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N 172

O 

SEPTEMBRE 2019 GRATUIT

CÉLINE SCIAMMA PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU LA TOILE S’EMBRASE


LES FILMS PELLÉAS PRÉSENTE

ÉBLOUISSANT. BONDISSANT. SOMPTUEUX. VIREVOLTANT. FLAMBOYANT. TÉLÉRAMA

L’HUMANITÉ

LES INROCKS

MARIANNE

PREMIÈRE

CHIARA MASTROIANNI, VINCENT LACOSTE, CAMILLE COTTIN, BENJAMIN BIOLAY VOUS DONNENT RENDEZ-VOUS :

Prix d’interprétation Chiara Mastroianni UN CERTAIN REGARD FESTIVAL DE CANNES

Marc Paufichet pour la Flibuste / photo : © Jean-Louis Fernandez

UN FILM DE

CHRISTOPHE HONORÉ LE 9 OCTOBRE


ÉDITO Éclairer

les angles morts de l’identité, représenter l’invisible : voilà comment on peut percevoir l’ambition secrète du cinéma de Céline Sciamma. Dès son premier film, Naissance des pieuvres (2007), elle montrait, pour la première fois dans le cinéma français d’un point de vue de femme lesbienne, les jeux de regards dans les vestiaires des filles à la piscine, les vagues de désir qui ondulent entre adolescentes à l’abri des regards masculins. En 2011, en plein débat sur le mariage pour tous, elle s’intéressait, avec une infinie tendresse dans Tomboy, à une fille de 10 ans qui endosse une identité masculine le temps d’un été – et peut-être plus. Trois ans plus tard, avec Bande de filles, elle imaginait la difficulté de Marieme, ado noire qui grandit en banlieue parisienne, à trouver sa place dans la société française de 2014, encore pétrie de préjugés et de barrières. Avec ce Portrait de la jeune fille en feu, Prix du scénario à Cannes en mai et en salles ce mois-ci, Céline Sciamma tourne pour la première fois son délicat faisceau lumineux vers le passé, en jouant plus que jamais avec la notion de révélation. Elle s’intéresse à une femme peintre – son alter ego ? – venue sur une petite île bretonne en 1770 faire le portrait d’une femme qui se refuse aux regards pour se protéger, et dont elle s’éprend au fur et à mesure que celle-ci se dévoile. La cinéaste compose de main de maître une toile inédite : celle d’un amour lesbien, dans un environnement féminin, lors d’un siècle des Lumières qui a pourtant peu ou mal éclairé les femmes. En interview, Sciamma nous a confié que la première phrase du film constituait son programme : « Prenez le temps de me regarder. » Avec plaisir, maintenant que l’œuvre existe enfin. • TIMÉ ZOPPÉ


PRIMA LINEA PRODUCTIONS PRÉSENTE

« UN CHEF-D’ŒUVRE » PARIS MATCH

« MERVEILLEUX » TÉLÉRAMA

UN FILM DE

CONCEPTION

RÉALISATION

© 2019 PRIMA LINEA PRODUCTIONS - PATHÉ FILMS - FRANCE 3 CINÉMA - INDIGO FILM - CRÉDITS NON CONTRACTUELS

LORENZO MATTOTTI

LE 9 OCTOBRE PathéFilms #LaFameuseInvasionDesOurs


POPCORN

P. 16 RÈGLE DE TROIS : GÉRALDINE NAKACHE • P. 18 SCÈNE CULTE : RAMBO. FIRST BLOOD • P. 24 FLASH-BACK : L’ARMÉE DES OMBRES

BOBINES

P. 28 EN COUVERTURE : PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU P. 40 INTERVIEW : JOHN WATERS • P. 56 INTERVIEW : MATI DIOP

ZOOM ZOOM P. 64 NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE P. 66 RIVER OF GRASS • P. 69 AD ASTRA

COUL’ KIDS

P. 86 INTERVIEW : TATIANA-MOSIO BONGONGA • P. 88 LA CRITIQUE DE LÉONORE : LES PETITS MAÎTRES DU GRAND HÔTEL

OFF

P. 90 RENTRÉE LITTÉRAIRE • P. 104 SONS : LOWER DENS P. 106 SÉRIES : LES SAUVAGES

ÉDITEUR MK2 AGENCY — 55, RUE TRAVERSIÈRE, PARIS XIIE — TÉL. 01 44 67 30 00 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : ELISHA.KARMITZ@MK2.COM | RÉDACTRICE EN CHEF : JULIETTE.REITZER@MK2.COM RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE : TIME.ZOPPE@MK2.COM | RÉDACTEURS : QUENTIN.GROSSET@MK2.COM, CORENTIN.LE@MK2.COM, JOSEPHINE.LEROY@MK2.COM | GRAPHISTE : JÉRÉMIE LEROY | SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : VINCENT TARRIÈRE | STAGIAIRE : QUENTIN BILLET-GARIN | ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO : LOUIS BLANCHOT, LILY BLOOM, CHARLES BOSSON, ADRIEN DÉNOUETTE, JULIEN DOKHAN, JULIEN DUPUY, MARIE FANTOZZI, YANN FRANÇOIS, ADRIEN GENOUDET, AÏNHOA JEAN-CALMETTES, DAMIEN LEBLANC, GRÉGORY LEDERGUE, OLIVIER MARLAS, STÉPHANE MÉJANÈS, THOMAS MESSIAS, JÉRÔME MOMCILOVIC, WILFRIED PARIS, MICHAËL PATIN, LAURA PERTUY, PERRINE QUENNESSON, BERNARD QUIRINY, GAUTIER ROOS, CÉCILE ROSEVAIGUE, ÉRIC VERNAY, ANNE-LOU VICENTE, ETAÏNN ZWER & LÉONORE ET ADÈLE PHOTOGRAPHES : CHRISTOPHE GEYRES, JULIEN LIÉNARD, PALOMA PINEDA | ILLUSTRATEURS : PABLO COTS, SAMUEL ECKERT, ÉMILIE GLEASON, ANNA WANDA GOGUSEY, PABLO GRAND MOURCEL | PUBLICITÉ | DIRECTRICE COMMERCIALE : STEPHANIE.LAROQUE@MK2.COM RESPONSABLE MÉDIAS : CAROLINE.DESROCHES@MK2.COM | ASSISTANTE RÉGIE, CINÉMA ET MARQUES : EVA.LEVEQUE@MK2.COM RESPONSABLE CULTURE, MÉDIAS ET PARTENARIATS : ALISON.POUZERGUES@MK2.COM ASSISTANTE CULTURE, MÉDIAS ET PARTENARIATS : CLAIRE.DEFRANCE@MK2.COM TROISCOULEURS EST DISTRIBUÉ DANS LE RÉSEAU LE CRIEUR   CONTACT@LECRIEURPARIS.COM   © 2018 TROISCOULEURS — ISSN 1633-2083 / DÉPÔT LÉGAL QUATRIÈME TRIMESTRE 2006 — TOUTE REPRODUCTION, MÊME PARTIELLE, DE TEXTES, PHOTOS ET ILLUSTRATIONS PUBLIÉS PAR MK2 AGENCY EST INTERDITE SANS L’ACCORD DE L’AUTEUR ET DE L’ÉDITEUR. — MAGAZINE GRATUIT. NE PAS JETER SUR LA VOIE PUBLIQUE.


INFOS GRAPHIQUES

RÉVÉLATIONS COSMIQUES Ad Astra,

le nouveau film de James Gray, sur un astronaute (Brad Pitt) qui s’envole dans l’espace à la recherche de son père et d’un moyen de sauver la planète, sort le 18 septembre (lire p. 69). Parce que l’ambition de ses effets spéciaux aurait empêché sa présence à Cannes cette année, on s’est demandé comment quelques-uns de ses collègues avaient choisi, eux, de représenter certains phénomènes cosmiques. Si certains, terre à terre, se sont entourés de scientifiques, d’autres ont visiblement laissé vagabonder leur imagination.  • JOSÉPHINE LEROY — ILLUSTRATRION : JÉRÉMIE LEROY

LE TROU NOIR

Avec l’aide de l’astrophysicien Aurélien Barrau, la cinéaste a figuré un trou

DANS HIGH LIFE DE CLAIRE DENIS (2018)

noir entouré d’une ceinture de feu qui ressemble incroyablement à celui capturé par un télescope cinq mois après la sortie du film, en avril dernier.

LA PLANÈTE DOUBLE

Inspiré par les planètes doubles (deux planètes très proches l’une de l’autre), Lars von Trier a imaginé, dans ce beau

DANS MELANCHOLIA DE LARS VON TRIER (2011)

film funèbre, une planète qui, sur le point d’absorber la Terre, exerce une étrange influence sur l’héroïne.

LE RAYON VERT

Pour conclure en beauté ce film dans lequel les mots fusent, une image : celle d’un vrai rayon vert (un point

DANS LE RAYON VERT D’ÉRIC ROHMER (1986)

visible quelques secondes au-dessus d’un astre) dans un ciel crépusculaire, qui apaise les doutes de l’héroïne.

LA DESTRUCTION DE L’ASTÉROÏDE

Fiction : un directeur de la NASA (Bruce Willis) et son équipe détruisent un astéroïde déboulant sur Terre avec

DANS ARMAGEDDON DE MICHAEL BAY (1998)

une charge nucléaire. Réalité : un véritable astéroïde résisterait à un tel explosif, selon certains scientifiques.

LE SILENCE DANS L’ESPACE

Pour documenter son épopée spatiale, Kubrick a collaboré avec la NASA, nouant une relation inédite entre

DANS 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE DE STANLEY KUBRICK (1968)

scientifiques et cinéastes. Parce qu’il n’y a pas de son dans l’espace, il a réalisé de sublimes scènes sans un bruit.

ÉMOPITCH ÇA. CHAPITRE 2 (SORTIE LE 11 SEPTEMBRE) 6


lilies films présente

no é m i e merlant

adèl e

SOMP T U E U X

VI B RANT

I NCAN D E S C E N T

le parisien

le monde

elle

haenel

u n f i l m de

c él i ne sc ia m m a

le 1 8 sep t e mbr e

VERTIGINEUX télérama


FAIS TA B.A.

À chaque jour ou presque sa bonne action cinéphile. Grâce à nos conseils, enjolivez le quotidien de ces personnes qui font de votre vie un vrai film (à sketchs). POUR VOTRE COLOC, QUI EST VENUE À BOUT DE TOUS LES ÉPISODES D’INSPECTEUR DERRICK Elle dévore les séries et films policiers comme elle engloutit les mille-feuilles. Parce qu’elle déprime après avoir fini les vingt-cinq saisons (oui…) de la série allemande sus-citée, allez donc voir ensemble le fascinant Un flic sur le toit (1977) du cinéaste suédois Bo Widerberg – l’enquête de deux policiers sur l’assassinat d’un commissaire au passé trouble –, qui ressort en version restaurée.

: « Un flic sur le toit » de Bo Widerberg. Ressortie en version restaurée le 18 septembre (Malavida Films, 1 h 47)

© PETIT À PETIT PRODUCTION – LES FILMS DE LA CARAVANE

POUR VOTRE MÈRE, À LA RECHERCHE D’UN ENDROIT COOL POUR SA RETRAITE Vivant à Paris, elle veut retourner dans son Ardèche natale, mais craint de s’y ennuyer. Pas de risque, en tout cas à Lussas, si l’on en croit Claire Simon, qui a présenté sa série docu Le Village à la dernière édition du Cinéma du réel. Au centre du village, un grand festival de documentaire. Et du vin. Et des fruits. Les Lussassois savent vivre, pas de doute.

: « Le Village » de Claire Simon (saison 1, dix épisodes d’une durée totale de 280 minutes, Wide House)

POUR VOTRE COUSIN, QUI VOUS A AIDÉ(E) À FINIR LES GRILLES DE MOTS FLÉCHÉS CET ÉTÉ Alors que vous vous impatientiez, il vous avait lancé « uchronie ». Bingo ! C’était le mot manquant. Il vous avait ensuite expliqué qu’on l’utilisait pour parler des fictions qui réécrivent l’histoire, comme Quentin Tarantino l’avait fait avec la Seconde Guerre mondiale dans Inglourious Basterds. Remerciez-le en lui offrant cet ouvrage consacré à ce film drôle et politiquement féroce.

: « Inglourious Basterds » de David Roche (144 p., Vendémiaire)

POUR VOTRE MOITIÉ, QUI PARLE LA NUIT (ET VOUS MET À L’ÉPREUVE)

Red 11 de Robert Rodriguez

© D. R.

Pendant son sommeil, elle se transforme en conteur(se) d’histoires flippantes que vous notez sur un calepin. Pour son anniversaire, rendez-vous au Festival européen du film fantastique de Strasbourg, qui projette des films aux récits fous et dont l’invité d’honneur est cette année le génial Robert Rodriguez, figure, avec son pote Quentin Tarantino, du cinéma pulp. Superbe cadeau.

: « Festival européen du film fantastique de Strasbourg », du 13 au 22 septembre

POUR VOTRE GRAND-PÈRE, UN OPTIMISTE QUI A TOUJOURS REVENDIQUÉ SES ORIGINES TZIGANES Si son tempérament est joyeux, il est lassé des caricatures qui circulent autour des Tziganes. Redonnez-lui espoir avec ce coffret qui comprend sept films (dont Gadjo Dilo ou Exils) du Français Tony Gatlif qui, depuis les années 1980, montre la diversité et la richesse culturelle de ce peuple – notamment à travers la musique (le coffret comprend d’ailleurs un CD). Voilà qui fait du bien.

: « Tony Gatlif. Canta Gitano » (Arte Éditions)

• JOSÉPHINE LEROY 8


LES RÉPONSES QUE NOUS C HERC HONS NʼONT JAMAIS ÉTÉ AUSSI PROC HES

LE 18 SEPTEMBRE


HOME CINÉMA

Chaque mois, une traversée des tendances du design, de l’art de vivre et de la culture portées par le grand écran et disponibles au mk2 store du mk2 Bibliothèque. Ce mois-ci : une sélection intersidérale à l’occasion de la sortie le 18 septembre d’Ad Astra de James Gray. • CORENTIN LÊ

LE DVD DE 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE DE STANLEY KUBRICK Comme l’espace, le film culte de Stanley Kubrick sorti en 1968 n’arrête pas de fasciner les chercheurs (en cinéma), et l’on ne cesse d’en sonder les phénomènes et d’y faire de nombreuses découvertes. L’occasion de se replonger dans ce grand film dont le mystère n’a d’égal que la précision et la rigueur de la mise en scène, résolument céleste. Le monolithe n’attend plus que vous.

LE LIVRE UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS DE STEPHEN HAWKING

LE VINYLE DE LA B.O. D’INTERSTELLAR

Vous êtes amateur de cosmologie, de trous noirs et de particules élémentaires, mais vous n’y comprenez rien ? Rien de mieux, pour commencer à explorer joyeusement les méandres spatiotemporelles de l’univers en expansion qui nous entoure, que ce best-seller publié en 1988 par le célèbre astrophysicien Stephen Hawking. Un précis de vulgarisation à la portée de tous.

Si le film d’exploration spatiale de Christopher Nolan est resté gravé dans les esprits depuis sa sortie en 2014, sa superbe bande-son composée par l’éminent Hans Zimmer n’y est pas pour rien. Le vinyle prolonge l’expérience et vient figurer ses spectaculaires boucles cosmiques : voir un disque noir tournoyer au rythme de compositions existentielles n’aura jamais paru aussi pertinent.

— : mk2 store du mk2 Bibliothèque 128, avenue de France, Paris XIIIe

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L’OUVRAGE ILLUSTRÉ UNIVERS DE GUILLAUME DUPRAT Parce que les multivers n’ont pas attendu la franchise Avengers pour faire surface, Guillaume Duprat a regroupé les théories spatiales qui ont rythmé les évolutions de l’humanité depuis des millénaires. Destiné à un jeune public, cet ouvrage riche en illustrations avec lesquelles le lecteur peut interagir nous emmène des Grecs à Albert Einstein en passant par Galilée.


LES FILMS DU BAL, CINEKAP ET FRAKAS PRODUCTION PRÉSENTENT

«UN

REGARD POÉTIQUE ET POLITIQUE SUR LE SÉNÉGAL D’AUJOURD’HUI» RFI

«LA

BEAUTÉ

PURE D’UNE HISTOIRE D’AMOUR»

LE MONDE

«D’UNE PUISSANCE

POÉTIQUE

FOLLE»

LES INROCKS

« UNE GRÂCE

« DU

GRAND

PUR

«UN ÉTAT DE

CINÉMA ENVOÛTEMENT FILM FULGURANT SUBLIME »

FRANCE CULTURE

»

BANDE A PART

«UN

«

POSITIF

« UNE

» À EN PLEURER »

LA SEPTIÈME OBSESSION

SENSUELLE» MERVEILLE» SOMPTUEUX GRAZIA

DESIGN ROCH DENIAU - CRÉDITS NON CONTRACTUELS

L’HUMANITÉ

AU CINÉMA LE 2 OCTOBRE

« UN FILM » LIBÉRATION


CHAUD BIZ

POPCORN

QUI POUR REPRÉSENTER LA FRANCE AUX OSCARS ?

Le

par le comité de sélection. Depuis 2016, il était composé de quatre membres fixes (le président de la commission Avance sur recettes, le délégué général du Festival de Cannes, le président de l’académie des César et le président d’UniFrance) et de trois membres tournants (des professionnels du cinéma désignés par le ministre de la Culture). Trois des membres fixes sont maintenus (exit le président de la commission Avance sur recettes), auxquels s’ajoutent six professionnels : deux cinéastes, deux producteurs et deux vendeurs internationaux, désignés chaque année par le ministre de la Culture sur proposition du CNC. Les règles d’éligibilité ont aussi été assouplies. Jusqu’à présent, pour être désignée, une œuvre devait être sortie en salle en France entre le 1er octobre et le 30 septembre de l’année précédente. Désormais, l’organisation de sorties techniques (soit de sept jours consécutifs) avant le 30 septembre pourra être autorisée pour les titres dont la sortie « en grande pompe » est prévue plus tard. Alors, qui sera notre champion 2020 ? Réponse dans les deux dernières semaines de septembre. • PERRINE QUENNESSON — ILLUSTRATION : ÉMILIE GLEASON

CNC a décidé de modifier la procédure de sélection du film français concourant à l’Oscar du meilleur film étranger, afin d’augmenter les chances de victoire du cinéma hexagonal lors de la prochaine cérémonie des Oscars, le 9 février prochain.   Neuf. C’est le nombre d’Oscars du meilleur film étranger remportés par un long métrage français. À cela s’ajoutent trois prix honorifiques avant 1957, date à laquelle cette distinction a été intégrée à la Compétition officielle. La dernière fois que l’Hexagone l’a emporté, c’était en 1993, avec Indochine de Régis Wargnier. Depuis, si la France, qui est le seul pays à envoyer un candidat chaque année, parvient régulièrement à placer un de ses films parmi les cinq nommés, elle repart toujours bredouille. L’année dernière, La Douleur d’Emmanuel Finkiel n’a pas fait exception – le film n’a d’ailleurs même pas figuré parmi les neuf présélectionnés. Le CNC, dans un souci de renforcement de « la compétitivité de la France » – comme l’a expliqué, dans un communiqué en juillet dernier, sa présidente d’alors, Frédérique Bredin – a donc décidé de procéder à quelques changements, à commencer

La dernière fois que l’Hexagone l’a emporté, c’était en 1993, avec Indochine de Régis Wargnier.

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UN FILM DE

JOHN CHESTER

AVEC

DE LA VOIX

N CYRIL DIEO R DE L I S AT U ” CO-RÉA “ DEMAIN

AU CINÉMA LE 9 OCTOBRE


L’AVIS PUBLIC

#RESPECTBRUCELEE #QUENTINTARANTINO @FRANCEINFOPLUS

POPCORN

© SONY PICTURES

Mécontente de la représentation de son père dans #OnceUponATime InHollywood, la fille de #BruceLee s'en prend à #Tarantino @YUM2TV

@TRUFFOLOGUE

" Je comprends qu'ils veuillent faire du personnage de Brad Pitt quelqu'un de super bad-ass qui pourrait battre #BruceLee, mais ils n'avaient pas besoin de le traiter de la façon dont le Hollywood blanc de l'époque l'a fait de son vivant." Shannon Lee mécontente après Tarentino !

Je comprends pas le choix de montrer uniquement ce côté arrogant. Bruce lee est une icône pour beaucoup. Et Tarantino semblait lui aussi l’admirer (kill bill). Drôle de choix.

@KARINEMDONELLE

Bruce Lee prend cher dans #OnceUponATimeInHollywood et c’est gênant, surtout que c’est le seul perso racisé. Mais à la décharge de Tarantino, Bruce Lee n’existe pas dans le film. Il est là pour symboliser le Hollywood mégalo, comme Sharon Tate est là pour symboliser l’ingénuité. @CONALLOG

Il faut s'intéresser au traitement des personnages racisés pour voir que Bruce Lee se fait ridiculiser, Mikey Madison se fait incinérer, et qu'en situant son flashback avant 1965, Tarantino va jusqu'à refuser à Mohammed Ali son propre nom, pour user de son slave name.

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Gaumont présente

D ’A P R È S L E B E S T- S E L L E R D E P I E R R E L E M A I T R E

et pour la première fois à l’écran

JeremY seneZ

PHOTOS : NICOLAS SCHUL - CREA : COURAMIAUD

et pour la première fois à l’écran

d’après l’ouvraGe « trois Jours et une vie » de pierre lemaitre © éditions alBin micHel, 2016

LE 18 SEPTEMBRE AU CINÉMA


RÈGLE DE TROIS

GÉRALDINE NAKACHE

Dans J’irai où tu iras, son troisième long métrage après Tout ce qui brille (2010) et Nous York (2012), elle incarne une jeune chanteuse qui se fait conduire à une audition par sa sœur (jouée par sa fidèle comparse Leïla Bekhti), avec laquelle elle a des relations tendues. Si on la sait fan de variét’, l’actrice et réalisatrice nous en dit plus sur ses films préférés. Pouvez-vous vous décrire en 3 personnages de fiction ? Sally Albright (Meg Ryan) dans Quand Harry rencontre Sally de Rob Reiner. Michou (Patrick Timsit) dans La Crise de Coline Serreau. Et Clementine (Kate Winslet) dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry.   Si vous deviez présenter Vali, votre personnage dans le film, en 3 chansons de variété, lesquelles choisiriez-vous ? Bien entendu « J’irai où tu iras » de Céline Dion. « J’ai 10 ans » d’Alain Souchon. Et « I Believe I Can Fly » de R. Kelly. Je vous laisse voir le film et me dire si ça vous semble juste.   3 couples de cinéma qui vous inspirent ? Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo dans Les Parapluies de Cherbourg. Une évidence. Aladdin et Jasmine. Aussi doux et sucré

qu’une madeleine. Alain Chabat et Jean-Pierre Bacri, parce que c’est un immense duo de comédie qui dégage un rythme et une musicalité incroyables. 3 scènes qui ont fait votre éducation sentimentale ? Dans Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, la scène finale où Geneviève retrouve Guy [au début du film, alors qu’elle est enceinte de lui, Geneviève écoute sa mère et quitte Guy, sur le point de partir pour la guerre d’Algérie, ndlr] et où le spectateur découvre qu’ils sont respectivement parents d’une Françoise et d’un François. Toutes les scènes des Choses de la vie de Claude Sautet, parce qu’on sent la fragilité du destin, et aussi pour les compositions musicales quasi organiques de Philippe Sarde. Et puis toutes les scènes de Happy Together de Wong Kar-wai. J’avais 17 ans quand j’ai découvert le film. Un choc.

— : « J’irai où tu iras » de Géraldine Nakache, Mars Films (1 h 40), sortie le 2 octobre

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Une comédie qui vous console au bout de 3 minutes ? Un air de famille de Cédric Klapisch. Imparable. Et aussi Nos jours heureux, réalisé par mon frère [Olivier Nakache, ndlr] et Éric Toledano.   L’acteur ou l’actrice qui vous faisait fantasmer à 13 ans ? Tom Cruise dans Cocktail de Roger Donaldson, mais uniquement en VF ! William Coryn [la voix française de Tom Cruise, ndlr] doit y être pour quelque chose.   3 scènes de films que vous aimeriez vivre ? Je voudrais découvrir la machine à voyager dans le temps de Retour vers le futur, voir de plus près l’usine à chewing-gum des Aventures de Rabbi Jacob et danser sous des trombes d’eau avec Gene Kelly dans Chantons sous la pluie.   • PROPOS RECUEILLIS PAR JOSÉPHINE LEROY


METROPOLITAN FILMEXPORT PRÉSENTE

DILAN AMIRA CAMÉLIA ESTHER GWYN CASAR JORDANA GARREL MAYA NANNA NOUSH SANSA BLONDELL SKAUGEN

Design : Laurent Pons / TROÏKA - CRÉDITS NON-CONTRACTUELS

UN FILM DE CAROLINE FOUREST

© PLACE DU MARCHÉ PRODUCTIONS – KADOR – DAVIS FILMS – DÉLICE MOVIE – EAGLE PICTURES – FRANCE 2 CINÉMA


SCÈNE CULTE

RAMBO. FIRST BLOOD (1983)

« La mission est finie. POPCORN

— Rien n’est fini. »

Vétéran

sauve au personnage ; mieux, de substituer à sa mort physique une mort émotionnelle. Après 1 h 25 de montée en tension et en brutalité, quand il ne reste plus rien de Hope, Rambo se retrouve face à son ancien instructeur, le colonel Trautman (Richard Crenna), dans les décombres du commissariat. « La mission est finie », lui intime celui qui l’a façonné. « Rien n’est fini », répond Rambo. Alors le son de la mitrailleuse M60 laisse place à celui, longtemps réprimé, de sa voix, dans une logorrhée traumatique houleuse où la colère cède place au désespoir et aux larmes. Recroquevillé dans la pénombre, enfin filmé à hauteur d’enfant, Johnny tend la main pour attraper celle du colonel et enfouir son visage dans l’uniforme paternel. Grâce à ce faux happy end au goût de cendre, Stallone ne se contentait pas de renvoyer l’Amérique face à ses victimes : il lui demandait d’apprendre à les aimer. • MICHAËL PATIN

du Viêt Nam au bout du rouleau, John Rambo apprend la mort de son dernier compagnon d’armes et part sur les routes de l’Amérique profonde. Alors qu’il fait halte à Hope (ça ne s’invente pas), le shérif le prend en grippe et le reconduit à la sortie de la ville. Mais Rambo fait demi-tour. Jeté en prison, brutalisé par les hommes de loi, il s’échappe dans la nature sauvage et retrouve le seul rôle dont il comprend les codes : celui de guerrier impitoyable. Trois décennies et quatre suites plus tard (dont Rambo. Last Blood qui sort le 25 septembre), on reste en admiration devant la limpidité du film de Ted Kotcheff : en déplaçant la ligne de front « à l’intérieur », en ramenant la violence à son point d’origine, il forçait l’Amérique à se mirer dans le blanc du couteau. À cette ambition-là, encore attachée aux années 1970 (l’exorcisme du Viêt Nam, la linéarité amère du vigilante movie), répondait le contrechamp sentimental souhaité par Stallone, et sans lequel Rambo ne serait pas devenu une franchise et un mythe. Acteur et coscénariste embauché sur le tard par la production, c’est lui qui a l’idée de laisser la vie

— : de Ted Kotcheff

ressortie en version restaurée le 18 août (Tamasa, 1 h 37)

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qui vous sauvera de vous-même ?

UNE PRODUCTION JERRY BRUCKHEIMER UN FILM DE ANG LEE

DARREN LEMKE ET DAVID BENIOF SCÉNARIDEODAVID BENIOF ET BIL Y RAY ET DARREN LEMKE RÉALPARISÉ ANG LEE LEMKEOF ETET DAVIBIL YDRAYBENIETODARREN FRÉALISSCÉNARIÉ LDAVIEOMKED BENIDARREN OANGF ETLBIEELLEYMKERAYETETDAVIDARREND BENILEMKEOF HISTOIRE SCÉNARI O ET DAVID BENIHISTOOIRFE DARREN DARREN L E MKE DAVI D BENI ET BIL Y RAYLEMKEET DARREN ET DAVIDLEBENIMKEOF PAR ANGDE DAVILEED BENIOF ET BIL Y RAY ET DARRE DE DARREN LEMKE ET DAVID BENIOF DE DAVID BENIOFDE DARREN PARAMOUNT PICTURES ET SKYDANCEen ET JERRY BRUCKHEIMER FILMS PRÉSENTENT C FOSUNdPICTURE& S UNE PRODUCTI SKYDANCE WI L SMI T H “ G EMI N I MAN” , EN ASSOCIA,TION AVE3 2ONd u CASTINGc AVY KAUFi n MAN, CSAéMUSIQm UE LORNEa BALFE DESlEFSUPERVIFETSVISSUELEUReS BIL WES2TENHOFERoCOPRODUCTEURScDAVItD LEo E MELIbSSA REIrD COSTUMEeS SUTTIRAT ANNE LARLARB MONTAGE T H WINSTEAD CLIVE OWEN BENEDIaCT WONG HISTOIRE DE

HISTOIRE DE

DIRECTEUR DE

PRODUCTEURS

HISTOIRE SCÉNARIDEO DE

SCÉNARIO DE

PRODUIT

HISTOIRE RÉALDEISÉ PAR

S


TROIS IMAGES

LANTERNES MAGIQUES Dans Psychomagie. Un art pour guérir, Alejandro Jodorowsky présente la thérapie dont il est l’inventeur et soigne ses patients à travers des actes qu’il leur confie : performances joyeuses, décalées et réparatrices. Retour sur trois autoportraits de magiciens cinéastes.

Pape du cinéma underground des seventies, admiré par Martin Scorsese, David Lynch, Jimmy Page et les Rolling Stones, le Californien Kenneth Anger a étudié la magie rituelle dans les œuvres d’Éliphas Lévi et d’Aleister Crowley. Dans Lucifer Rising (1972) il pratique un cinéma « magick » (selon la formule de Crowley) ayant lui-même le pouvoir d’invoquer Lucifer, ange de lumière et de rédemption. Abandonné sur un t représentant le Tau grec, symbole de renaissance, le cinéaste mage mène la danse et, derrière lui, Kâlî, la déesse hindoue aux multiples bras, convoque les puissances démoniaques.

© D. R.

cinéma de Jodorowsky a introduit ses spectateurs à la magie comme un art vivant et visuel, fondé sur la présence de forces immanentes et surnaturelles : elle brille dans le regard du cow-boy halluciné d’El topo (1970), elle guide les hommes en quête d’immortalité vers La Montagne sacrée (1973). En 2019, dans Psychomagie, un art pour guérir, la voilà transformée en un jeu thérapeutique, un dialogue entre l’inconscient et le geste créateur initié par le cinéaste guérisseur. Ainsi, collé au corps d’un bègue, il le recouvre de peinture et le libère de son cri.

Redonner ses lettres de noblesse à la prestidigitation, la branche la plus méprisée mais aussi la plus populaire de la magie, c’est le programme que semble s’être fixé Orson Welles dans Vérités et mensonges (1973), essai cinématographique dans lequel il dresse son autoportrait en magicien des rues. Dès l’ouverture, il fait disparaître une pièce de monnaie, croise notre regard et avoue n’être qu’un charlatan. Le cinéma, bordé par l’hypnose et le sommeil, apparaît alors dans son essence comme un spectacle magique. • CHARLES BOSSON  

— :« Psychomagie. Un art pour guérir » d’Alejandro Jodorowsky,

© D. R.

POPCORN

Le

Nour Films (1 h 40),sortie le 2 octobre

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BRUNO DUMONT TOUCHÉ PAR LA GRÂCE. LE JDD JEAN BRÉHAT RACHID BOUCHAREB MURIEL MERLIN PRÉSENTENT

UN CERTAIN REGARD

EANNE UN FILM DE

BRUNO DUMONT MUSIQUE ORIGINALE CHRISTOPHE

AKÏORT / cenzeS nimajneB : ngiseD • uojaprA regoR : otohP

LISE LEPLAT-PRUDHOMME avec LISE LEPLAT-PRUDHOMME ANNICK LAVIEVIL E JUSTINE HERBEZ BENOIT ROBAIL ALAIN DESJACQUES SERGE HOLVOET JULIEN MANIER JEROME BRIMEUX BENJAMIN DEMASSIEUX LAURENT DARRAS MARC PARMENTIER JEAN-PIERRE BAUDE JOSEPH RIGO YVES BAUDEL E AURELIE DESAIN LAURENCE MALBETE AUGUSTIN CHARNET JOSE MOREL FABIEN FENET VALERIO VASSALLO LAURENT BRASSART JOËL CARION FRANCK DUBOIS DANIEL DIENNE YVES HABERT JEAN-FRANÇOIS CAUSERET ROBERT HANICOTTE CLAUDE SAINT-PAUL BENOIT ENTE HERVE FLECHAIS DAVID BABIN MICHEL DELHAYE ROMAIN OLIVIER EMMANUEL BOUTRY DIDIER FOURNIER

FLORENT RAMECOURT PHILIPPE ROBE JEAN-PIERRE JADAS avec la participation amicale de FABRICE LUCHINI et CHRISTOPHE scénario BRUNO DUMONT d’après «JEANNE D’ARC» de CHARLES PÉGUY musique originale CHRISTOPHE producteurs délégués JEAN BRÉHAT RACHID BOUCHAREB MURIEL MERLIN directeur de production CÉDRIC ET OUATI directeur photo DAVID CHAMBIL E scripte VIRGINIE BARBAY son PHILIPPE LECOEUR mixage EMMANUEL CROSET montage son ROMAIN OZANNE montage BRUNO DUMONT BASILE BELKHIRI premier assistant réalisateur RÉMI BOUVIER casting CLÉMENT MOREL E répétiteur JULIE SOKOLOWSKI maquillage SIMON LIVET coif ure CLÉMENTINE DOUEL costumes ALEXANDRA CHARLES décors ERWAN LEGAL régisseur général EDOUARD SUEUR photographe ROGER ARPAJOU produit par 3B PRODUCTIONS avec la participation de PICTANOVO et le soutien de LA RÉGION HAUTS-DE-FRANCE en partenariat avec le CNC en association avec CINECAP 2 avec la participation du CENTRE NATONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE ventes internationales LUXBOX distribution LES FILMS DU LOSANGE

LE 11 SEPTEMBRE


LE TEST PSYNÉPHILE

QUELS DÉFIS PRO T’ATTENDENT À LA RENTRÉE ?

La dernière fois que tu as eu une bouffée de paranoïa au bureau, tu as pensé que… Tous les cadres sup te traquaient pour t’abattre comme une biche.

POPCORN

Ta patronne était une entité extraterrestre anthropomorphe assoiffée de sang. Tu entendais des voix qui te disaient de faire un truc important, mais t’as oublié en ouvrant Instagram. Ton boss te convoque… Pourvu qu’il ne t’envoie pas en séminaire à Rouen…

À un paintball sous acide à balles réelles. À un karaoké où tu as fait un black-out après avoir chanté « Aline » . Dans le miroir des toilettes, tu vois… Une Greta Thunberg de 50 ans. Un mélange de John Wayne Gacy et Ronald McDonald à la sauce (Tim) curry. Absolument rien puisque tu es Dracula.   La dernière fois que ta mère t’a hurlé dessus au téléphone, elle disait…

Dans un rituel de Chüd, deux personnes entrent dans le bureau, une seule en sort.

« Tu as les méninges en accordéon, tu ondules de la toile, tu es bon pour le cabanon ! »

Ses compliments sont comme les baisers de la femme araignée.

« Tu vas finir sur le bûcher alors que tu es toujours pucelle ! »

Le week-end de team building, il ressemblait…

« Le monde se divise en deux catégories, mon enfant : ceux qui ont la corde au cou et ceux qui la coupent. »

Au bal de promo dans Carrie.

SI TU AS UN MAXIMUM DE : TU VAS ÊTRE VIRÉ(E) AVANT NOËL Et je dis « viré(e) » pour être sympa. Si tu ne te révoltes pas, tu risques d’être littéralement rayé(e) de la carte, comme les villageois dans Bacurau. Dès que tu vas poser un pied au bureau, ta vie va se muer en western psychédélique protéiforme. Je sais, c’est terrifiant, mais cela peut aussi être une expérience géniale, comme le dernier film de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles (sortie le 25 septembre).

TU VAS DEVOIR GARDER LA FOI La rentrée, ça pue. Celle-ci encore plus. Même le pape commence à flipper, c’est pour dire. Les hommes feraient mieux d’écouter les petites filles au lieu de s’en moquer… Comme l’héroïne de la dernière folie sacrée de Bruno Dumont, Jeanne, (sortie le 11 septembre), tu dois partir en guerre, seule. Austère, élégiaque, radical, le film te donnera la force de faire entendre ta voix, petit(e) stagiaire hérétique…

TU VAS ALLER FLOTTER EN BAS Vingt-sept ans que tu fais bien ton travail. Tu te penses en sécurité ?… Ding dong ! la bête immonde est de retour, et tu ne vas pas la renvoyer d’où elle vient avec un « pschitt » de ventoline. Le mal revient, c’est cyclique, et Ça. Chapitre 2 d’Andy Muschietti (sortie le 11 septembre) est là pour te le rappeler. Si toi aussi tu fais partie du Club des ratés, c’est ta dernière chance de botter les fesses de Grippe-Sou.

• LILY BLOOM — ILLUSTRATION : PABLO GRAND MOURCEL 22


CINÉFRANCE CINÉFRAN CINÉ FRANCE CE STUDIOS STUDI STUDIOS OS ET PATHÉ PATHÉ PRÉSEN É TENT

DANY

BOON

GUILLAUME

GALLIENNE DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

ALICE

POL

AHMED

SYLLA

LAURE

CAMILLE

CALAMY LELLOUCHE

PHOTOS: EDDY BRIERE

© 2019 CINEFRANCE STUDIOS – PATHÉ FILMS – ONZE CINQ – FRANCE 2 CINÉMA – ARTEMIS PRODUCTIONS

Tout le monde peut se tromper

POUR

UN FILM DE

AVEC LA PARTICIPATION DE

HENRI GUYBET

JALIL LESPERT

LE 25 SEPT.

AVEC LA PARTICIPATION EXCEPTIONNELLE DE HOLT MCCALLANY JESSICA SHERMAN ÉRIC IC C DE STAER STAERCKE CATHERINE CLAEYS ESTEBAN MAXIME MALLET ELISA SA RUSCH RUS RUSCHKE

AVEC

SCÉNARIO GUIILLAUME LA GALLIENNE JALIL LESPERT LESP ET FADETTE DROUARD LIBREMENT ADAPTÉ DE LA PIECE ÉPONYME DE GEORGES FEYDEAU 1ER ASSISTANT RÉALISATEUR JÉRÔME BORENSTEIN IMAGE PIERRE-YVES BASTARD DÉCORS PIERRE QUEFFELEAN F COSTUMES MADELI MADELINE FONTAI F NE SON ANTOINNEE DEFLANDRE STÉPHANE THIT ÉBAUT ET VINCENT GUILLON MONTAGE FFRÉDÉRI RÉRDÉDRIQUE QUUEE OLOLSZ OLSZAK-OLSZEWSKI SZAKAKK OLSOLSLSZESZEWSWSKIKI PRODUCTEUR DUC EXÉC EXÉCUTIF CCYRI YRYRIILLE BBRAGNI RARAGNGNIIER DIRECTEUR DE PRODUCTION NNIICOLOLASAS BBOROWSKY OROROWOWSKSKYY CASTING MMIICHAHAËLAËLËL LAGUENS LAGAGUEUENSNS MUSIQUE ORIGINALE LULUDOVI LUDUDOVOVIIC BOURCE BOUOURCRCEE UNE PRODUCTICTION CCIINÉFRANCE ÉFÉFRARANCNCEE STUDI STSTUDUDIIOS ETT PATHÉ PATATHÉHÉ EN COPRODUCTION AVEC OONZECI NZNZECECIINQ FFRANCE RARANCNCEE 2 CINÉMA NÉÉMAMA AARTEMI RTRTEMEMIIS PPRODUCTI RORODUDUCTCTIIONS AVEC LA PARTICIPATION DE CANALL+ CINÉ+ ET FRANCE TÉLÉVISIONS EN COPRODUCTION AVEC SHELTER PROD AVEC LE SOUTIEN DE TAXSHELTER.BE ET DE ING AVEC LE SOUTIEN DU TAX SHELTER DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL DÉRAL DE BELGIQUUE DISTRIBUTION PATHÉ VENTES INTERNATIONALES PATHÉ INTERNATIONAL COPRODUCTEURS ARDAVAN SAFAEE PATRICK QUINET ET JALIL LESPERT PRODUCTEURS ASSOCIÉS MARIE DE CENIVAL ET SANDRA KARIM PRODUIT PAR DAVID GAUQUIÉ ET JULIEN DERIS PathéFilms #LeDindon


FLASH-BACK

L’ARMÉE DES OMBRES

Considéré comme le plus grand film français sur la Résistance, le drame funèbre de Jean-Pierre Melville a déjà 50 ans. Et a parcouru bien du chemin depuis sa sortie houleuse dans la France post-1968.

Sorti

le 12 septembre 1969 en France, L’Armée des ombres est le troisième film de Jean-Pierre Melville consacré à l’Occupation, après Le Silence de la mer et Léon Morin. Prêtre. « La guerre et la Résistance, c’est la jeunesse de Melville, le moment où il s’est révélé à lui-même », explique Bertrand Tessier, auteur de Jean-Pierre Melville. Le solitaire (Fayard, 2017). Cette adaptation du roman éponyme de Joseph Kessel suit les pas de Philippe Gerbier (Lino Ventura), ingénieur arrêté en 1942 pour « pensées gaullistes » avant d’échapper aux griffes de la Gestapo pour rejoindre à Marseille le réseau de résistance qu’il dirige. « Le film se défie du réalisme ; d’un événement historique que Melville a intimement vécu, il fait une tragédie onirique sur la condition humaine. On est proche de Shakespeare. » L’accueil fut pourtant mitigé. « Un an après Mai-68, la France était très clivée. Beaucoup détestaient le général de Gaulle, qui venait de quitter la présidence de la République. Le film passa pour un tract gaulliste, notamment à cause

de la scène décriée d’apparition à Londres de Charles de Gaulle [joué par un acteur, ndlr]. » Le lyrisme de l’œuvre, sublimée par la photographie de Pierre Lhomme et la musique d’Éric Demarsan, demeure aujourd’hui. « Le casting est exceptionnel : Simone Signoret, Paul Meurisse, Jean-Pierre Cassel. Et Lino Ventura, à qui Melville n’adressa pas la parole du tournage. Le réalisateur, en grand manipulateur, a su tirer profit de cette brouille qui renforça le côté “bête traquée” du héros. » La tardive carrière américaine du film est également notable. « À cause des polémiques en France, il n’y eut pas de sortie aux États-Unis avant 2006. Ce fut un triomphe, et L’Armée des ombres a été élu film de l’année par plusieurs critiques américains. Il aurait même pu gagner l’Oscar du meilleur film étranger en 2007, mais la France a proposé cette année-là Fauteuils d’orchestre de Danièle Thompson. Cela aurait sans doute fait mauvais effet que le meilleur film français de 2006 date de 1969. » • DAMIEN LEBLANC ILLUSTRATION : ANNA WANDA GOGUSEY

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BIZIBI PRÉSENTE

FABRICE LUCHINI ANAÏS DEMOUSTIER

ALICE

ET LE

MAIRE

LE 2 OCTOBRE UNE COPRODUCTION BIZIBI ARTE FRANCE CINEMA AUVERGNE RHÔNE-ALPES CINEMA SCOPE PICTURES LES FILMS DU 10 AVEC LA PARTICIPATION DE CANAL + CINÉ + ET ARTE FRANCE EN ASSOCIATION AVEC COFINOVA 15 CINECAP 12 CINÉVENTURE 4 SG IMAGE 2017 CINÉMAGE 13 AVEC LE SOUTIEN DE LA PROCIREP AVEC LA PARTICIPATION DE LA RÉGION AUVERGNE-RHONE-ALPES EN PARTENARIAT AVEC LE CNC CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE SCÉNARIO NICOLAS PARISER IMAGE SÉBASTIEN BUCHMANN SON DANIEL SOBRINO ET FRANÇOIS DUMONT DÉCORS WOUTER ZOON ASSISTANTE MISE EN SCÈNE VALÉRIE ROUCHER DIRECTEUR DE PRODUCTION SÉBASTIEN AUTRET SCRIPTE CAROLINE STEFF MONTAGE CHRISTEL DEWYNTER MUSIQUE ORIGINALE BENJAMIN ESDRAFFO PRODUIT PAR EMMANUEL AGNERAY

© PHOTO : BIZIBI

UN FILM DE NICOLAS PARISER


LA NOUVELLE

POPCORN

LISE LEPLAT PRUDHOMME

Surprise.

Alors que sa Jeanne d’Arc était déjà ado (sous les traits de Jeanne Voisin) à la fin de sa comédie musicale démente Jeannette. L’enfance de Jeanne d’Arc (2017), Bruno Dumont a rajeuni l’apparence de la guerrière dans Jeanne, suite plus solennelle, mais tout aussi envoûtante. Du haut de ses 11 ans, Lise Leplat Prudhomme, qui jouait celle-ci à l’âge de 8 ans dans la première partie de Jeannette, prête sa bouille espiègle et déterminée à la combattante, pourtant censée avoir autour de 19 ans en 1429 quand s’ouvre son procès pour sorcellerie à Rouen. « Ce film-là est plus émouvant que le premier, vu que c’est la guerre de Cent Ans, tout ça. Voir une petite fille lors d’un procès, c’est

pas commun. J’aime bien Jeanne, parce qu’elle s’affirme. » La Pas-de-Calaisienne, qui maîtrise les longues tirades avec un aplomb étonnant pour son âge, aimerait continuer à faire du cinéma. « Mais je n’en parle pas trop à l’école, car je n’ai pas envie qu’on m’aime juste parce que j’ai fait des films. » En septembre, elle passe donc en sixième tout en portant l’armure. Voilà une rentrée chargée. • QUENTIN GROSSET PHOTOGRAPHIE : CHRISTOPHE GEYRES

— : « Jeanne » de Bruno Dumont,

Les Films du Losange (2 h 18), sortie le 11 septembre

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« UN FILM FASCINANT » TÉLÉRAMA

« UN WESTERN SOUS ACIDE. IMPRESSIONNANT » LES INROCKS

« UNE PROPHÉTIE PROPRE À TROUBLER LES SOMMEILS LES PLUS PROFONDS » LE MONDE

« UN WESTERN MÉTAPHORIQUE À L’EFFICACITÉ TOTALE » PARIS MATCH

U N F ILM D E

COPYRIGHT PHOTO : © 2019 VICTOR JUCÁ / CINEMASCÓPIO

KL EBER MENDONÇA FILHO ET JULIANO DORNELLES

AU CINÉMA LE 25 SEPTEM B R E © 2018 CINEMASCÓPIO – SBS PRODUCTIONS –ARTE FRANCE CINÉMA


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PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU 29


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MISES À JOUR

Céline Sciamma enrichit le cinéma français avec ses personnages qui luttent contre les assignations. Son sublime Portrait de la jeune fille en feu, dont l’histoire se déroule en 1770, ouvre le champ des représentations lesbiennes dans le film d’époque avec une histoire d’amour fou entre une peintre, Marianne (Noémie Merlant, lire p. 36), et son modèle, Héloïse (Adèle Haenel), qui se refuse d’abord à son regard. Une fresque vertigineuse qui interroge la part des sentiments dans l’art et qui révèle la cinéaste comme l’une des formalistes les plus douées du cinéma français. 30


D’où vient cette envie, inédite chez vous, du film d’époque ?

Que vous inspire cette idée, contre laquelle se battent vos héroïnes, de l’image qui emprisonnerait le modèle ? Il y a de ça dans les films qu’on fait, quand on les revoit. Il y a quelque chose qui est passé. En même temps, le travail du temps fait que les films grandissent, aussi. On peut les lire différemment. Avec Tomboy, j’ai vu des effets de lecture changer. J’ai vu qu’une œuvre tendre sur l’enfance pouvait devenir un film que des extrémistes catholiques voulaient censurer [notamment l’association Civitas, qui a tenté d’interdire la diffusion du film sur Arte en 2014, ndlr]. Je crois beaucoup au caractère vivant des films. On les voit dans un contexte donné. Je me dis toujours, c’est marrant, quand des acteurs ou des actrices meurent et que des chaînes de télévision doivent leur rendre hommage, on ne passe jamais des films où leurs personnages décèdent. De la même façon, on ne diffuse pas de films catastrophes dans les avions. Au moment de Bande de filles, vous nous parliez déjà de peinture. Vous parliez d’« impressionnisme », notamment par rapport aux personnages masculins qui étaient, disiez-vous, volontairement construits sans nuances, comme pour les mettre hors champ, ce qui est encore plus le cas dans Portrait de la jeune fille en feu. Pour moi, les films offrent des expériences aux gens. Là, je souhaitais placer le spectateur au cœur de cette histoire d’amour, me resserrer sur toute sa lumière, tous ses battements. Même la servante, on ne sait

J’avais envie de réaliser l’objet le plus contemporain possible. Et, paradoxalement, je pense que c’est pour ça que je me suis offert ce passé. J’avais le sentiment que ça allait m’autoriser à plus de liberté, de romanesque, de radicalité. Ça donnait du courage, je crois. Ce n’était pas non plus pour se cacher politiquement : cette histoire n’avait pas été racontée, donc elle portait quelque chose du présent. Cette période de la fin du xviiie siècle était extrêmement florissante pour les femmes artistes, et pourtant elles ont été oubliées. C’est cyclique, puisqu’on retrouve cet effet d’invisibilisation aujourd’hui.   Pourquoi avoir tourné le film en 8K ? Qu’est-ce qu’une définition d’image aussi nette apporte ? C’était un vrai enjeu et une vraie discussion avec ma chef opératrice Claire Mathon (voir encadré). J’ai aussi fait des essais en 35 mm, parce que la pellicule souligne les matières. Je ne fais pas beaucoup de prises, il n’y a pas tant de plans que ça, alors ça ne nous aurait pas mises en danger. Ce qui nous a décidées, c’est la question des carnations. C’est-à-dire comment on allait filmer le sang, la rougeur qui montent en elles, le dynamisme de ça. Il y avait aussi cette volonté de contemporanéité. Le 35 mm, ça aurait été faire allégeance à une certaine intemporalité.   Quand Héloïse refuse le premier portrait que Marianne fait d’elle, elle dit qu’elle ne l’accepte pas parce qu’elle ne retrouve rien de ses sentiments. Pour vous c’est ça, une œuvre d’art qui importe ? C’est un débat, mais, de fait, le dernier tableau lui ressemble plus que le premier. Le film va vers quelque chose de plus en plus habité. J’avais envie qu’elles aient à la fois un dialogue amoureux et un dialogue intellectuel. C’est important pour moi que l’histoire d’amour se base sur une admiration réciproque, des discussions. Je ne voulais pas jouer sur ce principe de cinéma – que j’adore aussi – de l’évidence, du coup de foudre. Au contraire, je cherchais la tension, l’élaboration intellectuelle. Il se trouve que leur débat, s’il est finalement intemporel, correspond aux interrogations philosophiques de l’époque : un portrait permet-il d’échapper à la mort, ou vous fige-t-il pour l’éternité ? Doit-on montrer le meilleur de quelqu’un, ou le représenter avec ses défauts ?

TECHNIQUES DE RÉVÉLATION Au dernier Festival de Cannes, elle était au générique de deux films marquants au palmarès, qui sortent tous deux ce mois-ci : Atlantique de Mati Diop (Grand Prix, lire p. 56) et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (Prix du scénario). La directrice de la photographie Claire Mathon, qui a parfait ses gammes sur des films solaires et angoissés de Maïwenn (Le Bal des actrices, Mon roi) ou d’Alain Guiraudie (L’Inconnu du lac, Rester vertical), a pu y dévoiler toute l’étendue de sa palette lumineuse. Pour Portrait de la jeune fille en feu, elle a ainsi opté pour un tournage en 8K afin de rendre avec finesse et précision la rougeur des épidermes et l’incandescence du corps de deux amantes. Par l’entremise de couleurs satinées et d’ombres cotonneuses, son travail s’inscrit désormais au sein d’une démarche résolument picturale dans laquelle les sentiments les plus enfouis peuvent jaillir d’un moment à l’autre, comme les premiers coups de pinceaux sur une toile vierge. • CORENTIN LÊ

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« Qui regarde qui ? C’est une vraie question de cinéma. Je veux juste qu’on arrête d’opposer le point de vue féminin au point de vue universel. » pas ce qu’elle en pense. Je ne voulais pas perdre du temps à raconter la domination masculine, et cela aurait été inévitable si j’avais ajouté un homme dans l’équation. Je n’avais pas non plus envie de mettre un personnage masculin dans cette position, pas très généreuse au final. Il y a une dimension picturale très forte dans la forme même du film. Quels artistes, quels tableaux vous ont inspirée ? Le film assume l’envie de beauté, il ne se cache pas derrière cette envie de matières, de couleurs, de composition. Avec Claire Mathon et Hélène Delmaire, doublure de Noémie Merlant et créatrice des différents tableaux, on est allées au Louvre pour trouver qui pouvait être cette peintre, quelles étaient ses couleurs. On a pas mal parlé de Jean-Baptiste Camille Corot, qui était

Luàna Bajrami et Noémie Merlant

Adèle Haenel et Noémie Merlant

surtout paysagiste, mais qui a aussi fait des portraits de femmes en pleine nature. La manière dont la lumière semblait émaner d’elles nous a beaucoup plu. Mais il y a d’autres références : pour les séquences sur la plage, je pensais à la planète Tatooine dans Star Wars ; quand le personnage joué par Adèle Haenel arrive sur la plage la première fois et qu’il s’arrête au bord de l’eau comme si c’était le bout du monde, j’avais envie de tirer vers la science-fiction. L’idée de l’œuvre d’art contenant un secret entre les deux héroïnes traverse le film. Et vous, vous avez déjà eu la sensation qu’une œuvre ne s’adressait qu’à vous ? Je n’ai pas le sentiment que les films ne parlent qu’à moi, mais j’ai envie qu’ils soient à moi. Le syndrome d’appropriation d’un film, ça oui, très fort. Ce sont des symptômes de vie par procuration. Parfois, les films vous font vivre des sentiments que vous n’avez pas encore vécus, surtout quand vous êtes jeune. J’ai l’impression que l’entrée en cinéphilie passe beaucoup par le rapport solitaire qu’on a aux films. Ado, j’étais complètement révolutionnée par Twin Peaks. 32


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Fire Walk with Me de David Lynch. J’étais allée le voir sans avoir jeté un œil à la série dont le film est tiré. J’avais l’impression de découvrir une langue, je suis sortie de la salle et le monde avait changé. Pour d’autres raisons, il y a eu La Vie ne me fait pas peur de Noémie Lvovsky : j’avais l’impression qu’il s’adressait à moi parce qu’on y parle de jeunes filles, d’amitié. Elles étaient regardées différemment, et c’était une femme qui réalisait. Du coup, il y avait un modèle. J’ai toujours des grands effets d’enthousiasme, souvent pour des films qui parlent d’enfance, comme pour Les Enfants loups. Ame et Yuki de Mamoru Hosoda.   Depuis vos débuts, de quelle manière ceux ou ce que vous avez filmés ont fait vaciller vos certitudes, ont changé votre regard ? Je me sens beaucoup moins seule qu’avant, c’est ça qui a changé. J’ai gagné en déconstruction, en confiance, je me connais mieux et j’assume plus. J’ai la chance d’avoir un public super jeune avec moi. Et donc je grandis avec lui. Tomboy étant dans le dispositif scolaire, des gens l’ont vu à 14-15 ans, et maintenant ils me suivent.

Vous voyez des différences de perception de vos films entre différentes générations ? Oui, beaucoup. Entre les hommes et les femmes aussi parfois, mais c’est peut-être plus générationnel que genré. Par exemple, sur la question de la sexualité dans le film. J’ai l’impression d’avoir fait un film brûlant, même s’il avance en combustion lente. C’est là qu’on voit un fossé générationnel, parce que les critiques les plus âgés disent qu’il n’y a pas de chair dans le film. Après, il y a des exceptions, bien sûr… Les jeunes générations sont peut-être plus sensibles aux enjeux de représentations queer ? Oui, et c’est normal. Toutes les questions autour du male gaze et du female gaze ont eu un vrai écho dans la critique française au dernier Festival de Cannes, à la faveur de la projection de Mektoub My Love. Intermezzo d’Abdellatif Kechiche et de mon film. Ça commence à parler un peu comme ça et c’est bien. Qui regarde qui ? C’est une vraie question de cinéma, quoi. Moi, je veux juste qu’on arrête d’opposer le point de vue féminin au point de vue universel.

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Adèle Haenel et Noémie Merlant

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« J’ai l’impression d’avoir fait un film brûlant, même s’il avance en combustion lente. » Cette partition-là est trop restreinte. C’est plus joyeux, plus hybride, plus vecteur d’expérimentation que ça. Vos films défrichent souvent des représentations peu vues dans le cinéma français. On a l’impression d’avancer en les voyant. J’ai vraiment l’ambition de faire culture. Quand je réalise Tomboy, le mot n’est pas connu. Aujourd’hui, il y a des tee-shirts « Tomboy ». Ça fait partie de mes désirs, c’est épanouissant. Avec ce film, des gens me disent déjà qu’ils ont des idées de tatouage « P. 28 », et j’espère que les gens vont s’échanger des mots d’amour comme dans cette scène de la fameuse « page 28 ». C’est pour ça aussi que je dis que je me sens moins seule aujourd’hui. C’est une

idée qui s’incarne, qui appartient aux autres. Alors oui, il y a une pensée des images manquantes. Mais ça ne suffit pas de seulement représenter. Il faut faire des images qui appartiennent au film ; ce n’est pas que de la réparation, mais aussi de la création. La première phrase du film, c’est « Prenez le temps de me regarder ». C’est tout mon programme.

• PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET PHOTOGRAPHIE : JULIEN LIÉNARD  

— : « Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma, Pyramide (2 h), sortie le 18 septembre

HERSTORY Des lesbiennes dans les films d’époque, il y en a, mais si peu (dans The Culture of Queers, en 2001 – l’étude serait à actualiser –, l’historien Richard Dyer dénombre 53 heritage films traitant de près ou de loin d’amours gays entre 1958 et 1999, contre seulement 35 traitant d’amours lesbiennes durant la même période). Comme Céline Sciamma, qui représente ici un amour entre femmes dans la France du xviiie siècle, des réalisatrices queer ont tâché de recomposer un passé communautaire occulté ou confisqué. On peut citer l’Américaine Cheryl Dunye avec The Watermelon Woman (1996), faux documentaire dans lequel Dunye enquête sur une actrice noire ayant eu une relation avec une réalisatrice blanche dans le Hollywood des années 1930. En jouant sur la prétendue authenticité de la forme documentaire, Dunye venait interroger et combler le manque de ressources historiques sur les lesbiennes afro-américaines. « Parfois, il faut créer sa propre histoire », disait un carton qui concluait le film. • QUENTIN GROSSET

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EN COUVERTURE

BOBINES

NOUVELLE LUEUR

Dans Portrait de la jeune fille en feu, elle campe une peintre qui s’éprend d’une femme recluse dont elle doit faire le portrait. Mais les yeux du public sont autant captivés par le visage de l’artiste que par celui de son modèle. Si Noémie Merlant fait l’effet d’une véritable apparition, c’est qu’elle n’avait, en dix ans de cinéma, jamais été filmée avec une telle intensité. Rencontre avec une trentenaire tombée tôt dans l’image et qui commence seulement à s’approprier la sienne. 36


PORTRAIT on rencontre Noémie Merlant, on est frappé par son regard, aussi perçant que celui de la peintre qu’elle interprète dans le film de Céline Sciamma. Comme si l’irradiation de cette histoire d’amour parvenait jusque dans le café de Vincennes où se déroule notre entretien. L’actrice, 30 ans tout rond, nous confie qu’elle a pourtant d’abord occupé la position du modèle, puisqu’elle a commencé le mannequinat à l’âge de 15 ans. Une activité qui instaure un « rapport de force » induisant que le mannequin « fasse tout ce que le photographe demande », peu évidente à exercer à l’adolescence. Après le bac, alors que la jeune femme originaire de Paris songe à s’inscrire dans une école de commerce, son père lui conseille, à rebours de l’habituelle prescription parentale, de plutôt faire du théâtre. La voilà sur les planches du cours Florent, où elle connaît, avec un monologue des Européens de Howard Barker, un moment de révélation. « Ça m’a transportée et ça m’a appris à m’évanouir dans le texte. » En 2009, elle tourne un premier film, L’Orpheline avec en plus un bras en moins de Jacques Richard, qui ne fait pas date mais lui permet de discuter Antonioni et Bergman entre deux prises avec son collègue Melvil

« Céline nous a guidées, Adèle Haenel et moi, dans un jeu d’observation en triangle où nous pouvions créer ensemble ces deux amantes. » Poupaud. Ce sont deux longs métrages de la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar, Les Héritiers en 2014 et Le Ciel attendra en 2016 (film qui lui vaut, l’année suivante, une nomination au César du meilleur espoir féminin) qui lui offrent un début de visibilité. « J’ai progressivement essayé de choisir des rôles féminins qui ont du sens. C’est déjà dur pour moi en tant que femme de savoir qui je suis et de ne pas me sentir

coupable en permanence… C’est épanouissant de jouer dans des films qui font desserrer le corset. » Après Le Retour du héros de Laurent Tirard (2018), dans lequel elle joue une fille de bonne famille amoureuse d’un militaire (Jean Dujardin) au début du xix e siècle, elle a ainsi campé, dans Curiosa de Lou Jeunet, la poétesse Marie de Heredia (1875-1963) qui noua une relation extraconjugale brûlante avec le poète Pierre Louÿs (Niels Schneider).  

LA CONFIANCE REINE

Rôles de femmes artistes et films en costumes semblaient préparer Noémie Merlant au Portrait de la jeune fille en feu. La rencontre avec Céline Sciamma durant le casting a néanmoins surpris l’actrice. « J’ai tout de suite senti que ce serait une collaboration égalitaire. Céline a une manière intimidante de vous regarder, comme si elle scrutait votre âme, mais on apprend au fil du temps à identifier toute la bienveillance de ce regard, dont je me suis beaucoup inspirée pour le rôle de Marianne. » Pour sublimer ce récit d’amour lesbien et donner corps à la notion de sororité, une méthode collective s’est mise en place sur le plateau. « C’était un mélange de réflexion et d’instinct : Céline nous a guidées, Adèle Haenel et moi, dans un jeu d’observation en triangle, où nous pouvions proposer des gestes spontanés et créer ensemble ces deux amantes. » Au milieu d’une équipe majoritairement composée de femmes, Noémie Merlant a pu mettre une part d’elle-même dans le personnage. « Marianne a un côté un peu buté, mais elle se lâche une fois qu’elle se sent à l’aise. Derrière mes airs froids, je peux aussi me détendre soudainement. » Démonstration devant nos yeux : les rires de la comédienne se font de plus en plus francs, et ses intonations s’affirment au fil de l’échange. Elle confirme la révolution qu’a constituée le film de Céline Sciamma. « C’est l’aventure la plus inspirante de ma carrière. Un bol d’air qui me permet de m’écouter davantage et d’oser dire non à certains rôles. Comme Marianne, j’ai pris confiance en moi et je commence à savoir quelle artiste je veux être. » Réalisatrice d’un court métrage, Je suis une biche, primé au Nikon Film Festival en 2017, elle termine actuellement son deuxième court, Shakira, sur une jeune femme de la communauté rom, inspirée d’une de ses rencontres. Décidée à s’emparer de sujets qui la touchent profondément, l’actrice repart dans le soleil estival du pas élancé de celle qui croit fièrement en l’avenir. • DAMIEN LEBLANC PHOTOGRAPHIE : JULIEN LIÉNARD

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BOBINES

Quand


EN COUVERTURE

BOBINES

REGARDS DE BRAISE

Avec son quatrième long métrage, Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma se réinvente en peintre de cinéma et compose une époustouflante toile filmée sur la puissance du regard et du désir.

Au

xviii e siècle,

une peintre, Marianne (Noémie Merlant), débarque sur une île bretonne pour y faire le portrait d’une jeune femme, Héloïse (Adèle Haenel), qui vient de sortir du couvent. Commandée par la mère de celle-ci (Valeria Golino), la toile doit être envoyée à un riche Milanais à qui Héloïse est promise. Dans la sombre demeure, Marianne apprend par la servante (Luàna Bajrami) qu’Héloïse a toujours refusé de poser, repoussant ainsi l’échéance de ce mariage forcé. Marianne doit donc observer discrètement Héloïse pour garder de ses traits un souvenir vif puis les recomposer secrètement sur la toile… Céline Sciamma pose d’emblée la dimension féministe de son film en brossant le portrait d’une femme qui refuse de donner son image car elle sait que ça la piégerait dans l’étau du patriarcat. La cinéaste balaie l’idée même de male gaze par le choix d’un casting quasi exclusivement féminin : ici, le regard ne se joue qu’entre femmes. Si, pour travailler, Marianne (sidérante Noémie Merlant, lire p. 36) doit scruter chaque courbe du beau

visage de son modèle, le modèle lui-même se met à lui renvoyer son regard, d’abord par curiosité, elle qui vit dans l’austérité et la colère contenue, puis par désir. Le jeu prend une dimension vertigineuse quand on se dit que la peintre, c’est aussi Céline Sciamma, qui avait de la même manière révélé le visage d’Adèle Haenel dans son premier film, Naissance des pieuvres (2007). Alors qu’elle ne l’avait plus jamais filmée dans un long métrage (et qu’elles ont eu entre temps une relation amoureuse), elle la sublime ici, comme pour célébrer leurs retrouvailles. Après une première partie tout en retenue, pleine de spleen, le film s’embrase soudain au détour d’une scène envoûtante : portée par un puissant chœur féminin, Marianne et Héloïse plantent leur regard l’une dans l’autre autour d’un feu de bois, jusqu’à s’hypnotiser. Les corps fusionnent symboliquement et se libèrent par un feu ardent. Ce feu qui fixe le souvenir d’une personne sur la toile de l’âme et donne la force de diriger son regard là où on le désire. • TIMÉ ZOPPÉ

Le modèle se met à lui renvoyer son regard, d’abord par curiosité, puis par désir.

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CONDOR DISTRIBUTION PRÉSENTE

ANGERS

PRIX DU PUBLIC

LOCARNO

SÉLECTION OFFICIELLE

OLIVIER GOURMET UN FILM DE

CRÉDITS NON CONTRACTUELS

ANTOINE RUSSBACH

AU CINÉMA LE 25 SEPTEMBRE


INTERVIEW

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ACT BAD

Le légendaire John Waters (Female Trouble, Polyester) s’est réinventé en maître à penser. Le réalisateur du dément Pink Flamingos (1972), film célèbre notamment pour la scène dans laquelle la drag-queen outrancière Divine mange une crotte de chien, est aujourd’hui performeur, plasticien, et écrivain. Dans son ouvrage Mr-Know-It-All, sorti en mai aux États-Unis, le dandy trash de Baltimore raconte sa carrière, de l’underground queer à Hollywood, à coups de leçons de vie détraquées. On l’a rencontré en août, alors que le festival de Locarno lui remettait un prix d’honneur, célébrant ainsi une vie passée dans le vice.

C’est quoi la sagesse, pour vous ? Savoir négocier. En cinquante ans, c’est ce que j’ai appris. C’est super d’être enragé quand vous avez 20 ans, mais à 70 ans je trouve ça déprimant. Si, à la fin de ma carrière, tout le monde détestait ce que je fais comme au début, je ne serais plus là… À mon avis, on ne peut plus blâmer ses parents à partir du moment où on a atteint la trentaine,

c’est injuste. Bon, certes, le monde est injuste. Si le karma existait, Donald Trump ne serait pas en vie et Divine serait toujours là. C’est vous qui avez trouvé le nom de scène de Harris Glenn Milstead, Divine. C’est une référence à un personnage de Notre-Dame-des-Fleurs (1943) de Jean Genet. Quel est votre rapport à l’œuvre de l’écrivain ? Je me rappelle que ça m’amusait beaucoup qu’une drag-queen aussi cinglée ait un 40


nom qui ait un rapport avec Dieu. J’ai lu Genet quand j’étais au lycée. J’étais dans un établissement catholique, et les profs préféraient me voir lire plutôt que semer le chaos. Ils pensaient : « Qu’il est mignon, il lit… » Mais s’ils avaient su que je lisais les œuvres complètes de Jean Genet, du marquis de Sade et de William Burroughs… Aussi obscènes soient-ils, vos films du début ont eu leur première dans des églises. Comment est-ce possible ? C’est difficile à imaginer aujourd’hui, mais pendant les sixties il y avait des rassemblements de gauche anti-guerre du Viêt Nam dans les églises. À Baltimore, il y avait ce groupe de militants catholiques – dont certains étaient prêtres –, les Catonsville Nine, qui ont mis le feu à des livrets militaires. Ça n’arriverait plus, mais ces types ont autorisé la projection de certains de mes films. Bien sûr, ils ne les ont jamais vus. Les seuls qui sont entrés par hasard se sont évanouis. Pour Multiple Maniacs [sorti aux États-Unis en 1970, ndlr], on avait tourné dans une église : c’est la scène dans laquelle Divine a un orgasme parce qu’une religieuse lui glisse un chapelet dans son rectum. Le pauvre prêtre qui nous avait laissés filmer dans sa sainte bâtisse n’était pas présent pendant le tournage. Il m’a ensuite demandé : « Je vous en supplie, ne dites jamais à personne que vous avez fait ça ici. » Je n’ai jamais trahi sa parole.

Jeanne Moreau considérait que vous faisiez de la poésie. Vous êtes d’accord ? Je l’avais rencontrée à Cannes, où on faisait tous deux partie du jury du festival. Après ça, je l’avais invitée à la première française de A Dirty Shame [son dernier film à ce jour, sorti en 2004, ndlr], et elle s’était assise à côté de moi. J’étais ultra nerveux et j’ai sorti : « Euh, on a eu quelques problèmes de censure. » Là, elle m’a répondu : « Pourquoi ? C’est de la poésie. » Personne ne m’avait jamais dit ça sur un de mes films : ni avant ni après. J’ai eu des frissons. La poésie tord les mots, les images, pour vous confronter à quelque chose de

Divine dans Female Trouble (1974)

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BOBINES

John Waters et ses acteurs sur le tournage de Multiple Maniacs (1970)

© LAWRENCE IRVINE COURTESY OF THE CRITERION COLLECTION

JOHN WATERS


INTERVIEW

John Waters et Edith Massey sur le tournage de Female Trouble

je pars en tournée avec mon spectacle This Filthy World [qu’il joue depuis 2006, ndlr], je suis ravi de rencontrer mon nouveau public. C’est un nouveau gang, un monde meilleur. Enfin, pas pour tous. Il y a beaucoup de pauvreté, je le vois bien à Baltimore. Ce que je veux dire, c’est qu’il faut s’en remettre aux plus jeunes. Ce ne sont pas les vioques qui ont les réponses. C’est pour ça que j’ai voté pour DeRay McKesson, un activiste gay issu du mouvement Black Lives Matter, lorsqu’il s’est présenté en 2016 à l’élection municipale de Baltimore. À l’âge de 70 ans, vous avez repris du LSD. Quels conseils donneriez-vous à tous les seniors qui voudraient tenter l’expérience ? Déjà, ces conseils ne s’appliquent pas aux jeunes – avec leurs microdoses, ce sont vraiment trop des petits joueurs. Les seniors peuvent en prendre s’ils l’ont déjà fait il y a cinquante ans, qu’ils n’ont jamais eu de bad trip, et s’ils ont le sentiment que ça les a aidés dans la vie. Après le trip, quand on leur fera une remarque sur le fait qu’ils sont gâteux, ils pourront rétorquer : « Non, je suis défoncé. »   Dans Cecil B. Demented (2000), chaque terroriste cinéphile porte un tatouage avec le nom d’un réalisateur. Vous avez écrit que, si vous deviez vous en faire faire un, ce serait Joseph Losey. Oui, mais allez ! je change. Aujourd’hui, ce serait Bruno Dumont. Jeannette. L’enfance de Jeanne d’Arc est tout en haut de mon top de l’année dernière. Dans le cinéma où je l’ai vu, tout le monde avait tellement l’air de détester le film ; moi, je jubilais, je ne pouvais pas y croire. Au début, je me demandais : « Est-ce qu’ils vont vraiment chanter de façon aussi bizarre pendant tout le film ? » Et oui !

John Waters (au centre) et ses acteurs sur le tournage de Polyester (1981)

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© LAWRENCE IRVINE COURTESY OF THE CRITERION COLLECTION

plus trouble, de moins évident. La plupart des artistes que j’aime ont fait ça. Fellini, Pasolini… Ils prenaient ce qui est horrible, déprimant ou même ordinaire, pour en tirer de la beauté.   Avec les Dreamlanders, votre bande d’acteurs (Divine, Mink Stole, David Lochary, Edith Massey…), vous étiez une sorte de gang. Quel est votre plus gros coup ? Je n’en suis pas très fier, mais, une veille de Noël, on conduisait sous LSD. On s’arrêtait juste pour casser les carreaux des voitures, prendre tous les cadeaux dans les coffres et les déballer. Là, on disait : « Regardez cette merde », et on les jetait à la poubelle. Les filles trouvaient les reçus, rapportaient les cadeaux aux magasins, et on gardait l’argent. Bon, j’irais certainement en enfer, mais j’ai un ami junkie qui a fait pire. Lui, il avait l’habitude d’aller dans les cimetières la veille de Noël et de profiter de la détresse des gens en deuil pour leur faire les poches. Encore une fois, le karma n’existe pas, car ce type est toujours en vie.   Si vous deviez former un nouveau gang aujourd’hui, ce serait avec qui ? Avec des jeunes gens, pas des vieux. Quand

© BRUCE MOORE COURTESY OF THE CRITERION COLLECTION JOHN WATERS

BOBINES

« Avec Divine, on voulait terrifier les hippies avec nos films. »


Divine dans Pink Flamingos (1972)

Dans Mr-Know-It-All, vous faites part de votre désir de créer un collectif queer radical nommé ACT BAD. Pour vous, les queers doivent intensifier l’offensive contre la domination hétéro ? Je suis content que tout le monde puisse se marier. Mais, parfois, ça me manque un peu, ce côté hors-la-loi. J’aimerais que notre discours ressemble plutôt à ça : « Fini Lady Gaga et son “Born This Way”. On est gays, on est une armée et on recrute. ATTRAPEZ-LE ! » Judith Butler a été inspirée par votre film Female Trouble (1974) pour le titre de son essai Trouble dans le genre (1990). Vous lisez des essais théoriques féministes et queer ? Oh oui, j’en lis plein. Female Trouble, c’était déjà féministe de titrer le film comme ça. Car, quand j’étais jeune, c’était une métonymie hypocrite pour faire comprendre que les filles avaient leurs règles. Ce titre m’a été inspiré par une mésaventure avec son « problème de fille » qui est arrivée à mon amie Cookie Mueller [actrice et autrice, notamment de Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir, ndlr]. Elle était allée voir le médecin à Provincetown, où tous les docteurs sont gays, et l’un d’eux lui avait dit : « Non, désolé, les vagins, je ne peux pas. » Ce qui est tellement illégal ! Donc, quand elle m’a raconté ça, j’ai eu l’idée du titre pour me moquer d’eux. Car je hais les hommes misogynes. Et aussi les gays qui n’aiment pas les lesbiennes. Je suis un « lesbro » – c’est un

nouveau mot que j’adore. Par contre, je suis fan des femmes qui haïssent les hommes. J’aime lire des théories radicales sur la sexualité. Par exemple, je suis fasciné par ce qu’écrit Andrea Dworkin, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle dit. Elle ne l’a pas vraiment formulé comme ça mais, bon, elle a presque dit que le sexe hétéro était une forme de viol. Elle va tellement loin ! Quels débats actuels propres aux communautés LGBTQ vous intéressent ? Je pense que les gays et les lesbiennes devraient pratiquer le sexe oral ensemble pour créer une nouvelle minorité. Ça, ça ferait peur aux straights. Imaginez, on envahirait l’hétérosexualité… Autrement, aujourd’hui, il y a surtout la question de la représentation des personnes trans. On a pu voir récemment, avec la polémique entourant le film Adam [de Rhys Ernst, non sorti en France, ndlr], que c’est un sujet très sensible. Pour ma part, je pense qu’il est plus facile de faire des blagues sur une minorité quand on fait partie de celle-ci, ou qu’on en est proche.   Dans Pink Flamingos ou dans Female Trouble, vous tournez en dérision la fascination de nos sociétés pour les crimes les plus sordides. Pendant un moment, vous assistiez à des procès, vous rendiez visite à des prisonniers… C’est toujours dans vos habitudes ? Les procès, c’est devenu compliqué, parce que maintenant on me reconnaît. Mais oui,

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BOBINES

© RUE DES ARCHIVES EVERETT

JOHN WATERS


© NEW LINE CINEMA COURTESY EVERETT COLLECTION

INTERVIEW

Divine et Ricki Lake dans Hairspray (1998)

BOBINES

« Mon film le plus subversif, selon moi, c’est Hairspray, justement parce que c’est le plus populaire. » je vais toujours rendre visite à quelques prisonniers. Leurs avocats me disent que ça leur fait du bien. Ce sont principalement des gens condamnés à perpétuité. Des fois, je me dis que, si je n’avais pas eu des parents aussi aimants, j’aurais pu finir comme eux. Bien que je ne sois pas du tout violent, je ne me suis jamais battu avec quiconque. Donc je ne m’identifie pas à ces criminels, mais je m’intéresse vraiment aux gens qui agissent de manière incompréhensible. Je crois que j’aurais été un bon avocat ; je n’aurais pas été un mauvais psychiatre non plus. J’ai toujours su faire la part des choses entre la réalité et la fiction. Si je voulais faire quelque chose d’illégal ou d’antisocial, je pouvais le mettre dans un film et faire rire les gens. Dans une première version du script de Multiple Maniacs, Divine était la meurtrière de Sharon Tate. Charles Manson et des membres de sa secte ayant été arrêtés pendant le tournage, vous avez changé le scénario. Pourquoi vouliez-vous faire aussi peur aux gens à l’époque ? 1969 est l’année la plus radicale que j’ai vécue. Tout le monde pensait que la révolution allait avoir lieu. Pas moi. Avec Divine, on voulait terrifier les hippies avec nos films. Et malheureusement, c’est ce qu’ont fait aussi, avec des armes mortelles eux, les membres de la secte de Charles Manson… Vous savez que je milite pour qu’on libère Leslie Van Houten [une ex-membre de la secte

de Manson que Waters a connu des années après sa condamnation à perpétuité et dont les demandes de libération conditionnelle ont été refusées, ndlr] Pour moi, c’est aussi une victime de ce fou. Bien sûr, pas autant que ceux qui ont été tués. Je comprendrais que les proches de tous ceux qui ont été assassinés soient choqués d’entendre ça… Mais, à l’époque, c’était tout le temps aux infos, j’étais comme obsédé par cette histoire, je suis même allé au procès qui se déroulait à Los Angeles en même temps que la sortie de Multiple Maniacs. Je ne sais pas trop à quoi je pensais quand j’ai écrit cette version du scénario. Rétrospectivement, je présente mes excuses pour avoir écrit ça. Vous dites qu’être un outsider est dépassé, qu’on doit se réinventer comme des insiders. Vous pouvez expliquer ? Oui, ça ne peut que vous avantager. De nos jours, Trump et Obama s’autoproclament outsiders alors, bon… Mon film le plus subversif, selon moi, c’est Hairspray (1998), justement parce que c’est le plus populaire. Il est passé dans toutes les écoles d’Amérique. Alors qu’on y voit une drag-queen incarner une mère de famille, cette mère blanche encourager sa fille à sortir avec un mec noir, deux hommes se chanter leur amour… Même les racistes ont adoré ! Il faut vous glisser au centre pour changer les choses de l’intérieur.

• PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET

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PORTRAIT

BOBINES

DÉSIR ARDENT

Avec La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche en 2007, son premier rôle au cinéma, Hafsia Herzi amorçait une carrière pétrie de liberté, celle du corps comme celle du cœur. Ce mois-ci, l’insatiable Marseillaise est à l’affiche de Tu mérites un amour, sa première réalisation, lumineuse réflexion sur le désir et les sentiments. Le verbe généreux, elle nous a raconté son irrépressible besoin de création, nourri par douze années de rôles frondeurs. 46


HAFSIA HERZI estivale au sourire empreint de malice, Hafsia Herzi passe la porte de La Vielleuse à Belleville, décor fugace de son premier long métrage, et nous tutoie sans ambages. La fougue et l’hédonisme que cette passionnée de poésie et de peinture avait insufflés à son personnage dans La Graine et le Mulet, au détour d’une scène de réjouissance culinaire puis d’une danse sensuelle, ne l’ont pas quittée. Un talent qui lui a permis de glaner un César du meilleur espoir féminin dans la foulée, alors qu’elle n’avait au préalable fait qu’un brin de figuration et poursuivait des études de droit à Marseille, où elle a grandi. « Je sais exactement ce que je veux. Si je ne ressens rien, la scène est fichue ; les choses ne fonctionnent que si l’on s’abandonne, si l’on a confiance », assène-t-elle sans ciller. Sensible à la vérité dans l’écriture et fuyant les rôles sans imagination, elle se frotte ensuite à des lectures décalées du monde (Française de Souad El-Bouhati, en 2008 ; Le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie, en 2009) et assoit son insoumission, tant dans le relief des personnages qu’elle incarne que

des témoignages sur ces histoires dont on a l’impression de ne jamais pouvoir se remettre. Je trouvais que ce thème était entouré de pudeur, qu’il n’était pas vraiment abordé de manière frontale dans les films français. Oui, les femmes ont du désir, font l’amour sans lendemain, parlent de sexe… », confie-t-elle dans un regard qui navigue entre curiosité enfantine et vague mélancolie. Elle se lance un matin de juillet 2018 et achève le tournage en cinq semaines, avec une équipe constituée au gré des rencontres. « Le film s’est fait grâce à la motivation d’un groupe de passionnés, de décors qu’on nous a prêtés gratuitement, de cette énergie invisible qui m’a poussée. » Il rappelle par touches le cinéma d’Abdellatif Kechiche, dont l’approche réaliste et la façon de travailler ont été sources d’inspiration. « Le maquillage cache un peu l’âme des gens, or je veux des peaux qui brillent, sans artifice, car c’est là que réside la beauté. J’admire aussi le cinéma nerveux d’Andrea Arnold ; on y trouve une urgence, l’impression de vies capturées sur l’instant. » S’affirme, chez l’héroïne comme chez Herzi, la volonté de ne pas correspondre au désir d’un homme,

S’affirme, chez elle, la volonté de ne pas correspondre au désir d’un homme, mais d’être à l’écoute du sien. dans le chemin qu’elle se trace avec sérieux et obstination (La Source des femmes de Radu Mihaileanu ou L’Apollonide. Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello, tous deux en 2011). En 2017, elle incarne Amel – photographe tunisienne qui capture l’intimité tantôt pudique, tantôt exaltée d’hommes rencontrés dans la rue – dans le sensible L’Amour des hommes de Mehdi Ben Attia. L’actrice y livre une performance habitée de passion et de douleur, qui rappelle la démarche de Frida Kahlo. C’est d’ailleurs d’un poème de l’artiste mexicaine qu’Hafsia Herzi a tiré le titre de son premier long, Tu mérites un amour, autant inspiré par ses rôles de femmes dessinées dans leur droit inaliénable à la séduction et à l’amour libre que par ses propres observations.  

SANS FARD

Dépeignant avec verve une trentenaire inconsolable d’une rupture, Tu mérites un amour scande ses vers comme un (r)éveil. « Je suis partie de ma propre incapacité à comprendre les relations hommes-femmes et j’ai enquêté sur le chagrin d’amour, récolté

mais d’être à l’écoute du sien. Et qu’est-ce que réaliser, sinon répondre à ses propres pulsions ? « Le fait d’avoir autoproduit le film m’a permis de ne pas dépendre de la volonté des autres. J’écris des scènes depuis toute petite, et le passage à l’acte a été une révélation pour moi. Réaliser me donne une inexplicable sensation de vivre. » Avec cette héroïne en pleine possession de son désir, la réalisatrice célèbre le caractère grisant de l’écriture et, l’œil irrigué par le rêve, appelle de ses vœux une semaine supplémentaire consacrée à l’expérimentation sur son prochain tournage. Décidément, chez Hafsia Herzi, le cinéma ne peut avoir d’autre goût que celui de la liberté.

• LAURA PERTUY — PHOTOGRAPHIE : PALOMA PINEDA  

— : « Tu mérites un amour »

de Hafsia Herzi, Rezo Films (1 h 39), sortie le 11 septembre

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BOBINES

Silhouette


INTERVIEW

BOBINES

LES YEUX FOUS

Plus de deux cents films, des yeux bleus qui en ont fait flipper plus d’un, et un carnet d’adresses dément qui va de Rainer Werner Fassbinder à Lars von Trier. Et pourtant, si l’acteur septuagénaire allemand Udo Kier impressionne avec sa colossale carrière, il en parle avec une nonchalance on ne peut plus dandy. Dans Bacurau, western mystique et tribal de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, il incarne un énigmatique et sanguinaire chef de meute. Entretien à Cannes, cool pour lui, un peu intimidant pour nous. 48


Je n’en avais aucun. Enfin… J’ai récemment présidé le jury du festival Cyprus Film Days, et c’est un film brésilien, Los Silencios de Beatriz Seigner, qui a été primé. Mais je n’avais jamais mis les pieds au Brésil avant de tourner dans Bacurau. Quand on pense Brésil, on a tout de suite plein de clichés en tête : le carnaval, les gens sexy qui flânent sur la plage… J’étais content de ne rien savoir du pays. Lorsque je suis arrivé à l’aéroport, on m’a tout de suite emmené à la campagne, à cinq heures de là. Sur la place du marché du petit village où l’on a tourné, j’ai vu des chiens abandonnés et des chats errants. Loin du fantasme. Mais je ne connais toujours rien du pays.   Votre personnage mène un groupe d’États-uniens qui veulent faire disparaître un village brésilien. Cela vous semble être une parabole politique ? Je préfère ne pas parler de politique. Je joue juste un type qui prend le pouvoir discrètement. On n’a pas tellement d’explications sur ses motivations. C’est ce qui fait marcher l’imagination, pas vrai ?   Vous avez déclaré dans une interview : « Quand j’ai un rôle secondaire, je veux jouer de façon à ce que les spectateurs se souviennent de moi. » Il n’y a pas vraiment de rôle principal dans Bacurau. Comment avez-vous procédé pour qu’on retienne votre performance ? Il y avait assez de matière pour un vrai développement, pour donner lieu à une évolution du personnage. Au début je l’impose comme un chef de troupe charismatique, et puis j’ajoute des éléments de plus en plus bizarres pour complexifier son caractère, et à la fin on se rend compte qu’il est complètement fou. C’est ce genre de zone trouble qui m’intéresse.   Vous avez travaillé avec beaucoup de réalisateurs réputés pour leur fort tempérament, comme Fassbinder, avec qui vous avez fait un téléfilm et trois films, dont Lili Marleen et Lola. Une femme allemande en 1981, ou Lars von Trier, avec qui vous avez notamment tourné Breaking the Waves en 1996 et Dancer in the Dark en 2000. Le caractère, c’est un critère dans vos choix ? Ce que vous dites est vrai, mais je fonctionne avant tout par instinct : je ne vais jamais chercher les cinéastes mais, s’ils me font une

proposition assez forte, je suis de la partie. Concernant Fassbinder, ce que j’aimais surtout chez lui, c’est qu’il fonctionnait en troupe. Je n’ai pas fait que l’acteur pour lui, j’ai aussi été son assistant. Comment avez-vous rencontré Gus Van Sant, qui vous a ouvert les portes du cinéma américain [il a ensuite tourné dans des blockbusters comme Armageddon de Michael Bay ou Blade de Stephen Norrington, sortis en 1998, ndlr] avec le rôle mémorable d’un client des héros prostitués joués par River Phoenix et Keanu Reeves dans My Own Private Idaho en 1991 ? Mon tout premier film américain, c’était en fait Chair pour Frankenstein de Paul Morrissey en 1973, produit par Andy Warhol, mais on l’avait tourné en italien. C’est dans ce film et dans Du sang pour Dracula du même Morrissey que Gus Van Sant m’a remarqué. Il est venu me voir tout jeune homme au Festival de Berlin, en me disant qu’il présentait là un film indépendant intitulé Mala noche et qu’il préparait un film avec Keanu Reeves et River Phoenix. Je n’avais jamais entendu parler d’eux, je vivais en Allemagne à l’époque. Pour le rôle, je suis allé dans des bars interviewer des prostitués en compagnie de River Phoenix. Il pouvait à tout moment être reconnu car il était déjà célèbre à l’époque. Mais il s’en foutait.   Vous avez souvent joué des nazis, plutôt de manière parodique ou outrancière, comme dans Iron Sky. The Coming Race de Timo Vuorensola, en 2019, dans lequel vous incarnez Adolf Hitler chevauchant un dinosaure. Comment approchez-vous ces rôles ? Je suis né à Cologne en Allemagne en 1944, dans un hôpital qui venait tout juste d’être bombardé. Je n’étais bien sûr pas assez âgé pour comprendre ce qui se passait, mais cela reste pour moi un sujet sensible. C’est pourquoi je n’ai jamais voulu jouer

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Chair pour Frankenstein de Paul Morrissey (1973)

© RUE DES ARCHIVES EVERETT

Quel était votre rapport au cinéma brésilien avant Bacurau ?

BOBINES

UDO KIER


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les nazis de manière réaliste. J’ai joué Adolf Hitler plusieurs fois [notamment dans 100 ans d’Adolf Hitler. Les dernières heures dans le bunker de Christoph Schlingensief en 1989, ndlr] : à chaque fois, je pense à Charlie Chaplin dans Le Dictateur. La comédie peut aussi porter un message.   Votre regard bleu perçant et énigmatique vous a permis de vous faire la part belle dans le cinéma horrifique. Vous avez joué dans quelques chefs-d’œuvre du cinéma d’épouvante parmi lesquels Suspiria de Dario Argento, en 1977. Oui, pour un tout petit rôle, mais qui est indispensable – c’est mon personnage qui explique à celui joué par Jessica Harper de quoi il retourne vraiment dans cette école de danse hantée. Je n’ai pas vu le récent remake [réalisé par Luca Guadagnino et sorti l’année dernière, ndlr], mais je ne comprends pas bien l’intérêt de refaire un film qui a cartonné : s’emparer de films avec de bonnes histoires mais qui n’ont pas marché me paraîtrait plus pertinent…   Vous avez habité à Paris pendant des années. Vous côtoyiez la scène artistique de l’époque ? J’y ai vécu pendant six ans. La première fois que je suis venu, c’était pour la première de Chair pour Frankenstein aux Champs-Élysées. Après la projection, on a été dans un nightclub avec des amis dont Roman Polanski. Là, Just Jaeckin m’a abordé en disant : « Je vais adapter Histoire d’O de Pauline Réage au cinéma et je vous offre le premier rôle masculin. » Je lui ai répondu que je ne faisais pas de porno. Tout le monde autour de la table s’est agité en me disant que j’étais fou de refuser. Ils m’ont expliqué le scandale autour du livre, alors j’ai accepté. À Paris, j’ai rencontré beaucoup de monde. J’allais au Centre Pompidou avec Guy Maddin, je côtoyais Géraldine Chaplin, Jean Marais... Il suffisait que je reste un peu en terrasse aux Deux Magots pour qu’une femme vienne m’aborder et me dise que David Hockney voulait faire mon portrait. Je l’ai toujours. C’est aussi à ce moment que j’ai commencé à collectionner des œuvres de Giacometti, de Magritte, de Man Ray… À l’époque, on pouvait avoir un Picasso pour 2 000 dollars.   Parmi vos quelques incursions dans le cinéma français, on trouve également un film de science-fiction érotique de Charles Matton au titre assez frappant : Spermula, sorti en 1976. Je marchais sur la Croisette au Festival de Cannes avec Alejandro Jodorowsky qui me parlait de son projet d’adapter Dune au

Histoire d’O de Just Jaeckin (1975)

© RUE DES ARCHIVES EVERETT

INTERVIEW

« Tout le monde m’a dit que j’étais fou de refuser le premier rôle masculin d’Histoire d’O. Ils m’ont expliqué le scandale autour du livre, alors j’ai accepté. » cinéma quand sur un hôtel j’ai vu cette affiche au titre horrible : Spermula. Je me suis dit : « Après Dracula, voilà tout ce qu’ils ont trouvé… » De retour à Paris, j’ai eu un appel d’un dénommé Charles Matton qui m’a invité à La Coupole pour déjeuner et me parler de son prochain film. Je lui demande : « Quel est le titre ? » Il me répond « Spermula. » Là, j’ai pensé : « Oh noooon !… » Mais il m’a expliqué que c’était son producteur qui tenait à ce titre, pour des raisons commerciales. Lui, il voulait l’intituler L’Amour est un fleuve en Russie. Bon, j’ai fait le film.

• PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET PHOTOGRAPHIE : JULIEN LIÉNARD  

— : « Bacurau » de Kleber Mendonça Filho

et Juliano Dornelles, SBS (2 h 12), sortie le 25 septembre

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UN FILM DE ALEJANDRO JODOROWSKY

AU CINÉMA LE 2 OCTOBRE /nourfilmscinema

nourfilms

nour_films nourfilms.com

ILLUSTRATION DE PASCALEJANDRO

UN ART POUR GUÉRIR


CRITIQUE

BOBINES

VILLAGE PEOPLE

Après le sublime Aquarius, sorti en 2016, Kleber Mendonça Filho livre, avec Bacurau (coréalisé avec Juliano Dornelles), une fable dystopique et sanglante sur l’arrière-pays brésilien. Un maelström de références pour un résultat impressionnant et politique, auréolé du Prix du jury à Cannes en mai.

On

l’annonçait comme un mélange entre le Délivrance de John Boorman (1972) et le Sans retour de Walter Hill (1983) : bien qu’ayant les yeux rivés vers le Nouvel Hollywood, Bacurau emprunte peut-être plus encore sa lignée au western originel, celui apparu dès les débuts du cinéma. Pas un seul élément ne manque à la liste des archétypes qui ont fait le succès du genre : tenancière de bistrot narquoise, gringo à banjo menaçant, têtes scalpées virilement brandies, fûts de liquide percés par balles… Ces codes servent ici à dépeindre Bacurau, un village fictif et isolé au cœur du sertão – région semi-aride et pas vraiment bien lotie du Nordeste – qui fait face à la mort de son emblématique matriarche de 94 ans. Des événements inquiétants se succèdent alors, à commencer par la mystérieuse disparition du hameau de la carte. Le wifi ne tarde pas lui aussi à s’évaporer, les cadavres criblés de balles jonchent peu à peu le territoire, et le film mène progressivement à l’affrontement

entre une communauté d’irréductibles locaux et un groupe d’envahisseurs majoritairement américains, qui manient aussi bien le drone que le sniper. L’ombre portée de la présidence Bolsonaro plane évidemment sur cette trame apocalyptique, mais elle ne constitue qu’un fil à tirer parmi des dizaines d’autres, plus ou moins subtilement exposés : les livres jetés aux ordures, les ravages du complexe pharmaceutique, la corruption endémique des politiques (déjà dénoncée avec la figure du promoteur propret dans Aquarius), la pénurie d’eau, la libéralisation du port d’armes, le cataclysme écologique… Cette rage sourde explose in fine dans quelques plans sanguinolents (les fans du Maniac de William Lustig apprécieront l’explosion full frontal d’un crâne humain) qui n’ont pas toujours les honneurs de la compétition cannoise. Comme le jury, on se réjouit que cela ait été le cas cette année, avec ce retour aux sources bien ancré dans le présent. • GAUTIER ROOS

L’ombre portée de la présidence Bolsonaro plane évidemment sur cette trame apocalyptique.

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Le portrait d’une génération Marie Claire

Un vrai bijou Technikart

Éblouissant Une réussite Arte

Première

Prix de la Mise en scène

AU CINÉMA LE 11 SEPTEMBRE


MICROSCOPE

LE VENTRE DE LA MARIÉE Comme le diable, le cinéma se loge dans les détails. Geste inattendu d’un acteur, couleur d’un décor, drapé d’une jupe sous l’effet du vent : chaque mois, de film en film, nous partons en quête de ces événements minuscules qui sont autant de brèches où s’engouffre l’émotion du spectateur. Ce mois-ci : un ventre trop rond dans Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino (1979).

BOBINES

Chez

Michael Cimino, le destin se lit dans les nuages et dans les robes. Les nuages donnent leur bénédiction pour la chasse, à qui sait parler indien. Les robes disent les malédictions cachées, au creux des banquets, à l’ombre des sacrements. Une tache rouge sur une robe blanche de mariée : le sang du Viêt Nam qui éclabousse en avance et personne n’a rien vu. Mais la robe a déjà dit sa prophétie de malheur, dans la chambre morose de la mariée. Les garçons, à deux pas, sortent de l’aciérie pour aller rincer dans la bière et les chansons leurs gueules

C’est moins aux yeux qu’aux mains du spectateur que le relief coupable est signalé : on a l’impression de toucher le ventre d'Angela avec elle. noires de héros de Zola. Angela, à l’abri de leurs brailleries, chuchote dans sa maison perchée devant les fumées noires de l’usine : « I do. » Elle a mis la robe blanche, le voile, et se parfume devant la glace pour répéter les mots qu’il faudra dire demain. Son sourire se fige soudain, après le troisième « I do ». Dans le miroir, elle a vu son ventre trop rond pour une jeune mariée : Angela est enceinte, et d’un autre que celui qu’elle épouse. Le mari, le petit mari, est le personnage le plus tragique du film. Entre la force animale de

Michael, le personnage de Robert De Niro, et le magnétisme délicat de Nick, celui de Christopher Walken, Steven (John Savage) est le grand sacrifié : un type qui se marie puceau avec une fille enceinte, et que le Viêt Nam finira de castrer en lui arrachant les deux jambes. « C’est mon dernier secret », dira Steven à Nick, titubant d’alcool après le mariage, confiant là qu’il n’est pour rien dans les rondeurs de la mariée. Son secret, le plus douloureux de tous, est d’être un personnage en trop – il ne participe même pas à la partie de chasse. Un personnage oublié et qui, trop conscient de l’être, suppliera au bout du film qu’on le laisse à l’hôpital, qu’on l’oublie une fois pour toutes. Et dès ce plan dans la maison de la mariée, quelque chose dit déjà cet oubli qui le condamne : son costume à lui aussi est là, mais en bord de plan tandis que le spectateur regarde Angela, chemise et veste comme fondues parmi les meubles et les bibelots. Un autre détail, quelques secondes plus loin, donne à cette courte scène son ahurissante beauté. La mariée, donc, se désole subitement, et s’inquiète, de voir son propre secret bomber sous la robe nuptiale. On sait comment la plupart des cinéastes auraient réglé la chose : la fille aurait présenté son profil au miroir, et c’est le reflet qui aurait sonné l’alerte, déléguée au regard de l’actrice. Mais Angela, sous l’œil de Cimino, se tient face au reflet. Et c’est en joignant ses mains sur son ventre, pour répéter l’autel, qu’elle est rappelée à sa situation : des mains de communiante qui se posaient sagement sur la robe, et qui y ont trouvé un ventre de mère. C’est alors moins aux yeux qu’aux mains du spectateur que le relief coupable est signalé : on a l’impression de toucher le ventre avec elle, qui fait un geste maternel en croyant faire un geste de jeune fille. Cimino peut maintenant aller chercher le regard dans le reflet, d’un plan serré sur le visage tremblant d’Angela, où se lit plus d’effroi que devant toutes les roulettes russes. • JÉRÔME MOMCILOVIC 54


BOBINES

MICROSCOPE

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INTERVIEW

BOBINES

VAGUES À L’ÂME

Dans Atlantique, auréolé du Grand Prix au dernier Festival de Cannes, la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop dresse le vibrant portrait d’Ada, une jeune Dakaroise à la recherche de son amant, Souleiman, parti en mer du jour au lendemain. Entre chronique sociale et conte surnaturel, cet envoûtant premier long métrage met en scène le retour nocturne et hanté d’une jeunesse ravalée par les flots d’un océan plus magnétique que jamais. Rencontre avec une réalisatrice loquace et pleine de promesses. 56


Dans Atlantique, les disparus en mer hantent la ville à la tombée de la nuit. Pourquoi ? Les quelques histoires que m’ont racontées mon père ou des membres de ma famille au Sénégal se déroulent la nuit. J’ai grandi avec l’idée que la nuit est hantée. Avec Atlantique, je voulais qu’un personnage porte en lui la trajectoire de son pays, et que celle-ci soit la traversée d’une longue nuit. Ada en ressort plus proche d’elle-même, plus libre. C’est une méditation sur la nuit qu’a traversée l’Afrique, avant que le continent n’ait pu redessiner les contours de sa propre identité. Et puis la nuit à Dakar est magnifique : les phares balaient l’obscurité, la texture sonore de la ville et les couleurs à l’intérieur des maisons se transforment totalement. Je me souviens aussi de mes discussions avec Claire Mathon [directrice de la photographie sur le film, lire p. 31, ndlr] où j’évoquais les « nuits numériques » de Michael Mann. Que ce soit dans Collatéral ou dans Miami Vice. Deux flics à Miami, ce sont des nuits de cinéma qui m’ont énormément marquée. C’est l’idée d’une clairvoyance nocturne : on y voit mieux la nuit que le jour.   D’où vient ce glissement entre l’ancrage réaliste du film, à l’image de la scène d’ouverture dans laquelle on voit des ouvriers,

dont Souleiman, réclamer en vain leur salaire sur un chantier, et la tonalité plus fantastique dans la suite du récit ? Faire un film fantastique à Dakar ne veut rien dire : le fantastique fait partie de la ville, il est déjà là. Il n’y a pas de séparation entre le visible et l’invisible, entre les vivants et les morts. C’est très différent de l’appréhension que l’on peut avoir du fantastique en Occident. Par ailleurs, mon rapport au fantastique ne vient pas du tout du cinéma ; il est plutôt lié aux rencontres que j’ai faites et aux récits qu’on m’a narrés. Dans mon premier court métrage, Atlantiques [réalisé en 2009, sur de jeunes Dakarois racontant, entre fiction et réalité, leur odyssée en mer, la nuit autour d’un feu de camp, ndlr], un personnage affirmait que « lorsqu’on décide de partir, c’est qu’on est déjà mort ». Il avait fait basculer le film vers le fantastique sans même que je l’anticipe. En outre, lorsqu’on me racontait l’histoire de ces jeunes hommes qui partaient soudain en mer sans prévenir personne, ça a intensifié cette direction fantastique. D’autant plus que les départs étaient successifs, c’était comme une contamination. On est face à une situation sociale et économique très concrète qui finit par rencontrer une dimension presque magique. Au bout d’un moment, j’ai même commencé à ne plus voir l’océan que comme un immense tombeau. Édouard Glissant ou Derek Walcott ont d’ailleurs écrit à ce sujet, en référence notamment à la traite négrière aux Caraïbes. Leurs écrits ont consolidé ce regard. On retrouve cette cohabitation entre le réel et le surnaturel dans votre mise

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BOBINES

MATI DIOP


BOBINES

INTERVIEW en scène, à la fois précise et nébuleuse. À quoi cela est dû ? On associe souvent le cinéma fantastique avec une mise en scène très formaliste et un découpage très net. J’avais envie de ça : d’un cinéma plus carré, plus rigoureux, moins agité qu’un style réaliste. En même temps, bien que je n’avais jamais réalisé de film avec autant de budget, je savais qu’on restait dans une économie réduite. Il fallait donc faire un film à la fois précis et vivant, réaliste et envoûtant, exigeant formellement mais fidèle au bouillonnement des rues de Dakar. Lors de la présentation du film à Cannes, on m’a très peu interrogée sur la mise en scène, pour me questionner plutôt sur les grands thèmes : la migration, ou l’émancipation féminine. Je pense que c’est important, mais ce qui m’intéresse le plus ce sont ces questions esthétiques, car c’est là que tout se joue. L’idée est d’explorer le langage cinématographique par le détail, en abordant les images et leur composition. C’est pour ça qu’on retrouve beaucoup d’éléments composites dans le film : des textures, des reflets, des vitres, des tissus ou encore des ombres et des halos de lumière. J’adore la peinture et les arts plastiques, je me considère comme une plasticienne avant tout. Vous montrez l’océan de manière répétée, à chaque fois sous un aspect différent. Comment avez-vous abordé sa présence ? L’océan est comme un personnage à part entière depuis le scénario. Il vient ponctuer la métamorphose des personnages et les

transformations du film. Durant le tournage, on a filmé des séquences documentaires, sans jeu, parmi lesquelles celles sur l’océan. Je rappelais surtout à Claire Mathon qu’il fallait que ces images révèlent sa dimension fantastique. Car j’ai toujours voulu interroger ce qui pouvait se cacher derrière le simple contexte social et économique qui serait à l’origine de la crise migratoire et des nombreux départs en mer. Je pense qu’il y a une dimension plus inconsciente, plus viscérale, dans le sens où il y a aussi un besoin de se créer de nouveaux rites de passage. Cela relève sans doute du fantasme de ma part, mais ça a beaucoup nourri le film. Pourquoi les femmes ne partent-elles pas ? Certaines le font, mais je pense qu’il y a plein de raisons qui font que la plupart reste. Il y a peut-être un inconscient collectif qui exige aux hommes de braver l’océan pour subvenir aux besoins de leur famille, tandis que les femmes seraient plus rattachées à une réalité domestique. Je voulais justement explorer ce quotidien-là dans Atlantique, faire de l’intimité des femmes qui restent un lieu de transformation. Et si j’avais dès le départ l’idée de raconter l’odyssée d’Ulysse du point de vue de Pénélope, j’avais très peur de cantonner Ada à une forme de passivité. C’était d’ailleurs l’une des difficultés : comment écrire un personnage qui attend le retour de l’être aimé sans qu’il soit pour autant passif ? En même temps, je n’avais aucune envie d’écrire un personnage féminin surpuissant. Parce que la figure de la

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MATI DIOP

« J’adore la peinture et les arts plastiques, je me considère comme une plasticienne avant tout. » femme africaine forte est un énorme cliché, avec l’idée sous-jacente que si elle a enduré l’esclavage et la colonisation alors plus rien ne l’atteint. C’est insupportable. Il faut un équilibre. Au final, je suis partie de moi et de ma sensibilité. Je me sens assez proche d’elle. Elle est à la fois seule et très entourée, forte dans sa vulnérabilité. Elle est active dans la mesure où elle se déplace beaucoup pour recomposer elle-même son entourage, mais sa trajectoire intérieure reste très progressive. Je n’adhère pas du tout aux films qui vendent une image de l’émancipation immédiate, avec des femmes qui écoutent du rock sur leur lit et qui d’un coup sont émancipées. C’est un processus bien plus long, quel que soit le milieu duquel on vient. Alors qu’Atlantique n’est que votre premier long métrage, vous avez reçu le Grand Prix à Cannes, fait très rare. Qu’est-ce que cette récompense va changer ? La première chose que je me suis dite, c’était qu’il fallait que je fasse très attention à rester

moi-même, à ne jamais oublier l’essence qui me pousse à faire des films. L’indépendance qui va avec aussi. Je me pose souvent la question sur ce que veut dire, aujourd’hui, être un cinéaste indépendant. Comment grandir en tant que cinéaste tout en restant fidèle à ce qui nous pousse à nous exprimer ainsi ? Est-ce que grandir signifie avoir plus de moyens, ou plutôt aiguiser son langage, sa mise en scène ? Il est évident que le Grand Prix va m’ouvrir des portes qui ne se seraient jamais ouvertes sans, mais il faut toutefois appréhender ce champ des possibles avec mesure et humilité. • PROPOS RECUEILLIS PAR CORENTIN LÊ — PHOTOGRAPHIE : PALOMA PINEDA  

— : « Atlantique » de Mati Diop,

Ad Vitam (1 h 45), sortie le 2 octobre

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BOBINES

Mama Sané


CRITIQUE

BOBINES

JEUNE FLAMME

Après des courts et moyens métrages remarqués (Mille soleils, 2013), la Franco-Sénégalaise Mati Diop signe un premier long poétique et politique qui lui a valu, à 36 ans, un Grand Prix à Cannes cette année.

Révoltés

de ne pas être payés depuis plusieurs mois, les ouvriers d’un chantier d’une banlieue de Dakar décident de prendre la mer pour rejoindre l’Europe. Suleiman, l’un d’eux, doit donc abandonner Ada, avec qui il vit une histoire d’amour aussi passionnelle que clandestine. Celle-ci est sur le point d’épouser l’homme riche à qui elle est promise et pour lequel elle n’éprouve aucun sentiment. Mais la fête de mariage est brutalement interrompue par un étrange incendie. Pourrait-il avoir été commis par Suleiman, que certains prétendent avoir vu dans les parages ? Le mystère s’épaissit encore un peu plus lorsqu’une fièvre inexpliquée s’empare de l’inspecteur chargé de l’enquête et de plusieurs amies d’Ada… Si la première partie du film expose de façon réaliste des problèmes politiques concrets, comme le sort des migrants ou la condition des femmes et de la jeunesse, le récit prend ensuite une ampleur saisissante en s’enrichissant d’éléments surnaturels.

Le talent de Mati Diop est de ne pas plaquer ces motifs fantastiques, mais de les déposer en douceur, à l’image des vagues dans l’océan, à la fois paisibles et meurtrières. Le bleu de la mer, les yeux blancs de femmes possédées, les lumières vertes d’une boîte de nuit : tout au long de ce film aux allures de kaléidoscope, le sens et l’émotion jaillissent aussi de la confrontation des couleurs. Formée à l’école du Fresnoy, Mati Diop fut aussi, en tant qu’actrice, à l’affiche de 35 rhums (2008), le film le plus tendre de Claire Denis, réalisatrice avec qui elle partage un sens du cadre et une intelligence dans l’utilisation de la musique. Avec cet ambitieux Atlantique, dont la dimension sociale ne doit pas faire oublier le versant purement sentimental, Mati Diop s’impose comme une cinéaste aussi fougueuse et déterminée que sa jeune héroïne. D’ailleurs, si le titre n’avait pas déjà été pris par un autre prétendant à la Palme d’or en mai – et qui sort aussi ce mois-ci –, son film aurait pu s’appeler Portrait de la jeune fille en feu. • JULIEN DOKHAN

Le récit prend une ampleur saisissante en s’enrichissant d’éléments surnaturels.

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IDÉALE AUDIENCE ET SOPHIE DULAC DISTRIBUTION PRÉSENTENT

“ Quand la fête galante vire à la messe noire ” LE MAGAZINE LITTÉRAIRE

UN CERTAIN REGARD 2019 PRIX SPÉCIAL DU JURY

Liberté UN FILM DE

© ROMÁN YÑÁN

A L B E RT S E R R A

AVEC HELMUT BERGER, MARC SUSINI, ILIANA ZABETH, LAURA POULVET, BAPTISTE PINTEAUX, THÉODORA MARCADÉ, ALEXANDER GARCÍA DÜTTMANN, LLUÍS SERRAT, XAVIER PÉREZ, FRANCESC DARANAS, CATALIN JUGRAVU, MONTSE TRIOLA, SAFIRA ROBENS, ARNAUD GUY IMAGE ARTUR TORT SON JORDI RIBAS MONTAGE ARIADNA RIBAS, ALBERT SERRA, ARTUR TORT MUSIQUE MARC VERDAGUER, FERRAN FONT ÉTALONNAGE ALEXANDRA POCQUET MIXAGE MÉLISSA PETITJEAN PRODUIT PAR PIERRE-OLIVIER BARDET, JOAQUIM SAPINHO, ALBERT SERRA, MONTSE TRIOLA, FELIX VON BOEHM, IDÉALE AUDIENCE, ROSA FILMES, ANDERGRAUN FILMS, LUPA FILM AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION PROVENCES-ALPES-CÔTE D’AZUR, MUSEO NACIONAL CENTRO DE ARTE REINA SOFIA, TELEVISIO DE CATALUNYA, FUNDO DE APOIO AO TURISMO DE PORTUGAL, SOTHEBY’S PORTUGAL, CNC, ICA, ICEC, RTP, ARTE COFINOVA, MEDIENBOARD BERLIN-BRANDENBURG, SOPHIE DULAC DISTRIBUTION VENTES INTERNATIONALES FILMS BOUTIQUE © 2019 - IDÉALE AUDIENCE, ROSA FILMES, ANDERGRAUN FILM

ACTUELLEMENT AU CINÉMA FILM INTERDIT AUX MINEURS DE MOINS DE SEIZE ANS AVEC AVERTISSEMENT


4 SEPT.

11 SEPT.

18 SEPT.

River of Grass de Kelly Reichardt, Splendor (1 h 14), page 66

Jeanne de Bruno Dumont, Les Films du Losange (2 h 18), pages 26 et 76

Rambo First Blood de Ted Kotcheff, Tamasa (1 h 37), page 18

Liberté d’Albert Serra, Sophie Dulac (2 h 12), page 68

Tu mérites un amour d’Hafsia Herzi, Rezo Films (1 h 39), page 46

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Pyramide (2 h), page 28

Fête de famille de Cédric Kahn, Le Pacte (1 h 41), page 74

Deux moi de Cédric Klapisch, StudioCanal (1 h 50), page 78

Ad Astra de James Gray, 20 th Century Fox (2 h 04) page 69

Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, Memento Films (1 h 21), page 74

L’Insensible d’Ivan I. Tverdovsky, Destiny Films (1 h 27), page 78

Port Authority de Danielle Lessovitz, ARP Sélection (1 h 34), page 70

Viendra le feu d’Oliver Laxe, Pyramide (1 h 25), page 76

Mjólk La guerre du lait de Grímur Hákonarson, Haut et Court (1 h 30), page 84

El otro Cristóbal d’Armand Gatti, Ed (1 h 55), page 79

Le Mariage de Verida de Michela Occhipinti, KMBO (1 h 34), page 84

Music of my Life de Gurinder Chadha, Orange Studio / UGC (1 h 57), page 84

Un jour de pluie à New York de Woody Allen, Mars Films (1 h 32), page 79

Fourmi de Julien Rappeneau, Mars Films (1 h 45) page 89

Ça Chapitre 2 d’Andy Muschietti, Warner Bros. (2 h 45)

Les Fleurs amères d’Olivier Meys, Urban (1 h 36), page 84


Nous le peuple de Claudine Bories et Patrice Chagnard, Épicentre Films (1 h 39), page 84

Steve Bannon Le grand manipulateur d’Alison Klayman, L’Atelier (1 h 31), page 80

Psychomagie Un art pour guérir d’Alejandro Jodorowsky, Nour Films (1 h 40), pages 20 et 85

Kusama Infinity de Heather Lenz, Eurozoom (1 h 18), page 85

Ceux qui travaillent d’Antoine Russbach, Condor (1 h 42), page 82

Atlantique De Mati Diop, Ad Vitam (1 h 45), page 56

Trois jours et une vie de Nicolas Boukhrief, Gaumont (2 h), page 85

Au nom de la terre d’Édouard Bergeon, Diaphana (1 h 43), page 85

Alice et le maire de Nicolas Pariser, Bac Films (1 h 43), page 72

Le Chardonneret de John Crowley, Warner Bros. (2 h 30)

Demain est à nous de Gilles de Maistre, Apollo Films (1 h 23) page 85

Le Regard de Charles de Marc di Domenico, Rezo Films (1 h 23), page 82

Les Petits Maîtres du grand hôtel de Jacques Deschamps, Jour2fête (1 h 20), page 88

Bonjour le monde ! d’Anne-Lise Koehler et Éric Serre, Gebeka Films (1 h 10) page 89

Downton Abbey de Michael Engler, Universal Pictures (2 h 03)

Gemini Man d’Ang Lee, Paramount Pictures (1 h 57)

25 SEPT. Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, SBS (2 h 12), page 48

Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais, Les Bookmakers / Capricci Films (1 h 15), page 64

De cendres et de braises de Manon Ott, Docks 66 (1 h 13), page 80

2 OCT. J’irai où tu iras de Géraldine Nakache, Mars Films (1 h 40) page 16

Vous êtes jeunes, vous êtes beaux de Franchin Don, Destiny Films (1 h 40)

Voyage autour de la chambre d’une mère de Celia Rico Clavellino, Bodega Films (1 h 35)


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LES FILMS DU MOIS À LA LOUPE

NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE

Depuis qu’il s’est séparé de son compagnon, Frank, 45 ans, occupe seul leur maison, dans un petit village des Vosges. La retraite alsacienne, imaginée loin de Paris et de son train de vie exorbitant, a laissé place à la dépression et à une boulimie de longs métrages. Constitué d’une voix off à la première personne et d’extraits des centaines de films dévorés, Ne croyez surtout pas que je hurle est le carnet de bord de ce mal de vivre, lequel ne tarde pas à muer en portrait subjectif de l’année 2016.

D’un

point de vue géographique, Épinal n’est pas très éloigné du petit village ici décrit par Frank Beauvais. Inutile, toutefois, de chercher dans Ne croyez surtout pas que je hurle le reflet satisfait de cette vie douce et bucolique que popularisèrent les célèbres représentations locales. Le film, ressac d’images pillées aux quatre coins d’une cinéphilie pantagruélique, serait plutôt la mise en pièces de cette illusion de bonheur proverbial, son radical démenti sous forme de found footage anarchique. Les Vosges et son peuple, Paris et son peuple, la France et son peuple, cet appartement et son peuple d’animaux de compagnie, tout cela s’y trouve emporté dans le flot bilieux d’une litanie dépressive, laquelle n’épargnera ni ce père jadis honni et venu mourir à domicile, ni l’Euro 2016 et ses relents de patriotisme houblonnés, ni les attentats ou Nuit debout – évoqués en voix off –, ni d’ailleurs les extraits de films, qui semblent moins cités que disséminés, dégurgités par un haut-le-cœur poétique. Car voici à quel programme, traditionnellement plutôt littéraire (Céline, Vian), s’affaire brillamment Frank Beauvais : vider son sac, vomir l’époque, en l’occurrence


FILMS

© FABRICE LÉVÊQUE

3 QUESTIONS À FRANK BEAUVAIS

Pourquoi ce beau titre, et d’où vient-il ? C’est une référence à un film est-allemand de Frank Vogel, inédit en France, dont j’ai utilisé des images : Denk bloß nicht, ich heule (1965). Cela peut être traduit par « Ne croyez surtout pas que je pleure », mais le verbe « heulen » signifie aussi, par extension, « hurler ». En le découvrant, je me suis immédiatement dit que cela résumait idéalement les états dont j’essaie de rendre compte et la position du narrateur par rapport au monde.   Provoquée par une séparation, la dépression du narrateur est vite alimentée par une époque jugée navrante. En est-ce le carburant ou son parfait cocon ? La dépression traversée par le narrateur est omnivore, elle phagocyte tout avec boulimie : le deuil, la solitude et les états affligeants d’un monde ultralibéral et répressif. Mais elle ne parvient pas à étouffer un sentiment de colère, de révolte, issu des dérives politiques contemporaines, qui lui opère comme un carburant, provoque le sursaut qui rend possible le film.
   Les extraits, tirés pour certains de films célèbres, sont méconnaissables. Vouliez-vous éviter l’effet citation ? Les plans qui constituent le matériau premier du film sont des inserts, des plans de coupe, d’objets, de paysages ou de parties du corps. Habituellement, ils sont brefs et informatifs. Je voulais les extraire de leur contexte initial pour les intégrer à une autre syntaxe, comme les éléments déchaînés d’un flux de conscience. Il fallait échapper à l’effet quiz, que l’on n’ait ni le temps ni l’envie de se demander d’où provenait chacun de ces plans qui sont comme dégurgités après une surdose cinéphage.

au moyen d’un dispositif économe et néanmoins audacieux dans lequel l’image et la parole se complètent sans cantonner la première à l’illustration. Résultat : Bergman, Eastwood, Dreyer, Scorsese et cent autres s’y bousculent dans l’anonymat d’un montage littéralement boulimique, où ce n’est pas le chocolat que l’on engloutit pour mieux le régurgiter, mais un trop-plein de films compulsivement dévorés par un œil qui les recrache en petits morceaux comme s’il en pleurait l’excédent. C’est pourquoi, plus le récit approche de Paris et du but fixé d’un déménagement synonyme de bout du tunnel, plus le film s’apparente à une purge existentielle, cédant les animaux, évidant l’appartement de son surplus de DVD et de vinyles, jusqu’à cet ultime plan aérien où, libéré de ce qui lui restait sur l’estomac, le regard prendrait enfin son envol. Rares sont les films, et encore moins les premiers longs métrages, à si bien montrer que l’on peut aussi tomber malade du cinéma. • ADRIEN DÉNOUETTE

— : de Frank Beauvais, Les Bookmakers /

Capricci Films (1 h 15), sortie le 25 sept.

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RIVER OF GRASS

La

filmographie de Kelly Reichardt (Certaines femmes) ne commence pas par Old Joy, sorti en France en 2007. Tourné en 1994 entre Miami et le parc national des Everglades (surnommé River of grass, « la rivière d’herbe »), le premier long métrage de l’Américaine est resté inédit pendant un quart de siècle dans les salles françaises. River of Grass a quelque chose de Permanent Vacation, le film de fin d’études de Jim Jarmusch, faisant naître du manque de moyens (et de l’absence d’autorisations de tournage) un sentiment d’urgence qui n’empêche pas la contemplation et l’oisiveté. D’entrée, Reichardt annonce la couleur avec l’autoportrait cruel et décalé de Cozy (Lisa Bowman), jeune femme qui s’ennuie avec son mari et ne parvient pas à éprouver de l’amour pour ses enfants. River of Grass n’abandonnera jamais ce ton vachard et en dehors des clous. La rencontre avec Lee (Larry Fessenden, également monteur et producteur), pauvre type désœuvré venant de trouver une arme à feu égarée par un flic minable, donne le jour à un duo tout sauf romanesque, dont le film décrit la fuite avec un réalisme acide. Teinté d’indécision et

de moments de creux, le road movie qui se met en place semble annoncer la randonnée pédestre sans enjeu dramatique d’Old Joy. Non, la grâce n’est pas présente en chaque être et en chaque chose ; non, toutes les routes ne mènent pas vers un avenir meilleur. Jamais le film ne se fait écrasant. Laconique, il s’amuse des échecs systématiques des protagonistes, de même que de leurs révoltes molles. River of Grass apporte un soin tout particulier au traitement du personnage de Cozy : Reichardt ne s’attache à aucun moment à la rendre sympathique ou attirante, la libérant ainsi de toutes les entraves habituellement inhérentes aux héroïnes. Ni sexualisée ni stigmatisée pour avoir abandonné sa famille, Cozy est le porte-drapeau idéal du cinéma de Kelly Reichardt, artiste importante et précurseure, qui n’a pas attendu que les questions de genre deviennent centrales pour les intégrer à son univers. • THOMAS MESSIAS

Un duo tout sauf romanesque, dont le film décrit la fuite avec un réalisme acide.

— : de Kelly Reichardt, Splendor (1 h 14), sortie le 4 septembre

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@CARACTÈRES - CRÉATION

CRÉDITS NON CONTRACTUELS

FIONN WHITEHEAD LEYNA BLOOM MCCAUL LOMBARDI

PORT AUTHORITY ÉCRIT ET RÉALISÉ PAR

DANIELLE LESSOVITZ

25 SEPTEMBRE


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LIBERTÉ

Une

nuit de 1774, trois libertins s’adonnent à une série de jeux sexuels dans la forêt… Une débauche sensorielle qui fut l’une des expériences les plus radicales (et magistrales) du dernier Festival de Cannes. Trois ans après La Mort de Louis XIV, Albert Serra plonge une nouvelle fois dans l’histoire et dans un monde qui s’éteint. Trois libertins boutés hors de la cour puritaine de Louis XVI souhaitent exporter leurs mœurs en Allemagne, escomptant le soutien de l’éminent duc de Walchen (un Helmut Berger tout en immobilité souveraine, rappelant l’univers déliquescent mais ô combien majestueux de Luchino Visconti). Le temps d’une nuit, le groupe s’adonne à un catalogue épars de fantasmes, à l’écart de toute réprobation morale. Dans ce jardin nocturne où le vice triomphe de la vertu, on se caresse, on se fouette, on rivalise d’ingéniosité pour faire participer les végétaux à cette messe noire champêtre. Mais on fait aussi résonner les mots, poussant l’adage sadien jusqu’au bout – chez le Divin Marquis, c’est d’abord par l’oreille que l’on jouit, c’est-à-dire par le langage, la raison n’étant plus un obstacle à la passion, mais son habile prolongement. C’est

à cet endroit que le film réfute le mieux les intentions du porno mainstream. En quittant la salle, on ne sait plus trop si les scènes de sexe présentées étaient ou non explicites, excités non par des membres érectiles ou des poitrines généreuses, mais par des regards – regards ébahis de celui ou de celle en train de s’adonner à la fornication, ou regards transis du voyeur installé à distance derrière un arbre, offrant les seuls contrechamps à ces longs plans fixes licencieux. La cérémonie se veut donc à la fois charnelle et cérébrale, dépravée bien que savamment orchestrée, ode à la vie autant que célébration funéraire. Une galerie de personnages atrophiés et difformes copulent avec des corps de jeunes premiers : l’alliage de contraires fonctionne ici comme une résistance à la hiérarchie, une abolition de toutes les distinctions, dans une fête qui prendrait fin au petit matin, le réveil sonnant comme un rappel à l’ordre. Comme un poème aux allures d’utopie politique. • GAUTIER ROOS  

La cérémonie se veut à la fois charnelle et cérébrale, dépravée bien que savamment orchestrée.

— : « Liberté »

d’Albert Serra, Sophie Dulac (2 h 12), sortie le 4 septembre

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pensait qu’il ne verrait jamais le jour. Et pourtant : Ad Astra, le space opera mystique fantasmé par James Gray depuis des années, s’est bel et bien envolé vers les étoiles. Mais l’ancien prodige du polar new-yorkais (The Yards, La nuit nous appartient) n’a pas simplement accompli son rêve de démiurge : il l’a prolongé. Derrière les apparats de la grosse machinerie pétaradante (Brad Pitt au casting, 90 millions de dollars de budget, une farandole de décollages, de vertiges spatiaux, d’explorations planétaires), Ad Astra est en effet un film halluciné, hanté, revêtant de bout en bout la consistance d’un songe d’enfant. D’un enfant plus précisément : l’astronaute Roy McBride (Brad Pitt), catapulté aux confins de notre système solaire à la recherche d’un père (Tommy Lee Jones) qui, croyait-il, avait définitivement quitté le monde des vivants. Si l’on pense beaucoup à Télémaque, le jeune héros d’Homère prenant la mer en quête d’Ulysse, on songe surtout au précédent film de James Gray, The Lost City of Z, qui déployait dans le marécage amazonien un récit père-fils totalement symétrique. Alors ça veut dire quoi, être un fils, pour James Gray ? La

réponse est formulée sans ambages dans Ad Astra : le fils, c’est celui qui est maudit. C’est celui qui vit dans l’ombre de l’autre tout en étant obligé d’assumer ses ambitions, ses erreurs, ses caprices. Malédiction de la filiation : chez Gray, les fils passent leur existence à se montrer à la hauteur des rêves des pères, avant que ces rêves ne referment progressivement leur mâchoire sur leur destin. Cette malédiction, c’est aussi celle d’un cinéaste obsédé par ses glorieux modèles (le Coppola d’Apocalypse Now, le Kubrick de 2001 : l’odyssée de l’espace) et qui avec ce film exprime plus que jamais sa frustration d’enfant prodige. Très honnêtement, on n’imaginait pas Gray en mesure d’articuler autant d’aspirations mégalomanes. À l’arrivée, Ad Astra sublime pourtant toutes ces contradictions en épousant les contours d’une odyssée à la fois monumentale et intimiste, spectaculaire, à nulle autre pareille et pourtant toujours à la frontière du cinéma expérimental. • LOUIS BLANCHOT

Un film halluciné, hanté, revêtant de bout en bout la consistance d’un songe d’enfant.

— :de James Gray, 20th Century Fox (2 h 04), sortie le 18 septembre

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AD ASTRA


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PORT AUTHORITY

La

cinéaste new-yorkaise Danielle Lessovitz arpente les rues de sa ville avec ce premier film prometteur, montré à Un certain regard en mai, dans lequel un jeune homme tombe amoureux d’une jeune femme membre de la communauté ballroom. Dans la lignée de Mobile Homes (Vladimir de Fontenay, 2018), coécrit par Danielle Lessovitz, et qui montrait un couple de marginaux sillonnant l’Amérique, Port Authority suit les pas d’un jeune paumé, Paul (Fionn Whitehead, force tranquille repérée dans Dunkerque de Christopher Nolan en 2017), qui débarque à New York dans l’espoir de changer de vie. Sauf que sa sœur lui claque la porte au nez, puis qu’il se voit contraint d’expulser des familles de leur foyer afin de pouvoir payer le loyer du sien. C’est sa rencontre avec Wye (l’emblème LGBTQ Leyna Bloom), une jeune femme évoluant dans la communauté ballroom,

qui va symboliser pour lui ce désir de renouveau. Prolongeant par sa mise en scène le mouvement de ces jeunes qui ne tiennent pas en place, Port Authority s’inscrit dans un cinéma social américain habité par la débauche d’énergie (on pense à Mad Love in New York des frères Safdie, sorti en 2016). Lessovitz tire de l’univers des ballrooms et de leur danse, le voguing, l’exemple d’une émancipation découlant de l’acceptation de son propre corps et de celui des autres. Parce qu’il s’est épris d’une femme dont il ignorait la transidentité, le chemin qui attend Paul, avatar de la norme socialement dominante, est en fait celle qu’il doit mener vers sa propre identité. • CORENTIN LÊ  

— : de Danielle Lessovitz, ARP Sélection (1 h 34), sortie le 18 septembre 

3 QUESTIONS À DANIELLE LESSOVITZ Pourquoi avoir choisi de faire débuter Port Authority dans une gare routière ? Elle symbolise ce sentiment de déracinement que l’on ressent tous en tant qu’Américains. Cela vaut pour New York, qui est une ville très cosmopolite, mais aussi pour le reste du pays. Si des gens débarquent dans un nouveau lieu, sans attaches, c’est souvent pour y refaire leur vie, recommencer à zéro.

Vos personnages sont très remuants, mais sont aussi à la recherche d’une stabilité… Je pense que l’idéal est d’entretenir un équilibre entre le fait de rester en mouvement et d’avoir un foyer. C’est ce qu’a la chance d’avoir Wye, par le biais de sa communauté, et c’est ce que recherche Paul. Ce n’est d’ailleurs pas le foyer en lui-même qui est important, mais les personnes qui le composent. 70

Dans quelle mesure Paul fait-il un pas vers son identité et vers celle des autres ? Quand vous faites partie des dominants, vous n’avez pas à songer à votre couleur de peau ou à votre genre, parce que le monde est conçu pour vous. À partir du moment où Paul comprend cela, il peut commencer à se rendre compte des structures de domination qui façonnent le monde actuel.


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AU CINÉMA LE 9 OCTOBRE


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ALICE ET LE MAIRE

Avec

son deuxième long métrage, remarqué à la Quinzaine des réalisateurs cette année, Nicolas Pariser confirme sa capacité, rare dans le cinéma français, à représenter avec acuité le monde politique à l’écran. Après avoir exploré, dans Le Grand Jeu (2015), la politique sous son versant obscur et romanesque (celui des barbouzes et des groupuscules gauchistes), le cinéaste s’intéresse ici à un personnage public ancré dans le quotidien. Maire de Lyon, Paul Théraneau (Fabrice Luchini, génial comme souvent, vulnérable comme rarement) est un vieux briscard gagné par la lassitude, jusqu’au jour où Alice Heimann, jeune philosophe embauchée comme conseillère (Anaïs Demoustier, à son sommet d’espièglerie charmeuse), vient bousculer sa routine et stimuler sa réflexion. Au fil des conversations

se tisse entre ces deux-là une relation peu banale, fondée sur la connivence intellectuelle. Autour d’eux, de savoureux seconds rôles (une artiste portée sur la collapsologie, un ambitieux responsable de la com) mettent en lumière les défis qui se posent aux élus. Disciple d’Éric Rohmer et de Claude Chabrol, Nicolas Pariser opte pour une esthétique « ligne claire » et une chaleureuse image 35 mm. Entre cruauté et compassion, cette brillante comédie sur le désenchantement donne à voir l’impuissance de responsables politiques à qui l’on demande surtout, comme on l’entend à plusieurs reprises dans le film, de savoir « inventer un récit ». • JULIEN DOKHAN

— : de Nicolas Pariser, Bac Films (1 h 43), sortie le 2 octobre

3 QUESTIONS À NICOLAS PARISER Pourquoi, après l’occulte Le Grand Jeu, aborder la politique de façon solaire ? Le Grand Jeu était influencé par la fiction paranoïaque des années 1970 et par les romans de Balzac. On est cette fois davantage dans la fable et le théâtre. Je veux montrer qu’il n’y a pas tant de mystères ni de vérités cachées derrière la politique. Les hommes politiques font surtout ce qu’ils peuvent.

Comment avez-vous travaillé l’humour de vos deux protagonistes ? Je n’étais pas sûr que le film serait perçu comme une comédie. Mais les acteurs apportent cette dimension. Fabrice Luchini incarne avec drôlerie l’aspect monarchique du pouvoir en France. Et la vivacité d’Anaïs Demoustier rend très amusant son personnage d’intellectuelle scolaire. 72

PAR D. L .

Le discours final, applaudi lors du dernier Festival de Cannes, vise-t-il l’actuel président français ? Non, il a été écrit en 2016, avant qu’Emmanuel Macron ne se présente. Mais le public y voit une référence, parce que ce discours colle à l’époque. Macron n’est pas le seul khâgneux qui soit devenu banquier. L’envolée finale sert avant tout de solution aux problèmes d’Alice et du maire.


NOUS NE SERONS JAMAIS FAITS DU BOIS DES VICTOIRES MAIS DE CELUI DU COMBAT PRIX CICAE

NOS DÉFAITES UN FILM DE JEAN-GABRIEL PÉRIOT

AU CINÉMA LE 9 OCTOBRE


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FÊTE DE FAMILLE

— : de Cédric Kahn, Le Pacte (1 h 41), sortie le 4 septembre

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Le

huis clos familial constitue un genre à part entière, qui a vu des réussites récentes comme L’Heure d’été d’Olivier Assayas (2008), Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin (2008) ou Juste la fin du monde de Xavier Dolan (2016). Cédric Kahn (Vie sauvage, La Prière) s’y essaye ici en construisant l’édifice familial autour d’une mère (Catherine Deneuve) qui fête son anniversaire et convie ses enfants à un séjour dans sa maison champêtre. Mais l’arrivée soudaine de la fille aînée, qui n’avait plus donné de nouvelles depuis trois ans et qui vient demander une réparation aussi affective que financière, va exacerber les conflits. Peignant intensément les tensions, le réalisateur français filme habilement une demeure qu’il qualifie de « défraîchie » pour mieux disséquer le délabrement collectif et soulever en creux la question de la charge mentale. En confiant les trois rôles de la fratrie à des interprètes par ailleurs cinéastes (Emmanuelle Bercot, Vincent Macaigne et lui-même), Cédric Kahn renforce aussi l’impression de jeu cruel et de manipulation émotionnelle qui découle de cette tragédie estivale à la déchirante mélancolie. • DAMIEN LEBLANC

LES HIRONDELLES DE KABOUL

— : de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, Memento Films (1 h 21), sortie le 4 septembre

En

1998, les talibans occupent toujours Kaboul où ils ont instauré la charia. Adapté du roman éponyme de l’auteur algérien Yasmina Khadra, ce film d’animation, présenté à Un certain regard au mois de mai, déploie en deux temps une fuite en avant vers la liberté. D’un côté Atiq, un ancien moudjahidin, occupe le poste de gardien d’une prison pour femmes et voit sa compagne, atteinte d’un cancer, s’éteindre à petit feu. De l’autre Zunaira et Mohsen forment un couple d’intellectuels et rêvent, cloîtrés chez eux, de vivre plus librement. Déployant des tons pastel qui contrastent avec l’austérité d’une cité en ruines, Les Hirondelles de Kaboul aborde sans détour la question d’une lutte contre l’obscurantisme passant par la représentation et l’exhibition des corps. Sur les murs de sa maison, Zunaira dessine ainsi une vie rêvée allant à l’encontre d’une oppression qui cherche à cacher aux regards ce que, prétendument, ses fidèles ne sauraient voir (les corps, l’amour, la nudité). Pour autant, ce n’est qu’en retournant les armes de la tyrannie contre elle-même que la liberté peut, au bout du tunnel, être touchée du doigt. • CORENTIN LÊ

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NEPTOP FILMS, PROFILE PICTURES, HAUT ET COURT et ONE TWO FILMS PRÉSENTENT

APRÈS

BÉLIERS

Un film de Grímur Hákonarson

AU CINÉMA

LE 11 SEPTEMBRE


FILMS

VIENDRA LE FEU

— : d’Oliver Laxe, Pyramide (1 h 25), sortie le 4 septembre

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À

sa sortie de prison, Amador retourne dans son village, situé dans les montagnes galiciennes. Alors qu’il avait été écroué pour avoir provoqué un incendie, il doit maintenant faire face aux médisances de certains villageois. Sa mère, très âgée, le prend sous son aile… Auréolé du Prix du jury Un certain regard à Cannes cette année, ce long métrage contemplatif et introspectif du jeune cinéaste franco-espagnol Oliver Laxe (Vous êtes tous des capitaines, Mimosas. La voie de l’Atlas) crée une fascinante symbiose entre ce héros taciturne, en voie de réinsertion mais cerné par son passé, et la nature sauvage dans laquelle il évolue – plus qu’un simple décor, elle se révèle le point névralgique du film, entre séquences apaisées au milieu des champs et caméra posée au milieu des arbres qui s’enflamment. En faisant la part belle au vide et au silence, Laxe construit toute une mythologie (ce que suggère le titre prophétique du film) : son héros revenant s’isole peu à peu des hommes et ses errances, qui s’étirent dans le récit, en font un personnage digne de ceux des grands romans d’aventures. • JOSÉPHINE LEROY

JEANNE

— : de Bruno Dumont, Les Films du Losange (2 h 18), sortie le 11 septembre

S’écartant

du ton comique tordu de ses fictions les plus récentes (P’tit Quinquin, Ma Loute, et même Jeannette. L’enfance de Jeanne d’Arc, dont ce Jeanne est la suite), Bruno Dumont renoue avec plus de solennité et de mystère. Toujours avec la très jeune (11 ans) Lise Leplat Prudhomme (lire p. 26), pour qui la guerre semble être un jeu d’enfants, le réalisateur reprend l’histoire de la combattante au moment où celle-ci délivre Orléans, avant de subir sa première défaite à Paris. Elle est alors livrée aux Anglais, et son procès pour sorcellerie s’ouvre à Rouen. Débutant par une longue séquence militaire qui saisit par son sens chorégraphique millimétré, le film s’attache ensuite aux plaidoiries du procès. La petite Jeanne paraît minuscule au milieu de l’enceinte monumentale de l’édifice religieux, mais tient tête aux hommes d’Église avec souffle et hardiesse. Au travers de ce déferlement de paroles ciselées saisi dans une continuité dialoguée inspirée par les écrits de Charles Péguy, et grâce à ses plans toujours habités et à la musique lancinante de Christophe, Dumont sait alors faire entendre la voix intérieure de Jeanne d’Arc. • QUENTIN GROSSET

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FILMS

DEUX MOI

— : de Cédric Klapisch, StudioCanal (1 h 50), sortie le 11 septembre

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Après

une virée en Bourgogne au plus fort des vendanges dans Ce qui nous lie (2017), Cédric Klapisch revient en ville et concentre son nouveau film autour de deux célibataires dépressifs peinant à rencontrer l’amour. Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) vivent à deux pas l’un de l’autre, au nord de Paris. Elle est chercheuse en physique et enchaîne les dates Tinder, tandis qu’il multiplie les petits boulots et s’enfonce dans sa routine. Leurs trajectoires, d’abord opposées, vont devenir identiques… L’idée d’aborder dans une comédie romantique la solitude de trentenaires à l’ère des réseaux sociaux paraît (déjà) un peu éculée. Heureusement, Klapisch s’en éloigne en jouant sur la dispersion et l’attraction, la symétrie des gestes et des corps. Il met en scène une sorte de ballet atomique à l’intérieur d’un paysage urbain rude qui catalyse l’anxiété sociale. Comme un chorégraphe, Klapisch ballotte ainsi ses héros entre euphorie et ennui. Par sa faculté à faire tenir cet ensemble de contraires, le cinéaste évite le portrait générationnel caricatural, pour scruter beaucoup plus finement la fragilité humaine dans ce qu’elle a d’immuable. • JOSÉPHINE LEROY

L’INSENSIBLE

— : d’Ivan I. Tverdovsky, Destiny Films (1 h 27), sortie le 11 septembre

Abandonné

par sa mère dans un orphelinat alors qu’il était bébé, Denis (excellent Denis Vlasenko), un ado qui souffre d’une maladie le rendant insensible à la douleur, la rencontre un jour dans l’établissement. Elle le convainc de s’installer avec elle à Moscou. Là, elle le mêle à un réseau de fonctionnaires corrompus qui le chargent de feindre des accidents en se jetant sur les voitures pour toucher des assurances… Après Classe à part (2015) –  sur une ado surdouée qui rejoint une classe d’élèves atteints de troubles physiques ou mentaux – et Zoologie (2017) – sur une femme qui réalise qu’une queue de poisson lui pousse dans le bas du dos –, le Russe Ivan I. Tverdovsky confirme son goût pour les personnages hors cadres. Dans ce film à la fois froid dans son esthétique et très sensoriel, il impose la vision d’un corps malmené par autrui – ses camarades comme sa mère se servent de la maladie de Denis, soit pour en faire un spectacle, soit pour en tirer un profit pécuniaire. En ce sens, « Jumpman » (titre anglais du film) rejoint l’Elephant Man de David Lynch et la lignée des grandes bêtes de foire auxquelles le cinéma redonne un visage humain. • JOSÉPHINE LEROY

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FILMS

EL OTRO CRISTÓBAL

— : d’Armand Gatti, Ed (1 h 55), sortie le 18 septembre

UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK

— : de Woody Allen,

Mars Films (1 h 32), sortie le 18 septembre

Ashleigh

(Elle Fanning) et Gatsby (Timothée Chalamet), tous deux étudiants, forment un couple heureux et plein d’avenir. À l’occasion de l’entretien qu’Ashleigh a obtenu avec Roland Pollard (Liev Schreiber), un cinéaste en déclin qu’elle continue d’admirer, ils entreprennent ensemble un bref voyage à New York. Au cours d’une journée particulièrement pluvieuse, ils se trouvent embarqués, chacun de son côté, dans une série de mésaventures qui vont mettre en péril les fondements de leur couple et de leur identité… Deux personnages de départ suffisent à Woody Allen pour constituer une large galerie de figures errantes et facétieuses, dans un méli-mélo urbain où s’entrecroisent, plus ou moins par hasard, un auteur angoissé (Jude Law), un amant d’un soir (Diego Luna) ou d’anciennes connaissances venues faire trembler nos certitudes (Selena Gomez). Dans la lignée de ses derniers films (Café Society, Wonder Wheel), Allen compose ici une chronique sentimentale auréolée par la lumière du chef opérateur Vittorio Storaro, nimbée d’élégantes et légères variations chromatiques. • CORENTIN LÊ

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fantasque et insatiable, Anastasio est déchu de son poste par l’archange Gabriel, mais reprend le pouvoir après sa mort, une fois les cieux conquis. Pendant ce temps, Cristóbal, un prisonnier tout juste sorti de sa geôle, fomente une révolution… En 1963, le journaliste, cinéaste et poète français Armand Gatti, sous l’impulsion de Fidel Castro, réalise cet ambitieux projet pour représenter Cuba à Cannes la même année. En noir et blanc, d’une durée initiale de cinq heures, le film sera raccourci à moins de deux heures pour finalement ne jamais sortir dans les salles françaises. Il nous parvient enfin, un demi-siècle plus tard, et s’exhibe comme une relique mutante et ubuesque dont le récit et la mise en scène, un brin désordonnés, anticipent avec aplomb la fresque historique de Mikhaïl Kalatozov (Soy Cuba, sorti en 1964) ou les contes mystiques d’Alejandro Jodorowsky (Fando et Lis, La Montagne sacrée). Dans cette œuvre de tous les excès, Gatti parvient toutefois à insuffler une légèreté et une liberté qui laissent entrevoir, derrière les parures mégalomanes de ce projet démesuré, un amour pour la fabrication collective. Parce que l’utopie se construit toujours à plusieurs. • CORENTIN LÊ

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Dictateur


FILMS

STEVE BANNON. LE GRAND MANIPULATEUR — : d’Alison Klayman, L’Atelier (1 h 31), sortie le 25 septembre

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D’abord

à la tête de la plate-forme médiatique d’extrême droite Breitbart News, Steve Bannon collabore ensuite avec Donald Trump durant sa campagne présidentielle, puis accède au rang de conseiller stratégique du président des États-Unis après l’élection de celui-ci en janvier 2017… avant d’être remercié quelques mois plus tard. Bannon ne s’est pas arrêté à cet échec : depuis, il tente de constituer une alt-right européenne en sillonnant le Vieux Continent. C’est au cours de cette croisade que la journaliste Alison Klayman (réalisatrice de Take Your Pills, documentaire sur le dopage des étudiants américains à l’Adderall) l’a suivi caméra au poing pour dresser un portrait aussi incisif qu’édifiant. Bien conscient qu’il ne s’agira pas d’un éloge (les images, il connaît), Bannon s’attelle à déjouer l’entreprise en évitant les questions sensibles ou, au contraire, en jetant quelques pavés dans la mare du bon sens. À propos du film de propagande qu’il réalise à la gloire de Donald Trump (intitulé Trump @War), il se fend d’une réplique pour le moins éloquente quant à son approche de la politique : « Qu’est-ce que ferait Leni Riefenstahl ? » • CORENTIN LÊ

DE CENDRES ET DE BRAISES

— : de Manon Ott, Docks 66 (1 h 13), sortie le 25 septembre

Les

ruines des Trente Glorieuses minent une cité des Mureaux dans les Yvelines, plongée dans le souvenir d’une époque où le travail était encore collectif. La raison ? L’usine Renault de Flins, à côté de laquelle a été bâtie cette cité HLM au mitan des années 1950, emploie de plus en plus d’intérimaires. La lutte syndicale en pâtit, tandis que les jeunes du quartier, sans perspective d’avenir, se sentent abandonnés… Dans ce documentaire de Manon Ott, plongé dans un beau noir et blanc qui transforme les lumières de la ville en particules lumineuses, cette impasse ne laisse cependant jamais la place à la résignation. Derrière les constats alarmants et les récits de vie amers, délivrés par les habitants au gré de longs entretiens, se cache toujours un espoir, une flamme inébranlable. Au regard d’une conscience politique naissant justement de ce feu qui résiste aux ruses du néolibéralisme, on songe alors aux mots que tenait Peter Weiss dans L’Esthétique de la résistance, cités par Jean-Luc Godard à la fin de son dernier film, Le Livre d’image : « Même si rien ne devait être comme nous l’avions espéré, cela ne changerait rien à nos espérances. » • CORENTIN LÊ

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« UN BOULEVERSANT CRI DE RAGE INTIME ET POLITIQUE »

« UN MONTAGE FASCINANT, UN TEXTE À COUPER LE SOUFFLE »

LIBÉRATION

GRAZIA « LE CHEF-D’OEUVRE DU FESTIVAL DE BERLIN »

LES INROCKS

UN FILM DE FRANK BEAUVAIS PRODUCTION JUSTIN TAURAND, MICHEL KLEIN, MATTHIEU DENIAU ET PHILIPPE GRIVEL SCÉNARIO FRANK BEAUVAIS MONTAGE THOMAS MARCHAND CONFORMATION IMAGE ESTHER LAURENT-BAROUX SON MATTHIEU DENIAU, PHILIPPE GRIVEL, OLIVIER DEMEAUX ÉTALONNAGE JULIEN PETRI DIRECTION DE PRODUCTION AURÉLIEN DESEEZ ASSISTANTS DE PRODUCTION LAURA GUYON, MATTHIAS FERRON AVEC LA PARTICIPATION DU CNC CETTE ŒUVRE A BÉNÉFICIÉ DU FONDS D’AIDE À L’INNOVATION AUDIOVISUELLE DU CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE AVEC LE SOUTIEN DE L’AGENCE CULTURELLE / RÉGION GRAND EST (AIDE À L’ÉCRITURE) AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION GRAND EST (AIDE AU DÉVELOPPEMENT ET À LA PRODUCTION) ET DE STRASBOURG EUROMÉTROPOLE EN PARTENARIAT AVEC LE CNC AVEC LA PARTICIPATION DE CINÉ+ CE FILM A REÇU LE SOUTIEN DE BROUILLON D’UN RÊVE DE LA SCAM ET DU DISPOSITIF LA CULTURE AVEC LA COPIE PRIVÉE DISTRIBUTION FRANCE CAPRICCI FILMS PROGRAMMATION FRANCE LES BOOKMAKERS DISTRIBUTION INTERNATIONALE PASCALE RAMONDA PRESSE FRANCE KARINE DURANCE PRESSE INTERNATIONALE MAKNA PRESSE / CHLOÉ LORENZI

EN SALLE LE 25 SEPTEMBRE


FILMS

CEUX QUI TRAVAILLENT

— : d’Antoine Russbach, Condor (1 h 42), sortie le 25 septembre

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Travailler

pour vivre, ou vivre pour travailler : cela fait bien longtemps que le héros du film d’Antoine Russbach ne se pose plus la question. Cadre supérieur dans une entreprise de fret maritime, ce petit soldat ne compte pas ses heures, laissant régulièrement sa famille fonctionner sans lui. Bientôt viré à la suite d’un choix désastreux, Frank vit son licenciement comme une véritable amputation… Ceux qui travaillent ne propose ni nouveau départ ni rédemption, mais montre un homme torturé, incapable de penser autrement, aveuglé par cette société du travail mise en exergue par Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle de 2017. La caméra est plus posée que chez les frères Dardenne, mais l’esprit y est le même : les questionnements éthiques mis en place par les auteurs créent un sentiment d’inconfort persistant. Il fallait bien un acteur de la trempe d’Olivier Gourmet pour donner toute la complexité nécessaire à un personnage irritant, dopé à la valeur travail, totalement démuni une fois privé de sa dose quotidienne. L’addiction dans toute son horreur. • THOMAS MESSIAS

LE REGARD DE CHARLES

— : de Marc di Domenico, Rezo Films (1 h 23), sortie le 2 octobre

De

Charles Aznavour, disparu en octobre 2018, on connaissait la musique, les écrits ou les rôles qu’il a tenus au cinéma, notamment dans Tirez sur le pianiste de François Truffaut ou dans Les Fantômes du chapelier de Claude Chabrol. Il se révèle en réalisateur amateur, dans ce film d’archives qui réunit des décennies d’images tournées par le célèbre chanteur aux quatre coins du monde, de Hong Kong à Dakar en passant par New York ou la butte Montmartre. Loin de se cantonner au simple hommage post mortem, cet assemblage de fragments de vie parvient à dépasser l’hagiographie. Car en restreignant son dispositif au minimum (les images d’Aznavour filmées avec une caméra Paillard, ses musiques et une voix off – celle de Romain Duris – récitant son journal), la démarche se revendique plutôt de l’héritage d’un cinéma à la première personne qui lorgnerait, toutes proportions gardées, vers celui de Jonas Mekas ou d’Alain Cavalier. On découvre ainsi une autre facette du chanteur, ici filmeur : celle où la star se dissimule dans le hors-champ pour mieux se mettre à nu par l’entremise de son propre regard. • CORENTIN LÊ

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SAÏD BEN SAÏD ET MICHEL MERKT PRÉSENTENT

« ISABELLE HUPPERT EST IMPÉRIALE » LES INROCKUPTIBLES « L’UN DE SES FILMS LES PLUS ÉMOUVANTS » LE MONDE « BOULEVERSANTE » TÉLÉRAMA

ISABELLE HUPPERT

© 2018 SBS PRODUCTIONS / O SOM E A FÚRIA

réalisé par

IRA SACHS

BRENDAN GLEESON MARISA TOMEI JÉRÉMIE RENIER PASCAL GREGGORY VINETTE ROBINSON ARIYON BAKARE CARLOTO COTTA SENNIA NANUA et GREG KINNEAR écrit par MAURICIO ZACHARIAS & IRA SACHS

ACTUELLEMENT AU CINÉMA


FILMS LE MARIAGE DE VERIDA

Promise à un inconnu, Verida, une jeune esthéticienne mauritanienne, doit suivre le cruel rituel du gavage : avant la cérémonie de mariage, elle est tenue de grossir afin de plaire à son futur mari… À partir d’une métaphore forte sur le poids de la tradition, ce drame scrute la souffrance d’une femme qui perd le pouvoir qu’elle a sur son corps. • J. L .

— : de Michela Occhipinti (KMBO, 1 h 34), sortie le 4 septembre

MJÓLK. LA GUERRE DU LAIT

Dans un village près de Reykjavík, une quadra prend les rênes de l’exploitation laitière que tenait son défunt mari et découvre que la coopérative dont elle fait partie s’adonne à des traficotages… Avec ses airs de 3 Billboards de Martin McDonagh, ce drame intelligent transmet une rage communicative à travers le combat de son héroïne butée et féministe. • J. L .

— : de Grímur Hákonarson (Haut et Court, 1 h 30), sortie le 11 septembre

MUSIC OF MY LIFE

Dans les années 1980, un adolescent d’origine pakistanaise grandit à Luton, en Angleterre, coincé entre le racisme de ses camarades et le conservatisme de son père. Lorsqu’il découvre la musique de Bruce Springsteen, tout est remis en question… Cette bienveillante comédie dramatique, inspirée d’une histoire vraie, est élevée par la musique éternelle de Springsteen. • C. L .

— : de Gurinder Chadha (Orange Studio / UGC, 1 h 57), sortie le 11 septembre

LES FLEURS AMÈRES

Une jeune femme chinoise émigre à Paris pour y travailler comme nounou, afin d’assurer un avenir meilleur à son mari et son fils, restés au pays ; mais rien ne se passe comme prévu. Dévorée par l’envie de réussir à tout prix, Lina se résout à se prostituer… Une chronique sociale sans fard sur la peur du déclassement et les illusions consumées. • O. M.

— : d’Olivier Meys (Urban, 1 h 36), sortie le 18 septembre

NOUS LE PEUPLE

Plusieurs groupes de Franciliens (des prisonniers, des mères de famille, des lycéens issus de quartiers défavorisés…) se lancent dans l’écriture d’une nouvelle Constitution… Cet élan collaboratif laisse entrevoir la possibilité d’un contrechamp aux images de l’Assemblée nationale qui ponctuent ce documentaire résolument citoyen. • C. L .

— : de C. Bories et P. Chagnard (Épicentre Films, 1 h 39), sortie le 18 septembre

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FILMS KUSAMA. INFINITY

L’artiste japonaise Yayoi Kusama a fui sa famille conservatrice et rejoint les États-Unis en 1957, où elle a fini par devenir une figure à la fois reconnue et controversée… Kusama. Infinity retrace, au fil d’images d’archives et d’entretiens, l’ensemble de la vie d’une artiste singulière qui a fait de ses angoisses et de ses peurs la source de son travail. • C. L .

— : de Heather Lenz (Eurozoom, 1 h 18), sortie le 18 septembre

TROIS JOURS ET UNE VIE

Adapté d’un roman de Pierre Lemaître, qui a lui-même sollicité Nicolas Boukhrief (La Confession), ce film noir débute en 1999 dans un village des Ardennes belges où un enfant disparaît brutalement. Seul un adolescent détient les clés de ce mystère, qui va traverser les décennies et rythmer cette fresque à suspense sur la culpabilité et le refoulement. • D. L .

— : de Nicolas Boukhrief (Gaumont, 2 h),

sortie le 18 septembre

AU NOM DE LA TERRE

De sa reprise de l’exploitation familiale dans les années 1970 au marasme actuel, l’histoire de Pierre (Guillaume Canet), un agriculteur dépassé… Inspiré par la vie de ses parents, Édouard Bergeon raconte, à travers ce touchant et percutant tableau, les rêves d’expansion puis le lent désenchantement suscité par la mondialisation dans le monde agricole. • J. L .

— : d’Édouard Bergeon (Diaphana, 1 h 43), sortie le 25 septembre

DEMAIN EST À NOUS

De Bolivie en Guinée en passant par la France, le Pérou ou l’Inde, ce documentaire choral sensible suit de très jeunes militants s’insurgeant contre le mariage ou le travail forcés, la pauvreté ou la destruction de l’environnement… Tous rappellent que la parole des petits, loin d’être méprisable, est souvent salvatrice face à l’impuissance des plus grands. • J. L .

— : de Gilles de Maistre (Apollo Films, 1 h 43), sortie le 25 septembre

PSYCHOMAGIE. UN ART POUR GUÉRIR

Le cinéaste argentin Alejandro Jodorowsky (La Montagne sacrée, El topo) transmet sa méthode de psychothérapie d’un genre nouveau, dans laquelle la guérison passe par les actes et les gestes. Rattachant sa méthode aux préceptes distillés dans ses films, il sillonne Paris à la rencontre de destins brisés à rafistoler au gré d’expériences toujours déroutantes. • C. L .

— : d’Alejandro Jodorowsky (Nour Films, 1 h 40), sortie le 2 octobre

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COUL’ KIDS

TATIANA-MOSIO BONGONGA Adèle a rencontré une funambule qui relève des défis incroyables, comme rejoindre le Sacré-Cœur perchée sur un fil à des dizaines de mètres du sol. Alors qu’elle exerce son art dans le monde entier, Tatiana-Mosio Bongonga sera à Paris en septembre pour fêter la réouverture du Théâtre du Châtelet avec le spectacle Parade.

Qu’est ce qui t’a donné envie de marcher sur un fil ?

Quand j’avais 7 ans et demi, j’ai vu dans mon quartier une funambule faire une traversée entre deux immeubles. Instantanément, il y a eu un bouillonnement, une évidence, et je me suis dit : « Pourquoi je ne suis pas là-haut à la place de cette femme ? Elle semble tellement heureuse ! »   Marcher sur un fil, c’est un peu comme voler dans les airs ? Non, c’est l’inverse. Pour moi, le fil, c’est un sol. Je le vois comme un pont, comme un trajet que tu construis. Quand tu marches sur un fil, c’est la même sensation que quand tu marches par terre : tu as tes appuis, mais sur un sol plus petit.   À quoi sert la perche que tu tiens dans tes mains ? C’est un balancier, il sert à tenir l’équilibre. Le mien pèse 14 kg, on le choisit selon son poids. Il permet de descendre le centre de gravité, il te


L’INTERVIEW D’ADÈLE, 13 ANS LE DÉBRIEF

donne de l’envergure, il te ralentit, ce qui permet de bien appréhender l’espace. Ton métier est dangereux. Tu aimes ça ? Mon métier n’est pas dangereux ; il est risqué. Le danger, c’est sournois ; le risque, c’est conscient. Quand tu marches à vingt-cinq mètres du sol sur un fil, tu sais que tu n’as pas droit à l’erreur. Tu es concentrée, mais surtout pas fermée, tu vois tout ce qu’il y a autour de toi afin de gérer n’importe quelle situation. La hauteur fait que tu te mets automatiquement dans un état de concentration extrême, c’est l’instinct de survie.   Es-tu déjà tombée ? Bien sûr ! À l’entraînement, quand je tente de nouvelles figures. Heureusement, il y a des tapis disposés au sol, et j’ai une corde de sécurité. Je me lance sans protection uniquement quand j’exécute parfaitement les nouveautés.

Qu’est-ce qui te plaît dans le funambulisme plus que dans tout autre sport acrobatique ? Je trouve que c’est une discipline très symbolique. Tu cherches ton équilibre mais tu ne le trouves jamais. Pour tenir sur le fil, il faut toujours être en mouvement, comme dans la vie, tout bouge tout le temps, rien n’est figé. Quelles traversées t’ont le plus marquée ? Celle de Caen, la ville où j’ai grandi ; c’était une traversée que je rêvais de faire depuis l’âge de 12 ans. C’était très touchant, parce que sur les longues distances on dispose des cordes tous les huit mètres – ça s’appelle des cavaletti, ils servent à stabiliser le fil. Parfois, les cavaletti sont fixés au sol par des poteaux, mais moi je préfère quand ce sont des personnes qui les tiennent. Cette fois-ci, j’avais appelé tous mes amis de l’école primaire et du lycée pour les tenir. C’était très émouvant et symbolique d’avancer « avec eux » sur ce fil.   Quel est ton plus grand rêve de funambule ? Une descente de la tour Eiffel vers le Trocadéro. Il y a déjà eu une montée mais, avec ma compagnie, Basinga, ce qui nous intéresse, c’est d’aller à la rencontre des gens, de partir du haut et d’avancer vers eux. Il ne s’agit pas de disparaître mais d’apparaître. En plus, j’ai appris que les minerais qui composent la tour Eiffel viennent du Congo – elle est donc métisse –, et j’ai moi aussi des origines congolaises.   • PROPOS RECUEILLIS PAR ADÈLE (AVEC CÉCILE ROSEVAIGUE) — PHOTOGRAPHIE : JULIEN LIÉNARD  

— : « Parade » de Martin Duncan, du 13 au

15 septembre au Théâtre du Châtelet

TOI AUSSI TU AS ENVIE DE RÉALISER UNE INTERVIEW ? DIS-NOUS QUI TU AIMERAIS RENCONTRER EN ÉCRIVANT À BONJOUR@TROISCOULEURS.FR

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COUL' KIDS

« Je l’ai trouvée fascinante. Elle m’a fait faire un petit test pour me faire comprendre qu’il suffit de fermer les yeux et de rester debout pour sentir de nouvelles sensations et pour prendre conscience de son équilibre. »


LA CRITIQUE DE LÉONORE, 8 ANS

COUL’ KIDS

LES PETITS MAÎTRES DU GRAND HÔTEL

« C’est un peu un documentaire, un film qui explique des choses avec de vrais gens. Mais c’est aussi mélangé à un vrai film, parce qu’à des moments les personnages chantent et dansent, comme dans les comédies musicales. L’histoire suit des élèves qui veulent travailler dans un hôtel. On voit comment ça se passe pendant les cours, à quelle heure ils se lèvent… Les personnages sont des adolescents, mais un peu seulement parce qu’ils ont vers 20 ans. Donc ils sont plus vieux que les adolescents normaux. Et leur école n’est pas comme la mienne : eux, on leur apprend un métier, alors que moi on m’apprend plein de trucs pour que je choisisse mon métier plus tard. Dans cet hôtel, il y a des cuisiniers, mais, le plus dur, ce sont les serveurs, parce qu’ils sont en face des clients. Leur métier, c’est d’être gentils avec les clients. Normalement, les clients doivent aussi être aimables, mais ils ne sont pas obligés. Je trouve que les serveurs devraient avoir le droit de réagir et recevoir du respect du client. Là, ça fait un peu esclave quand même. »

LE PETIT AVIS DU GRAND Si la candeur insolente de ces adolescents dégingandés confrontés à l’intransigeance compassée de l’hôtellerie de luxe est savoureuse, le principal intérêt des Petits Maîtres du grand hôtel repose sur cette convergence entre le cinéma du réel et l’artificialité des saynètes de comédie musicale qui s’immiscent à intervalles réguliers dans le récit. Une mixture culottée et logique à la fois, puisqu’elle permet de retrouver une harmonie dans la réalité, un peu à l’image de ces métiers aux procédures réglées comme du papier à musique. • JULIEN DUPUY

— : « Les Petits Maîtres du grand hôtel » de Jacques Deschamps, Jour2fête (1 h 20), sortie le 25 septembre, dès 6 ans

COMPOSE LE MOT MYSTÈRE À PARTIR DES LETTRES DE COULEURS CACHÉES DANS LE TEXTE :

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TOUT DOUX LISTE FOURMI CINÉMA Théo, surnommé Fourmi à cause de son petit gabarit, s’est vu refuser une sélection dans un célèbre club de foot anglais. Pour ragaillardir son père en pleine déprime, il lui fait croire l’inverse… Un casting quatre étoiles (François Damiens, Laetitia Dosch, André Dussollier) porte ce touchant récit de soutien filial. • Q. B.-G.

: de J. Rappeneau (Mars Films, 1 h 45), sortie le 4 septembre, dès 6 ans

LINK’S AWAKENING JEUX VIDÉO Le jeune héros, Link, s’est échoué sur l’île enchantée de Cocolint… Tout en maintenant son système de jeu fondé sur les combats à l’épée et la résolution d’énigmes, ce remake au style cartoonesque modernise l’un des épisodes les plus appréciés de la saga The Legend of Zelda, sorti sur GameBoy il y a plus de vingt-cinq ans. • C. L .

: de Nintendo (Switch),

sortie le 20 septembre, dès 7 ans

BONJOUR LE MONDE ! CINÉMA Adaptée de la série éponyme, ce film d’animation entièrement fabriqué en papier mâché nous invite à explorer la nature en retraçant la naissance de dix espèces animales (le brochet, le castor…). Une escapade poétique et colorée qui n’est pas sans rappeller Il était une fois… la vie. • Q. B.-G.

: d’Anne-Lise Koehler et Éric Serre (Gebeka Films, 1 h 10), sortie le 2 octobre, dès 4 ans

LA SCHTROUMPF EXPERIENCE © THIERRY LECHANTEUR

EXPOS Le sorcier Gargamel menace de détruire le monde merveilleux des Schtroumpfs… Pour l’en empêcher, des marionnettes, des hologrammes et des dispositifs en réalité virtuelle viennent jalonner un parcours riche en interactions et en rebondissements à découvrir en famille, sur fond d’initiation au respect de l’environnement. • C. L .

: jusqu’au 20 octobre à Paris Expo porte de Versailles, dès 3 ans


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CECI N’EST PAS DU CINÉMA

500

ET DES POUSSIÈRES 524 ! C’est le nombre de romans à paraître lors de la rentrée littéraire. Vous êtes plutôt roman français ou roman étranger ? Récit intimiste ou saga réaliste ? TROISCOULEURS vous propose ses choix, en toute subjectivité… Suivez le guide. • BERNARD QUIRINY

CONJUGAL Énorme succès aux États-Unis, où Barack Obama en personne l’a recommandé à ses followers, Un mariage américain raconte l’histoire de Celestial et Roy, un couple de jeunes mariés afro-américains qui a tout pour être heureux, malgré leurs différences – elle vient d’un milieu aisé ; lui, d’une famille plus modeste. Mais un jour Roy est accusé d’un viol qu’il n’a pas commis ; il est le type de la mauvaise couleur au mauvais endroit au mauvais moment, comme on dit. Verdict : une longue peine de prison. Celestial est-elle assez amoureuse et loyale pour l’attendre, ou reprendra-t-elle sa liberté en cédant aux avances d’Andre, un ami du couple, qui s’est rapproché d’elle dans l’épreuve ?… Tayari Jones entrelace habilement la voix des trois protagonistes, dans une tragicomédie domestique qui se veut aussi une critique du système pénal et carcéral américain miné par les erreurs judiciaires et la violence ainsi qu’un portrait nuancé de la classe moyenne noire américaine (en l’occurrence celle de Géorgie, l’État natal de Martin Luther King), tiraillée entre son désir d’assimilation à la bourgeoisie blanche et la conscience de sa différence. Le thème des rapports père-fils et époux-épouse, avec les questions de la loyauté, du sacrifice et du lien de famille, donne une portée universelle à ce beau roman, tour à tour drôle et poignant.

: « Un mariage américain » de Tayari Jones (Plon, 420 p.)


LIVRES

JUDICIAIRE

PROFOND

NOSTALGIQUE

Ce roman très attendu s’inspire de l’affaire de Stanford, une histoire de viol qui a scandalisé l’Amérique en 2016. Karine Tuil la transpose dans le milieu de la grande bourgeoisie parisienne. Après une première partie aux allures de satire (portrait d’un journaliste célèbre et de sa femme, une intello féministe), l’auteur plonge dans la machine judiciaire et décrypte les problématiques des accusations de viol : évaluation du consentement, paroles qui s’affrontent, construction d’un récit médiatique… Un roman intense et captivant, surtout dans le contexte de l’après-#MeToo.

Bruno Lafourcade s’empare du genre du tombeau pour peindre les membres d’une famille rurale d’Aquitaine : le patriarche, Raoul, mort en 2005 ; sa femme ; leurs enfants. À travers eux, il ausculte une certaine France profonde. Le récit comporte quelques moments de pure comédie familiale qui lui donnent un côté bizarrement joyeux ; mais c’est la mélancolie qui domine cette splendide peinture d’un monde ignoré, figé dans ses traditions, violenté par l’exode rural et la crise, tantôt brutal et mesquin, tantôt noble voire grandiose.

Années 1970, dans un collège de l’Isère : trois gamins expédient à un prof une lettre anonyme au contenu bêtement antisémite. Deux l’ont écrite ; le troisième, pour leur plaire, a trouvé l’adresse du destinataire. Quarante ans plus tard, il se souvient… À travers cette remémoration d’une bêtise de môme, d’autant plus absurde que la mère du narrateur est juive et que son grand-père fut déporté, Gilles Rozier reconstitue son cheminement personnel et trace le tableau d’une époque et d’un milieu social, en fouillant dans le mikado de ses souvenirs. Un très beau roman.

: « Les Choses humaines »

Ducourneau »

: « Mikado d’enfance »

de Karine Tuil

de Bruno Lafourcade

de Gilles Rozier

(Gallimard, 342 p.)

(Éditions Léo Scheer, 142 p.)

(L’Antilope, 190 p.)

: « Tombeau de Raoul

LOUFOQUE

ENGAGÉ

Tant qu’il y aura du pétrole, il y aura des pompistes… Le héros de ce premier roman, vendeur dans une station-service, raconte ses aventures en 199 petits paragraphes bien aérés. C’est léger, potache, loufoque, parfois irritant, mais plein de charme, avec un côté installation (au sens de l’art contemporain) plutôt plaisant.

Un reporter français, habitué à arpenter les zones de combat du Moyen-Orient, s’intéresse au djihadisme français. Une agente des services secrets britanniques est alors chargée d’enquêter sur lui… À la frontière de la fiction et du docu, ce roman extrêmement dense dresse un état des lieux de notre monde, sous le patronage d’Orwell.

: « Chroniques d’une

: « L’Île du

station-service »

dernier homme »

d’Alexandre Labruffe

de Bruno de Cessole

(Verticales, 140 p.)

(Albin Michel, 426 p.)

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LIVRES CONDAMNÉ Dernier jour de camping pour Léonard, 17 ans. Hier, il a caché le corps d’un garçon mort par accident… Victor Jestin signe un premier roman tout en tension, portrait d’un ado désorienté qui subit sa journée comme un condamné. À mi-chemin entre satire de la joie de vivre obligatoire et relecture de L’Étranger dans les Landes, un brillant coup d’essai.

: « La Chaleur » de Victor Jestin (Flammarion, 140 p.)

GAULLIEN

OFF

BURLESQUE Dans sa cellule au Québec, qu’il partage avec un Hells Angel rustique et attachant, Paul Hansen raconte sa vie : l’enfance à Toulouse, auprès d’un père pasteur et d’une mère cinéphile ; le départ outre-Atlantique ; les petits boulots ; la déchéance loufoque du pasteur ; l’embauche comme concierge au sein d’une résidence à Montréal, job qui le mènera à sa perte… Dès les premières lignes, on est emporté par le rythme de cette minifresque à la fois drôle, mélancolique et tendre, dans laquelle Jean-Paul Dubois a disposé comme d’habitude quelques objets fétiches de son univers littéraire – outils, ascenseurs, neige… À travers la trajectoire de son narrateur, il peint une extraordinaire série de portraits de perdants sympathiques, gentiment toqués, éloignés des standards à des degrés divers – le Hells cérébral, le pasteur sans foi, un assureur philosophe… Ces « hommes qui n’habitent pas le monde de la même façon » sont les véritables héros de cet excellent roman porté par le style inimitable et terriblement efficace de Dubois, plein d’adverbes hyperboliques et de métaphores improbables. Avec, en prime, quelques moments de pur comique de situation, comme les tranquilles défécations du Hells sous l’œil du narrateur, sommets de burlesque scatologique que l’auteur parvient à ne pas rendre vulgaire.

Encore un roman inspiré d’un fait historique ? Oui, mais réussi : Benamou raconte l’escapade allemande du général de Gaulle en mai 1968 à la façon d’une comédie, avec des portraits savoureux (Jacques Foccart, Michel Jobert, Jacques Massu, Georges Pompidou), des détails bien vus et des dialogues d’anthologie (l’explication de GaulleMassu). Françaises, Français…

: « Le Général a disparu » de GeorgesMarc Benamou (Grasset, 236 p.)

TRANSGENRE En 1994, près de Manchester, une ado de 17 ans disparaît. Elle réapparaît vingt ans plus tard et prend contact avec sa sœur cadette… Nina Allan dynamite les codes du récit de disparition, dans ce roman psychologique inclassable qui s’autorise une percée dans la science-fiction pour mieux brouiller les cartes. Une œuvre transgenre.

: « Tous les hommes n’habitent pas le monde

: « La Fracture »

de la même façon » de Jean-Paul Dubois

de Nina Allan

(Éditions de l’Olivier, 246 p.)

(Tristram, 404 p.)

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Musée Marmottan Monet 12 septembre 26 janvier

Piet Mondrian, Devotie (Dévotion), 1908 © Kunstmuseum Den Haag

2, rue Louis-Boilly 75016 Paris Ligne 9 La Muette RER C Boulainvilliers

MONDRIAN FIGURATIF EXPOSITION ORGANISÉE EN PARTENARIAT AVEC LE KUNSTMUSEUM DE LA HAYE


BACK SIDE

EXPOS

— : « Back Side. Dos à la mode » © PIERRE ANTOINE

jusqu’au 17 novembre au musée Bourdelle

Vue de l’exposition

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Dans

la fraîcheur du hall des plâtres du musée Bourdelle, vous trouverez les habituelles statues en curieuse compagnie. Au pied d’une imposante statue féminine incarnant la France, un mannequin de vitrine est affublé d’une veste formant une fantasque figure animale à partir de sweaters portés en sac à dos. Son créateur : le styliste belge Walter Van Beirendonck, pour sa collection automne-hiver 2019. À sa gauche se profilent un haut déstructuré et une jupe moulante noirs signés Martine Sitbon, que l’on retrouvera plus loin sur un élégant modèle vivant dans des photos emblématiques de Jeanloup Sieff. Dans l’ancien atelier du sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929), les silhouettes bossues de la créatrice japonaise Rei Kawakubo pour sa marque Comme des garçons en 1997 font face à un centaure. Les télescopages entre art et mode sont nombreux tout au long de cette exposition bien documentée, initiée par le Palais Galliera (encore en travaux), qui se consacre à une partie du corps souvent ignorée mais cruciale : le dos. Il est d’ailleurs rappelé que seuls les vêtements féminins – et les camisoles de force – ont des fermetures dans le dos : lacets de corset, boutons, fermetures éclair… Mais le dos peut aussi véhiculer des messages – le nom de sportifs sur des maillots, ou des instructions pour la population civile sur des vestes de militaires étrangers –, ou être le théâtre de désirs, comme le rappelle cette longue robe du soir de Guy Laroche qui dévoila en 1972 la vertigineuse chute de reins de Mireille Darc dans Le Grand Blond avec une chaussure noire. • MARIE FANTOZZI

Seuls les vêtements féminins – et les camisoles de force – ont des fermetures dans le dos.

LAURA GOZLAN La nouvelle installation vidéo de Laura Gozlan, « Youth Enhancement Systems ® », nous fait sombrer dans le devenir-monstre d’une espèce aspirant par tous les moyens (cosmétiques, pharmaceutiques, psychiques…) à repousser les limites de sa condition vieillissante et mortelle, recourant pour ce faire à une batterie de substances et autres potions. Entre fable post-humaine et science-fiction contemporaine. • ANNE-LOU VICENTE : jusqu’au 12 oct. à la galerie Valeria Cetraro

J’AIME LE ROSE PÂLE ET LES FEMMES INGRATES Sarah Tritz mêle ses propres productions (dessins, peintures, sculptures, installations) à celles de vingt-neuf de ses pairs pour concevoir un parcours choral au sein duquel le corps fait office de liant. Incluant une sélection d’œuvres d’art brut, le parcours fait cohabiter et dialoguer plaisirs de corps, de pensée et de paroles au travers des formes et des mots qui parfois les accompagnent. • A.-L. V. : du 13 sept. au 15 déc. au Crédac (Ivry-sur-Seine)

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ART COMPRIMÉ Tous les mois, notre chroniqueuse vous offre un concentré des dernières réjouissances du monde de l’art.

« Belgique : le tableau acheté 500 euros était un Rembrandt estimé à 30 millions d’euros. » L’histoire pourrait prêter à sourire si elle n’avait pas été reprise sans être recoupée par de nombreux médias. Début août, un quotidien belge rapportait qu’un Liègeois aurait acheté, il y a dix ans, à une connaissance endettée, une peinture qu’il aurait appris par la suite être de la main de Rembrandt, « selon des experts ». Or, comme l’a précisé depuis Le Figaro, il y a peu de chances que ce soit le cas, le support en bois de ce portrait du Christ datant d’après la mort du maître néerlandais. • Cela ne semble pas être le cas du croquis dégoté par un amateur d’art anonyme dans un dépôt-vente solidaire de New York et qui a depuis été authentifié comme une œuvre d’Egon Schiele par une spécialiste du célèbre peintre expressionniste. Celle-ci estime entre 100 000 et 200 000 dollars ce nu d’une jeune adolescente qui aurait posé pour l’artiste autrichien avant sa mort en 1918. • Dans le tumulte des accusations de trafic sexuel de mineurs visant le milliardaire américain Jeffrey Epstein qui ont secoué les États-Unis tout l’été, un détail du meilleur goût a retenu l’attention des policiers qui ont perquisitionné son domicile new-yorkais, peu après son suicide en prison le 10 août. Alors que ses liens avec Bill Clinton sont interrogés, un étrange tableau a été retrouvé chez Epstein : on y voit l’ancien président, habillé d’une robe bleue et d’escarpins rouges, assis lascivement dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, interpellant le spectateur à la manière de l’oncle Sam. • MARIE FANTOZZI ILLUSTRATION : PABLO GRAND MOURCEL


SPECTACLES

CROWD — : de Gisèle Vienne, du 25 au 28 septembre au Centre Pompidou (1 h 30)

© ESTELLE HANANIA

OFF

En

sortant de certains spectacles, on n’est plus tout à fait la même personne qu’en entrant dans la salle. Crowd est de ceux-ci. Nous immergeant pendant une heure trente dans une rave party hallucinogène, dont la chorégraphie saccadée se joue quasi intégralement au ralenti, la pièce nous laisse un peu hagard, un peu shooté, comme après une longue nuit sans sommeil. Sur le plateau recouvert de terre et jonché de déchets en tout genre, les quinze danseurs débarquent au compte-gouttes, chacun déjà campé dans le rôle que l’auteur Dennis Cooper – avec qui Gisèle Vienne poursuit une collaboration de longue date – a écrit spécialement pour eux. Cette partition théâtrale ne se lit qu’en sous-texte, il faut prêter attention aux petits détails, aux attitudes, mais aucune individualité ne se dissout dans le groupe rassemblé pour faire la fête comme on célébrerait un office religieux. Car il est bien question de sacré dans Crowd : pour la metteuse en scène, la fête est un espace spirituel. On y plonge avec des désirs d’expérience extrême, de transcendance et de transgression. Dans une société capitaliste où tout doit être productif, quoi de plus insolent que cette pure dépense d’énergie gratuite ? La fête est aussi un espace de résistance. Après la mort de Steve Maia Caniço à Nantes, le 21 juin dernier, la dimension politique de Crowd prend un goût amer. Si, en France, en 2019, il est possible d’aller en free party et de ne jamais en revenir, il ne faudra pas cesser de danser. • AÏNHOA JEAN-CALMETTES

Quoi de plus insolent que cette pure dépense d’énergie gratuite ?

ORESTE À MOSSOUL

TRUST / SHAKESPEARE / ALLÉLUIA

En prenant la direction du NTGent, le théâtre national de la ville flamande, Milo Rau s’était engagé à respecter dix règles, réunies dans un manifeste. Avec la neuvième, il se donnait comme objectif de créer au moins une pièce par an dans une zone de conflit. Le cycle éternel de la vengeance d’Oreste prendra donc l’Irak comme décor. Dans ce pays dévasté par une guerre fratricide, est-ce la tragédie qui éclaire l’actualité ou l’actualité qui donne sens à la tragédie ? • A. J.-C.

La nouvelle pièce du poète originaire du Congo est tout droit sortie d’un rêve, dit-il. Lorsqu’il s’est mis en tête de créer avec quinze artistes rencontrés au cours de divers ateliers de théâtre, c’est le mot « trust » qui lui est apparu. Comment avoir et faire confiance dans un présent aussi troublé ? À partir des réflexions de ces jeunes acteurs et des thèmes et motifs shakespeariens, Dieudonné Niangouna fait de la scène un espace où il est possible de penser demain. • A. J.-C.

Théâtre des Amandiers (Nanterre) (1 h 45)

28 septembre à la MC93 (Bobigny) (3 h)

: de Milo Rau, du 10 au 14 septembre au

: de Dieudonné Niangouna, du 21 au

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RESTOS

LE CHOIX DÉSARME

OFF

© STÉPHANE MÉJANÈS

Brasserie, bistrot ou gastro, quel dilemme ! Au resto, les cartes sont rebattues, les cuisiniers brouillent les pistes, la mode se démode. Chez Marcore, on joue sur deux tableaux ; au Train Bleu, on aime les quatre mains ; et Chez Fred, le compte est bon.

MARCORE Deux salles, deux ambiances. Chez Marcore, on investit le rez-de-chaussée pour des plats de bistronomie à prix doux, ou l’étage pour un menu gastronomique à s’offrir sans casser pour autant son P.E.L. Le bon plan, c’est que le cuisinier est le même, et pas le moindre : Marc Favier, ancien second de Jean-François Piège, période Thoumieux. Marcore, c’est pour Marc et pour Aurélie Alary, compagne du chef qui officie en salle avec efficacité et bonne humeur. Ensemble, ils avaient déjà mené l’aventure Bouillon, dans le IXe arrondissement, pendant cinq ans. Depuis mars dernier, ils se réinventent dans le quartier parisien qui bouge, celui de la Bourse. Ils ont vu grand puisque Marcore Traiteur ouvrira sur le trottoir d’en face. En attendant, on s’attable dans un lieu chic mais sans chichi, pour une cuisine du même métal. C’est frais et pimpant, au juste équilibre entre classicisme et air du temps. Côté bistrot, on pioche les tomates de jardin, anchois-basilic et sorbet balsamique, le fish and chips de cabillaud, crème tartare et épinards sauvages, et la tarte aux myrtilles sauvages, sorbet fromage blanc-citron vert. À l’étage, on opte pour le foie gras de canard des Landes poché, cerises-amandes et bouillon mélisse-cerises, la noix de ris de veau croustillant, girolles-citron confit, amandes fraîches et condiment abricot, et la framboise « héritage », croquant moelleux aux amandes et sorbet à l’hibiscus. Formules déjeuner : 28-36 € (bistrot), 36-48 € (gastro). Menu dégustation : 75 €. • STÉPHANE MÉJANÈS

: 1, rue des Panoramas, Paris IIe

LE TRAIN BLEU

CHEZ FRED

Depuis fin 2018, Le Train Bleu, 119 ans au compteur, a confié la carte à la Maison Rostang. Pour fêter ça, Michel Rostang invite ses amis chefs. Du 11 septembre au 1er octobre, il reçoit Jean-André Charial (L’Oustau de Baumanière, **). Au menu : mi-cru mi-cuit de thon, filets de rouget et aubergine en petits farcis, riz au lait « Cabro d’Or ». Menu : 75 €. • S. M.

Laurent Hullo, ancien du Plaza Athénée et de Monsieur Bleu, a repris Chez Fred, ancien bouchon lyonnais ouvert en 1945. Il a confié le piano à l’Auvergnat David Crozat, qui y joue une partition canaille bien vue : œuf mayo, paillard de veau au citron, sole meunière, tartine fine aux pommes et baba au rhum de chez Gilles Marchal. Carte : environ 40 €. • S. M.

: Gare de Lyon, Paris XIIe

: 190 bis, boulevard Pereire, Paris XVIIe

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concerts, stand-up, balades, brunch, vente de plantes et activitĂŠs en famille...


CONCERTS

SNOH AALEGRA — : le 20 septembre à La Gaîté Lyrique

© D. R.

OFF

Snoh

Aalegra n’a pas forcément le CV type d’une chanteuse R&B. Cette fille d’Iraniens a grandi à 78 km à l’ouest de Stockholm, dans la ville d’Enköping, en Suède. Le cœur de la Scandinave pulse très tôt pour l’Amérique, le groove d’Aretha Franklin et de Stevie Wonder, les exploits vocaux de Whitney Houston et de Mariah Carey. De ces deux dernières, elle retiendra plus la technique de pointe que l’aura de star. Un côté sérieux et humble de bonne élève qui peut expliquer les faux départs de sa carrière, amorcée précocement en major, d’abord avec Sony alors qu’elle n’est âgée que de 13 ans (deal rapidement avorté), puis avec Universal en 2009 sous le pseudonyme de Sheri (sans le retentissement escompté), pour finalement redémarrer sous son vrai nom, en major puis en indé. Elle ne tarde pas à trouver la reconnaissance en la personne de Prince, qui la prend sous sa coupe jusqu’à sa mort en 2016, puis d’un autre prestigieux mentor, No I.D. Signée sur le label du producteur de Chicago (Common, Alicia Keys…), Snoh peut enfin voler de ses propres ailes. En résulte un exquis diptyque (l’EP Don’t Explain, 2016 et l’album Feels, 2017) dans lequel la Suédoise emmitoufle la soul vintage et pétaradante d’Amy Winehouse dans le trip-hop pluvieux et cinématographique de Portishead. Élaguant les rutilants arrangements cuivrés à la James Bond sur son nouvel album – Ugh, Those Feels Again, Snoh ajoute de fragiles boucles de piano, flirte avec le son hivernal de Toronto. Plus suave et charismatique que jamais. • ÉRIC VERNAY

Snoh Aalegra emmitoufle la soul vintage d’Amy Winehouse dans le trip-hop pluvieux de Portishead.

MUSICA DISPERSA WOMEN IN EXPERIMENTAL TOUR

CATHERINE RINGER CHANTE LES RITA MITSOUKO

La terreur Beatrix Weapons, le duo post-indus Amas, Gaël Segalen et son danceable field recording, le drone en eaux troubles de Marlo Eggplant, l’éco-ambient d’Afasia Yuri ou la noise techno n’ bass de xname… sacrée bonne pioche ! La plate-forme spécialiste ès musiques expérimentales Musica Dispersa convie une quinzaine de compositrices audacieuses de tous bords pour une nuit ultra pointue, aussi bruyante qu’hypnotisante. • ETAÏNN ZWER

Le duo formé par Catherine Ringer et feu Fred Chichin, âmes sensiblement folles du pop-rock français, aurait eu 40 ans cette année. Le label Because réédite donc l’intégrale de leur œuvre, et l’exubérante chanteuse ravive l’esprit des Rita lors d’un week-end enjoué, entre carte blanche (avec Minuit, Lulu Van Trapp, Fat White Family) et plaisir non coupable d’entonner encore leurs plus beaux tubes bariolés. • E. Z .

: le 22 septembre aux Nautes

: les 27, 28 et 29 septembre à la Philharmonie de Paris

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FESTIVAL D’AUTOMNE À PARIS LE THÉÂTRE NANTERRE-AMANDIERS OUVRE LE LIVRE D’IMAGE DE JEAN–LUC GODARD

festival-automne.com

© Jean-Luc Godard

Jean–Luc Godard Nanterre-Amandiers 4-20 octobre


PLANS COUL’ À GAGNER

NOUS LES ARBRES EXPO

Cartier pour l’art contemporain

« Depuis

Vue de l'exposition

membres de la communauté des vivants, à l’heure où ils sont menacés. On y va pour découvrir les impressionnantes jungles semi-urbaines peintes par Luiz Zerbini, les paysages méticuleusement dessinés à l’encre par des artistes indigènes d’Amérique du Sud, pour comprendre les enjeux de la protection environnementale pour l’avenir de l’humanité ou encore pour flâner dans le jardin de la Fondation Cartier, où se cachent des capteurs mesurant la croissance des arbres et un hommage à Zgougou, la chatte d’Agnès Varda. • MARIE FANTOZZI

OFF

l’Antiquité grecque, les civilisations vivent sur l’idée que les arbres sont une forme de vie inférieure, qu’ils sont insensibles. On sait maintenant qu’ils ont autant de sensibilité que nous, et même qu’ils ont des sensibilités que les humains n’ont pas. » Les mots du biologiste et botaniste français Francis Hallé, prononcés dans une touchante vidéo de Raymond Depardon et Claudine Nougaret produite pour l’occasion, résonnent dans cette exposition qui mêle allègrement arts, sciences et philosophie. L’objectif : rendre hommage aux plus anciens

© THIBAUT VOISIN

— : jusqu’au 10 novembre à la Fondation

LE MOBILIER D’ARCHITECTES

EXPO

Certains architectes font plus que concevoir des bâtiments : ils en imaginent aussi la décoration intérieure. Cette exposition retrace l’évolution du métier de 1960 à nos jours à travers une série d’objets, meubles et luminaires signés de grands noms comme Shigeru Ban, Jean Nouvel ou Frank Gehry. • Q. B.-G.

: « Le Mobilier d’architectes. 1960-2020 », jusqu’au

30 septembre à la Cité de l’architecture et du patrimoine

I AM EUROPE

THÉÂTRE

Pour interroger l’actualité du Vieux Continent, Falk Richter a réuni une troupe de huit hommes et femmes venus des quatre coins de l’Europe. Hantée par l’éventualité de la fragmentation de cette région du monde, cette pièce éminemment politique transforme l’histoire personnelle de ses comédiens en un manifeste en faveur d’une Europe plus collective. • C. L .

: « I Am Europe », du 19 septembre au 9 octobre

aux Ateliers Berthier – Odéon-Théâtre de l’Europe

SCIENTIFICTION

EXPO

Blake et Mortimer, les célèbres personnages créés par Edgar P. Jacobs en 1946, font l’objet d’une rétrospective. Présenté comme un « opéra de papier », le parcours expose plus de cent vingt planches originales et des objets technologiques inspirés des nombreuses inventions des deux héros. • Q. B.-G.

: « Scientifiction », jusqu’au 5 janvier L'Affaire du collier (1967)

au musée des Arts et Métiers

© SIMONA PESARINI ; JEAN-LOUIS FERNANDEZ ; ÉDITIONS BLAKE ET MORTIMER STUDIO JACOBS

David Adjaye, chaises Washington Skeleton et Washington Skin (2013)

SUR TROISCOULEURS.FR/TAG/PLANS-COUL/


LE PARC DES PRINCES COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS VU

STADIUM TOUR HISTORY ROOM ARCADE VR INFOS ET RÉSERVATIONS SUR

EXPERIENCE.PSG.FR


SONS

LOWER DENS — : « The Competition » (Domino), sortie le 6 septembre

OFF

© TORSO

Quatre ans après Escape From Evil, Lower Dens revient avec The Competition, un album incisif déployant une critique acerbe de la société américaine sur des strates glaciales de synthétiseurs. Jana Hunter (pronom : il), le maître d’œuvre du groupe de Baltimore, poursuit son évolution vers une musique de plus en plus synthétique (mais hyper mélodique), froide (mais pleine de lyrisme), principalement composée sur ordinateur. « J’utilise beaucoup les synthétiseurs numériques Arturia, qui sonnent de manière artificielle mais assez belle. J’aime particulièrement le fait qu’ils ne donnent pas d’impression d’espace tridimensionnel ; ce qui fait qu’on peut les superposer, les mélanger. Je voulais que les gens se sentent immergés dans ce son. Quand j’étais enfant, mes parents nous conduisaient dans une grosse voiture, et j’aimais la sensation d’immersion et de sécurité que me procurait ce pesant véhicule. J’avais l’impression d’être à l’abri, dans un bateau ou dans un vaisseau spatial. » C’est depuis ce refuge

SI TON ALBUM ÉTAIT UN FILM ? « Le film de Terry Gilliam, Brazil, a été un de mes films préférés quand j’étais adolescent. Il y a deux choses qui le relient à mon album : la bureaucratie cauchemardesque, et comment on peut s’y perdre, y perdre notre humanité ; et la scène finale, quand

extraterrestre, savant maillage d’arpégiateurs, de nappes électroniques et de rythmiques eighties, que Jana Hunter oppose sa voix singulière, transgenre et pleine d’ironie, aux injonctions du collectif, dans une Amérique où l’humanité lui semble céder le pas à la compétition sociale et économique. « Les classes populaires, les gens de couleurs, y sont considérés comme de simples ressources pour la classe dirigeante », dit celui qui, dans « Young Republicans », présente les jeunes membres du Parti républicain comme, littéralement, prêts à consommer la chair de la classe ouvrière. Contre la manipulation politique des émotions, il invoque la nécessité de préserver la réflexion et l’intériorité (« In Your House »), ou de faire preuve de compassion envers soi-même et ses faiblesses qui ne sont que les conséquences de notre vulnérabilité (« Buster Keaton », « Lucky People »). Moins désespéré qu’animé par l’urgence politique, Jana Hunter invite ainsi à regarder nos assassins dans les yeux (« Empire Sundown »), et à les hanter longtemps. • WILFRIED PARIS

le protagoniste disjoncte et s’évade dans un monde imaginaire dans lequel il imagine son destin de manière complètement différente. Quand j’étais adolescent, je crois que j’étais très confus et en colère, et la folie me semblait être une alternative possible à une réalité trop violente. » JANA HUNTER

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JUKE-BOX GRUFF RHYS

: « Pang! » (Rough Trade) On avait laissé Gruff Rhys avec Babelsberg, album mature, intime et politique, dans lequel le folk se piquait d’ornements symphoniques. Pang! prend le contre-pied de cette œuvre respectable. Guitares coupées en rondelles, cuivres à 55 °C, rythmiques electro piquantes : ce cocktail mis au point entre Cardiff et l’Afrique du Sud (la production signée Muzi, l’usage de quelques mots zoulou) rappelle que le Gallois reste encore, à 49 ans tassés, un génial mixologue pop. • M. P.

LUKE TEMPLE : « Both-And »

(Native Cat Recordings)

On admire autant Luke Temple pour sa prolixité (dix albums depuis 2005, sous son nom et avec le groupe Here We Go Magic) que pour sa capacité à se réinventer, déchirant ses propres formules, creusant là où ses camarades à succès osent à peine gratter. D’une ambition presque intimidante, Both-And dialogue avec la plume de John Martyn et de Syd Barrett, cause électroacoustique avec Brian Eno et John Cage, sans jamais paraître daté, ni vraiment datable. • M. P.

FAD GADGET : Best of (Mute)

La réédition en double vinyle de cette compilation couvrant les quatre premiers albums de Fad Gadget est l’occasion de réévaluer l’œuvre de ce pionnier du mouvement électronique, dont les descendants se ramassent à la pelle. Tout à la fois menaçante et blafarde, industrielle et théâtrale, sa musique trempait Bowie dans la soude caustique, trépanait Iggy à la perceuse et donnait du fil à retordre à tous les corbeaux new-wave des années 1980. Un anti-héros, un vrai. • M. P. ILLUSTRATION : SAMUEL ECKERT


SÉRIES

LES SAUVAGES

© DAVID KOSKAS

— : Saison 1 sur Canal+ —

OFF

C’est

quoi, « être français » ? En adaptant la saga romanesque de Sabri Louatah, Rebecca Zlotowski se met au diapason de l’écrivain (ici coscénariste) et se confronte à la question en se gardant des raccourcis. Dans Les Sauvages, identité nationale et fracture sociale vont de pair et s’incarnent physiquement en deux familles issues de l’immigration algérienne. Au sommet de la société, de l’État même, il y a les Chaouch et leur chef, Idder (Roschdy Zem), Kabyle élu président de la République. À l’autre extrémité du spectre, on trouve les Nerrouche, des prolos stéphanois. Au sein même de ce clan cohabitent des profils aussi variés que les jeunes Krim (Iliès Kadri), prodige du piano, et Louna (Lyna Khoudri), en cheville avec les identitaires blancs ; les aînées Dounia (Farida

REVOIS YEARS AND YEARS La vie d’une famille typique de Mancuniens racontée en mode politique-fiction, tandis que le temps s’accélère pour nous mener jusqu’en 2034 au fil des bouleversements sociétaux, technologiques et politiques vécus par le Royaume-Uni. Une expérience proprement vertigineuse. • G. L .

: Saison 1 à rattraper sur Canal+ Séries

et en diffusion sur Canal+

Rahouadj), la matriarche, pratiquante, et Rabia (Carima Amarouche), sa sœur, laïque ; et surtout deux fils, à couteaux tirés, d’un côté Nazir (Sofiane Zermani), le caïd qui intrigue depuis sa cellule, et de l’autre Fouad (Dali Benssalah), monté dans l’ascenseur social direction Paris pour devenir star de télé. Naviguant entre les deux univers, c’est lui qui sert de fil rouge à ce qui devient vite un thriller politique. Rebecca Zlotowski soigne le suspense et relève sans ciller les défis de mise en scène (un mariage traditionnel et un Sainté-PSG à Geoffroy-Guichard). Malgré un rythme un peu hâté pour condenser quatre romans en six épisodes, elle en conserve les ambitions de fresque sociale totale qui s’autorise à écrire son propre récit national, inclusif, complexe et nuancé. • GRÉGORY LEDERGUE

VOIS

PRÉVOIS

IL ÉTAIT UNE SECONDE FOIS

THE LAST DAYS OF MARILYN MONROE

Un jour, Vincent (Gaspard Ulliel) hérite d’un cube en bois qui lui permet de remonter le temps. Il va s’en servir pour reconquérir son ex, Louise (Freya Mavor). Guillaume Nicloux aborde ce drame amoureux en privilégiant l’épure et en ne quittant jamais des yeux Ulliel, son acteur des Confins du monde, plus delonien que jamais. Séduisant. • G. L .

La période précédant la mort de l’icône en 1962 sera au cœur d’une minisérie prévue pour 2020 sur la BBC. La fiction, basée sur un ouvrage très documenté de Keith Badman, explorera les relations de l’actrice avec les studios, ce qui ne manquera pas d’entrer en résonance avec les récents scandales de harcèlement à Hollywood. Reste à savoir qui interprétera la star. • G. L .

: Saison 1 sur Arte

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: Prochainement sur la BBC


I am Europe texte et mise en scène

Falk Richter en français et en plusieurs autres langues, surtitré en français

L’ Europe, c’est quoi ? L’ Europe, c’est qui ? Quel sens donner à des concepts tels qu’origine, patrie, foyer ? 01 44 85 40 40 theatre-odeon.eu

19 sept 9 oct 2019 Berthier 17e

© Jean-Louis Fernandez


JEUX VIDÉO

OFF

OXYGEN NOT INCLUDED

Sommet

— : Klei Entertainment (PC) —

d’ingéniosité, Oxygen Not Included se fait l’apôtre d’un genre nouveau : la simulation de fourmilière humaine. Dans une galaxie lointaine, un trio d’ouvriers se retrouve coincé au cœur d’un astéroïde à la dérive. Au moyen de matériaux glanés çà et là, ils vont devoir forer leur chemin jusqu’à la surface puis construire un vaisseau pour quitter ce maudit caillou. L’opération nécessitant plusieurs semaines de labeur, il va d’abord falloir les aider à se construire une base et à résister aux nombreux dangers que recèle cet environnement hostile. L’oxygène étant plus ou moins rare selon les galeries, il faut aussi veiller à ce que nos ouailles ne s’asphyxient pas, en recyclant l’air au moyen de machines dédiées ou de plantations chlorophylliennes. Plus nos moyens se diversifient, plus le cahier

des charges s’épaissit. Bientôt, nos colons pourront se cloner, mais qui dit main-d’œuvre supplémentaire dit aussi démultiplication des besoins vitaux (nourriture, eau, oxygène…) et des soucis qui vont avec (hygiène, bien-être, équilibre mental…). Doté d’un écosystème pensé dans les moindres détails, Oxygen Not Included peut faire peur : tout, de la particule d’oxygène au tempérament de chacun des travailleurs, y devient une donnée à prendre en compte et à conjuguer avec des dizaines (voire des centaines) d’autres. Pourtant, grâce à une ergonomie exemplaire et à une esthétique hypnotique (l’animation et l’humour font penser aux Shadoks), on reste hypnotisé par les soubresauts de cette fourmilière grouillante. D’une richesse à couper le souffle. • YANN FRANCOIS

DRAGON QUEST BUILDERS 2

FIRE EMBLEM TREE HOUSES

Avec cette suite, Dragon Quest Builders parfait sa proposition initiale : mélanger jeu de rôle et construction à la Minecraft. Tout y est mieux maîtrisé, mieux raconté. Même s’il est avant tout destiné aux fans, le jeu saura séduire tout néophyte en quête d’expérience chronophage. • Y. F.

Dans ce jeu de stratégie, on ne se contente pas de mener son armée à la victoire. On en prend soin comme de sa propre famille, en veillant quotidiennement au bien-être et au moral de chaque unité. Grâce à son contenu gargantuesque, ce nouvel opus s’annonce comme le summum de la saga. • Y. F.

: (Square Enix | PS4, Switch)

: (Nintendo | Switch)

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BLAZING CHROME Avis aux amateurs nostalgiques des Contra et autres Metal Slug : ce petit jeu brésilien fait office de parfaite madeleine proustienne. Pensé comme ses glorieux prédécesseurs du temps de l’arcade, ce jeu de tir à l’ancienne offre une action aussi jouissive qu’impitoyable. • Y. F.

: (The Arcade Crew | PC, PS4, One, Switch)


Chaque mois, notre chroniqueur explore les mondes du jeu vidéo indépendant en donnant la parole à l’un de ses créateurs.

La porte claque, le compteur s’enclenche, un client, visiblement éméché, s’écroule sur la banquette arrière et commence à philosopher sur sa vie. Ce genre d’oiseau de nuit, on en croise un paquet dans Night Call, odyssée routière jouée depuis l’habitacle d’un taxi parisien. Une expérience narrative, pleine d’humour et de mélancolie, qui aura occupé trois ans de la vie de Laurent Victorino, programmeur de formation, qui tente ici son premier grand saut indé. Dans son jeu, les nuits de travail se suivent mais ne se ressemblent jamais : face à une carte de la capitale, chacun(e) décide le cap à prendre, quel passager accepter à bord, et quelle attitude adopter envers eux lors de longues discussions remarquablement écrites. « Le taxi, explique Victorino, c’est cette bulle hors du temps, où l’on peut parler de tout sans filtre avec de parfaits inconnus. » Mais l’heure n’est pas (seulement) au bavardage : un tueur en série sévit dans les rues de Paris, et notre chauffeur, tiraillé entre quotidien (travailler pour payer ses factures) et devoir moral (visiter certains lieux pour faire avancer l’enquête), s’est promis de l’arrêter… Grâce à sa large mosaïque de personnages, cette virée nocturne se fait le reflet de notre société (de sa beauté comme de ses névroses) avec une lucidité peu commune. « En tant que programmeur, j’ai longtemps souffert du fait que mon métier ne servait à rien, sociologiquement parlant. Si Night Call permet aux gens de réfléchir sur le monde qui les entoure et de briser certains tabous du jeu vidéo, c’est déjà gagné pour moi. » • YANN FRANÇOIS

— : « Night Call »

(Monkey Moon | PC, Mac)


BD

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ROBINSON SUISSE

Une

— : de Baladi (Atrabile, 104 p.) —

île inconnue, perdue – voilà pour le décor. Sur les terres, une famille de naufragés savoure le temps plein de la solitude avant d’être emportée par le flot de l’aventure. Alex Baladi, auteur indé incontournable de la scène helvète, signe avec Robinson suisse un de ses albums les plus détonnants. En décidant, non d’adapter, mais de compléter le texte éponyme de Wyss paru en 1812 en y ajoutant des chapitres, Baladi ouvre le champ, s’approprie les personnages et les situations et, comme toujours, les trempe dans son univers graphique unique. Grand auteur en noir et blanc, il signe ici une de ses bandes dessinées les plus colorées : peinture, gouache, stylo-bille, mais aussi collages en tous genres ; tout y passe pour submerger le lecteur dans une cohue d’intempéries et de plaisirs dans laquelle les personnages vaquent, chassent et se rencontrent, avant un final aussi brutal qu’inattendu. Un livre plein, entier, qui rejoint la liste de ceux que l’on emporterait aveuglément sur une île déserte. • ADRIEN GÉNOUDET 110


Bédérama

Mathieu Sapin, Emil Ferris, Christophe Blain, Fabcaro, Lorenzo Mattotti, Émilie Gleason, Joann Sfar…

27 → 29 septembre 2019 forumdesimages.fr

Design graphique : ABM Studio – Visuel : Krakaendragon / Supermurgeman / Spirou magazine © Mathieu Sapin

Le festival cinébédé


mk2 SUR SON 31 JUSQU’AU 8 OCT.

SAMEDI 14 SEPT.

CULTISSIME ! Projection de Fight Club de David Fincher.

CYCLE BOUT’CHOU Pour les enfants de 2 à 4 ans : Le Petit Monde de Bahador et L’Écureuil qui voyait tout en vert ; Vent de folie à la ferme et Contes sur moi !

1 HEURE, 1 FEMME D’INFLUENCE « Charlotte Perriand. »

: mk2 Bibliothèque,

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Prométhée et le feu, la création des hommes. »

1 HEURE, 1 ŒUVRE « Jan van Eyck, Les Époux Arnolfini. »

: mk2 Quai de Loire

: mk2 Parnasse

à 11 h

à 11 h

mk2 Quai de Seine, mk2 Bastille (côté Beaumarchais) et mk2 Gambetta Les samedis et dimanches

: mk2 Odéon (côté St Michel)

: mk2 Gambetta dans l’après-midi

à 11 h

LUNDI 23 SEPT.

matins

CYCLE JUNIOR Pour les enfants à partir de 5 ans : Torben et Sylvia ; Lili à la découverte du monde sauvage ; Le Jardinier qui voulait être roi.

DIMANCHE 15 SEPT. CULTISSIME ! Projection du Château ambulant de Hayao Miyazaki.

: mk2 Gambetta,

: mk2 Gambetta

mk2 Bibliothèque

dans l’après-midi

et mk2 Quai de Loire Les samedis et dimanches matins

VENDREDI 6 SEPT. VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD « Que savons-nous du monde quantique ? »

: mk2 Odéon (côté St Germain) à 12 h 30

SAMEDI 7 SEPT. VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD « Que savons-nous du monde quantique ? »

: mk2 Quai de Loire à 11 h

DIMANCHE 8 SEPT. CULTISSIME ! Projection de Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki.

LUNDI 16 SEPT. LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Pouvons-nous vraiment changer ? »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) et mk2 Odéon (côté St Germain) à 12 h 30 et 18 h 30 respectivement

MARDI 17 SEPT. KARMA CINÉMA Cours de méditation guidé par Sophia L. Mann.

: mk2 Bastille (côté Fg St Antoine) à 12 h 30

LUNDI 9 SEPT. LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Comment épouser le mouvement de la vie ? »

: mk2 Bastille (côté

SAMEDI 21 SEPT. 1 HEURE, 1 FEMME D’INFLUENCE « Agnès Varda. »

: mk2 Odéon (côté St Michel) à 11 h

à 12 h 30

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Les plus beaux trésors sont-ils les plus inaccessibles ? »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) et mk2 Odéon (côté St Germain) à 12 h 30 et 18 h 30 respectivement

1 HEURE, 1 CITÉ MILLÉNAIRE « Le berceau de la civilisation : Uruk (Irak). »

: mk2 Grand Palais à 20 h

MARDI 24 SEPT. 1 HEURE, 1 ŒUVRE « Francis Bacon, Head IV. »

: mk2 Bastille à 11 h

JEUDI 26 SEPT. 1 HEURE, 1 ARCHITECTE « Frank Lloyd Wright. »

: mk2 Bibliothèque à 12 h 30

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Pandore et sa boîte mystérieuse. »

: mk2 Quai de Loire à 11 h

1 HEURE, 1 ARTISTE « Léonard de Vinci. »

: mk2 Beaubourg à 20 h

DIMANCHE 22 SEPT.

Odéon (côté St Germain)

VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS AVEC ALBERT MOUKHEIBER « La science dit-elle toujours la vérité ? »

à 12 h 30 et 18 h 30

: mk2 Bibliothèque

respectivement

à 11 h

Beaumarchais) et mk2

: mk2 Parnasse

(côté Beaumarchais)

: mk2 Gambetta dans l’après-midi

1 HEURE, 1 MUSÉE « Le Metropolitan Museum de New York. »

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SAMEDI 28 SEPT. 1 HEURE, 1 FEMME D’INFLUENCE « Camille Claudel. »

: mk2 Odéon (côté St Michel) à 11 h


EXPOSITION

RANGEMENTS COMPONIBILI, 1967. Design Anna Castelli Ferrieri, Kartell © Simona Pesarini, courtesy Kartell Museo Archive

1960 2020

1967

RANGEMENTS COMPONIBILI ANNA CASTELLI FERRIERI / KARTELL

29.05 – 30.09.2019 Palais de Chaillot – Trocadéro – Paris 16e citedelarchitecture.fr – #ExpoMobilier


mk2 SUR SON 31 DIMANCHE 29 SEPT.

LUNDI 7 OCT.

JEUDI 3 OCT.

CULTISSIME ! Projection de Showgirls de Paul Verhoeven.

1 HEURE, 1 ARTISTE « Michel-Ange. »

1 HEURE, 1 ŒUVRE « Léonard de Vinci, La Sainte Anne. »

: mk2 Gambetta

: mk2 Beaubourg

: mk2 Parnasse

à 20 h

à 11 h

dans l’après-midi

LUNDI 30 SEPT.

VENDREDI 4 OCT.

1 HEURE, 1 ŒUVRE « Albrecht Dürer, Autoportrait. »

VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD « Le mystère de la gravitation. »

: mk2 Parnasse

: mk2 Odéon (côté St Germain)

à 11 h

à 12 h 30

1 HEURE, 1 MUSÉE « La Frick Collection de New York. »

: mk2 Parnasse à 12 h 30

SAMEDI 5 OCT. 1 HEURE, 1 FEMME D’INFLUENCE « Simone de Beauvoir. »

: mk2 Odéon

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Qu’allons-nous faire de nos vingt ans (de vie supplémentaire) ? » Avec Pascal Bruckner.

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) et mk2

(côté St Michel) à 11 h

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « La guerre de Troie, un conflit légendaire. »

Odéon (côté St Germain)

: mk2 Quai de Loire

à 12 h 30 et 18 h 30

à 11 h

respectivement

MARDI 1er OCT. 1 HEURE, 1 ŒUVRE « Edward Hopper, Nighthawks. »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) à 11 h

1 HEURE, 1 HISTOIRE DE PARIS « Quand Paris s’appelait Lutèce. »

: mk2 Beaubourg

VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD « Le mystère de la gravitation. »

: mk2 Parnasse à 12 h 30

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Et la tendresse bordel ? Et si la tendresse était plus que ce que l’on croit ? »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) et mk2 Odéon (côté St Germain) à 12 h 30 et 18 h 30 respectivement

DÉJÀ DEMAIN Projection de courts métrages : Travelogue Tel Aviv de Samuel Patthey ; Mardi de 8 à 18 de Cecilia de Arce ; Le Saint des voyous de Maïlys Audouze ; Mémorable de Bruno Collet.

: mk2 Odéon (côté St Michel) à 20 h

MARDI 8 OCT.

: mk2 Quai de Loire à 11 h

DIMANCHE 6 OCT. 1 HEURE, 1 CHORÉGRAPHE « Vaslav Nijinski. »

: mk2 Bastille (côté Fg St Antoine)

à 12 h 30

à 11 h

1 HEURE, 1 CINÉASTE « Quentin Tarantino. »

CULTISSIME ! Projection d’Et au milieu coule une rivière de Robert Redford.

: mk2 Odéon

1 HEURE, 1 MUSÉE « La Barnes Foundation de Philadelphie. »

1 HEURE, 1 ŒUVRE « Jean-Michel Basquiat, Gem Spa. »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) à 11 h

1 HEURE, 1 HISTOIRE DE PARIS « Le Paris des rois. »

: mk2 Beaubourg

(côté St Michel)

: mk2 Gambetta

à 20 h

dans l’après-midi

à 12 h 30

1 HEURE, 1 CINÉASTE « Stanley Kubrick. »

: mk2 Odéon (côté St Michel) à 20 h

RETROUVEZ TOUS LES ÉVÉNEMENTS DES SALLES mk2 SUR mk2.com/evenements

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ATTENTION ATTENTION SPOILER SPOILER :: À À LA LA FIN FIN DU DU FILM... FILM... ...IL RENTRE ...IL RENTRE EN KAPTEN, LE EN KAPTEN, LE SEUL VTC QUI SEUL VTC QUI RÉCOMPENSE* RÉCOMPENSE* LA FIDÉLITÉ. LA FIDÉLITÉ.

Peut-être Peut-être le meilleur choix le meilleur choix de votre journée de votre journée

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TROISCOULEURS #172 - septembre 2019  

Directeur de la publication : Elisha Karmitz / Rédactrice en chef : Juliette Reitzer / Rédactrice en chef adjointe : Timé Zoppé / Rédacteurs...

TROISCOULEURS #172 - septembre 2019  

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