TROISCOULEURS #163 - septembre 2018

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N 163

O

SEPTEMBRE 2018 GRATUIT

CLIMAX

GASPAR NOÉ ECSTA DE GRÂCE


Menuet, Frakas Productions & Topkapi Films présentent

Victor Polster

Un film de

Lukas Dhont

Artwork

Photo : Kris Dewitte

AU CINÉMA LE 10 OCTOBRE


ÉDITO Réunis

dans une salle de répétition perdue dans la neige, des danseuses et danseurs s’entraînent et papotent en sirotant une sangria… La première partie du nouveau film de Gaspar Noé est tout entière aspirée dans l’énergie de la danse saisie par la caméra virtuose et fière de l’être du cinéaste italo-argentin. Devant un grand drapeau bleu, blanc, rouge pailleté tendu au fond de la pièce, ces jeunes gens sublimes, de toutes formes et couleurs, sont lancés ensemble dans une chorégraphie démente d’arrogance et de plaisir, comme si tous ces corps finalement n’en formaient qu’un, puissant et mystérieux. L’émotion qui nous étreint quand on les regarde, pourtant statiques et seuls au fond de notre fauteuil, vient de leur façon joyeuse d’être ensemble, de cette transe collective que l’on voudrait rejoindre. Mais chez Noé, l’harmonie est toujours de courte durée. Quelqu’un a mis de la drogue dans la sangria, et la fête vire au jeu de massacre : le groupe se disloque, laissant sur le carreau une poignée de pauvres hères solitaires qui se détruisent et se contorsionnent. Cette seconde partie est un peu douloureuse, car en renonçant à sa belle utopie collective, on sent bien que le film parvient à saisir quelque chose du chaos de l’époque. Mais elle est aussi parfaitement jouissive, grâce au mauvais esprit propre au cinéma de genre et à l’humour noir (certes un peu bourrin) que Noé y infuse en ricanant. • JULIETTE REITZER



POPCORN

P. 12 RÈGLE DE TROIS : CATHERINE MEURISSE • P. 14 SCÈNE CULTE : VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER • P. 24 LA NOUVELLE : MERYEM BENM’BAREK

BOBINES

P. 26 EN COUVERTURE : CLIMAX • P. 36 PORTRAIT : DEBRA GRANIK • P. 50 PORTFOLIO : DAVID LYNCH

ZOOM ZOOM P. 60 SHÉHÉRAZADE • P. 62 WHITNEY P. 66 I FEEL GOOD • P. 70 RAFIKI

COUL’ KIDS

P. 86 INTERVIEW : VOLKAN TANACI • P. 88 LA CRITIQUE D’ÉLISE : OKKO ET LES FANTÔMES

OFF

P. 90 RENTRÉE LITTÉRAIRE • P. 104 SONS : AGAR AGAR P. 106 SÉRIES : KILLING EVE

ÉDITEUR MK2 AGENCY — 55, RUE TRAVERSIÈRE, PARIS XIIe — TÉL. 01 44 67 30 00 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : ELISHA.KARMITZ@MK2.COM | RÉDACTRICE EN CHEF : JULIETTE.REITZER@MK2.COM CHEFFE DE RUBRIQUE CINÉMA : TIME.ZOPPE@MK2.COM | RÉDACTEURS : QUENTIN.GROSSET@MK2.COM, JOSEPHINE.LEROY@MK2.COM | GRAPHISTE : JÉRÉMIE LEROY | SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : VINCENT TARRIÈRE | STAGIAIRE : GUILLAUME LAGUINIER ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO : HENDY BICAISE, LILY BLOOM, CHARLES BOSSON, RENAN CROS, JULIEN DOKHAN, JULIEN DUPUY, MARIE FANTOZZI, YANN FRANÇOIS, AÏNHOA JEAN-CALMETTES, CLAUDE GARCIA, RAMSÈS KEFI, DAMIEN LEBLANC, VLADIMIR LECOINTRE, GRÉGORY LEDERGUE, MIRION MALLE, STÉPHANE MÉJANÈS, JÉRÔME MOMCILOVIC, WILFRIED PARIS, MICHAËL PATIN, PERRINE QUENNESSON, BERNARD QUIRINY, CÉCILE ROSEVAIGUE, ÉRIC VERNAY, ANNE-LOU VICENTE, ETAÏNN ZWER & ÉLISE ET ANSELMO | PHOTOGRAPHES : PAULINE CARANTON, PHILIPPE QUAISSE, ERIOLA YANHOUI | ILLUSTRATEURS : AMINA BOUAJILA, PABLO COTS, SAMUEL ECKERT, ÉMILIE GLEASON, PABLO GRAND MOURCEL PUBLICITÉ | DIRECTRICE COMMERCIALE : STEPHANIE.LAROQUE@MK2.COM | RESPONSABLE MÉDIAS : CAROLINE.DESROCHES@MK2.COM RESPONSABLE CULTURE, MÉDIAS ET PARTENARIATS : MELANIE.MONFORTE@MK2.COM ASSISTANTE CULTURE, MÉDIAS ET PARTENARIATS : AGATHE.BONCOMPAIN@MK2.COM TROISCOULEURS EST DISTRIBUÉ DANS LE RÉSEAU LE CRIEUR CONTACT@LECRIEURPARIS.COM © 2018 TROISCOULEURS — ISSN 1633-2083 / DÉPÔT LÉGAL QUATRIÈME TRIMESTRE 2006 — TOUTE REPRODUCTION, MÊME PARTIELLE, DE TEXTES, PHOTOS ET ILLUSTRATIONS PUBLIÉS PAR MK2 AGENCY EST INTERDITE SANS L’ACCORD DE L’AUTEUR ET DE L’ÉDITEUR. — MAGAZINE GRATUIT. NE PAS JETER SUR LA VOIE PUBLIQUE.


INFOS GRAPHIQUES

L’AMOUR DU RISQUE En

cette rentrée, cramponnons-nous à nos sièges. Le documentaire 16 levers de soleil de Pierre-Emmanuel Le Goff suit un aventurier moderne, l’astronaute français Thomas Pesquet Pesquet, en mission spatiale à bord de l’I.S.S. Des sommets vertigineux aux profondeurs des océans, retour, en chiffres, sur des exploits relatés dans de puissants documentaires. • JOSÉPHINE LEROY

GASHERBRUM

LA MONTAGNE LUMINEUSE de Werner Herzog (1985)

8 068 et 8 035 m

16 LEVERS DE SOLEIL de Pierre-Emmanuel Le Goff (2018)

196

C’est le nombre de jours que Thomas Pesquet a passé à l’intérieur de la Station spatiale internationale entre novembre 2016 et juin 2017.

Ce sont les hauteurs des Gasherbrum I et II, deux sommets du Karakoram, au nord du Pakistan, gravis à la suite, sans retour à son camps de base, par l’alpiniste italien Reinhold Messner en 1984.

105 m

L’HOMME DAUPHIN

SUR LES TRACES DE JACQUES MAYOL

C’est la profondeur à laquelle Jacques Mayol est descendu en apnée, en 1985, à l’âge de 56 ans (quelques années plus tôt, il avait été le premier homme à atteindre la marque des 100 mètres), ce que rappelle ce documentaire sur le plongeur français.

de Lefteris Charitos (2018)

LA PLANÈTE BLEUE d’Alastair Fothergill et Andy Byatt (2004)

4 500 m C’est la profondeur maximale atteinte par l’équipe du film au cours du tournage de cette somptueuse exploration marine captée sur cinq ans en deux cents lieux dans quarante pays.

GRIZZLY MAN ILLUSTRATION : JÉRÉMIE LEROY (JRMI.FR)

de Werner Herzog (2005)

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C’est le nombre d’étés que le fantasque militant écologiste américain Timothy Treadwell a passé en compagnie des grizzlis dans un parc naturel en Alaska – jusqu’à finir dévoré par l’un d’eux en 2003.

: « 16 levers de soleil » de Pierre-Emmanuel Le Goff (La Vingt-Cinquième Heure, 1 h 50), sortie le 3 octobre

ÉMOPITCH CLIMAX DE GASPAR NOÉ (SORTIE LE 19 SEPTEMBRE) 6


NORD-OUEST présente

© 2018 NORD-OUEST FILMS - STUDIO O - ARTE FRANCE CINEMA - MARS FILMS - WILD BUNCH - MAC GUFF LIGNE - ARTEMIS PRODUCTIONS - SENATOR FILM PRODUKTION

Un film de MICHEL

OCELOT

Après

K I R I K O U et

AVEC LES VOIX DE

PRUNELLE CHARLES-AMBRON ENZO RATSITO NATALIE DESSAY SCÉNARIO ET DIALOGUES MICHEL OCELOT MUSIQUE ORIGINALE GABRIEL YARED PRODUIT PAR CHRISTOPHE ROSSIGNON PHILIP BOËFFARD

PRODUCTEURS ASSOCIÉS EVE FRANÇOIS-MACHUEL PIERRE GUYARD COPRODUIT PAR PATRICK QUINET PHILIPPE SONRIER ET RODOLPHE CHABRIER STÉPHANE CÉLÉRIER ET VALÉRIE GARCIA VINCENT MARAVAL ET BRAHIM CHIOUA OLIVIER PÈRE ET RÉMI BURAH SONJA EWERS ET REIK MÖLLER PRODUCTRICE EXÉCUTIVE EVE FRANÇOIS-MACHUEL 1ERS ASSISTANTS RÉALISATION JEAN-CLAUDE CHARLES ERIC SERRE SUPERVISEUR DE L’ANIMATION GILLES CORTELLA SUPERVISEUR GÉNÉRAL MALEK TOUZANI DIRECTEURS DE PRODUCTION THOMAS SCHOBER VIRGINIE GUILMINOT DIRECTEUR DE POST-PRODUCTION JULIEN AZOULAY SON SÉVERIN FAVRIAU STÉPHANE THIEBAUT DISTRIBUTION DES RÔLES DAVID BERTRAND UNE COPRODUCTION FRANCE BELGIQUE ALLEMAGNE ENTRE NORD-OUEST FILMS STUDIO O ARTE FRANCE CINÉMA MARS FILMS WILD BUNCH MAC GUFF ARTEMIS PRODUCTIONS SENATOR FILM PRODUKTION AVEC LA PARTICIPATION DE OCS ARTE FRANCE ARTE/WDR AVEC LE SOUTIEN DE EURIMAGES CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE EN ASSOCIATION AVEC COFINOVA 13 EN COPRODUCTION AVEC RTBF (TÉLÉVISION BELGE) VOO ET BE TV SHELTER PROD EN ASSOCIATION AVEC TAXSHELTER.BE ING AVEC LE SOUTIEN DU TAX SHELTER DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL DE BELGIQUE AVEC L’AIDE DU CENTRE DU CINÉMA ET DE L’AUDIOVISUEL DE LA FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION ÎLE-DE-FRANCE LA RÉGION OCCITANIE / PYRÉNÉES MÉDITERRANÉE, EN PARTENARIAT AVEC LE CNC

AU CINÉMA LE 10 OCTOBRE


FAIS TA B.A.

À chaque jour ou presque, sa bonne action cinéphile. Grâce à nos conseils, enjolivez le quotidien de ces personnes qui font de votre vie un vrai film (à sketches). POUR CE VOISIN MALADROIT ET TIMIDE QUI VOUS PLAÎT BIEN Quand il vous croise sur le palier, il baisse spontanément les yeux. Le cinéma désinhibe les timides, c’est bien connu. Proposez-lui de voir L’Année dernière à Marienbad (1961), très beau film onirique d’Alain Resnais dans lequel un homme tente de convaincre une femme (Delphine Seyrig) qu’ils ont eu une liaison un an auparavant. S’ensuivront des discussions enflammées.

: « L’Année dernière à Marienbad » d’Alain Resnais (Tamasa, 1 h 34), sortie en version restaurée le 19 septembre

POUR VOTRE COPINE QUI PRÉPARE UN ESSAI SUR L’HISTOIRE DE LA COLONISATION D’abord toute excitée à l’idée de publier son premier ouvrage, elle a vite été confrontée au syndrome de la page blanche. Achetez-lui en DVD le documentaire Ouvrir la voix d’Amandine Gay. Centré sur l’expérience de la différence en tant que femme noire, le film rassemble les témoignages intimes de vingt-quatre femmes en France et en Belgique. Et c’est passionnant.

: « Ouvrir la voix » d’Amandine Gay, sortie en DVD (Arte Éditions) le 13 septembre

POUR VOTRE FRÈRE, QUI NE SUPPORTE PAS LES BLOCKBUSTERS Avec sa tignasse, ses chewing-gums mentholés et ses chemises de bûcheron, votre frangin a tout l’attirail d’un fan de films indés. Offrez-lui un abonnement à Sundance TV, plate-forme remplie de films (Blue Valentine de Derek Cianfrance) et de séries (The Walking Dead, Hap and Leonard) qui le bottent bien. Et inscrivez-le au Sundance Club (à la clé, des cadeaux tous les mois).

: www.sundancetv.fr

POUR PHIL, VOTRE ONCLE CINÉPHILE QUI NE SAIT PLUS OÙ DONNER DE LA TÊTE Difficile de se remettre en selle pour ce jeune retraité peu habitué au temps libre. Comme il est fan de Robert Bresson, proposez-lui d’aller voir Un condamné à mort s’est échappé, l’histoire d’un résistant arrêté et emprisonné par les Allemands qui s’évade de prison avec un ado. Passer ses journées devant des chefs-d’œuvre, c’est pas si mal.

: « Un condamné à mort s’est échappé » de Robert Bresson Les Acacias (1 h 39), Sortie en version restaurée le 5 septembre

Ses patients l’ignorent, heureusement : votre mère adore avoir la chair de poule. Mais attention, elle regarde de très près la psychologie des personnages. Emmenez-la voir les films du cinéaste américain M. Night Shyamalan qui, de Sixième sens (2000) à The Visit (2015), nous terrorise en mettant en scène des histoires de familles pour le moins louches.

: « Rétrospective M. Night Shyamalan », du 12 au 16 septembre

© D R

POUR VOTRE MÈRE, UNE PSYCHOLOGUE FAN DE FILMS D’ÉPOUVANTE

Sixième se

ns

à la Cinémathèque française

• JOSÉPHINE LEROY 8



CHAUD BIZ

POPCORN

#METOO, ET MAINTENANT  ?

Près

d’un an après le début de l’affaire Weinstein et l’émergence sur Internet des mouvements #MeToo et, côté français, #BalanceTonPorc pour dénoncer les agressions envers les femmes, qu’est-ce qui a changé dans l’industrie du cinéma ? Si le débat sur la légitimité d’exprimer haut et fort les violences faites aux femmes est enfin caduc (les trois du fond qui râlent, réfléchissez encore un peu avant de parler), les conséquences de cette prise de parole se font plus discrètes. Et pourtant elles sont nombreuses et en pleine expansion. Les plus voyantes sont celles touchant directement les agresseurs avérés ou présumés. Ainsi Harvey Weinstein, déjà inculpé pour agressions sexuelles et maintenant poursuivi pour trafic sexuel, a vu sa société de production, la Weinstein Company, en faillite depuis mars dernier, officiellement rachetée en juillet par un fonds d’investissement américain pour la modique somme de 289 millions de dollars. Aux États-Unis, plus de cent cinquante personnalités ont été accusées de violences sexuelles depuis l’éclatement de l’affaire. Du côté français, si les dénonciations ont été plus rares, la prise de conscience générale a permis de clarifier les comportements à

prohiber et de créer un soutien conséquent. Ainsi, dans la lignée du mouvement Time’s Up lancé en janvier outre-Atlantique contre le harcèlement sexuel, la France, via le ministère de la Culture, envisage la création prochaine d’une « charte de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cinéma » autour des notions de harcèlement mais aussi d’égalité salariale et de parité. Car #MeToo a également ouvert les discussions sur les inégalités hommes-femmes dans le cadre du travail. À l’étranger, des fonds spécifiques voient le jour comme le Women’s Fund, lancé par la mairie de New York pour soutenir les projets de films de et sur les femmes, ou, plus étonnamment, The Female Film Force, une aide pour les réalisatrices de courts métrages au Royaume-Uni alimentée par… l’application de rencontres Bumble ! En France, le mouvement 50/50 pour 2020 encourage les festivals à adopter la parité pour leurs comités de sélections. Cannes, Annecy et Locarno l’ont déjà rejoint. Par ailleurs, en mai dernier, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a annoncé la création prochaine du fonds Venus Victrix dans le but de soutenir entre dix et vingt réalisatrices par an. #Enfin ! • PERRINE QUENNESSON ILLUSTRATION : ÉMILIE GLEASON

#MeToo a également ouvert les discussions sur les inégalités hommes-femmes dans le cadre du travail.

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31 JUIN FILMS ET LES FILMS DU PARC PRÉSENTENT

VINCENT

WILLIAM

LACOSTE

LEBGHIL

PREMIÈRE ANNÉE

UN FILM DE

THOMAS LILTI

12 SEPTEMBRE


RÈGLE DE TROIS

CATHERINE MEURISSE 3 films qui vous donnent des envies de campagne ? Chambre avec vue de James Ivory. La scène où George Emerson et Lucy Honeychurch s’embrassent fougueusement dans la campagne florentine donne envie de partir vivre fougueusement en Toscane. Amarcord de Fellini. De nouveau il s’agit de la campagne italienne, dont on sent le vent chaud, les odeurs de terre et de paille. Bright Star de Jane Campion. Parce qu’un peu de pluie sur un jardin ne fait jamais de mal. L’acteur ou l’actrice qui vous faisait fantasmer à 13 ans ? Jean Reno dans Les Visiteurs. Il y avait quelque chose de sexy et grunge dans la cotte de maille peu ragoûtante de Godefroy de Montmirail, et j’enviais Valérie Lemercier qu’il emmenait sur son destrier à la fin du film. Décrivez-vous en 3 personnages de films. Audrey Hepburn, quand elle se met à danser dans une

cave de Saint-Germaindes-Prés dans Funny Face de Stanley Donen. Elle finit exténuée mais elle a fait ce qu’elle voulait. Tous les personnages de One, Two, Three. Chez Billy Wilder, il y a la conscience que rien ne tient debout sans humour. Chihiro. Je garde ce personnage de Miyazaki à l’esprit pour me souvenir de la nécessité de rêver. 3 héros ou héroïnes de cinéma sauvé(e)s par l’art ? Jean-Claude Dusse peignant sur des seins dans Les Bronzés. Moi-même, dans l’adaptation de La Légèreté par Julie Lopes-Curval ! [Le film est en préparation, ndlr.] La confrontation avec la beauté finit mal dans Mort à Venise de Visconti. Gustav von Aschenbach est sauvé… dans une autre vie. Le film que vous avez vu 3 fois, ou plus ? Singin in the Rain. Comédie joyeuse, futée, parfaite. J’ai passé des heures à en scruter les chorégraphies

© DARGAUD / RITA SCAGLIA

Après La Légèreté, où elle racontait son après-Charlie Hebdo (alors caricaturiste du journal, elle avait échappé de peu à la tuerie), la nouvelle BD de Catherine Meurisse, Les Grands Espaces, relate son enfance à la campagne, dans une vieille bâtisse retapée amoureusement par ses parents. Elle a répondu à notre questionnaire cinéphile. lorsque je travaillais sur mon album Moderne Olympia, une comédie musicale qui se passe au musée d’Orsay (Futuropolis, 2014). J’interrompais régulièrement mon travail pour improviser quelques pas de claquettes. Cela me permettait de sentir, de dessiner les bons gestes, et cela me divertissait, par la même occasion – un auteur de BD passe trop de temps avachi de manière disgracieuse sur sa table à dessin. 3 dessinateurs ou peintres qui mériteraient un biopic ? Charb, rien que pour revoir sur grand écran ses dessins hilarants qui vous font souvent penser que, comme Reiser, « c’était le plus fort ». Eugène Delacroix, qui était beau gosse en plus d’être virtuose. Le Caravage, dont le sous-titre du biopic pourrait être « Violence et Passion », si ce n’était pas déjà le titre d’un film magistral de Visconti.

• PROPOS RECUEILLIS PAR JULIETTE REITZER

— : « Les Grands Espaces » de Catherine Meurisse (Dargaud, 92 p.), sortie le 21 septembre

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SCÈNE CULTE

VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER

POPCORN

« Vas-y. Il y a une chambre vide dans le barillet. »

Une

dans un western. Chaque angle est la pièce d’un puzzle infernal où rien ne sera oublié, ni les rires des bourreaux, ni les rictus des victimes (sourires fous de condamnés, éruptions de rage impuissante), ni les invectives (« Vas-y. Il y a une chambre vide dans le barillet », lance Mike à son ami, comme si sa foi était plus forte que le hasard), ni les baffes de plus en plus appuyées qui rythment la séquence jusqu’à sa conclusion : Mike tire une balle dans la tête du chef, Nick se jette sur l’arme d’un sbire, les rafales partent dans un déluge de plans secs et hallucinés, et les geôliers s’effondrent. Trop tard pour que la délivrance ait un goût de victoire. La guerre continuera de gangrener leur âme, avec la roulette russe comme métaphore filée, dans le troisième et dernier acte de cette tragédie. On ne revient pas du jeu avec la mort. • MICHAËL PATIN

scène revient systématiquement à l’esprit de ceux qui ont traversé les 3 h 03 de Voyage au bout de l’enfer, chef-d’œuvre traumatique et traumatisant signé Michael Cimino en 1978 et sorti en France l’année suivante. Celle de la roulette russe, quand Mike (Robert De Niro) et Nick (Christopher Walken), faits prisonniers pendant la guerre du Viêt Nam, sont contraints de se livrer à ce jeu létal pour divertir leurs tortionnaires. L’objectif de Cimino, qui a soutenu la véracité de cette pratique (non attestée officiellement, d’où les débats houleux que le film a suscités), était de figurer la vérité intime du combat : celle de l’attente, qui en constitue la part essentielle et l’angle mort, là où se logent les pires dommages psychiques. Tirés de leur cage, les deux hommes sont assis face à face sous la menace des fusils : Mike, animé d’une force mentale inouïe, veut profiter du moment pour s’échapper ; Nick, plus fragile, est sur le point de sombrer dans la folie. La caméra omnisciente orchestre un ballet de regards, passant d’un visage à l’autre comme

— : de Michael Cimino disponible en Blu-ray (StudioCanal)

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RÉTRO

Bengt Ekerot et Ingmar Bergman sur le plateau du Septième Sceau (1957)

Cette

à la vérité. Certains intervenants avancent que son autobiographie, Laterna Magica, n’est pas un document fiable pour saisir qui il était vraiment. Le film de Magnusson présente d’ailleurs un document jamais vu : une interview de son frère aîné, Dag, qui devait être diffusée à la télévision suédoise mais que le cinéaste a fait censurer. Le frère ennemi y affirme qu’Ingmar a toujours été le chouchou de son père pasteur, alors que lui subissait des châtiments psychologiques et corporels – Ingmar Bergman s’en est inspiré pour Fanny et Alexandre (1983), mais affirmait que ces scènes étaient basées sur sa propre expérience… Si ces documentaires écornent franchement cette figure parfois trop mythifiée qu’est devenu Bergman, ils captivent parce qu’ils font apparaître son œuvre dans ses conflits internes et dans ses paradoxes. • QUENTIN GROSSET

année marque le centenaire de la naissance du Suédois Ingmar Bergman. Pour fêter ça, ses films ressortent en salles tandis que deux documentaires explorent les zones d’ombre de son existence. En ces temps d’anniversaire et d’hommage, ces deux documentaires, À la recherche d’Ingmar Bergman de Margarethe von Trotta et Bergman. Une année dans une vie de Jane Magnusson, refusent de tomber dans l’hagiographie et de faire du cinéaste suédois un génie intouchable – et c’est tant mieux. Ces films s’intéressent à l’homme, à la grâce avec laquelle il filmait les visages, à ses méditations sur la mort ou sur la foi, à ses réflexions sur le théâtre… mais sans le ménager. Mesurant l’héritage de l’œuvre auprès d’autres créateurs (Mia Hansen-Løve, Ruben Östlund dans le film de Trotta) et de ses collaborateurs (Liv Ullmann, Gunnel Lindblom dans celui de Magnusson), ces documentaristes osent s’aventurer dans des passages troubles et vraiment critiquables de sa biographie : sa fascination avant-guerre pour la figure d’Adolf Hitler, sa manière mufle de traiter les différentes femmes de sa vie, le peu d’intérêt qu’il eut pour ses enfants, ou encore la façon dont il pouvait humilier certains acteurs… Ce qui revient surtout, c’est sa relation ambiguë

— : « À la recherche d’Ingmar Bergman » de

Margarethe von Trotta (Épicentre Films, 1 h 39), sortie le 5 septembre • « Ingmar Bergman. Une année dans une vie » de Jane Magnusson (Carlotta Films, 1 h 56), sortie le 19 septembre

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© SVENSK FILMINDUSTRI

POPCORN

LES TOURMENTS D’INGMAR BERGMAN


UGC PRÉSENTE EN ASSOCIATION AVEC WHY NOT PRODUCTIONS, PAGE 114 ET ANNAPURNA PICTURES

FESTIVAL DU CINÉMA AMÉRICAIN DE

DEAUVILLE

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE

TORONTO

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE

VENISE

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE

SAN SEBASTIAN

HHHHH HHHH CINÉMA TEASER

ROLLING STONE

“UN IMMENSE AUDIARD” FRANCE INTER

“D’UNE GRÂCE RARE” “SPLENDIDE” ROLLING STONE

JOHN C.

REILLY

POSITIF

JOAQUIN

PHOENIX

JAKE

GYLLENHAAL

LES FRÈRES

SISTERS U N F I L M D E

PHOTO : SHANNA BESSON - CRÉDITS NON CONTRACTUELS

JACQUES AUDIARD

19 SEPTEMBRE © WHY NOT PRODUCTIONS - PAGE 114 - LES FRERES SISTERS AIE - LES FILMS DU FLEUVE - FRANCE 2 CINEMA - FRANCE 3 CINEMA - MOBRA FILMS - ANNAPURNA PICTURES - 2018

RIZ

AHMED


TROIS IMAGES

Dans Climax, Gaspar Noé nous plonge dans la transe collective d’un groupe de danseurs sous LSD performant devant un drapeau tricolore pailleté. Retour sur des films qui questionnent les propriétés de nos couleurs nationales. film français et fier de l’être », annonce crânement un carton en ouverture de Climax. Gaspar Noé laisse place à une improvisation musicale, visuelle et dansée sur une poignée de motifs : une sangria, des vinyles, des danseurs, une fête, un enfant et un drapeau. Le cinéma est pensé comme un dispositif de dissolution chaotique des énergies et des sensations. L’étendard tricolore permet alors de délirer l’identité nationale en couleurs franches qui, soudain, rejoignent celles de la composition de l’acide : azote (bleu), hydrogène (blanc) et oxygène (rouge). Cocorico ! Au milieu des années 1990, le Polonais Krzysztof Kieślowski signe sa bouleversante trilogie Trois couleurs (Bleu, Blanc, Rouge) – qui donne son nom à ce magazine. Il y explore en toute liberté, et à travers la couleur même, les principes républicains : une femme se libère de son deuil, un homme se bat pour retrouver sa femme et lui prouver qu’il peut être son égal, une autre femme noue une relation fraternelle avec un juge retraité et misanthrope. Le temps d’une virée cinématographique, le drapeau se décompose en une inépuisable source de fiction. En sortant d’une manifestation au début de Mai 68, le peintre plasticien Gérard Fromanger a la vision d’« une foule de jeunes qui coulent dans la rue ». Il décide de proposer à l’assemblée générale des Beaux-Arts un « drapeau qui coule » pour l’école occupée. Le projet est refusé et devient, avec l’aide de Jean-Luc Godard, un tract cinématographique intitulé Film-Tract no 1968 dans lequel, pendant trois minutes muettes, la peinture rouge se répand sur le blanc et le bleu, redonnant à l’étendard toute sa violence et son urgence révolutionnaires. • CHARLES BOSSON

© D. R.

Gaspar Noé sur le plateau de Climax

— : « Climax » de Gaspar Noé Wild Bunch (1 h 35) © D. R.

POPCORN

« Un

PHOTOS : TOM KAN © 2018 RECTANGLE PRODUCTIONS – WILD BUNCH – LES CINÉMAS DE LA ZONE

TRIP TRICOLORE

Sortie le 19 septembre

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LA CHAÎNE DE CINÉMA INDÉPENDANT ET DE SÉRIES FAITE POUR CEUX EN QUÊTE DE DIFFÉRENCE

Disponible sur


LE TEST PSYNÉPHILE

QUEL EST TON ÉTAT D’ESPRIT DE RENTRÉE  ?

Ton cauchemar en ville… Être une statue vivante sur l’île Saint-Louis.

En rallumant la télévision, après plusieurs semaines de sevrage… Tous des guignols ! Faut dégraisser le Mammuth !!

Marcher cul nu place de la Bastille.

POPCORN

Faire une expérience de mort imminente sur la ligne 13.

Tu t’es mis(e) à être nostalgique – c’était mieux avant.

Face à un feu de forêt apocalyptique, que penses-tu ? Il faut couper les arbres : pas d’arbres, pas de feux. Il faut couper des têtes, c’est la faute des multinationales. Il faut prendre une photo avant que tout ne disparaisse. Entendu dans l’ascenseur de ta boîte…

C’est une révolte ? Non Jean-Claude, c’est une révolution. Dans le bouchon qui te ramenait en ville, tu sifflotais en boucle… Je me suis fait tout petit de Brassens. Feeling Good de Nina Simone. Revolution des Beatles. Ton leitmotiv pour l’année qui commence…

J’ai aucune envie d’y aller… Mais personne a envie d’y aller !

C’est pas Karl Marx qui va m’aider à avoir un jacuzzi ou une pergola.

Le but du jeu, Monique, c’est de faire bosser les autres.

Si j’avance, suis-moi ; si je meurs, venge-moi ; si je recule, tue-moi.

C’est légal, parce que je le veux !

La vraie vie est ailleurs mais où ? Où ?

SI TU AS UN MAXIMUM DE : TU TE SENS TRISTE ET GAI(E) ET PUIS TRISTE DE NOUVEAU La rentrée te fait l’effet d’un enterrement – aucune envie d’y aller ! Pourtant, comme la fratrie disparate de Cécilia Rouaud, tu n’as pas le choix. Peur de la solitude, des questions qui fâchent. Il est l’heure de se serrer les coudes avec les tiens. Viens pleurer et rire devant Photo de famille (sortie le 5 septembre), une comédie dramatique contre laquelle on a envie de se blottir.

TU TE SENS BIEN… (MÊME SI TU ES UN[E] CAPITALISTE AU CHÔMAGE) Tu es en déni, tu as cru que tu aurais une idée géniale, un jour, mais ce jour n’est jamais venu. Pire, tu as cru à l’ultralibéralisme ! Jacques, dans I Feel Good (sortie le 26 septembre), est comme toi… Gustave Kervern et Benoît Delépine posent leur caméra dans un centre Emmaüs tenu par leur muse, Yolande Moreau, et vont vous mettre une raclée de rentrée à tous les deux !

TU AS ENVIE DE TOUT CASSER (POUR LE BIEN DE TOUS) T’es du genre à te battre dans un duty free à l’aéroport. Bon. Au lieu de faire le (ou la) débile, va plutôt voir Un peuple et son roi, une grande fresque historique réalisée par un habitué de l’exercice (de l’État), Pierre Schoeller (sortie le 26 septembre). Il revient rôder autour de Versailles, mais à l’heure de la révolution. Se révolter, c’est bien ; avec une cause, c’est mieux.

• LILY BLOOM — ILLUSTRATION : PABLO GRAND MOURCEL 20


UNE COMÉDIE IRRÉSISTIBLE !

LE FIGARO

JD PROD & NO MONEY PRODUCTIONS PRÉSENTENT

JEAN DUJARDIN

FILM DE CLÔTURE FESTIVAL DE LOCARNO 2018

SÉLECTION OFFICIELLE FESTIVAL D’ANGOULÊME 2018

YOLANDE MOREAU

Crédits non contractuels • Création : Benjamin Seznec / TROÏKA • Photo : ©Patrice Terraz - JD PROD - No Money Productions-2017.

“IL N’Y A PAS DE GRAND PAYS SANS GRANDS PATRONS”

I FEEL GOOD UN FILM DE BENOÎT

DELÉPINE ET GUSTAVE KERVERN

LE 26 SEPTEMBRE © JD PROD - No Money Productions Arte France Cinéma - Hugar Prod - 2018


POPCORN

LA CHRONIQUE DE MIRION MALLE

22


GAUMONT PRÉSENTE MOOZ FILMS

UNE PRODUCTION

« MAGNIFIQUE » LE POINT

« UN

TRÈS GRAND FILM SUR L’ENFANCE »

« UN

L’ALSACE

IMMENSE ACTEUR VIENT DE NAÎTRE » LAURENT BOUHNIK POUR L’OBS

UN FILM DE

ZAIN AL RAFEEA YORDANOS SHIFERA TREASURE BANKOLE SCÉNARIO ET DIALOGUES

NADINE LABAKI JIHAD HOJEILY MICHELLE KESERWANI EN COLLABORATION AVEC GEORGES KHABBAZ KHALED MOUZANAR

MUSIQUE ORIGINALE KHALED MOUZANAR DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE CHRISTOPHER AOUN MONTAGE KONSTANTIN BOCK PRODUCTEURS EXÉCUTIFS PIERRE SARRAF MARIANNE KATRA CASTING JENNIFER HADDAD ASSISTANT RÉALISATEUR TOUFIC KHREICH COSTUMES ZEINA SAAB DE MELERO DÉCORS HUSSEIN BAYDOUN SON CHADI ROUKOZ ET EMMANUEL CROSET AVEC KAWSAR AL HADDAD FADI KAMEL YOUSEF CEDRA IZAM ALAA CHOUCHNIEH ELIAS KHOURY UNE COPRODUCTION KNM FILM BOO FILMS THE BRIDGE PRODUCTION SYNCHRONICITY PRODUCTION LOUVERTURE FILMS OPEN CITY FILMS LES FILMS DES TOURNELLES EN ASSOCIATION AVEC CEDRUS INVEST BANK DOHA FILM INSTITUTE AVEC LA PARTICIPATION DE SUNNYLAND FILM CYPRUS LTD MEMBER OF ART GROUP COPRODUCTEURS ASSOCIÉS ANNE-DOMINIQUE TOUSSAINT JASON KLIOT COPRODUIT PAR AKRAM SAFA PIERRE SARRAF PRODUIT PAR KHALED MOUZANAR ET MICHEL MERKT © 2017 Mooz Films

LE 17 OCTOBRE AU CINÉMA

Design : Benjamin Seznec / TROÏKA

NADINE LABAKI


LA NOUVELLE

POPCORN

MERYEM BENM’BAREK

L’œil

pétillant, sourire aux lèvres et belles boucles blondes : Meryem Benm’Barek est aussi avenante que l’héroïne de son thriller social haletant, Sofia, est mutique et mystérieuse. « On s’identifie souvent à des personnages beaux dont on connaît les codes, reconnaît-elle avec une pointe de dépit. Mais a-t-on vraiment besoin que l’héroïne soit aimable ? C’est aussi pour avoir une vision moins fantasmée des femmes qu’on a besoin de plus de regards féminins dans le cinéma. » Née à Rabat en 1984, Benm’Barek a déménagé à Bruxelles à 5 ans, à La Rochelle pour le lycée puis à Paris après le bac, avant d’avoir l’illumination cinéma. Retour en Belgique pour étudier la réalisation à l’Insas. Son premier long métrage, Prix du

scénario à Cannes dans la section Un certain regard, suit une ado sommée de retrouver et d’épouser le père de son bébé sous peine d’être écrouée. « Je voulais que cette réflexion sur la condition féminine soit révélatrice du système de fonctionnement du Maroc. » Un pied à Casablanca, l’autre à Paris, elle prédit l’émergence d’un nouveau cinéma d’auteur marocain d’ici trois ou quatre ans. Ses deux pays peuvent se réjouir d’avoir gagné une cinéaste aussi lucide qu’optimiste. • TIMÉ ZOPPÉ PHOTOGRAPHIE : PAULINE CARANTON

— : « Sofia » de Meryem Benm’Barek

Memento Films (1 h 20) Sortie le 5 septembre

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©2018 RECTANGLE PRODUCTIONS – WILD BUNCH – LES CINÉMAS DE LA ZONE – ESKWAD – KNM – ARTE FRANCE CINÉMA – ARTÉMIS PRODUCTIONS

BOBINES

EN COUVERTURE

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BOBINES

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CLIMAX 27


BOBINES

EN COUVERTURE

FLUO DADS

Depuis qu’ils ont commencé à collaborer sur Irréversible (2002), on reconnaît leur patte à des kilomètres avec leurs ambiances crados fluo qui brusquent et flattent l’œil. Gaspar Noé et le chef opérateur belge Benoît Debie (qui travaille avec Harmony Korine, Wim Wenders ou encore sur le dernier Jacques Audiard) se retrouvent pour Climax, un ascenseur sensoriel et émotionnel dans lequel une troupe de danseurs est prise d’hallu collective. L’occasion d’un entretien avec ces deux sérieux illuminés. 28


Benoît Debie et Gaspar Noé sur le plateau de Climax

Depuis Irréversible, qu’est-ce qui vous réunit ? Benoît Debie : On s’est rencontrés à Bruxelles. Gaspar présentait Seul contre tous (1999) en avant-première, et le même soir passait un court de Fabrice Du Welz, Quand on est amoureux c’est merveilleux (1999), sur lequel j’avais travaillé. Gaspar Noé : J’avais adoré l’image du film, avec des couleurs super vives et des noirs super noirs. Je me souviens t’avoir dit : « Toi, tu aimes l’ombre. » B. D. : Quand tu m’as rappelé pour faire

Irréversible à l’été 2001, tu m’as dit : « Je veux la même chose ! » G. N. : Le chef op avec lequel je travaillais habituellement n’était pas dispo, donc j’ai fait le tour des gens avec qui je pouvais collaborer. Or la plupart des Français foutent des projecteurs partout : avec eux, je n’aurais pas pu faire des plans avec une grande liberté de mouvement. C’est à ce moment-là que je me suis dit, tiens, il y avait ce court avec une image mortelle. Tu sentais pas les projos, le décor était éclairé avec juste une ampoule nue. B. D. : D’ailleurs, sur Irréversible, dans mon camion de matos, il n’y avait que des ampoules, pas de projecteurs. L’intention de Gaspar, c’était de n’éclairer qu’avec des sources lumineuses qui puissent apparaître dans le champ de la caméra. G. N. : J’ai fait l’école Louis-Lumière dans laquelle on nous apprenait à éclairer pour des pellicules à faible sensibilité – donc avec beaucoup de projecteurs. J’ai toujours trouvé que ce système ankylosait la mise en scène : les comédiens suent, les maquilleurs doivent venir faire des retouches… Sur Irréversible, je me suis demandé comment avoir des couleurs vives et profondes avec, en même temps, une direction qui laisse le champ libre au mouvement, pour que ça fasse très documentaire. Par exemple, pour la séquence de boîte de nuit où Vincent Cassel vient assouvir sa vengeance, je voulais des ampoules nues et, en plus, rouges. B. D. : C’était une difficulté supplémentaire, parce que les ampoules rouges n’ont pas assez de puissance pour vraiment exposer la pellicule. Donc on a pris des ampoules blanches qu’on a peintes en rouge au spray. Comment vous vous organisez sur vos différents tournages ? Par exemple, qui cadre ? B. D. : En général, plutôt Gaspar. G. N. : Sauf le steadycam. Sur une scène de fête d’Irréversible, je m’étais tellement mis la tête à l’envers la veille que j’arrivais plus à cadrer. Heureusement qu’il y avait quelqu’un pour ça… Là, pour Climax, c’était pareil : j’aime bien être près des comédiens pour pouvoir leur donner des indications pendant la prise. Mais parfois j’ai des crampes, alors il faut que Benoît prenne le relais. Dans tous les cas, l’un surveille ce que fait l’autre sur le moniteur. Sur Enter the Void (2009), la nature du projet était plus conceptuelle, donc c’était différent. Comme il y a beaucoup de plans en plongée [du point de vue subjectif d’une âme errante, ndlr] faits à la grue, on suivait ensemble les mouvements de caméra sur le moniteur, et on alternait pour les commandes des manettes de la grue. Et quand on

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PHOTOS : TOM KAN © 2018 RECTANGLE PRODUCTIONS – WILD BUNCH – LES CINÉMAS DE LA ZONE – ESKWAD – KNM – ARTE FRANCE CINÉMA – ARTÉMIS PRODUCTIONS

GASPAR NOÉ ET BENOÎT DEBIE


EN COUVERTURE

« C’est comme un mini-Berghain à la française ; quand tu rentres, tu sais plus comment en sortir. » B. D. : C’est une couleur qui a déjà été tellement exploitée au cinéma, le bleu a fini par me lasser. Je lui préfère le pourpre, le violet.

suivait des gens de dos caméra à l’épaule, c’était selon la taille de l’acteur. Comme le comédien principal était plus grand que moi, c’était Benoît qui le filmait. Plastiquement, vous avez des références communes ? B. D. : Moi, ce sont plutôt des photographes qui nourrissent mon travail. Par exemple, sur Enter the Void, on avait beaucoup parlé de Bill Henson, un photographe australien qui a surtout fait du nu. Sur ses photos, il y a 80 % de noir. C’est ce qu’on voulait aussi sur le film, même s’il est très lumineux. G. N. : Je pense quand même que les cinéastes font appel à Benoît quand ils veulent que ça pète en couleurs. Parfois, sur mes tournages, les stylistes sont agacés, parce que je suis toujours en train de demander à Benoît si tel figurant doit plutôt être en bleu ou en vert. Pareil pour la déco. « Et le mur rouge sur le côté, ça va, pas trop intense? » B. D. : On essaye de trouver une jolie combinaison de couleurs. C’est aussi ça qui dirige l’œil du spectateur. G. N. : J’ai remarqué aussi que tu aimais bien que les acteurs apparaissent en léger contre-jour pour qu’ils se détachent du fond. Benoît, il aime bien les silhouettes. Gaspar, en général dans vos films vous privilégiez les teintes orangées, rougeoyantes. G. N. : Toi, Benoît, tu as déjà fait un film très bleu ? Moi, personnellement, je ne travaille pas trop en bleu.

Lakdhar Dridi et Kiddy Smile

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BOBINES

GASPAR NOÉ

Pour Enter the Void, vous aviez beaucoup travaillé sur la fluorescence. Benoît, c’est un trait commun à pas mal de films auxquels vous avez contribué (Spring Breakers, Lost River…). B. D. : Ce sont des couleurs qu’on voit souvent en photo mais qui ne sont pas très exploitées au cinéma, parce que c’est très difficile à exposer, surtout en pellicule. Moi, je trouve ça amusant et, sur les films de Gaspar qui ont quand même un côté futuriste, il me semble que ça fonctionne bien. On sent que vous vous poussez l’un l’autre à des défis techniques… G. N. : On aime la technique au service d’une image. Benoît tourne beaucoup, donc il connaît toujours les dernières innovations. Pour Love (2015), qu’on voulait tourner en 3D, au départ j’appréhendais, parce qu’on avait fait des essais avec des caméras super lourdes. Benoît, il venait de tourner en 3D sur Every Thing Will Be Fine de Wim Wenders, et il a été super rassurant en disant qu’il en existait des plus légères avec lesquelles on pouvait bosser. C’est grâce à ça que j’ai demandé et obtenu une aide du CNC à la toute dernière minute. B. D. : Ce que j’aimais bien sur Love, c’est que la 3D n’était pas gratuite, elle avait une vraie fonction narrative. G. N. : Sur Climax, il a aussi apporté un truc incroyable qu’il avait testé sur le tournage de The Beach Bum de Harmony Korine [qui devrait sortir prochainement en France, ndlr]. Ça n’existe pas encore en Europe mais c’est trop bien : à partir d’un iPad, tu peux régler la lumière à distance. Tu peux changer la teinte, la luminosité, faire vibrer la lumière. C’est hallucinant ! Tu as tellement plus de temps pour tourner grâce à ce système. Avant, prendre un escabeau, changer la gélatine, faire les réglages, ça prenait des plombes. En fait, plus la technologie avance, plus tu peux t’éclater au tournage. B. D. : Ça a permis de jouer plus facilement sur une évolution progressive. Au début, c’est

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Sofia Boutella

TRIPES SOUS ACIDE Climax de Gaspar Noé, c’est Dirty Dancing, mais alors en vraiment dirty. C’est simple : la première partie du film, bouillante et frénétique, donne envie de prendre mille drogues et de passer le restant de ses jours en rave, quand la seconde, cauchemardesque et chaotique, incite à passer au thé vert… En février 2018, Noé a réuni un groupe de danseurs (on reconnaît le DJ, producteur et danseur Kiddy Smile) dans un hangar et a réalisé un film en totale impro, en quinze jours. La troupe communie sur une B.O. très disco et house, et enchaîne les mouvements voguing, wacking et krump, tandis que Noé et le chef op virtuose Benoît Debie nous galvanisent en captant cette fièvre collective de façon ultra immersive. Puis tout vrille, et on n’en dira pas trop mais la fête dégénère en film d’horreur. On pense alors à la fin de Carrie au bal du diable en plus techno, ou aux transes possédées des Maîtres fous de Jean Rouch en plus acid. Puissante montée, descente d’enfer. • Q. G.

d’origine étrangère, ils sont trans, lesbiennes, gay. J’ai juste pris les meilleurs danseurs qui soient. L’idée du drapeau français qui flotte au milieu de pièce, on l’a eue au dernier moment : on a mis un rideau rouge, puis un rideau bleu et on s’est dits que ce serait plus joli avec du blanc au milieu. Et hop, on a un film français !

juste une fête, on est sur du naturalisme. Puis, une fois que les personnages ont pris de la sangria, on bascule dans quelque chose de plus étrange, angoissant. Qu’est-ce que ça implique de filmer ces danses-là, du voguing, du krump…? G. N. : Je voulais que les danseurs soient libres de leurs mouvements, donc on a tourné avec des focales courtes pour avoir une image avec beaucoup d’espace. On s’est laissé de la marge pour faire des recadrages en post-prod. Ensuite, sur le casting, au départ je n’avais pas d’a priori. Je voulais juste que ce soit des gens jeunes. De facto, quand tu cherches des vogueurs, ils viennent plutôt de banlieue, ils ont des familles

Comme toujours vous avez soigné vos génériques et vos typos. G. N. : Tom Kan, avec qui j’avais travaillé sur le générique d’Enter The Void, c’est le roi de la typo. En général, les génériques, les cinéastes n’en ont rien à péter, parce que ça arrive à la fin de la post-prod et qu’ils ont juste envie d’aller faire des interviews. 31

BOBINES

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GASPAR NOÉ ET BENOÎT DEBIE


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GASPAR NOÉ ET BENOÎT DEBIE

« Sur ce film, on a créé des ambiances plutôt que d’éclairer les acteurs. » BENOÎT DEBIE Moi, je me dis qu’il faut que ce soit tout aussi jouissif que le reste du film. Dans vos films communs, et particulièrement dans Climax, vous arrivez bien à rendre compte de l’humidité, de la moiteur, de la saleté. G. N. : Je disais souvent que Climax devait ressembler au film Moi, Christiane F., 13 ans, droguée et prostituée… d’Uli Udel [adapté de la biographie de Christiane Felscherinow écrite en 1978 par Kai Hermann et Horst Rieck, ndlr], parce qu’à Berlin les vêtements sont souvent très colorés et qu’en même temps tu as cette atmosphère un peu crade. Comme un mini-Berghain à la française ; quand tu rentres, tu sais plus comment en sortir. B. D. : À partir du moment où le disjoncteur saute dans Climax, les lumières qui restent sont des veilleuses de sécurité. C’est ce qui donne cette impression. G. N. : Tu aimes bien utiliser des fumigènes, aussi. B. D. : Oui, je trouve que ça habille l’air. C’est mon concept de lumière en général, d’habiller l’espace. Sur ce film, on a créé des ambiances plutôt que d’éclairer les acteurs.

Vous avez tourné le film en quinze jours. Techniquement, comment ça s’est passé ? G. N. : J’ai l’impression d’avoir refait Irréversible à l’envers. B. D. : Oui, c’est le même mouvement de tournage, sur le vif. G. N. : Les deux films sont tournés en caméra portée, les dialogues sont improvisés parce qu’il n’y a pas de scénario, et on a tourné dans l’ordre chronologique. On a aussi essayé de donner un peu de vodka aux danseurs pour les motiver, mais, comme ce sont des sportifs, ils sont très sensibles à l’alcool et ils n’en ont pas trop pris. Du coup, on s’est gardé ça pour l’équipe technique.

• PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET

— : « Climax » de Gaspar Noé Wild Bunch (1 h 35) Sortie le 19 septembre

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DIRECTEUR DE PRODUCTION

DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE

/Bacfilms

MUSIQUE ORIGINALE CHEF MON TEUSE

PRODUCTRICE ASSOCIÉE CHEF DÉCORATEUR

INGENIEUR DU SON

LE 3 OCTOBRE

#FrèresEnnemis

/Bacfilms


EN COUVERTURE

VOGUE À L’ÂME

Pose

Des bals furieux de l’Amérique des eighties de la série Pose jusqu’à la transe horrifique du Climax de Gaspar Noé, l’engouement pour le voguing dans la fiction ne se dément pas. Plus qu’une danse codifiée aux poses saccadées, cette expression politique du corps infuse à l’écran des airs de changement d’ère. Et si la révolution se faisait en voguant ?

Madonna

Climax

©2018 RECTANGLE PRODUCTIONS – WILD BUNCH – LES CINÉMAS DE LA ZONE

BOBINES

fait danser la planète entière au son d’un seul ordre : « Vogue ! » Dans un sublime clip en noir et blanc signé David Fincher, elle enchaîne les poses iconiques et lascives dans une chorégraphie savante qui rend hommage à l’une des subcultures queer les plus importantes aux États-Unis depuis la fin des années 1970. Un mélange de théâtralité camp et de revendications fierce qui unit les communautés LGBTQ latino et noire dans des bals underground festifs très réglementés. Si le clip et la chanson permettent au voguing une petite percée dans la culture mainstream, le résultat reste encore très inoffensif et un peu décoratif. Mais 2018 est en train de changer la donne.

Comme une réponse à la montée inquiétante des discriminations homophobes et des tensions raciales dans le monde, le voguing devient pour les personnages et les cinéastes l’expression ultra contemporaine d’une colère et d’un refuge.

BODY LANGUAGE

Que ce soit dans Irréversible (2002), Enter the Void (2009) ou Love (2015), Gaspar Noé a toujours filmé la relation viscérale et conflictuelle entre le corps et l’esprit. Avec le voguing, il trouve dans Climax l’outil parfait pour incarner l’esprit dans le corps. Véritable exploration de la danse comme langage, le film laisse les corps élastiques et toniques des danseurs s’entremêler dans des poses qui disent plus que les mots. Quelque part entre Jérôme Bosch et Pina Bausch, ces tableaux vivants incarnent l’esprit du voguing. Une façon subversive de s’iconiser, de se créer soi-même comme modèle, de jouer avec le bon et le mauvais goût, d’en faire toujours sciemment trop, pour faire valser les normes et les préjugés d’un mouvement d’épaule et, en l’occurence, de caméra. Nouvel empereur du voguing « made in France », Kiddy Smile trouve sa place de roi ici. Son Daddy mi-féminin, mi-masculin, quelque part entre l’ours attachant et l’ogre inquiétant, incarne à lui seul toute l’ambivalence audacieuse de ce film d’horreur dansé. Sommets d’abstraction et de décollement de rétine, l’outrance de 34


DÉCRYPTAGE Climax via la performance hallucinée de la caméra et des danseurs est un manifeste furieux pour ouvrir le regard. Et l’écran avec.

CORPS POLITIQUE

émane d’un endroit où l’on se sent enfin chez soi. Offrir à ces personnages trans, gays, bis, tous issus des minorités américaines, le droit à des histoires comme les autres, faire de leur intimité le cœur de la série, raconter la tendresse et les gestes infimes du quotidien, offrir le droit à la banalité en somme, c’est effacer à l’écran la distance que creusaient les préjugés. Sans jamais se départir d’une colère politique nécessaire (notamment autour de la prise en charge terrible des malades du sida à l’époque), la série célèbre l’esprit de communauté propre au voguing tout en faisant de ses personnages, et de son fabuleux casting d’actrices trans, de véritables modèles universels. L’arrivée en 2019 de Port Autority, romance sur fond de voguing et premier long attendu de Danielle Lessovitz, devrait confirmer la tendance. Il y a peut-être, dans ces personnages romanesques qui se réapproprient leur corps et défient toutes les normes, le courage et la flamboyance nécessaires qui manquent parfois cruellement à notre époque. • RENAN CROS

Mais la révolution passe aussi par le petit écran. Certes, la théâtralité flamboyante du voguing a besoin d’espace pour s’épanouir. Mais tout le génie de Pose, la sublime série de Ryan Murphy et Brad Falchuk, c’est d’avoir osé mêler les paillettes avec les larmes et d’avoir fait du voguing le cœur battant d’un feuilleton. C’est peut-être d’ailleurs ce qui frappe le plus fort : Pose manie la révolution du regard avec une infinie douceur. Pas d’esclandres, pas de coups de force, juste l’empathie comme arme de séduction massive. Dans l’Amérique bling-bling de la fin des années 1980, loin des façades rutilantes des buildings des businessmen en cols blancs, les communautés LGBTQ afro et latino-américaines se retrouvent dans des bals où le voguing fait office de duels. Dans les pas de Blanca, transgenre bien décidée à prendre sa vie en main, Pose ne nous raconte — ni plus ni moins qu’une histoire de famille. : « Pose » de Ryan Murphy et Brad Falchuk, Celle que l’on se crée, celle qui nous adopte. sur Canal+ Avec ses règles, ses conflits et la force qui — Trois couleurs-1-2 pq L170xH142,5.qxp_Mise en page 1 22/08/2018 14:20 Page1

festival du cinéma allemand

Cinéma L’Arlequin 76 rue de Rennes, 75006 Paris www.festivalcineallemand.com 35


BOBINES

PORTRAIT

DEBRA L’EXPLORATRICE Sept ans après Winter’s Bone, qui révélait Jennifer Lawrence, Debra Granik nous revient enfin, poursuivant son exploration modeste et patiente des marges de l’Amérique rurale et pauvre. Son nouveau film, Leave No Trace, suit un vétéran de guerre et sa fille qui vivent en autonomie, loin du monde, dans une forêt de l’Oregon. On l’a rencontrée à Cannes, où était présenté ce survival doux, inquiet et connecté avec la nature. 36


DEBRA GRANIK

« J’ai

matériaux mouillés, se déplacer sans laisser d’empreintes, écouter les oiseaux pour savoir ce qui se passe dans la forêt –, c’est elle qui le leur a transmis. »

toujours été inquiète, pour les gens que j’aime, pour l’état du monde. » Sur une plage de la Croisette, nous sommes abritées de l’orage par une grande toile blanche qui bat au-dessus de nos têtes et nous entoure d’une lumière pâle. La voix de Debra Granik est chaude et posée. Elle sourit, son regard est attentif et bienveillant, elle a l’air un peu hippie avec ses cheveux longs et ses pendentifs en pierres minérales. « J’ai grandi au pic de la menace nucléaire et des missiles Uran [elle est née en 1963, ndlr]. Le pays sortait de la guerre du Viêt Nam, il y avait beaucoup de souffrance, en Asie du Sud-Est et aussi aux États-Unis. J’ai baigné dans cette angoisse diffuse pendant une grande partie de ma scolarité. » Installée à New York mais originaire du Massachusetts, la cinéaste partage cette inquiétude latente avec les personnages de ses films, des jeunes femmes taiseuses, endurcies par la vie au grand air et les soucis : Irene dans Down to the Bone, son premier long métrage en 2004 (inédit en France), une jeune caissière, mère

CHEMINS DE TRAVERSE

« J’essaie de ne pas utiliser des acteurs et actrices connus, ça ne fonctionne pas pour faire le récit de gens ordinaires. » de famille, qui lutte contre la précarité et son addiction à la cocaïne ; Ree dans Winter’s Bone, en 2011, une adolescente qui s’occupe seule de ses frères et sœurs au cœur d’une forêt du Missouri, entre une mère catatonique et un père fabricant de meth qui a disparu ; Tom dans Leave No Trace, qui sort ce mois-ci, une jeune fille de 13 ans qui vit loin de la civilisation dans un parc national de l’Oregon avec son père, cabossé par ses souvenirs de guerre et le deuil de sa femme. « Ils essaient de survivre. Le père veut rester en marge de la société, et pour cela il doit s’opposer aux règles : pour que ses valeurs survivent, il doit rejeter les leurs. » Ces personnages mal adaptés qui avancent hors des sentiers battus, Debra Granik les immerge dans une nature sauvage qui résonne parfaitement avec l’aspect artisanal, organique de son cinéma. « J’aime filmer la matière, la fumée, la terre, la pluie, les textures du bois. Pour ce film, on a fait appel à une experte de la survie, qui a déjà passé quarante-cinq jours seule dans les bois avec seulement deux outils. Tout ce que les acteurs accomplissent – allumer un feu avec des

je dépense pour un film l’équivalent du budget annuel d’un programme éducatif, il faut être cohérent avec ce dont vous essayez de parler. ») et l’engouement suscité par Winter’s Bone et ses quatre nominations aux Oscars. « Les gens ne veulent pas prendre de risques. Mes projets ne sont pas très vendeurs. Les histoires que je raconte ne sont pas spectaculaires, et j’essaie de ne pas utiliser des acteurs et actrices connus, parce que ça ne fonctionne pas pour faire le récit de gens ordinaires. Et en tant que personne de sexe féminin, je suis très attentive au fait de ne pas objectiver, sexualiser, les femmes à l’écran. » Ce cinéma de la marge, façonné si soigneusement loin des productions mainstream et qui tente avec ses héros de survivre à la brutalité du monde, est pourtant précieux. • JULIETTE REITZER PHOTOGRAPHIE : PHILIPPE QUAISSE

— : « Leave No Trace » de Debra Granik

Condor (1 h 48) Sortie le 19 septembre

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BOBINES

Trois films de fiction en presque quinze ans, et un documentaire en 2014, Stray Dog (« chien errant », surnom de son héros), qui n’est pas sorti en France, sur un vétéran du Viêt Nam barbu et tatoué qui gère un campement pour caravanes au sud du Missouri, Debra Granik tourne peu. C’est d’abord parce qu’elle prend son temps : chaque film est précédé d’une longue phase de repérages pendant laquelle, avec sa productrice, elle sillonne les grands espaces américains pour de véritables enquêtes sociologiques et documentaires. Elle aime s’y perdre, y glaner des témoignages, des rencontres. Mais si elle tourne peu, c’est aussi parce qu’elle peine à trouver des financements, malgré son approche modeste (« Je ne voudrais pas être dans la position où


DOSSIER

MÉDECINE DURE En cette rentrée, deux films auscultent non pas les patients mais ceux qui, encore étudiants, s’apprêtent à les soigner. Les jeunes élèves infirmiers du nouveau film de Nicolas Philibert, De chaque instant, se préparent à découvrir le dur travail sur le terrain, quand les héros de celui de Thomas Lilti, Première année, traversent douloureusement le parcours du combattant qui les mènera à l’impitoyable concours de médecine. Très différents formellement (le premier est un documentaire, le second une fiction), ces deux beaux films ont en commun la volonté de montrer une jeunesse pleine de vitalité et de courage mais prise dans une certaine détresse, et de défendre une idée du soin empathique et humaniste.

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DOSSIER

De chaque instant

Première année

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MÉDECINE DURE

ÊTRE ET APPRENDRE Le documentariste Nicolas Philibert suit dans De chaque instant des élèves infirmiers qui assimilent, tâtonnent, échouent et surmontent de dures épreuves. Avec tact et finesse, il met la douceur de son regard au service d’une idée du soin altruiste et basée sur la tolérance. Alors que neuf de ses films ressortent en salles à la fin de l’été (La Ville Louvre, Être et Avoir, Nénette…), le cinéaste nous a reçus chez lui pour parler de ce qu’il a appris au contact de ces jeunes gens téméraires et généreux.

De chaque instant, Être et Avoir… Vos films tournent souvent autour de la transmission.

s’agirait de copier. Bien sûr, dans le champ du documentaire, il y a quelques grandes figures qui comptent pour moi : Johan van der Keuken ou Frederick Wiseman.

Faire des films, c’est transmettre une vision du monde. C’est se poser des questions de narration, se demander comment traduire ce qu’on a ressenti. Mais je parlerais plus d’apprentissage que de transmission. Quand vous filmez des gens qui apprennent, le spectateur comprend mieux toute la complexité d’un geste qui peut paraître simple lorsqu’il est exécuté avec beaucoup d’habitude par quelqu’un d’expérimenté. Apprendre, par définition, c’est essayer d’avancer vers des choses qui nous sont inconnues. C’est fragilisant, parfois difficile, et c’est vrai que c’est intéressant d’un point de vue narratif : vont-ils y arriver ? Vous, de qui avez-vous appris ? J’admire beaucoup de cinéastes, mais personne n’émerge comme un modèle qu’il

Comment nouez-vous une relation avec ceux que vous filmez ? Je travaille de façon assez intuitive, je ne passe pas des semaines en observation avant de commencer à filmer. J’essaye de laisser toute leur place aux imprévus, et je prends ce qu’on veut bien me donner. Quand on tourne dans un milieu comme l’hôpital, il n’est pas question de forcer la porte des chambres à l’insu des patients. Être et Avoir est un exemple éclairant puisque j’ai commencé à tourner dès le premier jour. Il ne s’agit pas de se faire oublier, il s’agit de se faire accepter. Je suis là dans une présence discrète. Il s’agit de créer de l’affect, de la confiance. Il faut faire comprendre qu’on n’est pas là pour filmer tout, tout le temps et dans n’importe quelle situation. Filmer quelqu’un, c’est l’enfermer dans une image, c’est le figer dans le temps et dans l’espace. Le cinéaste a une sorte de responsabilité face à cette question-là. Un étudiant raconte que, lorsqu’il porte une blouse, un autre rapport avec les patients

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NICOLAS PHILIBERT Le film sort après une série de conflits sociaux dans le secteur hospitalier. Il a du coup forcément une portée politique. Oui, mais ce n’est pas un film pamphlet. Certains témoignages évoquent par exemple la question du sous-effectif. Mais j’aurais pu faire un film plus offensif sur la souffrance au travail, les horaires difficiles, la maltraitance que subissent certains étudiants. Je voulais surtout montrer une jeunesse engagée, qui force l’admiration parce qu’elle a envie de se rendre utile. Je souhaitais aussi insister sur les scènes d’entretien entre les étudiants et les tuteurs. Le fait de pouvoir parler de ses doutes, poser des questions, avoir des soupapes… Le film rappelle que c’est important, dans un monde de plus en plus déshumanisé et impersonnel. Le monde du soin doit impérativement conserver cette notion d’échange.

s’installe. On a le sentiment que ces jeunes gens doivent se fondre un peu vite dans un rôle social dont ils ne maîtrisent pas tout à fait les codes. La blouse joue un très grand rôle. Dans certains cas, elle rassure le patient, dans d’autres, elle prête à confusion. J’ai souvent entendu des garçons infirmiers dire qu’il leur suffit de mettre une blouse pour qu’on leur dise : « Bonjour docteur. » Les jeunes femmes, on les prend toujours pour des infirmières ou des aides-soignantes. Ce sont des traits encore très puissants du machisme de notre société. Ces apprentis voient parfois des personnes mortes pour la première fois. C’est un film sur la fin de l’innocence ? Dès le premier stage, ils sont confrontés à la fin de vie, la déchéance, la décrépitude, la finitude. Au-delà des soins infirmiers, c’est un film qui parle de nous tous : la vie nous confronte à la maladie, à la souffrance, à la mort. J’avais envie de regarder tout ça bien en face, sans non plus en faire tout un plat.

• PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET PHOTOGRAPHIE : PHILIPPE QUAISSE — : « De chaque instant »

Avez-vous senti quelque chose de l’ordre de la génération chez ces étudiants ? Il y a quelque chose de très contemporain dans le film ; c’est la diversité de cette jeunesse qui est multiculturelle, multiethnique. L’hôpital est un lieu de brassage, encore plus que l’école. J’ai senti aussi une vraie présence du numérique – les étudiants sont censés acquérir certaines connaissances via des cours sur le Net. Ça change les choses parce que c’est plus désincarné.

de Nicolas Philibert Sortie le 29 août • Rétrospective Nicolas Philibert à partir du 5 septembre

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BOBINES

Les Films du Losange (1 h 45)


MÉDECINE DURE

BÊTE DE CONCOURS De la rentrée à l’implacable concours final, Thomas Lilti (Hippocrate, Médecin de campagne) suit dans Première année le parcours exténuant de deux étudiants en médecine, le soucieux Antoine (Vincent Lacoste) et l’enjoué Benjamin (William Lebghil). Derrière son humour et la tendresse qu’il témoigne à ses héros, le cinéaste, lui-même médecin généraliste, fustige un système de sélection absurde dont les enjeux – hypercompétitivité, individualisme – dépassent le seul domaine de la médecine.

Comment filmer des révisions, sujet a priori pas très cinématographique ? Cette première année de médecine, ce n’est pas un marathon, contrairement à ce qu’on dit souvent : ça commence en octobre, ça finit en mai, c’est plutôt un sprint. Je me suis dit, il faut que je le raconte comme un film de sport, comme un film de boxe. J’avais vraiment comme référence Rocky : il y a d’abord l’entraînement, le mec fait des pompes, tape dans un sac ; ensuite, au milieu, il y a un combat ; puis le mec a envie d’abandonner ; et enfin il y a le combat final. L’autre référence, plus d’un point de vue de l’ambiance, c’était La Boum. J’avais envie d’un film sur la jeunesse, sans le côté sentimental, mais sur ces amitiés

très fortes, absolues, qui peuvent se former et qui vont perdurer en raison de l’adversité. Cette jeunesse s’exprime surtout dans les scènes de groupe, en amphi notamment. On sent que vous prenez beaucoup de plaisir à les filmer. Oui, j’adore filmer les groupes. J’étais entouré de beaucoup de jeunes étudiants en médecine qui m’ont accompagné pendant le tournage, des centaines de figurants, je me suis nourri beaucoup de leurs anecdotes. Et j’avais vraiment envie de raconter aussi l’anonymat, ou du moins l’isolement. Pour isoler des gens, soit on les met dans un désert, soit on les met au milieu d’une foule. Par exemple les images du concours, dans ce grand hall où ils sont 2 500, ça raconte bien le fait qu’on se sent interchangeable, qu’on est des numéros, assis dans des blocs numérotés. Je voulais faire exister la vie et la jeunesse au milieu de ça, des émotions très 42


fortes, exacerbées. C’est ce que j’ai essayé de retrouver dans les scènes de groupe. Vous avez vu le documentaire de Nicolas Philibert, De chaque instant, sorti fin août, qui suit de jeunes élèves infirmiers ? Oui, et je trouve que c’est un très beau film. Je trouve très touchante la partie dans laquelle les jeunes élèves racontent leur détresse, leurs difficultés, que ce soit dans le rapport hiérarchique ou avec les malades. Le vrai point commun entre le film de Philibert et le mien, c’est cette jeunesse au travail, pour qui ce n’est pas facile d’ailleurs parce qu’on lui met beaucoup de bâtons dans les roues. En tout cas moi j’avais cette envie de montrer qu’il y a tout un pan de la jeunesse qui est motivée, qui est dans la construction, qui a envie de réussir, qui est ambitieuse, tout ce qui va à l’encontre des idées reçues sur les jeunes. Mais cette jeunesse souffre aussi, on la met parfois en situation de grande précarité psychologique. Votre film fustige très clairement le système de formation des futurs médecins. Tous mes films ont une dimension politique, ils font le constat d’un dysfonctionnement, d’un système à bout de souffle, ou qui s’est perverti. C’est vraiment le cas du système de sélection des futurs médecins, dentistes, pharmaciens et autres professions de santé. Ce concours en fin de première année de médecine est aberrant. Il est déconnecté du savoir utile, de toute forme d’humanité. Il est uniquement fait pour éliminer 90 % des candidats. Je trouve ça terrible car à

18-19 ans, on est dans une grande capacité intellectuelle, on a soif d’apprendre. Dans le film, un doyen dit qu’on ne sait plus comment faire pour les sélectionner : aujourd’hui on pose soixante-dix questions en une heure de QCM, peut être que l’année prochaine on en posera quatre-vingts ou quatre-vingt-dix. Est-ce que ce sont les plus travailleurs ou ceux qui ont le plus la fibre qui réussissent ? Je ne crois pas, et j’avais aussi envie de mettre à mal l’idée que, si vous voulez réussir, il suffit de travailler. Je pense qu’on est très inégaux face au travail. Il y en a qui travaillent beaucoup pour peu de résultats, et d’autres qui travaillent peu et qui ont tout de suite des résultats, notamment dans le domaine scolaire. Vous, vous avez eu le concours du premier coup ? Ouais, parce qu’en fait je suis tout à fait entré dans les codes, j’ai tout de suite compris ce qu’on attendait de moi. Cette compétition, elle a plutôt stimulé la part la moins glorieuse de mon être, c’est-à-dire le goût d’être meilleur que l’autre, la jalousie, l’envie d’y arriver et de voir l’autre échouer… Ces études ont ce truc terrible, très insidieux, qu’elles ne stimulent pas tellement ce qu’il y a de noble en nous. Alors que pour faire un bon médecin il faut des qualités humaines incroyables, il faut avoir de l’empathie, il faut aimer l’autre, avoir du temps pour la réflexion, l’observation. L’autre truc pas terrible, c’est qu’au fond cette compétition acharnée fait qu’on a tendance à épouser le désir de l’autre. Moi je suis arrivé en première année sans

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BOBINES

© AUGUSTIN DÉTIENNE – CANAL

THOMAS LILTI


THOMAS LILTI

BOBINES

William Lebghil et Vincent Lacoste

« J’avais aussi envie de mettre à mal l’idée que, si vous voulez réussir, il suffit de travailler. » aucun désir pour ce parcours-là, j’avais 18 ans, je ne savais pas trop quoi faire… Mais j’ai twisté en trois jours : je le veux aussi ce truc qu’ils convoitent tous ! En deuxième, troisième année, le nombre de copains que j’ai eus, et moi le premier, qui se disaient : « Mais qu’est-ce qu’on fout là, on a envie de faire autre chose ! » Quand je fais ce film, je crois que j’ai surtout envie qu’il puisse être un témoin entre les générations, comme dans les courses de relais. J’ai eu beaucoup de témoignages d’étudiants dont l’entourage n’a pas compris pourquoi ils ne voyaient plus personne, pourquoi ils souffraient, pourquoi ils avaient des troubles anxieux. Ce film peut permettre de parler avec les parents. En même temps, on n’a plus tellement envie de mettre ses enfants en médecine quand on voit ce film. C’est très bien parce qu’il y a trop d’étudiants en médecine de toute façon ! Si j’avais un enfant qui veut faire médecine, je lui montrerais le film et je lui dirais : « Il va falloir que tu travailles beaucoup, mais surtout

tu as le droit d’échouer. » En fait, ce qui est très difficile, c’est qu’il y a une grosse pression de l’entourage, que l’étudiant a peur de décevoir. C’est dur à porter à 18 ans, surtout quand la probabilité d’échouer est si grande. Votre film fait l’éloge de l’empathie, de la solidarité, en fac de médecine, mais aussi dans la société en général. Bien sûr j’espère que c’est un film sur la société en général. C’est présomptueux mais j’espère qu’il dépasse le cadre de son sujet. L’idée au cœur du film, c’est de se dire qu’on est peut-être dans une société où il est temps que les plus forts aident les plus faibles, et on a le sentiment qu’on ne va pas vraiment dans ce sens-là.

• PROPOS RECUEILLIS PAR JULIETTE REITZER

— : « Première année » de Thomas Lilti Le Pacte (1 h 32) Sortie le 12 septembre

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RÉCIT

LE DERNIER FILM AU MONDE

En 1952, Josef von Sternberg, le plus raffiné des esthètes hollywoodiens, l’inventeur du glamour, abandonne l’Amérique sans regret pour tourner au Japon son dernier film, Anatahan. Boudé à sa sortie et pourtant sublime, le film ressort aujourd’hui dans une version restaurée.

La

reine des abeilles s’appelle Keiko et quand elle apparaît à Anatahan, dans le tintement d’un rideau de coquillages, les soldats en rang épars ne sont plus qu’une grappe d’yeux mouillés d’admiration, aveugles d’avoir vu à la fois la première de toutes les femmes, et la dernière. « Ainsi nous apparut Keiko. D’abord, elle ne fut pour nous qu’un être humain de plus, échoué sur cette pointe d’épingle de la carte. Puis elle devint une femelle à nos yeux. Et enfin, une femme. La seule femme sur Terre. » La dernière femme au monde, oubliée par la guerre qui vrombit tout autour. La première également : Ève en kimono dans un éden de l’archipel

des Mariannes, à l’est des Philippines. Dans Macao, le dernier film qu’ait tourné Sternberg pour Hollywood, quelques mois tout juste avant Anatahan, un douanier accueillait le personnage joué par Robert Mitchum avec cette étrange politesse : « Notre souhait, Monsieur, est que tous les visiteurs de Macao se sentent ici aussi tranquilles qu’Adam dans le jardin d’éden. » « Tranquille, réplique Mitchum ? Ce n’est pas ce qu’on m’a dit ! »

UNE ÎLE

Chef-d’œuvre et chant du cygne de l’un des plus grands artistes qu’ait recueilli Hollywood, Anatahan est à la fois unique et

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ANATAHAN pareil à tous les autres films de Sternberg. Unique : tourné au Japon avec la liberté totale dont le cinéaste rêva tout au long de sa carrière américaine, parlé en japonais non sous-titré et narré off par Sternberg lui-même, joué par des acteurs sans expérience repérés par lui dans des cabarets ou des maisons de geishas. Pareil à tous les autres : l’île d’Anatahan, où se déroule le film entier, est une nouvelle déclinaison de ces milieux clos et intermédiaires (caserne de Morocco, train de Shanghai Express, casino de Shanghai Gesture) dont Sternberg aimait à tracer le contour pour en faire des mondes de synthèse, autant de laboratoires où disséquer le spectacle barbare et sophistiqué des

dix ans de plus quand Sternberg la découvrait dans un cabaret berlinois.

UN STUDIO

Mais alors, pourquoi aller faire au Japon un film qui, dans son principe, ressemble tant à ceux que Sternberg avait tournés à Hollywood ? Grand voyageur qui, paradoxalement, a passé sa carrière à recréer Shanghai, le Maroc ou Macao à l’ombre des studios, Sternberg était déjà allé chercher l’inspiration au Japon en 1936 et envisagea même d’y tourner un film auquel il dut finalement renoncer. C’est la découverte d’un fait divers inouï, dans le magazine Life, qui devait le convaincre de retenter sa

UNE FEMME

Keiko, bien sûr, est elle-même une déclinaison de tous les personnages qu’avait joués pour lui Marlene Dietrich. Une femme qui brûle la vue et qu’on regarde comme on regarde le cinéma : en levant les yeux, hypnotisé. Une femme qui est le cinéma lui-même : un éclat de lumière blanche qui voue aux ténèbres tout ce qu’il y a autour. Une femme qui est toujours sur scène parce que les hommes l’ont condamnée à être un spectacle, et qui du spectacle fait un sortilège qui transforme les hommes en animaux : un essaim de bourdons, autour de la reine des abeilles. Pour jouer cette femme-là, il ne suffit pas d’une actrice. Il faut inventer une créature. « Marlene, c’est moi », a dit Sternberg en un mot célèbre pour dire : c’est moi qui l’ai fabriquée, avec mes pinceaux de lumière. Keiko, c’est lui aussi. Le studio japonais qui a produit Anatahan voulait le convaincre d’engager une actrice connue du grand public japonais. Sternberg a préféré écumer les cabarets, où il a découvert Akemi Negishi, une danseuse de 18 ans, et compris d’emblée qu’il pourrait en faire sa Keiko. Marlene avait

chance. En pleine guerre du Pacifique, un équipage de soldats japonais échoue sur l’île d’Anatahan, déjà occupée par deux naufragés, dont une femme. Refusant de reconnaître la défaite du Japon, ils devaient y rester sept ans. L’histoire, qui fit grand bruit, révélait surtout le rôle de cette femme, Kazuka Higa, qui a tenu tête tout le long à des hommes rendus à la vie primitive et dont certains, étourdis par leur désir pour elle, allaient s’entre-tuer. Épuisé par de récentes déconvenues à Hollywood (où, disait-il en dandy, sa carrière avait de toute façon pris fin après son dernier film avec Dietrich), Sternberg se rend à Kyoto pour amorcer la production, consulte quantité d’estampes (il était un fin connaisseur d’Hokusai), élabore son casting et un story-board d’une précision

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Josef von Sternberg et Akemi Negishi

BOBINES

pulsions. Des mondes flottants, des îles – et celle d’Anatahan, donc, en terminus opportun d’une filmographie qui a détourné l’exotisme hollywoodien vers une anthropologie aride et sensuelle, centrée sur un événement unique rejoué sans relâche : une femme apparaît et les yeux des hommes se figent, et depuis les yeux la brûlure descend vers les ventres et les condamne à un grand incendie intérieur.

© 1976 – MERI VON STERNBERG

© 1976 – MERI VON STERNBERG

Une femme qui brûle la vue et qu’on regarde comme on regarde le cinéma.


© 1976 – MERI VON STERNBERG

RÉCIT

BOBINES

Akemi Negishi

Sternberg ne pouvait tourner son dernier film qu’à l’image de tous les précédents : en démiurge. prodigieuse, et fait construire, dans un studio de Kyoto, un décor remarquablement sophistiqué pour recréer l’île d’Anatahan. C’est toute l’ironie, merveilleuse, du tournage de cet ultime chef-d’œuvre, qui a vu Sternberg rejoindre finalement cet Orient que ses films précédents n’avaient fait que fantasmer, mais pour s’enfermer de nouveau dans un studio.

UN DIEU

C’est que Sternberg ne pouvait tourner son dernier film qu’à l’image de tous les précédents : en démiurge. Son assistant réalisateur, japonais comme tout le reste de l’équipe, devait se souvenir plus tard * : « En commençant la préparation, je croyais naïvement qu’on tournerait sur l’île d’Anatahan. Lui avait décidé dès le départ de tourner intégralement en studio. “Tu vas m’objecter que chaque arbre a été créé par Dieu et qu’aucun homme ne pourrait en créer de pareil. Mais je ne crois pas que les choses que Dieu a créées soient parfaites, du moins d’un point de vue artistique. Ce que je créerai de ma main sera, artistiquement, plus parfait.” » Il avait raison évidemment.

Anatahan est le film d’un génie qui a trouvé de nouveaux moyens d’atteindre la perfection. Une perfection dénudée de toute la flamboyance baroque de ses autres films, et dont le ton languide et triste donne l’étrange sentiment de voir, dans ces ultimes images, un peu plus que le testament d’un grand cinéaste : quelque chose comme le tout dernier des films, ramené par les flots depuis l’autre bout du monde. Le dernier des films, sur la dernière des femmes. Dans son récit, l’assistant réalisateur précise : « Sur le tournage, j’ai fini par me rendre compte que Sternberg était fou. Mais ce que je regrette, c’est d’avoir pu croire qu’un artiste pouvait ne pas l’être. » • JÉRÔME MOMCILOVIC

— : « Anatahan » de Josef von Sternberg

Les Bookmakers / Capricci Films (1 h 34) Sortie le 5 septembre

* Au cours d’une table ronde réalisée en 1953 par la revue japonaise Kinema Junpō.

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« ATTENTION, CHEF-D’ŒUVRE » RADIO TÉLÉVISION SUISSE

BRUNO GANZ Patrick D’Assumçao

Un film de

KIDIST SIYUM BEZA Assefa Zerihun Gudeta

GERMINAL ROAUX

AU CINÉMA LE 19 SEPTEMBRE VEGA PRODUCTION présente FORTUNA un film de GERMINAL ROAUX Avec YOANN BLANC STÉPHANE BISSOT SIMON ANDRÉ PIERRE BANDERET PHILIPPE GRAND’HENRY Idée originale CLAUDIA GALLO GERMINAL ROAUX Scénario et dialogues GERMINAL ROAUX Collaboration à l’écriture CLAUDIA GALLO CLAUDE MURET Chef opérateur COLIN LÉVÊQUE Premier assistant de réalisation FREDDY VERHOEVEN Son JÜRG LEMPEN EMMANUEL SOLAND ROMAN DYMNY Décors IVAN NICLASS Costumes GENEVIÈVE MAULINI Montage SOPHIE VERCRUYSSE JACQUES COMETS Coproduction ANNE-LAURE GUÉGAN GÉRALDINE SPRIMONT Production JEAN-MARIE GINDRAUX RUTH WALDBURGER Une co-production Suisse-Belgique Vega Production Need Productions Soutenu par Eurimages En coproduction avec RTS – Radio Télévision Suisse SRG SSR Proximus Avec la participation de L’Office Fédéral de la Culture Cinéforom et le soutien de la Loterie Romande Avec l’aide du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles Avec le soutien de Tax Shelter du Gouvernement Fédéral Belge Inver Tax Shelter Succès Cinéma Suissimage Succès Passage Antenne Verein zur Filmförderung in der Schweiz Stage Pool FOCAL Fondation Ernst Göhner


BOBINES

PORTFOLIO

L’ATTRAPERÊVES C’est le livre-événement de la rentrée. Dans L’Espace du rêve, David Lynch et la journaliste et conservatrice d’art américaine Kristine McKenna plongent, par un processus de reconstitution, dans les souvenirs du plus mystérieux des cinéastes. Avec méthode, ils prennent la plume à tour de rôle : elle rassemble les informations, recueille les confidences de ceux qui ont connu Lynch, et ce dernier, parfois bouleversé, y répond. De ses années de jeunesse passées, au cours des années 1950, dans une famille presbytérienne du Montana, à la standing ovation qui a suivi la projection cannoise de la saison 3 de la série Twin Peaks en 2017, en passant par les tournages d’Eraserhead, de Blue Velvet, de Sailor et Lula ou de Mulholland Drive, l’ouvrage est parsemé d’anecdotes qui ont façonné l’imaginaire vagabond de Lynch. Nous y avons pioché quelques photos rares que nous publions ici assorties de leurs légendes, et qui retracent le parcours d’un créateur à l’univers infiniment extensible. • JOSÉPHINE LEROY

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© PHOTOGRAPHIE DE SUNNY LYNCH

DAVID LYNCH

Lynch et son professeur de cours élémentaire, Mrs. Crabtree, à Durham, Caroline du Nord, c. 1954. « C’est la seule fois où je n’ai eu que des A. »

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Lynch avec l’un de ses tableaux chez ses parents à Alexandria, Virginie, en 1963. « C’est une huile sur toile, une scène de quai, et je pense que j’ai donné ce tableau à Judy Westerman [une ancienne petite amie, ndlr]. Je crois que c’est sa fille qui l’a gardé. »

© AVEC L’AUTORISATION DE MGM. PHOTOGRAPHIE DE MELISSA MOSELEY

BOBINES

© PHOTOGRAPHIE DE DONALD LYNCH

PORTFOLIO

Lynch et l’acteur Fred Pickler sur le plateau de Blue Velvet, 1985.

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BOBINES

© PHOTOGRAPHIE DE RICHARD BEYMER

DAVID LYNCH

© AVEC L’AUTORISATION DE MGM. PHOTOGRAPHIE DE KIMBERLY WRIGHT

Lynch, Heather Graham et Kyle MacLachlan sur le plateau à Los Angeles, en tournage de l’épisode final de la deuxième saison de Twin Peaks, 1990.

Daniel Kuttner, décorateur, et Lynch en extérieur au Texas pendant le tournage de Sailor et Lula, 1989.

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© PHOTOGRAPHIE DE MICHAEL BARILE

PORTFOLIO

Anthony Marcacci et Lynch en extérieur, dans le sud de la Californie pendant le tournage de Twin Peaks : The Return, 2016. « C’est la dernière scène que nous avons tournée. »

— : « L’Espace du rêve » de Kristine McKenna et David Lynch. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carole Delporte et Johan-Frédérik Hel Guedj (JC Lattès, 600 p.)

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eSCaZal FIlmS présente

Romane BoHRInGeR

AFFICHE © 2018 PIErrE CollIEr - EsCAzAl FIlms

Un FILM De

PHIlIPPe ReBBoT

Romane BoHRInGeR et PHIlIPPe ReBBoT

ROSe ReBBOT-BOHRINGeR - RAOUL ReBBOT-BOHRINGeR - BRIGITTe cATILLON - AURÉLIA PeTIT - MATTHIeU SAMPeUR - GABOR RASSOv vINceNT BeRGeR - ASTRID BOHRINGeR - LOU BOHRINGeR - RIcHARD BOHRINGeR - ROLAND ReBBOT - OLIvIeR ReBBOT NIcOLAS ReBBOT - NOÉMIe ScHMIDT - FABIeN cOSSON - ReDA KATeB - PIeRRe BeRRIAU - AURÉLIeN cHAUSSADe - AURÉLIeN veRNANT cLÉMeNTINe AUTAIN - RITON LIeBMAN - DeLPHINe cOGNIARD - ALIÉNOR MARcADÉ-SÉcHAN - Le cHIeN LADY BeRTRAND MOULY JeAN-LUc AUDY, OLIvIeR BUSSON, RÉMY cROUZeT, LUDOvIc MAUcUIT cÉLINe cLOARec RIcHARD DeUSY ARNAUD FLeUReNT-DIDIeR, FRÉDÉRIc BUReS, SÉBASTIeN MARTeL ALAIN MOUGeNOT eMMANUeL SAJOT SOPHIe RÉvIL eT DeNIS cAROT eScAZAL FILMS ceNTRe NATIONAL DU cINÉMA eT De L’IMAGe ANIMÉe ReZO FILMS

Avec

IMAGe

SON

MONTAGe

MUSIqUe

PRODUIT PAR

Avec LA PARTIcIPATION DU

DIRecTeUR De PRODUcTION UNe PRODUcTION

ÉTALONNAGe

DIRecTeUR De POSTPRODUcTION

DISTRIBUTION

le 10 oCToBRe


5 SEPT.

12 SEPT.

Dovlatov d’Alexey Guerman Jr. Paradis Films (2 h 06)

À la recherche d’Ingmar Bergman de Margarethe von Trotta Épicentre Films (1 h 39) Page 16

Première année de Thomas Lilti Le Pacte (1 h 32) Page 42

Ma fille de Naidra Ayadi Mars Films (1 h 20)

Sofia de Meryem Benm’Barek Memento Films (1 h 20) Page 24

Thunder Road de Jim Cummings Paname (1 h 31) Page 64

Searching Portée disparue d’Aneesh Chaganty Sony Pictures (1 h 42)

Anatahan de Josef von Sternberg Les Bookmakers / Capricci Films (1 h 34) Page 46

Le Temps des forêts de François-Xavier Drouet KMBO (1 h 43) Page 76

Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin Ad Vitam (1 h 49) Page 60

Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret Pyramide (1 h 49) Page 82

Ingmar Bergman Une année dans une vie de Jane Magnusson Carlotta Films (1 h 56) Page 16

Whitney de Kevin Macdonald ARP Sélection (2 h) Page 62

Le Pape François Un homme de parole de Wim Wenders Universal Pictures (1 h 36) Page 82

Climax de Gaspar Noé Wild Bunch (1 h 35) Pages 18 et 26

Okko et les Fantômes de Kitarō Kōsaka Eurozoom (1 h 35) Page 88

Leave No Trace de Debra Granik Condor (1 h 48) Page 36

Harry Potter à l’école des sorciers de Chris Columbus Warner Bros. (2 h 32) Page 89

Les Frères Sisters de Jacques Audiard UGC (1 h 57) Page 78

Invasion de Kiyoshi Kurosawa Art House (2 h 20) Page 76

« Dans l’esprit des grandes œuvres du studio Ghibli » AVOIR ALIRE « Dans la lignée « Un regard de H. Miyazaki et I. Takahata » attendrissant sur l’enfance » TÉLÉRAMA

LES INROCKS

19 SEPT.

OKKO et les fantômes Un film de Kitarô Kôsaka directeur de l’animation LE VENT SE LÈVE

Un film de Kitarô Kôsaka «Okko’s Inn» production designer Kyoto Yauchi directeur de l’animation Shunsuke Hirota Directeur artistique Youichi Watanabe Couleur par Terumi Nakauchi directeur CGI Tomohisa Shitara directeur de la photographie & superviseur des effets spéciaux Michiya Kato édité par Takeshi Seyama Musique par Keichi Suzuki directeur du son Masafumi Mimason par Shizuo Kurahashi Sachiko Nishi Production de l’animation par DLE MADHOUSE produit par WAKAOKAMI Project idée original de Hiroko Reijo Character Design for Original novel by Asami scénario par Reiko Yoshida réalisé par Kitarô Kôsaka. ©Hiroko Reijo, Asami, KODANSHA / WAKAOKAMI Project

Photo de famille de Cécilia Rouaud SND (1 h 38)


S O P H I E D U L AC D I ST R I B U T I O N P R É S E N T E

MEILLEUR FILM TOKYO 2017

PAR LE RÉALISATEUR DE

miel

SÉLECTION OFFICIELLE

SARAJEVO 2017

L’ U N I V E R S E N T I E R E S T H U M A I N

JEAN-MARC BARR

UN FILM DE

SEMIH KAPLANOĞLU ÉCRIT ET RÉALISÉ PAR SEMİH KAPLANOĞLU AVEC JEAN-MARC BARR, ERMIN BRAVO, GRIGORIY DOBRYGIN, CRISTINA FLUTUR SON JORG KIDROWSKI MONTAGE SON & MIXAGE CENKER KOKTEN, RAINER HEESCH, TOBIAS FLEIG MUSIQUE ORIGINALE MUSTAFA BIBER MONTAGE AYHAN ERGÜRSEL, OSMAN BAYRAKTAROGLU, SEMIH KAPLANOĞLU CASTING BEATRICE KRUGER DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE GILES NUTTGENS (BSC) DÉCORS NAZ ERAYDA SCÉNARIO SEMIH KAPLANOĞLU, LEYLA IPEKCI UNE PRODUCTION KAPLAN FILM PRODUCTION EN COPRODUCTION AVEC HEIMATFILM, SOPHIE DULAC PRODUCTIONS, CHIMNEY, GALATA FILM EN COPRODUCTION AVEC ARTE FRANCE CINEMA / ZDF ARTE, TRT AVEC LA PARTICIPATION DU FONDS DE PROMOTION DE LA RÉPUBLIQUE DE TURQUIE, MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DU TOURISME DE TURQUIE, EURIMAGES, AIDE AUX CINÉMAS DU MONDE - CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE - INSTITUT FRANÇAIS, FILM I VÄST, DEUTSCHER FILMFÖRDERFONDS, MEDIENBOARD BERLIN-BRANDENBURG, MICHIGAN FILM OFFICE, DOHA FILM INSITUTE, FILM UND MEDIENSTIFTUNG NRW, FILMFORDERÜNGSANSTALT FFA, TORKU PRODUCTEURS ASSOCIÉS IBRAHIM EREN, ALEXANDER BOHR, OLIVIER PÈRE, RÉMİ BURAH COPRODUCTEURS JOHANNES REXIN, BETTINA BROKEMPER, SOPHIE DULAC, MICHEL ZANA, FREDRIK ZANDER, TAHA ALTAYLI PRODUCTEURS SEMIH KAPLANOĞLU, NADIR OPERLI UN FILM DISTRIBUÉ PAR SOPHIE DULAC DISTRIBUTION © KAPLANFILM - HEIMATFILM - SOPHIE DULAC PRODUCTIONS - THE CHIMNEY POT - GALATA FILM - TRT - ZDF - ARTE FRANCE CINEMA 2017

#LaParticuleHumaine

www.sddistribution.fr

AU C I N É M A L E 10 O C TO B R E


L’amour est une fête de Cédric Anger Mars Films (1 h 59) Page 82

Rafiki de Wanuri Kahiu Météore Films (1 h 22) Page 70

Shut Up and Play the Piano de Philipp Jedicke Rouge (1 h 22) Page 72

Avant l’aurore de Nathan Nicholovitch New Story (1 h 45) Page 82

Donbass de Sergei Loznitsa Pyramide (2 h 01) Page 84

Chris the Swiss d’Anja Kofmel Urban (1 h 30) Page 74

Fortuna de Germinal Roaux Nour Films (1 h 46) Page 82

Libre de Michel Toesca Jour2fête (1 h 40) Page 84

Nos batailles de Guillaume Senez Haut et Court (1 h 38) Page 78

Volubilis de Faouzi Bensaïdi ASC (1 h 45) Page 84

The Little Stranger de Lenny Abrahamson Pathé (1 h 51) Page 84

Amin de Philippe Faucon Pyramide (1 h 31) Page 80

La Religieuse de Jacques Rivette Les Acacias (2 h 15)

Le vent tourne de Bettina Oberli ARP Sélection (1 h 27) Page 84

La Saveur des ramen d’Eric Khoo Art House / KMBO (1 h 30) Page 80

La Prophétie de l’horloge d’Eli Roth Universal Pictures (1 h 46)

Le Cahier noir de Valeria Sarmiento Alfama Films (1 h 53)

26 SEPT. I Feel Good de Benoît Delépine et Gustave Kervern Ad Vitam (1 h 43) Page 66

Un peuple et son roi de Pierre Schoeller StudioCanal (2 h 01) Page 68

3 OCT. 16 levers de soleil de Pierre-Emmanuel Le Goff La Vingt-Cinquième Heure (1 h 50) Page 6

La Chasse à l’ours de Tatiana Kublitskaya, Ruslan Sinkevich, Joanna Harrison et Robin Shaw KMBO (42 min)

Frères ennemis de David Oelhoffen Bac Films (1 h 51)



ZOOM ZOOM

LES FILMS DU MOIS À LA LOUPE

SHÉHÉRAZADE Avec son clin d’œil à la fictionnelle princesse perse, le titre du premier long métrage de Jean-Bernard Marlin laisse présager un conte merveilleux. C’est en fait un chemin ultra réaliste que prend le cinéaste originaire de Marseille, en suivant un délinquant qui sort de prison pour mineurs et la jeune prostituée qu’il rencontre, avant d’extirper ses deux héros incandescents des embûches par un gracieux lyrisme.

Tout

proche, il y a la mer. Mais on ne la voit quasiment pas, sauf dans les images d’archives du générique d’ouverture qui montrent des groupes de migrants débarquer à Marseille aux environs de la moitié du xx e siècle. Les héros du film, eux, n’ont pas le loisir d’aller la voir : lâchés par des parents démissionnaires, ils traînent leurs jeunes carcasses de foyers en centres de détention pour mineurs, des trottoirs aux chambres d’hôtel crades dans le voisinage malfamé de la rue de la Rotonde. Le galérien qui nous fait découvrir ce monde, c’est Zac, 17 ans, petite frappe gouailleuse qui ne perd son entrain que lorsqu’il s’agit de sa mère – elle ne l’accueille pas à sa sortie de prison et ne veut plus le reprendre chez elle. Fuguant du foyer dès son arrivée, il se fait ensuite embrouiller par Shéhérazade, une toute jeune prostituée qui lui vole son shit au lieu de lui faire la passe promise. Les deux deviennent bientôt inséparables, Zac assurant les arrières de la jeune fille sur le pavé. On pense beaucoup à l’excellent


FILMS

© D. R.

3 QUESTIONS À JEAN-BERNARD MARLIN

Votre documentaire et votre court métrage précédents se focalisaient déjà sur la jeune délinquance. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce milieu ? Shéhérazade est inspiré d’un fait divers impliquant un garçon de 17 ans qui vivait dans des chambres d’hôtel avec deux filles prostituées de son âge dans le quartier dans lequel j’ai ensuite tourné. C’est leur histoire d’amour qui m’a donné envie de faire le film, pas tant la délinquance. Pour ces projets, c’est aussi le problème du manque d’argent qui m’intéressait, car il s’est posé à moi au même âge. Le film se déroule à Marseille, mais on ne reconnaît pas spécialement la ville. Pourquoi avoir choisi d’en gommer les spécificités ? Je connais très bien la ville, j’y ai grandi, je ne voulais pas en montrer les lieux touristiques – quand on connaît, on va forcément vers les choses plus pointues. Mais le film commence par des images d’archives d’immigrés qui débarquent à Marseille, car je voulais tout de même faire de la ville un personnage à part entière, en montrant que c’est une terre d’immigration. Certaines scènes sont très stylisées, avec des jeux de lumière assez impressionnistes. Pourquoi ce parti pris antinaturaliste dans un film aussi ancré dans le réel ? Comme j’avais devant la caméra une matière documentaire, je ne voulais pas que la mise en scène se contente de capter. Avec ce genre de films, on peut être très feignant en tant que réalisateur. On a parfois été contraints par le réel, les acteurs, les décors, d’adopter cette esthétique, mais je lorgnais plutôt du côté d’Apocalypse Now, des films des années fin 1970-début 1980.

Petits frères de Jacques Doillon (1999) en découvrant Shéhérazade, d’abord pour l’approche empathique, dénuée de jugement, de la jeunesse défavorisée que les deux films proposent. En mettant en scène des non-professionnels (époustouflants Dylan Robert et Kenza Fortas dans le film de Marlin) à l’histoire proche de celles de leurs personnages, ils apportent aussi une fraîcheur et une intensité rares au cinéma. Expressions, gestuelles, énergie… L’effet de réel est d’abord troublant, avant d’être emporté par l’ampleur de tragédie du récit : Zac se fait trahir par ses frères de cœur, cherche à se venger, entre en conflit avec une bande de proxénètes rivale. Mais la descente aux enfers qui se profile est freinée par un élément aussi simple que tabou chez le jeune héros : son amour indicible pour Shéhérazade, comme la seule force capable de lui faire défoncer les murs qui cloisonnent sa pensée et son destin, et de lui faire accepter de se retrouver derrière les barreaux quand il le faut. • TIMÉ ZOPPÉ

— : de Jean-Bernard Marlin Ad Vitam (1 h 49) Sortie le 5 septembre

— 61


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WHITNEY

Ce

poignant documentaire sur Whitney Houston révèle, six ans après la disparition de la star, combien la vie de la chanteuse aux 200 millions d’albums et de singles vendus a constamment oscillé entre lumière et obscurité. Conscient que la carrière musicale de Whitney Houston a, depuis le décès de la chanteuse en 2012 à l’âge de 48 ans, quelque peu été éclipsée par un parfum de scandale, Kevin Macdonald a voulu en savoir plus sur le parcours de cette icône des années 1980 et 1990. Dévoilant des archives inédites et multipliant les interviews avec l’entourage de la star, le réalisateur, à qui l’on doit notamment Le Dernier Roi d’Écosse (2007), rappelle l’ascension fulgurante de la jeune femme : interprète de tubes qui firent le bonheur des hit-parades, elle chanta dès 1991 l’hymne américain lors du Super Bowl

puis devint une star mondiale avec le titre I Will Always Love You. Mais Whitney expose surtout avec objectivité les souffrances qui hantèrent la vie de l’artiste. Outre des drames familiaux à répétition, la vedette de Bodyguard fut constamment déchirée entre diverses aspirations : amoureuse d’une femme mais épousant le chanteur Bobby Brown, cherchant la lumière à travers son art mais éprouvant l’enfer des addictions, érigée en fierté afro-américaine mais parfois accusée de faire le jeu de l’Amérique blanche, Whitney Houston apparaît ici comme une grande figure mélancolique à qui ce film offre une intense rédemption. • DAMIEN LEBLANC

— : de Kevin Macdonald ARP Sélection (2 h) Sortie le 5 septembre

3 QUESTIONS À KEVIN MACDONALD PROPOS RECUEILLIS PAR J. R. Après Mick Jagger et Bob Marley, vous vous intéressez à nouveau à une icône de la pop. Pourquoi ? Je suis curieux de savoir ce qu’il y a sous la surface des choses. D’ailleurs, ces films prennent la forme d’enquêtes. J’ai construit Whitney comme si je ne savais pas ce que j’allais trouver, ce qui est vrai : la révélation sur les abus qu’elle a subis enfant est arrivée dans la dernière interview qu’on a faite.

Avec ce nouveau film, Whitney, vous dressez aussi le portrait d’une époque, les années 1980. Oui, c’est une période très forte dans la pop culture. On prônait des images de beauté, de succès, d’argent, mais derrière tout cela qu’y avait-il ? Les plus grandes stars, Michael Jackson, Prince et Whitney, ont tous fini de façon sordide et solitaire, devenant des pastiches d’eux-mêmes. Pourquoi ? 62

Votre grand-père, le cinéaste Emeric Pressburger, vous a transmis le goût du cinéma ? J’étais ado à sa mort. Pressburger et Powell étaient alors complètement oubliés. J’ai découvert leur film Colonel Blimp à l’université, et il m’a tellement impressionné que j’ai eu envie d’en savoir plus sur mon grand-père : c’est devenu mon premier docu. Donc oui, indirectement, je lui dois ma carrière.


V ERSI O N O RIGIN A LE E T CO MME DE S CINÉM A S PRÉ SENTENT

U N AVEC

TSUYOSHI IHARA

F I L M

D E

É R I C

K H O O

TAKUMI SAITOH MARK LEE JEANETTE AW TETSUYA BESSHO BEATRICE CHIEN SEIKO MATSUDA

AU CINÉMA LE 3 OCTOBRE


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THUNDER ROAD

L’une

des sensations du dernier Festival de Cannes se trouvait – comme souvent – à l’ACID : Thunder Road, portrait tragicomique d’un flic texan dépassé par les événements, révèle le décapant Jim Cummings. Le rire et les larmes sont inextricablement mêlés dans ce cauchemar éveillé. Dès l’ouverture : un plan séquence d’une dizaine de minutes dans lequel on observe un jeune policier moustachu tenter de rendre hommage à sa mère décédée, à sa manière, fantasque, devant l’assemblée d’une église texane. Un ange passe. La gêne, pas vraiment : le malaise sera l’ingrédient principal de la longue dégringolade de l’officier Jimmy Arnaud, dans une relecture possible, dramatique et burlesque, du Livre de Job. Jim Cummings, qui interprète lui-même Arnaud, alors qu’il n’a jamais

pris un cours de comédie (il est aussi réalisateur, producteur et compositeur de Thunder Road), sait donner à son personnage l’étoffe maladroite et paradoxale du loser flamboyant. Car Jimmy Arnaud perd à peu près tout dans le film. Par malchance, étourderie ou idiotie. Évidemment, plus il cherche à arranger les choses, dans un flux ininterrompu d’actes manqués et de gaffes soliloquées, plus il s’enfonce. Irritant ? Oui. Mais sa persévérance dans l’adversité a un parfum de sublime. Elle confère à cette dramédie mentalement perturbée son flot compulsif et dissonant, en équilibre périlleux entre résilience et précipice. • ÉRIC VERNAY

— : de Jim Cummings

Paname (1 h 31) Sortie le 12 septembre

3 QUESTIONS À JIM CUMMINGS Thunder Road, c’est d’abord le titre de votre premier court métrage… Le court a gagné à Sundance en 2016. J’ai ensuite voulu passer au long, mais aucun producteur n’était intéressé. J’ai donc lancé une campagne de financement participatif : grâce à la fan base du film sur les réseaux sociaux, un tas de gens venus de nulle part ont décidé d’aider le projet.

Il arrive beaucoup de malheurs au héros : en est-il responsable, selon vous ? Je ne sais pas. Il fait toujours de son mieux, mais échoue quand même. Il sort un flingue de sa poche sans même s’en rendre compte ! C’est de la maladresse. Son incapacité à se situer dans l’univers ou à s’exprimer, c’est drôle ; mais on peut s’identifier à ça, c’est aussi tragique. 64

Avez-vous des influences cinématographiques particulières pour ce premier film ? Les productions Pixar. Vice-versa est génial. Je l’avais sur mon iPad et quand je devais pleurer, comme au début du film dans l’église, je regardais la scène où Bing Bong meurt. Pete Docter est vraiment un grand réalisateur. J’adore les comédies qui me font aussi pleurer, ça m’inspire.


© CARACTÈRES/COURAMIAUD

26 SEPTEMBRE


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I FEEL GOOD

Satire

cinglante de l’ultralibéralisme, le nouveau film de Benoît Delépine et Gustave Kervern imagine Jean Dujardin en rêveur lunaire obsédé par la réussite. Plus encore qu’une comédie politique, une déclaration d’amour à tous les laissés-pour-compte. Retrouvant plusieurs de ses thèmes de prédilection (comme la question des solidarités alternatives à l’heure du libéralisme triomphant), le duo grolandais Delépine-Kervern trouve pourtant un nouveau souffle avec cette comédie atypique. Visiblement inspirés par l’ère macronienne, les cinéastes narrent l’histoire d’une femme (Yolande Moreau) qui dirige une communauté Emmaüs et voit soudain débarquer son frère (Jean Dujardin), drôle d’énergumène disparu depuis des années mais désormais obsédé par la richesse. Pour l’atteindre, il souhaite développer la chirurgie esthétique low cost afin de « rendre les petites gens beaux ». Ce simple postulat engendre des situations décapantes qui voient un Dujardin

en peignoir passer son temps à tenter de débusquer des clients. À travers l’absurdité de ce personnage qui énonce mécaniquement des maximes ultralibérales, le film soutient l’idée que, face à l’individualisme tout-puissant, un autre humanisme est possible. Une profonde tendresse pour les cabossés et les déclassés de la République se déploie ainsi vigoureusement, appuyée par un goût de l’imprévu et du contrepied, qu’ils soient narratifs ou esthétiques – filmant par exemple l’architecture libre et colorée d’un authentique village Emmaüs, cette fable sociale fait tout pour surprendre et échapper au formatage comique. Et le duo de cinéastes d’adresser jusque dans la dernière séquence un vivifiant pied de nez au mythe du self-made-man pour mieux célébrer le compagnonnage, la différence et la marge. • DAMIEN LEBLANC

— : de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Ad Vitam (1 h 43) Sortie le 26 septembre

3 FILMS EN ROBE DE CHAMBRE Un éléphant, ça trompe énormément d’Yves Robert (1976) Jean Rochefort en robe de chambre à rayures, bloqué sur un balcon : cette image culte associait à jamais le vêtement à la maladroite impuissance du mâle adultère.

Comme la lune de Joël Séria (1977) Roger Pouplard (Jean-Pierre Marielle) voit sa libido décupler quand sa maîtresse lui offre un peignoir en soie violette. « Ça mitraille sec », s’enflamme-t-il. 66

The Big Lebowski de Joel Coen et Ethan Coen (1998) Le Dude (Jeff Bridges) se promène partout en peignoir. Point culminant de cette coolitude : la scène d’amour avec Julianne Moore qui a pour l’occasion emprunté le fameux habit.


SaNoSi Productions et Jour2Fête présentent

Design graphique :

© Photos: Laurent Carré

Mention spéciale

AU C I N é m l e 26 s e p A t.

Un film de Michel Toesca Scénario & réaliSation Michel toeSca MuSique Magic Malik iMage & Son Michel toeSca Montage catherine libert & Michel toeSca Mixage Joël rangon produit par Jean-Marie gigon / SanoSi productionS avec le Soutien de eMMaüS France, l’aSSociation reS publica, Médecin du Monde, du prograMMe entrepriSe de ciclic - région centre-val de loire et touS leS participantS du kiSS kiSS bank bank diStribution Jour2Fête


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UN PEUPLE ET SON ROI

Pierre

Schoeller filme la Révolution française à hauteur de citoyen pour mieux saisir l’essence de la République. Originale, la démarche confère à ce récit historique un visage résolument contemporain. Porté par la réussite de L’Exercice de l’État, sorti en 2011, Pierre Schoeller poursuit son exploration du destin politique de la France et choisit de porter un œil nouveau sur la Révolution française. Situé entre la prise de la Bastille de 1789 et l’exécution du roi en 1793, le récit dépeint le surgissement d’une conscience politique et d’une soif de liberté dans les cœurs et les esprits d’une poignée de citoyens vivant dans des faubourgs populaires parisiens. Formé notamment de deux lavandières (Adèle Haenel et Izïa Higelin), d’un maître verrier (Olivier Gourmet) et d’un garçon égaré qui gagne progressivement en détermination (Gaspard Ulliel), ce petit groupe croisera la route de célèbres figures comme Louis XVI (Laurent Lafitte), Robespierre (Louis Garrel) ou Marat (Denis Lavant). La grande originalité du film consiste à relater cette phase révolutionnaire en abolissant autant que possible le vernis et la distance historiques. La caméra tente ainsi de saisir avec spontanéité l’émotion

bouillonnante de corps et de paroles qui se mettent en mouvement pour la justice, la fraternité et l’égalité des droits. Établissant une connexion entre cette période d’insurrection et la France contemporaine, le cinéaste insiste notamment sur la place prépondérante des femmes et souligne l’attention que celles-ci portent aux débats de l’Assemblée nationale naissante. Si la multiplication des rôles (et la multitude d’acteurs reconnus qui les interprètent) crée parfois un léger manque d’incarnation et d’identification, la sensation de souffle qui s’empare de tout un pays est parfaitement restituée et débouche sur des séquences mémorables (comme le saisissant cauchemar d’un Louis XVI transpirant qui se retrouve sermonné par d’anciens rois de France). En redonnant au mythe de la Révolution française un caractère sensible et intime, Pierre Schoeller rend palpable l’exigence absolue de démocratie et de lutte sociale dont le peuple hexagonal devrait selon lui continuellement faire preuve. • DAMIEN LEBLANC

Relater cette phase révolutionnaire en abolissant le vernis et la distance historiques.

— : de Pierre Schoeller StudioCanal (2 h 01) Sortie le 26 septembre

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« Un film aussi énergique et divertissant que l’artiste » HOLLYWOOD REPORTER

UN FILM DE

PHILIPP JEDICKE

AVEC CHILLY GONZALES

LESLIE FEIST

PEACHES

SIBYLLE BERG

AU CINÉMA LE 3 OCTOBRE

Le 7 septembre, sortie de l’album Solo Piano III


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RAFIKI

Premier

film kényan sélectionné à Cannes (dans la section Un certain regard) mais censuré dans son pays, le film pop de la jeune cinéaste Wanuri Kahiu met en scène la romance entre deux lycéennes à Nairobi, aussi délicate qu’optimiste. Les jeunes Kena, taiseuse au discret look androgyne, et Ziki, extravertie aux dreads roses, ne pourraient sembler plus différentes – elles devraient même se détester, puisque leurs pères s’affrontent lors d’une campagne électorale qui agite Nairobi. Elles tombent pourtant amoureuses au premier regard, comme dans un conte de fées. C’est à ce genre de récit que fait penser le deuxième long métrage de Wanuri Kahiu, romance douce à l’esthétique colorée. La jeune cinéaste, diplômée de l’U.C.L.A., est revenue dans sa ville natale pour filmer une société

en mutation mais toujours minée par le patriarcat : l’entourage de Kena, de son meilleur ami aux commères de la buvette locale, lui impose sans cesse une conduite, de sa manière de s’habiller à ses fréquentations. Malgré le contexte, et alors que la loi kényane interdit « les relations charnelles contraires à l’ordre de la nature », les héroïnes parviennent à se rapprocher. Kahiu saisit ces instants avec candeur et romantisme, de l’effleurement en boîte de nuit à la première fois dans une camionnette redécorée façon salon cosy, mais pointe aussi l’hostilité qui les menace, préférant toutefois des perspectives porteuses au fatalisme. • TIMÉ ZOPPÉ

— : de Wanuri Kahiu

Météore Films (1 h 22) Sortie le 26 septembre

3 QUESTIONS À WANURI KAHIU Parlez-nous de Jambula Tree, la nouvelle que vous adaptez. C’est un texte de Monica Arac de Nyeko, écrivaine ougandaise installée à Nairobi, qui raconte une histoire d’amour pleine de tendresse et de gentillesse. J’ai essayé de recréer cet amour très doux. Il n’y a quasiment pas de romances dans le cinéma africain.

En quoi cette représentation vous semble importante ? Dans mon enfance, je n’ai pas lu ou entendu d’histoires d’amour provenant du continent africain. Je n’ai vu des Africains s’embrasser à l’écran qu’à la fin de l’adolescence. Tout à coup, c’était comme si on me disait : « Vous existez, la manière dont vous vous aimez existe. » 70

Pourquoi avoir fait une ellipse sur la première fois des héroïnes ? J’ai filmé cette scène d’amour de manière très innocente pour coller au caractère des héroïnes. Elles ne savent pas quoi faire, elles tâtonnent. On voulait montrer cela avec la pudeur qu’il y aurait dans leur acte, sans imposer des façons de faire particulières.


LE DOCUMENTAIRE INCONTOURNABLE SUR LES ENJEUX DE LA FORÊT DE DEMAIN

GRAND PRIX

l’atelier documentaire et KMBO présentent

Un film de

François-Xavier Drouet

IMAGE COLIN LÉVÊQUE - GEORGI LAZAREVSKI - KARINE AULNETTE SON BRUNO SCHWEISGUTH MONTAGE AGNÈS BRUCKERT MONTAGE SON BRUNO SCHWEISGUTH MIXAGE XAVIER THIBAULT PRODUCTION RAPHAËL PILLOSIO – FABRICE MARACHE – EMELINE BONNARDET – PHILIPPE RAYNAL AVEC LA PARTICIPATION DU CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE, DE LA RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE ET DE LA RÉGION ÎLE-DE-FRANCE EN PARTENARIAT AVEC LE CNC, DE LA PROCIREP – SOCIÉTÉ DES PRODUCTEURS, DE L’ANGOA, DE SONOSAPIENS, DE LA ROSE POURPRE – CINELAB, DE LA SCAM DISTRIBUTION FRANCE KMBO VENDEUR INTERNATIONAL ANDANA FILMS l’atelier documentaire


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SHUT UP AND PLAY THE PIANO

Rares

sont les musiciens aussi drôles et imprévisibles que Chilly Gonzales. Philipp Jedicke tente de percer la coquille du showman canadien dans un portrait documentaire plein de malice. « Si vous êtes fans de ma musique, apprenez aussi à me détester. » Ainsi se présente Chilly Gonzales au début de Shut Up and Play the Piano, face caméra, dans un fringant costume rose. En quelques secondes, son visage avenant de dandy gominé s’est mué en celui d’un caricatural vilain ricanant. Les initiés le savent : Jason Beck, alias Chilly Gonzales, ne peut s’empêcher de faire le clown. Plus qu’un musicien surdoué – ce qu’il est à n’en point douter, aussi à l’aise lorsqu’il revisite la musique classique que lorsqu’il collabore avec des pop stars comme Daft Punk –, Gonzo est un entertainer. Qui d’autre que lui

ose se jeter sur le public guindé d’une salle philharmonique pour « crowdsurfer » ? S’il faut en passer par le ridicule pour arriver à captiver l’auditoire, alors le Canadien s’y prête de bon cœur, au risque de l’imposture : cette tension entre grand art et désamorçage bouffon innerve toute sa carrière. On la retrouve logiquement dans ce plaisant documentaire qui amalgame clips, films et archives de concerts de façon chronologique (de performances punk-rap au succès de Solo Piano), tandis que Gonzo se raconte à l’écrivaine allemande Sibylle Berg. Plus roublard que jamais. • ÉRIC VERNAY

— : de Philipp Jedicke Rouge (1 h 22) Sortie 3 octobre

3 QUESTIONS À CHILLY GONZALES La construction de votre alter ego musical se rapproche-t-elle d’un travail d’acteur ? Je me considère comme un entertainer, pas du tout comme un acteur. Ou alors un acteur nullissime ! Quand j’ai essayé de faire des petits tournages, j’ai eu du mal à faire le vrai boulot de comédien : la répétition des gestes, respecter les directives… Mais si je conçois le rôle, ça va.

Comme dans Ivory Tower (2010, inédit en France), que vous avez coscénarisé avec Céline Sciamma ? Oui, quand je peux incarner un fantasme que je décide, je m’en sors un minimum. Et pour mon personnage de « génie musical », c’est facile : je le vis tous les jours ! Il suffit juste d’exagérer un peu sur scène, et tout le monde applaudit : c’est super fortifiant. 72

En regardant le documentaire, on pense à Andy Kaufman et à son génie de la provocation… Kaufman est l’une des plus grandes inspirations dans ma vie et ma carrière. En particulier dans mon approche de la scène. Je dois aussi beaucoup à Victor Borge, un personnage génial des années 1950, un musicien virtuose, mais qui faisait le clown. Il aurait pu être un grand pianiste.



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CHRIS THE SWISS

Qu’est-il

arrivé à Chris ? Cette entêtante question est le leitmotiv du premier film de la Suissesse Anja Kofmel, qui mêle images d’archive, interviews et animation sépulcrale tout en nuances de gris. Chris the Swiss raconte une histoire personnelle, celle du cousin de la réalisatrice, Christian Würtenberg, correspondant de guerre assassiné en Croatie en 1992. Mais c’est aussi un pan de l’histoire du monde qu’évoque l’enquête, avec en toile de fond la guerre civile en Yougoslavie (1991-2001). En retraçant pas à pas – notamment grâce à son journal intime – le parcours de Chris de Suisse jusqu’à Zagreb, la jeune cinéaste construit un portrait en filigrane moins flatteur que ce que laisse supposer le récit familial, les questions sur son rôle lors de la guerre se multipliant : était-il seulement un journaliste infiltré dans une

milice criminelle pro-croate d’extrême droite ou avait-il fini par embrasser cette sinistre cause ? C’est pour exprimer le trop-plein d’émotions qui naît de ces zones d’ombre que le dessin prend toute son importance. Là où les interviews et les archives en prise de vue réelle illustrent froidement la réalité des faits, crus et irréfutables, l’animation en noir et blanc exprime plus librement le ressenti de la réalisatrice, mêlé à celui qu’elle présume pour son cousin. En hybridant les points de vue et les techniques, Anja Kofmel réussit un premier essai impressionnant, aussi complexe que le conflit qu’elle traite en sous-texte. • PERRINE QUENNESSON

— : d’Anja Kofmel

Urban (1 h 30) Sortie le 3 octobre

3 QUESTIONS À ANJA KOFMEL Ce premier long métrage hybride a-t-il été difficile à mener à terme ? En sortant de l’école, sans réelle expérience, je suis tombée sur un producteur passionné par les sujets politiques et les nouvelles formes d’expression. Mais le problème de l’hybridation est qu’on ne rentre dans aucune case, il a fallu être très persuasifs pour obtenir des fonds.

Le nouveau gouvernement croate vous a aussi mis des bâtons dans les roues… Pendant le tournage, le gouvernement a changé [passant du parti socialdémocrate SDP à la droite conservatrice du HDZ, ndlr]. Notre film a été choisi comme exemple de ce qu’il ne fallait pas faire : parler du passé. Grâce à la sélection à la Semaine de la critique, ils ne peuvent plus nous faire taire. 74

Pourquoi avoir choisi la chanson « Jesus He Knows Me » au début du film ? Elle peut sembler paradoxale, mais ce morceau de Genesis a beaucoup de sens pour moi. Les paroles correspondent très justement à ce que je souhaitais raconter, mais, surtout, c’est la chanson qui passait à la radio juste avant qu’on m’annonce la mort de mon cousin.


héroïne icône dissidente

“ La statue de la Liberté, c’est elle. ” L’OBS “ L’incarnation du courage. ” vanity fair

“ Un portrait de femme hors du commun, touchant et inspirant. ” aU fÉMinin

r U t h BA d er G i n s B U r G

au cinéma le 10 OctObre


FILMS

INVASION

— : de Kiyoshi Kurosawa Art House (2 h 20) Sortie le 5 septembre

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Six

mois à peine après la sortie en salles d’Avant que nous disparaissions, Kiyoshi Kurosawa adapte à nouveau librement la même pièce de théâtre signée Tomohiro Maekawa. Le maître japonais du film de genre a tourné Invasion dans la foulée, ayant pu conserver l’équipe technique et quelques comédiens, à qui il s’est amusé à confier des rôles différents. Produit pour la télévision, ce décalque s’articulait à l’origine en cinq épisodes de trente minutes remontés en long métrage pour la sortie française, comparable en cela à Shokuzai, son succès de 2012. La crainte de perdre au change entre les deux versions s’estompe rapidement au visionnage tant Kurosawa semble avoir appliqué le concept de Melinda et Melinda de Woody Allen à sa paire de films – Avant que nous disparaissions était aussi fantasque et léger qu’Invasion s’avère mesuré et bouleversant. De cette histoire d’extraterrestres préparant leur arrivée sur Terre en volant les concepts philosophiques des humains, Kurosawa exalte cette fois la mélancolie ambiante et travaille brillamment le doute quant à l’authenticité de la menace. • HENDY BICAISE

LE TEMPS DES FORÊTS

— : de François-Xavier Drouet KMBO (1 h 43) Sortie le 12 septembre

Beaucoup

l’ignorent sans doute mais les forêts françaises vivent aujourd’hui une phase d’industrialisation sans précédent qui confronte les bois et les arbres à la monoculture, aux pesticides ou aux engrais. Désireux de comprendre les enjeux de ce modèle productiviste, François Xavier-Drouet interroge, au beau milieu du Morvan, des Vosges ou du Limousin, forestiers et autres employés du secteur, qui livrent de passionnants témoignages. On découvre, par exemple, les tragiques cas de conscience suscités par cette gestion mercantile de la forêt hexagonale. En s’éloignant volontairement de l’esthétique naturaliste généralement associée aux documentaires environnementaux, le réalisateur rend son sujet trépidant et démontre que le domaine de la sylviculture n’échappe pas aux luttes sociales. Alors qu’il est encore parfaitement possible de produire du bois sans ravager l’écosystème, les actuelles politiques forestières opposent malheureusement économie et écologie. Et c’est tout l’honneur de ce brillant film que de rappeler combien les choix contemporains auront des conséquences irréversibles sur les paysages de demain. • DAMIEN LEBLANC

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“ OVATIONNÉ À CANNES, INTERDIT AU KENYA ” TÉLÉRAMA

SAMANTHA

SHEILA

Rafiki MUGATSIA

MUNYIVA

UN FILM DE WANURI KAHIU

AU CINÉMA LE 26 SEPTEMBRE


FILMS

LES FRÈRES SISTERS

— : de Jacques Audiard UGC (1 h 57) Sortie le 19 septembre

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Trois

ans après avoir obtenu la Palme d’or pour Dheepan, Jacques Audiard change de cap avec ce western anglophone au prestigieux casting. Adapté d’un roman de Patrick deWitt, le film met en scène un impitoyable tandem de frères tueurs à gages (Joaquin Phoenix et John C. Reilly) qui ressemblent à de grands enfants aux relations mécaniques et figées. Chargés de traquer un homme pendant la ruée vers l’or, ils parcourent l’Ouest américain en discutant inlassablement, donnant au film des allures de conte nocturne qu’Audiard vient saupoudrer d’une belle dimension philosophique. Parallèlement au trajet de la fratrie, on suit l’évolution d’un autre duo iconoclaste, formé d’un dandy (Jake Gyllenhaal) et d’un utopiste (Riz Ahmed), qui fait progresser le récit de l’ombre à la lumière. Cet idéalisme social va remettre en cause la violence dont ont hérité les frères Sisters et les mener vers une direction inattendue. Loin de tout fétichisme, le réalisateur d’Un prophète livre là un western apaisé, dont les moments de douce suspension apportent un regard original sur le thème des liens familiaux. • DAMIEN LEBLANC

NOS BATAILLES

— : de Guillaume Senez Haut et Court (1 h 38) Sortie le 3 octobre

Olivier

(Romain Duris), contremaître dans un entrepôt de vente en ligne, tente de combattre au mieux les injustices dans son entreprise – des licenciements abusifs qui conduisent un de ses collègues au suicide. Mais il en délaisse sa famille, et particulièrement sa femme, Laura, elle-même vendeuse, qui se trouve quasiment seule pour s’occuper des enfants. Un jour, elle part, sans explication. Dépassé, Olivier va alors vite se rendre compte que l’égalité au sein du foyer est tout aussi cruciale et politique que dans l’univers professionnel… Avec une grande tendresse et acuité du regard, Guillaume Senez (Keeper) fait la chronique d’un apprentissage, celui d’un père qui doit accueillir cette dure nouvelle tout en jonglant entre ses différentes responsabilités. En évacuant le suspense quant à la disparition ou au retour éventuel de Laura, le scénario se concentre plutôt sur des situations de vie quotidienne filmées sans effusion et dans la durée. Discrètement, Senez a alors tout le temps de développer une vraie intimité avec ses personnages – et Duris d’habiter l’un de ses rôles les plus forts et attachants à ce jour. • QUENTIN GROSSET

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“UNE “LE

HISTOIRE VIBRANTE” PREMIÈRE

CORPS DE DAVID D’INGÉO FAIT BOOM BOOM” LE MONDE

D’UN FILM L’AUTRE PRÉSENTE

DAVID D’INGÉO PANNA NAT

UN FILM DE NATHAN NICHOLOVITCH @newstoryfilms

LE 19 SEPTEMBRE

#mirinda


FILMS

AMIN

— : de Philippe Faucon Pyramide (1 h 31) Sortie le 3 octobre

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Comme

Samia (2001) ou Fatima (2015), le nouveau film de Philippe Faucon a pour titre le prénom de son personnage principal. Apparemment anecdotique, ce choix dit bien le goût du cinéaste pour l’art du portrait, un exercice qui suppose empathie et humilité. On retrouve ces qualités dans ce long métrage centré sur Amin (remarquable Moustapha Mbengue), Sénégalais venu en France pour travailler, et qui a laissé au pays femme et enfants. Tandis que les scènes de retrouvailles à Dakar oscillent entre complicité et embarras, il noue ici une liaison avec Gabrielle (Emmanuelle Devos), une infirmière divorcée chez qui il fait des travaux, situation qui crée autant de réconfort que d’inconfort. Mis en scène avec sensualité (Faucon sait filmer les corps et les gestes de ses acteurs), ce jeu de miroirs entre deux solitudes est enrichi par la présence de personnages secondaires confrontés eux aussi à une forme d’abandon : les collègues de chantier d’Amin, entre optimisme et résignation ; son épouse, belle figure de femme combative ; ou encore la fille de Gabrielle, ado qui cache ses blessures derrières son téléphone portable. • JULIEN DOKHAN

LA SAVEUR DES RAMEN

— : d’Eric Khoo Art House / KMBO (1 h 30) Sortie le 3 octobre

À

la mort de son père, Masato, qui tient une échoppe de rāmen au Japon, entreprend un voyage initiatique à Singapour, dont était originaire sa mère, elle aussi décédée, pour découvrir les secrets de cuisine de cette dernière. À travers cette enquête gustative, Eric Khoo s’intéresse autant aux secrets de famille du jeune protagoniste qu’aux relations entre les deux pays (Singapour a été occupé par le Japon durant la Seconde Guerre mondiale). C’est à travers la cuisine (qu’il filme admirablement, de façon très sensorielle, un peu comme Gabriel Axel en son temps avec Le Festin de Babette, mais sur un mode moins flamboyant, plus minimal) que Khoo sonde les plaies encore ouvertes par l’histoire. Ainsi, lorsque Masato demande à sa grand-mère maternelle de lui livrer quelques conseils culinaires, celle-ci lui ferme la porte au nez – elle avait renié sa fille quand celle-ci avait épousé un Japonais. Mais ce n’est pas un hasard si Khoo met la gastronomie au centre de son film : en plus de nous mettre en appétit, il insiste sur sa portée symbolique, un endroit où des cultures antagonistes peuvent se mélanger, se réunir. • QUENTIN GROSSET

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JO U R2 FÊTE

P RÉS ENTE

ISABELLE HUPPERT

KIM MINHEE

UN FILM DE HONG SANGSOO

“Hong Sangsoo au sommet de son art” Transfuge

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UN FILM DE

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FILMS MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES

Emmanuel Mouret (Caprice) adapte un passage de Jacques le Fataliste et plonge Cécile de France et Édouard Baer dans les costumes d’une veuve noble qui ne croit pas en l’amour et du libertin qui la courtise. Le plaisir qu’il prend à orchestrer ce jeu de langage et de vengeance à la façon des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos est assurément contagieux. • T. Z .

— : d’Emmanuel Mouret (Pyramide, 1 h 49) Sortie le 12 septembre

LE PAPE FRANÇOIS. UN HOMME DE PAROLE

Dans ce portrait documentaire (coproduit par Vatican Media et réalisé par le cinéaste allemand Wim Wenders au cours de voyages officiels et d’entretiens privés), le pape François partage les inquiétudes écologiques et sociales qui l’animent. S’il verse trop dans l’hagiographie, le film transmet l’optimisme têtu qui file dans les discours du souverain pontife. • J. L .

— : de Wim Wenders (Universal Pictures, 1 h 36) Sortie le 12 septembre

AVANT L’AURORE

Mirinda, un prostitué français, traîne dans les bas-fonds de Phnom Penh, au Cambodge. Dans cette ville qui souffre encore des crimes atroces du régime Khmer rouge, il rencontre Panna, une petite fille esseulée. En créant une ambiance fantomatique, ce beau film raconte subtilement la rencontre entre deux êtres qui se poussent l’un l’autre vers la lumière. • J. L .

— : de Nathan Nicholovitch (New Story, 1 h 45) Sortie le 19 septembre

FORTUNA

Quand une réfugiée éthiopienne de 14 ans, Fortuna, accueillie dans un monastère des Alpes suisses tombe enceinte de Kabir, un réfugié bien plus âgé qui y officie comme bûcheron, l’équilibre du lieu est mis à mal… Le noir et blanc sublime les visages et les paysages enneigés dans ce drame qui observe les âmes humaines de toutes leurs nuances de gris. • T. Z .

— : de Germinal Roaux (Nour Films, 1 h 46) Sortie le 19 septembre

L’AMOUR EST UNE FÊTE

En 1982, ruinés à la suite du saccage de leur peep-show, Franck (Guillaume Canet) et Serge (Gilles Lellouche), des enquêteurs infiltrés dans le milieu du X, doivent organiser le tournage d’un porno pour le compte de leurs rivaux… Avec cette comédie caustique mais tendre, Cédric Anger rend hommage à l’esprit potache du porno des eighties. • G. L .

— : de Cédric Anger (Mars Film, 1 h 59) Sortie le 19 septembre

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FILMS VOLUBILIS

Également acteur (dans Saint Laurent, Dheepan ou ce mois-ci Sofia), Faouzi Bensaïdi suit à Meknès un jeune couple très attachant dont l’amour sincère est mis à l’épreuve par la violence du racisme de classe. Sur un registre tragicomique qui évoque un peu le cinéma d’Elia Souleiman, le film impressionne notamment pour son usage très stylisé du cadrage. • J. R.

— : de Faouzi Bensaïdi (ASC, 1 h 46) Sortie le 19 septembre

LE VENT TOURNE

L’équilibre d’un jeune couple de paysans (Mélanie Thierry et Pierre Deladonchamps) s’efforçant de vivre dans le respect de la nature vacille quand un séduisant ingénieur (Nuno Lopes) débarque pour installer une éolienne sur leurs terres… Porté par des acteurs habités, ce drame interroge habilement les différents modes de vie possibles à l’ère du libéralisme. • T. Z .

— : de Bettina Oberli (ARP Sélection, 1 h 27) Sortie le 26 septembre

DONBASS

Le Donbass, à l’est de l’Ukraine, est le siège d’une guerre entre loyalistes ukrainiens et séparatistes russophones. Prenant le parti des premiers, Serguei Loznitsa réalise un film éclaté en plusieurs histoires déconnectées reliées par ce conflit. Au risque parfois de nous perdre, cette forme de narration discontinue lui permet d’en saisir toute la complexité. • Q. G.

— : de Sergei Loznitsa (Pyramide, 2 h 01) Sortie le 26 septembre

THE LITTLE STRANGER

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un médecin est appelé dans une demeure où sa propre mère était domestique quand il était enfant. Un flot d’angoisses resurgit des deux côtés du spectre social… Le malin Lenny Abrahamson (Room) fait osciller son film au solide casting (Domhnall Gleeson, Charlotte Rampling) entre romance et fantastique. • T. Z .

— : de Lenny Abrahamson (Pathé, 1 h 51) Sortie le 26 septembre

LIBRE

En 2016, l’agriculteur Cédric Herrou était arrêté pour avoir aidé des migrants qui passaient par la Roya, une vallée du sud de la France frontalière avec l’Italie. En le filmant avant, pendant et après, son ami Michel Toesca raconte avec justesse le combat mené sans relâche par le charismatique porte-parole et son collectif. • J. L .

— : de Michel Toesca (Jour2fête, 1 h 40) Sortie le 26 septembre

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COUL’ KIDS

VOLKAN TANACI Cet apiculteur urbain a installé une quarantaine de ruches sur les toits de Saint-Denis et de Paris, par exemple sur celui de La Recyclerie, dans le XVIIIe arrondissement. C’est là qu’Anselmo, 5 ans, l’a rencontré.

Quel est ton métier ? Je m’occupe des abeilles, je surveille leur santé, je les aide à se développer et je les protège des autres insectes. Les abeilles produisent du miel. Moi, je prends une partie de leur miel liquide dans les ruches et je le mets dans des pots. Est-ce que les abeilles mangent du miel ? Oui. Tu leur en laisses assez ? Ne t’inquiète pas, elles fabriquent beaucoup plus de miel que ce dont elles ont besoin, alors je prends ce qu’elles produisent en trop. Quand elles viennent sur toi, tu n’as pas peur ? Les abeilles ne sont pas dangereuses individuellement. Si tu vois une abeille toute seule sur une fleur en train de butiner, tu peux t’approcher et la regarder tranquillement, elle ne te fera rien. En revanche, si tu fais de grands mouvements brusques à côté d’une ruche, les abeilles se sentiront en danger et risquent d’attaquer pour protéger leur colonie. Moi, quand j’ouvre la ruche, je fais des gestes doux et j’essaie de ne pas les déranger trop longtemps.


L’INTERVIEW D’ANSELMO, 5 ANS LE DÉBRIEF

Est-ce que tu as beaucoup d’abeilles ? Oui, on ne dirait pas comme ça de l’extérieur, mais dans une ruche il y a environ 50 000 abeilles. Tu te rends compte que, pour produire un kilo de miel, il faut que les abeilles visitent un million de fleurs ? C’est beaucoup de travail, il faut qu’elles soient nombreuses. Est-ce qu’il y a assez de fleurs pour ça à Paris ? Oui, et surtout il y en a de toutes sortes. Les parcs, les jardins, les terrasses, les balcons, les potagers offrent aux abeilles une nature très diversifiée. C’est bon pour la santé des abeilles. C’est comme pour toi, c’est bien d’avoir une alimentation variée. Il paraît que ton miel est excellent et que tu as gagné des médailles ? Mon miel a été récompensé plusieurs fois. On l’a analysé et on a trouvé quatorze sortes de fleurs différentes dedans, c’est pour ça que c’est un miel très riche en goût.

Tes abeilles travaillent très bien alors ! Oui, je les en remercie, mais mon travail d’apiculteur est important aussi ! Moi, je n’emploie aucun produit chimique, j’utilise des techniques manuelles, naturelles et traditionnelles. Pourquoi les abeilles sont importantes pour la planète ? Elles pollinisent, elles permettent aux plantes de se reproduire. Quand une abeille visite une fleur, elle prend des grains de la fleur, du pollen, qu’elle transporte et dépose sur une autre fleur, et c’est comme ça que naissent d’autres fleurs et d’autres légumes. S’il n’y a plus d’abeille, il n’y aura plus de fruits et légumes. Il faut les protéger. • PROPOS RECUEILLIS PAR ANSELMO (AVEC CÉCILE ROSEVAIGUE) PHOTOGRAPHIE : ERIOLA YANHOUI

— : Volkan Tanaci anime des ateliers

(pour adultes et enfants) à La Recyclerie le mercredi 19 septembre à 14 h 30, et aux Grands Voisins les dimanches 9 et 23 septembre à 11 h. Inscription par mail : contact@citybzz.com

TOI AUSSI TU AS ENVIE DE RÉALISER UNE INTERVIEW ? DIS-NOUS QUI TU AIMERAIS RENCONTRER EN ÉCRIVANT À BONJOUR@TROISCOULEURS.FR

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COUL' KIDS

Anselmo : « Il m’a donné un pot de miel et c’est le meilleur miel que j’aie goûté de toute ma vie. J’en ai mis dans mes crêpes. Les abeilles sont très gentilles, je le savais déjà, alors je me suis approché des ruches de très près. Je n’ai pas eu peur. Volkan m’a prêté un habit d’apiculteur, j’étais complètement protégé. »


LA CRITIQUE D’ÉLISE, 9 ANS

« Une petite fille perd ses parents lors d’un accident de voiture. Elle emménage chez sa grand-mère, dans une auberge, et elle rencontre un fantôme qui va l’amener à devenir aubergiste. On pourrait penser que c’est un film d’horreur ; mais en fait non, parce que c’est pas un fantôme avec les chaînes qui fait peur. Il est juste dans l’air et il est transparent. Les fantômes sont souvent transparents d’ailleurs, parce qu’ils n’ont plus de corps. C’est comme si leurs pensées leur donnaient une sorte de corps virtuel. Okko et les Fantômes se passe au Japon, ce qui est bien mieux qu’en Angleterre ou en France, parce qu’au Japon il y a énormément de légendes. Et les légendes, c’est très bien, parce que ça fait rêver et que ça donne un sens aux choses. Quelque part, ce film aide aussi à accepter qu’on va mourir. Ça ne m’a jamais posé de problème de savoir que j’allais mourir, parce que si on continuait de vivre on aurait tout dessiné, tout lu, ça finirait par devenir embêtant. Et puis la mort arrive comme une surprise, et du coup la vie aussi est une surprise. Si on était éternels, on s’ennuierait à mourir. » dessiné

COUL' KIDS

OKKO ET LES FANTÔMES

LE PETIT AVIS DU GRAND Le savoir-faire de Miyazaki continue de s’égrener dans l’animation japonaise. Quelques mois après la sortie de Mary et La fleur de la sorcière de Hiromasa Yonebayashi, l’un de ses protégés, c’est au tour de l’un de ses meilleurs animateurs, Kitarō Kōsaka, de se révéler au grand public avec ce conte fantastique. Okko et les Fantômes a surtout le mérite d’aborder frontalement le difficile sujet du deuil par le prisme du folklore fantastique japonais, et de proposer malgré tout un discours universel. • J. D.

LIS L’ARTICLE ET RETROUVE LE MOT ÉCRIT À L’ENVERS !

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— : de Kitarō Kōsaka Eurozoom (1 h 35) Sortie le 12 septembre dès 6 ans


TOUT DOUX LISTE À L’ABORDAGE !

© D R

EXPLORATION Cette course d’orientation dans le Ve arrondissement, prenant la forme d’une « Chasse au trésor scientifique et inclusive » pour s’immerger dans l’univers de la piraterie, a été conçue avec des personnes en situation de handicap. De fait, le parcours est accessible à toutes et à tous (sur réservation). • H. B.

: le 8 septembre à l’Espace des

sciences Pierre-Gilles-de-Gennes, dès 7 ans

HARRY POTTER À L’ÉCOLE DES SORCIERS CINÉMA C’est la rentrée à Poudlard ! Alors qu’une nouvelle génération découvre les films de la saga des Animaux fantastiques, elle peut aussi réviser les bases de l’univers de J. K. Rowling car Harry Potter à l’école des sorciers ressort en version restaurée ce mois-ci. • Q. G.

: de Chris Columbus

(Warner Bros., 2 h 32) Ressortie le 18 septembre

CULTURE AU QUAI

© A. ROUX

FESTIVAL C’est LE rendez-vous pour découvrir la saison culturelle et faire son marché de sorties. Sur place, l’espace d’un week-end, plus de cent vingt animations gratuites vous mettront en appétit : des spectacles (Masha et Michka live…), des ateliers (bruitages de films) ou encore des concerts. • H. B.

: les 22 et 23 septembre sur le quai

de la Loire, dès 4 ans

SOLISTE SOLAIRE © ANNE GIRARD-LE BOT

DANSE Conte-chorégraphique dansé en solo, au confluent des danses contemporaines, africaines et du hip-hop, orienté jeune public et même tout-petits, Soleil nomade raconte la quête d’un garçon qui voudrait garder l’énergie du soleil… pour lui tout seul ! • H. B.

: le 29 septembre à la bibliothèque Hergé, dès 20 mois


LE MEILLEUR DE LA RENTRÉE 567 : c’est le nombre de romans français et étrangers à paraître cette année lors de la rentrée littéraire. TROISCOULEURS a sélectionné dix romans, hors des sentiers battus. Vous nous suivez ? • BERNARD QUIRINY

AMBIANCE GOTHIQUE

SF HEXAGONALE

Dans le Londres de 1870, les savants se passionnent pour les travaux sur la matière et le grand public se presse aux expériences médiumniques… Mettant en scène des personnages historiques, la romancière allemande Christine Wunnicke recrée joliment le décor et l’esprit de cette époque où science et irrationnel s’entrecroisent.

Un ex-écrivain est embauché par une société de conseil spécialisée dans le traitement des données. Autant le fonctionnement interne de la boîte est opaque, autant le logiciel qu’elle utilise pour prédire l’avenir à partir du présent est puissant… Alexis Brocas lorgne du côté de Philip K. Dick et d’Isaac Asimov dans ce roman d’anticipation à la française sur les dangers du big data et de l’intelligence artificielle. Le chapitrage rythmé et la compacité du texte en font un excellent roman de mystère et d’action, qui frôle par endroits la SF. Autant de genres peu communs dans la littérature « blanche » hexagonale, bonne raison de plus pour aller se faire peur avec lui.

: « Katie » de Christine Wunnicke (Jacqueline Chambon, 206 p.)

PARIS MODIANESQUE

: « Un dieu dans la machine » d’Alexis Brocas (Phébus, 182 p.)

Il l’a fréquentée voici vingt ans, dans le Paris brûlant des vacances d’été. Il découvre aujourd’hui son nom dans un fait divers en Italie… Mark Greene remonte le temps dans ce beau roman mélancolique et modianesque, aussi riche en belles phrases d’écrivain qu’en silences évocatoires, créateurs de mystère.

: « Federica Ber » de Mark Greene (Grasset, 204 p.)

VUE À LA TÉLÉ

SATIRE TRISTE

Une prolo vivote de boulots minables et lit rêveusement la presse people. En 2001, elle est sélectionnée pour la première émission de télé-réalité française… Portrait d’une jeune fille de notre temps, satire de la cruauté du show-biz, Réelle est aussi un roman sur la lutte des classes aujourd’hui, pessimiste et touchant.

Charles est cadre sup dans une grande société. Il coche toutes les cases de la réussite : bon job, marié, deux enfants, jolie maison en banlieue, salon de jardin tout neuf. Hélas, il a peut-être voulu gravir les échelons trop vite : sa boîte lui retire des responsabilités, il se sent placardisé… Anne Hansen brocarde la cruauté du monde de l’entreprise, la pression que s’infligent les cadres et leur peur panique de déchoir, dans ce premier roman oppressant, rempli de remarques bien vues sur notre époque. Le parallèle avec les attentats de 2015 est un peu bancal, mais le portrait des perdants de la grande compétition à quoi se résument nos vies a quelque chose de poignant.

: « Réelle » de Guillaume Sire (Éditions de

: « Massacre » d’Anne Hansen

l’Observatoire, 306 p.)

(Éditions du Rocher, 214 p.)

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LIVRES

ROMANCE À DISTANCE

COMÉDIE CULOTTÉE

RUINE POMPIDOLIENNE

Deux profs flirtent par réseau social interposé. Ils ne se sont jamais vus, mais ils s’envoient des photos coquines et s’enflamment par chat. Le reste du temps, chacun vit sa vie, en couple avec enfants… Aime-t-on vraiment, quand on aime virtuellement ? Et fait-on vraiment l’amour, quand on se contente de taper sur un clavier ? Philippe Annocque explore ce sujet casse-gueule avec beaucoup de subtilité, et transforme cette liaison pornographique à distance en une sorte de réflexion grandeur nature sur le pouvoir performatif du langage et la puissance de l’imagination. Un roman bref, un peu cru, addictif, d’une éclatante intelligence.

Voici le premier roman le plus culotté de la rentrée. Est-ce un roman, d’ailleurs ? Raphaël Rupert multiplie les digressions, saute d’un registre à l’autre, se raconte en train de raconter, à la façon d’Enrique Vila-Matas dont la plupart des livres ont pour sujet leur propre écriture. En gros, c’est l’histoire de Raphaël, qui revend sa boîte d’architecture pour écrire un roman sur un nazi pétomane (!). Sa femme est elle-même écrivain. Elle note ses idées dans des calepins. Raphaël en lit un : elle y évoque la virilité de son amant… Loufoque, potache, provocateur, obscène, Rupert donne l’impression d’ignorer qu’il y a des règles, d’où la fraîcheur décapante de ce livre-ovni.

« Dès l’origine, l’édifice fut un accélérateur de fictions. » L’édifice, c’est le rail en béton construit au début des années 1970 pour l’aérotrain, un projet industriel abandonné depuis. Trop coûteux à démolir, il est toujours là, en pleine Beauce, tel un témoignage rétrofuturiste de l’ère Pompidou, un résidu du rêve des ingénieurs et des technocrates de l’époque de remodeler le territoire en raccourcissant les distances. Fasciné depuis toujours par cette plate-forme à l’abandon, Philippe Vasset la raconte dans ce roman-enquête inclassable où se mélangent l’histoire, la géographie, l’urbanisme et les mythes personnels. Passionnant.

bras » de Philippe Annocque

: « Anatomie de l’amant de ma

Vasset (Fayard, 186 p.)

(Quidam Éditeur, 142 p.)

femme » de Raphaël Rupert

: « Seule la nuit tombe dans ses

: « Une vie en l’air » de Philippe

(Éditions de l’Arbre vengeur, 200 p.)

CRISE DE LA CINQUANTAINE

LABYRINTHE À DAVOS

Churchill appelait sa dépression black dog, le « chien noir ». Chez le héros de Philippe Ségur, le chien est rouge et il incarne l’envie de casser les codes, de mener une vie plus pleine. Quitte à verser dans les excès… Un beau roman sur une crise de la cinquantaine carabinée, habité par les mannes de Hermann Hesse et son Loup des steppes.

Dans les années 1970, Jeff, adolescent, passait ses vacances à l’hôtel Waldheim de Davos, dans une ambiance chic et surannée. Trente ans plus tard, ce passé ressurgit… Un drôle de roman plein de mystères qui commence comme un hommage à Thomas Mann et vire au récit d’espionnage. Construction solide, scénario imprévisible.

: « Le Chien rouge »

: « Hôtel Waldheim »

de Philippe Ségur

de François Vallejo

(Buchet-Chastel, 232 p.)

(Viviane Hamy, 300 p.)

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PEINTURES DES LOINTAINS — : jusqu’au 3 février au musée du quai Branly – Jacques Chirac

Ange Tissier, L’Odalisque, 1860

OFF

Cette

exposition ne peut être parcourue en se contentant de regarder les œuvres. Sans contexte, on se laisserait peutêtre séduire par ces suaves représentations orientalistes (L’Odalisque, dite aussi L’Algérienne et son esclave, d’Ange Tissier, 1860), ces pittoresques portraits d’ indigènes (Deux Indiens en pirogue de François-Auguste Biard, 1860) ou cette luxuriante nature idéalisée (Tigre à l’affût de Jean Dunand, 1930). Au risque d’oublier que cette imagerie exotique, produite principalement entre 1830 et 1930 par des peintres européens en vadrouille romantique ou qui répondaient à une commande officielle, a contribué à façonner des stéréotypes plutôt qu’à dépeindre la réalité, et a œuvré à justifier la colonisation. En témoignent les grandes frises sur les ressources des territoires colonisés qui ornaient le palais de la porte Dorée, alors musée des Colonies, construit pour l’Exposition coloniale de 1931. Géo-Michel, dans Principales productions d’origine végétale (1930), y montrait des hommes, femmes et enfants extrayant, au profit de la Troisième République, leurs richesses naturelles (or, houille, nickel), dans une atmosphère presque bon enfant. Sans sacrifier l’esthétisme, l’exposition, au parcours thématique dense et complexe, accompagne donc ses deux cent vingt et un dessins, peintures et gravures d’indispensables textes, repères et mises en contexte. À regarder autant qu’à lire ! • MARIE FANTOZZI

© MUSÉE DU QUAI BRANLY – JACQUES CHIRAC, PHOTO THIERRY OLLIVIER, MICHEL URTADO

EXPOS

Sans contexte, on se laisserait peut-être séduire par ces suaves représentations orientalistes.

WALLACE BERMAN

CHARLIE HAMISH JEFFERY

Mélomane, Wallace Berman était amateur de bebop. L’exposition « Visual Music » met l’accent sur la portée musicale des compositions visuelles du plasticien américain, en particulier celles de la série des Verifax Collages où une main tient un transistor radio à l’intérieur duquel apparaît une image chaque fois différente. Son caractère à la fois répétitif et variable dessine le rythme d’une musique pour les yeux et l’imagination. • ANNE-LOU VICENTE

Surfaces colorées réfléchissantes, objets peints, tableaux-écrans où le cadre se fait parfois motif dans une mise en abîme réverbérante… Le Britannique produit une peinture élargie qui palpite et qui respire — voire qui parle : les teintes fluo qu’il utilise créent un trouble dans le genre pictural et font vriller la perception. Un art vibrant, vivant, qui nous rappelle les talents scéniques de l’artiste, songwriter et performeur à ses heures. • A.-L. V.

à la galerie Frank Elbaz

à la galerie Florence Loewy

: du 8 septembre au 11 octobre

: du 8 septembre au 3 novembre

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ART COMPRIMÉ Tous les mois, notre chroniqueuse vous offre un concentré des dernières réjouissances du monde de l’art.

Le mois dernier, un Italien d’une soixante d’années est littéralement tombé dans les limbes. Plus précisément, il a chuté dans l’œuvre Descent Into Limbo de l’artiste britannique Anish Kapoor exposée dans le parc de la Fondation Serralves à Porto. Créée en 1992, il s’agit d’un trou noir cylindrique de deux mètres cinquante de profondeur situé au centre d’une pièce carrée en béton. L’histoire ne dit pas si le malheureux a été happé par la sensation de vide infini procurée par l’installation, mais il n’en est pas ressorti tout à fait indemne puisqu’il a dû être temporairement hospitalisé. • Après les sacs Monet ou Gauguin de Louis Vuitton (la collection Masters signée Jeff Koons), c’est au tour de Vincent Van Gogh de venir habiller les jeunes urbains branchés. La marque Vans s’est associée au musée Van Gogh d’Amsterdam pour une collection sortie au milieu de l’été : sneakers imprimées Vase avec quinze tournesols (1889) ou bomber reprenant les délicats Amandiers en fleurs (1890). Démocratisation de l’art ou cynique dévoiement à de pures fins mercantiles ? Une partie des bénéfices devrait en tout cas être reversée au musée pour la préservation de l’héritage du génial peintre néerlandais. • Le plus vieux fromage du monde aurait été découvert par des archéologues dans la tombe d’un haut dignitaire égyptien du xiiie siècle avant notre ère. Composé de lait de vache et de lait de chèvre selon des chimistes italiens, il semble malheureusement un peu trop solide pour être dégusté… • MARIE FANTOZZI ILLUSTRATION : PABLO GRAND MOURCEL

MUSÉE DU LUXEMBOURG 12 SEPTEMBRE 2018 27 JANVIER 2019

Alphonse Mucha, Les Saisons : Été, 1896. Lithographie en couleur © Mucha Trust 2018. Design solennmarrel.fr


SPECTACLES

LA REPRISE — : « La Reprise. Histoire(s) du théâtre (I) » de Milo Rau du 22 septembre au 5 octobre au Théâtre des Amandiers (Nanterre) © HUBERT AMIEL

(1 h 30)

OFF

Le

théâtre de Milo Rau puise son inspiration à la source du réel et sa vitalité dans la violence des hommes. Avec sa maison de production, l’International Institute of Political Murder, l’artiste multiplie les pièces, les documentaires et les formes hybrides, à la frontière de la fiction et de la réalité, comme le film Le Tribunal sur le Congo, un procès fictif des crimes de la guerre qui fait rage depuis plus de vingt ans dans la région des Grands Lacs en Afrique centrale. Le metteur en scène suisse n’a pas peur de regarder l’horreur en face. Il s’est ainsi emparé du génocide rwandais (Hate Radio), du cafouillage politico-judiciaire de la traque de Marc Dutroux (Five Easy Pieces) ou encore des destinées djihadistes de jeunes européens (The Civil Wars). Avec La Reprise, Milo Rau inaugure une nouvelle série de pièces, sorte d’enquête au long cours sur l’histoire du théâtre. En partant d’un sordide fait divers homophobe – l’assassinat d’un jeune homme à la sortie d’une boîte de nuit à Liège en 2012 –, il tente de décortiquer le ressort cathartique de la tragédie. Car dans ses créations aussi sobres qu’efficaces, plusieurs histoires se recoupent toujours : il y a l’événement réel, reconstitué dans sa crudité insoutenable mais sans une once de sensationnalisme ; les récits intimes des acteurs, qui parlent aussi des coulisses de la création ; et cette tentative, jamais frontale, de toucher à quelque chose de plus grand – le destin, le hasard, l’injustice, les pulsions humaines, toutes ces forces incompréhensibles qui meuvent notre monde. • AÏNHOA JEAN-CALMETTES

Milo Rau tente de décortiquer le ressort cathartique de la tragédie.

LE PÈRE

DANCE CONCERT

Michel Houellebecq, Roberto Bolaño, Don DeLillo : Julien Gosselin s’est illustré par ses traversées épiques de monstres de la littérature. Plus intimiste, il crée aussi des formes courtes, comme autant de respirations à ses pièces-fleuves – la claque poétique des textes comme point de départ, encore. Il met en scène L’Homme incertain de Stéphanie Chaillou, ou le monologue d’un agriculteur en détresse, figure oubliée de la modernité. • A. J.-C.

Dans Bombyx Mori, Ola Maciejewska croisait l’habilité de Loïe Füller à faire danser ses vêtements comme un papillon à un minimalisme futuriste aux accents darkvadorien. Deux ans plus tard, elle catapulte à nouveau l’histoire de l’art dans le xxie siècle. Avec Dance concert, elle réactualise un instrument mis au point pendant la révolution russe pour permettre à ses danseurs de créer, par leurs gestes et à distance, la musique de leurs mouvements. • A. J.-C.

: de Julien Gosselin

du 13 au 29 septembre

: d’Ola Maciejewska

à la MC93 (Bobigny)(1 h 15)

du 3 au 6 octobre au Centre Pompidou (1 h)

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RESTOS

OLD FASHION WEEK

© NICOLAS LOBBESTAEL

Manger, c’est aussi se réconforter. Pour attaquer la rentrée, rien de tel que des plats roboratifs qui traversent le temps. Un grand chef, Jean-François Piège, et de jeunes entrepreneurs, Alexandre Giesbert ou Mathieu Bucher, l’ont compris. Du bon vintage. OFF

LA POULE AU POT Jean-François Piège est sans doute le plus érudit des grands chefs français. Il possède une bibliothèque unique et n’a de cesse de faire des allers-retours entre passé et futur pour créer une cuisine du présent qui n’appartient qu’à lui. Avec sa femme, Élodie, il vient de reprendre La Poule au Pot, vieille dame de 80 ans située au cœur du quartier des Halles. Après Le Grand Restaurant, Clover et Clover Grill, c’est leur quatrième maison, le lieu où l’historique juré de Top Chef peut exprimer son amour de la cuisine française la plus traditionnelle. Fréquentée par les forts des Halles puis par les rois du show-biz, sise à cinq cents mètres de l’endroit où Henri IV fut assassiné par Ravaillac en 1610, La Poule au Pot est restée dans son jus. Tapisserie, cuivre et boiseries, lampes à pampilles Art nouveau, colonnes Art déco, on y vient pour festoyer en piochant dans une carte où la touche du chef s’exprime essentiellement dans le choix rigoureux des produits, avec parfois un petit plus comme cet ingrédient secret ajouté par son grand-père au beurre d’escargot. Amateurs d’œufs mimosa ou de céleri rémoulade, d’os à moelle, d’omelette à l’oseille ou de salade de haricots verts (clin d’œil à feu Paul Bocuse), de merlan frit Colbert, de hachis Parmentier de joue et queue de bœuf ou de blanquette de veau, de fromage et de clafoutis aux cerises, ne boudez pas votre plaisir. L’audace culinaire, c’est aussi de s’attaquer à ces intemporels que chacun garde en mémoire à travers des souvenirs de famille. Menu : 48 €. Carte : environ 60 €. • STÉPHANE MÉJANÈS

: 9, rue Vauvilliers, Paris Ier

ZEBRA

GALLOPIN

Après la cuisine italienne au Daroco, la carte branchée de Perruche, sur le toit du Printemps, le duo Alexandre Giesbert et Julien Ross réinvente le Zebra, au pied de la Maison de la radio, en brasserie « trady » (trendy et tradi). Dans l’assiette, poireau vinaigrette, moules marinières (le mercredi au semainier) ou mousse au chocolat. Carte : environ 35 €. • S. M.

Créé en 1876, Gallopin a conservé son charme : boiseries victoriennes, accessoires en cuivre, verrière somptueuse. Le nouveau propriétaire, Mathieu Bucher, l’a relancé en rouvrant le bar à cocktails et en soignant la carte : oreiller de la Belle Aurore (mythique pâté en croûte), cuisses de grenouilles, tout fait ventre. Menus : 22, 29 et 70 €. Carte : environ 50 €. • S. M.

: 3, place Clément-Ader, Paris XVIe

: 40, rue Notre-Dame-des-Victoires, Paris IIe

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EXPOSITION 14 SEPT. 2018 – 14 JANV. 2019

LE

CRAC DES

CHRONIQUES D’UN RÊVE DE PIERRE Cité de l’architecture & du patrimoine ◇ Palais de Chaillot M° Trocadéro ◇ citedelarchitecture.fr #ExpoCrac

Graphisme/illustration : Noémie Barral

CHEVALIERS


CONCERTS

THE MARRIED MONK — : le 27 septembre au Café de la Danse • © ELIE JORAND

« Headgearalienpoo » (Ici d’Ailleurs)

OFF

Loin

des yeux, moins du cœur, Christian Quermalet et son groupe à géométrie évolutive, The Married Monk, étaient en sommeil depuis dix ans, après une carrière riche en éclats (The Jim Side, R/O/C/K/Y, The Belgian Kick) dans les marges de la pop faite en France. Faute à l’anglais chanté, aux exigences créatives jamais tues (cette manière de faire des sauts périlleux arrière à la lisière des tubes, de jeter des pétards savants au milieu des mélodies), mais aussi à cette attitude modeste qui n’aurait au fond su quoi faire du succès. Il a fallu la passion de quelques fans et l’inspiration d’un Quermalet ragaillardi pour voir surgir l’album Headgearalienpoo, par surprise, en mai dernier. L’occasion de régler son compte à leur statut « culte » et de réaligner brillamment les éléments de langage : versatilité et nonchalance, hooks entêtants et arrangements sophistiqués, groove de métronome et reprises de maîtres (hier Robert Wyatt ou John Barry, aujourd’hui The Cure avec Siamese Twins). Sans oublier ce chant acide et grave proche du storytelling, sincère par-delà l’ironie, qui peut rappeler l’approche d’un Stephin Merritt (The Magnetic Fields). Invité à l’Eldorado Music Festival, le groupe viendra aussi rappeler sa force de frappe scénique, avec l’historique Mitch Pirès à la batterie, Nicolas Laureau (NLF3) à la basse, et le nouveau venu Tom Rocton un peu partout. Car The Married Monk a aussi toujours été une affaire collective, dont le savoir-faire et l’élégance s’apprécient autant in vivo qu’à la sortie des studios. • MICHAËL PATIN

Versatilité et nonchalance, groove de métronome et reprises de maîtres.

TOOTS & THE MAYTALS

BALLAKÉ SISSOKO & VINCENT SEGAL

« Do the Reggay », « 54-46, That’s my Number », « Monkey Man », « Pressure Drop » ou « Funky Kingston », c’est lui : Frederick « Toots » Hibbert, légende sixties du reggae. Auréolé d’une myriade de hits – repris par tout le monde, des Clash à Amy Winehouse –, enfiévré par six décennies de scène, le charismatique chanteur jamaïcain déploiera sa magie créolisée d’harmonies gospel, de soul, de ska et de rocksteady pour bousculer la nuit. • E. Z .

Le maître malien de la kora et l’iconoclaste violoncelliste français partagent leur délicate conversation – tissée sur le sublime Chamber Music et poursuivie sur le merveilleux Musique de nuit. Élaborées sous le ciel de Bamako, ces pièces élégiaques, mêlant âmes mandingue, baroque, jazz et gitane, égrèneront leurs notes rêveuses, loin de la rumeur du monde, lors d’une envoûtante session. • E. Z .

: le 2 octobre à l’Olympia

: le 4 octobre à La Seine musicale (Boulogne-Billancourt)

98


F

Saison 18I19

Faites une pause, venez écouter

l’Orchestre de Paris PHilHarmOnie De PariS

Daniel Harding directeur musical

DU O2 AU 2O OCTOBRE OCTOBRE ARTHUR H GRAND CORPS MALADE EDDY DE PRETTO FEU ! CHATTERTON LES WRIGGLES HOSHI • CLARA LUCIANI FATOUMATA DIAWARA LES NÉGRESSES VERTES MIOSSEC THEO LAWRENCE & THE HEARTS CABADZI X BLIER JULIETTE • CATS ON TREES EMIR KUSTURICA & THE NO SMOKING ORCHESTRA LISA LEBLANC • LEFA WINSTON MC ANUFF & FIXI HUGH COLTMAN LOÏC LANTOINE & LE VERY BIG DANI • SIDI WACHO PIERRE LAPOINTE • LORENZO FRÉDÉRIC FROMET BB BRUNES • ZENZILE POMME • SOVIET SUPREM BIFFTY & DJ WEEDIM •••

© Marco Borggreve / Conception graphique : Laurence Maillet

ET LES REFRAINS DES GAMINS !

festivaldemarne.org

orchestredeparis.com


RÉALITÉ VIRTUELLE

BEAT SABER JEU DE RYTHME

— : (Hyperbolic Magnetism) dès 6 ans

OFF

Danse

ou art martial ? À l’heure du choix d’une activité périscolaire pour la rentrée, les enfants les plus chanceux risquent fort de sécher devant ce dilemme cornélien. Beat Saber coupe la poire en deux : ce jeu tchèque en VR imaginé par le studio indépendant Hyperbolic Magnetism consiste à manier le sabre laser en se conformant précisément au rythme de la musique. Les beats variés signés Jaroslav Beck (spécialiste des B.O. de trailers vidéoludiques et cinématographiques tels que StarCraft II, Overwatch, Star Wars VII ou Terminator Genisys) se matérialisent sous forme de cubes munis de flèches vers le haut, le bas, la gauche ou la droite. Pour le joueur muni de deux épées lumineuses dignes de George Lucas, il s’agit alors de découper ces « beats » dans le sens indiqué, au moment où ils fondent sur lui. Pour pimenter le tout, des météorites rectangulaires viennent vous faire obstacle, obligeant votre corps à des esquives plus ou moins acrobatiques – il n’est pas rare d’avoir à cisailler les airs en croisant les bras d’un coup sec tout en s’accroupissant, avant d’enchaîner des chorégraphies improbables qui empruntent autant au film de sabre chinois qu’à l’aérobic. La prise en main est rapide, le gameplay efficace. Le design plutôt rudimentaire des décors se plie entièrement au concept simple mais ingénieux de cette expérience VR galvanisante, à la croisée de Guitar Hero et de Fruit Ninja, avec une touche de Star Wars. Libérez donc le jedi du dancefloor qui est en vous ! • ÉRIC VERNAY

Des chorégraphies improbables qui empruntent autant au film de sabre chinois qu’à l’aérobic.

INSIDE THE BOX OF KURIOS

CHORUS

CIRQUE RÉTROFUTURISTE

COMBAT

Bienvenue dans le cabinet des curiosités du Cirque du soleil, pour une production multirécompensée des studios Felix & Paul. Une fois ouverte la caisse en bois dans laquelle vous étiez enfermés, telle une bête de foire, le chapiteau se dévoile autour de vous et le spectacle peut commencer : contorsionnistes, jongleurs, clowns et musiciens expriment leurs talents à 360 degrés dans une ronde circassienne mi-freaks, mi-steampunk. • É. V.

Une fois le diamant coloré capturé, un miroir vous informe : vous venez de vous transformer en combattante de l’espace, dernier rempart contre les monstres colossaux qui menacent d’extinction une espèce extraterrestre. À vos côtés, cinq filles badass vous épaulent fièrement (l’odyssée se vit en multijoueur), tandis que défile un décor SF épuré digne de Tron au rythme des cavalcades synthétiques du duo Justice. • É. V.

dès 6 ans

dès 6 ans

: (Cirque du Soleil / Felix & Paul Studios),

: (Within / Annapurna Pictures),

100



PLANS COUL’ À GAGNER

DREAM NATION FESTIVAL

© JULIA GUNTHER

— : du 21 au 23 septembre dans divers lieux à Paris

Paula Temple

Les

sonorités plus industrielles de la Britannique Paula Temple, ou s’éclater sur les musiques furieuses et hardcore de Angerfist (dont le masque de hockey révèle bien le côté bourrin) ou de l’Italien Mad Dog, organisateur de raves dantesques dont Rome se souvient encore alors qu’elles ont eu lieu au début des années 2000. Bref, si cet été vous avez fait la file du Berghain à Berlin mais que vous n’avez jamais pu rentrer dans le club, tentez le Dream Nation, parce qu’il se pourrait que ce soit tout aussi foufou. • CLAUDE GARCIA

OFF

festivals tranquillou des vacances, c’est fini : alors pour rester dans l’ambiance estivale on attaque direct avec du gros son bien cathartique afin d’évacuer les tensions de la rentrée. Pendant trois jours, ce sera ambiance rave nineties au Dream Nation Festival, qui propose en live ce qui se fait de mieux en electro : techno, trance, bass-music et hard-beat, chaque genre a droit à sa scène. On pourra s’enivrer avec les ambiances psyché de la formation LSD (les Anglais Luke Slater et Steve Bicknell et l’Américain Function), les

LA SCALA

OUVERTURE

Il y a du nouveau sur les Grands Boulevards : La Scala, célèbre café-concert de la Belle Époque, fait peau neuve sous la direction de Mélanie et Frédéric Biessy. Le circassien Yoann Bourgeois, la plasticienne Annette Messager et le cinéaste Clément Cogitore ouvrent dès le 11 septembre les festivités d’une programmation ambitieuse et pluridisciplinaire. • A.-J. C. La Scala de Yoann Bourgeois

: 13, boulevard de Strasbourg, Paris Xe

COLLECTIONS PRIVEES

EXPO

Monet, Degas, Van Gogh, Matisse… Dès septembre, des inédits de ces habitués du musée Marmottan Monet sortent des malles : une soixantaine de peintures, sculptures et dessins issus de collections particulières raviront les fans des grands noms de l’impressionnisme et du fauvisme. • T. Z .

: « Collections privées. Un voyage des impressionnistes Marmottan Monet

LA DERNIÈRE SAISON

SPECTACLE

En 2015, l’artiste français Charles Belle a peint une grande toile au fusain dans la forêt, puis l’a laissée sur place pendant sept saisons afin que la nature lui appose aussi son empreinte. Autour de cette œuvre, le Cirque Plume déploie en musique, en danse et en acrobaties un conte poétique sur le rapport à la nature. • T. Z .

: du 26 septembre au 30 décembre au Parc de la Villette

© GÉRALDINE ARESTEANU ; D. R. ; YVES PETIT

Claude Monet, Les Pyramides de Port-Coton, effet de soleil, 1886

aux fauves » du 13 septembre au 10 février au musée

SUR TROISCOULEURS.FR/PLANSCOUL


FESTIVAL D’AUTOMNE À PARIS

Nairy Baghramian, Maintainers, 2018 © Courtesy de l’artiste et Marian Goodman gallery, kurimanzutto et Galerie Buchholz

10 sept – 31 déc 2018

Théâtre, danse, musique, arts plastiques, cinéma 75 rendez-vous à Paris et en région Île-de-France festival-automne.com


SONS

AGAR AGAR — : « The Dog & The Future » (Cracki), sortie le 28 septembre

OFF

© ANDREA MAE PEREZ

Depuis

deux ans, le duo, composé d’Armand (26 ans, synthés) et Clara (25 ans, voix), affole les compteurs en multipliant sans promo les vues sur YouTube (plus de 4 millions pour leur hit slow-disco « Prettiest Virgin ») et les concerts sold out sur la foi d’un seul EP, Cardan, sorti en 2016. Inspirées par l’IDM de Warp, la disco de Moroder ou la pop synthétique de Yellow Magic Orchestra, ces chansons de danse et de transe, lentes et mélancoliques, sonnent comme des trips chamaniques sous codéine, dans l’air du temps, entre léthargie hébétée et grand bain technologique. Mariant un set-up electro minimal et la voix languissante de Clara, ces deux étudiants aux Beaux-Arts de Cergy déploient un univers visuel original, faisant réaliser leurs clips par la jeune garde du cinéma français (William Laboury, Antonin Peretjatko), invitant l’actrice Garance Marillier (Grave) à évoluer dans le décor inquiétant du clip de « Fangs Out », entre 3D cheap et prises de vues réelles. Tous crocs dehors, ce premier single annonce un album à double face, The Dog

SI VOTRE ALBUM ÉTAIT UN FILM ? « Ce serait un documentaire sur Les Sims 4 qui serait filmé dans l’univers des Sims 4 – ou pas, d’ailleurs – et qui montrerait des Sims 4 accros aux jeux vidéo et qui joueraient trop aux Sims 3. Comme une mise en abyme où tu ne sais pas dans quel maillon de la chaîne tu te trouves,

& The Future, où, selon Armand, « “The Dog” représente quelque chose d’immédiat, instinctif, en accord avec notre manière d’expérimenter avec les machines. Alors que pour la partie “The Future”, on s’est donné plus de liberté en studio, sans penser aux concerts. Cela conclut une recherche en futurologie musicale qu’on n’a pas poussée jusqu’au bout, car on s’est rendu compte que cette idée de futur était finalement très nostalgique. Plus on avance et plus on revient vers le passé. Notre génération se sent prise entre la nostalgie, comme si on était à la fin d’une civilisation, et en même temps l’optimisme, parce qu’il y a plein de choses qui se réorganisent, qui permettent à l’Occident de connaître un certain essor. » Cet album aussi mélancolique qu’entraînant passe ainsi de la techno (« Fangs Out ») au contrepoint baroque (« Requiem »), avec une sorte d’humour surréaliste, entre réflexion post-humaniste et David Lynch (« Gigi Song » parle ainsi d’une trans qui trouve un fœtus dans une boîte aux lettres). Que nous réserve le futur ? Peut-être un chien. • WILFRIED PARIS

si tu es dedans ou pas. De temps en temps, on prendrait du recul, et on ne saurait plus trop si on est dans les Sims 3, 4, 7 ou 9, ou si on est vraiment en train de regarder ce documentaire. Ça générerait de belles questions, et après on fermerait la parenthèse et on partirait rouler sur le périph pendant une heure. » AGAR AGAR

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JUKEBOX

MC93 maison de la culture de Seine-Saint-Denis Bobigny

JARDIN : « ÉPÉE »

(Cultural Workers / Le Turc mécanique)

EBM consanguine, rap auto-tuné, gabber dépressif, punchlines huitième degré : la musique de Lény Bernay, Français relocalisé à Bruxelles, a la saveur cuisante des descentes de drogue, quand le moteur du camion a lâché et qu’il ne reste dans la rave que les fantômes de tes amis et les tessons de ta mémoire. Un coup d’ÉPÉE dans l’eau (de vie) conseillé aux âmes indignes. • M. P.

ELYSIAN FIELDS : « Pink Air »

(Microcultures Records)

Plus de vingt ans après leur rencontre, Jennifer Charles et Oren Bloedow ne sont plus en couple mais continuent de défendre ensemble leur noble vision de la chose rock : racines blues, culture d’avant-garde et désir à fleur de langue. Ce qui explique que leur musique continue de résister à toutes les modes – « aussi sensuelle que le rêve humide d’un somnambule », comme disait Nick Kent. • M. P.

TREVOR POWERS : « Mulberry Violence » (Baby Halo)

Quand il s’exprimait sous le nom de Youth Lagoon (2010-2016), Trevor Powers savait brosser les amateurs de pop moderne dans le sens du poil, contrebalançant le pathos adolescent (sa voix d’oiseau blessé) par des audaces de production. Libéré de cette façade, l’Américain prouve qu’il préfère l’expérimentation au lyrisme, et le déséquilibre au succès. Il mérite tout notre soutien. • M. P. ILLUSTRATION : SAMUEL ECKERT

Vivez le spectacle en illimité


KILLING EVE

SÉRIES

— : saison 1 sur Canal+ —

OFF

Le

succès de Fleabag l’a imposée en nouvelle tête de proue de la comédie britannique. Plutôt que de hâter une saison 2, Phoebe Waller-Bridge revient là on ne l’attend pas avec un polar au ton toujours aussi singulier. Pour cette adaptation d’une série de romans de Luke Jennings, elle reste cette fois dans l’ombre, confiant le rôle-titre à l’actrice canadienne Sandra Oh. Mais aucun doute permis, nous sommes bien chez Waller-Bridge. On retrouve, dans cette histoire d’agente du MI5 lancée sur la piste d’une tueuse à gages insaisissable à travers toute l’Europe, sa marque de fabrique : personnages dessinés pour échapper aux stéréotypes – en particulier de genre – qui ne s’excusent jamais de leurs travers, humour noir assassin avec punchlines de sniper, dialogues et situations

REVOIS

si bien écrits qu’ils paraissent improvisés… Un cadeau pour son casting, largement féminisé par rapport au matériau d’origine, parmi lequel une Sandra Oh réinventée au sortir de Grey’s Anatomy en enquêtrice un peu maladroite mais déterminée. Délestée de tout l’imaginaire viril souvent associé aux récits de traque criminelle taillés sur le modèle du Heat de Michael Mann, la spirale meurtrière dans laquelle Eve, son personnage, se trouve aspirée prend une tournure inédite. Et fascinante, quand le jeu du chat et de la souris entre elle et l’impitoyable Villanelle (Jodie Comer, très bien) vire à l’obsession quasi amoureuse. À ce rythme, ce n’est plus seulement de la sitcom made in the UK que Waller-Bridge sera la porte-drapeau, mais bien de toute la télé britannique. Chic ! • GRÉGORY LEDERGUE

VOIS

PRÉVOIS

BARRY

BABYLON BERLIN

THE NEW POPE

Cette petite production HBO est passée assez inaperçue. Elle mérite d’être redécouverte tant Bill Hader, ex-star du Saturday Night Live et créateur du show, y est génial en tueur à gages frappé d’épiphanie lorsqu’il assiste par hasard à un cours de théâtre. Un Breaking Bad à l’envers, souvent très drôle, aux seconds rôles parfaits (Henry Winkler, génial en Lee Strasberg du pauvre). • G. L .

Portée par Tom Tykwer (Cours, Lola, cours), cette fresque en costumes explore la période clé de la république de Weimar. Nous sommes en 1929, et des intenses turbulences que traverse l’Allemagne émergera le nazisme. Avec un tel arrière-plan, la série aurait presque pu se passer de son intrigue politico-policière sous influence Ellroy. Mais le suspense, solide, ne gâche rien. • G. L.

Le Young Pope de Paolo Sorrentino qui, en 2016, racontait l’élection d’un souverain pontife quadragénaire, aura bien une suite au titre annonciateur de changement. Le réalisateur italien sera toujours aux commandes, et la star Jude Law rempile. Le Britannique sera rejoint par John Malkovich. Tournage prévu cet automne pour une diffusion vraisemblablement en 2019. • G. L.

: Saison 1 à rattraper sur OCS Go

: Saison 1 sur Canal+

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: Prochainement sur Canal+


EX F RE A

NICOLAS WINDING REFN LEO MCCAREY INGMAR BERGMAN SERGIO LEONE J ANE FONDA... PASS ILLIMITÉ

11,90€/ MOIS

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Ryan Gosling dans Drive, Nicolas Winding Refn, 2011 © Le Pacte/ Wild Side Films

CINEMATHEQUE.FR

TOUT LE CINÉMA VOUS ATTEND

Grands mécènes de La Cinémathèque française

En partenariat avec


JEUX VIDÉO

OFF

NO MAN’S SKY NEXT

Après

— : PC, One, PS4 (Hello Games) —

un décollage raté, la grande odyssée de l’espace connaît un nouveau souffle inespéré. À sa sortie, à l’été 2016, No Man’s Sky incarnait un rêve absolu : pouvoir traverser une galaxie virtuelle, grosse de plusieurs milliards de planètes, selon l’itinéraire de notre choix. Et pourtant le jeu avait déçu, la faute à un gameplay mal pensé et répétitif et à l’absence de structure narrative, qui transformaient peu à peu cette longue errance en sacerdoce. Conscients de cette impasse, ses créateurs ont travaillé d’arrache-pied pour repenser entièrement leur jeu. Les règles de base, elles, ne changent pas : arpenter une planète permet d’amasser suffisamment de ressources pour ravitailler son vaisseau ou commercer avec les autochtones sur place, avant de s’envoler

vers un nouveau système solaire dans l’espoir in fine d’atteindre le centre de l’univers, lequel renfermerait le secret de la vie. Mais, cette fois, les activités et intrigues secondaires venant émailler le voyage se comptent par milliers. Il est désormais possible d’aménager sa propre base, de diriger une flotte spatiale et d’écumer la galaxie en quête de trésors, et même de jongler entre les petits jobs (mercenaire, explorateur, pirate…), le tout en solitaire ou à plusieurs joueurs, nouveauté inouïe qui transcende l’expérience. Plein comme un œuf, No Man’s Sky Next touche enfin du doigt le rêve qu’il laissait miroiter depuis sa création : celui d’un univers ésotérique et fascinant (chaque planète est unique en son genre) où chacun vient se perdre pour écrire son odyssée, pareille à nulle autre. • YANN FRANÇOIS

OVERCOOKED 2

THE CREW 2

UNRAVEL TWO

Dans ce jeu multijoueur, des cuisiniers doivent coordonner leurs efforts pour élaborer des mets de plus en plus raffinés, et ainsi satisfaire leur clientèle. Encore plus inventive, cette suite reste un must pour toute soirée conviviale. • Y. F.

Comme dans le premier opus, on sillonne les États-Unis à la recherche de compétitions motorisées. Avec une nouveauté de taille : la possibilité de switcher à tout moment entre auto, moto, bateau, avion. Un vent frais souffle enfin sur le jeu de course. • Y. F.

Une petite créature, entièrement faite de laine, doit traverser des environnements truffés de pièges, en tissant des fils pour se projeter en hauteur. Mais, cette fois, l’aventure peut enfin se vivre à deux joueurs. La poésie n’en est que décuplée. • Y. F.

: Team 17

(One, PC, PS4, Switch)

:

Ubisoft (One, PC, PS4)

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:

EA (One, PC, PS4)


INDÉ À JOUER Manette dans une main, carnet de notes dans l’autre, notre chroniqueur teste chaque mois une sélection de jeux indés.

La rentrée du jeu indé rime avec ordre. La preuve avec This Is the Police 2 (Weappy | PC), qui me place à la tête d’un commissariat et me charge de faire régner la loi sur un petit bled de province. Sous ses airs tranquilles, la bourgade abrite pourtant une violente guerre des gangs, qui fait tomber mes troupes comme des mouches. Unavowed (Wadjet Eye | PC) m’arrache à la réalité pour faire de moi un détective aux pouvoirs mystiques. Dans un New York envahi par des démons, je suis enrôlé par une police surnaturelle pour enquêter sur l’origine du mal. Après avoir coffré tout ce beau monde, je commence une nouvelle vie d’espion avec Phantom Doctrine (Creative Forge Games | One, PC, PS4). En pleine guerre froide, je suis à la solde de Cabale, une organisation secrète qui, pour maintenir l’équilibre du monde, doit déjouer les machinations géopolitiques des deux blocs ennemis. Heureusement, The Banner Saga 3 (Stoic | One, PC, PS4, Switch) me sauve de cette folie conspirationniste. Dernier volet de cette somptueuse saga inspirée des mythologies nordiques, le jeu sonne l’heure du combat final contre les dredges, des golems apparus sur Terre pour annihiler l’humanité. Après avoir harangué mes troupes, je remporte une dernière bataille d’anthologie et repousse l’apocalypse une bonne fois pour toutes. À la fin du mois, les pertes sont nombreuses, mais tout est rentré dans l’ordre. • YANN FRANÇOIS ILLUSTRATION : SAMUEL ECKERT


BD

À TRAVERS

OFF

Juillet 1964, Gravina Island, Ketchikan, Alaska

Septembre 1978, University of Alaska, Anchorage, Alaska

Un

— : de Tom Haugomat (Éditions Thierry Magnier, 184 p.) —

petit Américain roux rêve de conquête spatiale… De l’hiver 1955 au printemps 2026, c’est toute une vie qui nous est donnée à imaginer. Une sélection de moments clés, présentés chronologiquement, de la naissance à la mort, retrace les joies, les peines, les rêves et les déceptions d’un homme. Ouvrir À travers, c’est comme découvrir d’un seul coup l’album photos d’un inconnu et son journal intime. Le dispositif employé confronte la page de gauche à celle de droite. D’un côté, une petite vignette mettant le personnage en situation, et, en face, ce qu’il voit depuis l’endroit où il est représenté… De cette mise en relation surgissent l’empathie et l’émotion, que renforce curieusement l’économie de moyens : les seuls textes sont les légendes indiquant les lieux et les dates, la gamme chromatique est réduite à trois couleurs (qui peuvent se superposer et se combiner, comme en sérigraphie), et le dessin est très synthétique. Concrétisation d’une idée dont la simplicité est l’écho de la grandeur, ce livre illumine la fin de l’été de sa beauté nostalgique. • VLADIMIR LECOINTRE 110


Les éditions CASTERMAN présentent

le chemisier

après UNE SŒUR , le nouveau roman graphique

Bastien VIVÈS

Le 12 septembre en librairie

© 2018 Casterman / Bastien Vivès.

de


LES ACTUS mk2

CE N’EST PAS QUE DU CINÉMA Cette année encore, les salles mk2 accueillent une ribambelle d’événements culturels : conférences de philo, de psychanalyse ou de sciences, cours d’histoire de l’art, séances pour les enfants, projections de films culte et de courts métrages… Une rentrée en salles sacrément classe.

LES ARTS AU PROGRAMME Si pour vous, « Bauhaus » est le nom d’une race de chien et « Michelozzo » celui d’un fromage italien, pas de panique : des solutions existent. Des Mots et Des Arts orchestre une série de cycles dans lesquels les beaux-arts sont étudiés sous toutes les coutures : « Une histoire de l’art », « Fascinante Renaissance », « Les plus beaux musées du monde », « Paris ne s’est pas fait en un jour », « Entrons dans la danse », « La photographie », « Architecture et design », « L’Art contemporain » ou encore le nouveau venu (dont

le titre augure l’efficacité) « 1 heure, 1 œuvre » sont autant de possibilités de découvrir les plus belles créations humaines. Une armada d’historiens de l’art aux connaissances aiguisées se tient prête à décrypter pour vous les chefs-d’œuvre, grands courants et autres biographies d’artistes renommés. Ça vous évitera de répondre « À tes souhaits ! » pour cacher maladroitement votre ignorance quand quelqu’un prononcera le nom d’Alfred Stieglitz devant vous.

: Programmes complets sur mk2.com

LE DOCUMENTAIRE À L’HONNEUR Avis aux apprentis Raymond Depardon : deux rendez-vous plongent au cœur des docus du petit et grand écran. La journaliste et réalisatrice Marie Drucker, fine connaisseuse, choisit tous les deux mois des films en lien avec des thèmes de société et invite les équipes à en parler après la projection. Et un lundi par mois, un distributeur sélectionne un documentaire de cinéma projeté en avant-première et participe ensuite à un débat avec l’équipe du film et le public. Parce que le docu, il n’y a que ça de vrai.

: Programme complet sur mk2.com 112


RENTRÉE CULTURELLE

VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD

KARMA CINÉMA « Karma Cinéma », c’est une séance de méditation mensuelle ouverte à tous (pratiquants comme débutants, adultes comme enfants), délivrée par Sophia L. Mann, qui est à la fois linguiste, ethnologue et professeure de yoga. Pour l’esprit, mené à rude épreuve parce qu’au boulot ou à la maison c’est toujours plus intense et stressant, cela augure un instant de pause et de rêverie mais certainement pas de relâchement… Installés confortablement au fond d’un fauteuil de cinéma, on évacue les tensions et on se recentre sur l’essentiel.

Vers l’infini et au-delà : c’est carrément là que le physicien et écrivain Christophe Galfard nous emmène pour une nouvelle saison de son cycle de conférences. Univers parallèles, voyages dans le temps, trous noirs, Voie lactée, l’ancien étudiant de Stephen Hawking, aujourd’hui chroniqueur sur France Inter et auteur des livres L’Univers à portée de main (Flammarion) et E = mc2. L’équation de tous les possibles (Flammarion), va encore nous mettre des étoiles plein les yeux.

: Un dimanche par mois à 11 h au mk2 Quai de Seine

LA PSYCHANALYSE A SON MOT À DIRE La rentrée, on va la passer sur le divan. Mk2 propose une initiation mensuelle à la psychanalyse menée conjointement par les psychanalystes Caroline Eliacheff et Jean-Pierre Winter. Lors de

: Un samedi par mois à 11 h au mk2 Quai de Loire

ces conférences, les travaux de Françoise Dolto seront largement abordés alors que Caroline Eliacheff, pédopsychiatre qui a autrefois travaillé avec la célèbre psychanalyste, lui consacre son nouveau livre, Françoise Dolto. Une journée particulière (Flammarion). L’apport considérable de son œuvre lui semblant être méconnu de ceux qui sont aujourd’hui en âge d’être parents, l’auteure a imaginé « une journée fictive où tout est vrai » dans la vie de Françoise Dolto, au cours du premier semestre de l’année 1979. En se penchant autant sur son intimité que sur ses parcours de théoricienne, de clinicienne et de citoyenne, Eliacheff révèle en quoi Dolto a œuvré à une nouvelle vision de l’enfant qui a entraîné un véritable bouleversement dans les méthodes éducatives – soudain, ils devenaient des sujets, on s’adressait à eux, on s’intéressait à leur histoire personnelle.

: Un dimanche par mois à 11 h au mk2 Quai de Loire

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LES ACTUS mk2 CINEMADZ Madmoizelle.com, c’est le mag féminin destiné à celles qui ne sont pas encore des adultes mais plus des ados et qui parle « mode et beauté mais aussi gros burgers, sujets de société, sexe, études, politique… ». Un mardi par mois, le magazine organise son ciné-club au mk2 Bibliothèque. Au programme : films culte, grands classiques ou avant-premières qui reflètent les goûts et préoccupations de la rédaction (qui a pour credo « Je ne suis pas celle que vous croyez »), tout ça à un tarif ultra abordable de 4,90 €.

: Un mardi par mois à 20 h au mk2 Bibliothèque

DÉJÀ DEMAIN Un film ne dure pas forcément 1 h 30, mais les plus courts sont difficiles à trouver… Heureusement, L’Agence du court métrage propose des séances mensuelles avec la crème du film court contemporain. Dans les programmes, beaucoup de films repérés dans des grands festivals, comme La Nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel, montré à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en mai. Ne reste plus qu’à savoir si vous préférez un bon film d’1 h 30 ou 1 h 30 de bons films.

: Un lundi par mois à 20 h au mk2 Odéon (côté St Michel)

LES LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN TITRE ÉVÉNEMENT

résonnent fort avec nos sociétés contemporaines Lundi, c’est philosophie ! Le philosophe et (« La virilité, pour quoi faire ? », « Comment sortir écrivain Charles Pépin, auteur d’ouvrages comme de l’impasse individualiste ? », « Le romantisme 50 nuances de Grecs. Encyclopédie des mythes et CATÉGORIE SOUS-CATÉGORIE est-il encore possible ? », « Est-ce la libido des mythologies (Dargaud) ou Qu’est-ce qu’avoir qui gouverne le monde ? »), Charles Pépin sait du pouvoir (Desclée de Brower) et journaliste pour mener le débat en restant exigeant et accessible, Philosophie Magazine et Transfuge, revient méditer parfois accompagné par des invités (les essayistes avec nous pour une nouvelle saison. Grandes Raphaël Glucksmann et Jean-Marie Durand ou questions sur le sens de la vie (« Comment vivre encore le moine bouddhiste Lama Puntso) qui avec son passé ? », « Savons-nous vraiment ce que élèvent, agitent et aèrent l’esprit. nous faisons ? », « Les chemins de traverse sont-ils les plus beaux ? », « Vouloir être libre : le plus court : Le lundi à 18 h 30 au mk2 Odéon chemin vers la servitude ? ») ou interrogations qui (côté St Germain)

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RENTRÉE CULTURELLE

POUR LES ENFANTS Qui n’a pas pleuré, enfant, devant la mort de la mère de Bambi ? Qui ne braillait pas à tue-tête les chansons du Roi Lion à la récré en primaire ? Pour faire vivre des émotions aussi fortes à la nouvelle génération de bambins, mk2 organise des projections de grands classiques

de l’animation. Dans le cycle « Junior », Aladdin, Ratatouille, Peter Pan ou encore Les Aristochats rempliront de joie et de chansons nos chères têtes blondes (dès 5 ans) les samedis et dimanches matins. Au même moment, les plus petits (entre 2 et 4 ans) pourront s’éveiller au cinéma avec les programmes « Bout’Chou », des séances de moins d’une heure présentées dans une lumière tamisée et avec un niveau sonore tout doux. Et parce que les enfants veulent toujours en savoir plus, le cycle « Initiation à l’art en famille » vous propose des conférences bimensuelles le dimanche matin (à partir de 7 ans) : une première partie présentera dix chefs-d’œuvre et une seconde dix grands mythes grecs. On les entend déjà joyeusement pouffer de rire en apprenant que l’œuvre la plus célèbre de Marcel Duchamp, Fontaine, est un urinoir renversé.

: Programmes complets sur mk2.com

PORTRAITS DE FEMMES

UNE AUTRE HISTOIRE DU CINÉMA

Cléopâtre, Marie-Antoinette, Hannah Arendt, Maria Callas… Autant de noms connus qui charrient beaucoup de mythes, derrière lesquels se cachent des femmes au parcours surprenant. L’historienne de l’art Tatiana Mignot se propose de gratter le vernis de ces grandes figures féminines pour dépasser les clichés et enfin les montrer dans toute leur complexité. De quoi avoir un bagage suffisant pour remettre en place l’oncle lourdingue au repas de famille quand il blague sur le physique de Margaret Thatcher ou le nez de la plus grande reine d’Égypte sans rien connaître de leur vie.

Vous pensez que le cinéma n’a plus de secret pour vous parce que vous ne loupez aucune sortie ? Il est peut-être temps de regarder dans le rétro. Chaque mardi, l’historien du cinéma Nachiketas Wignesan analyse les joyaux d’antan, avec deux premières parties cette année qui dissèque les grands genres, de la comédie musicale au cinéma criminel en passant par le néo-western, et une troisième qui revient sur les filmographies des grands réalisateurs, comme Satyajit Ray ou Billy Wilder. Attention : vous risquez de commencer à penser que c’était mieux avant.

: Un lundi par mois à 18 h 30 au mk2 Parnasse

: Le mardi à 20 h au mk2 Odéon (côté St Michel) 115


RENTRÉE CULTURELLE

LES SCIENCES SOCIALES À L’AFFICHE Un peu à l’ouest à la rentrée ? Ce double programme va vous servir de boussole. Tous les mois, des enseignants de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) s’invitent dans vos salles et ouvrent une réflexion sur le présent, de l’individu au collectif. Dans le cycle de conférences « Sciences sociales, regards sur le monde », en collaboration avec le CNRS, préparez-vous à mettre le cap sur une région du monde à découvrir dans toute sa complexité (l’évolution de ses traditions, de ses structures sociales, de ses institutions…). Et dans le cycle de

ciné-conférences « Sciences sociales et cinéma », les enseignants-chercheurs font fusionner le cinéma et les sciences sociales autour du thème « Quelle(s) identité(s) », avec la projection d’un film suivie de son commentaire. De Tomboy de Céline Sciamma à De l’autre côté de Fatih Akın en passant par Désobéissance de Sebastián Lelio ou Ready Player One de Steven Spielberg, les discussions promettent d’être aussi vives que passionnantes. Des rendez-vous que Pierre Bourdieu n’aurait certainement pas manqués.

: Programme complet sur mk2.com

CULTISSIME ! Ne passez plus vos dimanches après-midi au lit. Pour vous remettre de vos samedis soirs délurés, allez donc (re)découvrir des classiques sur grand écran. Au menu pour les intrépides : Le Bal des vampires de Roman Polanski (1968) ou L’Exorciste de William Friedkin (1974). Et pour ceux qui ont trop la frousse ou qui rêvent de gloire sous la douche, vous pouvez aussi étudier la success-story de Barbra Streisand dans Une étoile est née de Frank Pierson (1977). Dans tous les cas, vous serez requinqués, promis.

: Le dimanche après-midi au mk2 Gambetta

CAFÉ SOCIETY ! Chaud devant ! Le quinzomadaire Society, qui sait parfaitement traiter des sujets de société brûlants, vous invite à regarder un samedi par mois des films qui touchent à l’actualité. Dans la liste, Shéhérazade de Jean-Baptiste Marlin (voir p. 60), qui raconte la rencontre entre deux jeunes des quartiers populaires de Marseille. Et exactement comme au café du coin, on pourra ensuite commenter, défendre avec acharnement ou rouspéter contre le film qui vient d’être projeté, puisque l’équipe du magazine animera un débat de fin de séance.

: Un samedi par mois à 11 h au mk2 Bibliothèque 116


© Meurisse - Dargaud 2018

« Les filles, la campagne sera votre chance » ont dit les parents. Alors Catherine Meurisse a grandi à la campagne. Avec l’humour qu’on lui connaît, elle raconte les lieux de son enfance et l’imaginaire qui s’y déploie. Les Grands Espaces, comme La Légèreté, son précédent album, l’atteste : la nature et l’art - tout ce qui pousse, tout ce qui vit envers et contre tout, seront une chance.

Le 21 septembre

Julie BIRMANT et Clément OUBRERIE

Pierre-Henry GOMONT

Thomas GILBERT

La jeune et célèbre romancière Renée Stone se rend en 1930 au couronnement de l’Empereur d’Éthiopie à Addis-Abeba. Elle y fait la connaissance de John Malowan, un étrange jeune homme, et se retrouve bientôt mêlée avec lui à une sombre affaire qui les entraînera aux confins du Moyen-Orient…

Coureur, menteur, buveur, noceur… Gabriel Lesaffre a toutes les qualités. Un jour, il tombe amoureux. Coup de foudre, mariage, trois enfants… Gabriel s’ennuie vite. Il plaque tout, disparaît durant cinq ans. De retour, il emmène avec lui ses deux aînés en Afrique équatoriale. Pour eux, une nouvelle vie bigarrée et frivole commence…

Elle s’appelle Abigail Hobbs et elle a 17 ans. Elle habite Salem. Demain elle sera morte, pendue avec 20 autres jeunes femmes de sa ville pour sorcellerie. Une plongée passionnante et terrifiante dans l’univers étriqué et oppressant de cette tristement célèbre colonie de NouvelleAngleterre, au XVIIe siècle.

En librairie

Le 14 septembre

Le 21 septembre

APPOLLO et TEHEM

1941, île de La Réunion. Au lycée Leconte de Lisle que fréquente la bourgeoisie coloniale, une grande amitié naît entre Charles et Lucien, un nouvel élève. En une année scolaire, les deux copains se laissent emporter par les fulgurances de l’adolescence et les soubresauts de l’histoire en marche.

En librairie

www.dargaud.com

© Dargaud - Dargaud Benelux 2018

Catherine MEURISSE


mk2 SUR SON 31 JUSQU’AU 11 SEPT.

DIMANCHE 16 SEPT.

LUNDI 24 SEPT.

CYCLE JUNIOR Pour les enfants à partir de 5 ans : Les Nouveaux Héros de Don Hall et Chris Williams.

KARMA CINÉMA Cours de méditation en salle ouvert à tous (enfants et adultes, pratiquants et néophytes).

1 HEURE, 1 ŒUVRE « Jan van Eyck, Les Époux Arnolfini (1434). »

: mk2 Gambetta,

: mk2 Quai de Seine

(côté Beaumarchais)

mk2 Bibliothèque

à 11 h

à 11 h

CULTISSIME ! Projection d’Une étoile est née de Frank Pierson.

LES PLUS BEAUX MUSÉES DU MONDE « Le Metropolitan Museum de New York. »

: mk2 Gambetta

(côté Beaumarchais)

: mk2 Bastille

et mk2 Quai de Loire Les samedis et dimanches à 10 h 20 ou 10 h 30

SAMEDI 8 SEPT. CAFÉ SOCIETY Projection de Dogman de Matteo Garrone.

: mk2 Bibliothèque à 11 h

DIMANCHE 9 SEPT. LA PSYCHANALYSE A SON MOT À DIRE « Françoise Dolto, de la pratique à la théorie et réciproquement », conférence animée par les psychanalystes Caroline Eliacheff et Jean-Pierre Winter.

: mk2 Quai de Loire à 11 h

Plusieurs séances

: mk2 Gambetta Plusieurs séances l’après-midi

LUNDI 10 SEPT. LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Les chemins de traverse sont-ils les plus beaux ? »

: mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

DU 12 AU 25 SEPT. CYCLE JUNIOR Pour les enfants à partir de 5 ans : La Petite Sirène de John Musker et Ron Clements.

: mk2 Gambetta, mk2 Bibliothèque et mk2 Quai de Loire Les samedis et dimanches à 10 h 20 ou 10 h 30

à 12 h 30

l’après-midi

LUNDI 17 SEPT. LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Quand nous exprimons-nous vraiment ? »

: mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Pourquoi la beauté de la nature nous fait-elle tant de bien ? » Avec l’écrivain et essayiste Alexandre Lacroix, auteur de Devant la beauté de la nature (Allary Éditions).

: mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

SAMEDI 22 SEPT. L’ART CONTEMPORAIN « Après 1945 : bouleversements et enjeux artistiques. »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais)

CULTISSIME ! Projection du Bal des vampires de Roman Polanski.

: mk2 Bastille

à 11 h

PORTRAITS DE FEMMES « Cléopâtre, la dernière reine d’Égypte. »

: mk2 Parnasse à 18 h 30

PARIS NE S’EST PAS FAIT EN UN JOUR « Le Paris antique. »

: mk2 Grand Palais

FASCINANTE RENAISSANCE « Les primitifs italiens : Cimabue, Giotto, Duccio. »

: mk2 Beaubourg à 11 h

DIMANCHE 23 SEPT. ENTRONS DANS LA DANSE « Entrons dans la danse. »

: mk2 Bastille (côté Fg St Antoine) à 11 h

INITIATION À L’ART EN FAMILLE « Vers la victoire : la Victoire de Samothrace. »

: mk2 Quai de Seine à 11 h

à 20 h

MARDI 25 SEPT. UNE AUTRE HISTOIRE DU CINÉMA « Les 10 films culte du cinéma. »

: mk2 Odéon (côté St Michel) à 20 h

JEUDI 27 SEPT. ARCHITECTURE ET DESIGN « Architecture et design : à l’aune du xxe siècle. »

: mk2 Bibliothèque (entrée BnF) à 20 h

LA PHOTOGRAPHIE « L’invention de la photographie. »

: mk2 Quai de Loire

CULTISSIME ! Projection de La Fureur de vivre de Nicholas Ray.

: mk2 Gambetta Plusieurs séances l’après-midi

à 20 h

UNE HISTOIRE DE L’ART « L’Antiquité, berceau de l’histoire de l’art. »

: mk2 Beaubourg à 20 h

118


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mk2 SUR SON 31 SAMEDI 29 SEPT. L’ART CONTEMPORAIN « Lucio Fontana et la fascination de l’espace. »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) à 11 h

FASCINANTE RENAISSANCE « Les primitifs flamands : van Eyck, Rogier van der Weyden, Memling. »

: mk2 Beaubourg à 11 h

VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD « Est-il possible de voyager dans le temps ? »

DÉJÀ DEMAIN En partenariat avec L’Agence du court métrage, projection de Love, He Said d’Inés Sedan, de Cœurs sourds d’Arnaud Khayadjanian, de Dylan Dylan de Sylvain Coisne, de La Persistente de Camille Lugan et de La Nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel.

INITIATION À L’ART EN FAMILLE « Un jardin mystérieux : Le jardin des délices de Jérôme Bosch. »

à 20 h

PARIS NE S’EST PAS FAIT EN UN JOUR « La fabrique du pouvoir : la capitale des grands monarques. »

: mk2 Grand Palais à 20 h

MARDI 2 OCT. UNE AUTRE HISTOIRE DU CINÉMA « Le burlesque : rire en noir et blanc. » Conférence suivie de la projection des Temps modernes de Charlie Chaplin.

: mk2 Odéon (côté St Michel) à 20 h

: mk2 Quai de Seine

JEUDI 4 OCT.

à 11 h

LUNDI 1er OCT. 1 HEURE, 1 ŒUVRE « Albrecht Dürer, Autoportrait (1500). »

: mk2 Bastille

ARCHITECTURE ET DESIGN « La beauté de l’artisanat : le mouvement Arts and Crafts. »

: mk2 Bibliothèque (entrée BnF)

LES PLUS BEAUX MUSÉES DU MONDE « La Frick Collection de New York. »

: mk2 Bastille

: mk2 Quai de Seine à 11 h

LUNDI 8 OCT. 1 HEURE, 1 ŒUVRE « Léonard de Vinci, La Sainte Anne (1503-1519). »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) à 11 h

LES PLUS BEAUX MUSÉES DU MONDE « La Barnes Foundation de Philadelphie. »

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) à 12 h 30

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « La virilité, pour quoi faire ? »

: mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

PORTRAITS DE FEMMES « Jeanne d’Arc, la Pucelle d’Orléans. »

: mk2 Parnasse à 18 h 30

à 20 h

(côté Beaumarchais) à 11 h

INITIATION À L’ART EN FAMILLE « La grâce d’un sourire : La Joconde de Léonard de Vinci. »

: mk2 Odéon (côté St Michel)

: mk2 Quai de Loire à 11 h

DIMANCHE 30 SEPT.

DIMANCHE 7 OCT.

LA PHOTOGRAPHIE « La photographie et l’impressionnisme : une rencontre déterminante. »

: mk2 Quai de Loire

PARIS NE S’EST PAS FAIT EN UN JOUR « Une ville dévote. »

: mk2 Grand Palais à 20 h

MARDI 9 OCT.

à 20 h

(côté Beaumarchais) à 12 h 30

UNE HISTOIRE DE L’ART « Les prémices de l’art médiéval. »

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Faut-il à tout prix garder son âme d’enfant ? »

: mk2 Beaubourg

: mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

PORTRAITS DE FEMMES « Aliénor d’Aquitaine, la reine rebelle. »

à 20 h

SAMEDI 6 OCT.

à 20 h

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais)

SCIENCES SOCIALES ET CINÉMA « Quelle(s) identité(s) ? » Projection de Tomboy de Céline Sciamma, suivie de son commentaire par un enseignant-chercheur de l’E.H.E.S.S.

FASCINANTE RENAISSANCE « Les peintres florentins du Quattrocento : Fra Angelico, Masaccio, Filippo Lippi. »

à 19 h 45

: mk2 Odéon (côté St Michel)

L’ART CONTEMPORAIN « Jean Dubuffet et l’art brut. »

: mk2 Parnasse à 18 h 30

: mk2 Bibliothèque

UNE AUTRE HISTOIRE DU CINÉMA « La comédie : rire en couleurs. » Conférence suivie de la projection de The Party de Blake Edwards.

à 11 h

: mk2 Beaubourg à 11 h

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Qui était

Françoise

Dolto ? “

Quiconque

s’attache à écouter s’a la réponse des

enfants est un esprit enf rrévolutionnaire

Caroline Eliacheff est psychanalyste et auteure de plusieurs ouvrages sur la famille dont Mères-filles : une relation à trois.

Flammarion


OFF

LE BRAS CASSÉ DU CINÉ

Juillet

HARISSA POTTER

2016. Au cinéma, Berthe, ta copine, t’a mis un petit coup de boule vers la tempe – heureusement amorti par sa chevelure bleu ciel parfumée aux figues de barbarie – pour te raisonner. À l’écran, le film d’épouvante te terrifiait, au point d’avoir tenté de caler du popcorn dans ton slip – comme dans Tetris – pour cerner ta vessie, laquelle menaçait de libérer deux gouttelettes. Au milieu du long métrage, tu t’es approché de l’oreille de ta compagne, la barbe moite, confus au possible : « Je ne sais pas ce qui m’arrive… Tu sais bien que… S’il te plaît, Berthe… — Ta barbe sent la frousse… Tu me le payeras… » Avec son index et son menton, Berthe te fit signe de quitter la salle. Dans son regard noir expresso, tu avais vu, impuissant, ta dignité se noyer comme un biscuit dégueulasse. Sitôt la séance terminée, elle te jeta calmement, empor­tant avec elle ses baisers magiques, ses grands yeux violets et, surtout, deux bons gagnés à ton boulot pour goûter des pièces montées. Six mois plus tôt, Berthe avait été séduite par ton témoignage sur un forum de survivalistes dans lequel tu racontais (sous le nom de Harissa Potter)

six nuits, seul dans une forêt slovène, à grignoter – en l’absence de vivres – des morceaux de ton propre froc (en coton très fin). Le seul accompa­ gnement était un peu de piment mira­culeusement oublié dans la poche de ta doudoune sans manches – un reste de barbecue à La Nouvelle-­ Orléans, disais-tu. Récit fictionnel de bout en bout, tiré de l’un des incalculables mauvais rêves qui pourrissaient tes nuits. Juillet 2018. En allumant la radio, tu écoutes une fille raconter son impressionnante ascension, après la publication de son roman. La voix t’est familière, l’histoire du bouquin aussi : une forêt slovène, un pantalon de taille M, du piment rouge, des poches, une barbe frisée comme la tignasse de Pierre Perret. L’animateur est dithyrambique : « Une formidable réflexion sur l’instinct de survie, promise à une traduction en plusieurs langues et une adaptation au cinéma. » L’auteure se pavane : « Je mûris la trame de cette histoire depuis une quinzaine d’années… On m’a traité de folle mais j’ai tenu bon. » Une goutte de sueur partie de ta nuque a fini par se loger dans ta raie : Berthe était devenue célèbre grâce à Harissa Potter. • RAMSÈS KEFI — ILLUSTRATION : AMINA BOUAJILA

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Musée Marmottan Monet

13 septembre

2, rue Louis-Boilly

2018

75016 Paris

10 février

Ligne 9 La Muette

2019

RER C Boulainvilliers

COLLECTIONS UN VOYAGE DES PRIVÉES IMPRESSIONNISTES

Gustave Caillebotte – © Christian Baraja SLB

AUX FAUVES