parvient à nous faire pleurer, on pourra alors se demander si le terme de « jeu » demeure approprié...

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joue le jeu RATCHET AND CLANK Humour, personnages et armes loufoques, graphismes impressionnants : sans doute le meilleur jeu de plateforme sur PSP. Disponible : 2 mai 2007 Editeur : Ubisoft // Plateforme : PSP

TIBERIUM WARS La ludothèque Xbox 360 commence à être bien fournie en « jeux de stratégie en temps réel » (RTS). La console accueille, avec Tiberium Wars, le meilleur RTS PC de l'année. Disponible : 10 mai 2007 Editeur : Electronic Arts // Plateforme : Xbox 360

LUNAR KNIGHTS Une histoire étonnante, mise en valeur par de beaux partis pris visuels : ce jeu de rôle lunaire est sans conteste la surprise du mois. Disponible : 20 avril Editeur : Konami // Plateforme : NDS

F.E.A.R. Rarement jeu de tir n'aura autant fait peur. Couloirs sombres, ennemis à l'intelligence artificielle très poussée... Un jeu paranormal, que certains préfèreront jouer de jour. Disponible : avril Editeur : Vivendi Games // Plateforme : PS3

SPIDERMAN 3 La suite du jeu d'action sur PS2 Ultimate Spider-Man Alliance, s'inspirant cette foisci du film qui vient de sortir. New York à vol d'araignée n'a jamais été aussi belle. Disponible : mai Editeur : Activision // Plateforme : PS3 et Xbox 360

_lechroniqueurmasque@gmail.com

LE SITE

www.manifestogames.com Manifestogames est un site marchand américain, spécialisé dans les jeux vidéo indépendants. Sa rhétorique révolutionnaire anti-«gros éditeurs» annonce la couleur : «bienvenue camarades, rejoignez-nous et aidez-nous à construire de meilleurs lendemains. Vous trouverez chez nous des jeux créés avec amour. Que mille fleurs éclosent, que mille jeux aient droit de cité. Dorénavant, nous devons tous résolument tâcher de provoquer le renversement de l'ordre existant. » On pourra entre autres se procurer le désormais (presque) célèbre jeu Shivah, une perle d'humour juif new-yorkais ayant pour héros un rabbin.

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VIDÉO À LA DEMANDE www.mk2vod.com

MK2 vient de lancer sa douzième salle : elle diffuse d’ores et déjà plus de 500 films simultanément. Comment ? Sur la Toile et on demand, bien sûr. Rendez-vous sur MK2vod.com.

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ourquoi créer un site VOD, s’il s’agit seulement de reprendre la vieille formule des vidéoclubs ? Il importe au contraire de prendre toute la mesure de ce nouveau moyen de diffusion, car il permet des apports notables : rendre visibles des œuvres difficilement accessibles, accompagner celles-ci d’appareils éditoriaux ou critiques, prendre acte qu’aujourd’hui, un film n’est plus célibataire mais s’enrichit d’appendices informatifs ou frivoles. MK2vod propose un large choix de fictions et de documentaires, de nouveautés et de classiques, de films populaires et de films d’auteurs. D’ici à septembre, le catalogue, accessible 24h/24h, atteindra 1000 titres. Des rubriques facilitent la navigation et favorisent les découvertes : les « Évènements », les « Focus » ou les « Cycles »... Chaque film, proposé dans deux formats de téléchargement, est loué pour une durée de 48h. Que demander de plus ? Le e-pop-corn est à l’étude. _Bastien HADER ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

L’ÉVÉNEMENT Pour le lancement de sa douzième salle de cinéma, MK2 célèbre le 60ème festival de Cannes. Au menu, des Palmes d’Or prestigieuses, des Prix du Jury, de la Critique, de la Jeunesse et même les oubliés de la croisette… De l’Iran au Canada, du Royaume Uni à l’Italie, de la France à la Suède, de l’Australie au Mexique, MK2 vous propose un tour du monde de l’histoire du cinéma.

ET AUSSI Les blogs des rédacteurs de Trois Couleurs en direct du Palais des Festivals. L’actualité quotidienne de la sélection officielle, et les interviews vidéos des plus grands metteurs en scène sur www.mk2.com/contrechamp. Vous découvrirez aussi les coulisses, les images insolites et les meilleurs fêtes cannoises sur www.mk2.com/horschamp. À vos commentaires!

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Getty Images/Carlo Allegri

CETTE ANNÉE, LA STAR C’EST LUI. Avec LG, vivez toutes les émotions du cinéma en grand ! Du 16 mai au 5 juillet 2007 inclus, profitez de 200 € remboursés pour tout achat d’un écran LCD Full HD 37LY95 ou 42LY95. Cette offre est valable dans tous les magasins participant à l’opération, réservée à toute personne résidant en France métropolitaine et est limitée à une demande par foyer. Un délai d’attente sera possible en cas d’indisponibilité en magasin.

Référence LY95

www.lge.com/fr


SHOPPING La panoplie high-tech du festivalier

Mission Croisett RASOIR TOUT-TERRAIN C'est bien connu, à Cannes, on ne sait jamais vraiment ou l'on va finir la nuit, et donc commencer la matinée. Rendez-vous sur le port avec un gros producteur à 9 heures du matin ? Avec ce rasoir, rechargeable sur le port USB de n’importe quel ordinateur, fraîcheur garantie, même après une nuit au Jimmy’s. Rasoir rechargeable USB Connectland, à partir de 20 euros

CLÉ USB D'AGENT SECRET Rester la plus belle pour monter les marches sans se séparer de ses documents ultra-secrets : un dilemme qui torture bien des fashionistas en mission spéciale à Cannes. Cette mini clé USB, à l’énorme capacité de 2 gigas, ne devrait pas jurer avec leur robe de soirée : elle est recouverte de vraie nacre et se transforme en collier ou en grigri de portable. Clé USB Jetflash V90, 29,90 euros

TÉLÉPHONE ESPION Sur la Croisette, il faut toujours se tenir prêt à dégainer. Ce bijou high-tech ne vous lâchera pas quand il s’agira d’improviser une interview avec David Lynch ou d’immortaliser votre rencontre avec Kirsten Dunst devant le Martinez. On en oublie presque qu’il fait aussi téléphone. Nokia N93i (vidéo qualité DVD, appareil photo 3 mégapixels, carte mémoire 1 giga, lecteur mp3), 899 euros

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Le soixantième festival de Cannes, c'est un peu comme une mission de James Bond : ce qui compte, c'est d’être équipé en technologie dernier cri. Petit passage en revue des indispensables high-tech à se procurer avant de débarquer dans la jungle cannoise…


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e I-POD TAGGUÉ Pendant le festival, the place-to-be, c’est le « 3.14 », cet hôtel cannois investi par l’équipe du Baron parisien. Alors, pour montrer qu’on fait partie de la tribu, on s’équipe de cet i-pod customisé par le graffeur André, mister Baron himself, et édité en série ultra-limitée. De quoi organiser, une fois sur place, une « i-pod battle » torride sur le dance-floor! I-pod by André, 499 euros le vidéo, 599 euros le nano, en vente au Palais de Tokyo et à la boutique Poplife (75008)

APPAREIL PHOTO GLAM Un bon numérique, c’est l’équipement de base de tous les festivaliers. On shoote les stars croisées à la sortie des projections et les looks branchés repérés dans les soirées privées. Puis on balance le tout sur son blog le lendemain matin. Celui-ci fera largement l’affaire : minimaliste et doré, so glam, so chic, so Cannes. Samsung i70, 7 méga pixels (existe en argent, noir, or et rose), 349 euros

LUNETTES DE SOLEIL FUTURISTES Impossible d’envisager une expédition sur la Croisette sans s’équiper d’une bonne paire de verres fumés. Les paparazzi sont sur le qui-vive : mieux vaut passer incognito et se cacher derrière d’imposantes lunettes de soleil. Mais évidemment, on prend les plus originales, histoire de quand même se faire remarquer… Lunettes de soleil Colab, 290 euros, en vente chez Colette

_Lauren BASTIDE

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CHRONIQUE Hier, j’ai essayé demain... La télévision 3D

Télé-réalité Plein les yeux : des chercheurs japonais viennent de mettre au point un écran de télévision 3 dimensions, sans lunettes bicolores. Et vous vous trémoussez toujours devant votre Wii ?

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h30. La fête du mois est gâchée par la présence nauséabonde d’Enrique, maître nageur peroxydé, capable de faire fondre une trentaine de poules sans effort apparent. « Mais, dis-moi, c’est quoi son truc pour guincher avec toutes ces filles ?, maugrée-je à l’intention de mon voisin, Bernardo. - Sa nouvelle télévision 3D japonaise. Avec, il joue le coup de Tom Baxter, tu sais le héros de La Rose pourpre du Caire de Woody Allen. Baxter sort de l’écran et enlève la jeune spectatrice qui… - Ouais ouais, je vois le topo, c’est ouvert à partir de quelle heure Darty demain ? »

10H15 Un contrat de confiance plus tard, je suis prêt à étrenner mon piège à jouvencelles. Après avoir dévalisé la dvdthèque familiale, je glisse le troisième opus des aventures de Peter Parker dans le lecteur. Les deux projecteurs impriment New York en 3 dimensions sur un écran de 100 pouces. Spidey fait des pirouettes depuis la 4ème avenue jusqu’à mon canapé, de minis taxis jaunes s’écrasent contre les plinthes du salon. C’est beaucoup moins concluant avec Goldfinger : Sean Connery raide pété compte fleurette à ma mère au beau milieu de la cuisine. 16H00. L’aspirateur à minettes se mue en un cauchemar tout droit sorti du Vidéodrome de Cronenberg. J’ai passé l’aprèsmidi à découper de la féta pour 300 Spartiates affamés qui ont investi ma salle de bain. Léonidas tout enduit de mon huile d’olive s’interroge : « dis-moi c’est un ami à toi le type en collant qui tisse à coté de la cuvette des toilettes ? » 20H30. Tout ce beau monde renvoyé dans son boîtier, je m’apprête à dîner avec Nathalie Portman, pardon l’ambassadrice Padmée, quand tout à coup mon i-phone gazouille (cf. TROIS COULEURS, n°50). «Allô? C’est Bernardo! Tu connais la dernière ? Enrique flirtait avec Sharon Stone dans Basic Instinct, on l’a retrouvé ce matin avec un pic à glace dans le ventre ! Allô ? C’est quoi ces bruits de sabre laser ? Tout va bien ? Allô ? Allô ? » _Etienne ROUILLON © Thomas Dapont

2009 Date de commercialisation de la télé 3D mise au point par le professeur Yasuhiro Takagi, chercheur à la Tokyo University of Agriculture and Technology. Attention, il s’agit d’un projet limité aux petits écrans. Patience…

243 255,5 € C’est ce que vous coûtera l’autre modèle, développé par un laboratoire japonais concurrent, le Cyber Space Laboratories, et commercialisé par l’opérateur japonais NTT DoCoMo. Ici, on a vu plus grand : écran 100 pouces, deux projecteurs classiques, deux écrans de projection spéciaux, un logiciel... Ce à quoi nous ajouterons, pour votre confort, un jeu d’enceintes 5.1, un épais fauteuil de cuir retourné et un salon parisien de 30 m2. Soit, en fin de compte, le prix de 4 000 pistolets à air comprimé Gamo « P-800 ».

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France 2007. BK - RCS Strasbourg 332 266 428.

www.1664blanc.com

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.


Trois Couleurs #52 - Mai 2007