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cinéma culture techno été 2012 n°103 by Dossier Laurence Anyways Et aussi…

Keep the Lights On • Jacques Demy • Raoul Ruiz Pete Doherty • Zep • Dossier blockbusters • Hideo Kojima • John Cassavetes • Juliette Binoche Rebelle • Frank Ocean • Steven Soderbergh

Embarquement pour notre meilleur de la culture en vacances


SOMMAIRE Éditeur MK2 Agency 55 rue Traversière, 75012 Paris Tél. : 01 44 67 30 00 Directeur de la publication Elisha Karmitz (elisha.karmitz@mk2.com) Rédacteur en chef Étienne Rouillon (etienne.rouillon@mk2.com) Rédactrice en chef adjointe Juliette Reitzer (juliette.reitzer@mk2.com) Chef de rubrique « cinéma » Clémentine Gallot (clementine.gallot@mk2.com) Rédactrice Laura Tuillier (laura.tuillier@mk2.com) Directrices artistiques Marion Dorel (marion.dorel@mk2.com) Sarah Kahn (hello@sarahkahn.fr) Secrétaire de rédaction Jérémy Davis (jeremy.davis@mk2.com) Iconographe Juliette Reitzer Stagiaires Frédéric de Vençay, Sophia Collet Ont collaboré à ce numéro Stéphane Beaujean, Ève Beauvallet, Léa ChauvelLévy, Renan Cros, Hugues Derolez, Julien Dupuy, Sylvain Fesson, Thomas Fioretti, Yann François, Quentin Grosset, Donald James, Anastasia Levy, Gladys Marivat, Wilfried Paris, Michael Patin, Bernard Quiriny, Guillaume Regourd, Yal Sadat, Louis Séguin, Bruno Verjus, Éric Vernay, Anne-Lou Vicente Illustrateurs Dupuy et Berberian, Stéphane Manel, Charlie Poppins Illustration de couverture ©Fernando Volken Togni Publicité Directrice commerciale Emmanuelle Fortunato Tél. 01 44 67 32 60 (emmanuelle.fortunato@mk2.com) Responsable clientèle cinéma Stéphanie Laroque Tél. 01 44 67 30 13 (stephanie.laroque@mk2.com) Directrice de clientèle hors captifs Laura Jais Tél. 01 44 67 30 04 (laura.jais@mk2.com) Stagiaires Estelle Savariaux, Isis Hobeniche

© 2012 TROIS COULEURS issn 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006. Toute reproduction, même partielle, de textes, photos et illustrations publiés par MK2 est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. Magazine gratuit. Ne pas jeter sur la voie publique.

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5 … ÉDITO 6 … PREVIEW > The We and the I de Michel Gondry 8 … SCÈNE CULTE > Batman, le défi de Tim Burton

11 LES NEWS 11 … CLOSE-UP > Arthur Dupont pour Mobile Home de François Pirot 12 … R ENCONTRE > Juliette Binoche et Édgar Ramírez pour À cœur ouvert 14 … B  E KIND, REWIND > L’Étrange Pouvoir de Norman de Chris Butler et Sam Fell 16 … EN TOURNAGE > The Canyons de Paul Schrader 18 … COURTS MÉTRAGES > La Règle de trois de Louis Garrel 20 … MOTS CROISÉS > Todd Solondz pour Dark Horse 22 … SÉRIES > Veep d’Armando Iannucci 24 … ŒIL POUR ŒIL > Broadcast News vs. The Newsroom 26 … FAIRE-PART > Lola de Jacques Demy 28 … PÔLE EMPLOI > Hideo Kojima, concepteur de jeux vidéo 30 … ÉTUDE DE CAS > Guilty of Romance de Sono Sion 32 … TOUT-TERRAIN > Beak>, Frank Ocean 34 … AUDI TALENT AWARDS > Rony Hotin 36 … SEX TAPE > Magic Mike de Steven Soderbergh

38 DOSSIERS 38 … LAURENCE ANYWAYS > Revue des motifs du film à travers sa playlist 42 … BLOCKBUSTERS > Retour sur l’histoire d’un genre qui casse des briques 50 … KEEP THE LIGHTS ON > Ira Sachs allume le cinéma queer. 54 … FESTIVALS DE L’ÉTÉ > Quel festivalier êtes-vous ? Globe-trotteur ou groupie, fêtard ou hipster, optez pour l’événement qui vous ressemble grâce à notre guide (f)estival.

61 LE STORE 63 … OUVERTURE > American Apparel au Store du MK2 Bibliothèque 64 … EN VITRINE > Les artistes ont toujours aimé l’argent de Judith Benhamou-Huet 66 … RUSH HOUR > Entourage, Blur, Cecil B. DeMille – L’Empereur du mauve 68 … KIDS > Le Lorax de Chris Renaud 70 … VINTAGE > Le Roman d’Elvis de John Carpenter 72 … LA MÉDIATHÈQUE DE… > Xavier Giannoli pour Superstar 76 … DVD-THÈQUE > Les Derniers Jours du disco de Whit Stillman 78 … CD-THÈQUE > Swing Lo Magellan de Dirty Projectors 80 … BIBLIOTHÈQUE > L’affaire Tequila de F. G. Haghenbeck 82 … BD-THÈQUE > Titeuf, volume 13 – À la folie de Zep 84 … LUDOTHÈQUE> Le studio Grasshopper Manufacture

87 LE GUIDE 88 … SORTIES EN VILLE > Get Well Soon, Odd Future, « Les Séductions du palais – Cuisiner et manger en Chine », Laurent Grasso, Jan Lauwers, CheZ aline 100 … Sorties ciné > Rétrospective John Cassavetes, La Nuit d’en face de Raoul Ruiz, La Vie sans principe de Johnnie To, Jane Eyre de Cary Fukunaga, Gangs of Wasseypur – Part 1 d’Anurag Kashyap, Annalisa de Pippo Mezzapesa, The Color Wheel d’Alex Ross Perry, Poussière dans le vent de Hou Hsiao-Hsien, Terri d’Azazel Jacobs, Confession d’un enfant du siècle de Sylvie Verheyde, Les Enfants loups, Ame & Yuki de Mamoru Hosoda 126 … Les événements MK2 > Lancement de l’appli iPhone MK2 128 … Tout ou rien par Dupuy & Berberian 130 … Le carnet de Charlie Poppins

Réservez vos places de cinéma en ligne sur www.mk2.com www.mk2.com 3


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ÉDITO

À bloc

« Voilà l’été, enfin l’été, toujours l’été, encore l’été-é-é », gouaillent encore et toujours Helno et ses Négresses Vertes à la radio. Et bonne nouvelle, ce ne sera pas le dernier que l’on chantera. Le décompte vers la fin du monde prévue le 21 décembre s’est arrêté. La faute d’abord à un astéroïde candidat à l’Armageddon qui a loupé son coup en passant au large de la Terre le 15 juin. Et rebelote le 4 juillet, lorsque l’accélérateur de particules du CERN a accouché d’une découverte scientifique, le boson de Higgs enfin observé (enfin, c’est presque juré craché à 99,99997 %), au lieu de créer le trou noir attendu par bon nombre de fondus de l’apocalypse et de nous faire disparaître dedans. De quoi décapiter un paquet de scénarios en projet chez nos compagnons de vacances : les blockbusters. C’est heureux, la famille des longs métrages qui cassent des briques est plus que recomposée : orphelins de synopsis, les films catastrophe pourront compter sur les frangins superhéroïques avec milliardaire chauve-souris (The Dark Knight Rises) ou président des États-Unis musclé (Abraham Lincoln – Chasseur de vampires), mais aussi sur le concours des sœurettes musiciennes (Sexy Dance 4, Rock Forever), des cousins bien animés (Le Lorax, Rebelle) et des oncles baraqués (Expendables 2). Une généalogie à retrouver dans notre dossier qui se demande si le blockbuster est autre chose qu’une arène où studios spartiates et réalisateurs gladiateurs jouent des pecs pour savoir qui aura le dernier mot artistique. Ils ne seront pas seuls en scène. Photographes, musiciens, dramaturges, plasticiens ou cuisiniers, tous monteront sur les tréteaux des festivals estivaux. D’Avignon à Berlin, des furieuses fiestas aux royales rétrospectives, notre guide spécial été, à l’image de notre envie de défricher tous les champs de la culture, vous servira de boussole, que vous soyez porté sur les bacchanales ou les biennales. L’occasion de regarder si la logique des blockbusters n’a pas dépassé le grand écran pour aller se nicher dans les cimaises de l’art contemporain (avec l’essai Les artistes ont toujours aimé l’argent). Si vous tenez ce magazine entre les mains, il y a de grandes chances que vous soyez assis quelque part dans la région parisienne. La teneur de cet édito a dû bien vous gonfler. Rassurez-vous, juillet et août sont des mois comme les autres, avec de très beaux films à retrouver en long dans nos pages – Laurence Anyways de Xavier Dolan avec le duo Melvil Poupaud et Suzanne Clément, ou Keep the Lights On d’Ira Sachs – et des interviews aux multiples accents : Juliette Binoche et Édgar Ramírez (À cœur ouvert), Hideo Kojima (Metal Gear Solid), Zep (Titeuf), Pete Doherty (Confession d’un enfant du siècle). La rédaction vous promet un bel été. C’est sûr à 99,99997 %. _Étienne Rouillon

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PREVIEW

Sur la route The We and the I de Michel Gondr y Avec : Joe Mele, Meghan Murphy… Distribution : Mars Durée : 1h43 Sor tie : 12 septembre

Un dernier tour et puis s’en vont. Des lycéens du Bronx entassent leurs vannes et leurs galères de cœur dans un même bateau : le bus qui les ramène chez eux après l’ultime journée de l’année scolaire. Ce huis clos entre des tôles chahutées par le brouhaha des intrigues du groupe se resserre jusqu’au terminus, où peu de monde descend indemne. Cruauté camarade, ragots amplifiés, mais aussi solidarité fraternelle ou témoignages d’affection discrète du bout du smartphone, comme autant de stations où s’arrête brillamment le réalisateur Michel Gondry (La Science des rêves, Soyez sympas, rembobinez). Le Méliès des clips musicaux y délaisse ses astuces visuelles sans rien perdre de sa magie de conteur. ♦

©Mars distribution

_Étienne Rouillon

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Batman, le défi

S’il est un défi pour le super réal’ CHRIS NOLAN dans son prochain opus de Batman, The Dark Knight Rises, c’est bien la nouvelle incarnation de Catwoman. Anne Hathaway, plutôt nouvelle Julia Roberts que petite sœur de la féline Michelle Pfeiffer, enfilera la combi sexy. Peut-être pour romancer l’attraction animale entre la chauvesouris et le chat ? En attendant, souvenons-nous des heures hot où Pfeiffer se prélassait dans le film de Tim Burton. Dans cette scène sur les toits, curieux de rencontrer Catwoman, qu’il vient d’apercevoir, Batman se retrouve malmené le temps d’une bagarre avec elle. Dans un sursaut, il lui assène un coup… _Par Sophia Collet

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©RDA/DILTZ

scène culte

Catwoman : Comment avez-vous pu ? Je suis une femme ! Batman : Je suis désolé, je… je… (Elle lui décoche un coup de pied et l’oblige à reculer en faisant claquer son fouet jusqu’à ce qu’il se retrouve suspendu dans le vide, accroché à son lasso.)

Catwoman : Comme je le disais, je suis une femme et j’ai droit à quelques égards. La vie est une garce, et moi aussi. (Batman jette un tube d’acide sur le bras de Catwoman. Elle tombe sur un toit sur lequel ses griffes n’ont pas prise, mais Batman la rattrape et ils se hissent au sommet d’un immeuble.)

Catwoman, minaudant : Qui êtes-vous ? Qui se cache derrière la chauve-souris ? Peut-être pourriez-vous m’aider à trouver la femme derrière le chat ? (Passant sa main sur son costume) Non, ce n’est pas vous, ça. (Glissant sa main sous sa ceinture) Aaah… Ça, c’est vous. (Batman esquisse un léger sourire, mais Catwoman lui donne un coup de griffes, auquel il répond en la poussant dans le vide. Elle tombe dans un camion-remorque rempli de litière.)

Catwoman : Sauvée par de la litière pour chat. Hihihihihi… Salaud.

Batman, le défi de Tim Bur ton, scénario de Daniel Waters et Sam Hamm (1992) Disponible en DVD et Blu-ray ( Warner Bros.)


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Close-up

©Julien Weber

NEWS

ARTHUR DUPONT

Regard acéré, mâchoire volontaire : dans Mobile Home de François Pirot (en salles le 29 août), Arthur Dupont donne corps à la spontanéité frondeuse de Simon, « un loser beau d’espoir qui veut partir, comme on saute à l’eau quand on a trop chaud ». Mais le camping-car de Simon et de son pote Julien (Guillaume Gouix) tombe en rade, donnant lieu à un fascinant road trip immobile. Vu dans Nos 18 ans ou Bus Palladium, Arthur, 27 ans, n’est pas un enfant du sérail (« Ma mère était instit ») mais sait reconnaître les coups de pouce du destin : « J’ai le cul bordé de nouilles. Le cinéma est venu vers moi, mais la musique, c’est moi qui vais vers elle. » En attendant de pouvoir se consacrer davantage à cette « vraie passion », il révise ses gammes à la guitare et au piano, et interprétera un compositeur dans le nouveau film d’Agnès Jaoui, Au bout du conte. _Juliette Reitzer

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NEWS RENCONTRES Partenaires à la vie comme au scalpel, Mila (JULIETTE BINOCHE) et Javier (ÉDGAR RAMÍREZ) travaillent comme chirurgiens cardiaques dans un hôpital de Marseille. Organes blessés et élans de la passion sont les grandes affaires de MARION LAINE : dans À cœur ouvert, la réalisatrice d’Un cœur simple met en scène une relation tumultueuse, qui se désagrège lorsque s’invitent grossesse non désirée et bouteilles de vin en trop. Rencontre avec les deux comédiens. _ Propos recueillis par Frédéric de Vençay (avec Étienne Rouillon)

Avec   du cœur Juliette, c’est Edgar qui a pensé à vous pour le film. Pourquoi avezvous accepté ?

Juliette Binoche : J’aime les coups du destin. J’ai répondu à ce désir, en me laissant porter par mon instinct. Il y avait des choses dans le scénario que j’avais envie de vivre : l’idée du couple, à la fois comme passion charnelle et comme conflit. Javier et Mila ne vivent pas encore l’amour, ils le recherchent. Vos deux interprétations sont très intuitives. Le titre initial était Un singe sur l’épaule, et le primate est un motif central du film. Avez-vous axé votre jeu sur l’idée d’animalité ?

J.B. : C’est pratique d’être un animal pour un acteur. Tout est très charnel, confortable. Ça permet de passer le cap des peurs, notamment du corps de l’autre : on est tout de suite « dedans ». Pour les répétitions, on a fait des improvisations autour de la figure du singe. 12

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Édgar Ramírez : On a regardé des documentaires sur les bonobos, pour se familiariser avec leur ­dynamique, leurs relations. Il y a d’ailleurs un contraste entre les scènes à l’hôpital, pleines de sang-froid, et celles dans votre appartement, où vous entretenez un rapport très physique, non sans violence…

É.R. : Les opérations au bloc se déroulent comme un rituel : c’est le seul mo­ment où les émotions des personnages passent par la tête et non par le corps. Mais en dehors, ils sont totalement libres, adolescents, immatures. Le point de rupture se joue au moment où les responsabilités les rattrapent : les problèmes de Javier à l’hôpital, son alcoolisme, la grossesse de Mila…

É.R. : Tout explose. Assumer la naissance d’un enfant est trop pour Javier. Il n’y a qu’un seul enfant

dans leur relation : c’est lui. Et sa femme est sa deuxième drogue, avec l’alcool. J.B. : Pour jouer ça, ce cauchemar latent, j’avais le goût de l’alcool dans la bouche qui me donnait envie de vomir. Mila ne reconnaît pas le problème de Javier, elle fait comme si tout allait bien. Beaucoup de gens participent à la chute de leurs proches en la dissimulant, en changeant de sujet… Ça met Javier hors de lui : c’est comme s’il n’était pas vraiment reconnu, ni aimé. Comment avez-vous travaillé l’ap­ proche de l’addiction ?

J.B. : Il n’a pas arrêté de boire. (rires) É.R. : J’ai eu des entretiens avec de vrais chirurgiens alcooliques au Vénézuela, ainsi qu’avec des Alcooliques Anonymes, pour comprendre leurs modifications physiques et psychologiques. Il était très important pour moi de savoir ­précisément quelles zones du cerveau étaient touchées. La principale,


« C’est pratique d’être un animal pour un acteur. Ça permet de passer le cap des peurs, notamment du corps de l’autre. »

© Marion Stalens

Juliette Binoche

c’est le lobe frontal, qui contrôle le jugement, la capacité de définir ce qui est sensé et ce qui ne l’est pas. L’alcool détruit tout ça. C’est un pro­cessus qui peut durer un an, dix ans, vingt ans. J.B. : Il m’a montré une liste précise, presque scientifique, des développements de l’alcoolisme au fur et à mesure du film. É.R. : Tout est à l’écran : l’arrogance, le repli sur soi, la paranoïa, la jalousie pathologique… Quand on arrive à un niveau d’alcoolisme aussi avancé, toute la liste symptomatique se décline. Je suis parti de cela pour construire l’évolution, ou la dégradation, du personnage. Vous avez assisté à de vraies opérations du cœur avec le chirurgien Arrigo Lessana. Il compare Juliette à une danseuse essayant de reproduire une chorégraphie…

É.R. : C’est ça ! Moi, j’étais fasciné par le corps ouvert, ayant connu une opération similaire à 19 ans.

J’étais très concentré, cartésien, mais aussi frustré : je n’arrivais pas à reproduire vraiment les mouvements d’Arrigo. Juliette, elle, était complètement libre ! J.B. : J’ai rien foutu mais j’y suis ­arrivée  ! (rires) É.R. : Tu as trouvé un chemin alternatif. Quand je t’ai vue faire, j’ai été étonné : « C’est comme au bloc ! Où est-ce que tu as appris ça ? Tu ne me l’avais pas dit… » Mais tu improvisais ! C’était une leçon pour moi. J.B. : On a eu peu de temps pour apprendre. Mais il y a quelques années, pour un tournage, j’ai pris des cours de violon pendant six mois, en faisant exactement comme il faut… et à l’écran, ça ne marche pas ! Alors que si j’avais fait semblant, ça aurait fonctionné. Il vaut mieux capter les choses de l’intérieur. ♦ À cœur ouver t de Marion Laine Avec : Juliet te Binoche, Édgar Ramírez… Distribution : MK 2 Dif fusion Durée : 1h27 Sor tie : 8 août

Tachycardie Mila et Javier vivent un amour passionné, voué au drame. Lui est porté sur la bouteille, elle est une hédoniste invétérée. Pour eux, la gueule de bois du retour à l’ordinaire est intolérable. Leur immaturité est propice à une variation sentimentale qui va du tourbillon de plaisirs à l’effondrement d’une vie. À cœur ouvert dévoile un romantisme insolite dans le cinéma français, moins naturaliste que récit à rebondissements qui assume tous ses motifs, presque telenovela dans ses retournements. Cet amour vécu comme une ivresse permanente prend la forme d’une chronique effrénée, pour spectateurs romantiques de niveau confirmé qui pourront ainsi assouvir leur soif estivale de passion. En même temps que le récit brûle de la flamme d’un drame sans retour possible, il fait naviguer les personnages entre vie et mort, fantasme et réalité, puisqu’ici l’amour contient autant de souffrance que d’antidote à celle-ci. Un onirisme prophylactique vient à la fin éclairer l’horizon jusqu’alors obscurci par les effluves alcoolisés du personnage de Javier et la présence sourde de la solitude. Édgar Ramírez donne à cette histoire une animalité prenante et confirme son statut d’acteur puissant, au jeu éminemment sensuel, qu’on a hâte de suivre chez Richard Kelly (Corpus Christi) et Kathryn Bigelow (Zero Dark Thirty). _Sophia Collet

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NEWS BE KIND, REWIND

Peurs d’enfance

©Universal Pictures

Épouvanter les petits sans niaiserie, c’est l’équation que tente de résoudre le studio de Portland Laika, qui prend du galon en adaptant un roman pour jeunes ados, en stop motion et en 3D. Cinéphile, L’Étrange Pouvoir de Norman s’ouvre sur un générique sanglant et rétro, hommage au cinéma d’horreur mâtiné de buddy movie. Revue d’influences. _Par Clémentine Gallot

L’Étrange Pouvoir de Norman de Chris Butler et Sam Fell (animation) Avec les voix (en V.O.) de : Anna Kendrick, John Goodman… Distribution : Universal Pictures France Durée : 1h30 Sor tie : 22 août

©RDA

©RDA

©RDA

3 influences de L’Étrange Pouvoir de Norman

Halloween – La Nuit des masques

Les Goonies de Richard Donner (1985)

de Tim Burton (2005)

Écolier fan de films d’épouvante, dont les affiches tapissent les murs de sa chambre, Norman a le don fâcheux de voir des morts (façon Sixième sens) et doit rompre une malédiction ancestrale condamnant une sorcière maléfique à hanter sa ville. Le cinéaste Chris Butler a eu l’idée d’un film de zombies pour enfants il y a douze ans, inspiré par le doux souvenir du cinéma d’horreur de sa jeunesse. D’où une apparition du masque que porte le tueur Michael Myers pourchassant la babysitteuse Jamie Lee Curtis dans le premier Halloween, ­référence absolue du genre. ♦

L’Étrange Pouvoir de Norman multiplie aussi les clins d’œil eighties aux teen movies sentimentaux de John Hughes (Breakfast Club) et à la belle époque des productions Amblin (E.T. – L’Extra-terrestre), films d’aventures familiaux chapeautés par Spielberg. Les Goonies investissait le film de pirates via une tribu de gamins ; dans ce nouveau conte initiatique à hauteur d’enfant, Norman, freak houspillé à l’école, organise sa rédemption en s’alliant à un gamin dodu, tout aussi esseulé, et en profite pour railler les stéréotypes dominants (la pom-pom girl, le joueur de foot abruti). ♦

Chris Butler s’est formé comme storyboarder des Noces funèbres, sur un couple entre une morte et un vivant. Ce modèle de l’épouvante familiale et de la sinistrose pour enfants était orchestré en une splendide et solennelle comédie musicale. Le studio Laika a débuté en héritier de Tim Burton, se rodant à l’animation en stop motion dans leur premier long métrage, le conte noir Coraline, adapté de Neil Gaiman. Le procédé est ici perfectionné et sert particulièrement bien la recréation d’une bled spectral, confit dans le fétichisme et dans la sorcellerie. ♦

de John Carpenter (1978)

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Les Noces funèbres


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©Ulf Andersen/Getty Images

NEWS EN TOURNAGE

Bret Easton Ellis

Des anges déchus S The Canyons de Paul Schrader Scénario : Bret Easton Ellis Avec : James Deen, Lindsay Lohan… Sor tie : non communiquée

Emblème de la génération MTV, l’écrivain BRET EASTON ELLIS prolonge son deuil de la société contemporaine en signant le scénario de The Canyons, film de PAUL SCHRADER sur un Los Angeles toujours aussi somnambule et défoncé. _Par Quentin Grosset

uite(s) Impériale(s), le dernier roman de Bret Easton Ellis, s’appliquait à faire craqueler la surface de la génération perdue des eighties, glamour mais déconnectée. Sous Xanax depuis l’échec du film Informers de Gregor Jordan (2009), tiré d’un de ses livres et dont il avait conçu le scénario, l’écrivain s’apprête pourtant à décliner une nouvelle fois son spleen cynique au cinéma avec The Canyons, thriller érotique réalisé par Paul Schrader (le scénariste de Taxi Driver et de Raging Bull). Pour contourner sa rancœur vis-àvis de l’industrie, Ellis a fait appel à ses fans via le site de crowdfunding Kickstarter afin de financer le film,

Clap !

_Par C.G.

1 Arnaud Desplechin Mathieu Amalric prête l’oreille à Benicio Del Toro dans Jimmy Picard, psychothérapie d’un Indien traumatisé par la Première Guerre mondiale. Cette première incartade américaine pour Desplechin, adaptée d’un ouvrage de Georges Devereux, se tourne à Chicago.

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qui se tourne du 9 au 31 juillet. Toujours sous le soleil de L.A., The Canyons suivra une bande de post-ados qui tentent de percer dans le showbiz : l’acteur porno James Deen campera un producteur véreux qui profite de l’ambition d’une jeune actrice, incarnée par Lindsay Lohan. Ces désillusions d’un Hollywood en négatif, Ellis compte bien continuer à les explorer, puisqu’il a récemment annoncé sa candidature pour adapter Fifty Shades of Grey, une version sadomaso de Twilight. Entre les vampires de Wall Street dans son American Psycho et ceux (bizarrement moins sanguins) de la saga adolescente, il n’y a pour Ellis qu’un pont à franchir. ♦

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2 Pedro Almodóvar Antonio Banderas disait espérer un retour du cinéaste à la comédie, c’est chose faite avec Los Amantes Pasajeros, centré sur les passagers d’un avion en perdition vers le Mexique. Tournage prévu dès juillet avec les habitués ibères Banderas et Penélope Cruz.

3 Xavier Dolan À 23 ans, l’insatiable Dolan prépare déjà son quatrième long au Québec, Tom à la ferme, adapté d’une pièce de Michel Marc Bouchard sur un homme qui découvre, à la mort de son compagnon, que la famille de ce dernier ignorait tout de leur relation.


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NEWS COURTS MÉTRAGES Courts, toujours _Par Q.G.

©Sombrero Films

Spécial festival de Contis

©Chaya Films

Méditerranées d’Olivier Py Olivier Py remonte les vieilles bobines 8 mm de ses parents et se penche sur l’insouciance d’adolescents pieds-noirs qui vivent la guerre d’Algérie à distance. L’intime prime sur l’Histoire, mais le propos est éclairant sur l’identité méditerranéenne.

_Par Quentin Grosset

S

ous le patronage spirituel de la Nouvelle Vague, la filmographie de Louis Garrel n’a pas cessé de défendre les circonvolutions parfois fragiles de l’amour à la Jules et Jim, des Chansons d’amour ­d’Honoré aux Innocents de Bertolucci. « Cela correspond à un cinéma que j’aime. Le chiffre deux est érigé comme une norme, il y a pour moi une part d’insolence par rapport à ça », précise l’acteur et réalisateur. Dans La Règle de trois, Louis, en couple avec Marie, vient recueillir un Vincent Macaigne en dépression aux portes de Sainte-Anne. Clown blanc et clown rouge, le duo complice laisse Marie (Golshifteh Farahani, l’actrice iranienne d’À pro­ pos d’Elly) sur le bas-côté de leur

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relation. Comme des enfants désaccordés, le trio d’acteurs compose sur un rythme ternaire qui finira par s’ajuster. Avec trois couleurs de jeu différentes, Garrel fait ainsi se côtoyer le débit impulsif de Macaigne et un monologue plus littéraire sur l’instabilité des hommes, emprunté à Rêve d’automne, la pièce de Jon Fosse : « Je cherchais un texte pour un personnage qui veut un enfant. Je ne comprends pas cette envie : pour moi, c’est une consolation, le début de la division. » À cette idée d’une famille sclérosante, Garrel préfère substituer cette conviction que la guerre à trois n’aura pas lieu. ♦ La Règle de trois de Louis Garrel Avec : Louis Garrel, Vincent Macaigne… Durée : 18 minutes

N arratives d’Eva Becker  Une flaque de vomi n’arrive pas à se déplacer, tandis que les passagers d’un train à l’arrêt patientent en regardant des images de canetons. Ces sketchs animés et absurdes mixent des dessins enfantins et le non-sens métaphysique d’un Quentin Dupieux.

DR

Déambulant dans Paris, le trio de La Règle de trois a un socle commun : l’appréhension de la solitude. Réflexion sur la coexistence difficile entre un amour et une amitié, le court métrage de LOUIS GARREL, présenté au 17e festival international de Contis, pose la relation triangulaire comme dernier rempart avant la division.

DR

sérénade à trois

Superdog de Thomas Bardinet Un homme comprend qu’on lui a posé un lapin. Une petite fille malicieuse l’entraîne à la recherche de son chien puis disparaît, comme un fantôme. Le réalisateur de Nino part d’une histoire fantaisiste pour proposer une jolie variation sur le deuil.


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NEWS MOTS CROISÉS

Deux ans après Life During Wartime, suite de Happiness plus désespérée mais plus tendre, le réalisateur TODD SOLONDZ revient avec un Dark Horse élevé sur les terres cyniques et mordantes qui l’ont désigné cinéaste le plus déprimé des États-Unis. Abe, adulescent collectionneur de jouets, rencontre Miranda, une dépressive chronique atteinte d’hépatite. Ces deux-là auront-ils le cœur à s’aimer ? Todd Solondz a commenté pour nous les bons mots de quelques auteurs pessimistes. _Propos recueillis par Laura Tuillier _Illustration : Stéphane Manel

Mots à maux « J’essaye d’écrire sur la réalité des choses, je n’essaye pas de répondre aux attentes du public. » (Harvey Pekar, About.com, 2003)

Quand j’écris un film, je me mets dans la peau de chacun de mes personnages et j’essaye de rester fidèle à leur réalité, à leurs expériences. Le point de départ de Dark Horse était très simple : je voulais un « boy meets girl movie » à petit budget, avec deux personnages seulement. Mais les choses se sont un peu emballées. Je suis parti d’une trame classique et j’ai tenté d’emmener le film ailleurs.

« Tout tableau (…) et surtout tout portrait se situe au confluent d’un rêve et d’une réalité. » (Georges Pérec, La Vie mode d’emploi)

J’adore cet écrivain, je suis un grand admirateur. L’expérience de la réalité est tellement pleine de déceptions et de frustrations qu’il s’agit soit de sauter du toit, soit de se réjouir de l’ironie constante de l’existence. Dans Dark Horse, on ne sait pas si on doit aimer ou détester le héros, il n’est pas franchement sympathique, il parle mal, il est vulgaire, et en même temps on comprend 20

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« Dans Dark Horse, on ne sait pas si on doit aimer ou détester le héros. » en l’observant sa détresse émotionnelle. Je suis très touché par sa vulnérabilité. C’est encore un enfant, la maladie de Miranda va lui permettre de grandir.

« Hamm – On n’est pas en train de… de… signifier quelque chose ? Clov – Signifier ? Nous, signifier ! Ah, elle est bonne ! » (Samuel Beckett, Fin de partie)

J’aime cette citation, j’aime sa noirceur. Le défi est de trouver du sens là où il n’y en a pas. Je suis athée, donc la question se pose d’autant plus ; pour moi, le sens de la vie se trouve dans le moment, donc, d’un point de vue cinématographique, dans la scène : deux personnages sont en train de parler, et quelque chose se passe. En ce qui concerne Abe,


La réplique

« Si je sens qu’un film n’est pas fait pour moi, je pars. Parce que la vie est courte, et un film, ça dure quand même deux heures. » sa vie est pavée de malchance et de coups du sort. Mais à la fin du film, lorsque la secrétaire, Marie, fait ce rêve où elle le voit danser de façon très romantique, on découvre qu’il y a au moins une personne qui tient à lui, et cela donne du sens et de la dignité à leurs vies à tous les deux.

« J’aimerais penser que le moi est une illusion ; il n’empêche que c’est une illusion douloureuse. » (Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires)

Il est drôle, il subvertit l’idée que les illusions sont des moyens d’évasion vers quelque chose de beau ou de poétique. Dans Dark Horse, les illusions d’Abe sont des moyens d’accès à sa vie intérieure, à ses peurs et à son angoisse. Dans son fantasme, Marie le traite en adulte, alors que dans la réalité elle le voit comme un enfant. Abe désire honnêtement grandir, mais c’est quelque chose de très difficile parce qu’il faut affronter l’idée de mort et celle de responsabilité.

« Il avait appris la pire des leçons de vie : qu’elle n’a pas de sens. » (Philip Roth, Pastorale américaine)

« À Wasseypur, même les pigeons ne volent que d’une aile : ils se servent de l’autre pour protéger leur cul. » Un mafieux de Gangs of Wasseypur – Part 1 (en salles le 25 juillet)

La phrase « Il semblerait que nous ayons perdu la bataille. Malheureusement, je crois que Marty a baissé les bras, et il n’y avait pas de plus grand champion de la pellicule que lui. » Thelma Schoonmaker, monteuse historique de Martin Scorsese, en juin au magazine britannique Empire, à propos du prochain film du réalisateur, Le Loup de Wall Street, qui ne sera finalement pas tourné en pellicule.

Status quotes Notre sélection des meilleurs statuts du mois sur les réseaux sociaux.

Sylvain : Le HPG du LOL. Viguen : Venise 2012 is Cannes 2013. Thomas : Malek Boutih licious

Abe est quelqu’un de plutôt sérieux, il ne boit pas, il ne fume pas, il ne couche pas à droite à gauche, il a un travail. Sur le papier, tout va bien. Et pourtant, pourquoi son frère est-il un winner et pas lui ? La vie est un mystère, je ne cherche pas à l’expliquer, je me contente de l’explorer.

Sandrine : L’amour est dans le prêt : le sentiment à prix discount.

« Personnellement, lorsque je vais au cinéma je sors de la salle presque à chaque fois. »

Daniel : Bon, alors Abraham Lincoln : chasseur de vampires m’a donné envie d’écrire un film équivalent. Ça sera Lionel Jospin : ninja assassin.

(Todd Solondz, Les Inrockuptibles, février 1999)

En fait, je vais assez souvent au cinéma parce que je n’aime pas voir les films à la télévision ni sur mon ordinateur. C’est vrai que si je sens que le film n’a pas été fait pour moi, je pars. Parce que la vie est trop courte, et un film, ça dure quand même deux heures. Mais il y a beaucoup de réalisateurs dont je suis le parcours : Olivier Assayas – j’adore Carlos et L’Heure d’été –, Laurent Cantet, Todd Haynes, Alexander Payne… ♦

David : Un Paul Laverty en vaut deux. Nicolas : Blanche-Neige et le chasse-neige.

Tonton : Composition de l’équipe de Suède : Thor - Thor - Thor -Thor -Thor -Thor - Thor - Thor - Thor - Thor - Ibrahimović. Joachim : Quand le nombre de « sommets européens de la dernière chance » dépassera celui de « matchs du siècle », là ce sera vraiment la fin. Benoit : Back in flux RSS.

Dark Horse de Todd Solondz Avec : Jordan Gelber, Selma Blair… Distribution : Happiness Durée : 1h24 Sor tie : 29 août

Thomas : La France échappe à la double Pen.

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NEWS SÉRIES le caméo

©FX

Robin Williams dans Wilfred Entre deux passages inopinés dans des cabarets de Los Angeles (quarante veinards l’ont vu s’inviter sur la scène d’un club en mai pour roder ses dernières vannes), Robin Williams a trouvé le temps d’apparaître dans Wilfred le 21 juin dernier. Un parrain de poids pour cette comédie stoner, dans laquelle Elijah Wood dialogue et enchaîne les pétards avec son chien, qu’il est le seul à voir comme un (sale) type déguisé en clébard. Passée inaperçue l’été dernier sur FX, la première saison de ce remake d’une série australienne valait pourtant le coup d’œil. _Guillaume Regourd

Vis ma veep Vanité du pouvoir : les errances politiciennes de Washington vues par le toujours cinglant ARMANDO IANNUCCI, pour qui la vice-présidence (« veep ») n’est que le cadet des soucis du peuple américain et les égouts de l’État. _Par Clémentine Gallot

Veep (États-Unis) Diffusion : saison 1 actuellement sur Orange Cinémax à la demande

©HBO

D

ans l’ombre de la Maison Blanche s’agite en vain une vice-présidente gaffeuse (Julia Louis Dreyfus, Elaine dans Seinfeld) entourée d’un aréopage d’assistants, dont Anna Chlumsky, la petite fille de My Girl, et Tony Hale d’Arrested Development. Leur ouvrage dérisoire en lieu de ligne politique se réduit à la gestion quotidienne de compromis minables et de tergiversations ridicules. Dans la lignée des séries visant à réenchanter la morne vie de bureau (Parks and Recreation, The Office), Veep a été fustigée pour ses rouages peu réalistes et une vision faussée de la fonction, qui, s’ils font ricaner, ont sans doute froissé Joe Biden, actuel tenant du poste. Diffusé par HBO, ce nouveau spécimen de comédie satirique sur la gouvernance américaine est orchestré, non sans cynisme, par un Britannique basé à Londres, ce qui lui laisse sans doute les mains libres. Le propos du showrunner Armando Iannucci,

déjà créateur d’une sitcom politique acerbe pour la BBC, The Thick of It, a aussi été décliné au cinéma dans In the Loop, où se déployait une incroyable puissance verbale et une brutalité crue des échanges. Il est ici assisté d’un conseiller en insultes, d’où des invectives bien choisies, quoiqu’adoucies par les impératifs

Zapping

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Barbarella L’amazone née sous le crayon de Jean-Claude Forest et immortalisée par Jane Fonda chez Roger Vadim reviendra bientôt sur le petit écran. Et c’est Nicolas Winding Refn (Drive) qui sera aux manettes de ce revival produit par Martha De Laurentiis et Gaumont. DR

« Série series » La première édition de ce festival entièrement dédié aux séries se tenait du 5 au 7 juillet à Fontainebleau. Une découverte : Äkta människor (aussi connue sous le titre anglais Real Humans), série suédoise de science-fiction présentée en avant-première. DR

©TNT

_Par G.R.

Dallas J.R. un jour, J.R. toujours. En juin, Larry Hagman recoiffait le Stetson de la légendaire ordure de Southfork dans une suite de Dallas sur la chaîne américaine TNT. Quoique centré sur la jeune génération, le show aligne aussi Patrick Duffy et Linda Gray au générique.

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de l’audimat américain. Ce traitement à l’anglaise, qui discrédite sur le mode burlesque les institutions, contribue à désacraliser le pouvoir : chaque épisode est ainsi émaillé du même gag, où la vice-présidente s’empresse de questionner sa secrétaire : « Le président a appelé ? » Mais le téléphone reste muet. ♦


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©RDA

NEWS ŒIL POUR ŒIL

Broadcast News de James L . Brooks Avec : William Hur t, Holly Hunter… Disponible en DVD (Fox Pathé Europa)

Bonnes nouvelles

Le monde de l’info a encore de beaux jours devant lui, si l’on en croit la fiction  : le reportage télé à l’heure du web dans The Newsroom ­d’AARON SORKIN porte le lointain écho du triangle amoureux dans les coulisses de Broadcast News. _Par Clémentine Gallot

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©HBO

The Newsroom d’Aaron Sorkin Avec : Jef f Daniels, Emily Mor timer… Dif fusion : saison 1 depuis juin sur HBO

T

he Newsroom sur HBO rendra-t-elle au journalisme ses lettres de noblesse comme a jadis œuvré À la maison blanche pour la politique ? Derrière cette série, le brillant esprit de l’insubmersible Aaron ­Sorkin, à peine revenu du cinéma (The Social Network, Le Stratège, bientôt un biopic sur Steve Jobs) et qui retrouve les plateaux foulés dans Studio 60 et Sports Night, toutes deux annulées dans leur prime jeunesse. Dès un premier épisode sorkinien en diable (huis clos hyperactif, d­ ialogues à la mitraillette, longs couloirs arpentés), The Newsroom, radiographie d’un « groupe de gens hypercompétents »,

s’articule autour de la rivalité entre Jeff Daniels et Emily Mortimer, anciens amants respectivement présentateur et productrice d’une émission d’information sur une chaîne américaine. Le sorkinisme étant un humanisme, le journalisme célébré sans mesure comme outil démocratique fait craindre des tirades édifiantes et un prêchi-prêcha sentencieux. Si Network de Sidney Lumet hystérisait déjà le conflit d’entreprise dans les médias, la série se place surtout sous l’égide du tendre Broadcast News (1987), comédie douce-amère de James L. Brooks, confraternelle et frénétique, et modèle d’authenticité sur la fabrique de l’information. ♦

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©Agnes Varda

NEWS FAIRE-PART

reprise

DEMY-MONDE

Bien plus cruels que ce que laisse penser leur apparente légèreté, les films de JACQUES DEMY tissent un réseau complexe de liens. Alors que ressort Lola – coup d’essai du réalisateur, paru en 1961 –, son interprète principale ANOUK AIMÉE revient sur une œuvre enchantée qui, sous le soleil de Nantes, contenait déjà toute la partition du rêve.

«

_Par Quentin Grosset

J’ai dit Prévert mais je parlais de Demy, c’est un lapsus… » On a du mal à distinguer les yeux de chat d’Anouk Aimée derrière ses lunettes noires, mais c’est bien la même voix hésitante qui nous parle. « Il s’est inspiré de ma tendance à passer du coq à l’âne : oh, il fait chaud, oh, j’ai mal à la tête, oh, j’ai envie d’une cigarette… », confie l’actrice. En 1961, Lola – le film – enchantait les écrans avec ses chassés-croisés amoureux dans une Nantes rendue magique

par la photographie de Raoul Coutard, d’un blanc incandescent. Un « Demy-monde » de rencontres hasardeuses, de marins chantants et d’histoires déçues. La cruauté douce du réalisateur réservera d’ailleurs à Lola – le personnage – un sort tragique : fantôme amer dans le Los Angeles de Model Shop, elle finira découpée en morceaux dans une chanson des Demoiselles de Rochefort. Reste que Lola – la chanson phare, écrite par Agnès Varda – retentit encore dans le cinéma

Le carnet

Lola de Jacques Demy Avec : Anouk Aimée, Marc Michel… Distribution : Sophie Dulac Durée : 1h30 Reprise : 25 juillet

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Décès RIP Andrew Sarris : l’éminent critique cinéma du Village Voice et du New York Observer, à qui l’on doit, entre autres faits d’armes, d’avoir importé aux États-Unis la théorie du cinéma d’auteur de François Truffaut dans son essai « Notes on the auteur theory in 1962 », est décédé en juin dernier à New York, à l’âge de 83 ans.

©Gary Gershoff

Séparation Le divorce de Vanessa (Paradis) et Johnny (Depp) « à l’amiable » après quatorze ans de vie en commun met à rude épreuve notre conception de la romance échevelée. Rupture de contrat de mariage aussi chez Katie Holmes, pendant que Tom Cruise avait le dos tourné en Islande. Que reste-t-il de ces amours ?

©Tony Barson/WireImage

© Brian Killian/WireImage

_Par C.G.

Décès Nora Ephron s’est éteinte en juin à New York, à 71 ans. Mère supérieure de la rom-com (malgré une qualité déclinante ces dernières années), ancienne journaliste à Newsweek, la scénariste de Quand Harry rencontre Sally était passée derrière la caméra à 50 ans avec Ma vie est une comédie. La relève ? Lena Dunham.

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français malgré sa gestation difficile : « Quincy Jones devait composer la musique, mais a dû repartir. Du coup, on a tourné la scène sur un disque des Platters. Le résultat final n’a rien à voir avec le tournage ! » Romain Duris reprendra cette mélodie dans 17 fois Cécile Cassard de Christophe Honoré. Avec la même grâce, mais en string. ♦


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NEWS PÔLE EMPLOI

Hideo révolutionnaire Nom : Hideo Kojima Profession : concepteur de jeux vidéo Dernier projet : Metal Gear Rising: Revengeance Sor tie : début 2013

Pour les 25 ans de Metal Gear et de la sortie prochaine de son volet Rising, HIDEO KOJIMA est de passage éclair à Paris. Une occasion unique de s’entretenir avec un maître sur les fondamentaux de son métier. _Par Yann François

R

encontrer Kojima, c’est un peu se confronter à une légende vivante, le modèle ultime du game designer. Pour beaucoup, son œuvre relève du mythe absolu, est un canon qui a transcendé le jeu vidéo. Mais avant de connaître la gloire, Metal Gear était surtout un blasphème aux yeux d’une industrie qui cantonnait le jeu vidéo à un vulgaire divertissement : « À l’époque où j’ai écrit Metal Gear, les histoires complexes n’étaient même pas concevables dans un jeu. Prenez Super Mario Bros. : à chaque fois, Peach se fait capturer par Bowser, personne ne se demande jamais pourquoi ! Je me suis trouvé une vocation contraire : impliquer le joueur dans un univers homogène et profond, lui apporter toutes les réponses aux doutes qu’il pouvait avoir. » Cohérence et réflexivité, tels sont les deux maîtres-mots qui ont nourri cette œuvre-fleuve en perpétuelle mutation. Cinéphage depuis l’enfance, Kojima s’est toujours abreuvé aux sources du cinéma (Metal Gear serait né de sa passion 28

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« Quand je parviens à prendre le joueur à contrepied, à le mettre face à ses illusions et à le pousser à réfléchir, je sais que j’ai accompli quelque chose. » pour La Grande Évasion) et de la littérature SF pour écrire ses scénarios d’espionnage ponctués de mythologie et de complots familiaux. Comme un immense miroir déformé (mais lucide), Metal Gear a traversé les traumas géopolitiques du XXe siècle, de la Guerre froide à la montée des terrorismes, de la peur du nucléaire au clonage humain, avec une maturité jamais vue ailleurs. Savant fou ? Surtout, chaque nouveau Metal Gear a fait office de laboratoire pour Kojima, qui a poussé tous ses c onc e pt s d e g a me play à le u r paroxysme : « Le jeu vidéo est jeune, son champ des possibles reste

CV 1963 Naissance d’Hideo Kojima à Tokyo 1986 Il entre chez Konami et travaille comme assistant chef de projet sur son premier jeu, Penguin Adventure. 1987 Premier jeu en tant que concepteur : Metal Gear, sur MSX. Son héros, Solid Snake, est inspiré de Snake Plissken, du New York 1997 de John Carpenter. 1998 Écrit, réalise et produit Metal Gear Solid (MGS) sur PlayStation, qui remporte un succès mondial. 2001 Sortie de MGS 2. Sa conclusion métaphysique fait de la saga un phénomène et intronise Kojima parmi les plus grands auteurs de l’histoire du jeu vidéo. 2008 Après avoir fondé son propre studio, Kojima Productions, il réalise MGS 4, qui parachève l’histoire de Solid Snake. Fin d’une icône et nouveau record de ventes.


DR

Brève de projo

Le rayon jouet J’étais en dèche au festival de Contis : dans cette station balnéaire des Landes, pas une tirette, aucun bureau de tabac et juste quelques centimes sur moi. Dans la supérette près de l’océan, c’est Marie Rivière, actrice fétiche de Rohmer et membre du jury de cette édition, qui m’a sauvé. Le souvenir de son rôle d’arnaqueuse dans 4 aventures de Reinette et Mirabelle, où elle soutirait de l’argent à l’héroïne en feignant d’avoir perdu son portefeuille, a dû l’attendrir sur ma situation de parasite miséreux. Habituée à l’ambiance mer (« Pour Le Rayon vert, j’ai emmené Rohmer sur mes lieux de vacances. »), la comédienne m’a proposé de m’acheter des raquettes de plage, le minimum vital pour survivre ici. Je n’ai pas accepté mais j’ai eu du mal à refuser les biscuits Granola. _Q.G. (avec L.T.)

immense. Lorsque je parviens à prendre le joueur à contrepied, à le mettre face à ses illusions et à le pousser à réfléchir sur ses propres sens, je sais que j’ai accompli quelque chose. Pour moi, le jeu vidéo ne s’est jamais limité à l’écran. » Faux teasers, jeux de piste disséminés sur Internet, puzzles cryptiques et mises en abyme : Hideo Kojima n’hésite jamais à sortir le jeu de ses gonds numériques, vampirisant la réalité du joueur afin de le maintenir dans un cocon hors du temps. Hyperactif de la tweetosphère (il aura posté deux tweets pendant l’interview), Kojima a toujours accueilli les nouveaux médias à bras ouverts, en quête perpétuelle de nouveaux cobayes : « Aujourd’hui, je crois énormément au cloud gaming. Je rêve de pouvoir brancher un joueur 24 heures sur 24 sur son jeu. Attention, il ne s’arrêterait pas de vivre ! Je cherche juste quelque chose qui pourrait le rap­ peler constamment au virtuel. » Serait-ce une révélation à propos de Metal Gear Solid 5, récemment annoncé ? Nous n’en saurons pas plus,

l’auteur préférant dévier sur l’évolution de son métier  : « Même après vingt-cinq ans, ça reste un challenge permanent. À chaque jeu, il faut imaginer de nouvelles libertés, de nouvelles interactions avec un monde. Les concepts restent, mais les moyens de les figurer ont changé. » Sueurs froides Ce qui ne change pas, c’est cette « Kojima touch », alliage subtil de gravité et d’esprit potache qui rappelle que tout ceci ne reste qu’un jeu. « Je suis un grand fan de Hitchcock. Lui seul était capable d’injecter, au milieu de scènes horribles de suspense, de légères pointes comiques. Je procède comme lui, par vagues. La tension peut fatiguer émotionnellement le joueur et le faire décrocher. Tout est une question de rythme. » Peu de chances, donc, de le voir développer un jeu d’horreur ? « J’adorerais faire un jeu flippant comme Silent Hill, mais neuf joueurs sur dix arrêteraient au bout de 10 minutes ! Je crois que moi-même, j’aurais peur d’y jouer ! » Les paris sont lancés. ♦

La technique ©2011 Columbia Pictures Industries

©Konami

Retrouvez l’inter view de Marie Rivière sur w w w.mk 2 .com

Atout vitesse Le chef opérateur canadien Paul Cameron est toujours enclin à tester du matériel dernier cri, comme le prouvent ses travaux sur Man on Fire de Tony Scott ou Collatéral de Michael Mann. Pour Total Recall – Mémoires programmées, Cameron a choisi la caméra haute définition Red Epic, a doublé le nombre d’images par seconde dans certaines scènes et surtout a utilisé des rails de travelling, initialement destinés à filmer des événements sportifs et permettant de déplacer la caméra à plus de trois mètres par seconde. Employée pour le combat qui suit l’insémination du souvenir dans l’esprit de Quaid, cette caméra vif-argent était si dangereuse que la production a imposé le port du casque à toute l’équipe. _J.D. Total Recall – Mémoires programmées de Len Wiseman // Sor tie le 15 août

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NEWS ÉTUDE DE CAS

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millions de dollars : la somme gagnée par Kristen Stewart ces douze derniers mois. Entre deux épisodes de Twilight, elle prend la tête des actrices les mieux payées de Hollywood selon le magazine Forbes, devant Cameron Diaz et Sandra Bullock.

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concerts dans huit villes différentes en vingt-quatre heures : c’est le nouveau record établi par le groupe de rock alternatif The Flaming Lips entre les 27 et 28 juin, détrônant ainsi le dernier détenteur du titre, Jay-Z, bloqué à sept performances.

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longs métrages (Avatar, Da Vinci Code…) ont été pris en compte dans une étude japonaise, qui a établi une formule visant à prédire le succès commercial d’un film, croisant nombre de posts sur les réseaux sociaux et nombre de tickets vendus.

Sono Sion est-il coupable ? OUI Sono Sion a tout fait pour se faire condamner : perversité, immoralité, incitation au meurtre et à la prostitution… Dans Guilty of Romance, les chefs d’accusation pleuvent. Lorsqu’Izumi s’ennuie, elle tombe le chemisier à fleurs et s’abîme avec candeur dans le quartier des love hotels tokyoïtes. Là-bas, dans une pesante orgie de corps pervers et d’esprits torturés (on cite Ibsen avant de consommer), Izumi rencontre son double maléfique, une prof de lettres débauchée qui, pour exorciser un inceste, se prostitue avec rage. La décadence pour les nuls, à grand renfort de scènes dégueu et d’explications psychologiques lourdingues. Sono Sion donne dans le gore coloré mais échoue à rendre le tout mémorable. Il en fait des tonnes pour ne ­commettre qu’un film sans poids. _ Laura Tuillier

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Avec Guilty of Romance, ou la descente dans l’enfer de la chair d’une innocente housewife, le Japonais SONO SION clôt une trilogie de la haine (Love Exposure, Cold Fish) sulfureuse à souhait. Imposture ou coup de maître ? Réquisitoire et plaidoirie.

Guilty of Romance de Sono Sion Avec : Megumi Kagurazaka, Miki Mizuno… Distribution : Zootrope Films Durée : 1h52 Sortie : 25 juillet

NON Faux procès que celui intenté à l’innocent Sion : en feignant de donner dans une énième purge des tabous nippons (modernité draconienne et morale asphyxiante, déjà traitées dans les polars foutraques de Miike ou de Tsukamoto), l’agité n’a fait que s’essayer au portrait de femme. Proche, en apparence, des boursouflures riches en pus du voisin Park Chan-wook, Sion emprunte plutôt au Belle de jour de Buñuel, voire à Madame Bovary (dont la transposition dans le Japon d’aujourd’hui semblait presque s’imposer). C’est précisément la beauté de ce fourbi grandiose : en épluchant les fausses pistes psychologisantes et le trash à la sauvette, on trouvera un petit récit de grand gamin qui, ébahi par le corps d’une poupée, tente de le découvrir avec elle, contemplant toujours le même miroir. _Yal Sadat


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NEWS TOUT-TERRAIN COVER boy +

=

Il y a des guitaristes qui plantent leurs accords feuillus dans des no man’s land. Comme Laetitia Sheriff ou Talk Talk, Wovenhand en fait partie depuis maintenant dix ans. Le 10 septembre, ils reviennent avec The Laughing Stalk, album hypnotique et heavy qui fleurit dans des déserts d’avenir. S.F.

UNDERGROUND

©Differ’ant

La timeline de BEAK>

Prise de Beak Clé de voûte de Portishead, GEOFF BARROW a retrouvé avec Beak> un enthousiasme créatif que beaucoup doivent lui envier. L’Anglais rajeunit à vue d’œil, appelant la catharsis d’un rock libre et primal. _Par Michael Patin

>> de Beak> Label : Invada Records/Dif fer-Ant Sor tie : disponible

« Lors des premières répétitions de Beak>, nous n’avions même pas besoin de parler. Mais en apprenant à mieux se connaître, ce côté intuitif s’est perdu. Voilà pourquoi nous avons fait un long break avant de retourner en studio et d’enregistrer cet album dans les mêmes conditions que le précédent : un morceau par session, en prise 32

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directe, sans rien ajouter ensuite. » Combien d’artistes aussi expérimentés et renommés que Geoff Barrow osent encore s’aventurer dans ces zones dangereuses de la création, faisant de la page blanche leur intime alliée ? L’architecte de Portishead n’a jamais réussi à s’endormir sur ses lauriers, et a trouvé dans le trio Beak> un véhicule idéal pour revitaliser sa musique. >> est un disque d’étincelles noires et d’affleurements, s’épanouissant dans la répétition plutôt que de s’y figer. Les influences, du krautrock mélodique de Can au post-rock expérimental de This Heat, servent de phares pour mieux se détourner des conventions (rythmiques, mélodiques, méthodologiques) de l’époque. Dix chansons somnambules aux motifs inquiets et entêtants, promesses d’une ­d ernière transe avant la chute. ♦

Hier Après la mise en veille de Portishead, Geoff Barrow continue de promener ses mains fureteuses, squattant la console de The Coral ou s’encanaillant avec Banksy. Jusqu’à lancer Beak>, dont le premier album, Beak>, fait la paire avec… Third (2008) de Portishead.

Aujourd’hui 2012 est l’année Barrow, à bloc dans les marges hiphop – son projet Quakers – et électroniques – le très carpenterien Drokk. Beak> est son projet le plus viscéral et prend toute sa dimension en live : celle d’un fantasme de blues chamanique.

Demain Il faut aller voir Beak> si l’occasion se présente. Et Portishead, qui passera cet été par Les Vieilles Charrues. Quant au retour discographique de ces derniers, l’impulsion pourrait bien venir de ce nouveau coup de… Beak>.


CALÉ

Colin Farrell : l’acteur irlandais chope les trous de mémoire de Schwarzenegger pour le nouveau Total Recall – Mémoires programmées (en salles le 15 août), retrouvant la recette qui fit son succès : coups de boule et sourcils en accent circonflexe.

DÉCALÉ

Colin Farrell : début 2013, il tente le grand écart entre Dead Man Down, thriller signé Niels Arden Oplev avec Noomi Rapace et Isabelle Huppert, et Epic, film d’animation des studios Blue Sky où il prête sa voix à un guerrier lilliputien. Stretch.

_Par F.d.V.

RECALÉ

Colin Farrell : il a tourné avec Spielberg, Mann, Allen et Malick mais ne rajoutera pas David Cronenberg à son prestigieux tableau de chasse : le cinéaste canadien lui a proposé le rôle principal de Cosmopolis, qu’il a décliné au profit de… Total Recall.

OVERGROUND Explorer l’Ocean Membre d’Odd Future, le crew hip-hop le plus excitant du moment, adoubé par Jay-Z et Beyoncé en personne, FRANK OCEAN invente le R’n’B de demain. _Par Éric Vernay

Channel Orange de Frank Ocean Label : Def Jam France Sor tie : 16 juillet

©Universal Music

Malgré son statut de mixtape sortie sur Internet et non d’album officiel, Nostalgia, Ultra s’est incrustée dans la plupart des tops musicaux de 2011 : brouillant les genres, Frank Ocean, alors 23 ans à peine, s’emparait avec classe des tubes de Coldplay, de MGMT ou encore du Hotel California des Eagles – bel hommage non lucratif qui lui valut d’absurdes menaces de la part du richissime groupe de rock – pour les tremper dans son singulier R’n’B. Scandés dans un ensorcelant falsetto soul sur des rythmes pop ou electro, les textes du crooner du groupe Odd Future dessinent une carte de Tendre surréelle, bardée d’obsessions (sexe, drogues et fétichisme automobile) et de références geeks à Leonard Cohen ou à Stanley Kubrick. Novacane, l’un de ses entêtants cauchemars californiens, nous présentait une apprentie dentiste travaillant dans le porno pour payer ses études. Dans Pyramids, l’épique single de l’album officiel Channel Orange, on retrouve cette figure tragique sous les traits d’une Cléopâtre mi-reine antique, mi-putain contemporaine, coincée dans un espace-temps schizo dont le R’n’B futuriste d’Ocean explore les arcanes, en chaman. ♦

La timeline de Frank Ocean Hier Originaire de La Nouvelle-Orléans, installé à Los Angeles depuis 2009 où il écrit des chansons pour des stars comme Justin Bieber ou Brandy, Frank Ocean explose avec Nostalgia, Ultra (2011), album diffusé gratuitement en raison de désaccords avec Def Jam.

Aujourd’hui Surfant sur le succès phénoménal de sa mixtape, le chanteur d’Odd Future est invité sur les albums de Jay-Z et Kanye West (Watch The Throne) mais aussi de Beyoncé (4), entre deux featurings pour Tyler, The Creator, MellowHype et ses autres acolytes.

Demain Rabiboché avec son label Def Jam malgré la non-parution physique de sa mixtape, Frank Ocean sort en juillet son premier LP officiel, Channel Orange (avec André 3000 et John Mayer au casting), qu’il défendra lors d’une tournée mondiale passant par Rock en Seine.

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©Olivier Borde

NEWS AUDI TALENTS AWARDS

Sur la BONNE VOIE Métro-boulot-dodo : rien de plus trivial que cette chronologie éprouvée par chacun d’entre nous. Lauréat des Audi Talents Awards catégorie court métrage, RONY HOTIN, 26 ans, a un point de vue plus animé sur la question. Rencontre. _Par Claude Garcia

L

es contrôleurs de tickets ont du souci à se faire. Auteur graphique et créateur de personnages pour Disney, Rony Hotin a séduit les membres du jury ATA avec un scénario intitulé Pour une poignée de conserves. La nuit, lorsque les grilles du métro se ­ferment, un mendiant mystique voyage à travers les affiches placardées dans une station : « Il est heureux de sa condition

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car, la nuit, ces publicités se transforment en corne d’abondance et autres rêves chromatiques : il y danse, il y nage, il s’y nourrit », nous raconte son futur concepteur. Passé par trois écoles d’animation différentes (dont celle, prestigieuse, des Gobelins) et déjà primé au festival d’Annecy, il envisage d’utiliser un dessin mêlant une 2D numérique et une 3D discrète, soulignant ainsi son admiration pour le réalisateur américain Bill Plympton. « Il est d’une grande influence sur mon travail, je suis fasciné par le mariage entre ses récits très fouillés et l’économie de sa technique », explique ce fils d’un ancien agent de la SNCF. Rony se dit d’ailleurs marqué par les anecdotes de chemin de fer racontées par son père lorsqu’il rentrait du travail. À Valence, où il réside, il devrait bientôt recevoir la visite d’un directeur de production transporté par le ­projet, déjà sur les rails. ♦

whATA’s up ? Le concours Art contemporain des Audi Talents Awards est officiellement ouvert ! Les candidats peuvent dès maintenant retirer les dossiers de candidature sur le site www.auditalentsawards.fr et doivent déposer leur projet avant le 21 septembre 2012. Le gagnant bénéficiera d’un accompagnement poussé tout au long de l’année. Partenaire de la FIAC pour la troisième année consécutive, le programme de mécénat culturel y marquera sa présence à travers une exposition de son lauréat 2011, Neïl Beloufa. _C.Ga.


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NEWS SEX TAPE

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It’s raining men Magic Mike de Steven Soderbergh Avec Channing Tatum, Alex Pet t y fer… Distribution : ARP Sélection Durée : 1h50 Sor tie : 15 août

« Tu n’es pas qu’un stripteaseur : tu es le fantasme de toutes les femmes. Tu es le mari qu’elles n’auront jamais, le beau gosse qu’elles voudraient croiser dans la rue, le coup d’un soir ! » Par ces mots, l’étalon Matthew McConaughey briefe l’un des poulains de son écurie, le Xquisite, club niché dans la moiteur floridienne. Alors les corps se cabrent, croupe en arrière, pectoraux en avant, sous les cris des clientes et les liasses de billets verts. L’objectif est clair : vendre du rêve. Le film s’inspire de l’expérience de Channing Tatum, nouveau wonderboy de Hollywood intronisé comédien fétiche de Soderbergh, qu’il retrouve cet été pour Piégée et l’an prochain pour The Bitter Pill. La preuve que le péché de chair rapporte.

©ARP Selection

_Frédéric de Vençay

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© Shayne Laverdière

Laurence Anyways

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Laurence Anyways Laurence Anyways est un film somme, celle des moyens que l’on met en œuvre pour atteindre son but. Qu’il s’agisse, pour un couple, de surmonter le départ de l’homme qui veut revenir femme. Ou, pour un réalisateur, d’accompagner ce changement de sexe sur plus d’une décennie. Profession complète des vœux artistiques de XAVIER DOLAN (Les Amours imaginaires, J’ai tué ma mère), ce troisième film fait la synthèse de ses modes d’expression, tous mus par le même élan de maîtrise parfaite : cadrage, photo, costumes, direction d’acteurs et surtout bande-son. Revue des motifs de Laurence Anyways avec sa puissante playlist pour guide. _Par Étienne Rouillon

If I Had a Heart par Fever Ray (2008)

A-t-il seulement un cœur, ce Laurence Alia (Melvil Poupaud), pour f lin­g uer ainsi le bonheur qu’il partage avec la femme de sa vie, Fred (Suzanne Clément) ? Le duo de voix, masculine et féminine, qui sont mêlées jusqu’à se confondre sur la ballade tendue If I Had a Heart, incarne on ne peut mieux le dialogue entre les deux identités adverses de ce professeur de lettres. Sans cœur, Laurence ? Fred accuse le choc, mais le couple s’engage alors dans une lutte pour se préserver. C’est ce qui donne une intensité rude à cette transformation radicale : elle est tout sauf une évidence, Laurence n’est pas un marginal, un oiseau de nuit ; Fred est amoureuse de son homme, pas de cette femme en devenir. Le film s’ouvre sur l’apparent équilibre d’un tandem heureux. Las, les basses inquiètes de Fever Ray ou de Moderat (avec l’hypnotisant A New Error, 2009) disent le malaise jusqu’ici tu par Laurence. Il a du cœur, mais il ne bat pas dans la bonne poitrine. « Ça n’en finira jamais, parce que j’en veux plus (...) Si j’avais un cœur, je pourrais t’aimer », dit la chanson. L’exaspération que l’on ressent initialement pour le projet égoïste de Laurence disparaît au profit d’une adhésion à mesure que ce choix s’impose à Fred comme une nécessité.

Pour que tu m’aimes encore par Céline Dion (1995) Encore, pour ne pas dire toujours. Le temps est l’allié du réalisateur. Le film s’étale sur deux heures et trente-neuf minutes, à cheval sur les années 1980 et 1990. C’est long. Tant mieux. Xavier Dolan nous expliquait à Cannes – où le jury de la sélection Un certain regard a récompensé la performance de Suzanne Clément du prix de la Meilleure interprétation féminine – que son film, s’il avait été plus ramassé, aurait viré au docufiction « sur 40

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un coupage de queue ». Laurence Anyways ne s’attarde jamais sur l’exotisme ni le cocasse du changement de sexe ou de garde-robe. La longueur est tout entière dévolue à l’interrogation de la possibilité de ce couple. « Je te jetterai des sorts pour que tu m’aimes encore », vocalise la compatriote de Dolan, à l’unisson de Laurence qui tente de retrouver les rituels, les sortilèges qui ont charmé Fred

Laurence Anyways ne s’attarde jamais sur l’exotisme ni le cocasse du changement de sexe ou de garde-robe. il y a dix ans. Comme par exemple dans cette scène où il s’introduit chez elle, dans un appartement partagé avec un nouvel homme : ils essayent tous deux de reproduire un quotidien passé. Ça déconne. Ça rigole. Des jeux amoureux qui, deux heures plus tôt, nous paraissaient insignifiants ou cuculs la praline, reviennent gonflés, mûris par une mémoire cruelle car, comme Fred et Laurence, le spectateur a conscience qu’il ne s’agit que d’une parenthèse. Céline aura beau varier les harmonies, transposer ses trémolos une tierce plus haute, ses efforts restent sans effet.

The Chauffeur par Duran Duran (1982)

« En plus de fournir des repères spatiotemporels nécessaires dans un film qui traverse un peu plus d’une décennie, les chansons accompagnent mes personnages en dépit de mes goûts intimes. La musique n’est pas un caprice d’artiste qui cherche à partager sa discothèque personnelle. » Xavier Dolan, qui reconnaît tout de même mettre beaucoup de luimême dans ses films, jamais loin de l’autobiographie, a trouvé dans certains titres de cette bande-son des pendants probants à son langage cinématographique. Prenez Duran Duran, groupe new wave à l’image kitschouille à souhait, de l’aveu même de Melvil Poupaud. Leur hymne The Chauffeur


©Richmond Lam

Melvil Poupaud

« La musique n’est pas un caprice d’artiste qui cherche à partager sa discothèque personnelle. »

©Shayne Laverdière

- Xavier Dolan -

©Shayne Laverdière

©Richmond Lam

Suzanne Clément

Xavier Dolan sur le tournage de Laurence Anyways

n’a jamais sonné aussi juste que chez Xavier Dolan : aux tableaux hyperstylisés et ralentis du réalisateur, superbes respirations dans cette odyssée, répond la longue exposition des synthés qui vont crescendo jusqu’à l’explosion de la caisse claire. Le chant à la fois plaintif et combattant de Simon LeBon dit la détresse parfois rageuse de Laurence, comme lorsqu’il est désarçonné par la réaction étonnamment neutre de sa mère (Nathalie Baye) : « Tu veux que je réagisse comment, Laurence ? J’m’en fous ! » Les boîtes à rythmes égrenées, les arpèges

à la flûte de pan, la réverbération et les delays des guitares, autant de coquetteries outrancières que l’on retrouve dans les belles manières de Dolan. S’il peut en faire des tonnes, c’est parce que c’est lourd de sens. Sans contrefaçon. ♦ Laurence Anyways de Xavier Dolan Avec : Melvil Poupaud, Suzanne Clément… Ditstribution : MK 2 Dif fusion Durée : 2h39 Sor tie : 18 juillet

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L E U Q I ST FE R E I L VA S E ÊT ? US  VO

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Cahier de vacances

Festivals de l’été _Par Étienne Rouillon

Avant d’aller au spectacle, vous ne manquez pas de…

potasser de fond en comble la biographie du ténor dans le livret d’opéra. donner un point de rendez-vous aux potes en cas de séparation post-pogo. monter votre tente à l’ombre d’un chêne au feuillage généreux. faire le pied de grue devant l’entrée des artistes. vérifier la couverture 3G pour live-tweeter l’événement. Cet été, on vous entendra dire :

« Hiii ! Il a touché ma main ! Touché ma main ! Elle verra plus jamais de savon. » « C’est une orchestration audacieuse, qui fait écho au travail qu’il a présenté à Vienne l’an dernier. » « Cette série d’instantanés monochromes m’a donné une chouette idée de Tumblr. »

Project X, vu debout pour danser sur la bande son de Kid Cudi. Alexandre Nevski d’Eisenstein, sur une musique de Prokofiev jouée en direct par un orchestre philharmonique. Qu’importe, pourvu que l’équipe du film soit là pour être applaudie. Manger pendant un festival, c’est l’occasion…

de découvrir les saveurs de la cuisine wallonne au peket. d’épier l’acteur qui déjeune à la table juste derrière. Discret, te retourne pas. Te retourne pas j’te dis. d’occuper son temps entre le deuxième et le troisième acte.

d’apprendre à faire du feu sous une pluie battante. Réussir son festival, c’est…

de Nîmes à Arles, entrer dans les arènes, mais pour voir autre chose que de la corrida.

« Hein ? Quoi ? J’entends rien ! Lève un bras que je te retrouve ! »

choisir avec soin ce qu’on emporte dans sa trousse à pharmacie.

Le top de la projection cinématographique en plein air :

découvrir que vos colocs d’auberge de jeunesse forment un brass band en concert ce soir sur la scène jeunes talents.

Une rétrospective de la sélection du Festival international du film chiant.

De retour de vacances, votre premier réflexe :

Débarquer chez maman : dodo, frigo, lessive. Planter des punaises « Je suis passé par là » sur une carte topographique. Faire le relevé du nombre de « J’aime » sur votre compte Facebook saturé de photos avec des têtes connues. Convier tous les potes restés bosser à la capitale pour leur faire un débrief de vos trouvailles. Foncer à la Fnac pour reconstituer votre médiathèque de l’été.

surtout d’éponger ce qui a été bu.

« Bunã ziua, donde esta the show della commedia musikalisch ? Spasiba. »

Revoir Le bonheur est dans le pré à l’ambassade de France de Ljubljana.

avoir la conviction que personne dans votre entourage n’en aura eu vent autrement que par vous.

être au premier rang, saisir le micro tendu par le chanteur et rugir le refrain avec un plein stade au diapason.

Résultats Vous avez un max de : Vous êtes le festivalier groupie. Rendez-vous en page 44.

Vous êtes le festivalier globe-trotteur. Rendez-vous en page 45. Vous êtes le festivalier fêtard. Rendez-vous en page 46. Vous êtes le festivalier hipster. Rendez-vous en page 47. Vous êtes le festivalier studieux. Rendez-vous en page 48.

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Festivals de l’été

Festivalier groupie

© Perou Press

© DR

Peintres, photographes, danseurs et pop stars internationales débarquent cet été au bout du jardin de votre grand-mère. Carnet d’autographes et appli Instagram en poche, vous êtes prêt pour les paillettes. La chasse est ouverte.

La Route du rock

Du 10 au 12 août, www.laroutedurock.com Avec ses 22 bougies et son rythme semestriel, le festival de SaintMalo s’entête dans l’exigence, prouvant que celle-ci peut aussi être pérenne. Sa « collection été » 2012 propose tout ce que les branchés ont envie d’écouter avec leurs amis, parents ou marmots : artistes essentiels de l’americana (Mark Lanegan), de l’electronica (Squarepusher), du rock cosmique (Spiritualized) ou de la chanson française (Dominique A), débutants aux vastes ambitions (Judah Warsky, Breton, Lower Dens), dernières valeurs sûres de la pop (The xx, Chromatics) et du rock (Cloud Nothings, Hanni El Khatib). Sophistiqué + populaire = immanquable. _Michaël Patin

Justice

FESTIVAL DE NÎMES

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’est Björk qui ouvre les jeux, en habituée spectaculaire de Nîmes, qu’elle avait transformé en techno bunker berlinois à l’été 2007 avec le renfort blindé de M.I.A. C’est que le décalage entre les pierres sages des gradins – rafraîchies par la soirée après une journée bouillante d’attente excitée – et le feu de la sono qui rugit enfin rend depuis 1997 un écho sublime aux voix de Noir Désir, Massive Attack, David Bowie,

ET AUSSI Mostra de Venise, du 29 août au 8 septembre, www.labiennale.org/en/cinema Le festival sur la Lagune concurrence Cannes : pour cette 69e édition, présidée par Michael Mann, on murmure déjà les noms alléchants de Quentin Tarantino et Terrence Malick. Rendez-vous au Lido ! _C.G.

Rock en Seine, du 24 au 26 août, www.rockenseine.com Pour sa dixième édition, le festival de Saint-Cloud accueille, en plus de l’habitué Jean-Paul Huchon, une programmation toujours tournée vers l’éclectisme : Placebo, Foster The People, The Dandy Warhols, Bloc Party, Franck Ocean… _É.R.

été 2012

Portishead ou Goldfrapp. Avec des prestations toujours au diapason de l’épate sans esbroufe, le grand dilemme de Nîmes, c’est de savoir s’il faut taper du pied avec les lions dans la fosse ou profiter de la vue et du tempo depuis les gradins. Assis, probablement, pour Bob Dylan le 15 juillet ou pour Elton John le 21, debout très certainement pour la crème des duos machinistes le 19 avec Justice et surtout le set des nomades géniaux 2 Many DJ’s, puis pour la boum de David Guetta le 20 (avec les chouettes Digitalism). Loin des potacheries synthétiques de LMFAO (le 29 juillet), on partira le 17 en quête des riffs régressifs des pas trop vieilles gloires du pop punk ricain. Les madeleines de Proust blink-182 et Sum 41 s’associent pour nous rappeler le temps où MTV diffusait encore de la musique, où l’on tannait ses anciens pour une gratte et un Marshall, et où l’on n’aurait jamais pensé éviter la boue et les bottes des férias pour aller voir Manu Chao jouer Clandestino (le 18) dans un édifice classé monument historique. Festival de Nîmes, du 27 juin au 29 juillet, www.festivaldenimes.com

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Bâties sous le règne de Domitien en Gaule narbonnaise à la fin du premier siècle de notre ère, les arènes de Nîmes sont un modèle exemplaire d’amphithéâtre romain. Allez, on n’est pas dupes, ce qui vous botte en juillet, c’est surtout d’approcher les plus fiers gladiateurs de la scène pop rock. _Par Étienne Rouillon

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The xx

Suede

Lokerse Feesten

Du 3 au 12 août, www.lokersefeesten.be Initiées en 1975, les Fêtes de Lokeren, en Belgique, sont passées par toutes les couleurs au cours de leur histoire – jazz et dance, soul et variétoche, indie et locale. L’air du temps est au revival, et ces filous de programmateurs ont donc choisi de pousser l’idée dans ses derniers retranchements. En dix jours, on pourra ainsi contempler sur pied, et par ordre décroissant de fraîcheur, Suede, The Charlatans, Ministry, New Order, Echo & The Bunnymen, P.I.L, UB40, The Specials, Bryan Ferry et The Beach Boys. Une grande vague de nostalgie grisonnante et extatique s’abattra en août sur le Plat Pays. _M.P.


Festivalier globe-trotteur

Festivals de l’été

Billet InterRail ? Check. Les scènes de l’Europe entière sont foulées par le caoutchouc de vos godillots avides de représentations multilingues. Écouter du rock français au bord d’un lac hongrois vous file chaque fois la chair de poule.

Festival del film Locarno

Morgan Heritage

Garance reggae festival

© DR

© DR

Du 1er au 11 août, www.pardolive.ch Située sur les rives du lac Majeur, en Suisse italienne, Locarno a des airs de Toscane avec ses façades colorées, ses palais décrépits et sa monumentale piazza Grande, bordée d’arcades. La sélection de cette 65 e édition du festival du film n’est pas dévoilée à l’heure où nous bouclons, mais sont déjà annoncées une rétrospective Otto Preminger, la présence du jeune prodige Apichatpong Weerasethakul (président du jury Compétition internationale) et la remise du Pardo d’onore à Leos Carax, qui, malgré sa discrétion légendaire, a promis de converser avec le public : un événement qui justifie à lui seul le voyage. _J.R.

Du 25 au 28 juillet, www.garancereggaefestival.com Dans le Gard, le parc ArthurRimbaud de Bagnols-sur-Cèze accueille la crème du reggae. On y sera pour écouter Derajah et son lancinant Ooh Yea Yah, shooté aux tambours Nyabinghi, les I-Threes (Rita Marley, Marcia Griffiths, Pam Hall), et pour vérifier que Beres Hammond, Alpha Blondy, The Abyssinians, Cocoa Tea, Morgan Heritage ou Sizzla, entre autres, sont toujours dignes de leur renommée. Bagnols, c’est aussi sa rivière, son camping, et ses « dreadeux » par milliers (49 000 pour l’édition 2011), étudiants, musiciens, parents avec bambins ou producteurs de fromage de brebis, qui affluent de toutes contrées. _J.R.

SZIGET FESTIVAL

© Sziget

À Budapest, le « Woodstock européen » fête cette année sa vingtième édition avec The xx, Snoop Dogg et The Stone Roses comme principales attractions. _Par Éric Vernay

européen » sera le théâtre du grand retour des mythiques Pogues de Shane MacGowan, mais aussi du « baggy sound » des Stone Roses de Ian Brown. Sur les cinquante scènes de l’île, il y aura du hip-hop (Snoop Dogg, The Roots), de l’indie pop (Noah And The Whale, The xx), de l’electro (Tiga, SebastiAn) mais aussi de la bossa (Bebel Gilberto) ou du métal (Ministry). Un menu éclectique, propice au voyage mélodique.

The Stone Roses

A

u départ, on trouve deux Hongrois passionnés de musique, une île m ­ agnifique au bord du Danube et la p­ ossibilité d’une bulle d’air bohème après la rigueur de l’ère communiste. Sur un ancien terrain militaire de Budapest s’installe dès 1993 une première version du festival, le Diáksziget (« L’Île des étudiants »), qui prend de l’ampleur pendant vingt ans, jusqu’à accueillir depuis quelques étés près de 400 000 personnes sur une semaine. Élu « Meilleur grand festival Européen » par les European Festival Awards en 2011, le Sziget a su garder son goût de la fête et des nouvelles expériences. En assistant

à des lectures de littérature hongroise (traduites !) ou à des projections de films en plein air, les curieux peuvent assouvir leur soif de connaissances. Ils peuvent aussi combler leur soif tout court avec une pálinka, l’eau-de-vie à double distillation qui fait la fierté du pays. Les globe-trotteurs les plus pantouflards n’ont pas de souci à se faire pour le confort : comme les 10 000 Français qui se rendent au Sziget chaque année, ils auront droit au « French camping », doté de beaux sanitaires et de prises wi-fi – pour l’esprit rock’n’roll, on repassera. Outre bon nombre de groupes hongrois et de poids lourds internationaux tels que Placebo, Korn ou The Killers, le « Woodstock

Sziget Festival, du 6 au 13 août, www.szigetfestival.fr

ET AUSSI Festival de cuisine de testicules, les 25 et 26 août Les testicules sont à la Serbie ce que le whisky est à l’Écosse. Ce qui autorise le petit bourg d’Ozrem à organiser chaque année un festival de cuisine de testicules, façon junk food (pizza aux testicules de cochon) ou gourmet (pâté aux testicules de taureau). _È.B.

Festival EDP Paredes de Coura, du 13 au 17 août, www.paredesdecoura.com Dans le Nord-Est du Portugal, la bourgade de Paredes de Coura propose cette année un solide programme sur cinq jours : Stephen Malkmus, dEUS, Midlake, Gang Gang Dance, Anna Calvi… Une bonne nouvelle pour cette région dépeuplée et ceux qui vont la découvrir. _M.P.

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Festivals de l’été

Festivalier fêtard Des boules Quies ? Jamais ! L’été est pour vous l’occasion de se faire péter les tympans devant la sono, de se cramer les rétines sous les feux d’artifice, de se noyer le foie en brasse coulée dans la bière tiède de bombances à pas d’heure. C2C

MARSATAC

A

Digitalism

BerlinFestival

© Andrew Whitton

© DR

udacieux, pointu et populaire avec ses 25 000 visiteurs en moyenne depuis quelques années, Marsatac n’en est pas moins régulièrement menacé par l’hostilité des riverains, agacés par le volume sonore. Éternel rescapé depuis sa création en 1999, le festival marseillais a notamment dû faire face à une tempête suivie d’une annulation en 2002, un incendie en 2005 et de nombreux déménagements de dernière minute dans des lieux inadaptés, proposés par une mairie souvent démissionnaire. Passant de l’archipel du Frioul au Vieux Port, des Docks des suds à l’esplanade du Fort-Saint-Jean ou à la Friche de la Belle de Mai, Marsatac squatte tous les lieux possibles de la Cité phocéenne, tel un hobo moderne. Cette

Les 7 et 8 septembre, www.berlinfestival.de Il est des festivals qui valent le déplacement rien que par leur cadre. Le Berlin Festival se joue aux portes de la ville, dans les hangars abandonnés de l’aéroport de Tempelhof la journée, avant de migrer dans différents clubs une fois la nuit entamée. La programmation oscille entre valeurs sûres de la scène indé (Kate Nash, Sigur Rós) et nouveaux venus prometteurs (Michael Kiwanuka, Daughter) qui se frottent aux grandes foules entre des avions vides. Mais Berlin sait aussi attirer les grands noms de la musique electro, avec Nicolas Jaar, Paul Kalkbrenner, Modeselektor, Digitalism… _Anastasia Levy

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été 2012

relative précarité n’empêche ni les bons groupes de ven i r se pro duire dans un fe st iva l pr isé pour son climat clément comme pou r son publ ic de f êt a rd s av isé s (concer ts à guichets fermés l’an dernier), ni Marsatac de se développer. Du 20 au 30 septembre, les assauts en BPM seront déclenchés sur les rives du Vieux Port, mais aussi à Nîmes, dans la nouvelle salle Paloma. L’artillerie hiphop sera très lourde cette année, avec le pape du rap indé newyorkais El-P (Company Flow, Cannibal Ox), le side project de deux membres de De La Soul, les flows déviants de Spank Rock, de Doom et du jeune Anglais Ghostpoet, ou encore les beats

Kelis en 2011

Bestival

Du 6 au 9 septembre, www.bestival.net Quand on s’appelle Bestival et qu’on est situé sur l’île anglaise de Wight, terre de légende du rock, on ne peut faire les choses à moitié. Un (long) coup d’œil sur l’affiche, et les doutes sont levés. D’abord, un demi-dieu pour foutre la honte à la concurrence (Stevie Wonder), puis une armada de groupes cultes en tout genre et pour toutes les époques – John Foxx ou De La Soul pour avant-hier, Death In Vegas ou Jeffrey Lewis pour hier, Iceage ou Major Lazer pour aujourd’hui, sans oublier la myriade d’événements parallèles qui détendent et décoiffent (origami géant ou cabaret queer ?). Bestival, tout est dit. _M.P.

© DR

Pour sa 14e édition, le festival Marsatac va faire vrombir les murs de Marseille et de Nîmes avec du hip-hop et de l’electro. _Par Éric Vernay

acidulés des Fr a nçais Klub des Loosers, Grems, C2C et Set&Match. Les pop addicts se délecteront à l’écoute de Baxter Dury, de Woodkid et de la new wave de Kas Product. Quant aux clubbers, ils remueront sur la house de Breakbot, le dubstep des Anglais Skream et de Flux Pavillion ou l’electro racée de John Talabot, de Don Rimini et de Nguzunguzu. Marsatac, du 20 au 30 septembre, www.marsatac.com

ET AUSSI Big festival, du 18 au 22 juillet, www.bigfest.fr Biarritz, cité des teufeurs devant l’éternel, s’offre cette année une prog on ne peut plus big : Pete Doherty, Shaka Ponk, JoeyStarr et surtout Sébastien Tellier feront grimper la température de quelques degrés. Un décor idéal pour son Cochon ville ? _F.d.V.

LaPlage Glazart, jusqu’au 15 juillet, www.glazart.com Sur la plage, abandonnés à Paris, les festivaliers peuvent retourner les cinquante tonnes de sable installés à la porte de la Villette, au rythme d’une sélection variée mariant groove, electro, reggae, hip-hop et world music. À prévoir : mer agitée. _F.d.V.


Festivalier hipster

festivals de l’été

Certes, ce récital de clôture du rassemblement pour la promotion du chant guttural celte est un chouïa rébarbatif. Mais c’est un « Tu ne connais pas ? C’est à voir, je te jure » de plus à lancer à la volée en terrasse parisienne au début de l’automne.

Midi festival

Bon Iver

Du 10 au 12 août, www.wildernessfestival.com Les Anglais raffolent des festivals thématiques (Bestival…). Cette année, chamans et folkeux british communient au Wilderness Festival pour laisser s’exprimer leur nature sauvage et prendre un bon bol d’air frais, inspirés par les environs grandioses et verdoyants de l’Oxfordshire, au nord-ouest de Londres. Au menu, une Secret Garden Party déguisée, des bars clandestins éphémères, un festival de fringues vintage, des séances de yoga, des banquets gargantuesques pour les foodies et, en fond sonore éclectique, Spiritualized, Wilco, Rodrigo y Gabriela, Crystal Fighters, Sharon Jones et Stornoway. _C.G.

©D.L.Anderson

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Rodrigoy Gabriela

Wilderness Festival

Du 27 au 29 juillet, www.midi-festival.com Deux soirées de gala à l’hippodrome d’Hyères, l’une indispensable avec ses révélations obscures (No Ceremony///, Theshining) et la sensation post-rockabilly Willy Moon, l’autre réunissant Thurston Moore et Bon Iver pour une inévitable empoignade entre amis. Mais aussi une après-midi à la villa Noailles où attendre Aline, amour de vacances (le single Je bois et puis je danse) qu’on aimerait voir prendre la France à revers. Et deux douces nuits sur la plage de l’Almanarre, à tituber sur les sons du futur déjà de retour (Pearson Sound, Blondes, Disclosure). Chaque année, le Midi festival prend un an d’avance sur ceux qui n’y sont pas. _M.P.

PARIS QUARTIER d’été

© Karim Houari

« Ô temps ! suspends ton vol », implorait Lamartine. On est sûr que le poète aurait salué le virage pris par le nouveau cirque, qui décélère pour créer des espaces de pur paradoxe et de poésie abstraite. À l’honneur au festival Paris quartier d’été. _Par Ève Beauvallet

les centres spatiaux les plus spécialisés de la planète, la NASA, le CNES ou la cité des Étoiles en Russie. À la recherche d’autres rapports à la matière, d’autres manières de vivre la force centrifuge, elle offre des séquences d’envol abstraites avec les musiciens Fantazio et DJ Shalom, ainsi que des images et des films issus de ses diverses expériences aériennes ou aquatiques. Cavale de Yoann Bourgeois

L

e cirque est l’avenir de la danse. En tout cas, cet été et à Paris, où la discipline, en plein épanouissement depuis quelques années, égrène quelques-uns de ses meilleurs artistes. L’acrobate-danseur Yoann Bourgeois, un artiste de plus en plus remarqué, passé par le cirque Plume mais aussi par la compagnie visionnaire de Maguy Marin, est de ceux qui croient que les histoires d’envol, de suspension et de chute, les histoires de perspectives renversées et de lutte contre la gravité peuvent s’associer à des questions au look contemporain. Soulignons qu’il nous aide pas

mal à rallier sa cause en choisissant, pour son superbe Cavale, un vestiaire hérité de la branche Magritte et Mad Men, particulièrement propice pour construire des atmosphères de vide absolu à la Beckett. Mais c’est aussi cette « vitalité désespérée » chère à Pasolini, les jeux de trampoline surréalistes et éthérés, les nappes electro et cette bichromie noir et blanc aux frontières du tableau abstrait qui confèrent à ce duo une qualité poétique hors pair. C’est également sur un trampoline qu’a commencé à composer la chorégraphe Kitsou Dubois, invitée du théâtre de la Cité internationale, connue pour un travail de recherche sur l’apesanteur qui l’a menée jusque dans

Paris quartier d’été, jusqu’au 11 août, www.quartierdete.com

ET AUSSI Festival du cinéma américain de Deauville, du 31 août au 9 septembre, www.festival-deauville.com Sur les planches, le meilleur du cinéma ricain récolté à Cannes ou à Sundance. On aimerait y voir Mud, Les Bêtes du Sud sauvage, Gimme the Loot. Déjà en lice, Killer Joe de William Friedkin, et deux fois Paul Dano, dans Elle s’appelle Ruby et For Ellen. _C.G.

We love green, du 14 au 16 septembre, www.welovegreen.fr On piétine les belles pelouses du parc de Bagatelle, à Paris, pour cette petite manifestation baba et écolo. Pour cette seconde édition, Norah Jones, Beirut, Camille et Electric Guest viennent fêter la fin de l’été. Ça sent déjà la rentrée. _C.G.

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Festivals de l’été

Festivalier studieux

© Jean- Louis Fernandez

©Josef Koudelka / Magnum phtos

De la cour d’Honneur du palais des Papes du festival d’Avignon jusqu’au jardin des Plantes du festival de Jazz de Montauban, vous prisez les créations d’exception avec un casting prestigieux servant votre panthéon culturel.

Les Rencontres d’Arles

Du 2 juillet au 23 septembre, www.rencontres-arles.com Une soixantaine de lieux d’exposition à travers la ville d’Arles et un objectif unique : frotter la multiplicité des arts photographiques à la diversité des regards spectateurs. Cette année, l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles reçoit tous les honneurs, sous la forme d’un état des lieux complet qui interroge le travail de ses anciens élèves. Le cinéaste Amos Gitai, Josef Koudelka et ses photographies de gitans ou la collection de Jan Mulder nourrissent le parcours entre les murs de la cité, tapissés par les formidables panneaux de l’affichiste attitré du festival, Michel Bouvet. _É.R.

Ludivine Sagnier à l’affiche de Nouveau Roman

FESTIVAL d’AVIGNON

Le réalisateur, écrivain et metteur en scène CHRISTOPHE HONORÉ remonte son arbre généalogique avec Nouveau Roman, un spectacle créé au festival d’Avignon qui remue l’histoire de cette « vraie fausse école littéraire ». _Propos recueillis par Ève Beauvallet

’où est-ce que vient cet intérêt pour le Nouveau Roman ?

Ça vient de l’adolescence. Au collège, alors que ces écrivains étaient réputés très difficiles, ils m’ont paru plus accessibles parce qu’ils soulignent dans leurs textes le fait qu’ils racontent une histoire. Plus tard, Éric Vigner m’a proposé de devenir artiste associé au théâtre de Lorient. C’est un metteur en scène qui a beaucoup travaillé sur Duras, avec qui j’ai beaucoup échangé. Je me suis rendu compte qu’au lieu d’adapter l’une de ces œuvres littéraires au cinéma j’avais surtout envie de parler de l’écrivain derrière, du statut de l’écrivain dans la société française.

Le spectacle n’est pas une reconstitution historique…

Je ne voulais pas que la forme du spectacle « ressemble » à une forme Nouveau Roman, parce que ça ne voudrait pas dire grand-chose, mais plutôt qu’elle provoque la sensation d’une pièce en train de se faire. été 2012

Les comédiens, par exemple, investissent les personnages des écrivains, mais quand Ludivine Sagnier joue Nathalie Sarraute, c’est un croisement entre Nathalie Sarraute et elle. La pièce rend compte de notre travail de recherche autour de cette aventure littéraire. Le Nouveau Roman vous semble-t-il être considéré à sa juste valeur dans la ­littérature actuelle ?

Hormis Claude Simon, qui bénéficie d’un respect unanime, ces écrivains ont souvent mauvaise presse. On n’est pas débarrassé du lieu commun qui voudrait que le Nouveau Roman ait tué le roman français. Cependant, on se rend compte de la force de stimulation qu’ils ont pu apporter aux générations suivantes lorsqu’on échange avec des écrivains comme Marie Darrieussecq, Éric Reinhardt ou François Bégaudeau. C’est possiblement un âge d’or de l’écriture. Nouveau Roman de Christophe Honoré, du 8 au 17 juillet au festival d’Avignon, www.festival-avignon.com, et du 15 novembre au 9 décembre au théâtre de la Colline

© Mathieu Bourgois

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Josef Koudelka, Moravie, 1966

Toni Morrison

Festival America

Du 20 au 23 septembre, www.festival-america.org À Vincennes, le festival biennal America célèbre ses dix ans et invite pour l’occasion pas moins de soixante-quinze écrivains parmi les meilleurs et les plus prometteurs d’Amérique du Nord, mais aussi cette année d’Amérique centrale et du Sud – Mexique, Argentine, Nicaragua, Brésil, Chili… Pour cette 6 e édition, on se réjouit déjà de la présence de la grande Toni Morrison, de Nick Flynn, de Jonathan Dee, de la Québécoise Catherine Mavrikakis, du Haïtien Lyonel Trouillot, des Argentins Alberto Manguel et Alan Pauls, et du nouveau venu Chilien Alejandro Zambra. Au programme : conférences, regards-croisés, projections… _Gladys Marivat


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À l’ombre d’une relation tumultueuse entre deux jeunes hommes, le récit d’une rechute constante dans l’addiction au crack. Avec Keep the Lights On, IRA SACHS (Forty Shades of Blue) allume le cinéma queer contemporain le temps d’une plongée éreintante dans le New York gay des nineties. En même temps qu’il dresse son autoportrait de cinéaste tourné vers l’histoire de sa communauté et pétri de références françaises, le réalisateur radicalise la mise en jeu de soi en se souvenant d’un amour bâti sur la dissimulation des sentiments. _ Par Quentin Grosset

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es rideaux fermés, la chambre d’hôtel est baignée par la lumière maussade du porno diffusé sur un écran en face du lit. Hésitant, Erik pénètre la pièce où son amant, Paul, vit complètement reclus depuis six jours et sept nuits pour s’enchaîner les cailloux de crack et les amours tarifées. Son corps amaigri et verdâtre se tortille tristement quand l’escort boy, peu affecté par la présence d’Erik, finit par l’étreindre. Les yeux embués, ce dernier s’avance vers le sommier et lui tend discrètement la main, comme le plus tendre des fantômes. La séquence, remuante, est le cœur de Keep the Lights On : en s’éclipsant peu à peu dans la défonce, Paul cache son addiction à ses proches et s’isole dans l’obscurité rassurante du secret. Ira Sachs, pour son quatrième film, s’est inspiré d’une épreuve amoureuse avec un éditeur anciennement accro au crack : « Le film s’efforce d’être transparent sur une histoire très personnelle qui a été alimentée par les non-dits. C’est un appel à s’enlacer et à partager ses démons, à en parler. En 2007, j’ai mis fin à une relation de dix ans avec ce garçon. C’était un bon point de départ pour un scénario, car tout dans ma vie a explosé, tout ce qui était caché ou clandestin a été dévoilé. J’ai choisi une nouvelle façon de vivre : j’ai allumé la lumière. »

Nous ne vieillirons pas ensemble « Pensez à la lumière et à la distance qu’elle parcourt pour tomber jusqu’à nous. Tomber, disonsnous, exprimant ainsi une manière fondamentale d’aller au monde – tomber. » En 2011, le fiévreux Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme (aux éditions Jacqueline Chambon) écrit par Bill Clegg,

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l’ex-boyfriend de Sachs revenu de l’enfer, s’ouvrait sur cette phrase mystérieuse, mimant sa descente inéluctable dans des bad trips aveuglants. Confession d’un toxico hardcore, cette autofiction s’affirme aujourd’hui comme le contrepoint de l’œuvre de Sachs. À la façon d’une correspondance entre amants, les deux récits fonctionnent en miroir : à la griserie mélancolique du film s’oppose l’euphorie speed du livre, à la quête esseulée d’un petit ami égaré dans les bas-fonds de New York répond la recherche effrénée de pipes transparentes et de sachets de dope, perdus dans des squats cradingues. La même incapacité à communiquer, à articuler ses sentiments traversent ces deux témoignages, où chacun pousse la volonté du dévoilement de l’intime jusqu’à l’épuisement. « J’ai su très rapidement qu’il y aurait un premier jour et un dernier jour à cette relation. Les drogues dures (et je ne parle que des dures) sont réellement destructrices, beaucoup de gens autour de moi y ont succombé », raconte Ira Sachs sur un ton grave. Réservé, il ne mentionnera pas le nom de Bill Clegg pendant l’interview. Si la mise à nu est totale, la mise en scène se fait plus pudique : à juste distance des corps masculins, qu’il sait indéniablement érotiser à l’aide d’une photographie chaleureuse et enveloppante, Sachs tempère la tension électrique qui se dégage des deux acteurs principaux, Thure Lindhardt (Erik) et Zachary Booth (Paul). « Pour un scénario qui mêle drogue et homosexualité, on avait peu de comédiens qui se portaient volontaires, certainement par manque de courage. Thure, lui, n’a pas eu peur une seconde lorsque son personnage, délaissé par son compagnon, se masturbe pathétiquement dans un buisson », affirme


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Keep the Lights On

Sachs. La narration, qui couvre plus de dix ans, se voit allégée par le rythme elliptique, en touches impressionnistes, qu’a souhaité donner Sachs à son œuvre. On retrouve quelque chose de Pialat, dont le réalisateur avoue s’être inspiré, dans cette façon de filmer à vif, de capter la vérité intime des personnages et des acteurs en greffant des particules de documentaire dans la fiction : « J’aimais bien l’idée de devenir le protagoniste du film, ça faisait de moi le spectateur de ma propre vie. »

Avant que j’oublie

Car l’alter ego de Sachs est aussi réalisateur. Tout en essayant de convaincre son petit ami d’aller en désintox, Erik tourne un documentaire sur une figure effacée de la communauté gay new-yorkaise des années 1940, le cinéaste Avery Willard. « Cette recherche intervient comme une mise en abyme de mon travail. Chaque histoire est unique, mais certaines sombrent dans l’oubli : je cherche à les rendre à nouveau visibles », précise Sachs. Là où l’auteur est astucieux, c’est qu’il déplace une grande question du cinéma gay, celle du placard, à l’enfermement d’une culture dans les recoins les plus poussiéreux de la New York Public Library. Si les personnages qui, comme Paul, mettent leur vie sous le sceau du secret nourrissent et dévorent le cinéma gay en tant que genre, les œuvres qui traitent de la placardisation d’une mémoire communautaire sont peu nombreuses. Le film exhume des problématiques ayant disparu des écrans comme le sida, qui, après avoir été le thème phare du New Queer Cinema des années 1990, est devenu invisible quand les trithérapies s’annoncèrent. En opérant le coming out d’un passé contre-culturel,

Si la mise à nu est totale, la mise en scène se fait plus pudique, à juste distance des corps masculins. Sachs a aussi vocation à documenter son temps : « Mon job est d’être un anthropologue, de comprendre ce que cette histoire veut dire pour nous. Récemment, j’ai vu le film de Jacques Nolot Avant que j’oublie, et il me semble que nous avons la même manière de dissoudre notre vie et de la partager avec un public pour qu’il réfléchisse sur la sienne. J’aimerais vraiment qu’il voie mon film. » Tour à tour historien et sociologue, Sachs fait intervenir des figures marquantes de la culture gay, comme James Bidgood, le réalisateur de Pink Narcissus, dont il retient le goût pour les lumières adoucies qui se projettent sur les peaux lisses et les ventres durs. C’est aussi dans la topographie d’un New York underground que le réalisateur interroge une homosocialité faite de rencontres joyeuses en boîte de nuit ou de sessions brumeuses de téléphone rose. Douces et contemplatives, les déambulations nocturnes d’Erik sont ponctuées de rencontres évasives qui, des années 1990 aux années 2000, accompagnent les clignotements tantôt blafards, tantôt éclatants de cette ville lumière. ♦ Keep the Lights On d’Ira Sachs Avec : Thure Lindhar t, Zachar y Booth… Distribution : KMBO Durée : 1h41 Sor tie : 22 août

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BLOCKBUSTERS histoires d’une industrie qui casse des briques Tel Terminator, ils sont de retour, chaque été. On les appelle les blockbusters. Mais que peuvent avoir en commun des films aussi différents que The Dark Knight Rises, Rebelle ou Expendables 2 ? Stars au casting, déluge d’effets spéciaux, artillerie publicitaire lourde et budgets au-delà de l’entendement (250 millions de dollars pour The Dark Knight Rises) semblent les définir. Mais derrière ce froid cahier des charges, se cache l’histoire d’une bataille hollywoodienne pour l’équilibre des forces entre argent et création. _Par Juliette Reitzer et Étienne Rouillon

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©Rue des Archives/BCA

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Richard D. Zanuck, producteur heureux des Dents de la mer de Steven Spielberg, en 1975

e mot « blockbuster » fait sa première apparition dans la presse américaine au début des années 1940 et de la Seconde Guerre mondiale. Il désigne alors une bombe assez puissante pour pulvériser un pâté de maisons (block en anglais ; bust pouvant être traduit par « exploser »). Par extension, il fut progressivement utilisé pour qualifier un événement culturel (pièce de théâtre, livre, film) ayant un fort impact public – en français, on pourrait le rapprocher de l’expression « casser la baraque ». Au cinéma, son acception originale est donc liée au résultat d’un film au box-office, c’est-à-dire à sa réception publique (pour Larousse, le box-office est la cote de succès d’un spectacle calculée selon ses recettes). Autant en emporte le vent (1939), avec ses 199 millions de dollars de recettes aux États-Unis depuis sa sortie, est ainsi un parfait blockbuster : un gros succès populaire. Mais aujourd’hui, le terme « blockbuster » est utilisé avant même la sortie d’un film, avant même, donc, un hypothétique succès au box-office. Il est devenu un label, presque un genre en soi, et la raison de cette évolution est à chercher du côté des profonds bouleversements qu’a connus Hollywood à la fin des années 1960.

Jeunes loups et vieux requins

©Metropolitan FilmExport

À cette époque, les historiques studios hollywoodiens sont dirigés par les mêmes types que dans les années 1930 et 1940 : Jack Warner préside toujours la Warner Bros., qu’il a fondée en 1923 avec ses trois frères ; Darryl F. Zanuck règne encore sur la Twentieth Century Fox, créée cinquante-cinq ans plus tôt par son beau-père. Ces papys – ils ont entre 70 et 80 ans – sont franchement largués face aux mutations qui agitent l’Amérique : guerre du Viêtnam, mouvement des droits civiques, révolution sexuelle… La jeunesse américaine ne se reconnaît plus dans les films de studios qui servent encore et toujours les mêmes divertissements datés, loin de ses préoccupations. La fréquentation des salles chute dramatiquement, il est urgent de réagir. Ça tombe bien : une armada de jeunes cinéphiles ambitieux, biberonnés à la télévision

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C’est la première fois qu’elle apparaît sur grand écran, mais elle écrase déjà une palanquée de stars. Dans Piégée de Steven Soderbergh (en salles le 11 juillet), l’ex-championne d’arts martiaux mixtes Gina Carano s’impose avec perte et fracas comme la digne héritière de Cynthia Rothrock et Michelle Yeoh : une alliance détonante de charme et de puissance, poigne de fer inattendue dans un seyant fourreau de velours. Native de Dallas, diplômée en psychologie et fan de Paul Newman, Carano a tapé dans l’œil de Soderbergh durant un match diffusé sur CBS. Un coup de fil et un dîner plus tard, la voilà explosant l’écran dans Piégée, film inégal mais bel écrin pour révéler cette perle au monde entier. La preuve : elle tannera le cuir de Vin Diesel et de The Rock dans Fast and Furious 6. Tremblez, messieurs ! _Julien Dupuy

Chroniques de Tchernobyl de Bradley Parker

Effraction de Joel Schumacher

Distribution : Metropolitan FilmExpor t Sor tie : 11 juillet

Distribution : Metropolitan FilmExpor t Sor tie : 18 juillet

Le créateur de Paranormal Activity, Oren Peli, ici auteur, producteur et scénariste, continue de faire fructifier la recette horrifique du found footage, ou faux film amateur. Le but : créer le maximum de profits sur une extrême économie de moyens. Sujet choc et d’actualité, cette fois, avec des touristes naïfs coincés par des mutants à Tchernobyl. _S.C.

©Metropolitan FilmExport

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Gina Carano

Le polar vénère de l’été, avec budget de 35 millions de dollars et pitch de série B : trahisons conjugales sur fond de prise d’otages. Metropolitan mise sur le retour attendu de Nicole Kidman et sur la cote d’amour inébranlable de Nicolas Cage. C’est aussi, revival nineties oblige, les retrouvailles de Joel Schumacher avec deux de ses anciens comédiens. _S.C.


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©RDA/BCA

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Peter Jackson sur le tournage du Seigneur des anneaux : Le Retour du roi en 2003

©WARNER BROS. AND LEGENDARY PICTURES FUNDING, LLC

et au cinéma étranger (et, accessoirement, aux drogues) est toute disposée à prendre le relais. Arthur Penn, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Roman Polanski, Dennis Hopper, Robert Altman, William Friedkin seront les artisans d’un Nouvel Hollywood qui va, pendant une décennie, réussir à faire plier les studios face à toutes les fantaisies artistiques, donnant lieu à des films aussi novateurs que Bonnie and Clyde ou Taxi Driver, Le Parrain ou Rosemary’s Baby, Easy Rider, M*A*S*H* ou L’Exorciste. Parmi ces jeunes auteurs, Steven Spielberg est à la fois le moins révolutionnaire et celui qui bouleversera définitivement Hollywood. Il travaille comme réalisateur pour Universal Television en attendant de pouvoir tourner son premier long, Sugarland Express (1974) : « Je représentais l’establishment, j’étais élevé et entretenu par Universal, une société très conservatrice », raconte-t-il, cité par Peter Biskind dans le livre Le Nouvel Hollywood. Cette connivence avec les studios, en même temps que la fréquentation de ses contemporains cinéastes, permettra en 1975 l’avènement des Dents de la mer, généralement considéré comme le modèle du blockbuster tel qu’on l’entend aujourd’hui : un pur divertissement destiné au grand public, un produit commercial efficace, et surtout très rentable. Fait rare à l’époque, Universal investit 700 000 dollars en spots publicitaires diffusés en prime time, et le succès est au rendez-vous : cette année-là, les bénéfices de Hollywood sont sans précédent. L’essai est transformé deux ans plus tard par George Lucas et sa Guerre des étoiles. C’est un tournant historique : l’époque a changé,

En 1975, Les Dents de la mer définit le modèle du blockbuster : un pur divertissement, produit commercial efficace et surtout très rentable. l’incartade de la création débridée dans la décennie 1970, Hollywood retombe ainsi sur ses pattes commerciales, lançant l’ère des blockbusters nouvelle formule : plutôt que d’attendre la bonne s­ urprise du succès, il faut le provoquer.

L’empire contre-attaque Tout l’enjeu des années 1980 est d’arracher le public à une télévision concurrentielle, à laquelle viennent s’ajouter les premiers magnétoscopes grand public dopés par l’arrivée du populaire format VHS. Comment faire sortir les spectateurs de leur salon ? En suscitant le désir. Une problématique de pur marketing. L’une des solutions consiste à installer des franchises,

The Dark Knight Rises de Christopher Nolan

Rebelle de Mark Andrews et Brenda Chapman

Distribution : Warner Bros. Sor tie : 25 juillet

Distribution : The Walt Disney Company Sor tie : 1 er août

Inspiré par Batman – Knightfall (1993), cycle de bande dessinée qui fit date, voilà le dernier opus de la trilogie de Christopher Nolan (Memento, Inception) consacrée au superhéros. The Dark Knight Rises est la chronique d’une résurrection qui fait écho à celle de la franchise phare des blockbusters, née avec Tim Burton, puis malmenée par Joel Schumacher. _É.R.

©Disney/Pixar

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la guerre du Viêtnam est finie, Nixon a démissionné, et le public veut du divertissement, du pur, du grand. Les studios, ravis de cette nouvelle manne financière, s’engouffrent tête baissée dans des superproductions à grand spectacle, les budgets marketing et publicitaires sont décuplés, monopolisant toutes les ressources disponibles, aux dépens des films plus modestes. Après

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Dernier né de l’union entre le studio Pixar et l’empire Disney, visuellement superbe, Rebelle bouscule les stéréotypes inhérents à la parfaite princesse. Point de prince charmant ici, mais une gamine belliqueuse et indépendante en conflit avec sa mère, et 66,5 millions de dollars au boxoffice dès son premier week-end d’exploitation aux États-Unis. _J.R.


L’été meurtrier

Christian Bale dans Batman Begins de Christopher Nolan, en 2005

qui sont soit des suites directes d’un succès, soit des œuvres issues du même univers. James Bond se balade ainsi au rythme industriel d’un opus tous les deux ans entre 1977 et 1989. Sorti en 1979, le 007 Moonraker annonce ce qui se trame dans les studios, loin des vertus créatrices qu’ont eu les gros budgets alloués à Lucas, Spielberg ou Cameron. Moonraker tire le film d’espionnage vers une improbable science-fiction spatiale, à tendance série Z qui inclut tout ce que l’on

Après l’incartade de la création débridée dans la décennie 1970, hollywood retombe sur ses pattes commerciales.

©2011 Columbia Pictures Industries

©wentieth Century Fox 2012

peut attendre d’un ­d ivertissement dantesque : jolies pépées, prototypes rigolos, gros méchant qui menace l’humanité et son comparse un peu benêt qui apporte son lot de gags (le personnage de Requin et sa mâchoire d’acier). Bingo. Un budget de 34 millions de dollars pour 210 millions de recettes. Le pire film de la série selon les fans. L’affiche du film, elle, est plutôt pompée sur le premier La Guerre des étoiles. Cet outil phare de promotion reflète la teneur des tours de table de préproduction. Comme les films qu’elles défendent, les affiches abandonnent toute audace au profit de codes très stricts qui permettent d’identifier au premier coup d’œil ce qu’il y aura au menu. Le nom du réalisateur file se cacher dans le billing block (l’encart de texte technique riquiqui tout en bas), la baseline (slogan) ne dit rien du pitch mais rehausse l’argument le plus vendeur : le casting choc, la promesse d’une grosse rigolade, les voix des doubleurs pour les films d’animation. Pas besoin de vous montrer les affiches de L’Arme fatale, vous les avez toujours en tête. Celle

La saison des blockbusters s’étend du Memorial Day (le dernier lundi du mois de mai) à la fin du mois d’août. Si les studios favorisent ce créneau, c’est en partie par tradition (La Guerre des étoiles était sorti un Memorial Day), mais surtout pour profiter des vacances estivales, et enfin par praticité : plusieurs événements importants préparent le terrain pour cette période au cours de laquelle les studios engrangent 40 % de leurs revenus annuels. Il y a ainsi le CinemaCon et le Showest en mars, deux conventions dédiées aux exploitants au cours desquelles les majors vendent leurs prochaines grosses productions. Il y a également le Super Bowl en février, l’événement sportif le plus regardé des ÉtatsUnis et la vitrine idéale pour les blockbusters à venir, qui se disputent les plages de pub à coups de millions de dollars (3,5 millions les 30 secondes en moyenne en 2012). Cependant, les précieuses dates de sortie de la saison estivale sont souvent embouteillées et, petit à petit, les blockbusters s’émancipent de l’été américain. La trilogie du Seigneur des anneaux, la plupart des Harry Potter, les deux premiers Twilight, les derniers James Bond ou, plus récemment, Hunger Games sont ainsi sortis avec succès en plein hiver. _J.D.

Abraham Lincoln – Chasseur de Total Recall – Mémoires vampires de Timur Bekmambetov programmées de Len Wiseman Dans cette relecture fantastique et fantaisiste de l’histoire, Abraham Lincoln, futur président antiesclavagiste des États-Unis, extermine en 3D et à coups de hache les vampires cachés parmi les honnêtes citoyens. Nouveau gros budget entre les pattes de Bekmambetov (69 millions de dollars), après les cartons au box-office de Night Watch et de Wanted. _J.R.

Le réalisateur de la saga vampirique Underworld remet au goût du jour le classique de Verhoeven, gonflé de courses poursuites et d’effets spéciaux futuristes lorgnant clairement du côté de Minority Report. Dans le rôle tenu par Arnold Schwarzenegger en 1990, Colin Farrell sert aussi bien la caution cérébrale du film que sa charge en testostérone. _F.d.V.

Distribution : Twentieth Centur y Fox Sor tie : 8 août

Distribution : Sony Pictures Sor tie : 15 août

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Danse machine

de Top Gun (1986) annonce fièrement : « Le nouveau film des producteurs de Flashdance et Le Flic de Beverly Hills. » Les années 1990 poursuivent sur cette lancée et celle de la vente de produits dérivés, initiée par La Guerre des étoiles. En 1997, les licences de la saga de Lucas ont déjà rapporté près de 3 milliards de dollars sur vingt ans. En 1992, Batman Returns est décliné en jouets dans les Happy Meals de McDonald’s. Aujourd’hui, les figurines de Rebelle, le dernier Disney, sont vantées dès le dossier de presse distribué aux journalistes.

Retour vers le futur

©Metropolitan FilmExport

Les années 2000 marquent le retour à des blockbusters publics (au sens premier du terme) face aux blockbusters industriels. La trilogie Le Seigneur des anneaux (achevée en 2004) a été très délicate à écrire et à financer parce que Peter Jackson refusait de trahir le livre de Tolkien pour suivre les exigences des studios. L’engouement pour le projet, suivi sur la Toile, précipite le public dans les salles, et l’adaptation rafle dix-sept Oscars. Après Spielberg et Lucas, de gros budgets peuvent à nouveau servir de grands auteurs : Christopher Nolan et sa réinvention de Batman – trilogie qui se clôt cet été avec The Dark Knight Rises –, Michael Mann avec Miami Vice ou Public Enemies. Autre espace de réinvention, les succès surprise – appelés sleepers – dopés par le bouche-à-oreille sur Internet. En 2009, Paranormal Activity a par exemple coûté 15 000 dollars et en a rapporté plus de 180 millions dans le monde. Mais la matrice mercantile est toujours à l’œuvre, et Paranormal Activity 2, 3 et 4 (dont la sortie est prévue en octobre) montrent que la créativité s’épuise à mesure que les studios tirent sur la corde. Jusqu’à l’absurde avec l’arrivée des mockbusters (littéralement les « faux blockbusters »), plagiats éhontés à très petits budgets qui parient sur un malentendu : The Transmorphers, Paranormal Entity, ou Titanic II pour ne citer que ceux du studio maître en la matière, The Asylum. Des nanars d’exception qui pourraient très bien faire exploser de rire des pâtés de maison entiers. ♦

Expendables 2 – Unité spéciale de Simon West

Crazy Dad de Sean Anders

Distribution : Metropolitan FilmExpor t Sor tie : 22 août

Distribution : Sony Pictures Sor tie : 29 août

Suite au succès du premier opus, la cuisine mitonnée par Expendables 2 se réserve aux estomacs les plus costauds. Une louche de revenge movie, un faiseur aux fourneaux et toujours plus de stars badass revenues des eighties – fantasme ultime, JCVD et Chuck Norris rejoignent l’unité des Stallone, Schwarzenneger, Statham et consorts. Attention aux grumeaux. _F.d.V.

©2012 CTMG

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_Renan Cros

©2012 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC

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Transmorphers au lieu de Transformers : les mockbusters parient sur un malentendu pour attirer le public

Cet été, les chorégraphies musclées de Sexy Dance 4 comme le glam feu d’artifice de Rock Forever rythment le sous-genre du blockbuster qu’est la comédie musicale, toujours à l’écran depuis les années 1940. Fini Bob Fosse et Gene Kelly, la recette est maintenant à la chanson populaire option nostalgie. Prenez un ensemble de chansons cultes d’une époque, construisez une intrigue simple mais efficace avec jeunes premiers, quête d’identité et seconds rôles cocasses. Ajoutez des chorégraphies énergiques, et le tout est prêt à cartonner sur les scènes du monde entier. Car avant de débarquer en salles, Mama Mia! ou Rock Forever sont des triomphes de Broadway : Hollywood est toujours allé piocher sur la 42e avenue pour nourrir son box-office. Avant, Gershwin ou Cole Porter, maintenant Abba ou Def Leppard. Si en plus c’est une star comme Meryl Streep ou Tom Cruise qui assure le show avec dérision, le jackpot est total. Vrais hommages à la culture populaire, ces musicals nouvelle génération continuent à faire de Hollywood le plus grand théâtre du monde.

Un quadragénaire juvénile harcelé par le fisc renoue avec son fils pour payer ses impôts dans cette comédie régressive de la paternité avec le débonnaire Adam Sandler, l’étoile montante Andy Samberg et Leighton Meester de Gossip Girl. Acteur comique le plus bankable des nineties, Adam Sandler subit les caprices du box-office : aux ÉtatsUnis, Crazy Dad a fait flop. _C.G.


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LE STORE

UN AMERICAN À PARIS

La marque de vêtements américaine American Apparel s’associe au Store, le magasin du MK2 Bibliothèque pour proposer tout l’été une sélection des plus belles pièces de la saison, signées par la firme aussi connue pour la qualité de ses mailles que pour les courbes de ses mannequins. Fruit de cette collaboration, un pop up store (magasin éphémère) où l’on pourra retrouver en édition limitée les produits MK2 + American Apparel, déclinés en tee-shirts et tote bag (sac de toile avec imprimé). _Cl.Ga.

Pop Up Store American Apparel, du 15 juin au 15 septembre au Store du MK 2 Bibliothèque

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Entrepreneurs, businessmen, spéculateurs… Les vannes fusent pour incriminer les Koons, Murakami et autres golden boys du marché de l’art contemporain. Mais ce lien entre artistes et argent est-il si nouveau ? L’essai iconoclaste de JUDITH BENHAMOU-HUET nous rafraîchit la mémoire. _Par Ève Beauvallet

Un Van Gogh pauvre mais désintéressé, rêvant seul au pouvoir de transsubstantiation de ses tournesols entre deux radis moisis et une pelure de topinambour… Dürer, Rubens, Monet, intouchables représentants d’un art pur, délivré des contingences matérielles, un art d’avant la spéculation et le marché de l’art, du temps béni où l’on ne confondait pas Wall Street et Beaubourg… Le tableau est beau, mais qui croit vraiment à son authenticité ferait largement sourire Judith Benhamou-Huet. Espiègle collaboratrice du Point, économiste de la culture et spécialiste du marché de l’art, elle vient de publier chez Grasset un essai à l’intitulé aussi intriguant que polémique, Les artistes ont toujours aimé l’argent­ – une façon offensive d’exposer, dès le titre, la toile de fond de son entreprise : tacler, via un travail d’enquête très documenté, les détracteurs du dimanche qui incriminent les stars du marché de l’art sous le seul prétexte qu’elles savent faire de l’argent. « Aujourd’hui, il y a un tabou sur l’argent lorsque qu’il est marié à l’art, rappelle l’auteur au micro du Mouv’. On peut faire de l’argent et être un excellent artiste, ce qui ne veut pas dire non plus que si on ne fait pas d’argent, on est un mauvais artiste. » En tout cas, en fouillant Dans la famille Jeff Koons… Lucas Cranach Jeff Koons, artiste de cour du XXIe siècle, guest des oligarques comme Victor Pinchuk, rappelle à maints égards le spécialiste allemand des mondanités Lucas Cranach, rodé aux obligations protocolaires et doté d’un atelier réputé pour sa production rapide.

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©Harold Cunningham/Getty Images

EN VITRINE

L’ART QUI PÈZE

Jeff Koons en mai 2011

Pas un seul artiste de renom qui n’ait été soucieux de la valeur de son art ni des moyens d’en tirer profit. méticuleusement dans les correspondances à la recherche de croustillantes anecdotes, Judith Benhamou-Huet n’a pas trouvé un seul artiste de renom qui n’ait été soucieux de la valeur de son art et des moyens d’en tirer profit. Ni Dürer, ni Cranach, ni Le Greco, ni Titien, ni Rubens, ni Rembrandt, ni Canaletto, ni Chardin, ni Courbet, ni Monet, ni Van Gogh, ni Picasso, ni Magritte – les treize peintres qui donnent au livre son chapitrage et prouvent que le mythe de l’artiste-chef d’entreprise ne date pas d’hier. Alors évidemment, le rapprochement des mots « Jeff Koons » et « Lucas Cranach » provoquera

Dans la famille Takashi Murakami… Le Greco Le célèbre otaku Takashi Murakami et le père de l’école espagnole Le Greco sont deux as des stratégies commerciales : production maximisée, adaptation aux cibles et aux variations du marché, mise au point d’une sorte de « prêt-àporter artistique »…

Dans la famille Andy Warhol… Titien Comme le pape de la sérigraphie et des portraits pop Andy Warhol, Titien, l’un des plus grands peintres de l’école vénitienne et de la Renaissance, s’est servi de son don pour la reproduction des visages comme d’un puissant levier relationnel.


Duchamp ou Warhol, avec leur façon de vendre des concepts et de faire fructifier des buzz, n’ont fait que systématiser des pratiques anciennes.

chez certains le même arrêt cardiaque que pour d’autres celui de « la Callas » et « Rihanna ». Et pourtant, les précurseurs de l’art contemporain, Marcel Duchamp et Andy Warhol, avec leur façon de vendre des concepts et de faire fructifier des buzz, n’ont fait que systématiser des pratiques anciennes. De même, Takashi Murakami, Damien Hirst ou Jeff Koons sont loin d’être les premiers inventeurs du self branding et du marketing appliqué à l’art. Nulle leçon à donner au Greco, inventeur, à Tolède, des premiers showrooms, lors desquels les amateurs pouvaient personnaliser les œuvres du maître ; nulle leçon à Cannaletto, premier spécialiste de l’importexport, et encore moins à Rubens, qui, des décennies avant Warhol, crée sa propre Factory. Dürer, « intouchable » par excellence, fut quant à lui le big boss de l’auto-promo. À son époque, rappelle Dans la famille Damien Hirst… Gustave Courbet Pas de plus grande star que Damien Hirst pour modeler le marché et user de l’impact des journaux. À part peut-être Gustave Courbet qui, au XIXe siècle, avait choisi le drapeau de l’insoumission institutionnelle, du scandale et de la réclame personnelle.

l’auteur, les artistes étaient considérés comme des artisans, et Dürer développe en conséquence des stratégies d’une inventivité admirable pour accéder à un autre statut. Pour rendre ses images les plus populaires possibles, il multiplie les gravures et emploie deux agents pour parcourir les routes d’Europe dans le but d’être déjà connu avant d’arriver sur un lieu. Quant à Vincent Van Gogh, grande icône de l’artiste sacrifié, Judith Benhamou-Huet rappelle qu’il était loin d’être un peintre à l’esprit anticommercial (ce sont des raisons de stratégie de vente qui l’ont par exemple incité à prendre des oliviers et des cyprès comme points de départ de séries de tableaux) mais qu’il est mort avant que les plans de promotion mis en place par son frère ne deviennent effectifs. Alliance avec les puissants, entourloupes à la Rubens, petit compromis à la Van Gogh… On serait donc bien mal informé de considérer l’époque moderne comme la grande « corruptrice » de l’art dans l’argent. Cependant, rétorqueront les méfiants, que les artistes aient toujours eu besoin de vivre de leur art est une chose, mais de là à faire de tous les artistes des François-Marie Banier, il y a un pas, qui rend l’entreprise cynique si on le franchit… Mais Judith Benhamou Huet, positionnée loin des caricatures, s’en garde. Son seul objectif, in fine, est sans doute d’épuiser une question (l’art et l’argent) afin de forcer le débat public à se recentrer, au moins une fois, sur la dimension artistique, et non plus seulement promotionnelle et financière des artistes actuels. ♦ Les ar tistes ont toujours aimé l’argent de Judith Benhamou-Huet Édition : Grasset Sor tie : Disponible

Dans la famille Marcel Duchamp… Pablo Picasso Duchamp avait mis au point un mode de paiement readymade sous forme de chèques, faux mais personnalisés. Une passion pour la monnaie symbolique qu’il partage avec Picasso, dont les griffonnages sur nappes ont souvent servi de biftons improvisés.

Dans la famille Wim Delvoye… René Magritte Ces deux ovnis de l’histoire de l’art se retrouvent sur d’autres terrains que leur Belgique natale : celui d’une vision lucide du commerce de l’art… si l’on se souvient que René Magritte a fait de la création publicitaire le laboratoire de son art.

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RUSH HOUR AVANT

la rentrée des séries, dites au revoir à Vince chase et À son Entourage

PENDANT

Les Jeux Olympiques de Londres, courez avec les champions de la britpop Blur

APRÈS

Premier été sans Vincent Chase, l’acteur devenu superstar hollywoodienne au gré de huit saisons d’Entourage. Il était en fait plus que temps que la série s’arrête : la private joke sur l’industrie ciné, autrefois savoureuse, avait fini par virer à la mauvaise blague sur cinq potes plus si verts. Du fric, de la frime, zéro film. Ultime saison en DVD à regarder néanmoins, en souvenir des sommets atteints par le show, du chef-d’œuvre maudit Medellin au coup de fil de Martin Scorsese. Salut quand même, l’artiste. _G.R.

Alors que l’on guette un possible album pour faire suite au monument Think Tank (2003), la troupe de Damon Albarn (Gorillaz, The Good, The Bad & The Queen) fête ses 21 ans de carrière avec un coffret de 21 disques compilant l’ensemble de ses albums, agrémentés de lives, de maquettes et de raretés. Un marathon pour retracer l’évolution passionnante d’un groupe qui a su s’émanciper du genre qui l’a sacré, la britpop, et de sa rivalité avec Oasis pour offrir des ballades mémorables et des blagues fulgurantes, de Song 2 à Crazy Beat. _É.R.

Où l’on apprend que le cinéaste mythique de l’âge d’or hollywoodien, surtout connu pour ses péplums grandioses (Samson et Dalila, Les Dix Commandements), excellait aussi lorsqu’il sondait le quotidien sordide du commun des mortels. Le génial critique et réalisateur Luc Moullet (La Terre de la folie) nous balade dans l’univers tantôt kitsch, tantôt naturaliste de DeMille, s’attardant volontiers sur ses recoins les plus secrets, de la fascination pour le masochisme à celle pour les décors de salle de bain. _J.R.

Entourage – Saison 8 (HBO) Disponible

Cof fret « Blur 21 » de Blur (EMI) Sor tie le 30 juillet

Cecil B. DeMille – L’Empereur du mauve de Luc Moullet (Capricci) // Disponible

une virée dans les basfonds parisiens, lisez Cecil B. DeMille – L’Empereur du mauve

iTech _Par É.R. Le Pokketmixer Comme d’hab dans une soirée, après la première heure, où tout le monde respecte à peu près la playlist du maître des lieux, vient le temps du chaos sonore où chacun y va de son « Mets cette chanson steuplait. » Et c’est parti pour un changement brutal de tubes toutes les trente secondes. C’est là qu’intervient le Pokketmixer, qui permet d’opérer des transitions musicales tout en douceur entre deux baladeurs MP3, ordis, lecteurs CD ou téléphones portables – même un Walkman cassette. Dotée d’un crossfader et de potards pour régler les basses, moyennes et hautes fréquences, cette minitable de mixage a un atout de taille : elle fonctionne sans électricité. De quoi jouer les branchés, même à la plage. En vente au Store du MK 2 Bibliothèque

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©Universal Pictures and Illumination Entertainment

KIDS ♦

Green peace

Tremblez : haut comme trois pommes, le Lorax vient vous secouer les puces et la conscience. Après Moi, moche et méchant, CHRIS RENAUD récidive dans la fantaisie colorée avec ce conte grinçant qui surfe avec malice sur la vague verte. _Par Frédéric de Vençay

Le poil roux, la moustache drue, le sourcil froncé, il se balade de lande en forêt comme « porte-parole des arbres » face à la négligence des humains. Les fans de José Bové seront déçus : on ne tient pas là le premier biopic sur notre Don Quichotte national, mais

L’objet

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l’adaptation d’un temple de la littérature jeunesse, créé en 1971 par Dr. Seuss (le père du Grinch). Mais que les Verts se rassurent, Le Lorax devrait apporter de l’eau à leur moulin. Dans un monde déserté par la nature, ratissée par les consortiums industriels, deux enfants se battent pour la préservation d’une graine végétale… Proche de celle de Wall-E, l’intrigue croise habilement les références, entre Tex Avery, George Orwell et Tim Burton. Tel Edward aux mains d’argent, le film de Chris Renaud oppose Thneedville, cité étincelante et abrutie par la société de consommation, à un extérieur sombre, merveilleux, hanté par la mélancolie d’un âge d’or perdu. Une satire acide, relevée d’une morale écolo qui ne prend pas ses spectateurs pour des canards sauvages. ♦ Le Lorax de Chris Renaud (animation) Avec les voix (en V.O.) de : Danny DeVito, Zac Efron… Distribution : Universal Pictures Durée : 1h27 Sor tie : 18 juillet

LE goÛter

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Alors que le monde tourne autour des petits à la vitesse grand V, la montre Petit Prince veille sur eux et leur sert de repère. Juché sur sa minuscule planète, le héros de SaintExupéry à la tignasse blonde sera leur étoile polaire, comme une miniboussole. Manière d’apprendre à accorder leurs rêves à la course du monde tout en n’oubliant pas de garder leur âme d’enfant et de mettre en pratique les conseils de leur ami le Petit Prince.

Qui ne s’est jamais imaginé en Barbapapa ? Voici enfin la potion magique, que vous soyez nostalgique de vos rêves d’enfants ou que vous cherchiez à raconter une histoire à vos bambins. Parfums citron, coca, menthe glaciale ou grenadine, comme dans les livres, on peut choisir son personnage, ici parmi les garçons, entre Barbidur et Barbibul. À base d’arômes naturels, il n’y a pas de risques pour autant de se transformer… en vrai Barbapapa.

En vente au Store du MK 2 Bibliothèque

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DR

VINTAGE Kurt Russell, épatant dans la peau d’Elvis

Le retour du roi

Première collaboration de JOHN CARPENTER et KURT RUSSELL, Le Roman d’Elvis, d’abord conçu pour la télévision mais amputé dans sa version cinéma, capte toute l’aura révolutionnaire de l’icône du rock’n’roll. Une édition DVD restitue le montage originel de cette fresque de près de trois heures. _Par Hugues Derolez

Avant Jonathan Rhys-Meyers et Jack White, il y eut surtout Kurt Russell, éblouissant et magnétique en Elvis Presley, que l’on contemple ici durant ses premières années, paria efféminé chahuté dans les couloirs du lycée, avant qu’il ne prenne doucement le chemin de la gloire. De ses premières galères à son come-back à Las Vegas, en 1969, c’est l’intimité du chanteur, ses quelques amours et ses inquiétudes qu’expose John Carpenter. L’admiration que ressent le cinéaste pour le King y est débordante,

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mystique, comme lorsque ce dernier captive les foules d’un regard, statufié, infatigable héros de scène. Figure tragique, marquée par le décès de son frère jumeau à la naissance et jamais vraiment remis de la mort d’une mère qu’il chérissait, l’homme crie sa mélancolie en chansons pour sublimer une peine indicible et grandissante, et se bat pour devenir une légende avec un cran qui fascine. Si l’on regrette que la révérence de Carpenter l’ait poussé à passer sous silence les huit dernières années de vie du chanteur – sa déchéance, son divorce, ses problèmes de santé et ses fatals abus de médicaments – Le Roman d’Elvis reste à ce jour le plus précieux et troublant portrait de la star qui soit donné à voir. Comme pour Meurtre au 43ème étage, seul autre téléfilm de Carpenter, aux accents hitchcockiens, le réalisateur place une vitre entre l’Amérique et nous : c’est l’écran du téléviseur, mais c’est aussi la vitre de la voiture d’Elvis quand il fait ses premières tournées ou celle de l’appartement du tueur du 43e étage. Une vitre derrière laquelle s’étale la déchéance, les perversions et quelques soubresauts de courage ; un écran qu’Elvis brise d’une balle de revolver dès l’ouverture du film. Cinéma et télévision n’ont jamais été aussi proches. ♦ Le Roman d’Elvis de John Carpenter (1979) Avec : Kurt Russell, Shelley Winters… Édition : Showshank Films Durée : 2h48 Sortie : 7 août


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MÉDIATHÈQUE Xavier giaNnoli

« À l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité », prédisait Andy Warhol. Démonstration par l’absurde, Superstar propulse sous les projecteurs un quidam qui clame sa seule aspiration, l’anonymat. XAVIER GIANNOLI, cinéaste des Corps impatients et de Quand j’étais chanteur, décrypte cette plongée dans une bouffée délirante. Entretien référencé. _Par Claude Garcia

Un homme dans la foule d’Elia Kazan (1957)

Kad Merad a le physique de l’emploi pour jouer Martin, anonyme porté aux nues puis traqué sans raison… Je l’ai rencontré en 1993 lors d’un stage dans un magazine : sur un tournage, un type un peu gros faisait rire tout le monde, c’était lui. Il a joué dans mon court métrage Terre sainte, hommage maladroit de jeune cinéphile exalté

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à Alphaville de Godard. Nous sommes restés amis, ensuite il a joué dans de grosses comédies populaires. Je connais sa présence étonnante, sa fragilité, son émotion. Si le titre n’avait pas été pris par le film de Kazan, le mien se serait appelé Un homme dans la foule. En contrepoint, vous retrouvez Cécile de France après Quand j’étais chanteur, en journaliste télé… Elle dégage une émotion sans complaisance ennuyeuse, elle fait des choix de films intéressants. Je ne veux pas réduire mes personnages féminins à des problèmes de cœur, d’enfants ou de parents, je trouve cela accablant dans le cinéma contemporain. Il faut sortir de ces ­clichés formatés.

Illusions perdues d’Honoré de Balzac (1843)

Ce personnage broyé par la télévision rappelle de loin la trajectoire de Lucien de Rubempré dans les Illusions perdues de Balzac… C’est le roman que je finirai par adapter quand j’en aurai les moyens, c’est la source lumineuse de ce que j’écris, on y trouve la marchandisation de l’esprit et la question du sens.

La Métamorphose de Franz Kafka (1915), Synecdoche, New York de Charlie Kaufman (2008)

Le postulat absurde du scénario était-il un défi à l’écriture ? C’est ce qui m’intéresse, je ne peux pas écrire une histoire si je ne me dis pas « On ne va pas


©Wild Bunch

MÉDIATHÈQUE y croire ». C’était pareil avec mon précédent film, À l’origine (sur un imposteur – ndlr). Sinon, on n’a pas besoin du cinéma. Du livre de Serge Joncour que j’ai adapté ici, L’Idole, je n’ai gardé que le postulat de départ, en pensant à La Métamorphose de Kafka et à ce vertige existentiel. Il y a une part aveugle, le personnage finit même par s’accuser, le chaos se déplace. Comme chez Charlie Kaufman (Synecdoche, New York), il y a une part de folie, un sentiment d’insécurité, mais je ne voulais pas seulement faire une satire sociale, cela m’ennuyait. Je voulais parler de ce que je ressens de l’époque dans laquelle je vis. La célébrité est un sujet plouc, je trouve ça ridicule : la modernité ici est que Martin est une figure du refus, qui dit « Je ne veux pas faire partie de ce système ni me compromettre avec ces valeurs-là, je n’adhère pas à ces délires médiatiques ». C’est une figure de la dignité et de l’honnêteté, mais on ne lui donne pas le choix, d’où ce labyrinthe.

Network de Sidney Lumet (1976), La Valse des pantins de Martin Scorsese (1983), The Truman Show de Peter Weir (1998)

Comment faire pour que les images télévisuelles ne cannibalisent pas le film ? J’ai d’abord fait une longue enquête sur les plateaux de télévision, c’est l’un des moments du cinéma que je préfère. Je me suis demandé ce qu’il y avait à conquérir dans un tel espace.

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Je suis lassé des films qui n’explorent que des lieux déjà vus au cinéma. J’ai bien sûr pensé à Network de Lumet et à L’Homme de la rue de Frank Capra. Je voulais que le plateau n’ait pas les tics de son époque, sinon le film aurait vieilli avec elle, alors je me suis inspiré de décors japonais. Le film est une plongée éprouvante dans le cycle de l’information et de la violence médiatique… J’ai travaillé le montage dans ce but, avec la figure de l’emballement. L’univers médiatique est devenu effroyablement régressif, on nous ramène à des pulsions que les publicitaires et les chaînes exacerbent : le voyeurisme, le désir sexuel. Mais dans The Truman Show, par exemple, la scène où la barque de Jim Carrey rentre dans le ciel est belle comme du Fellini, c’est un moment de cinéma invraisemblable. La Valse des pantins de Scorsese est moins sur les médias que sur la folie d’un homme, mais c’est aussi cela qui m’intéresse. L’univers que je décris est un monde de suiveurs, il y a une servilité de meute. C’est une mise en échec de l’intelligence, quelque chose de notre monde se joue dans ces univers-là. La figure de la modernité, c’est le vide. ♦ Superstar de Xavier Giannoli Avec : Kad Merad, Cécile de France Distribution : Wild Bunch Durée : 1h52 Sor tie : 29 août


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©RDA

DVDTHÈQUE Chloë Sevigny et Kate Beckinsale

CES ANNÉES-LÀ

Son prochain film, Damsels in Distress, est toujours attendu en France, mais la ressortie en DVD des Derniers Jours du disco, une comédie mi-eighties, mi-génération X sortie en 1998, rappelle le cinéaste américain WHIT STILLMAN (Metropolitan) à notre mémoire. _Par Sophia Collet

Il ne faut pas s’y tromper, Les Derniers Jours du disco est moins un film sur la fin du disco en tant que mouvement musical, avec sa vision de la fête pleine d’hubris, qu’une comédie générationnelle qui invente un pont entre le New York du disco et celui des yuppies et de la génération X des années 1990, entre La Fièvre du samedi soir de John Badham et Singles de Cameron Crowe. En ce sens, il précède la démarche d’Adventureland de Greg Mottola (2009) dans sa manière de mythifier un instant perdu et éphémère, de le faire valoir comme madeleine pour cette génération et comme modèle pour une nouvelle. Mais le film est plus amer et fait aussi le constat d’un échec, avec cette idée que le ver est toujours dans le fruit. Cette humeur un peu dépitée s’organise autour de la blonde Alice (Chloë Sevigny) et de la brune Charlotte (Kate Beckinsale), deux jeunes 76

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diplômées ayant décroché leur premier job dans l’édition, à la fois ambitieuses qui se serrent les coudes et rivales. Une bande issue du club disco qu’elles fréquentent s’agrège autour d’elles au gré de leurs atermoiements amoureux. Portrait de groupe singulier par ses permutations incessantes qui disent une époque où chacun aspire coûte que coûte à une vaste communauté – parfois au détriment de l’authenticité –, le film est porté par une logorrhée qui cherche en permanence un sens aux choses : si Alice boit du Coca, c’est forcément qu’elle est sous antibiotique, donc qu’elle a une MST ; qu’est-ce qu’être un yuppie ? ; Des est-il gay, ou est-ce un subterfuge de cœur d’artichaut ?… Ce magma de paroles est le ciment fragile du groupe, et il ne s’agit en aucun cas de voir dans Les Derniers Jours… la puissance existentialiste des Nuits de la pleine lune. Il dessine plutôt un antagonisme entre idéalistes et opportunistes, instillé par les bisbilles entre filles, au cœur de l’amertume du film : l’idée assez sombre, postsida, de l’inéluctable labilité de toute communauté. C’est enfin une comédie d’apprentissage girly autour d’une Chloë Sevigny solaire, qui imposait un personnage de blonde éthérée l’année même où Sofia Coppola triomphait avec Virgin Suicides. Ici, la sex quest de la blonde virginale, tout comme celle de Jesse Eisenberg en geek d’Adventureland, a l’effet d’une page blanche sur laquelle s’imprime la synthèse d’une époque. Autour d’elle circule le désir et se ranime le disco, faisant des Derniers Jours… un film de fête et de danse réussi. ♦ Les Derniers Jours du disco de Whit Stillman Avec : Chloë Sevigny, Kate Beckinsale… Édition : Warner Bros. Durée : 1h53 Sor tie : 17 juillet


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FILMS POUR L’ÉTÉ La sélection de la rédaction

LA DERNIÈRE PISTE

LA PORTE DU DIABLE

OBSESSION

de Kelly Reichardt (StudioCanal)

de Brian De Palma (Wild Side)

d’Anthony Mann (Wild Side)

Partez dans l’Ouest cet été avec La Dernière Piste, film de survie écrasé par la lumière et western désaxé sur les traces d’un convoi de pionniers égarés au XIXe siècle dans le désert de l’Oregon. Protégée de Todd Haynes, Kelly Reichardt suit depuis quatre films la voie d’un cinéma pastoral minimaliste. Michelle Williams, déjà héroïne routarde de Wendy et Lucy, s’y épuise et s’affirme dans l’appropriation des espaces sauvages. D’une rare modestie, ce cinéma, placé sous l’égide de Terrence Malick, fait de l’Oregon (déjà à l’honneur dans Old Joy) le dernier territoire du lyrisme américain.

Tourné en 1976, entre Phantom of the Paradise et Carrie, Obsession illustre bien celles de son auteur, thématiques (famille éclatée, enfant vengeur) et formelles (image en mouvement permanent, embuée ici par un halo kitsch à souhait). Un businessman perd femme et fille dans un kidnapping qui tourne au drame. Quinze ans plus tard, il rencontre le parfait sosie de sa défunte épouse et, entre espoir et fascination mortifère, projette de l’épouser. Variation revendiquée sur le Vertigo de Hitchcock, le film déploie une belle réflexion sur le mécanisme de reproduction, dans l’art comme dans la vie.

Venu du film noir, Anthony Mann se lance en 1950 dans le western avec La Porte du diable, œuvre sombre et élégiaque à redécouvrir. Son héros est un Indien revenu décoré de la guerre de Sécession, qui tente de vivre en paix parmi les pionniers de l’Ouest et d’investir les terres qu’il est en droit de posséder, mais doit faire face au racisme d’un notable fraîchement nommé à l’allure de croque-mort. Robert Taylor, acteur surnommé « l’homme au profil de rêve » mais injustement oublié, incarne l’héroïsme indien, point de vue rare qui permet de dire l’horreur de la persécution par les wasps.

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DANS LA PEAU D’UNE BLONDE

SCHIZOPHRENIA de Gerald Kargl (Carlotta Films)

DETENTION

de Joseph Kahn (Sony Pictures Entertainment)

de Blake Edwards (Koba Films)

Longtemps invisible et néanmoins culte, loin du simple film de genre, Schizophrenia, tourné en 1983, est une tentative esthétique choc : Gerald Kargl y adopte le point de vue d’un tueur fou, combinant à un monologue intérieur et une musique hypnotique venue des limbes la perspective d’un monde empli par la mort, minéral, mécanique. Sa force réside dans sa manière de coller au regard de l’esprit dément en conservant sa dimension grotesque et triviale, sa perception aveugle des choses, sans jouer la fascination, conférant ainsi une puissance rare à son récit comme à sa mise en scène.

Un publicitaire macho, assassiné dans un jacuzzi par des maîtresses éconduites, se réincarne, ultime châtiment, en femme dans ce Blake Edwards tardif (1991), post-âge d’or des farces burlesques (La Panthère rose, La Party). Comédie de mœurs et du travestissement forte en gueule, Switch (en V.O.) trouve en l’extravagante Ellen Barkin, vulgaire et badass, une incarnation de cet indécrottable salaud piégé dans un corps féminin inadapté. En sus de saillies rythmées par les suaves trémolos de Henry Mancini, le film réussit son exploration des stéréotypes sexués dans les nineties flamboyantes et polissonnes.

Précédé d’une excellente réputation acquise au fil des festivals, Detention sort directement en DVD chez nous. À mi-chemin entre l’horreur à tiroirs de Wes Craven, le délire référentiel de Tarantino et le teen movie façon Gregg Araki, le film de Joseph Kahn, banale histoire de lycéens pourchassés par un mystérieux tueur en série, étonne et amuse. En poussant le « n’importe quoi » très loin et en offrant un divertissement régressif et joyeux, shooté aux boys bands et aux blockbusters des années 1990, Detention, condensé réussi de culture populaire et d’inattendu, a de quoi devenir culte.

_S.C.

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©Jason Franck Rothenberg

CDTHÈQUE SOURCE LUMINEUSE

Les DIRTY PROJECTORS font partie, aux côtés de Sufjan Stevens, d’Animal Collective ou de Deerhoof, de ces groupes qui rénovent le rock américain, en déconstructions et reconstructions autant respectueuses de la tradition que soucieuses d’inventer de nouvelles formes. Portrait. _Par Wilfried Paris

Menés par le chanteur-compositeur David Longstreth, les Dirty Projectors de New York ont marié indie rock et musique de chambre (The Getty Address, 2005), hardcore et guitares d’Afrique de l’Ouest (Rise Above, 2007), puis ont exploré les complexes techniques vocales contrapontiques au service d’emphatiques pop songs (Bitte Orca, 2009). Le groupe a aussi collaboré avec The Roots, David Byrne et Björk. Entourées par une section rythmique très soul et par deux musiciennes-choristes angéliques, les acrobaties guitaristiques de Longstreth empruntent autant à Ali Farka Touré qu’à Jimmy Page, et sa voix monte en falsetto à hauteur de Tim Buckley et sur les traces sinueuses de Mayo Thompson (The Red Crayola). Intel­ lectuelle et formaliste, mais aussi physique et émotionnelle, la musique des Dirty Projectors 78

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gagne en pureté et en grâce avec Swing Lo Magellan, nouvel album qui fait la part belle aux chansons, en toute simplicité, comme le con­fi rme Longstreth : « Mes chansons jouent souvent avec l’idée de dialectique, la réunion de deux pôles antagonistes de laquelle émerge un troisième terme, qui fait passer le tout à un niveau supérieur. Cependant, cet album est moins synthétique et cérébral que venant directement du cœur. Je l’ai composé de la manière la plus spontanée possible. » Ces douze chansons, moins math rock que gospel folk, concentrent les qualités d’écriture de Longstreth, déclarations d’amour (Impregnable Question), complaintes suicidaires (Gun Has No Trigger), hymnes explosifs (Offspring Are Blank, Unto Caesar), se concluant sur une sub­ lime ballade lennonienne, Irresponsible Tune, où le chant d’un oiseau, « irresponsable », semble répondre aux questions qui hantent le disque : « L’album parle des choix que l’on fait dans la vie : quelles sont les conséquences de vos actions ? Mais je ne me sens pas meilleur que ceux à qui je pose cette question. Je me la pose aussi à moi-même. » On croit encore entendre la réponse au milieu de Dance for You, quand, après un couplet, une envolée de cordes survient comme une épiphanie mystique sur le dancefloor, « dans la langue de Gyptian et Ligeti », suggère Longstreth. « Oui, la réponse est peut-être dans la résolution de cet étrange accord. Mais peut-être aussi que ce passage orchestral n’est qu’une distraction. Parfois, il faut regar­der ailleurs pour résoudre un problème. Mais ce n’est pas prescriptif, c’est de la musique. » ♦ Swing Lo Magellan de Dirty Projectors Label : Domino Records Sortie : disponible


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ALBUMS POUR L’ÉTÉ La sélection de la rédaction

Life Is Good

de Nas (Def Jam/Universal)

The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars de David Bowie (EMI)

Quand sort The Rise and Fall…, aujourd’hui remasterisé, David Jones, 25 ans, n’est qu’un habile popeux. Rebaptisé Bowie, il se cherche et, en 1972, phago-citant le glam rock de T. Rex, se trouve dans cette fable où un drôle de zigue de mèche avec des aliens veut nous sauver de l’apocalypse. Avec cet alter ego qu’il zigouillera sur scène en 1973 et cette œuvre d’art totale au succès colossal, épousant sa folie, Bowie deviendra vraiment beau, oui : mutant condamné à se réinventer à coups de mégalométamorphoses pour tenter de succéder à lui-même. _Sylvain Fesson

Inconstant depuis God’s Son, Nas s’est fait ravir la couronne new-yorkaise par son rival, l’infatigable hit maker Jay-Z. Après quatre ans sans disque solo, marqués par son divorce avec Kelis (dont on voit la robe de mariage sur la pochette), Nas réussit son retour, modestement. Alors qu’on annonçait des stars comme Dr. Dre et Kanye West sur Life Is Good, l’auteur d’Illmatic a préféré recentrer ses rimes cinématographiques sur un son cohérent, ample et cuivré. Sans tube mais sans reproche, le « Parrain » regagne ainsi sa verve de conteur gangsta et sa science du flow en plan-séquence à la Brian De Palma. _É.V.

Joined Sometimes Unjoined de Rozi Plain (Talitres)

Vous avez dû entendre (aimer ?) Les plus beaux de Frànçois And The Atlas Moutains. Eh bien, Rozi Plain est une amie de ces Français. L’Anglaise, qui a fondé le label Cleaner, a déjà travaillé avec eux, mais aussi This Is The Kit, Sleeping States, Rachael Dadd – et ça s’entend sur son deuxième album. On y retrouve des sons analogues et ce joli petit monde. Pop swimming cool de pentes sablonneuses en hululements rêveurs, où l’on vaque nu-pieds, loin de toute prétention indé. Tout est healthy et elfique, communauté d’instruments et d’esprits. Comme une Épicure de rappel : easy, easy, carpe diem. _S.F.

China Man Vs China Girl

1 PUIS 2

Pleins et déliés de piano, chantéparlé, synthé eighties : on se croirait chez Tellier quand, après la « loverture » instrumentale High-Flying Melancholia, vient la Marquise. Mais non, on est chez Schoos. Patron de Freaksville Records, ce grand Belge a déjà collaboré avec Lio ou Jacques Duval. Boxant enfin en son nom, il parle d’amour et de violence, de « sexdualité » comme le grand Serge de Melody Nelson. Il le fait sans faute de gourou, avec une vista telle que Stereolab, Chrissie Hynde, Marie France se sont penchés sur ses morceaux. L’Angleterre a déroulé le tapis rouge. Bientôt la France ? _S.F.

Ce duo pop œuvre en autosuffisance totale, sans label, même indé, depuis la rencontre en 1998 de Julie Gasnier (textes, chant, guitares, basses, machines) et Daniel Valdenaire (guitares, basses, machines). Cause et conséquence : fruit d’un rythme où l’on ne se préoccupe que « de musique et de poésie », cette « acid pop » Goldfrappée de vocalises fascine tant elle semble ne devoir rien à personne sauf, peut-être, au Courage des oiseaux. Ce précieux matériel, dispo sur leur site et lors de rares live (avec JP Nataf, Holden…) ne se cache plus pour s’offrir : il cherche une distrib. Is there anybody out there? _S.F.

de Benjamin Schoos (Freaksville)

de LalaFactory (autoproduit)

E.P

de Lou Doillon (Barclay/Universal) C’est with a little help from her friend Daho que Lou Doillon extrait ces quatre titres d’un premier album prévu pour septembre. Et quels extraits ! Si Daho l’a poussée à concrétiser ce qu’elle grattouillait et chantonnait dans son coin et qu’elle profite d’un écrin pop soul de premier ordre ciselé par Zdar (mix), c’est par son réel talent qu’elle touche là où d’autres font plouf. Sa voix anglophone, ourlée, s’impose d’emblée avec le single ICU, écrit et composé par ses soins, qui ouvre et ferme (remix) l’objet comme un alter ego mélancolique qui colle à nos basques. Un classique. Vivement la suite. _S.F.

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BIBLIOTHÈQUE ©Pau Sanclemente

Tous les chapitres commencent par une recette de cocktail assortie d’une note explicative, ce qui fait de L’Affaire tequila le guide de cuisine le plus drôle du marché.

Polar bien frappé

Après Martini Shoot, le privé Sunny Pascal repart en mission à Acapulco. L’Affaire tequila, du Mexicain F. G. HAGHENBECK, est le roman-cocktail de l’été, à déguster avec une rondelle de citron. _Par Bernard Quiriny

Il a un gros penchant pour l’alcool et les jolies femmes, un talent inné pour s’attirer des ennuis, une dégaine de surfeur et un sens de l’humour insubmersible : c’est Sunny Pascal, le privé le plus cool du monde, héros de polar inventé par l’écrivain mexicain Francisco G. Haghenbeck en hommage aux classiques du roman noir (Raymond Chandler en tête), aux mythes de Hollywood et à l’esprit glamour des années 1960. Après un premier volet, Martini Shoot, dans lequel Sunny Pascal était chargé de sécuriser le tournage de La Nuit de l’iguane de John Huston, cette nouvelle aventure l’emmène à Acapulco, baie magique et pépite du tourisme mexicain depuis que le Président Miguel Alemán 80

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y a fait venir les stars du cinéma et les pontes de la mafia américaine. La mission de Sunny ? Veiller sur le grand Johnny Weissmuller et s’assurer qu’il fait bien sa promo au Festival international du film. Un job a priori tranquille, sauf que l’ex-vedette déchue de Tarzan est endettée jusqu’au cou et cultive des fréquentations louches. Les balles ne tardent pas à fuser autour de Sunny Pascal, qui trouvera sur sa route une valise d’un demi-million de dollars en liquide, des agents secrets castristes, toutes sortes de petites frappes mafieuses, des flics véreux et d’innombrables vedettes comme John Wayne, Ann-Margret (l’ex-Suédoise du roi Elvis) et Frank Sinatra himself… L’intrigue est alambiquée, mais on la sirote comme un daïquiri, en appréciant les nombreux clins d’œil à la mythologie des sixties (palaces, Cadillac et impérialisme à la ricaine) et les vannes incessantes de Sunny Pascal, qui conserve son sens de l’humour même quand il se fait tabasser (« Je crachotai du sang dans le sable, traçant des formes dignes d’un tableau d’art moderne. ») Comme dans Martini Shoot, Haghenbeck commence tous ses chapitres par une recette de cocktail assortie d’une note explicative, ce qui fait de L’Affaire tequila le guide de cuisine le plus drôle du marché. Un fil d’Ariane qui court aussi à travers Le Jour des morts, du même Haghenbeck, biographie romancée de Frida Kahlo qui prend prétexte des recettes de cuisine consignées par l’artiste dans un carnet noir disparu… À vous de voir si vous préférez l’épopée de l’égérie de Trotski ou celle de Weissmuller. Dans le second cas, mettez Sam Cooke ou Juan García Esquivel sur la platine et faites couler le martini : la première gorgée, couplée à la première page, devrait être inoubliable. Comme le dit Sunny Pascal, « on sait bien que rien ne vaut la première fois, sauf au lit. » ♦ L’affaire tequila de F. G. Haghenbeck Traduit de l’espagnol (Mexique) par Juliette Ponce Édition : Denoël Genre : roman Sortie : disponible Le Jour des morts de F. G. Haghenbeck Traduit de l’espagnol (Mexique) par Albert Bensoussan Édition : L’Herne Genre : roman biographique Sortie : disponible


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LIVRES POUR L’ÉTÉ La sélection de la rédaction _Par B.Q.

Féroces infirmes – Retour des pays chauds de Tom Robbins (Gallmeister, « Totem »)

Paru en 2001, ce pavé tarabiscoté reste l’un des meilleurs livres du pape de la contre-culture américaine. Switters, un agent de la CIA incompétent, est envoyé en mission en Amazonie. Là, un sorcier égyptocéphale (il a la tête pyramidale) lui lance un sort absurde qui l’empêche de poser le pied par terre. C’est donc sur échasses ou en fauteuil roulant que Switters poursuit ses aventures et rencontres désopilantes (dont une nonne sodomite). Même sans être fan de burlesque, on est pris par l’énergie torrentielle de ce cartoon exubérant, quelque part entre Indiana Jones, Tom Sharpe et Tex Avery.

Enquête sur la disparition d’Émilie Brunet d’Antoine Bello (Gallimard, « Folio ») Après Les Falsificateurs, roman virtuose sur la supercherie et la réécriture de l’histoire, Antoine Bello revient au roman policier façon Agatha Christie, où l’art de la déduction se transforme en jeu cérébral. Voici Achille Dunot, détective chargé par la police d’éclaircir la disparition de la riche héritière Émilie Brunet. Mais il est atteint d’« amnésie antérograde », se réveillant chaque matin en ayant oublié les événements de la veille. Une idée narrative géniale sur laquelle Bello construit une partie de poker pleine de mises en abyme et de commentaires sur le genre policier. Jubilatoire.

Oscar Wilde

de Philippe Jullian (Bartillat, « Omnia ») Ce ne sont pas les biographies de Wilde qui manquent, mais celle-ci vaut le détour : romancier, spécialiste de l’Art nouveau, Philippe Jullian faisait en 1967 le tour de la question dans un style nuancé et ironique, décrivant non seulement la vie de l’auteur du Portrait de Dorian Gray mais aussi la société londonienne et les arcanes de l’esthétisme, « ce mouvement qui a secoué le conformisme victorien ». Foisonnant de références et de mises en perspective, ce livre à mille lieues des habituelles compilations d’aphorismes et de chroniques scandaleuses reste une référence sur le sujet.

La Ligne de force

de Pierre Herbart (Gallimard, « Folio ») Figure de la vie intellectuelle du siècle dernier, Pierre Herbart reste associé à Gide et au fameux voyage en U.R.S.S. de 1936. Paru en 1958, La Ligne de force revient sur trois expériences : l’Indochine, l’U.R.S.S. et la guerre d’Espagne. Plus qu’une introspection, c’est un récit de souvenirs vivant et cruel, bourré de pages saisissantes sur la misère du prolétariat russe et le délire kafkaïen de la bureaucratie communiste. Son témoignage s’achève sur des lignes poignantes où l’écœurement se mélange à l’humour noir : « Je ne saurais trop conseiller aux autres de perdre moins de temps que moi. »

Le Japon n’existe pas

d’Alberto Torres-Blandina (Métailié, « Suites ») Ce premier roman ressemblerait à un recueil de nouvelles si ses histoires n’étaient pas reliées par un astucieux réseau de renvois et d’allusions… Le narrateur, balayeur dans un aéroport, regarde les voyageurs en transit et leur raconte les anecdotes récoltées au fil des ans. Au-delà du charme de ses micro-récits, ce petit livre ludique vaut surtout pour son jeu sur l’identité et l’imposture, avec des personnages qui changent de nom ou perdent la mémoire, et pour son ode aux voyages immobiles : « On peut voyager de bien des manières. D’une idée à l’autre. De livre en livre. D’une femme à une autre… »

Michael Jackson

de Pierric Bailly (Gallimard, « Folio ») Ça commence un peu comme une comédie de la vie estudiantine, celle de Luc, Jurassien débarqué à Montpellier pour des études d’arts du spectacle, amateur de fêtes, de grasses matinées et de vidéos X. Amoureux de Maud, aussi, qui le « consume de l’intérieur »… Mais Michael Jackson est en fait un roman piégé, avec une chronologie qui glisse comme dans un film de Lynch et trois parties décalées où les héros sont à la fois identiques et différents. En résulte un récit bizarre et inclassable, une vraie expérience de lecture dont l’ampleur et l’ambition se découvrent au fil des pages. Épatant.

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BDTHÈQUE Little Big Man

Ça fait bientôt vingt ans que Titeuf a 10 ans. Pourtant, il vieillit, à l’image de son créateur ZEP qui, après un silence de quatre ans, fait évoluer l’écolier blondinet sur la route de la maturité. _Par Stéphane Beaujean

« Je ne m’en suis pas rendu compte, ce sont les fans qui me l’ont signalé », déclare Zep à propos du vingtième anni­ versaire de sa bande dessinée Titeuf. En 1992, le jeune auteur suisse donne un coup de pied dans la fourmilière : « J’étais écœuré par le côté passéiste de la bande dessinée des années 1990, figée dans sa peinture sociale et son vocabulaire, explique-t-il. Toutes les autres formes d’art avaient évolué, sauf nous. » Ainsi naît Titeuf, blondinet dont la longue mèche érigée évoque un Tintin nouvelle génération. Son regard tendrement transgressif secoue les mentalités un brin réac de l’école franco-belge sur l’enfance et la sexualité. Le succès met deux ou trois albums à surgir, et soudain, c’est le raz de marée. Vingt ans plus tard, Titeuf est le seul héros moderne à pouvoir se prévaloir d’être un « classique de l’enfance » au même titre que les grands de l’âge d’or que sont Astérix, Gaston ou Spirou.

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Mais après quatre ans d’absence, Titeuf est-il toujours le même ? Oui et non. « Ma vision de l’enfance change avec le temps, et le personnage évolue avec moi. Mais il ne vieillit pas. » Ainsi Titeuf a-t-il perdu du caractère transgressif qui a fait sa réputation ; désormais, les histoires gentiment coquines laissent place aux sentiments, et le jeune écolier revient avec de gros problèmes de cœur : il s’apprête à quitter son amoureuse de toujours, la farouche Nadia, pour une jeune réfugiée politique nouvellement débarquée à l’école. « Je voulais une fille à la silhouette haute, d’un pays en guerre, qui fascine Titeuf par son expérience, reprend Zep. Qu’il ait une prise de conscience, un éveil à la maturité, à la curiosité, puis au désir d’intégrer ce passé traumatique. » Coté narration, le système du gag en une planche est toujours de rigueur, même s’il connaît un écart en ouverture de volume avec un cauchemar de plusieurs pages. Et la lecture le confirme : la série touche un point charnière dans son écriture. L’humanisme et la tendresse de Zep, palpables en permanence derrière la moindre ligne de son dessin communicatif, rehausse des péripéties désormais plus émouvantes qu’hilarantes. « L’époque et la bande dessinée ont changé, précise l’auteur. Titeuf se pose aujourd’hui probablement plus de questions citoyennes, comme moi. » Cette légère rupture de ton fait d’À la folie un album qui divisera les fans de la première heure, comme divisent forcément à un point de leur parcours toutes les grandes sagas prenant le parti de se renouveler. ♦ Titeuf, volume 13 – À la folie de Zep Édition : Glénat Sor tie : 30 août


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bD POUR L’Été La sélection de la rédaction _Par S.B.

Tales from the Crypt – Tome 1

collectif (Akileos) Ce grand classique de la bande dessinée d’horreur américaine, connu en France par le biais de son adaptation télévisée Les Contes de la crypte, a vu défiler dans ses pages la plupart des grands maîtres du dessin noir et blanc. D’une beauté hypnotique, mêlant effroi et naïveté, les nouvelles égrènent les angoisses de l’Amérique des fifties. Si la maison d’édition EC Comics fit faillite sous la pression de la censure, ses séries cauchemardesques continuèrent d’influencer des générations d’artistes. On regrette l’absence de biographies et autres suppléments historiques pour compléter cette géniale réédition.

Kingdom Come d’Alex Ross et Mark Waid (Urban Comics)

Les comics d’Alex Ross s’inspirent du naturaliste américain Norman Rockwell. Superman, Wonder Woman et Batman y sont ainsi représentés tels des dieux mélancoliques et impuissants, égarés au cœur de grandes terres agricoles ou de mégalopoles en perdition. Porté par un souffle épique unique et de grands thèmes moraux, Kindgom Come est une œuvre désenchantée, habitée par l’absence de Dieu et la dévotion pour la figure du superhéros, substitut au divin. À noter que cette réédition exceptionnelle enterre toutes les précédentes par sa qualité d’impression et ses suppléments d’une richesse inouïe.

Les Incidents de la nuit – Intégrale 1 de David B. (L’Association)

L’écriture de David B. est toujours imprégnée de ses rêves et de ses cauchemars, comme chez Robert Louis Stevenson, avec qui il partage le goût de l’aventure et de l’exotisme. Cette intégrale luxueuse de ses premiers récits oniriques permet de redécouvrir une esthétique unique, contrastée à l’extrême, et un monde grand-guignolesque peuplé de créatures composites. Les emprunts aux mythologies orientales, à la littérature et à l’histoire viennent enrichir ces fables aux échos intimes. Bien qu’anciens, ces Incidents… marquent probablement, avec L’Ascension du Haut Mal, l’acmé de son œuvre.

Les Jumeaux

de Jung-Hyoun Lee (Frémok) Cette suite de nouvelles muettes et mystérieuses, obsédées par le motif du double et le sentiment de l’absence, est portée par une licence d’un ordre hypnotique. Jouant de la dimension charnelle des effets de matières, d’emboîtements de cases d’une fermeté à la fois élémentaire et mûrement réfléchie, ces courts poèmes graphiques d’une artiste coréenne (membre du génial groupe alternatif Sai Comics) plongent invariablement dans une mélancolie contemplative. Et par leur silence lancinant, à décrypter, ils invitent à prendre le temps de mesurer les relations qui unissent les personnages.

Powers – Tome 8

de Brian Michael Bendis et Michael Avon Oeming (Panini Comics) Voilà probablement la meilleure série de Brian Michael Bendis, luimême l’un des meilleurs scénaristes américains en exercice aujourd’hui. Destinée aux adultes, cette saga sur une Amérique ébranlée par le meurtre d’une superhéroïne adulée permet de développer une écriture complètement libre, d’une audace et d’une inventivité éclatantes. Peu à peu, les mystères qui entourent les personnages principaux, deux inspecteurs de police en charge des crimes liés aux superpouvoirs, se dissipent et ouvrent des pistes à même d’éclaircir le fonctionnement de leur civilisation (et, par écho, de la nôtre).

Castilla Drive d’Anthony Pastor (L’An 2)

Anthony Pastor poursuit son exploration des atmosphères étatsuniennes. Chaque nouvel album est l’occasion de rejouer les partitions du roman noir, de flatter ses stéréotypes et ses codes, avec ce petit décalage de la culture française. Or, ce qui fait le génie de Pastor, c’est précisément la subtilité très maîtrisée de ce décalage. Dans cette histoire, une femme dont le mari, détective privé, a disparu depuis quelques années, se retrouve happée dans une enquête au côté d’un homme blessé, dont elle commence à s’enticher. Petit bijou de lecture, Castilla Drive est même un peu trop court.

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©Warner Interactive Entertainment

ludoTHÈQUE Zone 51

Jeu d’action délirant, Lollipop Chainsaw est aussi l’occasion de redécouvrir l’esprit surréaliste de Grasshopper Manufacture. Retour sur un studio hors normes et sur deux de ses piliers : SUDA 51 et AKIRA YAMAOKA. _Par Yann François

« Je sais ce que vous allez me dire : travailler avec Suda Goichi, c’est travailler avec un fou. Vous n’avez pas tort : Suda est l’homme le plus tordu que je connaisse ! » Même dans le cadre très officiel d’une interview, Akira Yamaoka, l’un des plus illustres compositeurs du jeu vidéo (Silent Hill, c’est lui) ne s’embarrasse d’aucune langue de bois sur son nouveau patron. C’est que Suda Goichi (alias Suda 51), game designer excentrique et visionnaire, peut se vanter d’être à la tête de l’un des derniers bastions nippons de créativité, Grasshopper Manufacture, fondé en 1998. En 2005, Killer 7, chef-d’œuvre halluciné, dépose un brevet sans précédent : recyclage des cultures pop, mise en abyme du jeu vidéo, concentré d’absurdités et de fulgurances trash. Fort de ce premier succès, le studio réitère avec No More Heroes, odyssée sanglante d’un tueur geek à sabre laser, puis Shadows of the Damned et sa descente aux enfers d’un pistolero comme sorti d’un grindhouse à la Tarantino. Suda 51 impose sa marque de fabrique avec ces OJNI

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échappés d’un cerveau malade, aussi insensés que réfléchis. « Bien évidemment, la folie est un critère d’embauche chez Grasshopper, nous confie Yamaoka. Mais elle reste mesurée. Se complaire dans son délire sans penser au joueur, c’est aller droit dans le mur. Suda est taré, mais pas suicidaire, il reste chef d’entreprise et joueur avant tout. » Cette année, riche en nouveautés Grasshopper, aura confirmé cette obsession de qualité derrière la bouffonnerie. Les sorties de Sine Mora, hallucinant shoot’em up à l’ancienne, et de Diabolical Pitch, rare expérience jouissive sur Kinect, en furent les premières preuves ; Lollipop Chainsaw, tout juste paru, en est la confirmation. Nous plaçant aux commandes d’une pom-pom girl experte dans le génocide de zombies à la tronçonneuse, le soft ravive avec panache le beat’em all, transcendé par les volutes pop de Yamaoka. « J’ai toujours pensé que la musique devait être aussi créative que le gameplay. Voilà pourquoi j’aime travailler avec Suda 51. Chaque jeu est un moyen de faire tomber une barrière supplémentaire, c’est presque politique. ». Sous ses airs de friandise écervelée, Lollipop Chainsaw pourfend plus de stéréotypes (sur le teen movie, sur les héroïnes bimbos) qu’il n’en charrie. Véritable anomalie dans une industrie aseptisée, il se dresse en rempart rageur contre toute forme de bienséance. Que les princes du bon goût y songent avant de s’y aven­t urer : ils risquent bien d’y perdre leur décence. ♦ Lollipop Chainsaw (Warner Interactive) Genre : action Développeur : Grasshopper Manufacture Plateforme : PS3, X360 Sortie : disponible


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jeux POUR l’été La sélection de la rédaction _Par Y.F.

Gravity Rush (Sony/Team Siren, sur PS Vita) À la croisée des styles de Mœbius et Miyazaki, Gravity Rush n’est pas uniquement un enchantement absolu. Son génie tient à une seule idée de gameplay : le pouvoir gravitationnel de son héroïne, soit la liberté de s’envoler à l’envi ou de marcher sur les murs d’une ville elle-même en apesanteur. Le plaisir de déambulation urbaine, qui fait l’essence de tout bon GTA-like, est ici décuplé, et chaque mouvement devient un pur vertige acrobatique. Spectacle sidérant en flux tendu, Gravity Rush prend sans mal la place de chef-d’œuvre poétique d’une console portable qui en manquait cruellement.

Civilization V – Gods and Kings (2K Games/Firaxis, sur PC)

Le cinquième Civilization, bien qu’exceptionnel, avait clairement divisé sa communauté de joueurs, avec pour point de rupture le retrait de certains principes supposés intouchables. Clairement là pour apaiser les esprits, cette extension n’en reste pas moins une plus-value de taille : non seulement la religion et l’espionnage font leur grand retour pour pervertir les élans humanistes, mais les nouvelles civilisations (Mayas, Carthage…) et les scénarii supplémentaires ravivent notre addiction. Que ceux qui ne partent pas en vacances se réjouissent, Sid Meier a trouvé de quoi vous occuper pour les mois à venir.

Starhawk

(Sony/Lightbox Interactive, sur PS3) Et si le mythe de la Nouvelle Frontière se rejouait dans l’espace ? À partir de ce pari, Starhawk se fait l’apôtre d’une colonisation spatiale digne d’un western lyrique. En proposant un trio de gameplay (action, stratégie, gestion) parfaitement équilibré, le soft laisse entière latitude au joueur pour construire sa base in situ (pas de vue aérienne) et organiser sa défense contre des vagues d’envahisseurs. Si son mode solo s’expédie comme un long tutoriel, Starhawk prend tout son sens en multijoueur, où ses originalités d’interaction réservent bon nombre de morceaux de bravoure à plusieurs.

Akai Katana

(Rising Star Games/ Cave, sur X360) Tout puriste biberonné aux shmups (comprendre : shoot’em up) pourra disserter pendant des heures sur la puissance conceptuelle d’Akai Katana. Mais tout n’est pas perdu pour le néophyte, qui trouvera dans cette adaptation d’un classique d’arcade l’occasion parfaite de s’initier aux jeux de Cave, studio mythique dont la philosophie semble gravée dans le pixel : le gameplay, rien que le gameplay. Jeu de tir aussi dense qu’élégant, Akai Katana demande certes une abnégation aussi martiale que technique. Mais pour celui qui accepte le challenge, tout progrès sonnera comme une consécration ultime.

Lego Batman 2 – DC Super Heroes (Wadjet Eye Games, sur PC)

(Warner Bros./ Traveller’s Tales, sur PS3, X360, PC, Wii, 3DS et PS Vita)

Il fallait un sacré courage à ce petit studio indépendant pour oser la résurrection du point’n’click, genre éteint en même temps que l’âge d’or du jeu PC. Le pari est réussi tant sur la forme, le jeu ravivant avec classe la chatoyance du pixel art, que sur le fond. Modèle d’écriture, Resonance est de ces madeleines proustiennes qui ne cèdent jamais à la prosternation passéiste, mais bien à la refonte de leur genre. Que les amoureux de Day of the Tentacle et de Monkey Island se rassurent : les actions absurdes (mettre un bris de glace dans un journal ?!) sont de retour et n’ont rien perdu de leur charme.

La perspective de devoir passer tout l’été à surveiller ses petits frères et cousins devrait se bonifier au contact de cette réappropriation de l’univers de Batman, sûrement la meilleure de la licence Lego. Non seulement son principe décalé fait se télescoper la noirceur gothico-urbaine du justicier (ici en compétition acharnée avec Superman) et la pudibonderie habituelle du jeu pour enfants, mais Lego Batman 2 reste avant tout un excellent amalgame d’action et d’énigme, qui mise intelligemment sur une coopération à deux en écran splitté, dans une maquette de Gotham digne du meilleur Legoland.

Resonance

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LE GUIDE

SORTIES EN VILLE CONCERTS EXPOS SPECTACLES RESTOS

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©sony music entertainment fr

©Laurent Grasso-ADAGP Paris 2012

©Eveline Vanassche

F o l K - H i p - h o p / GAST R ONOMIE - A R T C ONTEM P O R AIN / T H E ÂT R E / LE C H EF

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SORTIES EN SALLES CINÉMA du mercredi 11 juillet au mardi 4 septembre

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©SimonGallus

SORTIES EN VILLE CONCERTS

CINÉ CURE FOL K SYMPHONIQ UE Get Well Soon, le 24 août à Rock en Seine, au domaine national de Saint-Cloud, Saint-Cloud (92), w w w.rockenseine.com The Scarlet Beast O’Seven Heads (Cit y Slang, 27 août)

De passage à Rock en Seine, le multi-instrumentiste allemand GET WELL SOON défen­dra son très cinématographique troisième album en compagnie de cinquante musiciens. _Par Éric Vernay

Konstantin Gropper, alias Get Well Soon, va-t-il mieux ? La boutade est facile, certes, mais à l’écoute des deux premiers opus de l’Allemand quasi-trentenaire, traversés par un romantisme pour le moins torturé, elle s’impose. « Mon dernier album (Vexations, 2010 – ndlr) était sérieux, sombre, et je me suis dit “Pourquoi continuer dans cette direction, alors que le monde va de plus en plus mal ?”, confie-t-il. L’autodérision m’a paru un bon moyen de m’extraire de cette pesanteur. On ne peut pas se plaindre constamment. » Le titre de ce troisième disque, The Scarlet Beast O’ Seven Heads, qui fait à la fois référence à l’Apocalypse de la Bible et au cinéma bis italien, résume bien cette volonté, nouvelle pour le songwriter, de prendre de la distance avec 88

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son spleen. Toujours aussi habile à créer des atmosphères orageuses, écrins mouvementés pour ses symphonies lyriques, Gropper adjoint humour et collages à double détente à sa formule (éprouvée) d’ombrageux poète-orchestre : au beau milieu d’un maelström de timbales, trompettes et glockenspiel pullulent désormais les références cinéphiles. Parce qu’il admire les héroïnes perturbées d’Alfred Hitchcock, combattant comme lui contre leurs démons, Get Well Soon cite un dialogue de Pas de printemps pour Marnie. Ailleurs, il rend hommage à Dario Argento, aux westerns allemands (« Oui, ça existe ! ») et consacre une chanson entière à Roland Emmerich, le spécialiste du film catastrophe (Le Jour d’après, 2012) : « Je n’aime pas réellement ses films, mais à chaque fois, j’ai malgré tout envie de les voir. C’est un personnage vraiment bizarre, une sorte d’écologiste très premier degré. Dans le fond, il a raison, mais peut-être qu’il l’exprime mal ! » Accompagné de l’Orchestre national d’Île-de-France à Rock en Seine, Gropper compte bien, lui aussi, faire trembler la terre. ♦


DR

The Pharcyde le 16 juillet au Nouveau Casino

L’AGENDA

_Par É.V., S.F. et W.P.

The Pharcyde

Figures majeures du rap positif des nineties avec De La Soul et A Tribe Called Quest, les fantaisistes californiens de The Pharcyde réaniment l’âge d’or avec leurs classiques Drop et Runnin’. Le 16 juillet au Nouveau Casino, 19h30, 27,50 € Festival Colors music estival

Peaches (DJ show) + Jessie Evans + guests L’electro punk de Peaches, la house de Clara Moto, le saxo de Jessie Evans, les performances (burlesques) de Louise de Ville et (arty) de House of Drama : cette soirée « Sin Fronteras » porte bien son nom. Le 20 Juillet au Cabaret sauvage, 22h30, 25 € Festival Sin Fronteras

Nite Jewel Issue de la fratrie arty de Los Angeles (Ariel Pink, Julia Holter, Italians Do It Better), Ramona Gonzalez est passée sur One Second of Love de l’italo-disco DIY au R’n’B et à la pure pop eighties. Beauté glacée. Le 21 Juillet au Nouveau Casino, 19h30, 15,80 € Festival Colors music estival

Isaac Delusion En clôture du troisième Summer of loge, le groupe phare du jeune label français Cracki Records ravira les esgourdes avec son electro pop soul qui évoque Jimmy Sommerville autant que Nina Simone. Le 21 juillet à la Loge, 20h, entrée libre Festival Summer of Loge

Joan As Police Woman En trois albums, la violoniste new-yorkaise (collaboratrice de Lou Reed, Nick Cave, Antony And The Johnsons…) est devenue une grande soul singer, médusante en solo. Divine et dangereuse : on n’en attend pas moins. Le 29 juillet au Nouveau Casino, 19h30, 17,90 € Festival Colors music estival

Shabazz Palaces Premier groupe de rap à avoir signé sur Sub Pop, le mythique label des débuts du grunge (Nirvana, Mudhoney), les Shabazz Palaces de Seattle viendront défendre un premier LP fureteur et énigmatique. Le 7 août au Nouveau Casino, 19h30, 11,80 € Festival Colors music estival

Big K.R.I.T À même pas 26 ans, le MC et producteur du Mississippi proche de Curren$y part à la conquête des bacs avec un solide premier album de southern rap à l’ancienne, dans la lignée de ses mixtapes remarquées. Le 22 Août au Nouveau Casino, 19h30, 27,50 € Festival Colors music estival

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©Sony music entertainment

SORTIES EN VILLE CONCERTS

LOL hip-hop Hip -hop Odd Future, le 23 août au Trianon, 19h30, 25, 20 €

Après quelques échappées solos et un premier album officiel du crew au complet, les rappeurs d’ODD FUTURE reviennent terrasser le public français avec leurs rimes drôles et destroy. _Par Éric Vernay

Ils sont pour la plupart nés dans les années 1990, viennent de Los Angeles et pratiquent autant l’humour trash que le skate. Ce ne sont pas les héros du prochain film de Larry Clark mais les Odd Future Wolf Gang Kill Them All, une bande de kids surdoués rappant en indé « pour les négros des suburbs, pour les gamins qui ont des potes négros qui disent le n-word (« nigger » – ndlr), et pour ceux qui se sont fait traiter de chelou, pédé, salope ou nerd parce qu’ils étaient à fond dans le jazz, Kitty Cats (série d’animation des nineties avec des chatons – ndlr) ou Steven Spielberg ». Voilà résumé l’esprit Odd Future par Tyler, The Creator, le charismatique leader du crew rap le plus en vue du moment. Sur cette même chanson (Oldie, brillant 90

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morceau collectif issu de leur premier album officiel, The OF Tape, Vol. 2), on croise les flows dingos de Hodgy Beats, Left Brain et Domo Genesis – plus connus sous le blason MelloHype ou MellowHigh –, la voix magnétique du crooner R’n’B Frank Ocean ou encore les rimes complexes de l’enfant terrible Earl Sweatshirt. Âgé de 18 ans seulement, ce dernier revient tout juste d’un séjour thérapeutique sur les îles Samoa : envoyé là-bas par sa mère qui voulait l’éloigner des médocs et de ses camarades de déconne, il a passé un an dans une école pour ados « à problèmes ». Pendant ce temps, les OFWGKTA n’ont pas chômé, multipliant les live rocambolesques, avec stage diving sauvage, cagoules de commando et esprit punk revendiqué. Tyler a ainsi assuré une tournée complète avec une cheville fracturée… lors d’un concert. En 2011, un show télévisé chapoté par le « Wolf Gang » et les producteurs de « Jackass » a également vu le jour sous le nom de « Loiter Squad ». Potache et déjanté, le hiphop du « clan des glandeurs » compte déjà Kanye West, Lil Wayne et Method Man parmi ses fans. ♦


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©PLEIX

SORTIES EN VILLE EXPOS

Lazy Susan, installation vidéo, réalisation du collectif d’art numérique PLEIX, 2012

À LA BAGUETTE G a s t ronomie « Les Séductions du palais – Cuisiner et manger en Chine », jusqu’au 30 septembre au musée du quai Branly, w w w.quaibranly.fr

Jusqu’au 30 septembre, le musée du quai Branly retrace l’histoire de la cuisine chinoise, ses mets et ses différents ustensiles. Un raffinement tant plastique que ­gastronomique, placé sous le signe de la séduction. _Par Anne-Lou Vicente

Voici une exposition qui redonne une consistance historique à la cuisine chinoise à travers une rétrospective – depuis le néolithique (-7000) jusqu’au XXe siècle – de l’art de la table de l’Empire du Milieu et de ses saveurs. Aussi le « palais » est-il ici à entendre dans son acception anatomique mais également architecturale, tant cet art est intrinsèquement lié aux dynasties ayant traversé cette époque. La part belle est faite aux différents types de vaisselle – marmites, vases, bols, verseuses et autres plats en bronze, laque ou porcelaine – apparus et utilisés au fil du temps. On s’arrêtera volontiers sur une somptueuse gourde en porcelaine blanche, une série de bols impériaux, un étrange 92

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bol tripode à couvercle gaiwan en jade blanc ou encore une improbable théière chahu en étain en forme de canard, datant de la dynastie Qing. Mais la cuisine n’est pas seulement affaire de contenants, et l’exposition nous renseigne en parallèle sur l’évolution de la nourriture elle-même et sur son caractère sacré et créatif. Les Chinois ont en effet inventé l’alcool de céréales, les pâtes ou encore les huiles de friture végétales. Histoire de nous mettre doublement l’eau à la bouche, des recettes ponctuent çà et là le parcours… Foin de nems aux crevettes, rouleaux de printemps et autres raviolis vapeur : au menu, « Patte d’ours » – péché mignon du roi Zhou au XIe siècle av. J.-C. –, « Oie farcie rôtie dans l’agneau » ou « Dragon et Phénix sous le signe du bonheur » – remise au goût du jour, puisque l’un des ingrédients en est le… ketchup ! Pour clôturer en beauté ce voyage des yeux et des papilles, le collectif Pleix nous fait tourner la tête avec une vidéo mettant en scène des Lazy Susan, ces plateaux rotatifs que l’on trouve dans les restaurants chinois. De quoi nous ­inviter pour de bon à nous mettre à table. ♦


Sans titre, 1966 © Francisco da Silva – Photo André Morin

« Histoires de voir – Show and tell » à la Fondation Cartier

L’AGENDA

_Par Léa Chauvel-Lévy

« Daniel Richter – Voyage, voyage » « Voyage, voyage » : c’est bien la chanson de Desireless que le peintre quinqua Daniel Richter prend pour point de départ. Que l’on se rassure, ses huiles sur toile tiennent plus de l’expressionnisme de Munch que de l’esthétique ringarde des années 1980. Ses silhouettes colorées, à cheval entre des falaises imaginaires, voyagent divinement dans le vide. Jusqu’au 28 juillet à la galerie Thaddaeus-Ropac, w w w.ropac.net

« Louis Soutter – Le tremblement de la modernité » À travers un hommage déchirant, la Maison rouge réhabilite la figure incomprise de Louis Soutter, artiste suisse mort en 1942. Deuxcent cinquante œuvres sont réunies pour défaire le cliché qui chevillait ingratement sa production à l’art brut. En portant un regard neuf sur ce peintre, l’exposition le ressuscite. Jusqu’au 23 septembre à la Maison rouge, w w w.lamaisonrouge.org

« Eva Besnyö, 1910-2003 – L’image sensible » Avec cette première rétrospective en France consacrée à la photographe Eva Besnyö, le Jeu de paume poursuit son cycle dédié aux femmes. Cette Juive hongroise née en 1910 puisa dans la photographie force et résistance, fuyant le fascisme de son pays natal, puis le nazisme de Berlin, pour s’installer finalement à Amsterdam, où l’attendait une reconnaissance unanime. Jusqu’au 23 septembre au Jeu de paume, w w w.jeudepaume.org

« Redécouvrir Bourdelle – De l’atelier aux jardins » Après Orsay, c’est au tour du musée Bourdelle de changer de visage. Baigné par une douce lumière qui inonde désormais les ateliers et le jardin, le nouvel accrochage suit Antoine Bourdelle jusqu’à sa mort en 1929, alors qu’il est le sculpteur le plus reconnu de sa génération. Les bronzes sont passés en sourdine au profit de plâtres, terres, bois… Exceptionnel. Jusqu’au 30 septembre au musée Bourdelle, w w w.bourdelle.paris.fr

« Histoires de voir – Show and tell » Œcuménisme… La Fondation Cartier réunit cinquante artistes du monde entier pour battre en brèche l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule forme d’art contemporain. Dans ce parcours, peintures, sculptures, dessins, films que l’on aurait trop vite fait de penser naïfs se frayent un  chemin vers l’art majeur, en mode mineur. Jusqu’au 21 octobre à la Fondation Car tier, w w w.fondation.car tier.com

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©Laurent Grasso-ADAGP Paris 2012

SORTIES EN VILLE EXPOS

Laurent Grasso, 1610 III, 2011, néons et transformateurs

Du coin de l’œil AArchi R T CONTEMPOR t e c t ur e AIN « Laurent Grasso – Uraniborg », jusqu’au 23 septembre au Jeu de paume w w w.jeudepaume.org

Cet été, les œuvres de LAURENT GRASSO nous font prendre le large. Entre passé et futur, terre et ciel, science et fiction, voir et pouvoir, vérités et croyances, elles nous entraînent dans d’étranges et fascinants allers-retours. _Par Anne-Lou Vicente

Voir ou (ne pas) être vu : tel pourrait être le fil rouge du travail de Laurent Grasso, qui explore les zones d’ombre de la perception et de l’observation en tant qu’outils d’appréhension – forcément lacunaire – du réel. Il se penche notamment sur les stratégies panoptiques – pour voir sans être vu – développées dans le but de contrôler, surveiller ou punir, exerçant ainsi un « pouvoir diffus » sur autrui. Pour son exposition au Jeu de paume, l’artiste français a imaginé un dispositif spécifique qui montre en même temps qu’il occulte : constitué de part et d’autre de cimaises, moulures aux nombreuses « fenêtres » laissant entrevoir certaines œuvres – films, livres, maquettes, néons, sérigraphies, peintures… –, un long corridor distribue 94

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des passages menant vers des culs-de-sac comme autant de cryptes où d’autres œuvres et histoires parallèles se dévoilent. Ainsi du film Uraniborg, qui donne son titre à l’exposition, tirant le sien du palais d’Uranie, Muse de l’astronomie. Construit en 1576 sur l’île de Hveen, située entre le Danemark et la Suède, il abrita le plus grand observatoire d’Europe où, pendant vingt ans, l’astronome danois Tycho Brahé mena des recherches tout en dirigeant l’île d’une main de fer, avant de la quitter, puis de mourir en 1601 dans des circonstances restées mystérieuses. Alors que le palais a aujourd’hui entièrement disparu, le film revient sur l’île et documente en la commentant la part ­invisible de son histoire. Récurrents dans le travail de Laurent Grasso, les phénomènes célestes, souvent dotés d’une signification symbolique ou ésotérique, apparaissent ici sous diverses formes et à travers différents médiums, à l’instar du film Les Oiseaux, donnant à voir les étourdissantes volutes que dessinent dans le ciel de Rome des nuées d’étourneaux, interprétées dans certaines civilisations comme des présages… ♦


©Chris Killip

LE CABINET DE CURIOSITÉS

Punks, Gateshead, Tyneside, 1985

Chambre noire pour visages sombres Angleterre du Nord, années 1970. Le pays s’engouffre. Les suppressions d’emplois dans les secteurs sidérurgique, automobile et naval laissent la classe ouvrière en déshérence. Chris Killip, figure majeure de la photographie sociale, s’est immergé pendant deux décennies dans ces communautés pour documenter cette désindustrialisation brutale, ce climat de désolation. Le Bal déploie ce monde fait de vide, saisi en noir et blanc par une chambre 4x5 pouces ; paysages meurtris, visages noircis par la crasse, regards hagards, punks qui trompent la détresse dans des litrons d’alcool… En dehors de tout misérabilisme, l’oeil de Kilipp, également professeur et écrivain, ne s’apitoie jamais mais instruit, dans l’émotion. _L.C.-L. « Chris Killip – What happened Great Britain, 1970 -1990 », jusqu’au 19 août au Bal, w w w.le-bal.fr

© 2012 Musée du Louvre / Olivier Ouadah © Wim Delvoye, ADAGP

L’ŒIL DE…

Kashan, tapis de soie indienne sur un moule en polyester, 2010

Wim Delvoye, artiste plasticien « J’ai été invité par le Louvre à exposer dans les collections du musée et à installer une œuvre sous la Pyramide. Avec la commissaire Marie-Laure Bernadac, nous avons passé en revue les différents départements pour choisir le lieu idoine où installer mes créations. Le dialogue entre mes œuvres et les appartements de Napoléon III nous a semblé très pertinent car ils ont une dimension décorative commune. Pour la Pyramide, je souhaitais au départ construire une tour qui l’engloberait, mais c’était irréalisable ! Le Suppo dérive de mes tours néogothiques. Avec les ingénieurs de mon équipe et du Louvre, on a travaillé à l’installation sur le pilier du belvédère de cette structure de 11 mètres de hauteur. » _Propos recueillis par L.C.–L. « Wim Delvoye – Au Louvre », jusqu’au 17 septembre au musée du Louvre, w w w.louvre.fr

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©Eveline Vanassche

SORTIES EN VILLE SPECTACLES

LevÉE DE BONHEUR Thé ât r e La Chambre d’Isabella, texte et mise en scène de Jan Lauwers, du 17 juillet au 4 août au Mont for t – festival Paris quar tier d’été, w w w.quar tierdete.com

Pièce hybride et flamboyante, La Chambre d’Isabella du très adoubé JAN LAUWERS livre un manifeste de vie porté par Viviane De Muynck, actrice grand luxe. _Par Ève Beauvallet

« Sa passion pour la vie était d’une beauté pure, insupportable… La seule arme contre la dictature du mensonge », disait Alexander, l’amant d’Isabella. Isabella, pour les spectateurs chanceux qui découvrirent le spectacle en 2004, c’est l’héroïne septuagénaire et survitaminée de La Chambre d’Isabella, chef-d’œuvre de l’auteur et metteur en scène flamand Jan Lauwers, un personnage taillé pour des puissances terrestres, des femmes qui savent dire « Yes », des bourrasques d’énergie à la Colette. Bref, un personnage qu’ils n’ont pas dû oublier et qui revient, huit ans après le succès ­international, au festival Paris quartier d’été. L’Isabella de Jan Lauwers est vieille, aveugle et prend le physique de Castafiore d’une des plus belles 96

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actrices flamandes : Viviane De Muynck. Isabella glorifie le sexe et son « pouvoir de guérison ». Elle entame, à 69 ans, une liaison façon Harold et Maude avec un jeune homme de 16 ans. Sa voix, souterraine, semble renfermer à elle seule une certaine connaissance des règles du monde, de la peine humaine, des ressources cachées ; à l’heure où elle vous parle, elle vit dans un petit appartement parisien parmi des souvenirs qui charrient la quasientièreté du XXe siècle : de la Première Guerre mondiale à David Bowie, de Hiroshima à la conquête de l’espace en passant par James Joyce, Pablo Picasso et la naissance de l’art contemporain. Devant un tel manifeste de vie, essentiel, rocailleux, on pense à d’autres récits-fleuves qui ont su défier les limites de la dépression généralisée, à la puissance solaire et lacrymogène des romans de Romain Gary mais aussi à la verve populaire du Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez. Bref, Isabella vous révèle pourquoi en vouloir, et, par la grâce de ce grand inventeur de formes qu’est Jan Lauwers, elle vous convainc sans difficulté de suivre ses conseils : « Souris et sois gentil avec l’inconnu. » ♦


©Serge Koutchinsky

Rue de la chute dans la cour d’Honneur des Invalides

L’AGENDA _Par È.B.

« L’Extra Bal » Évidence ou gageure ? Le 104 propose un « dancefloor classique » en pariant qu’on peut tous pogoter sur John Cage et emballer sur Steve Reich. À partir de ces deux pontes de la musique contemporaine, les chorégraphes Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna tentent de renouer avec la vocation première du bal : la rencontre. Même si c’est celle des contraires. Le 28 juillet au 104 – festival Paris quar tier d’été, w w w.104.fr

« Scènes croisées » Le domaine de Chamarande, c’est un parc de près de 100 hectares, un château période Louis XIII, une orangerie, une chapelle… Bref, le genre d’îlot préservé que l’on voudrait squatter tout l’été. À défaut, vous pourrez y découvrir l’excellente programmation spectacle, avec l’acrobate Yoann Bourgeois ou encore Didier Théron, disciple de Merce Cunningham. Tous les dimanches de juillet au domaine de Chamarande (Essonne), w w w.chamarande.essonne.fr

Rue de la chute Les Nantais de Royal De Luxe ont redonné, il y a plus de trente ans, de la noblesse au théâtre de rue en inventant des parades inédites avec des marionnettes géantes. Aujourd’hui saluées dans les artères du monde entier, leurs aventures extraordinaires déboulent à Paris en version Far West. Du 3 au 11 août dans la cour d’Honneur des Invalides – festival Paris quar tier d’été, w w w.quar tierdete.com

Mission Florimont Une intrigue loufoque ancrée au temps des troubadours, des décors et costumes ambiance grande section de maternelle, des vannes et des calembours… Si Mission Florimont, sorte de Monty Python commercial, fait figure d’ovni dans la lessiveuse des pièces de boulevard, elle n’en fête pas moins sa millième. Jusqu’au 25 août à la comédie de Paris, w w w.comediedeparis.com

« L’étoffe de la modernité – Costumes du XXe siècle à l’opéra de Paris » Vous l’aurez noté ou non, la mode s’infiltre de plus en plus au musée. Et pour notre bonheur lorsque l’opéra de Paris donne l’occasion, en une rétrospective, d’admirer de près les maquettes et costumes que des couturiers comme Kenzo, Christian Lacroix ou Yves Saint Laurent ont pu imaginer pour les plus grands rôles du répertoire au cours du siècle passé. Jusqu’au 30 septembre à l’opéra national de Paris, w w w.operadeparis.fr

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©Bruno Verjus

SORTIES EN VILLE RESTOS

Vaisselle de cheval LE CHEF CheZ aline, 85, rue de la Roquet te, 75011 Paris Tél.  : 01 43 71 90 75

Pour comprendre CheZ aline, il faut terrasser le « v » de « chevaline » pour le coucher et lui ajouter une barre. Il devient alors un « Z » comme… Zampetti ! Rencontre avec cette boucherie chevaline convertie en snack ­vintage par DELPHINE ZAMPETTI. _Par Bruno Verjus (www.foodintelligence.blogspot.com)

Delphine Zampetti adore son magasin : « Si je pouvais, je coucherais dedans, tant je l’aime. » Il faut dire qu’elle en jette, cette boutique à manger. Du pur granit sang-de-bœuf avec devanture en roche magmatique auvergnate surmontée d’une tête de cheval en bronze doré et soulignée d’un néon rouge fluo. La grille extensible s’étire avec élégance comme le bandonéon d’Astor Piazzolla dans Libertango et mérite à elle seule un arrêt de contemplation. Delphine, croisée autrefois au Café Caché du 104, chez Raquel Carena – Le Baratin – et au Verre Volé, offre le meilleur au meilleur prix. Plats du jour mitonnés à 9 €, sandwichs minute à 7 € et salades fraîches comme la rosée pour 98

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une poignée d’euros également. Tout s’emporte ou se consomme sur place. Quatre places assises pour l’instant, en attendant l’installation toute prochaine d’une terrasse… « Tous les dimanches, je me réveillais pour assister au spectacle de la pasta fresca, je me souviens des fameux gnocchi à la sauce tomate de ma maman, des capelete à la viande dont je garde encore le goût en bouche… » Delphine adore les spaghettis aux sardines. Elle prétend faire une cuisine poétique qui séduit plutôt qu’une cuisine qui nourrit. Elle revendique aussi son statut de cuisinière charcutière. Et de temps en temps, elle deviendra crémière. Elle ne résiste pas à l’idée de vendre de la très bonne crème double de la Maison Borniambuc, dans l’Eure, bien épaisse et servie à la louche en pot. Ajoutez une sélection de fromages de saison à la coupe, comme dans le temps. C’est gagné ! L’endroit est aimable et nostalgique comme un bistrot de village, l’on se plaît à venir y causer, picorer des mets délicats dans des assiettes en mélamine flashy (très années 1970) ou boire un coup d’anglore à prix d’ami. De quoi s’y ruer. ♦


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SORTIES EN SALLES CINÉMA

L’AGENDA

©Universum Films AG

_Par S.C., F.d.V., C.G., J.R., É.R. et L.T.

Kill List de Ben Wheatley

11/07 LES ENFANTS DE BELLE VILLE

MAINS ARMÉES

Un jeune délinquant sorti de prison essaye d’éviter à un camarade la peine de mort, avec l’aide de la sœur de ce dernier. Ce film de 2004 contient déjà en germe toute la dramaturgie narrative de l’Iranien Asghar Farhadi (Une séparation), un art du conflit et de la négociation.

Policiers de père en fille, Lucas (Roschdy Zem) et Maya (Leïla Beikhti) se jettent dans un sac de nœuds mêlant vente d’armes et trafic de drogue. La curiosité de ce polar honnête signé Jolivet : un Marc Lavoine onctueux dans la peau d’un flic ripou.

JE ME SUIS FAIT TOUT PETIT

KILL LIST

Après Les Adoptés de Mélanie Laurent, sorti en 2011, le monsieur LaPadite d’Inglourious Basterds, Denis Ménochet, continue dans la rom-com à la française – ici en papa débordé –, toujours entouré d’une brochette d’actrices, dont Vanessa Paradis.

Traumatisé par une mission ratée en Ukraine, un ancien soldat devenu tueur à gages accepte le contrat d’un mystérieux client. Démarré comme un thriller indolent, le film surprend dans sa dernière demi-heure, long cauchemar gore et fantasmatique.

HISTORIAS

TROIS SŒURS

La vie se déroule sans surprise pour Madalena, petite vieille encore amoureuse de son défunt mari. Rien de trépidant dans son village, jusqu’à l’arrivée d’une jeune photographe enthousiaste. Un film tendre et gracieux sur le passage de relais entre générations.

Dans la langueur de Buenos Aires, trois jeunes sœurs occupent la maison de leur grand-mère récemment disparue et mettent de l’ordre dans leur vie. Léopard d’or au festival de Locarno pour ce premier long de l’Helvético-Argentine Milagros Mumenthaler.

A.C.A.B. – All Cops Are Bastards

BOWLING

Face au mot d’ordre antipolice répandu dans la société italienne, des ouvriers aux supporters et jusqu’aux fils de policiers, quatre CRS s’interrogent sur leur métier, aiguillé par la violence, au carrefour des tensions sociales et politiques du pays.

La petite maternité de Carhaix est menacée par une restructuration menée par la nouvelle DRH (Catherine Frot), qui tisse pourtant des liens avec les sages-femmes qui se réunissent au club de bowling. Quilles contre plan social, les jeux sont faits.

d’Asghar Farhadi Avec Taraneh Alidoosti, Babak Ansari… Memento Films, Iran, 1h41

de Cécilia Rouaud Avec Denis Ménochet, Vanessa Paradis… Rezo Films, France, 1h36

de Pierre Jolivet Avec Roschdy Zem, Leï la Bekhti… Mars Distribution, France, 1h45

de Ben Wheatley Avec Neil Maskell, MyAnna Buring… Wild Side/Le Pacte, Royaume-Uni, 1h35

18/07 de Júlia Murat Avec Sonia Guedes, Lisa E. Fávero… Bodega Films, Argentine/Brésil/France, 1h38

de Stefano Sollima Avec Pier francesco Favino, Filippo Nigro… Bellissima Films, France/Italie, 1h52

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de Milagros Mumenthaler Avec Maria Canale, Mar tina Juncadella… Happiness Distribution, Argentine/Suisse, 1h38

de Marie-Castille Mention-Schaar Avec Catherine Frot, Mathilde Seigner… Pathé, France, 1h30


et surtout… 11/07 Chroniques de Tchernobyl (lire p. 56) Piégée (lire p. 56) Rock Forever (lire p. 60) Rétrospective John Cassavetes (lire p. 104) La Nuit d’en face (lire p. 106) 18/07 Laurence Anyways (lire p. 38) Effraction (lire p. 56) Le Lorax (lire p. 68) La Vie sans principe (lire p. 108) 25/07 Lola (lire p. 26) Guilty of Romance (lire p. 30) The Dark Knight Rises (lire p. 58) Jane Eyre (lire p. 110) Gangs of Wasseypur – Part 1 (lire p. 112)

©Universal Pictures

01/08 Rebelle (lire p. 58) Annalisa (lire p. 114) The Color Wheel (lire p. 116) Poussière dans le vent (lire p. 118) 5 ans de réflexion de Nicholas Stoller

25/07 A LITTLE CLOSER

TÉLÉPHONE ARABE

Ce premier long métrage indépendant sonde le quotidien aride d’une mère célibataire et de ses deux garçons au fin fond de la Virginie. Du fantasme de préado au plan cul d’un soir, chacun y fait à son rythme l’apprentissage du désir et de la sexualité.

Au cœur de la communauté arabe d’Israël, un vieil homme refuse obstinément l’installation d’une antennerelais dans son village tandis que son fils, irritant macho, enchaîne les conquêtes à grand renfort de SMS. Un peu téléphoné, mais sympathique.

INSOLATION

360

Réalisé en partie par Daniela Thomas, collaboratrice de Walter Salles (Terre Lointaine), Insolation noue plusieurs histoires d’amour impossibles au cœur de Brasília, ville située en plein désert, qui s’inspirent librement de contes russes du XIXe siècle.

Chassé-croisé de destinées entre Paris, Londres, Vienne et Los Angeles. Le dénominateur commun à tous ces personnages : la misère affective. Dans la lignée d’Iñárritu, la mise en scène sensorielle de Meirelles rattrape un scénario parfois convenu.

FRIENDS… WITH KIDS

FEMMES ENTRE ELLES

Une suite non officielle de Mes meilleures amies ? Kristen Wiig retrouve en effet Maya Rudolph et Jon Hamm (Mad Men) dans cette nouvelle comédie traitant de la procréation et de la parentalité, sur deux meilleurs potes qui décident de faire un enfant.

Adaptant une nouvelle de Cesare Pavese, Antonioni observait en 1955 un groupe d’amies. En proie aux tourments de l’amour comme aux choix de vie entre indépendance et attentes de la société, elles sont bouleversées après le suicide de l’une d’entre elles.

MY SOUL TO TAKE

5 ANS DE RÉFLEXION

Après Scream 4, retour discret de Wes Craven à la réalisation avec un survival adolescent dans les règles de l’art. Une petite ville du Massachusetts est la proie de « l’éventreur de Ripperton », tueur en série atteint de troubles de la personnalité.

Un jeune couple fiancé repousse sans cesse la date de son union et s’interroge sur son avenir commun. Une comédie contemporaine du remariage coécrite par deux garçons sensibles, Nicholas Stoller et Jason Segel, déjà auteurs de Sans Sarah, rien ne va.

de Mat thew Petock Avec Sayra Player, Parker Lutz… ASC Distribution, États-Unis, 1h12

de Felipe Hirsch et Daniela Thomas Avec Paulo José, Antonio Medeiros… Urban Distribution, Brésil, 1h38

de Sameh Zoabi Avec Razi Shawahdeh, Bassem Loulou… Eurozoom, France/Palestine/Israël/Belgique, 1h23

de Fernando Meirelles Avec Jude Law, Anthony Hopkins… Wild Bunch, Autriche/Brésil/France/R.-U., 1h49

01/08 de Jennifer West feldt Avec Jennifer West feldt, Adam Scot t… Metropolitan FilmExpor t, États-Unis, 1h46

de Wes Craven Avec Max Thieriot, John Magaro… Euro T V, États-Unis, 1h47

de Michelangelo Antonioni Avec Eleonora Rossi Drago, Gabriele Ferzet ti… Les Acacias, Italie, 1h44

de Nicholas Stoller Avec Jason Segel, Emily Blunt… Universal Pictures, États-Unis, 2h05

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SORTIES EN SALLES CINÉMA

L’AGENDA

©Wild Bunch

_Par F.d.V., C.G., I.P.-F., J.R., É.R. et L.T.

Lady Vegas – Les Mémoires d’une joueuse de Stephen Frears

08/08 LADY VEGAS – LES MÉMOIRES D’UNE JOUEUSE

VOIE RAPIDE

Après les bocages littéraires de Tamara Drewe, le cinéaste britannique pose ses valises aux ÉtatsUnis pour tourner l’histoire vraie d’une ingénue (Rebecca Hall), stripteaseuse à la petite semaine devenue par hasard bookmaker à Las Vegas.

Fan de tuning et père immature, Alex, 25 ans, délaisse sa petite amie. Il voit sa vie changer le jour où il percute un jeune. Chronique de vie ordinaire, le film privilégie une approche sociale dramatique au teen movie sensuel façon Belle Épine.

JUSQU’À CE QUE LA FIN DU MONDE NOUS SÉPARE

LES SAPHIRS

La fin du monde est malheureusement l’occasion de trouver le grand amour in extremis pour Steve Carrell et une Keira Knightley survoltée dans la comédie romantique de l’été, réalisée par la scénariste « fempire » d’Une Nuit à New York, Lorene Scafaria.

Inspiré d’une histoire vraie, le film suit la success story de trois sœurs aborigènes devenues chanteuses en se produisant dans un Viêtnam en guerre. Ce biopic musical plutôt léger reprend efficacement les codes du genre.

COMME UN HOMME

CORNOUAILLE

Deux lycéens kidnappent leur prof d’anglais pour la séquestrer une nuit dans une cabane au fond des bois et lui donner une bonne leçon, mais la douteuse entreprise dégénère. Un angoissant thriller avec Berling père et fils, à la ville comme à l’écran.

Odile, jeune femme rationnelle, hérite de la maison de sa tante en Cornouaille. Trompée par sa mémoire chancelante ou ensorcelée par le charme étrange de la demeure, elle se laisse progressivement happer par les brumes d’une Bretagne mystérieuse.

HOLD-UP

SAMMY 2

Un braquage hyper-planifié par une équipe surentraînée capote dans des proportions dramatiques lorsqu’une fenêtre résiste aux bandits. Ce film très maîtrisé et prenant, sans artifice ni démesure, est inspiré par un hold-up tragique en Norvège.

Et revoici la tortue la moins sédentaire des océans, cette fois-ci contrariée dans ses envies de vadrouille par des braconniers qui la coincent dans un aquarium. La grande évasion s’organise alors avec une escouade de créatures marines. Rafraîchissant.

de Stephen Frears Avec Rebecca Hall, Bruce Willis… Wild Bunch, États-Unis/Royaume-Uni, 1h34

de Lorene Scafaria Avec Keira Knightley, Steve Carell… SND, É.-U./Indonésie/Malaisie/Singapour, 1h34

de Christophe Sahr Avec Johan Libéreau, Christa Théret… Épicentre Films, France, 1h30

de Wayne Blair Avec Deborah Mailman, Jessica Mauboy… Diaphana Distribution, Australie, 1h43

15/08 de Saf y Nebbou Avec Charles Berling, Émile Berling… Diaphana Distribution, France, 1h35

d’Erik Skjoldbjærg Avec Frode Winther Gunnes, Mor ten Larsen… KMBO, Nor vège, 1h27

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d’Anne Le Ny Avec Vanessa Paradis, Samuel Le Bihan… UGC Distribution, France, 1h36

de Ben Stassen (animation) Avec les voix (en V.O.) de Billy Unger, Pat Caroll… Studio Canal, Belgique, 1h32


et surtout… 08/08 À cœur ouvert (lire p. 12) Abraham Lincoln – Chasseur de vampires (lire p. 59) Terri (lire p. 120) 15/08 Magic Mike (lire p. 36) Total Recall – Mémoires programmées (lire p. 59) 22/08 L’Étrange Pouvoir de Norman (lire p. 14) Keep the Lights On (lire p. 50) Expendables 2 – Unité spéciale (lire p. 60)

©Alfama Films

29/08 Mobile Home (lire p. 11) Dark Horse (lire p. 20) Crazy Dad (lire p. 60) Superstar (lire p. 72) Confession d’un enfant du siècle (lire p. 122) Les Enfants loups, Ame & Yuki (lire p. 124) Tokyo Park de Shinji Aoyama

22/08 TOKYO PARK

DU VENT DANS MES MOLLETS

Koji est un jeune photographe cerné par la mort (de sa mère, de ses amis) et amoureux de sa belle-sœur. Un inconnu le charge d’espionner sa femme dans les parcs de Tokyo… Belle méditation, tout en délicatesse, sur le sens des images et du regard.

Rachel, 9 ans, porte le poids des névroses de ses parents – Agnès Jaoui en écrasante mère juive et Denis Podalydès en installateur de cuisines balourd. Une nouvelle amie et sa mère célibataire vont chambouler ce quotidien ronflant. Drôle et bouleversant.

À PERDRE LA RAISON

BROKEN

Les images, à moitié mangées par des amorces, disent l’atmosphère suffocante dans laquelle vivent Murielle, Mounir et leurs enfants, sous la houlette d’un ambivalent bienfaiteur (Niels Arestrup). L’issue, dévoilée dès l’ouverture, est forcément tragique.

Skunk est une adolescente insouciante, jusqu’à ce que les choses dérapent dans le voisinage. Elle découvre alors la violence du monde qui l’entoure. Le film ne se hisse pas toujours à la hauteur de son sujet, porté par la présence remarquable de Tim Roth.

DAVID ET MADAME HANSEN

HIT AND RUN

Pour son premier passage à la réalisation sur grand écran, Alexandre Astier (auteur de Kaamelott) choisit la voie du drame psychanalytique et engage Isabelle Adjani dans le rôle d’une riche collectionneuse d’art atteinte de crises d’amnésie partielle.

Un ancien braqueur de banques a refait sa vie en profitant d’un programme de protection des témoins. Sa couverture mise à mal, il taille la route au volant de son bolide, sa copine à la place du mort. Un mélange détonant entre action et comédie de potes.

MARGARET

BLACKIE & KANUTO

Lisa (Anna Paquin, True Blood), une jeune fille new-yorkaise, assiste impuissante à un accident de bus mortel. Elle doit faire face à la culpabilité et au remords après avoir livré un faux témoignage qui disculpe le chauffeur du bus (Mark Ruffalo).

Cet été, les plus jeunes des spectateurs emboîteront le pas à une drôle de brebis et à un chien de berger complètement perdu face aux ambitions spatiales de la première. Les boucles noires de Blackie goûteront-elles aux délices de l’apesanteur ?

de Shinji Aoyama Avec Haruma Miura, Nana Eikura… Alfama Films, Japon, 1h59

de Joachim Lafosse Avec Émilie Dequenne, Tahar Rahim… Les Films Du Losange, Bel./Fr./Lux./Sui., 1h51

de Carine Tardieu Avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès… Gaumont Distribution, France, 1h30

de Rufus Norris Avec Tim Roth, Eloise Laurence… Le Pacte, Grande-Bretagne, 1h31

29/08 d’Alexandre Astier Avec Isabelle Adjani, Alexandre Astier… Pathé Distribution, France, 1h29

de Kenneth Lonergan Avec Anna Paquin, Mat t Damon… Twentieth Centur y Fox, États-Unis, 2h29

de David Palmer et Dax Shepard Avec Dax Shepard, Kristen Bell… Metropolitan Filmexpor t, États-Unis, 1h34

de Francis Nielsen (animation) Avec les voix de Pablo Hertsens, Franck Dacquin… Distributeur N.C., France, 1h23

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Opening Night (1977)

Rétrospective John Cassavetes Haute fidélité

Cinq films du « plus européen des cinéastes américains », pour se rendre compte de son évolution intègre, farouchement fidèle à son propre style. _Par Yal Sadat

Qu’a-t-on retenu de John Cassavetes ? On passerait des heures à pointer les empreintes de son cinéma chez Scorsese, Ferrara, Tarantino, pourquoi pas Almodóvar ou Allen. Mais au lieu de rechercher un trait, un motif qui définirait sa patte, on gagnerait du temps à raisonner en termes d’exemplarité. En vingtsept ans et douze longs métrages, l’Angelin a ainsi laissé l’image d’un cinéaste libre, en pleine possession de son œuvre, borné à défendre

vaille que vaille son style exigeant. Les cinq films remis à neuf par Orly Films rendent compte de cette évolution têtue, preuve qu’un auteur façonné par une industrie (la télévision, dans son cas) peut évoluer vers des formes radicales sans cesse aiguisées, en marge de Holly­wood et renouant même parfois avec le grand public. Shadows (1959) marque les premiers pas d’un cinéaste doublement pétri par le théâtre et la télévision : Cassavetes hérite de leurs décors réduits et de leurs configurations statiques, au sein desquels il installe une urgence, un bourdonnement fulgurant. Errance intérieure, frénésie des corps, tout file avec la vélocité du feuilleton et l’énergie des planches. Le cadre épouse les gesticulations des acteurs, poussés à vampiriser leurs propres personnages, à se confondre avec eux :

Cassavetes flirte largement avec l’improvisation, en quête d’une spontanéité qui n’existe alors nulle part ailleurs dans le cinéma américain – la critique verra ici une réponse à la Nouvelle Vague française. Après Too Late Blues et Un enfant attend, douches froides qui font découvrir à Cassavetes la pression des grands studios (l’un est un fiasco commercial, l’autre voit son montage charcuté par United Artists), Faces (1968) retrouve la radicalité de Shadows. Il persiste dans sa vision de l’Occidental moderne : instable, immature, en perte de contrôle. Le verbe devient le premier moteur : les langues, déliées par l’alcool et la fougue borderline, cèdent à des facondes inquiètes qui marquent le style cassavetien. Le sens fout le camp, seules restent la bile noire et l’hystérie – dans Faces, celles de vieux amants maladroitement

3 raisons d’aller (re)voir ces films 1… Pour suivre l’évolution de la constellation d’acteurs apparaissant à plusieurs reprises chez Cassavetes (Gena Rowlands, Ben Gazzara, Peter Falk, Seymour Cassel…).

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2… Pour découvrir Cassavetes luimême acteur dans Opening Night, et comparer avec ses prestations dans les feuilletons télévisés Rawhide ou Johnny Staccato.

3… Pour s’amuser à repérer aussi bien ses influences (la Nouvelle Vague, le néoréalisme) que sa portée (les génies du Nouvel Hollywood lui rendront souvent hommage).


Dans Opening Night, vie et partition d’acteur se confondent : le film peut ainsi se voir comme un précis de cinéma cassavetien. embarqués dans l’adultère. Dans Une femme sous influence (1974), c’est l’échec du rêve américain, le foyer de banlieue qui s’effondre sur la blondeur de la muse Gena Rowlands, dans un registre psychodramatique jamais creusé aussi ­profondément par l’auteur. Meurtre d’un bookmaker chinois (1976) opère un virage plus net encore, lorgnant sur le polar (reconvoqué brillamment, quoi qu’avec des motifs très différents, dans Gloria) et optant pour une configuration plus confinée : le club de ­d ancing de Ben Gazzara est à la fois un pôle de chaleur calfeutré et un espace de pérégrinations mentales, renvoyant à l’esprit du héros lui-même. Repoussant toujours l’audace de ses dispositifs, Cassavetes use très largement de la scène, arène idéale pour mettre à nu la condition humaine – l’intrigue policière n’est que prétexte pour illustrer la crise existentielle de Cosmo Vittelli, triste manager en perte d’illusions. L’idée du show revient de plus belle dans Opening Night (1977), directement inspiré des années théâtre

du cinéaste : plus retors que jamais, il y superpose à sa propre mise en scène celle d’une pièce pour raconter la fusion du jeu et du réel. Gena Rowlands y interprète une actrice taraudée par la mort d’une fan et qui exorcise son angoisse en l’emmenant jusque sur scène. Vie et partition d’acteur se confondent : le film peut ainsi se voir comme un précis de cinéma cassavetien, pensé par le principal intéressé. Du réalisme quasi-rossellinien au film de genre, de la mise en abyme hyper-théorique à l’improvisation, Cassavetes donne l’exemple d’une œuvre qui ne cesse de se remettre en cause, de se radicaliser sans pour autant se refermer sur elle-même : même en explorant des terrains plutôt lointains (dans les années 1980, il rencontre le grand public avec Gloria, prouve un certain talent comique dans Love Streams), son style est resté seul maître à bord. ♦ Shadows, Faces, Une femme sous influence, Meur tre d’un bookmaker chinois et Opening Night de John Cassavetes Distribution : Orly Films Sor tie : 11 juillet

3 questions à

Gena Rowlands

actrice et veuve de John Cassavetes Comment la vie et le cinéma s’entrelaçaient-ils pour vous ? John et moi nous sommes rencontrés alors que nous étions étudiants en théâtre, nous avons toujours joué ensemble. Je me souviens que souvent, lorsque nos enfants se levaient pour aller à l’école, les techniciens étaient déjà à la maison pour installer les décors. C’était naturel, ils devaient penser que c’était comme ça dans toutes les familles. John Cassavetes vous demandait-il conseil lorsqu’il écrivait ses films ? Il écrivait de façon très solitaire, il ne parlait pas de ses personnages. Un jour, il arrivait avec le scénario et il me le donnait à lire. Et si jamais je posais des questions, il me disait « C’est trop tard, tu as accepté ! ». Par contre, en tournage, nous fonctionnions comme une troupe. Il a inventé des personnages féminins parmi les plus beaux du cinéma… John avait un tel talent pour créer ces personnages de femmes que c’était un réel plaisir de les incarner. Opening Night m’a beaucoup touchée parce que le film traitait de la condition d’acteur : jusqu’où doit-on aller pour trouver son personnage ? _Propos recueillis par Laura Tuillier

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La Nuit d’en face Dans un souffle Dernier film de RAOUL RUIZ, terminé juste avant que la maladie ne l’emporte, La Nuit d’en face est un chant du cygne joueur et plein d’allant. Le maître chilien y convoque de joyeux fantômes, bien décidé à ne pas laisser les vivants en paix. _Par Laura Tuillier

Inspiré des nouvelles de l’écrivain chilien Hernán del Solar, La Nuit d’en face est un film infiltré. On y croise les personnages qui ont marqué Raoul Ruiz (le pirate Long John Silver), des artistes qui ont compté dans son œuvre (Jean Giono, dont il a adapté Les Âmes fortes) ou encore des figures tutélaires (Beethoven, Stéphane Mallarmé), tous voguant de séquence en séquence, sans contraintes d’espace ni de temps.

Don Celso attend la mort, et celleci tarde à se montrer. Il en profite pour parcourir le labyrinthe de ses souvenirs, convoquer le petit garçon cinéphile qu’il a été et continuer de jouir comme un vivant (répéter à l’envi un mot agréable, « rhododendron », pour le plaisir simple de sentir la langue rouler sur le palais). Ruiz a tourné dans l’urgence, elle qui finalement rapproche la jeunesse et la vieillesse. Lorsqu’il est contraint par la fatigue de tourner les scènes d’extérieur sur fond vert à Santiago et d’envoyer une équipe filmer les paysages dans le Nord du Chili, cela donne des plans étranges, à double fond. Comme Coppola dans Twixt, le cinéaste expérimente sans peur : couleur sépia, fonds en trompe-l’œil, il donne à ses visions des incarnations inédites, mélanges de maîtrise et de lâcher-prise. Une inspiration sans fin. ♦ De Raoul Ruiz Avec : Christian Vadim, Sergio Hernández… Distribution : Bodega Films Durée : 1h50 Sor tie : 11 juillet

3 questions à

Valeria Sarmiento,

monteuse du film et veuve de Raoul Ruiz Comment s’est passé le montage de La Nuit d’en face ? Nous sommes arrivés à Paris avec les rushs et nous avons monté à la maison. J’aurais eu tendance à raccourcir le film, mais Raoul ne voulait pas. Comme s’il retardait son départ. C’est pour ça qu’il y a trois fins possibles dans La Nuit d’en face. Quelles étaient les sources d’inspiration de Raoul Ruiz ? Récemment, il s’intéressait beaucoup aux fantômes mais aussi à la physique quantique : les mondes parallèles, les vies qui nous traversent… J’ai aussi l’impression qu’il a fait ce film en pensant à la mort comme quelque chose qui était derrière lui (il avait vaincu une première maladie – ndlr) plutôt que devant. Il avait un autre film en projet, Les Lignes de Wellington… Oui, Raoul n’arrêtait jamais de penser à de nouvelles histoires à filmer. Paulo Branco, son producteur, m’a demandé de le réaliser. J’ai tourné à Lisbonne pendant soixante jours cet hiver. Le film retrace la troisième invasion napoléonienne au Portugal, en 1810.

3 raisons d’aller voir ce film 1… Parce qu’il s’agit de l’ultime œuvre de Ruiz, figure incontournable du cinéma moderne, auteur protéiforme de plus de cent films sur quarante-cinq ans.

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2… Pour l’audace déployée tout au long de ce fascinant film gigogne qui ne cesse d’emboîter les histoires et les images sans pour autant perdre le spectateur.

3… Pour l’émotion que suscite une œuvre qui regarde venir la fin les yeux grands ouverts, avec espoir et grâce, faisant bien sûr écho à la situation du cinéaste.


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La Vie sans principe La crise, mode d’emploi Avec La Vie sans principe, le maître hong-kongais JOHNNIE TO aborde sans complexe les fondements (im)moraux de la crise boursière par laquelle l’île fut frappée de plein fouet. De la banque à la rue, une seule loi : celle du plus fort. _Par Louis Séguin

Des scellés policiers dans le couloir d’un immeuble miteux, un inspecteur qui sonde les lieux… La Vie sans principe s’ouvre en polar bien dans ses bottes. Faux départ – il ne s’agit que d’une querelle de voisinage. Le film glisse vite vers son terrain principal, la banque, décor peu glamour dont Johnnie To détaille les rouages : une banquière, poussée par la concurrence entre employés, joue les économies d’une retraitée… Le cinéaste aborde

la crise financière par un biais moral assumé et lie le cynisme des banques au code d’honneur des gangsters. Trait de génie : cet honneur supposé n’est pas au cœur du récit, mais en périphérie, comme un épiphénomène du dérèglement du système. Et les histoires de gangs, ici, n’ont plus qu’un rôle bouffon, tant les vrais tireurs de ficelles semblent insaisissables derrière les écrans reproduisant la chute des cours boursiers. En pleine perte des valeurs, le gangster Panther (Lau Ching-Wan) catalyse ce qu’il reste à sauver : une fraternité aveugle et casse-cou. Rongé par les misères de ses amis, Panther n’aime l’argent que s’il rend service à ses « frères ». L’humour de Johnnie To est ici un aveu de faiblesse, mais apparaît comme l’investissement le plus sûr d’une société déclassée : une valeur refuge. ♦ De Johnnie To Avec : Lau Ching-Wan, Richie Ren… Distribution : Films Sans Frontières Durée : 1h46 Sor tie : 18 juillet

3 questions à

Johnnie To Comment avez-vous appréhendé les espaces clos des bureaux de banque, dans lesquels se déroule une grande partie du film ? Ce n’est pas dans mes habitudes de tourner dans des pièces fermées ; les bureaux étaient très petits, on était tous collés les uns aux autres. Ce n’était pas très confortable, mais je tenais à ce que le récit de la banquière se déroule dans cet espace confiné, oppressant. Panther et ses principes sont-ils démodés ? C’est quelqu’un qui croit à des choses auxquelles les autres ne croient plus, comme la fraternité des triades ; c’est pour ça qu’il reste toujours inférieur par rapport aux gens beaucoup plus cyniques qui, eux, réussissent. Si les mafieux spéculent en bourse, cela donne une idée de la corruption de ce système financier. Comptez-vous les membres des triades (et affiliés) parmi vos fans ? Ce qui m’intéresse quand je décris un personnage de mafieux, c’est ce qui le pousse à trahir ses « frères », par exemple. Donc quand les vrais mafieux vont voir mes films, ils ne les adorent pas, parce que je ne les présente pas en héros.

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour l’interprétation de Panther, personnage grotesque, attachant et bourré de tics, par Lau Ching-Wan, qui justifie une fois de plus son statut d’acteur fétiche de Johnnie To.

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2… Pour rester dans le ton du festival Paris cinéma, dont l’édition 2012 a mis à l’honneur le cinéma made in Hong Kong avec une rétrospective de plus de quatre-vingts films.

3… Pour le lien que fait le film entre gangsters triadiques – dont To avait déjà souligné la toute-puissance dans Election – et escrocs en gants blancs.


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jane eyre Oiseau rare Loin des migrants du Honduras et du gang mexicain Mara de Sin Nombre, CARY FUKUNAGA adapte avec retenue Jane Eyre, roman d’émancipation de Charlotte Brontë dans l’Angleterre victorienne, pour son deuxième long métrage. _Par Thomas Fioretti

Orpheline, Jane (Mia Wasikowska au chignon) quitte le rude couvent où elle a passé son enfance pour rejoindre la maison de Mr Rochester (Michael Fassbender), riche propriétaire de Thornfield Hall, et devenir la gouvernante de la petite Adèle. Le film tient tout entier une ligne plus austère que romanesque et ne s’appesantit pas sur des élans lyriques. Plutôt que d’évoquer longuement

la passion amoureuse entre Jane et Rochester, il concentre sa tension sur la faculté d’adaptation de son héroïne à chaque nouveau foyer, elle qui n’a cessé de fuir. Cette Jane Eyre-là se soustrait à toute volonté autoritaire, il faut donc en apprivoiser les résistances. « Je suis un oiseau comme les autres avec ma triste histoire habituelle », dit-elle, à quoi Rochester répond l’énigmatique : « Je vois en vous le regard d’un drôle d’oiseau, à travers les barreaux d’une cage, un prisonnier vif et agité. » Qui de mieux que Mia Wasikowska pouvait donner ses traits à Jane, oiseau indiscipliné qui n’attendait que de pouvoir sortir de sa cage pour déployer enfin ses ailes ? La force du film est de s’attacher jusqu’au bout à cette voie claire, constance à laquelle l’actrice ajoute distance et détermination. Michael Fassbender, lui, incarne les contradictions du rugueux et séducteur Rochester, entre classe et brutalité. La partition jouée par le couple

qu’ils forment ensemble porte le film, dont l’élégance baigne dans une belle lumière naturelle. Comme pour une toile, Fukunaga procède par touches, d’abord fragmentaires, puis dessinant patiemment la naissance d’un amour contrarié, en même temps qu’une Jane prisonnière qui se libère des fardeaux, de ceux qui dissimulent les grandes souffrances. ♦ De Car y Fukunaga Avec : Mia Wasikowska, Michael Fassbender… Durée : 1h51 Distribution : UGC Distribution Sor tie : 25 juillet

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour la variation sur le traditionnel tandem maître et domestique, ici porté par Michael Fassbender et Mia Wasikowska tout en délicatesse et en sobriété.

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2… Pour le soin apporté à l’image par Adriano Goldman, chef opérateur brésilien de Sin Nombre et de La cité des hommes, qui compose une impeccable lumière naturelle.

3… Pour constater que Jamie Bell, qui campe un St. John Rivers barbu et raide dans sa redingote, a bien grandi depuis ses entrechats dans Billy Elliott.


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Gangs of Wasseypur – Part 1 Mafia masala Premier volet d’une saga ambitieuse consacrée aux liens entre mafia et société, le film d’ANURAG KASHYAP nous assène un cours d’histoire indienne en accéléré, avec la violence d’une balle tirée au fond de la rétine. _Par Frédéric de Vençay

Présenté comme l’œuvre la plus copieuse du festival de Cannes du haut de ses 5h20, Gangs of Wasseypur vaut mieux que son statut de curiosité exotique exposée à la Quinzaine des réalisateurs. Scindé judicieusement en deux parties de 2h40 pour sa sortie en salles, le (très) long métrage d’Anurag Kashyap

reprend le f lambeau des sagas mafieuses de Martin Scorsese ou de Francis Ford Coppola. L’Inde remplace les États-Unis, et les gangs de Wasseypur ceux de New York, mais l’enjeu reste le même : montrer comment les liaisons (dangereuses) entre argent, banditisme et pouvoir politique contribuent à la cimentation de nos sociétés. S’étalant de la fin des années 1940 (départ des colons britanniques, aube de l’indépendance) jusqu’au début des années 2000, le scénario met le clan de Ramadhir Singh, ministre véreux ayant bâti son empire sur l’exploitation du charbon, aux prises avec celui de Sardar Khan, bien décidé à venger l’assassinat de son père. Avec ses s­ ous-intrigues entrelardées de règlements de compte et de mariages contre nature, Gangs of Wasseypur donne l’impression d’un buffet

garni (parfois trop), empruntant volontiers les canevas du soapopéra : voix-off, cliff hangers et reconstitution soignée composent une première heure captivante. La force du film naît de sa synthèse réussie entre les codes inhérents à Bollywood (musique flamboyante, jeu superbe sur les couleurs vives ou désaturées) et l’imaginaire de la fresque criminelle américaine, les personnages prenant progressivement l’ampleur romanesque d’un Scarface. Le dénouement, démesuré, annonce avec fracas un second volet programmé pour Noël. Au pied du sapin : gangsters crasseux, gunfights bien sanglants et amours contrariées. ♦ D’Anurag Kashyap Avec : Manoj Bajpai, Richa Chadda… Distribution : Happiness Durée : 2h40 Sor tie : 25 juillet

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour son ouverture en planséquence, virtuose et bourrée d’ironie, qui donne violemment le ton : tout un quartier y est massacré sous les balles de mitraillettes.

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2… Pour Manoj Bajpai, comédien au charisme sauvage, reconnu en Inde pour ses compositions atypiques et bouillonnant ici de haine dans le rôle de Sardar Khan.

3… Pour sa bande-son chantée, passage obligé de toute production bollywoodienne, mais qui renforce la cruauté et l’intensité du film au lieu de les aseptiser.


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annalisa Clair obscur Délicate chronique des émois adolescents, Annalisa dit aussi les clivages de l’Italie contemporaine en ancrant son récit dans un Sud magnifié, solaire mais languissant. _Par Juliette Reitzer

Zazà et Veleno, 15 ans, ont les hormones en émoi lorsqu’une jeune femme de leur village, belle, mystérieuse et désespérée, tente de se tuer en se jetant dans le vide. L’événement bouleverse le quotidien des deux compères et de leur bande, membres d’une même équipe de foot : avec l’excitation de la transgression et une déférence quasi mystique, ils épinglent la photo d’Annalisa dans le vestiaire (à la place de l’icône de la Vierge), fantasment sur son passé (son fiancé serait mort juste avant leur

mariage) et sur ses fréquentations (« une pute » qui couche à droite à gauche). Hypnotisés par l’aura tragique de la blonde, Zazà et Veleno vont tout faire pour l’approcher, la connaître, la protéger, découvrant d’un même coup l’amour et le désir, la rivalité et le désespoir. Chez Pippo Mezzapesa, qui signe ici son premier long métrage de fiction, la rengaine adolescente se double d’une chronique sociale mordante. Veleno, gamin lunaire et maladroit, est le fils d’un riche avocat et veut s’abîmer dans les quartiers populaires. Zazà, beau gosse flamboyant (sa mèche décolorée y est pour beaucoup), vit sous la houlette d’un frère trafiquant de drogue et rêve d’un avenir meilleur en tant que footballeur pro. Le film se garde de tout discours pontifiant sur la possibilité de transcender sa classe sociale, mais la délicatesse de la mise en scène (mouvements patients de la caméra, qui se régale de la beauté

juvénile des interprètes) dit à merveille l’atmosphère languissante d’une région pauvre, l’Italie du Sud, aussi âpre, misérable et délabrée qu’elle est vigoureuse, chaude et lumineuse. Cette contradiction est inscrite dans l’image même du film, très contrastée, et trouve en Annalisa, icône solaire et ténébreuse, une idéale incarnation. ♦ De Pippo Mezzapesa Avec : Nicolas Orzella, Luca Schipani… Distribution : Bellissima Films Durée : 1h22 Sor tie : 1 er août

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour l’actrice française Aylin Prandi dans le rôle-titre. Surtout connue pour la série Femmes de loi, elle excelle ici en héroïne tragique et fantasmée.

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2… Pour les personnages secondaires qui composent la bande d’ados, gamins sombres heurtés par les tracas du quotidien mais d’une vivacité folle.

3… Pour l’énigmatique titre du roman de Mario Desiati dont est adapté le film, Il Paese delle spose infelici (« le village des épouses malheureuses » en français).


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the color wheEl Frangins en roue libre Microbudget grinçant tourné en 16 mm et en noir et blanc, The Color Wheel doit tout à l’astuce de son auteurinterprète, le jeune NewYorkais ALEX ROSS PERRY. _Par Clémentine Gallot

Joli spécimen brooklynois que cette Color Wheel, produite avec trois fois rien – soit des fonds récoltés de façon informelle via des amis – et qui a connu, comme il se doit, une confection chaotique. Cette « symphonie comique de la déception et du pardon », selon son auteur, joue de la discordance entre le cinéaste de 27 ans Alex Ross Perry et son actrice, l’espiègle Carlen Altman, en frère et sœur têtes à claques, embarqués à l’occasion d’un déménagement dans un road trip ponctué de joutes verbales acerbes et de bons mots. Cette logorrhée composée

à deux emprunte son agressivité comique à la fois à Noah Baumbach (Les Berkman se séparent), à l’humour juif des romans de Philip Roth et à l’impression d’improvisation au long cours rodée par La Maman et la Putain. Les errances amicales occasionnées par la technologie (Facebook en tête) ont inspiré un sentiment de déconnexion palpable dans le film : « Être rappelé à l’ordre par des gens à qui on ne devrait plus penser depuis ses 15 ans, recevoir une telle somme d’informations sur certaines personnes, tout ça engendre des problèmes étranges », explique Ross Perry. Persuadé qu’aucun sélectionneur ne voudrait de son film mais repéré à Locarno, le cinéaste et sa causticité acide devraient trouver un écho chez les haters parisiens. ♦ D’Alex Ross Perr y Avec : Alex Ross Perr y, Carlen Altman… Distribution : Potemkine Films Durée : 1h23 Sor tie : 1 er août

3 questions à

Alex Ross Perry Comment se passe l’autofinancement du cinéma DIY (do it yourself) ? Les gens ne pensent pas qu’il soit possible de faire des films avec seulement quelques milliers de dollars, mais ça l’est. En Europe, certains attendent deux ou trois ans pour recevoir de l’argent du gouvernement. En ce qui me concerne, il n’y a pas d’aide pour ma catégorie de films, qui ne traite pas de sujets de société. Et les sites de crowdsourcing comme Kickstarter, ce n’est pas pour moi, je suis sûr que personne ne cliquerait. Pourquoi ne pas avoir tourné en numérique ? Mon premier film était en 16 mm, et mon directeur de la photo, Sean Price Williams, a sa propre caméra. On aime son esthétique, et il était possible de le faire financièrement car on connaît des gens chez Kodak qui nous aident. D’où vient la surprenante fin du film ? Je trouve que beaucoup de petits films DIY choisissent la sécurité, c’est étrange quand on n’a de comptes à rendre à personne – autant en profiter et faire quelque chose d’un peu fou. Alors, pourquoi pas ?

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour le duo crispant formé par Alex Ross Perry et sa partenaire excentrique, Carlen Altman, comédienne de stand up aussi peu aimable que rare sur les écrans.

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2… Pour le final transgressif à souhait – que l’on ne révélera pas –, qui empêche le film de ronronner dans le giron confortable de la comédie indé.

3… Pour se donner envie de découvrir Impolex, premier moyen métrage de Ross Perry, sur un soldat américain égaré dans une forêt peu après la Seconde Guerre mondiale.


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poussière dans le vent Vivre sa vie Dernier volet de la trilogie de l’adolescence de HOU HSIAO-HSIEN, Poussière dans le vent (1986) est, après Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985), une œuvre déterminante d’un nouveau cinéma qui attire, à la fin des années 1980, l’attention sur le septième art made in Taiwan. _Par Donald James

Avec son style épuré et distant, ses plans fixes, ses ellipses et ses personnages insaisissables, Hou HsiaoHsien s’affirme d’emblée comme un metteur en scène impressionniste. Fait des plus étranges, l’affiche de ce film montra pendant longtemps un jeune couple cheveux au vent sur une moto qui était devenue le symbole de la nouvelle vague

taiwanaise ; or, cette image n’apparaît jamais dans le film lui-même. Cette absence nous renseigne sur l’art du réalisateur : ce n’est pas le récit d’événements linéaires réels qui l’intéresse mais plutôt la coupe dans le temps, avec des scènes dont il est parfois difficile d’affirmer si elles ont eu lieu ou non, si elles appartiennent au passé, au présent ou au néant. Plongée dans les années 1960 inspirée de l’autobiographie de l’écrivain et coscénariste Wu Nien-Jen, Poussière dans le vent raconte une histoire d’amour vouée à l’échec entre Wan et Huen, deux ados ayant grandi ensemble dans la région nord de l’île. Tous les deux vont quitter leur village rural pour rejoindre Taipei, mais Wan étant appelé à effectuer son service militaire, ils vont se séparer, puis s’éloigner l’un de l’autre. Cette rupture se profile tout au long du film : les cadres sont partagés entre ciel et terre, entre intérieurs et extérieurs,

ou bien traversés par des rails et des ponts. Ces motifs omniprésents rappellent combien ce film sur l’adolescence, hanté par l’irréconciliable hiatus ville-campagne, repli-ouverture et archaïsmemodernité, pose de manière singulière, jusqu’alors inédite, des questions d’identité profondément intimes et, plus largement, ­historiques et nationales. ♦ De Hou Hsiao-Hsien Avec : Wang Chien-Wen, Xin Shufen… Distribution : Splendor Films Durée : 1h49 Reprise : 1 er août

3 raisons d’aller voir ce film 1… Parce que ce long métrage resté inédit en France est une œuvre-clé du cinéma taiwanais réalisée par un grand maître du septième art (Les Fleurs de Shanghai, Millenium Mambo…).

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2… Pour faire l’expérience d’un cinéma du corps et de la sensation, qui imprime un rythme organique, musical, et une virtuosité du cadre comme de l’image.

3… Pour la chronique distanciée et mélancolique qui est faite de la génération adolescente des années 1960 à Taiwan à travers l’histoire contrariée des deux jeunes héros.


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SORTIES EN SALLES CINÉMA

terri Soirée pyjama AZAZEL JACOBS est un éternel débutant. Son travail reste confidentiel alors que sort Terri, son sixième long, sélectionné à Deauville et à Sundance. Le film, charmant comme peut l’être une première œuvre, est une histoire de passage à l’âge adulte. Logique. _Par Laura Tuillier

Après Momma’s Man, sorte de Tanguy urbain et mélancolique, Azazel Jacobs (fils du cinéaste expérimental new-yorkais Ken Jacobs) invente dans Terri un nouveau personnage en mutation. Si le réalisateur s’en va prendre l’air dans l’Amérique rurale, il garde son obsession première, qu’il résume ainsi : « Grandir est toujours un gros problème pour moi, je ne m’y fais pas. » Terri, excellent Jacob Wysocki, est un ado déphasé,

engoncé dans un corps trop gros qui reste à modeler. Pour compliquer les choses, il n’a pas de parents, porte un nom de fille et insiste pour se rendre au lycée en pyjama. C’est pourtant là, dans ce lieu normé à l’extrême où freaks et geeks ne se mélangent pas aux ados bien dans leur peau, que Terri va trouver des compagnons de crise. Si le personnage et le scénario frisent toujours le cliché du petit film indé façon Sundance, Azazel Jacobs parvient à filmer avec talent la déambulation de Terri, de l’absence au monde à l’éveil affectif et sensuel. Comme lors de cette longue nuit arrosée en compagnie de Chad, l’enfant terrible, et de Heather, la fille populaire tombée en disgrâce, pour une scène balançant en permanence entre douceur et cruauté. Azazel Jacobs n’en finit pas de naître avec ses héros. ♦ D’A zazel Jacobs Avec Jacob Wysocki, John C. Reilly… Distribution : Pret t y Pictures Durée : 1h45 Sor tie : 8 août

3 questions à

Azazel Jacobs Vous réalisez un teen movie qui s’amuse beaucoup des conventions du genre… Oui, j’aime beaucoup les teen movies qui parlent de l’adolescence contrariée : Bienvenue dans l’âge ingrat de Todd Solondz, Clueless d’Amy Heckerling… Je voulais que Terri soit dans la lignée de ces films. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec John C. Reilly ? John C. Reilly connaissait mon travail. Avec Patrick Dewitt (le coscénariste – ndlr), nous avons rapidement pensé à lui pour le personnage du proviseur adjoint. J’aime beaucoup son jeu. Dans Terri, je vois John C. Reilly faire semblant d’être M. Fitzgerald, et M. Fitzgerald faire semblant d’être un adulte responsable. La frontière entre le bien et le mal est toujours mince pour le trio d’amis… Je me souviens d’avoir été perdu et contrarié, adolescent, lorsque j’ai compris que dans La Guerre des étoiles le mal ne sait pas qu’il est le mal. Dans Terri, ce sont souvent les défauts des personnages qui font leur valeur. Ils sont à l’âge où tout oscille sans cesse entre magie et sordide.

3 raisons d’aller voir ce film 1… Parce qu’il est toujours bon de retrouver John C. Reilly (vu récemment dans Carnage), ici impeccable en proviseur adjoint aux méthodes éducatives déjantées.

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2… Pour découvrir un réalisateur encore peu connu, qui s’apprête à adapter Spanish Blood, une nouvelle policière de l’Américain Raymond Chandler.

3… Pour le choix parfait des trois acteurs adolescents : chacun à sa manière, ils réussissent à échapper aux clichés du genre et à dresser un portrait de groupe attachant.


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Confession d’un enfant du siècle Doherty à confesse Transposition épurée de la complainte romantique de Musset par SYLVIE VERHEYDE, Confession d’un enfant du siècle confirme son actualité. _Par Clémentine Gallot

Octave (Pete Doherty), mondain terrassé par les excès du libertinage et par une « maladie morale abominable », est appelé à la campagne par la mort de son père. Il y poursuit de ses ardeurs une veuve dévote de province (Charlotte Gainsbourg). Musset romançait son idylle avec George Sand dans ce texte du patrimoine français, revisité ici en anglais sans rien perdre de la musicalité du verbe. « La langue est sophistiquée, précise la cinéaste Sylvie Verheyde, mais la mise en scène est stylisée et

épidermique », plus économe que dans la relecture rock de Versailles par Sofia Coppola. « Poète maudit et sacralisé, Doherty incarne la dualité de Musset, la débauche et la pureté. » Doherty en dandy, tarte à la crème tant est grande la convergence entre le rockeur dissipé à la mine souffreteuse et les mœurs dissolues d’Octave. Il joue pourtant habilement du contrepoint avec Gainsbourg, sur la défensive, tendue et diaphane. Tout l’enjeu de cette adaptation est bien d’exposer, dans le choix de ses interprètes, d’évidents liens générationnels avec le stupre fin de siècle, ses voluptés cycliques. Car ce mélo des amants pleure aussi la décadence de son temps, celle d’une « jeunesse soucieuse » assise sur « un monde en ruines ». ♦ De Sylvie Verheyde Avec : Pete Doher t y, Charlot te Gainsbourg… Distribution : Ad Vitam Durée : 2h0 0 Sor tie : 29 août

3 questions à

Pete Doherty Comment a eu lieu cette transition de la chanson au cinéma ? J’ai toujours voulu jouer la comédie, j’attendais simplement le bon moment. Vers 17-18 ans, je dévorais la littérature romantique (l’une de ses chansons s’intitule À rebours, d’après un roman d’Huysmans – ndlr), mais pas Musset. Jusqu’à ce que je lise le script de Sylvie. Y a-t-il un lien entre votre personnage scénique et le fait de jouer la comédie ? Non, quand je compose et que je fais de la musique, c’est vraiment mon monde. Dans ce film, je m’en suis remis aux mains de quelqu’un d’autre : j’ai besoin d’être dirigé, mon père était dans l’armée, je sais qu’il me faut cette discipline. Que nous apprend le dandy du film sur notre culture jeune ? Les dandys de tout temps sont vains et obsédés par eux-mêmes, à la recherche du plaisir. Je ne sais pas si le film va leur parler, vous savez comment ils sont, les jeunes n’écoutent jamais.

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour la B.O. en nappes cotonneuses de Nousdeux The Band (avec Sébastien Tellier), déjà à l’œuvre pour Stella de Sylvie Verheyde, et pour le générique composé par Doherty.

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2… Pour la modestie des moyens de production, qui a coûté au film son accueil mitigé à Cannes mais qui lui confère sa légèreté en évitant la lourde reconstitution costumée.

3… Pour les scènes d’intérieurs, tableaux somptueux qui sont aussi des scènes d’intimité où Doherty et Gainsbourg batifolent au lit, à la limite du making of.


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LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI SECONDE NATURE Les enfants loups de MAMORU HOSODA ne taquinent pas les vampires, mais sont les émouvants piliers d’un somptueux portrait de famille où le quotidien doit s’accommoder du fantastique. _Par Étienne Rouillon

Soit. C’est un homme loup. Ce qui importe à la jeune Hana n’est pas de savoir pourquoi, mais plutôt de se concentrer sur comment vivre avec cet homme, élever leurs deux bébés aux joues tour à tour lisses et poilues. La mort accidentelle du père la pousse à s’installer dans un village en lisière d’une forêt, où les enfants apprivoiseront leur double identité jusqu’au moment où le choix se fera inévitable. Cette intrusion

du merveilleux dans le banal du noyau familial avait déjà hissé Hosoda sur des sommets avec Summer Wars (2010), où la menace d’une guerre cybernétique permettait à un jeune hacker de trouver sa place dans sa belle-famille. Devoirs d’école contre chasse au canard d’un coup de patte, ­chamailleries entre frère et sœur contre vraie bagarre où l’on montre les crocs, Les Enfants Loups brille de cette perméabilité entre deux univers : subie, puis domptée et enfin brisée à mesure que les louveteaux s’inventent adolescents. Emportés par la générosité inventive de la mise en scène, les jeunes spectateurs viendront gonfler la meute hurlant à l’amour d’une ­fratrie comme les autres. ♦ De Mamoru Hosoda (animation) Avec les voix (en V.O.) de : Aoi Miyazaki, Momoka Oono… Distribution : Eurozoom Durée : 1h57 Sor tie : 29 août

3 questions à

Mamoru Hosoda Pourquoi cette histoire ? De jeunes mères me racontaient que, parfois, leurs jeunes enfants ressemblaient à des petites bêtes sauvages. Si j’avais des enfants et s’ils étaient aussi difficiles qu’on le dit, à quel animal me feraient-ils penser ? Le loup m’est venu naturellement. Pourquoi l’homme loup se transforme-t-il sous un ciel étoilé ? Cette scène se déroule durant une nuit de lune nouvelle, lorsque la lune est totalement occultée. Je fais ainsi comprendre aux spectateurs que mon homme loup n’est pas vraiment un loup-garou : il accepte sa condition, il ne subit pas une malédiction. Parlez-nous de la scène de course dans la neige… C’est une scène charnière, elle met un terme au calvaire de Hana, qui laisse enfin éclater sa joie. Je voulais montrer que, parfois, nos sentiments courent plus vite que nos corps, qu’ils les dépassent. Quand un bonheur intense survient, notre environnement est transfiguré, comme sublimé. _Propos recueillis par Julien Dupuy

3 raisons d’aller voir ce film 1… Pour les bouilles attendrissantes des enfants mais aussi de leur mère aux traits vieillissants avec le temps, signées par le maître du character design Yoshiyuki Sadamoto.

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2… Pour la qualité de l’animation, qui touche au parfait quand elle meut une toile d’araignée mouillée d’eau de pluie ou dessine la silhouette d’un ours sous les feuilles.

3… Pour la scène de course dans la neige, faite de roulés-boulés dans une poudreuse explosant à l’unisson des cris de joie, aussi puissante que les envolées du Château dans le ciel.


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LES ÉVÉNEMENTS DES SALLES agenda Jusqu’au 5 août

Cycle Kung Fu Panda > MK2 QUAI DE LOIRE

Programmation de Kung Fu Panda de Mark Osborne et John Stevenson (en VF 2D) et Kung Fu Panda 2 de Jennifer Yuh (en VF 2D), les samedis et dimanches à partir de 10h30. Du 1er au 7 août

Festival du cinéma belge > MK2 HAUTEFEUILLE

À l’occasion de la fête nationale belge, sont programmés Toto le héros de Jaco Van Dormael, La Raison du plus faible de Lucas Belvaux, Eldorado de Bouli Lanners, La Promesse de Jean-Pierre et Luc Dardenne, La Merditude des choses de Felix Van Groeningen, Bullhead de Michael R. Roskam et beaucoup d’autres. Du 25 juillet au 4 septembre

Cycle junior > MK2 PARNASSE, QUAI DE SEINE, QUAI DE LOIRE, BIBLIOTHÈQUE, GAMBETTA, NATION

Programmation spéciale pour les vacances d’été. Thème : « Un petit tour autour de la Terre », avec les films Vent de folie à la ferme, Ma petite planète chérie, Pollen, Les Contes de la ferme, Le Tigre et les animaux de la forêt et Océans. Du 25 août au 16 septembre

Cycle jazz > MK2 QUAI DE LOIRE

L’APPLI

Toujours près

En partenariat avec le festival Jazz à la Villette, projection de Ray de Taylor Hackford, Kansas City de Robert Altman, Michel Petrucciani de Michael Radford et Motown – La Véritable Histoire de Paul Justman. Les samedis et dimanches à partir de 10h30.

ÉCOUTE EN SALLE

_Par Claude Garcia

« On va voir un truc ? Je sais pas ce qu’il y a dans le coin… » La réponse se trouve dans votre jean. L’application MK2 Cinéma est conçue pour vous accompagner depuis le moment où survient l’idée d’aller se faire une toile jusqu’à celui où les lumières s’éteignent et le projecteur s’allume. Du bout des doigts, vous parcourez les programmes proposés dans le réseau MK2 : longs métrages, avant-premières, événements, rétrospectives… Envie d’en savoir plus ? Les fiches films et les bandes-annonces vous aideront à faire votre choix. Mieux, la géolocalisation vous permet de voir quel film sera joué dans les minutes à venir dans le cinéma le plus proche de vous. Vous pouvez alors acheter votre billet en ligne, depuis la terrasse d’un café ou du fond du bus, à retirer en caisse ou dans les bornes libre-service. Rallumez votre téléphone après la projection pour nourrir les fiches films de vos réactions et coups de cœur à partager avec la communauté des cinéphiles. ♦ MK 2 Cinéma Gratuit // Disponible sur l’iTunes Store pour iPhone, iPod touch et iPad

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©Ekleroshock

Cet été, MK2 lance son application pour iPhone, MK2 Cinéma. Consultez les séances qui débutent juste à côté de l’endroit où vous vous trouvez, réservez et achetez votre place sur le chemin de la salle : le cinéma, c’est dans la poche.

Mains armées (Bande originale du film) Pour la bande originale de son incursion dans le polar urbain, Pierre Jolivet fait une fois de plus appel à son fils Adrien (également comédien du film). En binôme avec Sacha Sieff, qui apporte un peu de sa touche trip hop, Jolivet fils compose une longue ballade electro relevée de discrètes touches groovy, d’une douceur étonnante pour cette intrigue tachée de sang et de coke. Contresens ? Non : derrière ces vagues spleenétiques, où se niche une tempête sourde, se lit aussi le lien filial de Lucas (Roschdy Zem) et Maya (Leïla Bekthi), qui ne demande qu’à remonter à la surface, sous les coups de feu s’il le faut. _F.d.V. Mains armées (Bande originale du film) de Sacha Sief f et Adrien Jolivet (Ekler’o’shock, disponible) En écoute dans toutes les salles MK 2


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la chronique de dupuy & berberian

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Le carnet de Charlie Poppins

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Trois Couleurs #103 - Eté 2012